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Les Empires Médiévaux d'Afrique de l'Ouest

Au Moyen Âge, l'Afrique de l'Ouest connaît l'émergence de puissants empires tels que le Ghana, le Mali et le Songhai, marqués par une prospérité économique et une richesse culturelle. Ces empires, influencés par l'Islam, se distinguent par leur organisation sociale, politique et économique, avec un commerce florissant et des structures de pouvoir complexes. Leurs contributions à l'histoire et à la civilisation de la région sont essentielles pour comprendre le développement de l'Afrique de l'Ouest.

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Les Empires Médiévaux d'Afrique de l'Ouest

Au Moyen Âge, l'Afrique de l'Ouest connaît l'émergence de puissants empires tels que le Ghana, le Mali et le Songhai, marqués par une prospérité économique et une richesse culturelle. Ces empires, influencés par l'Islam, se distinguent par leur organisation sociale, politique et économique, avec un commerce florissant et des structures de pouvoir complexes. Leurs contributions à l'histoire et à la civilisation de la région sont essentielles pour comprendre le développement de l'Afrique de l'Ouest.

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IntroductIon :

Au Moyen Âge, l’Afrique de l’Ouest connaît un développement remarquable sur les


plans économique, politique et culturel. De puissants empires tels que le Ghana, le
Mali et le Songhai émergent dans la région sahélienne, une zone charnière entre le
Sahara et les forêts soudanaises, s’étendant de l’Atlantique au lac Tchad. Tandis que
l’Europe traverse une période mouvementée, l’Afrique de l’Ouest vit une ère de
stabilité et de prospérité, marquée par l’essor d’empires influencés par l’Islam et
porteurs d’une civilisation originale.

Ces grands empires sont aujourd’hui incontournables dans l’étude de l’histoire de


l’Afrique de l’Ouest, et plus largement de l’Afrique. Dans cet exposé, nous allons
explorer leur organisation sociale, politique, économique, culturelle et religieuse.

I. cadre géographIque

Le terme « Sahel » provient de l’arabe Sahil, signifiant « rivage ». Situé au sud du Sahara, on
peut le considérer comme une sorte de bordure du grand désert. Cette région se compose de
collines et de steppes s’étendant entre le 12ᵉ et le 18ᵉ parallèle, depuis l’océan Atlantique
jusqu’au-delà du lac Tchad. En raison de la rareté et de l’irrégularité des précipitations, le
Sahel présente des conditions naturelles peu propices à l’agriculture, ce qui en fait avant tout
une zone tournée vers le [Link] le plan humain, le peuplement de cette région est très
ancien. Le Sahel se caractérise par un véritable « melting pot » ethnique, même si les Soninké
et les Mandingue y occupent une place dominante par rapport aux autres peuples.

II. Les grands empires et leur civilisation

1. L’empIre du ghana

L’Empire du Ghana, également connu sous le nom d’Empire Wagadou, est un État médiéval
d’Afrique de l’Ouest dont la fondation remonterait au VIᵉ siècle, avec une prospérité qui
s’étend jusqu’au XIIIᵉ siècle. Il s’est imposé comme un empire commercial majeur, rayonnant
à partir de sa capitale, Koumbi Saleh.

a) Organisation sociale et politique

Au sommet de l’État se trouvait le roi, désigné par plusieurs titres : « Kaya Maghan »,
signifiant « roi de l’or » en langue Ouakaré, et « Tounka », qui veut dire « Seigneur » ou «
Dieu ». Ses pouvoirs étaient vastes : il occupait notamment la fonction de juge suprême,
rendant la justice en fonction de l’appartenance religieuse. Ainsi, les sujets pratiquant les
religions traditionnelles étaient jugés selon la coutume, tandis que les musulmans étaient jugés
sur la base du [Link] société était organisée en clans. Le clan royal, les Tounkara, formait
avec trois autres clans l’aristocratie : les Souba (ou Magasouba), guerriers du roi ; les Kagoro,
qui composaient l’élite militaire ; et les Magassi, cavaliers formant la garde royale. Ces clans
nobles fournissaient au roi les hauts dignitaires et les principaux fonctionnaires de la cour.À la
cour royale se trouvaient le gouvernement et le grand conseil, composés à la fois de membres
de l’aristocratie locale, d’Arabes et de lettrés musulmans. À ce sujet, Al Bakri rapporte : « Le
roi choisissait ses interprètes parmi les musulmans, ainsi que son trésorier et la plupart de ses
ministres. » On trouvait également parmi les membres du gouvernement les fils des rois
vassaux, retenus comme otages à la [Link] succession au trône se faisait selon la ligne
maternelle, passant de l’oncle au neveu. Comme l’explique Al Bakri : « Telle est leur tradition
: le souverain ne peut être que le neveu du roi par la lignée maternelle, car on est toujours
certain d’être bien le neveu de son oncle maternel. »

b) Organisation économique culturelle et religieuse

L’activité économique de l’empire était particulièrement diversifiée. Dans la région


sahélienne, l’élevage prospérait : on y élevait bœufs, moutons, chèvres, chameaux et chevaux.
Au nord, autour des puits et des oasis, on produisait des dattes, tandis qu’au sud, plus humide,
on cultivait diverses céréales (mil, sorgho), mais aussi haricots, coton, ignames, henné,
légumes et noix de cola provenant des zones forestières.L’artisanat occupait également une
place essentielle : la caste des forgerons fournissait l’armée en armes, tandis que les tisserands
habillaient le roi et sa cour et produisaient des bandes de coton destinées au commerce.
Toutefois, le véritable pilier de l’économie restait le commerce. Grâce à sa position
géographique stratégique, l’empire du Ghana servait de carrefour commercial majeur : les
produits venus du Nord (tissus, cuivre, argent, dattes, figues et surtout les précieuses barres de
sel du Sahara) y étaient échangés contre les richesses des pays du Sud (plumes rares, ivoire,
esclaves, gomme arabique, bétail, céréales et surtout l’or).L’empereur tirait d’importants
revenus du commerce, notamment grâce aux impôts qui le taxaient. Selon Al Bakri : « Le roi
prélève un denier d’or sur chaque âne chargé de sel entrant dans le pays et deux deniers à la
sortie. Il perçoit cinq milhqâl de cuivre et dix par charge de marchandise. »

Sur le plan religieux, l’animisme était la religion officielle. Les habitants vénéraient
notamment le serpent Bida. Cependant, l’islam était toléré et pratiqué par de nombreux
étrangers venus du Maghreb ainsi que par certains autochtones. Kan Mer, fils de l’empereur
Bessi, s’était d’ailleurs converti à l’islam. Al Bakri rapporte que l’intendant du trésor était
systématiquement choisi parmi les musulmans, tout comme la plupart des ministres.

Les rapports sociaux reflétaient aussi ces différences religieuses : les animistes saluaient le roi
en s’agenouillant et en s’aspergeant la tête de poussière, tandis que les musulmans le saluaient
en frappant des mains. La capitale, Koumbi Saleh, était composée de deux quartiers distincts :
l’un animiste, l’autre musulman, ce dernier abritant pas moins de douze mosquées.

2. L’empIre du Mali :

L’Empire du Mali, également appelé Empire mandingue, était un État médiéval d’Afrique de
l’Ouest situé sur la route de l’Azalaï. Son économie reposait principalement sur le commerce
de l’or, du cuivre, du sel et des esclaves, dans le cadre de la traite orientale. Fondé au XIIIᵉ
siècle par Soundiata Keïta, il connut son apogée au XIVᵉ siècle. L’empire serait à l’origine de
la célèbre Charte du Manden. À son apogée, il s’étendait sur un vaste territoire englobant des
parties des actuels Mali, Sénégal, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Burkina Faso, Côte
d’Ivoire et Mauritanie.

a. Organisation sociale et politique :

La famille étendue constituait la base de l’organisation sociale dans l’empire du Mali. La


société était hiérarchisée en trois grands groupes : les nobles, les hommes libres et les
prisonniers. Politiquement, l’empire était organisé comme une confédération regroupant des
États tributaires et des [Link] provinces étaient administrées par des gouverneurs
appelés Farins ou Farba, tandis qu’un Vizir remplissait les fonctions de premier ministre.
L’empereur était épaulé par un conseil des anciens, composé de chefs militaires, civils et de
marabouts. Toutes les grandes décisions politiques et administratives étaient prises
collectivement au sein de ce conseil. Il n’existait pas de règle fixe pour la succession : parfois
le pouvoir passait au frère ou au fils du souverain défunt, mais il arrivait aussi qu’un guerrier
prestigieux accède au trô[Link] 1235, à Kouroukafouga, une Assemblée constitutive (le
Premier Grand Conseil de l’Empire) fut réunie après le renversement d’un roi Kanté par
Soundiata Keïta. Elle adopta un programme marquant, exprimé ainsi :« Que ceux qui font la
guerre fassent la guerre, que ceux qui font du commerce fassent du commerce, que ceux qui
pratiquent l’agriculture fassent de l’agriculture, ainsi le Mandé sera agréable à vivre. »

b. Organisation économique culturel et religieux :

L’Empire du Mali connut une grande prospérité grâce à l’exploitation de ses riches mines d’or
et de cuivre, ainsi qu’au commerce transsaharien florissant. Cette richesse favorisa l’essor de
plusieurs villes majeures comme Oualata, Tombouctou, Djenné et [Link] le plan culturel,
le pèlerinage à La Mecque joua un rôle déterminant. Il fut à l’origine de l’émergence d’une
civilisation arabo-malienne le long du fleuve Niger. Des lettrés, architectes, juristes et
marabouts ramenés du Proche-Orient s’installèrent à Niani, la capitale, ainsi qu’à
Tombouctou. C’est dans ce contexte qu’apparurent des centres d’apprentissage renommés,
notamment l’école de Sankoré, qui fit la réputation de Tombouctou aux XIVᵉ et XVᵉ
siè[Link] point de vue religieux, il n’existait pas de religion officielle. Bien que l’empereur
fût musulman, la majorité de la population restait attachée aux croyances animistes. Le peuple
percevait l’islam de l’empereur comme un signe de sa puissance magique, mais ce dernier ne
chercha jamais à convertir ses sujets. Par ailleurs, dans la société malienne médiévale, le
commerce des prisonniers capturés pendant les guerres constituait une source importante de
revenus.

3. L’empIre du SonghaI

L’Empire songhaï, ou empire des Songhaï, était un État précolonial d’Afrique de l’Ouest qui
prospéra entre 1464 et 1591. Issu de l’ancien empire de Gao, il s’affranchit de la domination
de l’empire du Mali grâce à la dynastie Sonni, notamment sous le règne de Sonni Ali Ber. À
son apogée, sous la dynastie Askia et surtout sous Askia Mohammed, l’empire s’étendait sur
des territoires correspondant aujourd’hui au Mali, au Niger et au Nigeria.

i. Organisation sociale et politique

Les Songhaïs sont un peuple vivant dans la vallée du fleuve Niger, principalement tourné vers
l’agriculture et l’artisanat. Ils constituent aujourd’hui l’un des groupes ethniques majeurs du
Mali, du Niger et du nord du Bénin. Ce peuple ancien d’Afrique de l’Ouest a donné naissance
à l’Empire songhaï, qui a connu un rayonnement exceptionnel à la fin du XVe et au début du
XVIe siècle.

Après la mort de Sonni Ali en 1492, l’Empire songhaï connaît un bouleversement dynastique :
son fils, Sonni Baro, est renversé dès 1493 par la faction pro-islamique de l’armée. Le pouvoir
est alors pris par Mohammed Touré (ou Mohammed Silla), qui adopte le titre d’Askia et
fonde la dynastie Askia. Il met en place une politique d’islamisation, s’entoure de lettrés
originaires de Tombouctou, et, une fois son autorité solidement établie, entreprend le
pèlerinage à La Mecque en 1496-1497.

Askia Mohammed se révèle être un grand organisateur et stratège. Il impose son autorité
jusqu’au Sénégal, affaiblit le Mali moribond, vainc les Peuls du Fouta-Toro, étend son
emprise vers l’est jusqu’au Dendi et au pays haoussa, bat les Touaregs et s’empare d’Agadès.
L’empire, immense, est structuré en quatre vice-royautés et plusieurs gouvernorats. Une
armée de métier, composée d’esclaves et de prisonniers de guerre, veille au maintien de
l’ordre, appuyée par une flottille opérant sur le Niger, véritable colonne vertébrale
économique et politique de l’[Link] renforcer l’économie, Askia Mohammed lance des
travaux d’irrigation le long du fleuve Niger et fait venir des jardiniers juifs du Touat. Il
uniformise les poids et mesures à l’échelle de l’empire. Les salines de Taghaza, sous son
contrôle, alimentent tout le Soudan en sel, et des commerçants venus de Tripoli s’installent à
Tombouctou et à Gao, stimulant les échanges.

Cependant, malgré cette organisation politique et économique élaborée, l’unité de l’empire


repose sur des campagnes militaires incessantes destinées à mater les révoltes aux confins.
Les expéditions d’Askia Mohammed sont souvent brutales, impliquant massacres et
déportations massives de populations réduites en esclavage. La cohésion de l’empire est
maintenue avant tout grâce à l’efficacité et à la puissance de son appareil militaire.

En 1529, affaibli par l’âge (86 ans) et presque aveugle, Askia Mohammed est renversé par son
fils Moussa. À sa mort en 1538, il laisse derrière lui un empire immense, mais fragilisé, qui
s’effondrera environ un demi-siècle plus tard.

ii. Organisation économique culturelle et religieuse

L’Empire songhaï connaît une prospérité rapide grâce au commerce transsaharien et à ses
ressources. Il exporte vers l’Afrique du Nord non seulement du sel et de l’or, mais aussi des
noix de kola, de l’ambre gris, de la gomme arabique, des peaux de léopards, des esclaves,
ainsi que des peaux d’hippopotames, travaillées pour fabriquer des boucliers réputés jusqu’au
Maroc. À noter que l’or qui fascine les Européens et les souverains marocains n’est pas extrait
directement du Songhaï, mais provient principalement, dès le XVIᵉ siècle, des mines situées
en pays akan. Comme l’empire du Mali avant lui, le Songhaï joue donc le rôle de plaque
tournante, redistribuant des biens qu’il ne produit pas lui-même : l’or vient des forêts au sud,
le sel des zones sahariennes au [Link] échange, l’empire reçoit du Maghreb des produits
manufacturés (bijoux, armes, étoffes, miroirs) ainsi que des produits agricoles comme le blé,
les dattes et les chevaux.À partir du milieu du XVIᵉ siècle, les tensions montent avec les
sultans saadiens du Maroc autour du contrôle des riches mines de sel du désert, en particulier
celle de Teghazza, annexée par les Saadiens en 1582 après son abandon par les [Link]
ville de Tombouctou, devenue dès le XIᵉ siècle un carrefour majeur du commerce
transsaharien après le déclin de l’empire du Ghana, s’impose comme la métropole
économique des empires du Mali et du Songhaï, mais aussi comme un centre religieux et
intellectuel majeur. On y érige de nombreux monuments en terre battue, dont les célèbres
mosquées Djingareyber (construite sous Kankan Moussa), Sidi Yaya et Sankoré. Lorsque
l’explorateur français René Caillié visite la ville en 1828, il n’en découvre plus que les
vestiges de sa splendeur médiévale. Le savoir et l’enseignement occupent une place
essentielle dans l’empire. Héritée du Mali, cette tradition intellectuelle est protégée et
développée par Askia Mohammed. Étudiants et savants viennent d’Égypte, du Maroc,
d’Andalousie ou encore d’Allada pour étudier les mathématiques, la grammaire et la
littérature à l’université Sankoré ou dans d’autres médersas. Les Askia s’entourent de lettrés :
de nombreux docteurs étrangers s’installent à Gao et Tombouctou, capitale culturelle de
l’empire, apportant avec eux les traditions académiques de Chinguetti, Djenné, La Mecque ou
encore du Caire, où l’université al-Azhar est alors le principal centre d’enseignement
islamique. Rapidement, les savants de Tombouctou développent leurs propres enseignements,
parfois critiques à l’égard des maîtres du Caire. La liberté d’enseigner est grande : il suffit de
posséder un diplôme pour ouvrir une école. Le prestige des enseignants se manifeste dans leur
tenue : boubou spécifique, turban blanc et longue canne à bout pointu. Un lettré comme
Ahmed Baba, exilé à Marrakech après la conquête marocaine, s’y distingue au début du XVIIᵉ
siècle par l’étendue de son savoir.L’arrivée au pouvoir des Askia marque cependant un
tournant rigoriste dans la politique religieuse de l’empire. Par exemple, l’influence d’al-
Maghili entraîne la destruction des communautés juives des oasis sahariennes, notamment
dans le Touat. Néanmoins, l’islam reste limité aux villes : le monde rural échappe largement à
cette influence, et les efforts des élites songhaï portent avant tout sur l’organisation de la
société urbaine commerçante. Ce n’est qu’après la chute de l’empire qu’une seconde vague
d’islamisation, rurale cette fois, s’amorce : au XVIIᵉ et au XVIIIᵉ siècle, les imams réfugiés
dans les campagnes y développent une islamisation des zones rurales.

Conclusion

Les civilisations du Soudan médiéval (Ghana, Mali, Songhaï) :L’étude des sociétés africaines
avant le XVe siècle révèle l’émergence, dès les premiers siècles, de plusieurs grands foyers de
civilisation à l’intérieur du continent. Bien que leur développement n’ait pas été uniforme, on
note une remarquable vitalité politique, marquée par une quête constante de meilleures formes
de vie communautaire et de gouvernement. Dans l’espace sahélien, entre le Sénégal et la
boucle du Niger, se sont succédé au Moyen Âge trois grands empires : le Ghana, le Mali et le
Songhaï. Cette région, habitée depuis des temps très anciens, a donné naissance à des
formations politiques d’envergure, à l’origine de vastes territoires et de brillantes civilisations
qui ont façonné l’histoire de l’Afrique occidentale.

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