Introduction à la psychiatrie
Pr SEGHIR
1. Introduction
La psychiatrie est une discipline médicale ayant pour objet les troubles
mentaux, sa pratique repose sur l’examen du malade qui aboutit à un
diagnostic et un pronostic avec une proposition thérapeutique; à ne pas
confondre avec la psychologie qui est une discipline non médicale
ayant pour objet le développement psychologique normal et certains
troubles psychologiques en clinique.
Les troubles mentaux sont traités par les médecins depuis l’antiquité
mais ce n’est que vers la fin du 18eme siècle que la psychiatrie
apparait en Europe comme une spécialité médicale avec des pratiques
et des institutions hospitalières spécifiques.
Le terme de psychiatrie revient au médecin allemand J.C. Reil en 1802
et en France vers 1810 mais ne sera utilisé qu’après 1860 ; jusque là,
c’est le terme de médecine aliéniste qui est généralement en usage.
Depuis, notamment avec Pinel, qui introduit la notion d’aliénation en
remplacement de la folie, l’aliéné se voit reconnaitre un reste de raison
alors qu’avant, le fou était exclu de toute communication interhumaine
puisqu’il était considéré comme dépourvu de raison.
Est né alors ce qu’on appelait « le traitement moral », qui suppose que
l’aliénation n’est pas une perte de l’intelligence ou de la volonté, mais
un dérangement de l’esprit et une contradiction dans la raison.
Ce point de vu nouveau, a permit au médecin de s’identifier à l’aliéné
grâce à la reconnaissance du reste de raison qu’a garder le malade, et
l’espace de cette rencontre est l’asile.
Ainsi, l’institution asilaire, n’a pas été conçue au départ comme
simple cadre d’enfermement et d’exclusion, mais sous la pression
d’une société qui exclut de plus en plus l’aliéné, l’isolement en
deviendra le but essentiel. Cette déviation entrainera la décadence du
traitement moral et de l’institution asilaire dès 1840.
2. Organogénèse vs psychogénèse
Le traitement moral reposait sur le principe d’une causalité psychique
de la maladie mentale. Ces conceptions psychogénétiques (Pinel ;
Esquirol) sont remplacées par le mouvement organogénétique (bayle ;
Falret ; Moreau de tours ; Charcot), la psychiatrie va alors chercher la
cause des maladies mentales dans des lésions du cerveau, sans succès.
Sur cet échec, va se développer le mouvement psychanalytique, initié
par S. Freud et appliqué essentiellement aux névroses des le début du
XXème siècle, en mettant en évidence « le conflit intrapsychique
inconscient ».
Même si, actuellement, la théorie psychanalytique n’est plus aussi
répandue et que son efficacité curative soit récusée, elle garde une
place importante dans l’étude psychopathologique de la maladie
mentale.
Parallèlement, le mouvement organogénétique va se développer :
malaria thérapie dans la paralysie générale (Wagner Von Jauregg
1927), cure d’insuline dans la schizophrénie ( Sakel , 1933 ),
convulsivothérapie par injection de cardiazol dans la schizophrénie
(meduna , 1933-1936), electroconvulsivothérapie dans les dépressions
mélancoliques (cerletti , bini , 1938 ), la découverte empirique des
effets antipsychotiques de la chlorpromazine par Harl, Delay et
Deniker en 1952 , a marqué le véritable début des thérapies
biologiques , puis en 1957, mise en évidence de l’effet antidépresseur
de l’imipramine point de départ du développement de la psychiatrie
biologique aidé par celui des neurosciences.
3. L’évolution nosographique
Comme toute spécialité médicale, la psychiatrie chercha un support
scientifique dans sa classification de la maladie mentale :
- Pinel (1798-1818) : c’est le « classement de l’aliénation en
espèces distinctes » ; allant du délire limité à l’affaiblissement
mental le plus profond.
- Falret (1794-1870) : individualisa « la folie circulaire » ou
« folie à double forme ».
- Kraepelin (1856-1926) : individualisa la psychose maniaco-
dépressive et les états mixtes à partir de la « folie circulaire » de
Falret.
- Lasègue (1816-1883) : individualisa le délire de persécution en
réponse à des hallucinations auditives menaçantes.
- Kraepelin : opposa la PMD à « la démence précoce »
- Bleuler (1857-1939) : développa la notion de démence précoce
vers le concept de schizophrénie.
- A partir des travaux de Magnan (1835-1916), se développa la
notion de psychoses en délires chroniques, délire d’interprétation
(Sérieux et Capgras), délires passionnels (de Clérambault),
délires d’imagination (Dupré), psychose hallucinatoire chronique
(Ballet), paranoïa sensitive (Kretschmer).
- A partir des années 50 (1952), apparait la 1ere classification
nord américaine : le DSM 1, puis le DSM 2 plus conforme à la
CIM 8, le DSM 3 en 1980, manuel diagnostic et statistique des
maladies mentales sans références etiopathogeniques et avec une
évaluation multiaxiales des patients, le DSM 4 en 1994 et le
DSM 5 en 2014 maintiennent le principe de l’athéorisme total.
4. Les 3 modèles étiopathogeniques
3 modèles explicatifs de la maladie mentale prédominaient de façon
séparée :
Le modèle neurochimique : d’inspiration biomédicale
se fondant sur la biologie moléculaire et la
psychopharmacologie.
Le modèle psychodynamique : permettant d’expliquer
les développements psychopathologiques.
Le modèle psychosociologique : permettant d’expliquer
le rôle pathogène du milieu et des groupes sociaux dans
l’apparition et l’entretient de certains troubles
psychiques.
Pris isolément, ces 3 modèles ne pouvaient pas expliquer
L’Etiopathogenie très complexe des maladies mentales. Ainsi,
apparait un modèle plus global « biopsychosocial » intégratif, dans
lequel la causalité est multifactorielle (Meyer, Engel, Reynaud).
Cependant, avec le développement du cognitivisme et surtout des
neurosciences, l’organicité n’apparait plus comme opposée à la
psychopathologie ou a la sociogenèse ; les neurosciences s’appuyant
sur la psychopharmacologie, l’imagerie cérébrale et l’étude des
neurotransmissions ; ont rendu possible l’établissement d’une
cartographie biochimique du système nerveux.
Quant au cognitivisme, il étudie les compétences ou aptitudes de
l’esprit humain : langage, perception, action (planification), et
raisonnement.