4.
Le Dernier Train
Le train de 23h11 partait d’un quai désert, toujours vide, toujours en
retard. Les rumeurs disaient qu’il n’allait nulle part. Ou plutôt, qu’il
allait partout sauf ici.
Maxime, insomniaque chronique, le vit un soir. Attiré par la vapeur,
il monta. Personne ne contrôla son billet. À l’intérieur, des
passagers muets regardaient le vide par la fenêtre. Aucun paysage.
Juste des souvenirs qui défilaient : son enfance, ses erreurs, ses
regrets.
Il comprit que ce train n’était pas un transport. C’était un passage.
Une traversée entre ce qu’il avait été et ce qu’il aurait pu être. Une
gare suspendue entre les mondes.
Au terminus, une femme l’attendait. Il la reconnut. Sa mère, partie
trop tôt. Elle tendit la main.
— Tu peux descendre, si tu veux. Ou repartir, et tout changer.
Maxime choisit de redescendre à la gare. À 23h12, il était rentré
chez lui. Pour la première fois depuis des années, il dormit sans
rêve.