0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
3 vues6 pages

Pratiques documentaires des chercheurs

Les chercheurs interrogés adoptent diverses stratégies pour se débarrasser de livres, préférant souvent les donner plutôt que de les jeter. Leur bibliothèque personnelle est perçue comme un espace de passion, où les besoins documentaires varient selon les disciplines, mais où les périodiques restent l'outil de travail privilégié. Les bibliothèques de laboratoire, souvent gérées par les chercheurs eux-mêmes, sont essentielles pour leur recherche, bien qu'elles manquent parfois de gestion professionnelle.

Transféré par

BET DJAOU
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
3 vues6 pages

Pratiques documentaires des chercheurs

Les chercheurs interrogés adoptent diverses stratégies pour se débarrasser de livres, préférant souvent les donner plutôt que de les jeter. Leur bibliothèque personnelle est perçue comme un espace de passion, où les besoins documentaires varient selon les disciplines, mais où les périodiques restent l'outil de travail privilégié. Les bibliothèques de laboratoire, souvent gérées par les chercheurs eux-mêmes, sont essentielles pour leur recherche, bien qu'elles manquent parfois de gestion professionnelle.

Transféré par

BET DJAOU
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

forcément intéressant, comment dire… provocateur… - une sorte de purgatoire ?

-
un peu, oui.
A la question de savoir s’ils jetaient parfois des livres, presque tous ont
répondu par la négative, chacun ayant une stratégie personnelle pour s’en
débarrasser : Non, je ne jette pas de livres. J’ai du mal à les jeter, donc je les
donne à ma belle-mère, qui les reprend au moins en partie. Voilà le cycle des
livres ! (S. Berry). La dernière étape [après le chalet où il range les livres qui ne
peuvent plus tenir dans sa résidence principale], c’est que je donne à la
bibliothèque de la commune. Et ils en font ce qu’ils veulent : ils jettent ou ils
gardent (J.-M. Bertrand). B. Chevassus-au-Louis a, pour sa part, une solution tout
à fait originale : Je me suis mis à l’idée d’abandonner les livres : vous abandonnez
un livre quelque part et d’autres le reprennent. Car jeter un livre, c’est impossible.
O. Brosseau semble avoir trouver la solution, il vend ses livres chez Gibert
Joseph : Ce sont des choses que je n’ai pas lues, que j’ai eues par hasard ou que
j’ai acheté je me demande pourquoi. Il faut faire des choix.
Seul S. Fudral reconnaît jeter parfois des livres : Il m’arrive de mettre des
livres à la poubelle. J’ai jeté un livre tellement je le trouvais innommable. Le type
qui avait écrit ça, je ne sais pas s’il avait bu et fumé en même temps, mais c’était
absolument horrible. Mais ça reste exceptionnel.

La bibliothèque personnelle des scientifiques que nous avons interrogés est


une bibliothèque de passion plus que de raison. Et M. Pignal décrit parfaitement
cela : En ce qui concerne ma sphère privée, c’est très variable. Je n’arrive pas à
imaginer une bibliothèque comme une collection de livres. Dans ce domaine, c’est
plus de l’entassement aléatoire, c’est opportuniste : j’aime bien un livre et je
l’achète.

Bernaudin Anne-Claire, Charra Gaëlle, Charrier-Arrighi Nathalie, Desalme Aubierge, Pinet Nicolas 19
| DCB 14 | Mémoire de recherche | Juin 2005

Droits d’auteur réservés.


Les pratiques des chercheurs en tant
qu’usagers

1. Les besoins documentaires des scientifiques

Les scientifiques que nous avons eu le plaisir d’interroger n’ont pas tous les
mêmes besoins documentaires, suivant leurs disciplines de recherche. Leurs modes
d’utilisation et d’appropriation de la documentation apparaissent largement
hétérogènes.
Quelques constantes se dégagent néanmoins : pour tous, l’outil de travail de
prédilection est le périodique, qu’il soit sur support papier ou électronique.
Le recours aux monographies est, lui, plus ponctuel. Sauf ouvrages très
spécialisés ou de référence sur le sujet de recherche (monographies au sens strict,
mais aussi thèses ou articles de revues qui, eux, sont publiés dans des livres,
comme l’indique B. Miroux), les monographies sont le plus souvent utilisées soit
pour défricher un nouveau sujet, soit pour se replonger dans des connaissances de
base : Pour ce qui est des ouvrages, c’est uniquement pour les sources… les
fondamentaux… les cours que l’on a oubliés… (S. Berry).
L’utilisation des publications électroniques (revues, bases de données, pre-
prints, littérature grise,…) est quasi générale et dans quelques cas presque
exclusive par rapport à la documentation « papier ».

A des besoins différenciés en matière de documentation, correspondent des


organisations de travail différentes, et du même coup un rapport différent aux
sources documentaires et aux bibliothèques suivant les disciplines. Néanmoins, là
encore, il est possible de dégager quelques constantes.

Bernaudin Anne-Claire, Charra Gaëlle, Charrier-Arrighi Nathalie, Desalme Aubierge, Pinet Nicolas 20
| DCB 14 | Mémoire de recherche | Juin 2005

Droits d’auteur réservés.


2. L’utilisation des différents types de
bibliothèques

Un des traits caractéristiques de l’utilisation des bibliothèques par les


chercheurs est qu’ils n’utilisent pas un, mais plusieurs types de bibliothèques
différents : virtuelle ou physique, de proximité ou plus lointaine. L’utilisation de
ces bibliothèques par le chercheur est multiple ; les usages et pratiques sont
fortement imbriqués et complémentaires.
Suivant les structures au sein desquelles ils travaillent, les chercheurs
interrogés ont accès à différents types de bibliothèques : personnelles, virtuelle, de
laboratoire, de département, d’UFR, d’Institut, d’Université … Les situations sont
multiples, mais on trouve toujours au moins deux niveaux de bibliothèques
différents.

Au plus proche des besoins documentaires de la recherche, et au plus


proche physiquement du chercheur lui-même, se situe ce que nous appellerons les
bibliothèques de proximité.
On peut schématiquement, et quelles que soient les disciplines, en
distinguer deux types : les bibliothèques matérielles, constituée de collections
« papier », plus ou moins pointues et/ou organisées ; et les bibliothèques virtuelles,
recouvrant l’accès aux documents sous forme électronique.

2.1. Les bibliothèques de proximité

2.1.1. La bibliothèque de laboratoire

Au cœur de son activité, le chercheur utilise en général sa bibliothèque de


laboratoire.
Dans nombre d’institutions, ces bibliothèques de laboratoire (c'est-à-dire,
selon S. Haxaire, un endroit pour [les chercheurs], où sont regroupées des
collections et des ouvrages) ont vu le personnel professionnel qui y était

Bernaudin Anne-Claire, Charra Gaëlle, Charrier-Arrighi Nathalie, Desalme Aubierge, Pinet Nicolas 21
| DCB 14 | Mémoire de recherche | Juin 2005

Droits d’auteur réservés.


spécifiquement attaché disparaître, du fait, le plus souvent, de restrictions
budgétaires.
Ces bibliothèques leur étant absolument nécessaires, les chercheurs ont dû
apprendre à se passer des professionnels qui les géraient. B. Chevassus-au-Louis
nous dit : on s’est adapté à l’usage direct avec les outils d’exploration ; on s’est
tous adapté car les chercheurs sont relativement adaptatifs… Mais je ne trouve
pas que ce soit un optimum.
La bibliothèque de laboratoire s’est donc transformée : C’est un concept qui
va depuis des choses bien structurées avec un responsable bien identifié, avec un
catalogue informatique jusqu’à des choses qui sont des dépôts communs des livres
des gens d’un laboratoire (B. Chevassus-au-Louis).
Uniquement axée sur les travaux de recherche d’un laboratoire déterminé
(finalisées sur le sujet du laboratoire, précise B. Chevassus-au-Louis), la
bibliothèque de laboratoire est désormais bien souvent directement gérée par les
chercheurs eux-mêmes, ce qui renforce d’autant les liens de proximité
qu’entretiennent les équipes du laboratoire avec « leur » bibliothèque. Cela reste
un lieu de référence de beaucoup d’équipes […] il y a dans ce lieu commun […]
un usage complètement pragmatique (B. Chevassus-au-Louis).
Elle fonctionne, le plus souvent, sur un mode autogestionnaire. Un
chercheur est responsable de la bibliothèque. Tous les deux trois ans il passe la
main à quelqu’un d’autre […]. En fonction du budget, il achète ou non tout ce
qu’on lui demande. S’il n’ y pas assez d’argent, il fait un tri (J.-J. Benayoun).
L’appropriation du lieu et son bon fonctionnement tient donc beaucoup à
l’investissement des membres de l’équipe, ainsi qu’à la confiance qui règne au sein
du laboratoire : […] sauf pour les gens qui s’engueulent et qui gardent tout dans
leur coin mais dans la plupart des laboratoires où les gens ont plaisir à travailler
ensemble, je pense qu’on trouve ce petit lieu (B. Chevassus-au-Louis). A
condition, bien entendu, que tout le monde respecte les mêmes règles : Il y avait
un certain nombre de chercheurs qui faisait de la kleptomanie et qui gardaient les
livres dans leur bureau ou chez eux (J.-M. Bertrand).

Bernaudin Anne-Claire, Charra Gaëlle, Charrier-Arrighi Nathalie, Desalme Aubierge, Pinet Nicolas 22
| DCB 14 | Mémoire de recherche | Juin 2005

Droits d’auteur réservés.


Très pointus, les fonds documentaires de ces bibliothèques se sont souvent
développés de manière empirique : chaque laboratoire a même une bibliothèque,
je dirais presque « historique » : certaines unités existent depuis dix ans ou même
un peu plus, les livres s’accumulent au fil du temps (B. Miroux).

Choix ou rythme des acquisitions, gestion du lieu, conditions d’emprunt, les


procédures d’utilisation de la bibliothèque de laboratoire sont allégées : si l’on
veut un livre, le laboratoire l’achète. Nous avons ici une collection de livres qui
nous est propre, nous avons estimé qu’ils étaient d’un usage courant pour tout le
monde, et que ce n’était pas la peine de descendre à la bibliothèque pour les
consulter (B. Miroux). O. Piquet : Comme c’est nous qui les avons commandés [les
ouvrages], nous savons où ils se trouvent et où aller les chercher.
Mais faute de gestion professionnelle, voire parfois de véritables locaux, la
frontière entre bibliothèque de laboratoire bien identifiée et dépôt « anarchique »
de documents utiles à tous est parfois ténue, puisque B. Chevassus-au-Louis en
vient même à parler de bibliothèque informelle : il y a la bibliothèque de
laboratoire informelle, c'est-à-dire l’endroit où les gens mettent en commun des
choses et là c’est difficilement accessible par des gens extérieurs, c’est réservé aux
chercheurs du laboratoire.

Quasiment tous les chercheurs s’accordent à regretter le manque de crédits


des bibliothèques de laboratoire. Beaucoup estiment que la présence d’un
professionnel ne s’y justifierait pas, ou plus, comme, par exemple, S. Berry : Au
niveau d’un laboratoire on comprend bien qu’on n’ait pas forcément une
bibliothécaire pour maintenir une base de données, s’occuper des collections,
faire venir de nouveaux ouvrages. Ils sont toutefois nombreux à regretter les
inconvénients induits par le mode de fonctionnement empirique de leur
bibliothèque : absence de classement, mais surtout de catalogue ; impossibilité de
connaître la disponibilité des ouvrages : Dans les améliorations, il y a d’abord les
fantômes, c’est évident. Un inventaire également (S. Berry).

Bernaudin Anne-Claire, Charra Gaëlle, Charrier-Arrighi Nathalie, Desalme Aubierge, Pinet Nicolas 23
| DCB 14 | Mémoire de recherche | Juin 2005

Droits d’auteur réservés.


Néanmoins, les avantages de la bibliothèque de laboratoire aux yeux des
chercheurs sont multiples : directement en prise avec leur sujet de recherche, elle
est l’endroit pratique et de référence, une sorte de prolongement documentaire du
laboratoire, avec laquelle les chercheurs ont en général un lien très fort.

2.1.2. La bibliothèque « de paillasse »

Complémentaire à la bibliothèque de laboratoire, et encore plus proche


physiquement du chercheur, on trouve la bibliothèque que nous appellerons « de
paillasse ». Il ne s’agit plus à proprement parler d’une bibliothèque, mais plutôt
d’un empilement d’ouvrages que le chercheur a besoin de garder à portée de la
main.
Elle est souvent composée de livres empruntés parfois depuis longtemps
dans l’une ou l’autre bibliothèque, et éventuellement de livres personnels. Il y a
des références dont on a besoin tout le temps et que l’on acquiert à titre personnel
même si c’est dans la bibliothèque du laboratoire ou dans la bibliothèque de
l’institution parce que l’on s’en sert sans arrêt, sans arrêt (G. G. Aymonin).
A la question : Conservez-vous des ouvrages de la bibliothèque dans votre
bureau ?, G.G. Aymonin, répond : Oui, beaucoup. Vous verrez tout à l’heure un
bureau en pagaille où il y a beaucoup d’ouvrages ; M. Pignal : On a toujours un
certain nombre d’ouvrages de référence qu’on garde ; S. Berry : j’ai les livres
dans mon bureau depuis deux ans ; J.-J. Benayoun : on a également des livres, à
nous ou à l’équipe dans nos bureaux.
Certains chercheurs ont même des abonnements personnels à des revues,
comme S. Fudral : Moi, j’ai mes abonnements. On est tous abonné à des revues,
entre une et trois revues différentes et puis ensuite on a les thèses qu’on stocke et
puis des ouvrages personnels et des ouvrages achetés par la communauté pour le
laboratoire.
D’un usage quotidien, ce noyau dur d’ouvrages que le chercheur ressent
comme indispensables (M. Pignal : Mais il y a besoin de les avoir à portée de
main, au cas où !), est fréquemment doublé par des dossiers personnels, constitués
d’impressions d’articles de périodiques, ou de dossiers documentaires numériques,

Bernaudin Anne-Claire, Charra Gaëlle, Charrier-Arrighi Nathalie, Desalme Aubierge, Pinet Nicolas 24
| DCB 14 | Mémoire de recherche | Juin 2005

Droits d’auteur réservés.

Vous aimerez peut-être aussi