Morbidité palustre des enfants au Burkina Faso
Morbidité palustre des enfants au Burkina Faso
Résumé
Les enfants sont les plus affectés par le paludisme, qui demeure un problème majeur de santé
publique au Burkina Faso. Bien que la prévalence du paludisme chez les enfants soit en
baisse, les disparités observées entre les régions du pays persistent. L’étude utilise les données
de l’enquête sur les indicateurs du paludisme réalisée au Burkina Faso en 2014 pour analyser
les disparités régionales du risque de morbidité palustre des enfants. Les analyses multivariées
montrent que la région de résidence a une influence directe sur l’état de morbidité palustre des
enfants. Ce qui rappelle l’importance des conditions environnementales dans la transmission
du paludisme. Le contrôle de l’effet de la région de résidence par le milieu de résidence réduit
le plus les écarts de risque entre les régions. Les résultats de l’étude interpellent sur la
nécessité de renforcer la lutte contre le paludisme en milieu rural.
Mots clés : Enfant, disparité régionale, paludisme, région de résidence, Burkina Faso.
Introduction
Le paludisme est la maladie parasitaire la plus répandue au monde. Le parasite, du
genre Plasmodium, se transmet à l’homme par des piqûres de moustiques femelles infectés.
C’est principalement dans les pays pauvres de la zone tropicale que sévit la maladie (Dao et
al., 2008; Soma et al., 2018). En 2017, plus de 3,07 milliards d’habitants dans le monde
étaient exposés au risque de contracter le paludisme selon l’Organisation Mondiale de la
Santé (OMS, 2018), soit près de la moitié de l’humanité. Le rapport mondial sur le paludisme
de 2018 fait état de 219 millions de personnes malades et de 435 000 décès associés,
enregistrés au cours de l’année 2017 (OMS, 2018). L’Afrique subsaharienne reste la région du
monde la plus touchée par cette maladie. Selon l’OMS (2017a), près de 90% des cas de
paludisme dans le monde et 80% des décès associés surviennent dans cette région du monde
où la maladie demeure toujours endémique.
Le Burkina Faso se classe au 6e rang mondial et 5e rang des pays africains en termes
de nombre de cas d’infection palustre diagnostiqués en 2017 (OMS, 2018). Dans ce pays, le
paludisme constitue un problème majeur de santé publique. Les statistiques sanitaires du
Burkina Faso placent le paludisme en tête de toutes les pathologies vues dans les formations
sanitaires. En 2016, le paludisme constituait le principal motif de consultation (43,4%),
d’hospitalisation (44,6%) et de décès (21,8 %) dans les formations sanitaires (Ministère de la
santé, 2017). Les enfants de moins de 5 ans représentent avec les femmes enceintes la tranche
de la population la plus vulnérable à la maladie. Les jeunes enfants supportent une charge
disproportionnée de la morbidité et de la mortalité dues au paludisme. En 2016, 4 970 689 cas
de paludisme ont été notifiés chez les enfants de moins de 5 ans, soit 51% de l’ensemble des
cas enregistrés. L’incidence du paludisme pour cette tranche d’âge était de 1 439 cas pour
1000 habitants en 2016 (Ministère de la santé, 2017c). En plus en 2017, les enfants de moins
de 5 ans ont représenté environ 76% (3 135 cas) des décès associés au paludisme au Burkina
Faso (Ministère de la santé, 2018). Les infections palustres à répétition chez les enfants ne
sont pas sans conséquences sur leur état de santé général et sur leur capacité à lutter contre les
différentes affections (Le Hesran, 2000).
Entre 2010 et 2014, la prévalence du paludisme chez les enfants de moins de 5 ans est
passée de 66% en 2010 à 46% en 2014, soit une baisse de 30% (INSD et al., 2015). Bien que
l’occurrence du paludisme soit en baisse, les disparités entre les régions de résidence se
maintiennent. Les écarts entre la région à forte prévalence (Sud-Ouest) et celle à faible
prévalence (Centre) étaient de 50% et 53% respectivement en 2010 et 2014. Ce constat amène
donc à se demander ce qui peut bien expliquer ce maintien des écarts de prévalence entre les
régions du pays. L’identification des facteurs explicatifs des disparités régionales de la
morbidité palustre des enfants peut contribuer à une meilleure orientation des programmes et
projets en matière de lutte contre le paludisme au Burkina Faso.
Plusieurs études ont mis en évidence les facteurs explicatifs de la morbidité palustre
des enfants (Afana, 2011; Nkoussa, 2012; Wanzira et al., 2017; Millar et al., 2018; Ouédraogo
et al., 2018). Cependant, il existe très peu de travaux dans la littérature qui se sont intéressés à
la question des disparités régionales du paludisme chez les enfants en utilisant des données
d’enquêtes en population générale comme l’enquête sur les indicateurs du paludisme, en
particulier dans le contexte burkinabè. L’objectif de cette étude est de contribuer à une
meilleure connaissance des disparités régionales de la morbidité palustre des enfants de moins
de 5 ans au Burkina Faso. Après l’exposé du cadre théorique, nous développerons le modèle
conceptuel et déclinerons la méthodologie de l’étude, et enfin présenterons les principaux
résultats que nous discuterons.
1. Cadre théorique
2
paludisme une maladie étroitement liée à l’environnement. L’approche environnementale
tente d’expliquer la diversité et l’intensité de la transmission du paludisme par la pluralité de
conditions écologiques. Selon Carnevale et Vaugelade (1987), les conditions
épidémiologiques du paludisme varient fortement selon les contextes écologiques. Pour
Gallup et Sachs (2001), les conditions écologiques qui soutiennent les vecteurs du paludisme
déterminent principalement la répartition et l’intensité de la maladie.
1.1.2. Approche socioéconomique
Dans cette approche, les chercheurs font le lien entre statut socioéconomique et
paludisme. La morbidité palustre des enfants se justifie par le faible niveau socioéconomique
des ménages. L’enfant fait un accès palustre parce que le ménage n’a pas assez de ressources
financières pour le protégé contre les piqûres infectantes des moustiques. Il existe en effet de
nombreux moyens de prévention sur le marché (moustiquaire, insecticide aérosol, pommade
révulsive, serpentin fumigène, etc.). Cependant, les ménages pauvres n’ont pas toujours les
moyens de s’en procurer. Par exemple pour le cas de la moustiquaire imprégnée, Audibert
(2004) soutient que son coût et celui de sa ré-imprégnation constituent un obstacle à la lutte
contre le paludisme. Le faible niveau socioéconomique constituerait donc un facteur de risque
d’infection au paludisme. La pauvreté semble ainsi être pointée du doigt comme une cause du
paludisme d’autant plus que cette pathologie persiste dans les pays en développement
notamment d’Afrique subsaharienne (Gallup et Sachs, 2001; Sachs, 2006). Le point de vue
selon lequel la pauvreté est une cause du paludisme n’est pas entièrement partagé par tous.
Certains auteurs, à l’instar de Longuépée (2006), estiment que la nature et l’étendue
mesurable du paludisme se définissent aussi par des éléments culturels liés à la perception de
la maladie par les populations. Tout en reconnaissant l’existence de lien entre le statut
socioéconomique d’une personne et son degré d’exposition au paludisme, cet auteur estime
que : « en cas d’arbitrages financiers, les individus préféreront acheter du tabac plutôt
qu’une moustiquaire » (Longuépée, 2006, p. 101).
1.1.3. Approche socioculturelle
Cette approche privilégie les facteurs culturels et sociaux dans l’explication des
inégalités géographiques et sociales de la morbidité palustre des enfants. Dans cette approche,
les chercheurs mettent en évidence l’influence de l’ethnie et de la religion des parents sur la
survenue du paludisme chez l’enfant. Les croyances et les pratiques entretenues par une
population peuvent affecter indirectement la santé des enfants (Barbieri, 1991). Les sociétés
traditionnelles africaines véhiculent des croyances, des normes et des valeurs qui servent de
référence pour les individus. Ces valeurs culturelles traditionnelles sont susceptibles
d’influencer ou non la morbidité palustre des enfants selon l’approche socioculturelle. En plus
des valeurs traditionnelles, les croyances religieuses peuvent également influencer la survenue
du paludisme chez les enfants. A l’intérieur d’un modèle culturel, les pratiques en matière de
soins de santé peuvent être différenciées selon les groupes religieux en présence (Akoto, 1993).
La dimension socioculturelle joue un rôle important dans la transmission du paludisme
en Afrique (Jaffré, 2009). Bien que le cycle du paludisme soit scientifiquement établi,
Longuépée (2006) suggère qu’il ne faut pas sous-estimer la manière dont les populations
africaines se représentent le paludisme. Le lien entre moustiques et transmission du paludisme
3
n’est pas toujours établi par les populations qui considèrent les moustiques comme une simple
nuisance (Bonnet, 1986; Longuépée, 2006; Some et Zerbo, 2007). « Les enfants peuvent aussi
être les premières victimes des représentations puisque certaines communautés pensent qu'ils
dorment plus profondément que les adultes et qu'ils sont donc moins gênés par les
moustiques. » (Longuépée, 2006, p. 101).
1.1.4. Approche démographique
L’approche démographique suppose que les variables démographiques ont une
influence sur le risque de paludisme chez les enfants. D’une façon générale, les facteurs
démographiques tels que l’âge et le sexe sont reconnus dans la littérature comme influençant
la survenue des symptômes chez les enfants (Bouba Djourdebbé, 2015). L’âge et le sexe
figurent parmi les déterminants biologiques et sociaux de la santé les plus importants
(Barbieri, 1991; Moleux et al., 2011). Tous les enfants bénéficient d’un facteur inné de
protection d’origine physiologique qui freine la croissance de Plasmodium falciparum dans
les hématies, ce qui fait que les accès palustres sont rares avant l’âge de quatre mois (Le
Hesran, 2000). Entre 6 mois et 24 mois, les anticorps anti-palustres transmis par la mère à
l'enfant disparaissent progressivement (Carnevale et Vaugelade, 1987). Les nouveau-nés de
sexe masculin bénéficient d’un niveau d’immunité passive naturelle inférieur à celui des
filles, et semblent donc présenter une plus grande vulnérabilité aux maladies infectieuses
(Barbieri, 1991).
Les comportements sociaux en termes d’allaitement, d’alimentation et de soins de
santé à l’égard des enfants sont susceptibles d’accroître leurs résistances aux agents
pathogènes (Barry, 2015; Bouba Djourdebbé, 2015). L’allaitement maternel protège l’enfant
contre le paludisme. L’absence d’acide para-amino-benzoïque dans le lait maternel limite le
développement du Plasmodium qui en a besoin pour la synthèse de son ADN (Le Hesran,
2000). Le sexe de l’enfant est dans certains contextes une source de discrimination en matière
de prévention et de traitement de la maladie (Barbieri, 1991; Rakotondrabé, 2004).
L’hypothèse parfois émise est que les enfants de sexe masculin sont privilégiés par rapport à
leurs homologues de sexe féminin (Baya, 1999). De plus, les mères accordent plus d’attention
aux plus jeunes enfants du fait de leurs fragilités pendant les premiers mois de leur vie. L’âge
de la mère influence également la santé de son enfant. Les mères jeunes ont moins
d’expérience, toute chose qui augmente le risque d’exposition de leurs enfants.
1.1.5. Approche institutionnelle
Cette approche repose sur le postulat selon lequel le contexte institutionnel à travers la
disponibilité et la qualité des services de soins, l’accessibilité géographique, financière et
culturelle des populations à ces services de soins améliore la santé des populations. Pour
Nguendo Yongsi et Toumbalbai (2016, p. 167), « la présence des structures de santé de
qualité et en nombre suffisant et la mise sur pied d’une politique sanitaire efficace réduisent
la morbidité et la mortalité. » Pour les tenants de cette approche, le cadre institutionnel à
travers le système de santé joue un rôle primordial dans l’amélioration de la santé des
populations. Pour l’OMS, le système de santé est l’ensemble des organisations, des ressources
et des personnes dont l’objectif principal est d’améliorer la santé. Son efficacité selon Barbieri
(1991), dépend en grande partie du niveau d’engagement de l’Etat vis-à-vis des problèmes de
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santé de sa population. La mise en œuvre par les gouvernements de politiques et programmes
d’amélioration des conditions de vie des populations (santé, éduction, habitation, nutrition,
etc.) permet le recul de nombreuses maladies infectieuses, parasitaires, métaboliques, etc.
1.1.6. Approche comportementale
Selon l’approche comportementale, le recours ou non aux moyens de prévention
contre le paludisme par les personnes en charge des enfants influe sur l’état de morbidité
palustre de ces enfants. Dans le cas de la lutte contre le paludisme, il est important que la
mère ait un minimum de connaissance sur l’étiologie de la maladie et adopte des
comportements sanitaires préventifs afin de réduire le risque d’infection de son enfant à la
maladie. L’approche comportementale peut s’analyser ici à travers l’utilisation de la
moustiquaire imprégnée d’insecticide (MII) et la chimio prophylaxie antipaludéenne. Les
moustiquaires imprégnées sont recommandées par l’OMS comme mesure de protection
individuelle dans la lutte contre le paludisme. Des études ont prouvé son efficacité pour la
protection des jeunes enfants (Müller et al., 2006). Pour Sachs (2006), la meilleure prévention
contre le paludisme consiste en l’utilisation de la moustiquaire imprégnée d’insecticide. En
plus de l’utilisation de la MII, la chimio prophylaxie antipaludéenne est également un moyen
préventif de lutte contre le paludisme. Elle consiste à prévenir la maladie chez les sujets hôtes
principalement chez les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans.
1.3. Vers une approche explicative globale de la morbidité palustre des enfants
Il ressort de la revue de la littérature que la morbidité palustre des enfants ne saurait
s’expliquer par un seul facteur surtout dans le contexte des pays africains. Ainsi, nous nous
orientons dans la présente étude vers une approche explicative globale tout en accordant une
attention particulière à l’approche par le contexte de résidence. Comme le souligne Nguendo
Yongsi et Toumbalbai (2016), l’intégration de plusieurs facteurs dans un seul modèle
explicatif permet de minimiser les limites des différentes approches prises isolement. La
figure ci-dessous présente le schéma conceptuel qui nous guide pour l’analyse des disparités
régionales de la morbidité palustre. L’hypothèse de l’étude est que le contexte de résidence
influence directement le risque de paludisme chez l’enfant. La relation attendue entre le
contexte régional et l’état de morbidité palustre des enfants passe par un ensemble de facteurs
considérés comme des variables de contrôle. Il s’agit des facteurs institutionnels,
socioculturels, socioéconomiques, environnementaux, les caractéristiques individuelles de la
mère et de l’enfant, et les comportements sanitaires de la mère.
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Figure : Schéma conceptuel pour l’analyse des disparités régionales de la morbidité
palustre.
Contexte de résidence
-Région de résidence
-Milieu de résidence
Caractéristiques
individuelles de la mère Environnement
- Instruction de la mère immédiat du ménage
- Exposition aux messages sur le - Type de lieu d’aisance
paludisme - Nature du toit
- Connaissance du paludisme - Densité dans le ménage
- Age de la mère
Caractéristiques
individuelles de l’enfant
Comportements
- Age de l’enfant
sanitaires de la mère - Sexe de l’enfant
- Utilisation de la
moustiquaire imprégnée
- Nettoyage des environs du
ménage
2. Aspects méthodologiques
2.1. Données de l’étude
Les données utilisées dans cette étude proviennent de l’Enquête sur les Indicateurs du
Paludisme (EIP) réalisée au Burkina Faso en 2014. L’échantillon de l’EIPBF 2014 a été
obtenu par tirage aléatoire à deux degrés et stratifié par région administrative et milieu de
résidence. Au premier degré, 252 zones de dénombrement (ZD) ont été tirées avec une
probabilité proportionnelle à la taille. Au second degré, 6 552 ménages ont été sélectionnés en
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raison de 26 ménages par grappe. La population cible de notre étude au moment de l’enquête
est constituée des enfants âgés de moins de 5 ans ayant effectué le test de la goutte épaisse et
dont les informations sur leurs mères ont été recueillies. L’échantillon de l’étude est constitué
de 5 628 enfants âgés de 6-59 mois dont 2 869 de sexe masculin. Cependant, l’analyse des
données repose sur 5 470 enfants à cause des non-réponses de la variable à expliquer.
2.2. Variables de l’étude
L’accès palustre chez l’enfant au moment de l’enquête, diagnostiqué à partir du test de
la goutte épaisse, est la variable dépendante de la présente étude. C’est une variable
dichotomique qui prend la valeur 1 (Impaludé) si le résultat du test de la goutte épaisse est
positif et 0 (Non impaludé) sinon.
Sur la base de la revue empirique, nous avons retenu 16 variables indépendantes et une
covariable à inclure dans les analyses. Les variables relatives au contexte de résidence sont la
région de résidence et le milieu de résidence. La région de résidence est la variable
fondamentale pour la présente étude. Pour éviter d’avoir de très petits effectifs au niveau des
analyses régionales, les régions ont été regroupées en six : Centre/Plateau-Central, Sahel/Est,
Centre-Ouest/Boucle du Mouhoun, Nord/Centre-Nord, Centre-Est/Centre-Sud et Hauts-
Bassins/Cascades/Sud-Ouest. Le regroupement se base sur la distribution du risque de
paludisme présentée dans la carte globale de P. falciparum du projet Malaria Atlas (2014).
Les autres groupes de variables indépendantes retenues pour l’étude sont les
suivantes : les facteurs socioculturels appréhendés par l’ethnie et la religion de la mère; les
facteurs socioéconomiques mesurés par le niveau de vie du ménage; les caractéristiques
individuelles de la mère appréhendées par l’éducation de la mère, son âge, son exposition aux
messages sur le paludisme et sa connaissance du paludisme; les facteurs de l’environnement
immédiat opérationnalisés par la nature du toit, la densité dans le ménage et le type de lieu
d’aisance; les facteurs liés aux comportements sanitaires de la mère mesurés par l’utilisation
de la moustiquaire imprégnée et le nettoyage des environs du ménage; et les caractéristiques
démographiques de l’enfant appréhendées par son âge et son sexe.
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la catégorie considérée ont 100*(1-OR)% moins de risque d’avoir le paludisme par rapport au
groupe de référence.
L’une des conditions d’application de la régression logistique est la vérification de la
colinéarité entre les variables explicatives. Le calcul des facteurs d’inflation de la variance
(VIF) suggère une faible multicolinéarité entre les variables explicatives puisque la moyenne
des VIFs est de 1,53 et qu’aucune VIF ne dépasse 10. L’adéquation des différents modèles est
mesurée à partir de la probabilité du Chi-deux. Les différentes probabilités associées aux tests
de Chi-deux des modèles sont inférieures à 5%. Ainsi, les modèles sont globalement adéquats.
Les variables explicatives considérées expliquent dans l’ensemble la variation de la morbidité
palustre des enfants de moins de 5 ans au Burkina Faso. Elles peuvent donc prédire l’accès
palustre chez l’enfant.
L’ajustement des modèles est apprécié par l’aire sous la courbe ROC. Au niveau
national, l’aire en dessous de la courbe ROC du modèle saturé vaut 0,734. Au niveau des
modèles saturés des régions, elle varie de 0,6697 pour le modèle du Centre-Sud/Centre-Est à
0,8214 pour le modèle du Centre/Plateau-Central. Ces résultats indiquent que les modèles ont
un faible pouvoir discriminatoire à l’exception du modèle du Centre/Plateau-Central où le
pouvoir discriminatoire est bon (aire ROC comprise entre 0,8 et 0,9). Le faible pouvoir
discriminatoire des modèles indique qu’il existe d’autres variables explicatives de la morbidité
palustre des enfants qui n’ont pas été incluses dans les modèles.
3. Résultats
3.1. Région de résidence de l’enfant
La région de résidence est significativement associée à l’accès palustre de l’enfant au
seuil de 1%. Les enfants vivant dans les régions du Sahel/Est et du Centre-Ouest/Boucle du
Mouhoun ont une occurrence plus élevée de paludisme (respectivement 58% et 57%). Par
contre, les enfants de la région du Centre/Plateau-Central présentent une occurrence de
paludisme plus faible (environ 18%). Les occurrences du paludisme chez les enfants vivant
dans les régions du Nord/Centre-Nord (40%), Centre-Sud/Centre-Est (près de 43%) et Hauts-
Bassins/Cascades/Sud-Ouest (49%) se situent à un niveau intermédiaire. Ces résultats sont à
prendre avec prudence puisqu’il s’agit d’une analyse bivariée.
Tableau 1 : Occurrence du paludisme des enfants par région de résidence
Région de résidence Proportion (%) Effectifs
Sahel/Est 58,2 550
Centre-Sud/Centre-Est 42,6 275
Centre/Plateau Central 17,8 135
Centre-Ouest/Boucle du Mouhoun 57,3 588
Nord/Centre-Nord 39,9 362
Hauts Bassins/Cascades/Sud-Ouest 48,9 502
National 45,4 2412
Statistique du Chi2 372,957***
Note : Données pondérées ***Signification à 1%
Source : Exploitation des données de l’EIPBF 2014
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3.2. Essai d’explication de la survenue du paludisme chez les enfants au niveau national :
Effets de la région de résidence
Le tableau 2 présente les résultats des analyses au niveau national. Au modèle brut
(M0), la région de résidence a une influence significative sur l’état de morbidité palustre des
enfants. Comparés aux enfants vivant dans la région des Hauts-Bassins/Cascades/Sud-Ouest,
les enfants vivant dans les régions du Sahel/Est et du Centre-Ouest/Boucle du Mouhoun ont
un peu plus de risques de faire le paludisme. Par contre, les régions du Centre/Plateau-Central,
du Nord/Centre-Nord et du Centre-Sud/Centre-Est sont associées à des risques plus faibles de
paludisme (respectivement 77%, 33% et 23% moins de risques) par rapport à la région des
Hauts-Bassins/Cascades/Sud-Ouest.
Le modèle M13 a considéré toutes les variables explicatives de l’étude (Tableau 2). Il
ressort de ce modèle que l’effet de la région de résidence sur l’état de morbidité palustre des
enfants se maintient. Les enfants résidant dans les régions du Centre/Plateau-Central, du
Nord/Centre-Nord et du Centre-Sud/Centre-Est ont respectivement 74%, 54% et 46% moins
de risques d’être impaludés que ceux résidant dans la région des Hauts-
Bassins/Cascades/Sud-Ouest. Toutefois, les différences de risques observées au modèle brut
entre les enfants vivant dans les régions du Sahel/Est et du Centre-Ouest/Boucle du Mouhoun,
et les enfants vivant dans la région des Hauts-Bassins/Cascades/Sud-Ouest disparaissent.
Ainsi, la configuration spatiale de la distribution du risque de morbidité dû au paludisme chez
les enfants a un peu changé du modèle brut au modèle final (Carte A et B).
La région de résidence a une influence directe sur l’état de morbidité palustre des
enfants. En effet, son influence est restée significative au seuil de 1% du modèle M0 au
modèle M13. On constate que le milieu de résidence médiatise partiellement l’effet de la
région de résidence. Les modalités « Sahel/Est » et « Centre-Ouest/Boucle du Mouhoun » de
la région de résidence deviennent non significatives après contrôle du milieu de résidence.
L’influence des autres variables de contrôle sur l’effet de la région de résidence est faible (au
niveau des coefficients).
Dans le modèle final, 11 variables de contrôle sont significativement associées à
l’accès palustre de l’enfant. Ces variables sont le milieu de résidence, l’ethnie de la mère, la
religion de la mère, le niveau de vie du ménage, le type de lieu d’aisance, la nature du toit,
l’éducation de la mère, l’exposition aux messages sur le paludisme, le nettoyage des environs
du ménage, l’âge de l’enfant et la période de l’enquête.
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Tableau 2 : Odds ratios (OR) des risques de morbidité palustre des enfants de moins de cinq ans au niveau national (Burkina Faso)
Effets Effets
Variables et modalités
bruts nets
M0 M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7 M8 M9 M10 M11 M12 M13
Région de résidence *** *** *** *** *** *** *** *** *** *** *** *** ***
Sahel/Est 1.455*** 1.431*** 0.993ns 1.144ns 1.177ns 1.072ns 0.949ns 0.970ns 1.017ns 1.019ns 1.018ns 0.997ns 0.985ns
Centre Sud/Centre Est 0.775** 0.729*** 0.559*** 0.593*** 0.622*** 0.558*** 0.516*** 0.514*** 0.545*** 0.543*** 0.540*** 0.555*** 0.538***
Centre/Plateau Central 0.226*** 0.194*** 0.272*** 0.266*** 0.280*** 0.266*** 0.267*** 0.272*** 0.278*** 0.279*** 0.278*** 0.271*** 0.258***
Centre Ouest/Boucle du Mouhoun 1.400*** 1.348*** 1.009ns 1.039ns 1.093ns 0.995ns 0.934ns 0.948ns 0.962ns 0.965ns 0.961ns 0.951ns 0.953ns
Nord/Centre Nord 0.692*** 0.671*** 0.519*** 0.499*** 0.506*** 0.448*** 0.443*** 0.445*** 0.473*** 0.473*** 0.472*** 0.476*** 0.458***
Hauts Bassins/ Cascades/Sud-Ouest Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Milieu de résidence *** *** *** *** *** *** *** *** *** *** *** ***
Urbain 0.174*** 0.223*** 0.220*** 0.221*** 0.343*** 0.381*** 0.402*** 0.398*** 0.397*** 0.398*** 0.392*** 0.394***
Rural Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Ethnie de la mère *** ns * Ns * * * * * * **
Bobo/Dioula/Senoufo 1.775*** 0.902ns 0.897ns 0.858ns 0.872ns 0.896ns 0.901ns 0.900ns 0.898ns 0.910ns 0.866ns
Fulfuldé/Touareg/Bella 1.739*** 0.832ns 0.793* 0.731** 0.660*** 0.657*** 0.654*** 0.654*** 0.654*** 0.647*** 0.636***
Mossi Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Lobi/Dagara 1.994*** 1.080ns 1.148ns 1.092ns 1.057ns 1.084ns 1.086ns 1.085ns 1.081ns 1.104ns 1.092ns
Gounrounsi/Bissa 0.951ns 0.773** 0.750** 0.841ns 0.821ns 0.845ns 0.852ns 0.853ns 0.855ns 0.842ns 0.841ns
Gourmantché 1.704*** 0.691** 0.689* 0.685* 0.697* 0.664** 0.676* 0.676* 0.676* 0.659** 0.630**
Autres ethnies 1.546*** 0.875ns 0.864ns 0.897ns 0.885ns 0.906ns 0.903ns 0.900ns 0.900ns 0.913ns 0.901ns
Religion de la mère *** *** *** *** *** *** *** *** ** **
Musulmane Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Catholique 0.747*** 0.747*** 0.739*** 0.743*** 0.774*** 0.778*** 0.779*** 0.778*** 0.777*** 0.771***
Autres religions 1.434*** 1.142ns 1.051ns 1.029ns 1.043ns 1.043ns 1.044ns 1.042ns 1.037ns 1.010ns
Niveau de vie *** *** *** *** *** *** *** *** ***
Riche 0.161*** 0.369*** 0.430*** 0.460*** 0.468*** 0.468*** 0.467*** 0.471*** 0.451***
Moyen 0.715*** 0.808*** 0.893ns 0.905ns 0.917ns 0.918ns 0.919ns 0.928ns 0.912ns
Pauvre Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Type de lieu d’aisance *** *** *** *** *** *** *** ***
Amélioré 0.397*** 0.765*** 0.773*** 0.780*** 0.780*** 0.779*** 0.782*** 0.775***
Non amélioré Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Nature du toit *** *** *** *** *** *** *** ***
Naturel 2.115*** 1.252*** 1.251*** 1.253*** 1.251*** 1.250*** 1.252*** 1.236***
Tôle Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Densité dans le ménage *** ns ns ns ns ns ns ns
1-2 personnes 0.760*** 0.896ns 0.913ns 0.910ns 0.911ns 0.914ns 0.916ns 0.901ns
3-4 personnes Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
5 personnes ou plus 1.152ns 0.969ns 0.962ns 0.957ns 0.957ns 0.956ns 0.944ns 0.933ns
10
Éducation de la mère *** *** *** *** *** *** ***
Non éduquée Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Éduquée 0.396*** 0.722*** 0.734*** 0.735*** 0.738*** 0.744*** 0.743***
Exposition aux messages sur le
*** ** ** ** ** **
paludisme
Non exposée Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Exposée 0.754*** 0.846** 0.848** 0.848** 0.871** 0.855**
Connaissance sur le paludisme *** ns ns ns ns
Moins bonne 1.296*** 1.009ns 1.009ns 0.978ns 0.973ns
Bonne Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Âge de la mère ns ns ns ns
15-24 ans 1.054ns 0.991ns 0.980ns 1.049ns
25-34 ans Réf. Réf. Réf. Réf.
35-49 ans 1.149* 1.027ns 1.027ns 0.986ns
Utilisation de la moustiquaire
ns ns ns
imprégnée
Utilise Réf. Réf. Réf.
N’utilise pas 0.996ns 1.087ns 1.061ns
Nettoyage des environs *** *** ***
Non Réf. Réf. Réf.
Oui 0.748*** 0.785*** 0.789***
Âge de l’enfant *** ***
6-23 mois 0.568*** 0.516***
24-59 mois Réf. Réf.
Sexe de l’enfant ns ns
Masculin Réf. Réf.
Féminin 1.051ns 1.049ns
Période de l’enquête ns *** *** *** *** *** *** *** *** *** *** *** ***
Sept.-Oct. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Nov.-Déc. 0.924ns 0.704*** 0.779*** 0.787*** 0.793*** 0.768*** 0.729*** 0.728*** 0.735*** 0.735*** 0.735*** 0.734*** 0.735***
chi2 1.589 318.822 409.826 415.154 431.868 418.502 461.463 479.434 493.930 493.577 494.426 505.844 539.097
Significativité *** *** *** *** *** *** *** *** *** *** *** *** ***
Pseudo R2 0.0003 0.0590 0.1007 0.1020 0.1044 0.1115 0.1173 0.1193 0.1203 0.1202 0.1202 0.1218 0.1361
Note : Données pondérées
ns=non significatif *=significatif au seuil de 10% **=significatif au seuil de 5% ***=significatif au seuil de 1% Réf.: Modalité de référence
11
Carte : Odds ratios comparant le risque des enfants d’une région d’être impaludés par
rapport à la région des Hauts-Bassins/Cascades/Sud-Ouest
12
3.3. Essai d’explication de la survenue du paludisme chez les enfants au niveau régional
Les analyses au niveau régional montrent que les facteurs explicatifs de la morbidité
palustre des enfants varient d’une région à l’autre (Tableau 3).
Région du Sahel/Est
Dans la région du Sahel/Est, les facteurs associés à l’état de morbidité palustre des
enfants sont la religion de la mère, le nettoyage des environs du ménage, l’âge de l’enfant et la
période de l’enquête. Toutes choses égales par ailleurs, les enfants de mères d’autres religions
courent 40% moins de risques d’être impaludés que ceux de mères musulmanes. En outre, les
enfants dont les mères nettoient les environs du ménage ont 41% moins de risques d’avoir le
paludisme par rapport à ceux dont les mères ne nettoient pas les environs du ménage.
Comparativement aux enfants âgés de 24 à 59 mois, les enfants âgés de 6 à 23 mois ont
environ 55% moins de risques d’être impaludés. Par ailleurs, les enfants enquêtés entre
septembre et octobre ont 2 fois plus de risques d’avoir un accès palustre que leurs homologues
enquêtés entre novembre et décembre.
Région du Centre-Sud/Centre-Est
Le milieu de résidence et l’âge de l’enfant sont les variables qui ont un effet net
significatif sur l’état morbide des enfants dans la région du Centre-Sud/Centre-Est. Comparé
aux enfants vivant en milieu rural, les enfants vivant en milieu urbain ont 62% moins de
risques d’être impaludés. De même, les analyses montrent que par rapport aux enfants âgés de
24 à 59 mois, les enfants âgés de 6 à 23 mois ont 48% moins de risques d’être impaludés.
Région du Centre/Plateau-Central
Les facteurs explicatifs identifiés dans la région du Centre/Plateau-Central sont le
milieu de résidence, la nature du toit, la période de l’enquête et l’âge de l’enfant. Toutes
choses égales par ailleurs, les enfants vivant en milieu urbain courent 83% moins de risques
d’avoir un accès palustre par rapport à leurs homologues du milieu rural. De même, les
enfants enquêtés entre novembre et décembre ont 58% moins de risques d’être impaludés que
ceux enquêtés entre septembre et octobre. Par ailleurs, les enfants vivant dans les ménages
dont le principal matériau du toit est en chaume, bambou ou bois ont 2 fois plus de risques
d’être impaludés que ceux vivant dans les ménages dont le principal matériau du toit est en tôle.
Pour ce qui est de l’âge de l’enfant, les cadets de 6 à 23 mois ont près de 47% moins de risques
d’être impaludés que les aînés de 24 à 59 mois.
Région du Centre-Ouest/Boucle du Mouhoun
La morbidité palustre des enfants dans la région du Centre-Ouest/Boucle du Mouhoun
est essentiellement influencée par le milieu de résidence et l’âge de l’enfant. Par rapport aux
enfants vivant en milieu rural, les enfants vivant en milieu urbain ont 68% moins de risques
d’être impaludés. De même, les enfants âgés de 6 à 23 mois courent 60% moins de risques
d’être impaludés que leurs homologues âgés de 24 à 59 mois.
Région du Nord/Centre-Nord
Cinq facteurs ont des effets significatifs nets sur l’état de morbidité palustre des enfants
dans la région du Nord/Centre-Nord. Ce sont : le milieu de résidence, le niveau de vie du
ménage, la nature du toit, l’âge de l’enfant et la période de l’enquête. Comparé aux enfants du
13
milieu rural, les enfants vivant en milieu urbain courent 53% moins de risques d’être impaludés.
Par ailleurs, les enfants vivant dans les ménages dont les maisons sont couvertes de matériaux
naturels ont 1,5 fois plus de risques d’être impaludés que ceux vivant dans les ménages dont le
principal matériau du toit est en tôle. En outre, les enfants vivant dans les ménages riches ont
73% moins de risques d’avoir un accès palustre que ceux vivant dans les ménages pauvres. On
constate aussi que les enfants âgés de 6 à 23 mois ont 48% moins de risques d’être impaludés
que leurs aînés âgés de 24 à 59 mois. Par rapport aux enfants enquêtés entre septembre et
octobre, les enfants enquêtés entre novembre et décembre ont 35% moins de risques d’être
impaludés.
Région des Hauts-Bassins/Cascades/Sud-Ouest
Dans la région des Hauts-Bassins/Cascades/Sud-Ouest, cinq facteurs ont des effets
significatifs nets sur l’état de morbidité palustre des enfants. Il s’agit du milieu de résidence, la
religion de la mère, le niveau de vie du ménage, le type de lieu d’aisance et l’éducation de la
mère. Toutes choses égales par ailleurs, les enfants vivant en milieu urbain ont 50% moins de
risques d’être impaludés que ceux vivant en milieu rural. Pour ce qui est de la religion, les
enfants de mères catholiques ont 46% moins de risques d’avoir le paludisme comparé aux
enfants de mères musulmanes. Par ailleurs, les enfants vivant dans les ménages riches courent
69% moins de risques d’être impaludés que leurs homologues vivant dans les ménages pauvres.
Toujours dans cette région, les enfants vivant dans les ménages qui utilisent des toilettes non
améliorée pour leurs besoins ont près de 2 fois plus de risques d’être impaludés par rapport aux
enfants vivant dans les ménages qui utilisent des toilettes améliorées pour leurs besoins. En
outre, les enfants issus de mères éduquées ont 40% moins de risques d’être impaludés que leurs
homologues de mères non éduquées.
Tableau 3 : Odds ratios (OR) des risques de morbidité palustre des enfants de moins de
cinq ans dans les régions (Burkina Faso)
Centre/ Centre-Ouest/ Hauts-Bassins/
Centre-Sud/ Nord/Centre-
Sahel /Est Plateau- Boucle du Cascades/ Sud-
Centre-Est Nord
Central Mouhoun Ouest
Effets nets Effets nets Effets nets Effets nets Effets nets Effets nets
Milieu de résidence * *** *** *** ** **
Urbain 0.515* 0.381*** 0.173*** 0.322*** 0.471** 0.499**
Rural Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Religion ** ns ns ns ns ***
Musulmane Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Catholique 0.806ns 1.221ns 0.932ns 0.706* 0.842ns 0.537***
Autres religions 0.604** 0.819ns 0.545ns 1.015ns 1.057ns 1.463*
Niveau de vie ns * ns ns ** ***
Élevé 0.487ns 0.521* 0.556ns 0.856ns 0.269*** 0.319***
Moyen 1.067ns 0.711** 1.022ns 1.035ns 0.834ns 0.895ns
Faible Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Type de lieu d’aisance ns * ns ns ns ***
Amélioré 1.314ns 0.731* Réf. 0.737ns 0.805ns Réf.
Non amélioré Réf. Réf. 1.369ns Réf. Réf. 1.642***
Nature du toit ns ns ** ns ** ns
Naturel Réf. 0.894ns 1.813** 1.291ns 1.465** 0.976ns
Tôle 0.874ns Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Densité dans le ménage ns ns ns * ns ns
1-2 personnes 1.239ns 0.905ns 0.911ns 0.647** 0.954ns 0.884ns
3-4 personnes Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
5 personnes ou plus 1.113ns 0.799ns 0.481** 0.784ns 1.401ns 0.862ns
14
Éducation de la mère ns ns ns ns ns **
Non éduquée Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Éduquée 0.772ns 0.873ns 0.829ns 0.797ns 0.739ns 0.603**
Exposition aux messages
* ns ns ns ns ns
sur le paludisme
Non exposée 1.317* 1.015ns Réf. Réf. 1.267ns Réf.
Exposée Réf. Réf. 0.866ns 0.964ns Réf. 0.785ns
Connaissance sur le
ns * ns ns ns ns
paludisme
Moins bonne 0.762ns 0.717* 0.890ns 1.287ns 1.131ns Réf.
Bonne Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. 1.158ns
Âge de la mère ns ns ns ns ns ns
15-24 ans 0.838ns 1.091ns 0.971ns 1.167ns 1.170ns 1.060ns
25-34 ans Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
35-49 ans 0.681** 1.189ns 1.073ns 0.871ns 1.386* 1.091ns
Utilisation de la
ns ns ns ns ns ns
moustiquaire imprégnée
Utilise Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
N’utilise pas 0.988ns 1.282ns 1.547ns 1.177ns 0.836ns 0.902ns
Nettoyage des environs ** ns ns ns ns ns
Non Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Oui 0.588** 0.779ns 0.590ns 0.882ns 0.798ns 0.892ns
Âge de l’enfant *** *** ** *** *** *
6-23 mois 0.455*** 0.522*** 0.535** 0.405*** 0.519*** 0.713*
24-59 mois Réf. Réf. Réf. Réf. Réf. Réf.
Sexe de l’enfant ns * ns ns ns ns
Masculin Réf. Réf. Réf. 1.067ns Réf. Réf.
Féminin 0.845ns 1.356* 1.401ns Réf. 1.112ns 1.014ns
Période de l’enquête *** ns *** * *** ns
Sept.-Oct. 2.009*** Réf. Réf. Réf. Réf. 0.851ns
Nov.-Déc. Réf. 0.757ns 0.423*** 0.753* 0.654*** Réf.
Valeur du chi2 57.614 57.468 127.607 83.380 98.340 132.507
Significativité *** *** *** *** *** ***
Pseudo R2 0.0689 0.0640 0.2207 0.0869 0.0903 0.1531
Note : Données pondérées ns=non significatif *=significatif au seuil de 10% **=significatif au seuil de 5%
***=significatif au seuil de 1% Réf.: Modalité de référence
4. Discussion et conclusion
15
Les enfants vivant dans la région Sahel/Est sont aussi soumis à des risques élevés de
paludisme. Pourtant, les conditions climatiques dans cette zone surtout au Sahel ne semblent
pas favorables à la transmission du paludisme. Ce résultat s’oppose à ce qui a été observé au
Mali par Diallo (2016). Dans le contexte burkinabè, un tel résultat peut être mis en lien avec
le faible accès des populations aux services de santé. Environ 60% des populations du Sahel
et l’Est n’ont pas accès aux structures de santé à une distance de moins de 5 km (Ministère de
la santé, 2018). Or, la prise en charge précoce de la fièvre chez l’enfant est un moyen efficace
de lutte contre le paludisme (Aplogan et al., 1993).
Les résultats de l’étude montrent également que les risques de contracter le paludisme
sont moyens chez les enfants vivant dans les régions du Nord/Centre-Nord et Centre-
Sud/Centre-Est. Les risques les plus faibles s’enregistrent chez les enfants vivant dans la
région du Centre/Plateau-Central. Ces résultats peuvent s’expliquer par les densités de
population élevées dans ces régions. Une forte densité de population peut être un facteur
protecteur car elle contribue à diluer le risque individuel de piqûre de moustique (Daval,
2006; Loïzzo et Tabarly, 2012). La région du Centre/Plateau-Central a l’avantage d’abriter la
plus grande ville du pays (Ouagadougou), d’où émanent les politiques de lutte contre le
paludisme au Burkina Faso. Cette région concentre également l’essentiel des infrastructures
sanitaires et les populations y ont facilement accès à des services de santé de qualité. La
concentration des médias publics et privés à Ouagadougou favorise également la diffusion des
messages sur la prévention et le traitement du paludisme.
Les résultats de l’étude suggèrent que deux facteurs semblent communs aux régions
étudiées. Il s’agit du milieu de résidence et de l’âge de l’enfant qui influencent chacune la
survenue du paludisme dans 5 régions. Les enfants vivant en milieu urbain courent moins de
risques d’être impaludés comparativement aux enfants vivant en milieu rural. Les risques
élevés de contracter le paludisme en milieu rural s’expliquent par les conditions favorables
qu’offre ce milieu au développement des moustiques (Pages et al., 2007). Les espaces ruraux
sont des espaces à risque anophélien, c’est-à-dire des espaces où l’on a plus de risque de se
faire piquer par des anophèles (Daval, 2006).
La différence de risques entre les enfants vivant en milieu rural et ceux vivant en
milieu urbain est plus importante dans la région du Centre/Plateau-Central, la plus urbanisée
du Burkina Faso. Ces résultats indiquent que le niveau d’urbanisation des régions contribue à
l’explication des disparités régionales du paludisme chez les enfants au Burkina Faso. Des
études soulignent que l’urbanisation limite le risque paludéen puisqu’elle entraine une
artificialisation de l’environnement, ce qui a pour effet de réduire les gîtes larvaires (Gazin,
1991; Pages et al., 2007). L’urbanisation implique également une évolution des
comportements sanitaires qui peut se traduire par une prévention plus efficace (utilisation
d’insecticides, de moustiquaires, de traitements préventifs), une meilleure information et un
meilleur accès aux établissements de santé (Loïzzo et Tabarly, 2012).
Pour ce qui est de l’âge de l’enfant, les résultats montrent que les enfants âgés de 6 à
23 mois ont moins de risques d’avoir un accès palustre que leurs homologues âgés de 24 à 59
mois. Ces résultats indiquent que l’âge de l’enfant contribue à l’explication des disparités
régionales de la morbidité palustre des enfants au Burkina Faso. Plusieurs études ont montré
16
que parmi les enfants de moins de 5 ans, les plus jeunes couraient moins de risques de
paludisme que les plus âgées (Othingué et al., 2005; Mutombo et al., 2018). Les enfants plus
jeunes possèdent des anticorps anti-palustres qui leurs ont été transmis par leurs mères
(Carnevale et Vaugelade, 1987; Le Hesran, 2000).
Comme toute étude scientifique, la présente étude présente quelques limites qu’il
convient de considérer dans l’appréciation des résultats. D’abord, il se pourrait que le
regroupement des régions administratives cache certaines réalités surtout au niveau des
analyses régionales. Par exemple pour deux régions données, une variable explicative peut
avoir un effet significatif dans l’une des régions et être non significatif lorsqu’on regroupe ces
deux régions. Ensuite, les petites tailles des échantillons au niveau des régions peuvent
constituer une faiblesse de l’étude. Elles pourraient être à l’origine de la non significativité de
certaines variables considérées dans les analyses. Une autre faiblesse de l’étude pourrait être
le recodage de la variable « éducation de la mère » en deux modalités (éduquée et non
éduquée) au lieu de trois ou quatre généralement observés dans les études démographiques.
Ce recodage pourrait générer des biais dans l’appréhension de l’influence de cette variable sur
l’état de morbidité palustre des enfants. Enfin, la structure hiérarchique des données (région,
ménage, individu) se prête mieux à des analyses multiniveaux.
L’effet de la région de résidence est resté important malgré le contrôle des facteurs
socioéconomiques, socioculturels, sociodémographiques et de l’environnement immédiat. Ce
constat laisse croire que la région de résidence capte les effets d’autres variables importantes
non prises en compte dans l’étude. En guise d’exemple on peut citer la pluviométrie, la
température, l’hygrométrie, la présence d’eau stagnante dans le ménage, la proximité du
ménage à un plan d’eau, la présence de tas d’ordure autour du ménage, la physionomie de la
végétation environnante, la présence de moustiquaire sur les fenêtres, la présence de puits
dans le ménage, etc. Nous suggérons que les études ultérieures prennent en compte ces
variables susmentionnées afin d’estimer leurs effets sur la morbidité palustre des enfants.
En dépit des limites évoquées, les résultats de l’étude peuvent servir de base à la
formulation de recommandations. Les régions des Hauts Bassins, des Cascades, du Sud-Ouest
et de la Boucle du Mouhoun constituent les régions cibles dans la stratégie actuelle de lutte
contre le paludisme. Nous recommandons au Ministère de la Santé à travers le Programme
National de Lutte contre le paludisme d’élargir les régions cibles aux régions du Sahel, de
l’Est et du Centre-Ouest. Les enfants vivant en milieu rural et âgés de 24 à 59 mois doivent
constituer la cible prioritaire dans les régions du Nord/Centre-Nord, du Centre/Plateau-
Central, du Centre-Ouest/Boucle du Mouhoun et du Centre-Sud/Centre-Est. Dans la région du
Sahel/Est, les enfants de 24 à 59 mois constituent la cible prioritaire tandis que dans les
Hauts-Bassins/Cascades/Sud-Ouest, ce sont les enfants vivant en milieu rural.
17
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