3.
Revue de littérature
3.1 Concepts fondamentaux en santé sexuelle et reproductive
La santé sexuelle et reproductive (SSR) constitue un pilier fondamental du bien-être
individuel, de l’égalité de genre et du développement durable. Loin de se limiter à la
prévention des maladies ou à la prise en charge biomédicale, la SSR englobe des dimensions
multiples : physiques, psychologiques, sociales, culturelles et juridiques. Cette section vise à
clarifier les concepts clés de santé sexuelle, santé reproductive, droits sexuels, droits
reproductifs et SSR, afin de poser les fondements conceptuels de cette recherche.
3.1.1 La santé sexuelle
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS, 2006), la santé sexuelle est définie comme :
« Un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social associé à la sexualité ; ce n’est
pas seulement l’absence de maladie, de dysfonction ou d’infirmité. La santé sexuelle nécessite
une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la
possibilité d’avoir des expériences sexuelles qui soient sources de plaisir, en toute sécurité,
sans coercition, discrimination ni violence. »
Cette définition met en avant une vision globale et humaniste de la sexualité, dépassant la
simple absence de pathologie. Comme le souligne Le Pennec en 2015, la santé sexuelle
implique la reconnaissance de la sexualité comme un aspect central du bien-être humain,
intégrant des dimensions biologiques, psychologiques, relationnelles et sociales, dans le
respect des droits humains fondamentaux.
3.1.2 Les droits sexuels
Les droits sexuels sont considérés comme une composante essentielle de la santé sexuelle.
Selon une déclaration conjointe de l’OMS, l’IPPF, l’UNESCO et le HCDH, ces droits visent à
garantir l’autonomie sexuelle, la dignité et la liberté individuelle dans le domaine de la
sexualité. Ils incluent notamment :
Le droit de jouir du meilleur état de santé possible en matière de sexualité et de
reproduction ;
Le droit d’accéder à des services de santé sexuelle et reproductive de qualité,
accessibles, abordables et culturellement adaptés ;
Le droit à l’information et à l’éducation sexuelle, fondées sur la science, l’éthique et
les droits humains ;
Le droit à l’intégrité corporelle, à la vie privée, au consentement libre et éclairé, à la
non-discrimination et à la liberté sexuelle.
Ces droits sont soutenus par plusieurs textes internationaux, notamment la Déclaration
universelle des droits de l’homme (ONU, 1948), le Pacte international relatif aux droits civils
et politiques (ONU, 1966) et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard des femmes (CEDAW, 1979).
3.1.3 La santé de la reproduction
La santé de la reproduction est définie, depuis la Conférence internationale sur la population
et le développement (CIPD) de 1994, comme :
« Un état de bien-être complet, tant physique, mental que social, et non seulement l’absence
de maladie ou d’infirmité, dans tous les aspects relatifs au système reproducteur, à ses
fonctions et à son fonctionnement » (OMS, 1994).
Cette définition élargit la perspective biomédicale pour inclure les facteurs psychologiques,
sociaux et culturels. Elle implique notamment que chaque individu puisse mener une vie
sexuelle satisfaisante et sans danger, avoir la capacité de se reproduire, et exercer un contrôle
libre et éclairé sur sa fécondité.
Les composantes essentielles de la santé reproductive incluent :
La santé maternelle ;
La planification familiale ;
La prévention et la prise en charge des IST et du VIH ;
L’éducation à la sexualité ;
Le traitement de l’infertilité ;
La promotion des droits reproductifs (IPPF, 2008 ; OMS, 2006).
3.1.4 Les droits reproductifs
Les droits reproductifs regroupent l’ensemble des droits humains qui assurent la liberté, la
dignité et l’égalité dans les choix relatifs à la reproduction. L’ONU (1994) et l’OMS (2006)
les définissent comme la capacité de chaque individu à :
Accéder à une information et une éducation complètes sur la santé reproductive ;
Disposer de services de santé de la reproduction sûrs, accessibles, acceptables et de
qualité ;
Décider librement et de manière responsable du nombre, de l’espacement et du
moment des naissances ;
Être protégé(e) contre toute forme de discrimination, de coercition ou de violence dans
les décisions relatives à la reproduction ;
Bénéficier du respect de leur autonomie corporelle, de la confidentialité et de leur
intégrité physique (HCDH, 2014 ; UNESCO, 2009).
Ces droits sont protégés par des conventions internationales telles que la CEDAW (1979), la
Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), le Programme d’action de la CIPD
(1994) et la Plateforme de Beijing (1995).
3.1.5 La santé sexuelle et reproductive (SSR) : une approche intégrée
Le concept de santé sexuelle et reproductive (SSR) regroupe de manière cohérente les aspects
de santé sexuelle, de santé reproductive et les droits qui y sont associés. Cette approche
intégrée vise à garantir, pour chaque personne, la possibilité de vivre sa sexualité et sa
reproduction de manière saine, libre, responsable et sécurisée, dans le respect de la dignité
humaine.
L’approche SSR reconnaît l’interdépendance des dimensions biomédicales, sociales et
juridiques, et insiste sur l’accès universel à l’information, aux soins et à la protection des
droits. Elle constitue ainsi un cadre d’action fondamental pour les professionnels de santé,
notamment les sages-femmes, dans la promotion de la santé et des droits des populations.
3.2 Évolution de la Perspective sur la Santé Sexuelle et Reproductive (SSR) au Maroc
Depuis son introduction dans le contexte marocain, la notion de santé sexuelle et reproductive
(SSR) a progressivement supplanté le concept traditionnel de « planification familiale ». Ce
changement ne se limite pas à une simple évolution terminologique, mais traduit une
transformation profonde de l’approche adoptée. En effet, la perspective initialement centrée
sur des objectifs démographiques et le contrôle des populations a laissé place à une vision
plus holistique, plaçant le respect des droits individuels et le bien-être des personnes au cœur
des préoccupations (OMS, 2018).
Le Maroc a formellement réaffirmé son engagement en faveur de cette approche élargie à
travers la ratification de nombreux traités et conventions internationaux relatifs à la santé
globale et aux droits humains. Parmi ces engagements majeurs figurent notamment la
Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD, Le Caire, 1994) ainsi
que la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Pékin en 1995, qui ont largement
contribué à redéfinir les priorités en matière de SSR (United Nations, 1995).
Plus récemment, la Déclaration de Nairobi de 2019 a rappelé l’importance cruciale d’assurer
un accès universel et équitable aux services de santé sexuelle et reproductive, dans le cadre
plus large de la couverture sanitaire universelle (CSU) (UNFPA, 2019). S’inscrivant dans
cette dynamique internationale, le Maroc a élaboré et mis en œuvre plusieurs stratégies et
plans d’action nationaux. La Deuxième Stratégie nationale de santé sexuelle et reproductive
2021-2030 illustre cette volonté politique forte, en visant à renforcer l’intégration et la qualité
des services SSR dans l’ensemble du système de santé, tout en répondant aux besoins
spécifiques des populations à travers une approche inclusive et centrée sur les droits (MSPS,
2021).
Au-delà des engagements internationaux, la santé sexuelle et reproductive est aujourd’hui
reconnue comme un pilier fondamental du système de santé publique marocain. Elle constitue
un levier stratégique essentiel pour améliorer la qualité de vie des populations, promouvoir les
droits humains et contribuer à l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD) fixés
par l’Agenda 2030 (Organisation des Nations Unies, 2015).
La Stratégie nationale de santé sexuelle et reproductive 2021-2030 incarne cette ambition,
traduisant l’engagement du Royaume à garantir un accès équitable à des services de SSR
intégrés, adaptés aux besoins spécifiques des différents segments de la population, et
conformes aux standards internationaux de qualité et de droits (MSPS, 2021). Par cette
démarche, la SSR est non seulement considérée comme un domaine de santé à part entière,
mais aussi comme une composante transversale indispensable pour le développement social,
économique et humain du pays.
3.2.1 Progrès réalisés
Depuis les années 1990, le Maroc a connu des progrès notables dans plusieurs domaines
essentiels de la santé sexuelle et reproductive (SSR). Ces avancées traduisent l'amélioration
continue des services de santé et des politiques publiques dédiées.
Premièrement, la mortalité maternelle a fortement diminué, passant de 112 décès pour 100
000 naissances vivantes en 2010 à 72,6 en 2024. Cette baisse significative reflète une
meilleure qualité des soins obstétricaux offerts aux femmes enceintes et en travail (HCP,
2024). Parallèlement, la couverture prénatale s’est améliorée, avec 88,5 % des femmes ayant
bénéficié d’au moins une consultation prénatale avec un professionnel de santé qualifié en
2018, contre 77,1 % en 2011 (HCP, 2024). Ce suivi accru a également contribué à
l’augmentation du nombre d’accouchements assistés par du personnel qualifié, qui est passé
de 73,6 % en 2011 à 86,6 % en 2018 (HCP, 2024).
Ces progrès se reflètent aussi dans la réduction de la mortalité néonatale, qui a diminué de
21,7 ‰ en 2011 à 13,6 ‰ en 2018, grâce à l’amélioration des soins prénatals, à la
surveillance accrue des accouchements, ainsi qu’à une meilleure prise en charge des nouveau-
nés (HCP, 2024). La mortalité infanto-juvénile a également connu une baisse notable, passant
de 30,5 ‰ en 2011 à 22,2 ‰ en 2018 (HCP, 2024).
Par ailleurs, la prévalence contraceptive s’est renforcée, atteignant un taux global de 70,8 %
en 2018, dont 58 % correspondant aux méthodes modernes, ce qui témoigne d’une meilleure
accessibilité et acceptation des moyens de contraception (HCP, 2024). Dans le domaine du
dépistage des cancers féminins, le Maroc a généralisé la détection précoce du cancer du sein,
tandis que le dépistage du cancer du col de l’utérus couvre désormais environ deux tiers des
provinces et préfectures du pays (Ministère de la Santé et de la Protection sociale [MSPS],
2021).
Enfin, le pays a également mis en place un programme national dédié à la lutte contre les
violences basées sur le genre. Depuis 2017, le Programme National de Prise en Charge des
Femmes et Enfants Victimes de Violences a renforcé les mesures de protection et de soutien
aux victimes, illustrant une prise de conscience accrue et un engagement politique fort dans ce
domaine (MSPS, 2021).
Ces avancées témoignent d’un engagement soutenu du Maroc à améliorer la santé sexuelle et
reproductive de sa population, tout en répondant aux défis persistants par des stratégies
adaptées et des interventions ciblées.
3.2.2 Disparités et défis persistants
Malgré les progrès réalisés, d’importantes inégalités persistent dans l’accès et la qualité des
services de santé sexuelle et reproductive au Maroc. Ces disparités sont particulièrement
marquées entre les milieux urbains et ruraux, entre les différentes régions du pays, ainsi qu’au
sein de certaines populations vulnérables, telles que les adolescent·e·s, les personnes en
situation de handicap et les femmes migrantes. Par exemple, le taux de mortalité maternelle
en milieu rural demeure 2,5 fois plus élevé qu’en milieu urbain, avec respectivement 111,1 et
44,6 décès pour 100 000 naissances vivantes (HCP, 2024).
Par ailleurs, plusieurs enjeux contemporains continuent de poser des défis majeurs à la santé
sexuelle et reproductive. Parmi ceux-ci figurent les grossesses précoces, qui exposent les
jeunes filles à des risques accrus tant pour leur santé que pour leur développement social,
ainsi que l’infertilité, un problème encore peu reconnu mais affectant un nombre croissant de
couples. La transition démographique du pays, avec un vieillissement progressif de la
population et des dynamiques familiales en mutation, exige également des adaptations
spécifiques des services. Enfin, le besoin d’une éducation complète à la sexualité, accessible
et adaptée à toutes les tranches d’âge, reste un enjeu prioritaire pour garantir des droits et une
protection effective.
Ces défis structurants justifient pleinement la mise en œuvre de la Stratégie Nationale de
Santé Sexuelle et Reproductive (SNSSR) 2021-2030, conçue pour anticiper les besoins
évolutifs de la population marocaine et apporter des réponses intégrées, équitables et adaptées
aux contextes variés du pays (MSPS, 2021).
3.2.3 Objectifs stratégiques et cadre de la Stratégie Nationale de Santé Sexuelle et
Reproductive (SNSSR) 2021-2030
La Stratégie Nationale de Santé Sexuelle et Reproductive (SNSSR) 2021-2030 est le fruit
d’un processus approfondi, s’appuyant notamment sur l’évaluation de la stratégie précédente
(SNSR 2011-2020) et la participation active de multiples acteurs issus du Ministère de la
Santé et de la Protection Sociale (MSPS), d’autres départements ministériels, d’organisations
de la société civile ainsi que d’organisations internationales. Ce processus d’élaboration a
intégré une collecte et une analyse rigoureuses de données récentes, combinant l’exploitation
de documentations spécialisées et l’organisation de consultations avec des experts et
personnes ressources en santé sexuelle et reproductive (SSR).
S’inscrivant dans un alignement avec les orientations internationales, notamment celles de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la Conférence internationale sur la
population et le développement (CIPD), la SNSSR traduit la volonté nationale, appuyée par
ses partenaires, d’apporter une réponse adaptée aux besoins spécifiques de la population
marocaine en matière de SSR. Cette stratégie propose une approche intégrée et continue tout
au long du cycle de vie, constituant un cadre national de référence et un outil essentiel de
coordination pour les différents acteurs impliqués dans l’amélioration des services et des
droits en SSR.
La vision de la SNSSR 2021-2030 est claire : « Tous les individus jouissent de leurs droits
en santé sexuelle et reproductive et bénéficient d’un accès universel à des services
intégrés et de qualité, sans exclusion, ni discrimination, ni coercition ». Pour concrétiser
cette vision, la stratégie s’appuie sur cinq principes directeurs fondamentaux : le respect des
droits en SSR, la centration des services sur la personne, la qualité des services, le principe
d’inclusion et une approche axée sur la performance des résultats.
Le respect des droits en SSR garantit l’accès universel aux soins et informations adaptés, dans
le respect de la dignité, de la confidentialité et de l’éthique, tout en assurant l’équité de genre
et l’inclusion de toutes les populations, sans discrimination. Les services centrés sur la
personne visent à répondre aux besoins individuels tout au long du cycle de vie dans un cadre
de confiance favorisant l’autonomie et le choix responsable. La qualité des services repose sur
les standards internationaux de l’OMS, assurant des soins continus, efficaces, sécurisés et
délivrés par un personnel compétent et empathique. Le principe d’inclusion reconnaît
l’importance d’une action multisectorielle et participative, mobilisant les communautés, les
intervenants et renforçant leurs compétences pour garantir la mise en œuvre effective de la
stratégie. Enfin, la stratégie met l’accent sur une gestion axée sur les résultats, visant à
optimiser les ressources disponibles et démontrer l’efficacité des interventions par une
amélioration mesurable de la performance.
Le cadre conceptuel de la SNSSR organise les déterminants des droits en SSR en trois
catégories : l’offre de services, la gouvernance (incluant réglementation, financement,
systèmes d’information et partenariats), et l’environnement externe (facteurs politiques,
socioéconomiques, culturels et démographiques).
Ainsi, le but principal de la stratégie est d’améliorer la santé sexuelle et reproductive de tous
les individus tout au long de leur vie. Son objectif est de renforcer l’intégration de la SSR
dans les politiques, programmes et services de santé pour répondre aux besoins spécifiques et
diversifiés de la population. La SNSSR cible l’ensemble des individus, avec une attention
particulière portée aux femmes et hommes, aux jeunes, aux personnes en situation de
vulnérabilité ou ayant des besoins spécifiques, tels que les personnes en situation de handicap,
les migrants, les réfugiés, ainsi que les populations carcérales.
Cette stratégie incarne un engagement national fort et un cadre d’action cohérent visant à
garantir des services de santé sexuelle et reproductive accessibles, inclusifs, de qualité, et
respectueux des droits humains pour tous (MSPS, 2021).
3.2.4 Composantes de la SNSSR 2021-2030
La Stratégie Nationale de Santé Sexuelle et Reproductive (SNSSR) s’organise autour de neuf
composantes majeures, qui couvrent l’ensemble des services promotionnels, préventifs et
curatifs en santé sexuelle et reproductive :
1. Planification familiale et contraception : garantir l’accès universel à des méthodes
contraceptives sûres, efficaces et adaptées, permettant aux individus et couples de
décider librement du nombre et de l’espacement des naissances (MSPS, 2021).
2. Protection de la santé maternelle et néonatale : prise en charge globale des soins
prénatals, périnatals, postnatals, post-abortum et néonatals, en vue de réduire la
mortalité maternelle et infantile (ENPSF, 2018 ; MSPS, 2021).
3. Lutte contre les infections sexuellement transmissibles (IST) et le VIH/SIDA :
prévention, dépistage, traitement et accompagnement des personnes vivant avec les
IST, y compris le VIH (MSPS, 2021).
4. Dépistage précoce des cancers génitaux : généralisation des programmes de
dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus, pour un diagnostic précoce et une
prise en charge rapide (MSPS, 2021).
5. Lutte contre la violence basée sur le genre : développement de services
multisectoriels de prévention et de prise en charge des victimes de violences (MSPS,
2021).
6. Prise en charge de l’infertilité : renforcement des services médicaux et
psychosociaux dédiés aux couples confrontés à des troubles de la fertilité (MSPS,
2021).
7. Soins préconceptionnels : promotion des consultations prénuptiales et des soins avant
la conception afin de réduire les risques pour la santé reproductive (MSPS, 2021).
8. Éducation à la santé sexuelle et reproductive : mise en œuvre d’une éducation
complète à la sexualité adaptée à tous les âges, conforme aux recommandations de
l’UNESCO (UNESCO, 2018 ; MSPS, 2021).
9. Prise en charge des troubles liés à la ménopause : développement d’une offre de
soins spécifique pour les femmes ménopausées, incluant prévention, suivi médical et
soutien psychosocial (HCP, 2014-2050 ; MSPS, 2021).
3.3 Rôle de la sage-femme dans la santé sexuelle et reproductive (SSR)
Les sages-femmes occupent une position centrale et stratégique dans la promotion et la
prestation des services de santé sexuelle et reproductive (SSR). Leur champ d’action dépasse
largement l’accompagnement traditionnel à la grossesse et à l’accouchement, englobant
l’ensemble du continuum de soins liés à la SSR. Leur rôle s’inscrit dans une approche globale
qui privilégie la prévention, le traitement, l’éducation, le soutien psychosocial et le plaidoyer
pour les droits humains, tout en répondant aux besoins spécifiques de chaque individu.
3.3.1 Contribution majeure à la santé sexuelle et reproductive
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2021), lorsque les sages-femmes sont bien
formées, intégrées dans le système de santé et bénéficiant d’un cadre de pratique adéquat,
elles peuvent potentiellement couvrir jusqu’à 87 % des besoins en soins liés à la SSR. Cette
capacité est particulièrement importante dans les zones rurales, isolées ou à faibles ressources,
où elles constituent souvent la première et parfois la seule ligne de contact pour les femmes
avec le système de soins. Leur proximité avec la communauté et leur capacité à instaurer une
relation de confiance leur confèrent un rôle stratégique pour réduire les inégalités d’accès aux
services de santé, notamment en matière de droits sexuels et reproductifs.
Les sages-femmes jouent un rôle essentiel pour faire respecter et promouvoir les droits des
femmes, en leur offrant un accompagnement respectueux, centré sur leur autonomie, leur
consentement éclairé et leur dignité. Elles interviennent également dans la détection précoce
et la prise en charge des violences basées sur le genre, contribuant ainsi à la prévention et à la
lutte contre ces violations.
a. Interventions clés des sages-femmes en SSR
Les sages-femmes assurent, tout au long du cycle de vie des femmes, des interventions
essentielles qui se déploient dans divers contextes, y compris en situation d’urgence ou dans
des zones à faibles ressources. Leurs actions prioritaires englobent :
Planification familiale : Elles proposent une large gamme de méthodes contraceptives
modernes adaptées aux besoins et préférences individuelles, offrant conseils
personnalisés et accompagnement pour favoriser l’adhésion. Leur expertise permet de
prévenir les grossesses non désirées, de contrôler la fertilité et d’espacer les naissances
de manière optimale, contribuant ainsi à la santé maternelle, infantile et à la réduction
de la mortalité liée aux complications de la grossesse (IPPF, 2019 ; OMS, 2018).
Prévention et prise en charge des infections sexuellement transmissibles (IST), y
compris le VIH/SIDA : Les sages-femmes jouent un rôle crucial dans l’éducation, le
dépistage, le traitement ou la référence vers des centres spécialisés. Leur proximité
avec la communauté leur permet d’intervenir efficacement dans des contextes où
l’accès aux soins est limité ou où la stigmatisation freine la recherche d’aide (CDC,
2020 ; OMS, 2021).
Éducation sexuelle complète : Elles dispensent une information scientifique,
culturellement adaptée et respectueuse des droits humains. Cette éducation ciblée,
selon l’âge et les vulnérabilités, donne aux jeunes, femmes, hommes et couples la
possibilité d’exercer pleinement leurs droits en matière de sexualité, tout en favorisant
une meilleure compréhension de leur corps, de leur santé et de leurs droits (UNESCO,
2018 ; UNFPA, 2020).
Soutien psychosocial : Les sages-femmes accompagnent les femmes confrontées à la
violence, au stress, à des traumatismes liés à la SSR ou à d’autres défis
psychologiques, en offrant une écoute active, un soutien empathique et une orientation
vers des services spécialisés. Leur approche contribue à renforcer la résilience des
femmes face aux violences et à leur permettre de reconstruire leur estime et leur
autonomie (OMS, 2017).
Soins maternels et néonatals : Dans les milieux à ressources limitées, leur rôle est
crucial pour améliorer la santé maternelle et néonatale. Elles assurent le suivi prénatal,
l’assistance lors de l’accouchement, ainsi que les soins postnataux. Leur intervention
permet de prévenir jusqu’à 83 % des décès maternels, néonatals et des morts in utéro
(Campbell et al., 2016 ; UNFPA, 2021).
Interventions en situation d’urgence humanitaire : Les sages-femmes interviennent
dans le cadre du Dispositif Minimum d’Urgence (MISP), garantissant la continuité des
soins obstétricaux, la prévention des violences sexuelles, l’accès à la contraception, le
traitement des IST et leur prévention, en coordination avec les acteurs humanitaires
(IAWG, 2018 ; WHO, 2018).
Accès aux soins pour les populations vulnérables : Elles adaptent leurs pratiques pour
répondre aux besoins spécifiques des adolescents, des femmes migrantes, réfugiées,
personnes en situation de handicap ou issues de milieux précaires. Leur engagement
vise à garantir confidentialité, non-discrimination et qualité dans l’accès aux soins
(UNFPA, 2020 ; OMS, 2022).
b. Actions de prévention contre les pratiques néfastes
Les sages-femmes jouent également un rôle clé dans la lutte contre les pratiques
traditionnelles néfastes, telles que les mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages
précoces ou forcés. Ces pratiques, souvent enracinées dans des normes socioculturelles, ont
des conséquences graves sur la santé physique, mentale et reproductive des femmes et des
filles, en plus de porter atteinte à leur dignité et à leurs droits fondamentaux.
Prévention et sensibilisation : Elles participent activement à des campagnes éducatives
visant à déconstruire les croyances favorisant ces pratiques, en collaboration avec les
familles, les leaders communautaires et les jeunes. Leur démarche repose sur la
promotion de pratiques alternatives respectueuses des droits humains (UNFPA, 2020).
Repérage et accompagnement : Sur le terrain, elles identifient les victimes ou les
femmes exposées à ces pratiques, leur apportent un soutien médical, psychologique et
social, tout en respectant leur confidentialité et leur dignité.
Plaidoyer et partenariat : Elles collaborent avec les institutions publiques, les écoles,
les ONG et les associations pour renforcer la législation protectrice, sensibiliser
l’opinion publique et intégrer ces enjeux dans les politiques de santé, d’éducation et de
protection de l’enfance (UNICEF & UNFPA, 2021).
Renforcement des compétences : La formation initiale et continue des sages-femmes
inclut désormais modules spécifiques sur les droits humains, la violence basée sur le
genre et la lutte contre les pratiques préjudiciables, afin d’accroître leur capacité à
intervenir efficacement dans ces domaines sensibles (ICM, 2023).
Les sages-femmes incarnent un acteur clé dans la réalisation de la SSR, en combinant
compétence clinique, accompagnement psychosocial, actions communautaires et plaidoyer.
Leur présence contribue à l’amélioration de la santé, à la réduction des inégalités et à la
promotion des droits humains, constituant ainsi un pilier indispensable pour atteindre les
Objectifs de Développement Durable, notamment ceux liés à la santé, à l’égalité des sexes et à
la justice sociale.
3.3.2 Particularités au Maroc
Au Maroc, la Stratégie Nationale de Santé Sexuelle et Reproductive (SNSSR) 2021–2030
constitue un cadre de référence fondamental pour la promotion et l’amélioration des services
en santé sexuelle et reproductive. Cette stratégie met en lumière le rôle central des sages-
femmes dans la mise en œuvre des actions en SSR, reconnaissant leur contribution à la
prévention, à la prise en charge clinique, ainsi qu’à l’éducation et au soutien communautaire
(MSPS, 2021). Les sages-femmes y sont considérées comme des actrices clés dans l’atteinte
des objectifs nationaux, notamment en matière de santé maternelle, de planification familiale,
de prévention des infections sexuellement transmissibles et de dépistage des cancers génitaux
(MSPS, 2021). En tant que premières interlocutrices des femmes tout au long du cycle de vie,
elles jouent un rôle pivot dans la promotion des droits sexuels et reproductifs, en conformité
avec les standards internationaux établis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la
Confédération internationale des sages-femmes (ICM) (WHO, 2017 ; ICM, 2019).
Un des défis majeurs que la stratégie s’attache à relever concerne les disparités territoriales en
matière d’accès aux services SSR. Avec environ 40 % de sa population vivant en milieu rural
(HCP, 2023), le Maroc fait face à des inégalités d’accès liées à la disponibilité des
infrastructures et des ressources humaines. La SNSSR prévoit ainsi des mesures spécifiques
pour renforcer la présence et la qualité des services dans les zones rurales et défavorisées,
notamment en intégrant davantage les sages-femmes au sein des réseaux locaux de santé
(MSPS, 2021 ; UNFPA Maroc, 2022).
Par ailleurs, la reconnaissance professionnelle des sages-femmes représente un enjeu majeur
pour valoriser leur expertise et assurer un exercice conforme aux normes internationales. La
stratégie nationale prévoit l’instauration d’un cadre réglementaire clair, définissant leurs
droits, responsabilités et compétences, en cohérence avec la législation nationale et les
standards internationaux de la profession (MSPS, 2021). Cette mesure vise également à
renforcer leur statut professionnel en offrant des opportunités accrues de formation continue,
de carrière et d’autonomie (Barakat et al., 2020).
Dans un contexte culturel marocain marqué par une diversité linguistique, sociale et
religieuse, une approche culturellement adaptée est indispensable pour assurer une prise en
charge respectueuse des spécificités locales. La SNSSR encourage une démarche centrée sur
la femme, valorisant son autonomie, son consentement éclairé et le respect de ses droits
fondamentaux. Les sages-femmes sont ainsi formées et accompagnées pour adapter leurs
pratiques aux réalités culturelles, favorisant une communication bienveillante et inclusive
(OMS, 2017 ; MSPS, 2021).
Ainsi, la place des sages-femmes au Maroc dans le dispositif de santé sexuelle et reproductive
est à la fois stratégique et institutionnellement reconnue. Elles constituent un pilier essentiel
pour atteindre les objectifs en santé maternelle et reproductive dans un pays confronté à des
défis socio-économiques et territoriaux variés. Le développement de leur formation continue,
leur reconnaissance professionnelle et leur intégration dans un cadre réglementaire adapté
sont des leviers indispensables pour garantir la qualité, l’équité et la pérennité des services en
SSR.
3.4 La formation continue des sages-femmes en santé sexuelle et reproductive (SSR)
La formation continue se définit comme l’ensemble des activités d’apprentissage mises en
œuvre tout au long de la vie professionnelle, visant à maintenir, actualiser et développer les
compétences, savoirs et savoir-faire nécessaires à l’exercice optimal d’un métier (UNESCO,
2019). Dans le domaine de la santé, l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2016) conçoit
la formation continue comme un processus dynamique et systématique d’acquisition et de
perfectionnement des compétences cliniques, techniques, relationnelles et éthiques,
permettant aux professionnels de santé de s’adapter aux évolutions des connaissances, des
technologies et aux besoins des populations. Pour les sages-femmes, cette formation vise non
seulement à renforcer leurs capacités techniques, mais aussi à intégrer une approche holistique
centrée sur les droits, la qualité des soins et la promotion de la santé sexuelle et reproductive
tout au long du cycle de vie des femmes.
Les modalités de formation continue se déclinent en plusieurs formes adaptées aux besoins et
contraintes des professionnelles. Parmi celles-ci figurent les formations présentielles, telles
que les sessions en face-à-face, les ateliers pratiques et les séminaires, favorisant les échanges
directs, les simulations cliniques et les mises en situation (OMS, 2018). Les formations à
distance, incluant modules en ligne et classes virtuelles, permettent de pallier les obstacles
géographiques ou temporels (UNFPA, 2019). Le dispositif s’enrichit également par la
supervision et le coaching sur le terrain, où des formateurs ou mentors accompagnent les
sages-femmes afin de consolider les acquis et améliorer la pratique quotidienne (WHO,
2020). Enfin, les ateliers et groupes de discussion encouragent le partage d’expériences et la
résolution collective des problèmes, contribuant ainsi à l’adoption de bonnes pratiques
(MSPS, 2021). Ce processus pédagogique s’articule autour d’étapes clés incluant l’analyse
des besoins par enquêtes ou évaluations, la planification d’un programme adapté, la mise en
œuvre des sessions, l’évaluation des acquis et de l’impact sur la qualité des soins, ainsi que la
certification des compétences acquises, garantissant une amélioration continue des pratiques
professionnelles (Frenk et al., 2010).
Sur le plan technique et clinique, la formation continue permet aux sages-femmes de
maintenir à jour leurs compétences dans divers domaines essentiels tels que la contraception,
le suivi de grossesse, l’accouchement, les soins postnataux, ainsi que la prévention et la
gestion des infections sexuellement transmissibles (IST). La maîtrise des méthodes
contraceptives modernes pilules, dispositifs intra-utérins, implants, injections, méthodes
naturelles est indispensable pour offrir un conseil contraceptif éclairé, personnalisé et
respectueux des préférences de chaque femme (OMS, 2018). La prévention et le traitement
des IST, tout comme la prise en charge rigoureuse de la grossesse et de l’accouchement,
exigent des compétences spécifiques, notamment pour la reconnaissance des signes cliniques,
l’utilisation de tests appropriés et l’accompagnement adapté, exempt de stigmatisation (CDC,
2020 ; UNFPA, 2019).
Au-delà des savoir-faire cliniques, la formation continue vise également à renforcer les
compétences psychosociales et éthiques des sages-femmes, en promouvant une approche
globale de la santé sexuelle et reproductive. Elle inclut la prévention et la gestion des
violences basées sur le genre, qu’elles soient sexuelles, conjugales ou obstétricales. Les sages-
femmes sont ainsi formées à détecter les signes de violence, à accueillir les victimes avec
empathie et confidentialité, à les orienter vers les structures spécialisées, et à contribuer à la
restauration de leur autonomie et dignité (OMS, 2017). Par ailleurs, la promotion de la santé
sexuelle entendue comme un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en
relation avec la sexualité nécessite une formation approfondie à la communication, à
l’éducation sexuelle et à une approche centrée sur les droits, permettant aux sages-femmes
d’agir comme éducatrices auprès des femmes, des adolescentes et des communautés afin de
favoriser une sexualité saine, informée et consentie (IPPF, 2017).
Au Maroc, la formation continue des sages-femmes en SSR constitue une priorité stratégique,
explicitement intégrée dans la Stratégie Nationale de Santé Sexuelle et Reproductive 2021-
2030, qui vise à renforcer les capacités du personnel de santé en planification familiale, santé
maternelle, dépistage des cancers génitaux et lutte contre les pratiques néfastes (MSPS, 2021).
Toutefois, plusieurs défis persistent et limitent l’efficacité des programmes : faible couverture
géographique, inégalités d’accès entre zones urbaines et rurales, pénurie de formateurs
spécialisés, absence de standardisation des contenus et insuffisance des mécanismes
d’évaluation et de certification (MSPS, 2019 ; OMS, 2022). De plus, la charge de travail
élevée, notamment dans les structures à ressources limitées, constitue un frein majeur à la
participation des sages-femmes aux formations continues.
Pour surmonter ces obstacles, il est essentiel de développer une offre de formation continue
contextualisée, fondée sur les compétences et adaptée aux réalités du terrain. Cela passe par
l’élaboration de référentiels nationaux clairs, l’adoption de méthodes pédagogiques modernes
et adaptées aux adultes telles que l’e-learning, la simulation et les ateliers interactifs ainsi que
par la mise en place d’un système rigoureux de suivi-évaluation, capable de mesurer l’impact
des formations sur les pratiques professionnelles et la qualité des soins. La reconnaissance
institutionnelle des acquis, par le biais de dispositifs certifiants et motivants, est également un
levier important pour encourager la participation et valoriser les compétences développées
(Frenk et al., 2010 ; OMS, 2016).
En définitive, la formation continue des sages-femmes en santé sexuelle et reproductive
constitue une condition indispensable pour garantir des soins respectueux, efficaces et
équitables. Elle représente un élément central des stratégies de renforcement des ressources
humaines en santé, contribuant à la transformation du système de santé vers plus de qualité,
de justice reproductive et de respect des droits humains.
3.4.1 Bénéfices économiques de la formation continue des sages-femmes en SSR
La formation continue des sages-femmes en santé sexuelle et reproductive (SSR) présente des
avantages qui dépassent le cadre clinique et social pour engendrer des retombées
économiques importantes, s’exprimant à différents niveaux.
Premièrement, elle permet une optimisation des ressources humaines. Le renforcement des
compétences des sages-femmes réduit significativement le taux d’erreurs médicales et les
complications obstétricales, limitant ainsi le recours à des soins spécialisés coûteux (OMS,
2018). Par exemple, une étude menée en Tanzanie par Magge et al. (2017) a démontré que la
formation continue ciblée des personnels de santé a réduit les complications obstétricales de
25 %, entraînant une diminution notable des coûts hospitaliers liés aux soins intensifs
néonatals. Par ailleurs, une formation ciblée améliore l’efficacité des interventions sur le
terrain, évitant ainsi la perte inutile de temps et de ressources liée à des pratiques dépassées ou
inefficaces (Frenk et al., 2010).
Deuxièmement, la formation continue contribue à une réduction des coûts associés à la
morbidité et à la mortalité maternelle et néonatale. En renforçant les capacités en
prévention, dépistage précoce et prise en charge des complications, elle diminue le nombre
d’hospitalisations, la durée des séjours et la nécessité de traitements lourds (OMS, 2022). Une
analyse économique réalisée par Broughton et al. (2018) dans un contexte à faibles ressources
a montré que les programmes de formation continue en soins maternels avaient un ratio coût-
efficacité favorable, avec un coût par année de vie ajustée en fonction de la qualité (QALY)
sauvé largement inférieur aux seuils recommandés par la Banque mondiale. La diminution des
complications engendre également une réduction des interventions chirurgicales et des séjours
en soins intensifs, impactant positivement les dépenses globales du système de santé.
Troisièmement, cette formation favorise une amélioration de la productivité et une
réduction de l’absentéisme. Des professionnels mieux formés affichent une plus grande
confiance en leurs capacités, une motivation accrue et une moindre vulnérabilité à
l’épuisement professionnel (burnout), ce qui se traduit par une meilleure assiduité et une
productivité renforcée (MSPS, 2019). En Ouganda, une étude menée par Namagembe et al.
(2020) a quantifié que les programmes de formation continue réduisaient l’absentéisme de 15
%, ce qui permettait de réaliser des économies importantes en coûts de remplacement et
d’organisation du travail.
Quatrièmement, la formation continue encourage une utilisation rationnelle des ressources
disponibles. Elle favorise la prescription et l’utilisation appropriée des médicaments,
contraceptifs et équipements, limitant le gaspillage et les erreurs coûteuses (UNFPA, 2020).
Une étude d’évaluation menée au Kenya par Wamalwa et al. (2019) a observé que la
formation continue réduisait les prescriptions inutiles d’antibiotiques de 30 %, contribuant à la
fois à la maîtrise des coûts et à la lutte contre la résistance antimicrobienne. La maîtrise des
techniques modernes ainsi que la standardisation des pratiques permettent en outre un
meilleur contrôle des coûts.
Cinquièmement, la formation des sages-femmes participe à la santé économique globale. En
améliorant la santé maternelle et néonatale, elle réduit les coûts sociaux liés à la perte de
productivité des familles et à la prise en charge à long terme des complications (Banque
mondiale, 2018). Par exemple, une étude prospective menée en Inde par Gupta et al. (2016) a
évalué que chaque dollar investi dans la formation continue en soins obstétricaux primaires
générait un retour sur investissement (ROI) estimé à 4,5 dollars, en raison des gains en
productivité et de la réduction des coûts de soins à long terme. Ainsi, des populations en
meilleure santé sont davantage en mesure de contribuer activement à l’économie, créant un
cercle vertueux de développement.
Enfin, bien que la formation continue nécessite un investissement initial en termes de
ressources humaines, matérielles et financières, elle représente une rentabilité à long terme.
Les économies réalisées par la diminution des complications, des hospitalisations et du
recours à des soins spécialisés dépassent largement les coûts initiaux engagés (OMS, 2018).
Une revue systématique réalisée par Brown et al. (2019) a confirmé que la formation continue
en santé maternelle constitue un investissement rentable dans les systèmes de santé des pays à
revenu faible et intermédiaire. Ainsi, la formation continue s’inscrit dans une logique
d’investissement durable, visant à améliorer la qualité des soins tout en maîtrisant les
dépenses de santé.
3.4.2 Pertinence de l’analyse des besoins en formation continue en SSR
L’efficacité de la formation continue repose fondamentalement sur sa capacité à répondre aux
besoins réels des professionnels de santé. Dans le domaine de la SSR, les sages-femmes
jouent un rôle central, non seulement en tant que prestataires de soins, mais aussi par leur
proximité avec les femmes tout au long de leur vie reproductive (OMS, 2016). Par
conséquent, il est essentiel d’identifier et de comprendre leurs besoins spécifiques en matière
de formation continue afin d’optimiser la qualité et l’équité des services rendus (Frenk et al.,
2010).
L’analyse des besoins favorise une démarche participative, impliquant directement les sages-
femmes dans la définition des priorités de formation. Cette approche valorise leur expertise de
terrain, leurs contraintes organisationnelles, ainsi que leurs attentes en termes de renforcement
des compétences, contribuant ainsi à l’appropriation et à la pérennisation des apprentissages
(OMS, 2016).
En outre, la pertinence des programmes de formation dépend de leur capacité à combler les
écarts entre les compétences actuelles des sages-femmes et celles requises pour répondre
efficacement aux besoins sanitaires sur le terrain. Une telle analyse oriente les actions de
formation vers des thématiques prioritaires telles que la planification familiale, la prévention
des grossesses non désirées, la prise en charge des violences basées sur le genre, la santé des
adolescents, le dépistage des cancers génitaux, ainsi que la promotion des droits sexuels et
reproductifs (OMS, 2022).
Par ailleurs, l’analyse des besoins met en lumière les disparités d’accès à la formation
continue, qui sont souvent liées au contexte géographique (zones rurales versus urbaines), au
type de structure d’affectation, ou encore au niveau de formation initiale des sages-femmes.
Cela permet d’adopter une planification plus équitable et inclusive, adaptée aux spécificités
locales et aux inégalités structurelles (MSPS, 2019 ; UNFPA, 2020).
Les données issues de cette analyse constituent également un fondement essentiel pour
élaborer des politiques et des plans de formation continue cohérents et durables. Elles
orientent la conception des curricula, la priorisation des thématiques, la répartition
géographique des sessions, et la mobilisation optimale des ressources humaines et financières.
Ainsi, cette démarche renforce la coordination entre les différents acteurs du système de santé
et les partenaires techniques impliqués dans le développement des ressources humaines
(Frenk et al., 2010 ; OMS, 2016).
Au-delà d’une exigence méthodologique, l’analyse des besoins représente un levier
stratégique majeur pour l’amélioration des services en SSR, la promotion des droits sexuels et
reproductifs, ainsi que pour l’autonomisation et la valorisation des sages-femmes (MSPS,
2021). Une formation continue adaptée et réactive constitue un pilier essentiel du
renforcement du système de santé, contribuant à la qualité, à l’équité et à la durabilité des
soins offerts aux femmes.
Plus concrètement, cette analyse permet :
Une meilleure adéquation entre formation et besoins réels, évitant les formations
génériques peu utiles aux participantes ;
Une amélioration continue de la qualité des soins, en ciblant les domaines prioritaires
identifiés à partir de données objectives telles que les évaluations et audits ;
Une motivation accrue des sages-femmes, grâce à leur implication dans le diagnostic
des besoins et la prise en compte de leurs attentes professionnelles ;
Une utilisation plus efficiente des ressources humaines, financières et matérielles, en
priorisant les actions à fort impact sur la santé des populations (Frenk et al., 2010 ;
OMS, 2016).
Dans le contexte marocain, caractérisé par des défis importants en matière de SSR et des
ressources limitées, cette analyse est cruciale pour orienter la mise en œuvre de la Stratégie
nationale de santé sexuelle et reproductive 2021-2030 vers des formations continues
adaptées, ciblées et efficaces. Elle doit s’appuyer sur une démarche participative impliquant
sages-femmes, formateurs, décideurs et bénéficiaires, afin d’assurer la cohérence entre
besoins exprimés, priorités sanitaires et politiques publiques (MSPS, 2021).