Instruments juridiques pour les droits des femmes
Instruments juridiques pour les droits des femmes
LE CADRE JURIDIQUE
par Amina Ouédraogo,
Magistrat, Cour des Comptes du Burkina Faso
I. Introduction
II. Les instruments juridiques internationaux • la Convention de 1962 sur le consentement au mariage, l’âge minimum
de mariage et l’enregistrement du mariage, entré en vigueur en 1964 et
2.1 Instruments juridiques généraux à laquelle le Burkina Faso a adhéré le 19 octobre 1965 ;
• la Déclaration de 1967 sur l’élimination de la discrimination à l’égard
Sans être exhaustif, on retiendra : des femmes ;
• la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes de
• la Charte des Nations Unies du 25 juin 1945, qui prône l’égalité de 1967 ;
droits entres les hommes et les femmes ; • la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations
• la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 à l’égard des femmes du 18 décembre 1979, entrée en vigueur le 3
qui, dans ses articles 1 et 7, reprend les principes d’égalité et procla- septembre 1981.
me par ailleurs le principe de non discrimination dans son article 2 et
le droit pour chacun de prendre part à la direction des affaires de son Tous ces textes qui proclament l’égalité de sexes et la non discrimination
pays (article 20) ; n’ont pas suffi à garantir la protection des droits des femmes. Le constat
• le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et cultu- est que la réalité de la situation de la femme n’avait pas fondamentale-
rels du 16 décembre 1966 qui réaffirme très nettement le principe de ment changé dans la plupart des pays, surtout dans le Tiers-monde ;
non discrimination ; c’est pourquoi, dès juin 1946, l’ONU a créé la Commission de la condi-
• le Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 tion de la femme pour examiner la situation des femmes et promouvoir
décembre 1966 et les protocoles facultatifs s’y rapportant. Ce Pacte leurs droits. Les travaux de la Commission ont contribué à mettre en évi-
reconnaît que les droits civils et politiques découlent de la dignité inhé- dence tous les domaines dans lesquels les femmes se voyaient dénier
rente à la personne humaine et que tout citoyen a la possibilité, sans l’égalité avec les hommes. Ce travail a duré plus de 30 ans pour aboutir
discrimination, de prendre part à la direction des affaires publiques soit à l’adoption, le 18 décembre 1979, d’un instrument juridique spécifique
directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis ; pour les femmes : la Convention sur l’élimination de toutes les formes
• les différentes conférences et déclarations, notamment la Déclaration de discriminations à l’égard des femmes (CEDEF). Cette Convention est
et le Programme d’action de Vienne adopté le 25 juin 1993. L’article 43 née du constat selon lequel la discrimination généralisée contre les
de la Déclaration de Vienne invite les gouvernements et les organisa- femmes existe toujours et partout et qu’elle est la principale cause de
tions régionales et internationales à faciliter aux femmes l’accès à des violation des principes d’égalité entre l’homme et la femme. Aux fins de
postes de responsabilité et à assurer une plus grande participation au la présente Convention, l’expression « discrimination à l’égard des
processus de prise de décision ; femmes » vise toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le
• la Conférence de Beijing de septembre 1995. sexe qui a pour effet ou pour but de comprendre ou de détruire la recon-
naissance, ou l’exercice par les femmes, quel que soit leur état matri-
2.2 Instruments juridiques spécifiques monial, sur la base de l’égalité de l’homme et de la femme, des droits de
l’homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, éco-
En marge des instruments juridiques à caractère général, quelques ins- nomique, social, culturel ou dans tout autre domaine. Cette Convention
truments spécifiques relatifs à la femme ont été adoptés, tels que : constitue, à l’heure actuelle, le texte le plus complet en matière de pro-
motion et de protection des droits de la femme.
• la Convention de 1957 sur la nationalité de la femme mariée ;
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Amina Ouédraogo La non discrimination des femmes : le cadre juridique
La Convention occupe une place importante parmi les traités internatio- veiller à éliminer toute discrimination contre la femme et assurer la pro-
naux relatifs aux droits de la personne humaine car elle rappelle les droits tection des droits de la femme et de l’enfant conformément aux déclara-
inaliénables des femmes, moitié de la population mondiale. L’esprit de la tions et conventions internationales.
Convention s’inspire des principes fondamentaux des Nations Unies qui
ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’hom- Il ressort de ce renvoi aux instruments internationaux que la Charte n’a
me, dans la dignité et la valeur de la personne humaine et dans l’égalité pas pris en compte les problèmes spécifiques des femmes africaines
de droits des hommes et des femmes. En analysant en détail la signifi- que sont par exemple :
cation de la notion d’égalité et les moyens de l’atteindre, la Convention,
en plus du fait que c’est un instrument juridique contraignant consacrant • les pratiques discriminatoires en matière matrimoniale (mariage forcé,
les droits de la femme, énonce aussi un programme d’action pour que polygamie, lévirat, sororat) ;
les États parties garantissent l’exercice de ces droits. • la banalisation des violences conjugales ;
• l’incapacité de la femme en matière successorale ;
La CEDEF est entrée en vigueur au plan international le 3 septembre • l’inégalité d’accès à l’instruction, aux ressources et au pouvoir poli-
1981 et a été ratifiée par le Burkina Faso le 28 novembre 1984. La tique, etc.
Convention constitue un document de référence pour les pays africains.
La quasi totalité de ces pays l’ont ratifiée, à l’exception de la Somalie, du Cependant, l’on s’accorde à reconnaître le rôle de premier plan joué par
Soudan et du Swaziland. les femmes africaines pour le développement du continent, notamment
aux plans économique et social ainsi qu’en matière de développement
III. Les instruments juridiques régionaux d’une culture de la paix.
3.1 La Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) De ce fait, la nécessité de disposer d’un protocole à la CADHP s’imposait
afin d’assurer une prise en compte spécifique des droits des femmes. Il
En droit international, il faut noter que l’Afrique constitue une région devra, pour entrer en vigueur, être ratifié par quinze pays sur les 53 États
qui a toujours eu le souci d’adapter les règles internationales aux réa- membres de l’Union Africaine. Dès lors naîtront des actions concertées
lités du continent. C’est ainsi que, lors de la 18e conférence des Chefs de la société civile. (Commission internationale des juristes (CIJ), Union
d’État et de Gouvernement de l’Organisation de l’unité africaine, le 27 interafricaine des droits de l’homme (UIDH), Femmes, droit et dévelop-
juin 1981, à Nairobi au Kenya, était adoptée la Charte africaine des pement en Afrique (WiLDAF/FeDDAF) et le Centre pour la démocratie et
droits de l’homme et des peuples. Celle-ci prône de façon précise la les études des droits de l’Homme de Banjul). Ces actions ont notamment
liberté, l’égalité, la justice et la dignité – aspirations légitimes des consisté en l’organisation de séminaires internationaux sur les droits des
peuples africains –, et reconnaît les droits fondamentaux de l’être femmes en Afrique, en étroite collaboration et/ou sous les auspices de la
humain en tant qu’individu. Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.
Toutefois, il apparaît que la Charte ne prend pas suffisamment en comp- 3.2 Le Protocole additionnel à la CADHP
te les droits spécifiques de la femme ; outre le principe général de non
discrimination fondé sur la race, l’ethnie, le sexe, la religion ou l’opinion C’est le 11 juillet 2003 que sera adopté à Maputo, au Mozambique, le
politique énoncé en préambule, seul l’article 18 affirme que l’État doit Protocole à la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples
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Amina Ouédraogo La non discrimination des femmes : le cadre juridique
relatif aux droits de la femme en Afrique par la Conférence des Chefs d’É- * Dispositions incitatives et promotionnelles
tat et de Gouvernement de l’Union Africaine. L’entrée en vigueur du
Protocole se fera trente jours après le dépôt du 15e instrument de ratifi- Ces dispositions renvoient notamment à :
cation. • l’égalité dans la vie politique et publique (article 9), à travers la partici-
pation sans discrimination aucune à toutes les élections ou encore la
Le Préambule rappelle l’obligation que la CADHP impose d’éliminer représentation paritaire dans les processus électoraux ;
toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes et d’assurer • l’égalité dans l’éducation et la formation ;
la protection des droits de la femme tels que stipulés dans les déclara- • l’égalité de droits à l’emploi et au travail ;
tions et conventions internationales. Les principes de l’égalité entre les • l’égalité dans l’héritage des biens du conjoint.
hommes et les femmes tels que consacrés dans l’Acte constitutif de
l’Union Africaine et le nouveau partenariat pour le développement en D’autres dispositions non moins importantes que celles ci-dessus men-
Afrique (NEPAD) est réaffirmé. tionnées sont contenues dans le Protocole, telles celles relatives à l’éga-
lité d’accès aux services de santé et le droit à l’avortement en cas de viol
D’entrée de jeu, il faut souligner que le Protocole clarifie certains ou d’inceste. Par ailleurs, le Protocole n’interdit pas la polygamie.
concepts dont, notamment, ceux de « discrimination à l’égard des
femmes» et de « violence à l’égard des femmes ». Il renferme des dis- Les innovations
positions prohibitives et protectrices, des dispositions incitatives et pro-
motionnelles, mais surtout des innovations. Le Protocole condamne les atteintes à l’intégrité des femmes trop sou-
vent justifiées par des traditions séculaires. Il a introduit le droit à la
* Dispositions prohibitives et protectrices sécurité alimentaire, le droit à un habitat adéquat, le droit à un environ-
nement sain et viable et à un développement durable, les droits de la
Les dispositions prohibitives et protectrices se fondent sur les principes veuve et la protection spéciale des femmes âgées.
d’égalité et de non discrimination. Il s’agit essentiellement des disposi-
tions suivantes : i) celles qui interdisent le mariage forcé (article 6) ; ii) Quant aux faiblesses, il convient de relever à titre d’exemples :
l’âge minimum du mariage est fixé à 18 ans pour la femme ; iii) l’inter-
diction de la peine de mort à l’encontre de la femme enceinte ou allai- • la transmission de la nationalité de la mère à ses enfants est assortie
tant ; iiii) l’interdiction des violences faites aux femmes (art.3). La vio- de conditions qui transgressent l’esprit et les principes du protocole ;
lence fondée sur le sexe est à la base des dispositions les plus fonda- • seul le sort de la propriété commune des biens en cas de séparation,
mentales du Protocole. Les dispositions prohibitives impliquent pour les de divorce et d’annulation du mariage est évoquée à l’article 7, qui reste
États l’obligation de prendre des mesures comprenant des sanctions muet sur la propriété commune des biens durant le mariage ;
pénales, des recours civils et des moyens de dédommagement, mais • l’article 6 ne se prononce pas sur la transmission par la femme de sa
aussi des mesures préventives, notamment par le biais de programmes nationalité au mari ;
d’information et d’éducation ainsi que des mesures de protection en • l’article 13 ne mentionne pas expressément le droit de la femme mariée
assurant entre autres aux victimes de la violence des services d’appui. d’exercer librement un emploi. Il énonce simplement que les États s’en-
gagent à garantir la liberté de choisir.
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Amina Ouédraogo La non discrimination des femmes : le cadre juridique
Le protocole a certes été adopté par tous les pays africains ; cependant les autres »), permet l’exercice des poursuites à l’égard des personnes
de nombreuses réserves ont été enregistrées. Toutefois, l’adoption de ce auteurs d’actes de discrimination sexuelle d’autant plus que cet article
Protocole est le signe clair que les droits des femmes font désormais est contenu dans une section intitulée « Des délits à caractère racial,
partie de façon inaliénable, intégrale et indivisible des droits humains régionaliste, religieux, sexiste ou de caste ». Mais ce texte ne donne pas
reconnus internationalement. la définition du délit à caractère sexuel, alors que le droit pénal est d’in-
terprétation stricte qui n’autorise pas les extrapolations.
IV. Les Instruments juridiques au niveau national
La Loi fondamentale affirme l’égalité et interdit la discrimination. De ce
Sur le plan national1, il faut reconnaître qu’il n’existe pas au Burkina Faso, fait, les institutions gouvernementales ne peuvent pas ouvertement
de texte législatif auquel on peut se référer pour définir de façon précise appliquer des politiques ou des pratiques discriminatoires à l’égard de la
la notion de « discrimination à l’égard de la femme ». Cependant, la plu- femme. Cependant, dans la pratique, la discrimination pourrait s’opérer
part des textes condamnent de manière ferme toutes les formes de dis- par des voies déguisées, notamment lors des recrutements sur le mar-
criminations y compris celles fondées sur le sexe. Ainsi, en rappel, l’ar- ché de l’emploi et lors de la promotion des agents dans l’environnement
ticle 1er de la Constitution dispose que les discriminations de toutes socioprofessionnel.
sortes sont prohibées, notamment celles fondées sur la race, l’ethnie et
la religion, la caste, les opinions politiques, la fortune et la naissance. Pour améliorer la condition de la femme, il existe au Burkina Faso des
programmes et plans d’action destinés à promouvoir le développement
Cette formule est reprise en partie ou en entier par le Code du travail, la économique, social, et politique de la femme. Des structures ont été
réforme de la fonction publique, le Code de sécurité sociale, le Code des créées pour conduire ces programmes et plan d’action : le ministère de
personnes et de la famille dans leur domaine respectif. Par ailleurs, la Promotion de la femme, ONG et associations de défenses des droits
l’égalité a été établie entre l’homme et la femme dans le cadre de la de la femme. Malgré tout, il existe de multiples obstacles qui empêchent
répression de l’adultère (articles 418 à 420 du Code des personnes et de la participation des femmes au processus de développement. À cet
la famille) et de l’abandon de famille (article 406 du Code pénal). égard, on peut retenir, entre autres :
Par ailleurs, on peut affirmer que les formes de discrimination à l’égard • l’ignorance chez les femmes de leurs droits et les difficultés qu’elles
de la femme n’ont pas été clairement spécifiées dans « le droit positif rencontrent à les exercer lorsqu’elles en sont correctement informées ;
burkinabé », de sorte que les recours en cas de manifestation sont aléa- • l’analphabétisme féminin qui accentue la sous-représentation des
toires. femmes dans les instances décisionnelles et, de ce fait, empêche le
développement de leur esprit de responsabilité sans lequel l’exercice
Cependant l’article 132, alinéa 1, du Code pénal, (« Est puni d’un empri- de la citoyenneté est illusoire ;
sonnement de 1 à 5 ans et de l’interdiction de 5 ans tout acte de discri- • le poids des traditions qui tend à perpétuer la soumission de la femme
mination, toutes manifestations contraires à la liberté de conscience et à et la persistance des pratiques rétrogrades qui aggravent la pauvreté et
la liberté de culte susceptibles de dresser les personnes les unes contre la pénibilité des tâches domestiques et familiales.
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• les lois discriminatoires : le Code des personnes et de la famille, pro- En marge de la structure étatique, on note une mobilisation accrue de la
mulgué le 11 novembre 1989 est entré en vigueur le 4 août 1990 – jugé société civile en faveur de la femme. Cette mobilisation générale a per-
trop favorable aux femmes –, recèle des dispositions discriminatoires, mis dans une certaine mesure d’améliorer les perceptions relatives à la
dont l’article 238 qui fixe un âge différent de mariage qui est de dix-sept situation de la femme et d’éveiller les consciences sur ces droits.
ans pour la fille et de vingt ans pour le garçon ;
• les articles 257 et 267 du Code des personnes et de la famille admet-
tent la polygamie ; même si les motivations de la loi paraissent louables
(les mentalités n’étaient pas prêtes à accepter sa suppression), ces dis-
positions sont discriminatoires à l’égard de la femme. Généralement,
dans les familles polygames, certaines femmes ne sont pas légalement
mariées et, de ce fait, sont souvent confrontées à d’énormes difficultés
au plan successoral ;
• l’attribution systématique de l’allocation familiale aux pères, alors que
les charges d’entretien des enfants incombent généralement à la mère ;
• l’impôt unique sur le traitement et le salaire, (IUTS) est plus lourd chez
la femme car les charges prises en compte pour le calcul sont auto-
matiquement imputées aux maris ;
• les impôts locaux (taxes de résidence) sont exclusivement à la charge
du mari ;
• l’exigence de documents supplémentaires aux femmes qui veulent faire
valoir leur droit à la pension et ceux de leurs enfants en cas de décès
de l’époux ;
• la privation du droit à pension d’un veuf dont la femme était salariée.
Perspectives
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