Explication n°1
Première strophe : Les pérégrinations d’un jeune fugueur
On remarque tout d’abord la dimension narrative du poème, l’action
est assez simple par les faits évoqués : l’errance, l’arrivée dans une
ville, la pause dans une sorte d’auberge pour se restaurer. La
dimension narrative du texte est d’ailleurs importante, par les
différents verbes d’action et le système temporel avec l’emploi des
temps du récit (verbes au plus que parfait et imparfait pour l’arrière-
plan du récit, verbe au passé simple.) Ces différents éléments
produisent un effet de réel et ancre ainsi l’action dans une réalité
commune : on relève en effet plusieurs indications de lieu : « cabaret
vert », cailloux des chemins », « Charleroi », et de temps : « cinq
heures du soir », « depuis huit jours ». Ces différentes indications
constituent le journal de bord réaliste des pérégrinations du jeune
fugueur.
Le poème se teinte d’emblée d’insouciance et d’une ingénuité
enfantine : Le GN « les bottines » peut être compris comme des
chaussures d’enfant ; le fait qu’elles soient déchirées ne semble pas
préoccuper le jeune homme. Les « cailloux » peuvent faire référence
au conte de Petit Poucet. Les mets demandés, des « tartines », du
« jambon », sont aussi très enfantins, par notamment leur simplicité.
L’insouciance peut se percevoir dans l’écriture même de la strophe,
dont le rythme est arbitraire, tantôt avec des ruptures (v2 et 3) ou
des enjambements qui étirent le vers.
Deuxième strophe : un instant privilégié
Est évoqué un moment de bonheur, un bonheur tout simple
provoqué par la halte de la marche, le temps de restauration, et
l’observation du cabaret et de la serveuse. L’adjectif bienheureux et
le verbe contempler dans le deuxième quatrain renvoient à cette
émotion positive ; on a même une expression mystique de la
plénitude, avec une tendance à l’exagération dans les impressions «
adorable », « bienheureux », puis « contempler » (connotation
mystique de plénitude). On peut parler d’une véritable religiosité
dans le langage traduisant une sorte de bonheur absolu de l’enfant.
Le poète évoque son attitude physique, qui contraste avec les
mentions enfantines : on peut d’abord noter une certaine
provocation dans les gestes. Rimbaud semble jouer le rôle d’un
adulte aguerri. Dans le geste : « j’allongeai les jambes sous la
tables. » Il s’agit d’un geste familier et viril du baroudeur ou du
travailleur.
On remarque l’importance des adjectifs qui montrent le plaisir de
décrire. Ils sont connotés méliorativement, indiquent que la
perception visuelle (le sens de la vue étant omniprésent) du poète
est plaisante : « verte », « naïfs », « adorable », énormes », « vifs ».
La couleur « verte », mise en valeur par le rejet, fait écho au titre et
joue un rôle important. Elle connote la naïveté mais aussi
l’espérance. On remarque une tendance à l’exagération avec des
hyperboles traduisant l’étonnement et ainsi l’ingénuité du poète :
« sujets très naïfs », « énormes ». Mais il s’agit d’une fausse candeur.
En effet, la référence aux « tétons » et à ses « yeux vifs » présente
d’emblée la serveuse comme un objet sexuel. De plus « Je contemplai
des sujets très naïfs » est une phrase teintée d’ironie (v.6) : au sens
propre on pense aussitôt aux clients du cabaret. Il s’agit d’une satire
implicite, ce vers désigne des êtres ignares, frustes... Mais « De la
tapisserie » (v.7) rétablit la logique du tableau sans toutefois gommer
la satire. Ce vers rappelle peut-être l’expression « faire tapisserie »
Troisième et Quatrième strophes : Eveil des sens et tentation
charnelle
La phrase entre tirets : - Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure !
– indique que Rimbaud reprend à son compte la phrase lancée à la
volée par les clients, ou la phrase type consacrée aux serveuses. De
plus la « fille » au vers précédent est un terme familier. La tournure
emphatique avec le pronom « celle-là » est aussi d’ordre familière.
En contrepoint de l’ingénuité, Rimbaud se dote d’une sorte de virilité
en faisant allusion au désir charnel.
Il mentionne une nouvelle fois la nourriture désirée et met en valeur,
dans une longue phrase qui commence au vers 7, ses sens en éveil.
En juxtaposant des groupes, le poète s’arrête sur les mots, semble
savourer chaque élément de cet instant. On perçoit l’émerveillement
ingénu de l’enfant, son plaisir des yeux et des autres sens goûtés avec
enthousiasme : l’ouïe, le goût, le toucher, l’odorat. En outre, le « Plat
colorié » fait songer à un dessin d’enfant, aux couleurs vives. L’éveil
des sens renforce le privilège de ce moment : le jeune homme
valorise une expérience gustative (importance des aliments répétés)
Le caractère simple du plaisir semble le rendre encore plus précieux.
On a l’impression que le temps s’arrête : le moment de dégustation
du jambon est préparé ; par les répétitions, le repas est longuement
mis en scène, ce qui ralentit le rythme, les vers 7 à 14 ne forment
plus qu’une seule phrase, la juxtaposition des groupes entre virgules
dans cette longue phrase ralentit également le rythme. L’arrêt du
temps montre encore le privilège de l’instant.
On assiste par la suite à un parasitage implicite entre « chère »
(jambon...bière) et la chair (femme) à travers des associations fatales
(les tétons énormes, les yeux vifs et le jambon tiède rose et blanc, la
gousse d’ail). Le jambon peut renvoyer à cuisse de la femme. Le «
rose et blanc » à la couleur de la peau ou à des sous-vêtements. «
Mousse » peut prendre la connotation de la salive (du baiser). La
mousse qui pétille fait écho à « rieuse » (v.10). La gousse peut
renvoyer au sexe féminin et l’ « ail » au parfum fort de la femme ; «
dorait » (v.14) peut renvoyer aux cheveux brillants. Toutes ces
expressions ambivalentes témoignent d’une obsession du désir
sexuel et d’un goût pour les plaisanteries quelque peu obscènes. Le
titre du poème, à travers l’évocation de la serveuse apparaît alors
dans toute son ironie, la caractéristique de « Cabaret » étant
suggérée par l’attraction qu’exerce la femme assez grossière, peu
sensuelle en réalité, sur la gente masculine.
A la fin du poème, on note l’ampleur de l’évocation poétique « que
dorait un rayon de soleil ». Le verbe « dorait » en fait un cliché
classique. Or, l’emploi du terme « arriéré » est une impropriété
volontaire et désigne un rayon derrière les vitres et le dos de
Rimbaud ou une arrière-saison (le poème est inspiré d’une fugue qui
a eu lieu en octobre). « Arriéré » peut aussi signifier « démodé », «
suranné », comme s’il s’agissait d’un clin d’œil ironique, une sorte de
bonheur venu en retard, il met en relief une image de la nonchalance
du temps qui s’étire. Dans tous les cas, ce mot « arriéré » dépréciatif
rend à l’image une valeur originale.
Conclusion
Ce poème, où l’errance apparaît comme une source d’inspiration
poétique, est le témoignage d’un enfant hâbleur sur l’adolescence,
ses quêtes, sa « confusion », ses contradictions. Rimbaud oscille
entre les joies simples de l’enfant et les préoccupations charnelles de
l’adulte. On note à la fois une fraîcheur naïve, une ingénuité
volontaire mais aussi une ironie par rapport à soi et es autres.
Ce sonnet annonce une poésie de rupture, la liberté du mouvement
entraîne chez Rimbaud la liberté de la création, avec le mélange des
registres lexicaux, le mouvement et les ruptures dans l’alexandrin.
Explication : « Les Effarés » (poème n°2)
Le titre est très particulier, assez péjoratif pour désigner des enfants
pauvres. définition : du latin rendre sauvage, farouche ; qui ressent
un effroi mêlé de stupeur (effrayé, égaré hagard). On peut être assez
perplexe quant à cette qualification.
Le travail de la forme poétique est remarquable, un ensemble de
tercet s à vers hétérométriques qui créent un rythme proche de la
poésie populaire ou de la chanson ; alternance de rimes féminines et
masculines crée un balancement, qui dénote avec la gravité du
thème.
1ere partie strophe 1 à 5 : un saisissant tableau d’enfants miséreux
-strophe 1 et 2 : amorce portrait des enfants par adjectif noir (insiste
sur leur saleté ) dans le froid ; - jeu de contraste pour rendre l’image
assez saisissante : série d’antithèses : noirs/neige ; brume/allume ;
neige/chaleur suggérée
- leur « culs » : manière d’introduire le sujet cad les enfants ; terme
très familier, trivial qui crée un décalage et brouille la réception du
poème. Moquerie ? pathétique ? manière très spéciale de désigner
des enfants qui sont censés susciter un sentiment de pitié.
- attitude à genoux : indique un statut inférieur, une faiblesse, aussi
un état de supplication/prière ; c’est aussi l’attitude de quelqu’un
que l’on veut inférioriser.
- désignation « petits » révélant une affection et qui montre leur
fragilité
- « misère » apparaît ici comme un cri de du cœur du poète : phrase
nominale brève sous la forme exclamative, le poète manifeste son
émotion pour nous émouvoir. Cela apporte une dimension
pathétique .
- effet de mise en scène avec une dimension visuelle : les enfants
observent le boulanger, emploi du présent de narration pour rendre
la scène plus intense, on a un décor, des effets de lumière, des
personnages mis en scène avec le détail de leur attitude. Cela rend le
texte plus saisissant pour le lecteur. L’évocation du pain et sa double
caractérisation révèle la faim ressentie par les enfants.
- strophe 3 : entrée en « scène » du boulanger, nouvel effet de
contraste avec les enfants, avec l’évocation de sa puissance (adjectif
fort) qui se révèle dans ses mouvements : « tourne », « enfourne »
- Strophe 4 : on a un mélange des sensations avec « écouter…
cuire », la gaieté et l’embonpoint du boulanger contraste de nouveau
avec la misère et la détresse des enfants affamés. Les effets
synesthésiques (mélange des sensations comme « gras sourire »)
rendent toujours plus saisissante cette évocation.
- strophe 5 : L’adjectif « blotti »insiste sur le froid ressenti, le poète
met en relief la misère matérielle des enfants mais aussi affective. Il
suggère leur solitude, on devine qu’ils sont orphelins livrés à eux-
mêmes, cela amplifie une dimension pathétique. La comparaison
« chaud comme un sein » révèle la métaphore filée de la boulangerie
à la mère, la maternité. On sent qu’ils projettent leur manque de
désir d’être pris, réchauffés par le sein maternel, protégés par une
mère chaleureuse et aimante, et même un retour à la conception, de
manière à être protégé et en fusion.
2eme partie strophe 6 à 12 : du pathétique à la satire
Strophe 6 : une longue phrase commence et ne s’achèvera qu’à la
dernière strophe. Elle se structure par trois propositions
subordonnées conjonctives introduites par quand en anaphore, ainsi
le poète crée un effet d’attente et aménage un effet de chute .
L’effet d’attente est également généré par le ralentissement du
rythme avec de nombreux groupes juxtaposés. Le temps est comme
suspendu, dilaté, pour suggérer la rêverie extatique des enfants. On
a une insistance sur la caractérisation positive du pain avec une
énumération d’adjectifs qui contraste avec la faim des enfants. On a
de multiples sensations, par les formes, les couleurs, les odeurs, les
sons, le toucher, qui renforcent le désir des enfants, qui perçoivent
le pain comme un objet de fantasme.
Strophe 7 : le pain est même personnifié avec le verbe chante, on
pense, dans le cadre de la métaphore filée de la maternité, à une
berceuse, associé au chant reposant des grillons. Mais cette
caractérisation extrêmement élogieuse du pain et de la boulangerie
avec toutes les sensations positives est ambigue, on peut s’interroger
en effet sur le sadisme du poète, qui semble prendre plaisir à
poétiser avec créativité la boulangerie et la fabrication du pain, alors
que les enfants sont dans une misère extrême et suppliants.
Strophe 8 la métaphore « trou chaud souffle la vie » fait penser au
sexe féminin. Cela reprend la métaphore filée de la maternité et
suggère une quête de fusion et de protection des enfants. Mais cela
est non sans ironie, et peut révéler le côté scabreux du poète. Une
antithèses entre haillon , mot rappelant la misère et donc la détresse
et âme ravie, qui traduit un état d’âme positif, une forme de félicité,
montre que les anfants sont dans un état second.
L’état second est formulé dans la proposition principale de la longue
phrase et la conjonction si annonce une conséquence à venir
(locution conjonctive si que introduisant deux propositions
subordonnées de conséquence), cela crée une nouvel effet d’attente,
le poète aménage ainsi la chute de son poème.
Strophe 9 Le poète reprend l’expression « pauvres petits », une
ironie est davantage perceptible, comme si la tendresse exprimée
était affectée. L’expression « plein de givre » rappelle le froid enduré
mais semble aussi l’expression d’une fausse compassion/d’une
compassion superficielle.
Strophe 10 On a ici une animalisation des enfants avec le terme
« museau collé au grillage », on peut les associer à des petites souris,
cette image est quelque peu dévalorisante, le terme museau peut
aussi être l’expression d’une affection pour les enfants. On a donc
une ambiguité qui brouille l’intention du poète.
Strophe 11 : la contemplation des enfants prend une dimension
mystique ici avec le champ lexical de la religiosité : « bas », « prière »,
« lumière », « ciel rouvert », le pain est d’ailleurs au cœur de la
liturgie chrétienne. Mais cette association est hyperbolique et prend
une dimension ironique ici, on peut supposer que Rimbaud tourne en
dérision la dévotion
D’autant plus que la chute de cette contemplation apparaît à la
douzième strophe : « si fort, qu’ils crèvent leur culotte ». On
comprend qu’ils se font dessus, en pleine rue ; cette péripétie finale
inattendue est bien triviale et scatologique et suscite soit la
moquerie / le dégoût du lecteur. La toute fin du poème apparaît très
sarcastique : non seulement les enfants n’ont rien, mais ils sont saisis
par le froid, dans une situation plus qu’inconfortable « leur lange
blanc tremblote au vent d’hiver ». Cette chute casse la dimension
pathétique du poème et brouille l’interprétation.
Conclusion : Les Effarés est un poème qui dérange, plus qu’il émeut.
Le poète mêla la compassion à la dérision, en se moquant
ouvertement d’enfants pauvres affamés, qui repartent plus pauvres
encore avec leur culotte crevée. On peut interpréter cette raillerie
surtout contre la religion et contre la société : la société prive les
pauvres de pain, la religion leur promet le ciel ; le poète semble faire
une satire des bons sentiments, l’élan de compassion conventionnel
envers des victimes qui restent affamées et recouvertes de leurs
excréments. Il dérange le lecteur et tourne en dérision la bonne
conscience du misérabilisme bourgeois ou chrétien propre à son
époque. On retrouve l’anticonformisme et la provocation du poète
qui, sensible lui-même aux inégalités sociales, rejette le masque
hypocrite de la sensibilité bourgeoise.
Explication n°3 : poème « Ophélie »
Rimbaud s’inspire ici d’un thème romantique. Ophélie est un symbole
romantique, évoquant une jeunesse brisée, une jeune fille guettée
par la folie et la mort, elle a inspiré de nombreux artistes.
Problématique : Comment Rimbaud, à travers une peinture
émouvante d’une héroïne tragique, exprime-t-il avec lyrisme une
quête existentielle ?
Première partie : Le saisissant tableau funèbre d’une héroïne
sublimée
- dans la première strophe, le poète compose son tableau avec deux
éléments principaux, au premier plan le fleuve et le corps flottant, au
second plan tous les éléments naturels. Par l’utilisation du présent de
narration et les répétitions du verbe flotter, on a un effet de mise en
scène dont la dimension visuelle est primordiale. Des contrastes
(antithèse noire / blanche) ainsi que le reflet des étoiles constituent
les lumières et rendent la scène saisissante, les adverbes et les
répétitions créent un effet de durée. On a aussi plusieurs verbes de
mouvement. Le personnage est introduit au deuxième vers et est
d’emblée honorée par sa description : la blancheur rappelle la mort
mais évoque aussi la pureté, l’innocence : cette blancheur transfigure
en outre le personnage qui telle une apparition devient l’image d’une
sainte, idée renforcée par la mention de ses voiles et la comparaison
au lys (cette fleur étant une fleur virginale et mariale). Cette vision
s’associe à un fond sonore qui intensifie la scène avec les cris des
hallalis, cela apporte une dimension solennelle et surnaturelle.
- 2e strophe : la mort de l’héroïne est située dans le temps avec
l’anaphore « voici plus de mille ans ». Cette mention du temps fait
référence à l’histoire d’Hamlet mais l’expression « mille ans »,
imprécise, renvoie à une éternité. L’anaphore et les tournures
répétitives (répétitions ou redondances ) montrent que la scène ne
s’arrête jamais, cela renforce la fixation dans une éternité, mais elles
créent aussi un effet mélodique, on perçoit alors le chant poétique : il
est question d’une « romance » murmurée, le rythme lent du texte
fait penser à une complainte, ou une berceuse funèbre et
mélancolique. Les répétitions sont comme le refrain de cette
berceuse.
- Troisième et quatrième strophe : La nature est peinte dans sa
diversité, elle apparaît comme un écrin : les arbres, les saules les
roseaux, les nénuphars, tous ces éléments du décor sont personnifiés
et sublimés par les différentes sensations évoquées. Elle est à la fois
un refuge, cela rend intense l’évocation de la scène. La nature est
dans une attitude de recueillement et de deuil avec le champ lexical
de celui-ci (« baise », « bercés », « pleurent », « s’inclinent », ce qui
honore, rend hommage au personnage féminin. Rimbaud invite ici
son lecteur au recueillement. La dimension sonore par les sensations
auditives (froissés, soupirent, frissons d’ailes, et chant mystérieux)
renforce encore la dimension mélodique de cet éloge funèbre, tandis
que l’effet lumineux par « les astres d’or » transfigure la scène, lui
apportant une dimension onirique.
Deuxième partie : une exaltation lyrique et tourmentée
- Cinquième strophe : on a l’expression d’un élan lyrique à travers
lequel l’âme du poète s’épanche, il exprime son émotion, sa
contemplation, son recueillement et sa peine avec trois exclamatives,
l’interjection ô marquant la déférence. La comparaison « belle
comme la neige » est méliorative et rappelle la pureté de l’héroïne, la
pâleur renvoie à la mort mais aussi à la fragilité, le poète honore la
jeune femme. Il rappelle l’aspect tragique de sa mort et exprime sa
tristesse. On remarque le tutoiement, qui montre la proximité du
poète avec la jeune femme, il tente alors de comprendre sa mort,
avec le présentatif et la conjonction que « c’est que », anaphorique,
a ici une valeur de cause. Il formule successivement ses
commentaires, sa réflexion personnelle sur la tragédie, cela suggère
une identification et on comprend que c’est Rimbaud lui-même qui
exprime quelque chose de personnel, le terme « enfant » qui fait
référence à Ophélie semble renvoyer à sa propre enfance.
- 5 et 6 e strophe : Au tableau serein, recueilli du corps flottant
succède dans des strophes tourmentées une scène de bruit et de
fureur. Les expressions sont plus violentes, il parle de mort, « par un
fleuve emporté » « tordant ta chevelure », « étranges bruits » ; les
éléments naturels sont associés aux tourments : « le vent », les «
grands monts », le « souffle », il est question des « plaintes des
arbres » et des « soupirs des nuits » qui évoquent un mal être voire
une souffrance existentielle. Le poète évoque dans des visions ce qui
a conduit l’heroïne à la folie : c’est quelque chose de tourmenté et de
révolté que le poète exprime. «l’âpre liberté » correspond à une
aspiration profonde et apporte une nouvelle dimension au mythe
shakespearien.
- strophe 7 et 8 : dans ces deux strophes le poète poursuit sa
réflexion , on perçoit toujours sa révolte dans les expressions
violentes comme « mers folles », « immense râle », « brisait ton
sein » , « fondre comme neige au feu », « étranglaient », « effara » ;
les nombreuses phrase exclamatives renforcent l’expression du
tourment et de la révolte, il manifeste ainsi un idéal de vie : le désir,
le rêve, la communion avec la nature, l’amour, sa quête d’absolu. On
a une insistance sur cette quête avec l’énumeration des valeurs du
poète au début de la huitième strophe, la brièveté de ces phrase
nominales sous la forme exclamative apparaissent comme un cri du
cœur. Elles semblent cependant inaccessibles et s’associent à une
mélancolie, celle d’un être sensible trop idéaliste qui ne peut
s’adapter au monde.
Troisième partie : strophe conclusive
A la neuvième strophe, on a un retour à une expression plus paisible,
la conjonction « et » apparaît ici comme un connecteur pour marquer
la conclusion de cette évocation poétique. Cette conclusion reprend
les faits puis l’image initiale du corps d’Ophélie flottant sur l’eau.
Cela apporte, par la répétition du motif, une dimension mélodique,
l’emploi du présent de narration fixe de nouveau cette vision dans
une éternité, le temps est comme suspendu, le rythme se ralentit par
les différents groupes juxtaposés, cela crée aussi un balancement qui
fait penser au mouvement de l’eau. Le poète se désigne à la
troisième personne et se pose en observateur de la scène,
l’évocation s’achève par la vision majestueuse de la morte sublimée,
transfigurée, sanctifiée par sa blancheur, ses voiles et la comparaison
au lys.
Conclusion : Rimbaud réveille ici le mythe d’Ophélie : à travers un
éloge funèbre qui sublime le personnage shakespearien, il exprime
dans un lyrisme exalté ses propres tourments et sa révolte, sa quête
existentielle, tout en révélant son talent pour l’harmonie, la création
d’images saisissantes, et l’expression de sensations multiples. On
retrouve toute la sensibilité romantique qui anima la première partie
du XIXe siècle.