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Justice et détention en Haïti : État critique

Le rapport du RNDDH sur l'appareil judiciaire et les centres de détention en Haïti pour l'année judiciaire 2023-2024 souligne une justice affaiblie, marquée par des grèves répétées et une insécurité croissante, entraînant des résultats judiciaires très limités. Les conditions de détention se sont également détériorées, avec des prisons surpeuplées et insalubres, tandis que la majorité des détenus restent en attente de jugement. Le RNDDH appelle à des réformes urgentes pour améliorer la situation judiciaire et carcérale, ainsi qu'à la protection des droits des détenus.

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Justice et détention en Haïti : État critique

Le rapport du RNDDH sur l'appareil judiciaire et les centres de détention en Haïti pour l'année judiciaire 2023-2024 souligne une justice affaiblie, marquée par des grèves répétées et une insécurité croissante, entraînant des résultats judiciaires très limités. Les conditions de détention se sont également détériorées, avec des prisons surpeuplées et insalubres, tandis que la majorité des détenus restent en attente de jugement. Le RNDDH appelle à des réformes urgentes pour améliorer la situation judiciaire et carcérale, ainsi qu'à la protection des droits des détenus.

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Réseau National de Défense des Droits Humains

(RNDDH)

Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti :


Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et la violation systématique des garanties
judiciaires des dé[Link]

7 novembre 2024
Sommaire
Pages
Résumé 2

Introduction 3

A. FONCTIONNEMENT DE LA JUSTICE AU COURS DE L’ANNEE JUDICIAIRE 2023 - 2024

I. IMPACT DES GREVES SUR LE DEROULEMENT DE L’ANNEE JUDICIAIRE 2023-2024 3

II. CHANGEMENTS AU SEIN DE L’APPAREIL JUDICIAIRE HAÏTIEN ET


CERTIFICATION DES [Link] 4
a) Au Ministère de la Justice et de la Sécurité publique 4
b) Au Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) 5
c) Aux Parquets près les Tribunaux de première instance du pays 5
d) Aux Tribunaux de première instance 6
e) [Link] certifiés 7
f) Autres nominations de Juges dans le système judiciaire 9

III. EXECUTIONS SOMMAIRES PERPETREES PAR LE MAGISTRAT JEAN ERNEST MUSCADIN 11

IV. ETAT DES INFRASTRUCTURES JUDICIAIRES ET CREATION


DE NOUVELLES JURIDICTIONS 13
a) Tribunaux de paix 13
b) Parquets et Tribunaux de première instance 15
c) Nouvelles juridictions de première instance et de paix 16

V. REALISATION DES ASSISES AU COURS DE L’ANNEE JUDICIAIRE 2023-2024 16


a) Remarques générales sur le déroulement des audiences criminelles 18
b) Individus condamnés pour crimes sexuels au cours de l’année 2023-2024 20

B. SITUATION DES CENTRES DE RETENTION ET DE DETENTION DU PAYS

I. EVASIONS ET TENTATIVE D’EVASION ENREGISTREES DE JANVIER A OCTOBRE 2024 21

II. SITUATION DES CENTRES CARCERAUX DANS LE DEPARTEMENT DE L’OUEST 22

III. CONDITIONS GENERALES DE DETENTION 24


a) Dé[Link] décédés 26

IV. DES CELLULES DE RETENTION TRANSFORMEES EN PRISONS ET SITUATION


DES DETENUS DE CARREFOUR 29

V. STATUT JURIDIQUE DES [Link] 30

Commentaires et recommandations 32

Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti : Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et la
violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 1
Résumé
1. Caractérisée par des grèves à répétition de son personnel et rudement frappée par l’insécurité, la Justice
haïtienne n’a fourni, au cours de l’année judiciaire 2023-2024 que très peu de résultats. En effet, les impacts des
arrêts de travail susmentionnés ont été énormes sur le déroulement de cette année, au cours de laquelle les travaux
judiciaires ont été très minimes. Et, au moins 13 infrastructures judiciaires ont été désaffectées en raison de la
situation sécuritaire ou vandalisées et/ou incendiées par des bandits armés.
2. La juridiction de première instance de Port-au-Prince, la plus grande compte-tenu de la taille des justiciables
à desservir, n’a fonctionné, en 2023-2024, que difficilement. Le Parquet et le Tribunal de première instance de Port-
au-Prince sont partiellement installés dans un local exigu. Les [Link] ne disposent pas d’espace de travail.
Et, de nombreux véhicules stationnés sur la cour dudit bâtiment, ont été endommagés par des balles perdues, tirées
par les bandits armés.
3. Sur l’ensemble du territoire, 15 Tribunaux de première instance ont réalisé des audiences criminelles au cours
desquelles 228 cas ont été entendus. 49 autres ont été renvoyés, portant 113 dé[Link] à retourner en prison sans
avoir été fixés sur leur sort. 241 personnes ont été jugées parmi elles, 148 ont été condamnées et 93, acquittées.
Les raisons pour lesquelles certains cas ont été renvoyés restent questionnables, des peines sévères d’une part et
complaisantes d’autre part, ont été prononcées par les Tribunaux criminels et encore une fois, les violences sexuelles
ont été banalisées, de nombreux prédateurs sexuels ayant écopé de peines très légères. Et, de manière plus
générale, ces assises, organisées par les chefs de juridiction avec beaucoup de nonchalance, n’ont pas eu un grand
impact sur la population carcérale en attente de jugement.
4. De nombreux [Link] n’ont pas été certifiés au cours de l’année judiciaire 2023-2024 pour, entre autres,
manque d’éthique, absence d’intégrité morale, rançonnement des justiciables, implication dans des actes de
spoliation, etc. Ces résultats restent très préoccupants. Pourtant, c’est dans ce contexte que le ministre de la Justice
et de la Sécurité publique, Maître Carlos HERCULE, a décidé, en date du 14 octobre 2024, de rappeler les
représentants du ministère au sein de la Commission Technique de Certification (CTC), une décision qui démantèle
cette structure dont le travail est très important, notamment à un moment où la corruption gagne du terrain au sein
de la Justice et où la prestation de l’appareil judiciaire est quasi-nulle depuis plusieurs années.
5. Par ailleurs, les conditions générales de détention se sont détériorées au cours de la période analysée. Les
dé[Link] sont sous-alimentés. Ils n’ont qu’un accès limité à l’eau et aux soins de santé. Les centres carcéraux sont
sales et nauséabonds. Les cellules sont surencombrées, favorisant la propagation des maladies contagieuses
comme la galle, la gratelle et la tuberculose. De plus, 5 centres carcéraux ayant été désaffectés ou vidés de leur
population dans le département de l’Ouest - en raison de l’insécurité ou parce qu’ils ont été attaqués par les bandits
armés - les autorités judiciaires ont transformé le CERMICOL et la Prison civile de Petit-Goâve en de véritables
complexes pénitentiaires ; le premier accueillant des dé[Link] de tous sexes et de tous âges de la juridiction de
Port-au-Prince, la deuxième gardant des dé[Link] en provenance de l’Anse-à-Veau, de Carrefour, de Miragoâne
et de Jacmel. Plusieurs commissariats du département de l’Ouest ont aussi été convertis en prisons, accueillant,
dans des conditions inhumaines, les personnes contre lesquelles sont émis des ordres de dépôt par les [Link]
des juridictions de première instance de Port-au-Prince et de la Croix-des-Bouquets.
6. 1 tentative d’évasion et 3 évasions ont été enregistrées pour la période analysée. Cependant, même si la
population carcérale totale a diminué de 35.6 % - en raison notamment de ces évasions - et est passée de 11,837
dé[Link] le 4 octobre 2023 à 7,624 détenus-es le 4 novembre 2024, le statut juridique des prisonniers.ères n’a pas
évolué. En effet, en octobre 2023, 83,92% des dé[Link] étaient en situation de détention préventive. Le 4 novembre
2024, 83,54% sont encore en attente de jugement. Conséquemment, le statut juridique des dé[Link] n’a bougé
que de 0.38%.
7. Les constats et remarques précédents portent le RNDDH à recommander aux autorités judiciaires et
pénitentiaires de : Exiger que les juges d’instruction décident sur les dossiers pendants par-devant leur cabinet ;
Exiger des chefs de juridiction la liste de tous dé[Link] en situation de détention préventive depuis plusieurs
années, en vue d’identifier les blocages et d’assurer le suivi de leurs dossiers ; Passer des instructions formelles,
pour l’organisation, tout au long de l’année judiciaire 2024-2025, d’audiences correctionnelles et criminelles ;
Soumettre à la certification, les commissaires du gouvernement et leurs substituts, les greffiers.ères et les huissiers ;
Reprendre les infrastructures judiciaires localisées dans les zones contrôlées par les bandits armés et réaménager
celles qui ont été endommagées ; Mettre fin à la banalisation des crimes sexuels en passant des instructions pour le
respect et la mise en application, par les différentes juridictions de première instance du pays, de la Loi en la matière ;
Reprendre le contrôle des centres carcéraux qui ont été endommagés par les bandits armés en vue de les réaffecter
et de désengorger le CERMICOL, la Prison civile de Petit-Goâve ainsi que les commissariats de l’Ouest ; Fournir aux
responsables pénitentiaires tous moyens leur permettant d’assurer aux prisonniers.ères, des conditions minimales
de détention, respectant la dignité humaine.

Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti : Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et la
violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 2
Introduction

1. L’année judiciaire 2023-2024 a été rudement frappée par l’insécurité et la crise


sociopolitique en cours qui aggravent le dysfonctionnement de la Justice haïtienne depuis
quelque temps : des juridictions de première instance n’ont réalisé aucune audience criminelle,
des infrastructures judiciaires ont été attaquées par les bandits armés et d’autres ont dû fermer
leurs portes en raison de l’insécurité. De même, des grèves en cascade ont été enregistrées au
cours de l’année analysée et des [Link] n’ont pas été certifiés par le Conseil Supérieur du
Pouvoir Judiciaire (CSPJ, etc.

2. Parallèlement, les centres carcéraux du pays ont aussi été touchés par l’insécurité et la
montée en puissance des bandits armés : des évasions de prison ont été orchestrées par la
coalition de gangs armés Viv Ansanm, des centres carcéraux ont été démolis et, les conditions
générales dans lesquelles évoluent les personnes privées de liberté se sont encore plus
détériorées.

3. Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) qui a observé le


fonctionnement de l’appareil judiciaire et des centres carcéraux du pays au cours de l’année
judiciaire 2023-2024, estime de son devoir de partager avec tous ceux et toutes celles que la
question intéresse, ses nombreuses remarques.

A. FONCTIONNEMENT DE LA JUSTICE HAÏTIENNE AU COURS DE L’ANNEE


JUDICIAIRE 2023-2024

I. IMPACT DES GREVES SUR LE DEROULEMENT DE L’ANNEE JUDICIAIRE 2023-2024

4. Dans l’objectif d’exiger de meilleures conditions de travail, les parquetiers.ères regroupés


autour du Collectif des Magistrats Debout d’Haïti (COMADH) ont entamé le 20 novembre 2023,
soit quelques jours seulement après l’ouverture de l’année judiciaire 2023-2024, une grève sur
l’ensemble du territoire, paralysant ainsi les activités judiciaires. Le 12 décembre 2023, près d’un
mois après, ils ont annoncé observer une trêve.

5. Le même jour, soit le 12 décembre 2023, l’Association Nationale des Greffiers Haïtiens
(ANAGH) a annoncé que les greffiers.ères entraient en grève pour exiger le respect de l’accord
signé en 2017, entre le ministère de la Justice et de la Sécurité publique et leur syndicat. Cette
grève n’a été levée que le 27 mai 2024, soit plus de cinq (5) mois après son lancement.

6. Le 19 juin 2024, estimant que le ministère de la Justice ne respectait pas ses engagements,
les parquetiers.ères sont à nouveau rentrés en grève.

Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti : Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et la
violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 3
7. Par la suite, une rencontre s’est tenue le 16 août 2024 entre les parquetiers.ères et l’actuel
ministre de la Justice, Maître Carlos HERCULE, qui leur a promis d’appliquer la loi de 2007 sur
le statut de la magistrature, de conférer aux commissaires du gouvernement les mêmes
privilèges qu’aux [Link] et de traiter les substituts de la même manière que les juges. De
plus, les [Link] debout recevront trois (3) mois d’indemnité sur l’année fiscale 2023-2024.
Suite à cette rencontre, les responsables de la COMADH ont annoncé observer un sursis à partir
du 19 août 2024 jusqu’au 30 novembre 2024.

8. Ce sursis a coïncidé avec le moment où l’état


d’urgence a été décrété sur nombreuses communes du Alors que les parquetiers.ères et
les greffiers.ères semblent
département de l’Ouest. Par la suite, l’état d’urgence a
seulement se focaliser sur
été prolongé puis étendu sur plusieurs autres
l’amélioration de leurs
départements du pays à savoir l’Artibonite, le Centre et conditions de travail, les grèves
les Nippes ainsi que sur les arrondissements de en cascade ont fortement
Plaisance et de Limbé, localisés dans le département du paralysé le déroulement de
Nord. l’année judiciaire 2023-2024.

9. Alors que les parquetiers.ères et les greffiers.ères semblent se focaliser sur l’amélioration
de leurs conditions de travail, il convient de noter que les grèves en cascade susmentionnées ont
paralysé le déroulement de l’année judiciaire 2023-2024, violant les garanties judiciaires des
justiciables en général et des dé[Link] en situation de détention préventive, en particulier.

II. CHANGEMENTS AU SEIN DE L’APPAREIL JUDICIAIRE HAÏTIEN ET CERTIFICATION DES


[Link]

10. De nombreux changements ont été opérés au sein de la Justice, au cours de l’année
judiciaire 2023-2024. En ce sens, dans certaines juridictions, des responsables ont été remplacés,
dans d’autres, des mandats ont été renouvelés. Une nouvelle judicature a été installée. Et, le
processus de certification des [Link] a encore une fois tenu une grande place dans les
prises de décisions des autorités judiciaires.

a) Au Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique

11. Le 14 novembre 2022, Emmelie Prophète MILCE ministre de la Culture et de la


Communication d’alors a été nommée ministre de la Justice a.i en remplacement de Maître
Bertho DORCE, indexé pour trafic d’influence dans un scandale de trafic illicite d’armes et de
munitions. Suite à l’éviction du gouvernement dirigé par Ariel HENRY, Emmelie Prophète
MILCE a été remerciée et remplacée par Maître Carlos HERCULE qui est rentré officiellement en
fonction le 12 juin 2024.

Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti : Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et la
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RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 4
b) Au Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ)

12. Le 3 octobre 2024, la 5ème judicature du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) a prêté
serment. Elle est ainsi composée :

• Jean Joseph LEBRUN, président


• Barthelemy ALTENOR, vice-président
• Carvès JEAN, commissaire du gouvernement près de la Cour de cassation
• Noé Massillon PIERRE-LOUIS, représentant des Cours d’appel
• Wando SAINT-VILIER, représentant des Tribunaux de première instance
• Lionel Constant BOURGOUIN, représentant des Parquets près les Tribunaux de première
instance
• Erode BAZILE, représentant des Tribunaux de paix
• Jude THIMOGENE, représentant du secteur des Droits Humains

13. Cette nouvelle judicature à laquelle il manque, pour sa complétion, le représentant.e de la


Fédération des Barreaux d’Haïti, ne compte, à date, que des hommes.

c) Aux Parquets près les Tribunaux de première instance du pays

14. Tel que susmentionné, de nombreux changements ont été enregistrés au niveau des
Parquets près les Tribunaux de première instance du pays. En voici quelques-uns :

15. Au Parquet près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince, le 27 juin 2024, Edler
GUILLAUME a été remplacé par Maître Lionel Constant BOURGOUIN. A l’instar de ses
prédécesseurs, ce dernier a promis entre autres, de réformer ledit parquet, de s’assurer qu’il ne
soit plus transformé en une polyclinique ou en une boutique et d’y combattre la corruption.

16. Au Parquet près le Tribunal de première instance des Cayes, en date du 27 juin 2024, le
commissaire du gouvernement Maître Ronald RICHEMOND a été remplacé par James JEAN-
LOUIS. Le 19 août 2024, alors qu’il était fraîchement installé à la tête du Parquet, le magistrat
James JEAN-LOUIS a été mis en disponibilité. Epinglé dans un cas de bastonnade à l’encontre de
Gérana NORDEUS et de bastonnade suivi d’exécution sommaire sur la personne de Josème
JOSEPH, conjoint de Gérana NORDEUS, le magistrat James JEAN-LOUIS a été remplacé à la tête du
Parquet des Cayes, par le substitut commissaire du gouvernement Joubert AMAZAN.

17. Au Parquet près le Tribunal de première instance de Jérémie, le 11 juillet 2024, le


commissaire du gouvernement Marie André PYRAM a été remplacé par le magistrat Jean Marie
Gaetjeans ALEXANDRE.

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RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 5
18. Avant sa mise à l’écart, le magistrat Marie André PYRAM a été éclaboussé par plusieurs
scandales de corruption parmi lesquels le dossier relatif à l’arrestation puis l’emprisonnement
du CASEC de Léon, Jocelyn JACQUET. En effet, selon des riverains, le magistrat Marie André
PYRAM a tenté de libérer, contre un important pot-de-vin, Jocelyn JACQUET qui était accusé de
gérer un magasin pour le compte des bandits armés opérant à Village de Dieu. Face à la levée de
bouclier provoquée par cette tentative de libération, le CASEC a été transféré à la Prison civile
de Port-au-Prince, ce que le RNDDH a pu vérifier.

19. Au Parquet près le Tribunal de première instance de Hinche, depuis mai 2023, Maître
Marlène ABRAHAM remplace le magistrat Edler GUILLAUME à la tête dudit Parquet.

20. Au Parquet près le Tribunal de première instance de Mirebalais, le 23 août 2024, le


commissaire du gouvernement Gabriel FLEURY a été remplacé par le magistrat Odania BLANC.

21. Au Parquet près le Tribunal de première instance des Coteaux, le 26 août 2024, le magistrat
Max SAMORA a pris fonction officiellement comme commissaire du gouvernement des Coteaux,
en remplacement du magistrat Wadson AZOR.

22. Au Parquet près le Tribunal de première instance de la Croix-des-Bouquets, le 24 août


2024, le commissaire du gouvernement Roosevelt ZAMOR, a été mis en disponibilité sans solde
et remplacé par le magistrat Carl Giovanni AUBOURG.

d) Aux Tribunaux de première instance

23. Des changements ont aussi été opérés dans certains Tribunaux de première instance. En
effet :

24. Au Tribunal de première instance de Port-au-Prince :


Le 29 janvier 2024, les mandats de neuf (9) juges d’instruction Les juges d’instruction de la
étaient arrivés à terme. Il s’agit des magistrats Walther juridiction de première instance
Wesser VOLTAIRE, Marthel JEAN CLAUDE, Berge O. SURPRIS, de Port-au-Prince ne disposent
Al Duniel DIMANCHE, Gerty Leon ALEXIS, Rose Maggy pas tous de chambre criminelle.
Borgella CHOUTE, Marie Claudel PIERRE, Loubens ELYSEE et
Les véhicules stationnés sur la
du magistrat Cyprien JEAN-FRANCOIS. Le 4 octobre 2024, à
cour du palais de Justice de Port-
l’entrée de l’année judiciaire 2024-2025, les mandats de sept
au-Prince sont souvent
(7) d’entre eux ont été renouvelés, sauf ceux des magistrats endommagés par des balles
Al Duniel DIMANCHE et Gerty Leon ALEXIS. perdues.

25. Il convient aussi de souligner que les juges d’instruction de cette juridiction ne disposent
pas tous de chambres criminelles. Certains utilisent provisoirement le local de la Commission
Nationale de Lutte contre la Drogue (CONALD), situé sur la route de Frères. D’autres n’ont tout

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RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 6
simplement aucun endroit où travailler. De plus, des balles perdues endommagent souvent des
véhicules stationnés sur la cour du local accueillant, à Lalue, le Parquet et le Tribunal de première
de Port-au-Prince.

26. Au Tribunal de première instance de Jacmel : Depuis plusieurs années et jusqu’au 28


janvier 2024, un (1) seul juge d’instruction y était actif. Ce n’est que le 29 janvier 2024 que le
ministère de la Justice et de la Sécurité publique a finalement nommé trois (3) juges. Il s’agit des
magistrats Michel DALEXY, Jacky JEAN et Anofaine MAITRE.

27. Ce même jour, soit le 29 janvier 2024, d’autres juges ont aussi été nommés dans différentes
juridictions. Il s’agit de :

• Ferry BERNARD juge de siège au Tribunal de première instance de la Grande Rivière-du-Nord ;


• Salomon COUDO, juge de siège au Tribunal de première instance des Cayes ;
• Sony DORANTE, juge de siège au Tribunal de Première Instance d’Aquin ;
• Pierre Richelet JOSEPH, juge de siège au Tribunal de première instance des Cayes ;
• Luidmyrla Ninon MOÏSE, juge de siège au Tribunal de Première Instance de Port-au-
Prince ;
• Marie Jalisse NORD, Juge de siège au Tribunal Spécial du Travail ;
• Jonès SURPRIS, juge de siège au Tribunal de première instance de Saint-Marc ;
• Jean Tilma TILFA, juge de siège au Tribunal de Première Instance des Côteaux.

28. Au Tribunal de première instance des Côteaux : Le lundi 26 février 2024, le magistrat Jean
Robert JOURDIN a été installé au poste de doyen, en remplacement du magistrat Gérald EXANTUS
qui n’a pas été certifié par le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ).

29. Au Tribunal de première instance de la Croix-des-Bouquets : De janvier à octobre 2024,


seulement deux (2) juges d’instruction y travaillaient. Il s’agit des magistrats Brunet SALOMON et
Rigaud DURET. Le 4 octobre 2024, les mandats de cinq (5) autres juges à savoir les magistrats Léa
CHARLOTIN, Tamara DORCEAN, Paul WESLEY Hilaire DIEUDONNE et André SAINT-ISERT qui
étaient arrivés à terme, ont été renouvelés.

e) Certification de [Link]

30. Au cours de l’année judiciaire 2023-2024, plusieurs [Link] n’ont pas été certifiés par
le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ). Les raisons sont nombreuses : insuffisance
académique, manque d’éthique, absence d’intégrité morale, rançonnement de justiciables,
implication dans des actes de spoliation et de bandes armées, ou parce qu’ils sont fortement
décriés dans leur juridiction.

Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti : Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et la
violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 7
31. En date du 19 février 2024, le CSPJ a transmis un procès-verbal à la ministre a.i de la Justice
et de la Sécurité publique, Emmelie Prophète MILCE comprenant une liste de trente (30)
[Link] jugés comme ayant satisfait aux conditions de certification, de douze (12) autres
qui n’ont pas été certifiés pour les diverses raisons susmentionnées et de dix-huit (18)
[Link] dont les dossiers nécessitent un approfondissement. Les tableaux suivants
présentent les listes des [Link] certifiés et non-certifiés.

• Liste des [Link] certifiés

Nom et Prénoms Juridictions


Marie Evard Jean Phillipe ADAM Juge de siège au Tribunal de première instance des Gonaïves, Tribunal pour Enfants
Elie Camille ARMAND Suppléant juge au Tribunal de paix des Cayes-Jacmel
Sagine BEAUZILE Suppléant juge au Tribunal de paix de Camp-Perrin
Modler CADET Suppléant juge au Tribunal de paix des Cayes
Wilson CHARLES Suppléant juge au Tribunal de paix du Cap-Haitien, section Nord
François COLAS Suppléant juge au Tribunal de paix de Fort-Liberté
Garry COUPPETTE Suppléant juge au Tribunal de paix de Delmas
Julio Junior DAMAS Juge de siège au Tribunal de première instance des Coteaux.
Ulrick DESTIN Suppléant juge au Tribunal de paix de Désarmes
Lexander DORILAS Doyen a.i du Tribunal de première instance de Mirebalais.
Esdras DUVERGLAS Juge de siège au Tribunal de première instance de Hinche
Herb Thomas ELYSEE Suppléant juge au Tribunal de paix de Jérémie
Dieuna GUAY Suppléant juge au Tribunal de paix de Jérémie
Dieudonné HILAIRE Juge de siège au Tribunal de première instance de la Croix-des-bouquets
Abner HYPPOLITE Suppléant juge au Tribunal de paix de Port-au-Prince, section Sud
Juslin ISRAJIL Suppléant juge au Tribunal de paix de Fort-Liberté
Cantave JEAN Suppléant juge au Tribunal de paix de Hinche
Marie Mercie JEAN-BAPTISTE Présidente a.i de la Cour d’Appel de Hinche
Nicoleta Dieudonné JOSEPH Juge de siège au Tribunal de première instance des Gonaïves
Jean LABONTE Juge de siège au Tribunal de première instance de Jérémie
Ester LEBRETON Suppléant juge au Tribunal de paix des Gonaïves, section Sud
Evens LEVEQUE Juge titulaire au Tribunal de paix de Cite-soleil
Leoster LOUIS Juge et juge d’instruction au Tribunal de première instance de Hinche
Marie Claude Alfred MICHEL Suppléant juge au Tribunal de paix de Gros-Morne
Dieunis MEUS Suppléant juge au Tribunal de paix de Fort-Liberté
Pierre MOMPREMIER Juge titulaire au Tribunal de paix de Fort-liberté
Hermann SIMON Jude de siège au Tribunal de première instance de Hinche
Paul TARTE Juge titulaire au Tribunal de paix des Cayes
Wesnel TELEMAQUE Suppléant juge au Tribunal de paix de Marigot
Eubert TREISMA Juge titulaire au Tribunal de paix de Marmelade
Tableau 1

Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti : Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et la
violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 8
• Liste des magistrats non-certifiés

Nom et prénoms Lieu d’affectation Justification


Luc ANDRE Juge et juge d’instruction au Tribunal de Manque d’éthique et absence d’intégrité morale.
première instance du Cap-Haitien
Stuva BARBIER Suppléant juge au Tribunal de paix de Petite Très décrié, absence d’intégrité morale et
Rivière de Nippes rançonnement de justiciables
Steeve CADET Suppléant juge au Tribunal de paix de Jérémie Très décrié, absence d’intégrité morale et abus
d’autorité.
Gabener CHARLES Suppléant juge au Tribunal de paix des Cayes Rançonnement de justiciables et manque d’éthique.
Wisly CILES Suppléant juge au Tribunal de paix de Saint Très décrié, rançonnement de justiciables et manque
Michel de L’Attalaye. d’éthique
Garbens DESIR Juge titulaire au Tribunal de paix de Saint Très décrié, rançonnement de justiciables.
Michel de L’Attalaye
Gerard EXANTUS Doyen du Tribunal de première instance des Etude académique déficiente au regard des archives de
Coteaux l’école de Droit de Jacmel ; session ordinaire 1992.
Gabenel FRANCOIS Juge et juge d’instruction au Tribunal de Très décrié
première instance de Saint-Marc.
Renaud HONORE Suppléant juge au Tribunal de paix de Terrier- Très décrié, rançonnement de justiciables et implication
Rouge dans un cas d’agression sexuelle suivi de versement
d’argent à la victime.
Gesner MONTINE Suppléant juge au Tribunal de paix de Camp- Très décrié, rançonnement de justiciables
Perrin
Edouardo PERARD Suppléant juge au Tribunal de paix de Très décrié, méfaits multiples caractérisés par le
Marmelade rançonnement des justiciables, de graves problèmes
d’éthique et insuffisance académique
Duvelson PLACIDE Suppléant juge au Tribunal de paix de Très décrié, absence d’intégrité morale.
Cornillon
Tableau 2
f) Autres nominations de juges dans le système judiciaire

32. Le 04 octobre 2024, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique Maître Carlos


HERCULE a transmis au président du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), le magistrat
Jean Joseph LEBRUN les noms de quatre-vingt-quatre (84) juges qui ont été nommés. Il s’agit de :

• Dieuveut ALEXANDRE juge titulaire au Tribunal de paix de Pointe-à-Raquette ;


• Josué ALEXIS juge titulaire au Tribunal de paix des Gonaïves, section Nord ;
• Frito ARISTIL Juge et juge d’instruction au Tribunal de première instance du Cap-Haitien ;
• Sagine BEAUZILE juge de siège au Tribunal de première instance des Cayes ;
• Gary BRUNO juge titulaire au Tribunal de paix de Léon ;
• Modeler CADET juge de siège au Tribunal de première instance des Cayes ;
• Myrlène Jean-Baptiste CHARLOT juge titulaire au Tribunal de paix de Milot ;

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• Rose Maggy Borgella CHOUTE juge et juge d’instruction au Tribunal pour Enfants près le
Tribunal de première instance de Port-au-Prince ;
• Mestian DAWSON juge titulaire au Tribunal de paix de Fonds-des-Nègres ;
• Ernest Jean Marie Kepler DESRAVINES doyen au Tribunal de première instance de Port-de-
Paix ;
• Lexander DORILAS, Jean Robert DUBUISSON, Margarette Toussaint GEORGES et Berge O.
SURPRIS, juges à la Cour d’appel de Hinche ;
• Cédieu DURAME juge titulaire au Tribunal de paix de Ganthier ;
• Petrique DUROC juge à la Cour d’appel du Cap-Haitien ;
• Mexène ETIENNE juge titulaire au Tribunal d’Anse d’Hainault ;
• Venante EXANTUS juge titulaire au Tribunal de paix de Cabaret ;
• François FINEY doyen du Tribunal de première instance de Jérémie ;
• Nardel FERDINAND juge titulaire au Tribunal de paix de Roseau ;
• Belège Charles FONTUS juge de siège au Tribunal de première instance de Jacmel ;
• Sauther FORIS juge et juge d’instruction au Tribunal de première instance de Mirebalais ;
• Marc Donald JANVIER juge et juge d’instruction au Tribunal de première instance de
Jérémie ;
• Mario JEAN juge titulaire au Tribunal de paix de Marbial ;
• Jean Quesnel JEAN-PAUL juge titulaire au Tribunal de paix de Beaumont ;
• Jean Dort LABONTE juge au Tribunal de première instance de Jérémie ;
• Aumerau LAINE doyen du Tribunal de première instance de Jacmel ;
• Brenord LOUICIUS doyen du Tribunal de première instance de la Grande-Rivière du Nord ;
• Exandieu MERLETTE juge titulaire du Tribunal de paix de Corail ;
• Louissera MERZIER juge titulaire au Tribunal de paix des Iles Cayemites ;
• Renaud MONCOEUR juge titulaire au Tribunal de Paix de Limbé ;
• Fonie Charles NORGAISSE juge à la Cour d’appel des Gonaïves ;
• Cyprien Jean François Denis PIERRE juge à la Cour d’appel de Port-au-Prince ;
• Yonel OBSAINT juge titulaire au Tribunal de paix de Port-de-Paix ;
• Ricardo OPONT juge titulaire au Tribunal de paix de Lièvre, à Petit Trou de Nippes ;
• Lenor ORIENTUS juge titulaire au Tribunal de paix de Fonds des Blancs ;
• Louis Fenol PIERRE juge titulaire au Tribunal de paix de L’Ile-à-Vache ;
• Isaac PROPHETE doyen du Tribunal de première instance des Gonaïves ;
• Jean Tallot RIGAUD juge titulaire au Tribunal de paix de Maniche ;
• Jean Tatho ROMELUS juge titulaire au Tribunal de paix de Saint Michel du Sud ;
• Walker SAINT-JEAN juge titulaire au Tribunal de paix de Saint Louis du Sud ;
• Fremond SAINTUREL juge titulaire au Tribunal de paix de Petit Bourg de Port-Margot ;
• Eubert TREISMA juge titulaire au Tribunal de paix de Marmelade ;
• Julbert TREVIL juge titulaire au Tribunal de paix de Les Anglais ;

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• Jean Marc VILLIER juge titulaire au Tribunal de paix de Petit Bourg de Plaisance du Sud;
• Bonel AMEDE, Osmond CASTOR, Louis Fils JOSEPH et Jules GASPARD, juges et juges
d’instruction au Tribunal de première instance d’Aquin ;
• Mackenzy BEAUPLAN, Max-Antoine DALMEUS et Wedeline Placide GUERRIER, juges et
juges d’instruction au Tribunal de première instance de Saint-Marc ;
• Hilaire DIEUDONNE, Olane COMPERE et Esaïe PIERRE-LOUIS, juges de siège au Tribunal de
Première instance de la Croix-des-Bouquets ;
• Esdrasse DUVERGLAS, Leoster LOUIS, Mireille Sylvain CHERISTYL juges et juges
d’instruction au Tribunal de première instance de Hinche ;
• Jefté Camilien EDOUARD et Wesner SAINT-JEAN, juges et juges d’instruction au Tribunal
de première instance de l’Anse-à-Veau ;
• Loubens ELYSEE, Benjamin FELISME, Marthel JEAN-CLAUDE, Marie Claudel Pierre
MARCADIEU, Chanlatte MATHIEU, Jean Etienne MERCIER et Walter Wesser VOLTAIRE, Juges
et juges d’instruction au Tribunal de première instance de Port-au-Prince ;
• Mesner ELISME, Patrick LABBE, Obed-Fils CIVIL, Wasnix PIERRE et Jean Paulner CIBERT
juges et juges d’instruction au Tribunal de première instance de Miragoane ;
• Andal JEAN-BAPTISTE et Selsnick Attsim GARCON juges et juges d’instruction au Tribunal
de première instance de Port-de-Paix ;
• Jean MIANVIEL et Bellande DUMERZIER, juges et juges d’instruction au Tribunal de
Première Instance de Petit-Goave ;
• André SAINT-ISERT, Léa CHARLOTIN et Tamara DORCEAN, juges et juges d’instruction au
Tribunal de première instance de la Croix-des-Bouquets ;
• Fernand Sully SANON, Himlaire HILAIRE, et Clovis ADJUSTE, juges et juges d’instruction
au Tribunal de première instance des Gonaïves ;
• Paul dit Rubin MOISE et Julio Junior DAMAS, juges et juges d’instruction au Tribunal de
première instance des Coteaux.

III. EXECUTIONS SOMMAIRES PERPETREES PAR LE MAGISTRAT JEAN ERNEST MUSCADIN

33. Au cours de l’année judiciaire 2023-2024, au moins onze (11) personnes ont été exécutées
par le chef du Parquet près le Tribunal de première instance de Miragoâne, Jean Ernest
MUSCADIN. Il a par la suite présenté les victimes comme étant des membres de gangs armés :

34. Le 26 novembre 2023, le commissaire Jean Ernest MUSCADIN a exécuté le nommé Alain
DORMEILLE à Miragoâne. La victime se rendait à Cavaillon en vue d’assister aux funérailles de sa
grand-mère. Après l’avoir exécuté, le magistrat l’a présenté comme un houngan résidant à
Léogane, qui travaillait pour le compte du gang armé des 400 Mawozo à la Croix-des-Bouquets.
Par la suite, il a aussi affirmé que la victime était un trafiquant d’organes. Il convient de
souligner que suite à cette exécution, le 15 décembre 2023, la ministre de la Justice et de la

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Sécurité publique d’alors Emmelie Prophète MILCE avait adressé une lettre de blâme au
commissaire Jean Ernest MUSCADIN, lui reprochant d’avoir établi ses propres règles et principes
en dehors des normes juridiques et d’avoir déclaré que sa juridiction n’avait pas de limites.
Cependant, le magistrat MUSCADIN, faisant peu cas de cette lettre de blâme, a continué avec ses
exécutions sommaires.

35. Le 25 février 2024, aux environs de 23:00 heures, le commissaire du gouvernement Jean
Ernest MUSCADIN a exécuté le nommé Kenken MICHAUD dans la ville de Miragoâne. La victime
a été présentée comme étant un membre actif du gang de Mariani.

36. Le 15 juin 2024, le commissaire du gouvernement Jean Ernest MUSCADIN a exécuté le


nommé Junior JOSEPH alias Ti Junior qu’il a présenté par la suite comme étant un membre actif
du gang de Mariani et comme étant en charge d’un poste
de péage situé à Lambi 5.
Au moins 11 individus ont été
exécutés sommairement par le
37. Le 20 juin 2024, sur la route nationale # 2, dans la magistrat Jean Ernest Muscadin, au
localité de Morne Bossé, Saint-Michel, commune de cours de l’année judiciaire 2023-
Miragoâne, le commissaire du gouvernement Jean Ernest 2024. Ces nouvelles exécutions
MUSCADIN a exécuté Wilfrid BARTHELEMY alias Pa nan ramènent à 20, le nombre de ses
Grenn. victimes connues.

38. Le 17 juillet 2024, dans la localité de Berken, le


commissaire du gouvernement Jean Ernest MUSCADIN a exécuté Nickenson SAINT-PAUL. La
victime a par la suite été présentée comme étant un membre du gang armé des 103 zombis
opérant à Gressier.

39. Le 26 juillet 2024, le commissaire du gouvernement Jean Ernest MUSCADIN a exécuté Dony
BOSSIER à Miragoâne. Ce dernier a par la suite été présenté comme étant un bandit qui rançonnait
des chauffeurs de transport en commun et enlevait des passagers.ères dans le département des
Nippes.

40. Le 28 août 2024, lors d’un contrôle routier à Miragoâne, le commissaire du gouvernement
Jean Ernest MUSCADIN a exécuté Jeff HABITANT. Ce dernier se trouvait à bord d’une
motocyclette. Il a par la suite été présenté comme étant un membre actif du gang armé opérant
à Bel-Air.

41. Dans la soirée du 23 septembre 2024, le commissaire du gouvernement Jean Ernest


MUSCADIN a froidement exécuté Adler RAMOLIEN alias Move Lè, dans la localité de Reynold, à
Miragoâne. Il a accusé la victime d’être un bandit armé proche de Jean Renel DESTINA.

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42. Le 18 octobre 2024, aux Cayes, sur le Boulevard des Quatre Chemins, le commissaire du
gouvernement Jean Ernest MUSCADIN a abattu Jimmy JOSEPH ainsi qu’un autre jeune homme
qui l’accompagnait. Par la suite, le chef du Parquet de Miragoâne a affirmé que les deux (2)
victimes avaient été identifiées comme étant des braqueurs et qu’elles sont impliquées dans des
activités criminelles dans la ville.

43. Dans l’après-midi du 2 novembre 2024, le commissaire Jean Ernest MUSCADIN a abattu le
nommé Jean Gasmy ANTOINE non loin du Boulevard des Quatre Chemins, aux Cayes. Selon les
témoignages des riverains, la victime était un évadé de la Prison civile de Port-au-Prince
condamné à perpétuité pour enlèvement.

44. Ces onze (11) nouvelles exécutions sommaires portent à vingt (20), le nombre de personnes
froidement exécutées par le magistrat Jean Ernest MUSCADIN, dans l’irrespect de leurs garanties
judiciaires.

IV. ETAT DES INFRASTRUCTURES JUDICIAIRES ET CREATION DE NOUVELLES JURIDICTIONS

45. Au cours de l’année judiciaire 2023-2024, de nombreuses infrastructures judiciaires ont


été attaquées par des bandits armés alors que d’autres ont dû fermer leurs portes à cause de
l’insécurité. Certaines, vétustes depuis plusieurs années déjà, tombent en décrépitude. Voici
quelques exemples :

a) Tribunaux de paix

46. Pour le département de l’Ouest, les Tribunaux de paix section Nord et Sud de Port-au-
Prince, de Carrefour, de Gressier, de Tabarre, de Thomazeau, de la Croix-des-Bouquets, de Ganthier
et de Cabaret sont dysfonctionnels. A titre d’exemple : le Tribunal de paix section Nord de Port-
au-Prince est désaffecté depuis 2022. Le Tribunal de paix section Sud de Port-au-Prince a été pillé
puis partiellement incendié le 29 mars 2024. Les
Tribunaux de paix de la Croix-des-Bouquets, de Delmas
ont été respectivement attaqués, le premier, dans la Dans le département de l’Ouest, de
nuit du 2 au 3 mars 2024, et le deuxième, le 2 avril 2024. nombreux Tribunaux de paix sont
Le Tribunal de paix de la Croix-des-Bouquets a été dysfonctionnels en raison de
incendié par des bandits armés au cours de l’attaque. l’insécurité généralisée, de leur
juxtaposition à des zones de conflits
47. Seul le Tribunal de paix de Fonds-Verrettes et une armés ou à cause des attaques armées
subies. D’autres ont été désaffectés et
annexe du Tribunal de paix de Ganthier située à Fond-
relocalisés par les autorités
Parisien, dépendant de la juridiction de la Croix-des-
judiciaires pour diverses raisons.
Bouquets, sont encore fonctionnels.

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48. Le Tribunal de paix de Tabarre, jadis situé à la Croix-des-Missions, Ouest, ne dispose plus
de local. Aujourd’hui, n’ayant pas d’espace de travail, les juges auditionnent les pré[Link] au
Commissariat de Tabarre.

49. Dans la soirée du 2 avril 2024, des bandits armés ont perforé le mur du bâtiment
accueillant le Tribunal de paix de Delmas et ont tenté de s’y introduire. Les forces de l’ordre sont
arrivées à temps pour les en empêcher. Cependant, en raison de la situation sécuritaire précaire
qui prévaut dans les zones de Delmas 24, 26 et 28, le Tribunal a été relocalisé le 20 août 2024
dans un espace appartenant à la Mairie de Delmas, où sont aussi logés les bureaux de l’Office de
la Protection du Citoyen (OPC) à Delmas 33. Le bâtiment n’ayant pas été aménagé pour accueillir
un tribunal, et compte tenu du manque d’espace, les juges ne travaillent que par roulement.

50. Le Tribunal de paix de Pétion-ville, Ouest, a été relocalisé en avril 2024, dans les locaux de
l’Office des Postes d’Haïti, toujours à Pétion-Ville en raison des travaux d’aménagement. Au
moment de la rédaction de ce document, les travaux en question sont encore en cours.

51. Le Tribunal de paix de Bonbon, se trouve dans un état physique critique mettant en péril
la vie du personnel et des justiciables qui le fréquentent.

52. Le Tribunal de paix de Ouanaminthe a été pillé puis incendié le 7 février 2024.

53. Le Tribunal de paix section Nord de la ville des Gonaïves a été vandalisé le 6 avril 2024,
par des [Link].

54. Les Tribunaux de paix de L’Estère, de Liancourt et de Petite Rivière de l’Artibonite ne


fonctionnent plus en raison des actes de banditisme perpétrés dans le département de
l’Artibonite, par les bandits membres des bases Kokorat san Ras pour le premier et de Gran Grif,
pour les deux (2) autres.

55. Le Tribunal de paix de Pointe-à-Raquette ne dispose que d’un (1) juge. Il s’agit du magistrat
Alexandre DIEUVEUT. Celui-ci est originaire de Petit-Goâve et habite à Port-au-Prince. Il se rend à
son lieu de travail tous les deux (2) ou trois (3) mois et passe quinze (15) à vingt-deux (22) jours
sur place avant de rentrer chez lui. De plus, les locaux dudit tribunal sont désespérément vides.

56. Le Tribunal de paix de l’Anse-à-Galets compte un (1) juge et un (1) greffier pour desservir
plus de soixante-deux-mille (62,000) habitants et plus encore car souvent, en absence du seul juge
de paix de Pointe-à-Raquette, les justiciables de cette section communale se tournent vers le
Tribunal de paix de l’Anse-à-Galets. Pourtant, le tribunal est dépourvu de matériels de
fonctionnement. Faute d’ordinateurs, tous les documents sont dactylographiés ailleurs, ce qui
constitue une anomalie dans la mesure où les décisions de justice sont parfois connues avant

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même que le juge ne rende son verdict. De plus, sans hoqueton, sans source d’énergie, sans
matériel roulant, le Tribunal de l’Anse-à-Galets fonctionne très mal. Les justiciables qui s’en
plaignent, affirment aussi être parfois tenus de débourser jusqu’à trente-mille (30,000) gourdes
pour un constat.

57. Le Tribunal de paix des Perches fonctionne dans de


mauvaises conditions. Le plancher du bâtiment est
complétement détruit et personne ne peut plus y entrer Le niveau de décrépitude de
pour travailler. Les membres du personnel ont été, certains locaux accueillant des
Tribunaux de paix constitue
pendant un certain temps, obligés d’utiliser d’autres
une menace pour la vie, la
espaces comme les galeries des maisons appartenant aux
sécurité et la santé du
[Link] qui vivent aux alentours du tribunal. personnel judiciaire haïtien qui
Aujourd’hui, les jugements sont réalisés au commissariat y est affecté.
des Perches. Et, conscient du calvaire des membres du
personnel de ce tribunal, le responsable de la Mairie a mis
à leur disposition une salle de travail. Cependant, les
employé[Link] se plaignent d’une carence en matériels de fonctionnement car, certains sont
insuffisants alors que les autres, tout simplement inexistants. Par exemple, faute de matériels
informatiques, les dossiers manuscrits sont par la suite acheminés à un cybercafé pour leur
dactylographie.

58. Le Tribunal de paix de Kenscoff qui dessert cinq (5) sections communales, fonctionne dans
de très mauvaises conditions, sans gardien, sans hoqueton, sans messager et sans secrétaire. Ce
sont les juges dudit tribunal qui contribuent entre eux pour acheter de l’encre et du papier.
Seulement trois (3) juges y sont affectés parmi eux, deux (2) qui habitent très loin.

b) Parquets et Tribunaux de première instance

59. Dans la nuit du 8 au 9 février 2024, des [Link] ont saccagé les locaux du Tribunal
de première instance de Petit-Goâve et ont emporté le matériel de fonctionnement.

60. Tel que susmentionné, le Tribunal de première instance de Port-au-Prince loge à Lalue,
dans un espace provisoire, très réduit. Le personnel ne peut travailler en raison de l’exiguïté des
locaux. Il n’y a pas de bureaux pour les juges et les juges d’instruction dont les chambres
criminelles sont éparpillées dans la commune de Port-au-Prince.

61. Le local de la bibliothèque de Tabarre qui sert de lieu de travail au Tribunal de première
instance de la Croix-des-Bouquets, a été réaménagé en vue d’accueillir au moins quatre (4)
nouveaux bureaux, pour les juges.

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62. Le Parquet de la Croix-des-Bouquets a été incendié en date du 25 juillet 2022. Depuis, il a
été transféré à Tabarre 23. Le 29 février 2024, les locaux dudit parquet ont été endommagés.
Conséquemment, celui-ci ne dispose actuellement d’aucun espace de travail. A l’instar des juges
de paix de la Croix-des-Bouquets, les commissaires du gouvernement et leurs substituts
auditionnent les pré[Link] au commissariat de Tabarre.

c) Nouvelles juridictions de première instance et de paix

63. Le 2 septembre 2024, en conseil des ministres, les autorités étatiques ont décidé de créer
cinq (5) nouvelles juridictions. Il s’agit des Tribunaux de première instance de :

• Ouanaminthe dans le département du Nord-Est, qui desservira les communes de


Ouanaminthe, Capotille, Mont-Organisé, Carice, Vallières et Mombin Crochu.

• Limbé dans le département du Nord, qui desservira les communes de Limbé, Plaisance,
Pilate, Borgne et Port-Magot.

• Belladère dans le département du Centre, qui desservira les communes de Belladère,


Lascahobas, Savannette et Baptiste.

• Jean-Rabel dans le département du Nord-Ouest qui desservira les communes de Jean-Rabel,


Môle-Saint-Nicolas, Baie-de-Henne et Bombardopolis.

• La Gonâve qui desservira les communes d’Anse-à-Galets et Pointe-à-Raquette.

64. Ce jour-là, le Tribunal de paix de Mare-Rouge a aussi été créé, avec juridiction sur les
sections communales de Mare-rouge et de Damé.

V. REALISATION DES ASSISES AU COURS DE L’ANNEE JUDICIAIRE 2023-2024

65. Au cours de l’année judiciaire 2023-2024, quinze (15) juridictions de première instance ont
réalisé des audiences criminelles, sauf celles du Cap-Haïtien, de Fort-Liberté et de Port-au-Prince.

66. Deux-cent-soixante-dix-sept (277) cas ont été fixés soit seize (16) cas avec assistance de jury
et deux-cent-soixante-et-un (261) cas sans assistance de jury. Deux-cent-vingt-huit (228) ont été
entendus et quarante-neuf (49), renvoyés ou non encore évacués, en raison des reports
d’audience.

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RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 16
Juridictions Cas avec assistance Cas sans Cas Cas renvoyés ou non
Jury assistance Jury entendus évacués
1. Aquin 21 21 -
2. Anse-à-Veau 22 13 9
3. Cayes 21 5 16
4. Coteaux 2 6 7 1
5. Croix-des-Bouquets 15 9 6
6. Grande Rivière du Nord 14 - 14 -
7. Gonaïves 81 81 -
8. Hinche 18 17 1
9. Jacmel 8 7 1
10. Jérémie 9 6 3
11. Miragoâne 15 10 5
12. Mirebalais 10 9 1
13. Petit-Goâve 7 4 3
14. Port-de-Paix 12 12 -
15. Saint-Marc 16 13 3
Total 16 261 228 49
Tableau 3
67. Trois-cent-cinquante-quatre (354) personnes devaient être jugées. Cependant, seules deux-
cent-quarante-et-une (241) personnes ont effectivement été jugées. Parmi elles, cent-quarante-huit
(148) ont été condamnées et quatre-vingt-treize (93) acquittées. Cent-treize (113) dé[Link], soit
32 % de la totalité des personnes qui devaient être jugées, sont retournés en prison, sans avoir
été fixés sur leur sort.

Juridictions Personnes qui Personnes Personnes Personnes non fixées


devaient être jugées condamnées Libérées sur leur sort
Aquin 21 7 9 5
Anse-à-Veau 30 18 2 10
Cayes 33 5 1 27
Coteaux 8 2 5 1
Croix-des-Bouquets 15 5 4 6
Grande Rivière du Nord 14 4 10 0
Gonaïves 82 52 30 0
Hinche 18 8 8 2
Jacmel 8 7 0 1
Jérémie 12 6 2 4
Miragoâne 54 9 2 43
Mirebalais 12 9 2 1
Petit-Goâve 10 3 3 4
Port-de-Paix 12 3 9 -
Saint-Marc 25 10 6 9
Total 354 148 93 113
Tableau 4

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RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 17
a) Remarques générales sur le déroulement des audiences criminelles

68. De manière générale, les audiences criminelles ont été planifiées avec beaucoup de
désinvolture, par la plupart des juridictions de première instance du pays. Et, c’est ce qui
explique que :

 De nombreuses audiences ont été renvoyées par les doyens des Tribunaux criminels, pour
des raisons qui auraient pu être évitées. Par exemple :

• Le 4 décembre 2023, Olès JACINTHE est traduit par-


devant le Tribunal criminel de l’Anse-à-Veau pour
viol. Son dossier a été renvoyé pour absence d’avocat 15 Tribunaux de première
et de [Link]. Le 11 décembre 2023, il a encore instance du pays ont réalisé des
une fois comparu par-devant le Tribunal pour audiences criminelles, au cours
s’entendre dire que son dossier est renvoyé une de l’année judiciaire 2023-2024.
deuxième fois, pour absence de [Link]. Le 12
août 2024, son dossier sera une troisième fois renvoyé 228 cas ont été entendus et 49
pour cause de maladie. autres, renvoyés.

241 personnes ont été jugées :


• Le 8 novembre 2023, Ginol GENE est traduit par-
148 ont été condamnées et 93,
devant le Tribunal criminel de l’Anse-à-Veau pour viol
acquittées.
sur mineure. Son dossier est renvoyé. Le 11 décembre
2023, il a comparu une deuxième fois par-devant le
Tribunal criminel. Son dossier est cette fois-ci
renvoyé en raison de l’absence des [Link] et de son avocat. Le 14 août 2024, pour
une troisième fois, il sera refoulé en prison pour cause de maladie.

 Des peines apparemment très sévères pour certains cas et peu sévères pour d’autres, ont
été prononcées par les doyens des Tribunaux criminels. A titre d’exemple :

• Du 11 au 20 octobre 2023, Robenson JEAN PIERRE et Jean-Boni ORIGENE ont comparu par-
devant le Tribunal criminel de Saint-Marc pour tentative d’assassinat. Jean-Boni ORIGENE a
été libéré et Robenson JEAN PIERRE a été condamné à deux (2) mois d’emprisonnement ;

• Le Tribunal criminel des Gonaïves siégeant sans assistance de jury a jugé Emmanuel
LEONVILLE alias Manno coupable de vol d’argent à mains armées et d’association de malfaiteurs.
Il l’a condamné à vingt (20) ans de prison ;

• Les 6 mai et 20 juin 2024, Samy MILORT a comparu par-devant le Tribunal criminel des
Gonaïves siégeant sans assistance de jury pour vol d’argent commis avec effraction. Il a été
condamné à perpétuité ;

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• Le 28 novembre 2023, le Tribunal criminel de l’Anse-à-Veau siégeant sans assistance de jury
a jugé coupable pour enlèvement Rosemond DENIUS. Il a été condamné à ne passer que
quatre (4) ans en prison.

• Le 16 août 2024 Keny DAGRAIN traduit par devant le Tribunal criminel de l’Anse-à-Veau
siégeant sans assistance de jury a été jugé coupable d’assassinat, d’actes de banditisme, de
voies de fait suivies de coups de poing et blessures. Il a été condamné à cinq (5) ans de prison,
à payer sept-cent-cinquante-mille (750, 000) gourdes de dommages-intérêts et à mille (1, 000)
gourdes d’amende.

 Les agressions sexuelles continuent d’être banalisées par le système judiciaire très
complaisant vis-à-vis des prédateurs sexuels. A titre d’exemple :

• Les 6 mai et 20 juin 2024, le Tribunal criminel des Gonaïves siégeant sans assistance de jury
a jugé Darenley LOUISSAINT pour viol et complicité de viol. Il a été déclaré coupable et
condamné à ne passer que deux (2) ans en prison.

• Le 28 août 2024, Chrismedonne SAMEDY a été jugé


coupable de viol, de complicité de viol, et de détournement
Au moins 16 individus ont été
de mineurs au préjudice de ses deux (2) garçons, J-D. S. et J.
condamnés pour viols, viols sur
S., par le Tribunal criminel de Jacmel siégeant sans mineure, agressions sexuelles,
assistance de jury. Il a été condamné à seulement un (1) etc. Cependant, les violences
an et deux (2) mois d’emprisonnement. Bénéficiant de sexuelles ont encore une fois été
la Loi de Lespinasse, il a été libéré après l’audience. banalisées par les Tribunaux
criminels car des sanctions très
• Le 29 août 2024, Malais JOËL alias Ti Joël traduit par- complaisantes ont été
devant le Tribunal criminel de Jacmel siégeant sans prononcées à l’égard des
assistance de jury pour viol au préjudice de T.A. a été prédateurs sexuels.
jugé coupable et condamné au temps déjà passé en
prison soit quatre (4) ans et huit (8) mois.

• Frantz Judson AUGUSTAVE a été jugé coupable de viol par le Tribunal criminel des Gonaïves
siégeant sans assistance de jury. Il a été condamné seulement à seize (16) mois
d’emprisonnement.

• Le 22 août 2024, le Tribunal criminel de Jacmel siégeant sans assistance de jury a jugé
Frantzy ABRAHAM coupable de viol sur la mineure L.S.J. Il a écopé de seulement six (6) ans
de réclusion.

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b) Individus condamnés pour crimes sexuels au cours de l’année judiciaire 2023-2024

69. Au cours de l’année judiciaire 2023-2024, au moins seize (16) individus ont été condamnés
pour crimes sexuels. Le tableau suivant présente les informations les concernant :

# Juridictions Accusé[Link] Chefs d’accusation Verdict


1. Coteaux Guelson Thomas Agression sexuelle Condamné par contumace
2. Jérémie Macul St Louis Viol 15 ans + Lespinasse et 200 000
gourdes dommages et intérêts
3. Jacmel Frantzy Abraham Viol sur mineure 6 ans de réclusion
4. Jacmel Pierre Junior Joassaint allias Viol sur mineure 9 ans de réclusion
Brigand
5. Jacmel Lemoine Jeudy Viol 7 ans de réclusion
6. Jacmel Jean Michel Francius ou Viol 15 ans
Charles
7. Jacmel Chrismedone Samedy Viol, Complicité de viol sur 2 1 an et 2 mois d’emprisonnement
mineurs
8. Jacmel Malais Joël Viol Temps déjà passé en prison : 4 ans
et 8 mois
9. Gonaïves Judensky Petit-Homme Viol 10 ans
10. Gonaïves Borgeoth Benson Viol Perpétuité
11. Gonaïves Julio Estimé Alias Touwa Assassinat, Association de 9 ans
malfaiteurs, viol, braquage
12. Gonaïves Wisly Raymond alias Assassinat, Association de 9 ans
Perick malfaiteurs, viol, braquage
13. Gonaïves Ricardy Henry Assassinat Association de 15 ans
malfaiteurs, viol, braquage
14. Darenley Louissaint Viol et complicité de viol
Gonaïves 2 ans
15. Gonaïves Widelson Bernard Viol 10 ans
16. Gonaïves Frantz Judson Augustave Viol 16 mois
Tableau 5

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RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 20
B. SITUATION DES CENTRES DE RÉTENTION ET DE DÉTENTION EN HAÏTI

I. EVASIONS ET TENTATIVE D’EVASION ENREGISTREES DE JANVIER A OCTOBRE 2024

70. Au cours de la période couverte par ce rapport, au moins trois (3) évasions et une (1)
tentative d’évasion de prison ont été enregistrées.

71. Dans la nuit du 2 au 3 mars 2024, une évasion spectaculaire a été enregistrée à la Prison
civile de Port-au-Prince à la suite de laquelle trois-mille-six-cent-neuf (3,609) détenus n’ont pas
répondu à l’appel, sur un effectif de trois-mille-sept-cent-huit (3,708). Les quatre-vingt-dix-neuf (99)
prisonniers qui ne s’étaient pas évadés ont été alors acheminés soit à la Direction Centrale de la
Police Judiciaire (DCPJ), soit au Centre de Rééducation des Mineurs en Conflit avec la Loi
(CERMICOL).

72. Dans la soirée du 2 mars 2024, la Prison civile de la Croix-des-Bouquets a essuyé une attaque
des bandits armés. La population carcérale de ladite prison était de mille-trente-quatre (1,034)
prisonniers. Ils se sont tous évadés.

73. Dans la nuit du 4 mars 2024, une tentative d’évasion a été enregistrée à la Prison civile de
Jacmel, au cours de laquelle douze (12) cellules ont été saccagées et endommagées par les
dé[Link]. Au moins cinq (5) détenus sont morts dont quatre (4) sur place et un (1) autre à
l’hôpital. Un (1) agent de la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP) ainsi que six (6)
prisonniers ont aussi été blessés dans la foulée.

74. Le 16 août 2024, vers 7:30 du matin, des détenus de la


3 évasions et une tentative
Prison civile de Saint-Marc ont été invités par les agents d’évasion ont été enregistrées
affectés à leur garde, à prendre leur bain. Déjà en colère parce cette année. Cependant,
qu’ils ne mangeaient pas à leur faim et que la prison l’évasion de la Prison civile de
fonctionnait au ralenti en raison de la grève des [Link] de Port-au-Prince reste la plus
la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP) qui spectaculaire. Au lendemain de
réclamaient alors de meilleures conditions de travail, les celle-ci, 3,609 détenus n’ont
détenus ont bousculé les agents qui les surveillaient et se sont pas répondu à l’appel sur un
emparé des armes qui se trouvaient sur la table de contrôle de effectif de 3,708.
ladite prison. Ils en ont profité pour ouvrir les autres cellules
en vue de faciliter l’évasion de tous. Il s’en est suivi des
échanges de tirs au cours desquels, trois (3) détenus ont été tués par balles.

75. Appelé en renfort, le commissaire du gouvernement a.i., à savoir Maître Veson FRANÇOIS
est arrivé sur les lieux en compagnie de Junior PIERRE-LOUIS, un ancien agent de la DAP affecté
maintenant à l’Unité Départementale pour le Maintien d’Ordre (UDMO), d’un autre policier non

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identifié et de Cadet ainsi connu, présenté par plus d’un comme étant un avocat, en vue de
ramener l’ordre à ladite prison.

76. Le bilan partiel présenté par les autorités peut se résumer comme suit : quatorze (14)
détenus ont été tués par balles, sept (7) autres ont été blessés. Deux (2) agents de la DAP sont
blessés. Six (6) cellules ont été endommagées. L’archive de la prison a été incendiée. Un fusil et
plusieurs autres armes ont été emportés par les détenus qui se sont échappés.

77. Les pertes dénombrées par des notables et des riverains de la communauté sont
exponentiellement plus élevées : Selon ces derniers, pas moins de trente-trois (33) détenus qui
se trouvaient pour la plupart, dans la cellule 7 de la Prison civile des Gonaïves ont été froidement
exécutés par les accompagnateurs du magistrat Veson FRANÇOIS à savoir Junior PIERRE-LOUIS,
Cadet ainsi connu et le policier non identifié. Les notables et riverains affirment que dans la
soirée du 16 août 2024, un conteneur Yaya Dlo a été utilisé pour transporter de la Morgue
Beaubrun de Saint-Marc à une fosse commune localisée à la première barrière du Cimetière de
Saint-Marc, quinze (15) cadavres de détenus qui avaient été préalablement acheminés à la
morgue en question. Le lendemain, soit le 17 août 2024, quatorze (14) autres détenus dont les
cadavres avaient été transférés à la morgue publique de l’Hôpital Saint Nicolas de Saint-Marc, ont
été inhumés dans une deuxième fosse commune, toujours au cimetière de Saint-Marc. De plus,
quatre (4) autres détenus ont succombé à leurs blessures alors qu’ils recevaient des soins à
l’Hôpital de Saint-Nicolas.

II. SITUATION DES CENTRES CARCERAUX DANS LE DEPARTEMENT DE L’OUEST

78. Dans le département de l’Ouest, cinq (5) centres carcéraux ont été désaffectés ou
abandonnés par les autorités pénitentiaires, en raison de l’insécurité et des actes de banditisme :

79. Le 22 septembre 2022, la Prison Civile de Cabaret a


été attaquée par des bandits armés. Cette attaque s’est Dans le département de
l’Ouest, 5 prisons ont été soit
soldée par l’évasion de cent-quarante-cinq (145) détenues.
désaffectées par les autorités,
Vers la fin de 2022 jusqu’au début de l’année 2023, la
soit vidées de leur population
prison a été l’objet de nombreuses menaces, ce qui
suite aux attaques armées des
décidera les autorités pénitentiaires à transférer les bandits. Il s’agit des prisons
détenues qui s’y trouvaient au Centre de Rééducation des civiles de l’Arcahaie, de
Mineurs en Conflit avec la Loi (CERMICOL). A ce jour, les Cabaret, de Carrefour, de la
détenues sont encore gardées audit centre. Et, en dépit Croix-des-Bouquets et de Port-
de la désaffectation de la Prison civile de Cabaret, le 30 au-Prince.
janvier 2024, les bandits armés de Canaan dirigés par Jeff
LAROSE alias Jeff Gwo Lwa y ont fait irruption et l’ont vandalisée.

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80. Depuis l’évasion enregistrée dans la soirée du 2 mars 2024, la prison civile de Port-au-
Prince a été désaffectée. Depuis, les détenus qui ne s’étaient pas évadés sont incarcérés au
CERMICOL pour la plupart, sauf les Colombiens incarcérés dans le cadre du dossier relatif à
l’assassinat de l’ancien président Jovenel MOÏSE qui ont été transférés à la Direction Centrale de la
Police Judiciaire (DCPJ). De même, les nouvelles arrestations effectuées dans la juridiction de
Port-au-Prince sont acheminées soit au CERMICOL, soit dans des commissariats du
département de l’Ouest.

81. Le CERMICOL, transformé en complexe Le CERMICOL, jadis affecté


pénitentiaire par les autorités judiciaires et pénitentiaires exclusivement à la garde des
croule sous le poids de sa population carcérale. La garçons en conflit avec la Loi, a été
juridiction de Port-au-Prince n’a organisé aucune converti par les autorités, en
audience criminelle pour désengorger les cellules où sont complexe pénitentiaire accueillant
entassés les femmes, les filles, les garçons et les hommes. les détenus hommes, femmes, filles
et garçons à l’encontre desquels des
Les audiences spéciales réalisées le 11 octobre 2024 sous
ordres de dépôt ont été émis par les
la diligence du Parquet près le Tribunal de première
autorités judiciaires de la
instance de ce ressort, n’ont permis de ne relâcher que
juridiction de Port-au-Prince.
sept (7) mineurs.
Le Centre a une capacité d’accueil
82. Jadis affecté exclusivement à la garde des garçons de 100 détenus. Aujourd’hui, 408
en conflit avec la Loi, aujourd’hui, le CERMICOL reçoit dé[Link] y sont incarcérés.
des personnes à l’encontre desquelles est émis un ordre
de dépôt par les autorités judiciaires de la juridiction de Port-au-Prince. Les salles de classe des
garçons sont aujourd’hui occupées par les détenus hommes, forçant les responsables dudit
centre à installer des tentes sur la cour du CERMICOL, en vue de faciliter la continuation des
cours académiques aux mineurs. Vingt-deux (22) mineurs qui ont déjà bouclé le 3ème cycle
fondamental, sont aujourd’hui totalement désœuvrés, n’ayant pas accès aux cours du
secondaire.

83. L’espace du CERMICOL, aménagé pour recevoir un maximum de cent (100) détenus en
accueille, au 4 novembre 2024, un total de quatre-cent-huit (408) dé[Link] soit quatre (4) fois
plus que sa capacité. Il s’agit de cent-cinquante-et-un (151) femmes, dix (10) filles, cent-soixante-et-
un (161) hommes et quatre-vingt-six (86) garçons.

84. Le bâtiment logeant la prison civile de la Croix-des-Bouquets a été complètement vidée de


sa population carcérale. Depuis, ladite prison n’a jamais été réaffectée par les autorités
pénitentiaires. Il en est de même de la prison civile de l’Arcahaie qui depuis plusieurs années, a
été désaffectée.

85. Depuis le 17 juillet 2024, la situation d’insécurité régnant à Carrefour a porté les autorités
pénitentiaires à transférer les détenus qui y étaient incarcérés à la Prison civile de Petit-Goâve. Ils

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étaient au nombre de cent-cinquante-trois (153) dont seulement cinquante-sept (57) condamnés, les
détenus de cette prison ayant rarement bénéficié d’ordre d’extraction judiciaire. Depuis juin
2021, après la prise de Martissant par les bandits armés, les prisonniers incarcérés à la Prison
civile de Carrefour n’ont jamais été extraits pour être auditionnés par les autorités judiciaires ou
pour être jugés. Aujourd’hui, leur extraction judiciaire
est devenue encore plus hypothétique, vu qu’ils ne
sont plus gardés dans leur juridiction de poursuite et La Prison civile de Petit-Goâve a
que la situation sécuritaire s’est aggravée sur la route aussi été converti en complexe
nationale # 2 reliant Petit-Goâve et le reste du pénitentiaire. Elle compte des
département de l’Ouest. dé[Link] jadis incarcérés à la
Prison civile de Carrefour, de
86. A l’instar du Centre de Rééducation des Mineurs en l’Anse-à-Veau et de Jacmel. Elle
Conflit avec la Loi (CERMICOL), la Prison civile de Petit- accueille aussi des dé[Link] qui se
Goâve croule sous le poids de sa population carcérale. trouvaient au Commissariat de
Miragoâne.
En effet, elle accueille les dé[Link] qui étaient
incarcérés dans la Prison civile de Carrefour ainsi que
certains dé[Link] qui se trouvaient au Commissariat de Miragoâne et dans les Prisons civiles
de l’Anse-à-Veau et de Jacmel. Inaugurée au mois d’octobre 2023, ce nouveau centre pénitentiaire
présente une capacité d’accueil de deux-cent-quatre-vingt-dix-huit (298) dé[Link]. Cependant
une année après son inauguration, au 4 novembre 2024, il compte déjà six-cent-dix (610)
prisonniers.ères, soit plus de deux (2) fois sa capacité.

III. CONDITIONS GENERALES DE DETENTION

87. En prison, l’alimentation, la promiscuité, l’accès limité à la formation académique pour les
[Link], l’accès limité aux soins de santé ainsi que les conditions sanitaires constituent des
préoccupations énormes. En voici quelques exemples :

88. A la Prison civile de Petit-Goâve, les conditions de détention se corsent chaque jour un
peu plus. Compte tenu de la situation sécuritaire du pays, la Direction de l’Administration
Pénitentiaire (DAP) fait face à d’énormes difficultés qui l’empêchent d’approvisionner cette
prison en produits alimentaires, à temps et en quantité suffisante. Cet état de fait a porté les
responsables dudit centre à n’offrir qu’un seul repas par jour aux détenus. Il s’agit d’une
situation inhabituelle pour les détenus en provenance de la Prison civile de Carrefour, leurs
responsables ne les ayant pas habitués à cette frugalité.

89. Sur le plan sanitaire, la Prison civile de Petit-Goâve n’est pas épargnée par les maladies
souvent rencontrées dans l’espace carcéral. Par exemple, de nombreux dé[Link] souffrent de
gratelle, de tuberculose et d’infections urinaires. De plus, le centre est rarement alimenté en eau
courante, ce qui empêche les prisonniers.ères de tirer les chasses d’eau après chaque utilisation
des toilettes, et provoque une odeur nauséeuse dans les dortoirs.

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RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 24
90. À la Prison civile de Jacmel, l’accès à l’eau potable constitue, depuis des années, l’un des
plus grands problèmes auxquels fait face ce centre carcéral. Les fosses septiques dégagent une
odeur nauséabonde car elles sont remplies depuis des mois. Il n’y a pas de médicaments
disponibles pour les prisonniers non plus.

91. Les détenus de la Prison civile des Cayes sont privés de récréation. Ils n’ont pas d’eau
potable, pas de nourriture et n’ont pas accès aux soins de santé. L’espace de la prison nécessite
aussi d’urgents travaux de réaménagement.

92. À la Prison civile de Fort-Liberté I, les toilettes dégagent une odeur nauséabonde. Les
prisonniers n’ont pas d’eau potable. Certains d’entre eux souffrent de grattelle, d’hypertension
et de toux chronique. La prison n’est pas régulièrement alimentée en gaz propane pour la
cuisson des aliments. Les ustensiles de cuisine sont rares et insuffisants. Les médicaments ne
sont pas disponibles et, les détenus ne reçoivent qu’un (1) repas par jour.

93. À la Prison civile de Fort-Liberté II, les détenus ont droit à un seul repas par jour sauf
ceux qui sont malades. À l’instar de Fort-Liberté I, plusieurs prisonniers y souffrent de grattelle,
d’hypertension et de toux chronique. Il n’y a pas de gaz propane. Il n’y a pas non plus
d’ingrédients pour la préparation de la nourriture des dé[Link]. Et, ces derniers ne reçoivent
pas de médicaments lorsqu’ils sont malades.

94. À la Prison civile de Jérémie, les conditions Dans les prisons haïtiennes,
d’hygiène sont alarmantes. Les dé[Link] ne l’alimentation insuffisante et de mauvaise
disposent pas de kits hygiéniques et la prison ne qualité, les difficultés d’accès à l’eau
courante et à l’eau potable, l’accès limité
reçoit pas régulièrement les produits alimentaires,
aux soins de santé, l’hygiène douteuse, le
pour la préparation de la nourriture des dé[Link].
régime cellulaire et le surencombrement
Cette situation porte souvent les responsables cellulaire caractérisent les conditions
pénitentiaires à solliciter l’aide d’organisations de générales de vie des personnes privées de
la société civile. De plus, en raison du fait que la liberté et prouvent que les droits à la vie et
prison ne dispose pas de véhicules, les extractions à la santé des dé[Link] ne constituent
judiciaires sont difficilement exécutées, un état de pas une priorité pour les autorités
fait qui contribue à aggraver la détention étatiques.
préventive illégale et arbitraire dans cette
juridiction. Et, sans surprise, au moins 98 dé[Link]
sont décédés en prison de janvier à octobre
2024.
95. À la Prison civile de l’Anse-à-Veau, les
conditions générales de détention sont très préoccupantes : Les dé[Link] n’ont pas accès aux
kits hygiéniques. Il n’y a pas non plus de médicament dans l’infirmerie alors que celle-ci doit
répondre fréquemment aux problèmes de galle et de gratelle dont souffrent les dé[Link]. La
prison ne reçoit pas régulièrement des produits alimentaires et, cette situation porte souvent les

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RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 25
responsables à se tourner vers des notables de la zone, des églises ainsi que vers des citoyens et
citoyennes.

a) Détenus décédés

96. Les préoccupantes conditions de détention, le manque de nourriture ainsi que le non-
accès aux soins de santé et aux médicaments ont occasionné, de janvier à octobre 2024, le décès
d’au moins quatre-vingt-dix-huit (98) dé[Link]. Le tableau suivant présente les détails de ces
décès :

Prisons Détenus-es décédés


1. Anse-à-Veau 9
2. Cayes 27
3. Gonaïves 14
4. Jacmel 27
5. Jérémie 6
6. Port-au-Prince 1
7. Petit-Goâve 14
Total 7 centres de détention 98
Tableau 6

97. Le tableau suivant fournit les informations relatives aux quatre-vingt-dix-huit (98)
dé[Link] décédés en prison, de janvier à octobre 2024.

Détenus (es) décédés (es) Prisons Date de décès


1. Alexis Daniel alias Ti Daniel Jacmel 23 janvier 2024
2. Michelson Sanon Jérémie 6 février 2024
3. Cherisme Jean Markes Jérémie 14 février 2024
4. Jean Marius Jacmel 25 février 2024
5. Noizer Roberto Jacmel 5 mars 2024
6. Louvenson Lundi Jacmel 5 mars 2024
7. Santo Sadrac Jacmel 5 mars 2024
8. Semexant Sonissaint Jacmel 6 mars 2024
9. Petit James Cayes 9 mars 2024
10. Philistine Anthony Petit-Goâve 11 mars 2024
11. Maki Exumé Jacmel 14 mars 2024
12. Jeanjean Rony Cayes 14 mars 2024
13. Jean François Ronald Jacmel 27 mars 2024
14. Cesar Dieunord Cayes 29 mars 2024
15. Joseph Akim Petit-Goâve 29 mars 2024
16. Rene Sherline Petit-Goâve 31 mars 2024
17. Clerger Anthony Cayes 1 avril 2024
18. Varice Ronald Cayes 9 avril 2024

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19. Jean Espenny Anse-à-Veau 14 avril 2024
20. Pierre Louis Renel Cayes 19 avril 2024
21. Méus Lubin Petit-Goâve 20 avril 2024
22. Laurore Bertho Anse-à-Veau 23 avril 2024
23. Duverlus Geubenson Gonaïves 27 avril 2024
24. Babot Lubin Gonaïves 27 avril 2024
25. Gervilus Aceus Gonaïves 27 avril 2024
26. Joseph B. Saintilaire Anse-à-Veau 29 avril 2024
27. Lucces Donis Gonaïves mai 2024
28. Frédo Mackenson Jacmel 2 mai 2024
29. Phanaud Savane Jérémie 2 mai 2024
30. Dabouze Joseph Cayes 3 mai 2024
31. Defait Alex Cayes 8 mai 2024
32. Job Pierre Cadet Cayes 8 mai 2024
33. Bredy Wildés Anse-à-Veau 9 mai 2024
34. Anderson François Jacmel 9 mai 2024
35. Lainé Jameson Cayes 10 mai 2024
36. Jean Baptiste Sonson Cayes 13 mai 2024
37. Laumé Moïse Anse-à-Veau 15 mai 2024
38. Elasco Myrtil Cayes 15 mai 2024
39. Poulard Dachener Anse-à-Veau 16 mai 2024
40. Laguerre Makendy Anse-à-Veau 18 mai 2024
41. Jules Kesma Cayes 27 mai 2024
42. Pierre Louinel Cayes 28 mai 2024
43. Joseph Akim Petit-Goâve 29 mai 2024
44. Macena Nelchenet Anse-à-Veau 3 juin 2024
45. Pierre Paul Dieuveut Jacmel 5 juin 2024
46. Rameau Elder alias Ti papa Jacmel 6 juin 2024
47. Azor Coster Tonton Jacmel 7 juin 2024
48. Dalus Accedy Gonaïves 07 juin 2024
49. Joseph Mario Jacmel 8 juin 2024
50. Pierre Sendy Jacmel 10 juin 2024
51. Bruno Brice Marck Cayes 10 Juin 2024
52. Vertilus Jeff Jacmel 11 juin 2024
53. Théodore Edouard Jacmel 11 juin 2024
54. Hyppolite Gérald Cayes 13 Juin 2024
55. Latressi Sauverain Cayes 13 Juin 2024
56. Pierre Faustin Jacmel 15 juin 2024
57. Félix Stanley Ruthson Jérémie 15 juin 2024
58. Lajoie Fednord Cayes 15 Juin 2024
59. Vergeon Ronald Jacmel 16 juin 2024
60. Clervoyant Julien Gonaïves 19 juin 2024
61. Similien Lamarre Petit-Goâve 21 juin 2024
62. Content James Jerry Jacmel 23 juin 2024
63. Valsaintalbert Gonaïves 23 juin 2024

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violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 27
64. Désir Luckenson alias Mazora Jacmel 25 juin 2024
65. Mulatre Luckson Cayes 27 Juin 2024
66. Milot Thermilus Petit-Goâve 7 juillet 2024
67. Bien-Aime Ludès Cayes 10 juillet 2024
68. Cadely Fritznel Cayes 10 juillet 2024
69. Thélémaque Wilky Jacmel 12 juillet 2024
70. Leveque Junior Cayes 14 juillet 2024
71. Joseph Legrand Petit-Goâve 15 juillet 2024
72. Silene Eraline Cayes 19 juillet 2024
73. Dorival Jameson Cayes 22 juillet 2024
74. Baptiste Charly Petit-Goâve 23 juillet 2024
75. Alouidort Macédoine Gonaïves 24 juillet 2024
76. Félix Jean Noël Jérémie 27 juillet 2024
77. Antoine Ronald Cayes 28 juillet 2024
78. Jeanty Jean Robert Jacmel 31 juillet 2024
79. Josué Fédé Jérémie 1 août 2024
80. Saint-Louis Beniel Gonaïves 08 août 2024
81. Paul Pierre Petit-Goâve 10 août 2024
82. Jean Enoussa Gonaïves 16 août 2024
83. Jesus Desil’homme Gonaïves 17 août 2024
84. Hilaire Marquis Gonaïves 24 août 2024
85. Seraphin Redner Petit-Goâve 31 août 2024
86. Sylvain Guerno Gonaïves 01 septembre 2024
87. Noril Roselin Petit-Goâve 3 septembre 2024
88. Milord Fritzner Petit-Goâve 4 septembre 2024
89. Augustin Rabel Jacmel 10 septembre 2024
90. Acceus Assé Gonaïves 10 septembre 2024
91. Bonne Année Jasmin Cayes 15 septembre 2024
92. Jean Pierre Cayes 15 septembre 2024
93. Ferjuste Ronal Jacmel 24 septembre 2024
94. Saintilmé François Petit-Goâve 29 septembre 2024
95. Michel Destiné Jacmel 4 octobre 2024
96. Jean Dieubon Jacmel 8 octobre 2024
97. Tislin Lucnord alias Dadou Anse-à-Veau 27 octobre 2024
98. Moïse Germain Port-au-Prince 29 octobre 2024
Tableau 7

Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti : Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et la
violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 28
IV. DES CELLULES DE RETENTION TRANSFORMES EN PRISON ET SITUATION DES DETENUS
DE CARREFOUR

98. Dans le département de l’Ouest où cinq (5) prisons civiles ont été désaffectées par les
autorités pénitentiaires ou attaquées par les bandits armées et démolies partiellement, la
situation des centres de rétention devient de plus en plus préoccupante. En effet, à Pétion-ville,
Tabarre, Delmas 33 et à Kenscoff par exemple, des dé[Link] à l’encontre desquels des ordres de
dépôt ont été émis, y sont maintenus dans des conditions inhumaines.

99. Au Commissariat de Delmas 33, soixante-deux (62) personnes dont sept (7) femmes sont
entassées dans quatre (4) cellules. L’un des dé[Link] s’y trouve depuis une (1) année déjà.
Accusé d’avoir assassiné un homme à Jérémie, il est maintenu audit commissariat sur ordre des
autorités judiciaires de cette juridiction. Et, parmi les soixante-deux (62) personnes, seules cinq (5)
sont sous la responsabilité du commissariat pour enquête.

100. Au Commissariat de Kenscoff, douze (12) retenus sont incarcérés dans la seule cellule
affectée à la garde des hommes en rétention. Aucun de ces retenus n’est sous la responsabilité
du commissariat. Ils y sont maintenus aux ordres du Parquet près le Tribunal de première
instance de Port-au-Prince sauf un (1) dont le dossier a déjà été transféré au Cabinet d’instruction.

101. Au Commissariat de Pétion-Ville, la garde à


vue est transformée en centre de détention, certains Au Commissariat de Pétion-Ville,
retenus y étant gardés depuis plusieurs mois. Lors 52 dé[Link] sont entassés dans 2
de la dernière visite du RNDDH en date du 22 cellules. Ils passent leur journée
octobre 2024, cinquante-deux (52) dé[Link] étaient debout et ne dorment le soir que par
incarcérés dans les deux (2) cellules dudit relève.
commissariat dont quarante-sept (47) hommes,
quatre (4) femmes et un (1) mineur. Parmi ces
détenus, dix (10) sont des évadés de prison qui ont été réappréhendés. Pour les autres, trente-
quatre (34) ont leurs dossiers au niveau du Parquet et huit (8) seulement sont maintenus audit
commissariat, pour investigations tant du commissariat que du cabinet d’instruction. Les
cinquante-deux (52) détenus du Commissariat de Pétion-ville se tiennent debout toute la journée
et ne dorment le soir, que par relève. Les deux (2) cellules dégagent une odeur nauséabonde due
aux conditions générales d’hygiène qui laissent à désirer. De plus, de nombreux cas de gratelle
ont été remarqués, dus notamment à la promiscuité.

102. Au Commissariat de Port-au-Prince, quarante-neuf (49) personnes sont incarcérées dont


trente-neuf (39) hommes et dix (10) femmes, sur ordre du Parquet de Port-au-Prince et de juges
d’instruction de la juridiction. Le local, sale et nauséabond, présente des risques énormes pour
la santé des policiers.ères qui y sont affectés ainsi que pour celle des détenus gardés dans des
conditions inhumaines.

Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti : Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et la
violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 29
103. Au Commissariat de Tabarre, le RNDDH a constaté en date du 21 octobre 2024 que, dans
les deux (2) cellules de garde-à-vue, sont entassés cinquante-sept (57) hommes, dont cinquante-
trois (53) relèvent de la responsabilité soit du Parquet du Tribunal de première instance de la
Croix-des-Bouquets, soit du Tribunal de ce ressort ou encore du Service Départemental de la Police
Judiciaire (SDPJ). Seuls quatre (4) retenus sont sous la responsabilité dudit commissariat.

104. Le commissariat de Tabarre dégage une odeur nauséabonde. Pour dormir, les retenus et
les détenus - qui souffrent de démangeaisons cutanées pour la plupart - utilisent des couvertures
qu’ils attachent en hamac dans les barreaux des cellules.

105. Face à cette situation préoccupante, le RNDDH s’est entretenu avec le Parquet près le
Tribunal de première instance de Port-au-Prince qui lui a affirmé être dépassé. En dépit du fait
qu’il soit conscient du surencombrement cellulaire dans les postes de police et des conditions
inhumaines de rétention et de détention, ledit parquet n’a pas la capacité de résoudre le
problème. De plus, les dossiers de la plupart des dé[Link] et [Link] en question ont été
transférés au Cabinet d’instruction. Des extractions judiciaires ont été émises. Mais, les [Link]
affectés dans les postes de police ne veulent pas s’aventurer à convoyer des dé[Link], arguant
ne pas avoir cette attribution et n’avoir pas été formés pour cette tâche. Lorsqu’enfin les
dé[Link] sont escortés, les [Link] des postes de police exigent souvent après leur audition,
la date de leur prochaine comparution, affirmant que leur registre doit contenir cette donnée,
pour justifier qu’une personne en détention préventive soit maintenue dans un centre de
rétention.

106. Par ailleurs, le RNDDH s’est enquis auprès du Parquet près le Tribunal de première
instance de Port-au-Prince, du sort des détenus de Carrefour. Ces derniers, en raison de
l’éloignement de leur centre de détention du Parquet de leur ressort, étaient déjà difficilement
extraits pour être auditionnés au Cabinet d’instruction. Aujourd’hui qu’ils ont été transférés à
la Prison civile de Petit-Goâve, leur situation s’est aggravée, toutes les voies d’accès à Port-au-
Prince étant contrôlées par les bandits armés. Encore une fois, le parquet a affirmé être dépassé
par la situation, la sécurité devant être rétablie par les autorités étatiques, en vue de faciliter la
reprise du contrôle des centres carcéraux, dans l’objectif de vider les cellules des commissariats
et sous-commissariats et d’extraire les dé[Link] pour être auditionnés.

V. STATUT JURIDIQUE DES [Link]

107. Comparé à l’année judiciaire 2022-2023, le statut juridique des dé[Link] n’a pas évolué.
Cependant, les évasions enregistrées dans les prisons civiles de Port-au-Prince, de Croix-des-
Bouquets et de Saint-Marc peuvent donner cette fausse impression.

108. En effet, le 2 octobre 2023, à l’occasion de la rentrée judiciaire 2022-2023, la population


carcérale totale, selon la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP) était estimée à onze-

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violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 30
mille-huit-cent-trente-sept (11,837) dé[Link] dont mille-neuf-cent-trois (1,903) condamnés et neuf-
mille-neuf-cent-trente-quatre (9,934) en attente de jugement. Ils représentaient alors 83.92 % de la
population carcérale totale.

109. Le 4 novembre 2024, après la rentrée de l’année judiciaire en cours 2024-2025, la


population carcérale totale est de sept-mille-six-cent-vingt-quatre (7,624) dé[Link] dont mille-
deux-cent-cinquante-cinq (1,255) condamné[Link] et six-mille-trois-cent-soixante-neuf (6,369) en
attente de jugement. Ils représentent 83.54% de la population carcérale totale.

110. Ainsi, avec les évasions spectaculaires et les audiences organisées, le statut juridique des
dé[Link] n’a bougé que de 0.38 %. Conséquemment, même si le nombre de dé[Link] a baissé,
le pourcentage de personnes en attente de jugement n’a pas évolué, aucun effort en ce sens
n’ayant été consenti par les autorités judiciaires. L’analyse du mouvement de six (6) prisons pris
en exemple, peuvent démontrer cette absence d’effort :

Juridictions Personnes en attente de Personnes qui devaient Personnes jugées / 2023-2024


jugement le 2 octobre 2023 être jugées / 2023-2024
Anse-à-Veau 161 30 20
Cayes 780 33 6
Fort-Liberté 1 347 0 0
Gonaïves 493 82 82
Jacmel 646 8 7
Jérémie 356 12 8
Total 2783 165 123
Tableau 8

111. Ces six (6) prisons affichaient, au début de l’année judiciaire 2023-2024 une population en
attente de jugement de deux-mille-sept-cent-quatre-vingt-trois (2,783) dé[Link]. Des
planifications d’audiences criminelles ont été faites pour seulement cent-soixante-cinq (165)
dé[Link] soit, 5.9 % d’entre eux. Et, au final, seuls cent-vingt-trois (123) dé[Link] soit 4.41 %
ont été effectivement jugés.

112. Le drame de la détention préventive illégale et arbitraire qui frappe les dé[Link] est réel.
Les exemples sont nombreux. En voici quelques-uns qui ont retenu l’attention du RNDDH :

• Arrêtée en septembre 2009 pour meurtre, et incarcérée à la Prison civile de Pétion Ville,
avant d’être transférée à la Prison civile de Cabaret puis à CERMICOL, Jenny
FLEURIJACQUES a été auditionnée par le juge Merlan BELLABRE qui, chargé de
l’instruction de son dossier, avait rendu une ordonnance de renvoi par-devant le
Tribunal criminel. Cela fait quinze (15) ans qu’elle attend d’être jugée ;

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violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 31
• Marlène ORVELUS a été arrêtée le 4 mai 2012 pour enlèvement. Evadée de prison en
septembre 2022, elle a été réappréhendée le 2 décembre 2022. Depuis, elle est gardée en
prison, sans n’avoir jamais été jugée ;

• Incarcérée le 8 décembre 2014 pour tentative de viol, et écrouée aujourd’hui au


CERMICOL sous la responsabilité de la Prison civile de Cabaret, Mirlande BAPTISTE n’a
jamais été jugée. Plus de dix (10) années se sont déjà écoulées depuis son arrestation ;

• Le 14 août 2017, Catherine INNOCENT a été écrouée pour vol. Elle a été auditionnée par
le juge Jean Denis CYPRIEN. Depuis, elle est maintenue en prison, sans avoir été jugée ;

• Christina LAURENT arrêtée le 14 décembre 2018 pour vol domestique, a été auditionnée
par le juge instructeur Chavannes ETIENNE qui a émis une ordonnance de renvoi à son
encontre. Six (6) années après son arrestation, elle attend encore ;

• Nadège LOUIS a été arrêtée le 13 novembre 2020 à Port-de-Paix pour un crime de meurtre
perpétré commis à la Croix-des-Bouquets. Elle était alors enceinte. Elle a été écrouée sous
les ordres du commissaire Jean Volna BELLAMIN. Le traitement de son dossier a été
interrompu car son dossier est introuvable tant à la juridiction de la Croix-des-Bouquets
qu’à la juridiction de Port-de-Paix.

Commentaires et Recommandations

113. L’année judiciaire 2023-2024 a encore une fois été marquée par des grèves en cascade du
personnel judiciaire dont l’une a duré plus de cinq (5) mois. Les impacts de ces longs arrêts de
travail sur le respect et la réalisation des garanties judiciaires ont été énormes. Et, les
changements enregistrés à la tête de plusieurs juridictions de première instance du pays n’ont
en rien redynamisé l’appareil judiciaire haïtien dont les résultats pour l’année analysée sont
totalement invisibles.

114. De nombreux [Link] n’ont pas été certifiés pour des raisons diverses dont les
suivantes : insuffisance académique, manque d’éthique, absence d’intégrité morale,
rançonnement de justiciables, implication dans des actes de spoliation et de bandes armées ;
certains autres, parce qu’ils ont été très décriés dans leur juridiction. Ces résultats inquiétants
confortent le RNDDH dans le bienfondé du processus de certification qui, à son avis, doit
s’étendre à tous les membres du personnel judiciaire haïtien dont les commissaires du
gouvernement et leurs substituts, les greffiers.ères et les huissiers. C’est pourtant dans ce
contexte que, quelques jours après la réouverture de l’année judiciaire actuelle, soit le 16 octobre
2024, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Maître Carlos HERCULE a adressé au
président du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) Maître Jean Joseph LEBRUN, une
correspondance dans laquelle il l’informe avoir décidé « de rappeler les représentants du ministère

Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti : Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et la
violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 32
faisant partie du Comité Technique de Certification (CTC), pour consultation. » Le RNDDH déplore
cette décision car, elle démantèle le CTC. Or, aujourd’hui plus que jamais, compte tenu du
niveau de corruption au sein de l’appareil judiciaire et du peu de résultat fourni, c’est tout le
personnel judiciaire qui devrait être soumis à la certification obligatoire et continue. Par
conséquent, le RNDDH estime que les acquis et aptitudes du CTC en matière de certification
doivent être consolidés.

115. Au cours de l’année judiciaire 2023-2024, au moins onze (11) personnes ont été froidement
exécutées par le magistrat Jean Ernest MUSCADIN, chef du Parquet de Miragoâne, portant à vingt
(20) le nombre de ses victimes connues, qu’il a par la suite présentées comme étant des membres
de gangs armés influents. Sur ce point particulièrement, le RNDDH note que le magistrat Jean
Ernest MUSCADIN échappe totalement au contrôle de son ministère de tutelle. De plus, il ne veut
aucunement s’investir dans la recherche de la vérité sur les crimes perpétrés dans sa juridiction,
au nom de la vindicte publique, en vue de parvenir à la condamnation des bandits armés et au
dédommagement des victimes de ces derniers.

116. De nombreuses infrastructures judiciaires attaquées par les bandits armés ont dû fermer
leurs portes. D’autres, vétustes, constituent de véritables dangers pour le personnel qui y
travaille et aussi pour les justiciables qui les fréquentent, ce qui ne semble pas inquiéter outre
mesure les autorités judiciaires.

117. Parallèlement, au cours de l’année judiciaire 2023-2024, des audiences criminelles ont été
réalisées dans quinze (15) des dix-huit (18) juridictions de première instance fonctionnelles du
pays, Cap-Haïtien, Fort-Liberté et Port-au-Prince n’ayant consenti aucun effort visant à réduire le
taux de détention préventive dans leur juridiction respective. Deux-cent-soixante-dix-sept (277)
cas ont été fixés. Cependant, seuls deux-cent-vingt-huit (228) ont été entendus et quarante-neuf
(49) ont été renvoyés. Sur les trois-cent-cinquante-quatre (354) personnes qui auraient dû être
jugées, seules deux-cent-quarante-et-une (241) ont effectivement été jugées. Cent-quarante-huit
(148) ont été condamnées et quatre-vingt-treize (93), libérées. Cent-treize (113) dé[Link] qui
devaient être fixés sur leur sort, ont été simplement refoulés en prison. Ils représentent 32% de
la totalité des dé[Link] qui devaient être jugés.

118. Encore une fois, le RNDDH relève que d’importantes audiences criminelles ont été
renvoyées pour toutes sortes de raisons, ce qui accentue auprès des justiciables en général et des
dé[Link] en particulier, l’impression que le sort des personnes privées de liberté ne constitue
pas une priorité pour les autorités judiciaires.

119. De plus, des peines apparemment très sévères ont été prononcées à l’encontre des
coupables alors que d’autres peines étaient très complaisantes, si l’on tient compte de la gravité
des faits reprochés aux coupables. Par exemple :

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violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 33
• Robenson JEAN PIERRE a été condamné pour tentative d’assassinat par le Tribunal criminel
de Saint-Marc à ne passer que deux (2) mois d’emprisonnement ; Rosemond DENIUS a pour
sa part été condamné à quatre (4) ans de prison par le Tribunal criminel de l’Anse-à-Veau,
pour enlèvement ; Et, pour vol d’argent avec effraction, Samy MILORT a été condamné à
perpétuité par le Tribunal criminel des Gonaïves.

120. Cette année encore, les agressions sexuelles ont été banalisées par les Tribunaux criminels.
A titre d’exemple :

• Darenley TOUSSAINT, jugé coupable de viol et de complicité de viol a été condamné par le
Tribunal criminel des Gonaïves à ne passer que deux (2) ans en prison ;

• Chrismedonne SAMEDY a été jugé coupable de viol, de complicité de viol, et de détournement


au préjudice de ses deux (2) fils mineurs. Il a été condamné par le Tribunal criminel de
Jacmel à ne passer qu’un an et deux mois (1 an 2 mois) d’emprisonnement.

121. Les audiences criminelles réalisées au cours de l’année judiciaire 2023-2024, très peu
nombreuses, n’ont pas aidé à faire bouger le statut juridique des dé[Link]. Le 2 octobre 2023,
à la rentrée judiciaire de l’année analysée, la population carcérale totale était estimée à onze-
mille-huit-cent-trente-sept (11,837) dé[Link]. Le 4 novembre 2024, soit quelques jours après la
rentrée de la nouvelle année judiciaire 2024-2025, la population carcérale est de sept-mille-cinq-
cent-soixante-dix-huit (7,578) dé[Link]. Cependant, cet écart de quatre-mille-deux-cent-cinquante-
neuf (4,259) dé[Link] s’explique par les évasions spectaculaires enregistrées dans le pays au
cours de l’année 2024, mais non par l’organisation d’audiences correctionnelles et criminelles.
Ainsi, en octobre 2023, 83.92% de la population carcérale étaient en attente de jugement. Le 4
novembre 2024, quelques jours après la rentrée judiciaire de l’année 2024-2025, 83.87 % de la
population sont encore en attente de jugement. Donc, en une année, la détention préventive n’a
baissé que de 0.38 %.

122. Le RNDDH déplore le peu d’impact des audiences criminelles sur la détention préventive
illégale et arbitraire et rappelle qu’au vœu de l’article 8 alinéa 1er de la Convention Américaine
relative aux Droits de l’Homme ratifiée par Haïti, « Toute personne a droit à ce que sa cause soit
entendue avec les garanties voulues, dans un délai raisonnable, par un juge ou un tribunal compétent,
indépendant et impartial, établi antérieurement par la loi, qui décidera du bien-fondé de toute accusation
dirigée contre elle en matière pénale, ou déterminera ses droits et obligations en matière civile ainsi que
dans les domaines du travail, de la fiscalité, ou dans tout autre domaine. »

123. Le RNDDH tient aussi à souligner que le drame de la détention préventive sur lequel il
attire continuellement l’attention est bien réel et prouve à quel point les garanties judiciaires des
dé[Link] ne sont nullement respectées. En voici quelques exemples :

Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti : Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et la
violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link]
RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 34
• Jenny FLEURYJACQUES a été arrêtée en 2009 pour meurtre. Quinze (15) années après, elle
attend d’être jugée pour l’infraction qui lui est reprochée ;

• Marlène ORVELUS a été arrêtée le 4 mai 2012 pour enlèvement. Douze (12) années après,
elle attend encore d’être jugée pour l’infraction qui lui est reprochée ;

• Mirlande BAPTISTE a été arrêtée le 8 décembre 2014 pour tentative de viol. Dix (10) années
après, elle attend encore d’être jugée pour l’infraction qui lui est reprochée ;

• Catherine INNOCENT a été arrêtée le 13 août 2017 pour vol. Sept (7) années après, elle
attend encore d’être jugée pour l’infraction qui lui est reprochée ;

• Christina LAURENT a été incarcérée le 14 décembre 2018 pour vol domestique. Près de six
(6) années après, elle attend encore d’être jugée pour l’infraction qui lui est reprochée;

• Nadège LOUIS a été arrêtée le 13 novembre 2020 pour meurtre. Quatre (4) années après,
elle attend encore d’être jugée pour l’infraction qui lui est reprochée.

124. Ces six (6) cas ne constituent qu’un échantillon qui prouve, si besoin en était, à quel point
les autorités judiciaires haïtiennes détruisent la vie des citoyens et citoyennes du pays, en
décidant de les garder en prison sans être jugés.

125. Par ailleurs, le système pénitentiaire n’a pas pu répondre non plus aux exigences qui lui
sont faites. En effet, les conditions générales de détention sont très alarmantes. Elles sont
caractérisées par une alimentation insuffisante et de mauvaise qualité, par l’accès très limité à
l’eau et aux soins de santé, par un régime cellulaire selon lequel les dé[Link] pour la plupart,
ne sortent de leurs cellules que pour leurs ablutions, par la promiscuité et l’exposition aux
maladies contagieuses. Et, c’est sans surprise qu’au cours de la période allant de janvier à octobre
2024, quatre-vingt-dix-huit (98) dé[Link] ont perdu la vie en prison.

126. De plus, dans le département de l’Ouest, cinq (5) prisons à savoir Arcahaie, Cabaret,
Carrefour, Croix-des-Bouquets et Port-au-Prince ont été désaffectées par les autorités ou détruites
partiellement, par les bandits armés. Conséquemment, la pression sur le CERMICOL, sur la
Prison civile de Petit-Goâve ainsi que sur les commissariats et sous-commissariats du
département a été renforcée. C’est ainsi que :

• Le CERMICOL qui n’accueillait que des garçons en conflit avec la Loi, a été transformé
en complexe pénitentiaire, gardant les hommes, les femmes, les filles et les garçons à
l’encontre desquels sont émis des ordres de dépôt par les autorités judiciaires de la
juridiction de première instance de Port-au-Prince. Quatre-cent-huit (408) dé[Link] sont,

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RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 35
au 4 novembre 2024, entassés au CERMICOL, un espace d’une capacité d’accueil de cent
(100) personnes.

• La Prison civile de Petit-Goâve accueille pour sa part, des dé[Link] en provenance de


Carrefour, de l’Anse-à-Veau, de Jacmel et du Commissariat de Miragoâne. Construite pour
n’accueillir que deux-cent-quatre-vingt-dix-huit (298) personnes, la Prison civile de Petit-
Goâve en reçoit déjà six-cent-dix (610).

• Les commissariats de Pétion-ville, de Port-au-Prince, de Tabarre, de Delmas 33 et de


Kenscoff, convertis en prisons par les autorités judiciaires haïtiennes, accueillent
respectivement cinquante-deux (52), quarante-neuf (49), cinquante-sept (57), soixante-deux
(62) et douze (12) dé[Link]. Ils croulent sous le poids du surencombrement cellulaire,
gardant un total de deux-cent-trente-deux (232) dé[Link] alors qu’ils n’en ont ni les
moyens, ni les capacités.

127. La Justice haïtienne s’est montrée particulièrement inactive au cours de l’année judiciaire
2023-2024, ce qui l’a encore plus affaiblie. Les promesses faites par les autorités judiciaires n’ont
pas été respectées. Les résultats des audiences criminelles ont été invisibles et n’ont pas impact
le taux de détention préventive illégale et arbitraire, les garanties judiciaires des justiciables en
général et des dé[Link] en particulier, ont été systématiquement foulés au pied et les
conditions générales de détention se sont détériorées.

128. Pour une amélioration de la performance des systèmes judiciaire et carcéral haïtiens, le
RNDDH recommande aux autorités judiciaires et pénitentiaires de :

• Exiger que les juges d’instruction décident sur les dossiers pendants par-devant leur
cabinet ;

• Exiger des chefs de juridiction la liste de tous dé[Link] en situation de détention


préventive depuis plusieurs années, en vue d’identifier les blocages et d’assurer le suivi
de leurs dossiers ;

• Passer des instructions formelles, pour l’organisation, tout au long de l’année judiciaire
2024-2025, d’audiences correctionnelles et criminelles ;

• Soumettre à la certification, les commissaires du gouvernement et leurs substituts, les


greffiers.ères et les huissiers ;

• Reprendre les infrastructures judiciaires localisées dans les zones contrôlées par les
bandits armés et réaménager celles qui ont été endommagées ;

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RNDDH – Rapport/A24/No7-VF 36
• Mettre fin à la banalisation des crimes sexuels en passant des instructions pour le respect
et la mise en application, par les différentes juridictions de première instance du pays, de
la Loi en la matière ;

• Reprendre le contrôle des centres carcéraux qui ont été endommagés par les bandits armés
en vue de les réaffecter et de désengorger le CERMICOL, la Prison civile de Petit-Goâve
ainsi que les commissariats de l’Ouest ;

• Fournir aux responsables pénitentiaires tous moyens leur permettant d’assurer aux
prisonniers.ères, des conditions minimales de détention, respectant la dignité humaine.

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