1.
Introduction
En raison de la mise en réseau croissante de la so-
ciété actuelle, de la dépendance grandissante aux in-
frastructures critiques, de la forte concentration des
valeurs et de l’expansion démographique, les catas-
trophes et situations d’urgence causent des dom-
mages toujours plus importants. Il convient donc de ra-
mener la courbe des risques à un niveau supportable,
moyennant un procédé équilibré. Aussi les dangers
sont-ils systématiquement inventoriés, leurs risques
estimés et leur acceptabilité évaluée. Les risques
considérés comme inacceptables doivent être réduits
au moyen de mesures appropriées. Certains risques
résiduels sont, en revanche, acceptés comme tels.
La gestion intégrale des risques (GIR) est l’un des élé-
ments essentiels de nombre de documents de l’Of-
fice fédéral de la protection de la population (OFPP)
rédigés à titre d’aide à la planification axée sur les
risques 1. Cette approche, également traitée de fa-
çon similaire par d’autres offices fédéraux 2 ainsi que
par des cantons et des organisations 3, est décrite
en Suisse dans de nombreuses publications. Ces
dernières années toutefois, le terme de gestion in-
tégrale des risques a souvent été utilisé comme une
formule toute faite ne reflétant pas toujours sa véri-
table signification.
1 Tels, par exemple, l’aide-mémoire KATAPLAN et le guide d’uti-
lisation correspondant « KATAPLAN-Risk», ou encore l’analyse
nationale des dangers représentés par les catastrophes et si-
tuations d’urgence en Suisse
2 Par exemple, Office fédéral de l’environnement (OFEV), Direc-
tion du développement et de la coopération (DDC)
3 Par exemple, Plate-forme nationale « Dangers naturels» (PLANAT)
Souvent, la compréhension de la gestion intégrale des
risques se limite au cycle des mesures, tel que figuré
ci-contre. Or c’est ne pas apprécier à leur juste valeur
les autres significations – représentées de façon non
explicite dans l’illustration – de cette notion.
Le présent document explique les différents ni-
veaux d’interprétation du concept de gestion inté-
grale des risques. Ainsi, il souhaite contribuer à une
meilleure compréhension du sens et du contexte de
cette notion. Il s’adresse en premier lieu à tous les
responsables de la protection de la population en
charge de la maîtrise des catastrophes et des situa-
tions d’urgence (responsables politiques, membres
d’états-majors, responsables des organisations par-
tenaires et services spécialisés).
5Gestion intégrale des risques
2. Propos de la gestion
intégrale des risques
La gestion intégrale des risques vise, en principe,
à faire en sorte que les risques pour la population
et ses bases d’existence soient le plus faibles pos-
sible, c’est-à-dire encore acceptables. A ce stade
se posent toujours les mêmes questions: A partir
de quand la sécurité est-elle suffisante? Quelle dé-
pense doit-on consentir pour une mesure destinée
à augmenter la sécurité de la population et des
bases d’existence? Qu’est-on prêt à accepter en
cas d’événement? Il convient dès lors de planifier
des mesures de réduction des risques, issues d’une
approche globale, coordonnées entre elles et défi-
nies en fonction des risques. Le rapport coût / bé-
néfice revêt en l’occurrence une grande importance,
mais les principes de durabilité, l’acceptation, l’ap-
plicabilité, la fiabilité et les bases légales des me-
sures jouent également ici un rôle majeur.
La gestion intégrale des risques doit permettre d’at-
teindre un niveau optimal et comparable de la pré-
caution dans notre pays, sur le plan de la coopéra-
tion intercantonale et compte tenu des exigences
et prestations de la Confédération.
(Source : OFPP : Aide-mémoire KATAPLAN, 2013)
6 Gestion intégrale des risques
3. Eléments de la gestion
intégrale des risques
3.1 Notion de «gestion des risques»
En 2009, l’Organisation internationale de normalisa-
tion (International Organization for Standardization,
ISO) a publié la norme ISO 31000:2009 « Management
du risque – Principes et lignes directrices», de même
qu’un guide de terminologie relatif à la gestion des
risques (ISO Guide 73:2009) et des lignes directrices
pour l’application des techniques d’évaluation des
risques (ISO / IEC 31010:2009). Ces documents dé-
crivent la gestion des risques comme un processus
systématique (cf. illustration ci-dessus).
La notion de gestion des risques se définit comme
un processus systématique pour un traitement global
des risques 4. A cet égard sont considérées toutes les
mesures destinées à reconnaître, analyser, apprécier
et évaluer systématiquement les risques, ainsi que
les mesures visant à maîtriser, surveiller, contrôler et
échanger des informations sur les dangers et risques
pouvant avoir une incidence significative pour une
collectivité. La gestion des risques est un proces-
sus établi dans la société et l’économie. Selon le
contexte toutefois, elle est structurée et exploitée
différemment.
4 Le risque est une mesure servant à l’appréciation d’un danger
et comporte la fréquence, la probabilité d’occurrence et l’am-
pleur des dommages d’un événement indésirable. La gestion
des risques permet de comparer entre eux divers dangers pris
en considération dans le cadre de la protection de la population.
Contexte
Evaluation des risques
Identification des risques
Analyse des risques
Appréciation des risques
Maîtrise des risques
Communication et consultation
Surveillance et contrôle
(Processus GIR selon la norme ISO 31000)
7Gestion intégrale des risques
La gestion des risques comprend en principe les
points suivants:
1. Etablir le contexte,
autrement dit définir et délimiter les systèmes
2. Mener une évaluation des risques,
laquelle repose sur les étapes suivantes:
– Identifier les risques,
et établir une liste des dangers
– Analyser les risques
(établir et analyser des scénarios)
– Apprécier les risques
(estimer les scénarios en fonction
de la probabilité d’occurrence et de l’ampleur
des dommages)
Lors de l’évaluation des risques, la question
est de savoir si un risque est considéré comme
supportable et, partant, acceptable, ou comme
excessif et que la planification de mesures s’im-
pose pour le réduire.
3. Maîtriser les risques
(mesures de précaution, maîtrise,
rétablissement)
4. Communiquer et consulter
(échanger des informations et délibérer
avec les organes responsables déterminants et
les personnes concernées)
5. Surveiller et contrôler
(au sens d’un processus continu)
Dans les explications suivantes relatives à la gestion
intégrale des risques, ce processus fondamental de
gestion des risques selon la norme ISO 31000 est
entendu comme base.
3.2 Notion de
«gestion intégrale des risques»
Dans le prolongement du processus de gestion des
risques selon la norme ISO 31000 présenté ci-des-
sus, la notion de gestion intégrale de risques (GIR)
se rapporte – en matière de protection de la popula-
tion – à l’identification, à l’analyse et à l’appréciation
des risques en vue de l’évaluation et de la maîtrise
de ceux-ci. On parle de gestion intégrale de risques
lorsque sont remplies les conditions suivantes:
• Au sens d’une analyse intégrale des dangers,
tous les dangers et risques pertinents
pour une collectivité sont considérés.
• Au sens d’une appréciation et évaluation
intégrales des dangers et des risques,
ainsi que de l’efficacité des mesures,
des indicateurs de dommages différenciés
et les critères de durabilité écologique,
économique et sociale sont appliqués.
• Au sens d’une planification intégrale des
mesures, lors de la surveillance et du contrôle
des dangers et des risques, les mesures
issues de l’éventail complet des possibilités
disponibles dans les domaines de la
précaution, de la maîtrise et du rétablissement
sont considérées.
• Au sens d’une participation intégrale, toutes
les parties prenantes de la gestion des risques
(ci-après parties prenantes), tous les
spécialistes et autres personnes concernées
sont associés.
8 Gestion intégrale des risques
4. Analyse intégrale des
dangers et évaluation
intégrale des risques
4.1 But de l’analyse intégrale des dangers et
évaluation intégrale des risques
Le point de départ de la gestion intégrale des risques
pour la protection de la population et des bases
d’existence consiste à analyser les types de dangers
pouvant influer sur une collectivité de manière signi-
ficativement dommageable. La première étape dans
ce sens doit toujours être constituée par une analyse
des dangers, assortie d’une appréciation puis d’une
évaluation finale des risques.
4.2 Analyse intégrale des dangers
L’analyse des dangers répond à la question: Que
peut-il arriver?
Une analyse des dangers peut être désignée
comme telle lorsque tous les dangers possibles
pour la collectivité ou l’entreprise considérée sont
pris en compte dans la gestion des risques. Cela
signifie que chaque danger potentiel – qu’il résulte
d’influences naturelles, techniques ou sociétales –
est en principe pris en considération dans l’analyse
et qu’aucun danger n’en est a priori exclu. Pour les
questions relatives à la protection de la population,
la liste des dangers possibles 5 – libre d’accès – éta-
blie par l’OFPP constitue en l’occurrence une aide
précieuse. Cette liste recense à l’heure actuelle une
centaine de dangers possibles d’origine naturelle,
technique ou sociétale, illustrés par des exemples.
Elle peut être considérée comme complète, bien
que l’analyse puisse traiter encore d’autres dangers
de nature politico-militaire (p. ex. développements
politiques et économiques). Dans le cadre d’une
analyse intégrale des risques, il est en outre impé-
5 Liste des dangers possibles de l’OFPP: [Link] / Liste
des dangers
ratif d’envisager de nouveaux dangers découlant
d’éventuels développements futurs 6. C’est pour-
quoi il est recommandé d’associer toutes les par-
ties prenantes pertinentes et tous les spécialistes
dans le processus d’analyse des dangers (partici-
pation intégrale).
4.3 Appréciation et évaluation intégrales
des risques
L’appréciation et l’évaluation des risques répondent
à la question: Quel est le seuil acceptable?
Une gestion efficace des risques doit non seulement
se conformer à la liste des dangers possibles mais
également, dans une seconde phase, apprécier les
dangers en termes de risques et évaluer leur accep-
tabilité quant aux biens à protéger.
Une appréciation des risques peut être considérée
comme intégrale quand, d’une part, l’éventail des
événements ou développements possibles est adé-
quatement couvert par des scénarios appropriés et,
d’autre part, la fréquence, la probabilité d’occurrence
ainsi que l’ampleur des dommages de ces événe-
ments ou développements indésirables ont été dé-
terminées. L’estimation de l’étendue des dommages
doit s’appuyer sur des critères de durabilité écolo-
gique, économique et sociale, et ainsi représenter
les dommages aux personnes, à l’environnement,
à l’économie et à la société (biens à protéger) de la
manière la plus réaliste possible.
6 Voir à cet égard la publication «Trendanalyse Bevölk-
erungsschutz 2025» (EPF Zurich, 2014)