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La Passion Tragique de Raphaël

Dans l'extrait 'La Mort de Raphaël', Pauline est confrontée à la douleur et au désir dévorant de Raphaël, qui, dans un état de désespoir, tente de la forcer à l'accepter avant de sombrer dans la folie. La scène illustre la déshumanisation progressive de Raphaël, transformé par ses désirs en une figure presque monstrueuse, tandis que la beauté de Pauline augmente dans son sacrifice. Ce tragique amour, où la survie de l'un dépend de la mort de l'autre, met en lumière la brutalité des passions humaines.

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La Passion Tragique de Raphaël

Dans l'extrait 'La Mort de Raphaël', Pauline est confrontée à la douleur et au désir dévorant de Raphaël, qui, dans un état de désespoir, tente de la forcer à l'accepter avant de sombrer dans la folie. La scène illustre la déshumanisation progressive de Raphaël, transformé par ses désirs en une figure presque monstrueuse, tandis que la beauté de Pauline augmente dans son sacrifice. Ce tragique amour, où la survie de l'un dépend de la mort de l'autre, met en lumière la brutalité des passions humaines.

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La Mort de Raphaël

Un cri terrible sortit du gosier de la jeune fille, ses yeux se


dilatèrent, ses sourcils violemment tirés par une douleur inouïe,
s’écartèrent avec horreur, elle lisait dans les yeux de Raphaël un
de ces désirs furieux, jadis sa gloire à elle ; et à mesure que
grandissait ce désir, la Peau en se contractant, lui chatouillait la
main. Sans réfléchir, elle s’enfuit dans le salon voisin dont elle
ferma la porte.
– Pauline ! Pauline ! cria le moribond en courant après elle,
je t’aime, je t’adore, je te veux ! Je te maudis, si tu ne m’ouvres !
Je veux mourir à toi ! Par une force singulière, dernier éclat de vie,
il jeta la porte à terre, et vit sa maîtresse à demi nue se roulant sur
un canapé. Pauline avait tenté vainement de se déchirer le sein, et
pour se donner une prompte mort, elle cherchait à s’étrangler avec
son châle.
– Si je meurs ; il vivra, disait-elle en tâchant vainement de
serrer le nœud. Ses cheveux étaient épars, ses épaules nues, ses
vêtements en désordre, et dans cette lutte avec la mort, les yeux en
pleurs, le visage enflammé, se tordant sous un horrible désespoir,
elle présentait à Raphaël, ivre d’amour, mille beautés qui
augmentèrent son délire ; il se jeta sur elle avec la légèreté d’un
oiseau de proie, brisa le châle, et voulut la prendre dans ses bras.
Le moribond chercha des paroles pour exprimer le désir qui
dévorait toutes ses forces ; mais il ne trouva que les sons étranglés
du râle dans sa poitrine, dont chaque respiration creusée plus
avant, semblait partir de ses entrailles. Enfin, ne pouvant bientôt
plus former de sons, il mordit Pauline au sein. Jonathas se présenta
tout épouvanté des cris qu’il entendait, et tenta d’arracher à la
jeune fille le cadavre sur lequel elle s’était accroupie dans un coin.
– Que demandez-vous ? dit-elle. Il est à moi, je l’ai tué, ne
l’avais-je pas prédit ?
Analyse

Les manifestations physiques qui ponctuent la première partie du texte renvoient à la réaction de Pauline ayant pris conscience du pouvoir de la
Peau. La souffrance de la jeune femme se traduit par une énumération : « un cri terrible sortir du gosier », « ses yeux se dilatèrent », « ses sourcils
violemment tirés par une douleur inouïe ». Nous pouvons parler d'une hypotypose vu la précision et la vivacité de la description. Les adjectifs et
adverbes hyperboliques (« terrible » « violemment », « inouie ») et les verbes au passé simple créent un effet frappant. Le narrateur nous donne
Introduction à voir le pouvoir magique de la Peau par le biais d'un chiasme qui révèle le rapport inversé entre cette dernière et le désir. En effet, le verbe «
grandissait » s'oppose à « contractant » et le sujet postposé « ce désir » permet d'avoir une structure en croix scellant la corrélation entre le
« Le roman est un miroir que l’on promène le long
talisman et l'envie. Les gérondifs « en se contractant » et « en courant » créent un effet de simultanéité rendant la scène plus intense et ce, par la
du chemin ». Honore de Balzac est un écrivain
superposition des actions. Cette saturation contribue au chaos mis en scène et au délire des personnages. La périphrase « le moribond » sert à
majeur du XIXe siècle et il se sert généralement du
définir le protagoniste par le sort qui le guette : la mort. La négation lexicale « sans réfléchir » dénote l'activation de l'instinct et le retrait de la
genre romanesque afin de présenter le monde d’une
raison. Nous avons l'impression que Pauline réagit impulsivement pour se protéger. Mais il s'agit en réalité de préserver la vie de son amant. Par
manière réaliste et philosophique. En 1830, il publie
un effet d'écho, Pauline est interpelée à deux reprises. La multiplication des phrases exclamatives ainsi que le verbe de parole « cria » expriment
La Peau de Chagrin qui occupe une place essentielle
le désespoir de Raphaël et mettent en valeur la violence extrême de la scène. Le désir du protagoniste est clairement exprimé par le verbe «
au sein de « La Comédie Humaine », une large
vouloir » qui clôture une gradation exclamative : « je t'aime, je t'adore, je te veux ! ». Cette figure de style fait de Pauline une femme aimée, une
fresque romanesque composée de 90 romans.
idole puis un objet d'un désir absolu et sans limite, voire un désir ravageur. Le désespoir de Raphaël le pousse à formuler une menace : « Je te
L’extrait, « La mort de Raphael » incarne l’excipit
maudis, si tu ne m'ouvres ». Dans cette scène la passion révèle bien son double sens : amour et souffrance. Il s'agit d'une passion funeste. La folie
de l’œuvre et reflète comme un miroir, l’intensité
atteint son paroxysme lorsque Raphaël use de ses dernières forces : « force singulière », « dernier éclat de vie », « jeta la porte à terre ». Cette
des désirs et des tourments humains, révélant ainsi
force surhumaine représenté par des groupes nominaux suggère que Raphaël est traversé par un souffle presque démoniaque. Cette folie s'est
la vérité brutale des passions qui consument les
également emparée de Pauline décrite par une accumulation de verbes d'action « se roulant », « se déchirer le sein », « s'étrangler avec son châle
personnages. Ainsi, comment Balzac met-il en scène
», « serrer le nœud ». L'expression « se déchirer le sein » confère aux actions une dimension théâtrale : il s'agit d'un spectacle qui va accroître le
l’agonie de Raphaël ? Afin de répondre à cette
désir de Raphaël. L'antithèse « si je meurs, il vivra » révèle le tragique de la scène : les deux amants ne peuvent pas exister dans le même monde
interrogation nous nous intéresserons de prime
: la survie de l'un des amants passe par la mort de l'autre. Pauline cherche donc à se sacrifier par amour.
abord à la réaction de Pauline face au pouvoir de la
Peau (l.1- 11) ainsi que la déshumanisation d’un Ainsi, après avoir analysé la réaction de Pauline face au pouvoir de la Peau, nous pouvons désormais nous intéresser à la déshumanisation
Raphaël agonisant (l.11-22) progressive de Raphaël, victime de ses propres désirs. Dans ce dernier mouvement, la déshumanisation de Raphaël et la transformation de Pauline
prennent une dimension tragique et symbolique, où l'amour destructeur et la folie se mêlent pour entraîner une fin fatale. Pauline subit une
métamorphose qui est relatée à l'aide d'une accumulation « Ses cheveux [...] épars », « ses épaules nues », « ses vêtements en désordre », « les
yeux en pleurs », « le visage enflammé ». Paradoxalement, cela ne fait qu'intensifier le désir de Raphaël exprimé par la métaphore « ivre d'amour
Conclusion » et l'hyperbole « mille beautés ». Tel Apollon poursuivant Daphné, Raphaël déclenche une transformation dont il n'est pas sauf lui-même. En
effet, la métaphore « avec la légèreté d'un oiseau de proie » confirme l'animalisation du protagoniste et explicite le rapport de force entre les
En somme, la présence de Pauline précipite la mort
personnages : nous assistons à une scène de chasse mêlant prédateur et proie. Nous nous rendons compte alors que la phrase exclamative « Je
de Raphael. La jeune fille tente en vain d’échapper
veux mourir à toi ! » constitue la dernière parole du personnage. La passion amoureuse de Raphaël est destructrice comme le suggère la métaphore
au désir destructeur de son amant. Ce dernier perd
de la dévoration : « le désir qui dévorait toutes ses forces ». Cette figure de style souligne également la dépense de l'énergie restante et fait partie
toutefois peu à peu son caractère humain. Nous
du processus de déshumanisation du personnage. Ce dernier devient un monstre tandis que la beauté de Pauline augmente. Ainsi, un
pouvons rapprocher ce texte de la scène finale de
rapprochement avec le conte est inévitable. Nous pensons en particulier à La Belle et la Bête qui met en scène cet amour alliant beauté et
Rhinoceros d’Eugène Ionesco. Bérenger appelle
monstruosité. La perte de l'énergie se traduit par la perte de la parole or la parole est associée au souffle et le souffle à la vie. Les mots sont
Daisy et tente de se transformer en Rhinoceros. Le
remplacés par des bruits inintelligibles qui renforcent l'image animale. Le tout est couronné par une action létale : mordre, seul moyen
texte de Balzac s’ancre cependant dans le tragique
d'expression. Cependant, ce n'est pas Pauline qui en mourra mais Raphaël lui-même. Ainsi, Raphaël se rapproche également du vampire. Mais,
alors que l’extrait moderne se rattache davantage à
il s'agit d'un vampire qui meurt de ses propres morsures. L'intervention du domestique Jonathas « tout épouvanté des cris qu'il entendait »
l’absurdité de l’existence.
témoigne de l'horreur de la situation mais surtout, effectue une rupture avec le caractère fantastique de la scène finale. Nous remarquons que la
mort de Raphaël est elliptique : c'est le regard de Jonathas qui confirme son état et en particulier l'usage du substantif « le cadavre » qui achève
de déshumaniser le protagoniste : il n'est plus désigné par son prénom mais par un terme générique. Quant à l'état mental de Pauline, il se manifeste
sous la forme d'interrogations insensées, dépourvues de logique. La jeune femme semble effectivement avoir sombré dans la folie. Nous pouvons
même dire que la mort lui permet de posséder son amant. Le chiasme « il est à moi, je l'ai tué » crée un croisement qui relie les personnages à
jamais dans la tête de Pauline. Terminons avec le verbe « prédire » qui ne peut que nous rappeler la sentence orientale incrustée sur le talisman.
Pauline semble se substituer à la Peau. D'ailleurs ne trouve-t-on pas cette dernière dans le prénom même de la maîtresse de Raphaël.

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