Langue française pour le FLE I- Le système phonologique du français
Danielle Omer Le système phonologique du français - 2
Langue française pour le F.L.E.
I- Le système phonologique du français (2)
5) LES VOYELLES
Dans un souci de simplification beaucoup plus que d’exactitude on a l’habitude de placer les
voyelles du français sur un trapèze censé représenter leurs lieux de réalisation dans la cavité
buccale.
1) 2)
fermées antérieures postérieures
ouvertes
Dans le schéma n° 1 tout ce qui sera représenté dans la partie supérieure comprendra les
voyelles appelées fermées, c’est-à-dire celles que l’on prononce les mâchoires les plus
fermées alors que dans la partie inférieure, il s’agira des voyelles que l’on prononce les
mâchoires les plus ouvertes.
Dans le schéma n° 2 tout ce qui sera représenté à gauche comprendra les voyelles appelées
antérieures, c’est-à-dire celles qui ont leur point d’articulation le plus vers l’avant de la
bouche, alors qu’à droite, il s’agira des voyelles qui ont leur point d’articulation le plus vers
l’arrière de la bouche.
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Les voyelles du français
[i] [u]
[y]
[e] [ø] [o]
[´] [ O‡]
[ ε] [œ] [ O]
[E‡] [œ‡]
[a] [ A‡]
[ A]
CE QU’IL FAUT RETENIR :
1 3 voyelles reconnues comme phonèmes n’ont pas à être prises en considération.
2 Les voyelles n’ont pas de distinction de longueur.
3 Le français a des voyelles nasales et non nasales.
Revenons sur chacune de ces remarques :
1.
[ ´] Pour des raisons didactiques, il est préférable de ne pas se servir de ce phonème car s’il se
justifie d’un point de vue historique sa prononciation actuelle est assimilable à celle de [ø] ou
[œ] (Exemples : probablement, prends-le, dehors, crevette etc.). S’il n’est pas prononcé, c’est
surtout une graphie qui ne correspond pas à un phonème spécifique, c’est ce qu’on appelle le
« e muet » en orthographe ; il n’a, comme son nom l’indique, aucune existence dans la
prononciation (livre, calepin, allemand etc.).
[ A] Ce [A] antérieur a, en théorie, des occurrences très rares (5% contre 95% de [a]).
Exemples : «tas, las, bas, » qui sont des monosyllabes ouverts et seulement devant [z] en
syllabe fermée : rase, gaz, phrase.
Exemples de mots avec opposition de cette paire minimale : « bail/baille - patte/pâte -
halle/hâle - tache/tâche » En fait, même pour ces occurrences, la distinction se fait de moins
en moins.
[œ‡] C’est le même cas de figure que précédemment. Les couples en opposition sont rares (une
vingtaine de couples comme par exemple « brin/brun - empreint/emprunt - Alain/alun, etc. »),
D’une part, la rareté des occurrences dans lesquelles un seul des deux phonèmes permet de
différencier un lexème d’un autre (comme dans [brE‡]/[ brœ‡]) fait perdre de sa pertinence au
système d’opposition qui tend alors à disparaître, et d’autre part, la différence entre ces deux
nasales est celle que l’on perçoit le moins, du point de vue acoustique. Les occurrences
théoriques de [œ‡] sont surtout représentées par un qui est syntaxiquement bien spécifié et qui
est le plus souvent prononcé [ E‡] dans le Nord.
Dorénavant, ces trois voyelles ne seront plus prises en compte et ne seront plus utilisées
pour les exemples. Dans les exercices que vous aurez à faire, vous ne devez plus en tenir
compte. Nous fonctionnons maintenant avec un système à 13 voyelles.
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2.
La différence de longueur n’est pas phonologisée, c’est-à-dire qu’elle ne sert jamais à
différencier deux mots ce qui ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. Ex. : la voyelle finale dans
[ildO:r], [εlεgrA‡:d] s’oppose en longueur à la voyelle finale dans [sEtE‡dOg], [ørOp]. C’est une
spécificité bien existante dans nos réalisations phonétiques et on peut même dire que plus la
voyelle est longue et plus les caractéristiques de fermeture ou d’ouverture sont accentuées.
Autrement dit, une voyelle longue est plus ouverte ou plus fermée qu’une voyelle brève. Les
locuteurs francophones n’ont pas systématisé cette opposition et ne la perçoivent pas comme
une marque distinctive entre deux sons.
3
[A‡], [E‡], [O‡] : ce sont les voyelles nasales du français. Malgré la transcription proche ces
voyelles nasales n’ont pas pour base [A], [E], [O]. Rappelons que le trait de nasalité correspond
à un passage dans la cavité nasale d’une partie de l’air expirée. Pour faire l’expérience du trait
de nasalité vous pouvez prononcer chasse et chance en vous bouchant le nez, vous sentirez
l’air arriver lors de la prononciation du deuxième exemple.
HISTORIQUE : la phonologisation a eu lieu au XVIe siècle, lors de l’amuïssement définitif
du [´] muet et la chute de la consonne nasale. Cependant ce phénomène avait commencé
beaucoup plus tôt.
Les voyelles nasales n’existent qu’en polonais, portugais et breton pour les langues
européennes. Pour des explications plus fournies lire Carton : 1974 : 181-185.
6) L’accentuation
L’unité rythmique
C’est toujours sur une voyelle que tombe l’accent, jamais sur une consonne. En français, on a
coutume de dire que l’accent tombe sur la dernière syllabe des mots (c’est-à-dire sur la
voyelle de la dernière syllabe) ; cela est juste si on ne prononce qu’un mot, or c’est rarement
le cas. A l’oral, les mots, qui correspondent à la représentation de l’écrit, ne sont pas d’une
grande utilité car ils ne constituent en rien une unité prosodique et rythmique. Wioland
(1991 : 8-12) recommande l’expression unité rythmique que nous utiliserons dorénavant ; on
peut trouver aussi groupe accentuel (Carton :1974 : 98-103) et groupe rythmique (Léon :
1992 : 110 et suivantes)1. C’est à Wioland que nous emprunterons nos exemples.
De quoi est composée une unité rythmique et qu’est-ce qui la caractérise ? A l’oral, beaucoup
plus que le mot c’est la syllabe qui est pertinente. Rappelons qu’une voyelle est toujours et
nécessairement le noyau d’une syllabe : autant de voyelles, autant de syllabes.
Voici des exemples d’unités rythmiques comprenant deux et cinq syllabes (exemples :
Wioland : 1991 : 8-12)
Au secours [o-skur]
A droite [a-drwat]
qu’elles viennent [kEl-vjEn]
tout de suite [tu-dsÁit]
Nous sommes invités [nu-sOm-zE‡-vi-te]
Un avertissement [E‡-na-vEr-tis-mA‡]
1
Dans le domaine de la phonétique comme dans beaucoup d’autres des sciences humaines, la terminologie est
flottante et constitue une difficulté majeure pour l’étudiant.
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Il faut tout de suite remarquer que la syllabe orale ne correspond pas toujours à la syllabe
graphique car en français oral on relève de nombreuses liaisons et enchaînements.
Il faut toujours traiter la prononciation à l’intérieur d’une unité rythmique et ne pas oublier
que les marques de singulier ou pluriel, de féminin ou masculin des déterminants comme un,
une / le, les / ce, cette, ces / mon, ma, mes etc. ou encore les marques de la personne je / tu /
etc. contribuent très étroitement à construire le sens des énoncés et que phoniquement ils sont
en général atones ce qui implique qu’ils forment une seule unité phonique avec le terme
auquel ils se rapportent.
Les voyelles qui sont prononcées les plus clairement et les plus distinctement sont les voyelles
accentuées (celles qui sont placées dans la dernière syllabe d’une unité rythmique). Il est donc
très important quand il s’agit de présenter les voyelles du français à des apprenants étrangers
de leur donner des exemples où les voyelles font entendre au mieux leurs caractéristiques.
Pour cette raison, il faut que les voyelles choisies pour être présentées soient accentuées et
donc qu’elles soient placées dans la dernière syllabe d’une unité rythmique comme dans les
exemples (Wioland : 1991 : 8-12) ci-dessous :
A Paris [i]
Par là [a]
C’est tout [u]
Tu l’as vu ? [y]
Tu viens ? [E‡]
C’était bon [O‡]
Dans deux ans [A‡]
Sans danger [e]
En mer [E]
C’est faux [o]
Encore [O]
Nous deux [P]
dans une heure [œ]
La notion d’archiphonème
Sur les 13 voyelles présentées ci-dessus (rappel : 3 ont été supprimées) 7 sont toujours
perçues avec leurs traits distinctifs différenciés car elles n’ont pas de concurrentes proches :
[i], [y], [u], [a], [E‡], [O‡], [A‡]
Mais les 6 autres qui ne se différencient deux à deux que par un trait d’aperture2 perdent
l’opposition de timbre lorsqu’elles sont en position inaccentuée car la voyelle, dans cette
position, est alors prononcée plus brièvement et avec moins d’énergie articulatoire :
[o] et [O]
[P] et [{]
[e] et [E]
2
« articulation plus ou moins ouverte ou fermée » Léon : 1992 : 58 (synonyme : ouverture)
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Dans l’odorat les deux « o » perdent inévitablement la clarté du trait ouvert [O] ou fermé [o]
même si celui qui les prononce dans des conditions de parole ordinaire (en conversation par
exemple) en a une représentation précise. Beaucoup de locuteurs interrogés déclarent
fermement prononcer de tels « o » ou bien ouverts ou bien fermés ; il est rare de voir les avis
coïncider. Mais surtout, les spectrogrammes3 montrent que ces voyelles en position
inaccentuée peuvent soit avoir un degré d’aperture intermédiaire soit par assimilation être
fermées ou ouvertes selon que la voyelle accentuée est fermée ou ouverte. Ainsi les « o » de
odorat seront plutôt ouverts par assimilation avec le [a] ouvert accentué alors que les « o » de
Honolulu seront plutôt fermés par assimilation avec le [y] fermé accentué.
Dans ces conditions, on préfère parler de neutralisation de l’aperture et on note cette
neutralisation par trois archiphonèmes notés [O], [Œ ] et [E] qui correspondent aux
réalisations de [o], [O] et [P], [{] et de [e],[ E] comme ci-dessous :
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Image obtenue grâce à un spectrographe, appareil qui transforme les signaux acoustiques en schémas lumineux.
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[o] [P] [e]
[O] [Œ]
[E]
[O] [{] [E]
Dans la mesure où les apprenants ne distinguent guère les sons d’une langue étrangère, il est
intéressant de leur présenter cette caractéristique afin qu’ils ne s’efforcent pas inutilement de
prononcer « correctement » chaque phonème :
Les oppositions sont plutôt entre : [Œ] – [E] qu’entre [e] et [E] ou entre [P] et [{]
[Œ] – [O] qu’entre [o] et [O] ou entre [P] et [{]
je vais - C CV
[E] – [O] qu’entre [o] et [O] ou entre[e] et [E]
Bien évidemment, il n’est pas possible de donner une prononciation de chacun de ces
archiphonèmes puisqu’ils notent surtout une instabilité articulatoire. C’est une façon
commode de transcrire un son à la prononciation duquel on ne veut pas accorder trop
d’importance.
La distribution complémentaire en syllabe accentuée : les lois de position (Léon : 1992 :
85-86)
Syllabes ouvertes/syllabes fermées
• On distingue entre les syllabes ouvertes, c’est-à-dire qui se terminent par une voyelle (CV
« lit » [li] ou CCV « prix » [pri] ou CCCV « strident » [stri-dA‡]) et les syllabes fermées,
c’est-à-dire qui se terminent par une consonne (CVC « dort » [dOr] ou CVCC « cible »
[sibl]).
• En syllabe ouverte, le plus souvent la voyelle est fermée et en syllabe fermée la voyelle est
ouverte. « ces », « mer »/ « ceux », « seul »/ « seau », « sol » (cf. ci-dessous) ; voici le
tableau et les exemples donnés par Léon.
[E] [Œ] [O]
SYLLABE 1. E fermé 3. OE fermé 5. O fermé
OUVERTE ces [se] ceux [sP] seau [so]
SYLLABE 2. E ouvert 4. OE ouvert 6. O ouvert
FERMEE sel [sEl] seul [sœl] sol [sOl]
En français standard, cette loi s’applique pour 2, 3, 5. Mais pour 1, 4 et 6, elle présente des
exceptions explicables par l’étymologie, la graphie ou un phénomène d’assimilation. Il faut
noter que le français méridional (qui ne correspond pas au français reconnu comme standard)
respecte beaucoup plus que le français septentrional les lois de position en syllabe accentuée.
— 1. [E], en syllabe accentuée ouverte, est généralement ouvert [E] avec les graphies : -et,
ais, ait, aid, aient, aix, etc. ballet, jamais, chantait, laid, chantaient, paix.
— 4. [Œ], en syllabe accentuée fermée, se prononce avec le timbre fermé [P] dans toutes les
terminaisons -euse, euze, eusent, où le son [z] a une influence fermante, comme dans les mots
danseuse, Greuze, creusent, ainsi que dans le mot jeûne.
— 6. [O], en syllabe accentuée fermée, se prononce étymologiquement fermé et long [o:]
dans les mots où la graphie est au, comme dans haute, rauque, (l’ancienne diphtongue s’est
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réduite à un seul timbre mais a gardé une durée d syllabe longue); de même avec la graphie
ô, dans des mots comme ôte, hôte; ou dans des mots d’origine grecque, comme pôle, arôme,
chrome etc.
En outre, la terminaison [o:z] se comporte phonétiquement comme celle de [ø:z]; le [z]
exerce là aussi une influence fermante et l’on a ainsi : ose, pose, chose prononcés [o:z];
[po:z]; [So:z]. (Léon : 1992 :86)
La fréquence des voyelles en français :
Voici selon le récapitulatif de Wioland (1991 : 30) la fréquence des voyelles en français. Ce
sont ces mêmes données que Carton reprend (1974 : 71-72).
[E] 10,60 %
[a] 8,55 %
[i] 5,11 %
[Œ] 4,31 %
[O] 3,36 %
[A‡] 3,09 %
[u] 2,4 %
[O‡] 2,2 %
[y] 1,90 %
[E‡] 1,8 %
1 phonème sur 4 est une voyelle : [E], [a], [i].
Les voyelles représentent environ 43% des phonèmes du français à l’emploi.
Pour finir
Les timbres vocaliques varient beaucoup d’un individu à l’autre et d’un groupe à l’autre. Les
descriptions phonologiques du français ne peuvent que très imparfaitement reconstruire les
parlers des locuteurs francophones. Les variations sont dues entre autres à l’origine régionale
(le substrat) ou bien à l’entourage social (les sociolectes) et enfin au fait que parler est une
réalisation individuelle et personnelle. Cependant, la plupart du temps, nous ne percevons pas
ces variations car notre oreille s’est construit des seuils auditifs qui rétablissent la perception
automatique des prononciations standard.
Les voyelles du français sont majoritairement tendues (prononcées avec beaucoup d’énergie
articulatoire), antérieures (prononcées vers le devant de la cavité buccale) , labiales (avec
une projection vers l’avant des lèvres arrondies [y], [u], [o], [O], [P], [{], [O‡] [A‡] ; une
différence nette est faite entre les voyelles orales et les voyelles nasales.