Organes essentiels des machines-outils
Organes essentiels des machines-outils
DOCUMENTATION
07/10/2008
Machine-outil
Principaux organes
par François C. PRUVOT
Ingénieur-docteur
Ancien Directeur technique de Renault Machines-outils
Professeur honoraire, Directeur du Laboratoire de productique et de machines-outils
École polytechnique fédérale de Lausanne
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sur toutes les machines, et en particulier celles qui sont à coupe continue, telles
que les tours ou les aléseuses (ou les centres d’usinage, quand ils procèdent à
une opération d’alésage).
Pour comprendre le comportement d’une machine-outil en travail, il faudra
donc en établir un modèle. Il en sera de même pour la coupe des métaux. La
bonne concordance du comportement simulé de ces modèles et du compor-
tement réel des machines en travail doit alors permettre de montrer clairement
les paramètres et variables dont dépend un bon usinage.
Cette dernière phrase montre que l’adéquation de la machine à sa tâche ne
pourra se juger qu’en termes de topologie (caractéristiques des surfaces et des
relations qui existent entre elles, indépendamment de leurs dimensions) et de
métrique des surfaces usinées.
La machine devra donc répondre à un cahier des charges établi sur cette base.
Si cette pratique est obligatoire pour les machines spéciales qui, par définition,
doivent usiner des pièces de formes, dimensions et tolérances données, elle est
par contre complètement inhabituelle pour les machines universelles. Les perfor-
mances revendiquées par leurs constructeurs n’ont donc généralement pas
grand sens puisqu’ils se contentent, en plus des habituelles vitesses, puissance,
courses, etc., de donner une précision de positionnement sans indiquer les
conditions de son obtention (forces de coupe, vitesses, avance, charge sur la
table, température atteinte par les composants de la machine dans différentes
conditions de fonctionnement, etc.).
Pour éviter le genre de critique que nous venons de faire, nous devrons donc
donner, succinctement, les grandes lignes d’un cahier des charges de machine
universelle, afin de pouvoir, au moins qualitativement, en déduire ses principales
caractéristiques, qui serviront alors de point de départ à sa conception.
L’article « Machine-outil » fait l’objet de plusieurs articles :
[B 7 120] Présentation
[B 7 121] Principaux organes
[B 7 122] Exemples de machines
[B 7 123] Systèmes de fabrication
Les sujets ne sont pas indépendants les uns des autres. Le lecteur devra assez
souvent se reporter aux autres articles. Le numéro de l’article est suivi du numéro
de paragraphe ou de figure.
Rappelons la définition d’un modèle (d’une machine, d’un processus, etc.) : « c’est une
représentation formelle simplifiée de la réalité. Le modèle permet de rendre compte du compor-
tement de l’objet étudié avec une précision suffisante (qu’il faut donc définir). Il est toujours
arbitraire ; sa seule justification est dans la concordance de la réalité et du comportement simulé
du modèle. »
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Dans la théorie (le modèle) de la coupe orthogonale, on admet ■ Admettons d’abord que les pressions spécifiques de coupe sont
que la résultante de coupe Fc est dans un plan perpendiculaire des constantes pour un usinage donné, c’est-à-dire pour un métal,
(repéré « aa » sur la figure 1) à l’arête de coupe. Cette résultante Fc des paramètres de coupe (h, s, Vc ) et des paramètres outil (ϕ 0 , r, α, γ )
peut se décomposer en une force tangentielle de coupe F T et une donnés.
force de répulsion F R . Admettons aussi que l’outil se rapproche de la pièce à usiner d’une
distance ∆h h .
Si R est le rayon moyen de coupe R = R h
+ ----- , la vitesse de
1
2
La surface de la pièce avant usinage restant de rayon constant,
la profondeur de passe va augmenter de ∆h et la section de copeau
coupe Vc vaut Ω R (Ω étant la vitesse angulaire de rotation en rad/s). devient :
La puissance de coupe est : S + ∆S = (h + ∆h )s
Les forces de coupe [relations (5) (6) et (7)] subissent alors les
E˙ c = Ω RF T (1) variations suivantes :
F R , située dans le plan comprenant l’arête de coupe et l’axe de ∆F c = ∆hsK
la surface usinée (on admet que les deux droites sont concourantes), ∆F T = ∆hsK T
peut, à son tour, se décomposer en :
∆F R = ∆hsK R (9)
• une force radiale de répulsion :
∆F r = ∆hsK R cos ϕ 0
Fr = F R cos ϕ 0 (2)
∆F a = ∆hsK R sin ϕ 0
• une force axiale de répulsion :
Fa = F R sin ϕ 0 (3) Une rigidité est le quotient d’une variation de force par une varia-
tion de position corrélative. On écrit alors :
La section du copeau, en appelant h la profondeur de passe et s
l’avance par tour, vaut : ● rigidité statique de coupe
S=hs (4) ∆F c
k c = ----------- = sK
Si on appelle K la pression spécifique de coupe, K T la pression ∆h
spécifique tangentielle de coupe et K R la pression spécifique de
● rigidité statique de coupe tangentielle
répulsion, on a pour expression des forces de coupe :
∆F T
k T = ------------ = sK T
F c = SK ∆h
F T = SK T (5) ● rigidité statique de coupe en répulsion
F R = SK R ∆F R (10)
k R = ------------ = sK R
∆h
et on a alors : Fr = SK R cos ϕ 0 (6) ● rigidité statique radiale de coupe en répulsion
et : Fa = SK R sin ϕ 0 (7) ∆F r
k r = ----------- = sK R cos ϕ 0
∆h
● rigidité statique axiale de coupe en répulsion
Remarque : les relations (1) à (7) sont valables dans toutes les
conditions. Cependant, les hypothèses choisies montrent ∆F a
k a = ------------ = sK R sin ϕ 0
qu’elles n’ont tout leur sens que pour : ∆h
h r Nota : on peut trouver des relations strictement empiriques donnant K, K T , K R en fonction
de différents paramètres (y compris l’angle de coupe γ ).
autrement dit, l’essentiel de la coupe se fait par l’arête rectiligne Notre propos n’est pas de les donner ici. Elles devraient apparaître dans un article sur la
de coupe, ce qui correspond à des conditions d’ébauche coupe de métaux.
(typiquement : 0,4 < r < 2 mm et h > 4 mm).
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■ Pour les formules (5) (6) (7) (8) (9) et (10), nous avons admis l’exis-
tence de pressions spécifiques de coupe constantes, caractéristiques
d’un matériau. Dans la réalité il en va différemment. Ces pressions
spécifiques de coupe varient avec l’épaisseur e du copeau et, égale-
ment, avec la matière usinée et sa résistance et, encore, avec la
vitesse de coupe.
● Ces variations s’expliquent, au moins pour une part, relative-
ment facilement. Dans 1 cm 3 d’acier, par exemple, l’énergie de
liaison de tous les atomes vaut environ 1 MJ (106 joules).
La figure 2 montre que, pour un acier de résistance 600 MPa
(60 daN/mm2), la pression spécifique tangentielle de coupe pour
obtenir un copeau d’épaisseur e = 1 mm est :
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Exemple : Nota : la rugosité pic à vallée, désignée par R, qu’on obtient par usinage à l’outil, peut
se calculer par la relation simple :
a ) Revenons aux deux questions précédentes. En admettant que R = s 2 / 8r
toutes les passes ont même rigidité de coupe, on aura :
où s avance par tour,
kp0 6 r rayon de bec de l’outil.
4 ⋅ 10
5
- = 11,4
------------ = ----------------------- Il convient toutefois de prendre une marge, pour l’usinage de l’acier, du fait qu’il se
kr 3,5 ⋅ 10 forme parfois un bourrelet devant l’outil, qui augmente R. Ce bourrelet, appelé Spanzipfel
en allemand, ne semble pas avoir de nom en français. Dans la plupart des cas, l’usure
frontale de l’outil entraîne la diminution de R, qui peut alors devenir inférieure à la valeur
Au bout d’une passe, le défaut de circularité résiduel sera, selon la calculée. Cela ne dure pas, car la dégradation de l’outil s’accélère.
relation (11) :
2 ■ 4e conclusion
------------- = 0,161 mm
12,4 On peut, à partir des notions précédentes, définir le gain en
entraxe d’une broche. En effet, une des fonctions les plus impor-
Après la 2e passe, le défaut sera : tantes d’une aléseuse ou d’un centre d’usinage est d’usiner les loge-
0,161 ments des paliers qui fixeront l’entraxe de deux arbres. La distance
---------------- = 0,013 mm des arbres (d’une boîte de vitesses, par exemple) est essentielle au
12,4
bon fonctionnement des engrenages qui les relient. Il est facile de
Il faudra donc trois passes. On pourrait néanmoins se satisfaire de montrer que si l’entraxe de trous ébauchés (percés ou bruts de fon-
deux, si la surépaisseur totale n’était pas trop grande, en prenant des derie) est différent de l’entraxe fini souhaité, l’erreur initiale entraîne
outils différents (qui s’imposent d’ailleurs) pour l’ébauche et la finition une erreur finale. Un défaut de coaxialité δ 0 entre le trou ébauché
(cf. la troisième conclusion). et la position de l’axe de broche en finition peut se ramener au cas
vu précédemment ; mais il faut aussi prendre en compte la rigidité
b ) Il suffit d’écrire qu’en deux passes le défaut résiduel a pour
de coupe tangentielle. L’erreur maximale finale de position s’écrit
expression :
alors :
2
1 1
δ 1 = δ 0 --------------------------------- δ 1 = 2 δ 0 --------------------------------------------------------
1 + k p0 ⁄ k r
1 + kp 0 / k T + k r 2 2
et 0,01 = 2 (G0 )2
et on peut définir le gain en entraxe :
d’où : G0 ≈ 0,07
δ 2
k p0 = 13 k r = 4,5 · 106 N/m G 1 = ------1- = ---------------------------------------------------------- (12)
δ0
La rigidité k p0 au droit de l’outil est pratiquement la même dans
1 + kp0 / kT + kr 2 2
les deux cas. On voit cependant qu’une petite différence peut per- On notera de plus qu’un défaut de coaxialité entraîne l’apparition
mettre d’économiser une passe sur trois, ce qui est important quand d’un défaut de circularité, que l’on peut chiffrer par la relation (11).
on considère qu’il faut régler l’outil entre deux passes successives
(usinage manuel) ou changer d’outil et avoir un outil préréglé de
plus (usinage sur centre d’usinage). 3.3.3 Longueur optimale
Ce simple exemple montre bien l’importance du cahier des
charges d’une machine, même universelle. Avant d’arrêter cette étude du comportement statique d’une
broche, il faut noter qu’on peut définir ainsi sa longueur optimale :
■ 2e conclusion
si une broche est entièrement déterminée à l’exception de la
Un fabricant de machines pourrait être tenté, à la lecture de distance L entre ses paliers avant et arrière (figure 8) il existe une
l’exemple précédent, de vouloir prendre une broche extrêmement valeur optimale (L opt ) qui correspond à une rigidité maximale au
rigide. droit de l’outil.
Avant tout calcul, il est déjà évident que cela ne pourra se faire La compréhension physique de la longueur optimale est aisée.
qu’en augmentant son diamètre, en prenant des roulements plus En effet, si la distance entre paliers est très faible, une force radiale
rigides (des roulements à galets au lieu de roulements à billes, par F appliquée à une distance du palier avant sur la partie en
exemple). Cela serait se mettre dans une situation délicate. La broche porte-à-faux de la broche, entraîne une flèche en ce point, qui est
aura sa vitesse limitée à un trop bas niveau ; la consommation de essentiellement due à la flexibilité des paliers. La flèche due à la
puissance et donc la génération de chaleur seront trop élevées, ce déformation de la broche entre les paliers (qu’on peut en général
qui obligera à compliquer le système de lubrification – en utilisant, considérer, au moins en première approximation, comme des
par exemple, un groupe réfrigérant – ; la rigidité de la structure et appuis simples) est négligeable.
celle des glissières devront aussi être augmentées, pour qu’elles
Si la distance entre paliers pouvait être nulle, la flèche f p0 au
soient en accord avec celle de la broche. La machine sera finalement
droit de l’outil serait infinie.
trop lourde, trop chère et de performances limitées. Il faut, au
contraire, fixer avec rigueur les performances nécessaires de la Au contraire, si la distance entre paliers est très grande, la flèche
machine, mais celles-ci ne pourront l’être que par une étude sérieuse due aux paliers est négligeable et seule est à considérer la flèche
des besoins fonctionnels des surfaces usinées. due à la flexion de la broche. À la limite, une broche de longueur L
infinie entre paliers correspond aussi à une flèche infinie au droit
■ 3e conclusion de l’outil.
Un usage traditionnel et très pertinent consiste à faire plusieurs Dans les deux cas (distance nulle ou infinie) la rigidité étant nulle,
passes pour usiner des surfaces précises. On voit aussi que le on conçoit qu’il y ait une longueur optimale L opt pour laquelle la
choix de profondeurs de passe et avances par tour plus faibles pour rigidité au droit de l’outil sera maximale. Naturellement, le calcul
la finition (indépendamment des questions d’état de surface) que de la longueur optimale implique que l’on sache calculer la rigidité
pour l’ébauche est justifié ; malgré l’augmentation des pressions des paliers. Une méthode de calcul approchée de la rigidité des prin-
spécifiques due à la faible épaisseur du copeau, les rigidités de coupe cipaux types de paliers se trouve dans ([1], vol.2).
et donc le gain de la broche sont alors plus faibles. L’amortissement
des défauts de circularité est donc plus élevé. La dérivée F1 de la flèche au droit de l’outil par rapport à la
distance entre paliers est une fonction du troisième degré en L
n’ayant toujours qu’une seule racine réelle positive qui est juste-
ment L opt (figure 9).
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type hertzien (linéaires ou ponctuels), très peu dissipatifs, car dépen- Cet exemple nous semble typique des améliorations, tant en qua-
dant aussi essentiellement de l’hystérésis de la matière des lité qu’en coût, qu’on peut apporter à une gamme d’usinage en
composants du roulement. D’ailleurs, même avec l’utilisation de gérant correctement et surtout ensemble plusieurs domaines qu’on
paliers à très forte dissipation (paliers hydrostatiques, pouvant voit encore trop souvent indépendants : étude de la pièce (ou plutôt
facilement conférer un facteur d’amortissement égal et même bien de l’ensemble, car plusieurs pièces ainsi que tout le processus
supérieur à 1, paliers hydrodynamiques, paliers magnétiques), on d’assemblage final peuvent être impliqués), qui devra tenir compte
ne constate pas une augmentation sensible de l’amortissement de de la totalité du processus de fabrication ; choix du (des) processus
la broche qui résulte, pour l’essentiel, du comportement de l’arbre et de ses paramètres ; choix des composants des machines (par
dont les pertes restent très faibles. C’est donc que l’échelon de exemple choix d’une rigidité de broche), tenant compte de l’inter-
matière ne correspond pas à un échelon de force. Si celui-ci modélise action pièce à usiner/processus/machine.
correctement la force tangentielle de coupe F T , par contre c’est une Une très légère modification d’étude a permis la suppression d’une
rampe (force F R croissant linéairement avec le temps) qui constitue opération de finition devenue sans objet, l’alésage au grain étant
le meilleur modèle de la force de répulsion de coupe (figure 11). Cela tout à fait suffisant pour assurer la qualité de la pièce ; les paliers
est dû au fait que, pour l’essentiel, cette dernière est liée au frotte- usinés eux-mêmes sont simplifiés. Enfin, notons que la conception
ment du copeau sur la face de coupe de l’outil. du carter d’huile monobloc avec les chapeaux de paliers, courante
Du fait des très hautes pressions de contact entre copeau et outil dans les moteurs de course, était réputée trop chère pour un moteur
(supérieures à la résistance du matériau), la force de frottement est de grande production. Tout au contraire, elle s’avère plus écono-
sensiblement proportionnelle à la surface de contact copeau-outil. mique que les techniques traditionnelles.
On conçoit alors qu’au début de l’échelon de matière la force de En généralisant, on peut réaliser que ce type d’interaction,
répulsion de coupe soit nulle et qu’elle soit maximale quelques mil- commençant à la conception même des objets à produire, est la seule
lisecondes – au moins – plus tard, quand le copeau décolle de la possibilité pour les pays développés, à coûts salariaux élevés, de
face de coupe. compenser leur handicap en coûts de production vis-à-vis des pays
Nota : on peut penser à augmenter l’amortissement de la broche par l’utilisation à coûts salariaux faibles : conception pour la fabrication, nouveaux
d’amortisseurs. Nous ne pourrons pas traiter ici ce problème. Leur emploi est possible
mais délicat, dû à la très haute rigidité que l’on recherche. Il faut donc particulièrement processus et meilleure compréhension et utilisation rationnelle des
soigner la liaison broche-force d’amortissement. Les amortisseurs peuvent être passifs processus traditionnels, optimisation des moyens de fabrication,
(genre amortisseur de Frahm) ou actifs. Dans ce dernier cas, la force simulant un automatisation intégrale de la fabrication, l’homme n’intervient alors
amortissement est appliquée par un moteur.
que pour les tâches intelligentes (entretien, réglages, réparation,
dépannage, développement de nouveaux procédés, recherche).
Bloc-cylindres de moteur thermique En règle générale, on essaiera de remplacer l’homme par des
automatismes chaque fois qu’il interagit en temps réel avec le
Le modèle dynamique de l’interaction coupe-broche explique processus de fabrication. Il y a deux raisons à cela.
parfaitement ce que l’on constate quotidiennement, par La première est évidemment la productivité, un automatisme bien
exemple, dans l’industrie automobile. Un bloc-cylindres de conçu – et surtout prévu – étant plus performant (chez Ford aux États-
moteur thermique est souvent en alliage léger coulé sous Unis, le temps d’attente moyen avant une intervention humaine suite
pression, dont la pression spécifique de coupe est faible ; mais à une panne est 20 min. Ce temps est simplement lié au fait que le
sa résistance est aussi faible. On utilise alors généralement des personnel est déjà engagé dans d’autres opérations de dépannage).
chapeaux de vilebrequin en fonte ou en alliage léger à haute
La seconde raison, d’aspect humanitaire, va dans le même sens.
résistance. Quand on alèse le logement du vilebrequin à l’outil,
On cherchera toujours à éviter de soumettre un opérateur humain
on constate des défauts de circularité qui se présentent exacte-
à une cadence imposée par une machine, que l’homme assure une
ment, comme vu précédemment (§ 3.2), deux fois par tour, avec
opération de fabrication intercalée entre des postes automatiques
un échelon montant et un échelon descendant. De même, l’arrêt
ou que le rendement du système de fabrication dépende au premier
en rotation des coussinets minces qu’on met dans ces alésages
degré de son action (par exemple de dépannage). En outre, on a
se fait par des encoches, qui sont usinées par fraisage dans le
pu vérifier que la diminution du stress entraînait une amélioration
bloc-cylindres, quand celui-ci en est à sa phase d’ébauche.
de la qualité du travail de l’homme.
L’alésage finition se faisant après, on constate à nouveau les
mêmes défauts de circularité dus à l’interruption de la coupe.
Ces défauts nécessitent pour leur correction une opération de 3.4.3 Broutage ou broutement
finition qui ne peut être faite à l’outil – mêmes causes, mêmes
effets – ; on finit donc souvent ces alésages par pierrage ou à
l’alésoir multicoupe. ■ Un deuxième élément important – le premier étant la carac-
térisation et la compréhension des phénomènes non stationnaires –
Une solution plus intéressante consiste à supprimer la cause est la modélisation de ce qu’on appelle généralement broutage ou
du défaut plutôt qu’à ajouter une opération supplémentaire de broutement. Dans certaines conditions, en particulier de coupe
finition. Pour supprimer l’échelon de matière, il suffit que cha- continue (ce n’est pas une condition essentielle, mais cette coupe
peaux de palier et bloc-cylindres soient coulés dans le même facilite l’observation et l’expérimentation), on voit apparaître un phé-
matériau. C’est ce qu’a fait General Motors-Cadillac avec son nomène vibratoire. L’outil est agité de mouvements qui l’approchent
moteur North Star. Pour compenser la plus faible résistance du et l’éloignent périodiquement de la surface à usiner, au grand détri-
métal léger coulé, ils ont remplacé les chapeaux de paliers indé- ment de la qualité de la surface, qui n’est plus fonctionnelle car
pendants en fonte par un carter d’huile monobloc comportant l’amplitude peut devenir très grande, engendrant un défaut de forme
tous les chapeaux de paliers et qui est lui aussi coulé sous pres- important ; mais, aussi, l’outil voit sa durée de vie très fortement
sion. De plus, on peut alors facilement augmenter le nombre de écourtée (il peut ne tenir que quelques secondes), en même temps
vis de fixation de chaque chapeau. Les encoches antirotation des qu’une émission sonore de haute intensité peut se produire.
paliers peuvent facilement être supprimées et remplacées par Nota : dans d’autres cas, il n’y a pas émission sonore perceptible – elle est noyée dans
une pièce sans précision qui, rapportée dans un trou radial le bruit de fond de la machine et de l’atelier. C’est le cas de la rectification et de l’usinage
débouchant dans une gorge de faible profondeur située au en plongée avec des pelles de grande largeur, courant dans l’usinage au tour multibroche.
milieu de la portée de chaque palier des bloc-cylindres, arrête le Les facettes de rectification ou de décolletage ne sont rien d’autre que la manifestation non
audible du broutage.
demi-palier supérieur (ou inférieur).
■ Une mesure de la fréquence de broutage montre qu’elle corres-
pond à la fréquence propre d’un élément important de la machine,
généralement (mais pas toujours) sa broche, et même celle du pre-
mier mode de la broche.
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■ On peut mettre en évidence, expérimentalement, l’influence de On considère que ∆h étant petit par rapport à la profondeur de
différents paramètres : passe h, la pression spécifique de coupe reste constante.
● la profondeur de passe ; la stabilité décroît quand la profondeur Le rapport entre rigidité dynamique de coupe et rigidité statique
de passe augmente ; est alors :
● l’avance par tour ; la stabilité augmente avec l’avance par tour ; k 1c L cp
● le rayon de bec de l’outil ; la stabilité décroît quand le rayon
---------
- = ---------
- (15)
kc s
augmente ;
● la résistance de la matière ; la stabilité décroît quand la résis- s peut varier de quelques centièmes de millimètre à 1 mm, alors que
tance augmente ; L cp peut facilement atteindre une valeur de plusieurs millimètres
● la vitesse de coupe : très généralement, la stabilité décroît quand suivant la valeur de l’angle d’inclinaison d’arête principale ϕ 0 , la
la vitesse augmente ; au-dessous d’une certaine vitesse, le broutage valeur de la profondeur de passe, le rayon de bec, l’angle d’incli-
ne se produit plus, quelle que soit la valeur des autres paramètres ; naison de l’arête secondaire et, pour un peu, l’avance par tour. En
● la rigidité de la machine : elle est souvent due, pour l’essentiel, règle générale :
à sa broche – au droit de l’outil ; cette influence est prépondérante ; k 1c kc
la stabilité de coupe décroît quand la rigidité de la machine décroît.
ce qui permet de définir la rigidité dynamique de coupe k 1c : Autrement dit, la rigidité dynamique de coupe doit être, pour que
la coupe soit stable, beaucoup plus petite que la rigidité de la struc-
∆F c ture au droit de l’outil.
k 1c = ----------- = L cp K (14)
∆h
et, bien sûr, les autres rigidités dynamiques de coupe (tangentielle, 3.4.6 Remarques sur l’étude dynamique
en répulsion, etc.).
À ce point de notre étude, nous devons marquer une pause pour
faire quelques remarques.
■ Le broutage est connu, bien que sous des noms différents, dans
d’autres domaines que l’usinage et la machine-outil.
En aviation, on a connu les flottements de voilure et, dans les
turbines, les flottements d’aubage, toutes manifestations que l’on
regroupe sous le terme d’aéro-instabilité.
En génie civil, l’accident fameux du pont de Tacoma aux États-
Unis a exactement la même source. Il a ensuite fortement influencé
la construction des grands ponts ; en particulier, le premier grand
pont suspendu construit après la Deuxième Guerre mondiale, le
pont de Tancarville, et le plus grand pont haubanné, récemment
ouvert à la circulation, le pont de Normandie, près du Havre.
En automobile, les cris des freins à disques et à tambours des voi-
tures sont de même origine. Le frottement entraîne un voilement
dynamique du disque ou une ovalisation du tambour, qui engendrent
une intensité sonore alors que la fréquence est celle d’un mode du
disque ou du tambour (généralement, le premier).
Le grincement de la craie sur un tableau noir n’a pas d’autre
origine, ainsi que le shimmy qui affectait, autrefois la direction des
Figure 12 – Longueur de coupe projetée L cp
voitures et la stabilité des roulettes de queue ou de nez d’avions.
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■ La physique sous-jacente au broutage est facile à comprendre. broutage établi jusque-là disparaît. C’est simplement parce que
Elle peut s’expliquer par la figure 7, bien que la surépaisseur δ 0 n’y l’énergie fournie par la commande de puissance devient insuffisante
joue plus aucun rôle. On voit en effet que le processus de coupe est pour compenser les pertes hystérétiques et autres de la structure.
un système à contre-réaction, un système bouclé, un servo-
mécanisme , dont la source d’énergie est la commande de ■ On montre que l’essentiel de l’énergie perdue dans des structures
puissance. complexes, comme une machine-outil par exemple, est dissipée aux
interfaces par des microchocs (paliers avec jeu, en particulier) et des
● À une variation de position radiale de l’outil correspond une
microglissements [aux glissières, aux joints boulonnés (§ 4)].
variation de force de coupe et donc de puissance consommée. Sui-
Nota : certains spécialistes ont suggéré qu’on évite de trop serrer les boulons pour
vant le gain en boucle ouverte, le système peut être stable ou ins- justement permettre ces glissements consommateurs d’énergie.
table. Quand il est instable, c’est le moteur de broche qui, par le biais Malheureusement, ce faisant, ils oublient qu’ils perdent la qualité essentielle d’une
de la commande de puissance, alimente en énergie la vibration résul- bonne machine-outil : sa rigidité. De même, certaines machines anciennes présentaient
tante. Mais on a vu (§ 1.3) que la capacité de dissipation d’une des formes peut-être esthétiques mais peu aptes à donner une bonne rigidité. Elles
dissipaient plus d’énergie, du fait des concentrations de contraintes entraînant des fortes
machine-outil est très faible. L’instabilité entraînant, dans la structure déformations locales qu’on ne tolère pas dans les machines bien étudiées. Il y a là un
de la machine, un flux constant de puissance qu’elle ne peut dissiper, dilemme qu’il faut trancher.
sa seule réaction possible est de se mettre à vibrer. Une bonne structure de machine-outil, rigide, aura toujours des
● Dans un système quasi conservatif tel qu’une machine-outil, la pertes faibles. L’augmentation d’amortissement, si elle est néces-
seule possibilité d’intégrer temporellement la puissance est dans une saire, devra alors faire appel à des moyens artificiels, passifs ou
vibration d’amplitude croissante ; à la déformation maximale, l’éner- actifs.
gie cinétique est nulle et l’énergie potentielle maximale ; à déforma-
tion nulle, l’énergie cinétique est maximale et l’énergie potentielle ■ La relation (16) s’obtient simplement en écrivant que l’énergie
nulle. Ces deux énergies sont égales. L’amplitude doit donc obliga- dissipée, pour qu’un usinage soit stable, doit toujours être supérieure
toirement croître avec le temps et cette croissance ne peut s’arrêter à l’énergie fournie, pour une trajectoire quelconque de l’outil. On
qu’avec l’apparition d’une non-linéarité : démontre que la trajectoire la plus défavorable est circulaire : le
— la meule décolle de la pièce, en rectification ; comme la pro- cercle, pour un périmètre donné, entoure la plus grande surface. Or,
fondeur de passe est submicronique, il en résulte seulement des l’énergie reçue est proportionnelle à la surface et l’énergie dissipée
facettes, sans qu’on entende de bruit, l’amplitude étant insuffisante fonction monotone croissante du périmètre. La relation (16) est donc
pour que l’intensité sonore soit perceptible (§ 3.4.3) ; il en va de pessimiste. C’est un critère de stabilité grossier mais fort utile car
même pour les tours multibroche ; extrêmement commode d’emploi. Il est suffisant pour permettre de
— l’outil (ou une autre partie de la machine) casse, ce qui arrête voir si une opération d’usinage peut présenter un risque de broutage.
le processus ; Nous l’appelons critère énergétique de stabilité.
— l’opérateur arrête la machine. ■ Le critère dynamique de stabilité est plus délicat d’emploi et
Note : entre les deux guerres mondiales, le flottement de voilure, mal compris, était un de compréhension. Il est plus réaliste que le critère énergétique, car
problème majeur. Les pilotes d’essais avaient comme tâche essentielle de le détecter, en
mettant l’avion dans une situation critique. Très souvent, l’avion perdait une aile, ce qui
il utilise un modèle plus complexe, plus proche de la réalité. Il peut
constituait une non-linéarité essentielle mettant fin à l’instabilité ; mais le pilote n’avait s’obtenir algébriquement, en admettant que le système complet
alors plus qu’à sauter en parachute, s’il le pouvait. Les avions de la fin du XXe siècle, ne machine/processus est linéaire. Le traitement non linéaire ne peut
présentent plus ce phénomène. Notons néanmoins que, sur le Boeing 707 et de nombreux être que numérique. Les résultats obtenus dans les deux cas sont
avions qui sont venus après lui, les réacteurs, montés sous la voilure jouent le rôle
d’amortisseurs de Frahm pour plusieurs modes de déformation, de flexion et de torsion. très voisins et sont confirmés par l’expérience.
● Il est alors facile d’imaginer quelques moyens de lutte contre le ■ Le critère dynamique et le critère énergétique peuvent s’obtenir à
broutage et, en règle général, les instabilités dynamiques : partir des mêmes équations de Lagrange du système. Il est facile
— augmentation de la rigidité de la structure ; dans le cas de la de montrer que le critère énergétique n’est rien d’autre que le critère
broche, il n’y a pratiquement qu’une seule possibilité : l’augmen- dynamique, la vitesse de la broche étant très grande, mais néan-
tation de son diamètre et/ou choix de paliers plus rigides ; moins inférieure à sa première vitesse critique. On comprend alors
— augmentation de l’amortissement ; comme on l’a vu (§ 3.4.2), que le critère énergétique soit pessimiste. Il n’en est pas moins fort
les possibilités sont extrêmement limitées ; utile et commode d’emploi.
— diminution du gain du servomécanisme ; en usinage, cela
reviendra souvent à diminuer la longueur de coupe projetée ; la ■ On peut aussi montrer que, contrairement à une croyance très
figure 12 montre ce que l’on peut faire (en particulier augmentation classique, l’emploi de la fonte comme matériau de structure de
de ϕ 0 ). machine, apporte peu au plan de la stabilité malgré ses pertes
internes plus élevées. On démontre que le matériau n’entre que
Le broutage n’est donc rien d’autre qu’une vibration autoexcitée pour 5 % environ dans les pertes énergétiques d’une structure. La
ou autoentretenue, qui apparaît aussi bien dans les systèmes rigidité est donc plus importante que les pertes internes.
linéaires que non linéaires.
■ On peut montrer qu’il n’y a transfert d’énergie que si l’outil
décrit une courbe fermée entourant une surface finie. Dans ce cas, 3.5 Étude thermique
l’énergie emmagasinée à chaque cycle est égale au produit de la sur-
face entourée par la trajectoire par la rigidité tangentielle de coupe.
Une trajectoire linéaire, droite ou non, ne saurait donc s’accompa- Les phénomènes thermiques qui se produisent dans une broche
gner de transfert d’énergie et ne pourrait donner lieu à un broutage. sont particulièrement complexes, pour deux raisons principales :
Un déplacement linéaire d’outil soumis à une perturbation peut être
obtenu par des moyens soit actifs, soit passifs. Nous ne prétendons — la lubrification du type pauvre ou limite (§ 3.5.3) a jusqu’à pré-
pas que cela est facile à obtenir mais seulement possible. C’est une sent fait l’objet de peu d’études ;
voie qui a été peu explorée, bien qu’on en cite des exemples dans la — le mode de montage des paliers ; quand ils sont à corps rou-
littérature (en particulier flexion déviée) et dans l’industrie. lants préchargés (§ 3.5.5), ils sont le siège de phénomènes thermo-
mécaniques qui n’ont que très peu été étudiés (cf. [1]).
■ L’étude analytique du modèle dynamique montre aussi fort bien En simplifiant beaucoup, on peut ramener l’étude thermique à
ce que l’on constate expérimentalement (§ 3.4.3) : au-dessous d’une l’exposé de quelques points principaux.
certaine vitesse de coupe, toutes choses égales par ailleurs, un
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■ D’une part, il agit comme contaminant interfacial, c’est-à-dire À la sortie des roulements, l’huile s’écoule par gravité et est
qu’il pollue les surfaces des corps roulants et des pistes ; il absorbe considérée comme perdue. Elle ne véhicule hors de la broche qu’une
l’énergie de surface et évite ainsi les microsoudures qui entraînent énergie négligeable. Quant à l’air, il a sensiblement le même effet
une destruction rapide des roulements en acier non lubrifiés. que dans la lubrification par pulvérisation (§ [Link]). La consom-
mation de puissance d’un roulement ainsi lubrifié est plus élevée
■ D’autre part, l’huile de base et le savon de la graisse remplissent qu’en lubrification à la graisse (§ [Link]). Cependant, comme le
les vallées de la rugosité des corps roulants et des pistes et per- contact ne peut pas être considéré comme ayant en amont une quan-
mettent ainsi, en supportant la charge du contact, d’éviter les pics de tité infinie de lubrifiant, ce mode de lubrification est appelé limite.
pression qui apparaîtraient aux points hauts des surfaces. Naturelle-
ment, le fonctionnement du roulement tend à faire disparaître ces La richesse du contact est encore plus grande si on alimente le
petites quantités de polluant indispensables, tant par action mécani- roulement avec un débit d’huile plus grand. Notons un point impor-
que que par effet thermique, instabilité chimique, oxydation de tant : les points d’amenée d’huile doivent être axisymétriques (au
l’huile. Le rôle de la graisse, qui se trouve hors du roulement, est jus- moins trois points à 120o) si on veut éviter qu’en fonctionnement
tement de réapprovisionner en huile et savon les dépressions de la broche change de direction dans l’espace quand on inverse son
l’état de surface. Pendant le rodage, quand la graisse est encore dans sens de rotation ou change sa vitesse. Cet effet est dû à une variation
le roulement, on doit donc démarrer la broche à basse vitesse ; la non axisymétrique de température circonférentielle des bagues de
vitesse maximale ne sera atteinte qu’après plusieurs dizaines roulement, crééé par le fait que le contact s’appauvrit et que le refroi-
d’heures (typiquement 30 à 50), de façon que la graisse, sous l’effet dissement diminue au fur et à mesure de l’éloignement du point
de la rotation, ne sorte que très lentement du roulement et reste à d’arrivée d’huile.
proximité immédiate (et même au contact) de la cage, qui servira Exemple : une solution très moderne consiste à lubrifier chaque
alors d’agent de réalimentation des surfaces des corps roulants et de roulement par un nombre relativement élevé (6 à 12) de jets de faible
la piste. diamètre (0,1 à 0,3 mm) alimentés à haute pression (10 à 15 bar), ce
Ce qui caractérise ce mode de lubrification, c’est la très basse qui crée des vitesses de jet élevées (40 à 100 m/s).
consommation de puissance, hors tout effet thermique auquel nous Les jets d’huile frappent alors corps roulants, cage et pistes et créent
reviendrons paragraphe [Link]. une convection élevée. En même temps, la grande vitesse des jets fait
qu’ils ne déposent qu’une faible épaisseur d’huile à l’amont des
[Link] Lubrification riche contacts. La lubrification est alors de type limite alors que le refroidis-
sement est proche de celui que confère une lubrification riche et peut
On la trouve à l’autre extrémité du spectre ; on en est absolument même être plus élevé.
sûr seulement dans un seul cas : la lubrification à broche noyée. On
peut la caractériser par la quantité d’huile à l’amont des contacts
corps roulants/piste, qui peut être considérée comme infinie. Dans 3.5.4 Modes de montage des roulements
le cas de la lubrification riche, la puissance consommée par les rou-
lements est maximale.
[Link] Types
Le refroidissement, très actif, se fait par convection forcée entre
les pistes et les corps roulants, d’une part, et, d’autre part, le milieu On définit classiquement deux types de montages :
liquide ; celui-ci, de très haute masse volumique par rapport à l’air — les montages avec jeu : les corps roulants ont entre les pistes
de la lubrification pauvre (environ un rapport 700), assure un un jeu pouvant aller de un à quelques micromètres pour les mon-
échange thermique très intense. Le renouvellement de l’huile per- tages dits de précision ;
mettra alors de véhiculer la chaleur hors de la broche. — les montages préchargés, dont on a vu qu’ils étaient indis-
pensables aux broches de très haute précision.
[Link] Lubrification par pulvérisation Or, sans exception, tous les montages de broches rapides utilisant
ou par brouillard d’huile des roulements à galets doivent être du type avec jeu (nous en ver-
On la trouve entre les deux extrémités du spectre. Les gouttelettes rons la raison paragraphe [Link] ; les broches de très haute précision
de lubrifiant, très fines, assurent une lubrification presque aussi devront, donc, être montées sur roulements à billes, ou utiliser des
pauvre qu’en lubrification à la graisse. Par contre, l’air qui sert de types de paliers autres que ceux utilisant des corps roulants.
véhicule aux gouttelettes d’huile renouvelle en permanence l’air inté- Ces règles classiques ne concernent que l’état de l’art actuel. Nous
rieur de la broche et le maintient à basse température. On montre verrons qu’on peut s’en affranchir (§ 3.7).
que cet air ne véhicule guère plus de 10 % de la puissance
consommée par les roulements. On peut aussi montrer que le renou- [Link] Montages préchargés
vellement a un effet déstabilisant. Notons que ce mode de lubrifi-
cation est interdit par les législations de tous les pays développés, Ils sont essentiellement de deux types.
si l’air chargé de particules d’huile n’est pas intégralement aspiré
■ Montages par interférence dimensionnelle : un exemple est
et recyclé à la sortie des paliers de broche, car le brouillard d’huile
donné figure 13. Quand les roulements avant voient leurs bagues
est considéré comme insalubre.
intérieures serrées ensemble, les bagues extérieures le sont aussi et
les billes sont préchargées entre les pistes. Cela est obtenu par la divi-
[Link] Lubrification air/huile sion du palier avant en deux groupes :
Afin d’éviter les problèmes de réaspiration, dont le coût est élevé, — le groupe le plus avant (AV 1) est formé de deux roulements
on a crée, depuis les années 70, ce mode de lubrification dit air/ huile. montés en tandem ;
Ici, l’huile circule dans des tuyaux d’amenée aux points de lubrifi- — l’autre groupe (AV 2) est formé d’un seul roulement, à contact
cation. Elle est injectée périodiquement à l’aide de doseurs (un débit oblique comme les précédents, mais monté en opposition, de façon
typique est de quelques millimètres cubes : 3,5 à 30 toutes les 10 à former un ensemble qu’on dira en « O » (en anglais back to back ).
à 15 min). Elle reste attachée aux parois du tube sous forme non On utilise aussi des montages en « X ». Les lignes de contact inter-
divisée et rampe vers l’orifice de sortie. La pression d’alimentation ceptent l’axe de broche et la distance entre les points d’intersection
en air est typiquement de l’ordre de 2 bar. est alors inférieure à la distance entre roulements ; pour le montage
Au point de sortie, à proximité immédiate du roulement, on en « O », elle est supérieure.
dispose des orifices de condensation qui, par l’effet de la tension
■ Montages à précharge élastique : un exemple est donné
superficielle, ne laissent sortir périodiquement vers le roulement que
figure 14. On peut remarquer un complet découplage des états ther-
des gouttes relativement grosses, donc ne formant pas brouillard.
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Figure 13 – Broche avec roulements avant préchargés par interférence dimensionnelle (SKF)
mique et de contrainte, si la rigidité des ressorts assurant la pré- SKF de la figure 13 en fonction du temps. La broche est lubrifiée
charge est négligeable par rapport à la rigidité axiale des roulements. à la graisse. Ces courbes correspondent à un échelon de vitesse
Pour que cela se réalise dans les faits, il faut aussi que les 0-6 000 tr/min. Elles sont correctement modélisées par des systèmes
bagues des roulements arrière soient libres de coulisser dans leur de premier ordre ayant des constantes de temps de l’ordre de 2 h.
alésage. Or, nous avons vu (§ 3.2) que les montages de précision Cependant, on voit que, après un temps bien supérieur (≈ 10 h), la
exigeaient une totale absence de jeu. Nous reviendrons sur ce température de certains composants se met à croître de manière
point (§ 3.7). exponentielle. Le couple d’entraînement subit une croissance de
même loi et, en quelques dizaines de secondes, l’accouplement de
sécurité de l’entraînement de broche casse. La broche étudiée
3.5.5 Classification des paliers à corps roulants (figure 13) a un groupe de palier avant composé de trois roulements
à billes préchargés (§ [Link]) ; le palier arrière est un roulement à
galets cylindriques de type NN, monté avec jeu. L’enregistrement
Celle-ci est bien connue. On distingue les roulements qui suivent. (figure 15) montre que ce sont les roulements avant qui sont res-
■ Roulements à contacts hertziens ponctuels : ce sont les roule- ponsables du phénomène constaté, que nous pouvons décrire
ments à billes qui, pour les broches de machines-outils, se réduisent comme une manifestation d’instabilité.
pratiquement à un seul type, le roulement à contact oblique, en ■ On peut faire une expérience de même type avec un arbre tel que
montage simple ou multiple (figures 13 et 14). Ces roulements celui de la figure 16, monté sur roulements à galets coniques lubri-
comprennent aussi les butées à billes qu’on utilise conjointement fiés par air/huile (§ [Link]). Jusqu’à 5 000 tr/min, le comportement
dans les broches avec les roulements à galets cylindriques. est conforme à ce qui est attendu. Mais, quand on passe
■ Roulements à contacts hertziens linéaires : ce sont essentielle- à 6 000 tr/min, cet arbre manifeste la même instabilité que nous
ment les roulements à galets, qu’ils soient à galets cylindriques venons de constater avec la broche ; les températures des compo-
(voir roulement arrière AR figure 13), à aiguilles (qui ne sont rien sants et le couple d’entraînement montrent la même croissance
d’autres que des galets cylindriques de rapport : exponentielle en fonction du temps.
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Figure 15 – Graphe des températures et du couple en fonction du temps pour la broche de la figure 13. Échelon de vitesse 0-6 000 tr/min
La constante de temps thermique des corps roulants est donc Le comportement thermique des corps roulants se montre alors
beaucoup plus faible que celle des deux autres éléments. On peut différent suivant la hauteur de l’échelon de vitesse (figure 18) :
alors créer un modèle très simple, mais qualitativement satisfaisant, — jusqu’à une vitesse limite, le système est stable ;
en admettant que corps et arbre de broche restent à température — au-dessus, il devient instable.
constante, seuls les corps roulants voyant leur température croître
La physique sous-jacente, une fois de plus, est facile à saisir :
avec le temps après l’établissement de l’échelon de vitesse
(figure 17). — tant que le gain de la boucle de contre-réaction à retour négatif
(donc stabilisant), qui caractérise le refroidissement des corps rou-
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Nota : les roulements à billes à précharge élastique peuvent néanmoins devenir proche du type riche (§ [Link]) et les problèmes d’instabilité ther-
instables, mais cela est dû à la forme torique des pistes. Quand l’angle de contact, du fait
des dilatations et des forces d’inertie centrifuges, devient égal à zéro, une dilatation des
mique sont peu à craindre ;
corps roulants ou de la bague intérieure n’est plus accompagnée d’une augmentation de — d’une commande de puissance indirecte, c’est-à-dire que la
force axiale. Le système peut alors devenir instable. poulie d’entraînement est portée par ses propres paliers et que la
broche est supposée ne recevoir qu’un couple pur, par l’inter-
■ On comprend enfin pourquoi les roulements à galets , sauf
médiaire d’un joint de transmission.
exception, ne peuvent jamais être montés avec précharge ; c’est sim-
plement que, du fait de la rigidité hertzienne bien supérieure des Dans la réalité, les choses ne sont pas aussi nettes que cela.
contacts linéaires par rapport aux contacts ponctuels (d’un facteur 10 Remarquons seulement qu’un déplacement radial et/ou angulaire
environ, toutes choses égales par ailleurs), le gain de la boucle à de la poulie n’est pas sans influencer la position radiale de la partie
contre-réaction positive est dix fois plus élevé que pour un roulement de l’entraîneur solidaire de la broche.
à billes alors que le refroidissement n’est guère supérieur. Sur les plans technologique et économique, nous allons nous
contenter d’étudier dans les grandes lignes les deux pièces prin-
cipales de la broche : l’arbre et le carter de broche. Nous verrons
que cette étude, pourtant élémentaire, nous permettra une généra-
3.6 Études technologique et économique lisation à toutes les broches et même à la plupart des pièces méca-
niques, sans nous limiter aux broches. De plus, elle nous permettra
une ouverture aisée sur l’évolution, à long terme, des machines-
3.6.1 Considérations générales outils.
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La tolérance n’est que 3 µm, ce qui la met dans une qualité proche Dans les meilleures conditions, on peut espérer avoir une pièce
de IT1. Elle est pourtant mal choisie, puisqu’elle laisse apparaître bonne près d’un an après le lancement de la commande (les deux
un jeu avec la bague intérieure des roulements. Au plan technolo- opérations sous-traitées ont déjà coûté deux mois, à chaque fois).
gique, il n’y a en fait que deux manières de coter et tolérancer. Le coût de cette broche avait été calculé à 2 500 unités de compte
■ Les roulements de haute précision ont toujours leur cote en micro- du pays où elle était usinée. Son coût réel, après les premières péri-
mètres inscrite sur leur boîte. Il suffit de choisir la cote et la tolérance péties, s’est alors élevé à 3 300 unités.
de l’arbre de façon qu’elles assurent un léger serrage (3 à 6 µm Ces quelques détails que nous venons de donner semblent cari-
d’interférence, par exemple). Ce procédé implique deux conditions : caturaux. Pourtant, ils correspondent sensiblement à ce qu’on peut
— d’abord, que les roulements soient, dès le départ, affectés à voir chez nombre de fabricants de machines-outils. Naturellement,
une broche donnée ; c’est une pratique habituelle pour les broches il existe des exceptions.
de haute précision ;
— ensuite, que l’atelier où la broche sera rectifiée soit à air [Link] Amélioration des méthodes de fabrication
conditionné ; sachant que le coefficient de dilatation de l’acier
est 1,2 · 10–5 m/K, on réalise que la température de l’air et celle du Une première idée, toute simple, consiste déjà à supprimer les
liquide de rectification devront être connues à 0,5 K près environ (1 K deux opérations sous-traitées hors de l’usine.
correspondrait sensiblement à la moitié de la tolérance de On remarque, en particulier, que le diamètre intérieur de la broche
rectification). ne constitue qu’un passage. Il n’a aucun contact avec aucune pièce.
■ La deuxième manière de procéder consiste à prendre les roule- Si on remarque que la gamme prévoit l’alésage à 73 puis à 75,
ments, là encore affectés dès le début à une broche, et de s’en servir en utilisant des porte-outils d’alésage antivibrations, et éventuelle-
comme de bague étalon d’un appareil automatique de mesure de ment en retournant la broche pour raccourcir la longueur alésée afin
cote et de commande de la rectifieuse. Il suffira d’arroser abon- d’éviter le broutage, on réalise alors qu’il eut mieux valu commander
damment broche et roulements avec le même liquide de coupe, pour le diamètre brut juste-à-temps, déjà percé à φ 75.
garantir l’égalité des températures et pour pouvoir rectifier la broche La deuxième opération (le redressage) se justifie par les défor-
à la tolérance prévue. Il n’y aura plus besoin d’atelier à air mations à la trempe après cémentation. La solution est alors simple :
conditionné. il suffit de remplacer l’acier 16 NC6 (Afnor) [16 Ni Cr 6, ISO] par un
acier 30 CAD 12 (Afnor) [30 Cr Al Mo 12 ISO]. Cet acier, avant livrai-
[Link] Gamme d’usinage son du brut, aura subi une trempe et un revenu à 600 oC, qui lui per-
mettent d’être usiné à l’outil sans difficulté. À la suite des opérations
Ces remarques sur le dessin de la broche étant faites, nous pou- d’ébauche, la broche sera alors nitrurée, traitement qui se fait à basse
vons nous intéresser à sa technologie de fabrication. La gamme température (570-600 oC) et n’entraîne de ce fait que de très faibles
d’usinage nous apprend que la broche subit 29 opérations dont deux déformations et rend inutile le redressage.
se déroulent hors de l’entreprise, chez des sous-traitants :
La pièce pourra ensuite être finie par rectification.
— la première consiste à faire percer le lopin d’acier à un diamètre
de 70 mm ; ■ Ces très simples modifications permettent une très grande
— la seconde est un redressage à la presse après cémentation. diminution du nombre d’opérations.
Sans entrer dans des détails, on peut déjà faire quelques On voit (figure 22) que, en prenant la pièce entre mandrin et
remarques importantes : la première concerne la probabilité pour pointe, on peut usiner toute la surface extérieure, y compris le
que cette broche respecte toutes les tolérances après 29 opérations. plateau de broche et les rainures de clavettes.
Une certaine expérience industrielle suffit à montrer qu’elle sera très Nota : on réalise néanmoins que les rainures des clavettes (et les clavetages en général)
faible. sont très mal adaptées à un usinage et un assemblage automatiques. La solution est dans
le Design for manufacturing, que nous ne pouvons traiter ici. Nous allons en voir
Dans ces conditions, il faudra nécessairement relancer la cependant un exemple dans ce paragraphe et également dans le § 4.5.
commande en faisant en sorte que la probabilité d’obtenir une bonne Pour cela, on a utilisé un centre de tournage muni d’outils tour-
broche soit nettement plus élevée que précédemment. D’autre part, nants et une lunette fixe à commande numérique.
c’est bien entendu toujours à la fin des opérations d’usinage qu’on
réalise qu’une pièce est hors tolérances. Celui-ci peut alors être placée sur la portée des roulements avant
et on peut effectuer le tournage des surfaces intérieures et
À une opération par semaine, il se sera écoulé près de trente l’usinage des trous du plateau de broche. On remarquera que cette
semaines avant qu’on relance la fabrication d’une nouvelle broche. prise interdit seulement l’usinage de l’extrémité arrière de la
Il n’est évidemment pas question d’y passer trente semaines de plus. broche. Cette surface, non fonctionnelle, restera brute de sciage.
La méthode classique de gestion est donc de créer, pour chaque opé-
ration – à chaque machine – une deuxième file d’attente prioritaire La pièce est ensuite nitrurée.
et dont les pièces font l’objet d’une surveillance spéciale.
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[Link] Aspect social moyenne série (et fabrication unitaire, bien entendu). Pour la très
grande série se posent d’autres problèmes que nous ne pouvons
Pour le personnel d’étude, il est tout à fait évident qu’il devra
traiter dans le présent cadre.
être d’une qualification d’une qualité bien supérieure à ce qui existe
maintenant. Son travail sera aussi beaucoup plus intéressant et il
devra, en permanence, actualiser ses connaissances dans un
domaine beaucoup plus vaste qu’aujourd’hui [processus, méthodes,
3.6.3 Corps de broche
fabrication (usinage et montage)]. Il devra savoir se servir de tous
les ordinateurs d’assistance possibles, sans déqualification ni par- Il est représenté figure 25.
cellisation de son travail. Mieux même, il est clair que cette La gamme d’usinage comporte huit opérations. Comme elle ne
organisation supprime la séparation taylorienne études-méthodes : comporte ni traitement thermique, ni opérations faites en sous-
l’étude pour la fabrication impose la réintégration de la fonction traitance hors de l’usine, on peut espérer un délai de fabrication de
méthodes au sein des études. l’ordre de deux mois après livraison du brut par le fondeur.
Pour le personnel de fabrication, il en ira de même. Si les Après l’étude de l’arbre de broche (§ 3.6.2), nous pouvons nous
programmes-pièces sont réalisés dès le stade de l’étude (et ils poser directement la question de base : cette pièce peut-elle être
doivent l’être afin qu’on puisse démontrer qu’on a conçu la pièce entièrement usinée en une seule prise, en une seule opération, sur
la plus simple possible), par contre, les programmes-machine seront quelle machine ?
réalisés dans l’atelier même, à la dernière minute, afin de pouvoir
être adaptés à la machine qui sera devenue disponible. De même, ■ La dernière partie de la question est facile à traiter : ce ne peut être
la simplification des gammes d’usinage permettra une simplification qu’un centre d’usinage à quatre axes. Un centre d’usinage à trois
plus grande encore de l’ordonnancement et de la gestion de fabri- axes ne peut usiner en une seule prise que des pièces plates. Les
cation, ces deux domaines revenant alors dans l’atelier. Enfin, cette centres d’usinage à cinq axes ne sont aujourd’hui pas assez précis
nouvelle organisation rendra indispensable un échelon recherche pour usiner entièrement, en ébauche et en finition, une pièce telle
appliquée/développement/normalisation (en procédés, en qu’un corps de broche.
machines, en méthodes d’étude et de fabrication) beaucoup plus Quel genre de pièce un centre d’usinage à quatre axes peut-il
développé qu’il ne l’est aujourd’hui. usiner entièrement, en une seule prise, ébauche et finition ? La
On voit alors que l’usine entièrement automatique, servie par des figure 26 montre que ce ne peut être qu’une pièce polyédrique
manœuvres analphabètes (qu’on nous promet depuis longtemps) formée des faces latérales d’un prisme. Or, le dessin de la figure 25
n’est guère probable. Nous pensons même qu’elle est économi- montre que le corps de broche ne peut se réduire à un tel solide ;
quement impossible, au moins pour les fabrications de petite et donc, il lui faudra plusieurs prises et plus d’une opération.
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Une étude fonctionnelle montre que les faces indispensables de Figure 28 – Prise unique
la pièce sont la face plane d’assemblage avec le banc et les deux
faces avant et arrière ; ces trois faces définissent la direction des
arêtes latérales d’un prisme. Donc, pour pouvoir usiner la pièce en ■ L’étude thermique (§ 3.5), par contre, nous a montré que le pro-
une prise, il faut pouvoir supprimer toutes les faces incompatibles blème de l’instabilité thermique (§ 3.5.6) viendrait essentiellement
avec cette géométrie. Cela est facile à faire pour une série de des différences de constante de temps thermique entre les différents
surfaces auxiliaires. composants de la broche. Or, s’il paraît impossible d’augmenter celle
Pour le moteur d’axe C, il suffit de le faire tourner autour de l’axe des corps roulants et difficile de modifier celle de l’arbre de broche,
de broche (figure 27). Ayant fait cela, on peut créer la prise unique il semble, au contraire, aisé de diminuer celle du corps de broche, en
qui est représentée figure 28. Ce deuxième exemple, très rapide- découplant thermiquement le boîtier qui contiendra les bagues exté-
ment traité, montre à nouveau qu’une gestion juste-à-temps d’une rieures des roulements du corps de broche proprement dit.
pièce aussi complexe est possible. Là encore, le délai de fabrication On peut montrer en effet qu’on peut éviter l’instabilité thermique
sera largement inférieur à la journée et la qualité incontestablement en réalisant la relation :
meilleure. Quant au coût, il sera divisé par un facteur supérieur à d2
m
deux. ------- = 4 -------- (17)
M D2
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■ Les bâtis les plus évolués utilisent un autre procédé, non exclusif
du premier, qui permet de donner à un bâti réel sensiblement la
rigidité de la poutre équivalente.
Soit un bâti parallélépipédique (figure 36), forme à laquelle
Figure 33 – Structures : recommandations pour le dessin de bâtis
tous les éléments de structure de machines-outils se ramènent. Il
par une fonderie
est bien dessiné et bien utilisé ; en particulier, les forces sont dans
le plan des parois latérales, que ce soit celles dues à la masse des
éléments rapportés, fixes ou mobiles (chariots), ou celles dues aux
réactions des appuis au sol. Nous avons admis que ces appuis étaient
des appuis simples (figure 36a ) ou une fondation continue
(figure 36b ).
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Ces études sont du plus haut intérêt mais nous ne pouvons ici
que les effleurer.
■ Sur l’étude dynamique, nous avons déjà rappelé quelques
points fondamentaux au cours de l’étude statique (§ 4.3), à savoir
l’influence très faible du matériau sur l’amortissement des structures
(§ 4.3.3) ; en particulier, l’acier, contrairement à l’opinion générale,
donne pratiquement le même amortissement que la fonte grise ou
la fonte à graphite sphéroïdal. Quant au béton polymère, son faible
module d’élasticité contribue à masquer certains défauts de concep-
tion des structures. Pour le reste, il ne se comporte pas mieux qu’une
structure classique bien conçue. Certains modes locaux et globaux,
du fait des masses élevées, voient leurs fréquences chuter, mais
d’assez peu ; la rigidité plus faible, dans un rapport 5 à 6, étant par-
tiellement compensée par une masse spécifique inférieure d’un fac-
teur 3 environ.
■ Au plan thermique, nous avons mentionné dans l’étude du
carter de broche (figure 25) l’indispensable thermosymétrie. Elle
reste nécessaire pour les bâtis.
● Les coefficients de dilatation sont quasi identiques pour tous
Figure 40 – Gain en rigidité rotationnelle des glissières
(étude Jacques MIAUTON) les matériaux :
• 1,2 · 10–5 K –1 pour l’acier ;
• 1,15 · 10–5 à 1,4 · 10–5 · K–1 pour la fonte minérale.
Signalons, en particulier, la société Sulzer Frères. Elle a développé ● La conductivité thermique est évidemment beaucoup plus
des bâtis de la conception décrite ci-dessus et, de plus, a utilisé la élevée pour l’acier (50 à 100 W/m · K) que pour la fonte
fonte à graphite sphéroïdal qui, toutes choses égales par ailleurs, minérale/béton époxy (1,2 à 2 W/m · K). Pour celle-ci, cela aura pour
permet d’augmenter la rigidité obtenue avec la fonte grise de 40 % résultat de ne pas laisser la chaleur diffuser dans toute la structure
environ. et de maintenir chaudes certaines parties du bâti proches de la
Ce qui a été rapporté ici permet aussi de comprendre certains source de chaleur, ce qui pourra entraîner diverses déformations.
engouements de fabricants de machines pour la réalisation de bâtis Pour les machines de très haute précision, cette mauvaise
en béton polymère (ou en fonte minérale, comme on l’appelle conductivité thermique rendra difficile le maintien de la structure à
parfois). Ce matériau a pourtant un bas module d’élasticité (3,5 · 1010 température constante par l’utilisation d’un circuit de refroidis-
à 4,5 · 1010 Pa), mais, en le compensant par une forte épaisseur de sement.
paroi, on diminue du même coup (et involontairement) l’influence
des fautes de conception telles que celle, très courante, représentée
figure 32. Les zones à forte déformation ont alors été pratiquement
éliminées. Les propriétés d’amortissement des fontes, métalliques
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Figure 42 – Chariot ZB : 2 e prise montrant les brides de 1ère prise ■ Au plan dynamique, nous mentionnerons essentiellement le
problème de l’amortissement. Il devrait être du type hydrodyna-
mique (force proportionnelle à la vitesse) dans toutes les directions.
En particulier, dans la direction de la translation commandée par la
commande d’avance, un frottement nul à vitesse nulle permettra un
asservissement en position et vitesse de hautes performances.
■ Au plan thermique, les glissières ont fait l’objet de peu d’études.
Cependant, les hautes vitesses de déplacement, dont on parle de plus
en plus fréquemment, se traduisent maintenant par un gradient de
température le long de la glissière. On a même vu, de ce fait, un cha-
riot coincé à une extrémité d’une glissière et avoir du jeu à l’autre.
Compte tenu des masses déplacées qui peuvent être élevées, la glis-
sière ne sera plus, dans un futur proche, un générateur de chaleur
négligeable. Dès à présent, cet aspect doit être pris en compte.
■ Aux plans technologique et économique , il n’y a aucune
raison pour que les glissières soient traitées différemment des
deux premiers organes étudiés (§ 3 et § 4). Gestion juste-à-temps
de la fabrication, rendue possible par une conception pour la
fabrication, restera le maître-mot de cette étude. Nous en verrons
néanmoins quelques particularités. Là encore, l’intégration
architecture/structure/glissières sera fondamentale. Nous devrons
montrer comment elle peut être réalisée.
Figure 43 – Usinages non pris en compte initialement Dans le court développement qui suit, nous ne mentionnerons pas
tous les types de glissières possibles et imaginables, mais seulement
quelques exemples particulièrement significatifs.
5. Glissières
5.2 Études cinématique et statique
5.1 Définition. Introduction
La glissière est chargée (cf. [B 7 120] § 3.10) de retirer à un chariot Seules les glissières préchargées ont, par principe, une absence
cinq degrés de liberté, le degré de liberté restant, une translation, totale de jeu. Mais toutes les glissières ne peuvent être préchargées.
étant retiré par la commande d’axe. Sauf dans les machines très De plus, le mode de précharge est aussi très variable.
anciennes (raboteuses, étaux-limeurs, mortaiseuses), et dans
quelques très rares machines modernes (brocheuses), cette trans-
lation n’est pratiquement jamais le mouvement de coupe. 5.2.1 Glissières préchargées par la gravité
Les fonctions principales des glissières peuvent alors se
définir simplement : La figure 44 présente deux types de glissières en Vé préchargées
— positionner l’outil par rapport à la pièce, pour régler un par gravité. Dans les constructions anciennes (il en reste quelques
diamètre (tour), la position d’un plan (fraisage), la distance de deux traces chez certains fabricants), le Vé enlevant le lacet (figure 44a )
alésages (alésage) ; était en général gratté sur le chariot et aussi, parfois, sur la glissière.
— générer la trajectoire de l’outil ; cette trajectoire peut être la Nous appelons P (figures 44a et b ) le plan principal de la glissière.
reproduction de la glissière ; elle peut aussi résulter des mouvements Nous verrons plus loin (§ 1 de [B 7 122] une des caractéristiques qu’il
coordonnés de plusieurs chariots sur autant de glissières pour les confère à la machine.
trajectoires non linéaires ou non parallèles à une glissière. Pour la figure 44a, la glissière de droite est supposée n’enlever
De ces fonctions, on peut facilement tirer l’essentiel des que deux degrés de liberté (et en enlève trois), alors que la glissière
caractéristiques de la glissière : en Vé de gauche en enlève cinq.
■ Au plan-cinématique, elle ne devra laisser, de préférence, aucun On voit donc qu’une caractéristique importante de ces glissières
jeu au chariot. Elle devra aussi être fixée rigidement au banc, à la est l’hyperstatisme. Cet hyperstatisme est la raison de base du grat-
structure de la machine, de façon que ses déformations sous l’effet tage (une autre fonction de celui-ci est de ménager des petites poches
de forces parasites (dues à la coupe, au frottement) soient compa- de lubrifiant censées permettre un apport de lubrifiant dès le tout
tibles avec la qualité requise pour les surfaces usinées. début du mouvement).
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Figure 44 – Glissières en Vé
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Elles sont encore très rarement utilisées, sauf pour les très grosses
machines (pour celles-ci, d’ailleurs, il s’agit plutôt de glissières
mixtes, la relativement faible rigidité d’une machine de plusieurs
dizaines de mètres de long rendant inévitables des contacts solides
locaux).
■ Ces glissières hydrostatiques sont certainement celles qui pré-
sentent les caractéristiques les plus intéressantes : frottement en
moyenne nul à vitesse nulle, car il peut y avoir une faible force
motrice ou résistance, force résistante proportionnelle à la vitesse du
chariot, possibilité d’avoir une très haute rigidité, évidemment alliée
à une totale absence de jeu, possibilité aussi d’avoir un amortis-
sement aussi fort que voulu (§ 5.3) et très bas prix de revient (§ 5.4).
■ Les raisons de leur peu fréquente utilisation sont multiples.
● La première est, évidemment, la méconnaissance du mode de
calcul, des paramètres constructifs permettant d’obtenir des perfor-
mances définies à l’avance.
● La seconde était – et est encore – liée au bâtis, aux structures. En
effet, les bâtis classiques étant dotés des défauts mis en évidence
paragraphe 4, ils se déforment sous l’effet des forces de pression,
occasionnant des contacts solides et interdisant une prévision pré-
cise du comportement (rigidité, amortissement et fuites). Les nou- Figure 47 – Glissières hydrostatiques
velles structures de bâtis devraient permettre d’utiliser sans difficulté
majeure les glissières hydrostatiques.
● Enfin, une troisième raison importante, car il en est d’autres,
■ Aujourd’hui, les glissières hydrostatiques sont de loin le système
secondaires au plan technique mais fondamentales au plan le plus performant : très haute rigidité, excellentes performances
psychologique (on en reparlera en [B 7 122] § 2) est liée à un défaut cinématiques, possibilité de correction des défauts de trajectoires
réel et redhibitoire des glissières hydrostatiques classiques. Leur suivant les six degrés de liberté du chariot. En effet, en se référant à
principe même exige des fuites (figure 47). On voit, en effet, que la figure 47, on voit qu’en modifiant la résistance des restrictions
l’huile venant d’un groupe de génération de pression arrive dans des d’alimentation des différentes poches, on peut modifier position et
proches (A) par l’intermédiaire de restrictions (B) (il existe d’autres assiette du chariot suivant cinq degrés de liberté. Il y faut un système
types d’alimentations que nous ne traitons pas ici). De ces poches, de mesure à référentiel spatial permettant de détecter la position
l’huile est laminée entre des lèvres d’étanchéité (C) ; de là elle relative pièce-outil, à l’arrêt et pendant l’usinage, et des restrictions
s’écoule librement sur la structure de la machine. Si cela est accepté variables à faible bande passante.
pour les très grosses machines (mentionnées précédemment), sur
lesquelles l’huile est récupérée dans des goulottes et, envoyée à un Pour le système de mesure, la seule possibilité est un inter-
s y s t è m e d e r é g é n é r a t i o n ( fi l t r a g e , s é p a r a t i o n d e l ’ e a u , féromètre laser. Quand aux corrections, elles seront faites à la fois
vérification/correction des caractéristiques lubrifiantes, réchauffage a priori, pour tenir compte des défauts connus de la machine
ou refroidissement) et retournée au groupe de génération de pres- (parallélisme, perpendicularité, rectitude, position) et de façon adap-
sion, une telle complication et les fuites d’huile, sur la machine et sur tative, pour tenir compte du poids de la pièce, des forces de coupe,
le sol, sont totalement inacceptables pour des petites machines etc. Le jeu de fonctionnement normal d’une glissière hydrostatique
servies par un opérateur humain. Or, jusqu’à présent, personne n’a (de l’ordre de 0,03 mm) suffira amplement à corriger tous les défauts
réussi à faire des patins hydrostatiques sans fuites, sauf dans de trajectoire liés à des imprécisions d’usinage et aux forces
quelques configurations très particulières de machines (les recti- perturbatrices.
fieuses par exemple, qui n’ont que des chariots à déplacement ■ En conclusion de ce paragraphe 5.2.4, mentionnons le système
horizontal ; l’huile est alors facilement récupérée). Nous verrons d’étanchéité des poches (figure 48 [1], p. 121) :
dans l’étude technologique que ce problème a maintenant reçu une
— le patin lui-même porte le repère (1) ;
solution.
— la poche proprement dite porte le repère (2) ;
— la lèvre d’étanchéité est repérée (3) ;
Signalons enfin qu’on mentionne depuis longtemps l’exis- — une gorge de récupération des fuites est repérée (4) et un
tence des glissières magnétiques (basées sur le même prin- joint (5) extérieur à cette gorge est mis en appui sur la face de la
cipe que les paliers magnétiques utilisées sur certaines broches glissière par un O’ring (ou mieux, un Quad’ring) non repéré ;
à grande vitesse). Jusqu’à présent, ces glissières n’ont jamais pu — un écarteur (6) fixe la position du joint dans la gorge (4), qui
être réalisées pour deux raisons très importantes : en premier est reliée au retour du groupe hydraulique d’alimentation.
lieu, le coût, qui est très élevé et ne pourrait se justifier que pour Des essais, qui ont porté sur plusieurs centaines de kilomètres
quelques machines très spéciales ; en second lieu, la rigidité et de déplacement, ont montré une quasi-absence d’usure et des
l’amortissement. fuites très faibles (de l’ordre de 0,3 g/km). Enfin, ce joint fonctionne
Les glissières magnétiques sont des systèmes actifs dont les aussi bien quand l’ensemble poche/gorge est à haute pression
qualités statique et dynamique lui sont conférées par un asser- (50 à 100 bars). Dans ce cas, la poche est utilisée non comme palier
vissement. Celui-ci devra avoir une bande passante suffisante hydrostatique, mais pour imposer une précharge.
pour permettre de répondre à tous les types de perturbations
(par exemple, venant de la coupe). Si le problème est facile à
résoudre au plan du traitement du signal, il l’est moins au niveau
de la puissance. Certains pensent qu’il ne le sera correctement
qu’avec la maîtrise de la supraconductivité à température
ambiante.
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P
O
U
Machine-outil R
E
par François C. PRUVOT N
Ingénieur-docteur
Ancien Directeur technique de Renault Machines-outils
Professeur honoraire, Directeur du Lab oratoire de productique et de machines-outils
École polytechnique fédérale de Lausanne
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Doc. B7124