Introduction à l'hydraulique pour ingénieurs
Introduction à l'hydraulique pour ingénieurs
Christophe Ancey
ii
C. Ancey,
EPFL, ENAC/IIC/LHE,
Ecublens, CH-1015 Lausanne, Suisse
[Link]@[Link], [Link]
Hydraulique à surface libre / C. Ancey par version 22.4 du 16 janvier 2025, Lausanne
2 Similitude 29
2.1 Théorie de la similitude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
2.1.1 Objet de la théorie de la similitude . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
2.1.2 Invariance d’échelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.2 Unités de mesure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
2.3 Principaux nombres adimensionnels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
2.4 Théorème de Vaschy–Buckingham . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
2.4.1 Méthode de Rayleigh . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
2.4.2 Théorème de Vaschy–Buckingham . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.4.3 Application no 1 du théorème Π : force de traînée . . . . . . . . . 42
2.4.4 Application no 2 du théorème Π : puissance d’une explosion nu-
cléaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
2.4.5 Application no 3 du théorème Π : loi de Manning-Strickler . . . . 47
2.5 Analyse dimensionnelle et équations du mouvement . . . . . . . . . . . . 48
2.6 Similitude en ingénierie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
2.6.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
2.6.2 Similitude en hydraulique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
iii
iv Table des matières
4 Équations de bilan 63
4.1 Théorèmes de transport . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
4.1.1 Vue générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
4.1.2 Théorème de transport en dimension 1 . . . . . . . . . . . . . . . 65
4.1.3 Généralisation et théorème de Reynolds . . . . . . . . . . . . . . 71
4.1.4 Volume de contrôle fixe, matériel et arbitraire . . . . . . . . . . . 72
4.1.5 Conservation de la masse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
4.1.6 Conservation de la quantité de mouvement . . . . . . . . . . . . 75
4.1.7 Conservation de l’énergie, théorème de Bernoulli . . . . . . . . . 81
4.2 Quelques applications du théorème de Bernoulli . . . . . . . . . . . . . . 86
4.2.1 Formule de Torricelli . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
4.2.2 Intrusion d’un courant de gravité . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
4.2.3 Tube de Pitot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
Bibliographie 239
Bibliographie 239
Table des matières vii
Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better.
J’ai essayé. J’ai échoué. Peu importe. Essayer encore. Échouer encore. Échouer
mieux.
L
a mécanique des fluides est une discipline scientifique dont les racines descendent
jusqu’à la plus haute antiquité grecque. À travers ses applications en hydrau-
lique, en génie mécanique, ou en aérodynamique (pour ne citer que quelques-
unes de ses branches), la mécanique des fluides a été au cœur des développements tech-
niques des sociétés modernes. On peut même dire qu’elle constitue, avec la dynamique
des corps célestes, l’impulsion qui a permis la révolution scientifique au xviie siècle. On
verra dans ce cours quelques noms des savants illustres qui ont conçu les outils de la
science moderne : Isaac Newton, Blaise Pascal, Leonhard EuleR, et Daniel BeRnoulli
(voir historique pp. xvii–xxvii). Dès cette époque, la mécanique des fluides s’est appuyée
sur une solide base expérimentale et a été intimement liée au développement de l’analyse
différentielle. Avec la Révolution industrielle du xixe siècle, la mécanique des fluides s’est
enrichie de nombreux outils théoriques, dont les équations de conservation, les équations
de Navier–Stokes, et les lois de frottement que l’on verra au fil des chapitres 3 à 5.
Pour l’étudiant en génie civil, certaines notions sont déjà connues car elles ont été
abordées dans d’autres cours. Nous les reverrons ici afin de donner une perspective com-
plète de la discipline. D’autres notions – comme les équations de conservation, la dérivée
matérielle ou les bilans sur des volumes de contrôle – seront nouvelles et paraîtront éso-
tériques. Cela constituera le cœur du chapitre 4. Il est certain qu’il y a dans le formalisme
mathématique une difficulté considérable qui peut rebuter. On conviendra aisément qu’il
x Table des matières
est difficile d’apprendre une langue étrangère (ou sa langue maternelle) sans aborder les
notions de grammaire à un moment ou un autre car ce sont ces règles qui permettent de
structurer l’ensemble des mécanismes linguistiques que l’on mobilise quand on parle ou
quand on écrit. Il en est de même des principes fondamentaux de la mécanique des fluides.
Aborder correctement ces concepts nécessite un travail itératif où l’on voit la théorie,
on tente de résoudre les exercices, souvent on échoue, on revoit la théorie, on tente de
s’éclairer à la lumière du corrigé, on essaie de nouveau de résoudre l’exercice, et ainsi de
suite. J’encourage donc les étudiants à ne pas voir ce cours comme un livre de recettes
dans lequel on cherche la « bonne formule » qui permette de résoudre un exercice. Il s’agit
plutôt d’une grammaire qui permet de donner une vision structurée de la mécanique des
fluides.
Comme beaucoup de disciplines exigeantes – qu’elles soient sportives ou intellec-
tuelles –, la mécanique des fluides nécessite un travail quotidien régulier avant qu’on
puisse espérer la maîtriser. Cette maîtrise requiert souvent plusieurs années de pratique.
Aussi, il ne faut pas désespérer devant les difficultés.
Ne noircissons toutefois pas exagérément le tableau. Certaines parties sont bien plus
faciles sur le plan conceptuel. Cela sera le cas des outils de l’hydraulique des rivières et
canaux que l’on abordera au chapitre 5. Le parti pris dans ce cours est de présenter l’hy-
draulique des rivières à l’aide de quelques concepts importants (telle la charge hydrau-
lique), d’applications du théorème de Bernoulli et d’équations empiriques (telle la loi de
Manning–Strickler). Il faudra se reporter à mon cours de master pour voir comment l’ana-
lyse différentielle permet d’aller plus loin dans l’analyse des cours d’eau et des construc-
tions hydrauliques. Si je mets l’accent sur une formulation simple des concepts fondamen-
taux de l’hydraulique à surface libre, il ne faut pas oublier que ces concepts s’appuient
sur un ensemble de règles empiriques (c’est-à-dire tirées de l’expérience) plus ou moins
implicites, qu’il faut bien appréhender pour pouvoir appliquer sereinement ces concepts à
des cas pratiques. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivait Rabelais 1 ,
un dicton qu’il faudra faire sien.
1. La citation est tirée du second livre « Pantagruel, roi des Dipsodes » de François Rabelais,
chapitre 8. Gargantua est parti étudier à Paris, et son père Pantagruel lui prodigue d’utiles conseils
pour qu’il apprenne utilement. Le danger est, selon Pantagruel, d’ingurgiter la connaissance sans
la comprendre. La citation « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » peut se traduire en
français moderne par « la connaissance sans la compréhension n’entraîne que la ruine de l’intel-
ligence ». Elle est souvent reprise, mais parfois avec un sens fort différent de son sens en moyen
français.
Avant-propos
I
l s’agit d’un recueil de notes contenant les principales notions du cours ainsi
que les formules à connaître. Il ne s’agit pas d’un cours complet de mécanique
des fluides. Le support complet de mon cours peut être trouvé à travers :
– les deux ouvrages « Hydrodynamique » et « Hydraulique » de Graf & Altinakar ;
– le manuel de cours « Mécanique des fluides » de Rhyming ;
– le cours « mécanique des fluides : une introduction » par Botsis & Deville ;
– l’ouvrage « Constructions hydrauliques » de Sinniger & Hager. mis à jour par Hager
& Schleiss.
tous publiés aux PPUR (collection Traités de Génie Civil pour les ouvrages de
Graf & Altinakar et Sinniger & Hager). Un grand nombre des données biogra-
phiques données à travers les différents chapitres sont issues du livre du prof.
Willi Hager de l’ETHZ « Hydraulicians in Europe 1800–2000 » publié par l’International
Association of Hydraulic Engineering and Research (Delft, 2003).
J’emploie les notations usuelles modernes :
– les exemples sont le plus souvent introduits à l’aide de « ♣ Exemple. – » et on
indique la fin d’un exemple par le symbole « qed » ⊓ ⊔;
– les parties qui peuvent poser des problèmes d’interprétation sont indiquées par le
symbole dans la marge ;
– les démonstrations un peu techniques (qui peuvent être sautées en première lecture)
sont signalées par le symbole h ;
– les vecteurs, matrices, et tenseurs sont en gras ;
– les variables scalaires sont en italique ;
– les fonctions, opérateurs, et nombres sans dimension sont en roman ;
– le symbole O (O majuscule) signifie « est de l’ordre de » ;
– le symbole o (o minuscule) signifie « est négligeable devant » ;
– je n’emploie pas la notation D/Dt pour désigner la dérivée particulaire, mais d/dt
(qu’il ne faudra donc pas confondre avec la différentielle ordinaire selon t). Je consi-
dère que le contexte est suffisant pour renseigner sur le sens de la différentielle et
préfère garder le symbole D/Dt pour d’autres opérations différentielles plus com-
plexes ;
– le symbole ∝ veut dire « proportionnel à » ;
– le symbole ∼ ou ≈ veut dire « à peu près égal à » ;
xii Table des matières
– les unités employées sont celles du système international : mètre [m] pour les lon-
gueurs, seconde [s] pour le temps, et kilogramme [kg] pour la masse. Les unités
sont précisées entre crochets ;
– pour la transposée d’une matrice ou d’un vecteur, j’emploie le symbole † en expo-
sant : A† veut dire « transposée de A ».
Remerciements pour les relecteurs suivants : Damien Bouffard, Steve Cochard,
Nicolas Andreini, Sébastien Wiederseiner, Martin Rentschler, Maxime Trolliet, Madeleine
Bouchez, Jonas Haller, Scott Favre, François Gallaire, Roberto Siccardi, Arnaud Eggimann,
Clemente Gotelli.
Ce travail est soumis aux droits d’auteurs. Tous les droits sont réservés ; toute copie,
partielle ou complète, doit faire l’objet d’une autorisation de l’auteur.
La gestion typographique du français a été réalisée avec LATEXà l’aide du package french
de Bernard Gaulle, mis à jour par Raymond Juillerat.
Github : les scripts python (sous forme de cahier Jupyter) montrés au chapitre 5 (ré-
solution de la courbe de remous) sont disponibles depuis [Link]/cancey/introduction-
hydraulique.
Table des matières xiii
Nomenclature
Variable Signification
a rayon d’une particule
B largeur au miroir
C coefficient de Chézy
Cf coefficient de frottement
c célérité des ondes
D tenseur des taux de déformation
D diamètre d’une conduite
e énergie interne massique
ex vecteur unitaire selon la direction x
ey vecteur unitaire selon la direction y
ez vecteur unitaire selon la direction z
f coefficient de frottement (Darcy-Weisbach)
g accélération de la gravité
h hauteur d’écoulement
hc hauteur critique
hn hauteur normale
H charge de l’écoulement
Hs charge spécifique
i pente d’un bief
j vecteur courant (p. ex. flux de chaleur)
jf pente de frottement
k vecteur normal unitaire
k énergie cinétique massique
k conductivité hydraulique
ks rugosité
K coefficient de Manning-Strickler
ℓ échelle de longueur
ℓ largeur
ℓm longueur de mélange
L∗ longueur caractéristique
mp masse d’une particule
n vecteur normal unitaire
p pression
p hauteur de pelle (pour un seuil)
P∗ échelle de pression
Q débit
Q chaleur
q débit par unité de largeur
R rayon de courbure
R constante des gaz parfaits
RH rayon hydraulique
Re nombre de Reynolds
S section d’écoulement
S entropie
xiv Table des matières
Variable Signification
T tenseur des extra-contraintes (appelé encore
partie déviatorique)
t temps
T température
u vitesse, composante de la vitesse dans la di-
rection x
u∗ vitesse de glissement, vitesse de cisaillement
ū vitesse moyennée selon la hauteur d’écoule-
ment
⟨u⟩ vitesse moyennée dans le temps
u vitesse
u′ fluctuation de vitesse
U∗ échelle de vitesse
us vitesse de sédimentation
v vitesse, composante de la vitesse dans la di-
rection y
v vitesse quadratique moyenne
v vitesse
V volume de contrôle
W tenseur des taux de rotation
Variable Signification
α diffusion thermique
χ périmètre mouillé
δ fonction de Dirac
δ petite variation
γ déformation
γ tension de surface
γ̇ taux de cisaillement
ϵ rapport d’aspect
κ conductivité thermique
κ constante de von Kármán
µ viscosité dynamique
ϕ potentiel de vitesse
Φ fonction de dissipation
ψ fonction de vitesse
ψ potentiel gravitaire
Ψ énergie totale
Π nombre sans dimension
ϱ masse volumique
σ contrainte
σ contrainte normale
θ angle de pente
τ contrainte de cisaillement
τp contrainte de cisaillement à la paroi
ξ variable de similitude
Table des matières xv
Variable Signification
1 tenseur identité
∇ opérateur nabla
Un rapide historique de
l’hydraulique
O
n peut dire que la civilisation est née avec la maîtrise de l’eau (Viollet, 2005;
Mays, 2010; Zhuang, 2017). Ce qu’on désigne sous le nom de révolution néoli-
thique correspond à une mutation importante des sociétés humaines amorcée il
y a dix mille ans avec l’apparition de l’agriculture, la domestication et l’élevage d’animaux,
la sédentarisation et la création de communautés urbaines permanentes, la mise en place
de structures hiérarchiques (proto-État), etc. (Scott, 2017). Les fouilles archéologiques au
Proche- et Moyen-Orient montrent que très tôt, les hommes se sont intéressés à maîtriser
la ressource en eau pour l’irrigation des champs, le stockage d’eau potable pour la période
sèche, et la prévision des crues. Sans doute est-ce l’Empire romain avec ses aqueducs, ses
établissements thermaux, et les structures d’adduction et d’évacuation des eaux usées qui
reflète le mieux le lien entre civilisation et maîtrise de l’eau.
En Europe, le Moyen Âge est souvent vu comme la longue période de transition entre
l’Antiquité et la Renaissance, une période qui n’aurait pas connu d’évolutions technolo-
giques significatives. Rien n’est plus faux. La principale innovation dans le domaine hy-
draulique a concerné le développement des moulins au fil de l’eau. Si l’utilisation de la
force motrice de l’eau pour moudre du grain, fouler la laine, scier le bois ou presser des
olives a été connue dès l’Antiquité en Europe et en Chine, elle est restée confidentielle 2
(Brun & Leguilloux, 2014).
Le moulin à eau connaît une explosion en Europe occidentale dès le xe siècle au
point de devenir la principale source d’énergie (Braudel, 1979; Mokyr, 1990; Gimpel, 2002).
Des moulins exploitant la force des marées apparaissent à la même époque en France et
Angleterre. La première société par actions naît à Toulouse au xiie siècle pour gérer les
moulins construits le long du Bazacle (Société du Bazacle). La régulation des débits de cette
2. Les historiens évoquent la disponibilité en main d’œuvre servile pour expliquer le peu d’in-
térêt des Romains pour les machines hydrauliques.
xviii Table des matières
Figure 1 – Thermes de Caracalla à Rome. Construits au début du iiie siècle, les thermes
fonctionnèrent jusqu’au vie siècle. Lors du siège de Rome de 537, les Ostrogoths détrui-
sirent l’aqueduc (Aqua Antoniniana) qui acheminait l’eau jusqu’aux établissements ther-
maux. Les thermes ont longtemps symbolisé le raffinement de la civilisation romaine en
offrant des lieux de convivialité, d’hygiène, et de loisir à la population. Du fait de la prolifé-
ration bactérienne, ils furent aussi un vecteur important de contamination (Harper, 2017).
rivière amène aussi à la construction d’un des premiers barrages modernes 3 . La Société du
Bazacle marque non seulement le début d’une exploitation que l’on peut qualifier de capi-
taliste de l’eau, mais également les premiers différends entre actionnaires et travailleurs,
et les premiers conflits d’usage de l’eau (Gimpel, 2002). Mutualisation des efforts, capitali-
sation et investissement, mais aussi grèves, flambée et effondrement des cours des actions,
tout ce qui caractérise le capitalisme industriel du xixe siècle apparaît dès le xiie siècle.
En Italie, la maîtrise de l’eau passe par la construction des canaux pour l’irrigation
et le transport de marchandise (Squatriti, 1998). Le système de canaux de Venise est sans
doute l’exemple le plus connu d’aménagement hydraulique fondé sur l’utilisation massive
de canaux. Venise dut sa puissance à sa maîtrise de l’eau, et sa puissance ne sera contestée
qu’au xviie siècle lorsque le centre de gravité se déplace de la Méditerranée à l’Atlantique
et que États centralisés (Portugal, Angleterre, Espagne) sont mieux à même d’investir dans
des flottes commerciale et militaire. Avant l’invention du chemin de fer au xixe siècle, il
était beaucoup plus rapide et économique de transporter les marchandises sur l’eau 4 ; le
commerce était donc d’autant plus intense que les marchands disposaient de voies d’eau
(rivières, canaux, mers) pour le transport de marchandises.
Sur le territoire actuel des Pays-Bas, les paysans exploitent la tourbe dès le haut Moyen
Âge, et tentent de drainer les marécages pour accroître la superficie agricole. Les tempêtes
3. On trouve de nombreuses traces de barrage romain, notamment en Espagne, mais principa-
lement pour le stockage d’eau (del Mar Castro García, 2018).
4. Un bœuf tractait un chariot à une vitesse moyenne de 3 à 4 km/h et portait une cargaison
d’environ une tonne (Schied, 2014).
Table des matières xix
Figure 2 – Paysage avec moulin. François Boucher, 1755. National Gallery of London. Les
scènes pastorales sont en vogue au xviiie siècle. Boucher est un maître du genre. En dehors
des scènes mythologiques et des portraits, il affectionne les paysages avec des éléments
architecturaux (ponts, moulins, etc.).
de la mer du Nord entraînant des inondations dévastatrices en 1287 et 1421, les paysans
érigent des digues, qu’ils complètent par des systèmes 5 de pompes hydrauliques mues par
des moulins à vent à partir du xvie siècle (Van Koningsveld et al., 2008).
Les textes anciens voient apparaître la référence aux « ingeniators », c.-à-d. les pre-
miers ingénieurs, qui étaient tout autant architectes, ingénieurs civils que maîtres d’œuvre.
Un ingénieur comme Villard de Honnecourt (au début du xiiie siècle) nous a laissé un car-
net avec les premiers schémas de principe de vérin et de scie hydrauliques.
Figure 3 – Bassin de Saint Marc à Venise. Giovanni Antonio Canal dit Canaletto, vers 1730.
Städel Museum, Francfort-sur-le-Main. Même si elle était devenue une cité de second plan
au xviiie siècle, elle continuait d’être un centre actif des arts avec des peintres connus à
travers toute l’Europe (Canaletto, Tiepolo, Guardi, etc.) et des musiciens très recherchés
(Vivaldi est le plus connu).
des savants à l’esprit universel tel Léonard de Vinci (Marusic & Broomhall, 2021) qui dé-
crivent les écoulements d’eau et imaginent moult dispositifs et machines hydrauliques (qui
ne dépassent que rarement l’étape conceptuelle ou du prototype).
La seconde phase marque une rupture nette en se centrant sur la mise en évidence de
phénomènes physiques et leur quantification. Ainsi, Torricelli (1644) tente de généraliser
les principes du mouvement avancés par Galilée ; Pascal (1663) met en évidence la pression
atmosphérique et son lien avec l’altitude, jetant les pierres de l’hydrostatique ; Newton
introduit la notion d’inertie et de viscosité, ce qui constitue la première quantification de
fluides réels ; Gugliemini (1697) propose les premiers principes de calcul des écoulements
dans les canaux, ce qui est souvent considéré comme les tout premiers pas de l’hydraulique
fluviale (Rouse & Ince, 1963).
L’introduction du calcul différentiel par Leibniz (1692) permet d’entrer dans la troi-
sième phase, qui marque les débuts des premiers calculs en hydrodynamique. En Suisse,
Bernoulli et Euler proposent les premières équations (qui permettent d’exprimer la conser-
vation de la quantité de mouvement et de l’énergie), et posent ainsi la pierre de fondation
de la mécanique des fluides. Leurs travaux sont complétés au cours du xviiie siècle par les
Français Clairaut, d’Alembert, Lagrange, et Laplace. En parallèle, l’école française donne
vigueur à l’ingénierie hydraulique avec Chézy et à la mécanique des fluides expérimen-
tale avec les travaux de Borda, Bossut, du Buat. En Angleterre, des inventeurs talentueux
comme Savery, Newcomen et Watt perfectionnent la machine à vapeur. Il reste à établir
le lien entre force, chaleur, et énergie. Cela sera le grand chantier du xixe siècle avec la
thermodynamique.
Table des matières xxi
Figure 4 – Port de mer au soleil couchant. Claude Gellée dit Le Lorrain, 1639. Musée du
Louvre, Paris. Peintre fameux au xviie siècle, Claude Gellée a prisé les vues de port où
il mêlait des éléments architecturaux fictifs (des monuments antiques), des personnages
s’adonnant à diverses activités, des bateaux, et le soleil se couchant dans la mer. William
Turner verra en lui un grand précurseur des vues marines, où la lumière chaleureuse et
généreuse contraste avec le bleu de la mer.
Révolution industrielle
Figure 5 – Étude par Léonard de Vinci d’un écoulement d’eau au passage d’obstacles (vers
1508). « Observe le mouvement de l’eau à sa surface, combien il ressemble à celui de la cheve-
lure, laquelle en a deux, l’un suivant l’ondulation de la surface, l’autre les lignes des courbures ;
ainsi, l’eau forme des tourbillons qui suivent en partie l’impulsion du courant principal, et en
partie les mouvements ascendants et incidents. » (Carnets, chap. XXI, de la nature de l’eau).
la gestion fluviale, notamment pour la prévention des crues et l’assèchement des terres
(Vischer, 2003) : la Linth (1807–1816), le Rhin alpin (1862–1900), le Rhône (1863–1894), les
eaux du Jura (1868–1891).
L’âge d’or
Le xxe siècle a été le siècle des grands barrages, l’un des principaux moteurs d’un
boom économique sans précédent. Bien que la plus grande partie de la recherche sur les
barrages ait été menée par ou avec des entreprises privées, les universités ont commencé à
être plus étroitement associées. Dans les régions sous influence française, des scientifiques
tels que le mathématicien français Joseph Boussinesq et le géologue suisse Maurice Lugeon
s’intéressent à des questions spécifiques liées aux ouvrages hydrauliques.
Le principal changement de paradigme vient de l’Allemagne, qui va servir de modèle
pour la mise en place des universités modernes : le premier laboratoire d’hydraulique est
créé par Hubert Engels à l’Université de Dresde en 1898, un modèle suivi par la plupart
des pays. En Suisse, le premier laboratoire hydraulique est créé par Alfred Stucky en
1928 à l’École d’Ingénieurs de l’Université de Lausanne 6 , suivi en 1930 par la création de
6. Cette école est rebaptisée École Polytechnique de l’Université de Lausanne en 1944, avant d’ac-
quérir le statut d’université fédérale en 1969 et devenir l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne
xxiv Table des matières
Le déclin ?
À la fin des années 1980, un certain nombre de changements majeurs ont un impact
sur le marché de l’hydroélectricité. La financiarisation croissante de l’économie a poussé
les banques d’investissement à réviser leurs stratégies, avec pour conséquence qu’elles ont
cessé d’intervenir sur le marché de l’énergie et de l’ingénierie en tant que propriétaires et
actionnaires d’entreprises. En 1987, par le biais de l’Acte unique européen, l’Union euro-
péenne déclare son intention de créer un marché unique de l’énergie, ce qui va impliquer
la déréglementation des marchés nationaux de l’énergie, l’harmonisation des politiques
énergétiques et la résolution de problèmes techniques (par exemple, la synchronisation et
l’interconnexion des réseaux à travers l’Europe). L’ouverture des frontières a entraîné une
baisse du prix de gros de l’électricité, et donc aujourd’hui, les pays à coûts de production
élevés comme la Suisse font face à une concurrence accrue. Cette baisse s’est brutalement
(EPFL).
Table des matières xxv
arrêtée après que les armées russes ont attaqué l’Ukraine en février 2022. En représailles,
l’Union Européenne déclare un embargo sur le gaz russe, ce qui affecte directement le prix
de l’électricité (les industriels allemands avaient obtenu de l’UE que les prix de l’électricité
soient indexés sur ceux du gaz).
L’industrie électrique suisse connaît d’importantes difficultés financières et ne montre
aucun signe de reprise. Pour les sociétés de conseil en ingénierie, les perspectives sont par-
fois sombres en Suisse. Pour les grands barrages, le marché intérieur de la construction s’est
progressivement rétréci et le marché de la rénovation souffre du manque d’investissement
de la filière électrique. Dans les années 2010, deux barrages ont été érigés (surélévation
du Vieux-Émosson, VS, et nouveau barrage-poids à Muttsee, GL). Le barrage de Serra (VS)
vient d’être remplacé, et le remplacement du barrage de Spitalamm (BE) est en cours. Il
est prévu de construire un barrage-réservoir en aval du glacier du Trift (BE). Il existe un
potentiel de plusieurs nouveaux réservoirs dans les Alpes suisses, mais l’opposition à la
construction doit encore être surmontée.
2100), le recul des glaciaires sera favorable au remplissage des grandes retenues et devrait
permettre de construire de nouveaux barrages dans les zones délaissées par les glaciers 7
(Haeberli et al., 2016; Farinotti et al., 2016; Ehrbar et al., 2018; Farinotti et al., 2019).
Le marché suisse du traitement et de la protection de l’eau est stable. Certes, avec près
de 800 stations d’épuration et de 40 000 à 50 000 km de canalisation (égouts publics, ad-
duction d’eau), l’infrastructure suisse des eaux usées est quasiment complète. Au total, 40
à 50 milliards de francs ont été nécessaires pour financer cette infrastructure (la valeur
de remplacement est estimée à 80 à 100 milliards), et son entretien nécessite des investis-
sements conséquents. La restauration des rivières a commencé au début des années 1990
en Suisse, où 4000 km de rivières dégradées doivent être restaurées. Aujourd’hui, environ
10 % du travail a été fait, ce qui implique qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour
les prochaines décennies (Kurth & Schirmer, 2014; Gregor & Renner, 2021).
A l’étranger, la concurrence est féroce dans le secteur des grandes infrastructures, où
la Chine et le Brésil sont désormais des concurrents sérieux. La capacité hydroélectrique
totale installée en Europe était de 251 GW en 2019. La rénovation et les nouvelles centrales
ont augmenté cette capacité de 682 MW (+0,27 %) en 2018. Cela doit être comparé aux capa-
cités totales et ajoutées en Chine (356 GW, +1,27 %) et le Brésil (109 GW, +4,5 %). La capacité
mondiale totale était de 1308 GW en 2019, et elle avait augmenté de 1,2 % en 2018. L’Europe
représentait 3,1 % de la nouvelle capacité ajoutée en 2018 (Asie de l’Est : 30 %, Amérique
du Sud : 24 %, Afrique : 4 %) selon à l’Association internationale de l’hydroélectricité 8 .
Malgré une concurrence accrue, les entreprises suisses (par exemple Afry, Lombardi,
Gruner) continuent de jouer un rôle important sur la scène internationale, avec plusieurs
nouvelles constructions et projets de réhabilitation. Les grands projets de réhabilitation et
les nouvelles constructions (en cours ou récemment achevées) ont impliqué des entreprises
suisses dans le monde entier, signe fort de la reconnaissance des capacités d’ingénierie
suisses. Beaucoup de ces projets sont financés par des institutions internationales telles que
la Banque mondiale, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, la
Banque asiatique de développement et la Banque africaine de développement.
La mondialisation a également touché les universités. À l’ère du numérique, l’hydrau-
lique numérique a pu sembler être l’approche la plus prometteuse pour résoudre une mul-
titude de problèmes d’ingénierie hydraulique. C’est ainsi que de nombreux laboratoires
7. Le Conseil a ainsi donné son feu vert en décembre 2021 à la construction d’un barrage-voûte
à l’aval du glacier du Gorner à Zermatt.
8. Voir le site de l’AIH : [Link]
Table des matières xxvii
ont été fermés dans les années 1990 et 2000 (Hager & Boes, 2014). La tendance n’était
cependant pas systématique. Aux États-Unis, en Europe et en Suisse, certaines universi-
tés ont opté pour le renforcement de leurs installations. C’est le cas de l’ETHZ avec le
VAW, ou récemment en France avec la création d’un nouveau laboratoire d’essais à Lyon
(INRAE) ou le renforcement du centre de recherche EDF de Chatou. HR Wallingford (ex.
Hydraulics Research Station avant sa privatisation) a construit en 2014 le Fast Flow Facility
(dédié aux essais marins). Aux USA, les universités ont également renforcé leurs infrastruc-
tures : laboratoire de Saint Anthony Falls à Minneapolis, laboratoire d’hydraulique de la
Colorado State University, le laboratoire d’hydraulique et de sédimentation de l’Université
du Tennessee. Au Japon, le simulateur physique de tsunamis à grande échelle a été conçu
pour des expériences à grande échelle sur les tsunamis après la catastrophe de Fukushima
en 2011. Aux Pays-Bas, le TU Delft, une université de premier plan, a réussi à capitaliser
sur les possibilités offertes par l’hydraulique numérique, tout en maintenant son expertise
dans l’étude d’infrastructures hydrauliques à partir de modèles réduits.
CHAPITRE 1
Propriétés des fluides
L
’objet de ce chapitre est de définir ce qu’est un fluide. On verra deux propriétés
importantes : la viscosité et la tension de surface. Ce cours concerne principa-
lement les fluides à viscosité constante, appelés fluides newtoniens.
Figure 1.1 – Représentation idéalisée des trois états de la matière : (a) solide (réseau or-
donné de molécules/atomes), (b) fluide (collection dense et désordonnée de molécules), (c)
gaz (collection diluée et très agitée de molécules).
Les différents états occupés par un corps simple peuvent être représentés dans un
diagramme p, T , V comme le montre la figure 1.2. Les surfaces grisées représentent des
états purs où un seul état subsiste, alors que la surface blanche représente l’ensemble des
états où deux phases peuvent co-exister. Le point C est appelé point critique.
L’état solide est un état organisé de la matière : les arrangements entre molécules pré-
sentent un ordre relativement stable dans le temps. Les états gazeux et liquide représentent
la matière en désordre : il n’existe pas d’ordre privilégié dans l’agencement des molécules
1
2 Chapitre 1 Propriétés des fluides
S S/L L
Fluide
C
L/G
S/G
T
G
Figure 1.2 – Diagramme schématique des phases d’un corps simple dans un espace pres-
sion (p), température (T ), et volume (V ).
cette force d’attraction diminue très rapidement avec r. Il s’agit des forces de Van der
Waals 2 . Les molécules polyatomiques simples (comme l’eau) peuvent également porter
des charges électriques, qui donnent naissance à des forces électrostatiques d’attraction
ou de répulsion sensiblement plus fortes que les forces de Van der Waals dues aux atomes
qui les composent.
-1
-2
Figure 1.3 – Potentiel de Lennard-Jones (trait continu) et force dérivée f = −dV /dr
(courbe en tireté) en fonction de la distance r du centre de la molécule. Pour un corps
simple comme l’argon (Ar), on a d = 0,34 nm et ϵ = 120kB K2 , avec kB = 1,380 10−23
J/K, kB la constante de Boltzmann.
Notre connaissance des propriétés d’un gaz est bien plus avancée que celle des liquides.
Dès la fin du xixe siècle, reprenant des idées formulées par de nombreux physiciens de
Bernoulli à Clausius, les physiciens Maxwell et Boltzmann 3 ont élaboré les bases de la
théorie dite « théorie cinétique des gaz », qui permet d’expliquer les propriétés macrosco-
piques des gaz (notamment la relation entre pression et température) en se fondant sur
une description simplifiée des interactions moléculaires (mouvements aléatoires avec des
échanges de quantité de mouvement lors des collisions). Cette théorie a également mar-
qué le fondement de la mécanique statistique, branche de la physique qui vise à établir les
propriétés macroscopiques de la matière à partir du comportement élémentaire des molé-
cules. À ce jour, aucune théorie cinétique des liquides aussi simple et performante que la
2. Johannes Diderik van der Waals (1837–1923) était un physicien hollandais. Instituteur, il s’est
passionné pour la physique et a consacré son temps libre à ses recherches. Son mémoire de thèse
présentait une théorie importante sur les gaz ; il fut honoré par le prix Nobel en 1910.
3. Les physiciens anglais et autrichien James Clerk Maxwell (1831–1879) et Ludwig Eduard
Boltzmann (1844–1906) sont deux monuments de la physique. Ils sont les auteurs de véritables
tours de force. Maxwell est surtout connu pour ses travaux sur le magnétisme ; les quatre équa-
tions connues aujourd’hui sous le nom d’équations de Maxwell sont la formalisation (par un ma-
thématicien anglais, Oliver Heaviside) de ses travaux. Maxwell a fait aussi des avancées majeures
en thermodynamique. Boltzmann est considéré comme le père de la mécanique statistique puisqu’il
a créé la plupart des outils encore utilisés aujourd’hui. Même si l’idée des atomes est très vieille
(Démocrite en parlait déjà cinq siècles avant notre ère), c’est bien Boltzmann qui a fourni une théo-
rie complète et rigoureuse. Très critiqué par ses confrères (la théorie de l’éther prévalait à la fin
du xixe siècle), Boltzmann s’en trouva très affecté et se suicida. Il fallut attendre les expériences
de Planck sur le corps noir et d’Einstein sur l’effet photoélectrique pour qu’on rende justice à ses
travaux.
4 Chapitre 1 Propriétés des fluides
théorie cinétique des gaz n’existe. Cette difficulté à caractériser le comportement liquide
se retrouve en thermodynamique lorsqu’on cherche à établir une équation d’état, c’est-à-
dire une relation entre pression p, température T , et volume V (ou masse volumique) :
f (V, p, T ) = 0. La loi de Boyle-Mariotte 4 est l’équation d’état la plus simple qu’on puisse
imaginer
pV = xRT,
r
3 · 1,38 · 293 · 6,02
v= ≈ 720 m/s !
14 × 10−3
⊔
⊓
Figure 1.4 – La mousse d’un café est un mélange de bulles de gaz dans un liquide.
Figure 1.5 – Écoulement permanent d’un fluide visqueux autour d’un solide de section
rectangulaire, avec à gauche (a) un écoulement potentiel dans une cellule de Hele-Shaw
(fluide : eau) et à droite (b) un écoulement de Stokes tridimensionnel (Re = 0,02 ; dans
ce dernier cas, on note l’apparition de zones mortes, sièges de vortex – fluide : glycérine).
Source : S. Taneda et D.H. Peregrine in (Van Dyke, 1982, voir figures 5 et 11). Pour l’image
(b) on visualise l’écoulement dans une cellule de Hele-Shaw, qui est un dispositif expéri-
mental composé de deux plaques parallèles, très rapprochées, ce qui permet de créer des
écoulements bidimensionnels. Quoi que dans un régime laminaire (écoulement de Stokes),
de tels écoulements présentent un champ cinématique similaire à celui d’un écoulement
potentiel. Un écoulement est dit potentiel lorsque le champ de vitesse est le gradient d’une
fonction scalaire appelée « potentiel » ϕ. Ce type d’écoulement est très important sur le
plan théorique car il sert à décrire des écoulements de fluide parfait (ou fluide d’Euler),
c’est-à-dire des fluides pour lesquels il n’y a aucune dissipation d’énergie (par frottement
visqueux). En pratique, un écoulement potentiel sert à décrire des écoulements en régime
turbulent loin de toute paroi. Dans le cas présent, l’écoulement potentiel autour d’un obs-
tacle rectangulaire est donc une idéalisation d’un écoulement turbulent autour d’un obs-
tacle sans effet de couche limite et de sillage (c’est-à-dire précisément deux effets dus au
frottement du fluide sur les parois de l’obstacle), des effets qui seront étudiés au chapitre 6 ;
l’écoulement est alors gouverné par un équilibre entre gradient de pression et termes iner-
tiels (accélération). Pour l’image(b), on visualise un écoulement laminaire dit de Stokes.
C’est écoulement purement visqueux, sans effet inertiel. La dynamique de l’écoulement
est alors entièrement commandée par l’équilibre entre termes de frottement visqueux et
gradient de pression. On étudiera ces écoulements au chapitre 6.
Figure 1.6 – Tout s’écoule, même les montagnes ! Vue du glacier rocheux de Lona qui
s’alimente à partir des éboulis rocheux du mont Sasseneire (commune d’Anniviers, VS).
C’est un reliquat de glacier qui est couvert de rochers, et qui s’écoule lentement dans le
lac de Lona.
Figure 1.7 – (a) Passage du mur du son par un McDonnell Douglas F/A-18 Hornet [crédit :
Timothy O’Leary]. L’onde de choc induit un changement brutal de pression, qui provoque
la condensation de la vapeur d’eau et la formation de micro-gouttelettes qui matérialise
l’onde de choc aux abords de l’avion. (b) Interactions d’ondes de choc créées par deux
avions militaires T-38 volant en formation [crédit : NASA]. L’image a été obtenue à l’aide
d’une technique appelée strioscopie (le terme anglais schlieren est également souvent em-
ployé), qui consiste à filtrer la lumière en séparant les parties déviées ou non déviées par le
fluide. Il est ainsi de visualiser les fines zones où le fluide subit des variations significatives
d’indice de réfraction, ce qui est le cas lors du passage du mur du son (compression de
l’air). Les couleurs ont été modifiées numériquement.
10 Chapitre 1 Propriétés des fluides
Figure 1.8 – Cisaillement d’un fluide entre deux plaques parallèles espacées d’une distance
h ; la plaque supérieure se déplace à la vitesse U .
τ = µγ̇, (1.1)
avec γ̇ le taux de cisaillement ou gradient de vitesse, qui dans le cas particulier examiné
ici prend la valeur U /h.
La viscosité dépend foncièrement de la température du liquide : en général, elle di-
minue avec la température (plus la température est élevée, plus l’agitation moléculaire
est grande, moins le fluide oppose de résistance). Ainsi, la viscosité de l’eau liquide vaut
1,8 × 10−3 Pa·s pour T = 0 ℃, 1,0 × 10−3 Pa·s pour T = 20 ℃, 0,35 × 10−3 Pa·s pour
T = 80 ℃, et 0,28 × 10−3 Pa·s pour T = 100 ℃. Pour un gaz, c’est l’inverse : on observe
une augmentation de la viscosité avec la température. Le tableau 1.1 donne les valeurs
des viscosités pour l’eau et l’air à température ambiante ainsi que la masse volumique. Le
tableau 1.2 donne la viscosité dynamique pour des produits courants.
À retenir que l’unité de la viscosité dynamique est le Pa·s (unité du système interna-
tional ou USI). Auparavant on employait le poiseuille (1 Po = 1 Pa·s) ou le poise (le plus
souvent le centipoise) : 1 Pa·s = 10 Po = 100 cPo. Pour la viscosité cinématique, on emploie
le m2 /s ; certains ont recours au stokes (St) 1 St = 1 cm2 /s = 10−4 m2 /s et 1 cSt = 1 mm2 /s
= 10−6 m2 /s.
1.3 Viscosité des fluides 11
avec n la normale à la facette. Comme il y a en n/6 particules entrant dans le volume par
unité de temps, on déduit que le flux tangentiel (dans la direction x) s’écrit donc δϕx (y +
ℓ) = nmvu(y + ℓ)δx/6. On fait de même avec la facette intérieure sachant que les flux
latéraux ne comptent pas (flux nul car le volume est pris entre deux couches adjacentes) et
6. Le libre parcours moyen est la distance moyenne parcourue par une molécule entre deux
collisions.
12 Chapitre 1 Propriétés des fluides
Figure 1.9 – Théorie cinétique très simplifiée. On considère un volume de contrôle compris
entre deux couches de glissement à l’échelle moléculaire. On reporte deux trajectoires aux
cotes y − ℓ et y + ℓ. Le volume de contrôle est calé entre les deux couches, et n représente
un vecteur normal orienté de l’intérieur vers l’extérieur de la surface de contrôle.
on tire que le flux est δϕx (y − ℓ) = −nmvu(y − ℓ)δx/6. Le flux total tangentiel par unité
de longueur est donc
102
rhéoépaississant
newtonien
rhéofluidiant
101
10-1 100 101 102 103
Figure 1.10 – Loi de viscosité pour différents types de fluide. Les fluides newtoniens sont
des fluides pour lesquels la viscosité dynamique µ reste constante indépendamment du
taux de cisaillement γ̇ appliqué au fluide. Les fluides rhéoépaississants (resp. rhéoflui-
diants) sont des fluides non newtoniens pour lesquels la viscosité µ croît (resp. décroît)
avec le taux de cisaillement.
102
101
100
10-3 10-2 10-1 100 101 102
Figure 1.11 – Loi d’écoulement τ = f (γ̇) pour un fluide à seuil. Pour un fluide à seuil,
la contrainte de cisaillement τ tend vers une valeur-seuil τc aux très faibles vitesses de
déformation (γ̇ → 0), alors que pour les fluides newtoniens, la contrainte de cisaillement
τ tend vers 0 quand γ̇ → 0.
Figure 1.12 – Exemples de test de fluidité d’un béton à l’aide d’un cône d’Abrams. Ce test
très simple à mettre en œuvre consiste à remplir de béton un récipient en forme de cône,
à retourner le cône tout en obstruant son ouverture, puis à poser le cône sur un support
horizontal. On soulève alors le cône, le fluide s’affaisse plus ou moins selon la composition
du béton. L’affaissement (hauteur du cône - hauteur du tas) fournit une estimation du seuil
de contrainte (Barnes, 2000).
Figure 1.13 – Effet Weissenberg. C’est la remontée d’un liquide polymérique le long d’un
cylindre plongé dans un bain et mis en rotation.
À noter que la plupart des matériaux un tant soit peu complexes sont non newtoniens,
mais on emploie fréquemment l’approximation de fluide newtonien car assez souvent on
travaille sur une gamme restreinte de taux de cisaillement et que dans ce cas-là, l’approxi-
mation peut être correcte. Par exemple, on parle de viscosité d’un glacier lorsqu’on fait des
calculs de fluage approximatifs sur de très grandes échelles de temps.
16 Chapitre 1 Propriétés des fluides
Figure 1.14 – Formation d’une goutte. Les ondes de surface ainsi que la rupture de la
goutte sont commandées par les effets de tension de surface. Source : Andrew Davidhazy.
Figure 1.15 – (a) Effet de la tension de surface provoquant une rupture de symétrie dans
le ressaut circulaire dans le cas d’une fluide non newtonien. (b) Formation d’un ressaut
capillaire avec de l’eau dans un évier. Crédit : John W. M. Bush.
fluides en contact le long d’une interface commune. On la note ici γ [Pa·m]. On l’exprime
parfois aussi comme une énergie par unité de surface [J/m2 ]. La tension de surface de l’eau
en contact avec l’air est γ = 70 × 10−3 Pa·m ; le tableau 1.3 fournit quelques valeurs de
tension de surface.
Fluide γ [Pa·m]
huile silicone 20 × 10−3
eau 70 × 10−3
éthanol 23 × 10−3
glycérol 63 × 10−3
mercure 0,485
hélium (à 4 K) 10−4
verre fondu (1500 K) 0,3
Si l’on considère maintenant un liquide le long d’une paroi solide, on observe l’effet
inverse : il existe des forces d’adhésion. On dira le plus souvent que le fluide est mouillant
s’il est attiré par le solide : une goutte d’eau a ainsi le plus souvent le caractère d’un fluide
mouillant. On dit qu’il est non mouillant lorsqu’il est repoussé par la surface solide ; c’est
par exemple ce qu’on cherche à produire en fabriquant des ustensiles de cuisine avec des
revêtements en téflon pour éviter l’adhésion des graisses ou bien quand on farte les skis
avec des farts fluorés. La figure 1.16 montre un exemple d’application en le génie civil avec
la couverture du stade de la Maracaña à Rio-de-Janeiro (Brésil). La figure 1.17 montre la
forme d’une goutte sur un support plan en fonction de son caractère mouillant. L’angle
que forme la goutte avec le support solide est appelé angle de contact. Pour un fluide en
équilibre statique, c’est une grandeur constante, qui ne dépend que des propriétés (énergies
18 Chapitre 1 Propriétés des fluides
de surface) du solide, du liquide, et du gaz. Si le fluide n’est plus au repos, la valeur de l’angle
varie avec la vitesse et la direction de l’écoulement.
Figure 1.16 – Pour le projet de réhabilitation du stade Maracanã de Rio de Janeiro pour la
Coupe du monde de football 2014 et les Jeux olympiques de 2016, les concepteurs ont prévu
de couvrir les gradins à l’aide d’une enveloppe comportant un film plastique couvert de
téflon pour éviter l’imprégnation (qui serait préjudiciable au poids que doivent supporter
les poutres de la structures) et faciliter le drainage (dans un climat subtropical, les pluies
peuvent être très intenses). Source : [Link]
Figure 1.17 – Goutte sur une surface solide dans le cas d’un fluide au repos qui (a)
mouillant (θ < π/2) ou (b) non mouillant (θ > π/2). L’angle de contact est noté θ.
Figure 1.18 – Quand on immerge un profilé métallique avec une barre mobile dans de
l’eau savonneuse, la tension de surface entre le film de savon (en hachures bleues) crée
une force normale à la barre. (a) Vue du dessus. (b) Vue de profil. (c) Agrandissement et
bilan des forces au niveau du film de savon.
dF = γn × dℓ. (1.2)
Figure 1.19 – La tension de surface crée une force normale au plan (dℓ, n) exercée par le
fluide sur la paroi solide. La direction de cette force est donc donnée par t.
où, comme le fluide s’accroche à la face inférieure de l’anneau, il faut considérer qu’au
moment où l’anneau est arraché du fluide, l’angle de contact θ vaut π/2. De même, on a
F2 = γ × 2πR2 × cos θ.
Ces deux forces sont orientées vers le bas tout comme le poids de l’anneau (qui vaut P =
ρgeπ(R22 − R12 )). La somme des forces orientées vers le bas s’écrit donc
Si on suppose l’équilibre des forces, alors la force que doit appliquer l’opérateur est de
direction opposée et de même norme. En général, le poids de l’anneau est très faible. De
plus, l’anneau a de grands rayons R1 et R2 et une petite largeur (R2 − R1 ≪ R̄ = 12 (R2 +
R1 )). En conséquence, si on néglige le poids et on approche les rayons R1 et R2 par le
rayon moyen R̄, on déduit l’approximation :
F ≈ 4π R̄γ.
environnant) s’opposer à cette forme. En effet, la forme sphérique est la forme qui minimise
l’énergie de surface, c’est-à-dire l’énergie que doit dépenser la particule pour éviter que du
fluide environnant ne pénètre dans la goutte 7 .
Considérons une goutte de rayon R d’un fluide au repos immergée dans un autre
fluide au repos. La pression dans la goutte est pi ; celle dans le fluide extérieur est pe ; voir
figure 1.21. La goutte est à l’équilibre si le travail des forces de surface est contrebalancé
par le travail des forces de pression (on suppose qu’on augmente virtuellement le rayon
d’un incrément dR et on impose que la goutte retrouve sa position d’équilibre, donc tous
les travaux des différentes forces doivent se compenser) :
2γ
∆p = pi − pe = . (1.4)
R
C’est la loi de Laplace 8 . À travers toute interface entre deux fluides, il existe une saute de
pression égale à 2γ/R.
avec Rx et Ry les rayons de courbure dans les directions x et y. C’est la loi de Laplace-
Young.
Attention, courbure et rayon de courbure sont des quantités algébriques. En mathé-
matiques, on montre qu’en dimension 2 (voir figure 1.22), la courbure C et le rayon de
courbure R = 1/C d’une courbe d’équation y = f (x) dans un système cartésien de
coordonnées sont définis de la façon suivante
′
f ′′ 1 (1 + f 2 )3/2
C= et R = = . (1.6)
(1 + f ′ 2 )3/2 C f ′′
(1 + (∂x f )2 )3/2
Rx = .
∂xx f
alors plus petite qu’à l’extérieur (voir figure 1.24). Dans ce cas précis, le fluide étant
placé sous la surface du ménisque, la surface est convexe du point de vue mathéma-
tique, mais concave du point de vue du fluide.
Figure 1.24 – Ménisque dans un tube avec (a) fluide non mouillant (interface convexe
donc R > 0 et pi > pe ) et (b) fluide mouillant (interface concave donc R < 0 et pi < pe ).
Remontée capillaire
La tension de surface permet d’expliquer la remontée capillaire le long d’une paroi so-
lide. En effet, expérimentalement on observe que la surface libre d’un liquide ne forme pas
un angle droit avec une paroi, mais est légèrement incurvée vers le haut (liquide mouillant)
ou vers le bas (liquide non mouillant). L’ordre de grandeur de la remontée capillaire est ob-
tenu en égalant la pression (supposée hydrostatique) due à la gravité et la saute de pression
due aux forces capillaires, ce qui donne d’après l’équation (1.5)
γ
ϱgh ≈ , (1.8)
|R|
(1 + zs′2 )3/2
R(x) = − ,
zs′′
1.4 Tension de surface 25
Figure 1.25 – Remontée capillaire le long d’une paroi solide dans le cas d’un fluide
mouillant.
où zs (x) est l’équation de la surface libre et le signe négatif est justifié par le fait que le
rayon de courbure est négatif pour une surface concave (avec toujours la convexité/con-
cavité définie du point de vue du liquide). Anticipant le principe de l’hydrostatique (voir
chap. 3) selon lequel la variation de pression hydrostatique est proportionnelle à la diffé-
rence d’altitude pondérée du poids volumique ϱg, on peut écrire que la pression p en tout
point au sein du fluide situé à l’altitude z est
γ
p(z) = ϱg(zs − z) + pa + ,
R
avec pa la pression atmosphérique et zs − z la différence d’altitude. Le long du plan hori-
zontal z = 0, la pression vaut la pression atmosphérique (voir chap. 3), et donc l’équation
différentielle de la surface libre s’écrit :
zs′′
ϱgzs = γ . (1.9)
(1 + zs′2 )3/2
Pour résoudre cette équation, on a besoin d’une condition aux limites. Celle-ci est donnée
expérimentalement par l’angle que forme le liquide avec la paroi solide (l’angle de contact).
En partant de l’équation différentielle (1.9) sujette à la condition aux limites zs′ (0) =
cotanθ, en la multipliant par zs′ , on trouve que l’équation différentielle (1.9) est équivalente
à la différentielle exacte !
1 2 γ 1
d z + p = 0,
2 s ϱg 1 + zs′2
p
ce qui veut dire que la constante d’intégration ψ = zs2 + 2γ/(ϱg 1 + zs′2 ) se conserve le
long de zs . Comme la surface libre doit devenir horizontale quand x est loin de la paroi,
on trouve que cette fonction ψ doit être égale à γ/(ϱg) le long de zs (car zs′ → 0 et zs → 0
quand x → −∞).
L’équation différentielle non linéaire du premier ordre qui en résulte est assez com-
pliquée, mais on peut obtenir la remontée capillaire sans la résoudre. En se servant de la
condition aux limites zs′ (0) = cotanθ et en posant h = zs (0), on trouve finalement
1 2 γ 1 γ γ
zs + p = ⇒ h2 = 2 (1 − sin θ).
2 ϱg 1 + zs′2 ϱg ϱg
26 Chapitre 1 Propriétés des fluides
Loi de Jurin
Une manifestation des effets de tension de surface est la remontée capillaire due à la
dépression locale causée par la courbure de la surface libre. Considérons un tube de petites
dimensions (diamètre 2r petit devant la hauteur du tube) plongé dans un liquide de masse
volumique ϱ. La pression juste sous l’interface (point A sur la figure 1.26) est
γ
PA = pa + 2 ,
R
où R désigne le rayon de courbure (R < 0 compte tenu de la forme du ménisque) de
la surface libre supposée de forme hémisphérique et où la pression extérieure pa est la
pression atmosphérique.
Figure 1.26 – Remontée capillaire le long d’un tube cylindrique. L’insert montre le détail
du ménisque et la relation entre rayon de courbure R, rayon du capillaire r et angle de
contact θ.
PB = PA + ϱgh,
or le point B étant à la même altitude que la surface libre non perturbée du liquide, la
pression doit être égale à la pression atmosphérique pa . On en déduit donc la remontée
capillaire
2γ cos θ
h= . (1.10)
ϱgr
1.4 Tension de surface 27
Fp = ϱgV = ϱgπr2 h.
Figure 1.27 – Équilibre des forces de tension de surface et de pesanteur pour un volume
de contrôle V (en hachures bleues) compris entre les points A et B. On néglige le volume
de volume contenu dans le ménisque (au-dessus du point A).
9. James Jurin (1684-1750) était un médecin anglais, également versé dans la mécanique. On
lui doit notamment les premières études épidémiologiques sur la variole et les moyens de s’en
prémunir par la « variolisation » (inoculation de substance suppurant des plaies d’un malade peu
atteint chez un patient sain), une technique venue d’Asie et qui est l’ancêtre de la vaccination.
Fervent défenseur de Newton, il s’est beaucoup intéressé à la mécanique, et en particulier à la
remontée des liquides dans les tubes capillaires. La loi expérimentale porte son nom.
CHAPITRE 2
Similitude
P
aR thÉoRie de la similitude, on entend aussi bien l’analyse des dimensions (uni-
tés physiques) des paramètres d’un problème, l’usage de nombres sans dimen-
sion que le support théorique permettant d’interpréter les expériences réalisées
à petite échelle et visant à reproduire des phénomènes complexes (à grande échelle). La
« théorie de la similitude » est donc un ensemble de règles qui vise à :
– proposer des nombres sans dimension 1 tels que le nombre de Reynolds ou le nombre
de Froude ;
– simplifier les équations de base en supprimant les termes négligeables ;
– diminuer le nombre de paramètres pertinents nécessaires à l’étude expérimentale
(mais également numérique ou théorique) des phénomènes ;
– établir les critères à respecter pour qu’une expérience à échelle réduite soit repré-
sentative d’un phénomène en grandeur réelle (on dit alors que l’expérience est en
similitude avec le phénomène) ;
– fournir les relations de changement d’échelle entre expériences.
29
30 Chapitre 2 Similitude
Figure 2.1 – (a) Vague d’impulsion créée par un éboulement rocheux de 300 000 m3 dans
un lac morainique sous le glacier de Grindelwald (BE) le 22 mai 2009. (b) Vue du lac d’ac-
cumulation du barrage du Vajont en Italie ; le 9 octobre 1963, peu de temps après la mise
en eau du barrage, une masse d’environ 300 Mm3 de terre glissa dans le lac, provoquant
une vague d’impulsion qui passa par-dessus le barrage et s’engouffra dans défilé. Cette
vague dévasta plusieurs villages, dont le gros bourg de Longarane, et fit environ 2000 morts.
C’est la plus grosse catastrophe récente impliquant un barrage en Europe. Sources : Tages
Anzeiger et (Paronuzzi et al., 2021).
dans un lac d’altitude et impliquant une masse m de neige, on peut être amené à réaliser des
expériences à petite échelle qui permettent de mesurer vitesse v et hauteur η en fonction
des caractéristiques de l’avalanche (u, m, etc.) et des conditions hydrauliques (θ, h0 , etc.)
(voir figure 2.2). L’expérience est d’autant plus longue à réaliser qu’il existe de variables
dont dépendent les caractéristiques de la vague d’impulsion. Deux questions se posent
alors :
– Comment passer des mesures en laboratoire aux valeurs représentant ce qui passe
en grandeur un ?
– Si on tient compte de toutes les variables du problème, il faudrait réaliser un grand
nombre d’expériences. Existe-t-il un moyen de déterminer le degré de liberté du
problème en connaissant le nombre total de variables du problème ?
(a)
(b)
Figure 2.2 – (a) Vague d’impulsion créée dans le laboratoire du LHE en laissant glisser
une masse granulaire composée de billes en argile expansée. Avec une caméra à grande
cadence de prise d’images, on peut suivre le mouvement des particules et la formation de
la vague d’impulsion. (b) Schéma de principe.
mation similaire. En bref, si par simple translation, rotation, et étirement, toutes les courbes
peuvent être ramenées à une seule courbe maîtresse, alors le phénomène est auto-similaire.
Pour bien comprendre cette notion d’invariance, on peut se servir des connaissances
acquises en géométrie. Par exemple, des triangles sont dits similaires géométriquement si
32 Chapitre 2 Similitude
a′ b′ c′
λ= = = ,
a b c
avec λ le rapport de similitude, le facteur d’échelle, ou l’échelle. On parle de transformation
isomorphe quand on transforme un triangle en un autre par élongation de ses côtés d’un
facteur identique λ.
Il est possible de généraliser cette notion en considérant des rapports de longueur
différents selon les axes du plan. Ainsi, une transformation affine conserve les rapports de
longueur, avec des rapports différents selon les axes (voir figure 2.3)
a′ b′
λx = et λy = ,
a b
avec λx et λy les rapports selon l’horizontale et la verticale. Lors d’une transformation
affine, on note que
– certaines quantités sont conservées. On parle d’invariant. Par exemple le rapport
de la surface S et du produit des demis axes :
S S′
s= = ′ ′ = π.
ab ab
– d’autres quantités ne le sont pas. Par exemple le périmètre n’est pas invariant
Z π/2 p
P =4 a2 cos2 θ + b2 sin2 θdθ
0
Figure 2.3 – (a) Transformation isomorphe de triangles. (b) transformation affine d’une
ellipse.
simplement la relation qui lie cette grandeur à l’échelle ou bien aux rapports de change-
ment d’échelle. Par exemple, dans le cas de la transformation cercle (rayon a = b) en ellipse
(de demis grand et petit axes a et b) par une transformation affine (avec deux degrés de
liberté λx et λy ), on trouve que le périmètre de l’ellipse vaut
Z π/2 p Z π/2 q
P′ = 4 a′2 cos2 θ + b′2 sin2 θdθ = 4 a2 λ2x cos2 θ + a2 λ2y sin2 θdθ.
0 0
avec E une fonction spéciale dite intégrale elliptique complète. Le périmètre P ′ est donc
proportionnel à P via un coefficient f qui dépend des deux paramètres d’échelle λx et λy .
Dans ce cas-ci, il n’est pas possible de relier simplement par un simple argument dimen-
sionnel la grandeur (périmètre) aux échelles de transformation.
Quelques rappels :
– les unités sont en caractère roman et non en italique : 12 m et non 12m ;
– les unités sont séparées par un espace du nombre qui les précède : 12 m et non 12m ;
– les noms propres qui ont servi à fabriquer des unités deviennent des noms ordinaires
et s’accordent en conséquence. Il faut ainsi noter qu’il n’y a pas de majuscule pour
la première lettre du nom. La seule exception concerne les degrés : on écrit « degré
Celsius » et « degré Fahrenheit » ;
– on écrit 0 ℃ (0 degrés Celsius 3 ) et 273 K (273 kelvins) ;
3. Anders Celsius (1701–1744) est un savant suédois, professeur d’astronomie à l’université
d’Uppsala. Il est à l’origine d’une échelle relative des températures dont l’unité, le degré Celsius
(ºC), honore son nom. Il participa également à une expédition dirigée par l’astronome français
Pierre Louis Maupertuis dans la vallée de la Torne, dans le nord de la Suède (Laponie). L’objectif
était de mesurer la longueur d’un arc de méridien de 1º afin de savoir si la terre était aplatie ou
non au niveau des pôles ; il fut montré que, conformément aux prédictions de Newton, la terre était
bien un sphéroïde aplati.
2.3 Principaux nombres adimensionnels 35
– certains noms d’unité coïncident avec leur symbole ; c’est le cas du bar par exemple.
Dans ce cas-là, il est possible d’écrire 10 bar ou bien 10 bars selon que bar est pris
comme un symbole (invariable) ou un nom (à accorder en conséquence).
Dans la vie courante, on emploie souvent des unités différentes : le litre [ℓ, l, ou L] pour
les volumes, le bar [bar] pour la pression atmosphérique, etc. À noter que pour le litre
admet plusieurs symboles. Initialement, le symbole était la lettre « l » minuscule, mais
pour la plupart des polices de caractères, elle se distingue mal du chiffre 1. Aussi, on lui
substitue souvent la lettre L majuscule ou la lettre ℓ rond. Certaines unités qui n’appartient
pas au système international restent d’un emploi courant. Par exemple, pour la quantité
d’énergie absorbée ou dépensée par des êtres vivants, on parle plus souvent en calories
(symbole cal) qu’en joules. Initialement, la calorie a été introduite comme la quantité de
chaleur qu’il faut apporter pour élever de 1 ℃ la température d’un gramme d’eau. Toutefois,
cette définition est peu rigoureuse car la quantité de chaleur nécessaire dépend en fait de
la pression et de la température initiale de l’eau. Aujourd’hui, il est courant d’employer la
définition suivante
1 cal = 4,184 joules.
On considère que la ration alimentaire d’un homme sédentaire de 70 kg est voisine de 2800
kcal (11,7 kJ) s’il veut couvrir ses besoins journaliers. Pour les unités de puissance, prin-
cipalement des véhicules automobiles, on parle souvent en chevaux-vapeur (CV) 4 , dont
l’origine remonte au xixe siècle quand les machines à vapeur ont commencé à être substi-
tuées aux chevaux pour la traction des véhicules. Le taux de conversion est :
1 CV = 736 W.
On peut utiliser un petit moyen mnémotechnique pour décomposer une unité phy-
sique quelconque en unités fondamentales. Prenons l’exemple du joule ; le joule sert comme
unité pour l’énergie et le travail. Le travail d’une force, c’est une force multipliée par une
distance, donc on a :
le rapport des forces d’inertie sur les forces de viscosité. Il sert notamment à classer
le régime d’écoulement en distinguant les écoulements laminaires (Re ≪ 1) et les
écoulements turbulents (Re ≫ 1). Si on introduit ν la viscosité cinématique du
fluide (ν = µ/ϱf avec ϱf la masse volumique du fluide), alors on a aussi : Re =
uℓ/ν ;
– le nombre de Stokes
tp
St = ,
tf
avec tp le temps de relaxation de la particule (le temps typique de variation de la vi-
tesse quand on perturbe l’état d’équilibre de la particule) et le temps caractéristique
du fluide (l’échelle de temps sur laquelle le fluide s’ajuste à tout changement de la
particule). Ce nombre sert dans l’étude des écoulements biphasiques (par exemple,
une suspension de particules) à quantifier les effets biphasiques, c’est-à-dire le cou-
plage entre phases. Lorsque St ≪ 1, la phase solide est entièrement gouvernée par
la phase fluide tandis que pour St ≫ 1, les deux phases sont découplées. Notons
que dans bien des problèmes d’intérêt pratique (sédimentation de particules par
exemple), le nombre de Stokes est trouvé être proportionnel au nombre de Reynolds.
Par exemple, pour une particule de rayon a, de masse m et de masse volumique ϱp ,
sédimentant à la vitesse us dans un fluide newtonien au repos, on a tf = a/us et
tp = mus /Fv , où Fv = 6πaµus est la force de frottement visqueux. On aboutit
alors à :
2 ϱp us a 2 ϱp
St = = Re ;
9 ϱf ν 9 ϱf
– le nombre de Froude
u
Fr = √ , (2.2)
gh
avec h une échelle de hauteur, u une échelle de vitesse, g l’accélération de la gravité.
Le nombre de Froude est le plus souvent interprété comme le rapport de l’énergie
cinétique sur l’énergie potentielle. Il sert notamment en hydraulique à classer le
régime d’écoulement en distinguant les écoulements supercritiques (Fr > 1) et les
écoulements subcritiques (Fr < 1) ;
– le nombre de Mach
u
M= ,
c
p
avec u une échelle de vitesse et c = dp/dϱ la célérité du son (ou célérité des ondes
dans l’air). Le nombre de Mach sert en aérodynamique à évaluer la compressibilité
de l’air. On distingue ainsi les écoulements supersoniques (M > 1) et subsoniques
(M < 1) ;
– le nombre de Péclet
uℓ
Pe = ,
D
où ℓ est une échelle caractéristique du système étudié (taille de la particule ou
libre parcours moyen), u une échelle de vitesse, et D un coefficient de diffusion.
Le nombre de Péclet sert en rhéologie et dans l’étude de la diffusion à évaluer l’ef-
fet respectif de la convection et de la diffusion. Lorsque Pe ≫ 1, la convection
l’emporte sur la diffusion. Les particules sont donc transportées (advectées) par le
fluide. Dans le cas contraire, lorsque Pe ≪ 1, la diffusion l’emporte sur la convec-
tion. En diffusion turbulente ou bien thermique, on emploie le nombre de Schmidt
et le nombre de Prandtl ;
2.3 Principaux nombres adimensionnels 37
ϱuℓ u ℓ2 tturb.
Re = = = ,
µ ℓ ν tec.
avec tec. = ℓ/u le temps de relaxation de la particule ou de la structure turbulente (temps
représentatif mis par la particule pour parcourir une distance égale à son diamètre) et
tturb. = ℓ2 /ν un temps caractéristique de diffusion de la turbulence. Toujours avec le
nombre de Reynolds, on peut montrer qu’il s’agit aussi d’un rapport de longueurs caracté-
ristiques :
ϱuℓ u ℓpart.
Re = =ℓ = ,
µ ν ℓturb.
avec ℓpart. = ℓ la longueur caractéristique de la particule et ℓturb. = ν/u la taille caracté-
ristique des tourbillons de la turbulence.
38 Chapitre 2 Similitude
T ∝ ℓa mb g c ,
p
Si l’on résout l’équation du mouvement pour un pendule, on trouve T = 2π ℓ/g, ce qui
est cohérent avec le résultat trouvé ci-dessus. En effet, l’équation du mouvement s’obtient
à partir de la conservation de l’énergie
1
mu2 + mgz = cste,
2
avec u = ℓθ̇, et z = ℓ(1 − cos θ), θ̇ = dθ/dt. En différentiant par rapport au temps et
simplifiant par m et θ̇, on trouve :
d2 θ g
= − sin θ.
dt 2 ℓ
L’adimensionalisation de l’équation du mouvement permet de passer d’une équation di-
mensionnelle
d2 θ g
= − sin θ
dt 2 ℓ
à une équation sans dimension physique et donc invariante :
d2 θ gT 2
= −Π sin θ avec θ(0) = θ 0 , θ̇(0) = 0, et Π = ,
dt̂2 ℓ
et où l’on a introduit le temps adimensionnel : t̂ = t/T . Le paramètre Π est une constante
qui ne peut dépendre ici que de θ0 . Posons Π = f 2 (θ0 ), ce qui montre que :
s
ℓ
T = f (θ0 ).
g
Dans la limite θ ≪ 1, on peut trouver une solution approchée en posant sin θ ∼ θ, soit
d2 θ
= −Πθ avec θ(0) = θ0 , et θ̇(0) = 0,
dt̂2
soit encore :
√
√ t t
θ = θ0 cos Πt̂ = θ0 cos Π = θ0 cos f (θ0 ) ,
T T
40 Chapitre 2 Similitude
f (θ0 ) = 2π quand θ → 0,
et s
ℓ
T0 = lim T = 2π .
θ0 →0 g
L’expression analytique exacte de la période d’oscillation est trouvée être
s
T 2 θ0 ℓ
= K sin avec T0 = 2π ,
T0 π 2 g
avec K une fonction spéciale dite intégrale elliptique complète de première espèce. On re-
trouve que lorsque θ0 → 0, alors la période T tend vers T0 (voir figure 2.6).
1.12
1.10
1.08
1.06
1.04
1.02
1.00
Φ(a1 , a2 , . . . , an ) = 0,
ou bien explicite
a1 = ϕ(a2 , a3 , · · · , an ),
ces variables sont définies dans un système de m mesures faisant appel à p unités fonda-
mentales Di (en général, p = 3 avec comme unités fondamentales : le mètre, la seconde,
le kilogramme). Chaque variable aj est dimensionnellement homogène à un produit de
monômes des unités de base
α β γ
[aj ] = D1 j D2 j . . . Dp j .
2.4 Théorème de Vaschy–Buckingham 41
[a1 ] = M α1 Lβ1 T γ1 ,
[a2 ] = M α2 Lβ2 T γ2 ,
.. ..
.=.
[an ] = M αn Lβn T γn ,
La question qui se pose est : si ces nombres sans dimension existent, de combien en a-t-on
besoin pour représenter la solution du problème ?
Énoncé
Π1 = ψ(Π2 , Π3 , · · · , Πk ).
6. Aimé Vaschy (1857–1899) naquit à Thônes, juste en face de Lausanne. Ingénieur polytechni-
cien, il s’intéressa principalement à la transmission télégraphique. Il avait d’autres marottes telles
que la physique ou l’histoire de la Savoie. Il publia son article sur la similitude en physique en
1892. L’article resta inaperçu pendant presque 20 ans. Les physiciens russe et américain Dimitri
Riabouchinsky et Edgar Buckingham redécouvrirent les résultats au début des années 1910 (Vaschy,
1892; Buckingham, 1914; Macagno, 1971).
7. Rappel : en algèbre linéaire, le rang d’une matrice est le nombre maximal de vecteurs lignes
(ou colonnes) linéairement indépendants ; c’est aussi la dimension du sous-espace vectoriel engen-
dré par les vecteurs lignes (ou colonnes).
42 Chapitre 2 Similitude
est différent de 0 et le rang de cette matrice est r, alors il existe n−r solutions linéairement
indépendantes. ⊓ ⊔
Mise en œuvre
dup
mp = mp g + F ,
dt
2.4 Théorème de Vaschy–Buckingham 43
avec mp la masse la particule et up sa vitesse. Les conditions aux limites sont de plus :
uf = up + ω × r sur la surface S de la particule, avec ω la vitesse de rotation de la
particule donnée par l’équation de conservation du moment cinétique :
Z
dω
Jp = r × (Σn)dS.
dt S
variable F u ϱ µ r
unité (SI) kg m s−2 m s−1 kg m−3 kg m−1 s−1 m
exposant a b c d e
soit encore en se servant des unités des variables (voir tableau ci-dessus) :
a + c + d = 0,
a + b − 3c − d + e = 0,
−2a − b − d = 0.
On a 3 équations pour 5 inconnues ; on ne peut donc en déterminer que 3 et les 2 inconnues
restantes doivent être considérées comme des variables libres (ou ajustables). Prenons par
exemple a et d comme variables libres 8 et déterminons les autres paramètres b, c, et e. On
trouve :
b = −(2a + d), c = −(a + d), e = b = −(2a + d).
Une implication de cette analyse est également que la relation générale ψ(F, u, ϱ, µ, r) = 0
de dimension 5 peut en fait se réduire à une relation de dimension 2 (puisqu’on n’a que
2 variables libres a et d) que l’on note génériquement sous la forme ψ(Π1 , Π2 ) = 0. Les
nombres Π1 et Π2 sont des nombres sans dimension ; on a une infinité de choix selon la
valeur de a et d, mais deux critères doivent nous aider dans ce choix :
– trouver des nombres avec une signification physique ;
– trouver des nombres indépendants 9 .
Pour Π1 , considérons par exemple a = 1 et d = 0, on a alors b = −2, c = −1, e = −2,
soit :
F
Π1 = 2 2 .
ϱr u
Pour Π2 , considérons par exemple a = 0 et d = 1 (on est sûr que les nombres sont
indépendants), on a alors b = −1, c = −1, e = −1, soit :
µ 1
Π2 = =2 .
ϱru Re
On a reconnu le nombre de Reynolds particulaire Re = (2r)u/ν avec ν = µ/ϱ la viscosité
cinématique.
Toute fonction de Π1 et/ou Π2 peut être utilisée pour définir des nombres sans dimen-
sion. Ainsi, arbitrairement du point de vue mathématique (mais cela a un sens physique),
on définit les nombres sans dimension utiles pour notre problème :
F 2ϱru
Π1 = 2 2
et Π2 = Re = .
πϱr u µ
Attention, la forme exacte de toute formule liant Π1 et Π2 dépend de la définition précise de
8. Ce choix n’est justifié ici que par notre désir de disposer de deux nombres sans dimension,
l’un relatif à la force de traînée, l’autre à la viscosité.
9. Si (a, d) représente les coordonnées d’un vecteur de dimension 2, alors on doit choisir des
vecteurs non colinéaires. Par exemple le choix (a, d)=(0, 1) et (a, d)=(1, 0) est correct ; le choix (a,
d)=(0, 1) et (a, d)=(0, 2) est incorrect.
2.4 Théorème de Vaschy–Buckingham 45
ces nombres ; il convient tout de vérifier à chaque fois comment ils sont définis (il n’est pas
ainsi rare que l’on définisse Cd comme Cd = F /(ϱr2 u2 ) sans facteur 12 au dénominateur).
La relation recherchée doit nécessairement s’écrire sous la forme :
ψ(Π1 , Π2 ) = 0,
ou encore
F
1 2 2
= ϕ(Re).
2 πϱr u
On appelle ϕ le coefficient de traînée et on le note le plus souvent Cd ; F est la force de
traînée 10 . On montre théoriquement en résolvant les équations de Navier–Stokes dans le
cas Re ≪ 1 (c’est-à-dire lorsque les termes inertiels sont négligeables 11 ) :
F 24
= ϕ(Re) = quand Re → 0.
1 2 2
2 πϱr u
Re
Cette relation est appelée loi de Stokes et elle est utile par exemple pour calculer une vitesse
de sédimentation de particules fines (il faut que Re ≪ 1). Mise sous forme dimensionnelle,
on tire :
F = 6πµru.
À grand nombre de Reynolds (Re ≫ 1), les expériences montrent que :
F
Cd = 1 2 2
= ϕ(Re) ≈ 0,4 − 0,5 quand Re → ∞.
2 πϱr u
loi de Stokes
24
Cd =
Re
Cd
Re
Ces résultats ne sont valables que pour des particules sphériques. Dès que la forme
change, le coefficient de traînée change. Il faut souvent plus de paramètres pour décrire ce
coefficient. La figure 2.9 montre le fort sillage créé par une plaque et un prisme. Ce sillage
augmente notablement la force de traînée.
10. Il existe d’autres types de forme d’interactions entre un fluide et une particule.
11. On verra que les équations de Navier–Stokes s’appellent « équations de Stokes » dans ce
cas-là.
46 Chapitre 2 Similitude
Figure 2.9 – Visualisation d’un écoulement d’air autour d’un obstacle par le photographe
Étienne Jules Marey (1902).
Figure 2.10 – Extrait des séries de photographies d’une explosion atomique par Mack.
D’après Taylor, l’effet premier d’une explosion atomique est l’onde de pression précé-
dant la boule de feu (voir figure 2.10) et dont l’ordre de grandeur est de plusieurs centaines
2.4 Théorème de Vaschy–Buckingham 47
rf
150
100
70
50
30
20
15
t
0.0001 0.00050.001 0.005 0.01 0.05
√
On aboutit donc à la loi de Chézy (avec ici un coefficient de Chézy C ∝ g) et non celle
de Manning-Strickler. Quel(s) paramètre(s) manquerai(en)t pour que l’on retombe sur la
loi de Manning-Strickler ? La masse volumique ? La rugosité du lit ?
Il semble naturel de considérer que la rugosité du lit est un paramètre clé du problème
car plus le lit est lisse, plus l’écoulement va vite. Introduisons donc ks [m] l’échelle de
rugosité. En refaisant l’analyse dimensionnelle du problème, on a maintenant n = 4 et
toujours r = √ 2 unités. On peut donc former 2 nombres sans dimension, par exemple :
Π1 = Fr = ū/ gh sin θ et Π2 = ks /h. Il existe une relation entre ces deux nombres de la
forme : p
Π1 = f (Π2 ) ⇒ ū = f (ks /h) gh sin θ.
Dans la plupart des cas, la hauteur d’eau est grande par rapport à la taille des rugosités du
lit, donc ks /h → 0 et on s’attend à ce que la fonction f (ks /h) tende vers une constante
(un peu comme pour l’exemple d’application no 1, où le coefficient de traînée tend vers
une constante quand Re → ∞). Ce type de comportement asymptotique est très classique
et s’appelle une similitude complète (Barenblatt, 1996).√Malheureusement ici on voit que
ce comportement nous ramène à la loi de Chézy : ū ∝ gh sin θ. Une autre possibilité est
que la fonction f se comporte comme une loi puissance
f (ζ) = αζ n ,
L’hypothèse de similitude incomplète est cohérente avec les données expérimentales (no-
−1/6
tamment K ∝ ks ) et une analyse phénoménologique de la dissipation turbulente dans
un canal rugueux (Gioia & Bombardelli, 2002).
souhaitez étudier la résultante des forces de frottement exercées par l’air sur la carrosserie
à l’aide des équations de Navier–Stokes. Pour simplifier le problème, vous devez introduire
les ordres de grandeur des variables du problème (vitesse, longueur de la voiture, etc.). Ces
ordres de grandeur s’appellent des échelles ou facteurs d’échelle. Par exemple, pour un
x
|{z} = L∗ × X
|{z} ,
|{z}
variable dimensionnelle facteur d’échelle variable sans dimension
où le caractère majuscule X désigne une variable sans dimension d’espace (X n’a pas de
dimension physique) et si l’ordre de grandeur a été correctement fixé pour L∗ , alors on a
X qui doit être compris entre 0 et 1 ou bien proche de 1. On écrit que X = O(1), ce qui
veut dire que X est de l’ordre de 1. Grâce à ce changement de variable, l’unité physique et
l’ordre de grandeur sont portés par l’échelle L∗ tandis que X ne représente que la variation
relative de x. Si l’on fait cela avec les autres variables, on peut alors comparer membre à
membre les termes des équations même si ceux-ci sont relatifs à des processus physiques
différents.
p
avec ω = k/m. Pour f < ω, on obtient
p
p sin 1
f 2 − ω2t
1 2
x(t) = e−f t ℓ cos f 2 − ω2t + f p ,
2 f 2 − ω2
1.0
0.5
0.0
-0.5
-1.0
0 5 10 15 20
Figure 2.13 – Oscillation d’un ressort amorti. Les solutions au problème correspondant à
Π = 12 , Π = 2, et Π = 10 sont reportées. Les traits discontinus représentent les solutions
asymptotiques X = 1 pour Π → ∞ et X = cos t pour Π → 0.
2.6.1 Généralités
En ingénierie on utilise souvent des modèles réduits présentant la même forme que
le modèle en grandeur réelle (similitude géométrique) et on recherche des matériaux et
des conditions d’écoulement en laboratoire pour créer des écoulement en similitude (dy-
namique). La figure 2.14 montre l’exemple d’une étude menée par le bureau de consultants
Sogreah (devenu Artelia) pour établir l’impact des ouvrages et des travaux de correction
dans la gestion des sédiments de la baie du mont Saint-Michel en France.
La similitude du modèle réduit avec le phénomène à étudier est assurée quand tous
les paramètres de similitude (c’est-à-dire les nombres sans dimension introduits lors de
l’analyse dimensionnelle, par exemple en utilisant le théorème Π) sont identiques aux deux
échelles.
Il n’est pas toujours possible de respecter strictement les critères de similitude. Cela
n’a pas les mêmes conséquences selon le problème en question :
– par exemple en aérodynamique, la similitude se fonde sur le nombre de Reynolds.
On observe que le coefficient de traînée Cd (Re) tend vers une constante quand
Re ≫ 1 (voir figure 2.8). La valeur exacte de Re n’est donc pas très importante ;
– dans d’autre cas, cela a des répercussions. En sédimentologie, la force de traînée est
en Re−1 , donc la vitesse peut être très sensible au nombre de Reynolds !
Dans certains cas, il est possible de contourner la difficulté en modifiant le rapport de simi-
litude géométrique. On parle de distorsion géométrique par exemple quand, pour modéliser
une rivière, on emploie une échelle de largeur différente de l’échelle de longueur. On parle
de similitude incomplète quand seuls quelques-uns des critères sont satisfaits. C’est souvent
le cas en transport solide où il est difficile de satisfaire la similitude dynamique (nombre
52 Chapitre 2 Similitude
Une fois connu le rapport de réduction, c’est-à-dire le rapport (h2 /h1 ) entre le modèle
réduit et la réalité, on peut en principe déterminer les relations existant entre paramètres
du problème. Cela n’est pas sans poser des problèmes pratiques.
Par exemple, considérons que pour modéliser un écoulement d’eau dans un canal, on
réalise des essais sur un canal à échelle réduite (facteur 1/10) ; on souhaite employer de
l’eau comme fluide pour le modèle réduit, comme c’est le cas dans la réalité (donc ν1 = ν2 ).
2.6 Similitude en ingénierie 53
ū2 h1
= ,
ū1 h2
tandis que l’égalité des nombres de Froude nécessite de prendre
r
ū2 h2
= .
ū1 h1
On voit immédiatement qu’il n’est possible de vérifier simultanément les deux égalités ci-
dessus… Il conviendrait donc de prendre un fluide avec une viscosité différente pour le
modèle réduit. On tire alors de l’égalité des nombres de Froude et de Reynolds la relation
entre les viscosités : 3/2
h1
ν1 = ν2 ,
h2
Donc avec un rapport de réduction h1 /h2 = 1/10, on devrait prendre une viscosité ci-
nématique 1000 fois inférieure à celle de l’eau, soit 10−6 m2 /s… ce qui est très difficile
à faire ! En pratique, on s’en tire en ne se fondant que sur une similitude dynamique ba-
sée sur le nombre de Froude et on tolère le non-respect du nombre de Reynolds ; en effet,
pour certains problèmes de turbulence, les processus (le coefficient de traînée par exemple)
tendent vers une limite aux très grands nombres de Reynolds, ce qui fait que le non-respect
du nombre de Reynolds n’entraîne pas d’erreur significative. Il convient toutefois d’être
toujours prudent avec ce type d’argument.
♣ Exemple. – Par exemple, supposons que l’on mesure dans un canal incliné à une
pente tan θ la vitesse moyenne d’écoulement ū en fonction de sa hauteur en régime perma-
nent uniforme. On obtient alors des courbes comme celles montrées sur la figure 2.15(a).
On note que toutes ces courbes ont sensiblement la même allure quelle que soit la pente
du canal. On se demande alors comment transformer les variables pour que les courbes se
superposent sur une courbe maîtresse. L’idée est :
– de rechercher des corrélations de la forme ū = K sinn θhp (avec n et p des exposants
à déterminer et K un facteur de proportionnalité). Cela se fait assez simplement
avec des programmes comme Mathematica ou Matlab ;
– si l’on reporte sur un graphique K = ū sin−n θh−p , tous les points expérimentaux
doivent (si la corrélation est bonne) tomber sur une même courbe ;
– en général, pour ce type de problèmes expérimentaux, ce qu’on cherche à détermi-
ner si une loi de frottement de la forme τb = f (ū, h), où τb est la contrainte au fond
54 Chapitre 2 Similitude
du canal. On sait que la contrainte au fond est définie par τb = ρgh sin θ ; on déduit
donc la relation entre τb et le couple (ū, h) en notant que d’après la corrélation
établie ci-dessus : sin θ = (ū/K/hp )1/n , donc
Donc si l’on trace J = h1−p/n ū1/n en fonction de τb , on doit observer que tous les
points de mesure tombent sur une courbe maîtresse.
Dans l’exemple de la figure 2.15, on trouve que p = 1,427 et n = 5,789 ; on pose donc
(pour simplifier) n = 6 et p = 3/2. Comme le montre la figure 2.15(b) où l’on a tracé
J = h1−p/n ū1/n = h3/4 ū1/6 , les points expérimentaux sont bien sur une même courbe.
◇
0.30
(a) ○○ △
○ □□ △△ ◇
♡× × ×
0.25 △◇ ◇ ○
○ □ ♡ ♡♡♡ ×
◇
○ □ ♡♡ ×
× + ++
+
0.20 △
△ ◇ ○ □ ♡ × × +
+
△ ◇ □ ♡ ×
♡ × + +
◇ ×
0.15 △ ○ □□ ♡× × +
+
△ ◇○ □ ♡ ++
0.10 △ ◇ □ ♡ × ++
○ ××♡ ♡ × +
△ ◇ □♡□♡ +
0.05 ◇□□ × +
×× +
0.00
0.002 0.004 0.006 0.008 0.010 0.012
0.030
(b) +
+ ++
0.025 × ×++
×♡+
× ♡♡♡
□+
♡
×
♡+
○
♡
+×
□
0.020
○+
◇
□○
+♡○□
×
+
□
○
△○◇♡
××
+ △
0.015 ×
◇
□+♡△◇
♡×□
+□ ◇○△
×△
◇
△
◇
□♡ ♡
◇
0.010 ×
+×△♡○
□○
◇
△
+
□
♡♡×
○△◇
□
×
□
△□× ◇△
0.005
◇
0.000
0.02 0.03 0.04 0.05 0.06
Figure 2.15 – (a) Vitesse d’un écoulement granulaire en fonction de la hauteur dans un
canal incliné de θ. (b) courbe maîtresse J = J(τp ). Données tirées de mesures en canal
granulaire (Pouliquen, 1999).
CHAPITRE 3
Statique des fluides
A
l’Échelle moléculaire, on a vu qu’un fluide au repos est composé de molécules
qui, si leur vitesse moyenne ū est nulle, sont quand même animées d’une vitesse
aléatoire v résultant des interactions entre elles (collisions, répulsions de Van
der Waals, etc.). Pour comprendre la notion de pression au sein d’un fluide au repos, il faut
examiner de plus près le comportement des molécules qui composent ce fluide (voir 3.1).
Figure 3.1 – La pression contre une paroi reflète à l’échelle macroscopique la multitude
de chocs entre molécules et paroi à l’échelle microscopique.
La vitesse des particules est fluctuante au gré des interactions et elle est d’autant plus
grande que la température est grande. En fait, du point de vue thermodynamique, la tem-
pérature n’est qu’une mesure de cette agitation moléculaire. Lorsqu’on place une paroi
solide (voir figure 3.2), les molécules vont entrer en collision avec cette paroi et donc, si on
moyenne au cours du temps ces différentes impulsions, il en résulte une force moyenne
dite force de pression.
Ainsi, on montre que pour un gaz dilué la pression est définie comme :
1
p = nmv 2 ,
3
55
56 Chapitre 3 Statique des fluides
Figure 3.2 – Pression contre une paroi. Pour mesurer la force de pression exercée par un
fluide sur une paroi S (de surface S), il faut utiliser la normale n orientée de l’intérieur
vers l’extérieur (donc en direction du fluide) : F = −p Sn.
F = p Sn, (3.1)
avec n la normale à la surface solide, orientée vers l’intérieur du volume fluide (voir figure
3.2) et S la surface de la paroi. Le principe d’action et de réaction impose que la force
exercée par la surface sur le fluide est (attention au signe selon la convention employée) :
F = −p Sn. (3.2)
L’unité de pression est le pascal [Pa]. Attention : par la suite, on introduira des « facettes »
c’est-à-dire des surfaces infinitésimales réelles ou virtuelles. Pour ces facettes, la normale
sera, par convention en mécanique, orientée de l’intérieur (de la facette) vers l’extérieur
(en direction du fluide), donc le contraire de ce qui est indiqué ici à la figure 3.2. Il s’agit
juste d’une convention ; l’important est de se souvenir que l’action de la pression est de
pousser (comprimer), pas de tracter.
Figure 3.3 – Pression au sein d’un fluide. Pour mesurer la force de pression exercée au sein
d’un fluide, il faut imaginer une surface virtuelle S (d’aire S), dont la normale n est orientée
de l’intérieur vers l’extérieur (donc en une direction ou l’autre du fluide) : F = −p Sn.
On peut généraliser cette notion en remplaçant la paroi solide par une surface virtuelle
(voir figure 3.3). La pression est alors le flux de quantité de mouvement fluctuante transpor-
tée par les molécules franchissant la surface S. Lorsqu’un fluide est au repos sous l’action
3.2 Loi de l’hydrostatique 57
de la gravité, les molécules situées à une tranche d’altitude z doivent supporter le poids de
la colonne au-dessus pour maintenir l’équilibre. La pression est donc d’autant plus forte
qu’on a beaucoup de fluide au-dessus de soi. Une propriété remarquable de la pression est
qu’elle est nécessairement isotrope, c’est-à-dire quelle que soit la facette considérée d’un
volume de contrôle infinitésimal, la pression est la même. En effet, compte tenu de l’ori-
gine de la pression à l’échelle moléculaire, l’isotropie des fluctuations de vitesses entraîne
l’isotropie de la force résultante de pression.
Il y a équilibre si la somme des forces projetées sur l’axe z est nulle. La différence
de pression doit donc contrebalancer exactement l’action de la pesanteur (la somme des
forces appliquées au volume de contrôle doit être nulle) :
C’est la loi de Pascal 1 ou loi de statique des fluides. Cette loi se généralise à des repères
quelconques :
−∇p + ϱg = 0. (3.4)
Dans un fluide au repos, le gradient de pression contrebalance l’effet de la pesanteur.
Lorsque la masse volumique du fluide est constante, on peut intégrer très simplement
l’équation de Pascal. Ainsi la différence de pression ∆p entre deux points distants vertica-
lement d’une distance h est
∆p = ϱgh.
Cette relation n’est évidemment pas valable si le fluide est compressible. La pression dans
un fluide homogène ne dépend donc que de la différence de hauteur et de la masse volu-
mique ; elle est notamment indépendante de la taille ou de la forme du récipient recueillant
le fluide. Cela a des conséquences importantes :
– pour une altitude donnée la pression est la même ;
– la surface libre d’un fluide est plane (sauf si la tension de surface joue un rôle).
Figure 3.5 – La pression au sein d’un fluide est indépendante de la forme du récipient. La
pression en tout point situé à une distance h de la surface libre est p = ϱgh.
avec n normale à la surface élémentaire dS, orientée de l’intérieur vers l’extérieur (ici
l’intérieur signifie l’intérieur de la paroi ; l’extérieur indique le fluide). Le calcul de la force
se fait en plusieurs étapes :
1. calculer la pression ;
2. Archimède de Syracuse (287–212 avant Jésus-Christ) est l’archétype du grand savant de l’An-
tiquité, à la fois physicien, mathématicien, et ingénieur. Il vécut en Sicile à l’époque où Rome com-
mençait à prendre une place croissante en Méditerranée. On lui doit de nombreuses avancées en
géométrie, en mécanique (principe d’Archimède, bras de levier), et en ingénierie (vis sans fin).
60 Chapitre 3 Statique des fluides
2. identifier les surfaces où la pression p est constante (en général, surface à altitude
constante) ;
3. déterminer la surface infinitésimale dS compte tenu de la géométrie de la surface
S (voir complément de cours) ;
4. calculer les composantes de n (on vérifie s’il n’y a pas un axe privilégié de projection
de la résultante des forces) ;
R
5. on intègre F = S (−pn)dS.
♣ Exemple. – Considérons un barrage rempli d’eau, avec une hauteur h et une largeur
ℓ (voir figure 3.7). On veut calculer la force totale de pression F (par unité de largeur) qui
s’exerce sur le mur du barrage.
avec r = zez En résumé, on trouve que la distribution de pression est linéaire (distribution
hydrostatique). Comme M = F h/3, le point d’application de la force est situé au tiers de
la hauteur du barrage (depuis O).
3.3 Mesure de la pression 61
Figure 3.8 – Surface infinitésimale pour le calcul de la résultante des forces de pression.
Figure 3.9 – Principe d’un baromètre. Un tube trempe dans un bain de mercure de masse
volumique ϱm = 13 546 kg/m3 . Si la pression atmosphérique augmente, le mercure re-
monte dans le tube (ce dernier ne contient que du mercure liquide et un gaz constitué
de vapeur de mercure dont la pression est négligeable). La pression atmosphérique est
obtenue en mesurant la hauteur de la colonne de mercure : Patm = ϱm gh. La pression at-
mosphérique standard (au niveau de la mer) est 1 atm, soit très précisément 1,0133 × 105
Pa ou bien 1,0133 bar, soit 762 mm de mercure (760 mm à 0℃).
CHAPITRE 4
Équations de bilan
O
n va chercher à exprimer les principes de conservation (masse, quantité de mou-
vement, énergie) pour des systèmes fluides. On va voir qu’il existe une multi-
tude de représentations possibles du même principe :
Cette multitude est au début perçue par l’étudiant comme une complexité supplé-
mentaire de la mécanique des fluides, mais à l’usage, elle s’avère fort pratique
car cela permet une meilleure compréhension physique et une résolution plus
simple des problèmes.
– la masse se conserve ;
– la variation de quantité de mouvement (masse × vitesse) est égale à la somme des
forces appliquées 1 ;
– l’énergie totale se conserve : c’est le premier principe de la thermodynamique.
63
64 Chapitre 4 Équations de bilan
Les volumes ouverts sont des ensembles de points contenus dans une enveloppe (la
surface de contrôle S) à travers laquelle ils peuvent échanger avec l’extérieur (le fluide
environnant ou bien une paroi) de l’énergie, de la matière, etc. Cette surface de contrôle
peut être fixée (c’est-à-dire elle ne varie pas au cours du temps) ou bien bouger à une vitesse
différente ou égale à celle du fluide ; sa forme peut également être constante (c’est-à-dire
indéformable) ou bien varier.
♣ Exemple. – Une fusée est un système ouvert puisqu’elle émet des gaz afin de se
propulser dans l’espace. ⊓
⊔
Par opposition, un volume matériel est un volume fermé qui n’échange pas avec l’exté-
rieur et qui contient le même ensemble fini de parcelles de fluide au cours du mouvement.
Il est donc astreint à épouser fidèlement le mouvement du fluide.
2. Cette idéalisation peut servir à étudier des problèmes réels, par exemple des pipelines,
lorsque la longueur est bien supérieure à la largeur d’écoulement.
4.1 Théorèmes de transport 65
Figure 4.1 – Volume de contrôle (en aplat bleu) dans une tuyère d’un réacteur. Le symbole
∂V est parfois employé pour désigner la surface de contrôle, c’est-à-dire l’enveloppe du
volume de contrôle V ; cette enveloppe comprend ici une paroi solide (trait noir) et une
surface fluide arbitraire (en hachuré). Le fluide entre avec une certaine vitesse ue et une
masse volumique ϱe . Il sort de la tuyère avec une vitesse us et une masse volumique ϱs .
problèmes quelconques en dimension 2 ou 3 ; tout ce qui a été dit pour la dimension 1 sera
extrapolé pour la dimension 2 ou 3.
Bases mathématiques
– formule de Leibniz :
Z Z b(t)
d b(t) ∂f (x, t) db da
f (x, t)dx = dx + f (b(t)) − f (a(t)) . (4.1)
dt a(t) a(t) ∂t dt dt
R
h Démonstration. Ce résultat se démontre simplement en introduisant F = f (x, t)dx
la primitive de f par intégration par rapport à x. On a ainsi :
Z b(t)
f (x, t)dx = F (b(t), t) − F (a(t), t).
a(t)
66 Chapitre 4 Équations de bilan
avec u la vitesse.
Figure 4.2 – Interpretation de la variation de f (x,t) sur un intervalle [a(t), b(t)] entre les
temps t et t + ∆t.
intégrale de
taux deRvariation de ∂f (x, t)
b = sur + flux de f en b − flux de f en a
M = a f (x, t)dx ∂t
[a, b]
Les frontières du domaine a(t) et b(t) bougent au cours du temps, et donc l’intégrale
de f perd le « volume 4 » incrémental
C’est le volume hachuré en bleu qui est compris entre a(t) et a(t + ∆t) = a(t) + a′ (t)∆t
sur la figure 4.2. L’intégrale M gagne le volume hachuré f (b, t)b′ (t)∆t en rouge (entre
b(t) et b(t + ∆t)). Dans le même temps, sur la partie de l’intervalle initial [a, b] qui n’a pas
bougé, la fonction f a évolué en sorte que l’intégrale de f a également varié de la quantité
∂f
(f (x, t + ∆t) − f (x, t)) × (b − a) ≈ × ∆t × (b − a).
∂t
Conservation de la masse
dM
= 0,
dt
or par définition on a :
Z Z b(t)
M= ϱ(x, t)dx = ϱ(x, t)dx
V a(t)
Théorème de Reynolds
De cette équation, on peut également montrer un théorème dit de Reynolds, qui per-
met d’intervertir les opérateurs intégration et dérivation temporelle lorsque l’intégrand
s’écrit sous la forme ϱf , avec f une fonction quelconque. Considérons en effet une quan-
tité macroscopique (c’est-à-dire définie sur le volume de contrôle) :
Z Z b
I(t) = ϱf (x, t)dx = ϱf (x, t)dx,
V a
68 Chapitre 4 Équations de bilan
avec a et b des bornes pouvant prendre des valeurs quelconques, et différentions la par
rapport à t :
Z Z b
dI d b ∂ϱf
= ϱ(x, t)f (x, t)dx = dx + ϱB f (b, t)uB − ϱA f (a, t)uA ,
dt dt a a ∂t
Z b
∂ϱf ∂ϱf u
= + dx,
a ∂t ∂x
Z b
∂ϱ ∂f ∂ϱu ∂f
= f +ϱ +f + ϱu dx.
a ∂t ∂t ∂x ∂x
En regroupant les termes en ϱ, puis en se servant de l’équation de continuité (4.2), on
transforme cette dernière équation :
Z b
dI ∂ϱu ∂f ∂ϱu ∂f
= −f +ϱ +f + ϱu dx,
dt a ∂x ∂t ∂x ∂x
Z b
∂f ∂f
= ϱ + ϱu dx,
a ∂t ∂x
Z b
df
= ϱ dx,
a dt
avec df /dt = ∂f /∂t + u∂f /∂x la dérivée matérielle (puisque f est une fonction de x et
t), ce qui permet d’aboutir à l’égalité suivante, appelée théorème de Reynolds :
Z Z b
d b d
ϱ(x, t)f (x, t)dx = ϱ(x, t) f (x, t)dx. (4.3)
dt a a dt
On prendra garde ici que le terme d/dt dans le membre de gauche porte sur une fonction
qui ne dépend que du temps t – c’est donc une dérivée classique 5 – alors que dans le
second membre, il porte sur une fonction à deux variables f (x, t), donc il signifie une
dérivée matérielle : df /dt = ∂f /∂t + u∂f /∂x.
pourtour du domaine (ici en dimension 1, ce pourtour se résume aux points A et B), alors
on a :
dQ
= ϱ̄gV + pA − pB ,
dt
avec pA et pB la pression exercée sur le volume de contrôle par le fluide environnant
R points A et B), V = b − a le volume de V, et ϱ̄ la masse volumique moyenne
(sur les
(ϱ̄ = V ϱdx/V ). On a donc d’après le théorème de Reynolds :
Z b Z b
dQ du ∂u ∂u
= ϱ dx = ϱ + ϱu = ϱ̄gV +pA −pB .
dt dt ∂t
a a |{z} | {z∂x}
accélération locale accélération convective
On peut transformer le membre de droite de telle sorte qu’il puisse être interprété comme
une intégrale :
Z b
∂p
ϱ̄gV + pA − pB = ϱg − dx,
a ∂x
d’où Z Z b
b
du ∂p
ϱ dx = ϱg − dx,
a dt a ∂x
ce qui impose que localement, on doive avoir :
du ∂u ∂u ∂p
ϱ =ϱ + ϱu = ϱg − . (4.4)
dt ∂t ∂x ∂x
Rappelons que cette formule n’est valable qu’en dimension 1 et en l’absence de frotte-
ment visqueux. Une telle équation de conservation de la quantité de mouvement couplée à
l’équation de continuité est appelée équation d’Euler ou bien équation du mouvement pour
les fluides parfaits (appelés encore fluides non visqueux). C’est la relation de la quantité de
mouvement la plus simple que l’on puisse imaginer et malgré sa simplicité, elle permet de
résoudre un grand nombre de cas concrets.
car la puissance des forces appliquées est égale au produit des forces et des
R vitesses au
point d’application. Ici, uG désigne la vitesse au centre de gravité (ϱ̄uG = V ϱudx/V ou
70 Chapitre 4 Équations de bilan
Lorsque que le volume de contrôle est matériel, on peut relier la vitesse de la surface
de contrôle à celle au sein du volume de contrôle en se servant du théorème de Green-
Ostrogradski. Dans ce cas, le théorème de transport peut également s’écrire sous la va-
riante suivante :
Z Z
d ∂f
f dV = + ∇ · (f u) dV. (4.8)
dt Vm Vm ∂t
Ce résultat est très important puisqu’il permet d’inclure tous les contributions sous la
même intégrale de volume. Ce théorème n’est pas vrai pour un volume de contrôle arbi-
traire.
Un corollaire important du théorème de transport est le « théorème de Reynolds » 6
qui s’applique à des fonctions f massiques, c’est-à-dire que l’on peut écrire sous la forme
ϱf , avec ϱ la masse volumique du fluide :
Z Z
d d
ϱf dV = ϱ f dV. (4.9)
dt V V dt
6. Osborne Reynolds (1842–1912) était un mécanicien britannique, dont le nom est asso-
cié au nombre sans dimension qui sert à départager les écoulements laminaires et turbulents.
Expérimentateur et théoricien, Reynolds a étudié les équations de Navier–Stokes et a proposé de
nombreux développements théoriques (théorie de la lubrification, décomposition des vitesses, et
moyenne des équations de Navier–Stokes).
72 Chapitre 4 Équations de bilan
Le problème est que cette expression est peu pratique puisqu’il n’existe aucun principe de
conservation qui s’applique à des volumes arbitraires. Pour contourner cela on considère
un volume matériel Vm qui coïncide avec le volume arbitraire au temps t : on a Sa = Sm
au temps t. Les relations (4.10) et (4.11) sont donc vraies à ce temps. Donc en retranchant
ces équations, on obtient :
Z Z Z
d d
f dV − f dV = f (u − w) · ndS. (4.12)
dt Vm dt Va Sa
tandis que l’équation (4.12) dit que pour le volume matériel Vm coïncidant avec Va au
temps t, on a Z Z Z
d ∂f
f dV = dV + f u · ndS, (4.14)
dt Vm Va ∂t Sa
qui ne difère pas de l’équation (4.10) dans la structure générale de l’équation, mais en
difère quant à sa dérivation et signification.
Soulignons une fois encore que le problème principal est que les principes de conser-
vation de la masse et de la quantité de mouvement ne sont valables que pour des volumes
matériels. L’application à des volumes de contrôle arbitraires en dehors des volumes fixes
demande de la vigilance.
4.1 Théorèmes de transport 73
∂u ∂v
∇·u= + = 0,
∂x ∂y
et en dimension 3
∂u ∂v ∂w
∇·u= + + = 0,
∂x ∂y ∂z
avec u = (u, v, w) le champ de vitesse.
Figure 4.3 – Tuyère avec rétrécissement de section avec passage d’un diamètre De à un
diamètre Ds . (a) Schéma de principe et notation. Le fluide entre dans le volume de contrôle
(en bleu) par la section d’entrée Ae et en sort par la section de sortie As . Les vitesses
d’entrée et de sortie sont notées ue et us , respectivement, et sont supposées uniformément
constantes pour chacune des deux sections. Les masses volumiques du fluide à l’entrée et
à la sortie sont notées ϱe et ϱs . (b) Volume de contrôle V avec normale n orientée de
l’intérieur vers l’extérieur. La surface de contrôle S enveloppant le volume V peut être
décomposée en trois surfaces : surface d’entrée Ae , surface latérale Al , et surface de sortie
As (S = Ae + Al + As ).
Comme par ailleurs, on a la relation (4.13) pour un volume fixe, on peut aussi écrire :
Z Z
d
ϱdV + ϱu · ndS = 0,
dt V Ae +As
(Contrairement au volume matériel pour lequel la masse se conserve, la masse d’un vo-
lume arbitraire peut varier au cours du temps). Compte tenu du sens de l’écoulement et
de l’orientation de la normale n, on peut aussi écrire :
dM
= ϱe Ae ue − ϱs As us .
dt
La variation de masse M reflète la différence entre flux massique entrant ϱe Ae ue et sortant
ϱs As us .
Un cas particulier important est le cas où l’écoulement est permanent. Il n’y alors
aucune variation de masse dans le volume fixe V :
ϱe Ae ue = ϱs As us .
4.1 Théorèmes de transport 75
Attention dans ces deux équations, le terme uu représente un tenseur d’ordre 2 (voir
complément de cours, § 1.1). Cette formulation a l’avantage de présenter le terme d’ad-
vection convective comme étant similaire au divergence d’un champ de contraintes, ce
qui sera utile au chap. 6 pour expliquer pourquoi les fluctuations turbulentes de vitesse
impliquent une plus grande dissipation d’énergie.
Les forces appliquées comprennent les forces de volume (poids) et les forces de sur-
face agissant à la surface du volume. Il s’ensuit que la forme macroscopique complète des
équations de conservation de la quantité de mouvement s’écrit :
Z Z
d
ϱudV = mg + σdS , (4.18)
dt Vm |{z} Sm
poids | {z }
Z force Zde surface
= ϱgdV + Σ · ndS (4.19)
Vm Sm
76 Chapitre 4 Équations de bilan
Figure 4.4 – Tuyère avec rétrécissement de section avec passage d’un diamètre De à un
diamètre Ds . Reprise de la figure 4.3(b).
Σ = −p1.
p∗ = p + ψ.
Comme par ailleurs, on a la relation (4.13) pour un volume fixe et la paroi latérale est
imperméable (u · n = 0), on peut aussi écrire
Z Z
d
ϱudV + ϱu(u · n)dS = −R + (p∗e Ae − p∗s As )ex ,
dt V Ae +As
Un cas particulier important est le cas où l’écoulement est permanent. Il n’y alors
aucune variation de quantité de mouvement dans le volume fixe V . Dans la direction ex
de l’écoulement, on a
Si l’écoulement est isochore (ϱe = ϱs = ϱ), alors on peut déduire que la force de pression
exercée sur la conduite représente la différence de ce qu’on va interpréter plus loin comme
l’énergie totale Ψ = ϱu2 /2 + p + ψ (voir le théorème de Bernoulli au § 4.1.7)
R = Ae Ψ e − As Ψ s .
Formulation locale
du ∂u
ϱ =ϱ + u · ∇u = ϱg + ∇ · Σ = ϱg − ∇p + ∇ · T , (4.21)
dt ∂t
car ∇·(p1) = p∇·(1)+1·∇p = ∇p. Comme précédemment on a supposé pour passer de
la formulation macroscopique à la forme locale que les différents champs (vitesse et masse
volumique) étaient continus. L’équation locale n’est pas valable pour une onde de choc ou
bien un ressaut hydraulique ; dans un tel cas, il faut appliquer
– soit les formulations intégrales de la conservation de quantité de mouvement pour
éviter d’avoir à traiter la discontinuité ;
– soit ajouter des conditions supplémentaires qui viennent compléter les équations
locales qui restent valables de part et d’autre de la discontinuité. De telles relations
sont appelées relations de Rankine-Hugoniot ou bien conditions de choc.
On verra un exemple de traitement au chap. 5 avec le ressaut hydraulique qui est une
discontinuité de la vitesse et de la hauteur dans un écoulement d’eau.
On peut encore écrire cette équation sous une forme condensée :
du
ϱ = −∇p∗ + ∇ · T ,
dt
où comme dans l’exemple précédent, on associe le terme gravitaire ϱg au terme du gradient
de pression et, ce faisant, on a introduit la pression généralisée p∗ = p + ψ et ψ le potentiel
gravitaire tel que ϱg = −∇ψ. Cette formulation est par exemple utilisée en hydraulique en
charge pour traiter les effets de la gravité en termes de pression généralisée, ce qui permet
d’inclure l’effet dans la gravité dans le terme de pression et de simplifier les équations.
Si on développe le terme d’accélération, on peut écrire les équations locales de diffé-
rentes façons :
– une façon de faire est d’écrire l’accélération convective sous la forme d’un diver-
gence de champ de contrainte ϱuu, ce qui sera utilisé au chap. 6 pour modéliser
l’effet de la turbulence sur l’écoulement
∂ϱu
+ ∇ · (ϱuu) = ϱg − ∇p + ∇ · T . (4.22)
∂t
– Une autre formulation vectorielle de l’équation de conservation de quantité de mou-
vement est obtenue en faisant remarquer que ∇u · ∇u peut s’écrire u · ∇u =
4.1 Théorèmes de transport 79
∇|u|2 /2 + (∇ × u) × u. On a alors :
∂u 1
ϱ + ϱ∇|u|2 + ϱ(∇ × u) × u = ϱg − ∇p + ∇ · T ,
∂t 2
∂u 1
ϱ + ϱ∇|u|2 + ϱω × u = ϱg − ∇p + ∇ · T ,
∂t 2
avec ω = ∇ × u la vorticité. Cette équation est parfois appelée équation de Gromeka-
Lamb. Elle est utile quand on veut étudier la vorticité du fluide, c’est-à-dire les tour-
billons et structures similaires qui se créent dans un fluide. L’équation de Gromeka-
Lamb nous sera utile dans le chapitre sur l’hydraulique à surface libre quand on
calculera des écoulements d’eau sur une protubérance du lit.
– une façon plus commune est d’écrire l’accélération convective sous la forme ϱu ·
∇u :
∂u
ϱ + ϱu · ∇u = ϱg − ∇p + ∇ · T , (4.23)
∂t
où l’on prendra bien garde à la position de la masse volumique ϱ dans les termes
différentiels.
Attention à la notation u · ∇u. Cela ne signifie pas qu’il s’agit du produit entre le
vecteur u et le tenseur (matrice) ∇u. En fait, en toute rigueur, il faudrait écrire : (u · ∇)u,
les parenthèses servant à indiquer que l’opérateur différentiel u·∇ est appliqué au vecteur
u. Il s’agit d’une commodité d’écriture qui n’est pas sans ambiguïté de sens.
La dernière équation (4.23) sera la plus employée dans ce cours (et ailleurs). La princi-
pale différence entre les équations (4.23) et (4.22) est liée à la place de la masse volumique
ϱ. Si l’écoulement est isochore ou le matériau incompressible, ces deux équations sont tri-
vialement obtenues puisque ϱ est constante. L’équation (4.23) et ses variantes s’appellent
équations de conservation de la quantité de mouvement ou bien équations de Newton ou
bien encore équation fondamentales de la dynamique.
∂u ∂u ∂u ∂p ∂Txx ∂Txy
ϱ + ϱu + ϱv = ϱgx − + + ,
∂t ∂x ∂y ∂x ∂x ∂y
∂v ∂v ∂v ∂p ∂Txy ∂Tyy
ϱ + ϱu + ϱv = ϱgy − + + ,
∂t ∂x ∂y ∂y ∂x ∂y
avec u = (u, v) les composantes du vecteur vitesse, (gx , gy ) les composantes du vecteur
gravité. On se reportera au Complément du cours pour la formulation dans d’autres sys-
tèmes de coordonnées.
Le cas particulier où T = 0 correspond aux équations d’Euler, qui comme on l’a pré-
cisé plus haut, constituent le jeu d’équations du mouvement le plus simple qu’on puisse
80 Chapitre 4 Équations de bilan
Figure 4.5 – Projection de la relation d’équilibre des contraintes sur un volume élémen-
taire. La normale n de la surface contrôle est orientée de l’intérieur du volume de contrôle
vers l’extérieur.
δE = δW + δQ,
avec j Q le flux de chaleur (voir complément de cours, chap. 1), Ẇ le taux de variation du
travail (ou puissance) des forces extérieures, Q̇ le flux de chaleur qui passe par unité de
temps à travers la surface S, et σ la contrainte exercée par le milieu extérieur sur le volume
de contrôle sur une facette dS orientée par n.
82 Chapitre 4 Équations de bilan
Examinons maintenant de plus près la puissance des forces extérieures. Cette puis-
sance comprend des termes positifs (puissance fournie au volume de contrôle) et négatifs
(puissance dissipée au sein du volume ou aux frontières). La puissance fournie au volume
comprend généralement la puissance apportée par la force de gravité et les forces de pres-
sion (ce n’est pas une règle absolue) tandis que la dissipation d’énergie résulte généra-
lement des extra-contraintes (dissipation visqueuse dans le cas d’un fluide newtonien).
Comme précédemment pour les contraintes, il est plus sage de faire une décomposition
entre puissances dues à des forces de volumes et puissances dues à des forces de surface
sans se soucier du signe de ces contributions :
Par définition de la contrainte via le tenseur des contraintes Σ (voir complément de cours,
chap. 2), on a
σ = Σ · n = (−p1 + T ) · n = −pn + T · n,
ce qui permet d’écrire
Z Z
Ẇ = ϱg · udV + u · (−pn + T · n) dS,
ZV ZS
= ϱg · udV + (−pu + T · u) · ndS, (4.25)
V S
En substituant cette dernière relation dans l’équation (4.26), on arrive finalement à l’équa-
tion locale de conservation de l’énergie totale
d
(k + ϱe) = ϱg · u + ∇ · −pu + T · u − j Q . (4.27)
dt
Il est possible d’obtenir une relation locale pour le taux de variation de l’énergie ciné-
tique en multipliant l’équation de conservation de la quantité de mouvement (4.23) par la
vitesse u
∂u
ϱu · + u · (ϱu · ∇u) = ϱu · g − u · ∇p + u · ∇ · T ,
∂t
4.1 Théorèmes de transport 83
et de là, en remplaçant les termes de la forme u∂u par ∂|u|2 /2, on arrive à
1 ∂|u|2 ϱ
ϱ + u · ∇(|u|2 ) = ϱu · g − u · ∇p + u · ∇ · T .
2 ∂t 2
En se servant de l’équation de continuité (4.16) et de l’identité 2∇ · (ku) = |u|2 ∇ · (ϱu) +
ϱu·∇|u|2 , on peut transformer cette équation et obtenir une dérivée matérielle de l’énergie
cinétique locale
dk ∂k
= + ∇ · (ku) = ϱu · g − u · ∇p + u · ∇ · T . (4.28)
dt ∂t
Cette équation est appelée équation de conservation de l’énergie cinétique. Dans cette équa-
tion, le terme ϱu · g représente la puissance de la force de gravité, −u · ∇p la puissance des
forces de pression, et u · ∇ · T la puissance des extra-contraintes (dissipation d’énergie).
Fonction de dissipation
En comparant les équations (4.28) et (4.27), on note certaines similitudes dans les
termes apparaissant dans le membre de droite, similitudes que l’on va exploiter pour four-
nir différentes expressions des énergies cinétique et interne. Pour cela, on va se livrer à
quelques manipulations algébriques. Tout d’abord, en servant des propriétés de composi-
tion de l’opérateur divergence, on peut écrire :
∇ · (T · u) = u · ∇ · T + T : ∇u.
Compte tenu de la symétrie de T , on a la relation T : ∇u = D : T 11 . En effet (voir
complément de cours, chap. 2), le tenseur « gradient de vitesse » se décompose en une
partie symétrique (le tenseur des taux de déformation D) et une partie antisymétrique (le
tenseur des taux de rotation W )
∇u = D + W .
On peut montrer (voir complément de cours, chap. 1) que la trace du produit de tout tenseur
symétrique S et de tout tenseur antisymétrique A est nulle. On en déduit donc que
T : ∇u = T : (D + W ) = T : D.
La quantité Φ = tr(T · D) = T : D s’appelle la fonction de dissipation et représente la
puissance dissipée par les extra-contraintes T .
On écrit finalement
∇ · (T · u) = u · ∇ · T + Φ.
Avec cette relation en main et en retranchant membre à membre les équations (4.28)
et (4.27), on déduit
d
ϱe = −p∇ · u + Φ − ∇ · j Q . (4.29)
dt
Cela montre que dans le cas général, l’énergie interne du volume de contrôle varie au cours
du temps sous l’effet
– de la puissance dissipée par les extra-contraintes (visqueuses dans le cas newtonien)
Φ;
11. Rappelons la signification du symbole « : ». Il s’agit de la notation abrégée de l’opérateur
trace : tr(A · S) = A : S. On l’appelle également produit doublement contracté (voir complément
de cours, chap. 1).
84 Chapitre 4 Équations de bilan
Théorème de Bernoulli
Un cas particulier important est le cas d’un écoulement permanent d’un fluide non
visqueux. Dans ce cas-là, on a
– écoulement permanent ⇒ ∂k/∂t = 0 ;
– viscosité nulle ⇒ T = 0 et Φ = 0.
Sous ces conditions, l’équation (4.30) devient
u · ∇ (k + ψ + p) = 0,
ce qui veut dire que u est normal au vecteur ∇Ψ en tout point, or d’après l’interpréta-
tion géométrique de l’opérateur gradient (voir complément de cours, chap. 1), ∇Ψ est un
vecteur normal aux surfaces isopotentielles Ψ = cte, donc u doit être tangent à ces sur-
faces isopotentielles. On peut montrer (voir complément de cours, chap. 2) que le lieu des
points où le vecteur vitesse est tangent est appelé une ligne (resp. une surface) de courant.
Il s’ensuit que le long d’une ligne de courant, la quantité Ψ est constante.
En résumé, le théorème de Bernoulli 12 énonce que si
– l’écoulement est permanent ;
– l’écoulement est isochore ou bien le matériau incompressible ;
– les dissipations d’énergie sont négligeables ;
alors le long de toute ligne de courant, la quantité Ψ = k + ψ + p se conserve. Dans le cas
fréquent où l’énergie potentielle s’écrit ψ = ϱgz, alors on a :
u2
Ψ = ϱgz + ϱ + p = cte, (4.31)
2
avec u = |u|.
12. Daniel Bernoulli (1700–1782) est l’un des plus éminents scientifiques suisses du xviiie siècle
avec Euler. Il fait partie d’une illustre famille qui a donné de grands scientifiques en médecine,
mathématiques, et physique. Son oncle Jacques (1654–1705) a eu d’importantes contributions en
mathématiques (équations différentielles, séries, probabilité, géométrie, etc.). Après des études de
médecine à Bâle, il est obligé de quitter la Suisse faute de poste. Sa contribution principale est
contenue dans l’ouvrage «Hydrodynamica » publié en 1738. Il y développe le principe qui porte
son nom ainsi que les premières explications du comportement des gaz en tenant de raisonner à
l’échelle moléculaire (un concept alors inconnu).
86 Chapitre 4 Équations de bilan
Ce théorème est remarquable car il s’agit d’une relation purement algébrique (pas de
différentielle ou d’intégration) qui permet de relier vitesse, pression, et position du fluide.
Ce théorème a de nombreuses applications. Il est très apprécié des ingénieurs (et des étu-
diants) pour résoudre rapidement des problèmes pratiques. Toutefois, dans bien des cas
pratiques, on ne peut pas négliger la dissipation d’énergie et il faut alors utiliser des for-
mules plus complexes que l’équation de Bernoulli (4.31).
Considérons une ligne de courant entre un point A à la surface libre du liquide dans le
récipient et un point B au niveau de l’orifice. On suppose que la pression atmosphérique
pa s’applique à ces deux points (le gaz contenu dans le réservoir n’est pas sous pression).
D’après l’équation (4.31), on a
2
vA v2
ϱgzA + ϱ + pA = ϱgzB + ϱ B + pA ,
2 2
2
vB p
ϱgh = ϱ ⇒ vB = 2gh.
2
4.2 Quelques applications du théorème de Bernoulli 87
Pour cela, von Kármán admet que la vitesse du front est constante. Il se place dans le
repère attaché au front. Dans ce repère, le front est fixe et c’est le fluide ambiant qui en
mouvement avec une vitesse −u. Comme l’écoulement est permanent, la ligne de la surface
libre est également une ligne de courant et on peut appliquer le théorème de Bernoulli entre
un point B situé à l’interface entre fluides lourd et léger (B est dans le fluide ambiant) et le
point O situé au front (point fixe situé à la fois dans le fluide lourd et dans le fluide ambiant)
1
PB + ϱa (−u)2 + ϱa gh = P0 + 0 + 0.
2
Il considère aussi un point A situé juste sous l’interface (A est dans le fluide lourd). Puisque
dans le repère attaché au front, le fluide lourd est au repos, la loi de l’hydrostatique s’ap-
plique et on a notamment P0 = PA + ϱgh. Si on prend maintenant A et B infiniment
voisins, la différence de pression (en l’absence d’effet de tension de surface) doit être nulle :
PA = PB , d’où r
ϱ − ϱa
u= 2 gh,
ϱa
ou encore √
u
√ ′ = 2,
gh
avec g ′ = √
(ϱ − ϱa )/ϱa la gravité réduite. La dernière équation montre que le nombre de
Froude u/ g ′ h est constant au front. Expérimentalement, cette formule donne de bons
13. Theodore von Kármán (1881–1963) a été l’un des plus grands mécaniciens des fluides du
xxe siècle. Né en Hongrie (alors province de l’Empire Austro-Hongrois), il émigra par la suite en
Allemagne, puis aux États-Unis. Ses travaux portèrent essentiellement sur la couche limite logarith-
mique, les instabilités derrière les obstacles (les fameuses allées de von Kármán), les écoulements
supersoniques, etc. Comme Thomson et Reynolds avant lui, il a été aussi un exemple de mécani-
cien, avec des intérêts tout à la fois sur les points fondamentaux de la mécanique et les applications
(principalement militaires).
88 Chapitre 4 Équations de bilan
résultats, mais il faut souvent ajouter un facteur correctif car on travaille avec des fluides
ambiants qui ne sont pas infiniment épais. La démonstration apportée par von Kármán
est considérée de nos jours comme fausse. Notamment, Benjamin (1968) a montré qu’on
ne pouvait pas utiliser l’équation de Bernoulli le long d’une interface et que la résolution
correcte du problème nécessitait d’employer des volumes de contrôle et de faire des bilans
de quantité de mouvement sur ces volumes. Toutefois, le résultat final reste inchangé (mais
pourrait-il en être autrement d’un point de vue dimensionnel ?).
Figure 4.8 – Courant de densité en laboratoire. Le courant intrusif a été produit en em-
ployant un fluide lourd (eau salée et colorée) dans un fluide plus léger (eau).
Le tube Pitot 14 sert à mesurer la vitesse locale d’un fluide en le reliant à la différence
de pression d’un manomètre à liquide.
14. Henri Pitot (1695–1771) était un hydraulicien français. Il fut nommé surintendant du Canal
du Midi et construisit un aqueduc pour l’alimentation en eau de Montpellier. Afin de pouvoir me-
surer les vitesses de l’eau dans les rivières et canaux, il inventa un appareil qui porte aujourd’hui
son nom.
4.2 Quelques applications du théorème de Bernoulli 89
d’où r
2
v∞ = (pB − pA ).
ϱ
Comme la différence de pression pB − pA peut être déterminée si on utilise un manomètre
(tube en U), on peut déduire la vitesse v∞ .
CHAPITRE 5
Écoulement à surface libre
5.1 Introduction
5.1.1 Généralités
L
’hydRaulie à surface libre se distingue de l’hydraulique en charge par l’exis-
tence d’une surface libre, c’est-à-dire d’une surface où l’écoulement est en contact
direct avec l’atmosphère 1 : le gradient de pression ne peut plus être le moteur
de l’écoulement, c’est la gravité qui devient l’agent moteur. Le domaine d’application est
large :
91
92 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.1 – Simulation numérique montrant l’évolution de la hauteur d’eau h(x, t) . Les
simulation se fondent sur la résolution des équations de Saint-Venant à l’aide de la méthode
numérique des volumes finis (solveur geoclaw étendu à l’ordre 2, limiteur du flux de type
superbee) (George, 2008) ; le code est disponible ici : //[Link]/cancey/hydraulics. La
géométrie étudiée est celle montrée à la figure 5.55, avec un lit dont la pente est i = 0,2 % ;
le frottement de type Chézy avec C = 50 m1/2 ·s−1 . On ouvre une vanne (de hauteur
h = 2 m), et un débit constant q = 10 m2 /s est établi. L’eau s’écoule sur un coursier
à forte pente (i = 5 %), puis sur un radier à pente douce (i = 0,2 %), qui se termine
par un seuil haut de 50 cm. Notons la formation d’un ressaut hydraulique à l’amont du
radier. La hauteur d’eau tend vers un profil constant, dont une portion correspond à la
hauteur normale hn = 2,71 m. Une durée de 900 s a été simulée. On pourra comparer cette
simulation avec la figure 5.56, qui montre le calcul du profil asymptotique h(x) (c’est-à-dire
à des temps suffisamment grands pour que l’écoulement atteigne un régime stationnaire)
pour le cas étudié. Dans le cadre de ce cours, on va voir comment on peut calculer cette
hauteur h(x) du régime stationnaire une fois que la dépendance vis-à-vis du temps est
devenue négligeable.
Figure 5.2 – Typologie simplifiée des cours d’eau : (a) torrent (ici la Navisence à Zinal, VS) ;
(b) rivière torrentielle (ici le Doubs à Saint-Ursanne, JU) ; (c) fleuve (la Loire à Langeais,
France) ; (d) canal (canal de Bourgogne à Vandenesse, France).
Figure 5.3 – Beaucoup de cours d’eau de plaine ont été aménagés pour limiter leur expan-
sion, lutter contre les crues, et assurer un certain débit dans la rivière. Ici le Rhône à l’aval
de Saint-Maurice (VS) depuis la cabane de la Tourche.
Figure 5.4 – Coupe d’une rivière avec définition des grandeurs caractéristiques : χ péri-
mètre mouillé, S section mouillée, h profondeur ou tirant d’eau, et B largeur au miroir.
S
h= .
B
La désignation peut varier selon les auteurs : h = S/B peut être appelée la hauteur
hydraulique ou la profondeur hydraulique. La hauteur d’écoulement peut désigner la
profondeur maximale (appelée aussi le tirant d’eau). Ces définitions ne posent pas
de problème pour des canaux rectangulaires, mais elles peuvent en poser pour des
canaux de section quelconque (attention donc aux définitions et conventions) ;
– hauteur normale hn : c’est la hauteur atteinte asymptotiquement par un écoulement
en régime permanent uniforme dans un bief. Ici, « asymptotiquement » signifie que
5.1 Introduction 95
cette hauteur est atteinte uniquement si le bief est de longueur suffisante. La hauteur
normale est fonction du débit Q, de la rugosité, et de la pente moyenne i ;
– hauteur critique hc : c’est la hauteur associée à la valeur critique du nombre de
Froude Fr = 1 ;
– rayon hydraulique : c’est une longueur caractéristique définie par
S
RH = .
χ
2. Cela est vrai aussi pour les équations de Saint-Venant que l’on utilisera dans le cours de
master « ondes de crue et rupture de barrage ».
96 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.5 – Dans les rivières torrentielles (ici la Navisence, val d’Anniviers, VS), le lit est
composé de matériaux grossiers allant des éléments fins aux blocs de taille métrique.
– rivière alluviale : c’est un cours d’eau dont le lit est creusé dans des dépôts de sédi-
ments qui ont été transportés et déposés antérieurement par cette même rivière. La
section du lit est donc le fruit d’un ajustement entre le transport de sédiment et le
débit. La plupart des rivières sont alluviales, mais certains cours d’eau comme les
torrents de montagne dans des gorges sur des lits rocheux (bedrock) ou coulant sur
des dépôts morainiques ne font pas partie des écoulements alluviaux (voir figure
5.7).
– lit mineur : lit occupé ordinairement par un cours d’eau par opposition au lit majeur
qui correspond à l’emprise maximale historique d’un cours d’eau ou à la plaine
inondable (voir figure 5.8). On parle aussi de niveau des plus hautes eaux (PHE) pour
désigner la cote maximale atteinte par la surface libre d’un cours d’eau ;
– berge ou rive : c’est le talus qui sépare le lit mineur du lit majeur. Lorsque la berge
est couverte par la végétation, on parle de ripisylve ;
– étiage : ce terme fait référence aux plus basses eaux d’un cours d’eau, généralement
durant l’été (voir figure 5.10). Le débit d’étiage est donc le débit minimal d’un cours
d’eau
5.1 Introduction 97
Figure 5.6 – Dans les rivières de plaine, le lit est composé d’éléments plus fins et avec une
granulométrie plus resserrée. (a) La Loire à Amboise (Indre-et-Loire) s’écoulant sur un lit
de gravier. (b) Lac Tahoe (Nevada, États-Unis).
– débit de plein bord : c’est le débit atteint lorsque la rivière sort de son lit mineur et
inonde son lit majeur. Durant une crue, on parle de débit de pointe pour désigner le
débit maximal atteint. Pour les crues, on peut relier le débit de pointe à la période de
retour T 3 . Le débit dominant est le débit de la crue ordinaire qui permet de façonner
un cours d’eau. Pour les rivières à sable, le débit dominant correspond au débit de
pointe d’une crue de période 1–2 ans alors que pour un lit à gravier, il correspond
à crue de période de retour de quelques dizaines d’années.
3. La période de retour T est définie par rapport à la probabilité d’observer la crue (ou une crue
supérieure) P : T = 1/P ; c’est aussi l’intervalle de temps moyen entre deux crues ayant dépassant
un certain seuil.
98 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.7 – Différents types de lit. (a) Lit rocheux (bedrock) de l’Orbe au-dessus de la ville
éponyme (VD). (b) Lit morainique sur lequel le torrent de la Reuse de l’A Neuve s’est frayé
un chemin (La Fouly, VS). (c) L’Arc à Bessans (vallée de la Maurienne, Savoie, France)
s’écoulant sur un lit alluvial. (d) Le Rhône à Fully (VS) canalisé de Sierre au Léman, et
s’écoulant dans la plaine alluviale qu’il a façonnée.
5.1 Introduction 99
Figure 5.9 – Exemples d’inondation et crue. (a) Inondations de Berne en août 2005. (b)
Crue de l’Ouvèze à Vaison-la-Romaine (Vaucluse, France) en septembre 1992 à la suite
d’abondantes précipitations, qui dit 47 victimes. Source : Reuters et M. J. Tricart
.
100 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.10 – Exemples d’étiage. (a) La Loire en août 2022 (France). (b) lac de Klontal,
canton de Glarus en avril 2023. Source : Stéphane Mahé, Reuters, cité par Le Monde et
Gian Ehrenzeller, Keystone, cité par Tages Anzeiger
.
5.1 Introduction 101
Chapitre 5
français allemand anglais italien espagnol
bief Gewässerabschnitt reach tronco tramo
rivière Fluss, Bach river fiume río
rivière torrentielle Gebirgsfluss torrential river torrente torrente
5.1
Introduction
103
104 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Équilibre du lit
Pour un cours d’eau naturel, la géométrie du lit n’est pas quelconque, mais semble obéir
à certaines règles. Un cours d’eau doit laisser transiter un débit, qui varie en fonction du
temps. En général, il existe des cycles annuels, mais au gré des précipitations et de la fonte
des neiges, le débit peut évoluer d’une année sur l’autre d’une façon extrêmement variable
(voir Fig. 5.11). Le cours d’eau transporte également du sédiment soit en le charriant le
long du lit (on parle alors de transport par charriage) ou en le maintenant en suspension
dans l’eau (on parle de transport par suspension).
60
50
40
30
20
10
0
2005 2010 2015 2020
Figure 5.11 – Variation du débit de pointe journalier sur l’Arve à Chamonix (Haute-
Savoie, France) sur la période 2002–2022. Chaque point représente le débit moyen jour-
nalier. Source : [Link].
Les débits ordinairement rencontrés façonnent le cours d’eau : la géométrie du lit (sec-
tion en travers, granulométrie, etc.) est calibrée par le cours d’eau de telle sorte qu’elle soit
compatible avec le débit moyen transitant par ce cours d’eau. Pour cette raison, on trouve
qu’il existe des corrélations fortes entre débit et dimensions de la section du cours d’eau.
Ainsi, Lacey (1930) observa que pour les cours d’eau formés d’un seul chenal à travers un
lit alluvial, le périmètre mouillé χ variait comme la racine du débit Q quelles que soient la
pente du lit et la rugosité (dans les unités du système métrique) :
χ = 4,83Q1/2 .
On considère que cette loi empirique est largement confirmée – même si l’exposant de
la loi puissance peut s’éloigner un peu de la valeur 1/2 – et qu’elle s’applique à une large
gamme d’écoulements allant des expériences de laboratoire aux grands fleuves (Leopold &
Maddock, 1953; Richards, 1977; Ferguson, 1986; Li et al., 2015; Métivier et al., 2017; Phillips
et al., 2022). La figure 5.12 montre que la largeur au miroir B (employé ici comme substitut
du périmètre mouillé, une approximation correcte pour les rivières larges) varie en loi
puissance avec le débit pour les rivières naturelles à gravier : B ∝ Q0,65 .
Une autre loi, plus qualitative 4 , a été proposée par Lane (1955) pour relier rugosité du
lit, pente, débits solide et liquide :
Qs d ∝ Qi,
4. Il existe des formulations plus quantitatives comme celle proposée par Julien (2002) :
Qs d0,28 = 9,1Q1,11 i1,44 .
5.1 Introduction 105
▼
◆◆▼
▼
106 ◆
◆ ◆◆◆
□ Alberta ◆
▲ Grande-Bretagne
▼◆
○ Idaho ▼
105 ▼
◆ lit multiple en sable ◆
▼ lit unique en sable +▼ +
▶ Argentine
104 ▮ Italie
+ USA + + ++
▮++□+++ □+ □
▶ ▶▮ ▶▶ ▶ ▮□ +
▲
1000 + □□+□□ +
▶▶
□▮
▮○+
□
○▮▲□○□
+
▲ ▲ ▲ +
+ ▲□□○○
+
++ ▲▲▲ ▲▲ +
++ □
+++○ ▲▲ ▲ +
▲+ ▲▲▲
▶ ○ □ ○
○ +
○○
▲+▲○ ○+○+○
▲
100 ○ ▲
○ +○+
○○
○
+
○ +
+
100 104 106 108
Figure 5.12 – Relation entre largeur miroir et débit de plein bord pour des rivières à travers
le monde. Données collectées par Williams (1978), Parker et al. (2007) et Kaless et al. (2014).
Le débit et la largeur au miroir ont été écrits sous forme adimensionnelle : B̂ = B/d50 et
5/2 √
Q̂ = Q/(d50 g), avec d50 le diamètre médian des grains composant le lit. La courbe
continue représente la tendance calée sur les données B̂ = 4,9Q̂0,65 .
avec Qs le débit solide, d le diamètre médian des alluvions composant le lit, i la pente du lit,
et Q le débit liquide. Cette relation, parfois appelée « balance de Lane », est censée refléter
sous une forme mathématique l’équilibre entre débits solide et liquide en fonction des
caractéristiques morphologiques du lit, ce que Mackin (1948) disait plus prosaïquement :
« Une rivière gradée est un cours d’eau dans lequel, sur une période de plu-
sieurs années, la pente est délicatement ajustée pour fournir, en fonction du
débit disponible et des caractéristiques prépondérantes du cheval, la vitesse
nécessaire au transport des sédiments fournis par le bassin-versant. Une ri-
vière gradée est un système en équilibre ; sa caractéristique principale est que
toute changement dans l’un des facteurs-clés entraînera un déplacement de
l’équilibre dans une direction qui tendra à absorber l’effet du changement. »
La loi de Lane est utile à prévoir la réponse de la rivière quand on modifie un des para-
mètres d’écoulement ; par exemple, si le diamètre d diminue, alors cette diminution doit
être accompagnée d’une augmentation du débit solide si le débit liquide est constant, ou
bien d’une diminution de pente si les débits demeurent inchangés. Elle permet aussi d’ap-
préhender la façon dont la morphologie d’une rivière s’adapte pour permettre le transit
de l’eau et de la charge sédimentaire. Ainsi, on peut interpréter le méandrement d’une
rivière comme un moyen adopté par la rivière pour diminuer sa pente en allongeant le
cheminement de l’eau (voir figure 5.1.4).
La loi de Lacey ou de Lane est un exemple de loi d’échelle, c’est-à-dire une loi qui
est valable quelle que soit l’échelle d’observation ou quel que soit le débit. L’existence de
telles lois a excité la curiosité des chercheurs (Ferguson, 1986; Singh & Nott, 2003; Gleason,
2015). Ainsi, certains chercheurs ont considéré que cette loi reflétait l’existence d’un état
106 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.13 – Dans les rivières de plaine, le lit naturel est rarement droit, mais au contraire
développe de nombreux méandres. (a) Image en fausses couleurs de la rivière Tana près
de Nyeri, Kenya : les zones végétalisées apparaissent en rouge. (b) Image infrarouge de la
rivière Amazone au Brésil près de la rivière Juruá ; les méandres morts sont encore visibles.
(c). Image radar du Mississippi près du lac Catahoula. (d) Plaine du Pô en crue en novembre
2019. Source : European Space Agency.
d’équilibre de la rivière, qui pourrait être décrit à l’aide de principes généraux de minimi-
sation de l’énergie. Pour d’autres chercheurs, il n’est pas besoin de recourir à des principes
énergétiques, dont le fondement est incertain, car d’une part, la rivière n’est pas une entité
qui cherche à optimiser son fonctionnement, mais c’est un système complexe dans lequel
interviennent de multiples agents et processus (Phillips, 2010) et, d’autre part, les proces-
sus géomorphologiques globaux peuvent s’expliquer en prenant en compte l’ensemble des
processus physiques (résistance à l’écoulement, transport de sédiment, etc.) agissant loca-
lement dans un cours d’eau (Parker, 1978a,b). Ainsi, le méandrement est décrit comme un
processus d’instabilité lorsque des courants secondaires et des différences de vitesse au
sein d’une même section conduisent à un accroissement de la sinuosité du lit Seminara
(2006, 2010).
5.1 Introduction 107
Quoique ces débats autour des lois d’échelle n’aient abouti à aucun consensus autour
de leur signification, elles ont joué un rôle important en ingénierie hydraulique :
– au cours du xxe siècle, les ingénieurs ont aménagé les rivières et construit des ca-
naux. Ils ont cherché à définir des lits stables (section et profil), c’est-à-dire des lits
à l’équilibre qui optimisent le transit des débits liquides et des sédiments sans subir
d’érosion ou de déposition au fil du temps ;
– à la fin du xxe siècle, il y a un changement de paradigme : la rivière n’est plus vue
comme un corridor, mais comme un écosystème complexe. Désormais, on entend
redonner à la rivière un aspect naturel (on parle de renaturation des cours d’eau)
et à promouvoir un équilibre dynamique entre écoulements d’eau (de surface et
souterrains), le sédiment, et le milieu vivant.
Structures morphologiques
pente
Profil en long
torrent rivière
rivière torrentielle
5-6 % 2-3 %
– (d), (e) Au cours d’une crue, ces structures peuvent être détruites, le lit redevenant
plan, mais l’écoulement d’eau est fortement chargé en sédiment.
– (f), (g) Si le débit augmente encore, le lit développe de nouveau des structures, qui
peuvent migrer à contre courant.
– (h) Pour les rivières torrentielles caractérisées par une valeur élevée du nombre de
Froude, le lit présente souvent une alternance de rapides et de mouilles.
La figure 5.17 présente une classification des structures morphologiques du lit en fonc-
tion des nombres de Froude et de Reynolds. On voit ainsi que la limite entre régimes d’écou-
lement inférieur et supérieur varie fortement entre le domaine des rivières (faible nombre
de Reynolds particulaire car le lit est composé de sédiment fin) et celui des rivières torren-
tielles (valeur élevé de Re car le diamètre d50 des grains du lit est grand).
Ces structures morphologiques évoluent en permanence. Elles n’adoptent pas néces-
sairement une taille identique et ne sont pas régulièrement espacées (comme peut le laisser
croire la figure 5.15), mais au contraire montrent une très grande variété de formes, de gran-
deurs, et de disposition. La figure 5.18 montre des alternances de seuils et mouilles dans
des rivières aménagées ou naturelles. Ces structures – fréquentes pour les rivières torren-
tielles de pente supérieure à 3 % – permettent une dissipation d’énergie significative qui est
généralement à la simple dissipation d’énergie sur la rugosité du lit. La figure 5.19 montre
un écoulement tumultueux à travers un chaos de gros blocs pour le torrent de l’Avançon
5.1 Introduction 109
Figure 5.15 – Au cours du temps, des structures morphologiques se développent dans les
lits de sable (ou de gravier) : même soumis à faible débit liquide, un lit plan (a) forme au
cours du temps des ridules (ripples en anglais), c’est-à-dire de petites intumescences du lit
(b). Celles-ci croissent lorsque le débit augmente, se déplacent et coalescent avec d’autres
ridules pour former des dunes (c). Ces dunes dissipent une part plus ou moins importance
d’énergie. Les dunes atteignent une taille stable. Elles se déplacent dans le sens du courant.
Si on augmente encore le débit, les dunes sont détruites par la force du courant (voir figure
5.16).
et des « rapides »,c’est-à-dire des zones relativement planes, où l’écoulement est à peine
plus épais sur les éléments grossiers du lit (souvent caractérisés par le diamètre d90 ). Une
des grandes difficultés dans l’étude hydraulique des rivières naturelles (sans canalisation
marquée) est l’existence d’une multitude de processus tels que la formation de bancs de gra-
vier ou le développement d’une végétation dans le lit qui modifient de façon appréciable la
dynamique des écoulements (voir figure 5.20). À plus faible pente, d’autres structures mor-
phologies (lit en tresse, méandrement, delta) sont associées à une importante dissipation
d’énergie (voir figures 5.1.4 et 5.21).
Singularités hydrauliques
10
ridule
d une
transition
antid une
Régime supérieur
chute-mouille
Fr 1 Transition
Régime inférieur
–1
10 2 3 4
10
10 10 10
R h /d50
Figure 5.18 – L’alternance de seuils et de mouilles existe même pour les tout petits cours
d’eau. (a) Sur la Saufla (val d’Illiez, VS), des seuils artificiels ont été construits pour stabiliser
le lit et dissiper l’énergie. (b) Alternance de seuils et mouilles sur un bras de la Navisence
à Zinal (VS).
Figure 5.19 – Turbulence dans des rivières à gravier. (a) L’Avançon au-dessus des Plans-
sur-Bex (VD). (b) La Navisence à Zinal (VS).
112 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.20 – Le Doubs à Saint-Ursanne (JU). (a) Les bancs de gravier servent à la fois de
zone tampon dans laquelle la rivière peut stocker ou mobiliser du sédiment, mais égale-
ment contribuent à dissiper l’énergie de l’écoulement en scindant le chenal principal en
deux bras et en augmentant la sinuosité de la rivière. (b) Comme l’écoulement est peu
profond, le lit est partie envahie par une végétation aquatique (algues) qui modifie la ré-
sistance à l’écoulement.
Figure 5.21 – (a) Delta de la rivière Léna (Sibérie, Russie). (b) Lit en tresse (Tagliamento,
Italie). Source European Space Agency et Wilderness Society.
5.1 Introduction 113
Figure 5.22 – Exemples de singularité hydraulique. (a) Les barrages (ici le Vieux-Émosson
au-dessus de Finhaut, VS) barrent le cours des rivières. Ils modifient les débits liquide
et solide. (b) Les déversoirs et seuils latéraux (ici le Doubs à Besançon, France) sont des
dispositifs permettant d’imposer une certaine cote d’eau et de dériver les eaux vers un
canal ou une usine. (c) Les seuils (ici sur la Reuss à Lucerne) sont des ouvrages obstruant
le cours de la rivière, ce qui permet de ralentir la vitesse et d’imposer un certain niveau
d’eau. (d) Ponts et dalots (ici dalot de l’autoroute A43 en Maurienne enjambant le torrent
du Claret) peuvent fortement modifier l’écoulement en limitant sa hauteur et sa largeur.
114 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
1
∆(Ψ + p + k) = ∆H,
ϱg
ū2
H = yℓ + h + ,
2g
| {z }
Hs
avec yℓ la cote du fond, h la hauteur d’eau, et ū la vitesse moyenne de l’eau (ū = q/h).
La charge totale représente l’énergie totale Ψ (énergie potentielle + énergie piézométrique
+ énergie cinétique) traduite en termes de hauteur (c’est-à-dire en divisant l’énergie par
ϱg). Comme le montre la figure 5.24, si on place un tube piézométrique (vertical) dans un
écoulement permanent à surface libre, on n’observe aucune remontée (hormis capillaire)
car la pression est hydrostatique au sein de l’écoulement ; en revanche, si l’on place un
tube de Pitot, on observe une remontée de fluide, qui (en moyenne) est ū2 /(2g). La charge
spécifique Hs calculée en termes de hauteur est la somme de la hauteur d’écoulement h et
de la hauteur ū2 /(2g).
5.2 Hydraulique des canaux 115
Figure 5.23 – Mouvement d’une bille sur un profil curviligne sous l’effet de la pesanteur.
(a) Cas idéal où la bille est non frottante. La bille part de A (sans vitesse) et rejoint le point
C, qui a la même altitude que A. (b) Cas réel, où le mouvement de la bille s’accompagne
d’une dissipation d’énergie. Le point C a désormais une altitude moins élevée que A. La
différence d’altitude entre A et C représente la dissipation d’énergie traduite en équivalent
de hauteur. La ligne en tireté représente la variation de l’énergie totale Et , la courbe bleue
décrit la variation de l’énergie cinétique Ec au cours du mouvement de la bille, tandis que
celle en rouge décrit la variation de l’énergie potentielle.
Pour simplifier, on a négligé le terme cos θ devant h dans le terme de pression car le
plus souvent on applique les calculs pour des canaux et rivière à faible pente ; il faut penser
à réintégrer ce terme pour des calculs à forte pente. La quantité
ū2
Hs = h +
2g
s’appelle l’énergie spécifique et représente l’énergie du fluide à une cote donnée (pression
+ énergie cinétique) ; la charge totale est donc la somme de la charge spécifique Hs et de
l’énergie potentielle yℓ . Pour une pente donnée, l’énergie spécifique est une fonction de la
hauteur ou bien du débit.
Figure 5.24 – Charge hydraulique dans un écoulement à surface libre. Si on place un tube
verticalement dans l’écoulement, la surface du ménisque est à la même altitude ys = yℓ +h
que la surface libre, avec yℓ la cote du lit et h la hauteur d’eau. Si on place un tube Pitot,
le niveau d’eau augmente dans le tube. La différence de hauteur rapport à la surface libre
est égale à l’équivalent en hauteur d’eau de l’énergie cinétique ū2 /(2g). On peut montrer
cela en appliquant le théorème de Bernoulli entre les points A et B : en A d’altitude ya
par rapport à un niveau de référence, la charge totale définie comme altitude + pression
+ énergie cinétique (en équivalent hauteur d’eau) est Ha = ya + (ys − ya ) + ū2 /(2g) =
yℓ + h + ū2 /(2g). En B d’altitude zb , la charge est Hb = zb + 0 + 0. La conservation de la
charge montre que la différente de hauteur ys − ys vaut bien ū2 /(2g).
Figure 5.25 – Ligne d’eau dans un canal. La courbe de remous est la courbe h(x) que forme
la surface libre. La ligne d’énergie H(x) est une courbe fictive qui représente l’énergie
totale de l’écoulement d’eau. Sa pente j = −H ′ est appelée pente de frottement.
avec ξ = h/Hs . Il s’agit d’une courbe en cloche asymétrique prenant sa valeur maximale
en ξ = 2/3 (h = 2Hs /3) puisque
dq∗ 2 − 3ξ 2
=√ = 0 pour ξ = .
dξ 2 − 2ξ 3
5.2 Hydraulique des canaux 117
0.5
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0
Il s’ensuit
p que le débit
p ne peut pas prendre n’importe quelle valeur, mais varie entre 0
et qmax √ = gh = 8gHs3 /27. On note que pour ce débit maximal, on a Fr = 1 avec
3
Fr = ū/ gh. Dans un cours d’eau, le débit maximal qui peut être atteint pour une charge
spécifique donnée dans une section s’appelle le débit critique car il est associé à la condition
Fr = 1, qui marque la transition entre deux régimes avec des comportements très distincts :
les régimes supercritique et subcritique. La hauteur associée à ce débit s’appelle la hauteur
critique hc .
En résumé, il existe deux régimes possibles :
Si l’on considère un canal rectangulaire avec un débit donné 0 < q < qmax , l’énergie
spécifique est une fonction de la hauteur :
q̄ 2
Hs (h) = h + ,
2gh2
que l’on peut écrire également sous forme adimensionnelle en divisant par la hauteur
critique
p
hc = 3 q 2 /g
Hs 1 1
Hs∗ = =ξ+ ,
hc 2 ξ2
118 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
0
0 2 4 6 8
Figure 5.27 – Variation de l’énergie spécifique Hs∗ avec la hauteur d’écoulement adimen-
sionnelle ξ.
dHs∗ 2 1
=1− = 0 pour ξ = 1.
dξ 2 ξ3
Figure 5.28 – Courbe de remous sur une marche d’escalier en régime subcritique.
5.2 Hydraulique des canaux 119
ū2
H A = HB = z + h + ⇒ Hs (B) = Hs (A) − p.
2g
A' A
6
B' B
4
0 2 4 6 8
Sur la figure 5.29, on a représenté les états (ξ = h/hc , Hs∗ ) correspondants aux points
A et B. Le point B est obtenu en opérant une translation verticale −p/hc . On note que la
hauteur hb en B est nécessairement plus faible qu’en A. On peut reproduire le raisonnement
dans le cas d’un régime supercritique et on trouve un résultat opposé : au passage d’une
marche ascendante, la courbe de remous est croissante (augmentation de la hauteur entre
les points A’ et B’ sur la figure 5.29).
dh d q2
−j = −i + + ,
dx dx 2gh2
5. Sur de courtes distances, les pertes de charge sont négligeables.
120 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
soit encore :
dh j−i
= 2 . (5.2)
dx Fr − 1
On prendra garde qu’on a supposé ici qu’on avait un canal descendant dans la direction
des x croissant : on a posé i = −dz/dx > 0. Si on change les axes ou les orientations du
canal, il faut penser à veiller à ce que l’équation soit consistante avec ces changements.
La perte de charge j représente la dissipation d’énergie par la turbulence. On verra
plus loin dans ce chapitre (voir § 5.3) qu’il existe plusieurs lois empiriques pour estimer j :
– loi de Chézy 6 :
ū2
j= ,
C 2h
avec C le coefficient de Chézy. Le plus souvent, on a C dans la fourchette 30 − 90
m1/2 s−1 ;
– loi de Manning 7 -Strickler 8 :
ū2
j = 2 4/3 ,
K h
avec K le coefficient de Manning–Strickler. En pratique, K varie le plus souvent
dans la gamme 10 − 100 m1/3 s−1 . Il existe aussi des formules qui lient la valeur
de K au diamètre des grains composant le lit. Par exemple, la formule de Jäggi
1/6
donne K = 23,2/d90 avec d90 le diamètre tel que 90 % des grains ont un diamètre
inférieur.
On se référera au § 5.3.2 pour plus de détails.
6. Antoine de Chézy (1718–1798) était un ingénieur civil français. On lui doit la conception
du canal de l’Yvette, qui alimentait Paris en eau potable. C’est à cette occasion que fut proposée
la première formule connue reliant la pente d’un canal, la géométrie de la section en travers, et le
débit. Il introduit également la notion de rayon hydraulique.
7. Robert Manning (1816–1897) était un ingénieur irlandais, travaillant tout d’abord dans l’ad-
ministration irlandaise (drainage) avant de fonder sa propre société (travaux portuaires). Il est sur-
tout connu pour la formule qu’il proposa en 1895 et qui synthétisait les données obtenues pré-
cédemment par le français Henry Bazin. La formule dite de Manning avait été obtenue en 1867
par Philippe Gauckler (1826–1905), un ingénieur français des Ponts et Chaussées, qui a notam-
ment travaillé sur l’aménagement du Rhin en Alsace (Gauckler, 1867), puis en 1881 par Gotthilf
Hagen (1797–1884), ingénieur hydraulicien prussien (Hagen, 1881). La postérité a retenu le nom de
Manning pour des raisons obscures (Powell, 1962; Williams, 1970; Dooge, 1992) puisque la formule
proposée par Manning est celle de Gauckler et si Manning cita la formule éponyme et montre son
bon accord avec les données de Bazin, il l’écarta.
8. Albert Strickler (1887–1963) était un hydraulicien suisse. La première partie de sa carrière fut
consacrée au développement de micro-centrales électriques ; il dirigea notamment la Société suisse
de transmission électrique jusqu’à sa dissolution en 1939. Après 1939, il travailla comme consul-
tant indépendant, principalement en Suisse alémanique. Le nom de Strickler est surtout connu
grâce à l’important travail expérimental, qui permis d’établir la formule qui porte son nom et qui
reprend la lois précédemment développée par Philippe Gauckler et Gotthilf Hagen, et citée par
Robert Manning.
5.3 Régime permanent uniforme 121
Figure 5.30 – Équilibre d’une tranche de fluide sur le tronçon AB. La hauteur h correspond
à la hauteur maximale d’eau dans le cours d’eau. Le volume de fluide est soumis à une forme
motrice (la composante motrice du poids P sin θ et à une force de frottement τp Lχ.
Pour un canal infiniment large, la contrainte à la paroi s’obtient à partir des équations
de la conservation (locale) de la quantité de mouvement en régime permanent uniforme.
On peut aussi l’obtenir en écrivant que le frottement au fond soit reprendre exactement le
poids de la colonne d’eau au-dessus pour qu’il y ait équilibre, soit :
τp = ϱgh sin θ,
avec yℓ la côte du fond. Comme le régime est supposé permanent et uniforme (ū(A) =
ū(B) et h(A) = h(B)), on déduit que
i = j.
Il existe également des pertes de charges singulières dues, par exemple, à la sinuo-
sité du lit (provoquant des courants secondaires), à des obstacles (ponts, rochers, épis), à
des changements de section. Il est possible de tenir compte de ces dissipations d’énergie
localisées, mais c’est un exercice assez fastidieux et complexe qui est rarement entrepris
en ingénierie. Assez souvent, ces pertes de charge singulières sont prises en compte en
augmentant artificiellement les pertes de charge régulières.
Loi de Manning–Strickler
ϱg ū2
τp = , (5.4)
K 2 R1/3
H
Meyer-Peter 9 & Müller 10 a considéré qu’il valait mieux prendre le diamètre d90 corres-
pondant aux plus gros blocs (90 % des blocs ont un diamètre plus petit que d90 ) :
26
K= 1/6
,
d90
C’est presque la même formule que celle de Strickler, mais l’échelle de rugosité est d90 au
lieu de d50 ; cette échelle implique que la taille caractéristique de la rugosité est ks = 3,5d90
en accord avec certaines données de terrain (Hey, 1979). D’autres auteurs comme Wong &
9. Eugen Meyer-Peter (1883–1969) commença sa carrière comme ingénieur pour la société
Zschokke à Zürich. En 1920, il fut nommé professeur d’hydraulique de l’ETHZ et créa un labo-
ratoire d’hydraulique pour étudier expérimentalement des écoulements graduellement variés, du
transport solide, de l’affouillement de fondations, etc. Les travaux les plus connus de Meyer-Peter
sont ceux relatifs au transport de sédiment dans les rivières alpines, notamment la formule dite
Meyer-Peter-Müller (1948) obtenue par la compilation de données expérimentales obtenues pen-
dant 16 années à l’ETHZ.
10. Robert Müller (1908–1987) était un ingénieur hydraulicien suisse spécialisé dans le transport
de sédiment et les problèmes d’érosion. Il fit l’essentiel de sa carrière au VAW de l’ETH, où il travailla
notamment avec Hans Einstein et Eugen Meyer-Peter. En 1957, il démissionna et exerça une activité
de conseil en hydraulique. Il s’intéressa plus particulièrement à la correction des eaux dans le canton
du Jura et à la liaison des lacs de Murten, Bienne, et Neuchâtel.
124 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Parker (2006) recommandent de prendre plutôt ks = 2d90 , ce qui est utilisée notamment
dans la formule de Keulegan, et est cohérent avec des données de laboratoire (Kamphuis,
1974) ; dans ce cas, K est donné par
26 23,1
K= 1/6
= 1/6
.
ks d90
Les valeurs de K sont aussi tabulées en fonction du type de cours d’eau :
– canal en béton lisse : K = 55 − 80 m1/3 s−1 ;
– canal en terre : K = 40 − 60 m1/3 s−1 ;
– rivière à galet, rectiligne, section uniforme : K = 30 − 40 m1/3 s−1 ;
– rivière avec méandre, sinuosité, etc. : K = 20 − 30 m1/3 s−1 ;
– rivière végétalisée ou torrent : K = 10 m1/3 s−1 .
Principalement dans les pays anglo-saxons, on écrit aussi K en fonction du coefficient de
Manning n
1
K= .
n
Notons que la formule de Manning–Strickler ne s’applique pas sur des fonds très lisses
(béton lissé par exemple). On pose parfois la relation suivante
K < 78ū1/6 ,
qui fournit la borne supérieure du coefficient K en fonction de la vitesse moyenne ū. En
pratique, cette borne supérieure se situe entre 80 et 100 m1/3 s−1 .
↬ On se reportera à la publication « Rauheiten in ausgesuchten schweizerischen
Fliessgewässern » (en allemand) du Bundesamt für Wasser und Geologie (maintenant rat-
taché à l’Office fédéral de l’énergie) pour une analyse de 12 cours d’eau en Suisse pour
différents débits. Cet ouvrage fournit une estimation du paramètre de Manning–Strickler
K en fonction des conditions hydrologiques, morphologiques, granulométriques, et hy-
drauliques.
On pourra aussi se référer au site de l’USGS pour un catalogue de valeurs de n = 1/K
pour différentes rivières (américaines) ; le tableau fournit à la fois des photographies de
biefs et les caractéristiques des sections mouillées.
Loi de Darcy–Weisbach
On prendra garde que dans un certain nombre de formules de résistance (dont la loi de
Darcy–Weisbach), le nombre de Reynolds est défini à partir du rayon hydraulique
4RH ū
Re = ,
ν
car en hydraulique en charge, le nombre de Reynolds est défini à partir du diamètre hy-
draulique DH et qu’on a DH = 4RH .
Loi de Chézy
La loi de Chézy est la formule historique, peu utilisée aujourd’hui si ce n’est pour
obtenir des ordres de grandeur
ϱg
τp = 2 ū2 , (5.8)
C
avec C le coefficient de Chézy variant dans la fourchette 30–90 m1/2 s−1 (du plus rugueux
au plus lisse).
Loi de Keulegan
qui fournit des résultats bien meilleurs que la formule de Keulegan pour des lits très ru-
gueux (h/ks < 5).
11. Garbis Hvannes Keulegan (1890–1989) était un mécanicien américain d’origine arménienne.
Il commença ses études en Turquie, puis émigra aux États-Unis pour les achever. Il fit l’essentiel de
sa carrière dans le National Bureau of Standards (NBS), où il participa à la création du NBS National
Hydraulic Laboratory. Ingénieur de recherche, il travailla principalement sur les écoulements tur-
bulents stratifiés. La loi qui porte son nom date de 1938 et résultait d’une étude expérimentale des
profils de vitesse pour des écoulements à surface libre dans des canaux rugueux.
126 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Synthèse
Tableau 5.2 – Vitesse moyenne, hauteur normale, et pente de frottement selon la loi de
frottement utilisée.
loi de frottement ū hn a j
3/5
√ 2/3 q ū2
Manning-Strikler ū = K iRH hn = √ j= 4/3
K i K 2 RH
r s !2/3
8g √ 1/2 f ū2 f (RH )
Darcy–Weisbach ū = iRH hn = q j=
f 8gi 2g 4RH
2/3
√ 1/2 q ū2
Chézy ū = C iRH hn = √ j=
C i C 2 RH
a
uniquement pour un canal infiniment large
5.3 Régime permanent uniforme 127
Figure 5.32 – Délimitation et typologie des zones turbulentes dans un écoulement à sur-
face libre.
a son importance pour fixer la condition à la limite pour la vitesse. Une hypothèse
usuelle tirée d’arguments dimensionnels est de relier la longueur de mélange à la
profondeur de la manière suivante :
ℓm = κy
avec κ la constante de von Kármán (κ = 0,41). Dans cette zone qui s’étend sur
environ 20 % de la hauteur d’écoulement, le profil de vitesse est logarithmique pour
les raisons indiquées ci-après. On parle donc aussi de couche logarithmique ;
– près de la surface libre, la turbulence est fortement influencée par la surface libre.
On parle de couche de surface ;
– entre les deux couches, se trouve une région dite intermédiaire où la turbulence
résulte d’échanges entre les deux zones précédentes. La valeur de la longueur de
mélange dans les deux couches supérieures peut être estimée de la manière sui-
vante :
ℓm ≈ βh
avec β un paramètre empirique de valeur proche de 0,12.
Examinons ce qui se passe pour l’écoulement près de la paroi. En régime permanent
uniforme, l’équation de conservation de la quantité de mouvement implique que la distri-
bution de contrainte de cisaillement est linéaire avec la profondeur,
On retrouve qu’au niveau du lit (y = 0), la contrainte à la paroi vaut τp = τ (0) = ϱgh sin θ
(voir la condition d’équilibre au § 5.3). En égalant cette distribution avec la loi de Prandtl
(5.10), on déduit une équation différentielle pour la vitesse moyenne ⟨u⟩
d⟨u⟩ 2
τ (y) = ϱg sin θ(h − y) = ϱ κy .
dy
En définissant la vitesse de frottement
r
τp p
u∗ = = gh sin θ,
ϱ
5.3 Régime permanent uniforme 129
on obtient : r
d⟨u⟩ 1 u∗ y
= 1− .
dy κ y h
En se limitant aux termes du premier ordre en y/h, puis par intégration, on obtient le
profil de vitesse à proximité de la paroi :
⟨u⟩ 1 y
= ln ,
u∗ κ y0
où y0 est une profondeur à laquelle on admet que la vitesse s’annule (au niveau de la sous-
couche visqueuse). On trouve donc que le profil des vitesses moyennes est logarithmique
comme cela a été indiqué plus haut. Naturellement, cette expression, valable pour des pa-
rois lisses, doit être corrigée si l’on veut prendre en compte une rugosité du fond. Pour des
surfaces rugueuses, deux types de condition aux limites sont mis en évidence en fonction
de la taille typique des grains composant la rugosité (ks ) et de l’épaisseur de la sous-couche
visqueuse (δ) :
– les surfaces dites lisses (ks ≪ δ) ;
– celles dites rugueuses (ks ≫ δ).
Pour une surface rugueuse, les expériences en conduite indiquent que la distance y0
vérifie : y0 = ks /30 (Keulegan, 1938). Dans ce cas, par intégration du profil des vitesses
moyennes et en supposant que la hauteur d’écoulement h est bien plus grande que la
distance y0 , on déduit que la vitesse moyenne de l’écoulement est :
Z h
1 u∗ 30h 11h
ū = ⟨ū⟩dy = ln − 1 ≈ 2,5u∗ ln .
h 0 κ ks ks
Pour une surface plane (en pratique pour des rugosités de surface inférieures à 250
mm), les expériences montrent que la distance y0 vérifie : y0 ≈ ν/9u∗ . On en déduit que
le profil de vitesse près d’une paroi lisse :
ū 1 9u∗ y
= ln ,
u∗ κ eν
avec e = 2,718.
Jusqu’à une époque récente, une pratique courante consistait à extrapoler à tout l’écou-
lement l’expression de la longueur de mélange valable à la paroi. À partir des années 1960,
des termes de correction ont été rajoutés pour tenir compte de la modification de la turbu-
lence loin des parois. Parmi les plus connues, la loi (empirique) de sillage de Coles donne
de bons résultats pour de nombreuses classes d’écoulement. La méthode consiste à ajouter
à la loi logarithmique un terme correctif de la forme suivante :
u 1 y Π πz
= ln + sin ,
u∗ κ y0 κ 2h
avec Π un paramètre d’intensité, comprise entre −0,1 et 0,2 lorsque le nombre de Reynolds
Re = ūh/ν est supérieur à 2000, et proche de zéro lorsque le nombre de Reynolds est
inférieur à 500 (pour un canal à surface libre). En pratique, la loi de Coles est peu utilisée
en hydraulique car elle amène une correction de faible ampleur pour le profil de vitesse.
130 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
20 (a)
15
10
0
0 50 100 150
(b)
4
0
0 200 400 600 800
Figure 5.33 – (a) Section en travers de la rivière Boise dans l’Idaho (États Unis). (b) Courbe
de tarage ; le débit de plein bord est Qpb = 585 m3 /s ; les points rouges représentent
les mesures alors que la courbe continue fournit la prédiction du modèle de Manning–
1/6
Strickler avec K = 23/d90 = 31 m1/3 /s où d90 = 174 cm. Données obtenues par Boise
Adjudication Team (King, 2004; Whiting et al., 1999)
Hauteur normale
350
(a) ( b) 120 (c)
2.5
300
100
250 2.0
80
200
1.5
60
150
1.0
40
100
0.5 20
50
0 0.0 0
0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 4 5 0 1 2 3 4 5
Figure 5.34 – (a) Section mouillée en fonction de la hauteur S(h). (b) Rayon hydraulique
Rh (h) et hauteur moyenne h̄(h). (c) Périmètre mouillé χ(h) et largeur au miroir B(h).
Données obtenues pour la rivière Boise dans l’Idaho (États Unis) par Boise Adjudication
Team (King, 2004; Whiting et al., 1999)
avec q = Q/B le débit par unité de largeur. La hauteur normale est une fonction du débit
et de la pente.
Si pour un canal rectangulaire ou un rivière de grande largeur (par rapport à la hauteur
d’écoulement), profondeur et hauteur moyenne sont égales, cela n’est pas le cas dans le
cas général, et il faut donc faire attention à quelle grandeur on calcule.
Les géométries de canaux les plus courantes sont la section trapézoïdale (en terre pour
la navigation et l’irrigation), rectangulaire (béton ou maçonnerie pour les aménagements
hydrauliques), ou circulaire (en béton pour l’assainissement pluvial).
Tableau 5.3 – Hauteur, section, périmètre mouillé pour trois géométries usuelles. Voir
figure 5.4.1 pour la notation.
type circulaire rectangulaire trapézoïdal
h R(1 − cos δ) h h
S R2 (δ − sin δ cos δ) Bh (B + b)h/2
χ 2Rδ B + 2h 2h/ cos ϕ + b
132 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.35 – Sections usuelles pour des canaux. (a) Buse circulaire. (b) Canal à section
rectangulaire. (c) Canal à section trapézoïdale.
Courbe de tarage
avec d65 le diamètre des particules tel que 65 % (en poids) des grains du lit aient un diamètre
inférieur.
La morphologie d’un chenal varie en fonction de la pente de telle sorte qu’il y ait un cer-
tain équilibre entre la pente (terme gravitaire moteur dans les équations du mouvement),
le débit liquide, et le débit solide :
– Pour les rivières (naturelles) de plaine, la sinuosité du lit, la possibilité de migration
des méandres, et le développement de structures morphologiques (dunes, bancs de
sable) permettent d’obtenir cet équilibre moyen.
– Pour les rivières torrentielles et les torrents, cet équilibre se manifeste principale-
ment à travers un équilibre de la section en travers et il existe une relation entre
granulométrie du lit, capacité de transport, et débit dominant ; la dissipation d’éner-
gie est variable en fonction de la composition granulométrique du lit (plus le lit
est grossier, plus la dissipation d’énergie est importante) et des structures morpho-
logiques (distribution régulière de seuils et de mouilles, antidune). En général, les
lits composés d’éléments granulométriques variés sont pavés (armoring en anglais),
c’est-à-dire qu’il se forme une couche à la surface du lit, composée d’éléments gros-
siers, offrant une bonne résistance à l’érosion et permettant de dissiper suffisam-
ment d’énergie. Le pavage est généralement stable (c’est-à-dire il n’est pas « af-
fouillé » par les petites crues), mais il peut être détruit lors de grosses crues. Pavage
et structures morphologiques évoluent sans cesse soit par ajustement local (petite
crue), soit par déstabilisation massive, puis restructuration ; les échelles de temps
associées varient fortement :
aller jusqu’à leur destruction (voir figure 5.16). Dans ce cas-là, on assiste à une variation
très importante de la résistance à l’écoulement ; cela se manifeste par exemple par une
modification significative de la valeur de K au cours de la crue. La figure 5.36 montre un
exemple de modification de la valeur du coefficient de Manning n = 1/K durant une forte
crue. Pour les torrents (voir figure 5.37), la dissipation d’énergie est souvent due aux struc-
tures morphologiques tels que les seuils ; lors des crues, ces seuils peuvent être détruits ou
bien submergés, et dans les deux cas, il y a forte diminution de la rugosité.
30
25
20
15
10
0
0.0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 3.5
Figure 5.37 – Dans les torrents, il y a peu d’eau, mais la vitesse est élevée et la dissipation
d’énergie est grande. (a) L’Avançon au-dessus des Plans-sur-Bex (VD). (b) Le Nozon au-
dessus de Pompaples.
Ainsi lorsqu’il y a des structures morphologiques de type dune, il faut tenir compte
des dissipations supplémentaires induites. La dissipation d’énergie due à la présence de
ces structures peut être importante. Elle est due :
Pour quantifier ces effets, considérons une alternance de dunes le long du lit, de hau-
teur caractéristique a et de longueur L. En première approximation, on peut admettre que
l’on peut assimiler la dissipation d’énergie induite par les dunes à une perte de charge sin-
gulière : la dune se comporte comme un rétrécissement de la section d’écoulement, suivi
d’un élargissement brusque. À l’aide d’une formule de perte de charge pour écoulements
136 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
ū2 a 2 Cf ū2
∆H = ∆H1 + ∆H2 = α +L ,
2g h RH 2g
On peut calculer un coefficient de frottement équivalent Cf∗ comme étant la somme des
pertes de charge locale dues à la dune :
L ū2
∆H = Cf∗ ,
h 2g
soit encore
a2
Cf∗ = Cf + α .
Lh
q
On peut également en déduire un coefficient de Chézy equivalent : Ceq. = 2g/Cf∗ . On
en déduit une nouvelle loi d’écoulement similaire à l’équation (voir tableau 5.2) obtenue
pour un régime uniforme sur fond plat :
s
Lh √ √
ū = C 2 2
sin θ h.
Lh + αa C /(2g)
Ce petit calcul simple permet de montrer que, plus la taille de la dune augmente, plus
la vitesse moyenne d’écoulement diminue. Il existe des formules empiriques comme celle
de Sugio pour des cours d’eau naturels (0,1 < d50 < 130 mm) et des canaux (0,2 < ks < 7
mm) :
0,54 0,27
ū = KRH i ,
avec K = 54 − 80 pour des dunes, K = 43 pour une rivière à méandre. D’autres formules
ont été développées, mais elles présentent à peu près toutes l’inconvénient de ne fournir
que des tendances car les données expérimentales sont très dispersées.
5.5 Régime permanent non-uniforme 137
Comme précédemment au § 5.2.2, on rappelle qu’on a supposé ici qu’on avait un canal
descendant dans la direction des x croissants : on a posé i = −dz/dx > 0. Si on change les
axes ou les orientations du canal, il faut penser à veiller à ce que l’équation soit consistante
avec ces changements.
Dans le cas d’un canal infiniment large sur faible pente (Rh ∼ h et cos θ ∼ 1) et d’une
rugosité de type Chézy, on peut également la mettre sous la forme suivante dite équation
de Bresse :
dh 1 − (hn /h)3
=i , (5.12)
dx 1 − (hc /h)3
où l’on a posé :
– la hauteur normale hn , qui est solution de l’équation τp = ϱghn sin θ (solution :
hn = (q 2 /(C 2 i))1/3 pour un canal infiniment large) ;
– la hauteur critique hc = (q 2 /g)1/3 .
Si on choisit une loi de Manning–Strickler, l’équation de Bresse s’écrit alors
dh 1 − (hn /h)10/3
=i , (5.13)
dx 1 − (hc /h)3
√
avec cette fois-ci hn = (q/(K i))3/5 .
Cette forme de Bresse est pratique car elle permet de rapidement déterminer le signe
du numérateur N et dénominateur N . Par exemple, si h > hn et h > hc , alors N > 0 et
D > 0. Par ailleurs, on peut facilement déterminer le régime d’écoulement :
– si hn > hc , l’écoulement est subcritique (Fr < 1) ;
– si hn < hc , l’écoulement est supercritique (Fr > 1).
Pour s’en convaincre, il suffit de noter que si hn > hc , alors
q2 q2
h3n > h3c ⇒ h3n > ⇒ 1 > 3 1 > Fr.
g ghn
138 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
d ū2 dh
+ = i − j,
dx 2g dx
or
d ū2 Q2 S ′ Q 2 B ′ h + h′ B ′ ′
2B h + h B
= −2 = − = −Fr .
dx 2g 2g S 3 g S3 B
On tire après réarrangement
j − i − Fr2 B ′ h/B
h′ (x) =
Fr2 − 1
Relation avec le tirant d’eau. On touche ici une limite de la courbe de remous dé-
duite de l’application du théorème de Bernoulli. Pour un canal quelconque, il faut savoir
comment définir la charge hydraulique et la relier à des variables de l’écoulement. Plutôt
que la hauteur moyenne h = S/B, on peut préférer utiliser la profondeur maximale (ti-
rant d’eau) dans la définition de la charge (Graf & Altinakar, 1993; Hager & Schleiss, 2009).
Pour un canal quelconque, la surface S est alors une fonction de h et x. On pose
∂S
= B.
∂h
La courbe de remous est alors
Q2 ∂S
j−i−
gS 3 ∂x
h′ (x) = (5.15)
Fr − 1
2
Cas particulier des canaux prismatiques. Un cas particulier important est le canal
prismatique, c.-à-d. un canal dont le profil en travers reste identique à lui-même le long de
l’axe x. La section d’écoulement S ne dépend que de la profondeur h et donc ∂x S = 0,
l’équation (5.15) devient alors
j−i
h′ (x) = 2 . (5.17)
Fr − 1
tandis que l’équation (5.14)
C’est une équation différentielle non linéaire du premier ordre. Pour résoudre cette
équation différentielle, il faut une seule condition aux limites (voir § 5.5.6). À noter en
premier lieu le comportement quand le numérateur ou le dénominateur s’annule :
– quand N = 0 c’est le régime permanent uniforme ;
– quand D = 0 la tangente de la courbe h(x) est verticale : variation brutale de hau-
teur d’eau. On est alors en dehors du cadre de nos hypothèses… Lorsque Fr = 1,
l’écoulement ne peut être décrit par l’équation de la courbe de remous.
De ce fait, quand on veut tracer la courbe de remous, on a intérêt à calculer tout d’abord
les hauteurs normale et critique, puis à les tracer. Cela permet de déterminer le régime
d’écoulement (on rappelle si hn > hc , alors le régime est subcritique, et inversement), et
donc de placer (voir § 5.5.6). Une fois que la condition aux limites est placée par rapport
aux hauteurs normale et critique, la forme l’équation de Bresse permet de déterminer le
signes du numérateur N et dénominateur D. Par exemple, si h > hn , alors N > 0. On
peut donc facilement savoir si la hauteur est croissante ou décroissante.
Asymptotiquement pour x suffisamment grand, on a h(x) → hn . Si la longueur de
l’intervalle est suffisamment grande, on doit donc trouver que la hauteur tend vers la hau-
teur normale. Comme le montre la figure 5.39, la forme de la solution dépend du signe de
N et D ainsi que de la position de la condition aux limites (placée à l’aval ou à l’amont)
vis-à-vis des hauteurs normale et critique hn et hc .
À noter enfin que la courbe h(x) tend toujours vers hn (mais pas nécessairement dans
le domaine d’intégration !), mais si elle rencontre h = hc , un ressaut hydraulique (ou bien
une chute) se produit. Le passage transcritique produit une discontinuité de la solution.
Il faut alors recourir à une résolution de l’équation de part et d’autre de la discontinuité
(ressaut ou chute), et relier les deux arcs de solution par une relation de conjugaison (voir
§ 5.6.2) ou un calcul de charge hydraulique au voisinage de la singularité (voir § 5.6.4).
Pour les solutions continues, on peut proposer une classification de la forme des courbes
de remous (voir § 5.5.5).
Lorsque la pente est négative, on parle de profil adverse A. Notons qu’il n’y a pas de hauteur
normale dans ce cas-là.
Ce sont les courbes observées pour un canal descendant (i > 0) à pente faible (hn >
hc ). On distingue trois branches :
– h > hn > hc : la courbe est tangente à hn à l’amont et sa tangente devient horizon-
tale à l’aval. On rencontre ce type de courbe à l’amont d’un barrage, d’un lac, ou
d’un obstacle. Le profil est croissant (h′ > 0).
– hn > h > hc : la courbe est tangente à hn à l’amont. Le profil est décroissant
(h′ < 0). Sa tangente aurait tendance à devenir verticale à l’aval car la courbe de
remous croise la hauteur critique. On rencontre ce type de courbe à l’amont d’une
chute ou de toute variation brutale de la pente, où il y a passage d’un écoulement
fluvial à torrentiel.
– hn > hc > h : la courbe est tangente à hn à l’amont. Le profil est croissant (h′ > 0).
À l’aval il se forme un ressaut. On rencontre ce type de profil à la sortie d’une vanne
142 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
M1
hn
hc
M2
hn
hc
M3
hn
hc
Ce sont les courbes observées pour un canal descendant (i > 0) à pente forte (hn < hc ).
On distingue là encore trois branches :
– h > hc > hn : la courbe est tangente à hn à l’aval et sa tangente tendrait à devenir
verticale à l’amont car la courbe de remous croise la hauteur critique. On rencontre
ce type de courbe à l’amont d’un barrage ou d’un changement de pente. Le profil
est croissant (h′ > 0).
– hc > h > hn : la courbe est tangente à hn à l’aval. Le profil est décroissant (h′ < 0).
Sa tangente aurait tendance à devenir verticale à l’amont. On rencontre ce type
de courbe à l’aval d’une augmentation brutale de la pente, où il y a passage d’un
écoulement fluvial à torrentiel, ou bien lors d’un élargissement brutal de la section
d’écoulement.
– hc > hn > h : la courbe est tangente à hn à l’aval. Le profil est croissant (h′ > 0). À
l’aval il se forme un ressaut. On rencontre ce type de profil à la sortie d’une vanne
dénoyée lorsque la pente du radier à l’aval est forte.
S 1
hc
hn
S 2
hc
hn
S 3
hc
hn
√
Figure 5.42 – Propagation d’une petite intumescence à la vitesse c = gh le long de la
surface libre d’un écoulement de vitesse moyenne u.
Figure 5.44 – Quelques exemples des courbes de remous en fonction des aménagements.
5.6 Courbes de remous et écoulement critique 147
Dans la plupart des ouvrages, le terme cos θ est omis car la pente est faible et donc cos θ ≈ 1.
Le débit critique ne dépend pas (fortement) de la pente, mais uniquement du débit liquide.
Pour un canal de section quelconque, on prendra garde que le nombre de Froude se définit
comme
Q2 ∂S
Fr2 = ,
gS 3 ∂h
et si le canal est prismatique (c.-à.d. il garde la même section), alors on simplifie cette
expression :
Q
Fr = r , (5.20)
S
S g
B
avec S la section mouillée et B = ∂h S la largeur au miroir. La hauteur critique est celle
qui vérifie Fr = 1, donc la solution de l’équation non linéaire
S 3 (hc )
g = Q2 . (5.21)
B(hc )
148 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Définition
Un ressaut hydraulique est une variation rapide du niveau d’eau lors du passage d’un
écoulement supercritique à subcritique.
Le ressaut stationnaire est le cas le plus fréquent : il correspond à une vague station-
naire au sein de laquelle le régime d’écoulement passe de supercritique à subcritique. Les
ressauts hydrauliques stationnaires sont souvent observés au pied d’aménagements hy-
drauliques tels que les évacuateurs de crue des barrages ou les seuils. La photographie 5.45
montre un ressaut au pied du seuil, qui sert à alimenter le laboratoire d’hydraulique Saint-
Anthony Falls (SAFL) à Minneapolis. La photographie 5.46 montre le ressaut formé au pied
du barrage de Grangent (sur la Loire, France) lors du passage d’une crue.
Figure 5.45 – Ressaut hydraulique stationnaire sur le Mississippi au pied du seuil du Saint-
Falls Laboratory de Minneapolis (États-Unis). Source : Wikimedia.
Il existe aussi des ressauts mobiles. C’est le cas par exemple lors du déferlement de
vagues sur une plage ou bien lorsque le front d’une onde de crue devient très raide et prend
l’apparence d’un mur d’eau (voir photographie 5.47). Pour les fleuves qui n’ont pas été trop
perturbés par l’homme, les grandes marées peuvent provoquer une augmentation rapide
du niveau des eaux au niveau de l’embouchure ou du delta. Comme le fleuve est en régime
subcritique, cette montée des eaux provoque la formation d’une vague qui se remonte le
courant : on l’appelle mascaret. Le front du mascaret peut se déformer et déferler, ce qui
donne naissance à un ressaut mobile. La photographie 5.48 montre un mascaret, avec son
front déferlant, dans la Nith en Écosse.
Dans un ressaut, il y a une variation brutale du champ de vitesse sur une courte dis-
tance. La figure 5.49 montre la coupe d’un ressaut ; on note la forte vorticité dans les
couches supérieures du ressaut qui accompagne l’augmentation de hauteur. Au niveau
d’un ressaut, la courbure de la ligne d’eau est trop importante, et la dissipation d’énergie
devient significative. Il s’ensuit que les conditions d’application du théorème de Bernoulli
et l’équation (5.11) de la courbe de remous cessent d’être valables.
On utilise alors le théorème de quantité de mouvement de part et d’autre du ressaut
(sur un volume de contrôle V , dont la surface est S) pour simplifier le problème et déduire
5.6 Courbes de remous et écoulement critique 149
Figure 5.46 – Crue de la Loire de novembre 2008 et passage de la crue au niveau de l’éva-
cuateur de crue du barrage de Grangent. Source : DIREN.
Figure 5.47 – Arrivée du front (ressaut mobile) d’une crue sur la rivière Zavragia (Tessin)
en juillet 1987 ; les deux clichés sont pris à 15 mn d’intervalle. Source : Toni Venzin.
les caractéristiques du ressaut. Pour cela on considère un volume de contrôle (par unité
de largeur) de part et d’autre du ressaut (voir figure 5.50). Notons que l’écoulement va de
la gauche vers la droite et il faut se souvenir que dans ce sens d’écoulement, un ressaut
provoque une augmentation de hauteur, jamais une diminution (en effet le ressaut est
associé à une dissipation d’énergie, donc à un ralentissement de l’écoulement). La tranche
amont (resp. aval) est référencée par l’indice 1 (resp. 2). La longueur du volume de contrôle
est L.
150 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.48 – Mascaret (ressaut mobile) la Nith, un fleuve écossais qui connaît des masca-
rets lors des grandes marées. Source : The Caerlaverock Community.
Figure 5.49 – Ressaut hydraulique (Fr1 ≈ 6). L’écoulement va de la gauche vers la droite.
En haut : vue de côté d’un canal expérimental ; en bas : simulation numérique. (Viti et al.,
2018).
(b)
Figure 5.50 – Schématisation d’un ressaut. (a) Pour étudier le ressaut hydraulique, on
considère un volume de contrôle (cadre tireté de couleur cyan). (b) Sur ce volume de
contrôle, on fait un bilan de quantité de mouvement et de forces. Le profil de pression
est linéaire (distribution hydrostatique des pressions reportée en orange), et le profil de
vitesse est uniforme à travers la hauteur d’écoulement. Sur la face amont À, la force de
pression pousse le fluide, alors que pour la face aval Á, la force de pression retient le fluide.
(c) La variation brutale du niveau d’eau sur une courte est remplacée par une discontinuité
de la hauteur d’eau (et de la vitesse). Le traitement permet de simplifier grandement la va-
riation du profil de hauteur en le remplaçant par un profil discontinu.
q = ū1 h1 = ū2 h2 .
1 2 3 4 5
Figure 5.51 – Variation du rapport h2 /h1 en fonction du nombre de Froude√ amont (trait
continu). La courbe en tireté montre l’approximation linéaire h2 /h1 = Fr 2 − 1/2.
La figure 5.51 montre que le rapport h2 /h1 varie de façon à peu près linéaire avec le
nombre de Froude amont Fr1 .
L’équation (5.23) s’appelle équation de conjugaison et les hauteurs h1 et h2 sont dites
conjuguées. La perte de charge associée se calcule en calculant la différence de charge entre
les points 1 et 2, et en éliminant le débit q à l’aide de la relation (5.22) :
p 3
u2 − u21 (h2 − h1 )3 1 + 8Fr1 − 3
2
∆H = H2 − H1 = h2 − h1 + 2 =− = −h1 p .
2g 4h1 h2 16 1 + 8Fr21 − 1
(5.24)
La longueur du ressaut n’est en général pas très élevée, ce qui permet de justifier notre
approximation H6. Expérimentalement, Hager et al. (1990) ont trouvé par exemple que
l’on peut relier la longueur du ressaut et le nombre de Froude à l’amont :
L Fr1
= 160 tanh − 12, (5.25)
h1 20
5.6 Courbes de remous et écoulement critique 153
pour 2 < Fr1 < 16. Il existe une grande variété de formes des ressauts hydrauliques (voir
figure 5.52).
Application en ingénierie
Parmi les applications importantes des formules du ressaut, on peut par exemple citer
le dimensionnement des bassins d’amortissement placés au pied des évacuateurs de crue.
Il est important de bien dimensionner le bassin pour dissiper le plus possible d’énergie. La
perte de charge (dissipation locale due à la turbulence très importante au sein du ressaut)
peut être estimée à l’aide de la formule (5.24). Si l’énergie n’est pas correctement dissipée,
les ressauts hydrauliques ont une action érosive très importante. La figure 5.53 montre
l’évacuateur de crue du barrage d’Oroville dans son fonctionnement normal (noter les
blocs au pied de l’évacuateur de crue qui servent à briser l’énergie de l’eau) et après la
rupture du coursier en février 2017, qui a laissé redouter une rupture du barrage en remblai.
On notera l’action érosive de l’eau sur le cliché (b).
Principe
– La position du ressaut n’est en général pas fixée par une singularité (p. ex. un chan-
gement de section), donc rien dans la géométrie du bief ne peut a priori nous aider
à fixer la position du ressaut.
154 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.53 – Évacuateur de crue du barrage d’Oroville (Californie) avant (a) et après (b)
la crue de février 2017. Source : California Department of Water Resources.
– On pourrait penser que la position du ressaut est fournie par l’équation de la courbe
de remous (5.11), à l’endroit où le dénominateur s’annule (h → hc ou bien Fr → 1).
Mais singularités mathématique et hydraulique ne coïncident pas (l’équation de la
courbe de remous se fonde sur l’hypothèse d’écoulement avec de faibles gradients
de la surface libre, elle n’est donc pas valide lorsque le gradient de hauteur varie
fortement).
(a) C D
A
B
(b) C D
A
B
(a)
Figure 5.54 – (a) Ressaut stationnaire entre deux courbes de remous, l’une en régime
subcritique à l’aval, l’autre en régime supercritique à l’amont. (b) Forme de la surface libre.
fournit les méthodes de calcul numérique avec python pour résoudre l’exemple présenté
ici.
dh 1 − (hn /h)3
=i , (5.27)
dx 1 − (hc /h)3
3.25
3
D’
2.75
2.5
h
2.25
C
O
2
1.75 D
A
1.5
0 50 100 150 200
x
Figure 5.56 – Courbes de remous : solution donnée par l’équation (5.12) (courbe continue),
courbe conjuguée (trait discontinue), et position du ressaut (courbe en gras).
158 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.57 – Variation d’une ligne d’eau le long d’une protubérance du lit.
ū2 ū2
+ h + z = 0 + h 0 + z0 ,
2g 2g
qui peut se transformer en divisant par h0 (et puisque z0 = 0 et ū = ū0 h0 /h) :
1 h0 2 h z 1
F0 + + = F02 + 1. (5.29)
2 h h0 h0 2
Il existe certaines contraintes quant à l’utilisation de cette équation pour déterminer la
ligne d’eau dans des cas concrets. En effet si on différentie (5.29) par x, on obtient
2
ū dh dz
−1 = ,
gh dx dx
√
ce qui montre que sur la crête de l’obstacle (z = zm , z ′ = 0) on doit avoir Fr = ū/ gh = 1
(écoulement critique) ou bien h′ = 0. Notons aussi que si localement le nombre de Froude
vaut 1, alors z ′ = 0, ce qui veut dire que le nombre de Froude ne peut pas dépasser la
valeur critique 1 (ou bien passer au-dessous de 1 si F0 > 1) quand F0 < 1. Un écoulement
subcritique reste subcritique (et inversement pour un écoulement supercritique). En effet,
si F0 < 1, alors h décroît au fur et à mesure que l’on s’approche de l’obstacle et Fr augmente
en conséquence. Quand on est au somment de la bosse, z est maximal (z ′ = 0) et F peut
5.6 Courbes de remous et écoulement critique 159
Dune
ū2
Hs = h cos θ + ,
2g
et on a supposé que la pression était hydrostatique (ce qui se montre en considérant la
projection selon y de la quantité de mouvement et en supposant que les variations de
hauteur sont faibles) : p = ϱgh cos θ.
En régime permanent et uniforme, l’énergie spécifique est constante et on retrouve que
la contrainte de cisaillement varie selon l’expression déjà vue dans le chapitre consacré au
régime permanent uniforme y
τ = τp 1 − ,
h
avec la contrainte au fond τp = ϱgh sin θ. On a reporté sur la figure 5.59 la variation de
l’énergie spécifique en fonction de la hauteur d’écoulement à débit constant. L’effet d’une
protubérance sur la contrainte de cisaillement dépend du régime d’écoulement. La protubé-
rance du fond a modifié la surface libre de l’eau (voir fig. 5.58). Elle induit donc le passage à
un régime non uniforme. Recherchons comment varie la contrainte de cisaillement de part
et d’autre de la protubérance. On se placera dans le cas d’un régime fluvial (le traitement
du régime torrentiel est similaire).
En régime fluvial, en admettant que l’énergie totale (Hs + yℓ , avec yℓ la cote du fond)
se conserve, l’énergie spécifique au droit de la protubérance (point 3) doit être plus faible
que l’énergie spécifique du régime uniforme (point 1). La différence entre les deux énergies
vaut a. Comme l’indique la figure 5.59, cela conduit aux deux observations suivantes :
– sur la face amont de la protubérance, la contrainte de cisaillement près du fond est
plus forte qu’en régime uniforme ;
160 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.58 – Variation d’une ligne d’eau le long d’une protubérance. On a également
reporté les variations de la contrainte de cisaillement selon que l’on est à l’amont ou à l’aval
de la protubérance. La variation de la contrainte de cisaillement en régime non uniforme
est calculée à partir de l’équation (5.31).
– sur la face aval, la contrainte de cisaillement est plus faible près du fond que celle
déterminée en régime uniforme.
Lorsqu’on est près des conditions critiques d’érosion pour le régime uniforme, on en
déduit que la face amont sera le lieu d’une érosion plus importante et qu’inversement, la
face aval sera le siège d’un dépôt (si la contrainte pariétale est suffisamment faible). Lorsque
le processus d’érosion et dépôt de part et d’autre de la protubérance est opérant, on assiste
au déplacement de la structure ainsi créée. On désigne en général par dune le nom de telles
structures morphologiques, qui se déplace de l’amont vers l’aval.
Les déversoirs sont des ouvrages aux formes variées : déversoir à paroi mince pour
mesure un débit (plaque mince verticale), barrage-déversoir (barrage au fil de l’eau avec
évacuation du trop plein), déversoir mobile (vanne à clapet, vanne à batardeaux, etc.) qui
permet d’ajuster la pelle, et déversoir à seuil épais (ouvrage souvent profilé). Un seuil per-
met de « contrôler » un débit (voir figure 5.60), par exemple pour créer un plan d’eau, pour
augmenter les hauteurs d’eau à l’étiage, ou alimenter des prises d’eau. Les seuils peuvent
aussi avoir une fonction de protection contre les crues, par exemple avec un évacuateur
de crue sur les barrages de production hydroélectrique et un écrêteur de crue sur les cours
d’eau (voir figure 5.61).
5.6 Courbes de remous et écoulement critique 161
3 2
6
1
4
0 2 4 6 8
Figure 5.59 – Variation de la charge totale en fonction de la hauteur (à débit constant) pour
le régime permanent uniforme établi loin de la protubérance. La courbe en pointillé cor-
respond à la charge totale au droit de la protubérance (déduite d’une translation verticale
de a de la courbe précédente). Les points 1, 2, 3 renvoient aux indices des hauteurs d’écou-
lement sur la figure 5.58. Dans le diagramme H(h), les courbes sont toutes parallèles et la
distance entre deux courbes correspond à la différence d’énergie potentielle (la cote du lit
yℓ ). On a supposé ici qu’il n’y avait pas de changement de régime (on reste en subcritique),
donc sur la mêmes branche. Le passage d’une courbe de charge H à une autre se produit
continûment (sans ressaut hydraulique ou chute). S’il y a changement de régime – par
exemple si, lors du passage de l’obstacle, l’écoulement initialement subcritique accélère et
subit une transition supercritique – alors on passe d’une branche subcritique (ξ > 1) à
une branche supercritique (ξ < 1), et le passage d’une courbe à l’autre se fait de façon
discontinue (ressaut).
162 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.60 – (a) Seuil droit sur la Garonne à Toulouse (France). (b) Déversoir latéral sur
l’Aar à Berne. (c) Seuil sur le Doubs à Besançon (France).
5.6 Courbes de remous et écoulement critique 163
Figure 5.61 – Barrage de la Rouvière (Gard, France). Ce barrage est un barrage écrêteur
de crue de type « pertuis vanné », qui sert à contrôler le débit sur le Crieulon. (a) vue
sur le barrage à l’étiage (cliché J. Fontanelli). (b) et (c) vues de l’ouvrage lors de la crue
exceptionnelle de septembre 2002 (source : Conseil Général du Gard)
164 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
Figure 5.62 – Passage d’un seuil. Trait continu : seuil dénoyé ; trait pointillé : seuil noyé.
Attention les échelles de longueur ne sont pas respectées.
– estimer la hauteur d’eau équivalente juste à l’amont du seuil soit en résolvant (5.35)
avec H = q̄ 2 /(2gh2 ) + h (il faut donc résoudre une équation de degré 3) soit en
12. Un seuil épais a une épaisseur de crête ℓ telle que ℓ > 3(H − p).
5.6 Courbes de remous et écoulement critique 165
Le régime reste noyé tant que l’écoulement ne change pas de régime au passage du
seuil. Il faut donc une hauteur minimale h2 , qui peut s’estimer en considérant que le régime
est critique au passage du seuil pour cette hauteur minimale de h2 , et donc on a :
u0 p
Fr = √ = 1 ⇒ u0 = gh0 ,
gh0
13. Un seuil est dit dénoyé lorsque l’écoulement à l’aval du seuil n’influe pas sur l’écoulement à
l’amont, ce qui implique que la hauteur critique est bien atteinte au droit du seuil et/ou qu’un régime
supercritique s’établisse au pied du seuil. La photographie 5.63 montre par exemple l’existence d’un
ressaut à l’aval immédiat du seuil non visible sur le Tibre : le seuil est dénoyé. Voir la condition (5.37)
qui établit quand un seuil est noyé ou dénoyé.
166 Chapitre 5 Écoulement à surface libre
p
et si on considère que u0 = 2g (h1 − h2 ), alors la hauteur minimale vérifie h2 − p =
2(h1 − p)/3. Le critère pour observer un seuil noyé est donc
2
h2 − p ≥ (h1 − p). (5.37)
3
Pour prendre en compte le caractère approximatif, on introduit un coefficient de débit CD
et on écrit que le débit est alors une relation liant le débit et la différence de hauteur de
part et d’autre du seuil noyé :
p
q = CD 2g (h1 − h2 )1/2 (h2 − p). (5.38)
On note la continuité des relations de débit (5.36) et (5.38) lorsqu’on est à la transition entre
régimes noyé et dénoyé pour h2 − p = 2(h1 − p)/3. ⊓ ⊔
Figure 5.63 – Seuil dénoyé sur le Tibre au niveau de l’île Tibérine à Rome. L’apparition
d’eau blanche trahit la formation d’un petit ressaut à l’aval du seuil.
L
a plupaRt des fluides de notre environnement (eau, air, huile, etc.) sont dits
newtoniens car leur loi de comportement suit la loi de Newton. D’autres fluides
ne suivent pas cette loi et on les dit non newtoniens. La boue ou la peinture par
exemple sont des fluides non newtoniens.
−∇p + ϱg = 0,
La relation la plus simple que l’on puisse imaginer entre Σ et D est une relation li-
néaire. La loi expérimentale de Newton invite à écrire :
167
168 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
Forme générique
avec D le tenseur des taux de déformation (partie symétrique du gradient de vitesse ∇u). Il
faut compléter ce système par l’équation de continuité qui, pour un fluide incompressible,
prend la forme :
∇ · u = 0, (6.3)
pour aboutir aux équations complètes du mouvement. Il existe plusieurs façons d’écrire
l’équation de conservation de la quantité de mouvement (6.2). Par exemple, en utilisant
l’égalité (obtenue en se servant du théorème de Green-Ostrogradski) :
(u · ∇)u = ∇ · (uu),
∂u ∂v
+ = 0, (6.5)
∂x ∂y
∂v ∂v ∂v ∂p ∂ ∂u ∂v ∂2v
ϱ +u +v = ϱgy − +µ + + 2µ . (6.10)
∂t ∂x ∂y ∂y ∂x ∂y ∂x ∂y 2
Forme alternative
∂u ∂u ∂u ∂p ∂2u ∂2u
ϱ +u +v = ϱgx − +µ 2 +µ 2. (6.12)
∂t ∂x ∂y ∂x ∂x ∂y
On fait de même pour l’équation de Navier–Stokes (6.10) projetée selon y en différentiant
l’équation de continuité 6.5 par rapport à y, puis en substituant le terme de dérivée croisée
2 u:
∂xy
∂v ∂v ∂v ∂p ∂2v ∂2v
ϱ +u +v = ϱgy − + µ 2 + µ 2. (6.13)
∂t ∂x ∂y ∂y ∂x ∂y
170 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
Frontière solide
Pour une paroi solide (par exemple, sur une facette orientée par n), on considère que
la vitesse vérifie les deux conditions suivantes
– condition de non-pénétration : le fluide ne peut pas entrer dans le solide (qui est im-
perméable), donc la composante normale de la vitesse est nulle : un = u · n = 0 ;
– condition d’adhérence (ou de non-glissement) : le fluide adhère à la paroi solide, donc
la composante tangentielle doit également être nulle : ut = u · t = 0, avec t un
vecteur tangent à la paroi.
Il s’ensuit que la vitesse u est nulle le long d’une paroi solide. C’est la condition aux limites
cinématique.
Pour la condition aux limites dynamiques, on écrit qu’il y a équilibre de l’interface (si
celle-ci est fixe), donc d’après le principe d’action et de réaction, on a :
Σf luide · n + Σsolide · n = 0, (6.15)
6.1 Équations de Navier–Stokes 171
avec Σf luide le tenseur des contraintes fluides, Σsolide le tenseur des contraintes du so-
lide, puisque la contrainte au sein du fluide doit coïncider avec celle du solide le long de
l’interface.
Frontière matérielle
En général, une frontière matérielle est une interface mouvante entre deux fluides ;
dans quelques cas, par exemple pour la surface libre d’un écoulement permanent, cette
surface peut occuper un lieu fixe de l’espace.
On écrit F (x, t) = 0 l’équation (implicite) de la frontière. Par exemple, pour une
surface libre d’un écoulement d’eau le long d’une rivière, on écrit F = y − h(x, t) = 0,
avec h la hauteur d’eau par rapport au fond. La normale en tout point est donnée par
∇F /|∇F |. Une surface matérielle vérifie :
dF
= 0,
dt
car un point de la surface matérielle à un instant donné reste toujours sur cette surface
à n’importe quel autre instant (ses coordonnées peuvent changer au cours du temps si la
surface se déforme, mais il appartient toujours à l’interface). Par exemple, dans le cas de
la surface libre d’une rivière, on a :
dF d dy dh ∂h ∂h
= (y − h(x,t)) = 0 =⇒ v(u, h, t) = = = + (u, h, t) , (6.16)
dt dt dt dt ∂t ∂x
où v est ici la vitesse verticale (dans la direction y) de la surface libre.
Comme pour la paroi solide, la condition dynamique implique l’égalité des contraintes
entre les fluides des deux milieux au niveau de l’interface. S’il y a des effets de tension de
surface, il convient de rajouter un terme supplémentaire traduisant cette tension pour la
composante normale des efforts. Très souvent, dans le cas d’une surface libre d’un écoule-
ment d’eau, il est possible de négliger l’action du fluide ambiant (l’air) et dans ce cas, on
a:
Σf luide · n = (−p1 + T ) · n = 0, (6.17)
le long de la surface libre.
Figure 6.2 – Expérience de Newton. Cette expérience consiste à cisailler une couche de
fluide entre deux plaques (écoulement de Couette).
En 1904, Trouton 1 réalisa des expériences sur une barre de section carrée composée
d’un fluide très visqueux (bitume), qui consistait à étirer le fluide à une vitesse constante.
La figure 6.3 montre le principe de l’expérience. Le fluide subit une élongation axiale à la
vitesse constante α̇, définie comme étant : α̇ = ℓ̇/ℓ, où ℓ est la longueur de l’échantillon de
fluide. Pour ses expériences, Trouton trouva une relation linéaire entre la force normale
par unité de surface (contrainte normale) σ et la vitesse d’élongation :
1 dℓ
σ = µe α̇ = µe (6.19)
ℓ dt
Cette relation est structurellement très similaire à celle proposée par Newton, mais elle
introduit un nouveau coefficient, qu’on appelle de nos jours la viscosité de Trouton ou vis-
cosité élongationnelle. On trouve qu’on a la relation suivante entre viscosités µe = 3µ.
Cela peut sembler un peu gênant que deux expériences similaires (à première vue) ne
fournissent pas le même résultat. En fait ces deux expériences sont cohérentes si on se
1. Frederick Thomas Trouton (1863–1922) était un physicien anglais. On lui doit notamment la
loi de Trouton, qui énonce que le changement molaire d’enthalpie (ou de l’entropie) est constant
au point d’ébullition.
6.2 Base phénoménologique du modèle newtonien 173
Figure 6.3 – Expérience de Trouton. Il s’agit de l’élongation axiale d’un barreau de fluide
soumis à une contrainte normale σ.
sert des équations de Navier–Stokes, c’est-à-dire des équations du mouvement sous forme
tensorielle et non pas simplement de lois empiriques.
Dans le cas de l’expérience de Newton, on montre facilement que le champ de vitesse
est linéaire : u = U ex y/h. Le gradient de vitesse ou taux de cisaillement est γ̇ = ∂u/∂y =
U /h et on trouve que τ = µγ̇.
Dans le cas de l’expérience de Trouton, on peut facilement résoudre les équations de
Navier–Stokes si l’on néglige les termes inertiels (c’est-à-dire le terme ϱdu/dt), ce qui
est plausible car, pour pouvoir faire une expérience d’élongation, il faut choisir un fluide
très visqueux et le solliciter lentement (expérience à très faible nombre de Reynolds). Les
composantes du tenseur des taux de déformation sont :
−α̇/2 0 0
D= 0 α̇ 0 (6.20)
0 0 −α̇/2
Le tenseur des contraintes peut être écrit :
0 0 0
Σ= 0 σ 0 (6.21)
0 0 0
174 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
Une simple comparaison des équations (6.21) et Σ = −p1 + 2µD – avec D donné par
l’équation (6.20) – nous conduit à poser :
p = −µα̇,
et donc σ = 3µα̇, c’est-à-dire : µe = 3µ.
On va démontrer ces résultats plus rigoureusement ci-dessous (voir § 6.3.1 et § 6.3.2
pour les expériences de Newton et Trouton, respectivement).
du
ϱ = ϱg − ∇p + ∇ · T .
dt
On considère deux sortes de conditions aux limites :
– cinématique : que valent les vitesses aux limites du domaine fluide ?
– dynamique : quelles sont les forces sur ces limites du domaine ?
Pour les vitesses :
– le long des plaques (en y = 0 et y = h), la condition de non-pénétration implique
v=0 (6.22)
u = U en y = h, (6.23)
u = 0 en y = 0. (6.24)
F + Rx = 0.
−M g + Ry = 0.
soit Rx = −F et Ry = M g.
Cela donne donc : Z
Σ · ey dS = F ex − M gey ,
S
soit encore en y = h :
Mg
p − Tyy = , (6.25)
S
F
Txy =τ = , (6.26)
S
avec S la surface de la plaque ;
– sur la facette du fond, on pourrait écrire que la force exercée par le fluide doit cor-
respondre à la force de réaction du support, mais on n’a pas besoin de conditions
aux limites à cet endroit. On ne détaille donc pas cette condition.
176 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
Figure 6.5 – Expérience de Trouton. Il s’agit de l’élongation axiale d’un barreau de fluide
soumis à une contrainte normale σ = F /S (voir aussi figure 6.5).
où l’on note que les termes de cisaillement comme Dxy = (∂y u+∂x v)/2 sont nuls compte
tenu de la dépendance des composantes de la vitesse vis-à-vis des variables d’espace. Le
tenseur des extra-contraintes s’écrit donc :
2µu′ (x) 0 0
T = 2µD = 0 2µv ′ (y) 0 . (6.29)
0 0 ′
2µw (z)
Les équations de Stokes – c’est-à-dire les équations de Navier–Stokes sans terme iner-
tiel – pour un matériau incompressible s’écrivent :
∇ · u = 0,
−∇p + ∇ · T = 0.
6.3 Méthodes de résolution des équations de Navier–Stokes 179
∂p ∂Txx ∂p ∂2u ∂p
− + =− + 2µ 2 = − + 2µu′′ (x), (6.30)
∂x ∂x ∂x ∂x ∂x
où Txx = 2µu′ (x) est la contrainte normale dans la direction x. On fait de même pour les
autres directions :
∂p ∂Tyy ∂p ∂2v ∂p
−ϱg − + = −ϱg − + 2µ 2 = −ϱg − + 2µv ′′ (y), (6.31)
∂y ∂y ∂y ∂y ∂y
∂p ∂Tzz ∂p ∂2w ∂p
− + =− + 2µ 2 = − + 2µw′′ (z). (6.32)
∂z ∂z ∂z ∂z ∂z
L’équation de conservation de la masse donne :
∂u ∂u ∂w
+ + = 0. (6.33)
∂x ∂y ∂z
u s’annule en x = 0 et w en z = 0. (6.36)
Σf luide · n = (−p1 + T ) · n = 0,
v(y) = βy + γ,
avec γ une constante d’intégration. On se sert des conditions aux limites (6.34)–(6.35) pour
trouver :
ℓ̇
β = et γ = 0.
ℓ
′
On fait de même pour u = −β/2, dont l’intégration fournit :
β
u(x) = − x + η,
2
avec η une constante d’intégration. On se sert de la condition aux limites (6.36) pour trou-
ver :
η = 0.
6.3 Méthodes de résolution des équations de Navier–Stokes 181
β
w(z) = − z.
2
∂p
0 = −ϱg − , (6.39)
∂y
avec c une constante d’intégration qui dépend a priori de x et z. Pour déterminer cette
constante d’intégration, on substitue la forme (6.40) dans l’équation (6.30) de conservation
de la quantité de mouvement selon x :
∂c
0= . (6.41)
∂x
On en déduit que c est une constante indépendante de x (mais peut-être dépendante de z).
La condition à la limite (6.37) nous fournit la valeur de cette constante :
On note que la distribution de pression ainsi obtenue p = −µβ − ϱgy vérifie aussi l’équa-
tion (6.32) de conservation de la quantité de mouvement selon z. La pression s’écrit donc :
ou en d’autres termes :
1 dℓ
σ = 3µ (6.44)
ℓ dt
qui est bien la loi expérimentalement obtenue par Trouton.
182 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
u → U∗ U et x → L∗ X
U∗ U∗ U∗
Tx → µ SX , Ty → µ SY , et Txy → µ SXY ,
L∗ L∗ L∗
L∗
t→ τ,
U∗
p → P∗ P
avec p qui désigne ici la la pression généralisée (pression + potentiel de gravité) et T (ou
S) le tenseur des extra-contraintes. Quelques remarques :
– les échelles ne sont pas indépendantes. Par exemple, si on fixe une échelle de vitesse
et une échelle de longueur, on se donne nécessairement une échelle de temps ;
– pour les variables d’espace, il peut y avoir plusieurs échelles. Par exemple, pour une
rivière, la longueur de la rivière est bien supérieure à sa largeur ou à sa hauteur ; il
faut donc introduire au moins deux échelles : une pour la longueur, l’autre pour la
hauteur d’eau ;
– plusieurs échelles possibles pour la pression selon le type d’écoulement. En général
on pose :
– P∗ = ϱgH∗ (écoulement à surface libre) ;
– P∗ = ϱU∗2 (écoulement en charge) ;
– P∗ = µU∗ /L∗ (écoulement très lent).
Rappelons que le nombre de Reynolds se définit comme le rapport de forces d’inertie
sur des forces de viscosité :
ϱU∗ H∗ U ∗ H∗
Re = = , (6.45)
µ ν
avec ν = µ/ϱ la viscosité cinématique. Notons que le nombre de Reynolds fait appel à une
vitesse caractéristique U∗ et une longueur caractéristique H∗ . Cette dernière pourrait être
6.4 Adimensionalisation des équations 183
également L∗ . Le choix est souvent une affaire de convention ; le résultat final ne dépend
pas du choix particulier des échelles, mais attention toutefois
– le nombre de Reynolds sert :
– dans des formules comme la formule de Darcy–Weisbach (5.7) pour le frotte-
ment hydraulique,
– dans des classifications de régime d’écoulement comme la transition laminai-
re/turbulente (voir § 6.4.2).
Il est essentiel de vérifier que le choix des échelles et la définition du nombre de
Reynolds sont cohérents avec les formules employées. Par exemple, dans la for-
mule de Darcy–Weisbach (5.7) employée pour un canal ou une rivière, la longueur
caractéristique est le rayon hydraulique pondéré d’un facteur 4 ;
– la longueur caractéristique à utiliser dans la définition du nombre de Reynolds est
généralement une taille caractéristique de l’écoulement et des grandes structures
turbulentes. Pour une rivière ou une conduite, cette longueur caractéristique est
donc la hauteur d’écoulement ou le diamètre de la conduite car ce sont elles qui
conditionnent la taille des plus grandes structures turbulentes ; on ne prend pas la
longueur de la rivière ou de la conduite car elle ne renseigne en rien sur les struc-
tures turbulentes. Pour une aile d’avion ou un obstacle de taille finie dans un écou-
lement, la longueur caractéristique est généralement la longueur car c’est elle qui
fournit l’ordre de grandeur des grandes structures turbulentes qui peuvent affecter
l’aile ou l’obstacle.
dU P∗ 1
= − 2 ∇P + ∇ · S
dτ ϱU∗ Re
Ce sont les équations de Stokes sous forme adimensionnelle (pour le fluide sans
inertie). L’écoulement est entièrement commandé par l’équilibre entre gradient de
pression et force visqueuse. Ce type d’écoulement s’observe très fréquemment dans
des écoulements à travers des matériaux poreux, des écoulements près d’obstacles
(couches limites laminaires), des problèmes de sédimentation de particules fines, etc.
Pour des applications, voir § 6.5.
– Quand Re = O(1 − 100), inertie, gradient de pression, et viscosité sont trois pro-
cessus de même importance. Il faut résoudre l’équation de Navier–Stokes complè-
tement. Notons que pour Re > 2000, l’écoulement devient turbulent. Pour des ap-
plications, voir § 6.7.
△P = 0,
∇4 U = 0,
avec ∇4 f = △△f l’opérateur biharmonique (on applique deux fois de suite l’opérateur
de Laplace).
On va voir des applications assez diverses et plus ou moins directes de ces équations
dans des problèmes d’ingénierie :
– sédimentation de particles (cf. § 6.5.1) : calcul de la vitesse de sédimentation en fonc-
tion du diamètre ;
– écoulement dans un massif poreux (cf. § 6.5.2) : calcul du débit d’infiltration à travers
un sol ;
– lubrification d’un palier (cf. § 6.5.3) : force supportée par le palier d’un moteur.
6.5.1 Sédimentation
On souhaite calculer la vitesse u de sédimentation d’une particule sphérique de dia-
mètre 2r et de masse volumique ϱp dans un fluide newtonien au repos (viscosité µ, masse
6.5 Écoulements dominés par la viscosité 185
F = 6πµru = m′ g,
avec m′ = 4(ϱp − ϱf )πa3 /3. Cette relation est souvent appelée loi de Stokes. On déduit
immédiatement :
m′ g 2 r2 g
u= = (ϱp − ϱf ) .
6πµr 9 µ
Notons au passage que la force de frottement exercée par le fluide se met le plus sou-
vent sous la forme :
1
F = Cd (Rep )ϱf πr2 u2p ,
2
avec Cd le coefficient dit de traînée, qui est écrit comme une fonction du nombre de Reynolds
particulaire Rep = ϱf up 2r/µ 3 , πr2 est la section efficace de la sphère vue par le fluide. On
se reportera au chapitre 2 pour comprendre l’origine de cette formulation. Par comparaison
avec les deux équations, on déduit immédiatement que :
24
Cd = .
Rep
L’avantage de cette formulation est qu’on peut la généraliser pour des écoulements à
nombre de Reynolds grand ou intermédiaire (voir figure 2.8).
Application numérique. – Calculer la vitesse de sédimentation d’une argile avec
r = 1 µm et ϱp = 2650 kg/m3 dans de l’eau (ϱf = 1000 kg/m3 et µ = 10−3 Pa·s) :
2 10−12 × 9,81
up = (2650 − 1000) = 3,6 µm/s.
9 10−3
2. Le poids « déjaugé » est le poids moins la force d’Archimède.
3. Attention la définition du nombre de Reynolds particulaire varie d’un auteur à l’autre.
186 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
Figure 6.7 – (a) Écoulement à travers une conduite cylindrique sous l’effet d’une différence
de pression ∆P = P2 − P1 . (b) Dans un milieu poreux, l’eau percole en suivant des
cheminements tortueux. Chacun des chemins suivi par l’eau peut être vu comme un micro-
tube.
Si on considère un cas idéal tel que l’écoulement d’un fluide entre deux plans parallèles
de longueur L et espacés d’une distance d (écoulement Poiseuille plan, voir chap. 7), on
montre que la vitesse moyenne u (ou vitesse débitante) est reliée au gradient de pression
par la relation :
∆pg dp µ
=− = u, (6.48)
L dx k0
avec k0 = d2 /12 un coefficient de perméabilité de la structure poreuse (appelé perméa-
bilité intrinsèque) et pg la pression généralisée. Pour une conduite cylindrique de rayon
R (voir figure 6.7(a) montrant un écoulement de Poiseuille cylindrique), on a la même dé-
pendance (linéaire) de pression (6.48) avec la vitesse, mais la perméabilité intrinsèque vaut
k0 = R2 /8.
6.5 Écoulements dominés par la viscosité 187
u = −k∇H.
On note la ressemblance entre cette équation et les lois de Fick et de Fourier utilisées
respectivement pour le calcul des gradients de concentration et de température. Avec les
notations employées ici, k est homogène à une vitesse [m/s], alors que k0 est homogène à
une surface [m2 ]. Seul k0 est intrinsèque au matériau (k dépend du fluide interstitiel). Le
tableau 6.1 fournit quelques ordres de grandeur pour k0 .
Avec la loi de Darcy, on peut par exemple calculer le débit d’infiltration q (par unité
de largeur) à travers un massif poreux (voir figure 6.8) qui sépare deux retenues d’eau (au
repos) à des niveaux différents et constants h1 et h2 . On suppose que la ligne d’eau est à
faible courbure de telle sorte que l’écoulement est à peu près unidirectionnel ; cela implique
que dans la formule de Darcy (6.49), on a ∇p ≈ (∂p/∂x, 0). On suppose également que
l’écoulement d’eau est très lent et qu’il n’y a pas d’effet de tension de surface, donc la
pression reste hydrostatique aussi bien dans les retenues d’eau que dans le massif : p =
ϱgh(x) en tout point du massif. Le débit est ici défini comme le produit de la hauteur
d’eau h(x) et de la vitesse débitante u :
∂h
q = uh(x) = −k h(x).
∂x
Par ailleurs, en régime permanent, le débit est constant, donc l’intégration de l’équation
ci-dessus donne :
1
qx = − kh2 + a,
2
4. Henry Darcy (1803–1858) était un hydraulicien français. Ingénieur des Ponts et Chaussées,
il a été l’auteur de plusieurs contributions majeures en hydraulique en puisant dans les problèmes
qui se posaient à l’ingénieur de l’époque. On lui doit ainsi les premières notions sur la couche limite
dans l’écoulement d’un fluide, le développement de l’équation de Darcy–Weisbach (résistance de
l’écoulement dans un conduit), la loi de Darcy de l’écoulement en milieux poreux, qui a été la pierre
fondatrice de l’hydraulique souterraine, ainsi que des améliorations notables du tube de Pitot pour
mesurer les vitesses au sein d’un fluide.
188 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
Figure 6.8 – Écoulement à travers un massif poreux. Sous l’effet de la pression, l’eau per-
cole à travers le massif poreux. La chute de pression est linéaire avec la distance.
avec a une constante d’intégration. Compte tenu des conditions aux limites (en x = 0,
h = h1 ), on en déduit que a = kh21 /2, soit finalement en x = L :
1
q= k(h21 − h22 ).
2L
D’autres applications importantes de la formule de Darcy sont données par le pompage
d’une nappe (rabattement de nappe) à travers un puits et l’écoulement sous un barrage
(stabilité de barrage).
Figure 6.9 – Couche de lubrifiant entre deux parois formant un coin. Les échelles de lon-
gueur et l’angle du coin ne sont pas respectés.
Notons que l’équation de continuité (6.50) implique que V∗ = U∗ H∗ /L∗ = ϵU∗ . Pour la
pression, on introduit l’échelle P∗ = µU∗ /(ϵL∗ ) (voir infra ; il faut que le gradient de pres-
sion équilibre le gradient de cisaillement) ; on introduit une pression généralisée (pression
du fluide + potentiel gravitaire) sans dimension : p → P P∗ . La projection des équations
de Navier–Stokes dans le repère attaché à la partie fixe du palier (quoique l’origine soit
attenante à la plaque inférieure qui est mobile) donne pour la conservation de la masse :
∂u ∂v
+ = 0, (6.50)
∂x ∂y
et des équations de quantité de mouvement :
2
∂u ∂u ∂u ∂p ∂ u ∂2u
ϱ +u +v =− +µ + , (6.51)
∂t ∂x ∂y ∂x ∂x2 ∂y 2
2
∂v ∂v ∂v ∂p ∂ v ∂2v
ϱ +u +v =− +µ + , (6.52)
∂t ∂x ∂y ∂y ∂x2 ∂y 2
avec p la pression généralisée. On substitue les variables dimensionnelles par les variables
sans dimension, ce qui fait apparaître les rapports sans dimension Re et ϵ. Les équations
du mouvement sans dimension s’écrivent alors :
∂U ∂V
+ = 0, (6.53)
∂X ∂Y
dU ∂P ∂2U ∂2U
ϵRe =− + ϵ2 + , (6.54)
dt ∂X ∂X 2 ∂Y 2
dV ∂P ∂2V ∂2V
ϵRe =− + ϵ2 + . (6.55)
dt ∂Y ∂X 2 ∂Y 2
On néglige les termes qui sont petits devant 1, c’est-à-dire ici tous les termes où ϵ et/ou
Re apparaissent. La projection sur l’axe x de l’équation (6.54) donne ainsi :
∂P ∂2U
− + = 0,
∂X ∂Y 2
190 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
U = −ΓY 2 + aY + b,
u = −Gy 2 + ay + b,
On obtient finalement :
Gh2 (x) y y y
u(x, y) = 1− + ud 1 − .
2µ h h h
La conservation du débit entraîne que :
Z h(x)
Gh3 (x) ud h(x)
q= udy = + = cste
0 12µ 2
ce qui impose que le gradient de pression est :
12µ ud h(x)
G(x) = 3 q− .
h (x) 2
Une nouvelle intégration donne le profil de pression motrice :
Z x Z x
ud dξ dξ
p(x) − p1 = 12µ −q .
2 0 h2 (ξ) 3
0 h (ξ)
Si l’on suppose que le palier baigne dans un bac d’huile, on a p1 = p2 = p0 , avec p0 une
pression au sein du bac (la pression à droite et à gauche du palier est donc constante et
égale à p0 ). Donc, si l’on considère le palier sur toute sa longueur, le gradient de pression
est nul, ce qui implique que le débit vérifie finalement :
R ℓ dξ
ud 0 h2 (ξ)
q= .
2 R ℓ dξ
0 h3 (ξ)
(h1 − h2 )/ℓ = h2 (λ − 1)/ℓ qui doit être petit ; par exemple, on prend α = 0,11° (soit
λ = 3). On note pref la pression de référence pref = µud L/h22 = 100 kPa. La répartition
de pression au sein du coin est donc :
p(x) − p0 6 h h
= 2 λ− −1 ,
pref λ −1 h2 h2
pmax − p0 3 λ−1
= = 0,25.
pref 2 λ(λ + 1)
6.6.1 Définition
Dans les écoulements à grande vitesse autour d’obstacle ou près d’une paroi, le nombre
de Reynolds de l’écoulement est le plus souvent très grand, ce qui fait que l’écoulement
peut être considéré à l’échelle macroscopique comme étant dans un régime turbulent et
les effets de la viscosité sont négligeables. Toutefois, près d’une paroi solide, la condition
d’adhérence implique que la vitesse doit tendre rapidement vers 0. Si on définit un nombre
de Reynolds local à l’aide de la vitesse réelle (et non d’une échelle de vitesse), celui-ci tend
également vers 0, ce qui veut dire que très localement, dans le voisinage de la paroi, l’écou-
lement est dans un régime laminaire et les effets de viscosité deviennent prédominants.
Cette zone de faible épaisseur accolée à la paroi s’appelle une couche limite. Cette notion
a été proposée par Prandtl en 1905 :
– près d’une paroi solide, il existe une couche de très faible épaisseur dans laquelle
les forces de viscosité sont prédominantes ;
– loin des parois, l’écoulement peut être considéré comme turbulent ou non visqueux.
Figure 6.10 – Tourbillons générés par des ailes d’avion. (a) Avion en soufflerie ; source :
Wikimedia. (b) Lignes de courant autour d’une aile de profil Eppler E374. Les lignes sont
obtenues en résolvant l’équation de Laplace pour le potentiel de vitesse.
radoxe de D’Alembert 5 . Il est donc essentiel de prendre en compte les effets visqueux près
de la paroi pour expliquer la portance et estimer la force correspondante.
Figure 6.11 – Couche-limite le long d’une plaque placée dans un champ de vitesse uni-
forme U .
∂u ∂u U2
ϱ ∼ ϱu ∼ϱ .
∂t ∂x x
∂2u U 2U ∂2u U
µ ∼ µ = µϵ et µ ∼ µ 2.
∂x2 x2 δ2 ∂y 2 δ
Comme ϵ ≪ 1, on en déduit que uxx ≪ uyy : les variations normales à la paroi sont
prépondérantes par rapport aux variations longitudinales. L’équilibre dynamique implique
que les forces de viscosité contrebalancent localement l’inertie du fluide :
r
∂u ∂2u µ
ϱu ∼µ 2 ⇒δ=x ,
∂x ∂y ϱU x
donc si on définit un nombre de Reynolds local sous la forme :
ϱU x
Rex = ,
µ
5. Jean Le Rond D’Alembert (ou d’Alembert) (1717–1783) était un mathématicien, physicien,
philosophe et encyclopédiste français. On lui doit notamment la solution générale à l’équation des
ondes et la mise en évidence de l’insuffisance des équations d’Euler à expliquer la portance.
194 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
alors on a : r
δ 1
= .
x Rex
L’épaisseur de la couche limite varie comme l’inverse de la racine carrée du nombre de
Reynolds local. En réarrangeant les termes, on a aussi :
r
µ
δ∼ x,
ϱU
√
donc δ ∝ x : la forme de la couche limite est parabolique.
∂U ∂V
+ = 0,
∂X ∂Y
∂U ∂U ∂P ∂2U
U +V =− + ,
∂X ∂Y ∂X ∂Y 2
∂P
0=− .
∂Y
La dernière équation montre que dans une couche limite, il n’y a pas de gradient de pres-
sion dans la direction y : la pression ne varie pas dans la direction normale à la paroi, ce qui
veut dire encore que la pression est gouvernée par l’écoulement externe (loin des parois).
L’équation de Bernoulli impose que Ψ = 12 ϱu2e + p soit constant, donc :
dp due
= −ϱue .
dx dx
Si le champ de vitesse loin de la paroi est totalement uniforme (c’est-à-dire , indépendant
de x), alors dp/dx = 0. Sous forme dimensionnelle, les équations de la couche-limite pour
une plaque sont donc :
∂u ∂v
+ = 0,
∂x ∂y
∂u ∂u dp ∂2u
u +v =− +ν 2.
∂x ∂y dx ∂y
avec pour conditions aux limites : u(x, 0) = 0, v(x, 0) = 0, et limy→∞ u(x, y) = ue . Cette
équation peut se résoudre à l’aide de la fonction de courant ψ définie telle que u = ψy
et v = −ψx . L’équation de continuité (6.60) est automatiquement satisfaite tandis que
l’équation de quantité de mouvement donne :
∂ψ ∂ 2 ψ ∂ψ ∂ 2 ψ ∂3ψ
− = ν (6.62)
∂y ∂y∂x ∂x ∂y 2 ∂y 3
alors que les conditions aux limites imposent : ψy (x, 0) = 0, ψx (x, 0) = 0, et limy→∞ ψy (x, y) =
ue . C’est une équation aux dérivées partielles du troisième ordre, qui peut être simplifiée
en recherchant des solutions auto-similaires de la forme :
r
√ ue
ψ = ue xνf (η), avec η = y
νx
196 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
Quand on substitue cette forme dans l’équation (6.62), on obtient l’équation de Blasius 6 :
2f ′′′ + f f ′′ = 0, (6.63)
avec pour conditions aux limites f (0) = f ′ (0) = 0 et f ′ (∞) = 1. Il n’existe pas de
solution analytique à cette équation, mais comme il s’agit d’une équation différentielle or-
dinaire, elle est bien plus simple à résoudre numériquement que l’équation originale (6.62) ;
entre autres, une méthode numérique de tir permet de la résoudre. Une fois f déterminé
numériquement, on déduit le profil de vitesse (voir figure 6.12) :
∂ψ
u= = ue f ′ (η),
∂y
r
∂ψ 1 ν
v=− = ue (ηf ′ − f ).
∂x 2 ue x
10
0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
∂u µue √
τp = µ = Rex f ′′ (0),
∂y y=0 x
τp 2f ′′ (0) 0,664
Cf = = √ ≈√ .
1
2 ϱue
2 Rex Rex
6. Heinrich Blasius (1883–1970) était un mécanicien des fluides allemand, élève de Ludwig
Prandtl. Il est l’un des créateurs du laboratoire de Göttingen en Allemagne, où des percées sub-
stantielles en mécanique des fluides furent réalisées entre les deux guerres mondiales. Son nom
est principalement lié à l’équation de la couche limite pour une plaque finie et à son coefficient de
frottement. Toute sa vie, il travailla sur les problèmes de couche limite, les lois de similitude, les
pertes de charge dans les conduites, et le transfert de chaleur.
6.7 La turbulence ou les limites du modèle newtonien 197
Quand l’inertie augmente, les petites fluctuations de vitesses peuvent être amplifiées
à cause de la non-linéarité du terme convectif u∇u dans la dérivée particulaire, ce qui
conduit à une perte de stabilité de l’écoulement. On dit que l’écoulement devient turbulent.
Pour mettre cela en évidence dans les équations de Navier–Stokes (6.4), on introduit
la décomposition de Reynolds de la vitesse en une valeur moyenne et une fluctuation : u =
⟨u⟩ + u′ . Quand on moyenne cette décomposition, les fluctuations disparaissent ⟨u′ ⟩ = 0,
où le symbole ⟨·⟩ désigne l’opérateur moyenne. Dans les équations de Navier–Stokes, on
remplace u par la décomposition de Reynolds, puis on moyenne les équations ; on part de
l’équation (6.4) :
∂u
ϱ + ∇ · uu = −∇p∗ + ∇ · T ,
∂t
(p∗ est la pression généralisée) pour aboutir à :
∂⟨u⟩
ϱ + ∇ · ⟨u⟩⟨u⟩ = −∇⟨p∗ ⟩ + ∇ · T̄ − ϱ∇ · ⟨u′ u′ ⟩,
∂t
car ⟨u′ u′ ⟩ ̸= 0 a priori. Cette dernière équation appelée équation de Reynolds est très
semblable à la première (Navier–Stokes) si ce n’est qu’un nouveau terme est apparu :
Σt = −ϱ⟨u′ u′ ⟩.
198 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
Figure 6.14 – Écoulement permanent d’un fluide visqueux (eau) autour d’un cylindre (de
section circulaire) pour différentes valeurs du nombre de Reynolds : (a) Re = 1,54 ; (b)
Re = 9,6 ; (c) Re = 13,1 : (d) Re = 26. Les lignes de courant sont rendues visibles en
ensemençant de la poudre d’aluminium. Au fur et à mesure que le nombre de Reynolds
est augmenté, deux vortex se forment à l’arrière du cylindre. Clichés Sadatoshi Taneda
(Taneda, 1956; Van Dyke, 1982).
Les vues satellitaires montrent également dans l’atmosphère des vortex à grande échelle
(voir figure 6.16). Les zones de dépression et les ouragans offrent des exemples typiques
de structures turbulentes sur des échelles de plusieurs centaines de kilomètres. La surface
200 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
Figure 6.15 – Écoulement permanent d’un fluide visqueux (eau) autour d’un cylindre (de
section circulaire) pour différentes valeurs du nombre de Reynolds. (a) Re = 140 ; les
lignes d’émission sont rendues visibles en émettant une fumée d’un colloïde blanc et en
éclairant par un tranche de lumière. C’est un phénomène appelé « allée de von Kármán »,
qui correspond à la formation de paires de vortex. (b) Re = 2000 ; la visualisation des
lignes de courant se fait à l’aide bulles d’air piégées dans l’écoulement. Clichés Sadatoshi
Taneda (a) (Taneda, 1956; Van Dyke, 1982) ; Henri Werlé et Marc Gallon (Werlé & Gallon,
1973; Van Dyke, 1982).
des océans peut aussi montrer des structures tourbillonnaires impliquant des sédiments
marins ou bien des blocs de glace.
Il existe également des instabilités de cisaillement dites de Kelvin–Helmholtz lorsque
deux couches bien distinctes glissent l’une sur l’autre à grande vitesse comme le montre la
figure 6.17(a). Le relief peut agir comme un obstacle aux couches basses de l’atmosphère.
Les vues aériennes peuvent alors révéler des allées de von Kármán dans le sillage des
écoulements.
Les tornades sont des structures turbulentes à plus petite échelle spatiale (et tempo-
relle). La figure 6.18 montre deux exemples de tornade sur terre et sur un lac.
6.8 Quelques illustrations de la turbulence à grande échelle 201
Figure 6.16 – (a) Ouragan Aletta sur le Pacifique oriental en juin 2018 ; source : NASA.
(b) Zone dépressionnaire sur le golfe d’Alaska : source : NASA. (c) Tourbillon au large
des Bahamas mobilisant des sédiments fins mis en suspension lors du passage de la tem-
pête Nicole en 2022 ; NASA. (d) tourbillon mobilisant des blocs de glace sur côte est du
Groenland ; source : NASA.
202 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
Figure 6.17 – (a) Nuages en forme de vagues dans le Wyoming. Le phénomène est dû à
une instabilité de Kelvin–Helmholtz. Ce type d’instabilité se produit lorsque deux couches
atmosphériques avec des températures différentes glissent l’une sur l’autre. L’interface
n’est pas stable et forme des oscillations qui sont bien visibles lorsque des nuages sont
présents ; source : Rachel Gordon. (b) Allée de von Kármán dans le sillage de l’île Alexander
Selkirk dans le Pacifique sud ; source : NASA.
6.8 Quelques illustrations de la turbulence à grande échelle 203
Figure 6.18 – (a) Tornade sur le Montana en 2012 Sean R. Heavey. (b) Tornade sur le
Léman ; source : Nicolas Gascard.
204 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
avec Z T
1
⟨u⟩ = u(t)dt,
T 0
la moyenne temporelle de la vitesse ; expérimentalement, la moyenne se calcule en inté-
grant le signal sur un temps arbitraire T (en général, T doit être choisi suffisamment grand
pour que la moyenne soit stationnaire). On a vu que cette décomposition s’appelle décom-
position de Reynolds.
2
0 50 100 150 200
RT
Sur le plan théorique, l’opérateur u(x, t) → T1 0 u(x, t)dt s’appelle l’opérateur moyenne
temporelle ; il permet de passer d’une vitesse instantanée u(x, t) à une vitesse moyenne ⟨u⟩
(qui ne dépend plus de la position x ). On peut construire d’autres opérateurs de moyenne :
par exemple une moyenne dans l’espace (dite moyenne spatiale) ou une moyenne d’en-
semble, où l’on suppose que l’on réalise la même expérience un très grand nombre de fois
et qu’on moyenne sur ces « réalisations ». On admet le plus souvent que ces moyennes sont
équivalentes entre elles (on parle d’ergodicité du système) et qu’on peut les interchanger
sans problème. L’opérateur moyenne a plusieurs propriétés intéressantes :
– la moyenne d’une somme est égale à la somme des moyennes : ⟨f + g⟩ = ⟨f ⟩ + ⟨g⟩ ;
– la moyenne d’un produit d’une fonction f par une constante α est : ⟨αf ⟩ = α⟨f ⟩.
Attention cela ne marche pas pour deux fonctions non constantes ⟨f g⟩ ̸= ⟨f ⟩⟨g⟩ ;
– la moyenne est invariante par elle-même : ⟨⟨f ⟩⟩ = ⟨f ⟩. On tire de cette relation et
de la précédente que ⟨f ⟨g⟩⟩ = ⟨f ⟩⟨g⟩ ;
6.9 Moyenne des équations de Navier–Stokes 205
∂f ∂⟨f ⟩
⟨ ⟩= ,
∂x ∂x
∂f ∂⟨f ⟩
⟨ ⟩= ;
∂t ∂t
– mais attention cela ne marche pas avec la dérivée matérielle à cause du terme
convectif (non linéaire) :
df d⟨f ⟩
⟨ ⟩ ̸= .
dt dt
Examinons en effet ce que vaut la moyenne d’une dérivée matérielle. On utilise la
décomposition de Reynolds : f = ⟨f ⟩ + f ′ et u = ⟨u⟩ + u′ . Examinons le terme
convectif de la dérivée matérielle :
u · ∇f = (⟨u⟩ + u′ ) · ∇(⟨f ⟩ + f ),
= ⟨u⟩ · ∇⟨f ⟩ + ⟨u⟩ · ∇f ′ + u′ · ∇⟨f ⟩ + u′ · ∇f ′ .
où l’on s’est servi des relations vues plus haut. On trouve que la moyenne de la
dérivée matérielle vaut donc :
df ∂f
⟨ ⟩ = ⟨ ⟩ + ⟨u · ∇f ⟩,
dt ∂t
∂f
= ⟨ ⟩ + ⟨u⟩ · ∇⟨f ⟩ + ⟨u′ · ∇f ′ ⟩,
∂t
d⟨f ⟩
= + ⟨u′ · ∇f ′ ⟩.
dt
À cause du caractère non linéaire de la convection, il apparaît donc un produit ⟨u′ ·
∇f ′ ⟩ supplémentaire.
Avec ces outils en main, on va donc pouvoir moyenner maintenant les équations de
Navier–Stokes. L’objectif est de fournir une équation du mouvement moyen, c’est-à-dire
une équation pour les champs moyens ⟨u⟩ et ⟨p⟩. On part de la formulation suivante des
équations de Navier–Stokes pour un fluide newtonien incompressible :
∇ · u = 0,
∂u
ϱ + ∇ · uu = ϱg − ∇p + 2µ△u,
∂t
où l’on rappelle que l’on a u∇u = ∇ · uu, où uu désigne le produit tensoriel de u par u.
On introduit ensuite la décomposition de Reynolds pour la vitesse et la pression :
p = ⟨p⟩ + p′ et u = ⟨u⟩ + u′ .
206 Chapitre 6 Écoulements laminaires et turbulents
entre grandeur fluctuante et grandeur moyenne, par exemple en cisaillement simple (écou-
lement près d’une paroi) :
d⟨u⟩
τ = µt ,
dy
avec µt la viscosité turbulente. Les fermeture algébriques dépendent du problème traité.
Ainsi :
– loi de paroi νt = µt /ϱ = ℓ2m d⟨u⟩
dy , ℓm = κy est la longueur de mélange introduite par
7
Prandtl et qui représente la taille caractéristique des structures turbulentes près de
la paroi, et où κ ≈ 0,4 est la constante de von Kármán. La contrainte de cisaillement
s’exprime alors comme :
2
2 2 d⟨u⟩
τ = ϱκ y ,
dy
où l’on notera par rapport à la loi en régime laminaire : une dépendance quadratique
vis-à-vis de la vitesse et une dépendance vis-à-vis de la profondeur y ;
– pour un jet νt = ℓū.
On remarque ainsi que pour une paroi, le modèle de la longueur de mélange prévoit
que la contrainte de cisaillement dépend du carré du taux de cisaillement d⟨u(y)⟩/dy et
n’est donc plus une fonction linéaire de d⟨u(y)⟩/dy comme pour le régime laminaire, ce
qui montre que la dissipation d’énergie (rappelons que la puissance dissipée s’écrit Φ =
τ d⟨u(y)⟩/dy) croît très rapidement avec la vitesse moyenne. Comme on le montre au § 6.11,
cette dépendance a également une profonde influence sur le profil de vitesse, puisque celui-
ci devient logarithmique à proximité de la paroi.
Figure 6.21 – Écoulement en régime permanent le long d’une plaque infinie inclinée d’un
angle θ.
En régime laminaire, la viscosité est constante. L’équation (6.65) montre que la pres-
sion est hydrostatique :
p = ϱg cos θ(h − y).
On déduit donc l’équation (6.64) de la quantité de mouvement selon (x) que :
d2 u
ϱg sin θ = −µ ,
dy 2
ϱg sin θ 2
u(y) = − y + αy + β,
2µ
avec α et β des constantes d’intégration. La condition aux limites (6.66) au fond implique
que :
β = 0,
tandis que la condition aux limites (6.67) à la surface libre :
ϱg sin θ
u′ (h) = − h + α = 0.
µ
ϱg sin θ
u(y) = 2hy − y 2 .
2µ
ū = 4087 m/s,
L’écoulement est donc turbulent et on ne peut plus appliquer les équations de Navier–
Stokes.
On va donc écrire les équations de la turbulence dans le cas du modèle très simple de la
longueur de mélange de Prandtl. La contrainte de cisaillement dans un régime permanent
uniforme s’écrit d’après l’équation (6.6) :
∂τ
0 = ϱg sin θ − , (6.68)
∂y
(où la contrainte de cisaillement est notée τ = Txy ) car la contrainte normale selon x est
nulle (Txx = 0) et le gradient longitudinal de pression est nul car h ne dépend pas de x
(soit ∂x p = 0). En intégrant cette équation avec pour condition aux limites à la surface
libre τ = 0 en y = h (l’air n’exerce pas de frottement sur la surface libre de l’écoulement),
on déduit la relation :
τ = ϱg sin θ(h − y).
Remarquons au passage que cette relation est générale et valable pour tout écoulement
permanent uniforme ; elle est indépendante de la loi de comportement utilisée pour décrire
la rhéologie du fluide. Le modèle de Prandtl donne par ailleurs la relation :
dū
τ = µt ,
dy
avec µt la viscosité turbulente
d⟨u⟩
µt = ϱ(κy)2 ,
dy
où κ ≈ 0,41 est la constante de von Kármán et ⟨u(y)⟩ est la vitesse moyenne (dans le
temps). L’équation du mouvement est donc :
2
2 d⟨u⟩
ϱg sin θ(h − y) = ϱ(κy) , (6.69)
dy
soit s
√
d⟨u⟩ g sin θ h 1
= − ,
dy κ y 2 y
dont l’intégration donne :
√
g sin θ p √ h y i
⟨u⟩ = 2 h − y − h arctanh 1 − + c,
κ h
avec c une constante d’intégration. On note que le profil de vitesse n’est plus parabolique
(voir figure 6.22) et diverge vers −∞ quand y → 0. Pour éviter cela, on impose une condi-
tion d’adhérence à une hauteur y = y0 . Notons que malgré cela, l’intégrale du champ de
vitesse existe et vaut : Z h p
2 gh3 sin θ
d⟨u(y)⟩dy = .
0 3 κ
La vitesse moyenne est alors :
Z h √
1 2 gh sin θ
ū = d⟨u(y)⟩dy = .
h 0 3 κ
Une application numérique pour l’eau nous donne une vitesse moyenne de 80 cm/s à com-
parer avec les 4087 m/s obtenus précédemment.
6.11 Exemple d’application : écoulement sur un plan incliné 211
1.0
0.8
0.6
0.4
0.2
0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
Figure 6.22 – Profils de vitesse sous forme adimensionnelle pour un écoulement en régime
permanent le long d’une plaque infinie inclinée d’un angle θ : écoulement turbulent (ligne
continue) avec y0 = 10−4 m et c = 4,29 ; écoulement laminaire (ligne discontinue). umax
est la vitesse à la surface libre.
Φ = τ γ̇,
qui montre que Φ est très grand (Φ → ∞ quand y → 0) dans la couche logarithmique,
puis tend rapidement vers 0 au-dessus de la couche logarithmique. Comme le montre la
figure 6.23, quasiment toute l’énergie se dissipe dans la couche pariétale au fond.
1.0
0.8
0.6
0.4
0.2
0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
7.1 Introduction
O
n a vu au chapitre 4 le théorème de Bernoulli, qui énonce que l’énergie
u2
E = ϱgz + ϱ +p
2
se conserve le long d’une ligne de courant lorsque l’écoulement est permanent et non
visqueux (c’est-à-dire sans dissipation d’énergie). Au chapitre 5, nous avons généralisé ce
résultat en introduisant la charge, c’est-à-dire la traduction de l’énergie en équivalent de
hauteur d’eau
E
H= .
ϱg
Dans les écoulements réels, l’énergie (ou la charge) ne se conserve pas à cause des dissipa-
tions d’énergie. En hydraulique à surface libre, on a ainsi montré que la variation linéaire
de charge
dH
jf = −
dx
traduit la dissipation d’énergie et qu’on peut la relier aux variables d’écoulement ū et h à
l’aide de lois empiriques telles que la loi de Manning-Strickler.
On va ici suivre un raisonnement similaire pour les écoulements en charge, c’est-à-dire
les écoulements dans des conduites où le fluide est mis en mouvement en appliquant une
différence de pression (ou bien une différence de charge). Contrairement à l’hydraulique
des rivières où le moteur de l’écoulement est la force de gravité, c’est ici le gradient de
pression (de part et d’autre des extrémités de la conduite) qui commande le mouvement ;
cette différence de pression peut être causée par des moteurs (pompes) ou bien par la
pression hydrostatique. L’équation de perte de charge va s’écrire dans ce contexte :
L ū2
∆H = H1 − H2 = f ,
Dh 2g
213
214 Chapitre 7 Écoulements turbulents en charge
avec u le champ de vitesse instantanée (u, v, w les composantes dans un repère cartésien),
⟨T ⟩ le tenseur des contraintes visqueuses : ⟨T ⟩ = 2µ⟨D⟩ avec ⟨D⟩ le tenseur des taux
moyens de déformation ⟨D⟩ = (∇⟨u⟩ + ∇⟨u⟩† )/2.
Simplifications pour la suite du calcul :
– Le tenseur de Reynolds Σt = −ϱ⟨u′ u′ ⟩ est remplacé par une équation de fermeture
algébrique de type longueur de mélange proposée par Prandtl (voir § 6.10) avec
avec µt la viscosité turbulente (ce n’est pas une constante, mais une fonction de
du/dy ou de u) et D le tenseur des taux moyens de déformation. Ce modèle est
parfois dit pseudo-laminaire car il est très proche structurellement du modèle new-
tonien.
– Le tenseur des contraintes visqueuses est toujours :
⟨T ⟩ = 2µ⟨D⟩.
Notons qu’il existe des modèles de turbulence qui sont bien moins rudimentaires que le
modèle empirique de longueur de mélange. Une meilleure précision et une plus grande
généralité peuvent être obtenues en considérant des équations différentielles supplémen-
taires. Un modèle énergétique comme le modèle k − ℓ revient à faire l’hypothèse d’une
viscosité turbulente définie comme
µt √
νt = = ℓ k,
ϱ
7.2 Écoulement permanent uniforme lisse 215
7.2.2 Phénoménologie
Il faut distinguer les parois lisses et les parois rugueuses. En effet, la présence de rugo-
sité :
– modifie fortement la turbulence près de la paroi ;
– pose le problème de la définition de la localisation du point origine y = 0.
On montre que la solution comporte trois parties différentes traduisant un effet spécifique
de la turbulence :
– Très près de la paroi, la vitesse est très faible, donc le nombre de Reynolds local
Re = uy/ν est petit : Re → 0 ; l’écoulement est localement laminaire. On parle de
sous-couche visqueuse. Le jeu d’équations à résoudre est le même que précédemment.
Au premier ordre, on peut mettre la solution sous la forme :
u = u∗ ξ ,
∂⟨u⟩ 1 ∂⟨p∗ ⟩ τp
νt = y+ ,
∂y ϱ ∂x ϱ
1 ∂p
Très près de la paroi, on peut négliger le terme linéaire ϱ ∂x y devant le terme de frottement
qui est très grand, soit au premier ordre :
∂⟨u⟩ τp
νt ≈ .
∂y ϱ
Soit r
τp 1 u∗
⟨u⟩ = ln y + c = ln y + c.
ϱκ κ
La constante d’intégration c est calculée de telle sorte qu’il y ait un bon raccordement avec
la couche laminaire.
⟨u⟩
= 2,5 ln ξ + 5,5,
u∗
car 1/κ ≈ 2,5. C’est le profil de vitesse logarithmique (valable pour 25 < ξ < 500),
que l’on retrouve assez fréquemment en régime turbulent près d’une paroi.
218 Chapitre 7 Écoulements turbulents en charge
νt = 0,080bu∗
7.2.5 Synthèse
On peut sommer les différentes contributions. La contribution de la sous-couche vis-
queuse est négligeable. Finalement le débit s’écrit :
bu∗
q = 2ℓbu∗ 2,5 ln + 3,21 ,
ν
et la vitesse de frottement
r 1/2
τp b ∂p
u∗ = = − .
ϱ ϱ ∂x
y=0
ks
y=0
En revanche, il n’y a pas de modification du profil de vitesse dans la zone centrale. Le débit
s’écrit alors pour une canalisation plane rectangulaire (Poiseuille plan) :
b
q = 2ℓbu∗ 2,5 ln + 6,04 ,
ks
3. Cette équation est la formulation intégrale – sur un volume de contrôle fixe – de l’équation
de conservation de l’énergie cinétique (4.30) vue au chap. 4. Outre l’intégration sur le volume de
contrôle, on fait l’hypothèse de régime permanent, donc ∂t k = 0. À noter que la pression est une
pression généralisée, incluant donc le potentiel gravitaire.
7.4 Dissipation d’énergie dans les conduites en régime établi 221
où nous rappelons que p est ici la pression généralisée. La condition d’adhérence à la paroi
fait que le membre de gauche et le premier terme du membre de droite sont nuls le long
de la surface C composant la conduite.
n V
S
On s’intéresse à des écoulements établis dans des conduits assez longs, ce qui implique :
R
avec Φ = T : D la fonction de dissipation interne. En effet, la puissance dissipée S n ·
(uT )dS aux frontières S est globalement nulle si le débit est constant. La constance de
la pression sur une section et l’invariance du débit q (volumique) amènent – après avoir
divisé par q – à l’équation de conservation de la charge :
Z Z Z
ϱ 1
p1 − p 2 = u3 dS − u3 dS + ΦdV.
2q q V
| S2 {z S1
}
0
Les termes sont homogènes à des pressions. On peut les rendre aussi homogènes à
des hauteurs en divisant par ϱg : c’est la pratique courante en hydraulique. On introduit
quelques grandeurs :
R
– puissance totale dissipée par frottement (visqueux) : Pµ = V ΦdV [W] (Watt) ;
– charge hydraulique en [Pa] (1 Pa=1 N/m2 = 1 J/m3 ) :
Z
ϱ
X =p+ u3 dS,
2q S
L’équation de conservation de la charge s’écrit (alors avec ces notations) sous la forme
abrégée :
1 Pµ
H1 = H2 + .
ϱg q
La quantité
1 Pµ
∆H =
ϱg q
s’appelle la perte de charge. Elle est exprimée ici en [m] ou parfois en [mCE] « mètres de
colonne d’eau ». Pour retrouver l’énergie totale dissipée, il suffit de calculer : Pµ = ϱg∆Hq.
On introduit aussi la perte de charge unitaire [m/ml], c’est-à-dire la variation de perte de
charge par longueur de canalisation L. On écrit ainsi :
dH ∆H p1 − p2 ∂p
= = =− . (7.3)
dx L L ∂x
Il faut maintenant relier la pression aux frottements aux parois. Si le régime est établi,
on montre simplement à partir de l’équation de conservation de la quantité de mouve-
ment 4 : Z Z Z
ϱ (u · n)udS = − pndS + T · ndS,
S S A
que l’on a : Z
∂p p 2 − p1 1 A 1
− =− = τp dS = τ̄p = τ̄p , (7.4)
∂x L V A V L
avec V = S × L le volume de fluide compris entre les sections S1 et S2 (entrée et sortie
de la conduite) ; A est la surface du tube C entre les sections S1 et S2 . τ̄p est la valeur
moyenne de la pression sur cette surface. La longueur L vérifie
V section × L Dh
L= = =
A périmètre × L 4
4. C’est la formulation intégrale de l’équation de conservation de la quantité de mouvement
(4.23), où l’on suppose que le R régime est permanent,
R donc ∂t u = 0. Le théorème de Green-
Ostrogradski permet d’écrire V ϱu∇udV = ϱ S (u · n)udS.
7.4 Dissipation d’énergie dans les conduites en régime établi 223
et sera le plus souvent introduite sous la forme d’un diamètre hydraulique Dh . Il s’agit de
la dimension caractéristique de la canalisation. Pour :
– une conduite circulaire :
Dh = 2R,
– une conduite rectangulaire :
ℓb ℓb
Dh = 4 =2 .
2ℓ + 2b ℓ+b
À noter quand b ≪ ℓ, Dh ≈ 2b.
Attention le nombre de Reynolds de l’écoulement (à ne pas confondre avec un nombre
de Reynolds local) est défini avec le diamètre hydraulique :
ūDh
Re = ,
ν
avec ū la vitesse débitante.
Enfin, il reste à relier la contrainte à la paroi à une vitesse ; par convention et usage,
c’est la vitesse débitante ū qui sert de vitesse caractéristique. Pour cela on introduit un
coefficient de frottement Cf – dit coefficient de Fanning – sous la forme :
1
τ̄ = Cf ϱū2 .
2
♣ Exemple. – Par exemple en combinant l’équation du débit pour une conduite rec-
tangulaire
2 ℓb3 ∂p
q=− ,
3 µ ∂x
avec la relation donnant la contrainte pariétale :
∂p
τ = −b ,
∂x
on tire : τp = 3µū/b, soit :
24
Cf = .
Re
Pour une conduite circulaire, on a :
16
Cf = .
Re
⊔
⊓
L ū2
∆H = f [m], (7.5)
Dh 2g
64
f= ,
Re
qui donne la droite à gauche dans le diagramme de Moody (voir figure 7.5). Notez que
dH/dx est homogène à une pente et pour cette raison, est parfois pente d’énergie.
Notons qu’en général, on considère que la rugosité de la conduite ne joue pas de rôle
pour les écoulements laminaires : en régime laminaire, la perte de charge est indé-
pendante de la rugosité. Cela n’est toutefois vrai que pour des conduites industrielles
classiques où les aspérités sont aléatoirement réparties et de petite taille. Il est possible pour
certaines conduites spécialement usinées d’obtenir une diminution des pertes de charge
en régime laminaire. On parle d’effet de peau de requin (shark skin effect) de façon gé-
nérale pour décrire ce type de phénomène que le régime soit turbulent ou laminaire ; les
mécanismes sont néanmoins différents car dans le cas laminaire, la réduction de perte de
charge est obtenue en créant des zones de recirculation entre les aspérités de telle sorte
que le fluide a tendance à glisser le long des parois. En régime laminaire, cette diminution
de frottement obtenue par usinage des parois est relativement faible (de l’ordre de 1 %),
alors qu’en régime turbulent, des diminutions de plus de 10 % peuvent être réalisées par
usinage (ou par l’ajout de polymères).
On peut établir une équation de Bernoulli valable pour le régime turbulent ; la princi-
pale différence avec le régime laminaire est que l’équation n’est valable que pour les va-
leurs moyennes de vitesse et que la fonction de dissipation Φ est nettement plus complexe
car il faut tenir compte des fluctuations de vitesse comme mécanisme supplémentaire de
dissipation d’énergie.
En multipliant par la vitesse moyenne ⟨u⟩ l’équation de conservation de la quantité
de mouvement
∂⟨u⟩
ϱ + ⟨u⟩∇⟨u⟩ = −∇⟨p∗ ⟩ + ∇ · ⟨T ⟩ − ϱ∇ · ⟨u′ u′ ⟩,
∂t
– la puissance dissipée :
Z Z
Pµ = ⟨u⟩ · ([2µ⟨D⟩ − ϱ⟨u′ u′ ⟩] · n)dS − ΦdV.
S V
L ū2 L ū2
∆H = 4Cf =f ,
Dh 2g Dh 2g
rectangulaire
q circulaire
q
1 1
lisse p = 2,5 ln Re Cf /2 − 0,25 p = 2,5 ln Re Cf /2 + 0,31
Cf /2 Cf /2
1 b 1 R
rugueux p = 2,5 ln + 6,04 p = 2,5 ln + 4,87
Cf /2 ks Cf /2 ks
En pratique :
– on fait l’hypothèse que l’écoulement est hydrauliquement lisse ou rugueux ;
– on calcule f en fonction du type de régime (lisse ou rugueux) et des données du
problèmes (nombre de Reynolds, caractéristiques géométriques de la conduite, ru-
gosité) ;
p
– on calcule la vitesse de frottement u∗ = ū f /8, puis le nombre de Reynolds associé
à la rugosité ks+ = u∗ ks /ν, et enfin on vérifie la pertinence de l’hypothèse initiale.
6. Johann Nikuradse (1894–1979) était un mécanicien des fluides allemand. Il était originaire de
Géorgie (Russie), mais fit son doctorat en Allemagne sous la direction de Prandtl au Kaiser-Wilhelm
Institut à Göttingen. On lui doit principalement les formules qui portent son nom et qui décrivent
les écoulements turbulents rugueux/lisses dans une conduite. Il introduit aussi la notion de rugosité
effective ks . À cause de ses acquaintances avec le régime nazi, sa réputation a été fortement ternie
après la seconde guerre mondiale.
7.4 Dissipation d’énergie dans les conduites en régime établi 227
Notons que les formules telles que celles de Nikuradse ne sont valables que pour les ré-
gimes asymptotiques : turbulence lisse ks+ < 3 − 5 et turbulence rugueuse ks+ > 70.
Notons qu’aujourd’hui, il existe des formules plus précises que les formules établies
par Nikuradse. Ainsi, la formule de McKeon (2005) permet de calculer le coefficient de frot-
tement avec une précision inférieure à 1,25 %
1 p
√ = 0,83 ln(Re f ) − 0,537,
f
ou encore
1 ks 2,51
√ = −0,91 ln 0,27 +√ .
f 2R f Re
Cette formule a l’avantage de donner un résultat relativement précis sans se soucier de
la nature du régime turbulent (lisse/rugueux), mais la précision peut être faible pour le
régime transitionnel 5 < ks+ < 70.
Méthode 3 : abaque de Moody–Stanton
On peut également utiliser les données expérimentales synthétisées dans le diagramme
de Moody-Stanton (1944) valable pour les conduites industrielles.
7. Cyril Colebrook (1910–1997) était un ingénieur hydraulicien anglais. Il fit toute sa carrière
dans le cabinet Binnie and Partners à Londres. Son nom est associé à la formule de Colebrook ou
Colebrook-White pour calculer le coefficient de frottement pour un écoulement turbulent dans une
conduite rugueuse.
7.4 Dissipation d’énergie dans les conduites en régime établi 229
Figure 7.5 – Diagramme de Moody–Stanton.
230 Chapitre 7 Écoulements turbulents en charge
7.5.1 Problématique
Les pertes de charge singulières traduisent les pertes d’énergie au niveau d’un chan-
gement rapide dans une conduite (changement de section, arrivée dans un réservoir, etc.).
Une singularité induit à la fois une dissipation locale d’énergie, mais également une modi-
fication de l’écoulement à l’amont et à l’aval de la singularité (modification des lignes de
courant). Les résultats suivant ne sont pertinents que pour des singularités suivies et/ou
précédées de canalisations suffisamment longues (40–50 diamètres de conduite) ou bien
d’un réservoir de grandes dimensions.
Les pertes de charge singulières sont introduites sous la forme :
ū2
∆Hs = ζ [m],
2g
avec ζ le coefficient de perte de charge singulière. Le problème est de savoir dans quelle
section il faut prendre la vitesse débitante. On se souviendra qu’une perte de charge est
une perte d’énergie.
ū21
∆Hs = ζ [m],
2g
avec :
– si l’écoulement est laminaire
8 S1 2 S12
ζ =2− + ,
3 S2 3 S22
7.5 Pertes de charge singulières 231
ū22
∆Hs = ζ [m],
2g
avec 2
1
ζ= 1− (7.8)
0,59 + 0,41(S2 /S1 )3
pour un écoulement turbulent. Des auteurs ont toutefois reporté des valeurs ζ > 0,5
quand β = d2 /d1 → 0, et en théorie selon Kirchoff, le coefficient ζ = π/(π + 2) =
0,611 quand β → 0. La formule de Benedict et al. (1966) est censée être plus précise
pour les petites valeurs de rapport β (voir aussi la comparaison des deux équations
à la figure 7.7) (Rennels & Hudson, 2012) :
0.6
0.5
0.4
0.3
0.2
0.1
0.0
0.0 0.2 0.4 0.6 0.8 1.0
Figure 7.7 – Coefficient de perte de charge pour une contraction selon l’équation (7.8)
(trait continu) ou l’équation (7.9) de Benedict et al. (1966) (trait discontinu).
ζ = 0,5 (7.10)
232 Chapitre 7 Écoulements turbulents en charge
pour des bords droits et un réservoir de grande taille par rapport à la conduite. C’est
la formule de Borda 8 pour une canalisation à bord vif. Toutefois, de nos jours, pour
rester consistant avec les contractions classiques, on préfère opter pour l’équation
(7.9), qui donne ζ = 0,57 pour un réservoir infini.
– Changement de direction : au niveau du coude (changement de direction θ exprimé
en degrés, avec un rayon de courbure Rc ), il y a une perte de charge donnée par la
formule de Weisbach 9
7/2 !
θ R
ζ= 0,13 + 1,85 ,
180 Rc
θ θ
ζ = sin2 + 2 sin4 .
2 2
Pour un coude à angle vif (Rc → 0) d’angle 90°, on peut prendre ζ = 1,3.
8. Jean-Charles de Borda (1733–1799) aurait pu être un héros de roman. Tour à tour, magistrat,
officier dans l’armée française, puis la marine royale, il devint directeur de l’École Navale. Il s’inté-
ressa à divers problèmes de mécanique des fluides ayant trait aux applications militaires : résistance
de l’air sur un projectile, résistance de l’eau sur une coque, écoulement à travers des orifices, la roue
à aube, etc.
9. Julius Weisbach (1806–1871) était un professeur allemand de mathématiques appliquées et
de mécanique à l’université de Freiberg. Il a également mené un grand nombre d’expériences pour
déterminer les pertes de charge singulières pour diverses configurations. Son nom est également
associé à la formule de Darcy–Weisbach pour les pertes de charge régulières.
7.6 Pompage 233
7.6 Pompage
– la courbe caractéristique est la relation entre la charge H fournie par la pompe (expri-
mée ici en m, souvent en Pa en génie industriel) et le débit Q. Cette courbe est une
fonction décroissante de Q à cause de la dissipation d’énergie dans la pompe (voir
figure 7.8). La charge à débit nul s’appelle la hauteur de fermeture : elle correspond
à la hauteur d’eau que la pompe est capable de supporter à débit nul. Au-delà d’un
certain débit Qmax , toute l’énergie de la pompe est dissipée sous forme de chaleur
et la pompe ne fournit plus de pression. En pratique, les pompes fonctionnent de
façon optimale tant que Q ≤ 0,7Qmax ;
– la courbe de puissance utile est la relation entre la puissance fournie au fluide Pu =
ϱgQH et le débit ;
– la courbe de rendement (global) η fait appel au rapport entre la puissance utile Pu
et la puissance électrique ou thermique fournie à la pompe. On définit aussi un
rendement hydraulique ηb comme le rapport entre la charge H(Q) fournie par la
pompe et celle qu’elle fournirait en l’absence de dissipation interne.
50
40
30
20
10
0
0 2 4 6 8 10
Li ū2i ū2j
Hr,i =f et Hs,j = ζj , (7.11)
Di 2g 2g
X
I X
J
∆H = Hr,i + Hs,j . (7.12)
i=1 j=1
50
40
30
20
10
0
0 2 4 6 8 10
7.7 Application
Le débit est simplement Q = S ū, avec S = πD2 /4. Si les coefficients de perte de charge
sont des constantes, cette équation se calcule très simplement. Si le coefficient de frotte-
ment f est fonction du nombre de Reynolds, il faut résoudre une équation non linéaire ou
bien procéder par tâtonnement.
Application numérique
Q 10 ^ + 6/;
L 1000;
ks d s 10 ^ 5;
g 9.81;
h0 h1 10; vit Sqrt#+h0 h1/ 2 g'
Out[12]= 19.8091
Dans le cas présent, elle est la même que l’écoulement aille de O vers A (turbinage) ou de A
vers O (pompage). Cela n’est pas toujours le cas car certaines singularités se comportement
différemment selon le sens de l’écoulement.
Le théorème de Bernoulli entre les points A et O donne :
HO + ∆H(Q) = HA + Hp .
Hp (Q) = ∆H(Q) + h0 + h1 .
On trouve : Qf onc = 6,6 m3 /s et Hp (Qf onc ) = 28,4 m. La puissance fournie par la pompe
est Pu = ϱQf onc gHp (Qf onc ) = 1,83 MW.
50
40
30
20
10
0
0 2 4 6 8 10
Bibliographie
Ali, S. Z. & Dey, S. 2021 Linear stability of dunes and antidunes. Phys. Fluids 33 (9), 094109.
AndReotti, B., Claudin, P., Devauchelle, O., DuRÁn, O. & FouRRiÈRe, A. 2012 Bedforms
in a turbulent stream: ripples, chevrons and antidunes. J. Fluid Mech. 690, 94–128.
BaRenblatt, G. I. 1996 Scaling, Self-Similarity, and Intermediate Asymptotics. Cambridge:
Cambridge University Press.
BaRnes, H. A. 2000 A Handbook of Elementary Rheology. Aberystwyth: University of
Wales.
Benedict, R. P., CaRlucci, N. A. & Swetz, S. D. 1966 Flow losses in abrupt enlargements
and contractions. J. Eng. Power 88, 73–81.
Benjamin, T. B. 1968 Gravity currents and related phenomena. J. Fluid Mech. 31, 209–248.
BeRnaRd, C. J. M. 1927 Cours de restauration des montagnes. Nancy: École Nationale des
Eaux et Forêts.
BohoRez, P., CaÑada PeReiRa, P., Jimenez-Ruiz, P. J. & del MoRal-ERencia, J. D. 2019
The fascination of a shallow-water theory for the formation of megaflood-scale dunes
and antidunes. Earth-Sci. Rev. 193, 91–108.
BoRdes, J.-L. 2005 Les barrages-réservoirs : Du milieu du XVIIIe siècle au début du XXe siècle
en France. Paris: Presses de l’École Nationale des Ponts et Chaussées.
BRaudel, F. 1979 Civilisation matérielle, économie et capitalisme, , vol. Tome 1 : les struc-
tures du quotidien. Paris: Armand Colin.
BRun, J.-P. & Leguilloux, M. 2014 Une tannerie et son moulin hydraulique ? In Les instal-
lations artisanales romaines de Saepinum. Tannerie et moulin hydraulique (ed. J.-P. Brun
& M. Leguilloux), pp. 147–170. Naples: Publications du Centre Jean Bérard.
BucKingham, E. 1914 On physically similar systems; illustrations of the use of dimensional
equations. Physical review 4, 345.
ChaRle, C. & VeRgeR, J. 2007 Histoire des universités. Presses Universitaires de France.
ChaRRu, F., AndReotti, B. & Claudin, P. 2013 Sand ripples and dunes. Annu. Rev. Fluid
Mech. 45, 469–493.
239
240 Bibliographie
Chow, V. T., ed. 1959 Open-Channel Hydraulics. New York: Mc Graw Hill.
Cunge, J. A. & HageR, W. H. 2015 Alexandre Preissmann: his scheme and his career.
Journal of Hydraulic research 53 (4), 413–422.
Dooge, J. C. I. 1992 The Manning formula in context. In Channel flow resistance: centennial
of Manning’s formula (ed. B. C. Yen), pp. 136–185. University of Virginia, Charlottesville:
Water Resources Publications Littleton, CO.
EhRbaR, D., SchmocKeR, L., Vetsch, D. F. & Boes, R. M. 2018 Hydropower potential in
the periglacial environment of Switzerland under climate change. Sustainability 10 (8),
2794.
FaRinotti, D., Pistocchi, A. & Huss, M. 2016 From dwindling ice to headwater lakes:
could dams replace glaciers in the European Alps? Env. Res. Lett. 11 (5), 054022.
FaRinotti, D., Round, V., Huss, M., Compagno, L. & ZeKollaRi, H. 2019 Large hydropo-
wer and water-storage potential in future glacier-free basins. Nature 575 (7782), 341–
344.
FeRguson, R. 1986 Hydraulics and hydraulic geometry. Prog. Phys. Geog. 10, 1–31.
GaucKleR, P. 1867 Etudes théoriques et pratiques sur l’écoulement et le mouvement des
eaux. C. R. Acad. Sci. Paris 64, 818–822.
GeoRge, D. L. 2008 Augmented Riemann solvers for the shallow water equations over
variable topography with steady states and inundation. J. Comput. Phys. 227, 3089–
3113.
Gimpel, J. 2002 La révolution industrielle du Moyen Âge. Seuil.
Gioia, G. & BombaRdelli, F. A. 2002 Scaling and similarity in rough channel flows. Phys.
Rev. Lett. 88, 014501.
Gleason, C. J. 2015 Hydraulic geometry of natural rivers: A review and future directions.
Prog. Phys. Geog. 39, 337–360.
GRaf, W. H. & AltinaKaR, M. S. 1993 Hydraulique fluviale, , vol. 2. Lausanne: Presses
polytechniques et universitaires romandes.
GRegoR, T. & RenneR, C. 2021 Renaturation des eaux suisses. État de la mise en oeuvre
des revitalisations de 2011 à 2019. Tech. Rep.. Office fédéral de l environnement.
HaebeRli, W., BuetleR, M., Huggel, C., FRiedli, T. L., Schaub, Y. & Schleiss, A. J. 2016
New lakes in deglaciating high-mountain regions-opportunities and risks. Clim. Change
139 (2), 201–214.
Hagen, G. W. 1881 Neuere Beobachtung über die gleichförmige Bewegung des Wassers.
Zeitschrift für Bauwesen 31, 221–223.
HageR, W. H. 2001 Gauckler and the GMS formula. J. Hydraul. Eng. 127 (8), 635–638.
HageR, W. H. & Boes, R. M. 2014 Hydraulic structures: a positive outlook into the future.
J. Hydraul. Res. 52, 299–310.
HageR, W. H., BRemen, R. & Kawagoshi, N. 1990 Classical hydraulic jump: length of roller.
J. Hydraul. Res. 28 (5), 591–608.
HageR, W. H. & Schleiss, A. 2009 Constructions hydrauliques : écoulements station-
naires, Traité de génie civil, vol. 15. Lausanne: Presses Polytechniques et Universitaires
Romandes.
Hansen, F. K. & RØdsRud, G. 1991 Surface tension by pendant drop: I. A fast standard
instrument using computer image analysis. J. Colloid. Interface Sci. 141, 1–9.
HaRpeR, K. 2017 Fate of Rome: Climate, Disease, and the End of an Empire. Princeton, N.J.:
Princeton University Press.
HelleR, V. 2011 Scale effects in physical hydraulic engineering models. J. Hydraul. Res. 49,
293–306.
Bibliographie 241
Hey, R. D. 1979 Flow resistance in gravel-bed rivers. J. Hydraul. Div. ASCE 105, 365–379.
JÄggi, M. 1984 Abflußberechnung in kiesführenden Flüssen. Wasserwirtschaft 74 (5), 263–
267.
Julien, P. Y. 1994 Erosion and Sedimentation. Cambridge: Cambridge University Press.
Julien, P. Y. 2002 River Mechanics. Cambridge: Cambridge University Press.
Kaless, G., Mao, L. & Lenzi, M. A. 2014 Regime theories in gravel-bed rivers: models,
controlling variables, and applications in disturbed Italian rivers. Hydrolog. Process.
28 (4), 2348–2360.
Kamphuis, J. W. 1974 Determination of sand roughness for fixed beds. J. Hydraul. Res. 12,
193–203.
Kennedy, J. F. 1969 The formation of sediment ripples, dunes, and antidunes. Annu. Rev.
Fluid Mech. 1, 147–168.
Keulegan, G. H. 1938 Laws of turbulent flows in open channels. J. Res. Natl Bur. Stand. 21,
707–741.
King, J. G. 2004 Sediment transport data and related information for selected coarse-bed
streams and rivers in Idaho. Tech. Rep. RMRS-GTR-131. US Department of Agriculture,
Forest Service, Rocky Mountain Research Station.
KuRth, A.-M. & SchiRmeR, M. 2014 Thirty years of river restoration in Switzerland: imple-
mented measures and lessons learned. Environmental Earth Sciences 72 (6), 2065–2079.
Lacey, G. 1930 Stable Channels in Alluvium. Min. Proc. I. Civil. Eng. 229, 259–292.
Lane, E. W. 1955 The importance of fluvial morphology in river hydraulic engineering. Am.
Soc. Civil Eng. Proc. 81, 1–17.
Leopold, L. B. & MaddocK, T. 1953 The Hydraulic Geometry of Stream Channels and
Some Physiographic Implications. Tech. Rep.. US Geological Survey.
Li, C., Czapiga, M. J., EKe, E. C., VipaRelli, E. & PaRKeR, G. 2015 Variable Shields number
model for river bankfull geometry: bankfull shear velocity is viscosity-dependent but
grain size-independent. J. Hydraul. Res. 53, 36–48.
Macagno, E. O. 1971 Historico-critical review of dimensional analysis. Journal of the
Franklin Institute 292 (6), 391–402.
MacKin, J. H. 1948 Concept of the graded river. Geol. Soc. Amer. Bull. 59 (5), 463–512.
MalveRti, L., Lajeunesse, E. & MÉtivieR, F. 2008 Small is beautiful: Upscaling from mi-
croscale laminar to natural turbulent rivers. J. Geophys. Res. 113, F04004.
del MaR CastRo GaRcÍa, M. 2018 La gestión del agua en época romana. Percepción postclá-
sica y construcción historiogrífica. Cádiz: Editorial Didáctica Tecnológica S.L.
MaRusic, I. & BRoomhall, S. 2021 Leonardo da Vinci and fluid mechanics. Annual Review
of Fluid Mechanics 53, 1–25.
Mays, L. W., ed. 2010 Ancient Water Technologies. Dordrecht: Springer.
MÉtivieR, F., Lajeunesse, E. & Devauchelle, O. 2017 Laboratory rivers: Lacey’s law, thre-
shold theory, and channel stability. Earth Surf. Dyn, 5, 187–198.
MeyeR-PeteR, E. & MÜlleR, R. 1948 Formulas for bed load transport. In 2nd meeting (ed.
IAHR), pp. 39–64. Stockholm, Sweden.
MoKyR, J. 1990 The Lever of Riches: Technological Creativity and Economic Progress. New
York: Oxford University Press.
Mullin, T. 2011 Experimental studies of transition to turbulence in a pipe. Annu. Rev. Fluid
Mech. 43, 1–24.
OFEN 2019 Potentiel hydroélectrique de la Suisse. évaluation du potentiel de développe-
ment de la force hydraulique dans le cadre de la stratégie énergétique 2050. Tech. Rep..
242 Bibliographie
Taneda, S. 1956 Experimental investigation of the wakes behind cylinders and plates at
low Reynolds numbers. J. Phys. Soc. Japan 11 (3), 302–307.
TonKa, L. 2015 Hydropower license renewal and environmental protection policies: a com-
parison between Switzerland and the USA. Regional Environmental Change 15 (3), 539–
548.
Van DyKe, M. 1982 Album of Fluid Motion. Stanford: Parabolic Press.
Van Koningsveld, M., MuldeR, J. P. M., Stive, M. J. F., Van DeR ValK, L. & Van DeR WecK,
A. 2008 Living with sea-level rise and climate change: a case study of the Netherlands.
Journal of Coastal Research 24 (2), 367–379.
Vaschy, A. 1892 Sur les lois de similitude en physique. In Annales Télégraphiques, , vol. 19,
pp. 25–28.
Viollet, P.-L. 2005 L’hydraulique dans les civilisations anciennes : 5000 ans d’histoire. Paris:
Presses de l’École Nationale des Ponts et Chaussées.
VischeR, D. L. 1987 Strickler formula, a Swiss contribution to hydraulics A short note on
the 100th anniversary of Strickler’s birth. Wasser, Energie, Luft 79 (7-8), 139–142.
VischeR, D. L. 2003 Die Geschichte des Hochwasserschutzes in der Schweiz. Tech. Rep.
Berichte des BWG. Serie Wasser BWGW Nr. 5. Bundesamt für Umwelt BAFU.
Viti, N., ValeRo, D. & GualtieRi, C. 2018 Numerical simulation of hydraulic jumps. Part
2: Recent results and future outlook. Water 11 (1), 28.
WeRlÉ, H. & Gallon, M. 1973 Sillages de cheminées, faisceaux tubulaires, grilles et turbo-
machines Quelques exemples de visualisations basés sur l’analogie hydraulique. Houille
Blanche 59 (4), 339–360.
Whiting, P. J., Stamm, J. F., Moog, D. B. & ORndoRff, R. L. 1999 Sediment-transporting
flows in headwater streams. Geol. Soc. Amer. Bull. 111, 450–466.
Williams, G. P. 1970 Flume width and water depth effects in sediment-transport experi-
ments. Tech. Rep. Professional Paper 562-H. USGS.
Williams, G. P. 1978 Bank-full discharge of rivers. Water resources research 14 (6), 1141–
1154.
Wong, M. & PaRKeR, G. 2006 Reanalysis and correction of bed-load relation of Meyer-Peter
and Müller using their own database. J. Hydraul. Eng. 132, 1159–1168.
Zhuang, Y. 2017 State and irrigation: archeological and textual evidence of water mana-
gement in late Bronze Age China. Wiley Interdisciplinary Reviews: Water 4 (4), e1217.
Index des mots-clés et des noms
Index
245
246 Bibliographie
de Rankine-Hugoniot, 78 gel, 5
de Reynolds, 197, 198, 205 glissement, 170
de Stokes, 183, 184 goutte, 19
du mouvement, 168 granulométrie, 95
du ressaut, 148
équilibre, 104 hauteur
ergodicité, 204 critique, 117, 118, 137, 139, 147
étiage, 96 d’écoulement, 93
expérience de fermeture, 233
de Couette, 172 moyenne, 138
de Newton, 10, 174 normale, 93, 121, 130, 137, 139
de Reynolds, 197
incompressible, 6
de Trouton, 173, 177
inertie, 35
fermeture, 167, 168, 198, 206, 214 instabilité, 107
fluide invariance, 29, 31
d’Euler, 79 isochore, 6
newtonien, 10, 12, 75
Jupyter, xii
non newtonien, 10, 75
non visqueux, 69 Kelvin–Helmholtz
parfait, 6, 69, 75, 79, 183 instabilité, 200
rhéofluidifiant, 12
rhéoépaississant, 12 laplacien, 170
à seuil, 12 libre parcours moyen, 11
flux de chaleur, 81 ligne
fonction d’énergie, 114
de dissipation, 83, 211 de courant, 85
de courant, 195 liquide, 2
force lisse, 225
de portance, 192 lit, 107
de traînée, 45 alluvial, 96
de Van der Waals, 2 fixe, 133
de viscosité, 35 majeur, 96
formule mineur, 96
de Borda, 136, 231 mobile, 133
de Borda–Carnot, 230 rocheux, 96
de Colebrook, 124 stable, 106
de Jäggi, 120, 123, 132 loi
de Leibniz, 65 d’échelle, 31
de Meyer-Peter, 123, 132 d’écoulement, 122
de Parker, 125 de Boyle-Mariotte, 3
de Raudkivi, 132 de Chézy, 119, 123, 125
de Sugio, 136 de Coles, 129
de Torricelli, 86 de comportement, 6, 75, 167
de Weisbach, 231, 232 de Darcy, 186
frottement, 222 de Darcy–Weisbach, 123, 124, 126
de forme, 133 de Fick, 186
de peau, 133 de frottement, 122
de Gauckler–Manning–Strickler,
gaz, 2 123
248 Bibliographie
produit section
tensoriel, 75 d’écoulement, 93
puissance seuil, 107–109, 133, 153, 155, 164
dissipée, 83, 84, 222, 224 dénoyé, 165
utile, 233 noyé, 165
Python, xii seuil de contrainte, 12
périmètre mouillé, 93 sillage, 45, 200
période similitude, 29, 182
de retour, 96 complète, 47
incomplète, 47
rapide, 108 singularité, 109, 139, 153, 164
rayon auto-similaire, 195
de courbure, 22 sous-couche
remontée visqueuse, 211, 216
capillaire, 24 stokes, 10
renaturalisation, 106 structure, 134
rendement, 233 surface libre, 2
ressaut, 64, 78, 92, 95, 139, 147, 153, 155, suspension, 5, 104
159 sédimentation, 184
hydraulique, 148
mobile, 148 température, 1
stationnaire, 148 tenseur
rhéofluidifiant, 13 de Reynolds, 127, 198, 205
rhéoépaississant, 13 des contraintes, 78
ridule, 107 des extra-contraintes, 78
ripisylve, 96 tensiomètre, 19
rive, 96 tension
rivière, 92, 104 capillaire, 16
alluviale, 96, 104 de surface, 16
torrentielle, 92 thermes, xvii
rugosité, 95, 127, 133 théorie
rugueux, 225 cinétique, 3, 11
régime de la couche limite, 192
critique, 117 de la similitude, 29
de transition, 198 théorème
fluvial, 95, 117, 147 de Bernoulli, 69, 114, 119, 158, 183
graduellement varié, 95 de Green-Ostrogradski, 71, 73, 76,
inférieur, 107 78, 82, 84
laminaire, 35, 192, 198 de l’énergie cinétique, 81
permanent, 95 de Reynolds, 68, 71
rapidement varié, 95, 109 de transport, 71
subcritique, 35, 95, 117 de Vaschy–Buckingham, 40
subsonique, 35 tirant
supercritique, 35, 95, 117 d’eau, 93, 138
supersonique, 35 torrent, 92
torrentiel, 95, 117, 147 transformation
turbulent, 35, 192, 198 affine, 31
uniforme, 95 isomorphe, 31
réservoir, 230 transport
rétrécissement, 230 solide, 104
tube de Pitot, 88 débitante, 95, 186
turbulence, 197, 219 moyenne, 95
volume
vague, 29 de contrôle, 64, 71
d’impulsion, 29 de contrôle arbitraire, 72
vanne, 143, 155 de contrôle fixe, 72
viscosité, 10 de contrôle matériel, 71, 72
cinématique, 10, 35 fermé, 64
dynamique, 10 matériel, 64, 71
turbulente, 218 ouvert, 64
élongationnelle, 172 vorticité, 78
vitesse
agitation thermique, 4 zone
de cisaillement, 215 centrale, 216, 218
de frottement, 128, 215, 225 logarithmique, 128, 216, 219
250
Bibliographie 251