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Rôle de l'expert psychiatre judiciaire

Le document traite de l'évolution et du rôle de l'expert psychiatre dans le système judiciaire, en soulignant la distinction entre psychiatres et psychologues. Il aborde également le statut d'expert judiciaire, les conditions d'inscription sur les listes d'experts, ainsi que les exigences de compétence et d'indépendance requises pour exercer cette fonction. Enfin, il met en lumière les responsabilités et les implications légales liées à l'expertise judiciaire en matière pénale.

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Rôle de l'expert psychiatre judiciaire

Le document traite de l'évolution et du rôle de l'expert psychiatre dans le système judiciaire, en soulignant la distinction entre psychiatres et psychologues. Il aborde également le statut d'expert judiciaire, les conditions d'inscription sur les listes d'experts, ainsi que les exigences de compétence et d'indépendance requises pour exercer cette fonction. Enfin, il met en lumière les responsabilités et les implications légales liées à l'expertise judiciaire en matière pénale.

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Introduction

Avant d’être un expert judiciaire, l’expert psychiatre est le médecin dont la


spécialité est la psychiatrie : une discipline médicale relative à l’étude et au traitement
des maladies mentales. Cette discipline est relativement récente : alors qu’au Moyen
Âge l’affection mentale relevait du surnaturel, c’est à la période révolutionnaire que
les personnes souffrant de telles maladies se sont vues confiées aux médecins, sous
l’influence de P. Pinel. Au XXe siècle, les hôpitaux psychiatriques remplacèrent les
asiles, et si les psychiatres de l’époque tentaient d’améliorer les conditions de vie de
leurs patients, les traitements thérapeutiques étaient encore au stade expérimental :
isolement, cures d’insuline, électrochocs…Ce n’est que récemment, dans les années
1950, que des médicaments spécifiques à certaines psychoses ont été développés
(l’antidépresseur date, par exemple, de 1957)1.

Le psychiatre doit être différencié du psychologue : cette distinction est parfois


ambigüe au sein de l’institution judiciaire, elle est pourtant essentielle. Le terme «
psychologie » date du XVIe siècle, cependant cette discipline ne s’affranchie de la
réflexion philosophique qu’au XIXe siècle2. Il s’agit de l’étude des faits psychiques.

Aujourd’hui, la psychologie fait partie des disciplines universitaires relatives


aux sciences humaines. La différence fondamentale est alors que le psychiatre est
médecin, tandis que le psychologue est observateur. La psychologie tente d’étudier et
de comprendre, à travers l’analyse du comportement humain, les traits caractéristiques
de celui-ci. Le psychiatre, médecin, se concentre quant à lui sur la détection de la
maladie mentale, et son traitement : comme tout médecin il s’agit donc de poser un
diagnostic, puis de rechercher une thérapeutique adaptée.

La distinction ainsi faite, à partir de quel moment peut-on dire du psychiatre


ou du psychologue, qu’il est « expert » ?
Le mot « expert », au sens commun, désigne une personne particulièrement
compétente dans un domaine : on parle ainsi « d’expert-comptable » ou « d’expert-
foncier ». Il s’agit de façon générale, d’un « Homme ayant des connaissances spéciales
dans son art et suffisantes pour que l’on puisse se rapporter à son appréciation dans
une décision à prendre »3. Cependant ces dénominations ne doivent pas être
confondues avec la qualité d’expert judiciaire, que nous étudierons ici. L’expertise
judiciaire est avant tout différente de l’expertise amiable qui peut être réalisée par toute
personne compétente : il ne s’agit alors pas d’un expert judiciaire, mais d’un tiers
mandaté par une ou plusieurs parties4. L’expert judiciaire est un auxiliaire de justice,
et le critère déterminant pour obtenir cette qualité, est l’inscription sur les listes
d’experts judiciaires.

L’expertise judiciaire est aujourd’hui présente dans tous les domaines du droit,
cependant à l’origine, elle concernait principalement la médecine légale. En matière
pénale, le Code de la procédure pénal marocain contenait quelques dispositions,
prémices de l’expertise pénale. Ainsi le juge, en cas de crime ou de délit flagrant,
pouvait être assisté de personnes compétentes et d’officiers de santé, afin de
déterminer les circonstances de l’infraction, cette faculté était également attribuée au
juge d’instruction.
L’article 134 du CPM dispose dans son deuxième alinéa qu’« en matière de
crime ou de délit, l’internement judiciaire dans un établissement psychiatrique est
ordonné dans les conditions prévues à l’article 76 ».
33Ainsi l’article 76 du Code de procédure pénale (CPP) dispose que :
« lorsqu’une juridiction de jugement estime, après expertise médicale, quel’individu
qui lui est déféré sous l’accusation de crime ou la prévention de délit, était totalement
irresponsable en raison de troubles mentaux existant lors des faits qui lui sont imputés,
elle doit :
1. constater que l’accusé ou le prévenu se trouvait au moment des faits dans
l’impossibilité de comprendre ou de vouloir, par suite de troubles de ses
facultés mentales ;
2. le déclarer totalement irresponsable et prononcer son absolution ;
3. ordonner, si les troubles subsistent, son internement dans un établissement
psychiatrique.
34La validité du titre de détention est prolongée jusqu’à l’internement effectif.
35Il faut préciser qu’en matière de contravention, l’individu absous, s’il est
dangereux pour l’ordre public, est remis à l’autorité administrative, qui dispose d’un
pouvoir d’apprécier le degré de sa dangerosité sur la société et de prendre les mesures
de prévention adéquates.
36Il s’agit de l’application d’une mesure de sûreté destinée à assurer la
protection de la société contre un individu dont l’état est jugé dangereux.
37Cette mesure consiste dans le placement par décision de la juridiction de
jugement, dans un établissement approprié, d’un individu présumé auteur, co-auteur
ou complice d’un crime ou d’un délit qui, en raison de troubles de ses facultés
mentales existants lors des faits qui lui sont imputés et constatés par une expertise
médicale, doit être déclaré totalement irresponsable et se trouve ainsi soustrait à
l’application éventuelle des peines prévus par la loi [8]. L’intervention d’un médecin
psychiatre est donc indispensable pour permettre à la justice de baser sa décision sur
des données scientifiques [9].
38La juridiction saisie des conclusions de l’expert déclare l’auteur totalement
irresponsable et prononce ainsi son absolution ; elle ordonne, si la situation subsiste,
son internement dans un établissement psychiatrique.
39Le médecin psychiatre sera donc amené à se prononcer sur l’état postérieur
de l’auteur, lequel dans certaines hypothèses de troubles du comportement peut avoir
évolué dans un sens favorable. D’autant plus, que sur son état de dangerosité.
40Par la suite, l’article 77 dispose que « l’internement judiciaire se prolonge
aussi longtemps que l’exige la sécurité publique et la guérison de l’interné... ».
41L’interné doit initialement être l’objet d’une mise en observation. Il doit être
examiné chaque fois que le psychiatre l’exige nécessaire, et en tous cas tous les six
mois.
42En outre, lorsque le psychiatre traitant estime devoir mettre fin à
l’internement judiciaire s’il estime que le malade est guéri, il doit informer le chef du
parquet général de la cour d’appel. Ce dernier peut dans un délai de dix jours à
compter de la réception de cet avis, exercer u

Par la suite, un décret-loi du 8 août 1935 est venu préciser le statut de l’expert
judiciaire : ce texte prévoit les conditions de la prestation de serment de l’expert, ainsi
que les conditions de sa récusation (on parle aussi de « remplacement »), et des
sanctions pouvant être prononcées à son encontre.
Cependant, ces dispositions ne permettaient pas d’identifier un « régime de
l’expertise pénale », et ce n’est qu’avec le Code de procédure pénale de 1958 que cette
mesure sera véritablement encadrée.
Au regard du droit positif, il existe certaines règles communes applicables à
tout expert judiciaire : il s’agira principalement de l’obtention de ce statut, des qualités
requises pour être expert judiciaire, ainsi que de l’engagement de leur responsabilité et
des mesures disciplinaires susceptibles d’être prises à leur encontre. Les dispositions
spécifiques à la désignation de l’expert, au déroulement de l’expertise ou encore à la
rémunération de l’expert, dépendront ensuite de la matière concernée : il existe des
régimes propres à l’expertise civile, à l’expertise administrative et à l’expertise pénale.
Cette distinction selon le domaine est intéressante et peut parfois mettre en lumière des
différences fondamentales quant aux fonctions de l’expertise : ainsi en procédure
civile, l’expertise est davantage considérée comme une mesure utile aux parties
puisque la place accordée au contradictoire y est importante, et le recours aux
expertises amiables ou officieuses est récurrent : il s’agit alors d’expertises servant les
intérêts des parties conformément au principe selon lequel le procès « est la chose des
parties ». A contrario, en procédure pénale l’expertise est utilisée dans un objectif de
recherche de vérité : ainsi le caractère contradictoire est limité, et la production
d’expertises officieuses parait moindre en pratique, bien qu’elle soit admise7.
Au-delà de la matière pénale, quel est le statut de l’expert judiciaire ?
Les dispositions relatives à cette question relèvent de la loi du 29 juin 19718,
modifiée par celle du 11 février 20049 à propos du statut de certaines professions
judiciaires ou juridiques. Cette loi de 1971, désigne comme professionnel ayant le
statut administratif d’expert judiciaire, toute personne figurant soit sur la liste nationale
des experts judiciaires dressée par la Cour de cassation, soit sur les listesdressées par
chaque cour d’appel. L’usage de ce titre légal est donc conditionné par l’inscription sur
ces listes et doit être strictement respecté, sous peine de se voir appliquer les
dispositions du Code pénal relatives à l’usurpation de titres10.
Le statut d’expert judiciaire ne doit pas se confondre avec l’exercice d’une
profession : comme le précise une circulaire du 16 novembre 200511 émanant de la
Direction des services judiciaires, « les experts judiciaires sont des collaborateurs du
service de la justice mais n’exercent en aucune manière une profession et ne
constituent pas une profession réglementée (…) ils acceptent seulement de consacrer
une partie de leur temps au service de la justice »12.
Il est intéressant de noter que cette qualification d’expert judiciaire en «
collaborateur de la justice » n’est pas celle retenue dans d’autres systèmes. Selon une
étude menée par J. Boirot13, deux solutions différentes peuvent être retenues
concernant le statut : la France, l’Angleterre mais aussi l’Espagne retiennent un
système « d’expertise privée » puisqu’il ne s’agit pas d’exercer une profession
(l’Angleterre et l’Espagne n’ont pas par ailleurs envisagé la procédure d’inscription sur
une liste). À l’inverse, certains pays comme la Suède ou la Roumanie retiennent un
système « d’expertise publique » : les experts sont fonctionnaires, bénéficient d’une
formation spécifique (dans le domaine médico-légal du moins), et dépendent d’un
institut étatique. Cette différence entraine certaines conséquences quant à l’autorité
compétente pour désigner l’expert, puisque dans les pays retenant le système de
l’expertise publique, le juge ne choisira pas directement celui-ci, mais devra faire une
demande aux autorités publiques compétentes qui procèderont à cette désignation.
En France, le recours aux listes permet d’opérer un certain contrôle quant aux
professionnels susceptibles d’apporter leur concours à la justice. Pour prétendre à
l’inscription sur une liste de cour d’appel, certaines conditions sont exigées14 :
notamment « ne pas avoir été l’auteur de faits contraires à l’honneur, à la probité et
aux bonnes mœurs », mais aussi « exercer ou avoir exercé pendant un temps suffisant
une profession ou une activité en rapport avec sa spécialité », ou encore « n’exercer
aucune activité incompatible avec l’indépendance nécessaire à l’exercice de missions
judiciaires d’expertise ». Concernant la condition de moralité, pour le médecin la faute
peut être caractérisée, par exemple, par le fait d’avoir agi en violation du Code de
déontologie médicale15. Si les conditions sont remplies, le candidat adresse une
demande afin de se voir inscrit sur une liste ; selon l’article R. 312-43 1° du Code de
l’organisation judiciaire, la décision revient ensuite à l’assemblée générale des
magistrats du siège de la cour d’appel concernée. Si la réponse est favorable, l’expert
sera alors inscrit à titre probatoire pourune durée de trois ans16 : à l’issue de ce délai et
s’il sollicite à nouveau son inscription, il pourra être réinscrit pour une période de cinq
ans, après avis d’une commission composée de représentants des juridictions et
d’experts17. Il est judicieux de constater que la procédure d’inscription initiale ne
prévoit pas l’avis de représentants exerçant l’activité d’expert judiciaire : cette absence
est regrettée par certains18, et il est vrai que cet avis permettrait vraisemblablement
d’éclairer les juges quant à leurs choix. Cependant cette intervention est prévue pour
les inscriptions plus longues, ce qui permet tout de même de respecter un certain
équilibre.
Ensuite, concernant la liste nationale, celle-ci est dressée par le bureau de la
Cour de cassation. La condition principale tient en la justification d’une inscription
depuis au moins cinq années sur une liste dressée par une cour d’appel : cette
inscription sera valable sept ans19.
Enfin, il convient de préciser que la loi du 11 février 2004 a supprimé la
distinction entre droit civil et droit pénal et a unifié le régime des listes : désormais,
tout expert inscrit sur une liste officielle, peut être désigné tant en matière civile que
pénale.
Si certaines conditions sont exigées pour l’inscription sur les listes, quelles
sont de façon générale, les qualités requises de chaque expert judiciaire ?
Avant tout, logiquement, l’expert doit être compétent. Pour certains20, le fait
d’exercer une activité professionnelle en parallèle des missions d’expertise serait un
gage d’efficacité. Cependant rien n’interdit aux personnes qui n’exercent pas leur
profession (par exemple en pratique, une personne retraitée) de solliciter leur
inscription sur une liste. Mais il est vrai que dans certains domaines, la pratique
concomitante aux mesures d’expertises permet à l’expert d’actualiser ses
connaissances, et de maintenir des rapports avec le domaine dont il est spécialiste.
Quant à l’expert psychiatre, une audition publique de 200721 a permis de synthétiser
les attentes relatives aux compétences de cet expert : il devrait présenter notamment «
un niveau satisfaisant de formation en droit pénal et en procédure pénale » et devrait
évidemment, « avoir une compétence psychiatrique sans faille et un minimum
d’expérience clinique et thérapeutique de plusieurs années » ; en outre, le rapport
mentionne des compétences écrites (être capable de se faire comprendre par le
destinataire du rapport d’expertise), des compétences orales (être capable de
s’exprimer clairement en cas d’audition), ou encore des « compétences particulières en
matière d’écoute et de conduite d’entretien ». La notion de compétence est donc
entendue au sens large.
: certains de ses aspects, comme la connaissance des principes directeurs du
procès, seront évalués par les instances de décision d’inscription sur les listes.
L’expert doit ensuite être indépendant22. Ce principe doit être rattaché à celui
de l’impartialité des magistrats et de leurs auxiliaires, principe fondamental découlant
notamment de l’article 6§1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de
l’homme et des libertés fondamentales. L’indépendance signifie que l’expert ne doit
en aucun cas être influencé, que ce soit par certains acteurs du procès ou par des tiers.
Comme il a été dit, l’indépendance sera ici surtout contrôlée au regard de l’activité
professionnelle de l’expert : en effet celui-ci peut, au cours de sa profession, avoir
travaillé pour l’une des parties, ou de manière générale exercer une activité qui ne lui
permettrait pas d’être pleinement libre dans l’exercice de sa mission (en jurisprudence
la question s’était posée notamment à propos des médecins-conseil de compagnie
d’assurance23).
Il est enfin un dernier aspect commun à tous les experts judiciaires : leur
responsabilité dans le cadre de l’exercice de leur mission.
Concernant la faute disciplinaire pouvant être commise par l’expert, le régime
actuel est issu de la réforme du 11 février 2004. La faute est définie comme « toute
contravention aux lois et règlements relatifs à sa profession ou à sa mission d’expert,
tout manquement à la probité ou à l’honneur, même se rapportant à des faits étrangers
aux missions qui lui ont été confiées »24. Le champ déterminé est extrêmement large,
principalement car la faute n’a pas à revêtir un caractère « grave » et peut être retenue
pour des faits commis même en dehors des activités professionnelles ou d’expertise de
la personne concernée. Cette disposition est quelque peu révélatrice du sérieux et du
professionnalisme attendus de ces experts : les conséquences quant aux manquements,
aux fautes qu’ils pourraient commettre doivent être à la hauteur de leur rôle au sein de
l’institution judiciaire. A titre d’exemple, l’arrêt précédemment cité de la première
chambre civile de la Cour de cassation, en date du 3 juin 2010, approuve les juges du
fond d’avoir qualifié de manquement à l’honneur, caractérisant une faute disciplinaire,
le fait pour un expert psychiatre de délivrer des certificats médicaux de complaisance,
une pratique contraire au Code de déontologie médicale.
Les sanctions disciplinaires pouvant être prononcées obéissent à une
hiérarchie, en respect du principe d’adéquation et de proportionnalité des peines25. Le
décret du 23 décembre 2004 prévoit ainsi dans l’ordre suivant : « l’avertissement », «
la radiation temporaire pour une durée maximale de trois ans », « la radiation avec
privation définitive du droit d’être inscrit sur une des listes prévues à l’article 2, ou le
retrait de l’honorariat ». Une procédure d’urgence peut également justifier la
suspension provisoire de l’expert des listes, à la demande du procureur général, dès
lors qu’il fait l’objet depoursuites pénales ou disciplinaires26. La décision d’engager
des poursuites disciplinaires appartient au procureur général, celle relative aux
sanctions disciplinaires appartient à la commission disciplinaire. La procédure est
contradictoire, et les droits de la défense doivent être respectés : à ce titre, la décision
motivée de la commission disciplinaire ne peut être prise qu’après avoir entendu le
ministère public ainsi que l’expert lui-même ou son avocat27. Cette décision est
susceptible de recours, soit devant la Cour de cassation (lorsqu’il s’agit d’un expert
inscrit sur la liste nationale), soit devant une cour d’appel (lorsqu’il s’agit d’un expert
inscrit sur une liste dressée par une cour d’appel)28.
Enfin, il est évident que l’expert judiciaire peut voir sa responsabilité
personnelle engagée dès lors qu’il a commis une faute ayant causé un préjudice : il
convient d’appliquer l’article 1382 du Code civil. La Cour de cassation a pu préciser
que l’homologation du rapport d’expertise par le juge ne fait pas obstacle aux
poursuites engagées contre l’expert pour une faute commise dans l’exercice de sa
mission29. Il peut également engager sa responsabilité pénale, conformément aux
règles de droit commun. Cependant, certaines règles spéciales tiennent lieu à
s’appliquer : l’expert est soumis au secret professionnel, mais aussi et surtout au secret
de l’instruction (article 11 du Code de procédure pénale) puisqu’il y concourt.
L’expert pourra également être poursuivi pénalement s’il falsifie ses rapports ou
exposés oraux (en modifiant par exemple les résultats de l’expertise)30. Enfin, l’article
434-9 du Code pénal réprime « le fait [pour l’expert nommé par une juridiction ou les
parties] de céder aux sollicitations d’une personne visée aux 1° à 5°, ou de proposer,
sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des
dons, des présents ou des avantages quelconques, pour elle-même ou pour autrui, afin
d’obtenir d’une de ces personnes l’accomplissement ou l’abstention d’un acte de sa
fonction ou facilité par sa fonction est puni des mêmes peines ».
Certaines règles générales sont ensuite propres à la procédure pénale, et
diffèrent sur quelques points notables de la procédure civile.
Tout d’abord, concernant le choix de l’expert en procédure pénale, le principe
est celui de la désignation d’un expert inscrit sur une liste officielle. L’article 157 du
Code de procédure pénale pose très clairement cette règle, ce qui fait obligation au
juge qui souhaite faire appel à un expert de le choisir parmi « les inscrits ». Le même
article prévoit cependant une exception : les juridictions peuvent exceptionnellement
désigner un expert ne figurant pas sur une liste. Cette décision doit être motivée : ce
choix pourrait se justifier par le fait qu’aucun expert figurant sur les listes ne serait
compétent pour une mission touchant à un domaine très spécifique ; ou encore par
l’indisponibilité des personnes inscrites sur les listes. L’obligation de motivation doit
être strictement respectée, sous peine de nullité de la
décision ordonnant l’expertise31. Ce principe n’est pas celui retenu en
procédure civile : les listes ne sont à la disposition du juge que pour information, selon
l’article 1er de la loi du 29 janvier 1971 ; l’article 232 du Code de procédure civile
dispose quant à lui que le juge peut désigner toute personne de son choix afin de
l’éclairer sur certains points.
La procédure pénale prévoit donc certaines garanties supplémentaires en
matière de désignation de l’expert : l’objectif étant certainement de s’assurer de la
compétence de l’expert désigné, mais aussi d’éviter toute suspicion à l’égard du juge et
plus particulièrement, à l’égard de son devoir d’impartialité. Cette différence peut
aussi s’expliquer par le fait qu’en procédure civile les parties ont régulièrement recours
aux expertises officieuses, choisissant pour ce faire, toute personne qu’elles estiment
compétente.
Une fois l’expert désigné, le juge doit détailler la mission qui lui est confiée.
Le Code de procédure pénale ne définit pas précisément la teneur des missions
pouvant être confiées aux experts : seules quelques hypothèses particulières ont été
envisagées par le législateur, comme la mission d’évaluation de la dangerosité prévue
pour certaines infractions, ce que nous étudierons dans le cadre des règles procédurales
applicables à certaines expertises pénales. Toutefois, l’article 158 du Code de
procédure pénale dispose que la mission d’expertise « ne peut avoir pour objet que
l’examen de question d’ordre technique, [la mission] est précisée dans la décision qui
ordonne l’expertise ». Ainsi, le juge aura la liberté de poser à l’expert toute question
technique qu’il estime nécessaire, en fonction des circonstances de l’espèce. Il découle
de ce principe que l’expert ne peut réaliser aucun acte qui dépasserait le cadre de sa
mission, ou qui relèverait des pouvoirs du juge ou de toute personne en charge de
l’enquête32.
La fin de la mission de l’expert se formalise par la rédaction d’un rapport
d’expertise : celui-ci doit contenir certaines mentions obligatoires comme « la
description desdites opérations ainsi que leurs conclusions »33, ou encore l’identité
des personnes qui ont pu assister l’expert dans sa mission, mais aussi, bien
évidemment, la signature de l’expert. Hormis ces mentions obligatoires, le contenu du
rapport va ensuite varier selon les particularités de la mission et les questions qui ont
été posées.
Cependant ce rapport peut être remis en cause, tout comme la mesure
d’expertise elle-même. Dans le cadre de l’instruction, l’expertise peut faire l’objet
d’une demande de nullité : il convient de faire application de l’article 171 du Code de
procédure pénale, qui dispose que la méconnaissance susceptible d’entacher l’acte de
nullité doit concerner une formalité substantielle et doit porter « atteinte aux intérêts de
la partie qu’elle concerne ». Il faut pourtant distinguer les nullités substantielles
d’ordre public, et celles supposant la démonstration d’un grief. Certaines causes de
nullité (d’ordre public) peuvent être relevées par les parties ou d’office par les
juridictions : en matière d’expertise, une telle nullité a parexemple été retenue pour le
défaut de signature de l’ordonnance prévoyant l’expertise34. À l’inverse d’autres
causes de nullité supposent l’existence d’un grief de la part de la personne qui
l’invoque, puisque la Cour considère que certaines formalités sont prescrites dans le
seul intérêt des parties : la chambre criminelle a d’ailleurs récemment confirmé
l’application de cette règle à propos de l’article 161-1 du Code de procédure pénale35,
l’existence d’un grief n’étant en l’espèce pas rapportée. Ces demandes relèvent de la
compétence de la chambre de l’instruction, en application de l’article 170 du même
code. Au-delà des demandes de nullité, les parties ont la possibilité d’interjeter appel
devant la chambre de l’instruction, notamment lorsque leur demande d’expertise a été
refusée par le juge d’instruction36. Enfin, s’agissant des mesures d’expertise prises par
une juridiction de jugement et en particulier celles prises par une cour d’assises, il y a
lieu de faire application de l’article 316 du Code de procédure pénale37.
Il existe un point fondamental sur lequel procédure pénale et procédure civile
sont opposées : la rémunération de l’expert. En procédure pénale, elle est assurée par
le Trésor public, tandis qu’elle est supportée par les parties en procédure civile.
L’expertise fait partie des frais de justice criminelle en vertu de l’article R.92 du Code
de procédure pénale, et les conditions et modalités de fixation de la rémunération de
l’expert sont prévues aux articles R.106 et suivants du même code (fixation par la
juridiction qui a commis l’expert). L’expert peut obtenir le versement d’un acompte
provisionnel sur autorisation du juge, sous conditions38. L’article 284 du Code de
procédure civile dispose quant à lui que le juge désigne la ou les parties tenues de
verser le montant de la provision, et ce de manière discrétionnaire39 (avec possibilité
d’aide juridictionnelle cependant).
Tous les précédents développements permettent de cerner brièvement le cadre
général de l’expertise judiciaire, et plus spécifiquement en droit pénal ; si ces propos
concernent les expertises psychiatriques, nous verrons qu’un certain nombre de
dispositions sont propres à ces mesures. En droit pénal, l’expertise psychiatrique
bénéficie bien souvent d’un régime spécifique, justifié par la particularité que
représente la science psychiatrique ainsi que par les conséquences de ces expertises.
L’expertise psychiatrique, comme toute expertise technique ou médico-légale, revêt
une fonction particulière dans le procès pénal : un « discours de vérité, parce que
discours à statut scientifique »40. Ainsi, tant l’expert psychiatre que l’expert en
comptabilité sont considérés comme des techniciens, des scientifiques, des
professionnels qui démontrent une vérité, qui apportent des preuves irréfutables : à la
différence que la psychiatrie n’estpas une science exacte, et que le résultat de
l’expertise ne s’obtient pas par calculs. Si de nombreux domaines s’appuient sur les
chiffres, la physique, l’anatomie ou encore la génétique, la psychiatrie a pour objet
d’étude une notion bien plus floue : le terme ‘psychiatrie’ issu du « psyche » et du «
iatros » en grec, signifie littéralement « la médecine de l’âme »41. Pourtant,
l’expertise psychiatrique ne semble pas souffrir au sein du système judiciaire de ce
caractère approximatif qui la caractérise : bien au contraire, elle est aujourd’hui une
mesure quasi-indispensable.
L’expert psychiatre n’intervient bien évidemment pas qu’en droit pénal : le
médecin psychiatre ou le psychologue est également présent en droit civil. Ainsi, le
médecin (psychiatre ou non) intervient dans la procédure de placement des majeurs
incapables sous un régime de protection ; plus encore, les contentieux du droit de la
famille font bien souvent état d’expertises psychiatriques ou psychologiques,
notamment en cas de conflit quant aux gardes d’enfants où des enquêtes sociales sont
menées. Dans ce contentieux, l’expert psychiatre ou psychologue peut se voir poser de
multiples questions : il s’agira bien souvent d’apprécier l’état psychologique de
l’enfant vis-à-vis de ses parents ou de son cadre de vie. Récemment, la Cour de
cassation a d’ailleurs admis qu’une décision des juges du fond en matière de garde de
l’enfant puisse se fonder en partie sur une expertise psychiatrique révélant un
syndrome d’aliénation parentale42. Cet expert peut également intervenir en matière de
responsabilité civile, afin d’évaluer l’étendue de certains préjudices psychologiques ou
mentaux invoqués par les victimes. Dans un tout autre domaine, le psychiatre
intervient dans la procédure d’hospitalisation sans consentement ou de soins
psychiatriques sans consentement, prévue par le Code de la santé publique : les
certificats psychiatriques sont nécessaires à de telles décisions, et le psychiatre est
présent tant en amont (la décision de placement), que pendant (durant l’hospitalisation
ou le traitement imposé), qu’en fin de processus (permettre l’arrêt de la mesure). Il ne
s’agit pas d’un expert psychiatre mais bien d’un médecin psychiatre, ce qui ne change
pour autant pas la place centrale accordée à cette personne tout au long de la
procédure.
La psychiatrie n’intéresse donc pas uniquement le droit pénal : cependant,
c’est bien dans cette branche du droit que l’expert psychiatre s’est imposé comme un
acteur à part entière du procès. L’Expert, abstraitement, dispose d’une place de choix
dans le processus pénal, et surtout aux stades de l’instruction et du jugement. La raison
d’être de toute mesure d’investigation est la recherche de la vérité : l’expert a pour rôle
de la révéler. L’expert psychiatre est un expert particulier en droit pénal, car il incarne
la passerelle entre l’acte réprimé et l’individu qui l’a commis. Dans cette recherche de
vérité, il représente parfois le médecin capable d’expliquer l’incompréhensible.
Il y a probablement, aujourd’hui, un déséquilibre entre l’importance que revêt
l’expertise psychiatrique en droit pénal et la réalité de cette science. Le scepticisme
entourant la psychiatrie n’estpas nouveau ; S. Freud disait d’ailleurs que « dans le
cadre même de la médecine, la psychiatrie, il est vrai, s’occupe à décrire les troubles
psychiques qu’elle observe et à les réunir en tableaux cliniques, mais dans leurs bons
moments les psychiatres se demandent eux-mêmes si leurs arrangements purement
descriptifs méritent le nom de science »43. Comme toute branche de la médecine, la
psychiatrie évolue et fait état d’avancées scientifiques, mais est-elle aujourd’hui à la
hauteur des attentes dont elle fait l’objet ?
L’expert psychiatre, comme tout autre acteur du procès pénal, est soumis à de
multiples pressions, et notamment la pression médiatique autour de certains faits
divers. Mais, comme le juge, il fait partie de ceux à qui revient la lourde tâche de se
prononcer sur des questions telles que l’imputabilité des faits à l’auteur, allant parfois
jusqu’à se prononcer sur sa culpabilité, mais aussi à un stade différent : la question non
moins laborieuse qu’est le risque de récidive du condamné. Or, le procès pénal ne
manque pas d’enjeux : humainement, l’avenir de l’accusé dépendra parfois de l’avis
psychiatrique de l’expert, impactant l’avenir des victimes, des parties civiles aussi ;
politiquement, l’expert psychiatre exerce sa mission dans un contexte de prise en
charge par l’Etat de la santé mentale qui est bien souvent dénoncé ; moralement,
lorsque les limites de la psychiatrie sont atteintes, la question qu’il s’agit de trancher
est alors celle de la place du fou en prison ou de l’impunité du criminel.
Parce qu’on attend de lui qu’il exerce sans faille cette spécialité qu’est la
psychiatrie, l’on n’admettra pas que l’expert se trompe par excès de prudence (affaire
d’Outreau), mais l’on n’admettra pas non plus qu’il se trompe par excès de confiance
(procès récent de Danièle Canarelli). L’expert psychiatre dans le procès pénal est ainsi
devenu celui que l’on écoute, mais aussi celui à qui l’on reproche : nous le verrons, la
multiplication des expertises psychiatriques en procédure pénale ne laisse aucun doute
quant à l’importance que revêt l’expert psychiatre en droit pénal. Cette importance
peut être encore accentuée si l’on se questionne quant à l’influence de l’avis
psychiatrique sur les juges et jurés : ont-ils vraiment la possibilité de s’affranchir de
cet avis ? C’est pourtant bien à eux qu’il appartient de trancher suivant leur intime
conviction.
Cet expert intervient aux stades tant de l’enquête, de l’instruction, du
jugement, que de l’exécution des peines. Deux de ces stades sont particulièrement
délicats pour l’expert, puisqu’ils entrainent des conséquences non négligeables : au
début du processus pénal, l’expert psychiatre est au cœur de la détermination, par le
juge, de la responsabilité pénale ou non de l’auteur (Partie I) ; en fin de processus
pénal, l’expert psychiatre est au cœur de la détermination, par le juge, de la dangerosité
et du risque de récidive ou non de l’auteur (Partie II).

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