Évaluation du CPT : Gouvernance et Sécurité
Évaluation du CPT : Gouvernance et Sécurité
(RNDDH)
25 avril 2025
Sommaire
Pages
A. INTRODUCTION 2
B. MISE EN CONTEXTE 2
I. De la Gouvernance politique 3
C. COMMENTAIRES ET RECOMMANDATIONS 25
1. Le 25 avril 2024, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) prend les rênes du pays
en promettant de rétablir la sécurité, d’engager la réforme constitutionnelle et de réaliser
les élections, en vue de passer le pouvoir à des autorités élues, le 7 février 2026.
3. Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) qui a monitoré les
différentes actions du CPT dès son intronisation jusqu’à aujourd’hui, se propose de partager
avec l’opinion publique, ses remarques et recommandations.
B. MISE EN CONTEXTE
5. Malgré les nombreux appels adressés aux autorités qui se succèdent à la tête du pays,
la situation, aggravée avec la prise de Martissant le 1er juin 2021, par les bandits armés,
s’envenime avec l’assassinat du président Jovenel MOÏSE, perpétré dans la nuit du 6 au 7
juillet 2021.
6. Au lendemain de cet assassinat, le pouvoir politique reste encore quelques jours, soit
du 7 au 20 juillet 2021, aux mains du premier ministre d’alors Claude JOSEPH avant d’être
transmis par la communauté internationale, au premier ministre Ariel HENRY. Ce dernier
passe trente-trois (33) mois au pouvoir, sans adopter des mesures visant à mettre fin à
l’insécurité, à l’impunité qui gangrènent le pays et à la corruption dans l’administration
publique.
7. Le 25 février 2024, le premier ministre de facto Ariel HENRY part pour Guyana où il
est invité à participer à la 46ème réunion ordinaire des chefs d’Etat et de Gouvernement de
la Communauté Caraïbéenne (CARICOM). De l’étranger étant où il se trouve, en date du 29
février 2024, Ariel HENRY se rend au Kenya en vue de négocier le déploiement de la Mission
Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS). Le 1er mars 2024, un accord bilatéral est
signé entre le Kenya et Haïti. Cependant, le premier ministre ne peut retourner chez lui,
en raison des grandes turbulences sociopolitiques alors enregistrées, car dans la foulée, les
coalitions de gangs armés G-9 an Fanmi e Alye et G-Pèp se fédèrent. Et, du 29 février au 3
mars 2024, elles font une démonstration de leurs capacités à semer le chaos et à maintenir
la terreur dans le département de l’Ouest qu’ils mettent à feu et à sang.
9. Si pour certains secteurs, les représentants au CPT étaient déjà connus, d’autres
prennent plus de temps en vue de choisir le leur. Et, certains autres tergiversent, proposent
des personnalités décriées qu’ils retirent et remplacent par d’autres.
10. Le 3 avril 2024, les discussions aboutissent à l’accord politique pour une transition
pacifique et ordonnée qui constitue en fait la feuille de route de la transition, tant du Conseil
présidentiel que du gouvernement à être formé. Cet accord dont la vision est « la
réconciliation de l’Etat avec la Nation, le retour à l’ordre constitutionnel et la défense des
intérêts d’Haïti dans le nouvel ordre mondial », met l’emphase, dès la Section I, intitulée
« De la vision et de la mission de la transition », sur trois (3) priorités :
• La sécurité,
• Les réformes constitutionnelles et institutionnelles,
• Les élections.
11. Le CPT est pour sa part installé le 25 avril 2024. Un premier gouvernement, intronisé
le 12 juin 2024 et remercié moins de cinq (5) mois après, soit le 10 novembre 2024, dirigé
par Garry CONILLE est remplacé depuis par un autre. Celui-ci est dirigé pour sa part, par
Alix Didier FILS-AIME.
I. De la Gouvernance politique
13. Tel que prévu par l’article 2 de l’accord politique du 3 avril 2024, trois (3) instances de
gouvernance sont prévues. Il s’agit du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), du
gouvernement et de l’Organe de Contrôle de l’Action Gouvernementale (OCAG).
14. Deux (2) de ces instances sont établies. Cependant, aucune tentative n’est jamais faite
en vue de mettre sur pied l’OCAG, cet organe de contrôle dont les stratégies de constitution
et la composition sont prévues aux articles 9 et 10 de l’accord.
15. Ainsi, le CPT et le gouvernement dont les membres sont par lui nommés, dirigent
seuls le pays, engagent l’Etat et ses deniers, sans aucune possibilité de contrôle de leurs
actions. Or, celles-ci sont questionnables, notamment celles relatives à la rémunération des
membres du CPT et celles relatives à la nomination des [Link] généraux et des
délégué[Link] et vice-délégué[Link] départementaux.
17. Au mépris de ces dispositions, voici ce que coûte par mois, chaque membre du CPT :
Description Montant
Salaire 225,000
Frais de fonctionnement (1/3 du salaire) 75,000
Frais de deuxième résidence 400,000
Carte de téléphonie 500,000
Frais d’intelligence 4,500,000
Frais de carburant 300,000
Carte de débit 2,500,000
Frais pour conjoint.e 500,000
Frais pour remplir le réfrigérateur 75,000
Frais de nourriture 925,000
Total 10,000,000 gourdes
18. Le CPT reçoit aussi chaque mois des frais pour le petit déjeuner et le lunch de ses
membres :
19. De plus, les conseillers présidents s’octroient des frais spéciaux pour les fêtes
patronales et pour d’autres célébrations. Par exemple, pour les dernières fêtes pascales, les
membres du CPT ont reçu chacun entre trois-millions (3,000,000) et cinq-millions
(5,000,000) gourdes.
20. Ainsi, en plus des frais spéciaux, chaque mois, les membres du CPT coûtent quatre-
vingt-treize-millions-cinq-cent-mille (93,500,000) gourdes, soit un-milliard-cent-vingt-deux-
millions (1,122,000,000) gourdes pour une année, siphonnées des caisses publiques, en vue
de vivre à grand train, aux frais de l’Etat.
21. Depuis la mise en place du CPT, trois (3) coordonnateurs de la structure se sont
succédé à tour de rôle, selon un plan préétabli. Il s’agit de :
22. Il convient de souligner que ce n’est pas ce qui était prévu au départ. En effet, le 30
avril 2024, alors que la population s’attendait à des élections entre les membres du CPT
pour la désignation du Coordonnateur, un accord inédit est trouvé entre lesdits membres
selon lequel, quatre (4) présidents se succèderont à la tête du CPT :
23. Toutefois, en raison du scandale de corruption de la BNC qui éclaboussa le CPT, les
conseillers présidents Smith AUGUSTIN et Louis Gérald GILLES renoncèrent à accéder à la
coordination de la structure. Et, la présidence tournante est maintenant organisée comme
suit :
24. Par ailleurs, deux (2) gouvernements se sont aussi succédé. Si le premier, dirigé par
Garry CONILLE, sort par la petite porte après n’avoir rien fait pour résoudre le problème de
l’insécurité, le gouvernement actuel n’est pas pour autant meilleur.
25. Le montage des deux (2) gouvernements ainsi que les nominations aux postes de
direction générale et de délégation départementale donnent lieu à un véritable marché, les
secteurs du CPT vendant des postes aux plus offrants. Si pour les ministères, il est plus
compliqué d’entendre parler de ce marché, les institutions étatiques les plus touchées
restent cependant les organismes autonomes publics et les délégations départementales.
En effet, dans la majorité des cas, les personnes nommées à la direction générale de ces
organismes ainsi que les délégué[Link] n’ont de compétence que leur lien avec des membres
de leur secteur comptant un représentant.e au CPT. Il n’est donc exigé aucune transparence
dans le processus de recrutement. De même, aucune enquête de proximité n’est réalisée
concernant ces personnalités devant occuper des postes à responsabilités, alors que le pays
fait face à d’énormes problèmes de corruption et à la criminalité organisée.
30. Frinel JOSEPH, conseiller sans droit de vote, fait choix du directeur général de l’Office
d’Assurance Véhicules contre Tiers (OAVCT)
31. Le premier ministre Alix Didier FILS-AIME nomme le directeur général du Fonds
d’Assistance Economique et Sociale (FAES).
33. En une année, au moins quinze (15) voyages sont réalisés par les membres du CPT.
Pour chacun de ces déplacements, des frais de représentation de cinq-mille (5,000) dollars
américains sont octroyés et, la nuitée est calculée à mille (1,000) dollars américains. De
• Le 19 janvier 2025, le conseiller président Fritz Alphonse JEAN quitte le pays pour
une mission à Washington, où il rencontre des représentants de la Banque
Interaméricaine de Développement (BID) ;
• Le 18 février 2025, le conseiller président Laurent ST. CYR quitte le pays en vue de
participer à la 48ème conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM,
tenue à la Barbade ;
• Le 7 avril 2025, le conseiller président Leslie VOLTAIRE quitte le pays pour Honduras
en vue de participer au IXème sommet de la Communauté d’Etats Latino-Américains et
des Caraïbes (CELAC) ;
34. Le gouvernement de transition dirigé par Garry CONILLE, installé le 12 juin 2024 et
remercié le 10 novembre 2024, a réalisé au moins trois (3) voyages en moins de cinq (5)
mois :
• Le 28 juin 2024, soit deux (2) semaines après son intronisation, le premier ministre
Garry CONILLE quitte le pays en direction de Washington et de New York, dans le but
de mobiliser les responsables d’institutions financières internationales sur la
situation d’Haïti. Pour ce voyage d’une semaine, il est accompagné de la ministre de
l’Économie et des Finances, Marie Kethleen FLORESTAL, de la ministre des Affaires
étrangères, Dominique DUPUY, ainsi que de son chef de cabinet, Nesmy MANIGAT. Il
revient au pays le 6 juillet 2024 ;
• Le 5 octobre 2024, Garry CONILLE part pour le Kenya et les Emirates Arabes Unies.
Ce déplacement vise à rencontrer le président Kenyan William RUTO au sujet de la
Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS) puis à échanger avec les
autorités en Emirates Arabes Unies sur les nouvelles technologies et l’assistance
technique dans les domaines sécuritaires. Il rentre au pays le 15 octobre 2024.
35. Selon l’article 9 de l’accord politique du 3 avril 2024, l’Organe de Contrôle de l’Exécutif
(OCAG) doit être mis en place et constitué suite à de larges consultations menées par le
CPT auprès d’organisations de la société civile basées en Haïti et dans la diaspora. Il est
composé de quinze (15) membres et a pour mission principale – comme son nom l’indique –
de contrôler l’action gouvernementale et de s’assurer de la transparence promise dans la
manière de gérer les affaires de l’Etat.
36. L’OCAG n’ayant jamais été mis en place, le CPT dirige donc seul le pays, engage l’Etat
et les deniers publics sans aucune possibilité de vérification de son action.
En une année, le CPT n’a tenu aucun de ses engagements en matière de gouvernance politique. Des trois (3)
instances, la plus importante, soit l’OCAG, n’a pas été mise en place. Cette instance aurait pourtant pu éviter aux
autorité de la transition un certain nombre de scandales.
Les finances publiques n’ont pas été assainies. Au contraire, depuis son intronisation, le CPT vide
systématiquement les caisses de l’Etat, en s’octroyant des moyens exorbitants et encourage ses membres à désigner,
à des postes de responsabilités, des personnes n’ayant été soumises à aucune forme de certification.
Le gouvernement, dirigé par Alix Didier FILS-AIME ne fait pas mieux non plus. Il a accepté d’entrer, avec le CPT,
dans cette pratique de marché aux postes, quand il s’agit de désigner des membres de l’administration publique,
sans tenir compte des capacités et aptitudes de ceux et celles à qui les postes sont effectivement attribués. Et, pire
encore, le gouvernement ne semble nullement affecté par l’absence de l’OCAG.
De nombreux voyages aux frais de l’Etat ont été réalisés tant par les membres du CPT que par les membres du
gouvernement dirigé par Garry CONILLE. Ces déplacements onéreux n’ont rien apporté de concret au pays mais ont
permis au contraire de perpétuer cette pratique de pillage des caisses de l’Etat.
Ainsi, la gouvernance politique est caractérisée, depuis une année, par le gaspillage systématique des deniers
publics et par un véritable partage de gâteau entre le CPT et la primature.
Résumé point 1
38. Pourtant, au cours de la période analysée, les actes attentatoires aux vies et aux biens
de la population sont multiples alors que les actions gouvernementales, bien moindres.
40. Les pertes humaines et matérielles enregistrées lors de ces épisodes de violence sont
énormes. En voici quelques exemples :
41. Carrefour et Gressier1 : Ces deux (2) communes juxtaposées, sont, depuis plusieurs
années, contrôlées par les gangs armés. Cependant, depuis le 1er juin 2021, la situation s’y
est aggravée, avec l’attaque armée enregistrée à Martissant. Plusieurs gangs armés
contrôlent le tronçon Martissant – Carrefour : Il s’agit du gang de Village de Dieu dirigé par
Johnson ANDRE alias Izo 5 Segond, du gang de Grand Ravine Baz Kaporal Lapli dirigé par
Renel DESTINA alias Ti Lapli, et du gang dirigé par Christ-Roi CHERY alias Krisla. Depuis
février 2024 le tronçon Carrefour – Gressier est contrôlé par Beliose LOUIS JEUNE alias Bout
Ba, et par Charlemagne DORIN alias Ti Bebe, lui-même chef du gang des 103 Zonbi opérant
1Assassinats, viols, pillages et incendies à Carrefour et Gressier sous le regard indifférent des nouvelles
autorités étatiques, 15 août 2024, 22 pages [Link]
Carrefour-Gressier-15Aout2024.FR_.pdf
42. Pont-Sondé2 : Du 2 au 3 octobre 2024, les membres de la Base Gran Grif dirigée par
le chef de gang Luckson ELAN, envahissent Pont Sondé, 5ème section communale de Saint-
Marc, département de l’Artibonite, avec l’aide de Ti Pay, un individu originaire de la
communauté agressée, lui-même membre du gang armé agresseur. Au moins soixante-dix
(70) personnes sont assassinées, vingt-trois (23) autres, blessées par balles ou pendant leur
tentative de fuite. Plusieurs maisons sont incendiées par les bandits. La population, obligée
de s’enfuir, se réfugie chez des proches ou sur la Place publique Philippe Guerrier à
Saint - Marc.
43. Wharf Jérémie3: Les 6 et 7 décembre 2024, à Wharf Jérémie, au moins cent-dix (110)
personnes sont assassinées par le chef de gang Monel FELIX encore connu sous le nom de
Micanor ALTES alias Roi Micanor, en raison de la maladie suivie de la mort de son fils
Benson ALTES. En effet, le père Micanor ALTES consulte un hougan qui lui affirme que la
maladie de son fils est surnaturelle et qu’il faut, par conséquent, tuer les loups-garous de
sa zone qui en sont responsables, pour sauver ce dernier. Le 6 décembre 2024, il fait inviter
par les membres de son gang armé, soixante (60) personnes âgées, à une rencontre. Et,
lorsqu’elles arrivent au lieu fixé, il les assassine toutes. Le lendemain, son fils décède. Il tue
alors soixante-dix (70) autres personnes, tous âges confondus.
44. Kenscoff 4: Les 27, 28 et 29 janvier 2025, des bandits armés membres de la coalition
terroriste Viv Ansanm orchestrent une attaque sanglante et coordonnée dans plusieurs
localités de la commune de Kenscoff. L’attaque est facilitée par un évadé de prison, Pierre
Fils ORVIL, originaire de Kenscoff, qui sert de guide aux bandits armés dirigés par Didi ainsi
connu, allié du gang armé de Village de Dieu dirigé pour sa part par Johnson ANDRE alias
Izo 5 secondes. Au moins cent-trente-neuf (139) personnes sont assassinées ou sont portées
disparues. Quarante-trois (43) maisons au moins ont été vandalisées et/ou incendiées par
les bandits armés.
2
Massacre au Pont-Sondé : Le RNDDH exige des autorités étatiques la protection immédiate de la
population haïtienne, 4 octobre 2024, 4 pages [Link]
CP-Pont-Sonde-04Octobre2024.FR_.pdf
3 Massacres à Wharf Jérémie, Kenscoff et à Chateaublond : Le pouvoir de transition continue avec la
politique de banalisation de la vie mise en œuvre depuis plusieurs années par les autorités étatiques,
28 février 2025, 26 pages [Link]
[Link]
4 Idem
5 Idem
46. Mirebalais / Saut-d’Eau6: Dans la nuit du 30 au 31 mars 2025, entre 2 :00 et 3 :00
heures, des bandits armés envahissent Mirebalais. Les policiers.ères postés au
Commissariat et à la Prison civile de la ville s’enfuient. Les bandits armés en profitent pour
les incendier, après avoir favorisé l’évasion de tous les dé[Link], sauf un qu’ils exécutent
eux-mêmes. Continuant de mettre en œuvre leur plan, le 3 avril 2025, ces bandits armés
entrent à Saut - d’Eau, où ils démolissent le commissariat de la ville et occasionnent de
nombreuses pertes humaines et matérielles.
47. Le bilan des pertes enregistrées à Mirebalais et à Saut-d’Eau est énorme : au moins
vingt (20) membres de la population sont tués dont un (1) policier. Trois (3) personnes au
moins sont portées disparues dont deux (2) journalistes. Soixante (60) autres personnes sont
tuées lors d’échange de tirs avec les forces de l’ordre. Il s’agit, selon les autorités locales et
selon certains riverains, de bandits et d’évadés de prison.
48. Dans tous ces nouveaux territoires perdus sous la transition, la situation de tension
est palpable. Les chefs de gangs organisent la vie dans ces espaces et extorquent
continuellement de l’argent de ceux et celles qui fréquentent encore ces quartiers. De plus,
des raids y sont enregistrés tous les jours, aggravant la situation et faisant augmenter le
nombre de victimes.
49. Additionnés aux crimes de masse qui sont perpétrés pendant la période analysée,
d’autres actes attentatoires aux vies et aux biens de la population dont des violences sexistes
et sexuelles sont aussi enregistrées. En effet, les informations combinées recueillies par la
CE-JILAP et le RNDDH démontrent que d’avril 2024 à mars 2025, quatre-mille-quatre-cent-
cinq (4,405) personnes sont assassinées, parmi elles, huit-cent-cinq (805) personnes au
moins, pour la seule période allant de janvier à mars 2025.
6 Chute de deux communes du département du Centre aux mains des bandits armés : Les autorités de
la transition aggravent la situation sécuritaire du pays, 10 avril 2025, 7 pages
[Link]
d_Eau-10Avril2025.FR_.pdf
7Nègès Mawon - Droits des Femmes, des Filles et des minorités sexuelles en Haïti: Rapport sur les
violences enregistrées de janvier à octobre 2024, novembre 2024
8 SOFA - Rapport bilan 2024 violences faites aux femmes, janvier 2025
52. Les articles 25, 26 et 27 de l’accord politique du 3 avril 2024 traitent de la mise en
place du Conseil National de Sécurité (CNS), de sa composition, de sa mission et de son
travail de coordination et de consultation, en vue de fournir réponse adéquate aux différents
aspects de la crise sécuritaire du pays. Ledit conseil n’est jamais établi. A contrario, de
nombreuses mesures sont adoptées par le CPT et le gouvernement, qui donnent l’impression
de n’agir que par amateurisme. En voici quelques-uns :
53. Etat d’urgence sécuritaire : depuis juillet 2024, le gouvernement de transition décrète
régulièrement l’état d’urgence sécuritaire pour des périodes précises, toujours avec cette
possibilité de renouvellement. Si les premières mesures concernaient des zones bien
spécifiques, au fur et à mesure, de nouvelles communes sont incluses, au gré des pertes de
territoire enregistrées. C’est ainsi que tout récemment, soit le 7 avril 2025, l’état d’urgence
sécuritaire est décrété sur l’ensemble du territoire, pour une période d’un (1) mois.
55. Utilisation de drones kamikazes contre les bandits : Le 1er mars 2025, la population
apprend par un message sur X, émanant du compte personnel certifié du premier ministre
Alix Didier FILS-AIME, qu’une Task force est créée par la primature et le CPT et qu’elle est
alors, déjà en pleine opération. Quelque temps plus tard, la population apprendra que cette
opération est menée avec des drones Kamikazes pilotés en réalité par la primature, sans
implication aucune de l’institution policière, des Forces Armées ou même de la MMAS.
56. Adoption d’une résolution intégrant la BSAP dans la lutte contre l’insécurité : Le 2
avril 2025, le CPT adopte une résolution qui est publiée le 3 avril 2025 dans le journal
officiel du pays, selon laquelle des [Link] de la BSAP seront intégrés, après certification,
dans un système permettant de les utiliser dans la lutte pour le rétablissement de la
sécurité. La BSAP constitue en fait un corps paramilitaire mis en place par Jeantel JOSEPH
qui était alors directeur général de l’Agence Nationale des Aires Protégées (ANAP), dans
l’objectif de participer à la préservation des aires protégées. Cependant, depuis sa création,
de nombreux agents de la BSAP sont indexés dans des actes de violation des Droits
Humains et, ils ne font jamais rien en vue de lutter contre la dégradation de
l’environnement.
Le Conseil National de Sécurité (CNS) qui aurait pu être un organe facilitant l’élaboration et la mise en
place d’un plan national de sécurité, n’a jamais été monté. Entre-temps, le CPT et la primature d’un côté,
le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) de l’autre, ont alimenté, pendant toute la période
analysée, les rumeurs de querelles intestines sans pouvoir tenir leurs promesses de rétablir l’ordre et la
sécurité dans le pays en général et dans le département de l’Ouest en particulier.
Résumé point 2
57. L’article 37 de l’accord politique du 3 avril 2024 traite des mesures à adopter par le
pouvoir de transition en vue d’améliorer l’efficacité de la Justice en garantissant le
fonctionnement régulier des instances juridictionnelles, en renforçant la conduite et la mise
en œuvre de la politique pénale du gouvernement, en renforçant l’assistance juridique tout
en facilitant l’accès à la Justice.
58. La réponse de l’appareil judiciaire haïtien face aux crimes de masse enregistrés au
cours de ce pouvoir de transition, mais aussi, vis-à-vis des plaintes relatives à des massacres
et attaques armés antérieurs, retient l’attention du RNDDH.
59. Les treize (13) massacres et attaques armées susmentionnés, perpétrés au cours de
l’actuelle transition, sont dénoncés par la clameur publique. Certaines vidéos sont devenues
virales sur les réseaux sociaux, qu’il s’agit du massacre de Wharf Jérémie, de celui de
Kenscoff, de Chateaublond ou de Mirebalais / Saut d’eau.
60. Seul pour le cas du massacre de Wharf Jérémie, l’action publique est mise en
mouvement par le commissaire du gouvernement près le Tribunal de première instance de
Port-au-Prince, Frantz MONCLAIR, à l’encontre de Micanor ALTES alias Roi Micanor,
l’instigateur de ce carnage. Le dossier, transmis en date du 29 janvier 2025 au greffe du
Tribunal de première instance de Port-au-Prince, numéroté 0210 24-25, est distribué au
Cabinet d’Instruction du magistrat Marthel JEAN CLAUDE.
61. Les autres épisodes de violence, ne sont, à date, l’objet d’aucune poursuite judiciaire.
Par exemple, le 9 octobre 2024, trente-huit (38) victimes et survivantes des massacres de
Carrefour et de Gressier portent plainte contre leurs agresseurs. Le dossier numéroté 768-
10/24 est distribué par devant la juge d’instruction Marie Claudel PIERRE. A date, aucun
acte d’instruction connu n’est réalisé.
62. De même, des dossiers de massacres antérieurs transmis à la Justice par des
centaines de victimes ayant porté plainte à l’encontre de leurs agresseurs, n’avancent pas.
A titre d’exemple :
63. Aujourd’hui, seul le massacre de La Saline dispose d’une ordonnance de clôture, émise
le 20 juin 2024 par le magistrat instructeur Jean Wilner MORIN, soit six (6) années après ce
carnage perpétré les 13 et 14 novembre 2018 et ayant occasionné de multiples violations :
au moins soixante-onze (71) personnes tuées et au moins vingt-deux (22) femmes violées
collectivement.
64. Par ailleurs, au cours de l’année judiciaire 2023-2024, des assises criminelles9 sont
réalisées dans quinze (15) des juridictions de première instance du pays. Seulement deux-
cent-quarante-et-une (241) personnes sont jugées. Ces audiences n’ont aucun impact sur la
population carcérale.
9 Appareil judiciaire et Centres de détention en Haïti : Une Justice affaiblie, des résultats invisibles et
la violation systématique des garanties judiciaires des dé[Link], 7 novembre 2024, 41 pages
[Link]
07Nov2024.FR_.pdf
67. En date du 18 septembre 2024, la Commission Vérité, Justice et Réparation est mise
en place, en harmonie avec l’article 20 de l’accord politique du 3 avril 2024. Elle a pour
mandat, selon l’article 40 dudit accord de « fournir à la Justice et à l’Exécutif, les éléments
nécessaires pour agir et pour faire la lumière sur les crimes de sang, les crimes financiers,
les nombreux massacres, les multiples viols collectifs perpétrés dans le pays au cours des
dernières années. »
69. Deux (2) pôles judiciaires spécialisés, portant respectivement sur les crimes financiers
et sur la grande criminalité, les crimes de masse et les violences sexuelles, sont créés. Ces
pôles dont le décret adopté le 14 avril 2025 en Conseil des Ministres, est publié le 16 avril
2025 dans le journal officiel Le Moniteur, sont appelés à renforcer la politique pénale du
gouvernement en matière de corruption, de crimes financiers, de massacres et de violences
sexuelles, et à offrir aux nombreuses victimes de massacres, d’attaques armées perpétrés
dans le pays, notamment, les femmes et les filles victimes de violences sexuelles, un accès
à la Justice.
70. Des recommandations faites par cinq (5) organisations de la société civile11 et
communiquées aux autorités concernées, seules quelques-unes sont prises en compte.
Cependant, celles portant sur l’indépendance de ces pôles par-rapport aux chefs de la
juridiction de première instance de Port-au-Prince et portant sur le fait de n’accorder aucune
protection immunitaire aux hauts dignitaires de l’Etat impliqués dans l’organisation et la
perpétration de ces crimes, ne sont pas retenues.
10 Nou Pap Dòmi, POHDH et RNDDH dénoncent la création de la Commission Vérité, Justice et
Réparation, 2 octobre 2024, 4 pages [Link]
[Link]
11 Observations des OSC haïtiennes sur le projet de décret portant création de deux Pôles
73. Il convient de noter que lors des premières discussions, le local en question est visité
par des [Link] qui affirment alors que celui-ci ne correspond pas à leurs attentes.
Une commission de quatre (4) membres est formée par le Conseil Supérieur du Pouvoir
Judiciaire (CSPJ). Celle-ci conclut, dans un rapport adressé au ministre de la Justice, le Dr.
Patrick PELISSIER, que l’espace n’est pas approprié pour accueillir le tribunal. Une
rencontre est, par la suite, réalisée avec le CSPJ au cours de laquelle le ministre affirme
que le local est loué pour accueillir les pôles judiciaires spécialisés. Cependant, à la surprise
générale, et passant outre les conclusions de la commission formée par le CSPJ, le ministre
de la Justice ordonne que le tribunal et le parquet logent dans ce bâtiment, pour une durée
de neuf (9) mois.
Les plaintes déposées par des victimes et proches de victimes de plusieurs massacres et attaques armées n’ont pas
bougé au niveau de la Justice. Des treize (13) épisodes de violence enregistrés au cours de la période analysée, c’est
seulement pour le massacre atypique de Wharf Jérémie que l’action publique a été mise en mouvement par le
commissaire du gouvernement de Port-au-Prince.
Les performances de l’appareil judiciaire haïtien tant pour l’année judiciaire 2023-2024 que pour celle en cours,
2024-2025, ne rassurent pas quant aux stratégies mises en place par le pouvoir de transition, en vue de réduire le
taux de détention préventive illégale et arbitraire. En dépit des évasions spectaculaires enregistrées, plus de 82% de
la population carcérale sont en attente de jugement. De plus, les conditions générales de détention se sont empirées
avec le CPT, notamment avec CERMICOL converti en complexe pénitentiaire.
La récente relocalisation du Parquet et du Tribunal de première instance de Port-au-Prince dans une maison louée
à un particulier, à Delmas 75, prouve que la Justice continue de courir face aux bandits armés. Et, aujourd’hui, les
conditions dans lesquelles travaillent le personnel judiciaire concerné par cette relocalisation, de même que celles
dans lesquelles sont accueillis les justiciables, prouvent que le local n’est pas encore prêt à être opérationnel.
Cependant, au-delà de ce problème d’inaptitude des locaux se pose aussi celui selon lequel, des dizaines de maisons
sont louées à des particuliers, à des prix exorbitants, en vue d’accueillir les bureaux de l’Etat.
La CVJR mise en place par le CPT est mort-née et, les pôles judiciaires spécialisés à peine créés. Ainsi, les
engagements pris par le CPT de rendre accessible la Justice, n’ont pas été respectés au cours de l’année écoulée.
Résumé point 3
74. Face à l’intensification des actes de violence et à la progression des bandits armés,
depuis mars 2025, des citoyens et citoyennes décident d’exiger du CPT des résultats quant
au rétablissement des conditions minimales de sécurité dans le pays en général et dans le
département de l’Ouest en particulier.
75. Plusieurs manifestations sont réalisées, drainant des milliers de [Link] qui
dénoncent l’insécurité et exigent de l’Etat haïtien la reprise du contrôle des quartiers sous
l’emprise des gangs armés, en vue de favoriser le retour des familles dans leur zone de
résidence. Les manifestations sont toutes réprimées avec violence, sous prétexte que les
[Link] ne doivent pas arriver aux abords de la Villa d’Accueil. En ce sens, le gaz
lacrymogène est utilisé à outrance par les policiers qui tirent aussi à hauteur d’hommes, en
direction des [Link], tant avec des balles létales qu’avec des balles non-létales. A
titre d’exemple :
• Lors de la manifestation du 19 mars 2025, environ dix (10) personnes sont blessées
par balles. L’une d’entre elles, Idovic ELIBERT, membre de la brigade d’autodéfense
de Canapé-vert, succombe à ses blessures.
• Lors de la manifestation du 2 avril 2025, le véhicule utilisé pour le son, est saisi par
les autorités policières qui ne le rendent que quelques jours plus tard, après l’avoir
vandalisé. Selon les propriétaires dudit véhicule, celui-ci leur est remis avec la liste
suivante de matériels manquants :
76. Au cours de la première année du CPT, la liberté de la presse n’est pas garantie. Les
attaques armées sont perpétrées à l’encontre des médias haïtiens. En ce sens, au moins six
(6) stations de radio et/ou de télévision sont incendiées par les bandits armés membres de
la coalition terroriste Viv Ansanm et au moins une (1) autre station de radio est rebaptisée
et contrôlée par eux. Il s’agit de :
• Radio Souffle Divin, Cayes, dont les locaux sont vandalisés dans la nuit du 23 au 24
mai 2024 ;
77. De plus, le 20 avril 2025, des bandits s’introduisent dans les locaux de la Radio Panic
F.M., située au centre-ville de Mirebalais. Ils la rebaptisent Radio Taliban F.M. et émettent
pendant un certain temps, leurs propres programmes.
78. Des journalistes sont aussi victimes, au cours de la période couverte par ce rapport. A
titre d’exemple :
• Le 24 décembre 2024, deux (2) journalistes sont tués et sept (7) autres sont blessés à
l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH)12, où ils étaient invités à couvrir la
cérémonie de réouverture de l’HUEH planifiée par le ministre de la Santé publique
et de la Population d’alors, le Docteur Duckenson Lorthe BLEMA.
79. Il convient de souligner que d’autres journalistes sont pour leur part, la cible des
bandits armés qui les menacent dans des messages qu’ils diffusent sur les réseaux sociaux,
notamment.
Les répressions violentes des manifestations qui exigent le rétablissement des conditions
minimales de sécurité dans le pays, les attaques armées ciblant des journalistes haïtiens, le
pillage et/ou les incendies répétés des locaux de médias, sont les signes avant-coureurs d’un
pouvoir totalitaire mettant en péril les libertés fondamentales.
Résumé point 4
12
Multiplication des attaques armées contre la presse haïtienne : Le RNDDH rappelle aux autorités de
la transition, leur promesse de sécurité, RNDDH - Com.P/A2025/No3, 2 pages
[Link]
17Mars2025.FR_.pdf
Chute de deux communes du département du Centre aux mains des bandits armés : Les autorités de la
transition aggravent la situation sécuritaire du pays, 10 avril 2025, 7 pages [Link]
content/uploads/2025/04/3-RapM.-Attaques-armees-Mirebalais-Saut-d_Eau-10Avril2025.FR_.pdf
80. Au vœu de l’article 38 de l’accord politique du 3 avril 2024, les capacités des
institutions publiques de lutte contre la corruption doivent être renforcées par les autorités
de la transition. Les organisations de la société civile engagées dans ladite lutte doivent être
accompagnées, la transparence instaurée et le droit d’accès à l’information, respecté.
81. A côté du partage de gâteau instauré comme stratégie de recrutement des cadres de
l’administration publique, on retrouve l’énorme scandale de corruption de la BNC ayant
débouché sur l’inculpation des trois (3) conseillers présidents Smith AUGUSTIN, Louis
Gérald GILLES et Emmanuel VERTILAIRE pour des faits graves d’abus de fonction, de
sollicitation de pots-de-vin et de corruption passive. En ce sens, le traitement de ce dossier
par la Justice13 ainsi que le comportement du CPT renseignent sur l’absence manifeste de
volonté de cette structure à respecter ses engagements en matière de lutte contre la
corruption.
82. De plus, c’est à la faveur du scandale de la BNC, que la société haïtienne apprendra
que les conseillers présidents considèrent comme des frais propres à eux octroyés, les
montants alloués au renseignement. En effet, ils se partagent le montant disponible et
reçoivent, chaque mois, cinq-millions (5,000,000) de gourdes chacun. En dépit des nombreux
appels à eux lancés par la société haïtienne en général et par des organisations de la société
civile en particulier, les invitant à renoncer à ce montant, rien n’y fait.
83. Un autre cas de corruption qui permet de mesurer l’action gouvernementale est le
dossier relatif au marché PNHOO-2425-TF-AOON-S-1/01/11, visant à restaurer des
[Link] de la Police Nationale d’Haïti (PNH). En effet, en octobre 2024, des prestataires
soumissionnaires dénoncent des suspicions de trafic d’influence, de népotisme et de
corruption à grande échelle dans l’octroi, à des entreprises appartenant vraisemblablement
à une seule personne, de huit (8) des onze (11) lots du marché PNHOO-2425-TF-AOON-S-
1/01/11, visant à restaurer des [Link] de la Police Nationale d’Haïti (PNH).
86. Le lendemain, soit le 15 avril 2025, dans une dernière tentative de légitimer les
actions de corruption perpétrées dans l’octroi du marché contesté, trois (3) des neuf (9)
contestataires, à savoir Le Romarin Service Traiteur et M&M Création et Délices à la Carte
reçoivent chacun une correspondance du ministre de la Justice, les informant qu’il leur est
octroyé un lot pour lequel le contrat sera signé avec le ministère.
87. Ainsi, dans un marché contesté pour corruption, le pouvoir de transition tente encore
de corrompre les contestataires au lieu de se conformer à la Loi et de reprendre le processus
vicié à la base.
89. A date, la seule décision qui semble être prise pour réduire la contrebande est celle
relative à l’interdiction d’entrer sur le sol haïtien, de containers en provenance des
Etats – Unis, qui transitent en République dominicaine. Cependant, si les ressources
augmentent effectivement grâce à cette décision, elles ne profitent qu’aux membres du CPT
et du gouvernement de transition.
En protégeant les conseillers présidents inculpés dans le scandale de corruption de la BNC pour
abus de fonction, sollicitation de pots-de-vin et corruption passive, en continuant à blanchir les
caisses de l’Etat, s’octroyant à titre de frais, les montants alloués au renseignement et à
l’intelligence et en décidant de ne pas se conformer à la Loi en vue de reprendre le processus vicié
et corrompu ayant abouti à l’octroi frauduleux du marché de restauration de la PNH, le CPT
ainsi que le gouvernement de transition se sont montrés inaptes à tenir cette grande promesse
faite à la société haïtienne d’assainir les finances publiques, d’engager le pays sur les rails de la
transparence et de lutter contre la corruption au sein de l’administration publique.
Résumé point 5
90. Au vœu des articles 28 et suivants de l’accord politique du 3 avril 2024, des initiatives
sont prises par le CPT, en vue de la réalisation de la réforme constitutionnelle. En ce sens :
• Le 17 juillet 2024, le Décret créant le groupe de travail sur la constitution est publié.
Il est coordonné par l’ancien député Jerry TARDIEU et est composé de huit (8) autres
membres :
92. Deux (2) choses sont principalement reprochées à ceux et celles qui travaillent sur la
révision de la Constitution et l’organisation du référendum. D’abord, la Constitution
haïtienne amendée, en son article 284-3, précise que « Toute consultation populaire tendant
à modifier la Constitution par voie de référendum est formellement interdite. » De plus, cette
Constitution est une véritable déclaration de Droits. La population estime que, pour bien
choisir, elle doit pouvoir faire la parallèle entre les deux (2) textes. Or, aucun atelier de
présentation du nouveau texte constitutionnel n’est à date, réalisé.
Résumé point 6
93. La section XI de l’accord politique du 3 avril 2024 traite de la question des élections,
en passant par le montage et la composition de l’organe électoral, la révision
constitutionnelle et l’organisation des joutes électorales proprement dites.
94. En ce sens, le CPT lance, en date du 12 juillet 2024, le processus devant aboutir à la
formation du Conseil Electoral Provisoire (CEP). Des correspondances sont acheminées à
différents secteurs du pays en vue du choix d’un représentant.e, conformément au décret du
27 mai 2024.
95. Ledit processus est manipulé dès son lancement par le conseiller président Frinel
JOSEPH et décrié par plusieurs secteurs qui dénoncent la non-transparence dans les
stratégies ayant abouti au choix de certains représentants. Ceci ne porte pas le CPT à la
réflexion. Au contraire, en dépit du lancement de ces alertes, le 18 septembre 2024, par
arrêté présidentiel, sept (7) des neuf (9) membres du CEP sont nommés. Il s’agit de :
96. Le CEP amputé de deux (2) de ses membres est installé le 18 octobre 2024. Il ne sera
complété que le 13 décembre 2024 par Yves Marie EDOUARD et Rose Thérèse Magalie
GEORGES. Elles représentent respectivement les secteurs des femmes et des Droits
Humains.
97. Du 11 au 16 janvier 2025, le CEP lance le processus de recrutement des membres des
Bureaux Référendaires Départementaux (BRD) et des Bureaux Référendaires Communaux
(BRC). Les examens sont organisés le 19 janvier 2025 et les résultats pour le département
de l’Ouest, publiés le 13 mars 2025.
98. Le 3 février 2025, le nouveau directeur exécutif du CEP, Philippe AUGUSTIN est
nommé puis installé le 4 février 2025, dans les locaux-mêmes du CEP. Il s’ensuit une série
de rencontres avec des membres de la société civile, des membres de partis politiques, etc.,
en vue de restaurer la crédibilité du processus électoral, d’informer sur les travaux en cours
au CEP et de recueillir des recommandations.
102. Au cours de la période analysée, avec les attaques armées enregistrées notamment à
Mirebalais et à Saut-d’Eau, de nouvelles infrastructures policières et pénitentiaires sont
détruites. De nouvelles routes sont tombées sous le contrôle des gangs armés et la Justice
haïtienne est très affaiblie.
103. Le 5 mars 2025, le CPT inaugure l’Aéroport International Antoine Simon des Cayes.
104. Les promesses de relance des activités économiques et touristiques faites par le
pouvoir de transition sont restées lettre morte. De toute façon, la dégradation de la situation
sécuritaire du pays, la fermeture depuis plus de cinq (5) mois de l’Aéroport international
Toussaint Louverture et le contrôle chaque jour accentué de la circulation des biens, services
et personnes sur le territoire national par les bandits armés, constituent autant d’obstacles
à toute relance des activités économiques et touristiques.
Dans la majorité des établissements scolaires du département de l’Ouest, les écoliers.ères sont remplacés
par des victimes et des familles de victimes ayant fui l’insécurité.
De nombreux centres hospitaliers et centres de santé du département de l’Ouest ont fermé leurs portes au
cours de la période analysée. Les différentes alertes lancées à ce sujet n’ont eu aucun effet auprès des
autorités de la transition.
Des infrastructures policières et pénitentiaires ont été attaquées, démolies minutieusement par les bandits
armés qui contrôlent la circulation des biens, des services et des personnes sur le territoire national.
Le CPT a inauguré l’Aéroport Antoine Simon des Cayes, qui n’a d’international que le nom. Le département
de l’Ouest continue d’être coupé des autres villes du pays et les autorités de la transition sont incapables
d’adopter les mesures minimales de sécurité exigées, pour la réouverture de l’Aéroport International
Toussaint Louverture.
Dans ces conditions, il est clair qu’aucune action visant à relancer l’économie du pays n’a été consentie. Au
contraire, des milliers de personnes ont perdu leur emploi en raison de l’insécurité et, l’économie du pays
patauge.
Résumé point 8
C. COMMENTAIRES ET RECOMMANDATIONS
106. Le 25 avril 2024, lorsque le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) composé de neuf
(9) membres, avait pris les rênes du pouvoir, il s’était engagé à apporter réponses à la crise
multidimensionnelle à laquelle la population haïtienne fait face depuis plusieurs années.
Et, ces réponses passaient par le rétablissement de la sécurité, la réforme constitutionnelle
et l’organisation des élections. Une année après, force est de constater que l’échec est total.
Aucune des promesses consacrées par l’accord politique pour une transition pacifique et
ordonnée n’a été tenue par le CPT.
107. En matière de gouvernance politique, les membres du CPT n’ont pas mis en place
l’Organe de Contrôle de l’Action Gouvernementale (OCAG) prévu par l’accord politique du 3
avril 2024. Ils dirigent seuls le pays, s’octroient des frais insensés, vivent à grand train de
vie et coûtent à l’Etat quatre-vingt-treize-millions-cinq-cent-mille (93,500,000) gourdes
chaque mois. Ils marchandent les postes ministériels, de direction générale et de délégation
départementale ; et voyagent souvent à l’étranger, organisant des déplacements onéreux
qui participent dans le pillage des caisses de l’Etat soit, cinq-mille (5,000) dollars américains
de frais de représentation et mille (1,000) dollars américains la nuitée.
108. Sur la question des voyages particulièrement, les disparités dans leur organisation
ont attiré l’attention du RNDDH. Par exemple, pour le déplacement du conseiller président
110. Il convient aussi de mentionner que les deux (2) observateurs du CPT voyagent
beaucoup aux frais de l’Etat. La seule différence est qu’ils organisent leurs déplacements
souvent sans tambour ni trompette. Or, la société ne sait pas ce qui, dans leur travail
d’observation, les oblige à se rendre à l’étranger, pour le compte de l’Etat. D’ailleurs, que
sont-ils appelés à observer ? et pour qui ?
111. Sur le plan du rétablissement de la sécurité, en une année, treize (13) massacres et
attaques armées ont été perpétrés. Ces épisodes de violence, additionnés aux autres actes
attentatoires aux vies et aux biens de la population, ont occasionné au moins quatre-mille-
quatre-cent-cinq (4,405) assassinats dont trente-et-un (31) [Link] de la PNH, huit (8)
militaires des FAD’H, deux (2) agents de la MMAS ; et trois-mille-quatre-vingt-quatre
(3,084) violences sexuelles et sexistes, dont mille-huit-cent-trente-sept (1,837) viols et viols
collectifs.
112. Le Conseil National de Sécurité (CNS), prévu par l’accord politique du 3 avril 2024,
n’a pas été mis en place. A contrario, un ensemble de mesures éclectiques ont été
adoptées par le CPT et son gouvernement : décret de l’état d’urgence sécuritaire d’abord
dans certaines communes du département de l’Ouest puis sur l’ensemble du territoire,
adoption d’un budget de guerre dont les effets ne sont pas ressentis, utilisation de drones
kamikazes contre les bandits pour un bilan mitigé des opérations, adoption d’une résolution
intégrant la BSAP dans la lutte contre l’insécurité, etc. Ces mesures ne sont que
cosmétiques puisque la situation sécuritaire du pays ne s’est pas améliorée. Et, le RNDDH
croit que si ces mesures avaient été adoptées par une structure coordonnée dans le cadre
d’un plan sécuritaire national, elles auraient peut-être donné des résultats.
113. Sur le plan de la Justice et de l’Etat de droit, douze (12) des treize (13) épisodes de
violence enregistrés sous le CPT – sauf le massacre du Wharf Jérémie – n’ont porté les
autorités judiciaires à mettre l’action publique en mouvement contre les terroristes. Pire
116. La réforme constitutionnelle entamée sans transparence et avec arrogance par le CPT
risque de ne pas fournir les résultats escomptés. La population a, dès le début, lancé des
alertes sur le processus. Aucune de ces alertes n’a été prise en compte par le CPT. De même,
le processus électoral lancé avec la mise sur pied, dans les conditions plus haut décrites, du
Conseil Electoral Provisoire (CEP) stagnera, en raison notamment des irrégularités ayant
entaché le processus de désignation des repré[Link] des différents secteurs composant
ce CEP qui, dès lors, n’inspire aucune confiance.
117. Aucun plan de relance économique n’existe. Les programmes d’assistance sociale
soulèvent des questions quant à leur efficacité et leur capacité à toucher effectivement les
personnes dans le besoin. Les conditions de vie dans les sites de déplacé[Link] internes
renseignent sur le niveau d’extrême pauvreté dans laquelle patauge la population
haïtienne. La circulation des biens, des services et des personnes sur le territoire national
118. En conclusion, le CPT et son gouvernement symbolisent, depuis une année, un pouvoir
cupide et défaillant, un Etat en ruine. Le pays est dirigé dans une absence totale de
leadership, sans aucune orientation, sans vision et sans projet de société. Là où la
population haïtienne attendait des réformes, le CPT a offert une gestion mafieuse des
affaires de l’Etat. Face à l’espoir de la population d’un début de redressement institutionnel,
le CPT a aggravé l’effondrement des institutions étatiques et, aux victimes qui réclament
Protection et Justice, le CPT a imposé le silence, l’impunité et la prédation. Par-dessus tout,
dans aucune de ses actions, le CPT n’a pensé à protéger et à défendre les intérêts de l’Etat.
• La mise à l’écart des trois (3) conseillers présidents inculpés pour corruption ainsi que
des deux (2) observateurs qui ne font que recevoir sans raison aucune, émoluments et
avantages des deniers publics ;
• La réduction du train de vie de tous les membres du CPT, l’élimination des frais qu’ils
octroient à leur conjoint.e ainsi que tous frais créés par eux pour vider les caisses de
l’Etat à leur guise ;
• L’annulation de tous les voyages onéreux qui, en fait, ne rapportent rien au pays ;
• L’adoption de toutes mesures devant aboutir à la remise du pouvoir le 7 février 2026, peu
importe leurs réalisations.