Fruits d'Outre-Mer - Yol .
5, n o 1, 1950 - 13
L'UTILISATION DES "ATTRACTIFS "
ET DES "RÉPULSIFS "
POUR LA LUTTE CONTRE LES INSECTES NUISIBLE S
par R. CHAUVIN
DIRECTEUR DE RECHERCHE S
A L ' INSTITUT NATIONAL DE LA RECHERCHE AGRONOMIQU E
et J. CUILLÉ
INGÉNIEUR LA .N ., DOCTELR ÈS-SCIENCE S
De très longue date, on tenta d'utiliser à des fin s ci-après, il existe peu de cas où le piégeage soit utili-
agricoles les pièges à Insectes déjà employés ave c sable dans la pratique agricole .
succès pour des usages domestiques : c'est ainsi qu e
les gobe-mouches furent préconisés pour lutter contr e
LES ATTRACTIFS CHIMIQUE S
les mouches des fruits [1], l'Eudemis, la Conchylis ,
etc . . . Toutefois les études théoriques précises qu i On appelle attractif tout corps chimique qui est à
eussent permis une utilisation rationnelle de c e
l'origine de stimuli déterminant de la part de l'insect e
procédé de lutte sont encore à leur début et, à
une réponse positive orientée (DETHIER [2]), il s'agi t
part quelques_,_ exemples précis que nous citeron s donc là d'une orientation secondaire (FRAENKEL e t
GL'NN 13]), comportant une orientation, plus ou moin s
nette selon l'intensité des stimuli et un déplacemen t
orienté (taxie) .
La plupart des chimiotaxies sont provoquées pa r
des substances odorantes contenues dans les végétau x
(huiles essentielles), par des substances émises pa r
l'insecte lui-même (attraction sexuelle) ou par de s
substances chimiques de synthèse .
Les substances chimiques déterminant une chimio-
taxie sont perçues par les organes sensoriels d e
l'olfaction, d'où le nom de chimiotropisme olfactif qu e
l'on peut donner à ce tropisme .
Ainsi la première catégorie des attractifs à envisage r
pour les usages agricoles est donc celle des attractifs
olfactifs ou substances odorantes pour l'insecte, e t
déterminant l'attraction à distance ; niais le sen s
chimique des insectes perçoit, outre les substance s
odorantes, d'autres substances chimiques selon u n
processus voisin de celui de la gustation de s
mammifères .
Or, comme l'ont montré DETHIER et CHADWICK [4] ,
il est particulièrement difficile de distinguer che z
l'insecte le goût de l'odorat . Ces auteurs proposèren t
donc la classification suivante :
Le sens de l'olfaction par lequel sont perçues le s
Fig. 1 . - Piège traité avec le carbonate d'ammonium pour l e
capture de Rizagoletis pwnmlella Gress . (D ' après V .G . DETrUIER) . odeurs .
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Les « chemoreceptions » d'ailleurs retrouvé un comportement analogue à propo s
de contact, correspon- (lu Charançon (lu Bananier : chez ce calandride, e n
dant à ce que l' on appe- effet, le repérage par contact est l'élément le plu s
lait improprement le chi- important pour le choix du matériel frais alors que l e
miotropisme gustatif, et chimiotropisme olfactif rend compte de la fort e
renfermant toutes le s attractivité du matériel végétal fermenté .
réactions vis-à-vis de Parmi les différentes catégories d'attractifs o n
substances chimique s distingue selon leurs significations :
non odorantes mais per- Les attractifs alimentaires .
çues par l'insecte à l a Les attractifs de ponte .
suite d'un contact d'un e Les attractifs sexuels .
partie de son corps (an- On conçoit tout l'intérêt que peut comporter ce s
tenne, pièces buccales , données pour la protection du végétal : en effet, s'i l
tarses, ovipositeur) . est possible d'inhiber la ponte de la femelle sur te l
Cette dernière caté- ou tel matériel, ou de contrarier l'alimentation d e
gorie (le perception s l'adulte, le résultat final sera le même que la des-
chimiques peut avoir , truction d'un grand nombre d'insectes par l'emplo i
une grande influence su r d'un insecticide .
le comportement d e
l'insecte vis-à-vis du vé- LES RÉPULSIF S
gétal ; l'un de nous, e n
Fig . 2 . - Piège à Poplllia japo- De même que pour les attractifs, on pourrait dis-
nica dans lequel la bouteille conte- effet, à. montré que l e tinguer des répulsifs olfactifs et des répulsifs pa r
nant l'extractif est protégé pa r Charançon du Bananier
un cône métallique . contact . Tout corps déterminant une fuite (orientée o u
(1)'après V .G . DETHIEI) . (Cosmopolites sordictu s
non) de la part de l ' insecte ou rendant un matériel inac -
Germ .) (1), dans certain s ceptable par l'insecte peut donc être considéré comm e
cas, repérait le végétal dont il s'alimente et su r répulsif . Les répulsifs peuvent être (les corps chimique s
lequel il pond., uniquement par des perceptions d e de synthèse ou (les corps contenus dans la plante ;
contact . la présence de répulsif s
Il apparaît donc, que ces cieux aspects de s dans certaines espèce s Fig . 3 . - Piège utilisé pour
perceptions chimiques doivent être envisagés lors d e végétales, expliquen t Pontifia japonica (la partie supé-
rieur est déplacée pour montre r
l'utilisation des produits chimiques pour lutter contr e leur immunité vis-à-vi s le cheminement du courant d'air) .
les insectes nuisibles . En effet, pour la confection d e (D'après Y .G . DJ-CinER) .
(les attaques des insecte s ""_...-4
pièges empoisonnés, il ne faut pas négliger le compor- nuisibles, c'est, entre
tement de l'insecte à proximité immédiate de l'appât : autre, les cas (lu maï s
il se peut que l'insecte parvenu au contact de l'appâ t amer vis-à-vis des Cri-
ou du végétal, par suite (l'une attraction olfactive , quets et du Melia azeta-
ne s'y fixe pas pour avoir perçu au contact ou à rach aussi (Fig . 6) .
proximité immédiate une substance répulsive . Mais il faut cependant
Cette distinction entre attractifs de contact et à indiquer qu ' entre attrac-
distance revêt une importance considérable pour la tifs et répulsifs, il n ' exist e
recherche du mécanisme (le l'attaque du végétal pa r pas toujours une diffé-
le ravageur . Il est, en effet indispensable de savoir , rence très nette, certain s
avant d'entreprendre la destruction d'une espèce nui- corps en effet, son t
sible, quels sont les modalités de l'attaque et sou s attractifs ou indifférent s
l'influence de quels excitations ou stimuli elle s e à certaines concentra-
produit [5j . tions, et répulsifs à
Des Recherches (le RAUCOUnT et 'I'nouvla.o'r [6j, de d'autres, c'est le cas pa r
Cll u:vIN 17] sur la substance attractive pour le s exemple pour Drosophila
larves de Doryphore contenues dans les feuilles d e à l'égard de l'alcoo l
Solanées, il semble que le principe soit actif pa r éthylique et de l'acid e
contact ; alors que les expériences de Mc INDOO (in acétique .
DETHIER) montrèrent que le Doryphore était USAGE S
également attiré par les feuilles de pomme (le terr e DES ATTRACTIF S
selon un chimiotropisme olfactif . Cet exemple montr e
Il est des cas ou l'uti-
les deux aspects du chimisme de l'insecte . Nous avon s
lisation d'insecticides es t
(1) ,l . Crn .t.r : Travaux en cours de publication . particulièrement matai -
Fruits d'Outre-Mer - Vol . 5, n e 1, 1950 - 15
sée, voire même impossible, soit que le stade nuisibl e que des mélanges de ces divers constituants se mon -
de l'insecte se déroule à l'intérieur du sol ou d u traient plus attractifs que chaque élément pri s
végétal et que la femelle ne se trouve sur la plant e séparément .
qu'un temps très court suffisant à la ponte, soit qu e
Contre le carpocapse des attractifs du typ e
le ravageur soit résistant aux insecticides connus ,
« alimentaire » furent utilisés avec succès, ce sont de s
le piégeage peut alors être envisagé .
produits rie fermentation ries sucres . Dans les différente s
Gomme premier exemple de piégeage pratiqué su r
formules proposées les constituants principaux son t
une grande échelle, nous devons citer celui du Cha-
les suivants : sirop de sucre ou mélasses, anéthole ,
rançon du Bananier (Cosmopolites sordidus) : pou r
sulfate de nicotine, acide valérique . Des mélange s
lutter contre cet insecte, en effet, le seul procédé d e
furent également faits avec de la gomme arabique ,
lutte efficace consiste en cette pratique . La larve d e
du sirop de sucre de canne, de la sciure de bois et d e
C . sordidus se développe à l'intérieur du rhizome du
l'eau : le mélange est étendu sur du papier qui es t
Bananier, y occasionnant de graves déprédations ,
suspendu au-dessus du récipient contenant de l'ea u
l'adulte lucifuge et ne présentant qu'un activit é
qu'on utilise également avec les solutions attractives .
nocturne, vit dans les débris végétaux abandonnés su r
Dans la lutte contre Grapholitha molesta on utilis e
le sol, ou dans le sol au contact du rhizome du Bananier ;
également les produits de fermentation des sucre s
l'emploi de produits toxiques est clone pratiquemen t
additionnés d'huile d'anis, d'acétate terpenique e t
impossible, par épandage direct ; le piégeage préconis é de goudron ; le safrol, l'acide oléique, le linalol e t
par JEPSON [8] a été, par contre, utilisé avec succè s
l'acide linolique sont également de bons attractifs .
depuis le début du siècle . On utilise comme pièges ,
Parmi les attractifs utilisés contre Proloparce sext o
des fragments de pseudo-troncs débités après l a
(Ver du tabac) nous pouvons citer l'acétate d'amyle ,
récolte du régime ; ces « pièges » se décomposan t le benzoate de benzyle, le benzoate de isoamyle et l e
donnent lieu à la formation d'alcool éthylique, parti-
salicylate d'isoamvle .
culièrement attractif pour le charançon . Le ramassag e
des insectes attirés par les pièges réduit dans un e Les mouches des fruits posent tut problème d' un e
très forte proportion la pullulaltion . C'est par millier s importance mondiale, et d'une grande difficulté . Le s
que l'on capture les charançons : FROGGATT [9] indique , essais de lutte avec les insecticides n'ont, en effet ,
en effet, que par le piégeage, 5 .000 charançons furent pas donné de résultats satisfaisants, il en est de mêm e
capturés sur près d'un ha de plantation en un jour . des tentatives de lutte biologique bien que très pro -
Nous avons évalué, en Guinée, à 1 .000 individus pa r metteuses . On petit donc envisager l'utilisation de s
hectare, la récolte jour nalière de charançons . attractifs .
Dans sa revue sur les attractifs et répulsifs DE'rHIE R On a utilisé avec succès comme attractifs pou r
12] cite d'autres exemples de l'utilisation de ce s Daces, Chaetodacus, Ceratitis, Anastrepha, et Rhagoleti s
produits pour la lutte contre les ennemis des cultures : des solutions à basses concentrations d'ammoniaque
Ce sont, en premier lieu, les pièges attractifs utilisé s produit lors de l'hydrolyse par un alcali (la soude) de s
pour la lutte contre Popillia japonica . Le princip e protéines telles que la caséine, la gélatine, le sang, l a
de ces pièges est basé sur l'attractivité des huile s levure, le blanc d'eeuf, etc . . . (Fig . 1) .
essentielles de citronelle, d'eugénol et de géraniol . I l
Contre les moustiques le gaz carbonique fut utilis é
fut d'ailleurs montré à ce sujet par plusieurs auteur s
à New-Jersey .
Comme autres applications, nous pouvons citer
avec DETnDnm, les pièges à base de vinaigre ou le s
sirops de sucre de fruit en fermentation pour Ephesti a
kiihniella Zell ., E . elutella Hb ., E . eau/dia Wlic . ,
Plodia interpunctella Flb . et Corcyra cephaloniccr
Staint . les vinaigres et mélasses contre Caenurgi a
erechlea. Des pièges à base de benzaldéhyde ou d'aniso -
aldéhyde sont actifs pour les Thrips .
La plupart de ces attractifs sont . placés clans de s
dispositifs métalliques, voir Fig . 2 à 4 .
EFFICACITÉ DU PIÉGEAG E
USAGES DES ATTRACTIF S
Fig. 4. - La valeur de l ' angle au sommet de l ' entonnoir du piège Outre le cas du Charançon du Bananier que nou s
à Popillia japonica est un facteur influent sur le rendement d u avons déjà cité, et qui n'est pas à proprement parle r
piégeage . De gauche à droite (60°, 45° et 80°) .
(D'après V .G . DEriui ;a). un piégeage artificiel, on considère généralement que
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l'efficacité du piégeage n'est pas suffisante pour qu e japonica, ainsi que la phénothiazine et le tétra-
ces procédés soient utilisés clans la pratique courante . méthylthiurane disulfile qui est également répulsi f
De plus, certains auteurs ont affirmé que la présenc e pour le Doryphore ; les pontes de Grapholillla molest a
de pièges clans une partie d'une plantation attirai t sont réduites de 50°0' par l'usage du furfu•ol, d u
les individus des parcelles avoisinantes (Van LEEUVE N sulfite d'ammonium ou d'acétate d'amyle .
in DETHIER) . Par contre, ALEXANDER et CARLSO N Dans l'usage des répulsifs le solvant utilisé a un e
(in DETHIEn) montrèrent avec Carpocapse qu e très grande importance . En effet il a été montré, qu e
l'attractif n'exerçait pas une action à grande distance ,
de plus, les expériences comparant le piégeage méca-
nique (filet tournant) et les pièges attractifs sur de s
populations marquées et libérées artificiellement ,
montrèrent que les pièges n'encourageaient pas l'immi-
gration des insectes .
Les expériences de YOTHEBS et de BOBB (in DETI-IIEB )
montrèrent que la présence de pièges dans des culture s
déjà traîtées avec des insecticides réduisaient le s
dommages causés par l'insecte dans une proportio n
importante . Dans une première série d'expériences o n
constatait que 12 à 16 °,o de fruits en moins était
attaqué clans les parcelles piégées . Dans d'autres essais ,
on a pu montrer que le piégeage réduisait clans l a
proportion de 1 à 6 les populations d'insectes de s
parcelles piégées par rapport aux parcelles simplemen t
traitées avec les insecticides . Ces ex mples avec celu i
de Popillia japonica, montrent l'efficacité du piégeage .
L'étude des attractifs présente donc un grand intérê t
pratique . Malgré sa grande difficulté technique, i l
faut dans l'avenir rechercher des substances attractive s
destinées surtout aux femelles, avant la ponte .
USAGES DES RÉPULSIF S
Les quelques notions sur les chimiotropismes qu e
nous avons rappelées ci-avant, montrent que l'attaqu e
du végétal par l'insecte est dans bien des cas sous l a ti.e y
dépendance de déterminismes chimiques : les attractif s
alimentaires et les attractifs de ponte étant le plu s Fig . 5 . - Méthode du collier pour introduire des substance s
chimiques sur un végétal vivant.
souvent responsables des dépréciations . Même clan s (Photographie communiquée par V .G . DETnmh) .
les cas ou le déterminisme de la ponte est en grand e
partie du à d'autres stimuli (forme, couleur, textur e
physique) l'usage de répulsifs peut contribuer à écarte r le phtalate diméthyle était 10 fois plus répulsif pou r
l'insecte du végétal . Aedes Egypti en solution dans l'alcool hexylique qu e
Peu de réalisations dans le domaine des répulsif s clans l'alcool éthylique .
ont encore été effectuées dans la pratique agricole . O n
remarqua cependant qu'un certain nombre de produit s
toxiques tels que le camphre, la naphtaline, le pyrèthre , Cette rapide revue des attractifs et des répulsif s
la roténone étaient répulsifs pour certains Diptères nous permet d'affirmer qu'il existe encore un terrai n
(pyrèthre pour Glossina palpalis) . De plus les essences d'action d'une ampleur considérable à prospecter, pour
de citronelle, de bornéol . . . f u rent utilisés de très longu e perfectionner les moyens de lutte contre les insecte s
date pour leurs propriétés insectifuges (moustiques) . nuisibles . L'usage des insecticides à forte toxicité doi t
Des substances extraites de plantes, non attaquée s être préconisé dans bien des cas, mais chaque insect e
par certaines espèces nuisibles par ailleurs, permiren t présente un problème particulier, et l'étude précis e
de découvrir des répulsifs contre Popillia japonica, les de la physiologie et du comportement de chaqu e
Criquets migrateurs, etc. . . espèce nuisible apporte aux chercheurs une gamm e
Mais certaines substances de synthèse présenten t sans cesse accrue de procédés de lutte dont l'usage peu l
également une activité insectifuge . Ce sont entre autre : être ajoutée à celui des insecticides où suppléer à ces
la chaux -H sulfate d'alumine eau contre Popillia derniers lorsque leur usage se révèle impossible .
l7 rnits tl'Ontre-Mer - Vol . 5, n o 1, 1950 -- 1 7
Fig. 6 . - Champ d ' expérience de l'Institut Phylotechnique de Santo Clara . - Maïs exposé à l'attaque de Criquets migrateurs .
A droite, la variété de Maïs "Amargo " n'a pas été attaquée . (Photographie communiquée par V .G . DrTnn ;n)
13 IB1, I0 GIlA1) 1-1f E
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