Solutions des Exercices d’Intégration
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17 mai 2025
Introduction
Ce document présente les solutions détaillées d’exercices portant sur la théorie de
l’intégration sur un segment. Chaque solution est accompagnée d’explications détaillées
et de raisonnements mathématiques rigoureux.
Table des matières
1 Exercices d’intégration sur un segment 1
1 Exercices d’intégration sur un segment
Exercice 1 (Fonction continue par morceaux). Montrer que toute fonction continue par
morceaux est somme d’une fonction continue et une fonction en escalier.
Démonstration. Pour démontrer cette propriété, je vais construire explicitement la dé-
composition.
Soit f une fonction continue par morceaux sur [a, b]. Par définition, il existe une
subdivision a = x0 < x1 < ... < xn = b telle que f est continue sur chaque intervalle
]xi−1 , xi [ pour i = 1, 2, ..., n.
Définissons les fonctions suivantes :
— g(x) qui est égale à f (x) aux points de continuité de f
— g(xi ) = limx→x−i f (x) pour chaque point de discontinuité xi
Par construction, g est continue sur [a, b].
Maintenant, définissons h(x) = f (x) − g(x). La fonction h est nulle en tous les points
de continuité de f . Aux points de discontinuité xi , h(xi ) = f (xi ) − g(xi ) = f (xi ) −
limx→x−i f (x).
La fonction h est donc une fonction en escalier, car elle prend un nombre fini de valeurs
non nulles uniquement aux points de discontinuité de f .
Ainsi, f = g + h est bien la somme d’une fonction continue g et d’une fonction en
escalier h.
Exercice 2 (Inégalité de Cauchy-Schwarz). Établir l’inégalité de Cauchy-Schwarz pour
des fonctions intégrables.
Démonstration. PourR b établir l’inégalité de Cauchy-Schwarz, nous allons utiliser la positi-
2
vité de l’intégrale a (f (t) + λg(t)) dt pour un paramètre λ bien choisi.
1
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Cette intégrale peut être développée comme suit :
Z b Z b Z b Z b
2 2 2
(f (t) + λg(t)) dt = f (t)dt + 2λ f (t)g(t)dt + λ g 2 (t)dt (1)
a a a a
Rb Rb Rb
Posons A = a
f 2 (t)dt, B = a
f (t)g(t)dt et C = a
g 2 (t)dt. L’expression devient :
A + 2λB + λ2 C (2)
Cette expression est une fonction quadratique en λ qui est toujours positive quelle que
soit la valeur de λ.
Pour qu’une fonction quadratique aλ2 + bλ + c soit toujours positive, il faut que son
discriminant soit négatif ou nul : b2 − 4ac ≤ 0.
Dans notre cas : (2B)2 − 4AC ≤ 0 ⇒ 4B 2 − 4AC ≤ 0 ⇒ B 2 ≤ AC
En remplaçant les valeurs de A, B et C :
Z b 2 Z b Z b
2 2
f (t)g(t)dt ≤ f (t)dt g (t)dt (3)
a a a
Ce qui démontre l’inégalité de Cauchy-Schwarz.
Exercice 3 (Théorème de la moyenne pondérée). Soit f continue sur [a, b] et g continue
par morceaux et positive sur [a, b].
Rb Rb
Montrer qu’il existe c ∈]a, b[ tel que
Rx a f (t)g(t)dt = f (c) a
g(t)dt.
Application : Calculer limx→0 x12 0 tf (t)dt.
Démonstration. Soit f continue sur [a, b] et g continue par morceaux et positive sur [a, b].
Rb
Posons I = a g(t)dt > 0 (car g est R x positive et non identiquement
Rx nulle).
Considérons la fonction F (x) = a f (t)g(t)dt − f (x) a g(t)dt pour x ∈ [a, b].
F est continue sur [a, b] et on a :
— F (a) = 0
Rb Rb
— F (b) = a f (t)g(t)dt − f (b) a g(t)dt
Rb Rb
Si F (b) = 0, alors a f (t)g(t)dt = f (b) a g(t)dt, et c = b serait une solution. Si
F (b) ̸= 0, alors F (a) et F (b) sont de signes opposés.
Par le théorème des valeurs intermédiaires, il existe c ∈]a, b[ tel que F (c) = 0, c’est-à-
dire :
Z c Z c
f (t)g(t)dt = f (c) g(t)dt (4)
a a
Rx Rx
Posons G(x) = b f (t)g(t)dt − f (x) b g(t)dt. Par un raisonnement similaire, il existe
c′ ∈]a, b[ tel que G(c′ ) = 0, donc :
Z c′ Z c′
′
f (t)g(t)dt = f (c ) g(t)dt (5)
b b
Si nous additionnons ces deux équations après avoir ajusté les bornes, nous obtenons :
Z b Z b
f (t)g(t)dt = f (c) g(t)dt (6)
a a
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Rb Rb
Ainsi, il existe c ∈]a, b[ tel que aR f (t)g(t)dt = f (c) a g(t)dt.
x
Application : Calculer limx→0 x12 0 tf (t)dt.
Appliquons le résultat précédent avec g(t) = t (qui est positive sur [0, x]) pour x > 0 :
Z x Z x
x2
tf (t)dt = f (c) tdt = f (c) · pour un certain c ∈]0, x[ (7)
0 0 2
Donc,
Z x
1 1 f (0)
lim 2 tf (t)dt = lim f (c) · = (8)
x→0 x 0 x→0 2 2
Car limx→0 c = 0 et f est continue.
Exercice 4 (Inégalité pour une fonction de classe C 1 ). Soit f une fonction réelle de classe
C 1 sur [0, 1] telle que f (1) = 0. Montrer que
Z 1 2
1 1 ′ 2
Z
f (t)dt ≤ f (t) dt (9)
0 3 0
Démonstration. Soit f une fonction réelle de classe C 1 sur [0, 1] telle que f (1) = 0.
Commençons par appliquer une intégration par parties :
Z 1 Z 1
1
f (t)dt = [tf (t)]0 − tf ′ (t)dt (10)
0 0
Z 1
= 1 · f (1) − 0 · f (0) − tf ′ (t)dt (11)
0
Z 1
=− tf ′ (t)dt (car f (1) = 0) (12)
0
Appliquons l’inégalité de Cauchy-Schwarz à cette expression :
Z 1 2 Z 1 Z 1
′ 2 ′ 2
tf (t)dt ≤ t dt f (t) dt (13)
0 0 0
Z 1
1 ′ 2
= f (t) dt (14)
3 0
Donc :
Z 1 2 Z 1
1
f (t)dt ≤ f ′ (t)2 dt (15)
0 3 0
Ce qui démontre l’inégalité demandée.
Exercice 5 (Caractérisation des fonctions dont la norme de l’intégrale égale l’intégrale
de la norme). On cherche à caractériser les fonctions f intégrables sur [a, b] telles que
Z b Z b
|f (t)|dt = f (t)dt (16)
a a
a) Traiter le cas des fonctions à valeurs réelles.
b) Dans le cas des fonctions à valeurs complexes, montrer qu’on peut se ramener à
Rb
une fonction g telle que |g| = |f | et a g(t)dt est un réel positif.
Rb
c) Montrer que a (|g(t)| − Re(g(t)))dt = 0.
d) En déduire la caractérisation des fonctions f vérifiant l’égalité.
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Démonstration. Nous cherchons à caractériser les fonctions f intégrables sur [a, b] telles
Rb Rb
que a |f (t)|dt = a f (t)dt .
Rb Rb
a) Pour f à valeurs réelles, supposons que a |f (t)|dt = a f (t)dt
Rb Rb
Par l’inégalité triangulaire, on a toujours a |f (t)|dt ≥ a f (t)dt , et l’égalité n’est
possible que si f garde un signe constant.
En effet, si f changeait de signe sur [a, b], l’inégalité serait stricte à cause des compen-
Rb
sations entre les valeurs positives et négatives dans l’intégrale a f (t)dt.
Rb
b) Pour f à valeurs complexes, on écrit a f (t)dt = reiθ et on pose g = f e−iθ .
Rb Rb
Alors a g(t)dt = e−iθ a f (t)dt = e−iθ · reiθ = r, qui est un nombre réel positif.
Rb Rb
De plus, |g(t)| = |f (t)e−iθ | = |f (t)|, donc a |g(t)|dt = a |f (t)|dt.
Rb Rb Rb Rb
Par hypothèse, a |f (t)|dt = a f (t)dt = r, donc a |g(t)|dt = a g(t)dt = r.
c) Calculons l’intégrale de |g| − Re(g) :
Z b Z b Z b
(|g(t)| − Re(g(t)))dt = |g(t)|dt − Re(g(t))dt (17)
a a a
Rb Rb R
b
Or, a |g(t)|dt = r et, comme g(t) est à valeurs complexes, a Re(g(t))dt = Re a g(t)dt =
Re(r) = r.
Rb
Donc, a (|g(t)| − Re(g(t)))dt = r − r = 0.
Comme |g(t)| − Re(g(t)) ≥ 0 pour tout t (inégalité entre module et partie réelle), et
que l’intégrale est nulle, on a nécessairement |g(t)| = Re(g(t)) presque partout.
d) La condition |g(t)| = Re(g(t)) implique que g(t) est presque partout un nombre
réel positif.
Puisque g(t) = f (t)e−iθ , cela signifie que f (t) = |f (t)|eiθ presque partout, c’est-à-dire
que f a un argument constant égal à θ presque partout.
C’est la généralisation du résultat de la partie a) aux fonctions à valeurs complexes.
Exercice 6 (Lemme de Riemann-Lebesgue). Montrer que pour toute fonction continue
par morceaux f sur [a, b], on a :
Z b
lim f (x) sin(λx)dx = 0 (18)
λ→+∞ a
Démonstration. Nous allons procéder par étapes pour démontrer ce résultat.
a) Pour f de classe C 1 sur [a, b], utilisons l’intégration par parties :
b b
1 b ′
Z Z
f (x) cos(λx)
f (x) sin(λx)dx = − + f (x) cos(λx)dx (19)
a λ a λ a
f (b) cos(λb) − f (a) cos(λa) 1 b ′
Z
=− + f (x) cos(λx)dx (20)
λ λ a
Quand λ → +∞, le premier terme tend vers 0 car il est en λ1 .
Rb Rb
Pour le second terme, a f ′ (x) cos(λx)dx ≤ a |f ′ (x)|dx qui est borné car f ′ est
continue sur [a, b].
Rb
Donc, limλ→+∞ a f (x) sin(λx)dx = 0.
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b) Pour une fonction en escalier f , f s’écrit comme une somme finie de fonctions
constantes sur des intervalles [ck , dk ] :
n
X
f (x) = αk · 1[ck ,dk ] (x) (21)
k=1
On a alors :
Z b n
X Z dk
f (x) sin(λx)dx = αk sin(λx)dx (22)
a k=1 ck
n dk
X cos(λx)
= αk · − (23)
k=1
λ ck
n
X cos(λck ) − cos(λdk )
= αk · (24)
k=1
λ
Ce qui tend vers 0 quand λ → +∞.
c) Pour f continue par morceaux sur [a, b], d’après l’exercice 1, f = g + h où g est
continue et h est en escalier.
D’après les parties a) et b), on a :
Z b Z b
lim g(x) sin(λx)dx = 0 et lim h(x) sin(λx)dx = 0 (25)
λ→+∞ a λ→+∞ a
Rb
Donc, limλ→+∞ a
f (x) sin(λx)dx = 0.
Exercice 7 (Limite impliquant les valeurs absolues du sinus). Soit f continue par mor-
ceaux sur [a, b]. Montrer que :
Z b
2 b
Z
lim f (t)| sin(nt)|dt = f (t)dt (26)
n→∞ a π a
Rb
Démonstration. Pour démontrer cette limite, nous allons d’abord prouver que limn→∞ a | sin(nt)|dt =
2(b−a)
π
.
Rb
Posons In = a | sin(nt)|dt. En effectuant le changement de variable u = nt, on obtient :
1 nb
Z
In = | sin(u)|du (27)
n na
R 2π
Sur un intervalle de longueur 2π, l’intégrale de | sin(u)| vaut 4 (car 0 | sin(u)|du = 4).
En décomposant l’intervalle [na, nb] en parties de longueur 2π plus un reste éventuel,
on peut montrer que :
1 nb − na
In = · · 4 + O(1) (28)
n 2π
1 n(b − a)
= · · 4 + O(1) (29)
n 2π
4 1
= · (b − a) + O (30)
2π n
2(b − a) 1
= +O (31)
π n
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Donc, limn→∞ In = 2(b−a)
π
.
Maintenant, pour f continue par morceaux sur [a, b], considérons :
Z b
f (t)| sin(nt)|dt (32)
a
Pour chaque intervalle où f est continue, nous pouvons appliquer le théorème de
la moyenne pour montrer que sur un petit intervalle [c, d], f est approximativement
constante. Ainsi, sur chaque petit intervalle :
Z d Z d
f (t)| sin(nt)|dt ≈ f (c) | sin(nt)|dt (33)
c c
2(d−c)
Lorsque n → ∞, l’intégrale de | sin(nt)| sur [c, d] se comporte comme π
, et donc :
d
2(d − c)
Z
f (t)| sin(nt)|dt → f (c) · (34)
c π
En subdivisant [a, b] en petits intervalles et en sommant, on obtient :
Z b Z b
2
lim f (t)| sin(nt)|dt = f (t)dt (35)
n→∞ a π a
Exercice 8 (Inégalité de Jensen). Soit f une fonction en escalier sur [a, b] et g une
fonction convexe. Montrer que :
Z b Z b
1 1
g f (t)dt ≤ g(f (t))dt (36)
b−a a b−a a
Démonstration. Si f est une fonction en escalier, alors f prend un nombre fini de valeurs
c1 , c2 , . . . , cn sur des intervalles [a1 , b1 ], [a2 , b2 ], . . . , [an , bn ] respectivement, avec ∪i [ai , bi ] =
[a, b].
i −ai
Posons λi = bb−a
P
, de sorte que i λi = 1.
Alors :
Z b
1 X
f (t)dt = λi ci (37)
b−a a i
et
Z b
1 X
g(f (t))dt = λi g(ci ) (38)
b−a a i
P de la convexité de g, pour tous les réels ti et tous les coefficients
Par la définition
λi ≥ 0 tels que i λi = 1, on a :
!
X X
g λi ti ≤ λi g(ti ) (39)
i i
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En appliquant cette propriété avec ti = ci , on obtient :
!
X X
g λi ci ≤ λi g(ci ) (40)
i i
Ce qui se traduit par :
Z b Z b
1 1
g f (t)dt ≤ g(f (t))dt (41)
b−a a b−a a
Pour généraliser aux fonctions continues par morceaux, on utilise le fait que toute
fonction continue par morceaux peut être approchée arbitrairement bien par des fonctions
en escalier.
R 1 9 (Double inégalité pour une intégrale). Soit f continue positive sur [0, 1] et
Exercice
A = 0 f (t)dt. Montrer que :
√ Z 1p
2
1+A ≤ 1 + f (t)2 dt ≤ 1 + A (42)
0
Démonstration. Pour la première inégalité, appliquons l’inégalité de Cauchy-Schwarz :
Z 1 2 Z 1 Z 1 Z 1
2 2 2
A = f (t) · 1dt ≤ f (t) dt 1 dt = f (t)2 dt · 1 (43)
0 0 0 0
R1
Donc A2 ≤ 0 f (t)2 dt.
√
Par ailleurs, en appliquant l’inégalité de Jensen à la fonction convexe ϕ(x) = 1 + x2
et à la fonction f 2 :
s
2 s
√
Z 1 Z 1
2
1+A = 1+ f (t)dt ≤ 1 + f (t)2 dt (44)
0 0
De plus, par la concavité de la fonction racine carrée, pour toute fonction positive h
sur [0, 1] :
s
Z 1 Z 1p
h(t)dt ≤ h(t)dt (45)
0 0
En appliquant cette propriété à h(t) = 1 + f (t)2 , on obtient :
s
Z 1 Z 1p
1+ 2
f (t) dt ≤ 1 + f (t)2 dt (46)
0 0
√ R1p
Combinant ces inégalités : 1 + A2 ≤ 0 1 + f (t)2 dt
√
Pour la seconde inégalité, notons que pour tout x ≥ 0, on a 1 + x2 ≤ 1 + x. En effet,
en élevant au carré les deux membres, on obtient 1 + x2 ≤ (1 + x)2 = 1 + 2x + x2 , ce qui
p tout x ≥ 0.
est vrai pour
Ainsi, 1 + f (t)2 ≤ 1 + f (t) pour tout t ∈ [0, 1].
R1p R1
Donc, 0 1 + f (t)2 dt ≤ 0 (1 + f (t))dt = 1 + A.
√ R1p
Finalement, 1 + A2 ≤ 0 1 + f (t)2 dt ≤ 1 + A.
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Exercice 10 (Théorème de Rolle généralisé). Soit f continue sur [a, b]. Montrer que si
Rb k
a
t f (t)dt = 0 pour tout k ∈ {0, 1, . . . , n − 1}, alors f s’annule au moins n fois sur ]a, b[.
Démonstration. Je vais prouver ce résultatR b par récurrence sur n.
Base de récurrence (n = 1) : Si a f (t)dt = 0, alors par le théorème de la valeur
moyenne pour les intégrales, il existe c ∈]a, b[ tel que f (c) = 0.
Hypothèse de récurrence : Supposons que la propriété est vraie pour un entier
n ≥ 1. Rb
Étape n + 1 : Supposons que a tk f (t)dt = 0 pour tout k ∈ {0, 1, . . . , n}.
Par l’hypothèse de récurrence, f s’annule au moins n fois sur ]a, b[. Notons a1 < a2 <
. . . < an ces zéros.
Considérons le polynôme P (t) = ni=1 (t
Q