Insectes ravageurs du géranium rosat
Insectes ravageurs du géranium rosat
LES INSECTES
RAVAGEURS
Serge Q u i l ici - Bernard Verca m b re - C h ristophe Bon nemort
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LE GERAN I U M ROSAT A LA REUNION
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LES I NSE C T ES RA V A GEURS
seul le cirque de Mafate apparaît contaminé. La publié afin de réglementer les transports de
présence des vers blancs est observée depuis le récolte (cannes, fourrages, fruits et légumes,
littoral jusqu'en altitude (> 1 400 m). végétaux de pépinière, ... ), de terre, terreau, com
Au cours de la progression du ravageur, post, fumier ... , entre les zones infestées et les
les dommages se sont étendus à un grand autres.
nombre de cultures, les plus sensibles étant les D'autres mesures particulières ont été
plantations semi-pérennes ("géranium rosat", prises à partir de 1989 sur les aires aéro
prairies, fraisier, ananas, banane, piment, plantes p o r t u a i r e s r é g l e m e n t a n t les t r a n s p o r t s
ornementales, ... ), les cultures associées à la entre la Réunion et Maurice durant la période de
canne (haricot, arachide, ... ) ou encore celles qui ne vol des hannetons.
peuvent être entreprises en dehors de la période
Lutte physique
des dégâts (riz, pomme de terre, choux, ... ). Loca
lement, des plantes ligneuses au stade jeune Le hannetonnage (piégeage lumineux et
peuvent être attaquées. Quelques espèces ont un capture manuelle des adultes) est à encourager
effet répulsif, notamment le tabac et la tomate mais n'a pas l'action attendue, car la plupart des
après une période sensible d'environ 15 jours femelles pondent leurs œufs avant d'être pié
après la levée. gées. A ce niveau, la méthode la plus efficace
consisterait à prélever les couples posés sur les
L'incidence de la défoliation due aux
supports végétaux naturels en début de vol. En
adultes est négligeable et l'essentiel des dégâts est
commis par les larves sur les parties souterraines effet, la femelle ne peut pondre qu'après s'être
des plantes. Dans le cas du "géranium rosat", les accouplée.
dégâts les plus remarquables sont l'écorçage des Lutte agronomique
boutures à la plantation et la section des racines. Plusieurs pratiques agricoles peuvent limi
Ces dégâts affaiblissent les plantes et ouvrent des ter les dégâts dus aux vers blancs. Dans le cas du
voies de pénétration aux maladies. "géranium", elles concernent surtout le choix de
la date de plantation et les techniques de travail
1.4. Ennemis naturels du sol lié à sa couverture végétale.
Un certain nombre d'ennemis naturels ont Compte tenu de la période la plus dévasta
été recensés à la Réunion, aussi divers qu'araignées, trice des larves (voir figure 1 ), toute interruption
caméléons, crapauds, tangues, poules, chats, du cycle entre les mois de janvier et de mars par
chiens, fourmis, martins, ... Bien que leur effet soit un labour préalable à la plantation (supprimant
limité, il doit être préservé sinon encouragé. 50 à 80 % des populations) ou un sarclage entre
Des nématodes du genre Mermis ont été les lignes à 6-8 cm de profondeur après planta
observés sur les vers blancs dès 1981. Limités tion (supprimant 30 à 50 % des populations)
aux zones humides, ces longs vers blanchâtres peut apporter un contrôle significatif. Malheu
sont visibles dans le corps de la larve. Leur inci reusement, cette pratique est souvent à proscrire
dence est cependant très limitée (environ 1 %a). dans la zone des Hauts de l'Ouest, où la pente
moyenne des versants favorise l'érosion et le les
Les grégarines sont des protozoaires qui sivage des nutriments.
apparaissent comme des boules blanches dans
l'hémolymphe des vers blancs. Bien que leur Cette technique peut par contre être utile
propagation soit assurée par les adultes, leur ment remplacée, par un travail minimum (trou
présence est encore très localisée (Saint-Paul, le de plantation ou sillon étroit) associé à une cou
Port). Le taux d'infestation peut atteindre 15 à verture permanente du sol par une légumineuse
30 %. Ces grégarines semblent avoir un effet ou une graminée fourragère contrôlée à l'herbi
dépressif sur la production d' œufs par femelle cide et formant un "mulch vivant". En se répar
(moins 25 %). tissant sur le chevelu racinaire de l'ensemble des
plantes ainsi présentes sur le champ, la prise ali
Des bactéries ont été trouvées en grand mentaire des larves est moindre sur le "géra
nombre dans les bourses copulatrices des nium rosat". De cette façon, des tests ont montré
femelles, sans que l' on sache leur influence. une baisse de 37 % de la mortalité des plants,
alors que la production d'essence était multi
1.5. Méthodes de lutte pliée par trois (Dorée, 1990).
Mesures administratives Lutte chimique
Chaque année, un arrêté préfectoral est La dispersion des adultes sur les supports
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LE GERANIUM ROSAT A LA REUNION
alimentaires ou de ponte et leur activité noc Depuis 1983, dans le cadre d'opérations
turne rendent difficile la lutte chimique qui s'est conjointes IRAT-INRA-Université, il a été étudié
donc concentrée sur les larves. 35 organismes utiles dont 6 ont été introduits en
Sur les 12 matières activ�s testées en labo conditions naturelles. La liste de ces organismes
ratoire, 5 se révélèrent aussi très efficaces au est rapportée au tableau 3.
champ (lindane, chlorméphos, isazophos, éthro Parmi tous ces organismes, les champignons
pophos, chlorpyriphos-éthyl). Cette dernière est entomopathogènes se sont révélés les plus intéres
actuellement préconisée (Tableau 2) par le biais sants, notamment la souche de Beauveria qui se
d'une formulation granulée à relargage retard répand naturellement à partir des traitements
(Suxon Botanica®) protégeant encore le "géra ponctuels réalisés expérimentalement. Dans les
nium rosat" 3 ans après traitement à la planta essais, après une seule application initiale, la
tion des boutures (80 à 60 % de mortalité lar mycose provoque une mortalité de 50 à 80 % des
vaire). larves après un ou deux ans de présence.
Compte tenu du comportement des larves A ctuellement, il est projeté d'obtenir
et de la faible diffusion de l'insecticide autour du l'homologation d'un granulé biocide, renfermant
granulé, le Suxon ne doit pas être concentré au les propagules du champignon afin de réaliser
fond du sillon ou du trou de plantation, mais les traitements à un coût inférieur à celui d'un
réparti aussi uniformément que possible sur le traitement chimique et entraînant moins de
fond et les flancs de l'ouverture afin qu'au conséquences néfastes sur l'environnement.
rebouchage le produit se localise le long de la Lutte intégrée
bouture, empêchant ainsi l'écorçage (Basso-Bert,
1988 et 1990). Compte tenu du temps de latence néces
saire au développement épizootique du champi
Lutte biologique gnon (1 à 2 ans), des traitements mixtes Suxon
Bien qu'entreprise plus particulièrement (1 / 5 de la dose normale) + Beauveria sont expéri
sur canne à sucre, cette forme de lutte, mentés afin de réunir l'action de choc de l'insec
lorsqu'elle fonctionne, a l'avantage de s'étendre ticide et l'action à moyen terme du champignon
de proche en proche à l'ensemble des zones cul pour parvenir ainsi à une protection définitive
tivées. (essai sur canne à sucre pour le moment).
Tableau 2 : Traitement au Suxon conseillé contre H. marginalis sur "géraniu m rosat" à la plantation
Tableau 3 : Acclimatation et impact sur Hop/oche/us marginalis des organismes introduits à la Réunion
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LE S IN S E C T E S RA V A G E UR S
Les dégâts se caractérisent par un affaiblis Sur "géranium rosat", des études, effec
sement des plantes-hôtes, lié au prélèvement de tuées à Tan-Rouge (alt. 600 m) en 1986, ont mon
sève par les cochenilles. Dans le cas de fortes tré essentiellement la présence de L. lophantae et
pullulations, de véritables manchons continus Cybocephalus sp. C. politus peut aussi être rencon
peuvent encroûter les organes ligneux de l'hôte, tré régulièrement sur cette culture. Une seconde
et entraîner, dans les cas extrêmes, la mort de espèce de Cybocephalus a également été observée.
celui-ci. De plus à la Réunion, au moins trois
La nuisibilité de P. pentagona peut être très hyménoptères parasitoïdes primaires s'attaquent
importante. Ainsi vers la fin du siècle dernier, la aussi à la cochenille
cochenille a menacé sérieusement la sériciculture - Encarsia diaspidicola Silvestri (Aphelinidae),
italienne, en décimant les plantations de mûrier susceptible d'attaquer les deux sexes mais préfé
du nord de l'Italie et de la Toscane (Bala rentiellement les femelles,
chowsky, 1954). De même, elle se montre sou - Arrhenophagus chionaspidis A u r ivillius
vent nuisible sur pêcher, dans le midi de la (Encyrtidae), attaquant également les deux sexes
France et en Italie. avec une nette préférence pour les mâles,
A la Réunion, ses hôtes principaux sont le - Aphytis sp. (Aphel i n idae), observé très
pêcher, le "géranium rosat" (Pelargonium sp.), le rarement.
laurier-rose (Nerium oleander L . ), le papayer On rencontre aussi, assez rarement, un
(Carica papaya L.), les piments (Capsicum sp.), et A phelinidae hyperparasi te d' E . diaspidicola
une solanacée sauvage arbustive, le bringellier Marietta carnesi Howard.
marron (Solan um auriculatum Ait.). Largement L'étude effectuée sur "géranium rosat" à
répandue dans l'île, la cochenille est notamment Tan-Rouge en 1986 (Guyot et Quilici, 1987) a
présente dans toutes les zones de culture du montré que le parasitisme sur femelles était dû
pêcher et du "géranium rosat". Une enquête essentiellement à E . diaspidico/a, A. chionaspidis
menée en 1983 dans l'ensemble de la zone (Qui étant toujours trouvé en faible proportion, et
lici et Pasquin, non publié) a montré que des jamais au-delà du deuxième stade femelle.
pullulations importantes pouvaient se dévelop Durant l'hiver austral, le taux de parasitisme
per indépendamment de l'altitude. Lors des apparent sur femelles est généralement compris
tournées effectuées par le Service de la Protec entre 20 % et 30 % .
tion des Végétaux en 1985, les dégats de coche
Si o n considère les mâles, A. chionaspidis
nilles ont principalement été signalés à La Cha
domine nettement, bien qu'E. diaspidicola joue
loupe Saint-Leu.
également un rôle non négligeable. Le taux de
parasitisme apparent reste faible en juin-juillet
2.4. Ennemis naturels mais peut atteindre 40 % en mai, août et sep
De nombreux ennemis naturels de P. penta tembre. Signalons que sur pêcher, à des altitudes
gona, prédateurs ou parasitoïdes, ont été signalés plus élevées (Petite France, 1 250 m), le taux de
de par le monde. parasitisme sur mâles atteint parfois 100 % au
A la Réunion, Guyot et Quilici (1987) ont début de septembre.
recensé plusieurs prédateurs, appartenant sur La biologie de l'ensemble des ennemis
tout à deux familles de Coléoptères. naturels indigènes de P. pentagona a fait l'objet
depuis quelques années d'études de laboratoire
- Chi/acarus politus Mulsant, présent surtout (Goebel, 1987 ; Quilici et al., non publié.).
en altitude,
Famille des - Chilocorus nigritus Fabricius, présent sur le
Coccinellidae littoral,
- Lindorus lophantne Blaisdell, présent en 2.5. Méthodes de lutte
moyenne et basse altitude, Lutte chimique
- Sticholotis mndngnssn Weise et S. gomyi Cha
zeau, observées très rarement en basse alti Les références en termes de lutte chimique
tude. contre P. pentagona concernent surtout le pêcher.
- Cybocephnlus pu/lus Endrody-Younga et C.
Sur cette culture, en régions tempérées, deux
binotatus Grouvelle, présents sur le littoral, types de traitements peuvent être réalisés
Famille des - Cybocephnlus sp., présent en moyenne alti - des traitements avant débourrement,
Cybocephalidae tude, contre les femelles hivernantes,
- Cybocephnlus sp., (du groupe de C. politlts - des traitements de printemps, contre les
Gyll.) à des altitudes plus élevées. larves mobiles de la première génération.
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LES INSE C T E S RA V AGEURS
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LE GE R ANIUM R O SAT A LA R EUNION
des parcelles. A insi, lors du choix des boutures, tête de l'adulte est prolongée en avant par un
il importe de rejeter celles qui présentent des rostre et les antennes sont coudées et terminées
traces d'attaques de cochenilles. Bien qu'aucun en massue.
essai n'ait été mené dans ce sens, il devrait Le corps oblong est orné de soies ou de
d'ailleurs être intéressant d'envisager un trem squamules, d'allure et de coloration variables.
page rapide des boutures dans une solution Les ailes postérieures, protégées par les élytres,
insecticide (ex. Pacol à 2 %). Enfin la dissémina sont fonctionnelles.
tion des larves mobiles étant assurée essentielle Les adultes de la plus nuisible des espèces,
ment par le vent l'implantation préalable de Cratopus humeralis Boheman, ont une coloration
brise-vents bien orientés pourrait permettre de allant du gris au brun. Ils présentent un écusson
diminuer fortement les infestations. blanc marqué, ainsi qu'une bande de squamules
Même si elles peuvent servir de refuges claires sur les côtés du prothorax. Dans certains
aux ennemis naturels, la présence de plantes cas, notamment dans les Hauts, ils peuvent pré
hôtes alternatives de la cochenille à proximité senter des squamules aux couleurs métallisées.
immédiate des parcelles est à éviter. A insi, il est L'autre espèce observée sur "géranium
conseillé de détruire les pieds de bringellier mar rosat", Cratopus angustatus Boheman, ne présente
ron aux alentours des champs. pas de bande claire sur les côtés du prothorax.
En matière de lutte intégrée, des possibili Les adultes montrent souvent deux taches
tés intéressantes pourraient être offertes dans le blanches bien visibles sur les élytres.
futur par l'utilisation de la phéromone spéci Chez C. humeralis, l'essentiel des pontes a
fique de P. pentagona. Celle-ci pourrait être lieu la nuit. La fécondité moyenne journalière est
employée : de l'ordre de 20 œufs/femelle, avec un nombre
- pour déterminer les périodes de vol des moyen d'œufs par ponte variant de 10 à 120. La
mâles, ce qui permettrait de déduire les périodes période de ponte peut dépasser 1 mois, et l'espé
probables d'apparition des larves mobiles, et/ou rance de vie des adultes est d'environ 3 mois.
d'intervenir chimiquement contre les mâles ; L'éclosion des œufs est fonction de la tempéra
- pour évaluer les possibilités de lutte par ture ; à 28-30 °C elle intervient 2 à 3 jours après
piégeage sexuel de masse (visant à détruire une la ponte (Langlois, 199n mais environ 2 jours
large proportion des mâles, indispensables à la plus tard à 25 °C (Gomblaud, 1990). L'ensemble
ponte) ou par confusion sexuelle (visant à empê du développement préimaginal dure à peu près
cher la rencontre des deux sexes). 6 semaines, dont une semaine à 10 jours pour la
nymphose (Langlois, 1991).
L'activité de l'insecte est principalement
nocturne. Les adultes sont capables de voler,
quoique lourdement et ils se laisseront plutôt
3 - CRATOPUS SPP.
tomber au sol s'ils sont dérangés. Leur compor
tement est nettement grégaire, et résulte sans
3.1. P osition systématique doute de stimuli chimiques ; c'est la raison pour
laquelle, au niveau d'une parcelle, la répartition
des dégâts est souvent très hétérogène.
Ordre Coleoptera
Sous-ordre PoliJpha�a
3.3. Distribution, plantes hôtes, dégâts
Super-famille Curculionoidea
Le genre Cratopus comprend 65 espèces
Famille Curculionidae réparties entre les Seychelles, les Comores,
Sous-famille Brach11derinae Madagascar et surtout les Mascareignes. La
Tribu Cratopini Réunion compte 32 espèces, dont 16 endémiques
Petit taon de l'île (Richard, 1957 ; Vinson, 1967).
Nom commun
Beaucoup de ces espèces sont rares et n'ont
été trouvées que dans les Hauts . Seules
3.2. Description et biologie quelques-unes sont répandues dans les zones de
Les Cratopus adultes possèdent une paire basse altitude et un petit nombre présente une
d'ailes antérieures très dures, sclérifiées, trans importance agronomique. C. humeralis est de
formées en él ytres, et des pièces buccales loin l'espèce la plus répandue. On la rencontre
broyeuses. Comme chez tous les charançons, la dans presque toutes les zones cultivées de l'île,
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LES INSE C T E S R A V A GEURS
notamment du côté sous le vent, aussi bien en cette évolution soit liée à celle de la pluviomé
zone littorale que dans les Hauts. Elle ne semble trie.
absente que des zones les plus humides de l'Est.
C. angustatus, au contraire, semble montrer 3.4. Ennemis naturels
une préférence pour les zones plus humides : on le Les ennemis naturels des Cratopus n'ont
retrouve dans les Hauts de l'Ouest, du Sud ou du pas encore fait l'objet d'une étude particulière à
Nord, ainsi que dans l'Est, à différentes altitudes. la Réunion. D'après les enquêtes effectuées, et
Ces deux espèces sont donc présentes dans les discussions avec des agriculteurs, il apparaît
l'ensemble de la zone de culture du "géranium que les adultes peuvent être victimes de divers
rosat". prédateurs : les pintades, les crapauds (Bufo gut
Les dégâts aux cultures sont essentielle turalis) ou les fourmis.
ment causés par les adultes, qui provoquent des
défoliations parfois importantes. Les attaques 3.5. Méthodes de lutte
sont caractéristiques, et consistent en de pro
fondes échancrures dans le limbe des feuilles, Lutte chimique
donnant à celles-ci un aspect dentelé. Bien Aucune catégorie d'homologation n' exis
qu'elles soient parfois spectaculaires, l'incidence tant actuellement sur "géranium rosat", les pré
de ces attaques sur le rendement des cultures conisations dans ce domaine s'avèrent extrême
concernées n'a pas encore été déterminée. ment délicates, d'autant que peu d'essais ont été
L'espèce principale, C. humeralis, est très réalisés à la Réunion.
polyphage. On la rencontre sur le "géranium Pour l'instant, on dispose surtout de réfé
rosat", mais aussi sur de nombreuses espèces rences sur arbres fruitiers et agrumes sur les
fruitières (agrumes, rosacées fruitières, bibassier, quels les Cratopus font aussi des dégâts impor
avocatier, letchi, fraisier...), maraîchères (pomme tants.
de terre, aubergine), ou forestières (eucalyptus, Sur ces cultures, les matières actives les
filaos), ainsi que sur de nombreuses plantes sau plus couramment préconisées et utilisées à la
vages (bringellier marron, goyavier, galabert...). Réunion sont :
Les dégâts les plus importants sont obser - méthomyl ( L annate) à la dose de
vés entre 600 et 800 m d'altitude, à l'interface 400 g/ha,
entre la zone de culture de la canne à sucre et - diméthoate (nombreuses spécialités dont
celle du géranium. Il est probable que les Perfekthion, Rogor, Daphène Fort, Callidim 50,
champs de canne constituent un milieu favo Dimethugec, Daphène) à la dose de 600 g/ha,
rable au développement larvaire et que leur - endosulfan (Technufan, Chimacendo) à la
proximité contribue à augmenter les infestations dose de 612,5 g/ha,
(Langlois, 1991). - deltaméthrine (Decis, Decis flo, Kothrine)
Malheureusement, la biologie des larves à la dose de 7,5 g/ha.
est très mal connue. Elles vivent dans le sol, et Sur "géranium rosat", seule la deltamé
ont été observées, parfois en abondance, au pied thrine est normalement autorisée, même si les
de touffes de ca nne à sucre, ou signalées au pratiques courantes sont plus à l'utilisation de
niveau des racines de certaines plantes (ex. : frai produits à base de méthomyl, de diméthoate ou
sier). Toutefois, ces larves ne semblent respon d'endosulfan.
sables d'aucun dégât notable sauf ponctuelle Des essais engagés en 1991 par le Service
ment, sur fraisier. On les observe plutôt dans des de la Protection des Végétaux ont permis de
sols légèrement humides et contenant de nom vérifier pour trois produits l'absence de phyto
breux débris végétaux. toxicité aux doses préconisées sur arbres fruitiers
En cultures fruitières, l'importance des (diméthoate, endosulfan, cyperméthrine). Ces
dégâts semble également liée à divers autres fac essais, à 1 000 1 de bouillie/ha, ont aussi montré
teurs (Langlois, 1991), comme l'efficacité au champ, en conditions satisfaisantes
- la présence d'un enherbement important, d'infestation (plus de 4 Cra top u s / pied en
- l'abondance de jeunes pousses très attrac- moyenne avec 70 % des feuilles attaquées), de
tives pour les adultes, produits à base de diméthoate (600 g/ha, effet
- la saison : le nombre des adultes aug choc et persistance d'a ction), et, dans une
mente généralen,ent pendant l' été austral, en moindre mesure, de cyperméthrine (50 g/ha,
particulier dans les Hauts. Il est probable que effet choc).
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L E GERANIUM RO S AT A LA REUNION
l'Ouest et du cirque de Cilaos. Lors des tournées lâchers d' E. formosa sont effectués précocement
effectuées par le Service de la Protection des et en quantité suffisante (de l'ordre de 10-20
Végétaux en 1985, les attaques d'aleurodes ont parasites / m 2 ) , sur de faibles populations
surtout été observées au Guillaume Saint-Paul et d'aleurodes en début de culture (Caudal & al.,
au Tampon. 1985) . Toutefois, selon la plante-hôte et les
En Europe, l'aleurode se montre nuisible à conditions expérimentales, l'efficacité du para
de nombreuses espèces de serre, notamment des site varie.
cultures légumières (tomate, concombre, melon, On a longtemps considéré qu'une tempé
aubergine... ) ou ornementales (fuschia, pelargo rature moyenne minimale de 18 °C était néces
nium, azalée... ). Il est également susceptible de saire pour une bonne efficacité d' E. formosa
s'attaquer à diverses cultures de plein champ : (Caudal & al., 1985). Toutefois Van Lenteren et
haricot, tabac... (ACTA, 1979). Au total, il peut se Hulspals-Jordaan (1987) ont montré que, même
développer sur des plantes-hôtes appartenant à à des températures relativement basses, le taux
249 genres (Russel, 1977). d'accroissement du parasite est supérieur à celui
A la Réunion, il a été récolté sur le "géra de son hôte et qu'il peut s'avérer efficace en lutte
nium rosat", mais aussi sur diverses plantes biologique. Par ailleurs, la pilosité de la plante
hôte peut considérablement limiter l'efficacité
hôtes : cucurbitacées, tomate, haricot, hibiscus .. .
du parasite (Van Lenteren & al., 1987).
(Russell & Etienne, 1985).
A la Réunion, E. fonnosa a été introduit par
Les dégâts directs se traduisent par l'affai
J. Etienne en 1977, ainsi qu' Encarsia tricolor
blissement de la plante, suite au prélèvement de Foerster. Seule la première espèce a été retrouvée
sève. Mais la nuisibilité de l'insecte est surtout en 1980 à Colimaçons (Russel & Etienne, 1985)
liée au développement de fumagine sur l'abon puis en 1984 à La Chaloupe St-Leu.
dant miellat excrété par les larves.
En Europe, divers travaux ont aussi été
consacrés à d'autres entomophages ou à des
4.4. Méthodes de lutte entomopathogènes. Ainsi, des résultats promet
Lutte biologique teurs ont été obtenus avec le champignon
Aschersonia aleyrodis (Fransen, 1987).
En Europe notamment, de très nombreux
travaux ont été consacrés à l'utilisation en lutte Lutte chimique
biologique sous serre d'un parasitoïde larvaire : Dans les cas où la lutte biologique se
Encarsia formosa Cahan (Aphelinidae) (Onillon & révèle insuffisamment efficace, différents types
al., 1980 ; Caudal & al., 1985 ; Van Lenteren, de traitements insecticides ont été préconisés
1987). En 1985, l'utilisation de cet auxiliaire était contre l'aleurode sur les cultures attaquées. En
effective dans 20 pays, et concernait au total 1 700 l'absence d'expérimentations et d'homologa
hectares de serres (Van Lenteren & Hulspals tions spécifiques sur "géranium rosat", nous
Jordaan, 1987). résumerons ici à titre d'indication, les traite
Ce minuscule hyménoptère d'environ ments utilisés sur d'autres cultures.
1 mm de long, de coloration jaune et noire, est Ainsi, en serre, des traitements peuvent
susceptible d'avoir une action prédatrice sur les être réalisés par fumigation (dichlorvos, sulfo
larves de T. vaporariorum et surtout de parasiter tep, naled). En cultures florales, les traitements
les stades L2, L3 et L4 (notamment ces deux der font souvent appel à des insecticides systé
niers). Lorsque la larve d'Encarsia se transforme miques, en granulés (aldicarbe) ou en pulvérisa
en nymphe, 10 à 13 jours après la ponte, les tion (azinphos, oxydemeton-methyl...), afin de
larves d'aleurode parasitées prennent une colo détruire les adultes et les larves (ACTA, 1979).
ration noire (stade pupe noire) qui permet de les En culture maraîchère par contre, les inter
repérer facilement. L'adulte du parasite émerge ventions sont souvent dirigées contre les adultes.
en forant un trou circulaire dans la pupe de son Il importe de repérer ceux-ci dès leur appari
hôte. La durée du développement préimaginal tion : on peut par exemple secouer légèrement
du parasite, inférieure à celle de l'aleurode, est les plantes pour faire envoler les adultes, ou
de 23 jours à 22 °C. encore utiliser des pièges à glu jaunes (panneaux
En France métropolitaine, de nombreux SOVEURODE, d'emploi fréquent en serre).
essais ont été effectués en serres sur cultures On procède alors généralement à trois
maraîchères. Ils permettent d'obtenir de bons applications (à J, J+4 et J+10), à l'aide des pro
résultats sur diverses plantes-hôtes lorsque les duits suivants :
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LE GERANIUM ROSAT A L A REUNION
- bioresméthrine (6 g m.a . / hl), qui peut efficace sur T. vaporariorum. Il a reçu récemment
être utilisée jusqu'à la récolte, une autorisation de vente sur les cultures maraî
- cyperméthrine (5 g m . a . / hl), utilisable chères.
jusqu'à 7 jours avant récolte, Dans tous les cas, il est bien sûr conseillé
- deltaméthrine (1.25 g m.a./hl), dont la d' alterner les matières actives utilisées. Par
persistance d'action est importante. ailleurs, les adultes d' aleurode étant souvent
La bioresméthrine présente l' avantage regroupés sur le haut des pla ntes, on peut
d ' ê tre peu tox i q u e pour les pupes d' E . s'efforcer de localiser l'intervention à ce niveau
formosa. Par ailleurs u n fongicide, le manèbe, afin de ménager les parasites.
possède une bonne efficacité vis-à-vis de Enfin, il faut rappeler que la présence
l'aleurode. d'adventices sur les parcelles ou à proximité de
Parmi les régulateurs de croissance, un celles-ci doit être évitée, car elle constitue un fac
produit récent très intéressant, la buprofézine teur favorable au maintien des populations
(P.C Applaud FL, dose : 30 g /hl) se montre très d'aleurodes.
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