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Lexicographie des noms politiques en français

Cette thèse analyse le traitement lexicographique des noms propres dans le vocabulaire politique au sein de dictionnaires généraux de langue française. Elle met en évidence que, bien que la tradition lexicographique sépare théoriquement les noms communs et propres, de nombreux noms propres d'institutions et d'événements sont traités de manière similaire aux noms communs, nécessitant une étude approfondie. L'étude propose également des recommandations pour améliorer la présentation et l'intégration des noms propres dans les dictionnaires.

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Lexicographie des noms politiques en français

Cette thèse analyse le traitement lexicographique des noms propres dans le vocabulaire politique au sein de dictionnaires généraux de langue française. Elle met en évidence que, bien que la tradition lexicographique sépare théoriquement les noms communs et propres, de nombreux noms propres d'institutions et d'événements sont traités de manière similaire aux noms communs, nécessitant une étude approfondie. L'étude propose également des recommandations pour améliorer la présentation et l'intégration des noms propres dans les dictionnaires.

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DÉPARTEMENT DES LETTRES ET COMMUNICATIONS

Faculté des lettres et sciences humaines


Université de Sherbrooke
ET
ÉCOLE DOCTORALE DROIT ET SCIENCES HUMAINES
Université de Cergy-Pontoise

Le traitement lexicographique des noms propres du vocabulaire politique dans les


dictionnaires généraux de langue française

Par
MIREILLE ELCHACAR
Maître ès arts (linguistique)
de l'Université Laval

Thèse présentée pour obtenir le


DOCTORAT ÈS LETTRES (D.ès L.) (ÉTUDES FRANÇAISES)
(cheminement en linguistique)
de l'Université de Sherbrooke
et le DOCTORAT (LINGUISTIQUE)
de l'Université de Cergy-Pontoise

Sherbrooke
Novembre 2011

fs Scm
m: u/t> K f' rc
Library and Archives Bibliothèque et
Canada Archives Canada

Published Héritage Direction du


Branch Patrimoine de l'édition

395 Wellington Street 395, rue Wellington


Ottawa ON K1A0N4 Ottawa ON K1A 0N4
Canada Canada
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Canada
Composition du jury

Le traitement lexicographique des noms propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires
généraux de langue française
Mireille Elchacar

Cette thèse a été évaluée par un jury composé des personnes suivantes :

Monsieur Louis Mercier, directeur de recherche


(Département des lettres et communications, Université de Sherbrooke)
Monsieur Jean Pruvost, directeur de recherche
(UFR des lettres et sciences humaines, Université de Cergy-Pontoise)
Madame Hélène Cajolet-Laganière, lectrice
(Département des lettres et communications, Université de Sherbrooke)
Madame Sylvie Brodziak, lectrice
(UFR des lettres et sciences humaines, Université de Cergy-Pontoise)
Monsieur Claude Verreault, lecteur externe
(Département de langues, linguistique et traduction, Université Laval)
(Remerciements

(Plusieurs personnes m'ont aidée tout au long de mes études doctorales. Ces personnes partagent deu%
caractéristiques qui ont été primordiales pour mon avancement : leur compétence mais également leur gentillesse.

Mes premières pensées vont évidemment à mes directeurs de thèse, Messieurs Louis Mercier et Jean <Pruvost.
La rigueur et le regard critique de M. Mercier m'ont permis de me surpasser, daméliorer mon travail et
dapprendre jusqu'à la dernière ligne.
La réputation de M. <Pruvost en tant qu'auteur prolifique et fondateur des Journées des dictionnaires
« originales » est maintenant répandue dans toute la francophonie. Ceu^qui Cont côtoyé de plus près
connaissent aussi sa grande gentillesse. Je le remercie pour son accueillors de mes séjours à l'Université de
Cergy-<Pontoise, et pour Ces multiples occasions qu'il m'a offertes de faire connaître Ces résultats de mes
recherches. Il m'a fait bénéficier autant que faire se peut de mes séjours d études en région parisienne.

Je remercie les membres du jury qui ont accepté de lire ma thèse malgré leur emploi du temps chargé. Leurs
commentaires m'ont permis d améliorer mon travail jusqu'à la toute fin.

Je remercie les personnes qui ont fait une révision de ma thèse, soit Jonathan Toumier, JLmélie-Hétène <Rfieault,
Caroline (Dubois et Çeneviève LachapeUe.

Çrâce à la cotutede de thèse, j'ai eu la chance dêtre affiliée à dew^centres de recherche. Ces deux^liew^m'ont
aidée de manières complémentaires. Se sentir intégrée à une équipe est très important pour Caccomplissement
dune recherche. J'ai rencontré au CAU'FQdes personnes qui comptent parmi mes amis les plus chers
aujourd'hui, qui m'ont encouragée tout au long de ma recherche (dont Amélie-Jlétène <Rfieault, Caroline Dubois
et VUim <R$mysen).
<En France, le MÉTAŒflT/LtDI, m'a accueillie à 6ras ouverts. Çrâce au dynamisme de ce laboratoire, dont les
memôres organisent souvent des présentations, conférences et autres journées scientifiques, j'ai pleinement
profité des possibilités offertes par la cotutede. Je garde aussi des souvenirs affectueux des membres de ce
laboratoire, dont Nicole Cholew^a, Hélène Manuelan, Anne-Marie JûtzeÇ Annie MoUard-^Desfours et Arnaud
Léturgie.

J'aimerais remercier chaleureusement Céquipe du (F(RA!N'QpS, de laquelle j'ai fait partie depuis le début de mes
études de maîtrise, et jusqu'à la fin de ma thèse. Ma chance aura été non seulement de travailler à un projet
Cejjcographiqtie historique, qui plus est sur le vocabulaire politique, tout en rédigeant ma thèse en
métalbjcographie, mais également de faire partie dune équipe de chercheurs à C appui indéfectible. Les
directeurs du projet, Hélène Cojolet-Laganière, (Pierre Martel et Chantal-'Édïth Masson, m'ont soutenue et
encouragée à progresser dans ma thèse sans faille au cours des dernières années. Nadine liment m'a souvent
apporté son appui intellectuel et moral Je remercie tous mes collègues du tF(HANQpS pour leurs
encouragements.

Je remercie également le CRSH 'Égide, la Taculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Sherbrooke
ainsi que le CA'Tl'FQpour leur soutien financier, sans lequel je n'aurais tout simplement pas pu mener cette
recherche.

Je remercie mes parents et mes amis.

'Enfin, je remercie du fond du cœur mon conjoint Jonathan Tournier pour son appui et ses encouragements, pour
tout le temps qu'ilm'a offert (cadeau préciewç) et pour Cinspiration!
RÉSUMÉ

La tradition lexicographique de langue française opère, en théorie, une séparation stricte entre noms
communs et noms propres. Or, dans les faits, cette séparation touche surtout les noms propres de
lieux et de personnes. En effet, l'observation des articles du vocabulaire politique révèle un nombre
important de noms propres d'une autre nature dans les pages de dictionnaires, comme des noms
propres d'institutions, de partis politiques ou d'événements et de périodes historiques. Qui plus est,
ces noms propres reçoivent souvent un traitement lexicographique comparable à celui des noms
communs. Toutefois, ce traitement n'a pas encore fait l'objet d'une étude approfondie.

Afin de faire la lumière sur le traitement lexicographique des noms propres du vocabulaire politique,
nous avons procédé à une analyse de ces noms propres à travers quatre dictionnaires généraux de
langue française : Le Nouveau Petit Robert 2007 (version électronique), Le Petit Larousse Illustré 2007
(version électronique), le Dictionnaire du français Plus—À l'intention desfrancophones d'Amérique (1988) et le
Dictionnaire québécois d'aujourd'hui (1992). Nous avons d'abord mis sur pied une typologie des noms
propres du vocabulaire politique susceptibles d'être définis dans les dictionnaires généraux de langue
française; puis nous avons relevé ces noms propres dans les dictionnaires à l'étude. Il ressort de ce
relevé que le nombre de noms propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires est assez élevé
pour nécessiter une caractérisation de la pratique lexicographique les entourant. En outre, la
description du vocabulaire politique passe par une description de certains types de noms propres en
plus des mots du lexique commun.

Nous nous sommes penchée sur la manière dont sont présentés les noms propres dans les
dictionnaires, pour conclure que leur intégration et leur identification n'obéissent pas à une méthode
systématique. La majuscule initiale n'est pas systématiquement utilisée pour les noms propres de
même type. La nomenclature des noms propres à inclure dans le dictionnaire de langue à été étudiée
à travers l'exemple des noms de partis politiques. La méthode servant à dresser cette nomenclature
devrait se baser sur l'observation d'un corpus (fréquence) et l'importance dans un système
socioculturel de référence - pour les noms de partis politiques, les noms des partis représentés dans
les instances officielles devraient être décrits dans les dictionnaires généraux. Nous avons ensuite
analysé les catégories de noms propres les plus représentées dans notre corpus d'articles du
vocabulaire politique (les noms propres d'événements et de périodes historiques, les noms de partis
politiques, dont les sigles, et les noms propres d'institutions). A la suite de cette analyse, nous
proposons une liste d'éléments que le traitement lexicographique devrait inclure afin de permettre
une circonscription efficace du référent (c'est-à-dire les traits distinctifs que devrait contenir une
définition suffisante pour ces types de noms propres). Un point commun à toutes les catégories
concerne l'explicitation du contexte référentiel : en contexte francophone particulièrement, le lieu
doit être précisé par le traitement lexicographique. L'étude se termine par une analyse de l'arrimage
entre noms propres et lexique commun dans les dictionnaires où ils sont intégrés dans un même
ouvrage (PLI) ou dans une même nomenclature (Dictionnaire Hachette, Dixel). Nous arrivons à la
conclusion que ces particularités dictionnairiques n'ont pas pour l'instant permis de corriger certaines
faiblesses dans l'intégration des noms propres du vocabulaire politique, surtout en ce qui a trait à leur
présence (nomenclature) et à leur traitement en terme de définition suffisante.

Mots-clés : lexicographie, métalexicographie, noms propres, vocabulaire politique.


TABLE DES MATIÈRES

<Rgmerciements 2
Introduction 10
Chapitre 1 : État de la question et problématique 14
1.1 État de la question 15
1.1.1 Les études sur les noms propres 15
[Link] Les noms propres et la logique 15
[Link] Les noms propres et la linguistique 18
[Link].1 Les dictionnaires et encyclopédies de linguistique 26
[Link] Les noms propres et les grammaires traditionnelles 28
[Link].1 Nature du nom propre et types 29
[Link].2 Grammaire du nom propre 33
[Link] Les noms propres et l'onomastique 34
[Link] Les noms propres et la lexicographie 36
[Link].1 Une séparation historique et théorique 36
[Link].2 Une séparation critiquée 38
[Link].3 Une séparation plus théorique que pratique 43
[Link] Les noms propres et l'analyse du discours 49
[Link] Conclusion sur les études portant sur le nom propre 50
1.1.2 Les études sur le vocabulaire politique 51
[Link] Principales études sur le vocabulaire politique français 51
[Link] Principales études sur le vocabulaire politique québécois et canadien 53
1.2 Problématique et éléments de cadre théorique 58
1.2.1 Cadre lexicographique et dictionnairique de référence : dictionnaire général destiné à un public québécois
58
1.2.2 Eléments de problématique relatifs au vocabulaire politique : délimitation et caractéristiques 61
[Link] Un sous-ensemble lexical aux frontières relativement floues 61
[Link] Un sous-ensemble lexical qui fait partie intégrante de la langue-culture 65
[Link] Un sous-ensemble lexical qui change selon le contexte référentiel 70
1.2.3 Éléments de problématique relatifs aux noms propres du vocabulaire politique et à la lexicographie 74
[Link] Les noms propres du vocabulaire politique : partie intégrante de la langue-culture et sous-ensemble
soumis à la variation géographique 74
[Link] Les noms propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires de langue 76
Chapitre 2 : Objectifs et méthodologie 79
2.1 Objectifs de recherche 80
2.2 Méthodologie 82
2.2.1 Les dictionnaires à l'étude 82
[Link] Les noms propres dans le Nouveau Petit Robert, Le Grand Robert de la langue française et le
Nouveau Petit Robert des noms propres 83
- Nouveau Petit Robert 84
- Le Grand Robert de la langue française 85
- Nouveau Petit Robert des noms propres 85
[Link] Les noms propres dans Le Petit Larousse illustré 88
[Link] Les noms propres dans le DFP 89
[Link] Les noms propres dans le DQA 89
[Link] Les noms propres dans les autres dictionnaires 90
2.2.2 Le corpus d'articles de dictionnaires 92
2.2.3 Délimitation des noms propres à l'étude 95
[Link] Noms propres et « noms communs » 95
[Link] À propos des noms propres de personnes et de lieux 97
[Link] Définition du nom propre 97
[Link] La sélection des noms propres à l'étude 99
[Link].1 Les critères formels traditionnels 99
6

- La majuscule initiale 100


- L'absence de déterminant 101
- L'absence de marques morphologiques 102
- L'impossibilité de traduire 104
- Non-fiabilité des critères formels traditionnels 105
[Link].2 Les typologies ou classifications de noms propres existantes 106
[Link] Typologie des noms propres du vocabulaire politique 109
[Link] Les noms communs de doctrines et les titres de fonctions 118
2.2.4 File MakerPro 120
Chapitre 3 : La présence des noms propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires généraux de langue
française 122
3.1 Relevé des noms propres dans le corpus d'articles du vocabulaire politique 124
3.1.1 Le nombre d'articles et d'acceptions du vocabulaire politique relevé 124
3.1.2. Le nombre de noms propres du vocabulaire politique 125
3.1.3 Classement des noms propres traités dans la typologie 129
3.1.4 Emplacement des noms propres dans les articles 130
[Link] Repérage des noms propres qui reçoivent un traitement lexicographique 131
3.2 La nomenclature des noms propres du vocabulaire politique 135
3.2.1 La sélection des noms propres traités dans le dictionnaire de noms propres 135
3.2.2 La comparaison des nomenclatures des dictionnaires 137
3.2.3 Noms propres qui partagent leur forme avec un mot du lexique commun 142
[Link] Dénominations complexes 142
[Link] Dénominations simples 143
3.2.4 Noms propres dont la forme est originale 144
[Link] Les sigles 144
[Link] Les noms propres traditionnellement décrits dans les dictionnaires généraux 144
[Link] Un cas à part :charbonnerie 146
3.3 L'identification des noms propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires 147
3.3.1 Identification des noms propres qui correspondent à l'entrée 147
3.3.2 Identification des noms propres en sous-entrée 149
[Link] Les dénominations simples ai sous-entrée 150
[Link] Les dénominations complexes en sous-entrée 152
3.3.3 La majuscule comme indicateur du nom propre 153
[Link] La majuscule dans le NPR 154
[Link] La majuscule dans le PLI 157
[Link] La majuscule dans le DFP 158
[Link] La majuscule dans le DQA 159
[Link] Conclusion sur l'utilisation de la majuscule 160
3.4 Conclusion sur l'intégration des noms propres dans les dictionnaires généraux 162
Chapitre 4 : Le traitement des noms propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires de langue à
travers quelques sous-catégories 164
4.0 Présentation 165
4.1 Le traitement lexicographique des noms propres d'événements et de périodes historiques 167
4.1.1 La circularité 168
[Link] La circularité dans le NPR 170
[Link] La circularité dans le PLI 172
[Link] La circularité dans le DFP 173
[Link] La circularité dans le DQA 175
[Link] Conclusion sur le respect de la circularité pour la catégorie des noms propres d'événements et de
périodes historiques. 175
4.1.2 Les syntagmes présentés comme de simples exemples 177
4.1.3 Le traitement définitoire 183
7

[Link] Le traitement définitoire dans le NPR 184


[Link] Le traitement définitoire dans le PLI 195
[Link] Le traitement définitoire dans le DFP 197
[Link] Le traitement définitoire dans le DQA 202
[Link] Conclusion sur le traitement lexicographique des noms propres d'événements et de périodes
historiques 206
4.2 Le traitement lexicographique des noms propres de partis politiques 209
4.2.1 La nomenclature des noms propres de partis politiques 211
4.2.2 Les noms de partis politique présentés en exemples 222
4.2.3 Le traitement définitoire des noms propres de partis politiques 228
[Link] Dans le NPR 229
[Link] Dans le PLI 235
[Link] Dans le DFP 237
[Link] Dans le DQA 240
[Link] Conclusion sur le traitement des noms propres de partis politiques 243
4.2.4 Les sigles 245
[Link] Les sigles dans le NPR 246
[Link] Les sigles dans le PLI 247
[Link] Les sigles dans le DFP 247
[Link] Les sigles dans le DQA 249
[Link] Conclusion sur la présence et le traitement des sigles 251
4.3 La prise en compte du contexte référentiel pour le traitement des noms propres d'institutions 252
4.3.1 Le cas de Assemblée nationale 255
4.3.2 Le cas de Parlement 258
4.3.3 Les cas de Chambre et de Communes 261
4.3.4 Conclusion sur l'explicitation du contexte référentiel des noms propres d'institutions 263
Chapitre S : L'arrimage entre la section consacrée au lexique commun et la section consacrée aux noms
propres 265
5.1 L'arrimage entre les deux sections du PLI 266
5.2 L'arrimage dans le Dictionnaire Hachette 273
5.3 L'arrimage dans le Dixel 278
5.3.1 Les noms propres d'événements et de périodes historiques 279
5.3.2 Les noms propres de partis politiques 282
5.4 Conclusion sur l'arrimage 284
Conclusions et perspectives 286
Bibliographie 295
Annexes 308
Annexe 1 : FileMakerPro - Fiche de Parti québécois dans le modèle « Nom propre » 309
Annexe 2 - Les noms propres du vocabulaire politique dans les articles de dictionnaires du corpus, par catégorie
de la typologie 310
LISTE DES TABLEAUX ET FIGURES

Figure 1.1 : Principales composantes du vocabulaire politique 63


Figure 1.2 : Principales composantes du vocabulaire politique québécois 72
Figure 2.1 : Sous-corpus du vocabulaire politique 93
Figure 2.2 : Noms propres de la typologie de Vaxelaire se rapportant au vocabulaire politique 110
Tableau 2.1 : Typologie des NP du vocabulaire politique 111
Tableau 3.1: Nombre d'articles et d'acceptions reliés au vocabulaire politique 125
Tableau 3.2 : Nombre d'articles, d'acceptions et de NP du vocabulaire politique 126
dans les dictionnaires étudiés 126
Tableau 3.3 : Nombre et pourcentage d'articles et d'acceptions contenant des NP du vocabulaire politique 127
Tableau 3.4 : Nombre de NP par catégorie de la typologie 129
Tableau 3.5 : Nombre de NP présents dans chaque dictionnaire par catégorie de la typologie 130
Tableau 3.6 : NP par rubrique, par dictionnaire 131
Tableau 3.7 : NP qui reçoivent un traitement lexicographique, par rubrique et par dictionnaire 133
Tableau 3.8 : Nomenclature des NP traités originale à chaque dictionnaire 138
Tableau 3.9 : NP traités en lien avec la variété de français décrite en priorité 139
dans chaque dictionnaire 139
Tableau 3.10: NP traités uniquement dans les dictionnaires de même variété de français 140
Tableau 4.1 : NP d'événements et de périodes historiques 168
Tableau 4.2 : NP d'événements et de périodes historiques et circularité 170
Tableau 4.3 : Nombre de rubriques autres que la définition dans le NPR 184
Tableau 4.4 : Nombre de rubriques autres que la définition dans le PLI 195
Tableau 4.5 : Nombre de rubriques autres que la définition dans le DFP 197
Tableau 4.6 : Nombre de rubriques autres que la définition dans le DQA 202
Tableau 4.7 : NP de regroupements humains à vocation politique 210
Tableau 4.8 : Les NP de partis politiques canadiens, québécois et français : 213
nomenclature VS fréquence 213
Tableau 4.9 : Partis représentés au Sénat français, à l'Assemblée nationale de France ou au Parlement européen 215
Tableau 4.10: Partis représentés à l'Assemblée nationale du Québec et à la Chambre des communes 216
Tableau 4.11 : Les noms propres de partis politiques québécois, canadiens et français absents des dictionnaires 218
Tableau 4.12 : Noms départis politiques présents dans les dictionnaires à l'étude 220
Tableau 4.13 NP de partis politiques dans le NPR 230
Tableau 4.14 Noms propres de partis politiques dans le PLI 235
Tableau 4.15 Noms propres de partis politiques dans le DFP 237
Tableau 4.16 Noms propres de partis politiques dans le DQA 240
Tableau 4.17 : Sigles 246
Tableau 5.1 : L'arrimage entre les deux sections du PLI 267
Tableau 5.2 : Noms propres dans les articles du lexique commun dans le DH 274
Tableau 5.3 : Noms propres faisant l'objet d'un thème dans le DH
Tableau 5.4 : Noms propres d'événements et de périodes historiques dans le Dixel
Tableau 5.5 : Noms propres de partis politiques dans le Dixel
Introduction

La tradition lexicographique de langue française tend à séparer, dans les dictionnaires


de langue, le traitement des noms propres de celui des autres mots. Ceci se traduit par
l'existence de dictionnaires de langue d'un côté et de dictionnaires de noms propres de
l'autre, ou par un seul ouvrage divisé en deux parties. Or un examen attentif des dictionnaires
de langue permet de constater qu'ils contiennent un nombre non négligeable de noms
propres, et ce, non seulement comme appui à la description des mots du lexique commun,
mais également comme éléments du lexique à décrire pour eux-mêmes.

Les noms propres auxquels nous faisons référence ne prennent pas la forme
archétypale à laquelle on associe généralement les noms propres, c'est-à-dire les noms de
personnes et de lieux. On ne s'attend pas à voir ces types de noms traités dans le dictionnaire
de langue. Nous parlons plutôt des noms propres qu'on n'associe pas spontanément à cette
catégorie, mais qui répondent néanmoins à une définition du nom propre sur laquelle
s'entendent les spécialistes ayant étudié la question. Ces noms propres sont susceptibles
d'être définis dans le dictionnaire de langue. Le vocabulaire politique est en partie composé
de ce type de noms propres. Il s'agit par exemple de noms de partis politiques (Parti québécois,
Front national), de noms propres d'événements ou de périodes historiques (dévolution française,
Grande Noirceur) ou de noms propres d'institutions politiques (Assemblée nationale, Parlement
canadien, Sénat). Or l'intégration de ces noms propres dans les dictionnaires généraux de
même que leur traitement lexicographique n'ont pas encore été étudiés en profondeur. Ceci
s'explique nommément par le fait que les noms propres ne seraient pas « censés » être décrits
dans le dictionnaire de langue. La distinction rigide entre noms propres et lexique commun
remonte aux travaux des logiciens, qui se sont intéressés les premiers à la question des noms
propres. Or leurs travaux se sont presque exclusivement concentrés sur les noms propres de
personnes et de lieux, éclipsant l'existence d'autres types de noms propres. Ces travaux ont
jusqu'à récemment été les seuls à alimenter les quelques recherches que la linguistique a
consacrées au nom propre.
11

Toutefois, ces dernières décennies, et surtout ces dernières années, certains linguistes
ont commencé à considérer le nom propre comme un objet d'étude proprement linguistique.
De plus en plus de voix s'élèvent pour défendre l'étude du nom propre en tant qu'unité
linguistique, dont celles de Jean-Louis Vaxelaire (2005) et de Marie-Noëlle Gary-Prieur (1994,
1995). Les noms propres sont considérés comme participant pleinement à la construction de
la langue-culture au sens employé par Robert Galisson (1991, 2002). Cependant, peu de
recherches ont été menées sur le nom propre en tant qu'unité lexicale susceptible de recevoir
un traitement lexicographique dans le dictionnaire de langue.

L'objet de cette thèse n'est pas de se positionner sur les débats entourant la nature et
le sens du nom propre. Notre démarche part plutôt d'une constatation : certains types de
noms propres se retrouvent et sont décrits dans les dictionnaires de langue. Ce constat
suscite plusieurs questions sur la méthodologie employée pour l'intégration de ces noms
propres dans le dictionnaire de langue, alors même que les recherches négligent trop souvent
le phénomène.

De 2002 à 2010, nous avons travaillé au sein de l'équipe chargée de la réalisation du


Dictionnaire de la langue française — Le français vu du Québec, dictionnaire général de langue
française fait au Québec. Nous avons notamment participé à la rédaction des articles du
vocabulaire politique, et ce travail a suscité chez nous un questionnement sur quelques
aspects du vocabulaire politique, entre autres sur la présence régulière de certains types de
noms propres dans les dictionnaires généraux consultés. Cette présence engendre un certain
malaise pour la pratique lexicographique de langue française. D'abord, les noms propres ne
sont pas « censés » être décrits dans le dictionnaire général de langue. Ensuite, il n'existe
actuellement aucune méthodologie, issue de projets lexicographiques antérieurs par exemple,
explicitant comment intégrer de manière harmonieuse ces noms propres et quel traitement en
offrir - ni comment choisir les noms propres à intégrer. C'est donc par le biais du
vocabulaire politique que nous analyserons l'intégration et le traitement des noms propres
dans les dictionnaires généraux de langue française.

Outre le fait que le vocabulaire politique contient des noms propres, il se situe au
carrefour de nos intérêts en matière de lexicographie. D'abord, il est grandement soumis à la
12

variation géographique en ce sens qu'il change grandement d'un contexte référentiel à l'autre,
d'une communauté francophone à l'autre (Elchacar et Mercier, 2011). Ceci s'explique entre
autres par le fait qu'il dénomme des réalités politiques propres à chaque État. En outre, le
vocabulaire politique est un sous-ensemble qui a un fort ancrage socioculturel dans chaque
communauté linguistique. Il s'agit d'un vocabulaire qui renvoie à la mémoire collective des
sociétés, à des points sensibles, à des événements marquants de l'histoire politique. Dans un
contexte de rédaction lexicographique, il faut accorder une attention particulière à ce
vocabulaire très sensible à la variation géographique et au lourd contenu lexiculturel. En
lexicographique de langue française, comme un dictionnaire pourra être lu par des locuteurs
francophones provenant de communautés diverses, il est souhaitable de trouver une manière
de présenter l'information de telle sorte que la langue-culture (telle que définie par Galisson,
2002) soit clairement présentée au lecteur, peu importe sa communauté d'appartenance, que
ce soit la France, le Québec ou une autre communauté francophone. Dans le vocabulaire
politique, comme les noms propres côtoient les noms communs, cette problématique de la
prise en compte du contexte référentiel se pose également pour les deux catégories de noms.
Assemblée nationale, par exemple, est employé au Québec comme en France, mais le réfèrent
n'est pas le même dans les deux communautés. Il s'agit d'une difficulté supplémentaire dans
le traitement lexicographique du vocabulaire politique.

L'objectif de la thèse est d'étudier l'intégration et le traitement des noms propres du


vocabulaire politique autres que les noms de personnes et les noms de lieux dans les
dictionnaires généraux de langue française. Nous fonctionnerons par l'observation de la
pratique. Nous avons retenu quatre dictionnaires généraux de langue française pour cet
exercice, deux provenant de France (Le Nouveau Petit Robert 2007 et Le Petit Larousse illustré
2007) et deux publiés au Québec (Dictionnaire du français Plus 1988 et Dictionnaire québécois
d'aujourd'hui 1993). Nous irons à l'occasion observer la pratique de deux autres dictionnaires
qui proposent une structure dictionnairique différente de celle des dictionnaires cités (le
nouveau Dixel de la maison Robert et le Dictionnaire Hachette 2007).

Notre thèse est structurée de la manière suivante. Le premier chapitre présente l'état
de la question sur les noms propres et le vocabulaire politique, ainsi que les éléments de
13

problématique liés à ces deux domaines. Le deuxième chapitre décrit les objectifs et la
méthodologie choisie pour mener la recherche. Nous présenterons la définition du nom
propre ainsi que la typologie des noms propres du vocabulaire politique adoptées pour notre
recherche. Le troisième chapitre porte sur la présence et l'identification de ces noms propres
dans les dictionnaires analysés. Le quatrième chapitre est consacré à l'analyse du traitement
lexicographique des noms propres du vocabulaire politique. Nous ciblons plus
particulièrement trois sous-groupes, en l'occurrence les noms d'événements et de périodes
historiques, les noms de partis politiques (dont les sigles) et les noms d'institutions politiques.
Enfin, le cinquième et dernier chapitre est l'occasion d'établir dans quelle mesure la
dictionnairique peut avoir un effet sur le traitement des noms propres. Pour les dictionnaires
qui intègrent lexique commun et noms propres dans un même ouvrage, nous verrons quel
arrimage est fait entre le traitement des noms propres dans le dictionnaire de langue et le
traitement des noms propres dans la nomenclature qui leur est dédiée (dans le Petit Larousse
Illustré, le Dixel et le Dictionnaire Hachette).

Au terme de cet examen de la pratique lexicographique et de la comparaison entre les


dictionnaires retenus pour l'étude, nous faisons ressortir les problèmes particuliers à
l'intégration et au traitement des noms propres du vocabulaire politique dans le dictionnaire
de langue. Nous ciblons les méthodes qui semblent offrir une solution plus satisfaisante que
d'autres pour la sélection des noms propres du vocabulaire politique à intégrer dans le
dictionnaire de langue, pour la présentation de ces noms propres et pour leur traitement
définitoire.
14

Chapitre 1 : État de la question et problématique


15

1.1 État de la question

Nous ferons dans cette partie l'état des recherches portant sur les noms propres et sur
le vocabulaire politique.

1.1.1 Les études sur les noms propres

Comme l'intérêt du nom propre en tant qu'objet strictement linguistique est


relativement récent, et comme plusieurs domaines se sont penchés sur la question, nous
compléterons la présentation des recherches en linguistique par un aperçu des études sur le
nom propre dans quelques disciplines connexes.

Nous présenterons d'abord les principales thèses sur le nom propre développées par
les logiciens, puis nous verrons comment la linguistique a repris leurs conclusions pour
entreprendre sa propre réflexion. La manière dont la grammaire traditionnelle traite du nom
propre sera passée en revue. Nous porterons un regard sur la discipline consacrée à un
certain type de noms propres, l'onomastique. Nous terminerons en examinant les recherches
menées sur les noms propres en lexicographie.

[Link] Les noms propres et la logique

La réflexion sur les noms propres ne provient pas tout d'abord de la linguistique, mais
plutôt de la logique1. Comme les linguistes ont en premier lieu puisé à la logique pour
entreprendre une réflexion sur le nom propre, il convient de présenter les principales thèses
des logiciens sur le sujet, soit celles de John Stuart Mill (1851), de Bertrand Russell (1912) et
de Saul Kripke (1980).

John Algeo nous rappelle qu'on retrouve déjà dans le Dialogue de Platon un débat sur le
nom propre : deux élèves de Socrate discutent, soient Cratyle, qui soutient que les noms

1 Ce que souligne Molino : « Et pourtant, depuis près d'un siècle, on parle beaucoup du nom propre, mais le mouvement

n'est pas venu de la linguistique, il est venu de la logique : c'est avec les travaux de Frege et de Russell que le nom propre
est devenu un problème logico-philosophique. » (Molino, 1982 : 6)
16

propres sont une convention arbitraire et vide de sens, et Hermogène, qui réplique que les
noms propres sont une dérivation « naturelle » de la chose ou de la personne nommée
(Algeo, 1973 : 1).

À époque plus récente, les logiciens ont tenté de comprendre ce qui distinguait le nom
propre du nom commun, tout en se demandant si les deux unités possédaient des propriétés
significatives comparables. C'est entre autres le cas du philosophe et économiste britannique
John Stuart Mill, qui consacre une partie de son ouvrage A System of bogie Rationative and
înductive (1851) aux noms propres. Pour Mill, le nom propre est vide de sens, ou plus
précisément, n'a qu'un sens dénotatif, tout comme les noms abstraits, alors que le nom
commun peut également avoir un sens connotatif — connotation devant être compris chez Mill
comme synonyme de signification. Dans l'extrait suivant, Mill énonce clairement que les noms
propres n'ont pas de signification :

whenever the names given to objects convey any information, that is,
whenever they have properly any meaning, the meaning resides not in what
they dénoté, but in what they connote. The only names of objects which
connote nothing are proper names; and these have, strictly speaking, no
signification. (Mill, 1851 : 36)

Georges Kleiber explique de la manière suivante le concept des noms connotatifs et


des noms dénotatifs (qu'il nomme « non connotatifs ») chez Mill :

Un nom connotatif dénote un ou plusieurs objets et implique, pour ces


objets, un ou plusieurs attributs (cf. le nom général concret cheval), alors
qu'un nom non connotatif ne peut que dénoter soit un objet, soit un attribut
(cf. pour l'objet, le nom propre Jean, pour l'attribut, le nom abstrait
blancheur) (Kleiber, 1981 : 16)

Plusieurs auteurs ont dit de Mill qu'il considérait le nom propre comme une étiquette
collée directement sur le réfèrent extralinguistique, sans signification propre2. La linguiste
Marie-Noëlle Gary-Prieur, qui s'est notamment penchée sur la syntaxe du nom propre,
apporte une nuance à cette affirmation, en attirant l'attention sur cette citation de Mill :

2Notamment Algeo (« [...] the view popularized by John Stuart Mill that names are words without signification,
meaningless marks by which one thing is distinguished from another [...]" (Algeo, 1973 : 53)
17

Lorsque nous appliquons à un objet son nom propre; lorsque nous disons
d'un homme c'est Brown, c'est Smith, ou bien d'une ville c'est York, nous
ne disons rien de ces choses, si ce n'est que ce sont là leurs noms. Mais en
mettant à même celui qui nous entend de reconnaître l'identité de ces
individus, nous pouvons les rattacher à ce qu'il en sait déjà. En lui disant,
c'est York, nous lui disons quelque autre chose, par exemple qu'à York, il y
a la cathédrale. Mais cela n'est en rien impliqué dans le nom lui-même; il n'y
pensera qu'en vertu de ce qu'il avait déjà entendu dire d'York (Mill, 1988 :
36-37, cité dans Gary-Prieur, 1994 : 18)

De cet extrait, Gary-Prieur conclut ceci : « Mill suggère qu'il existe pourtant des
informations attachées au nom propre : le nom propre évoque ce que l'interlocuteur sait déjà
de son référent. » (Jbid.) Selon la chercheure, on ne peut pas dire que Mill considère que le
nom propre est complètement vide de sens. Cette interprétation sera pourtant reprise par de
nombreux auteurs. En fait, les philosophes qui se sont intéressés au nom propre se sont
chacun à leur tour positionnés sur la question du nom propre vide de sens ou porteur de
sens, faisant de cet aspect un élément central, voire fondamental, de toute réflexion sur le
nom propre. Gottlob Frege, par exemple, penche du côté du nom propre porteur de sens :

le nom propre doit avoir un sens [...], sans quoi il serait une suite de sons
vide et appelé à tort un nom. Mais, pour l'usage scientifique, on doit exiger
de lui qu'il ait également une signification, qu'il désigne ou nomme un objet.
Ainsi, le nom propre se rapporte par la médiation du sens et uniquement par
elle, à l'objet (cité dans Vaxelaire, 2005a : 533-534).

Un autre philosophe qui a souvent écrit sur le nom propre est Bertrand Russell. Il
reprend la vision selon laquelle le nom propre est une étiquette, mais une étiquette
nécessairement pourvue d'un certain sens. Il parle également du nom propre comme étant
une description, de la même manière que les noms concrets, c'est-à-dire que les noms propres
peuvent être remplacés par une paraphrase explicative (certains auteurs parlent également de
description définie) :

Common words, even proper names, are usually really descriptions. That is
to say, the thought in the mind of a person using a proper name correctly
can generally only be expressed explicitly if we replace the proper name by a
description. Moreover, the description required to express the thought will
vary for différent people, or for the same person at différent times. The only
thing constant (so long as the name is rightly used) is the object to which
the name applies. [...] When we, who did not know Bismarck, make a
18

judgment about him, the description in our minds will probably be some
more or less vague mass of historical knowledge - far more, in most cases,
than is required to identify him. But, for the sake of illustration, let us
assume that we think of him as 'the flrst Chancellor of the German Empire'.
Here ail the words are abstract except 'German'. The word 'German' will,
again, have différent meanings for différent people. To some it will recall
travels in Germany, to some the look of Germany on the map, and so on.
But if we are to obtain a description which we know to be applicable, we
shall be compelled, at some point, to bring in a reference to a particular with
which we are acquainted. (Russell, 1912)

Plus récemment, c'est au logicien américain Saul Kripke (1980) qu'on doit la notion de
« désignateur rigide » (rigid designators). Le nom propre, plutôt que de signifier, serait un
désignateur, désignant le même réfèrent dans tous les « mondes possibles », c'est-à-dire dans
tous ses contextes d'utilisation - par exemple, le nom Socrate désigne toujours la même
personne, peu importe le discours dans lequel le mot s'insère. François Recanati, qui a
consacré un article à la notion de désignateur rigide, la définit comme une « expression dont
la dénotation ne varie pas, quel que soit le monde considéré » (Recanati, 1983 : 109).

Bien d'autres logiciens se sont penchés sur le nom propre. Ces théories ont déjà fait
l'objet de nombreuses descriptions et analyses; quelques auteurs résument plus extensivement
que nous la pensée des logiciens sur les noms propres, comme Georges Kleiber (1981),
Marie-Noëlle Gary-Prieur (1994) ou Jean-Louis Vaxelaire (2005). Afin de ne pas nous écarter
de notre propos principal, nous n'avons résumé que les théories les plus marquantes et les
plus reprises en linguistique, vers laquelle nous nous tournons à présent.

[Link] Les noms propres et la linguistique

Les divers courants de la linguistique n'ont pas accordé autant d'importance à l'étude
du nom propre qu'à celle des autres parties du discours. Cependant, le nom propre semble
intéresser de plus en plus les linguistes, comme en témoignent les études plus nombreuses à
son sujet au cours des dernières années.

Les linguistes ont tout d'abord pris le relais des conclusions tirées par les logiciens
pour les appliquer à une description davantage linguistique des noms propres. C'est le cas de
19

Georges Kleiber et de Guy Le Bihan. Quant à Marie-Noëlle Gary-Prieur et à Jean-Louis


Vaxelaire, même s'ils ont voulu dépasser les jalons posés par la philosophie, ils n'ont pas pu
éviter de se positionner par rapport à ces théories fondatrices.

Georges Kleiber est le premier linguiste à rédiger un ouvrage en français sur le nom
propre (il s'agit de sa thèse, publiée en 1981). Prenant appui sur les travaux des logiciens, il
retrace l'histoire des travaux des philosophes sur le nom propre, avant d'adopter une position
se situant au carrefour de toutes ces idées, en ce sens qu'il prend un peu à chaque théorie,
aucune ne lui paraissant entièrement satisfaisante à elle seule. Nous retrouvons dans l'extrait
suivant le débat déjà évoqué sur le nom propre possédant ou non un sens :

Nous avons montré que ni la thèse des noms propres dépourvus de sens, ni
les différentes versions de sens identifiant n'apportent une solution
satisfaisante aux problèmes que pose une analyse sémantique et référentielle
du nom propre non modifié3. (1981 : 385)

Dans sa thèse, Kleiber estime que les noms propres ne sont pas complètement vides
de sens, mais qu'on ne peut tout de même pas les décrire à la manière des noms communs. Il
avance plutôt que le seul contenu sémantique du nom propre est le prédicat de dénomination :

Nous maintiendrons donc que le prédicat de dénomination être appelé /N/


constitue le seul contenu sémantique des noms propres. Le nom propre
Shakespeare, par exemple, n'aura pas d'autre sens que "être appelé
/Shakespeare/" (Ibid.)

Guy Le Bihan se positionne à son tour dans le débat sur le nom propre porteur de
sens ou non, en émettant des réserves sur la notion d'étiquette :

Jamais un signe ne sera une étiquette. Peut-être s'en rapproche-t-on lorsque


le nom propre accède dans certains cas (très rares) à la dignité de paradigme,
au sens platonicien du terme, c'est à dire lorsqu'il devient un mythe : "C'est
un Casanova, c'est un Don Juan, un Tenorio. C'est un nouveau Pic de la
Mirandole". (Le Bihan, 2006 : 24)

1 Chez Kleiber, la notion de nom propre non modifié renvoie aux constructions où le nom propre est utilisé de la

manière la plus classique, c'est-à-dire seul, sans déterminant, sans modificateur. C'est le cas de Paul dans Paul danse. Un
exemple de nom propre modifié serait Paul dans la phrase Un Paul est venu, où Paul pourrait être paraphrasé par « Un
homme dénommé Paul ».
20

Dans les extraits cités, les linguistes présentés jusqu'ici se positionnent par rapport à
ce que la logique a proposé plutôt que d'offrir une vision différente, en se basant sur des
prémisses linguistiques et sur l'observation du fonctionnement du nom propre dans la
langue. Jean-Louis Vaxelaire, dont la thèse de doctorat porte sur la nature et le sens du nom
propre dans une perspective historique et lexicologique, juge que ce débat sur le sens du nom
propre est « faussé » en quelque sorte, puisque la définition du nom propre qui est prise
comme point de départ, héritée de l'Antiquité, n'est pas pertinente :

Ainsi, en philosophie analytique, les noms propres sont généralement


représentés par les exemples millénaires que sont Socrate et [Link] et l'on
peut lire de Russell à Salmon, en passant par Kenny que le nom propre est
un symbole simple ou non-composé. En se tenant à cette affirmation, la catégorie
des noms propres serait par conséquent amputée d'une énorme majorité de
ses membres puisque ces symboles simples ont non seulement disparu au
niveau de l'anthroponymie moderne, mais ils sont également minoritaires
dans d'autres classes comme celle des noms d'institutions.

Si Aristote et Socrate sont considérés comme de très bons noms propres, c'est
parce qu'ils satisfont les exigences de la doxa logicienne : ils sont
référentiellement transparents et monolithiques, c'est-à-dire
monoréférentiels [...], sans synonymes, intraduisibles (quoique les deux
noms soient adaptés du grec — cela ne semble pourtant pas être un obstacle
pour les défenseurs de la doxa) et sans contenu descriptif, ce sont des points
fixes et pratiquement intemporels puisqu'ils traversent les siècles. (Vaxelaire,
2007 : 3)

Par glissement, et sans qu'on n'étudie la question en profondeur, les caractéristiques


de noms propres archétypaux ont été transposées comme éléments fondamentaux de tous les
noms propres. En outre, et ce point sera central dans notre recherche, les logiciens se sont
uniquement penchés sur les noms propres de lieux et de personnes, alors que plusieurs autres
types de noms peuvent être considérés comme des noms propres4. Selon Vaxelaire, comme
la prémisse est faussée, les réflexions en découlant ne peuvent pas être valides. Même constat
pour ce qui est des thèses des logiciens sur la nature et le sens du nom propre : elles ont
certes le mérite d'avoir fait avancer la réflexion, mais elles ne peuvent pas satisfaire
pleinement les besoins de la linguistique :

4 Cet aspect sera développé dans la partie sur la typologie des noms propres.
21

L'omniprésence des thèses logiciennes dans le débat linguistique sur le nom


propre est indéniable, mais il est risqué de vouloir tirer des conclusions
linguistiques des théories des logiciens puisque ce ne sont justement pas des
théories linguistiques. (Vaxelaire, 2005a : 841)

Gary-Prieur remet également en cause cette transposition des réflexions sur la nature
du nom propre de la logique à la linguistique. Selon elle, les deux disciplines, même si elles
peuvent partager des préoccupations communes, n'ont pas les mêmes visées. Dans la même
ligne de pensée que Vaxelaire, Gary-Prieur déplore que les travaux des philosophes sur les
noms propres ne se penchent pas sur toutes les manifestations possibles du nom propre,
mais uniquement sur le nom propre « classique », c'est-à-dire employé sans article, sans
flexion morphologique et en référence à une personne ou un lieu unique et identifiable, alors
que l'observation de corpus révèle l'emploi des noms propres qui ne fonctionnent pas de la
même manière que ces noms propres archétypaux :

Ce sont les linguistes qui rencontrent, au hasard des énoncés, des noms
propres précédés d'articles. Les logiciens, eux, ne s'intéressent (jusqu'à
présent du moins) qu'au nom propre employé sans article en position
référentielle [...]. Les exemples donnés dans les textes de logiciens sont le
plus souvent des noms propres isolés, considérés uniquement dans leur
rapport avec un référent (« Aristote »), ou placés dans un contexte construit
pour illustrer une proposition contrefactuelle (« Si Aristote n'avait pas été
grec... »). Et c'est justement l'un des effets pervers de l'importation des
thèses logiques en linguistique que d'avoir trop longtemps conduit à
privilégier cet « emploi typique » des noms propres. (Gary-Prieur, 1994 : 16)

Plus récemment, la linguistique tente d'étendre la réflexion à d'autres questionnements


Mais si des linguistes souhaitent se détacher de la représentation logicienne du nom propre,
les recherches actuelles tournent souvent encore autour des mêmes préoccupations. Dans le
numéro de MOTS consacré aux chrononymes5, Paul Bacot, Laurent Douzou et Jean-Paul
Honoré proposent une bibliographie des « références à des travaux utiles à l'étude de la
dimension politique des noms propres (chrononymes, toponymes, anthroponymes,
praxonymes6 et ergonymes7) » (Bacot et al,, 2008). Or nous ne lisons dans cette bibliographie

5 Un chrononyme est « une expression, simple ou complexe, servant à désigner en propre une portion de temps que la

communauté sociale appréhende, singularise, associe à des actes censés lui donner une cohérence, ce qui s'accompagne
du besoin de la nommer. » (Bacot, Douzou et Honoré, 2008b : 1).
6 Renvoie à un autre type de noms propres de portions de temps.
22

que des titres mettant en vedette des anthroponymes et des toponymes, sauf pour ce qui est
des noms propres étudiés dans le numéro consacré aux chrononymes (sur lequel nous
reviendrons un peu plus loin). D'autres textes constituent des chroniques de langage sur un
mot politique (parlement) ou sont de portée plus générale (comme ceux de Gary-Prieur ou de

Vaxelaire, que nous citons dans notre texte).

Gary-Prieur explique le silence qu'il y a longtemps eu sur le nom propre dans les
travaux en linguistique par la place que celui-ci occupe dans une vision structuraliste de la
langue :

L'histoire de la linguistique explique bien pourquoi le nom propre apparaît


comme objet marginal : les démarches structuralistes issues notamment de
Saussure conduisent logiquement à une telle conclusion. En effet, sur le plan
sémantique, le nom propre dévie doublement du modèle saussurien du
signe : d'une part, son signifié ne correspond pas à un concept, ou "image
mentale" stable dans la langue et d'autre part, on ne peut pas définir sa
valeur dans un système de signes. Une sémantique structurale ne peut donc
pas l'aborder avec les outils et les méthodes dont elle dispose8. (Ibid. : 3)

Vaxelaire et Gary-Prieur soulignent que le Cours de linguistique générale de de Saussure


n'accorde aucune place au nom propre. Même chose pour les travaux dans le champ de la
syntaxe : le cadre distributionnaliste ne permet pas de faire avancer la réflexion sur le nom
propre de manière satisfaisante. Dans ses travaux, Gary-Prieur a démontré que « ce n'est pas
sur le plan syntaxique qu'il faut chercher à caractériser le nom propre, puisqu'il a les mêmes
constructions que le nom commun. » (Ibid. : 6) Kleiber en était déjà arrivé à cette conclusion
dans sa thèse de 1981 : «La description syntaxique des noms propres prouve en effet que
l'on ne peut distinguer le nom propre du nom commun à l'aide des seuls déterminants »
(Kleiber, 1981 : 14)9. Gary-Prieur, comme d'autres chercheurs, suggère de chercher du côté

7 Nom propre d'événements.


8 Gary-Prieur soulignera donc le travail fait par Kleiber qui, même s'il prend pour point de départ les théories logiques,
fait l'effort de les transposer en linguistique : « Le grand mérite de la notion de prédicat de dénomination, et la raison pour
laquelle je la défendrai contre toutes les critiques dont elle a été l'objet, c'est de représenter une hypothèse véritablement
linguistique sur le sens des noms propres. » (Gary-Prieur, 1994 : 40)
'' Quelques décennies plus tôt, Farhang Zabeeh, dans What '.r in aName, en était arrivé à la même conclusion pour la
langue anglaise : "By now it should be evident that a purely syntactic approach is not conductive to clear understanding
of the pragmatic and semantic aspects of proper names. Rather the syntactic side of the issue is the offshoot of the other
dimension. That is, unless we setde what function or functions proper names have in language and what significant
23

de la signification des noms propres pour dégager leur particularité par rapport aux autres

unités lexicales.

En 1982, Jean Molino, souligne lui aussi, dans le numéro de la revue Langages consacré
au nom propre, le manque d'études linguistiques sur le sujet, en évoquant la naissance d'une
discipline « parallèle », l'onomastique (sur laquelle nous reviendrons à la fin de l'état de la
question sur les noms propres) :

Q]usqu' à une époque récente, le nom propre est bien un parent pauvre de la
linguistique. [...] Et c'est le nom propre qui est le nom authentique, [...]
parce que c'est lui qui désigne des êtres, des substances individuelles, Socrate
ou Homère. Ainsi était défini pour de nombreux siècles le nom propre;
mais, une fois donnée cette définition, on ne peut dire que le nom propre
importait beaucoup au linguiste : il n'avait pratiquement plus rien à en dire.
Avec la naissance de la linguistique historique et comparative se constitue
une discipline au statut limitrophe et marginal, dans laquelle l'étude des
noms propres va vivre une vie indépendante, l'onomastique, qui étudie
l'origine des noms propres, noms de personnes et de lieux. Les
« révolutions » de la linguistique moderne n'ont guère touché les noms
propres : il n'y a pas eu - sans doute ne pouvait-il y avoir - d'analyse
structurale ou générative des noms propres. C'est pourquoi, aujourd'hui
encore, on ne fait guère allusion aux noms propres dans les ouvrages de
linguistique, linguistique générale ou linguistique d'une langue particulière.
(Molino, 1982: 5-6)

Le nom propre s'est donc souvent vu mettre de côté en linguistique par le passé. Or,
ces dernières années, le nom propre commence à prendre une place plus importante dans les
préoccupations de recherche en linguistique. Nous prendrons ici le temps d'examiner les
résultats de ces travaux publiés dans Langue française, MOTS et Cahiers de sociolinguistique.

Dans le numéro que la revue Langue française (numéro 92) consacre au nom propre, en
1991, Gary-Prieur met l'accent sur cette tentative de réappropriation du nom propre par la
linguistique. Rappelant que le numéro spécial que la revue Langages a consacré au nom propre
une dizaine d'années plus tôt avait adopté une approche pluridisciplinaire, elle explique la
démarche purement linguistique du numéro de Langue française :

relation, if any, does exist between certain kinds of expressions and some extra-linguistic entities, the miscellaneous
grammatical facts pertaining to a spécifié language are of secondary import." (Zabeeh, 1968 : 49)
24

Nous avons adopté dans ce numéro une position diamétralement opposée :


c'est de l'intérieur de la linguistique, et sans en approcher les frontières, que
nous abordons le Nom Propre. Et comme la démarche linguistique consiste
à envisager le langage à partir d'une réflexion sur les langues, c'est en
étudiant le fonctionnement des noms propres en français que nous
essaierons de suggérer une problématique spécifiquement grammaticale du
nom propre. (Gary-Prieur, 1991 : 4)

Comme son sous-titre l'indique, le numéro 92 de Langue française se consacre à la


syntaxe (Gary-Prieur, Noailly) et à la sémantique des noms propres (Flaux, Kleiber).

La revue MOTS a consacré quelques numéros spéciaux à divers types de noms


propres. Cette revue s'intéressant, comme son titre complet l'indique, aux « langages du
politique », les noms propres desquels il y est question appartiennent au vocabulaire
politique. Cependant, les anthroponymes et les toponymes occupent presque toute la place
des études sur les noms propres dans cette revue. Ainsi, le premier numéro consacré
entièrement aux noms propres, soit le numéro 63 paru en 2000, ne traite que des
anthroponymes, comme il est expliqué dans le texte de présentation :

Alors que notre commande mentionnait toutes sortes d'« onymes »


(anthroponymes, toponymes, odonymes, noms de promotions, de navires,
d'écoles, de stades, etc.), les auteurs ont très généralement choisi de travailler
sur les anthroponymes : ce choix non concerté montre que le nom de
personne apparaît comme une sorte de prototype du Np, et que les relations
dans l'espace social et politique pivotent autour de la notion d'identité.
(Honoré, Paveau et Périès, 2000 : 4)

Un numéro plus récent, le numéro 86 paru en 2008, est intégralement dédié aux
toponymes. Il y a malgré tout quelques exceptions. Un autre numéro récent, le numéro 87
paru en 2008 aussi, est consacré aux « chrononymes », soit les noms propres de périodes. Le
texte de présentation de ce numéro s'attarde sur l'appellation chrononymes, ainsi que sur ce qui
fait des chrononymes des noms propres :

Nous appelons chrononyme une expression, simple ou complexe, servant à


désigner en propre une portion de temps que la communauté sociale
appréhende, singularise, associe à des actes censés lui donner une cohérence,
ce qui s'accompagne du besoin de la nommer. A côté des étiquettes
strictement calendaires existe en effet tout un appareil de dénominations
seul à même de permettre à une société de penser son histoire, et dont la
25

catégorie fait l'objet des études rassemblées dans ce dossier. Catégorie au


demeurant complexe, assez peu homogène, parfois douteuse, car de même
qu'il n'existe pas de lieu en soi mais seulement par rapport à un objet, il
n'existe pas d'époque ou de segment temporel en soi, mais seulement en
rapport avec des états, des actes, des processus. (Honoré, Paveau et Périès,
2008 : 5)

L'extrait suivant témoigne du fait que les préoccupations classiques entourant le nom
propre (comme sa nature et son orthographe) sont toujours d'actualité :

Cette fréquente indécision entre nom propre et nom commun pour installer
une dénomination de période tient également à des raisons
morphosyntaxiques : le chrononyme est construit [...] avec des mots du
lexique courant10, et parfois avec un ou des noms propres. L'incertitude
orthographique résulte souvent de cette particularité de beaucoup de noms
propres autres que les anthroponymes et les toponymes : aurons-nous
affaire, par exemple, au groupe nominal propriai chrononymique la Guerre de
14-18 (désignant une période de notre histoire présentée comme tout à fait
spécifique et caractérisée) ou à la formulation ordinaire la guerre de 14-18
(référant à une guerre parmi d'autres, qui s'est déroulée entre les années
1914 et 1918) ? {Ibid. : 7)

Les articles du numéro de MOTS consacrés aux chrononymes s'intéressent tous à un


chrononyme en particulier. Par exemple, Carmela Lettieri propose une analyse de
l'expression les « années de plomb » en corpus « afin de mettre en évidence les significations
politiques de ce chrononyme. » (Lettieri, 2008 : 43) Elle étudie ainsi l'évolution du sens de
l'expression au fil du temps. Un autre article se penche sur l'expression «l'Après-11
septembre » et son utilisation dans la presse française, entre autres pour tenter de dégager à
quel moment se termine la période couverte par l'expression (Fragnon et Lamy, 2008).

Mentionnons enfin le numéro 11 des Cahiers de soàolinguistique, intitulé «Noms


propres, dynamiques identitaires et sociolinguistiques » (2006). Encore une fois, les noms
propres classiques font l'objet principal des études dont il est fait état dans les articles.
Plusieurs auteurs s'intéressent aux toponymes (Le Squère, 2006; Nissabouri, 2006); d'autres
se penchent sur les noms de peuples (Akin, 2006; Cislaru, 2006; Manzano, 2006).

10Cette caractéristique de certains types de noms propres, construits avec des mots du lexique commun, sera centrale
dans notre recherche.
26

Enfin, certaines disciplines autres que la linguistique et dont l'objet est également la
langue présentent un intérêt grandissant pour le nom propre. C'est le cas nommément de la
traduction, pour laquelle les noms propres représentent une question délicate11. Mentionnons
également les recherches sur le traitement automatique des langues, pour lequel le repérage
automatique des noms propres reste un défi12.

Nous constatons donc un intérêt grandissant pour la question du nom propre dans la

communauté des linguistes. En outre, les noms propres spécifiques au vocabulaire politique
commencent également à faire l'objet d'études. Cependant, malgré un début d'élargissement,
les noms propres dont il est question restent majoritairement les noms propres de personnes
et de lieux. Lorsqu'un chercheur désire déborder de ce cadre, ce qui semble néanmoins se
produire de plus en plus souvent, il ressent encore le besoin de justifier son choix en
démontrant que les mots sur lesquels il désire se pencher sont bel et bien des noms propres -
ce que nous avons fait nous-même dans cette thèse.

Nous présenterons les points de vue d'autres linguistes qui ont abordé la question des
noms propres lorsque nous traiterons du nom propre en lexicographie, ainsi que lors de la
présentation de notre typologie des noms propres. Mais auparavant, nous ferons un tour
d'horizon de ce que disent les dictionnaires de linguistiques des noms propres.

[Link].1 Les dictionnaires et encyclopédies de linguistique

L'influence des logiciens est toujours perceptible dans les dictionnaires et les
encyclopédies de linguistique. La partie que Le Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du
langage de Ducrot et Scaeffer (1995) consacre au nom propre débute justement par un rappel
des principales thèses sur le nom propre. Après avoir expliqué les positions de Mill, de
Russell et de Frege sur la question, les auteurs de l'ouvrage se positionnent dans le débat sur
le sens du nom propre :

" Nous verrons plus loin comment John Humbley expose quelques problèmes liés à la traduction de certains types de
noms propres dans un article d'un numéro de la revue META consacré à la traduction des noms propres (META, vol 51,
no 4, 2006).
12 Voir par exemple Daille, Fourour et Morin, 2000 ou encore Maurel, 2004.
27

Quel sens l'observation linguistique peut-elle reconnaître à un nom propre


grammatical ? On notera d'abord qu'il est anormal d'employer un nom
propre si l'on ne pense pas que ce nom « dit quelque chose » à
l'interlocuteur, si donc l'interlocuteur n'est pas censé avoir quelques
connaissances sur le porteur de ce nom. On peut alors considérer comme le
sens d'un nom propre pour une collectivité, un ensemble de connaissances
relatives à son porteur, connaissances dont tout membre de la collectivité est
censé posséder au moins quelques-unes. (Ducrot et Schaeffer, 1995 : 367-
368).

En tant que signe linguistique, le nom propre comporte obligatoirement une


composante minimale de sens, partagée par les interlocuteurs, sans quoi la communication ne
peut pas réussir.

On note que l'ouvrage ne propose pas de définition en tant que telle du nom propre,
et ne se positionne pas quant aux types de mots qui sont des noms propres — il n'y est
question que de certains types de noms propres.

Le Dictionnaire de linguistique de Dubois et al (2001), quant à lui, commence par


proposer une définition du nom propre par rapport au nom substantif (appellation utilisée au
lieu de nom commun). Si les logiciens ne sont pas mentionnés en tant que tels, on sent leur
influence, par exemple dans le fait que seuls les anthroponymes et les toponymes sont
considérés comme des noms propres, comme en témoigne la liste donnée :

Les noms substantifs ont, toutefois, en commun, la propriété de comporter


une extension, ou étendue; ce qui permet d'opposer les noms communs, qui
peuvent s'appliquer à des éléments appartenant à des ensembles d'êtres ou
de choses auxquels le nom s'applique de la même manière, et les noms propres,
qui ne s'appliquent qu'à un être ou une chose pris en particulier (prénoms,
noms de famille, noms de dynasties, noms de peuples, noms géographiques
de pays, de contrées, de villes, de fleuves, de montagnes). (Dubois et al,
2001 : 325)

Les auteurs de l'ouvrage soulignent les limites de la distinction stricte entre les deux
classes de noms. Ils vont jusqu'à proposer une troisième classe de noms. En outre, ils
remettent en question le comportement syntaxique traditionnellement attribué aux noms
propres :
28

Toutefois la frontière entre noms propres et noms communs est instable.


On a considéré toutefois que lune, soleil étaient des noms communs, bien que
l'ensemble ne comprenne qu'un seul élément; par ailleurs, les noms propres
sont parfois accompagnés d'un déterminant, pour désigner des familles (les
Dupont), des objets par métonymie (un Picasso), pour opposer plusieurs
aspects d'un individu unique (Ce n'est pas la Jeanne que j'ai connue) ou pour
constituer une classe (Les Césars ne courent pas les rues). D'autre part, les noms
géographiques employés avec l'article et, surtout, les noms de marques, qui
ont toutes les caractéristiques des noms communs (une/des/quelques Renault)
semblent former une classe intermédiaire entre le nom propre et le nom
commun. (Ibid.)

Si la linguistique moderne commence à remettre en question les caractéristiques


traditionnellement attribuées du nom propre, l'étude linguistique du nom propre reste à
approfondir. Le poids de la tradition logicienne se fait toujours sentir, malgré les limites de
cette perspective. Les linguistes justifient souvent leur position par rapport à ces théories,
prises comme référence. En 1994, Gary-Prieur appelait les linguistes à poursuivre l'étude du
nom propre afin que son fonctionnement dans la langue soit aussi bien compris et expliqué
que celui des autres parties du discours :

un sujet parlant le français est capable de reconnaître un nom propre et de


construire une interprétation du syntagme nominal contenant ce nom selon
des principes spécifiques que la grammaire du français se doit d'expliciter.
(Gary-Prieur, 1994: 2)

[Link] Les noms propres et les grammaires traditionnelles

Les grammaires traditionnelles13 ont à leur tour repris les distinctions établies par les
logiciens. Il n'est pas question ici de présenter un état de la recherche dans le domaine de la
grammaire traditionnelle, puisque ce type d'ouvrages ne mentionne que brièvement la
question des noms propres, sans répondre à toutes les questions qu'ils peuvent engendrer.
Cependant, les informations relayées par les grammaires peuvent aider à saisir la petite place

11C'est-à-dire celles qui n'ont pas pour objectif de décrire le fonctionnement de la langue mais plutôt de consigner les
règles de la grammaire traditionnelle, prescriptive.
29

qu'occupe le nom propre dans la description de la langue. Nous avons consulté quelques
grammaires incontournables de la langue française ainsi que des ouvrages plus récents.

Il faut d'entrée de jeu admettre qu'à l'exception de celle de Damourette et Pichon, qui
leur consacre un chapitre entier, les grammaires ne s'étendent pas très longuement sur les
noms propres. Gary-Prieur résume :

La situation des noms propres dans les grammaires peut se résumer de la


manière suivante : distingués d'abord des noms communs sur une base
sémantique (désignation d'un individu/d'une espèce), ils sont ensuite plus
ou moins oubliés dans le chapitre consacré au nom, mais ils réapparaissent
comme cas particuliers sur le plan morphologique (problèmes du genre et
du nombre). On notera l'absence de toute dimension syntaxique. (Gary-
Prieur, 1991 : 7)

Vaxelaire explique à son tour que l'objectif des grammaires n'est pas de se pencher sur
la nature du nom propre, mais bien d'expliquer les règles normatives qui les affectent :

Dans leur majorité, les grammaires ne prennent même pas la peine de


circonscrire ce qu'est un nom propre. Leur tendance normative les amène
en revanche à donner les règles d'accord des noms propres (qui se limitent
alors aux anthroponymes et aux toponymes). (Vaxelaire, 2005a : 28)

En effet, les grammaires mentionnent brièvement la place du nom propre parmi les
autres unités du lexique, parfois en se contentant d'énumérer les divers types de noms
propres, et en donnent des informations de nature normative. Ce sont ces deux points que
nous présenterons à présent.

[Link].1 Nature du nom propre et types

Les grammaires parlent du nom propre lorsqu'elles abordent le nom en tant que partie
du discours. Elles distinguent les noms communs, sur lesquels suit un long développement,
et les noms propres, qui ne donnent lieu qu'à des remarques très générales, souvent les
mêmes d'un ouvrage à l'autre. Peu de grammaires proposent une réelle définition du nom
propre, et celles qui le font ne s'écartent guère de ce que proposait déjà la Grammaire de Port-
Royal:
30

Nous avons deux sortes d'idées; les unes qui ne nous représentent qu'une
chose singulière, comme l'idée que chaque personne a de son père et de sa
mère, d'un tel ami, de son cheval, de son chien, de soi-même, etc.
Les autres, qui nous en représentent plusieurs semblables, auxquelles cette
idée peut également convenir, comme l'idée que j'ai d'un homme en général,
d'un cheval en général, etc.
Les hommes ont besoin de noms différents pour ces deux différentes sortes
d'idées.
Ils ont appelé noms propres ceux qui conviennent aux idées singulières,
comme le nom de Socrate, qui convient à un certain philosophe appelé
Socrate-, le nom de Paris, qui convient à la ville de Paris.
Et ils ont appelé noms généraux ou appellatifs, ceux qui signifient les idées
communes; comme le mot d'homme, qui convient à tous les hommes en
général; et de même du mot de lion, chien, cheval, etc.
Ce n'est pas qu'il n'arrive pas souvent que le mot propre ne convienne à
plusieurs, comme Pierre, Jean, etc., mais ce n'est que par accident, parce que
plusieurs ont pris un même nom; et alors il faut y ajouter d'autres noms qui
le déterminent, et qui le font rentrer dans la qualité de nom propre, comme
le nom de Louis, qui convient à plusieurs, est propre au roi qui règne
aujourd'hui, en disant Louis quatorzième. Souvent même il n'est pas nécessaire
de rien ajouter, parce que les circonstances du discours font assez voir de
qui l'on parle. (Arnaud et Lancelot, 1810 : 275-276)

Suivant la même approche que les logiciens, plusieurs grammaires considèrent comme
véritables noms propres uniquement les noms de lieux ou de personnes — d'ailleurs, Port-
Royal ne donne que des exemples de ce genre de noms propres. Plusieurs grammaires feront
de même par la suite, comme Le bon usage de Grévisse et Goose :

Sont de véritables noms propres :


Les noms de lieux : villes, villages, rues, monuments, régions, pays, îles,
montagnes, cours d'eau, mers, étoiles et astres (excepté la terre, la lune et le
soleil) ;
Les noms de personnes : noms de famille, prénoms, pseudonymes (et aussi
les sobriquets, mais, pour ceux-ci, la signification n'est pas toujours absente).
(Grevisse, 1986 : 752)

Grevisse et Goosse ne se restreignent cependant pas à cette division. Pour valider leur
définition du nom propre (« Le nom propre n'a pas de signification véritable, de définition; il
se rattache à ce qu'il désigne par un lien qui n'est pas sémantique, mais par une convention
31

qui lui est particulière »), ils ajoutent les noms d'êtres surnaturels et les noms d'animaux.
Enfin, « [d]es mots ayant une signification deviennent des noms propres lorsqu'on les
emploie pour désigner, en faisant abstraction de leur signification; c'est le cas des titres de
livres {le Code civil, L'Education sentimentale), de revues {La nouvelle revue française). » (357) S'il y a
une tentative de se raccrocher à la définition traditionnelle, on sent tout de même une
insatisfaction dans le modèle restrictif noms de personnes/noms de lieux, et ces deux

catégories sont élargies.

La grammaire en ligne Reverso propose la même liste de noms propres que Le bon
usage : on y énumère les noms propres de lieux, de personnes, de divinités et d'animaux, en
faisant suivre cette liste de points de suspension. On dit d'une part que « [p]our distinguer les
noms communs des noms propres de lieux, de personnes, de divinités, d'animaux..., on écrit
ces derniers avec une majuscule. Marseille, l'Atlantique, l'Europe, Marcel, Médor, Jupiter. » Puis on
continue :

Certaines choses, notamment les moyens de transport (bateaux, avions,


autos...), les maisons... reçoivent un nom qui s'écrit avec majuscule, même
s'il s'agit d'un nom commun. Le Liberté, le Concorde, l'Airbus, le Thallys, la
Mégane.
Quand des noms communs servent à désigner une institution, une société,
une association, un regroupement de personnes qui possède une identité
particulière, unique, on a affaire à un nom propre : on met alors la
majuscule. Le Sénat ; L'Assemblée nationale ; le Parti républicain14.

Donc, certains mots deviennent des noms propres dans certaines conditions. Dans
leur grammaire historique, Bruneau et Brunot identifient pour les noms propres « deux
grandes classes : les noms de lieu, les noms de personnes. » (Bruneau et Brunot, 1969 : 5151)
Pour ces auteurs non plus, le nom propre n'est pas porteur de sens :

Les noms propres n'ont pas de signification : ils sont "personnels" et


désignent une réalité géographique, Londres, Varsovie, ou un individu, César
ou Napoléon, etc. Comme une étiquette, ils servent à l'identification d'un lieu
ou d'une personne déterminée. (Ibid.)

La grammaire interactive Reverso donne la définition suivante des deux types de noms :

14 Page consultée le 9 février 2009.


32

Un nom commun est un nom que l'on utilise pour nommer tous les
éléments d'un même ensemble. Le nom commun a une définition. Le nom
propre, lui, ne sert à nommer qu'un seul élément (un lieu, une personne...)
et il n'a pas de définition.

Du côté des grammaires canadiennes, la tendance est en général la même. Jacqueline


Ollivier et Martin Beaudoin reprennent les mêmes éléments que leurs prédécesseurs : « On
distingue les noms communs des noms propres. Ces derniers désignent des gens, des lieux ou
des époques. Ils prennent une majuscule. » On peut toutefois se demander pourquoi les
noms d'époques bénéficient du statut de nom propre et sont les seuls types de noms précisés
avec les noms de personnes et de lieux. Les auteurs ne donnent pas d'explications à cet effet.

Dans leur Grammaire du français actuel, Michel Théoret et André Mareuil évoquent le
critère de l'impossibilité de généraliser la portée d'un nom propre, mais y apporte aussitôt un
bémol :

On définit parfois le nom propre par sa "singularité"; au singulier, il


désignerait un "être précis et unique". Il faut préciser davantage. Dans ces
exemples, [...] il n'y a qu'un seul projet, un seul message, un seul obus; mais
il pourrait y en avoir d'autres. Par contre, il n'y aurait qu'un seul Michel
Ardan, et sa singularité est impossible à reproduire. C'est ce qu'exprime le
nom propre. (Théoret et Mareuil, 1991 : 80)

On peut enfin mentionner la Grammaire en tableaux de Marie-Éva de Villers (2003)15,


qui, même si elle ne propose pas de définition du nom propre, présente la liste de noms
propres la plus exhaustive que nous ayons trouvée dans un ouvrage de type normatif.
L'auteure dénombre (nous avons conservé son ordre de présentation) : les noms de dieux, les
noms de personnes, les noms de peuples, les noms de dieux païens, les noms d'astres, les
noms de points cardinaux, les noms géographiques, les noms de rues, de places, de
monuments, les noms d'établissements d'enseignements, les noms d'organismes publics et
privés, de sociétés, d'institutions, les noms d'événements historiques, les noms de fêtes
religieuses et nationales, les titres d'ouvrages, d'oeuvres d'art, les noms de journaux, de
périodiques (103-104). De Villers présente parfois des exemples, mais elle ne justifie pas ses

15La Grammmre en tableaux de Marie-Eva de Villers n'est pas à proprement parler une grammaire, mais plutôt un recueil
regroupant les principales difficultés grammaticales et typographiques du français au Québec. Le nom propre y est abordé
parce que son orthographe pose problème, en raison de la variation touchant la majuscule initiale.
33

choix. Son propos concerne avant tout les règles présidant à l'usage de la majuscule, dont

l'emploi au Québec est normé de manière différente qu'en France.

[Link].2 Grammaire du nom propre

Les grammaires donnent surtout des informations grammaticales, qui concernent


essentiellement l'emploi de la majuscule, l'absence de déterminant et de marques
morphologiques ainsi que l'impossibilité de traduire. La plupart des grammaires s'entendent
sur ces éléments, qu'ils n'expliquent par ailleurs pas toujours. Cela dit, certaines grammaires
apportent des nuances au discours dominant.

La majuscule initiale est souvent présentée comme une caractéristique essentielle du


nom propre. C'est ce que disent Le bon usage ainsi que les grammaires de Ollivier et Beaudoin,
de De Villers et de Théoret et Mareuil. Cependant, comme toutes les grammaires n'accordent
pas le statut de noms propres aux mêmes mots, cette caractéristique présente des limites. De
Villers énumère de nombreux types de mots, alors que Le bon usage ne considère comme
noms propres que les noms de lieux et de personnes. Un certain flou entoure la démarcation
des classes de noms par la seule majuscule initiale, comme nous le verrons en [Link].1.

On évoque souvent comme particularité du nom propre le fait qu'il ne puisse pas être
précédé d'un déterminant. Vaxelaire écrit par exemple ceci au sujet des anthroponymes :
« On lit constamment que le nom de personne s'utilise sans déterminant [...] » (Vaxelaire,
2005a : 84). Dans les grammaires que nous avons consultées, seule celle de Bruneau et
Brunot (p. 51) est catégorique à ce sujet; les autres notent la possibilité de le faire précéder
d'un déterminant dans certaines constructions (Théoret et Mareuil, 1991 : 80;
Reverso : « Contrairement aux noms communs, ils s'emploient dans de nombreux cas sans
déterminant »; Damourette et Pichon : 549).

Certaines grammaires, comme Le bon usage, avancent que le nom propre ne saurait
porter les marques morphologiques du genre et du nombre, puisqu'on ne peut pas le mettre
au pluriel ou au féminin. La Grammaire Larousse du français contemporain évoque plutôt l'absence
de variation pour le nombre des noms propres, qui peuvent être soit toujours au pluriel, soit
34

toujours au singulier : « Au contraire de la plupart des substantifs, les noms propres n'ont
d'emploi habituel qu'à un seul nombre : singulier pour Jérôme, Dupont, la Finlande, Paris, etc. ;
pluriel pour les Alpes, les Baux, etc. » (p.175)

Enfin, on mentionne souvent l'impossibilité de traduire le nom propre - Vaxelaire


parle même d'un consensus autour de ce critère. Comme il est expliqué dans le Précis de
grammaire historique, « [i]ls sont intraduisibles dans une langue étrangère : Varsovie n'est pas une
traduction de Warschawa, mais une adaptation à un système phonétique différent. » (p. 51)
Nous verrons cependant plus tard, dans la présentation de la typologie des noms propres
associés au vocabulaire politique, que ce critère n'est pas plus infaillible que les précédents
dès que l'on sort des strictes catégories de noms de lieux et de personnes.

Nous reparlerons de ces caractéristiques grammaticales que la grammaire


traditionnelle attribue aux noms propres lorsque nous présenterons comment nous avons
repéré les noms propres de notre corpus. Nous verrons comment les linguistes ont repris ces
critères des grammaires traditionnelles comme point de départ à leurs propres travaux,
comme ils avaient repris les théories des logiciens pour se pencher sur la nature du nom
propre. Nous verrons surtout comment ces critères sont essentiellement rejetés par les
travaux récents sur le nom propre. Pour l'instant, nous pouvons conclure que les critères
donnés par les grammaires traditionnelles reflètent un manque de consensus et un malaise
dans l'approche du nom propre et de ses différentes facettes (nature et morphologie).

[Link] Les noms propres et l'onomastique

L'onomastique a fait du nom propre son objet d'étude. Que l'onomastique soit
considérée ou non comme une branche de la linguistique16, force est d'admettre qu'elle
n'étudie pas le comportement du nom propre dans la langue : elle se contente soit de faire
l'histoire d'un nom propre en particulier, soit d'étudier les noms propres spécifiques à un
texte ou à un domaine. Les titres de quelques travaux d'onomastique publiés par Dauzat, le

16 Certains jugent que oui (le Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage de Larousse la classe comme un branche de la

lexicologie); d'autres, que non (Molino, que nous avons déjà cité).
35

fondateur de la revue Onomastica17 (qui deviendra la Revue internationale d'onomastique) montrent


que ces travaux ne répondent pas aux préoccupations soulevées par la place du nom propre
dans la langue, sa nature ou son sens. C'est ce que rappelle Vaxelaire dans cette citation :

Il est nécessaire de savoir que le but recherché par les onomasticiens, qui est
de trouver les racines d'un nom, ne peut nous être d'une grande utilité
immédiate (le sens actuel des noms). Bien que ce soit une évidence, il faut le
répéter : l'onomastique possède une vision diachronique alors que l'usage est
presque exclusivement synchronique, et l'étymologie d'un nom n'est pas son
sens actuel. (Vaxelaire, 2005a : 591)

Une autre limite de la perspective onomastique par rapport à nos objectifs de


recherche concerne le fait que cette dernière tend à privilégier l'étude des anthroponymes et
des toponymes, au détriment des autres noms propres de la langue. Par exemple, sur le site
de la Nouvelle Revue d'onomastique, il est spécifié que celle-ci est le « bulletin de la Société
Française d'Onomastique, dont le but est de favoriser l'avancement de la science dans le
domaine de la toponymie et de l'anthroponymie ». Vaxelaire impute aux onomasticiens la
responsabilité de cette restriction, qui s'est ensuite étendue à d'autres types d'études :

L'oubli de la diversité des catégories des noms propres est en partie dû aux
onomasticiens. Les travaux onomastiques sont, en très grande majorité,
consacrés à des études anthroponymiques, les autres types de noms ont été
négligés, ils ne possèdent pas la même légitimité historique puisqu'ils sont
pour la plupart plus récents : toute perspective diachronique est impossible
avec les noms de résidences ou de marques. (Vaxelaire, 2005a : 65)

Pour notre part, ce n'est pas l'histoire ou l'origine des noms propres qui nous
intéressent, mais bien la présence et le traitement de certains types de noms propres dans les
dictionnaires de langue. En outre, comme nous l'expliquerons en détail plus loin, nous
n'examinerons pas les noms de personnes ou de lieux dans le cadre de notre thèse. C'est
pourquoi nous n'irons pas plus loin dans l'examen de cette discipline.

17Par exemple, Les Noms de lieux : origine et évolution, villes et villages, pays, cours d'eau, montagnes, lieux-dits (1926),
Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France (1951).
36

[Link] Les noms propres et la lexicographie

Le traitement réservé aux noms propres en lexicographie générale est directement lié
à notre préoccupation de recherche; c'est par conséquent cette partie de l'état de la question,
dédiée à la métalexicographie18, que nous développerons le plus. Nous tenterons de remonter
à la source de la séparation entre noms communs et noms propres en lexicographie française;
nous passerons en revue les critiques adressées à cette façon de faire; enfin, nous verrons que
cette séparation est davantage théorique que réellement mise en pratique.

[Link].1 Une séparation historique et théorique

L'histoire de la lexicographie française peut nous aider à comprendre la pratique


lexicographique actuelle, en vertu de laquelle, dans la plupart des dictionnaires généraux, les
noms propres et les autres mots ne sont généralement pas intégrés dans une nomenclature
commune. Bernard Quemada fait remonter cette séparation au 16e siècle :

Les noms propres constituent une catégorie du vocabulaire communément


distinguée du fonds général du lexique et pour cela souvent traitée dans des
ouvrages spécialisés. Les dictionnaires développés du XVIe siècle ne les
ignoraient pourtant pas, mais montraient une certaine réticence à les relever.
Est-ce parce qu'Estienne, qui les avait réunis dans son Dictionarium poeticum
(1530,), n'avait pas jugé bon de les répéter dans son répertoire latin-français
de 1531 déjà très volumineux ? Le fait est qu'après lui, tous les dictionnaires
de langue garderont leurs distances vis-à-vis des noms propres, et
d'Alembert les en exclura d'autorité. La discrimination sera réciproque. Un
dictionnaire de noms propres, un dictionnaire géographique par exemple est
tenu d'éviter tout rapport avec un dictionnaire « grammatical », et par
conséquent de se refuser à expliquer la formation des noms propres dérivés
des noms de peuples, en particulier. Ainsi, la différenciation entre les deux
types de répertoires que la pratique avait individualisés depuis le XVIe siècle
va se trouver accentuée par des prises de position méthodologique
rigoureuses. (Quemada, 1968 : 310-311)

18 Nous employons le terme métalexicographie dans le même sens que Pruvost, pour qui la métalexicographie est la
« discipline dont l'objet est l'étude des dictionnaires, qu'il s'agisse de leurs types, de leurs méthodes ou de leur histoire, »
(Pruvost, 2006 : 193), le terme lexicographie s'appliquant plutôt à la confection des dictionnaires.
37

Comment savoir si le choix éditorial d'Estienne ne tenait pas plutôt à une question de
place, donc à une préoccupation dictionnairique, qu'à une prise de position sur la nature et le
sens du nom propre? Toujours est-il qu'en tant qu'auteur de l'ouvrage considéré comme le
premier dictionnaire de langue française, Estienne créera un précédent qui sera perpétué
ultérieurement dans la majorité des dictionnaires de langue française. Mais ce cloisonnement
n'a pas toujours fait l'unanimité dans l'histoire de la lexicographie française. La citation

suivante, tirée de l'ouvrage de Quemada, inclut un extrait de la préface de la réédition du


dictionnaire de Trévoux éloquent à ce sujet :

[I]l faudra attendre le XVIIIe siècle pour qu'un mouvement en faveur de leur
inclusion [les noms propres] dans les dictionnaires universels se manifeste.
Les rééditeurs de Trévoux de 1721 seront les premiers à prendre leur
défense en développant ce plaidoyer : « Véritablement quelques Auteurs, je
ne sçai par quelle mauvaise délicatesse, ou par la vaine crainte de s'opposer à
une coutume qu'ils ont trop respectée, parce qu'ils l'ont peut-être crûe plus
générale et plus raisonnable qu'elle n'est en effet, n'ont osé donner place
dans le corps de leurs Ouvrages à cette partie de la Langue qu'ils enseignent.
Persuadez pourtant qu'ils ne la devoient pas oublier, ils ont fait des listes des
noms propres d'hommes et de lieux, et comme un second Dictionnaire,
qu'ils ont placé à la fin du premier. Mais à quoi bon ce nouveau
Dictionnaire? Si ces mots sont étrangers à la Langue, pourquoi ne les pas
rejetter tout-à-fait? S'ils ne le sont pas, et s'ils ne doivent pas être oubliez
pourquoi ne pas les ranger dans leur ordre naturel? Quelle nécessité de
donner au Lecteur l'embarras de chercher en deux endroits différens, et
quelquefois en divers volumes, ce qu'il devoit trouver dans la même page? »
(Quemada, 1968 : 311)

Outre la tradition, une autre raison, cette fois-ci de nature linguistique, est parfois
donnée pour expliquer l'absence des noms propres dans les dictionnaires de langue. Cette
raison étant valable autant pour le français que pour l'anglais, nous reprenons l'explication de
Salikoko Mufwene : « one may well know how to speak a language without knowing the
famous individuals and places bearing the particular names entered in encyclopedias. »
(Mufwene, 1988 : 274) Ainsi, pour parler une langue, un locuteur doit simplement en
connaître le code, mais n'est pas tenu de connaître les noms propres, qui eux relèvent de
l'extra-linguistique. Nous pourrions répondre que ce raisonnement mène cependant à une
impasse : il est impossible de tenir un discours cohérent dans une langue sans utiliser des
38

noms propres. Par ailleurs, pour parler une langue, un individu ne doit pas connaître tous les

noms communs.

L'idée, issue de la logique, selon laquelle les noms propres n'ont pas de sens ou qu'ils
désignent plutôt que de signifier est inévitablement transposée en lexicographie. Ceci
constitue un argument supplémentaire pour écarter les noms propres des dictionnaires de
langue, qui ont pour fonction de donner le sens des mots. Dans l'extrait suivant d'un texte
récent, Alain Rey reprend en bloc les critères traditionnellement attribués au nom propre :

On dira simplement que le nom propre, de par ses caractères lexicaux


(identité du type langue et de l'occurrence, aptitude à constituer seul un
syntagme nominal [en français], codage et démotivation maximum) et
sémantiques (il désigne et ne signifie pas), perturbe considérablement la
description lexicographique normale : les dictionnaires qui « traitent » les
noms propres le font tout autrement que ceux qui analysent le reste du
lexique. (Rey, 2008 : 73)

Quel que soit l'argument avancé, le rejet des noms propres du dictionnaire de langue
résulte du fait que « le nom propre n'est [...] plus considéré comme un signe linguistique,
mais comme une étiquette attachée à un réfèrent » (Vaxelaire, 2005a : 44), ce que réfutent les
recherches actuelles sur la question, comme nous le verrons à présent.

[Link].2 Une séparation critiquée

Plusieurs chercheurs qui se sont penchés sur la question des noms propres en
lexicographie de langue française (notamment Vaxelaire, Mufwene, Higgins et Gary-Prieur)
jugent 1) qu'une séparation absolue entre les noms communs et les noms propres est
impossible; 2) qu'il n'y a pas suffisamment de noms propres à la nomenclature des
dictionnaires généraux. Vaxelaire déplore que « [l]es préjugés [sur l'absence de sens du nom
propre] servent malheureusement de base de travail à de nombreux chercheurs », et qu'on les
retrouve ainsi en lexicographie française. (Vaxelaire, 2007 : 4)
39

Selon Worth J. Higgins19, qui s'intéresse à la lexicographie anglaise, un certain nombre


de noms propres se doivent de figurer dans un dictionnaire de langue, même si une telle
démarche ne pourra que mener à des oublis ou à des incohérences - mais n'est-ce pas aussi le
cas avec les autres unités lexicales ? L'extrait suivant fait état de la présence des noms propres
dans des dictionnaires de langue anglaise :

the most prominent works of literature, the characters who are in them, and
other traditionally cultural names should be - and are in most dictionaries —
included. But this is not due to literary standard in lexicography. Rather,
such terms are included because the average educated person is expected to
know them, (and so allusions to them are sprinkled throughout the pages of
newspapers and periodicals [...], which frequently make up the core of the
average person's reading). (Higgins, 1997 : 387-388)

Par ailleurs, les informations qu'un dictionnaire peut ou pourrait donner d'un nom
propre ne sont pas uniquement de nature encyclopédique, mais peuvent également être de
nature linguistique. Lecomte-Hilmy et Mufwene soulignent le fait que les lecteurs peuvent
chercher des noms propres dans un dictionnaire (parfois en vain) pour trouver des
informations autres qu'encyclopédiques :

En effet, il nous semble que le lecteur, manifestement à tort plus qu'à raison,
a recours au dictionnaire des noms propres ou à la partie encyclopédique du
dictionnaire, non seulement pour améliorer ses connaissances culturelles,
mais aussi pour y trouver une réponse à des problèmes d'ordre linguistique,
tels que le genre et l'emploi syntaxique [...] mais aussi l'orthographe et la
prononciation dont l'étude révélerait les inégalités et les insuffisances de
traitement. (Lecomte-Hilmy, 1998 : 29)

Selon Vaxelaire, le traitement des noms propres en français devrait fournir au lecteur
le même genre d'information que pour les autres types de mots, notamment dans les
dictionnaires généraux :

19Nous avons cm bon de nous documenter également du côté de la métalexicogiaphie de langue anglaise puisque les
mêmes questions semblent se poser quant à la lexicographie des noms propres. En témoigne la liste des caractéristiques
suggérées du nom propre en anglais donnée par John Algeo, liste qui rappelle les caractéristiques attribuées au nom
propre en français : "Proper names are capitalized. Proper names have no plural forms. Proper names are used without
articles. Proper names do not accept restrictive modifiers. Proper names refer to single unique individuals. Proper names
do not impute any qualifies to the objects designated and are therefore meaningless. Proper names have a distinctive
form of définition that includes a citation of their expression". (Algeo, 1973 : 20). Il va sans dire que des nuances
pourraient être apportées à ces critères, de la même manière qu'en français.
40

[...] le traitement des noms propres dans ces dictionnaires [la 2e section du
Petit Jutrousse Illustré ou le Petit Robert des noms propres] n'est pas semblable à
celui des autres mots : les informations d'ordre linguistique sont lacunaires
quand elles ne sont pas simplement absentes : les prononciations sont
rarement données, les phénomènes d'homonymie, de polysémie ou de
synonymie sont ignorés et le comportement syntaxique des noms propres
n'intéresse guère les lexicographes. Dans le corps de l'article, il n'est pas
question d'une quelconque définition : les entrées concernant les
anthroponymes relèvent du genre de la notice bibliographique, les autres se
rapprochent d'une encyclopédie. (Vaxelaire, 2007 : 4)

Dans sa théorie sur le sens du nom propre, Gary-Prieur distingue le contenu


encyclopédique du nom propre et la connaissance discursive qu'un locuteur doit avoir pour
décoder un discours :

Le contenu d'un nom propre20 est un ensemble de propriétés attribuées au


réfèrent initial de ce nom propre dans un univers de croyance. Cette
définition permet de marquer clairement la différence entre ce que
j'appellerai « connaissance encyclopédique » et « connaissance discursive »
du réfèrent initial. La connaissance encyclopédique d'un nom propre se
construit en dehors du discours. Elle est représentée par les dictionnaires de
noms propres qui, comme on l'a vu avec l'exemple de Faust21, ne sont
d'aucune utilité pour comprendre une occurrence du nom propre dans un
énoncé. Ce que j'appelle « connaissance discursive » du réfèrent initial, c'est
au contraire une connaissance certes empruntée à la connaissance
encyclopédique, mais qui a sa source dans le discours lui-même. (51)

Pour Gary-Prieur, le dictionnaire de noms propres ne suffit pas à donner les


informations linguistiques nécessaires à la compréhension d'un nom propre en discours - ce
que l'on trouverait normalement dans un dictionnaire de langue.

Lorsqu'on s'intéresse au fonctionnement d'une classe lexicale, il faut


évidemment compléter la consultation d'une grammaire par celle d'un
dictionnaire. Pour ce qui est des verbes, par exemple, c'est le dictionnaire
qui fournit les informations sur les constructions d'un verbe donné, les

211Lorsqu'elle parle du sens des noms propres, Gary-Prieur distingue le sens à proprement parler, qu'elle rapproche du
prédicat de nomination de Kleiber que nous avons déjà évoqué, et son contenu.
21 L'exemple est le suivant : « Tout se passe comme si Saddam Hussein, ce Faust moderne, avait choisi la transgression

comme mode de comportement » (exemple tiré du Journal de Genève, 23/1/91). Gary-Prieur explique que « il est inutile de
lire l'article "Faust" du Petit Robert 2 pour comprendre cet énoncé. Cet article énumère en effet les écrivains, les peintres
et les musiciens qui ont repris la légende de Faust; il résume cette légende, propose une rapide analyse du poème de
Goethe; etc. Que retenir de tout cela qui soit en rapport avec Saddam Hussein? C'est l'énoncé lui-même qui répond à la
question : Saddam Hussein est comparé à Faust parce que Faust "avait choisi la transgression comme mode de
comportement". C'est là le seul élément nécessaire à établir la comparaison. » (47-48)
41

différentes contraintes de sélection qu'il impose à son entourage, et, bien


sûr, le sens qu'il prend dans chacune de ces constructions. Puisqu'il existe
des dictionnaires de noms propres, on pourrait s'attendre à y trouver des
informations complétant celles des grammaires. On se doute déjà, bien sûr,
qu'il n'en est rien, et que l'articulation entre grammaire et dictionnaire ne
fonctionne pas de la même façon avec les noms propres qu'avec les autres
unités lexicales. Sinon, pourquoi y aurait-il, justement, des « dictionnaires de
noms propres »? (Gary-Prieur, 1991 : 7)

Mufwene, pour sa part, conclut très clairement au sujet des noms propres et de leurs
dérivés qu'on doit les traiter dans les dictionnaires :

Proper names and their derivative adjectives are linguistic signs; they are
thus constrained in the same way as common nouns and the adjectives
derived from them are. Their usage présupposés the same kind of linguistic
knowledge that is required to be able to use common nouns, regarding, e.g.
pronunciation, spelling, grammatical number, gender, and delimitative
possibilités. The main différence is that proper nouns dénoté de fini te (sets
of) individuals and common nouns dénoté classes, kinds of individuals or
substances. Otherwise, they are both linguistic signs of basically the same
kind, even up to the functional value of the denotative descriptions
associated with them. Proper names thus deserve to be entered as a matter
of course on dictionaries as much as do common nouns. (Mufwene, 1988 :
279)

Plus près de notre objet de recherche, les travaux de John Humbley (2006) concernent
la traduction des noms d'institutions (qui comprend pour l'auteur les noms de partis
politiques). Humbley soutient que la frontière artificielle qui sépare les noms propres et les
noms communs pose problème du point de vue de la traduction. Le chercheur prend
l'exemple des noms d'organes de la vie universitaire française.

Nous récusons une division radicale entre nom propre et nom commun.
Nous relevons dans le vocabulaire institutionnel qui nous concerne de
nombreux problèmes de traduction qui touchent les noms communs
comme les noms propres. La traduction de Université Paris 7 Denis-Diderot
(référent unique, donc nom propre) se pose dans les mêmes termes que celle
de conseil scientifique ou conseil des études et de la vie étudiante (dont le référent
n'est pourtant pas unique - chaque université française en a) : dans les deux
cas, il s'agit de problèmes communs au vocabulaire institutionnel. Nous
considérons qu'ils illustrent le caractère artificiel de la division che2 les
spécialistes du nom propre. (Humbley, 2006 : 673)
42

Toutes ces recherches permettent d'entrevoir le nom propre comme un signe


linguistique. En tant que signe linguistique, le nom propre peut être porteur de sens (même si
ce sens est éventuellement de nature différente de celui du nom commun) et il présente des
caractéristiques linguistiques (morphologiques, phonétiques, etc.). Au lieu de la traditionnelle
distinction rigide entre nom commun et nom propre, Vaxelaire parle d'un continuum,
notamment pour ce qui est du sens. Il propose d'envisager les noms propres d'un point de
vue linguistique, à l'instar des autres catégories de mots de la langue, et non plus à l'aide des
concepts hérités de la logique antique :

D'un point de vue linguistique, les noms propres ne sont en fin de compte
que des éléments d'un texte et ils sont fortement déterminés par le contexte.
[...] [Les théories d'origine logique qui ont jusqu'ici dominé le débat] ne
s'intéressent qu'au lien avec le réfèrent et aucune ne propose une conception
claire du signifié au nom propre. (Vaxelaire, 2007 : 12)

Le nom propre n'est pas un signe sans signifié, il n'est pas vide de sens
comme il n'a pas plus de sens que le nom commun [...], il est régi par les
mêmes conditions que le nom commun et ne peut être considéré
différemment. Le nom propre n'a finalement rien de magique, il peut être
analysé linguistiquement, qu'il ait été créé pour un être humain, un lieu, une
entreprise ou un personnage de fiction. (Ibid,'. : 14)22

À la fin de son ouvrage, Vaxelaire propose de traiter le sens des noms propres en
procédant à une analyse sémique, comme le suggérait déjà Rastier :

La conclusion de Rastier est similaire à la nôtre : pourquoi devrions-nous


traiter différemment le signifié des noms propres et celui des noms
communs, "sauf parti pris métaphysique qui en ferait les corrélats d'essences
différentes, ils sont régis par les mêmes conditions" (Rastier, Cavazza &
Abeillé, 1994: 71). Il s'agit alors de choisir les mêmes principes de
définitions et de distinguer leurs sèmes inhérents et afférents23. (Ibid. : 825)

22 C'est également ce que propose Gary-Prieur dans son article intitulé : Le nom propre constitue-t-il une catégorie linguistique?
(1991)
23 Vaxelaire clarifie ainsi ce que Rastier entend par sèmes afférents : « A la différence de Pottier, Rastier (1987 : 53) introduit

les sèmes afférents (les "traits connotatifs" selon Pottier) dans le classème et dans le sémantème, au lieu de les regrouper
dans une classe ad hoc (le virtuème). Ce qui est en jeu, c'est éviter de rejeter hors de la linguistique tous les phénomènes ne
correspondant pas aux phrases prototypiques de la grammaire générative.
[ . . . ] A l'intérieur d e c e s sèmes afférents, Rastier établit u n e distinction entre sèmes afférents socialement normés et sèmes
localement afférents. Comme leur nom l'indique, les premiers sont partagés par les membres d'une société alors que les
seconds relèvent de l'idiolecte. Puisque les sèmes inhérents sont codifiés en langue, on voit apparaître une gradation entre
ces types de sèmes. » (823)
43

Selon Vaxelaire, si les noms propres ont un sens, et que celui-ci se décompose en
différents sèmes, certains noms propres peuvent avoir plus de sèmes que d'autres. Par
exemple, Félix pourrait avoir les sèmes : /animal/, /chien/, /mâle/. Alors que Charlie
Chaplin, exemple donné par Jean-Marcel Léard et Ginette Thiffault, donne un aperçu d'un
nom propre qui contient un nombre plus élevé de sèmes. Les deux visions diamétralement
opposées du nom propre mises en scène dans le Cratyle de Platon sont présentées dans cet
extrait :

la définition du Npr [nom propre] se fait de deux façons contradictoires; il


est vu sans propriété, sans trait (sans intention) un simple « être appelé »
(3a), ou comme référant à un singulier en vertu d'un nombre infini et d'un
regroupement unique de traits (3b).

(3)a Charlie Chaplin est Charlie Chaplin et je ne peux le définir autrement


que par son nom.

(3)b Charlie Chaplin est l'homme au chapeau melon, à la canne, qui a


tourné 20 films muets, avait une fille et est né tel jour, a vécu et est mort en
Suisse... (Léard et Thiffault, 1998 : 54)

[Link].3 Une séparation plus théorique que pratique

En principe, les dictionnaires généraux ne traitent pas les noms propres, parce que
cela ne serait pas leur objet. Les auteurs mentionnés précédemment estiment artificielle la
séparation théorique entre les deux types de noms; nous verrons à présent qu'ils jugent
également imparfaitement étanche la séparation pratique qui en est faite. Les quelques
chercheurs qui se sont penchés sur la question ont trouvé des noms propres dans les
dictionnaires de langue, et inversement, des noms communs à la nomenclature des
dictionnaires de noms propres.

Quelques études récentes portent sur le traitement lexicographique dans un


dictionnaire de noms propres en tant que tel. C'est par exemple le cas de Georges-Élias
Sarfati (2000), qui décortique la définition de Gandhi dans le Robert des noms propres. C'est aussi
le cas de Lecomte-Hilmy, qui a également étudié la pénétration des noms communs dans la
partie « noms propres » d'un dictionnaire. Celui-ci analyse en particulier quatre points
44

concernant les noms propres, soient le genre, la morphosyntaxe, la dérivation et la


lexicalisation. La prise en compte de ces divers éléments l'amène à soutenir que la division
entre les deux types de noms n'est pas imperméable et que le classement d'un mot dans un
dictionnaire général ou dans un dictionnaire de noms propres n'est pas toujours justifié.
Lecomte-Hilmy juge qu'on devrait retrouver les deux types de noms dans les deux types de
dictionnaires. Il aborde aussi la problématique liée aux dérivés de noms propres :

L'ambivalence qui caractérise les noms propres affecte tout autant leurs
dérivés. [...] En dehors des dérivés de noms de lieux d'une importance
géographique historique, politique ou démographique particulière et des
dérivés qui ne sont pas à proprement parler des noms d'habitants, les
dérivés de noms de lieux ressortissent du dictionnaire des noms propres, ou
dans le cas du PLI, de la partie Historique, à l'exception, donc, du Petit
Robert 1, qui [...] leur reconnaît une place dans le dictionnaire de langue,
tout en ne pouvant se résoudre à les intégrer tous à la nomenclature.
(Lecomte-Hilmy, 1989 : 22-23)

Mansour Hadifi (2004) a étudié la pénétration des noms propres en lien avec la Syrie
dans le Trésor de la langue française informatisé, et démontre que les noms propres se retrouvent
fréquemment dans les diverses rubriques d'un article de dictionnaire (dont l'exemplification
et l'étymologie). Jean-Claude Boulanger et Monique Cormier en arrivent au même constat.
Leur ouvrage intitulé Le nom propre dans l'espace dictionnairique : étude de métalexicographie
rassemble la majorité de leurs travaux sur ce qu'ils nomment les unités ou les dénominations
proprielles (Boulanger et Cormier, 1991). Pour ces auteurs, il est inévitable d'employer des
noms propres dans le dictionnaire de langue :

Le nom propre [...] fait partie des éléments de nature langagière auxquels
recourent les locuteurs pour produire des discours et pour construire leur
image du monde ainsi que celle des réalités qui les entourent. A ce titre, les
dénominations proprielles figurent naturellement dans les dictionnaires
spéciaux et dans les encyclopédies. Plus même, elles parsèment tous les
dictionnaires de langue. Aucun répertoire ne peut s'en priver. Les Npr
forment par ailleurs une zone essentielle du métalangage lexicographique et
ils jouent, en conséquence, une multitude de rôles dans les énoncés
microstructurels. Les discours articuiatoires ne sauraient être cristallisés sans
eux. (Boulanger et Cormier, 1991 : 21)
45

Du côté de la lexicographie américaine, Higgins (1997) observe lui aussi que les pages
des dictionnaires de langue sont remplies de noms propres, et ce, même à la nomenclature,
mais que les règles attenantes à leur inclusion sont floues et donnent lieu à des choix
discutables. Il faut préciser que la lexicographie de langue anglaise semble plus accueillante à
l'endroit des noms propres que la lexicographie de langue française (voir sur ce point
Boulanger et Cormier : 2001). À partir de certains noms propres présents dans le Webster,

Higgins questionne l'absence de noms propres comparables :

The tenuity of this dichotomy [entre nom commun et nom propre] is


obvious when we consider that while omitting names like Milton, the
dictionary admits of those proper names denoting specific holidays (as
Aprils Fool's Day), members of political entities (as Russian, Floridian), names
of movements or groups (as Christian Science, Mafia), and epithets expressive
of the Deity (as Yahweh), but not mythological and fictional characters and
places (as Hercules, Atlantisj or organizations (as United Nations). (God only
knows the rationale behind the idiosyncratic inclusion of words like Farth
and Vulgate but not, for example, Mars or King James Version). In fact the
criteria for inclusion of proper names is so haphazard that even if we do
know that the dictionary theoretically omits ail proper nouns, yet our
experience shows that it does not, then the décision whether or not to look
up a proper name is reduced to guesswork, and by the time we have flipped
through this gargantuan volume, its Addenda, and possibly even its
Supplément, only to find that it has been omitted, we throw our hands up in
despair, confounded and annoyed, uttering irreverent epithets about eighty
or ninety dollars in paper fit only to start the fire. (Higgins, 1997 : 381-382)

La question qui se pose ici n'est pas seulement celle de la présence de noms propres
en tant qu'aide à la description lexicographique, propos des travaux cités jusqu'à présent dans
cette section, mais plutôt celle de la description même des noms propres dans le dictionnaire.

Jean-Claude Boulanger et Monique C. Cormier ajoutent une dimension variationniste


aux préoccupations touchant la présence des noms propres dans le dictionnaire de langue.
Relevant trois occurrences de Paris et une occurrence de France uniquement dans la première
page du NPR consacrée à la lettre A, les auteurs soulignent la part de subjectivité culturelle
qui est associée au choix des noms propres mentionnés dans la métalangue du dictionnaire :

On admettra que le géocentrisme est normal et naturel pour le locuteur cible


d'un dictionnaire, en l'occurrence le public français pour le NPR. Il est
46

cependant perçu comme une facette idéologique par le locuteur


francophone périphérique, non pas parce que Paris et France occupent un
espace de visibilité important dans le dictionnaire, mais parce que d'autres
toponymes bien connus dans la francophonie sont presque totalement
invisibles alors même que le répertoire s'adresse à tous les usagers du
français. Du point de vue fonctionnel, il y a de grands avantages pour un
Parisien que le dictionnaire fasse référence au Pont d'Alma pour illustrer un
emploi de %ouave. Cet avantage n'est pas aussi évident pour le Québécois, par
exemple, qui souhaiterait que le lexicographe ajoute un exemple
représentatif de sa culture, question d'être vraiment en adéquation avec la
vocation francophone déclarée du NPR. Il ne s'agit pas d'exiger la
suppression de l'exemple propre à la France et qui porte cette connaissance
hors des frontières françaises, mais d'ouvrir une vraie fenêtre sur le reste de
la francophonie. La situation est bien entendue différente lorsque le
dictionnaire a une diffusion géographique limitée, comme dans le DQA et le
Robert Dictionnaire d'aujourd'hui qui prennent respectivement à témoin le
public nord-américain et le public hexagonal. (Boulanger et Cormier, 2001 :
23)24

Le long extrait suivant d'un texte de Lecomte-Hilmy résume bien les problèmes liés à
la frontière, perméable mais tout de même présente, entre noms communs et noms propres
en lexicographie générale :

La décision de traiter les noms propres indépendamment, qu'elle s'appuie


sur des données théoriques ou sur une tradition de commodité, est loin de
s'appliquer aisément. En effet, un rapide examen de quelques dictionnaires
de langue et de dictionnaires de noms propres rend compte, d'une part, de
la difficulté des lexicographes à répartir noms communs et noms propres en
deux ensembles distincts, et d'autre part, du lien qui unit les noms propres
au reste du lexique. Avec la recherche de l'exactitude et de la richesse de
l'information, les limites des deux types de dictionnaires semblent devenir
de plus en plus floues. Il arrive que des noms propres apparaissent à la
nomenclature du dictionnaire de langue [...]; inversement, les noms
communs ne sont pas totalement exclus des dictionnaires de noms propres;
le RDU [Robert : Dictionnaire universel des nom propres] et le PR2 incluent ainsi
les noms communs à valeur de noms propres (Calvinisme, Fief, Résistance)
et de véritables noms communs « absents de tous les dictionnaires de langue
française, car ils ne sont pas intégrés à notre langue, tout en étant
indispensables à la compréhension de certains articles » (Rey, 1974 : XIX).
La présence, dans les articles du dictionnaire de noms propres, de formes

24 Jean-Yves Dugas est un autre auteur qui s'est intéressé au nom propre en contexte québécois; il s'est penché sur les

gentilés, les toponymes et les anthroponymes dans les dictionnaires québécois (Dugas, 1986). Cependant, ses travaux
portent exclusivement sur les types de noms propres que nous n'analyserons pas dans notre thèse.
47

dérivées et lexicalisées, ou d'expressions idiomatiques construites sur le nom


propre (PLI : NIVELLE; RDU : DAMOCLÈS, ERASME, NESSOS), ainsi
que les renvois explicites au dictionnaire de langue (PR2 : POUBELLE;
RDU : Thomisme) établissent ainsi un rapport constant de complémentarité
entre les deux types d'ouvrage. Ces quelques constatations immédiates
attestent le problème que pose le nom propre à la lexicographie. » (Lecomte-
Hilmy, 1989 : 8)

Nous terminerons cette partie en donnant la parole à Josette Rey-Debove et Alain


Rey, non pas en tant que lexicographes, mais en tant que métalexicograhes. Dans son étude
de 1971 sur les dictionnaires, Josette Rey-Debove écrivait que le dictionnaire de langue est
« un ouvrage dont la nomenclature est le lexique d'une langue (ou une réduction structurée
de ce lexique) à l'exclusion des noms propres. » (Rey-Debove, 1971 : 31) Cependant, elle
souligne que la distinction entre le nom propre et le reste du lexique est difficile à établir, et
donc à respecter dans le dictionnaire :

Les noms propres sont en principe exclus du dictionnaire de langue. Mais la


frontière entre nom commun et nom propre est fragile. Lorsque la forme est
pertinente (par ex. le monème Espagne) et que le mot ne désigne qu'une
chose unique, la distinction est aisée. Mais les noms propres s'insinuent dans
le dictionnaire de langue lorsqu'une de ces conditions n'est pas remplie :
(a) le nom propre est composé de mots quelconques
Etats-Unis, Confédération Générale des Travailleurs apparaissent sous forme de
sigles (U.S.A., C.G.T.) dans PR. Il est d'ailleurs souvent difficile de se faire
une opinion : D.C.A. (défense contre avion) P.J. (police judiciaire) F.F.I.
(forces françaises de l'intérieur) traité dans PR, ont l'apparence de noms
communs, mais il s'agit plutôt, selon nous, de choses uniques. Le sigle crée
évidemment une difficulté particulière : si l'on peut "répartir" Police
judiciaire sous l'entrée police ou l'entrée judiciaire, il faut faire figurer P.J. à la
nomenclature. Or la microstructure peut accueillir des syntagmes à valeur de
noms propres (parce que ces syntagmes sont alors des exemples), mais non
la macrostructure.
(b) Le nom propre s'applique à de nombreux objets
Le cas le plus simple est celui où le nom propre fonctionne comme nom
commun, s'est lexicalisé : Un Don Juan, une poubelle. Ces deux mots ont une
définition, et s'applique à Monsieur X ou à une boîte à ordures fabriquée par
la maison Y. Mais les noms de marques posent des problèmes; les marques
servent à désigner un seul et même objet fabriqué en série. On boit un
Martini en flamant une Gitane. Mais il n'y a pas de définition de Martini ou
de Gitane, et Martini ne s'applique pas au Cinzano ni Gitane à la Gauloise.
48

Ces mots testent en fait des noms propres bien qu'ils désignent un type
d'objet, et méritent par là d'être traités en noms communs. (Ibid. : 88)

Dans un ouvrage plus récent, Alain Rey soulève le problème des noms propres en
lexicographie générale. Il souligne que l'absence des noms propres dans les dictionnaires
généraux occasionne une gêne pour certains types de mots, comme les noms propres
lexicalisés et les dérivés de noms propres, ce qui soulève toutefois une problématique
différente, quoique liée, à celle de l'absence des noms propres eux-mêmes dans le
dictionnaire :

Enfin, il faut mentionner l'important problème que pose l'absence des noms
propres dans les dictionnaires de langue. En effet, les noms propres
fournissent non seulement des lexicalisations {un harpagon) mais des
monèmes productifs (marxiste, marxisme, marxien). Certes, on trouve américain
dans tous les dictionnaires, mais berrichon, puis limougeon, enfin castelpontain (de
Pont-du-Château, dans le Puy-de-Dôme) ou encore giscardien, a^navourien...
ne peuvent pas tous figurer dans le lexique décrit. (Rey, 2008 : 30-31)

Sur la question plus spécifique des noms propres et de leur traitement


lexicographique, Rey fait état des différences que ce traitement présente avec celui des autres
unités du lexique, dans cet extrait dont la première partie a déjà été citée :

On dira simplement que le nom propre, de par ses caractères lexicaux


(identité du type langue et de l'occurrence, aptitude à constituer seul un
syntagme nominal [en français], codage et démotivation maximum) et
sémantiques (il désigne et ne signifie pas), perturbe considérablement la
description lexicographique normale : les dictionnaires qui « traitent » les
noms propres le font tout autrement que ceux qui analysent le reste du
lexique. Ici, il faut évidemment distinguer les dictionnaires linguistiques
(onomastiques) et les encyclopédies de noms propres notoires [...]. A noter
l'absence (au moins pour le français) de répertoires des noms propres
passant ou passés dans le code lexical de la norme et de dictionnaires traitant
le nom propre en synchronie, comme élément doué de fréquence dans un
corpus. {Ibid. : 73)25

Nous pouvons conclure de cette partie de l'état de la question que, comme la


linguistique, la métalexicographie comporte encore de nombreuses zones inexplorées en ce
qui concerne le nom propre. C'est également ce que constatent Boulanger et Cormier :

25 Nous reviendrons plus loin sur ces « caractères lexicaux » que Rey attribue au nom propre.
49

La métalexicographie n'a pas encore questionné sérieusement la place, le


statut des Npr dans les dictionnaires généraux monolingues, ni les
conditions qui commandent l'utilisation de ces « mots » pour discourir sur
d'autres mots. Les principaux manuels de lexicographie discutent du Npr.
Mais il est toujours abordé du point de vue de son ancrage macrostructurel,
à savoir son insertion dans la nomenclature. (Boulanger et Cormier, 1991 :
22)

Les études métalexicographiques démontrent qu'on continue à ne considérer comme


de réels noms propres que les anthroponymes et les toponymes, et qu'on hésite à donner
dans le dictionnaire les mêmes informations pour les noms propres que pour les autres unités
du lexique. Cependant, en théorie comme en pratique, on ressent un malaise dans la manière
de diviser noms propres et lexique commun26. En outre, les études métalexicographiques
n'ont pas encore dressé un portrait global de la présence et du traitement des noms propres
dans le dictionnaire de langue.

[Link] Les noms propres et l'analyse du discours

Avant de passer en revue les études sur le vocabulaire politique, nous devons
mentionner que l'analyse du discours commence à s'intéresser au nom propre, comme en
témoigne la parution en 2009 des 11e Carnets du Cédiscor, intitulés «Le nom propre en
discours ». Les directeurs de ce numéro thématique admettent dès les premières lignes que
l'intérêt de l'analyse du discours pour les noms propres est récent :

Les approches discursives du nom propre sont encore balbutiantes et


l'analyse du discours ne peut que s'enrichir de favoriser leur éclosion et leur
développement. Des travaux encore épars essaient en effet de rendre
compte de la manière dont les noms propres [...] sont investis et réinvestis
de sens dans la production discursive, sens étroitement lié aux différents
ancrages des discours historiques. (Lecolle, Paveau et Reboul-Touré, 2009 :
20)

Les contributions à cette revue sont variées, mais se rapportent encore souvent aux
anthroponymes et toponymes (par exemple : Une passe à la Zidane : le nom propre dans le discours

16Nous expliquerons au point [Link] pourquoi nous avons rejeté l'opposition « nom commun/ nom propre » et
pourquoi nous lui préférons « lexique commun ». C'est cette appellation qui sera privilégiée dans la thèse lorsqu'il sera
question des unités lexicales qui ne sont pas des noms propres.
50

du reportage sportif, d'Inna Khmelevskaia ou encore Changement de sens du toponyme en discours : de


Outreau « ville » à « Outreau » fiasco judiciaire », de Michelle Lecolle). Toutefois, comme pour les
autres champs de la linguistique, les autres types de noms propres commencent à se frayer un
chemin parmi les sujets de recherche. C'est ainsi qu'on retrouve un texte portant sur les noms
propres d'événements (À propos des « noms propres d'événements ». Événementialité et discursivité,
d'Alice Krieg-Planque; ha dénomination propre La Guerre d'Afghanistan en discours : une interaction
entre sens et référence, de Marie Veniard) ou des noms propres de batailles (De Gravelotte à Bir
Hakeim. Le feuilleté mémoriel des noms de bataille, de Marie-Anne Paveau).

[Link] Conclusion sur les études portant sur le nom propre

On constate donc que les études portant sur le nom propre se font de plus en plus
présentes, les linguistes sentant que le tour de la question n'a pas été fait à leur sujet. En
outre, après s'être cantonnées à l'analyse des noms propres de lieux et de personnes, les
recherches s'aventurent à présent en terrain moins connu.

Cependant, le champ du nom propre n'a pas encore été totalement défriché, et il reste
des zones d'ombre. Ainsi, peu d'études portent sur la présence du nom propre dans le
dictionnaire général en tant qu'unité traitée. Il en va de même pour les noms propres
particuliers au vocabulaire politique, dont nous ferons à présent l'état de la question.
51

1.1.2 Les études sur le vocabulaire politique

Nous tracerons ici le portrait des principales études portant sur les vocabulaires
politiques français et québécois27.

[Link] Principales études sur le vocabulaire politique français

Plusieurs des études qui ont été menées sur le vocabulaire politique français relèvent
de la lexicologie et constituent des recensements du vocabulaire politique à une époque
donnée. Comme l'objet de notre étude a plus précisément trait aux noms propres dans le
vocabulaire politique qui se retrouvent dans les dictionnaires généraux, nous nous
contenterons ici d'évoquer les plus marquantes de ces études, soit celles de Jean Dubois, de
Michel Demonet et de Maurice Tournier.

En ce qui a trait à l'étude de corpus constitués de certains types de vocabulaires


politiques, la thèse de Jean Dubois fut marquante. En 1962, Dubois publie LJ vocabulaire
politique et social en France de 1869 à 1872 -A travers les œuvres des écrivains, les revues et lesjournaux,
étude de grande ampleur d'un vocabulaire en synchronie. Dubois y recense les mots du
politique dans les écrits émanant d'une période tumultueuse de l'histoire française, à savoir
les quelques années qui verront tour à tour la Guerre franco-prusse, la fin du Second Empire,
la Commune de Paris et les débuts de la Troisième République.

L'auteur insiste sur l'importance de travailler par champ lexical :

une étude lexicologique [...] doit reposer sur l'examen d'un système lexical
pris dans sa totalité, sans que rien n'en soit écarté et sans que soient
formulés des jugements a priori sur l'importance de quelques termes retenus
en vertu de considérations étrangères à la linguistique, (p. 1)

27 Nous employons le mot vocabulaire dans son sens général de : « Ensemble des mots propres à une science, une
technique, un art, une profession » (définition du TLFi, en date du 12 septembre 2011). Nous employons également
lexique dans son sens général : « Ensemble des mots d'une langue. » (définition du TLFi, en date du 12 septembre 2011).
Nous ne reprenons pas le sens de vocabulaire donné par de Saussure dans son opposition entre lexique et vocabulaire.
52

Ce travail par famille lui a permis de se concentrer sur les procédés morphologiques

qui président à la formation du vocabulaire politique. Au terme de sa recherche, Dubois


établit certaines caractéristiques du vocabulaire politique de la période étudiée, par exemple :

La langue politique use très largement du vocabulaire moral, philosophique,


ou religieux en lui donnant un contenu qui l'intègre au lexique politique
d'une manière si complète qu'il devient parfois impossible de l'employer
avec sa valeur première. Inversement, les idées morales imprègnent
l'ensemble du vocabulaire politique et social, car la volonté du parti ou de la
classe au pouvoir est d'identifier le régime politique ou social qui est le sien
avec le régime « idéal » dont les bases reposeraient sur des principes éternels,
se traduit linguistiquement par la valeur morale qui s'ajoute aux mots du
vocabulaire politique, (p. 66)

Le lexicologue prend également en compte dans son étude le caractère affectif


entourant certains mots par rapport à d'autres :

Les locuteurs se trouvent devant plusieurs mots lorsqu'il s'agit de qualifier la


structure politique et la forme de gouvernement : « régime, système,
pouvoir, État, gouvernement ». Par le jeu des oppositions et des
associations, et par l'utilisation à des fins affectives de quelques-uns de ces
termes, il se fait entre ces mots un équilibre nouveau : les corrélations se
modifient sous l'effet des transformations politiques, sociales et
économiques, et le contenu des termes s'en trouve changé
fondamentalement, (p. 92-93)

Une autre recherche marquante est celle de Michel Demonet, Des tracts en mai 68.
Prenant comme corpus les tracts publiés à Paris durant les événements de mai 1968, l'auteur
fait une étude lexicométrique pour dresser un portrait quantitatif du vocabulaire utilisé dans
cette littérature. Une analyse de contenu et une analyse des cooccurrents complètent l'étude.

Le lexicologue Maurice Tournier et son laboratoire de Saint-Cloud ont également


alimenté les recherches sur le vocabulaire politique français. Tournier se concentre sur le
pouvoir des mots dans le domaine politique (Tournier 1982, 1997). Son outil principal, la
lexicométrie, ou statistique lexicale, permet d'obtenir la fréquence des mots, et donc de
déterminer l'importance relative des mots dans un corpus donné; elle permet aussi de repérer
les cooccurrents des mots choisis. Tournier a également proposé une typologie des affixes les
plus productifs en politique (2000). L'équipe du laboratoire de Saint-Cloud a à ce jour fait
53

paraître huit fascicules qui forment le Dictionnaire des usages socio-politiques (1770-1815), dont
l'objet est de faire la lumière sur certaines notions en politique. La préface du dernier
fascicule explique comment celui-ci, à l'instar des précédents, s'inscrit « dans une perspective
d'histoire des concepts » et « procède de la rencontre entre des chercheurs de diverses
disciplines sur le terrain d'une notion-clé, la patrie ». (J acques Guilhaumou et Raymonde
Monnier, 200628)

Notons que l'analyse de discours a parfois pris comme objet d'étude le discours
politique, en commençant par les travaux de Michel Pêcheux en analyse automatique du
discours (Pêcheux 1969, Fuchs et Pêcheux, 1975). Plus récemment, Maryse Souchard (1997)
propose une analyse des discours de Jean-Marie Le Pen.

[Link] Principales études sur le vocabulaire politique québécois et canadien

Du côté québécois, le vocabulaire politique a fait l'objet de quelques mémoires de


maîtrise (Giguère, 2000; Jousselin, 1977) ou de thèses de doctorat (Hare, 1970; Vincent,
1999). L'influence des travaux de Jean Dubois est perceptible dans la majorité de ces études,
qui se démarque par l'importance accordée à l'analyse d'un vocabulaire lié au contexte
québécois.

Dans sa thèse de doctorat, John Hare (1970) étudie le vocabulaire politique du Canada
français entre 1784 et 1812 en se fondant sur un corpus de journaux, de livres, de brochures
et de matériel électoral. Hare s'inspire des méthodes préconisées par Dubois, telles l'étude
synchronique et l'approche par champs lexicaux. Hare fait une recherche historique sur ce
vocabulaire et rédige un glossaire du « vocabulaire politique et social »; il établit des parallèles
entre les résultats de ses analyses lexicales et les changements dans la société : « Les
transformations des structures économiques, sociales et politiques entraînent le changement
des structures lexicales qui expriment les rapports sociaux et politiques. » (Hare, 1970 : 251)
Toujours dans les traces de Dubois, signalons encore l'étude de Maurice Rabotin (1975) sur

28 [Link] page consultée le 4 juin

2007.
54

« L e vocabulaire politique et socio-ethnique à Montréal de 1839 à 1842. » Enfin, Jean-Pierre


Jousselin (1977) a étudié dans le cadre de son mémoire de maîtrise le « Vocabulaire politique
en usage en 1867 dans LUnion des Cantons de l'Est ».

Les deux recherches suivantes (Giguère, 2000 et Vincent, 1999) se rapprochent


davantage de nos champs d'intérêts puisqu'elles abordent à la fois le vocabulaire politique
québécois et son traitement lexicographique.

Dans son mémoire de maîtrise, Annick Giguère s'intéresse aux titres de fonction liés
au parlementarisme québécois et à l'administration publique. Son mémoire, qui s'inscrit dans
le cadre des travaux du Trésor de la langue française au Québec, est de nature historique et
terminologique. À partir d'un corpus textuel de 1000 pages tirées de la Galette officielle du
Québec entre 1960 et 1992, Giguère dégage 14 noms de fonctions parlementaires (à savoir :
chef de l'opposition, député, Directeur général des élections, leader, ministre, page, premier ministre, président,
Protecteur du citoyen, secrétaire général, sergent d'armes, sous-ministre, Vérificateur général et ivhip) et leurs
variantes, pour un total de 27 formes. Pour tous ces mots liés au contexte politique
québécois, Giguère propose des articles comportant trois rubriques : une première
descriptive, une deuxième historique et une dernière encyclopédique. Trois mots dénommant
la même réalité, speaker, orateur et président, sont étudiés dans un axe davantage historique,
suivant le fil de leur première utilisation et des critiques successives formulées à leur égard (de
la part de certains chroniqueurs de langue tels Louis Fréchette ou de certains dictionnaires de
particularismes).

Giguère conclut de son étude que presque tous les titres de fonction étudiés sont
propres au vocabulaire politique québécois :

Des vingt-sept appellations étudiées, vingt-cinq présentent des particularités


propres à la variété québécoise, tandis que deux seulement font partie du
fonds lexical commun que nous partageons avec la France. Nous pouvons
donc conclure que les titres de fonctions liées au parlementarisme québécois
et à l'administration publique constituent un ensemble hautement original
par rapport au français de référence29.

29 Par français de référence, Giguère entend celui qui est décrit dans les ouvrages produits en France (Giguère, 2000 : 120).
55

Par ailleurs, les appellations rendant compte du système parlementaire


québécois se distinguent tant sur le plan lexématique que sur le plan
sémantique. (Giguère, 2000 : 130)

Elle constate que les 27 appellations étudiées sont généralement absentes des
dictionnaires de langue française :

De plus, la plupart de ces appellations n'ont pas droit de cité dans les
ouvrages lexicographiques français. Il en est de même pour les québécismes
sémantiques, analysés dans cette étude, qui sont peu représentés dans ces
mêmes dictionnaires.
Les dictionnaires québécois contemporains, en l'occurrence le DFP et le
DQA, font davantage de place aux appellations de fonctions (onze
appellations figurent dans l'un ou l'autre); il n'en reste pas moins qu'un
certain nombre demeurent absentes (neuf appellations n'ont pas droit de
cité), ou n'y sont pas définies (deux appellations) ou encore y reçoivent une
définition qui ne rend pas compte de la spécificité québécoise (quatre
appellations). (Giguère, 200 : 130-131)

La thèse de Nadine Vincent a pour sa part comme objectif « d'étudier la spécificité


d'un vocabulaire politique ambigu, par le repérage des sèmes définitoires. » (Vincent, 1999 :
233) Pour ce faire, Vincent puise dans les mémoires présentés à la Commission sur l'avenir
politique et constitutionnel du Québec, surnommée « Commission Bélanger-Campeau » d'après les
noms des présidents de cette commission. Rappelons que celle-ci avait été mise sur pied, en
1990, en réaction aux échecs de l'Accord du lac Meech, pour « étudier et analyser le statut
politique et constitutionnel du Québec » et « formuler à cet égard des recommandations »
(Commission Bélanger-Campeau, citée dans Vincent, 1999 : 41). À partir des mémoires de
cette commission, la chercheure a constitué un corpus textuel synchronique de 250 000
mots-formes. À partir des vocables les plus fréquents, elle a dégagé trois réseaux lexicaux
dans ce corpus : « groupes humains », « options constitutionnelles » et « identitaire », réseaux
« porteurs de notions ambiguës et discutées lors de la Commission » (p. 228). Certains mots
à l'intérieur de ces réseaux subiront une analyse plus poussée. Par exemple, pour le réseau
des groupes humains sont analysés les mots communauté, Etat, nation, pays, peuple et société.
Vincent commence par repérer les cooccurrents de ces mots; puis ils sont soumis à une
analyse sémique. Voici à titre d'exemple les résultats de l'analyse sémique de nation :
56

« on constate qu'une nation, selon le corpus Bélanger-Campeau :


1) Est un regroupement d'individus qui
a) ne détient pas obligatoirement de pouvoirs propres (gouvernement);
b) ne détient pas obligatoirement tous les pouvoirs;
c) possède une culture propre;
d) partage une histoire commune;
e) partage des institutions et une économie communes;
f) partage une langue unique;
g) habite un territoire défini;
h) cohabite avec d'autres nations;
i) peut être intégré dans un autre regroupement d'individus, dans une autre
nation. » (p. 89)
Vincent conclut « de cette démarche l'importance d'étudier les vocables en contexte,
notamment en se penchant sur la cooccurrence, pour cerner le plus objectivement possible
les nuances sémantiques. » Les résultats de cette analyse sémique sont ensuite comparés au
contenu de quelques dictionnaires français (Trésor de la langue française, Grand Larousse de la
langue française, Grand Robert) et québécois (DQA, DFP). En ce qui concerne la présence des
mots étudiés dans les dictionnaires du français, la conclusion de Vincent est comparable à
celle de Giguère :

[L]'analyse du corpus Bélanger-Campeau a permis la description de vocables


et d'acceptions propres aux contextes québécois et canadien, et souvent
absents des dictionnaires consultés, ou inadéquatement définis. (Vincent,
1999 : viii)

Les études de Vincent et de Giguère sont, à notre connaissance, les seules qui portent
à la fois sur le vocabulaire politique québécois et sur son traitement lexicographique. (Il s'agit
en fait, à notre connaissance, des deux études les plus poussées sur le traitement
lexicographique du vocabulaire politique, peu importe la variété géographique de français
examinée.) Les chercheures en arrivent aux mêmes conclusions : d'une part, le vocabulaire
politique québécois diffère du vocabulaire politique hexagonal et, d'autre part, les
dictionnaires de langue française ne traitent pas le vocabulaire politique québécois de manière
satisfaisante pour un locuteur de cette variété de français. Par ailleurs, il faut souligner
qu'aucune des deux chercheures ne se penche spécifiquement sur la question des noms
propres dans le vocabulaire politique, ou plutôt aucune n'en fait un objectif avoué. En effet,
57

Vincent, même si elle affirme d'abord ne pas comptabiliser les noms propres pour son
analyse sémique, en conserve certains :

Comme les noms propres ne font pas partie de la langue générale, ils ne
sont pas comptabilisés. Les patronymes et les toponymes, entre autres, ont
donc été éliminés, à moins d'être intégrés à des raisons sociales ou à des
titres officiels. Pour les patronymes, ont été conservés ceux qui ne désignent
plus un individu, mais une réalité plus générale, que ce soit, par exemple,
une marque de commerce (ex. : Steinberg), un rapport (ex. : rapport
Laurendeau-Dunton), une entente (ex. : entente Cullen-Couture) ou une
commission (ex. : Commission Bélanger-Campeau). Dans ces cas particuliers, il
est à noter que lorsque les patronymes sont unis par un trait d'union, ils ne
comptent que pour un mot (ex. : Règlement Laurier-Greenivay). (Vincent,
1999 : 57)

Cette citation rappelle la problématique soulevée par le fait de ne considérer comme


véritables noms propres que les anthroponymes et les toponymes. La catégorisation des
noms propres du vocabulaire politique fera l'objet d'une section différente dans la thèse30.

À notre connaissance, aucun chercheur ne s'est encore intéressé directement au


traitement du vocabulaire politique français dans les dictionnaires généraux — les études
québécoises mentionnées se penchent plutôt sur la présence à la nomenclature que sur la
description lexicographique, et se situent dans une perspective variationniste. La
problématique du traitement lexicographique des noms propres du vocabulaire politique dans
les dictionnaires généraux de la langue française n'a donc pas encore été étudiée. Cette
problématique sera décrite dans la section suivante.

30 II est à noter qu'une autre recherche doctorale, actuellement en cours à l'Université Laval, s'intéresse au vocabulaire

politique québécois, cette fois dans la perspective de l'analyse de discours. Il s'agit de la thèse de Andy Van Drom,
intitulée « Les variantes topolectales, marqueurs identitaires dans le discours politique en Flandre et au Québec. Analyse
critique des discours de six acteurs politiques ». Le doctorant propose de voir comment les particularismes flamands et
québécois utilisés dans les assemblées parlementaires peuvent servir de vecteur identitaire pour les peuples des deux
régions, qui partagent des caractéristiques communes. Mentionnons que ce sont les particularismes québécois présents
dans les discours du corpus qui seront étudiés (par exemple : gang), et non le vocabulaire politique à proprement parler.
58

1.2 Problématique et éléments de cadre théorique

Comme pour l'état des recherches, les éléments de problématique qui seront présentés
concernent le vocabulaire politique et les noms propres. Nous exposerons les défis entourant
la description lexicographique du vocabulaire politique, puis celle des noms propres du
vocabulaire politique dans un dictionnaire de langue. Nous verrons comment ces deux
éléments, le vocabulaire politique et les noms propres, participent de la langue-culture, et
varient selon le contexte référentiel. Nous débuterons en délimitant le cadre lexicographique
dans lequel nous avons choisi de travailler.

1.2.1 Cadre lexicographique et dictionnairique de référence : dictionnaire général destiné à


un public québécois

Comme la nomenclature et le traitement lexicographique varient en fonction du type


de dictionnaire en cause et du public cible, il convient de préciser le cadre lexicographique de
référence que nous avons adopté pour notre étude.

Nous nous intéressons au traitement du vocabulaire politique dans un dictionnaire


général usuel de langue française en un volume. Notre cadre sera plus particulièrement celui
d'un dictionnaire général de la langue française décrivant en priorité la variété de français en
usage au Québec.

Nous entendons par « dictionnaire général » un répertoire lexicographique qui


consigne et décrit31 :

• globalement, la langue ou la variété d'une langue en usage dans une communauté


linguistique donnée, et non uniquement ce qui distingue cette langue ou cette variété
de celle d'une autre communauté linguistique de même langue, notamment celle qui
sert de référence (par opposition à un dictionnaire différentiel);

• une portion définie de la langue d'une communauté linguistique, plus souvent le


noyau fondamental additionné de plus ou moins nombreuses couches périphériques
(par opposition à un trésor ou un dictionnaire extensif);

11 Voir notamment les descriptions que donnent les auteurs suivants soit du dictionnaire général, soit d'un des aspects

listés : Jean Pruvost (2006), Esther Poisson (2001), Claude Poirier (2000), Josette Rey-Debove (1971), Bernard Quemada
(1968).
59

• prioritairement la langue générale (par opposition à un dictionnaire spécialisé);

• en un seul volume;

• dans une perspective plutôt synchronique, c'est-à-dire en se basant essentiellement sur


l'usage actuel de la langue - avec les éléments historiques nécessaires à la
compréhension du vocabulaire politique d'aujourd'hui (par opposition à un
dictionnaire historique).
Cette définition du dictionnaire général convient à des dictionnaires du type du Petit
Robert et du Petit Larousse. Nous observerons ces dictionnaires à travers les yeux d'un locuteur
québécois de la langue française. En effet, il nous a semblé important de choisir un point
d'ancrage géographique puisque la langue française n'est pas identique partout où elle est
parlée, et que le vocabulaire politique en particulier (dont les noms propres) change d'un État
à l'autre. Nous avons axé notre recherche sur le vocabulaire politique en usage dans le
contexte socioculturel que nous connaissons le mieux C'est pourquoi nous avons également
inclus deux dictionnaires généraux québécois dans notre corpus, qui sera présenté en 2.2.1.

Bien que le cadre général dans lequel nous situons notre recherche soit celui de la
lexicographie générale québécoise, il ne nous semble pas nécessaire de revenir ici sur les
arguments en faveur d'un dictionnaire général qui s'adresse prioritairement au public
québécois, la lexicographie québécoise en étant à la publication de son 4e dictionnaire
général32.

Le traitement de tout mot (incluant les noms propres) dans un tel dictionnaire
implique de suivre une ligne éditoriale, mais également de respecter un cadre matériel. On se
situe ici au carrefour entre lexicographie et dictionnairique, là où les préoccupations
théoriques et linguistiques s'opposent à des contraintes techniques. Rappelons que la
dictionnairique est une notion proposée par Bernard Quemada et défendue par Jean Pruvost,
qui en résume ici la signification :

Avec la dictionnairique, on se place sur un tout autre plan [comparativement


avec la lexicographie], celui de l'élaboration d'un produit, en l'occurrence un
dictionnaire, avec toutes les problématiques dont relève chaque réalisation
particulière, et cela sous trois facettes. Il s'agit en effet, tout d'abord, d'un

,2 Ces quatre dictionnaires sont le Dictionnaire général de la langue française au Canada (Bélisle, 1957), le DFP (1988), le DQA

(1992) et le Dictionnaire de la langue française — Le français vu du Québec (en cours de publication).


60

instrument de communication, c'est-à-dire un média culturel destiné à


rendre compte d'un programme préalablement défini (descriptif, didactique,
dictionnaire de langue, encyclopédique, etc.) pour un public déterminé
d'acheteurs potentiels. Il représente ensuite un ensemble documentaire
systématisé répondant aux critères d'un ouvrage perçu par tous comme
représentant un outil de consultation. Enfin, il s'agit d'un produit technico-
commercial dépendant des technologies du moment et des moyens qui lui
ont été consentis dans le cadre de stratégies relevant de choix éditoriaux,
d'études des marchés et des coûts. On touche là à l'industrie du livre, du
cédérom. (Pruvost, 2002 : 81-82)

Les choix opérés par les lexicographes ne sont pas uniquement guidés par des
questionnements de nature théorique, mais peuvent parfois s'expliquer par des exigences
autres, notamment par des questions matérielles. Le traitement lexicographique pourra
présenter des différences selon que le dictionnaire traite les noms propres dans un ouvrage
distinct (comme le NPR) ou qu'il traite les deux nomenclatures dans un même ouvrage
(divisé en deux parties distinctes, comme le PLI, ou encore dans une seule nomenclature qui
intègre les deux types de mots, comme le Dictionnaire Hachette).

Ces distinctions valent également lorsqu'on analyse les versions électroniques des
dictionnaires, puisque les versions électroniques des dictionnaires généraux constituent
souvent une reproduction intégrale de leur version papier : le cédérom du PLI permet la
consultation des noms propres et des autres unités lexicales à la fois, alors que celui du NPR
ne donne accès qu'à la langue générale, excluant les noms propres.

Nous avons porté attention à ces aspects davantage techniques, particulièrement dans
la partie où il sera question de l'arrimage entre les informations données dans la partie
consacrée à la langue générale et dans la partie dédiée aux noms propres, dans certains
dictionnaires.
61

1.2.2 Éléments de problématique relatifs au vocabulaire politique : délimitation et


caractéristiques

Le vocabulaire politique comporte des caractéristiques qui auront une incidence sur
son traitement lexicographique, et que nous avons prises en compte pour notre étude. Dans
cette section, nous commencerons par délimiter le vocabulaire politique à l'étude, en
examinant les éléments dont il est composé; puis nous verrons que le vocabulaire politique
fait partie de la langue-culture de toute communauté linguistique et qu'il change
considérablement d'un État à l'autre.

[Link] Un sous-ensemble lexical aux frontières relativement floues

Le vocabulaire politique est un sous-ensemble lexical aux limites relativement floues.


C'est d'ailleurs de façon très large que le Trésor de la langue française informatisé (TLFi) définit
le nom politique : « Ensemble des affaires publiques, domaine d'action relatif à la conduite des
affaires de l'État ». Or le vocabulaire politique est étroitement imbriqué à des sous-ensembles
lexicaux connexes, tels que le vocabulaire social, celui du droit et celui de l'économie. En
effet, l'organisation de l'« ensemble des affaires publiques » suppose non seulement une
structure du pouvoir en tant que tel, mais également une organisation des mécanismes de la
justice, des structures économiques et des regroupements sociaux à l'intérieur d'un État
donné.

Pour notre part, nous nous intéresserons au vocabulaire qui touche l'organisation de la
vie en société par l'État, le gouvernement.

Afin de délimiter le vocabulaire politique couvert par notre étude, nous nous sommes
d'abord inspirée des travaux de Jean Dubois en procédant comme lui par exclusion :

Le contenu du champ lexical une fois défini, il reste à en préciser les limites,
qui ne peuvent être déterminées que par des critères d'exclusion. On a
d'abord écarté les termes techniques de droit constitutionnel, de droit fiscal,
ceux des finances publiques, de la statistique et de l'économie politique.
Certes, ils reflètent, eux aussi, les rapports économiques et sociaux, mais ils
restent du seul domaine du spécialiste et gardent pour l'ensemble des
locuteurs un aspect ésotérique qui les tient à l'écart de la langue commune;
62

ils se distinguent donc de ceux que nous nous proposons d'étudier, par
l'emploi qui en est fait. (Dubois, 1962 : 3)

A l'instar de Dubois, nous avons écarté ce qui pouvait également relever du droit et de
l'économie. A ces exclusions, nous avons ajouté celle du vocabulaire social. Nous entendons
par « vocabulaire social » ce qui touche davantage les groupes et les mouvements de la société
civile que l'organisation plus officielle des pouvoirs politiques. Par exemple, le vocabulaire
relatif aux syndicats et aux mouvements sociaux a été volontairement écarté. L'étude de ces
vocabulaires aurait sans doute été tout aussi instructive et intéressante; nous avons dû
restreindre notre corpus pour des questions avant tout pratiques. Ces exclusions permettent
de limiter la taille de notre corpus d'analyse de façon à pouvoir en faire une étude
approfondie. Nous avons privilégié les composantes fondamentales du vocabulaire politique;
ce dernier n'ayant pas encore fait l'objet d'une description lexicographique systématique, il
convenait, nous semble-t-il, de débuter par les éléments politiques principaux avant de nous
intéresser à leurs ramifications. Nous sommes par ailleurs consciente que « p]a délimitation
d'un champ lexical garde toujours un caractère arbitraire, que ne parvient pas à masquer le
choix raisonné de critères rigoureux. » (lbid. : 2)

Après avoir procédé à l'identification de notre champ lexical, et à l'exclusion de


certains types de vocabulaires, tel quel préconisé par Dubois, nous avons voulu cerner plus
précisément le type de mots restant. Pour ce faire, nous avons identifié des sous-catégories
du vocabulaire politique.

À notre connaissance, aucun des principaux ouvrages de référence portant sur le


vocabulaire politique ne propose de représentation globale des différentes composantes
notionnelles de ce domaine lexical. Il ne peut être question pour nous d'en proposer une
classification comportant des nuances dont les dictionnaires généraux ne peuvent tenir
compte. Nous nous contenterons ici de dégager les principales composantes qui seront
touchées par notre étude et auxquelles se rattache l'essentiel des mots du vocabulaire
politique traités dans les dictionnaires ayant servi à constituer notre corpus. Il s'agit
simplement d'un outil destiné à faciliter le repérage du vocabulaire politique et à effectuer un
premier classement pratique. La figure 1.1 en donne une schématisation :
63

Figure 1.1 : Principales composantes du vocabulaire politique33

Idées politiques

Régimes politiques

Fonctionnement parlementaire
Fonctionnement
de la vie politique Vie démocratiaue

Fonctionnement administratif

Histoire politique
(faits et périodes)

La première catégorie regroupe les notions relevant des idées politiques (anarchisme,
droite, gauche, libéralisme). La deuxième concerne les grands modes de gouvernements que peut
adopter un État pour organiser le pouvoir politique (monarchie, république). Il va de soi que
certains mots du vocabulaire politique connaissent des emplois qui relèvent de ces deux
catégories; c'est le cas par exemple de communisme, « doctrine » et « régime ». Cela ne pose pas
problème dans la mesure où nous ne souhaitons pas classifier les mots du vocabulaire
politique, mais simplement les repérer dans les dictionnaires. La troisième catégorie a trait au
fonctionnement politique, c'est-à-dire à la manière dont l'État est effectivement géré à travers
diverses institutions politiques. Enfin, sous la dernière catégorie, de nature quelque peu
différente, se trouvent les notions relatives à des périodes ou à des faits marquants de
l'histoire politique (duplessisme, dévolution française).

La troisième catégorie a été subdivisée en trois sous-catégories correspondant à des


domaines distincts. « Fonctionnement parlementaire » regroupe ce qui concerne les élus, les
assemblées délibérantes et le pouvoir législatif (Assemblée nationale, Chambre des communes, sénat).
Nous classons sous « vie démocratique » ce qui touche la participation citoyenne, c'est-à-dire
les élections (circonscription électorale, suffrage), les partis politiques (conservateur; libéral, péquiste), et

33Nous remercions Francis Dupuis-Déri, professeur de politique à l'UQAM, pour son aide dans la délimitation des
principales composantes du vocabulaire politique.
64

les consultations populaires {référendum). « Fonctionnement administratif » regroupe ce qui

relève de l'administration faite non pas par des élus, mais par les autres acteurs du
gouvernement (fonctionnaire, ministère, trésorj.

Cette classification ne saurait satisfaire un politologue. Il s'agit simplement d'un


premier classement qui nous a permis de manier notre corpus, qui est fait, rappelons-le, non
pas de concepts politiques mais d'articles de dictionnaires portant sur des mots politiques.

Une fois le vocabulaire politique délimité par rapport aux vocabulaires connexes, on
constate que ce sous-ensemble lexical est lui-même hétérogène, en ce sens qu'il est composé
d'éléments relevant à la fois de la langue générale et de la langue spécialisée. Jean-Marie
Denquin, qui aborde la question du point de vue des politologues, fait cependant remarquer
que le vocabulaire politique est plus largement banalisé que certains vocabulaires connexes :

Selon quels critères déterminer ce qui relève du vocabulaire politique et ce


qui n'en fait pas partie ? Le problème se pose évidemment pour tout
vocabulaire spécialisé. Mais ici sa gravité est accrue par le fait qu'on ne se
trouve pas en présence d'un langage technique - le langage juridique par
exemple — que son ésotérisme isole clairement aux yeux du non-initié.
(Denquin, 1997 : 3)

Certains mots simples du vocabulaire politique ont une portée très large {politique,
libéral), alors que des unités complexes font référence, par exemple, à des points procéduraux
très précis {vote de confiance, report des voix). Or la plupart de ces mots sont repris dans la presse
générale et dans les débats publics, ce qui en atténue le caractère « jargonnant »34. Si l'on
compare le vocabulaire politique avec d'autres vocabulaires situés entre langue générale et
langue spécialisée, l'on s'aperçoit qu'il penche davantage vers la langue générale, ce qui se
répercutera dans sa description lexicographique. Par opposition, le vocabulaire du droit se
situe plus clairement du côté du vocabulaire spécialisé, puisque plusieurs mots sont plus
souvent utilisés en contexte juridique {déclaratoire, habeas corpus, héritier présomptif). Le

34 C'est également ce que laisse entendre Dubois dans l'extrait précédemment cité : les termes techniques de droit

constitutionnel, de droit fiscal, ceux des finances publiques, de la statistique et de l'économie politique « restent du seul
domaine du spécialiste et gardent pour l'ensemble des locuteurs un aspect ésotérique qui les tient à l'écart de la langue
commune; ils se distinguent donc de ceux que nous nous proposons d'étudier, par l'emploi qui en est fait. » (Dubois,
1963 : 3)
65

vocabulaire politique devrait donc en principe être largement couvert par les dictionnaires

généraux.

Les deux prochains points de la problématique, qui ont trait à la langue-culture et à la


variation de la langue en fonction du contexte référentiel, émanent de deux cadres théoriques
distincts mais présentent néanmoins des similitudes. En effet, les deux approches
s'intéressent à l'aspect culturel du lexique, et à son exploitation à travers le dictionnaire.

[Link] Un sous-ensemble lexical qui fait partie intégrante de la langue-culture

Le vocabulaire politique est un sous-ensemble qui a un fort ancrage socioculturel dans


la communauté linguistique. D'une part, le vocabulaire politique de chaque variété
géographique de français s'insère dans un contexte référentiel différent (ce sera l'objet du
prochain point). D'autre part, il s'agit d'un lexique qui renvoie à la mémoire collective des
sociétés et des peuples, qui s'inscrit dans leur histoire. Cette caractéristique peut avoir comme
conséquence que les mots de ce vocabulaire peuvent, d'une communauté francophone à
l'autre, se charger de valeurs socioculturelles (extralinguistiques) différentes. Ainsi, les mots
indépendance, patriote ou souveraineté n'auront pas la même résonance au Québec qu'en France,
et des mots comme communisme ou terreur, même s'ils sont connus au Québec, n'évoqueront
pas les mêmes choses pour les Québécois que pour les Français. Nous pensons également à
référendum, qui sera présenté dans la figure 1.2.

Pour désigner cette information de nature socioculturelle qui est complémentaire à


l'information plus strictement linguistique, nous parlerons de la composante lexiculturelle, en
référence à la notion de « lexiculture », mise de l'avant par le didacticien Robert Galisson dans
le cadre de l'enseignement des langues étrangères et de la lexicographie pour apprenants.
Voici deux définitions de Galisson :

La lexiculture peut alors se définir comme... la culture mobilisée et


actualisée dans et par les mots de tous les discours dont le but n'est pas
l'étude de la culture pour elle-même. (Galisson, 1995 : 7)
66

La lexiculture, [objet d'étude de la pragmatique lexiculturelle], est la culture en


dépôt dans ou sous certains mots, dits culturels, qu'il convient de repérer,
d'expliciter et d'interpréter. (Galisson, 1999 : 484)

Galisson soutient qu'en situation d'apprentissage d'une langue seconde, l'aspect


culturel est souvent négligé alors qu'il est partie intégrante d'une langue. Il parle d'ailleurs de
« langue-culture » plutôt que de « langue » tout court, comme nous pouvons le voir dans cet
extrait où l'auteur explique l'étroit rapport entre la langue et la culture dans l'apprentissage

d'une langue étrangère :

Traditionnellement, dans leur grande généralité, surtout lorsqu'elles sont


enseignées par des non natifs, les diverses composantes des langues -cultures
étrangères occupent des positions très hiérarchisées, où la grammaire est
dominante, le vocabulaire souvent un parent pauvre et la phonologie parfois
réduite à la portion congrue.

Il en va de même pour les rapports entre la langue et la culture. La première


est privilégiée par rapport à la seconde, alors que celle-ci est englobante et
celle-là englobée. Ainsi, aujourd'hui encore, la matière scolaire est plus
souvent désignée comme langue que comme langue-culture, appellation plus
complète, que je m'efforce de répandre et de faire adopter. (Galisson, 2002 :
502)

Selon Galisson, certains types de mots ou d'expressions sont susceptibles d'être


incompréhensibles pour les apprenants du français parce qu'ils font référence à un fait
culturel extralinguistique : ce sont par exemple les expressions imagées, les mots-valises, les
noms de marques ou les proverbes et dictons. Ces éléments possèdent de ce fait une « charge
culturelle partagée » :

Charge renvoie à une idée de supplément, d'ajout au contenu du mot;


culturelle inscrit cette charge dans l'au-delà de la dénotation dont traitent les
dictionnaires de langue (cf. la dimension sémantique), c'est-à-dire dans une
connotation singulière, non prise en charge par la dictionnairique classique (cf. la
dimension pragmatique)-, partagée est le propre de la culture (toute culture est
un produit communautaire), mais, en l'occurrence, ce partage est l'affaire du
plus grand nombre des locuteurs qui se réclament de cette communauté.
(Galisson, 1999 : 484)

Galisson préconise une plus grande pénétration de l'aspect culturel et lexiculture 1 dans
les méthodes d'apprentissage de langues secondes et dans les dictionnaires pour apprenants.
67

Ses travaux démontrent une lacune dans la transmission de ce genre d'informations dans ces
derniers. Ces informations extralinguistiques n'en sont pas totalement absentes, mais leur
présence, souvent discrète, ne répond pas à une démarche systématique. Valérie Rialland-
Addach, par exemple, a étudié la présence d'éléments de lexiculture dans les deux volumes du
Dictionnaire de français langue étrangère de Jean Dubois. Partant du vocabulaire du temps, elle en
vient à la conclusion que des éléments lexiculturels parsèment les articles : ainsi, à travers les
exemples sous année, l'apprenant comprend qu'en plus de l'année en lien avec la rotation de la
Terre autour du Soleil, en Occident existe aussi l'année scolaire, et que le début de l'année est
au 1er janvier. Rialland-Addach conclut cependant à l'« absence d'une logique ensembliste
dans la présentation et la description des faits de culture [qui] rend ténus et occasionnels les
rapports entre les DFLE [Dictionnaire de français langue étrangère] [...] et la culture
partagée. » (Rialland-Addach, 1995 : 103)

Prenant le relais du concept de lexiculture, Jean Pruvost en soutient l'importance pour


la lexicographie générale, débordant ainsi du cadre de l'apprentissage de langues secondes.
L'aspect lexiculturel des mots et expressions n'est pas traditionnellement pris en compte dans
les dictionnaires généraux, qui s'attachent surtout à l'aspect dénotatif. Ceci peut entraîner des
lacunes dans la description lexicographique :

Pour être parfaitement expliqué, le mot doit effectivement être présenté


dans toutes ses perspectives, avec tout son poids lexiculturel, avec donc non
seulement ses composantes lexicales mais aussi les composantes culturelles
propres au pays qui en colorent l'usage. [...] En d'autres termes, on ne
connaît pas bien le mot dans sa force vive et dans son rayonnement, si l'on
se contente du seul sens que le lexicographe a essayé de cerner dans la
définition de nos dictionnaires, quelle qu'elle soit, définition classique,
distributionnaliste ou autre. En effet, on n'a pas alors vraiment perçu la
teneur populaire du mot, c'est-à-dire les échos implicites qu'il éveille et
véhicule dans la communauté linguistique, si on se limite à la seule analyse
sémantique qui en dissèque le contenu. Certes, l'analyse sémantique offre
par exemple avec précision tous les « sèmes » [...] qui le définissent. Mais il
manque ce qui est au moins tout aussi important, c'est-à-dire tout ce que les
locuteurs d'une même langue rattachent implicitement à ce mot, dans le
cadre de la « culture courante », sans pour autant que cela fasse partie de la
définition sémantique stricto sensu du mot. (Pruvost, 2005 : 17-18)
68

Pruvost donne entre autres l'exemple de muguet. Il y a certes la définition botanique du


mot. Mais en France, le muguet est également le symbole de la Fête du travail, à un point tel
qu' « acheter du muguet le 15 mai ou le 15 avril n'aurait aucun sens pour un Français. Au
reste, il n'en trouverait pas chez les fleuristes... » (Ibid. : 19) Que ce soit pour les apprenants
ou pour la postérité, et nous ajouterons pour les francophones d'Amérique, on sent tout
l'intérêt qu'il y a à consigner ce genre d'informations, qui donne un plus large accès à la

langue-culture de France.

Le concept de lexiculture sied bien à la problématique de la variation géographique : le


français étant parlé dans plusieurs régions du monde, les référents culturels ne sont pas les
mêmes partout à travers la francophonie. Jusqu'à présent, les dictionnaires usuels les plus
utilisés au Québec sont produits en France, en fonction d'une autre communauté
socioculturelle qui en est le premier public-cible. Comme le soulève Jean Pruvost, l'aspect
lexiculturel en est absent même pour le public-cible premier, le public français : « En vérité,
presque aucun trait lexiculturel n'est aujourd'hui introduit dans les dictionnaires, ils ne sont
présents que de manière aléatoire, parcellaire et subjective. » (Pruvost, 2005 : 23)

L'information socioculturelle peut se loger implicitement dans la zone


d'exemplification, mais le lexicographe peut aussi, de façon plus explicite, avoir recours à une
remarque, comme on le voit dans l'extrait suivant de l'article référendum du NPR :

1. V oie de l'ensemble des citoyens pour approuver ou rejeter une mesure proposée par le pouvoir exécutif. -*• consultation.
* REM. Le mot, désignant une pratique courante en Suisse, n'apparaît dans aucune des constitutions de la France avant
celle de 1946. Référendum et plébiscite* Des référendums.

Dans le cas de référendum, le sens du mot est le même en France et au Québec (ou en
Suisse); c'est la charge lexiculturelle qui diffère d'une communauté à l'autre. Dans l'article du
NPR, la remarque permet de faire une comparaison entre les contextes politiques suisse et
français. On ne fait toutefois pas allusion à la charge lexiculturelle du mot dans le contexte
politique québécois, où le référendum est fortement associé au débat sur la souveraineté du
Québec. Si un dictionnaire produit en France n'est pas tenu d'inclure dans ses pages la
composante lexiculturelle québécoise, on pourrait en revanche s'attendre à ce qu'un
dictionnaire québécois rende compte de cette information d'une façon ou d'une autre.
69

Comme l'ont notamment démontré Galisson et Pruvost, la fonction culturelle (au

sens large) du dictionnaire de langue se révèle suffisamment importante pour que les
lexicographes y accordent davantage d'attention. La prise en compte de l'aspect lexiculturel
dans un dictionnaire général fait au Québec permettrait de consigner la langue-culture du
Québec francophone, et de la rendre plus largement accessible. Dans cette perspective, pour
jouer pleinement son rôle d'outil culturel, le dictionnaire de langue devrait non seulement

offrir la définition (composante dénotative) d'un mot, mais également mettre à la disposition
de son lecteur toute l'information contextuelle requise pour son parfait décodage linguistique
et socioculturel.

Mercier explique dans la citation suivante comment l'explicitation du contexte


référentiel peut aider à agir sur ce qu'il nomme la composante socioculturelle du discours
lexicographique, qu'on pourrait rapprocher de la composante lexiculturelle :

Au-delà de l'aspect strictement linguistique, il était également possible, dans


tous les articles — qu'ils comportent des québécismes ou non - , d'agir sur la
possible composante socioculturelle du discours lexicographique; possible
par exemple d'inscrire des éléments du contexte référentiel nord-américain
dans la zone d'exemplification pour faire davantage écho à l'expérience et au
point de vue des francophones québécois. (Mercier, 2008 : 2)

Certains noms propres du vocabulaire politique ne peuvent pas être parfaitement


décodés si le contexte référentiel n'est pas explicité : dans le dictionnaire, il est impossible de
savoir de quel Parti libéral il s'agit (celui du Canada, du Québec ou de la Grande-Bretagne) si
une précision ne vient pas circonscrire l'ancrage géographique du nom propre. Pour le
traitement lexicographique des noms propres du vocabulaire politique, l'aspect lexiculturel
pourrait justement être mis en lumière par l'explicitation du contexte référentiel (dans la
définition ou par une indication géographique, par exemple), point que nous verrons à
l'instant.
70

[Link] Un sous-ensemble lexical qui change selon le contexte référentiel

Comme le laisse entendre l'extrait suivant de Denquin, le vocabulaire politique est


forcément différent selon les États :

[C]'est par simple commodité que l'on parle de vocabulaire politique au


singulier. En réalité il en existe plusieurs sortes. Le vocabulaire politique
varie avec le pays. Nul ne saura douter que chaque culture politique élabore
le sien, en fonction de son histoire, de ses institutions et de tous les
paramètres complexes qui interfèrent dans la vie sociale : le vocabulaire
politique de la Russie stalinienne n'est pas celui de la Suisse ou des États-
Unis. (Denquin, 1997 : 6)

D'origine largement institutionnelle, le vocabulaire politique est en grande partie


composé de mots qui dénomment des réalités propres à une communauté linguistique, et il
est donc variable d'un État francophone à l'autre35. En effet, le contexte politique québécois
se démarque du contexte politique hexagonal (pour ne nommer que celui-là). À la base, le
régime politique canadien, de type parlementaire et fédéraliste, avec deux niveaux (fédéral et
provincial), n'est pas le même qu'en France. Le Canada et le Québec possèdent notamment
une histoire, des institutions, des partis et un mode de fonctionnement politiques qui leur
sont propres. Ceci se répercute inévitablement dans le lexique; c'est donc d'abord parce que
le contexte politique est différent d'un État à l'autre que le vocabulaire politique présentera
des différences d'une variété géographique de français à l'autre. La distinction que nous
faisons entre les divers types de variation géographique qui peuvent affecter le vocabulaire est
celle de Louis Mercier36.

Le vocabulaire politique canadien ou québécois comportera donc, pour ne donner que


quelques exemples, des noms de fonctions qui lui sont propres {gouverneurgénéral), des noms
de membres de partis qui lui sont propres (adéquiste) ou des noms d'événements historiques
québécois (Révolution tranquille). La variation qui affecte le vocabulaire politique n'est pas
essentiellement linguistique. En effet, rares sont les cas de variation où un même réfèrent est

35 Ce type de mots caractéristique d'une communauté linguistique peut se rapprocher de ce que Jacques Pohl avait
nommé statalisme.
Voir notamment Mercier 2002,2008, 2009 pour la prise en compte de la variation dans la lexicographie générale
et la variation affectant les noms d'espèces naturelles; Elchacar et Mercier 2011 pour la variation affectant les mots
du vocabulaire politique.
71

désigné pat deux signifiants différents dans les vocabulaires politiques de la France et du

Québec37.

Ces différences doivent se refléter dans le traitement lexicographique, chaque


dictionnaire étant réalisé pour une communauté linguistique donnée. En ce moment, comme
le souligne ici Mercier, le contexte référentiel n'est pas toujours explicité pour le lecteur, et le
traitement n'est pas nécessairement adapté et transparent pour toutes les communautés
francophones (de même que la composante lexiculturelle n'est pas toujours décrite) :

Aussi, quand il s'adresse à sa propre communauté linguistique, avec laquelle


il partage le même contexte référentiel, et qu'il s'en tient aux seuls usages de
ce groupe linguistique, le lexicographe est-il souvent amené à prendre des
raccourcis. Et il ne transmet que le savoir perçu comme essentiel dans la
perspective étroite de cette communauté. (Mercier, 2008 : 3)

Évidemment, le vocabulaire politique qui a cours au Québec est parfois également


employé en France, sans différence sensible quant à leur emploi (démocratie, communisme). Mais
le vocabulaire politique québécois comporte aussi des particularismes, que l'on peut classer
en différents types. La figure 1.2 illustre la composition du vocabulaire politique québécois,
en mettant l'accent sur les types de particularismes. Le classement présenté s'inspire des
travaux de Louis Mercier cités précédemment.

" Nous n'en avons trouvé que trois : caucus (réunion à huis clos des membres d'un parti), chefferie (tête d'un parti)
et voteur (votant) (voir Elchacar et Mercier, 2011).
72

Figure 1.2 : Principales composantes du vocabulaire politique québécois

Général - Ex. :
démocratie

Concerne plus
directement le
Éléments communs contexte politique
canadien ou
du vocabulaire
québécois - Ex. :
politique francophone
bicaméralisme

Avec une connotation


particulière au
Vocabulaire
Québec (lexiculture)-
politique
Ex. : référendum
québécois

Mot avec un sens


Éléments spécifiques particulier au Québec
du vocabulaire - Ex. : patriote.
politique québécois Mot particulier au
Québec - Ex. :
péquiste.

Le vocabulaire politique québécois est fait, d'une part, de mots et d'emplois


directement associés à la réalité politique canadienne ou québécoise, que le mot ait cours dans
le reste de la francophonie et renvoie à la même réalité dans un autre système politique
(bicaméralisme) ou qu'il soit uniquement utilisé en référence au contexte politique québécois
{péquiste). D'autre part, le vocabulaire politique québécois est fait de mots qui, en plus de
l'acception partagée par les communautés francophones, en ont une autre propre au Québec
(Patriote), ou véhiculent au Québec une connotation particulière (référendum). Tous ces types
de particularismes présentent des défis en matière de lexicographie de langue française,
spécialement dans le cadre général dans lequel nous avons choisi de situer notre étude, c'est-
à-dire le dictionnaire général, qui ne décrit pas uniquement les particularismes d'une variété
de français, mais bien l'ensemble de la langue française utilisée sur un territoire, qui
comprend des particularismes par rapport au vocabulaire politique de France mais également
73

une grande proportion d'usages ou de mots plus largement partagés à travers la


francophonie. La réalisation d'un tel dictionnaire implique une réflexion sur la manière
d'intégrer et de traiter les différents types de particularismes de manière harmonieuse et claire
pour le lecteur.

Un autre attribut du vocabulaire politique tient du fait qu'il est composé à la fois de
mots du lexique commun et de noms propres, en principe ignorés par les dictionnaires de
langue. Puisqu'il s'agit d'un aspect central de notre thèse, nous enchaînons sur ces éléments
de problématique.
74

1.2.3 Éléments de problématique relatifs aux noms propres du vocabulaire politique et à la


lexicographie

La présence de noms propres dans le vocabulaire politique pose certains défis en


matière de description lexicographique. Si l'on veut décrire l'ensemble du vocabulaire
politique d'une variété de français, il faut tenir compte de la pénétration des noms propres
dans les dictionnaires, de leur sélection et à de traitement. C'est de ces éléments qu'il sera

question dans cette partie.

La zone spécifique de la problématique se situant au carrefour des objets de


préoccupation que sont les noms propres, le vocabulaire politique et la pratique
lexicographique n'a encore fait l'objet d'aucune étude, à notre connaissance. Le vocabulaire
politique étant composé entre autres de noms propres, il constitue un bon point de départ
pour l'étude du traitement lexicographique des noms propres.

[Link] Les noms propres du vocabulaire politique : partie intégrante de la langue-culture et


sous-ensemble soumis à la variation géographique38

Nous envisageons le nom propre comme un élément essentiel d'une langue-culture, et


donc comme un élément lexiculturel. Les noms propres font partie de la langue-culture au
même titre que les noms communs. En effet, pour accéder à une langue-culture, la
compréhension de certains noms propres est essentielle. Galisson a déjà démontré que la
langue courante regorgeait de noms de marques; on peut ajouter que la lecture des journaux,
l'écoute des nouvelles télévisées de même que les conversations sur les sujets d'actualité
politique ne se font pas sans rencontrer des noms propres. Leur compréhension est
indispensable au décodage de tout discours sur la politique d'une communauté linguistique.
L'exemple des journaux est éloquent : il est rare de lire un article qui ne contienne aucun nom
propre politique, même en ne comptabilisant pas anthroponymes et toponymes; on pense,
par exemple, aux noms de partis politiques (Parti québécois, Parti libéral du Québec, Québec
solidaire) ou encore aux noms d'institutions (.Assemblée nationale) ou encore d'événements

38Les éléments dont il sera question dans cette sous-partie ont déjà été présentés dans la problématique sur le vocabulaire
politique. Nous ne soulignerons ici que ce qui est nouveau ou propre aux noms propres en particulier.
75

historiques (Révolte des Patriotes). D'une brève analyse dont nous avons publié les résultats en
2009, il est ressorti que sur un échantillon de 100 articles d'actualité tirés au hasard dans la
presse québécoise, seulement seize ne contenaient aucun nom propre associé à la politique,
en excluant les toponymes et les anthroponymes39. Une étude du traitement lexicographique
du vocabulaire politique ne peut donc négliger cet aspect de ce vocabulaire.

Le Dictionnaire des noms de marques de Galisson et André établissait déjà le lien entre les

noms propres et la langue-culture : « Les noms de marques sont classés parmi les noms
propres. » (Galisson et André, 1998 : 19) Dans le texte de préface du Dictionnaire de noms de
marques courants : essai de lexiculture ordinaire, les auteurs justifient d'une part la description
lexicographique des noms de marques, et d'autre part, le choix du dictionnaire comme
endroit où fournir cette information :

si les noms de marques envahissent les médias (publicité oblige, dans un


pays où la loi du marché pilote l'économie !), ils envahissent du même coup
les matériaux sociaux, de plus en plus répandus dans les classes de langue.
De sorte que, bon gré mal gré, les enseignants doivent être en mesure de
donner un sens aux noms de société, de produits et de services
[...]. (Galisson et André, 1998 : 6)

pour traiter de lexiculture [...], et donner à voir l'image la plus juste du


phénomène dans sa globalité, je formule l'hypothèse que le dictionnaire est
l'outil intermédiaire approprié. (Ibid., p. 67)

Il faut toutefois préciser que les noms de marques constituent un cas à part, avec
des caractéristiques particulières. Par exemple, certains noms de marques ont subi une
lexicalisation complète, comme pour kleenex, ou encore skidoo au Canada. Quant à eux, les
noms propres du vocabulaire politique sur lesquels nous nous sommes penchée, ceux qui se
retrouvent dans les dictionnaires de langue, conservent leur caractère « propre », sans
nécessairement passer du côté des noms communs par un procédé de généralisation.

Les noms propres du vocabulaire politique n'échappent pas au phénomène de


variation géographique dont il a été question au point précédent; ainsi, les noms propres du
vocabulaire politique de chaque communauté linguistique pourront varier en raison de

39Pour cette étude, nos critères de sélection des noms propres du vocabulaire politique correspondaient à ceux appliqués
dans le cadre de cette thèse.
76

différences dans le contexte référentiel. Il y aura donc des noms propres du vocabulaire
politique qui ne servent qu'à dénommer des réalités canadiennes, québécoises ou françaises
(Parti québécois, dévolution française). On trouvera également une même forme de nom propre,
comme Assemblée ou Assemblée nationale, qui a cours dans les deux variétés de français, mais
qui ne renvoie pas à la même réalité dans les deux communautés. En France, Assemblée
nationale désigne la chambre basse du Parlement, alors qu'il n'y a plus de chambres haute et
basse au Québec depuis 1968. Ceci peut porter à confusion pour un francophone qui, voyant
une même forme utilisée dans une autre communauté que la sienne, peut présumer que cette
forme renvoie au même réfèrent, voire que le système politique est le même dans les deux
communautés. C'est ce genre d'information sur le contexte référentiel qu'un dictionnaire
devra consigner, que ce soit dans la définition, par un indicateur géographique ou dans
l'exemplification40. Le contexte référentiel dans lequel s'insère chaque nom propre du
vocabulaire politique peut être considéré comme la composante lexiculturelle qui devrait être
explicitée pour le locuteur ou le lecteur de dictionnaire.

Dans le cadre de notre recherche doctorale, la réflexion sur les aspects lexiculturels
passeront généralement par la prise en compte et l'explicitation du contexte référentiel dans
le traitement lexicographique.

[Link] Les noms propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires de langue

Lorsqu'ils apparaissent dans le dictionnaire de langue, les noms de personnes et de


lieux, longtemps considérés comme seuls noms propres véritables, ne sont que mentionnés :
ils ne reçoivent pas de traitement. Ils sont là soit à titre d'élément explicatif, avec une valeur
uniquement référentielle, soit à titre d'élément illustratif, dans l'exemplification. Les exemples
suivants, tirés des entrées capital et castrisme du NPR, illustrent la manière dont des noms
propres de personnes peuvent se retrouver dans le dictionnaire général sans y être traités.
Dans le premier cas, le nom de Karl Marx apparaît dans la zone d'exemplification, après le

4(1
II existe néanmoins certains cas où le nom propre lui-même comporte une précision géographique (par exemple :
évolution française, Parti québécois).
77

titre de l'œuvre marquante de ce théoricien, Le Capital. À l'article castrisme, le nom de Fidel

Castro apparaît deux fois, d'abord en étymologie, puis dans la définition.

t. Écon. Richesse destinée à produire un revenu ou de nouveaux biens; moyens de production (spécialement lorsqu'ils ne sont pas mis en
action par leur propriétaire). Le capital provient du traveàl et des richesses naturelles. « Le Capital », ouvrage de Karl Marx.

castrisme [kastRlsm] nom masculin


ÉTYM. v. i960 O da Fidel Castro, n. d'un homme d'État cubain

• Mouvement révolutionnaire de Fidel Castro; politique qui en découle.


» AdJ. et n. CASTRISTE.

En tant que francophones, habitués à la tradition lexicographique de langue française,


nous ne nous attendons pas à ce que ce type de noms propres soient traités dans le
dictionnaire de langue.

Les types de noms propres qui posent des défis d'un point de vue lexicographique
relèvent d'autres sous-types. Ils ne sont pas seulement mentionnés dans le dictionnaire, mais
y reçoivent également un traitement. Nous les présenterons en détail sous le point consacré à
la typologie des noms propres dans le vocabulaire politique. Comme le mentionne Rey-
Debove, les dictionnaires sont accueillants à certains types de noms propres lorsqu'ils sont
composés de mots du lexique commun, ce qui explique leur pénétration dans le dictionnaire
général - voir la citation reproduite à la page 47 (Rey-Debove, 1971 : 88). C'est le cas par
exemple des noms de partis politiques (ex. ; Parti libéral, Front national, Parti québécois)-, sont
également dans cette situation les noms d'institutions parlementaires (Assemblée nationale,
Chambre des communes) et d'événements ou de périodes historiques (Révolution française, Grande
noirceur). Dans tous ces exemples, le nom propre peut se trouver par exemple dans une sous-
entrée, sous un des mots qui composent le nom propre. Ce n'est pas le cas des noms de
personnages politiques, qui ne partagent pas leur forme avec un mot du lexique commun
(René Uvesque, Jacques Chirac). En outre, le fait que des mots comme Parti québécois ou Révolution
française ne soient pas associés à la forme archétypale du nom propre facilite leur entrée dans
le dictionnaire — ils ne sont pas nécessairement perçus immédiatement comme des noms
78

propres, même s'ils correspondent à la définition du nom propre et que leur statut de nom
propre fasse consensus parmi les chercheurs s'étant penchés sur la question. À l'opposé, on
s'attend à retrouver un article sur René Uvesque et Jacques Chirac du côté du dictionnaire de
noms propres, avec le traitement encyclopédique approprié.

Cependant, si des noms propres du vocabulaire politique se trouvent dans les


dictionnaires de langue, force est de constater que les critères présidant à leur sélection ne

sont pas explicités.

Après avoir constaté la présence de certains types de noms propres dans les
dictionnaires de langue, nous nous sommes penchée sur leur traitement lexicographique. Les
noms propres qui posent un défi en lexicographie sont placés à des endroits plus engageants
de la microstructure que ne l'est la rubrique étymologique ou le simple exemple; il peut s'agir
de la sous-entrée, mais également d'autres positions que nous exposerons plus loin dans la
thèse. Dans ces cas, les noms propres commandent un traitement lexicographique : une sous-
entrée bénéficie d'un traitement lexicographique comparable à celui du mot en entrée, avec
au minimum une glose ou une définition, et éventuellement toutes les rubriques prévues à la
microstructure du dictionnaire.

Si les études linguistiques sur le nom propre et son sens restent à être complétées, la
pratique lexicographique les concernant mérite également qu'on s'y attarde. Les théories
logiciennes sur l'absence de sens du nom propre ont certes influencé l'approche des
linguistes et éventuellement des lexicographes. Or l'observation démontre que des noms
propres sont déjà présents et parfois définis dans les dictionnaires de langue. Cette présence
mérite qu'on analyse le traitement lexicographique des noms propres afin d'éventuellement
proposer une pratique lexicographique cohérente et systématique.
79

Chapitre 2 : Objectifs et méthodologie


80

2.1 Objectifs de recherche

Notre thèse s'inscrit dans un courant récent d'études multidisciplinaires consacrées au


nom propre. Notre recherche se concentre plus précisément sur les noms propres en
lexicographie, domaine qui pose plusieurs problèmes jusque-là non étudiés.

Notre analyse s'intéresse à un sujet qui a peu été abordé en profondeur jusqu'à
présent, c'est-à-dire les types de noms propres susceptibles de recevoir un traitement
lexicographique. Nous espérons faire avancer les connaissances sur les noms propres en
lexicographie générale de langue française par l'étude des noms propres dans les articles de
dictionnaires du vocabulaire politique.

On a longtemps considéré que seuls les noms propres de lieux et de personnes


appartenaient à cette catégorie; cette vision des choses a amené à croire que les noms propres
ne sont pas censés être l'objet de la description du dictionnaire de langue. Or ce dernier
contient certains noms propres, notamment dans le vocabulaire politique, et en offre parfois
un traitement comparable à celui des mots du lexique commun. Malgré cette constatation
dans la pratique, la métalexicographie, quant à elle, offre peu de description de cette présence
du nom propre dans le dictionnaire de langue.

La séparation traditionnelle entre lexique commun et noms propres ainsi que les
lacunes dans les études linguistiques sur le nom propre peuvent expliquer l'absence d'une
ligne éditoriale claire en la matière dans la lexicographie de langue française41, alors même que
tous s'entendent pour dire qu'on ne peut pas exclure tout nom propre du dictionnaire de
langue. Ceci pourrait engendrer des problèmes dans la pratique : il peut s'agir des mêmes
problèmes que pour le traitement du lexique commun, mais des défis supplémentaires
peuvent s'ajouter pour le traitement des noms propres (circularité, sélection, identification,
traitement définitoire).

41 Néanmoins, force est d'admettre que de manière générale, les avancées théoriques de la linguistique de même que les

études métalexicographiques n'influencent pas toujours la pratique lexicographique, et ne se répercutent donc pas
nécessairement dans les dictionnaires.
81

Nous avons voulu dresser un portrait de la présence et du traitement des noms


propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires généraux de langue française par
l'observation et l'analyse de leur pratique. Pour ce faire, nous avons constitué un corpus des
noms propres du vocabulaire politique dans quatre dictionnaires généraux de langue
française. Notre recherche consiste à caractériser la présence et l'intégration (analyse
quantitative) ainsi que le traitement (analyse qualitative) des noms propres du vocabulaire
politique dans ces dictionnaires. La comparaison des différentes pratiques permettra de faire
ressortir certaines limites ainsi que certains aspects plus efficaces.

Au terme de notre analyse, nous présentons :

1) des critères de sélection pour dresser une nomenclature raisonnée des noms
propres du vocabulaire politique à intégrer dans le dictionnaire de langue;

2) une liste des éléments à inclure pour offrir un traitement lexicographique et


définitoire satisfaisant des noms propres du vocabulaire politique.
82

2.2 Méthodologie

C'est avec ces objectifs en tête que nous avons constitué un corpus et conçu une
méthode de travail, éléments dont il sera question dans cette section. Nous présenterons
d'abord les dictionnaires retenus pour l'analyse. Ensuite, nous étayerons la démarche ayant
mené à la sélection des articles de dictionnaires du vocabulaire politique qui constituent le
corpus de départ de notre étude. Nous exposerons comment nous avons sélectionné les
noms propres à l'intérieur de cet ensemble d'articles de dictionnaires. Enfin, nous
présenterons brièvement l'outil informatique que nous avons choisi pour le classement et
l'analyse de nos données, le logiciel FileMakerPro.

2.2.1 Les dictionnaires à l'étude

Les dictionnaires retenus pour l'étude sont les suivants : le Petit Robert électronique 2007
(NPR), le Petit Larousse illustré, version électronique 2007 (PLI), le Dictionnaire du français Plus à
l'intention des francophones d'Amérique (DFP, 1988) et le Dictionnaire québécois d'aujourd'hui (DQA,
1992). Les deux premiers dictionnaires n'ayant plus besoin de présentation, nous nous
contenterons de rappeler qu'ils sont tous deux produits en France (à Paris); le NPR est
régulièrement publié depuis 1967, et le PLI paraît avec un nouveau millésime chaque année
depuis 1906 (millésimé 1907). Pour ce qui est des deux dictionnaires québécois, il s'agit dans
les deux cas d'une adaptation pour le public francophone d'Amérique (ou du Québec)
d'ouvrages produits en France. Le DFP est une version adaptée au contexte nord-américain
du Dictionnaire du français publié chez Hachette en 1987. Le DQA est conçu sur le même
modèle que le Robert d'aujourd'hui, ouvrage de la maison Robert réalisé pour le public français,
avec une adaptation pour le public québécois. Ces deux derniers ouvrages ne sont plus
disponibles sur le marché.

Le choix de ces ouvrages s'est fait en vertu des critères suivants : d'abord, il s'agit de
dictionnaires généraux du français en un volume, ce qui correspond au cadre général que
nous nous sommes donné. Le choix des deux ouvrages français allait de soi : ils jouissent
83

d'un prestige qui fait l'unanimité dans le monde francophone et sont les dictionnaires usuels
du français les plus largement diffusés sur le marché québécois. Pour ce qui est des
dictionnaires québécois, ils ont été choisis parce qu'il s'agit des deux derniers dictionnaires
généraux dépourvus de visées prescriptives rédigés au Québec. En outre, ils témoignent d'un
effort d'adaptation à un contexte socioculturel autre que le contexte hexagonal. Même s'ils ne
sont plus disponibles sur le marché, ces dictionnaires ont contribué à l'avancement de la
réflexion sur la lexicographie québécoise et ont alimenté le débat autour de cette question.
Par ailleurs, notre cadre général tient compte du fait qu'un dictionnaire général de langue
française a un ancrage géographique, et adopte donc une certaine perspective. Les seuls
dictionnaires généraux de langue français qui ne sont pas produits en France, et qui
proposent une perspective géographique différente, émanent du Québec. En outre, le DFP et
le DQA sont les dictionnaires les plus récemment publiés au Québec. L'analyse de ces deux
dictionnaires nous a permis d'intégrer à notre corpus des noms propres québécois qui
pourraient être propres à la nomenclature d'un dictionnaire conçu pour le Québec. Elle nous
a également permis de nous pencher sur la manière dont les noms propres caractéristiques de
la France, variété de français dominante, pouvaient être présentés et décrits dans les
dictionnaires québécois.

Pour chaque dictionnaire, nous avons examiné tour à tour la place qu'occupent les
noms propres dans les textes de présentation, et la manière dont se concrétise la division
entre noms propres et lexique commun.

[Link] Les noms propres dans le Nouveau Petit Robert, Le Grand Robert de la langue
française et le Nouveau Petit Robert des noms propres

La maison Robert est la maison d'édition pour laquelle nous détenons le plus
d'informations en ce qui concerne la politique éditoriale. Lexique commun et noms propres
font chacun l'objet d'un ouvrage distinct. Nous avons consulté les préfaces et les textes de
présentation des deux ouvrages, à la recherche d'informations touchant les noms propres.
84

Nous présentons ici l'ensemble de l'information recueillie. Il est à noter que nulle part il n'est
question spécifiquement des noms propres du vocabulaire politique.

- Nouveau Petit Robert

Les préfaciers du NPR admettent que les deux types de noms se retrouvent dans les
deux types de dictionnaire (de langue et de noms propres), comme en témoigne l'extrait

suivant :

L'opposition noms propres /noms communs, trop restrictive, n'est pas [...]
pertinente. D'une part, le dictionnaire de langue donne des noms propres en
sous-entrées des articles, lorsque ces noms sont formés de noms communs
(Cote d'Azur à côte, Organisation des Nations unies ou O.N.U. à organisation).
D'autre part, les encyclopédies alphabétiques ne présentent pas que des
noms propres, mais aussi des noms communs qui dénomment les choses
que l'on veut faire connaître (Darwin, mais aussi darwinisme et évolutionnisme).
(Rey-Debove et Rey, 2006 : X-XI)

Cet extrait est le seul qui aborde directement la question de la présence quasi
inévitable de noms propres dans le dictionnaire de langue, avec les noms propres composés à
partir des noms communs. Plus loin, la préface du NPR mentionne les types de mots
considérés comme noms propres, soit : les noms de personnes, les noms de lieux, les œuvres,
les événements, les périodes de l'histoire, les collectivités, les groupes et les institutions.

Par ailleurs, on assure que « tous les mots utilisés dans les définitions du Nouveau Petit
Robert sont eux-mêmes définis dans l'ouvrage » (Ibid., XII), sauf pour les taxons42. Nous avons
vérifié si cette affirmation vaut aussi pour les noms propres.

Si la maison Robert produit deux ouvrages, aucun système de renvoi n'est prévu pour
passer du NPR au PR2 (alors que le PLI peut renvoyer de la section dédiée à la langue
générale vers celle consacrée aux noms propres). Les deux ouvrages de la maison Robert sont
conçus pour être utilisés indépendamment l'un de l'autre.

42Les taxons peuvent être utilisés dans un article consacré à un mot de la faune ou de la flore, pour aider à cerner le
réfèrent, mais ne pas faire eux-mêmes l'objet d'un article dans le dictionnaire, en raison de leur caractère trop technique
pour un dictionnaire général de langue.
85

Aucun texte n'aborde en profondeur la question des noms propres dans le


dictionnaire de langue. Seuls quelques cas de noms propres apparaissant dans le dictionnaire
de langue sont nommés.

- Le Grand Robert de la langue française

Nous avons consulté les textes de présentations du Grand Robert de la langue française,
pour voir si un dictionnaire à visée moins commerciale abordait plus directement la question
des noms propres dans le dictionnaire de langue. La préface d'Alain Rey, rédigée en 1994,
met l'accent sur la séparation entre les deux types d'ouvrages, dictionnaire de noms propres
et dictionnaire de langue, en s'appuyant sur l'exemple du Grand Robert pour ce dernier type :

Un tel dictionnaire [le Grand Robert] ne décrit, on le sait, que les mots
communs de la langue (noms, adjectifs, verbes, adverbes, mots
« grammaticaux »), en analyse le contenu par des définitions, en illustre le
fonctionnement par des exemples, mais laisse de côté les noms propres, qui
désignent des individus ou des réalités individuelles. (IX)

Rey n'aborde pas la présence de certains noms propres dans les dictionnaires de
langue. Ce dernier extrait donne également un aperçu sur ce que Alain Rey considère comme
nom propre - les noms de personnes et, plus globalement, les « réalités individuelles ».
L'anthroponyme est mentionné, en tant que représentant par excellence de la catégorie, mais
les « réalités individuelles » ouvrent la porte à d'autres types de noms propres, qui ne sont
toutefois pas explicitées. Pour ce qui est du sens du nom propre, Alain Rey explique dans la
suite de l'extrait que si les noms communs peuvent être définis, les individus et les réalités
individuelles qu'ils désignent ne peuvent pas être définis (au sens lexicographique), mais
uniquement décrits, sans que la distinction entre définition et description ne soit explicitée.

- Nouveau Petit Robert des noms propres

Nous avons ensuite examiné les textes de présentation du Petit Robert des noms propres
2007 (PR2). Dans la reproduction de la préface de la première édition, parue en 1974, Paul
86

Robert explique que certains noms propres, c'est-à-dire les anthroponymes et les toponymes,

méritent une place à la nomenclature des dictionnaires de langue :

Les lieux et les hommes s'identifiant par des noms propres, il nous a semblé
finalement que le titre de Dictionnaire universel des noms propres répondait le
mieux au contenu de ce nouvel ouvrage, sans toutefois perdre de vue qu'un
certain nombre de noms d'hommes et de lieux ont acquis droit de cité dans
les dictionnaires de langue, par exemple Don Juan, Egérie, Tartuffe,
Brandebourg... (non paginé)

Alors qu'on s'attend à lire des exemples de noms propres, les mots mentionnés dans
l'extrait ont été lexicalisés pour devenir des noms communs : on ne peut plus vraiment parler
de noms propres dans ces cas-là. Robert n'aborde pas la présence de noms propres non
lexicalisés dans les dictionnaires de langue.

Si le NPR ne renvoie pas au PR2, le PR2, quant à lui, renvoie parfois au NPR, comme
il est expliqué dans le guide de l'utilisateur en début d'ouvrage : « certains articles renvoient au
Nouveau Petit Robert de la langue française (ex. Molosse) pour l'histoire et le sens du mot ». (XXV)
En outre, le PR2 consacre des articles de sa nomenclature à des noms communs, qui ne sont
toutefois pas traités comme des noms communs mais plutôt comme des thèmes. L'extrait qui
suit, tiré de la préface, permet de voir que là encore, une séparation nette entre la description
des noms propres et celle des noms communs n'est pas toujours opérée :

Certains noms communs apparaissent enfin dans ce dictionnaire des noms


propres. Cette nouvelle édition en augmente sensiblement le nombre et les
met en évidence par un encadrement grisé. Ils assurent une homogénéité de
traitement à des faits historiques comme la résistance ou la collaboration, à des
mouvements artistiques ou littéraires comme le baroque ou le naturalisme, à
des doctrines philosophiques, religieuses, politiques comme Monarchisme ou le
bouddhisme, par rapport à ceux qui sont désignés par des noms propres43.
(XIX)

Nous avons consulté les trois articles de cet extrait en lien avec le vocabulaire
politique : résistance, collaboration et anarchisme. Résistance n'apparaît pas de la manière annoncée
dans la préface : l'article apparaît comme les autres à la nomenclature, sans encadrement

43 II est intéressant de relever que la présence de noms communs à la nomenclature du dictionnaire de nom propre est
faite pour assurer une « homogénéité de traitement » entre noms communs et noms propres; or cette homogénéité
pourrait aussi être observée par la présence plus soutenue et plus systématique de noms propres dans la section des noms
communs.
87

grisé. Il serait en effet plus juste de considérer le mot en vedette de l'article résistance comme

un nom propre, puisqu'il renvoie à un ensemble d'événements précis. Voici comment débute
l'article : « Nom donné à l'ensemble des actions menées au cours de la Deuxième Guerre
mondiale dans les différents pays d'Europe contre l'occupation allemande et les régimes nazi
et fascistes ». Collaboration, pour sa part, est bel et bien encadré sur un fond gris, mais il s'agit
tout de même d'un nom propre : « Nom donné à la politique d'entente et de rapprochement
avec l'Allemagne nazie pratiquée par le gouvernement de Vichy* (1940-1944) ». Le nom perd
son caractère général pour désigner une réalité unique. Dans les deux cas, résistance et
collaboration, le mot existe en tant que nom commun et en tant que nom propre — peut-être
est-ce là la source de la confusion. Les deux mots se trouvent dans les deux dictionnaires, et
les deux dictionnaires définissent le nom propre. Cependant, nous avons bel et bien trouvé
des thèmes à la nomenclature du PR2, présentés de la manière décrite plus haut. C'est le cas
par exemple de anarchisme, nommé dans la préface, et de marxisme, tous deux des noms de
doctrines qui font partie du lexique commun et ne sont pas des noms propres.

Dans les textes de présentation des dictionnaires de la maison Robert, la question de


la présence des noms propres dans le dictionnaire de langue n'est abordée que de manière
superficielle. On ne fait qu'évoquer un malaise dans la distinction traditionnelle entre noms
propres et lexique commun. Le fait que des noms propres apparaissent dans diverses
rubriques du NPR, dont celles qui commandent un traitement lexicographique, n'est que
succinctement mentionné (lorsque le NPR mentionne les noms propres qui apparaissent en
sous-entrée), et nous n'avons donc pas d'information sur la manière dont les noms propres
sont intégrés au NPR - des critères de sélection sont-ils appliqués, et si oui, lesquels ?; une
méthodologie est-elle utilisée, et si oui, laquelle?

Les prochaines sections consacrées aux autres dictionnaires du corpus seront plus
brèves, puisque seule la Maison Robert fournit autant d'informations sur sa démarche
éditoriale.
88

[Link] Les noms propres dans Le Petit Larousse illustré

Le PLI réunit deux sections en un seul volume, l'une pour le lexique commun, l'autre
pour les noms propres, ceci afin de répondre à la double vocation de l'ouvrage, soit celle
d'offrir un dictionnaire de langue de même qu'un dictionnaire encyclopédique. Cette façon de
faire peut avoir une incidence sur la présence et le traitement des noms propres dans la partie
consacrée aux noms communs. La section des noms communs renvoie parfois à la section
des noms propres, comme le montre l'extrait de l'article conservateur reproduit ci-dessous :

conservateur
[•••]
2. Qui a trait au conservatisme politique, qui en est partisan. Journal
conservateur.
Spécialement. Parti conservateur (I)44 Parti conservateur
[•••]

Dans son court texte de présentation, le PLI fournit une explication sur ce que
contient la partie consacrée aux noms propres; ceci nous permet de déduire ce qu'on
considère comme étant un nom propre dans cet ouvrage :

Dictionnaire de noms propres, le Petit Larousse comprend des notices sur les
personnalités importantes du passé et du présent, sur les entités
géographiques (États et villes du monde, régions, départements, fleuves et
rivières, massifs montagneux) et spatiales (planètes et étoiles), sur les grands
événements et périodes historiques : régimes politiques, traités, guerres, etc.,
sur les œuvres littéraires, artistiques, scientifiques, philosophiques,
économiques, sur les dieux des mythologies, sur les grandes religions
présentes et passées, sur les personnages et héros des grandes œuvres de
fictions, sur les institutions françaises et internationales, (non paginé)

L'extrait n'explique pas si ces mots sont considérés comme des noms propres ou si la
partie consacrée aux noms propres du PLI décrit également des noms communs. Il ne s'agit
que de mentionner ce qui se trouve dans la partie consacrée aux noms propres. Dans cette
énumération, certains types de noms sont des noms propres alors que d'autres appartiennent
plutôt au lexique commun. En effet, les noms de régimes politiques et les noms de grandes

44 Ce symbole indique un renvoi vers la section des noms propres dans la version électronique de l'ouvrage.
89

religions sont des noms communs; ces mots se retrouvent d'ailleurs dans la partie consacrée

au lexique commun du PLI (par exemple : castrisme ou démocratie).

Il semble donc que pour le PLI aussi, la frontière entre noms communs et noms
propres ne soit pas étanche.

[Link] Les noms propres dans le DFP

Le DFP ne comporte qu'un seul volume, consacré aux noms communs. Des
développements encyclopédiques accompagnent certains articles. Les textes de présentation,
ne fournissent pas de renseignement sur la présence des noms propres dans le dictionnaire de
langue.

[Link] Les noms propres dans le DQA

Le DQA comprend dans un seul volume une partie distincte pour les noms communs
et une autre pour les noms propres. Aucun renvoi n'est fait entre la partie du lexique
commun et celle des noms propres. Les auteurs du DQA consacrent une partie de
l'introduction aux noms propres, en expliquant d'abord le choix de décrire à la fois le lexique
commun et les noms propres :

[S]'il s'agit, tout en conduisant l'apprenant vers une maîtrise du discours en


français, de lui fournir des cadres de référence de sa culture, on ne peut
négliger les noms propres. C'est pourquoi à la description du bon usage (la
langue) vient s'ajouter au dictionnaire un choix de brèves descriptions
concernant les noms qui désignent les personnes et les lieux les plus
notoires. (XXIII)

De cet extrait, on peut comprendre que dans le DQA, les noms propres sont les noms
de personnes et de lieux. Or on lit plus loin que la section des noms propres comporte
environ 12 000 entrées, consacrée aux noms de lieux, de personnes et d'événements. D'après
les auteurs, le choix de ces entrées s'opère d'abord en fonction de la visée décrite dans
l'extrait reproduit ci-dessus, à savoir celle de fournir des cadres de référence culturels
90

québécois. Ainsi, les noms de lieux privilégieront la toponymie québécoise. Aucune


information supplémentaire n'est donnée quant à la sélection des noms propres. Aucune
information n'est donnée non plus sur la présence des noms propres dans la partie dédiée
aux noms communs.

La lecture des textes de présentation des dictionnaires retenus pour l'étude ne donne
pas beaucoup d'information sur la manière dont le nom propre est envisagé en lexicographie
générale. S'il est habituel que les préfaces des dictionnaires de langue française n'insistent pas
sur les considérations davantage techniques, les quelques informations trouvées et les
quelques exemples de noms propres donnés sont révélateurs d'un certain malaise dans la
manière d'envisager le nom propre dans les dictionnaires généraux. D'une part, on admet
qu'il n'est pas possible d'exclure totalement les noms propres du dictionnaire de langue, et
d'exclure tous les mots du lexique commun du dictionnaire de nom propre. Et on considère
encore les anthroponymes et les toponymes comme les noms propres par excellence. Mais
d'autre part, on ne fait pas état d'une démarche structurée liée à la sélection et au traitement
des noms propres dans le dictionnaire de langue.

[Link] Les noms propres dans les autres dictionnaires

Il existe évidemment d'autres dictionnaires généraux de la langue française. Nous


avons choisi d'étudier les plus prestigieux et les plus populaires au Québec, ainsi que les deux
dictionnaires généraux du français québécois les plus récemment publiés. Cependant, d'autres
dictionnaires méritent qu'on s'y penche parce qu'ils proposent une manière différente de
structurer la nomenclature des noms communs et des noms propres. C'est le cas du
Dictionnaire Hachette de la langue française et du Dixel de chez Robert.

Le Dictionnaire Hachette propose une nomenclature où lexique commun et noms


propres se suivent dans l'ordre alphabétique. Ceci peut permettre une harmonisation plus
grande entre les deux nomenclatures, puisque le lecteur qui lit la définition de marxisme, par
exemple, trouvera sous Marx, dans la même page, les informations qui lui feraient défaut
91

sous le nom commun. Le Dictionnaire Hachette propose en outre des développements

encyclopédiques à la suite de certains articles.

Au moment d'écrire ces lignes, la maison Robert vient de faire paraître le Dixel, un
dictionnaire encyclopédique qui enchaîne lexique commun et noms propres en ordre
alphabétique dans la même nomenclature, comme le fait déjà le Dictionnaire Hachette. Une
autre caractéristique que le Dixel partage avec cet ouvrage sont les développements
encyclopédiques. Enfin, une nouveauté du Dixel est qu'il combine un dictionnaire papier et
un site Web complémentaire.

Nous n'avons pas procédé à une analyse du Dictionnaire Hachette et du Dixel aussi
détaillée que celles faites du PLI et du NPR, entre autres parce que ces ouvrages ne sont pas
aussi populaires que leurs prédécesseurs. Par exemple, le Dixel ne remplace pas le Nouveau
Petit Robert, qui a été publié avec un nouveau millésime en même tant que le Dixel; d'autre
part, rien ne nous indique pour l'instant si ces deux dictionnaires sauront se tailler une place
durable sur le marché.

Nous avons compulsé le Dictionnaire Hachette et le Dixel surtout dans l'optique de


vérifier si le cadre dictionnairique a un effet sur la description lexicographique des noms
propres du vocabulaire politique, objet du cinquième chapitre.

Enfin, Le Dictionnaire de la langue française — le français vu du Québec [FVQ] est en fin de


préparation. Nous ne le prendrons pas comme objet d'analyse pour plusieurs raisons.
D'abord, il n'est pas encore publié au moment d'écrire ces lignes, et lorsqu'il sera mis en
ligne, ce sera de manière progressive, avec un nombre grandissant d'entrées. Ensuite, nous
avons nous-mêmes participé à la rédaction des articles du vocabulaire politique de ce
dictionnaire, et nous souhaitons conserver une distance critique par rapport à ce travail. Par
ailleurs, dans les textes de présentation déjà en ligne de la version préliminaire du
dictionnaire, il n'est pas question des noms propres ni de leur présence dans le dictionnaire
de langue. Ceci ne laisse pas présager un changement radical dans le traitement
lexicographique des noms propres dans le dictionnaire de langue.
92

2.2.2 Le corpus d'articles de dictionnaires

Après avoir choisi les dictionnaires sur lesquels nous voulions nous pencher, il a fallu
sélectionner les articles du vocabulaire politique qui constitueraient notre corpus de départ.
C'est à l'intérieur de ces articles de dictionnaires que nous avons repéré les noms propres du
vocabulaire politique.

Pour l'établissement du corpus d'articles, la première étape a consisté à lancer une

recherche plein-texte avec le mot politique dans les quatre dictionnaires45. Les résultats de cette
recherche, même s'ils nous semblaient un bon point de départ, étaient incomplets, parce que
d'une part, ils ne permettent pas de trouver tous les mots en lien avec le vocabulaire
politique, et que d'autre part, des mots qui n'appartiennent pas au vocabulaire politique sont
ressortis de cette recherche. Nous avons donc terminé la constitution de notre corpus
d'articles en élaguant d'une part et en augmentant le nombre d'articles d'autre part.

La première étape a donc été de supprimer les articles non pertinents. Ainsi, la
recherche plein-texte avec le mot politique ne permettait pas de discrimination par rapport au
sens de ce mot. Une des acceptions les plus fréquentes de politique trouvée dans les articles est
celle de « ligne de conduite raisonnée, en particulier d'une entreprise, d'une institution »
(TLFi), qui ne concerne pas le domaine politique. En outre, le mot politique peut être utilisé
dans Pexemplification même si le mot illustré n'appartient pas au domaine politique à
proprement parler46; il peut également figurer sous la rubrique étymologique47 ou dans les
développements encyclopédiques du PLI ou du DFP48. Mis à part ces cas plus fréquents, il
restait alors encore quelques cas isolés d'emplois non pertinents, que nous avons éliminés au
fur et à mesure.

À cette étape, nous avions un peu plus de 700 vocables, chiffre à multiplier par un,
deux, trois ou quatre selon que les vocables se trouvaient à la nomenclature d'un ou de
plusieurs des dictionnaires à l'étude. Si certains de ces mots semblent dès le premier coup

45 Les deux ouvrages québécois ne sont pas disponibles en format électronique. Nous avons consulté une version

numérisée.
46 Par exemple, sous affaiblissement, le NPR met la définition « Perte de force, d'intensité », et propose la citation :

« l'affaiblissement de l'esprit politique chez une nation » (Renan).


47 Par exemple, Pétymologie de police dans le PLI : « du grec politeia, organisation politique ».

48 Voir le développement encyclopédique sous acadien dans le DFP.


93

d'œil présenter un intérêt pour notre recherche, par exemple ceux qui sont caractéristiques du
vocabulaire politique québécois, d'autres nous sont apparus moins riches à analyser. C'est le
cas par exemple de affaire : « Scandale social, politique venant à la connaissance du public »
(NPR). Nous avons donc procédé à un deuxième élagage. Nous avons repris le schéma 1
présenté au point [Link] afin de nous concentrer cette fois non pas sur une schématisation
des notions politiques, mais sur une fragmentation des mots de notre corpus en sous-

ensembles thématiques :

Figure 2.1 : Sous-corpus du vocabulaire politique

Idées politiques

Régimes politiques

Fonctionnement parlementaire
Fonctionnement
de la vie politique Vie démocratique
Fonctionnement administratif

Histoire politique
(faits et périodes)

Nous n'avons retenu que les articles contenant une acception se rattachant à l'un ou
l'autre des sous-ensembles représentés dans la figure 2.1.

Après cette première étape d'élimination, nous devions chercher à repérer les articles
possiblement laissés de côté par la recherche plein-texte du mot politique. En effet, les articles
du vocabulaire politique ne contiennent pas tous le mot politique écrit en toutes lettres. Nous
avons donc fait une recherche supplémentaire pour repérer les emplois précédés de la
marque de domaine polit, (ou d'une autre abréviation de politiquej49. Nous avons ensuite croisé
les résultats de chaque dictionnaire. Ceci a permis d'ajouter plusieurs articles que les

49 Dans le NPR, le balisage informatique permet de lancer une recherche pour la catégorie des « marques d'usage et de

domaine » (polit, est donné dans la liste des abréviations). Pour le PLI, la recherche plein-texte avec politique suffit,
puisqu'il est impossible de faire une recherche par marque de domaine. En ce qui concerne le DFP, pour lequel nous
disposons d'une version simplement numérisée, sans balisage, nous avons dû faire une recherche plein-texte avec
l'abréviation polit. Dans le DQA, la recherche plein-texte avec politique a suffi parce que cette marque de domaine n'est
pas abrégée.
94

recherches précédentes n'avaient pas fait ressortir. Par exemple, la recherche plein-texte avec
l'abréviation Polit, a permis de trouver marxisme-léninisme dans le NPR, mais ce mot n'était pas
parmi les résultats des recherches faites dans le PLI, qui ne met pas de marque de domaine à
ce mot qu'il définit par « Doctrine qui voit dans Lénine le véritable continuateur de Marx et
qui synthétise leurs pensées. » Finalement, notre travail au FVQ nous a permis de
ponctuellement ajouter des mots qui nous auraient échappés.

Notre corpus lexicographique compte 281 entrées différentes. Si l'on additionne tous
les articles que les quatre dictionnaires proposent de ces mots, on obtient le chiffre de 882
articles de dictionnaires différents. Ce sont donc 882 articles du vocabulaire politique que
nous avons scrutés pour y trouver des noms propres.

Il est possible qu'après ces recherches, il manque à notre corpus quelques articles du
vocabulaire politique. Nous avons tenté d'être la plus exhaustive possible; rappelons
cependant que notre objectif n'était pas de dresser un inventaire complet du vocabulaire
politique dans les dictionnaires, mais bien d'examiner la présence et le traitement
lexicographique des noms propres pour ce type de vocabulaire.
95

2.2.3 Délimitation des noms propres à l'étude

Nous présenterons dans cette partie la manière dont nous avons sélectionné les noms
propres à l'intérieur des articles de dictionnaire de notre corpus. L'état de la question sur les
noms propres nous a permis d'entrevoir la délicatesse de cette opération. Aucun classement
des noms propres ne saurait faire consensus. Il s'agit pour nous de nous doter d'un outil
nous permettant de manier nos données de manière systématique.

Nous commencerons par présenter la définition du nom propre que nous nous
sommes donnée dans le cadre de notre recherche, et par délimiter les types de noms propres
sur lesquels porte notre étude. Ensuite, nous verrons si les caractéristiques traditionnellement
attribuées aux noms propres et les classements existant peuvent nous aider à repérer les noms
propres de notre corpus; enfin, nous présenterons une typologie des noms propres qui se
retrouvent dans le vocabulaire politique. Mais il nous faut avant tout débuter par une
précision d'ordre terminologique.

[Link] Noms propres et « noms communs »

Avant d'en venir à nos propres analyses, nous devons régler une question de
terminologie. Il est de coutume d'opposer les noms propres aux noms communs. Or il n'est
pas possible de séparer tous les mots de la langue dans ces deux catégories, les mots de la
langue ne se limitant pas à la catégorie des noms. Si les noms propres appartiennent à la
catégorie grammaticale du nom, tout ce qui n'est pas nom propre n'est pas nécessairement
nom commun. Que faire alors des adjectifs, des verbes, des adverbes et de tous les mots
grammaticaux, qui ne sont pas des noms propres? Cette question a déjà été soulevée par les
auteurs de la préface du NPR :

Certains ont pris l'habitude d'opposer les noms propres (encyclopédie) et les
noms communs (langue); cette distinction n'est pas sérieuse car, s'il existe
des dictionnaires de noms propres comme le Petit Robert 2, on n'a jamais vu
de dictionnaires de langue ne contenant que des noms. Le Petit Robert,
évidemment, ne traite pas seulement les noms, mais tous les mots de la
96

langue, les verbes, les adjectifs, les adverbes, les mots grammaticaux. (Rey-
Debove et Rey, 2006 : X-XI)

Dans notre thèse, nous nous intéressons essentiellement aux noms propres.
Cependant, il nous faut adopter une appellation adéquate lorsque nous voulons opposer les
noms propres à toutes les autres unités lexicales.

Le logicien Bertrand Russell a instauré la coutume d'opposer noms propres à


description définie. Cette étiquette a été reprise par certains linguistes, dont Kleiber. Nous avons
déjà fourni une définition de la description définie dans l'état de la question, au point [Link].
La description définie peut également se définir comme l'a fait Jean Molino : « une
description définie est une expression qui peut sans modification de sa signification, être
paraphrasée en une expression de la forme "l'objet x qui possède la propriété p" » (Molino,
2000: 111). En d'autres termes, pour reprendre un exemple classique, «le maître
d'Alexandre » est une description définie, et Aristote, le nom propre qui y correspond, serait
en fait une description déguisée. Or la description définie reste un nom, ou un groupe
nominal, et ne s'applique pas aux autres unités du discours. L'appellation de description définie
ne convient pas à notre propos, et nous ne l'avons pas retenue.

Jean-Claude Boulanger et Monique Cormier ont proposé le néologisme proprionyme


pour remplacer « nom propre ». Selon eux, cette appellation a l'avantage de leur permettre de
dériver toute la famille morphologique associée à la racine propri- : proprionjme, proprionymique.
Pour opposer les deux classes de mots, ils parlent de lexique proprionymique et de lexique
commun. La dénomination lexique commun sert à contourner le problème posé par l'appellation
nom commun. Nous conserverons l'appellation nom propre, puisqu'elle est plus largement utilisée
et qu'elle ne nous pose aucun problème. Lorsqu'il sera question d'opposer les noms propres
aux autres unités du discours, nous avons choisi la solution de Boulanger et de Cormier,
c'est-à-dire que nous aurons recours à l'expression lexique commun, que nous avons déjà
utilisée depuis le depuis de la thèse. La faible fréquence à laquelle nous aurons recours à cette
expression ne justifie pas la création d'une nouvelle appellation, et ne causera pas de lourdeur
dans le texte, du moins l'espérons-nous.
97

[Link] À propos des noms propres de personnes et de lieux

Comme pour le dernier point, ce point-ci a déjà été abordé dans les pages
précédentes. Nous avons tout de même cru bon y revenir une fois pour toutes dans

l'exposition de notre méthodologie.

L'objet de notre thèse n'est pas d'étudier la présence de tous les noms propres qui se
trouvent dans le dictionnaire de langue. Nous nous intéressons à certains types de noms
propres qui sont définis dans le dictionnaire de langue, et dont la présence s'explique parce
qu'ils sont composés de mots du lexique commun.

Le type de noms propres qui nous préoccupe exclut les cas « classiques » que sont les
noms propres de personnes et de lieux. Lorsque ces derniers se trouvent dans le dictionnaire
de langue, c'est en appui à la description lexicographique principale (qui n'est pas celle du
nom propre), sous la rubrique étymologique ou dans une citation par exemple. En tant que
francophones, habitués à la tradition lexicographique de langue française, nous nous
attendons à ce que les anthroponymes et les toponymes soient traités dans un ouvrage
consacré aux noms propres ou dans une encyclopédie.

Par ailleurs, les noms propres de lieux et de personnes ont fait l'objet de la vaste
majorité des études sur les noms propres jusqu'à présent, puisqu'ils sont considérés comme
les noms propres par excellence. De leur côté, les autres types de noms propres ont été
négligés, peut-être justement parce qu'ils ne sont pas dès le premier coup d'œil considérés
comme des noms propres.

[Link] Définition du nom propre

Après ces étapes préliminaires, il convient de cerner plus précisément l'objet de notre
étude en fournissant une définition du nom propre. Pour ce faire, il nous semble important
de nous pencher sur trois caractéristiques souvent reprises dans les recherches sur le sujet :
l'impossibilité de généraliser, l'apparence du nom propre et le fait qu'il soit porteur de sens
ou non.
98

Le nom propre renvoie à un élément de manière récurrente, sans généralisation


possible à une classe d'objets. C'est que le nom propre a une valeur référentielle unique.
Ainsi, si plusieurs mammifères peuvent être nommés des chats, chaque chat individuel est un
réfèrent particulier, et chacun, s'il est domestiqué, peut recevoir un nom propre. Si deux chats
portent le même nom propre, par exemple Félix ou Persil, il s'agit alors d'un cas
d'homonymie. Ceci correspond à l'observation que nous avons faite du nom propre du
vocabulaire politique dans notre corpus. Par exemple, Parti libéral du Canada ne renvoie qu'à
une seule entité, qu'il est possible de cerner, de délimiter précisément, et le nom ne peut
s'appliquer à un autre réfèrent — et ce, même si on utilise la forme abrégée Parti libéral.
Évidemment, plusieurs partis politiques dans différents États peuvent porter le même nom.
Ceci constitue des cas d'homonymie, puisque ces noms, même s'ils ont la même enveloppe
formelle, renvoient à des référents distincts. (Pensons par exemple à Parti vert ou à Parti
communiste, appellation que l'on peut aisément imaginer être portée par plusieurs partis
politiques à travers le monde.) Nous avons donc retenu l'impossibilité de généraliser comme
une caractéristique du nom propre.

Pour ce qui est de l'apparence ou de la forme du nom propre, nous nous rangeons
derrière la définition proposée par Vaxelaire : « un nom propre est un signe référant à un
individu de manière récurrente dans un texte ou un corpus, sa forme pouvant aller d'une
simple lettre à une phrase complète. » (Vaxelaire, 2006a : 720). Cette définition nous semble
assez générale pour convenir à tous les noms propres rencontrés dans notre corpus, peu
importe leurs caractéristiques graphiques (par exemple, qu'ils portent la majuscule ou pas).

Enfin, nous avons vu que de nombreuses discussions entourent le contenu


sémantique du nom propre. Nous pensons, à l'instar de Vaxelaire, que chaque nom propre
est plus ou moins porteur de sens, qu'il se situe dans un continuum sémantique. Cette thèse
porte d'ailleurs sur les noms propres qui bénéficient d'un traitement lexicographique, donc
d'une définition, dans le dictionnaire de langue. Or si un mot est défini, c'est qu'il possède bel
et bien un sens ou tout au moins une valeur référentielle. Vaxelaire propose de faire une
analyse sémique pour dégager le sens du nom propre; pour rester dans le cadre
lexicographique, nous tenterons plutôt d'en dégager les traits distinctifs.
99

Ainsi, pour nous, le nom propre est un signe linguistique, peu importe sa forme
graphique, qui réfère à un élément spécifique de manière récurrente dans un texte ou un
corpus donné, sans généralisation possible à une classe d'objets, et qui possède une valeur
référentielle unique qu'il est possible de circonscrire dans une définition lexicographique à
l'aide de traits distinctifs.

[Link] La sélection des noms propres à l'étude

La définition que nous nous sommes donnée ne nous suffit cependant pas pour
repérer les noms propres de notre corpus. Nous avons donc tenté de retenir des critères sur
lesquels nous baser pour juger que telle unité est, oui ou non, un nom propre. Les critères
formels traditionnels ne permettent pas d'obtenir des résultats satisfaisants. C'est plutôt à
partir des différentes classifications des noms propres existantes que nous avons élaboré
notre propre typologie des noms propres du vocabulaire politique. C'est de cette démarche
dont il sera question dans les prochaines pages.

[Link].1 Les critères formels traditionnels

Nous avons déjà mentionné quelques caractéristiques généralement attribuées aux


noms propres dans la partie [Link] de l'état de la question. Il s'agit de critères formels
énumérés dans les grammaires, dont les plus fréquents sont la majuscule initiale, l'absence de
déterminant et de marques morphologiques ainsi que l'impossibilité de traduire. Ces critères,
s'ils étaient auparavant repris par les linguistes, sont réfutés par les travaux plus récents, dont
ceux de Vaxelaire, de Gary-Prieur, de Humbley ou de Wilmet. Nous les examinerons à
présent plus en détail, en expliquant pourquoi nous les avons rejetés comme manière
d'identifier un nom propre du vocabulaire politique.
100

- La majuscule initiale

Chez les auteurs de grammaires traditionnelles, la majuscule initiale est souvent


présentée comme un trait identificateur du nom propre. D'autres spécialistes abondent
également dans ce sens, dont Galisson et André, auteurs du Dictionnaire des noms de marques
courants. Il est vrai qu'en français, la majuscule initiale peut permettre d'identifier un nom
propre dans certains cas (à l'écrit). Cependant, elle est plus systématiquement utilisée pour les
anthroponymes et les toponymes que pour d'autres catégories de noms propres, dont celles
qui existent dans le vocabulaire politique, comme les noms d'institutions. C'est en effet sur la
base du comportement de ces deux classes de noms propres que Gary-Prieur tranche :

Si l'on s'en tient aux noms propres prototypiques, aucun nom de personne,
aucun nom géographique ne s'écrit sans majuscule. Il s'agit là d'une
propriété de langue, qui ne relève pas du libre-choix de celui qui écrit [...]
(Gary-Prieur, 1995 : 96)

Or les noms propres du vocabulaire politique ne se limitent pas à ces noms propres
prototypiques, et ils ne s'écrivent pas systématiquement avec la majuscule initiale. À titre
d'exemple, nous pouvons mentionner que plusieurs occurrences du nom propre Conseil des
ministres sans majuscule initiale à conseil ont été repérées dans la BDTS50; même chose pour le
nom propre Grande Noirceur. Vaxelaire recense des entrées du Dictionnaire des noms propres de
Hachette (1992) qui ne prennent pas la majuscule initiale (plusieurs de ces mots relèvent du
vocabulaire politique) :

arrêt d'union, assemblée des états, beat génération, buisson ardent, croisade
contre les albigeois, croisade des enfants, décalogue, drôle de guerre, gâtha,
guerre austro-prussienne, guerre froide, guerre russo-japonaise, guerre
sociale, lost génération, pacte tripartite, politique des réunions, pragmatique
sanction de 1713, querelle des rites chinois, révolution culturelle, révolution
d'octobre 1917, révolution russe de 1905, route de la soie, saint suaire
(Vaxelaire, 2005a : 75)

À l'inverse, toujours dans le vocabulaire politique, certains mots qui ne sont pas des
noms propres peuvent s'écrire avec la majuscule initiale; c'est le cas du mot État, qui peut être

5(1 La BDTS est la Banque de données textuelles de Sherbrooke, qui contient plus de 52 millions de mots puisés dans des textes

de natures diverses (littéraires, journalistiques, didactiques, ainsi que quelques textes transcrits de l'oral). Nous aurons
parfois recours à la BDTS pour vérifier la fréquence d'un mot. Pour plus d'information sur la BDTS, voir les travaux de
Geneviève Labrecque (2005, 2007).
101

employé sans nécessairement faire référence à un État politique en particulier, ainsi que de
certains titres de fonction, qui nous ne considérons pas comme des noms propres, comme
nous le verrons plus loin (ex. : Premier ministre).

En outre, certains chercheurs ont établi que la majuscule initiale n'était pas utilisée de
manière obligatoire pour tous les noms propres (tel Molino (1982 : 8); nous pensons aussi au
flou entourant la question dans Le bon usage). Vaxelaire tranche la question de manière

humoristique :

il est vrai que la majuscule est un moyen assez efficace de distinguer les
noms propres, mais il n'y a malheureusement que dans la langue des
Schtroumpfs que la différence entre noms propres et noms communs est
obligatoirement marquée par la majuscule. (Vaxelaire, 2005a : 75)

Ces cas nous ont confirmé que la recherche des noms propres de notre corpus par le
repérage de la majuscule initiale ne serait pas une méthode sûre. La majuscule initiale ne peut
donc pas constituer le seul élément identificateur du nom propre dans notre corpus.

- L'absence de déterminant

A propos du fait que les noms propres s'utilisent sans déterminant, nous avons déjà
cité Vaxelaire, selon lequel « [o]n lit constamment que le nom de personne s'utilise sans
déterminant ». Encore une fois, il faut étendre les observations à tous les types de noms
propres, et ne pas uniquement considérer les noms propres de lieux et de personnes. S'il est
vrai que les noms propres sont plus souvent employés sans déterminant que les noms
communs, cela ne revient pas à dire que tout nom précédé d'un déterminant est un nom
commun, et que tout nom employé sans déterminant est un nom propre. Gary-Prieur, qui a
étudié le comportement syntaxique des noms propres, conclut : « Leur syntaxe ne se limite
pas à l'absence de déterminant, pas plus que leur sémantique ne se limite à l'absence de sens »
Gary-Prieur, 1991 : 25). Une décennie plus tôt, Kleiber réfutait aussi le critère du
déterminant : « La description syntaxique des noms propres prouve en effet que l'on ne peut
distinguer le nom propre du nom commun à l'aide des seuls déterminants. » (Kleiber, 1981 :

14)
102

En outre, certains noms propres comportent obligatoirement un déterminant (La


Havane); d'autres peuvent dans certains contextes être précédés d'un article (les Tudors).
L'absence de déterminant devant un nom peut donc constituer un indice qu'il s'agirait d'un
nom propre, mais ce n'est pas un critère infaillible.

En fait, la seule caractéristique du nom propre qu'il soit possible d'établir concernant
les déterminants est que les noms propres sont plus souvent employés sans déterminant que
ne le sont les noms communs. Vaxelaire conclut simplement que « certains noms propres
doivent être précédés d'un article et d'autres n'en ont pas la nécessité. » (Vaxelaire, 2005a :
110)

Pour notre propos, le fait que les noms propres soient parfois précédés d'un
déterminant nous force à conclure que ce critère n'est pas suffisant pour nous aider à faire la
recension des noms propres dans notre corpus.

- L'absence de marques morphologiques

Un autre critère évoqué par les grammaires pour caractériser le nom propre est le fait
qu'il ne porterait pas les marques morphologiques du genre ou du nombre, puisqu'il ne
pourrait pas être accordé au féminin ou au pluriel (nous avons cité précédemment Grévisse
et la Grammaire Larousse du français contemporain à ce sujet). Galisson et André reprennent ce
critère : « Les noms de marques sont classés parmi les noms propres. À ce titre, ils s'écrivent
avec une majuscule à l'initiale et la marque du pluriel, en finale, ne saurait leur être affectée. »
(Galisson et André, 1998 : 19). Nous avons déjà exposé certains contre-arguments de
Vaxelaire à ce propos. Dès 1968, Witold Manczak apporte des nuances à cette absence de
marques morphologiques dans les noms propres :

Il existe une loi synchronique selon laquelle les éléments linguistiques plus
fréquemment usités sont, en général, plus différenciés que ceux employés
rarement. En ce qui concerne l'onomastique, il en résulte la loi particulière
suivante51 : s'il y a une différence entre la flexion et la syntaxe des noms

51 Selon Manczak, c'est la fréquence relative des noms communs par rapport aux noms propres qui explique que ces

derniers ont une flexion moins différenciée. En fait, la réflexion de Manczak part du constat que « pour définir les
103

propres et des appellatifs, les noms propres présentent, en général, une


flexion et une syntaxe moins différenciées, ce qui s'explique évidemment par
le fait que les noms propres sont d'un emploi moins fréquent. (Manczak,
1968 : 212)

Manczak apporte une nuance aux affirmations selon lesquelles les noms propres ne
portent pas de marque de flexion. C'est avec le même raisonnement qu'il en arrive à une
conclusion similaire pour ce qui est du genre des noms propres. Il admet une différence entre
la morphologie des noms communs et celle des noms propres, mais il réfute une absence
totale de marques morphologiques chez ces derniers.

Comme pour la question de l'absence de déterminant, on constate une façon de faire


plus répandue pour les noms communs que pour les noms propres, ce qui n'implique pas
que les noms propres ne portent jamais de marques de flexion ou qu'ils ne sont jamais utilisés
avec un déterminant. Vaxelaire juge que ce critère comporte trop d'exceptions pour être
retenu :

Si la majorité des noms propres n'ont pas de flexion morphologique, les cas
de certains prénoms [...], des noms de villes ainsi que celui des inévitables
variations idiosynchroniques portent un coup à l'unité de ce critère.
(Vaxelaire, 2005a : 81)

Vaxelaire conclut ceci sur la morphologie (et la phonologie) des noms propres : « Les
seules différences notables entre nom propre et nom commun sur ces points ressortissent à
un figement plus net en ce qui concerne le nom propre. » (Vaxelaire, 2005a : 83)

Le fait de trouver un nom employé au féminin ou au pluriel ne saurait donc garantir


qu'il s'agit d'un nom commun, pas plus que le fait de rencontrer plusieurs formes d'un même
nom propre (masculin/féminin ou singulier/pluriel). Nous n'avons donc pas retenu le critère
de l'absence de marques morphologiques pour repérer les noms propres de notre corpus.

rapports entre nom propre et nom commun, il est indispensable de tenir compte de la fréquence, ce qui permet de
formuler plusieurs lois. » (211)
104

- L'impossibilité de traduire

Reste le caractère intraduisible du nom propre (nous avons cité précédemment Brunot
et Bruneau et le Précis de grammaire historique à ce sujet). Certains linguistes, dont Manzcak, ont
repris ce critère donné par les grammaires : « En réalité, ce qui constitue le caractère essentiel
du nom propre, c'est le fait qu'en principe on ne le traduit pas en des langues étrangères »
(Manzcak, 1968 : 206). Si nous ne retenons pas ce critère, c'est que des chercheurs ont
démontré que certains noms propres sont en fait traduisibles; Algeo (1973) et Zabeeh (1968),
par exemple, trouvent des exceptions à cette règle. Nous avons déjà cité Vaxelaire qui
souligne que le nom propre Aristote, pris comme modèle à profusion dans les études sur le
nom propre, est une adaptation du grec52.

John Humbley a étudié la traduction d'un type de vocabulaire qui s'approche du


vocabulaire politique. Il a examiné les sites d'instances officielles européennes pour y
chercher si on proposait une traduction de noms d'institutions. Il en conclut que ce critère de
non-traduisibilité « ne s'applique pas à de nombreuses catégories de noms propres, dont les
noms d'institutions; en effet, dans ce cas précis, la traduction se fait couramment mais de
façon peu systématique. » (Humbley, 2006 : 671) Humbley a aussi fait cette vérification pour
les noms de partis politiques. Il en arrive à la constatation que « la traduction des noms de
partis politiques ne se fait pas de façon uniforme dans l'espace européen » (681). Humbley
remarque quelques tendances dans le domaine de la traduction des noms de partis dans la
documentation officielle européenne, par exemple que :

1. Les partis «génériques» voient plus souvent leur nom traduit (parti
communiste, communist pari% kommunistiche partei), etc.; il est vrai que dans ce
cas, le passage du nom commun au nom propre est particulièrement simple;
parti communiste (nom commun) et Parti communiste français (nom propre), ce
qui facilite sans doute la traduction.
2. Les partis anciens bénéficient souvent d'une traduction consacrée (Labour
Party, parti travailliste...) (Humbley, 2006 : 681)

52 Se pose alors la question de la différence entre la traduction d'une unité ou son adaptation au système phonologique

d'une autre langue.


105

Même si ce n'est pas de manière systématique et uniforme, les noms propres sont
néanmoins parfois traduits. Le critère de l'intraduisibilité n'est donc pas retenu pour identifier
les noms propres.

- Non-fiabilité des critères formels traditionnels

Certains linguistes rejettent en bloc tous les critères traditionnellement évoqués pour
classer un mot comme nom propre, comme le linguiste belge Marc Wilmet :

Ni la détermination nominale (voir Pâques et la Trinité, Cherbourg et Le Havre),


ni la majuscule (indice graphique de déférence : Dieu, Nestor, le Président,
l'Université...), ni l'unicité ou la pluricité du réfèrent (comparer la lune et les
Thibault...), ni même la traductibilité (exemple vécu, pour aller en Belgique
de Liège à Lille via Tournai, l'automobiliste étranger, coupant et recoupant à
son insu la frontière linguistique, aperçoit des panneaux "déroutants" Luik,
Rijsel ou DoorniM) ne fournissent de critère fiable à la dichotomie Npr/Nco.
(Wilmet, 1991 : 117)

Enfin, Jean-Louis Vaxelaire déconstruit de manière détaillée les caractéristiques


traditionnellement attribuées aux noms propres dans le « Catalogue des idées reçues » qui fait
partie de son ouvrage déjà cité sur les noms propres (2005, p. 63-149); nous avons souvent eu
recours à ce catalogue dans cette partie de la thèse,.

Les critères traditionnellement évoqués pour caractériser les noms propres ne font pas
l'unanimité et ne peuvent donc pas être repris pour faire une étude systématique.

Si les critères traditionnels pour identifier les noms propres peuvent constituer un
premier indice, ces critères ne sont donc pas infaillibles, et ne font pas consensus. En
français, la majuscule initiale donne la puce à l'oreille, de même que l'absence de déterminant.
On peut parler d'une tendance plus marquée pour les noms propres ou pour les noms
communs : par exemple, en général, les noms propres s'écrivent avec la majuscule initiale, ou
encore, le nom propre est plus souvent utilisé sans déterminant. On ne peut toutefois pas
établir de règle grammaticale. Rappelons encore une fois que ces critères fonctionnent mieux
pour les noms propres de lieux et de personnes.
106

Enfin, les caractéristiques essentielles du nom propre ont davantage trait à son sens
qu'à sa forme. Ce qui définit la catégorie de mots « nom propre » ne peut donc pas relever de
l'enveloppe formelle. Si les noms propres existent dans toutes les langues naturelles, la
majuscule initiale n'est pas exclusive aux noms propres dans toutes ces langues (pensons
simplement à l'allemand, où tous les noms, communs et propres, s'écrivent avec une

majuscule initiale).

Pour ces raisons, et face aux critiques que soulèvent ces attributs supposés du nom
propre, nous avons dû appliquer une autre méthode pour relever de manière plus sûre et plus
objective les noms propres de notre corpus.

[Link].2 Les typologies ou classifications de noms propres existantes

Plutôt que de trouver des critères auxquels un nom doit satisfaire pour être nom
propre, nous avons choisi de dresser une liste des catégories de mots qui peuvent
objectivement être considérés des noms propres. Avec la définition du nom propre que nous
avons adoptée en tête, nous avons donc soupesé les arguments que d'autres chercheurs ont
mis de l'avant pour suggérer que tel type de mots étaient des noms propres, nous avons
examiné les exemples donnés pour chaque catégorie de noms propres proposée et nous
avons confronté ces catégories à notre corpus. Nous nous sommes limitée au vocabulaire

politique.

Nous avons donc examiné les classifications de noms propres déjà existantes. Nous
présenterons ici celles de Zabeeh, de Molino et de Vaxelaire53.

En 1968, Farhang Zabeeh publie une typologie des noms propres. Cette typologie
comporte cinq catégories générales (noms de personnes, noms de lieux, noms de temps,
noms d'institutions, noms d'artefact), sous lesquelles figurent des sous-catégories. Les

53 D'autres auteurs ont abordé la question des types de noms propres sans nécessairement en dresser une liste à

proprement parler. Les dictionnaires, par exemple, donnent parfois des informations à ce sujet dans leurs textes de
présentation, comme nous l'avons vu dans la section précédente. Nous pensons également aux chercheurs dans le
domaine du traitement automatique des langues naturelles, qui se sont souvent basés sur la typologie de Bauer (voir par
exemple Daille et al (2000), qui présentent cette typologie); toutefois, les chercheurs de ce domaine doivent se pencher sur
la reconnaissance graphique des noms propres, ce qui s'éloigne de notre propos.
107

catégories ne sont pas assez nombreuses pour répondre aux questions posées par les noms
propres dans le vocabulaire politique, mais assez vastes pour englober beaucoup de noms, et
non uniquement anthroponymes et toponymes.

Inspiré de la typologie de Zabeeh54, Jean Molino proposera une liste des noms
propres possibles, c'est-à-dire, dans les mots de l'auteur, une liste de « tous les candidats au
rang de nom propre ». Molino présente cette liste pour contourner le problème de donner

une définition du nom propre :

Quel est d'abord l'objet d'étude, c'est-à-dire : qu'est-ce qu'un nom propre?
Plutôt que d'en donner une définition a priori, mieux vaut en offrir une
géographie du nom propre, c'est-à-dire présenter et classer tous les
candidats au rang de N.P., soit tous les termes qui ont pu être un jour
considérés comme appartenant à la catégorie; il s'agit donc d'une liste
maximale. (Molino, 1982 : 6)

La liste de Molino comporte plus de catégories que celle de Zabeeh, soient neuf au
lieu de cinq : 1) les noms de personnes; 2) les noms d'animaux; 3) les appellatifs et titres; 4)
les noms de lieux; 5) les noms de temps; 6) les noms d'institutions; 7) les noms de produits
de l'activité humaine; 8) les noms de symboles mathématiques et scientifiques; 9) les autres
noms propres. L'auteur explique cette dernière catégorie, un peu fourre-tout, de la manière
suivante : « tout peut, dans certaines circonstances et pour un public donné, recevoir un nom
propre; je peux par exemple appeler ma voiture Trottinette, etc. » (Molino, 1982 : 6)

La typologie de Molino constitue davantage une liste qu'une réelle typologie, en ce


sens que son auteur tente de regrouper les noms propres en sous-ensembles, mais n'offre pas
d'explications à ces choix. Par exemple, sa catégorie des noms d'institutions nous paraît vaste
- peut-être en raison de l'importance de ce type de noms pour le vocabulaire politique - et
les deux seuls exemples donnés sont un nom de compagnie : Renault, et un nom de
regroupement syndical : la C.G.T. L'auteur n'explique pas pourquoi il s'agit de noms propres,
ni quels autres noms pourraient être classés sous cette catégorie; il ne dit pas non plus
pourquoi il va à l'encontre de ce que d'autres ont fait avant lui. Vaxelaire le lui reproche
d'ailleurs :

54 Et de celle de Le Bihan (1974), qui s'inspire aussi de celle de Zabeeh.


108

Le principal défaut de cette catégorisation provient d'un manque de


justifications : pourquoi pi ou midi sont-ils, contrairement à l'idée générale,
des noms propres? Pourquoi les noms de langues ou de religions ne sont-ils
pas des noms propres, à l'inverse de ce qu'annoncent Allerton (1987) et
Algeo (1973)? (Vaxelaire, 2005a : 64).

Il ne faudrait pas critiquer cette liste de Molino en la considérant comme une


proposition de typologie, ce qu'elle n'est pas. Son auteur met le lecteur en garde :

De cette longue liste, dans laquelle certains candidats au statut de nom


propre sont douteux (3 et 8 en particulier), nous tirerons un certain nombre
de conclusions. En premier lieu, le champ du nom propre est beaucoup plus
vaste que ne laisseraient entendre la plupart des analyses : même si l'on
excluait, avec de bons arguments, telle ou telle catégorie, on ne saurait
arriver à l'unité que par un coup de force dont l'arbitraire enlèverait toute
valeur à la définition ainsi obtenue. (Molino, 1982 : 6)

La typologie de Zabeeh et, surtout, celle de Molino sont certes plus intéressantes que
la simple dichotomie entre anthroponymes et toponymes. Cependant, elles ne sont pas
encore assez développées pour répondre à nos besoins. Leurs catégories ne sont pas assez
raffinées pour aborder les noms propres du vocabulaire politique de manière saillante,
comme nous l'avons évoqué pour les noms d'institutions — l'exemple extrême étant la
catégorie 9 de Molino, « les autres noms propres », sous laquelle nous aurions dû classer
plusieurs noms propres de notre corpus. Monique Cormier et Jean-Claude Boulanger, qui
ont publié sur le sujet avant que ne paraisse la typologie de Vaxelaire, écrivent : « Quant aux
catégories de noms propres, les typologies dressées à ce jour sont toutes contestées ou
contestables, malgré quelques points d'accord sur les noms de personnes, de lieux, etc. »
(2001 : 19)

À notre connaissance, la typologie élaborée par Jean-Louis Vaxelaire dans sa thèse de


doctorat (publiée en monographie en 2005) est la plus complète et la plus récente, en plus
d'être celle qui donne le plus d'arguments et de contre-arguments pour chaque catégorie et
sous-catégorie présentée.

Jean-Louis Vaxelaire recense tous les types de noms que des auteurs ont déjà
catégorisés comme étant des noms propres. La recension de Vaxelaire compte 36 catégories
divisées en 84 sous-catégories. Pour chaque sous-catégorie, Vaxelaire expose le ou les
109

principaux arguments évoqués par ces auteurs pour classer un type de nom parmi les noms
propres. Il examine le comportement sémantique et syntaxique des noms afin de voir s'ils
s'apparentent à celui des noms propres. Il tranche ensuite pour ou contre, dressant ainsi sa
propre typologie. Sa typologie nous paraissant la plus exhaustive disponible, et son approche
étant systématique, nous l'avons prise comme grille de départ pour identifier les noms
propres de notre corpus. Cependant, nous ne nous y sommes pas limitée. Si un type de noms
nous semblait entrer dans la catégorie des noms propres mais était écarté par Vaxelaire, nous
avons été voir du côté des auteurs qui le considèrent comme nom propre - qu'ils aient publié
une typologie ou qu'ils aient simplement abordé le sujet des noms propres. Vaxelaire admet
que sa « classification est [...] ouverte à la discussion » (Vaxelaire, 1995 : 310). Nous avons
donc confronté les explications de sources supplémentaires, au besoin, pour nous assurer
d'obtenir un résultat final qui satisfasse nos besoins et ainsi créer une typologie complète des
noms propres du vocabulaire politique.

Nous n'exposerons pas dans le détail toutes les catégories étudiées par Vaxelaire.
Nous reviendrons sur celles qui nous intéressent dans le point suivant.

[Link] Typologie des noms propres du vocabulaire politique

La majorité des catégories de noms propres relevée par Vaxelaire ne se retrouve pas
dans notre corpus puisqu'elle ne présente aucun lien avec le vocabulaire politique. C'est le
cas, par exemple, de la catégorie des noms de manifestations naturelles, vents, tremblements
de terre, courants, etc.), ou de celle des noms de divertissements (les noms de jeux,
d'épreuves sportives, de danses). Nous n'avons pas retenu ces catégories55.

55Les catégories présentées par Vaxelaire qui n'ont pas été retenues sont les suivantes : les directions géographiques; les
noms de manifestations naturelles; les noms d'animaux et d'objets anthropomorphes; les noms commerciaux; les
enseignes; les noms de notes de musique; les noms de cours; les références de catalogue; les noms de médias; les titres
d'œuvres; les noms de divertissement; les noms de prix; les noms du calendrier; les noms d'opérations militaires; les dates
célèbres; les personnifications; les noms d'espèces naturelles; les noms abstraits; les noms de la géométrie, des
mathématiques; les noms des nouvelles technologies; les noms de cours financiers; les noms de fiction; mots autonymes;
noms au vocatif, noms de fonctions, titres [beaucoup de mots du vocabulaire politique pourrait être rattachés à cette
catégorie, mais les auteurs ne les considèrent pas comme des noms propres], les noms de langues et dialectes, les unica.
Ces catégories se divisent le plus souvent en plusieurs sous-catégories. La catégorie des sigles et acronymes a été fondue
avec la catégorie du mot dont on a fait un sigle (traité, parti, etc.). Il est à noter que Vaxelaire ne considère pas toutes ces
110

La figure 2.2 présente les types de noms propres relevés par Vaxelaire qui se
retrouvent dans le vocabulaire politique de notre corpus, accompagnés de leur numérotation
dans la table des matières de Vaxelaire :

Figure 2.2 : Noms propres de la typologie de Vaxelaire se rapportant au vocabulaire politique

1.8.2 Les anthroponymes


18.2.1 Noms de famille
[Link] Surnoms et sobriquets
[Link] Sigles
1.8.3 Les toponymes
[Link] Unités administratives
I.8.8 Les sigles et acronymes
1.8.11 Les noms de regroupements humains
[Link] Les noms d'institutions
[Link] Les noms des syndicats, partis politiques, etc.
1.8.12 Les noms de produits de l'activité humaine
18.12.2 Les noms d'édifices
1.8.18 Les noms de discours, lois, plans, traités, etc.
I.8.22 Les noms d'événements
[Link] Les noms d'événements historiques

Dans son étude, Vaxelaire recense toutes les catégories qui ont déjà été classées par un
ou plusieurs auteurs comme un nom propre. Dans le vocabulaire politique plus précisément,
nous avons constaté que seulement quelques types de noms propres revenaient
régulièrement. Nous sommes donc partie de la typologie de Vaxelaire, à laquelle nous avons
puisé pour établir nos propres catégories, et nous n'avons gardé que ce que nous trouvions
dans notre corpus. La plupart du temps, la modification que nous avons effectuée à la
typologie de départ est une généralisation. Par exemple, sous la catégorie large nommée
« Unités administratives » se trouvent les sous-catégories « Villes », « Villes nouvelles » et
« Pays, régions, provinces, départements cantons, Z.A.C, polders, etc. » Dans la mesure où
une ramification si fine ne nous était pas utile, d'autant plus que les sous-catégories
contiennent des toponymes, nous nous sommes contentée d'utiliser l'étiquette plus générale

catégories comme étant des types de noms propres; il s'agit de toutes les catégories sur lesquelles le chercheur s'est
penché.
111

« Unités administratives », qui suffit à nos besoins. En outre, il ne nous était pas utile d'avoir
deux catégories différentes pour les prénoms et pour les noms de famille, puis encore une
pour les surnoms et sobriquets, d'autant plus que nous ne recensons pas les anthroponymes
classiques. Nous avons donc fusionné ces catégories sous une même étiquette (Appellations
collectives et noms de membres de groupes de nature politique).

La typologie à laquelle nous aboutissons au terme de cet élagage et après observation


du corpus est représentée dans le tableau 2.1.

Tableau 2.1 : Typologie des NP56 du vocabulaire politique

Catégorie Exemple
Appellations collectives Bleu57
et noms de membres de groupes de nature politique Tory
Noms d'édifices à vocation politique Maison-Blanche
Noms d'événements Révolution française
et de périodes historiques politiques Grande Noirceur
Noms d'institutions politiques Assemblée nationale
Noms de regroupements humains à vocation politique Parti libéral
- Sigles - PC, UN
Noms de textes de nature politique Acte d'Union
Noms d'unités administratives Confédération canadienne

Avant de présenter ces catégories, rappelons que la définition que nous avons retenue
du nom propre s'applique à chacune d'entre elles : le nom propre est un signe linguistique qui
réfère à un élément spécifique de manière récurrente dans un texte ou un corpus donné, sans
généralisation possible à une classe d'objets, peu importe sa forme graphique, et qui possède
une valeur référentielle unique qu'il est possible de circonscrire dans une définition à l'aide de
traits distinctifs. En outre, les critères formels traditionnels, qui ne font pas l'unanimité mais
qui permettent de donner un indice, s'appliquent de manière générale aux noms propres de
ces catégories lorsqu'ils sont employés de la manière la plus typique pour un nom propre,
mais pas de manière systématique. Nous ne répéterons pas, pour chaque catégorie, si ces
types de noms propres prennent une majuscule, s'ils renvoient à un élément plutôt qu'à une
classe d'éléments, etc. Nous ne nous attarderons qu'à ce qui pourrait poser problème.

56Dans les tableaux et les figures, afin de gagner de l'espace, nous abrégerons nom propre en NP.
57Lorsque nous présentons des noms propres, nous les écrivons toujours avec une majuscule initiale, même si tous les
dictionnaires ne font pas de même. Nous ne mettrons pas la majuscule initiale si nous citons un extrait d'un dictionnaire
en particulier qui ne l'a pas mise (nous conservons la graphie exacte des dictionnaires cités).
112

Mentionnons enfin que, récemment, des appellations différentes ont été données à
certains types de noms propres, comme nous l'avons évoqué dans l'état de la question. Nous
pensons par exemple à chrononyme, praxonyme ou odonyme. Nous n'avons pas repris ces termes
pour plusieurs raisons. D'abord, ces étiquettes sont encore trop récentes pour savoir si elles
s'imposeront vraiment comme dénominations pour l'étude linguistique du nom propre58.
Ensuite, elles ne font pas consensus, en ce sens que tous les chercheurs qui travaillent sur un
certain type de noms propres n'emploient pas nécessairement les nouvelles appellations
proposées par certains chercheurs. Par exemple, alors que dans la revue MOTS, on utilise
praxonyme pour le nom propre d'événement, c'est noms propres d'événements qui est employé
dans les Cahiers du Cédiscor. En outre, cette terminologie est en construction et est parfois
floue. L'article de présentation sur les chrononymes dans la revue MOTS le précise :

Mais il convient de ne pas oublier que la littérature scientifique (au


demeurant d'ampleur limitée) disponible sur ces questions emploie souvent
chrononyme plus largement que nous ne proposons de le faire ici — soit en
incluant dans la catégorie ainsi désignée des noms d'événements (et plus
généralement, en confondant l'action et le temps), soit en ne distinguant pas
entre noms propres et noms communs. (Honoré et al, 2000 : 12)

Appellations collectives et noms de membres d'un groupe politique

Nous avons écarté les noms propres renvoyant à une seule personne, comme les
noms de personnalités politiques (Fidel Castro ou Maurice Duplessis).

Cependant, certains noms propres renvoyant à des groupes de personnes ou à des


membres de groupes se retrouvent décrits dans les dictionnaires de langue, et sont
intéressants à étudier en fonction de nos objectifs. Nous pensons aux appellations collectives,
qui désignent des groupes d'individus, comme les Pères de la confédération. Ces noms peuvent
être utilisés de manière collective ou être employés pour désigner un membre de ce groupe;

58Dans le TLFi, l'article —odyme, -onymie, -onymique, mentionne les mots chrononyme et odonyme avec la date 1975 comme
première attestation — date relativement récente. Cependant, ces étiquettes ne sont pas par la suite systématiquement
reprises par tous les chercheurs étudiant ce type de noms propres. Pour notre part, nous n'avons relevé des articles
comportant ces appellations que dans les années 2000.
113

par exemple, ou peut parler des Bleus en général ou dire d'un individu que c'est un Bleu, de la
même manière qu'on peut parler des suffragettes ou d'une suffragette.

Nous avons également classé sous cette catégorie ce qu'on pourrait qualifier de
surnoms, ou ce qui constitue à tout le moins une autre manière de nommer un individu que
son nom en tant que tel. Par exemple, Prince président est une autre manière de désigner
Napoléon III. Nous avons relevé ces surnoms puisqu'il s'agit de noms propres, mais comme
ils se sont avérés rares, nous nous sommes surtout concentrée sur les autres noms de cette
catégorie.

Noms d'édifices à vocation politique

Comme nous avons trouvé peu de noms propres de cette catégorie dans notre corpus,
nous avons choisi la catégorie la plus englobante de cet ensemble dans la typologie de
Vaxelaire, qui la sépare en « noms de maisons, de fermes, de résidences, etc. », noms de
buildings », « noms de ponts, viaducs, etc. », etc.

Noms d'événements et de périodes historiques politiques

Vaxelaire considère les noms d'événements historiques comme des noms propres. Il
s'appuie sur les auteurs qui l'ont précédé : « La plupart des auteurs qui se sont penchés sur les
noms d'événements historiques les classent parmi les noms propres » (Vaxelaire, 2005a :
374). Il reprend également quelques arguments avancés par d'autres, par exemple Kerstin
Jonasson, qui voit « dans des expressions comme la dévolution, la Libération, le Débarquement des
noms propres "dans la mesure où elles sont associées dans la mémoire à un seul et même
phénomène particulier" » (Jonassen, 1974 : 26-27, citée dans Vaxelaire, 2005a : 374).

Cependant, Vaxelaire ne considère pas les noms de périodes historiques comme des
noms propres. C'est peut-être parce qu'il s'appuie sur les noms de périodes tels qu'envisagés
par Zabeeh (Vaxelaire explique : « La typologie de Zabeeh est la plus complète qui existe,
mais nous ne sommes pas d'accord avec lui sur plusieurs points (les noms de périodes ne
114

sont pas pour nous des noms propres). » ( Vaxelaire, 2005a : 310)). Sous la catégorie « Time
Names », Zabeeh distingue 1. Historical Names et 2. Periods. Nous n'adhérons pas non plus
à tous les exemples (quoique peu nombreux) donnés par Zabeeh. Par exemple, nous n'irions
pas jusqu'à classer, comme lui, les noms de saisons comme des noms propres. Cependant,
un nom de période historique comme la Grande Noirceur nous semble correspondre à ce que
Jonassen disait à propos de la Révolution quelques lignes plus haut, à savoir que le mot est
associé à un seul et même phénomène particulier. Le même raisonnement s'applique pour
Révolution tranquille. Nous avons vu que l'étiquette chrononyme, employée dans la revue MOTS,
renvoie aux noms propres de périodes; l'étiquette praxonyme renvoie quant à elle à des noms
d'événements59. Dans sa préface, le PR2 (XVII) classe également les noms de périodes de
l'histoire comme des noms propres.

Nous considérons donc que les noms de périodes historiques peuvent constituer des
noms propres au même titre que les noms d'événements historiques, la seule différence entre
les deux étant que ces derniers sont limités à un moment précis dans le temps au contraire
des premiers, qui s'étalent sur une plus longue période.

Noms d'institutions politiques

Chez Vaxelaire, les noms d'institutions forment une sous-catégorie des noms de
regroupements humains, avec les noms de syndicats, de partis politiques, etc. Pour notre part,
nous avons opéré une distinction entre ces catégories puisqu'elles sont toutes deux
importantes dans le vocabulaire politique. Les noms d'institutions politiques, en raison de
leur nombre élevé dans notre corpus, ont été envisagés comme une catégorie à part entière.

Cette catégorie se retrouve dans la typologie de Vaxelaire, mais elle n'est pas
suffisamment explicitée pour répondre à nos besoins. Vaxelaire ne fait que constater le
consensus autour de cette catégorie : « À l'exception de Billy (1995a : 142) qui classe les noms
d'institutions parmi les noms communs, ils sont toujours considérés comme étant des noms

59 Les auteurs parlent de la « distinction pourtant essentielle entre nom de période (chrononyme) et nom
d'événement » (sorte de praxonyme). (Honoré et al, 2000 : 5).
115

propres [...]. Le Grand Orient de France est donc le nom propre d'une institution. » (Vaxelaire,
2005a : 353) Les autres exemples donnés ne sont pas plus éloquents pour le vocabulaire
politique : Jockey Club, Scotland Yard. Nous avons donc à nouveau eu recours à la typologie de
Zabeeh, qui présente des exemples plus proches de ce qui se trouve dans notre corpus.
Zabeeh nomme une catégorie « Institution Names », qu'il divise en deux sous-catégories,
dont une « Politics », et il donne les exemples : « Parliament, The French Academy, The Communist

Party, The Supreme Court. » (Zabeeh, 1968 : 53)

(Les catégories de Zabeeh étant beaucoup moins nombreuses et donc beaucoup plus
englobantes que celles de Vaxelaire, ou que les nôtres, l'exemple The Communist Party paraît ne
pas être à sa place dans cette liste. Pour les besoins de notre étude, où ils occupent une place
plus importante, les noms de partis politiques seront classés sous une catégorie moins vaste,
la prochaine que nous présenterons.)

Il est à noter que les lexicographes du PLI considèrent également les noms
d'institutions comme pouvant contenir des noms propres, comme en témoigne l'extrait de la
présentation du dictionnaire reproduite au point [Link].

Noms de regroupements humains à vocation politique

Nous avons repris l'étiquette « noms de regroupements humains » de Vaxelaire pour


l'appliquer à une catégorie plus restrictive que lui. Notre catégorie « noms de regroupements
humains » regroupe d'une part ce que Vaxelaire a classé sous « noms de syndicats, partis
politiques, etc. », et elle rapatrie également quelques éléments disparates.

Chez Vaxelaire, la catégorie « noms de syndicats, partis politiques, etc. » comprend les
noms des organisations politiques officielles de même que les mouvements de la société
civile : « Parti communiste français est [...] en tant que nom d'un parti, un nom propre. De la
même manière, FO ou la CFDT désignent des syndicats et sont donc des noms propres, de
même que les noms de mouvements comme les Panthères Noires aux États-Unis » (p. 354).
Afin de respecter les frontières que nous nous sommes tracées pour délimiter le vocabulaire
116

politique, nous écartons les noms propres de syndicats; nous gardons les noms de partis

politiques.

Nous avons également classé sous cette catégorie les quelques mots de notre corpus
que Vaxelaire aurait classés sous « noms des organisations secrètes, terroristes, etc. »
(phalange). Chez Vaxelaire, cette sous-catégorie appartient à la même catégorie plus large des
« noms de regroupements humains ». Le seul trait qui distingue les deux types de
regroupements humains est le fait que le regroupement soit reconnu officiellement ou pas.
Nous avons cru bon les fusionner, en raison du petit nombre de noms propres
d'organisations secrètes et terroristes de notre corpus.

Les sigles

Les sigles ne sont pas considérés comme une catégorie à part, puisqu'ils s'agit
forcément du sigle d'un autre mot, qui sera lui-même à classer sous une catégorie. Nous
avons classé les sigles à l'intérieur de la catégorie des noms propres de regroupements à
vocation politique, puisque les sigles trouvés dans notre corpus sont tous des sigles de partis
politiques.

Le sigle est un mot en soi, et il peut faire l'objet d'une entrée de dictionnaire. Le sigle
d'un nom propre est naturellement un nom propre aussi. Ainsi, PL sera considéré comme un
nom propre de la même manière que Parti libéral.

Vaxelaire explique ainsi le statut du sigle en tant que nom propre :

Lorsqu'on utilise BB, VGEm JJSS, PPDA, JPP, DSK, JFK ou LBJ en lieu et
place des noms entiers, on désigne toujours une seule et même personne.
Puisqu'il s'agit uniquement d'un effet de style, cela ne change en rien le
statut de nom propre de ces exemples. (Vaxelaire 2005 : 320)

Noms de textes de nature politique

Les noms de textes se trouvent sous la catégorie que Vaxelaire nomme : Les noms de
discours, lois, plans, traités, etc. Le chercheur justifie le classement de cette catégorie en la
117

comparant avec une autre : « Nous considérons que le discours I Have a Dream de Martin
Luther King ne diffère en rien d'un titre de livre ou de poème60. De même, on jugera que le
pacte de Varsovie et le traité de Versailles sont des noms propres. » (Vaxelaire, 2005a : 369) Ces
derniers exemples se rapprochent de ce qui pourrait se trouver dans le vocabulaire politique.
L'auteur souligne que cet avis sur les noms de textes est partagé par John Humbley.

Pour notre part, nous n'avons pas ressenti le besoin de faire une énumération de tous
les types de textes possibles, en raison du peu de noms propres que nous trouvons dans cette
catégorie. Nous n'avons retenu que ceux en lien avec le vocabulaire politique, ce qui exclut
les noms de textes de lois, présents dans le titre de Vaxelaire.

Les unités administratives

Nous n'avons pas conservé les noms qui renvoient à un nom de lieu précis, comme
les noms de pays ou de villes, par exemple. Nous avons uniquement conservé deux noms
d'unités administratives dans notre corpus, soit les noms République française et Confédération
canadienne. Même s'il s'agit de noms renvoyant à un lieu en particulier, nous les avons
conservés dans notre liste de départ. Ces noms propres diffèrent des appellations France et
Canada, puisque si France et Canada peuvent être employés comme des noms d'unités
administratives, il s'agit avant tout de noms renvoyant à des entités géographiques, donc à des
toponymes à strictement parler. République française et Confédération canadienne sont composés de
mots du lexique commun qui se trouvent à la nomenclature d'un dictionnaire de langue.

Ces catégories de notre typologie regroupent l'ensemble des noms propres du


vocabulaire politique que nous avons repérés dans les articles de dictionnaires de notre
corpus. Nous devions procéder à ce recensement systématique pour obtenir un portrait
global juste des types de noms propres présents dans nos articles. Cependant, nous n'avons
retenu que trois de ces catégories pour faire une étude plus poussée des noms propres

611
Les titres de livres ou de poèmes sont classés dans la catégorie des noms propres de « titres d'oeuvres » dans la
typologie de Vaxelaire.
118

qu'elles contiennent, entre autres parce que ces catégories rassemblent le plus de noms
propres dans les dictionnaires étudiés. Il s'agit des noms propres d'événements et de périodes
historiques, des noms propres de regroupements humains à vocation politique (dont les
sigles) et des noms propres d'institutions politiques.

[Link] Les noms communs de doctrines et les titres de fonctions

Les noms de doctrine et les titres de fonction sont des mots que l'on retrouve dans le
vocabulaire politique - nous en trouvons un bon nombre dans notre corpus. Le statut de ces
mots, qui portent parfois la majuscule initiale et se retrouvent à l'occasion à la nomenclature
des dictionnaires de noms propres, mérite que nous nous y attardions et que nous
expliquions pourquoi nous ne les considérons pas comme des noms propres.

D'abord, ces deux types de noms ne respectent pas la définition que nous nous
sommes donnée de nom propre.

Pour ce qui est des noms de doctrine, les dictionnaires de noms propres en incluent
parfois à leur nomenclature. Nous avons déjà cité Gary-Prieur qui en a relevé dans le PR2.
Vaxelaire pour sa part présente des exemples tirés du DQA :

De même, lorsque l'on découvre des noms comme fascisme et naturalisme


dans la partie des noms propres du Robert-Québécois d'aujourd'hui [sic], on
s'interroge sur la différence entre ce dictionnaire et une encyclopédie. (Ibid. :
48)

Nous n'avons pas trouvé d'auteurs qui classent ce type de noms parmi les noms
propres. Dans son recensement exhaustif, Vaxelaire ne mentionne que Horwich (1998), dont
d'ailleurs il ne partage pas l'avis (Vaxelaire, 2005a : 354). Voici l'argument de Vaxelaire, qui ne
considère aucun nom de doctrine comme un nom propre, qu'elle soit religieuse ou politique :

[L]es noms de religions n'[ont] pas leur place dans un dictionnaire de noms
propres. [...] il nous paraît difficile de considérer déflationniste, communiste ou
Islam comme les noms d'une idée unique, il s'agit de concepts plus larges. »
(Vaxelaire, 2005a : 354)
119

Pour leur part, les noms et les titres de fonction peuvent rappeler le nom propre
formellement, principalement parce qu'ils portent parfois la majuscule initiale. En outre, ces
mots peuvent être employés pour interpeller des personnes, ce qui peut porter à confusion et
leur attribuer dans ces cas certaines caractéristiques des noms propres, par exemple le
caractère non généralisable et récurrent. La citation suivante d'Algeo rend compte de ce
phénomène :

There is also a group of nouns that are neither proper or common, for
example parliament which is proper in "Parliament is meeting" but common
in "The parliament is meeting". It is not clear that there is any semantic
contrast between the two grammatical uses. Similar items are congress, earth,
scripture, god, teacher, cook, sister, father, and other words of occupation and
family relationship." (Algeo, 1973 : 24)

Ce sont justement les « words of occupation » qui nous intéressent. Ces mots
s'apparentent aux noms propres lorsqu'on les utilise pour interpeller une personne qui
occupe un poste ou qui remplit une fonction. On assiste dans ces cas à une transposition, où
le titre est utilisé pour interpeller une personne, notamment par une formule de politesse
conventionnelle (Monsieur le Président, je voudrais...). Mentionnons dans notre corpus le cas de
orateur,; que le DFP orthographie avec une majuscule initiale. Or ces mots ne deviennent pas
par la même occasion des noms propres, comme le rappelle ici Vaxelaire : « Les majuscules
de ces noms relèvent de marque de déférence, mais pas d'un statut de nom propre. »
(Vaxelaire, 2005a : 395)

En outre, il y a un caractère de permanence qui entre en ligne de compte pour


considérer un mot comme nom propre :

Il pourrait y avoir d'autres Léman que le lac (docteur Uman, pisgeria Léman),
mais le lac Léman ne peut pas disparaître pour laisser la place au Mont Léman.
Par contre, le sénateur Smith peut devenir le président Smith. » (Ibid. : 395)

Nous ne considérons pas les titres de fonction comme étant des noms propres. Si la
fonction de premier ministre, par exemple, a un caractère pérenne, la personne qui occupe
cette fonction changera au fil du temps. Ainsi, le nom de fonction premier ministre demeurera
aussi longtemps que notre système politique restera tel quel, même si la personne qui occupe
cette fonction peut changer d'élection en élection. Les titres de fonction ne revêtent
120

l'apparence du nom propre que lorsqu'ils sont utilisés pour s'adresser à quelqu'un, ou comme
marque de déférence. Par ailleurs, à l'instar de Vaxelaire, nous n'avons recensé aucun auteur
qui considère les titres de fonction comme des noms propres. Cela dit, il serait intéressant de
mener une étude du traitement lexicographique de ces noms, compte tenu de leur fréquence
dans le vocabulaire politique, et du fait que ce sous-ensemble varie fortement selon le
contexte référentiel (voir l'étude déjà citée de Giguère à la section [Link]).

Après avoir opté pour une définition du nom propre et établi une liste des noms
propres du vocabulaire politique, nous étions prête à procéder à une analyse à l'intérieur de
nos articles de dictionnaires. La dernière partie de la présentation de notre méthodologie sera
consacrée à l'outil informatique choisi pour traiter nos données.

2.2.4 File MakerPro

Nous avons choisi d'utiliser le logiciel FileMakerPro pour classer nos données et en
faciliter la manipulation. Ce logiciel de base de données nous semblait particulièrement
adapté à l'analyse d'articles de dictionnaires : il permet la transposition d'articles de
dictionnaires et leur fractionnement en différentes rubriques. Il est possible de créer autant de
rubriques et de modèles que nécessaires pour mettre en lumière un aspect de la pratique
lexicographique à la fois.

Nous avons d'abord copié les articles du corpus dans un fichier FileMakerPro. Nous
avons donc créé une fiche pour chaque mot de notre corpus, en recopiant l'article
correspondant de chaque dictionnaire de notre étude qui le compte à sa nomenclature. Puis
nous avons divisé chaque article par acception en lien avec le vocabulaire politique. Par
exemple, l'article démocrate du NPR a été copié dans FileMakerPro; puis il a été scindé en deux
pour que chacune de ses acceptions ait sa propre fiche FileMakerPro. Nous obtenons donc
une fiche FileMakerPro pour l'acception « Partisan de la démocratie, de ses principes et de
121

ses institutions » et une autre fiche pour l'acception liée au contexte états-unien : « Le parti
démocrate : l'un des deux grands partis politiques américains (opposé à Parti républicain) ».

Le classement et le découpage des articles de notre corpus dans File Maker nous ont
permis d'interroger le logiciel sur toutes les rubriques de dictionnaire. Nous avons pu, par
exemple, repérer rapidement quel mot est absent de tel ou tel dictionnaire, quel dictionnaire
inclut le plus de noms propres à sa nomenclature, lequel offre un traitement plus complet des

noms propres, etc.


122

Chapitre 3 : La présence des noms propres du vocabulaire politique


dans les dictionnaires généraux de langue française
123

Dans ce chapitre, nous rendrons compte de la présence des noms propres du


vocabulaire politique dans les dictionnaires à l'étude. Le chapitre est divisé en trois parties.
Dans un premier temps, nous présenterons les résultats de notre relevé des noms propres
dans notre corpus, tant pour ce qui est de leur nombre que de leur classement dans notre
typologie. Dans un deuxième temps, nous aborderons la question de la sélection des noms
propres par les dictionnaires, et nous verrons comment certains types de noms propres
voient leur présence dans le dictionnaire de langue facilitée. Pour terminer, nous examinerons
comment les dictionnaires à l'étude présentent les noms propres qu'ils traitent.
124

3.1 Relevé des noms propres dans le corpus d'articles du vocabulaire politique

Nous présentons dans cette partie les résultats de notre analyse quantitative des noms
propres dans les articles du vocabulaire politique du NPR, du PLI, du DFP et du DQA.
Nous commencerons par préciser le nombre d'articles du vocabulaire politique que compte
chaque dictionnaire. Puis nous classerons les noms propres relevés dans les catégories de
notre typologie. Enfin, nous examinerons l'endroit où ces noms propres apparaissent dans la
microstructure des articles, en dégageant les noms propres qui reçoivent un traitement
lexicographique.

3.1.1 Le nombre d'articles et d'acceptions du vocabulaire politique relevé

Notre corpus est composé de 281 entrées différentes, répertoriées dans au moins un
des dictionnaires à l'étude, et regroupe 888 articles (si on compte chaque article que nous
avons examiné, un dictionnaire à la fois).

Pour les besoins de notre étude, nous avons procédé à une division plus fine : plutôt
que d'examiner chaque article de dictionnaire, nous avons examiné chaque acception en lien
avec le vocabulaire politique, peu importe son niveau hiérarchique. Chaque acception en lien
avec le vocabulaire politique bénéficie de sa propre fiche FileMakerPro (voir l'exemple de
démocrate donné en 1.4.4). Tenant compte de cette division supplémentaire, nous obtenons
424 acceptions différentes tous dictionnaires confondus, pour un total de 1276 acceptions.

Le tableau suivant indique le nombre d'entrées et d'acceptions que compte chaque


dictionnaire, ainsi que le nombre total d'articles et d'acceptions du vocabulaire politique de
notre corpus :
125

Tableau 3.1 : Nombre d'articles et d'acceptions reliés au vocabulaire politique

Dictionnaire Articles Acceptions

NPR 237 348

PLI 217 303

DFP 219 312

DQA 215 313

Total 888 1276

Les dictionnaires à l'étude présentent un nombre d'articles et d'acceptions


comparable, le NPR se démarquant par un nombre légèrement supérieur à celui des autres
ouvrages. Ceci peut s'expliquer par le fait que le NPR a plus recours à exemplification que les
autres dictionnaires, l'exemplification faisant partie des rubriques comptabilisées, comme
nous le verrons plus loin.

3.1.2. Le nombre de noms propres du vocabulaire politique

Notre recherche s'est concentrée sur les noms propres qui se trouvent dans le corps
de l'article de dictionnaire, soit : les définitions, les sous-entrées et les exemples61. Nous
n'avons pas retenu les renvois ni les oppositions, puisqu'un mot qui se trouve dans une de
ces positions se trouve en principe en entrée ou en sous-entrée ailleurs dans le dictionnaire, et
nous en tiendrons compte à cet endroit. Nous avons également éliminé l'étymologie, les
citations et les développements encyclopédiques prévus à la microstructure du PLI et du
DFP. Si nous nous sommes confinée au corps des articles, c'est parce que nous souhaitons
analyser les noms propres susceptibles de recevoir un traitement dans le dictionnaire général.
Si un nom propre est dans le corps d'un article, il peut se trouver à un endroit qui commande
un traitement (ex. : la sous-entrée). S'il se trouve sous une autre rubrique, comme la

61 Nous entendons par exemple les exemples forgés, définis ainsi par Jean Pruvost : « les exemples forgés sont construits

par le lexicographe et ne sont donc pas signés ». (Pruvost, 2006 :175)


126

définition ou l'exemplification, le critère de circularité voudrait que le nom propre, en tant


qu'unité qui figure dans le dictionnaire, soit traité quelque part dans celui-ci. L'étymologie, la
citation et la rubrique encyclopédique peuvent échapper à la règle de la circularité, puisque les
éléments figurant à ces endroits s'y retrouvent en appui à la description lexicographique

principale.

Au total, nous avons relevé 147 noms propres différents dans notre corpus d'articles
du vocabulaire politique, et 427 noms propres en tout si on additionne chaque nom propre
apparaissant dans chaque acception.

Le tableau 3.2 présente, pour chaque dictionnaire, le nombre d'articles du vocabulaire


politique dans notre corpus, le nombre d'acceptions, et le nombre de noms propres
mentionnés :

Tableau 3.2 : Nombre d'articles, d'acceptions et de NP du vocabulaire politique

dans les dictionnaires étudiés

Nombre de :

Articles Acceptions Noms propres

NPR 237 348 112

PLI 217 303 67

DFP 219 312 122

DQA 215 313 126

Total 888 1276 427

Le tableau 3.3 présente le nombre et le pourcentage d'articles et d'acceptions qui


contiennent au moins un nom propre dans notre corpus, par dictionnaire.
127

Tableau 3.3 : Nombre et pourcentage d'articles et d'acceptions contenant des NP du vocabulaire politique

Articles contenant un ou des NP Acceptions contenant un ou des NP

Nombre Pourcentage62 Nombre Pourcentage

NPR 60 25% 81 23%

PLI 35 16% 49 16%

DFP 59 27% 74 24%

DQA 66 31% 83 27%

En moyenne, près de 25 % des articles de notre corpus contiennent au moins un nom


propre. C'est donc environ le quart des articles de dictionnaires consacrés au vocabulaire
politique qui contient au moins un nom propre autre que les noms de personnes et de lieux.

Le PLI compte moins de noms propres que les autres dictionnaires. En effet, le fait
que le PLI a moins recours à l'exemplification que les autres dictionnaires réduit la possibilité
de trouver des noms propres à cet endroit de la microstructure. Comme nous le verrons plus
loin, les exemples arrivent en troisième position en tant qu'endroit où figurent les noms
propres dans les dictionnaires pour tous les dictionnaires sauf le PLI, où l'exemple arrive en
dernière position. Nous pourrions également postuler que le PLI compte moins de noms
propres dans la partie langue générale de l'ouvrage justement parce que les noms propres se
trouvent dans une autre section du même volume. Or ce postulat reste à être validé. D'abord,
nous avons comptabilisé les noms propres qui figurent à la nomenclature de la partie noms
communs avec pour tout traitement un renvoi vers la section des noms propres. C'est ce qui
se produit à l'article directoire, où le nom propre Le Directoire est présenté en sous-entrée, avec
comme seul traitement un renvoi vers la section des noms propres (et une marque de
domaine).

2. HISTOIRE Le Directoire -» Directoire


- Style Directoire style décoratif de l'époque du Directoire.

Dans notre relevé, nous avons comptabilisé Directoire comme un nom propre63. En
outre, comme le PLI, le DQA comporte une section consacrée aux noms propres dans le

62 Les pourcentages ont été arrondis à l'unité près.


128

même ouvrage, mais il est également le dictionnaire qui compte la plus grande proportion de
noms propres du vocabulaire politique.

À titre indicatif, nous avons recherché les noms propres dans les articles du
vocabulaire politique dans le Dictionnaire Hachette 2007. Comme il n'existe pas de version
électronique de cet ouvrage, et comme il n'a pas été retenu pour notre étude systématique,
nous avons simplement fait une recherche manuelle à partir de la liste du vocabulaire
politique que nous avions établie pour les autres dictionnaires du corpus, soit à partir de la
liste des 281 entrées64. Nous avons trouvé 123 noms propres différents dans 49 articles du
Dictionnaire Hachette 2007; le nombre de noms propres se compare à celui relevé pour les
autres dictionnaires, mais avec un nombre d'articles moindre. Il est évident qu'une recherche
systématique à travers tout le dictionnaire aurait pu nous permettre de trouver d'autres noms
propres, ainsi que d'autres articles du vocabulaire politique. Cependant, la tendance du
Hachette à regrouper les mots d'une même famille morphosémantique dans un même article,
avec la rubrique des dérivés à la fin, nous porte à croire que le nombre d'articles total du
vocabulaire politique est lui-même inférieur à celui des autres dictionnaires. Cette vérification
sommaire ne permet pas de conclure que la dimension dictionnairique particulière du Hachette
affecte le nombre de noms propres dans les articles consacrés à la langue générale.

63 Dans ces cas, nous avons procédé de la manière suivante : Directoire est compté comme une sous-entrée dans le PLI, et
le traitement qui lui est accordé est l'indicateur « Histoire » et un renvoi vers la section des noms propres.
64 Le Hachette prévoit une présentation visuelle différente pour les entrées consacrées aux mots du lexique commun et

pour les entrées consacrées aux noms propres : les premières apparaissent en noir, et les secondes, en bleu. Cela nous
permet de repérer sans équivoque les noms propres qui se trouvent dans des entrées consacrées au lexique commun.
129

3.1.3 Classement des noms propres traités dans la typologie

Dans les articles de notre corpus, quelques catégories de noms propres sont mieux
représentées que d'autres. Le tableau 3.4 montre le nombre de noms propres présents par
catégorie selon la typologie établie. La première colonne de chiffres indique le nombre de
noms propres différents par catégorie; la 2e additionne chaque mention d'un nom propre
dans chaque dictionnaire. Cela rend compte du nombre de noms propres présents dans notre
corpus, et donc du nombre de noms propres que nous avons analysés65.

Tableau 3.4 : Nombre de NP par catégorie de la typologie

Catégorie de NP du vocabulaire politique NP différents NP mentionnés


Appellations collectives et noms de
17 52
membres de groupes de nature politique
Noms d'édifices à vocation politique 5 10
Noms d'événements et de périodes historiques;
29 74
Noms de régimes politiques passés66
Noms d'institutions politiques 32 126
Noms de regroupements humains
41 121
à vocation politique
Sigles 13 27
Noms de textes de nature politique 8 11
Noms d'unités administratives 2 6
TOTAL 147 427

65 Voici comment comprendre ces chiffres : pour la première catégorie, nous avons relevé 17 noms propres différents,
tous dictionnaires confondus (voir les listes reproduites en annexe pour le détail des noms propres relevés). Ces noms
propres peuvent être présents dans un seul dictionnaire, dans deux, trois ou dans les quatre. Ainsi, le nom propre
L'Empereur est comptabilisé une fois dans la première colonne de chiffres, mais comme il est présent une fois dans
chacun des quatre dictionnaires, il a été comptabilisé quatre fois pour la 2e colonne de chiffres.
66 Nous n'avons pas retenu dans cette catégorie les noms propres désignant une réalité passée qui peuvent également être

classés sous une autre catégorie de la typologie. Par exemple, Union nationale est un parti politique qui n'existe plus. Plutôt
que de classer ce nom sous Noms d'événements et de périodes historiques, nous l'avons mis sous Nom de regroupements humains à
vocation politique. C'est en effet comme un nom de regroupement que le mot devrait être décrit dans une définition.
130

Le tableau 3.5 montre les noms propres que compte chaque dictionnaire pour chaque

catégorie de la typologie67.

Tableau 3.5 : Nombre de NP présents dans chaque dictionnaire par catégorie de la typologie

NPR PLI DFP DQA TOTAL


Appellations collectives et noms de
16 9 16 11 52
membres de groupes de nature politique
Noms d'édifices à vocation politique 4 1 1 4 10
Noms d'événements et de
24 16 17 17 74
périodes historiques politiques
Noms d'institutions politiques 26 20 41 39 126
Noms de regroupements humains
31 17 34 39 121
à vocation politique
Sigles 5 2 7 13 27
Noms de textes de nature politique 5 1 4 1 11
Noms d'unités administratives 1 1 2 2 6
TOTAL 112 67 122 126 427

Les catégories qui sont le plus représentées dans notre corpus sont les « noms
d'institutions politiques », les « noms de regroupements humains à vocation
politique » (incluant les sigles) et les « noms de périodes et d'événements historiques »; la
catégorie des « Appellations collectives et noms de membres de groupes» est également assez
représentée. Peu de noms propres se retrouvent sous les autres catégories. Nous reprendrons
les catégories qui contiennent le plus de noms propres pour faire une analyse de leur
traitement dans le chapitre 4.

3.1.4 Emplacement des noms propres dans les articles

Le tableau 3.6 présente, pour chaque dictionnaire, le nombre de noms propres selon la
rubrique occupée à la microstructure. L'ordre de présentation dans le tableau correspond à
l'ordre des rubriques dans un article de dictionnaire. Sont séparés dans le tableau les noms
propres qui reçoivent un traitement et ceux qui sont simplement mentionnés dans l'article où
ils ont été relevés (mais qui peuvent par ailleurs faire l'objet d'un traitement sous un autre
article du dictionnaire).

67 Les listes complètes des noms propres relevés sont disponibles en annexe.
131

Tableau 3.6 : NP par rubrique, par dictionnaire

NPR PLI DFP DQA Total


Entrée68 17 11 17 18 63
Noms propres
traités Sous-entrée 25 19 29 28 101
Définition 36 37 64 47 184
Noms propres
mentionnés Exemple69 34 2 14 30 80

Les noms propres apparaissent en premier lieu dans les définitions, et ce, pour tous les
dictionnaires. Vient ensuite la sous-entrée, même s'il ne s'agit pas de la 2e position pour tous
les dictionnaires; pour le NPR et le DQA, c'est dans l'exemple que le nom propre apparaît en
2e position, alors que l'exemple est en 3e position en nombre absolu, sauf pour le PLI, qui n'a
pas souvent recours à l'exemplification. Le nom propre qui correspond à l'entrée arrive en 4e
position sauf pour le PLI.

[Link] Repérage des noms propres qui reçoivent un traitement lexicographique

Après avoir repéré les noms propres sous chaque rubrique des dictionnaires, nous
nous sommes intéressée plus précisément aux noms propres qui reçoivent un traitement
lexicographique. Par traitement lexicographique, nous faisons référence à de l'information
plus ou moins complète sur la valeur référentielle du nom propre. En effet, si le traitement
d'un nom commun sert à décrire le défini, pour les noms propres, il s'agit plutôt de cerner le
référent70. Il faut donc décrire les réalités politiques elles-mêmes.

L'information sur la valeur référentielle du nom propre se traduit généralement par au


moins une glose ou une définition. Nous faisons entre définition e.t glose la distinction suivante :

68 II s'agit en fait de noms propres qui « correspondent » à l'entrée : un glissement se produit entre le nom commun
présenté en entrée et le sens que dénomme en réalité un nom propre. Nous y reviendrons en 3.3.1.
69 Servant à l'exemplification d'un autre mot que celui qui est traité. Par exemple, si Parti québécois apparaît dans un

exemple de la sous-entrée Parti québécois, nous ne retenons pas l'exemple mais plutôt la sous-entrée.
70 C'est également ce qui se produit pour d'autres types de mots, comme pour les noms de plantes et d'animaux. Mercier

l'explique ainsi : « la description de ces noms concrets (les noms de plantes et d'animaux] doit inévitablement passer par
la description des êtres qu'ils servent à dénommer » (Mercier, 2000b : 1403)
132

la définition, qu'elle soit substantielle, relationnelle ou synonymique, peut se substituer au


mot défini, alors que la glose n'est constituée que de quelques informations sur le défini, sans
lui être substituable dans un énoncé donné. En outre, la glose vient souvent compléter
l'information donnée ailleurs dans l'article. L'exemple du traitement accordé par le NPR à
conseil du roi, reproduit ci-dessous, illustre le recours à la glose, qui ne peut être comprise qu'en
lien avec la définition du sens principal qui apparaît en III :

III. ASSEMBLÉE (fin xi') Réunion de personnes qui délibèrent, donnent leur avis sur des affaires publiques ou privées. •+ ««emblée,
chambre, réunion, juridiction, tribunal. Réunir un conseil. Les membres, le président d'un conseil. Conseil suprême, supérieur. La
conseil siège, délibère.
' Tenir conseil : s'assembler pour délibérer. •* se concerter, se confulter.

% Hirt. Conseil du roi, en France, sous l'Ancien Régime.


• Conseil européen, composé des chefi d'État ou de gouvernement des États membres de l'Union* européenne et du président de la
Commission* européenne, qui fixe les grandes orientations politiques.

Ainsi, le conseil du roi est une réunion de personnes qui délibèrent, donnent leur avis
sur des affaires publiques (informations fournies par le sens III marqué « Assemblée »), en
France, sous l'Ancien Régime (informations données après la sous-entrée).

La glose ou la définition du nom propre du vocabulaire politique sera composée de


traits distinctifs comme pour toute définition substantielle, à la différence près que comme il
s'agit de cerner une valeur référentielle, ces traits distinctifs seront plus souvent de nature
encyclopédique.

D'autres rubriques peuvent éventuellement s'ajouter à ce traitement de base, comme


des indicateurs, une exemplification, etc. Le nom propre FLQ du DQA reçoit un traitement
lexicographique plus complet, composé d'une définition (et non d'une glose), d'exemples et
de renvois vers d'autres mots de la famille morphosémantique :

am FmeÉ d» tibtratooit du Hii#har iMfiutMHMMt indiiMWMÉMtfcite actrf ta


L**m*mù*+sduFLQ
ftèouiat*. < Éaftoukte >
133

Après la définition métalinguistique du sigle FLQ, on peut lire une définition de Front
de libération nationale du Québec1^.

Comme nous nous intéressons plus particulièrement aux noms propres traités, nous
étudierons d'abord les noms propres en vedette ou en sous-vedette. Nous avons également
présenté dans le tableau 3.6 deux rubriques, l'exemplification et la définition, où les noms
propres sont uniquement mentionnés. Cependant, ces noms propres mentionnés sont censés
être traités quelque part dans le dictionnaire, en vertu du principe de circularité. C'est
pourquoi nous avons comptabilisé les noms propres apparaissant dans ces rubriques.

Au total, nous avons relevé 93 noms propres différents qui reçoivent un traitement
lexicographique dans l'un ou l'autre des dictionnaires. Le tableau 3.7 présente le nombre de
noms propres qui reçoivent un traitement lexicographique dans chaque dictionnaire à l'étude,
ainsi que la rubrique sous laquelle le nom propre traité apparaît :

Tableau 3.7 : NP qui reçoivent un traitement lexicographique, par rubrique et par dictionnaire

NPR PLI DFP DQA Total


42 32 47 46 167

Entrée 17 11 17 18 63

Sous-entrée 25 19 29 28 101

Définition —
2 1 —
3

Les noms propres apparaissant en sous-entrée et en position comparable à l'entrée


feront l'objet d'une description plus détaillée dans la troisième section de ce chapitre.

Concernant les noms propres apparaissant dans une définition, ceux-ci se retrouvent
sous un article sans lien formel avec eux. Normalement, ces noms propres ne sont pas définis
dans le corps de cette définition. Or dans notre corpus, trois noms propres apparaissant dans
une définition consacrée à vin autre mot sont définis dans cette même définition. C'est le cas
de club des Jacobins, qui apparaît dans le DFP sous l'article jacobin :

71A noter que sous l'article front, premier mot plein du nom propre, Front de libération nationale du Québec apparaît comme
exemple, avec un renvoi à FLQ. C'est donc sous le sigle qu'on retrouve la définition la plus complète.
134

1 V* Oomntcain. 2 n m Mtcnfer# du dufc d*» Jacobins. sooit* poMKyM •attçali* <J» li


RavoMion 3 Par •«( IMUVW* p*tot t F«rvw< patnan d»< KI*M npoblcaa»» t* A4 MM
apmtort* pcotmms - On fraa M. J»cot>u* ~iac<nm' Itmvm pmmm <*M patanm pour Su»
Jae<**»-<l*~Co«flpo4t*l* ayant «t« cor*» aux donanca***

La définition de Jacobin fait intervenir un nouveau nom propre, club des Jacobins. Ce
nom propre est immédiatement défini, même s'il ne fait pas l'objet d'une sous-entrée; une
explication de ce nom propre introduit dans un article consacré à un autre mot vient éclairer
le lecteur. Ce genre de cas reste l'exception; nous les avons néanmoins comptabilisés.
135

3.2 La nomenclature des noms propres du vocabulaire politique

Après avoir constaté la présence non négligeable de noms propres du vocabulaire


politique dans les dictionnaires de langue (près du quart des articles du vocabulaire politique
de notre corpus comporte au moins un nom propre), en particulier les noms propres qui
reçoivent un traitement, nous tenterons de proposer des explications à cette présence, qui
s'écarte de la théorie selon laquelle les noms propres ne sont pas traités avec les autres mots
de la langue. Comme nous l'avons vu dans les chapitres précédents, les textes de présentation
des dictionnaires sont presque muets sur la présence des noms propres; ils se contentent
d'expliquer qu'il est impossible d'exclure tout nom propre du dictionnaire de langue. En
l'absence d'information, faut-il donc présumer que les noms propres sont sélectionnés de la
même manière que les autres unités lexicales ?; qu'ils sont choisis en vertu de leur fréquence
dans un corpus donné ?

Dans cette partie, nous verrons également comment la forme des noms propres du
vocabulaire politique peut en faciliter la pénétration dans le dictionnaire de langue. Nous
nous pencherons en outre sur un certain type de noms propres traditionnellement admis
dans ce genre d'ouvrage.

3.2.1 La sélection des noms propres traités dans le dictionnaire de noms propres

Faute d'information explicite sur la sélection des noms propres traités dans le
dictionnaire de langue, la sélection des noms propres dans un dictionnaire de noms propres
peut peut-être nous éclairer. Nous présenterons ici ce qu'écrivent à ce sujet Rey et Rey-
Debove, puis nous exposerons les arguments avancés par Vaxelaire.

Les deux directeurs du NPR ont écrit sur le sujet ailleurs que dans les textes de
présentation de cet ouvrage. Alain Rey et Josette Rey-Debove jugent qu'il faut appliquer des
critères d'ordre différent pour le choix des noms propres que pour le choix des mots du
lexique commun. Le principal critère évoqué n'est pas la fréquence relative des noms propres
dans un corpus, mais la notoriété, comme l'explique ici Rey-Debove :
136

[C] 'est l'importance d'une personne, d'un lieu, d'un événement et non la
fréquence des noms qui les désignent, qui structure une nomenclature de
noms propres. Ce fait est en accord avec l'afflux des noms propres dans les
encyclopédies (ensemble de choses-nommées) et leur rejet des dictionnaires
qui répertorient un ensemble de signes-nommants (Rey-Debove, 1971 : 31)

Alain Rey non plus ne parle pas de fréquence pour le choix des noms propres, mais
fait intervenir la notion d'intuition :

En fait, les choix des dictionnaires reposent surtout sur une intuition, non
de fréquence, mais d'intérêt pour le lecteur visé et sur des contraintes de
dimension (ceci vaut même pour les grands recueils). (Rey, 2008 : 31)

Vaxelaire s'oppose au critère de notoriété avancé par Rey-Debove, citée ci-dessus. Il


explique comment cette dernière distingue les deux manières de décider si un mot a sa place
dans la nomenclature d'un dictionnaire. Selon elle, il existe deux types de règles qui président
à l'ajout d'un mot à une nomenclature :

- la place dans les taxinomies {plante rare vs rose) ou à l'intérieur d'un système
socioculturel,
- la fréquence des occurrences dans le discours. (Rey-Debove citée dans
Vaxelaire, 2007 : 3)

Comme Rey-Debove rejette le 2e critère pour choisir les noms propres à traiter,
Vaxelaire en déduit qu'elle privilégie l'importance dans un système socioculturel. Ceci peut se
rapprocher de la notoriété mentionnée dans l'extrait précédent. Pour Vaxelaire, la fréquence
dans le discours devrait être un facteur déterminant pour les noms propres, comme pour les
noms communs :

Ce parti pris référentialiste n'est pas défendable. Par quelle opération divine
les noms propres devraient-ils être classés dans une structure plus ou moins
taxinomique et non être comptabilisés en tant qu'occurrences? Il est évident
que dans un corpus de textes consacrés à la musique, le nom Mozart
apparaîtra plus souvent que celui de Xenakis (peut-être même dans certains
textes consacrés à la musique contemporaine), mais on verra aussi des noms
d'absents des dictionnaires tels que Micheal Jackson ou Claude François.
En tant qu'outil, le dictionnaire peut-il ainsi se permettre d'omettre des
noms parce que ses éditeurs jugent que la personne qui le porte n'est pas
digne de tant d'honneurs ? Tout le monde aura probablement oublié Claude
137

François dans quelques décennies, mais son nom apparaît aujourd'hui dans
plus de textes que celui de Paul Gavarni ou de Hany Martinson, qui sont
pourtant présents dans les dictionnaires. La fréquence nous semble un
critère préférable dans un dictionnaire à une appréciation subjective et
idéologiquement référentialiste. » (Vaxelaire, 2005b : 10-11)
La fréquence dans un corpus donné semble effectivement être un critère sûr pour
choisir les noms propres à intégrer à une nomenclature, surtout pour ce qui est des noms
propres traités dans un dictionnaire de langue, où ce critère devrait être vérifié pour les autres
entrées traitées (dans un projet lexicographique basé sur l'observation de corpus). Le critère
de la fréquence peut permettre un certain caractère systématique, par exemple en désignant
une fréquence minimale nécessaire dans un corpus donné pour qu'un nom propre soit retenu
dans une nomenclature. Cependant, le critère préconisé par Rey-Debove, la place à l'intérieur
d'un système socioculturel - la taxinomie ne s'appliquant pas pour le vocabulaire politique -
peut compléter cette vérification de la fréquence dans un corpus donné. En effet, lorsqu'on
considère les noms propres du vocabulaire politique par sous-ensembles (par catégorie de la
typologie établie, par exemple), une certaine cohérence est de mise. Nous en ferons une
démonstration avec l'examen des noms de partis politiques dans le chapitre 4.

3.2.2 La comparaison des nomenclatures des dictionnaires

Nous avons comparé la liste des noms propres qui se trouvent dans chacun des
dictionnaires à l'étude. La comparaison des nomenclatures permet de constater, d'une part,
que les nomenclatures des dictionnaires étudiés se ressemblent et, d'autre part, que la variété
géographique décrite en priorité par un dictionnaire influence la nomenclature des noms
propres du vocabulaire politique. Nous avons cherché 1) les noms propres traités
uniquement dans un des dictionnaires à l'étude, 2) les noms propres traités en lien avec la
variété de français décrite en priorité dans les ouvrages étudiés et 3) l'ouverture des
dictionnaires d'une variété de français pour les noms propres caractéristiques de l'autre
variété de français.
138

Nous avons d'abord voulu vérifier dans quelle mesure chaque dictionnaire comporte
des noms propres absents des autres dictionnaires à l'étude. Le tableau 3.8 montre combien
de noms propres sont traités uniquement dans un dictionnaire :

Tableau 3.8 : Nomenclature des NP traités originale à chaque dictionnaire

NP uniques à chaque dictionnaire


NPR L'Assemblée, Conseil des ministres, les frontistes, Magna carta12,
9 NP originaux Le parti girondin, le prince-président, Monarchie de Juillet, Palais
21 % des NP traités fédéral, la révolution des Œillets.
PLI La Haute Assemblée, Parti conservateur, Sénat conservateur,
5 NP originaux Union de défense des commerçants et artisans, Union et
17% des NP traités Fraternité françaises.
DFP Action d'Union, Assemblée législative.
2 NP originaux
5% des NP traités
L'Assemblée nationale, L'Assemblée des premières nations,
DQA F.L.Q., La Grande Noirceur, Le Nouveau parti démocratique,
13 NP originaux N.P.D., Parlement, Parti rhinocéros, Pl., La revanche des
28% des NP traités berceaux, La Révolte des patriotes, La Chambre des
représentants, U.N.

La majorité des noms propres traités se retrouve également dans au moins un autre
des dictionnaires à l'étude. Le DFP est le dictionnaire dont la nomenclature des noms
propres du vocabulaire politique est la moins originale73.

Par ailleurs, chaque dictionnaire traite davantage de noms propres en lien avec la
variété de français qu'il décrit en priorité. Ainsi, six des neuf noms propres uniques au NPR
et quatre des cinq noms propres uniques au PLI sont en lien avec le contexte politique
français74; les deux noms propres uniques au DFP sont liés au contexte canadien, et tous les
noms propres uniques au DQA sauf un75 sont liés au contexte canadien.

72 Les noms propres qui ne sont pas liés à la variété de français décrite en priorité dans le dictionnaire sont en gris dans ce
tableau.
73 II est à noter que les développements encyclopédiques du DPT, dont nous n'avons pas tenu compte dans notre relevé,

expliquent des notions de la vie politique canadienne et québécoise, et contiennent donc des noms propres du
vocabulaire politique qui sont peut-être absents des articles de notre corpus.
74 Dans le NPR : Magna Carta renvoie à l'histoire d'Angleterre; Palais fédéral désigne une institution helvétique; la Révolution

des càllets a eu lieu au Portugal. Dans le PLI : Parti conservateur est le nom du parti britannique.
75 Chambre des représentants, qui renvoie au contexte politique des États-Unis.
139

Le tableau 3.9 montre, en nombre et en pourcentage, combien des noms propres

traités dans chaque dictionnaire sont caractéristiques de la variété de français décrite en


priorité dans ce dictionnaire :

Tableau 3.9 : NP traités en lien avec la variété de français décrite en priorité

dans chaque dictionnaire

NP traités dans le... Nombre Pourcentage


... NPR, en lien avec le contexte politique de France 21/42 50%
... PLI, en lien avec le contexte politique de France 17/32 53%
... DFP, en lien avec le contexte politique du Québec 18/47 38%
... DQAen lien avec le contexte politique du Québec 25/46 56%

Sauf dans le DFP, un peu plus de la moitié des noms propres traités dans chaque
dictionnaire (entre 50% et 60%) est caractéristique de la variété de français ciblée en priorité.

Le fait que chaque dictionnaire traite davantage de noms propres en lien avec la
variété de français qu'il décrit en priorité a pour résultat que les nomenclatures des
dictionnaires hexagonaux se ressemblent davantage, de même que celles des dictionnaires
québécois. La préséance accordée à sa propre variété géographique, déjà constatée par
certains chercheurs pour d'autres types de vocabulaire76, se répète pour ce qui est des noms
propres liés au vocabulaire politique.

Nous avons groupé, dans le tableau 3.10, les noms propres traités uniquement dans
les dictionnaires de la même variété de français :

76Mentionnons par exemple les travaux de Louis Mercier pour les noms d'espèces naturelles (2005) ou la thèse de
Nadine Vincent sur le vocabulaire sociopolitique québécois (1999), présentée dans l'état de la question.
140

Tableau 3.10 : NP traités uniquement dans les dictionnaires de même variété de français

NP traités uniquement dans les deux NP traités uniquement dans les deux
dictionnaires de France dictionnaires du Québec
NP Ancien régime, Assemblée nationale, Assemblée nationale du Québec, bleu,
Conseil du roi, Parti travailliste, la les bleus, la Confédération canadienne,
Révolutbri77, Sénat, la Terreur. la Couronne, F.L.Q., felquiste, P.C.,
P.L.C., P.L.Q., P.Q., Parlement
canadien, Régime anglais, Régime
français, rouge, les rouges.
Nombre 7 16
NPR 16%
Pourcentage PLI 23%
des NP traités DFP 37%
DQA 34%

Les noms propres présents uniquement dans les dictionnaires de France sont presque
tous liés au contexte politique de ce pays. Des sept noms propres présents uniquement dans
les deux dictionnaires de France, un seul, Parti travailliste, ne renvoie pas au contexte politique
français78. Parti travailliste est néanmoins lié au contexte britannique, géographiquement
proche de la France. Pour ce qui est des noms propres traités uniquement dans les
dictionnaires québécois, tous sont caractéristiques du français québécois79. Nous avons
également relevé les noms propres présents (pas nécessairement traités) dans les deux
dictionnaires de France et simultanément absents des dictionnaires du Québec (8), et
inversement, les noms propres présents dans les deux dictionnaires du Québec et
simultanément absents des dictionnaires de France (42).

Enfin, nous avons examiné l'accueil des dictionnaires de France pour les noms
propres liés au contexte politique québécois, et inversement, l'accueil des dictionnaires du
Québec pour les noms propres liés au contexte politique hexagonal. Nous avons d'abord

77 Les dictionnaires de France incluent chacun un traitement pour le mot révolution utilisé en absolu pour référer à la

Révolution française. Nous y reviendrons lors de la présentation du traitement des noms propres d'événements et de
périodes historiques (chapitre 4).
78 Dans les cas de Assemblée nationale et de Sénat, il s'agit ici des noms propres liés contexte au politique français. (En

témoigne par exemple la définition que donne le PLI de Sénat : « Assemblée qui, avec l'Assemblée nationale, constitue le
Parlement français. »)
79 Régime français est évidemment également lié à l'histoire de la France. Or comme le nom propre renvoie à un régime

politique qui a eu cours en Nouvelle-France, et qui touche donc plus particulièrement l'histoire québécoise, nous l'avons
considéré comme caractéristique du vocabulaire politique québécois. D'ailleurs, les dictionnaires hexagonaux n'écrivent
ce nom propre dans aucun article du lexique commun, comme l'indique une recherche plein texte lancée dans l'ensemble
des articles des deux dictionnaires.
141

simplement compté les noms propres liés au contexte québécois dans les dictionnaires de
France, et les noms propres liés au contexte hexagonal dans les dictionnaires du Québec.
Pour les dictionnaires français : le NPR accueille 14 noms propres liés au contexte politique
québécois, et le PLI, six. Pour les dictionnaires québécois : le DFP accueille 26 noms propres
liés au contexte politique hexagonal, et le DQA, 21.

Les dictionnaires québécois incluent davantage de noms propres relatifs au contexte


politique français que les dictionnaires hexagonaux n'incluent de noms propres relatifs au
contexte politique canadien ou québécois. Notons que parmi les dictionnaires étudiés, le PLI
est le moins accueillant à l'égard des noms propres de l'autre variété de français.

Ces chiffres peuvent s'expliquer par le fait que la variété hexagonale de français, de par
sa position dominante, est également représentée dans les dictionnaires généraux québécois80.
Mais également, les dictionnaires québécois ont conservé les noms propres déjà présents
dans les dictionnaires de France à partir desquels ils ont été adaptés - le DFP et le DQA
n'ont pas bâti l'ensemble de leur nomenclature sur des études de corpus québécois.

L'examen de la présence de noms propres permet de constater que les dictionnaires


n'ont pas une grande part d'originalité dans leur nomenclature les uns par rapport aux autres.
Pour les dictionnaires québécois, la partie originale de leur nomenclature comprend surtout
des noms propres liés à la variété québécoise de français.

Par contre, la question de départ reste en suspens : mis à part le fait qu'ils peuvent
s'inspirer les uns des autres, comment les dictionnaires établissent-ils leur nomenclature pour
les noms propres du vocabulaire politique? La seule manière de vérifier est de faire l'analyse
d'un sous-corpus donné, en confrontant la nomenclature des dictionnaires avec la fréquence
dans un corpus donné, ce que nous ferons dans le chapitre 4.

811Lire à ce sujet Mercier : « Si, sur le plan linguistique, toutes les variétés de français se valent, il est clair que le français de
France profite de la position dominante occupée par la communauté française, en terme de prestige international,
d'importance historique, de poids démographique, économique et culturel. » (Mercier, 2002 : 57-58)
142

3.2.3 Noms propres qui partagent leur forme avec un mot du lexique commun

L'aspect des noms propres peut faciliter leur pénétration dans le dictionnaire de
langue. Rappelons la citation de Rey-Debove à ce sujet qui souligne que certains types de
noms propres sont composés de mots du lexique commun, ce qui explique qu'on les
retrouve dans le dictionnaire de langue. C'est ce qui se produit avec les noms propres du
vocabulaire politique.

Pour cette partie, nous avons classé les noms propres de notre corpus en deux types :
ils peuvent prendre la forme de dénominations simples ou de dénominations complexes. La
dénomination simple correspond à un seul mot graphique (ex. : Patriote); la dénomination
complexe est composée de plusieurs mots graphiques (ex. : Parti libéral). Dans les deux cas, le
nom propre qui reçoit un traitement lexicographique apparaît presque toujours en sous-
entrée ou dans une position comparable à l'entrée. Nous présenterons les noms propres de
notre corpus qui apparaissent sous forme de dénominations complexes, puis sous forme de
dénominations simples, afin de voir, dans les deux cas, comment leur composition peut jouer
dans sa pénétration dans le dictionnaire de langue.

[Link] Dénominations complexes

Plus de la moitié des noms propres de notre corpus, 152 (soit 64 %), prend la forme
d'une dénomination complexe (ex. : Parti québécois, Chambre des communes, Régime français)81, et
52 reçoivent un traitement.

Dans le vocabulaire politique, les mots constituant un nom propre qui est une
dénomination complexe sont des mots du lexique commun lorsqu'on les considère
séparément — c'est le cas de tous les mots composant les dénominations complexes
présentées quelques lignes plus haut (Parti québécois, Chambre des communes, Régime français). Ceci

81Pour ce qui est d'un même nom propre qui apparaît tantôt sous la forme de dénomination simple et tantôt sous la
forme de dénomination complexe selon les dictionnaires, nous l'avons classé comme dénomination complexe, puisque
dans ces cas, la dénomination complète est composée de plus d'un mot, et que certains dictionnaires n'ont recours qu'à la
forme elliptique. Ceci se produit par exemple avec Révolution française, que le NPR et le PLI écrivent simplement Révolution
sous l'article révolution.
143

fait en sorte que le nom propre peut se retrouver sous l'article consacré à un mot du lexique
commun : le dictionnaire n'est pas obligé de créer une entrée spécialement pour le nom
propre. Par exemple, dans le NPR, Parti québécois apparaît sous québécois, adjectif et nom
(commun) :

t. De Québec, du Québec et notamment de la province de Québec. La politique québécoise au sein de la Confédération canadienne.
' Le Parti québécois (P. Q.) : parti de tendance socialiste et indépendantiste, fondé en 1968 par R Lévesque. Membre du Parti
québécois. •* péqulfte.

[Link] Dénominations simples

Plus du tiers des noms propres de notre corpus, soit 36 %, sont des dénominations
simples.

Dans la plupart des cas, la présence de ces noms propres peut s'expliquer par la même
raison que pour les dénominations complexes, à savoir l'apparence. Ces noms propres
partagent la même forme qu'un nom commun. Il s'agit en fait d'un emploi particulier de la
forme qui apparaît en entrée — par exemple, avec une majuscule initiale, lorsqu'elle est
employée pour le nom propre. C'est le cas par exemple pour empereur dans le NPR, où
l'entrée est empereur; orthographié sans majuscule initiale, graphie qui convient à toutes les
acceptions décrites sauf à la sous-entrée L'Empereur, au sens 3, orthographiée avec une
majuscule initiale. L'Empereur est un nom propre (classé sous la catégorie des « Appellations
collectives et noms de membres de groupes de nature politique » dans notre typologie 82) :

i.

1. ([Link] [Link].) Chef de l'empire d'Occident, du Saint Empire romain germanique Charlemagne, l'empereur à la barbe fleurie.

2. Titre donné depuis Auguste au détenteur du pouvoir suprême dans l'Empire romain. césar. Les empereurs romains.

a. Chef souverain de certains Etats. •* kaiser, mikado, sultan, tsar. L'empereur et l'impératrice.
Spécialt (En France) L'Empereur : Napoléon Ier, puis Napoléon KL

82Rappelons que nous avons conservé dans cette catégorie quelques surnoms, pour lesquels nous n'avons pas créé de
catégorie à part entière en raison de leur faible nombre.
144

Dans des cas comme celui-ci, le dictionnaire, comme pour les dénominations
complexes, n'est pas obligé de créer une entrée spécialement pour un nom propre. Le nom
propre sera décrit dans un article d'abord consacré à un mot du lexique commun.

3.2.4 Noms propres dont la forme est originale

Il reste dans notre corpus quelques noms propres qui prennent la forme de
dénominations simples et qui ne partagent pas la même forme qu'un nom commun. Voici la
liste des noms propres de ce type qui reçoivent un traitement lexicographique dans l'un ou
l'autre des dictionnaires à l'étude : charbonnerie, F.L.Q., N.P.D., P.C., P.L., P.L.C., P.L.Q., P.Q.,
suffragette, U.N. Le dictionnaire qui met ces mots à sa nomenclature doit créer une entrée
spécialement pour le nom propre. Nous tenterons de voir ce qui explique la présence de ces
noms propres en vedette.

[Link] Les sigles

Presque tous les noms propres qui ne partagent pas la vedette avec un nom commun
et qui possèdent leur propre entrée appartiennent à la catégorie des sigles. Or comme pour
les autres noms propres étudiés, les sigles sont rattachés à des mots du lexique commun,
puisqu'ils sont formés à partir des premières lettres de noms communs ou d'adjectifs (et
parfois des mots d'autres catégories lexicales).

Le traitement lexicographique qui en est fait n'est pas le même dans tous les
dictionnaires. Nous reviendrons sur les sigles dans le chapitre 4, lorsque nous analyserons le
traitement accordé aux noms propres de partis politiques.

[Link] Les noms propres traditionnellement décrits dans les dictionnaires généraux

Dans la liste de la page précédente figure suffragette. Il s'agit d'un nom de membre de
groupe de nature politique. Dans notre corpus, quelques autres noms propres qui reçoivent
145

un traitement sont de tels noms de membres : Bleu, Coco, Communiste, Conservateur, Créditiste,
Felquiste, Frontiste, Girondin, jacobin, Libéral, "Patriote, Péquiste, Rouge, Tory, Whig. Alors que
suffragette ne comprend qu'un seul sens, ces autres mots sont polysémiques; l'article qui leur
est consacré comprend donc une description des sens liés au lexique commun en plus du
sens du nom propre. En fait, ces mots comprennent tous un emploi adjectival. Par exemple,
on peut parler d'un Jacobin, c'est-à-dire d'un membre du Club des Jacobins, mais on peut
également parler d'idées jacobines; on peut parler d'un whig, mais on retrouve aussi le Parti
whig. Que ces mots soient monosémiques ou polysémiques, les dictionnaires ne semblent pas
réticents à leur accorder un traitement lexicographique complet. Tous les dictionnaires qui les
ont à leur nomenclature en offrent une définition.

Ce phénomène peut s'expliquer par le fait que ce type de noms propres a toujours été
traité dans les dictionnaires généraux de langue française sans que cela ne pose problème83.
Ce type de mots ne semblent pas être perçus comme étant des noms propres. Ils peuvent en
apparence se confondre avec des noms communs. D'abord, comme tous les noms propres
de notre corpus, il ne s'agit pas des noms propres prototypiques - les noms de lieux ou de
personnes. Ensuite, ils ne portent pas systématiquement la majuscule initiale; en fait, ils la
portent encore moins souvent que les autres noms propres de notre corpus. Enfin, le fait
qu'ils puissent être utilisés comme adjectif, mot du lexique commun, peut renforcer la
perception que leur emploi nominal ne constitue pas un nom propre.

Le lexicographe peut aisément traiter ce nom propre dans un article où est déjà traité
un emploi du lexique commun (l'exemple de bleu dans le DQA, reproduit ci-dessous) ou
encore créer un article spécialement pour le nom propre (l'exemple de suffragette dans le DFP,
reproduit ci-dessous) :

•ÉiHHflHP- •• Pam. Mambra ou partisan <fun parti pottoqua fidarai consarvataur ou


provincial ** unionists a tsndanca conaarvalrica (opposé à roupa). - Au pkr Las Maus, la
Parti eonsarvataur au fédéral ou la Parti «BNJUW» au provincial. EH» • kx^oun voté pour b»
Mans. ~ A4. Oui appariant, «M Mt prapra é Fur» 4a cas partis Unaéntfurbtmi, - Adv. Volar
btmi t Ottawa. <l>ésusl, cordon Mau >

83A titre d'exemple, plusieurs des noms propres qui sont dans le PLI à l'étude (2007) étaient déjà dans le premier Petit
Larousse de 1906 (par exemple : charbonnerie,jacobin, toiy, whig).
146

nI
Otoytm* toritamiqu* qui «Ma* pour qu» »• droit 4* voto M accord* mm ftmm** Ut*
suiïrtçtOms cammêncém** êvour un» êctoon rmUtam»*n 1903 ~ Mot*A0.

[Link] Un cas à part : charbonnerie

Pour ce qui est de charbonnerie, mot restant de la liste, il appartient à une catégorie
différente de notre typologie. Plutôt que d'être un nom de membre de groupe, il s'agit d'un
nom de groupe.

Le fait que charbonnerie ne partage pas sa forme avec un nom commun s'explique par
une raison étymologique. Comme on le voit dans l'extrait du TLFi reproduit ci-dessous,
charbonnerie avait auparavant cours comme nom commun (sens A) :

^CKUtBOXXTlir «ofet 6m
A.— Fsbnqpc 4c th»Wi dk Wà. flHHHHHHHHI
yirffc.D«yét«WM»irw* AMI—.

Le nom propre est en lien avec le nom commun décrit en A. Or les dictionnaires de
notre étude qui traitent charbonnerie, le NPR et le PLI, ne traitent que le sens décrit en B dans
le TLF, c'est-à-dire le nom de la société secrète. L'emploi du nom commun n'est plus assez
courant pour être mentionné dans les dictionnaires généraux. Charbonnerie est donc un cas à
part; il témoigne néanmoins du fait que certains types de noms propres peuvent être traités
dans le dictionnaire de langue.

On voit donc que plusieurs raisons peuvent expliquer la présence et le traitement de


certains noms propres dans le dictionnaire de langue. Ces raisons sont reliées à l'apparence
des noms propres, et au fait que, n'étant pas des noms propres prototypiques, ils ne sont pas
perçus comme tels.
147

3.3 L'identification des noms propres du vocabulaire politique dans les


dictionnaires

De manière générale, les dictionnaires de langue n'identifient pas les noms propres
qu'ils intègrent à leur nomenclature, qu'il s'agisse de noms propres en général ou des noms
propres du vocabulaire politique. Les dictionnaires n'utilisent pas la catégorie grammaticale
« Nom propre » en tête d'article ou dans le corps de l'article. Le nom propre se confond avec
le nom commun. Le seul indice parfois donné au lecteur est la majuscule initiale ou la
mention « Avec une majuscule ». Or comme nous l'avons déjà vu dans le chapitre 2, la
majuscule n'est pas un critère infaillible pour identifier le nom propre. Cependant,
l'information sur la majuscule initiale, donc l'orthographe du mot, est une information que le
lecteur qui consulte le dictionnaire voudrait probablement connaître.

Dans cette partie, nous verrons comment sont présentés les noms propres qui
reçoivent un traitement lexicographique. Nous séparerons notre présentation en
commençant par les noms propres qui correspondent à l'entrée, puis nous passerons aux
noms propres présentés en sous-entrée, que ce soit sous forme de dénomination simple ou
complexe. Dans chaque cas, nous nous pencherons sur la majuscule qui, malgré les limites
qu'elle comporte, reste la seule indication actuellement utilisée pour identifier le nom propre,
et qui peut être une information que le lecteur cherche lorsqu'il consulte le dictionnaire.

3.3.1 Identification des noms propres qui correspondent à l'entrée

Nous commencerons par expliquer ce que nous entendons par « nom propre qui
correspond à l'entrée » tout en soulevant les problèmes d'identification qui se posent pour
ceux-ci.

Rappelons d'abord que les noms propres qui correspondent à l'entrée représentent
près de 15% des noms propres de notre corpus.

En règle générale, les définitions d'un article de dictionnaire sont toutes censées se
rapporter à la forme en entrée, à moins d'indication contraire. Par exemple, la présence d'une
148

sous-entrée informe le lecteur que l'information qui suit ne concerne pas le mot en entrée,

mais bien une nouvelle unité qui comprend une forme différente, particulière du mot en
entrée. Ou encore, des indicateurs peuvent venir préciser que telle définition ne s'applique
qu'à un emploi absolu, ou à une forme féminine ou plurielle de l'entrée. Dans ces deux

derniers cas, le dictionnaire peut donner de nouvelles informations grammaticales qui


remplacent en quelque sorte celles de la tête de l'article pour une acception donnée. Dans le
DFP, à l'article socialiste, les catégories grammaticales de l'entrée sont « adjectif » et « nom »;
or les sens en 1 et 2 correspondent à un emploi adjectival. Seule la dernière définition,
précédée de la mention « Subst. », correspond à un emploi nominal :

SBftocIdNtt

I Ou*«âne***» te wcuiwm 2 Ou** favwaMt meh**«h**imtmimte «octaHin» F>*<*


tocmttm Mhunbi» i\m tooatot* (mtntn <ki wctobmt (te tocW

Or pour certains noms propres de notre corpus, nous avons observé un glissement
qui se produit entre l'information donnée en tête d'article et l'acception définie, sans que le
dictionnaire ne donne d'information sur le type d'emploi - nom propre - auquel s'applique
une définition. Par exemple, à l'article congrès du NPR (reproduit ci-dessous), la catégorie
grammaticale donnée en entrée est « nom masculin ». Cette catégorie s'applique aux sens 1 et
3. Cependant, au sens 2, ce n'est pas le même type de nom qui est décrit, mais plutôt un nom
propre (d'institution). Il y a donc un glissement qui s'est produit entre le mot en entrée et le
mot défini au sens 2. Il ne s'agit plus d'un nom commun masculin, mais d'un nom propre
(qui se comporte syntaxiquement comme un nom masculin). Rien cependant dans l'article ne
donne d'information à ce sujet; le sens 2 de congrès n'est pas précédé d'une mention « nom
propre » ou d'un équivalent.
149

Mwgré* |. { »MM «M*M «Un


|tV*< Ift H. * » SVÏ* t^|g; r. i#• » <• >*» < wyrm* * $» »**>< * ?*« ., #» y *%•
•> 4# tj'.*:&(? '? p»* .*•
«"An*!!# • *NF*

I MM I =•« if-'. I? I !*<>* îj? I ià-i-iém *-i i *£?-!$ • m:*: < \*t %• >ti? vA*> > •*
4# tt**«r * |f 1 *} tér /Vu <. <«?*»» «taawft&y. rre«qf*»* m#r»mtw%êi4»/>««**
* »lY/« » *j Hf&sU?rf te-: \\** ? W [Link]*fvj«w- •9f*'é.à0:»U4**t4 *t ** M%*t m
\ Vt*£»#£
« * *;«!< •«, tf j:« »«• ? s; <-'••;«>» ^ *; **•*:.; >>?< ,«i >* ^ «éa**-pm \>"yi jvfrgw «à ** <
«%*$'#* <:>W^^rtMW*«* taNtm*•* temiNNi#,terw» '%:.-*|phi>?f 4* tiv.-tbmmfus. ».'*«*£»•#<J'*
mèé*™*#, «4r /**%&**. 4« t#$ ;%••*»$»**,

Dans les exemples de ce type, une correspondance est établie entre le nom propre et
l'entrée, même si la nature de ces deux éléments n'est pas exactement la même. C'est ce que
nous avons considéré dans notre analyse comme des noms propres qui correspondent à
l'entrée.

Les noms propres qui correspondent à l'entrée posent problème du point de vue de
leur identification comme nom propre. Aucun dictionnaire ne met d'information
lexicogrammaticale sur le nom propre - tous ne prévoient que des catégories du lexique
commun. Un nom propre se verra donc automatiquement attribuer la catégorie grammaticale
du lexique commun qui apparaît en entrée, comme dans l'exemple de Congrès, ce qui est une
erreur.

La seule information dont le lecteur disposerait pour savoir qu'il se trouve en présence
d'un nom propre est la majuscule, point que nous aborderons au point 3.3.3.

3.3.2 Identification des noms propres en sous-entrée

Les noms propres qui apparaissent en sous-entrée ont une forme différente de
l'entrée. Ceci est évident pour les dénominations complexes, mais est aussi vrai pour les
dénominations simples.

Normalement, la sous-entrée est identifiée visuellement de manière différente que


l'entrée. Elle apparaît souvent dans le dictionnaire avec une typographie distinctive (petites
150

majuscules, italiques, etc.) et parfois avec un élément visuel qui indique un changement
hiérarchique dans l'article - numérotation liée à un nouveau sens, petit carré, tiret, etc.; elle
est souvent suivie d'une glose ou d'une définition. Toutefois, même si la sous-entrée est
clairement identifiée comme telle, il n'est jamais clairement indiqué qu'il s'agit d'un nom
propre dans les articles de notre corpus, qu'il s'agisse d'une dénomination simple ou
complexe.

[Link] Les dénominations simples en sous-entrée

Les dénominations simples qui apparaissent en sous-entrée représentent un cas de


figure assez semblable aux noms propres qui correspondent à l'entrée.

La sous-entrée qui est une dénomination simple se présente sous une forme
légèrement différente de celle présentée en entrée. Par exemple, une sous-entrée peut différer
du mot en entrée par un changement de catégorie grammaticale. Un mot extérieur au
vocabulaire politique nous servira d'exemple, avec l'article gitan du NPR reproduit ci-
dessous :

gitan, ane [3ita, an] nom


ÉTVM. 1823; Gittani plur. 1772 O espagnol gitano, gitana « tsigane »; latin /Egyptanus « Égyptien » car on croyait
qu'ils venaient d'Égypte

t. Tsigane d'Espagne (ou originaire d'Espagne). •* bohémien, manouche, romanichel, zlnoaro; nomade. Gitans d'Andalousie, de
Camargue. Gitanes qui disent la bonne aventure. Las Gitans et les gadjos.
' Adj. Le flamenco gitan. Le pèlerinage plan aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

2. N. f. Une gitane ; cigarette de la Régie française des tabacs, de tabac brun à l'origine. Fumer des gitanes filtre.

La catégorie grammaticale dans la tête de l'article nous informe que le mot en entrée,
gitan, ou son féminin gitane, est un nom. Au sens 2, la sous-entrée gitane revêt une autre forme
que celle de l'entrée, soit gitane, et la catégorie grammaticale n'est plus uniquement « nom »,
151

mais s'ajoute le genre féminin84. On voit donc que gitane peut avoir un sens particulier,
différent du sens illustré en 1.

Dans le cas des noms propres, la différence que les dénominations simples en sous-
entrée présentent avec l'entrée ne relève pas nécessairement de la catégorie grammaticale. La
différence peut justement tenir au type de nom, c'est-à-dire que l'entrée renvoie au nom
commun alors que la sous-entrée est consacrée au nom propre (même si la sous-entrée n'est
pas présentée comme tel). C'est le cas par exemple pour empereur,; dans le NPR, où l'entrée
ainsi que les autres acceptions définies sont des noms communs, alors que la sous-entrée
L'Empereur, au sens 3, est un nom propre. L'indicateur « Spécialt » informe que sur le plan
syntaxique, l'emploi de Empereur en absolu, sans complément, renvoie à un empereur en
particulier (il s'agit donc d'un nom propre) :

empereur «—«*.
tIVM IfWs *• i <tm -***$*<•

* muta*

$ ot.«* i i*-{ » ï»* i -*•••• * r)-f«i-srs'? 1*4

* • v i If iîAî? Ut *(
• «et**** <li* fa m*-* > l,*$***?*%* . r $**» £8

La seule différence entre le nom propre qui figure en sous-entrée et le nom propre qui
correspond à l'entrée, vu à la section précédente, est que la sous-entrée se distingue de
l'entrée par sa présentation formelle. On observe une différence formelle ténue entre le mot
en entrée et la sous-entrée : dans le cas de empereur; on voit que la sous-entrée est
accompagnée de l'article « 1' »; toutes les sous-entrées sous forme de dénominations simples
de notre corpus sont ainsi accompagnées d'un déterminant, seul élément qui les différencie
de la vedette. Cet ajout clarifie l'emploi de la majuscule initiale, si majuscule il y a. Voici un
autre exemple, tiré du PLI :

84 A noter que la sous-entrée gitane est justement un nom propre, plus précisément un nom de marque déposé.
152

régent, régente
(latin regens, -entia, de regere, diriger)
• nom
t. Chef du gouvernement pendant la minorité, l'absence ou la maladie du souverain.
-HISTOIRE Le Régent : Philippe, CÏJC d'Orléans, régent de France de 1715 à 1723, pendant la
minorité de Louis XV

Les noms propres en sous-entrée qui sont des dénominations simples ne sont pas
identifiés de manière à ce que le lecteur perçoive quelle est la différence avec le mot en
entrée, mais cette utilisation de l'article devant le nom propre indique au lecteur qu'il y a une
différence avec la vedette; l'article défini donne également un indice qu'on n'est plus en
présence d'une classe d'objets mais bien d'un objet spécifique. Encore une fois, l'emploi ou la
mention de la majuscule initiale peut parfois conforter le lecteur dans cette impression.

[Link] Les dénominations complexes en sous-entrée

Pour ce qui est des dénominations complexes qui apparaissent en sous-entrée, là


encore, aucune information explicite n'est donnée concernant le fait qu'il s'agisse d'un nom
propre.

Par exemple, la sous-entrée Parti québécois, sous québécois dans le NPR, est visuellement
très clairement identifiée par rapport au reste de l'article. On voit ci-dessous la sous-entrée
précédée d'un changement de ligne et d'un carré, mais rien n'informe clairement le lecteur
qu'il s'agit d'un nom propre.

québécois, oise kebekwa, waz] adjectif et nom

ÉTYM. 1754 O du n. de la ville de Québec (1601), d'un mot algonquin « détroit, rétrécissement »

t. De Québec, du Québec et notamment de la province de Québec. La politique québécoise au sein de la Confédération canadienne.
• Le Parti québécois (P. Q.) : parti de tendance socialiste et indépendantiste, fondé en 1968 par R. Lévesque. Membre du Parti
québécois. •+ péquifte.

C'est la même chose dans cet extrait de l'article régime du DFP, où les sous-entrées
Ancien Régime, Régime français et Régime anglais (que nous avons soulignées) sont définies, mais
ne sont pas identifiées comme des noms propres :
153

•n i » r.
•H1 r*gki»
n m
I l Ordro. con«ttutk>n. fonm 6w Etat: mmén ét It gouvatnar. Rtgnw monarcNqua, ftodal «te. HST
i Franc»! L'Ancttm ftêoum. c*M qui pr«c«4a la R«votutton Sous rAnem R*g»m avant 178». Rtotm»
trancmia qui a été «Mtaura » fmrm» 4a» Françafe an MowwNa-Frane* «4 i'ttf twmmi avat la Conçu*»
du pays par t»t Anglais «n 1760 Répim ançiïêu qui a «wM h» Ragima français. (uaqu'a la ConladarMion
•>>*7' - Mr+*nrt*t «*«•

3.3.3 La majuscule comme indicateur du nom propre

La présence de noms propres dans les dictionnaires usuels soulève la question de la


majuscule. Lors de l'état de la question sur le sujet, nous avons souligné le fait que les noms
propres autres que les anthroponymes et les toponymes ne portaient pas toujours la
majuscule initiale. Certains types de noms propres, comme les noms de membres de groupes
politiques, ne portent pas la majuscule initiale, ce qui amène parfois à les considérer comme
des mots du lexique commun. Or la majuscule initiale est toujours perçue comme une des
caractéristiques formelles principales du nom propre, même si elle n'est pas reconnue comme
essentielle et obligatoire pour tous les noms propres et réservée uniquement à eux. Les
dictionnaires à l'étude ne prévoyant pas l'emploi d'une catégorie grammaticale ou d'une
mention « nom propre » pour identifier ces derniers, la majuscule constitue parfois le seul
indice pour identifier le nom propre. La question de l'identification des noms propres mise à
part, une des raisons pour lesquelles on consulte le dictionnaire est pour vérifier
l'orthographe d'un mot. L'information sur la majuscule initiale est donc importante à donner
au lecteur.

La majuscule peut apparaître de plusieurs manières dans le traitement lexicographique


du nom propre : une mention « Avec une majuscule » (ou l'équivalent) peut précéder le nom
propre; dans le cas d'une sous-entrée, celle-ci peut clairement être orthographiée avec une
majuscule (si elle est précédée d'un autre mot, comme un article défini); enfin,
l'exemplification pour illustrer l'emploi du nom propre peut présenter celui-ci avec une
majuscule. Nous verrons cependant qu'il n'y a pas de manière de faire systématique, et que le
recours à la majuscule n'est pas toujours clairement fait.
154

Nous présentons la manière dont chaque dictionnaire à l'étude utilise ou non la


majuscule pour les noms propres qui correspondent à l'entrée et qui apparaissent en sous-
entrée.

[Link] La majuscule dans le NPR

Le NPR utilise parfois un indicateur pour la majuscule initiale. Plusieurs formulations


existent pour cette information. On en voit deux exemples différents (que nous avons
soulignés) à l'article islam et dans l'extrait reproduit de l'article ascension :

hlstm «MM» m<m*MMM

' • *<•<.t n&m " •!


«

t<. î ; « Ma;. ^ Or. UlUdlif ». mHIHÊmim <.jP* 'imf à* &


4* ws -m A3*è: f**m <*• immm* t*m# C k te** è1* M# -$<»* •** M*-tiw
««• A !%*tm
* '**** j 1. # l*l f* : ->*£* S*H30,-U *? ^ •» éft ?kà&*.

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» Pêt **L un* Ji») ? *i* *1* ? ? -1# -•*«' y ' <*r -«A»'#***.?*.

Si un tel indicateur existe, il n'est jamais utilisé pour les noms propres du vocabulaire
politique de notre corpus.

Les noms propres présentés en sous-entrée portent parfois la majuscule initiale de


manière claire. C'est le cas des sous-entrées débutant par un article défini, comme Le Parti
québécois :
155

québécois, oise [kebekwa, waz] adjectif et nom


ÉTYM. 17S4 O du n. de la ville de Québec (1601), d'un mot algonquin « détroit, rétrécissement »

i. De Québec; du Québec et notamment de la province de Québec. La politique québécoise au sein de la Confédération canadienne.
" Le Parti québécois (P. Q.) : parti de tendance socialiste et indépendantiste, fondé en 1968 par R. Lévesque. Membre du Parti
québécois. -+ péquiite.

Certaines sous-entrées sont ambiguës pour ce qui est la majuscule : ce sont les sous-
entrées qui débutent un segment, et leur majuscule peut être attribuée à ceci plutôt qu'au fait
qu'il s'agit d'un nom propre. C'est ce qui se produit avec Conseil du roi :

• Hiit. Conseil du roi, en France, sous l'Ancien Régime.


'

Enfin, certains noms propres sont simplement exemplifiés avec la majuscule initiale.
C'est le cas de Directoire : aucun indicateur n'apparaît pour la majuscule, et le nom propre n'est
pas présenté en sous-entrée avec une majuscule, mais les exemples « Les mœurs du
Directoire » et « Sous le Directoire » montrent le mot écrit avec la majuscule initiale :

U,
' A"**—*
ê., • t NS : m 1 m-J * .-fer î zi. r T.;n" t.-J. L&i* t.5 - '?? - -**

•#»?*«•. , ^ 6 4
j; s&jv * . r* x..r .53» ' V à ' ' ije* tmM ÏMrm-ïctrw. m
• ùt IfN* ZjfrÊCtanm.
«M**. Um txmmaM Z&vz te***..

Ce simple recours à la majuscule sans indicateur obligatoire pose quelques problèmes.


D'abord avec les noms propres qui débutent un énoncé lexicographique, comme Conseil du
roi, où le rôle de la majuscule n'est pas clair. Ensuite, certains noms propres ne sont pas
exemplifiés, ou encore sont exemplifiés sans majuscule initiale. C'est le cas des noms propres
de membres de groupes, comme suffragette ou phalange, qui ne sont généralement pas perçus
comme des noms propres. Ceci soulève toutefois un autre problème : est-ce que l'usage de la
majuscule initiale devrait être étendu à tous les types de noms propres?

Enfin, nous avons relevé quelques problèmes d'homogénéité dans l'utilisation des
majuscules. Ainsi, si Le Parti québécois est écrit avec la majuscule initiale dans le NPR, ce n'est
156

pas le cas d'autres noms propres de partis politiques, comme le parti radical, Le parti conservateur
(canadien), parti travailliste ou Le parti républicain (les graphies exactes ont été conservées) :

» AOTÊUO 0BB, LSPWTT NTFHTT&AMIT T.4>PA« LI'AR FTTT> !• <T 1* P&TI RIPULS&CMXTM
par tomme», ctiut J* U nctuam a^ntut* Jt it pwtj» frajiwm# «4MU&1M » >Sta|il)MD-
» W U'nt.f. (MiU-t If- <*|i*s Lté tl iti

Le même manque de cohérence s'observe sous l'article Révolution. D'abord, la sous-


entrée La Révolution française est orthographiée avec une majuscule. La sous-entrée suivante,
La révolution des Œillets, ne porte pas de majuscule à révolution, comme Révolution française, mais
c'est plutôt le nom Œillets qui la porte. (Sous œillet, où révolution des œillets apparaît aussi,
l'expression est écrite sans majuscule.) Enfin, les deux sous-entrées suivantes, révolution de
velours et révolution orange ne portent pas de majuscule. La majuscule à Révolution française et à
Révolution peut-elle être attribuée à l'importance relative de ces noms propres pour la
communauté linguistique à laquelle s'adresse le dictionnaire85?

• (u, 1760, Montasquiau) Mod. Ensemble des événements historiques qui ont Heu dans une communauté importants (nationale, en général),
lorsqu'une partie du groupe en insurrection réussit à prendre le pouvoir et que des changements profonds (politiques, économiques et
sociaux) se produisent dans la société. Révolution et guerre civile. Une révolution éclate. Fcàre la révolution.
• (xix*) Révolution bourgeoise, libérale, prolétarienne, sociale, socialiste. « les révolutions sont les locomotives de l'histoire
[...]/* temps passant, elles en deviennent aussi les freins » fGracal. -t. « J'aime bien les révolutions. Les têtes changent »
("Calafertel.
» La Révolution française (de 1789). La révolution russe, la révolution d'Octobre (1917). Les révolutions de 1848. La
révolution mexicaine. Les révolutions islamiques.
' La révolution des Œillets (au Portugal, en 1974).
• La révolution de velours (en Tchécoslovaquie, en 1989).
° La révolution orange (en Ukraine, en 2004).

• (Non qualifié) (1789) LA RÉVOLUTION, celle de 1789 jusqu'au Consulat de Bonaparte, et les changements qu'elle détermina. Avant la
Révolution : sous l'Ancien Régime. « Je définis la Révolution, l'avinement de la Loi, la résurrection du Droit, la réaction de la
Justice » fMichelet).

Bref, dans le NPR, les majuscules des noms propres du vocabulaire politique ne sont
pas utilisées systématiquement ni présentées clairement.

85Nous reviendrons sur le traitement lexicographique des noms propres sous révolution dans le chapitre suivant, puisque
plusieurs questions se posent à la lecture de cet article.
157

[Link] La majuscule dans le PLI

Le PLI utilise un indicateur « Avec une majuscule ». Cependant, il n'est pas toujours
utilisé pour les noms propres du vocabulaire politique, même pour ceux que le PLI
orthographie avec une majuscule. Pour les noms qui correspondent à l'entrée, il est utilisé
pour quatre noms propres sur onze (soit Premier Empire, Second Empire, Jacobin et une
acception de Sénat), toujours dans des articles polysémiques. Pour les noms propres en sous-
entrée, il n'est présent qu'une fois sur les 19 noms propres en sous-entrée (Sénat conservateur).
L'article sénat du PLI présente plusieurs cas de figure : on y voit deux sous-entrées, une
dénomination simple (sens 3) et une dénomination complexe (sens 4), précédées toutes deux
de la mention (Avec une majuscule) :

sénat
(latin senatus, de senex, vieux)
• nom masculin
S, ANTIQUITÉ Nom donné à diverses assemblées politiques (Assemblée souveraine de la
République romaine, le sénat perdit progressivement ses attributions sous l'Empire.)
I. Seconde chambre ou chambre haute, dans les régimes à caractère parlementaire.
(Avec une majuscule.) Assemblée qui, avec l'Assemblée nationale, constitue le Parlement
français.
1. (Avec une majuscule.) Sénat conservateur assemblée contrôlant la constitutionnalité des lois
sous le Consulat, le premier et le second Empire.
Lieu, bâtiment où se réunissent les sénateurs.

Au sens 3, le nom propre correspond à l'entrée. Le PLI n'insère pas de sous-entrée


sous la forme de dénomination simple, mais l'indicateur « Avec une majuscule » informe
d'une différence formelle avec la vedette. Au sens 4, le nom propre est une dénomination
complexe qui est également précédée de l'indicateur « Avec une majuscule ». Or le sens défini
en 5 est également un nom propre en vertu de notre typologie, mais ne reçoit pas l'indicateur
« Avec une majuscule ».

La mention « Avec une majuscule » mise à part, le seul autre moyen d'informer le
lecteur sur la majuscule dans le PLI est l'utilisation de la majuscule pour présenter le nom
propre. Encore faut-il que celle-ci soit clairement présentée. Ce n'est pas le cas des noms
propres qui correspondent à l'entrée - comme dans le sens 3 de sénat, où le nom propre ne
réapparaît pas écrit en toutes lettres après le numéro de sens. Pour les noms propres en sous-
entrées, la majuscule peut être confondue avec la majuscule qui commence l'énoncé
158

lexicographique, et qui n'est pas réservée au nom propre. Ainsi, sous le sens 4 de sénat, la
sous-entrée Sénat conservateur débute par une majuscule, mais n'eût été de la mention « Avec
une majuscule », le lecteur aurait pu croire qu'il ne s'agissait que de la majuscule
correspondant au début de l'énoncé lexicographique. Enfin, comme le PLI n'a pas souvent
recours à l'exemplification, la mention « Avec une majuscule » peut s'avérer essentielle pour
connaître la graphie d'un mot. D'ailleurs, aucun des noms propres qui correspondent à

l'entrée ou qui apparaissent en sous-entrée ne sont exemplifiés.

Donc, dans le PLI non plus, l'information sur la majuscule n'est pas présentée
clairement ni systématiquement, et l'exemplification ne peut qu'exceptionnellement
compléter cette information.

[Link] La majuscule dans le DFP

Le DFP ne prévoit pas d'indicateur « Avec une majuscule » ou l'équivalent. Comme le


NPR, les seuls indices sur la majuscule sont les noms propres clairement orthographiés avec
une majuscule initiale en tant que sous-entrée ou les noms propres exemplifiés avec une
majuscule initiale. Les mêmes cas et problèmes que ceux du NPR surviennent. Ainsi, certains
noms propres qui apparaissent en sous-entrée portent clairement la majuscule initiale, comme
L'Ancien Régime-, d'autres, comme Régime français ou Régime anglais, portent une majuscule qui
peut être simplement la majuscule du début de l'énoncé lexicographique.

i t Ordr*. cwurtiMton kxm» <fun Bu manMK* <to I* flouveom RtgMtw monarcNqu* fttodat,
«te HIST (Franc*) LAnemn fi+çan», e«M qui pr*c*da ta R«voMton Sous lAncmtt Kêgmt
avant 1749 flégmm tmnç&m, qui Fil* instaure * fantv*» ét* Ftançai» «n Nouv«te-Ft*nc* <K
«'*« tanrnn* avie I* Conquit* cktpay* par I** Anglai» «ri >7<0 ttêgum tngttis qui • suvt I*
R *9«M français, itisqu'* ta OmfedaraMon t 1#67t - Rêgm» otmw (hetmotil tascis». me 2
ML....,.,-.... A.X. ,JL 4,..,.,.,.. •».*—..—A— — • i Êi* i.

Sous sénat, on voit au sens 2 un cas où le nom propre n'est pas exemplifié, et donc
aucune information n'est donnée sur la majuscule, et au sens 3, un cas où le nom propre est
exemplifié avec une majuscule — « Les portes du Sénat » :

1 HIST Nom <lom* aux ipoMqm i»« i*«t importantes. cfc*z<tv*rtp*upl*>*


*v«r«*« «poqtm L* Stnut éê Ut flatrm avait tous Is mpubkqm. m pouvoir
touvtmm i* 5*naf «MtMfl**. d+$(MM». fSèmtd# Vmmm 2 Um 4*s 4*ux a*«*mbt**«
iMIMnM*» é» c*ttwn*« twtoom (Canada Franc* Ë -U . Mal* «te », î EdMk* ou «1*9* tm*
MWWtl». L*« pOft»J «tu SêfHt - Ut 3*n*fU4. 4* S*"*»
159

Comme dans le NPR, nous avons relevé quelques incohérences. Par exemple, les

noms de partis politiques français de notre corpus ne portent presque jamais la majuscule
initiale lorsqu'ils commencent par le mot parti - parti québécois, parti libéral du Canada, parti
communiste (français) - alors que les noms de partis commençant par un autre mot prennent
souvent une majuscule (Union nationale, "Ralliement des créditistes, Parti national socialiste).

Enfin, il faut mentionner que plusieurs des noms propres qui correspondent à l'entrée
dans le DFP sont des sigles, et que la question de la majuscule initiale ne se pose pas dans ces
cas.

[Link] La majuscule dans le DQA

Le DQA a recours un indicateur « Avec une majusc. », et il l'utilise plus souvent que le
NPR pour les noms propres du vocabulaire politique. Cependant, il ne l'utilise pas
systématiquement, et rien ne permet de savoir pourquoi la mention apparaît dans certains cas
et pas dans d'autres.

À l'article congrès, la mention « Avec une majusc. » apparaît devant le sens 2, consacré
au nom propre, ce qui est intéressant puisqu'il désambiguïse le cas d'un nom propre qui
correspond à l'entrée :

ii. m mm l
Bflfini 99 WVfPHPMP ml VUPSP* H9VIP m*. "«MnlWI 1PP |PWWWwpW»

rminmvnm^m * vfinwpnwpn.

Dans cet article, les exemples aussi illustrent l'emploi du mot avec une majuscule.
Dans d'autres cas, comme dans Nouveau parti démocratique, l'indicateur est absent; toutefois, la
manière dont est présentée la sous-entrée est claire :

IVHVIIHHHHnBVPVINHfJOTIMHPVIRIIIMQIIPHMPPVVk. S- LtNovmut
Pmut amoernuy» jwMv, HPD >. m piB poittfM ifXwl ou pMwcWt > Urahwci *ocm
dêwocf»». m nia iMrwqtri»

Certains noms propres ne portent pas de mention concernant la majuscule et ne sont


pas présentés avec une majuscule, ni dans la sous-entrée ni en exemplification. C'est le cas
160

des noms propres traditionnellement décrits dans les dictionnaires de langue, comme
phalange, suffragette et bleu.

Enfin, comme pour le DFP, il y a plusieurs sigles qui figurent en entrée dans le DQA
et pour lesquels la question de la majuscule ne se pose pas.

[Link] Conclusion sur l'utilisation de la majuscule

La majuscule initiale est utilisée de manière non systématique pour les noms propres
du vocabulaire politique dans les dictionnaires usuels. D'une part, certains noms propres sont
présentés avec une majuscule initiale, mais pas tous; d'autre part, certains noms propres sont
précédés de la mention « Avec une majusc. », ou d'une formule équivalente, mais pas tous. Ce
recours non systématique à la majuscule initiale peut particulièrement porter à confusion
lorsque des noms propres de même type sont orthographiés tantôt d'une manière tantôt de
l'autre.

Ceci pose problème à deux niveaux. D'abord, la majuscule étant le seul élément
actuellement employé par les dictionnaires qui donne un indice sur la nature d'un nom
propre, son utilisation actuelle ne constitue pas un indice sûr pour détecter le nom propre -
sans compter que tous les noms propres ne prennent pas systématiquement de majuscule
initiale. Ce problème est toutefois de nature plus théorique que purement lexicographique,
car il faudrait d'abord que la question de la majuscule initiale pour les différents types de
noms propres soit réglée d'un point de vue orthographique. Il faudrait en effet se demander
si la majuscule initiale devrait être attribuée à tous les types de noms propres; qu'elle ne l'est
pas actuellement est peut-être uniquement causé par le fait qu'on hésite à élargir la
conception du nom propre par rapport aux classes des anthroponymes et des toponymes.

Ensuite, la question du nom propre mise à part, le lecteur n'obtient pas d'information
claire concernant l'utilisation de la majuscule. Ceci pose problème dans la mesure où le
dictionnaire a comme fonction, entre autres, de donner l'orthographe en usage des mots.
Nous avons vu dans l'état de la question des auteurs qui souhaitaient que les dictionnaires de
noms propres intègrent davantage d'informations sur le fonctionnement des noms propres
161

en langue (genre, nombre, prononciation, etc.). Ce genre d'information, incluant celle sur la

majuscule initiale, est facile à intégrer dans le traitement d'un nom propre qui apparaît dans le
dictionnaire de langue, où les mécanismes et les rubriques pour présenter ces renseignements
sont déjà intégrés à la microstructure.
162

3.4 Conclusion sur l'intégration des noms propres dans les dictionnaires
généraux

L'analyse de l'intégration des noms propres du vocabulaire politique dans quatre


dictionnaires généraux de langue française a permis de tirer quelques conclusions, mais a
surtout mis la table pour une analyse plus poussée de certaines zones.

Il nous fallait d'abord nous assurer que les articles du vocabulaire politique
contenaient effectivement des noms propres dans les dictionnaires retenus. Nous avons
relevé qu'en moyenne 25 % des articles de notre corpus comportaient au moins un nom
propre, ce qui n'est pas négligeable et confirme l'hypothèse que les dictionnaires généraux
contiennent suffisamment de noms propres pour qu'on veuille en étudier l'intégration. Nous
avons également dégagé les noms propres qui reçoivent un traitement lexicographique
puisque ce sont eux que nous étudierons plus en détail dans les chapitres suivants; le même
travail a été fait pour les catégories de notre typologie.

Nous avons également constaté que nous disposons de peu d'informations sur la
sélection des noms propres présents dans les dictionnaires. La suite des analyses nous
permettra de répondre plus adéquatement aux questions soulevées dans ce chapitre. Pour
l'instant, nous avons seulement pu avancer des hypothèses selon lesquelles certains noms
propres, qui ne sont pas perçus comme tels, pénètrent plus facilement la nomenclature des
dictionnaires de langue, souvent en raison de leur forme, partagée par un ou plusieurs mots
du lexique commun.

Enfin, la manière dont sont présentés les noms propres dans le dictionnaire de langue
ne permet pas au lecteur de savoir de manière certaine qu'il est en présence de noms propres.
La majuscule est le seul indice donné en ce sens au lecteur. Or la majuscule n'est pas utilisée
systématiquement pour les noms propres qui apparaissent dans l'article de dictionnaire; par
ailleurs, la mention explicite « Avec une majuscule » n'est utilisée que par deux des
dictionnaires à l'étude, et encore là, elle n'est pas inscrite systématiquement devant les noms
propres du vocabulaire politique. Qui plus est, certains types de noms propres ne portent
traditionnellement pas la majuscule en français. Le lecteur ne trouve donc pas toujours
163

l'information sur l'orthographe des noms propres, alors que l'orthographe est une des raisons

qui poussent le lecteur à consulter le dictionnaire.

Ceci nous porte à croire que si tant de noms propres du vocabulaire politique se
retrouvent dans les dictionnaires de langue, c'est justement parce qu'ils ne sont pas perçus
comme des noms propres. Le fait que certains types de noms propres ne sont pas
automatiquement considérés comme tels par les francophones, et qu'ils ne sont pas
explicitement identifiés comme tels, ne permet pas de se rendre compte de la place
importante qu'occupent les noms propres dans le dictionnaire de langue, et, par conséquent,
d'adopter une démarche systématique pour les intégrer et les identifier adéquatement.

Ces quelques problèmes touchent la présence et l'intégration des noms propres dans
les dictionnaires. Nous verrons dans le chapitre suivant que des problèmes surgissent
également en ce qui concerne les autres aspects du traitement lexicographique des noms
propres du vocabulaire politique.
164

Chapitre 4 : Le traitement des noms propres du vocabulaire politique


dans les dictionnaires de langue à travers quelques sous-catégories
165

4.0 Présentation

Dans ce chapitre, nous passons à l'étude du traitement lexicographique des noms


propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires de langue analysés. Nous avons
procédé à une analyse plus poussée des trois sous-catégories du vocabulaire politique les plus
représentées dans notre corpus : les noms propres d'événements et de périodes historiques et
de régimes politiques passés, les noms propres de regroupements humains à vocation
politique (cette catégorie nous permettra également de nous pencher sur les sigles, qui
représentent une catégorie à part dans notre typologie) et les noms propres d'institutions
politiques. Chaque catégorie nous permettra de mettre l'accent sur un aspect particulier du
traitement lexicographique.

Avant de présenter les analyses pour ces catégories, il convient de se pencher sur la
question plus globale du traitement lexicographique des noms propres dans le dictionnaire de
langue.

En principe, le traitement lexicographique a comme but d'expliciter la signification


d'un mot. Dans le cas des noms propres, où la valeur référentielle prend une grande
importance, il s'agit de bien cerner le réfèrent. Pour bien définir un nom propre, il faut
parvenir à circonscrire sa valeur référentielle unique. L'exercice doit atteindre le même
objectif que pour les mots du lexique commun : après avoir lu le traitement définitoire d'un
mot, le lecteur doit pouvoir cerner le réfèrent, et uniquement ce réfèrent, sans pouvoir le
confondre avec un réfèrent voisin - on obtient alors une définition suffisante. La définition
suffisante comporte suffisamment de traits distinctifs pour permettre la réciprocité, « c'est-à-
dire la découverte certaine du mot partant de sa définition » (Pruvost, 2006 : 172). Dans le
cadre de cette thèse, nous emploierons les expressions « définition suffisante » et « traitement
(définitoire ou lexicographique) suffisant ». Pour atteindre ce traitement lexicographique
suffisant, la définition (ou la glose) est importante, mais d'autres éléments peuvent appuyer et
compléter la définition.

Nous nous sommes demandée, pour chaque type de noms propres traités, quels sont
les éléments indispensables pour en circonscrire la valeur référentielle. Certains éléments sont
166

utiles pour toutes les catégories de noms propres du vocabulaire politique. Par exemple, en
contexte francophone, il est essentiel d'indiquer au lecteur dans quel contexte géographique
se situe le réfèrent. Ceci doit être fait en tentant d'arrimer le traitement des usages décrits qui
sont communs à la francophonie et ceux qui sont particuliers à une variété de français. Ainsi,
on pourra donner un marqueur géographique lorsque le nom propre n'en contient pas un lui-
même; par exemple, si Révolution française ne laisse pas de doute quant à sa portée

géographique, dévolution tranquille nécessite une précision géographique, surtout pour le public
français. Dans le traitement de dévolution de velours, qui renvoie à un contexte référentiel autre
que l'histoire politique française ou québécoise, une précision géographique sera utile pour
tous les publics. Autre exemple : Assemblée nationale a cours en France comme au Québec,
mais n'a pas la même valeur référentielle dans les deux variétés de français. Le traitement
définitoire devrait idéalement en tenir compte et présenter l'information de manière claire.

Par ailleurs, des éléments de nature encyclopédique sont susceptibles d'aider à cerner
la valeur référentielle des noms propres. Lorsqu'on définit un nom propre, à la définition du
mot en tant qu'unité linguistique s'ajoute un ancrage au contexte référentiel. À ce titre, la
définition du nom propre ne saurait faire l'économie de certaines informations de nature
encyclopédique. En effet, il serait difficile de donner une définition satisfaisante de dévolution
tranquille sans fournir de date, ou de Régent sans nommer la personne qui remplit cette
fonction. Pour chaque catégorie de noms propres analysés, nous listerons les éléments les
plus susceptibles de cerner le réfèrent efficacement. On approche ici de la frontière qui
sépare le dictionnaire de l'encyclopédie. Le traitement doit être satisfaisant pour le
dictionnaire général sans tomber dans la description encyclopédique.
167

4.1 Le traitement lexicographique des noms propres d'événements et de périodes


historiques

Nous commençons par présenter le traitement réservé aux noms propres


d'événements et de périodes historiques parce qu'elle ne pose pas de problème particulier qui
la distinguerait des autres catégories; les éléments que nous analyserons pour les noms
propres de cette catégorie se retrouvent en fait dans toutes les catégories de noms propres du
vocabulaire politique. Il s'agit de la circularité, de la présentation des dénominations
complexes et du traitement définitoire.

La nature des noms propres d'événements et de périodes historiques veut que le


traitement lexicographique précise l'élément historique (la date s'il s'agit d'un événement, la
durée s'il s'agit d'une période). Les noms propres des individus marquants associés à un
événement historique peuvent également être utiles (par exemple, il peut être intéressant de
nommer Maurice Duplessis dans le traitement de Grande Noirceur). De plus, comme nous
l'avons expliqué dans la présentation de ce chapitre, une attention particulière sera accordée à
l'explicitation du contexte référentiel et du public francophone cible.

Le tableau 4.1 indique le nombre de noms propres d'événements et de périodes


historiques traités dans chaque dictionnaire. Nous y avons inclus les noms propres qui se
trouvent dans une position comparable à l'entrée ou en sous-entrée, ou dans une définition -
donc, pas uniquement les noms propres à l'endroit où ils reçoivent leur traitement
lexicographique principal. Ceci explique pourquoi certains noms propres apparaissent plus
d'une fois dans les articles (ce qui est traduit par un chiffre entre parenthèses après les noms
propres présents plus d'une fois dans le dictionnaire concerné)86. Lorsqu'on additionne les
noms propres dans chaque dictionnaire, on obtient 60 noms propres d'événement et de
périodes historiques dans notre corpus d'articles du vocabulaire politique, et 74 mentions.

86Rappelons que les noms propres que nous avons relevés se trouvent dans les articles du vocabulaire politique de notre
corpus. Malgré nos précautions, il se pourrait que certains articles du vocabulaire politique manquent à l'appel dans notre
corpus, et donc, certains noms propres du vocabulaire politique également. Ceci explique par exemple pourquoi
Deuxième Guerre mondiale n'apparaît que dans le DFP dans nos relevés, sous l'article gaulliste. Deuxième Guerre mondiale est
traité dans tous les dictionnaires retenus. Or l'article guerre n'est pas dans notre corpus, puisque ce mot appartient
davantage au vocabulaire militaire qu'au vocabulaire politique. Notre démarche correspond aux critères que nous nous
sommes fixés de fonctionner par champ lexical, à la manière de Jean Dubois, en procédant par l'exclusion des champs
connexes (voir la section [Link]).
168

Tableau 4.1 : NP d'événements et de périodes historiques

60 NP
(74 mentions)
NPR PLI DFP DQA
20 NP 10 NP 15 NP 15 NP
(24 mentions) (16 mentions) (17 mentions) (17 mentions)
IVe République
L'Ancien régime (2) L'Ancien Régime (3) L'Ancien Régime L'Ancien Régime (2)
commune La Commune de Paris La Commune
la Conquête La Conquête anglaise
Consulat
La Déportation
Directoire Directoire Directoire
L'Empire - le Premier
le Premier Empire premier Empire (2) Empire Le premier Empire
le Second Empire second Empire (2) Second Empire le Second Empire
Deuxième Guerre mondiale
guerre de Sécession
Monarchie de Juillet
La Grande Noirceur
L'Occupation
La Régence La Régence La Régence La Régence
Régime anglais Régime anglais
Régime français Régime français
Restauration (2) la Restauration
Révolte des patriotes (2)
La Révolution (2) La Révolution (la) Révolution (3)
La révolution culturelle la Révolution culturelle Révolution culturelle La révolution culturelle
Révolution française (2) Révolution française (3) La Révolution française La Révolution française
la révolution mexicaine
la révolution d'Octobre révolution d'Octobre
la révolution des Œillets
La révolution orange
La révolution tranquille La Révolution tranquille
La révolution de velours
terreur La Teneur

4.1.1 La circularité

La circularité se trouve au carrefour entre les questions de nomenclature, objet du


chapitre précédent, et de traitement lexicographique, objet de ce chapitre-ci. C'est donc par
elle que nous débuterons.

Nous avons mentionné quelques fois la notion de circularité depuis le début de la


thèse. Nous préciserons d'abord à quoi exactement nous faisons référence. Nous
n'employons pas le terme circularité dans un sens péjoratif. La circularité des définitions peut
169

constituer une faiblesse en lexicographie si elle est trop étroite et renvoie d'un article de
dictionnaire à l'autre sans jamais fournir de définition substantielle. Or une circularité
souhaitable est celle qui veut que chaque mot employé dans une définition soit lui-même
défini ailleurs dans le dictionnaire. C'est ce que Josette Rey-Debove a nommé la « fermeture
de l'énoncé lexicographique », qui est difficile à réaliser complètement au sein d'un
dictionnaire :

Une définition difficile peut contraindre le lecteur à rechercher un mot peu


courant qu'elle renferme. Le problème de la fermeture de l'énoncé
lexicographique total est ainsi posé. Ou bien le dictionnaire constitue un
système fermé, dans lequel chaque forme de la microstructure apparaît à la
macrostructure (la microstructure est décodée par l'intermédiaire de la
macrostructure et vice-versa); mais la fermeture complète, parfois souhaitée,
est rarement réalisée. Ou bien le dictionnaire constitue un système ouvert, et
le décodage n'est assuré que dans le sens macrostructure —> microstructure;
le décodage de la microstructure doit être partiellement assuré par un
dictionnaire à nomenclature plus vaste ou par des ouvrages spécialisés (c'est-
à-dire qui recensent des mots de fréquence plus basse à contenu sémantique
plus riche). Une telle métalangue n'est évidemment pas souhaitable puisque
sa fonction est d'analyser le complexe par le simple. (Rey-Debove, 1971 :
59)

Le non-respect du principe de circularité peut engendrer un sentiment de frustration


chez le lecteur qui pourrait voir de nouvelles questions surgir à la lecture d'un article. Cette
situation irait à l'encontre de la visée didactique du dictionnaire général.

Nous avons déjà cité la préface de la maison Robert où il est précisé que, sauf pour les
taxons, tous les mots employés dans les définitions sont définis dans l'ouvrage (Rey, Rey-
Debove, 2006 : XII). Nous verrons si les noms propres du vocabulaire politique obéissent à
cette règle comme devraient le faire les mots du lexique commun87.

Pour évaluer le respect de la circularité relative aux noms propres de cette catégorie,
nous avons relevé tous les noms propres dans le corps des articles de notre corpus, puis
vérifié qu'ils faisaient bien l'objet d'un traitement lexicographique, au moins minimal, quelque
part dans le dictionnaire. Le tableau 4.2 illustre le nombre de noms propres d'événements et

87Ce principe de circularité n'a pas, dans la littérature le concernant, été mentionné pour le traitement lexicographique
des noms propres. L'impasse résultant de la non-circularité reste néanmoins la même que pour les autres unités lexicales,
comme nous le verrons à travers des exemples lors de la présentation de nos analyses.
170

de périodes historiques dont le traitement respecte et ne respecte pas le critère de la


circularité dans les dictionnaires à l'étude :

Tableau 4.2 : NP d'événements et de périodes historiques et circularité

NPR PLI DFP DQA


NP 20 10 15 15
NPqui
respectent la 15 10 12 15
circularité

NP qui ne
5 0 3 0
respectent pas la
circularité -
nombre et % 25% 0% 20% 0%

Nous constatons que pour chaque dictionnaire sauf le PLI, quelques noms propres
sont mentionnés dans le dictionnaire sans jamais être décrits. Nous procéderons à une
analyse de la circularité dans le traitement un dictionnaire à la fois.

[Link] La circularité dans le NPR

Pour la présentation de chaque dictionnaire, nous répéterons la liste des noms propres
d'événements et de périodes historiques; ceux qui reçoivent un traitement lexicographique
sont en gras, les autres en caractères normaux.

IVe République, L'Ancien régime, commune, Directoire, le Premier Empire, le Second


Empire, Monarchie de Juillet, l'Occupation, La Régence, Restauration, La
Révolution, La révolution culturelle, Révolution française, révolution mexicaine, la
révolution d'Octobre, la révolution des Œillets, La révolutton orange, la révolution
tranquille, La révolution de velours, terreur
171

La majorité des noms propres de cette catégorie reçoit un traitement lexicographique


dans le NPR88; néanmoins, 5 noms propres sur 24 sont mentionnés au moins une fois sans
jamais recevoir de traitement.

À l'article poujadisme, le nom propre IVe République est utilisé, mais il n'est défini ou
glosé nulle part dans le dictionnaire :

• Mouvement et parti pohtique populaire de droite, à la fin de la IVe République, soutenu surtout par les petits commerçants.

Sous empire, Premier Empire et Second Empire apparaissent sans être décrits à proprement
parler :

• Par ext Période où la France fat gouvernée par un empereur. Le Premier, le Second Empire.
' Appoi. Style, meuble Empire, du Premier Empire.

Ces noms propres sont présentés dans un exemple, et le lecteur peut déduire que le
Premier Empire et le Second Empire sont des « périodes où la France fut gouvernée par un
empereur », mais les deux noms propres ne sont pas davantage décrits, et on ne peut pas
savoir ce qui distingue précisément les deux référents.

Les derniers cas sont des noms propres formés avec le mot révolution. Révolution française
apparaît deux fois dans les articles de notre corpus sans faire l'objet d'une description; enfin,
Révolution mexicaine apparaît comme simple exemple sous révolution, sans aucun traitement.

Tous les exemples ci-dessus sauf révolution mexicaine ont quelque chose en commun : ils
dénomment des réalités proprement françaises. En fait, dans cette catégorie de la typologie,
13 noms propres sur 20 sont liés au contexte politique français. Le NPR ne définit pas
systématiquement les noms propres caractéristiques du français hexagonal.

Le seul nom propre de cette catégorie qui fait référence à la politique québécoise
reçoit un traitement lexicographique : il s'agit de Révolution tranquille, défini sous révolution.

HS Pour cette vérification, nous avons débordé du strict cadre des articles de notre corpus. Par exemple, nous avons relevé

UOccupation dans notre corpus, sous l'article pétainiste. L'article occupation n'est pas inclus dans notre corpus, puisqu'il
appartient davantage au vocabulaire militaire. Or le nom propre Occupation est défini sous l'article occupation. Nous avons
donc considéré que le traitement de ce nom propre respectait la circularité. Nous avons effectué ce genre de vérification à
chaque fois que nécessaire.
172

Certains noms propres dont nous avons considéré que le traitement respectait la
circularité ne reçoivent qu'un traitement minimal. C'est notamment le cas sous révolution, ou
plusieurs noms propres de révolutions ne sont pas définis à proprement parler mais sont
suivis d'une date et éventuellement d'un marqueur géographique (lorsque le nom propre n'en
contient pas déjà un) : dévolution française, révolution russe, révolution des Œillets, révolution de velours,
révolution orange.

• (v. 1760, Montasquiau) Mod. Ensemble des événements historiques qui ont lieu dans une communauté importante (nationale, en général),
lorsqu'une partie du groupe en insurrection réussit à prendre le pouvoir et que des changements profonds (politiques, économiques et
sociaux) se produisent dans la société. Révolution et guerre civile. Une révolution éclats. Faire la révolution.
• (xix*) Révolution bourgeoise, libérale, prolétarienne, sociale, socialiste. « les révolutions sont les locomotives de l'histoire
[...]/» temps passant, elles en deviennent aussi les freins » CGraeol. •-« « J'aime bien les révolutions. Les têtes changent »
(Calafertel
—• • La Révolution française (de 1789) La révolution russe, la révolution d'Octobre (1917). Les révolutions de 1848. La
révolution mexicaine. Les révolutions islamiques.
^ ° La révolution des Œillets (au Portugal, en 1974).
—^ ° La révolution de velours (en Tchécoslovaquie, en 1989).
-• » La révolution orange (en Ukraine, en 2004).

• (Non qualifié) (1789) LA RÉVOLUTION, celle de 1789 jusqu'au Consulat de Bonaparte, et les changements qu'elle détermina. Avant la
Révolution : sous l'Ancien Régime. « Je définis la Révolution, l'avinement de la Loi, la résurrection du Droit, la réaction de la
Justice » (Micheletl.

Ces noms propres sont présentés comme des exemples, et les informations
concernant la date et le lieu sont des éléments de glose, des traits distinctifs qui ne sont pas
rattachées à une définition. En fait, ces cas, qui sont à rapprocher de ceux de Premier Empire et
de Second Empire, soulèvent une autre problématique centrale, celle des noms propres
présentés en tant que simples exemples alors qu'il s'agit plutôt de phraséologismes ou de
syntagmes figés, c'est-à-dire d'éléments qui nécessitent leur propre définition. Nous
reviendrons sur cette question plus loin dans le chapitre, au point 4.1.2.

[Link] La circularité dans le PLI

L'Ancien Régime, La Commune de Paris, Consulat, premier Empire, second Empire, La Régence, La
Révolution, La révolution culturelle, Révolution française, La Terreur

Tous les noms propres d'événements et de périodes historiques qui apparaissent dans
le PLI sont décrits. En fait, tous ces noms propres renvoient à la section encyclopédique de
173

l'ouvrage, où ils sont décrits. Lorsqu'un tel renvoi apparaît après un nom propre, nous avons
considéré qu'il recevait un traitement. La composition du PLI, qui fait que les deux types de
mots se partagent le même ouvrage, favorise le respect de la circularité au sein des noms
propres du vocabulaire politique.

Dans le cas de ha Révolution, un renvoi est fait vers la section encyclopédique89, mais il
y a également un traitement dans la partie consacrée au lexique commun. C'est le seul nom
propre de cette catégorie à être au moins minimalement décrit dans les deux sections du
dictionnaire.

- La Révolution : la Révolution française de 1789.

Cependant, l'arrimage entre les deux sections du PLI n'est pas fait de manière
systématique. Ceci fera l'objet du prochain chapitre.

[Link] La circularité dans le DFP

L'Ancien Régime, la Conquête, l'Empire - le Premier Empire, Le Second Empire, Deuxième guerre
mondiale, guerre de Sécession, La Régence, Régime anglais, régime français, la Restauration, (la) Révolution,
Révolution culturelle, La Révolution française, révolution d'Octobre

La majorité des noms propres d'événements et de périodes historiques du DFP reçoit


un traitement; trois apparaissent dans le DFP sans être définis.

Tous les noms propres liés à l'histoire politique québécoise sont décrits. Parmi les mots
qui ne reçoivent pas de traitement lexicographique, deux font référence à l'histoire politique
de France. Le mot Révolution, utilisé de manière absolue pour Révolution française, revient dans
trois articles différents sans jamais être défini. À l'article révolution, dévolution française apparaît
comme un simple exemple avec une date (nous reviendrons sur ce cas plus loin) :

Dans la version électronique, il est possible de cliquer sur Révolution française, qui apparaît en rouge, et ce lien mène vers
le thème Révolution française de la section encyclopédique.
174

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importants (d»» fordr* moral, social, «te.K flévoMw» *r*wrt»fi(ï«e. t> Spêciêi Bouleversement d'un
repme pdBque «( social, I» plus souvent consécutif * une action violente. U Réwkâxm fmnçtts# d»
>7W t> ff#vo/ufw <fOctobm V, octobre, Aevotodo* cw*uf»«e: nom dorme a la lutte idéologique
tçnnd* mvokÉion cufomff* pmHÊËrwm) amorcee en Ctane an 19$$ par Mm Zedoog (Mao Tsô-Tong
ou Mao Ts*-toung> et qui se prolongea jusqu'en 19®9. » Us événements, les actions qui
«• txwkrt à ahtHÉir à f» hwtitoxt^MwatÉ fHunkâiAn tau érh

À part ces occurrences de Révolution française, un autre mot lié au contexte politique
français n'est pas traité : Restauration. Comme le DFP s'adresse à un public nord-américain, il
aurait été utile que les emplois caractéristiques du français hexagonal soient définis. Même si
Révolution française est connu et compris de la majorité des francophones (quoique certains
éléments de définitions ne seraient pas superflus), la forme absolue Révolution n'est pas
nécessairement transparente. Le fait que Restauration et Révolution ne soient pas définis
s'explique peut-être par le fait que le dictionnaire est une adaptation d'un dictionnaire destiné
à un public hexagonal. Le travail d'adaptation à un public nord-américain n'aurait pas été
complété à tous les niveaux. D'ailleurs, si l'on considère les 15 noms propres d'événements et
de périodes historiques dans le DFP, l'on constate que huit sont caractéristiques du français
de France (L'Ancien Régime, Directoire, L'Empire-le Premier Empire, Le Second Empire, La Régence,
la Restauration, la Révolution, La Révolution française) et que trois seulement sont propres au
vocabulaire politique québécois (Régime français, Régime anglais et Conquête). Enfin, trois
dénomment des réalités liées à des pays non francophones (révolution d'octobre, révolution
culturelle et guerre de Sécession, tous traités90).

Un des noms propres de cette catégorie qui ne reçoit pas de traitement est dans une
situation particulière. Il s'agit de Conquête, qui apparaît dans la définition d'un autre nom
propre, RJgime français91, sous l'article régime :

. t Ordre. constitution. fcnrn <fun Etal, manitre de le gowvemar Régime monarchique, féodal, rte HIST
France» L'Anemt ftegmne. celui oui précéda la Revetukon Sout rAncm R*gm* avant 178$. R*gnm
Vançaù. qui » rte Instaure a farrivee de* Français «n Nouvrtk-Franc» «t »>*t tarmine avec la Conquête
lu pays par tes Anglais «n 1760. Ranime*ngiê/s. qui a suivi le Régane français, jusqu'à la Confédération
1957t. - R«çtm» htmti dKWontl ftscist». etc. 2 EnsemMa <ft «SspotttMM ragfementaaet ou (égalés

90 dévolution d'octobre et révolution culturelk sont traités dans le corps de l'article, alors que Guerre de Sécession fait l'objet d'un

développement encyclopédique après l'article sécession.


91 Conquête n'est pas traité dans l'article conquête non plus.
175

Dans ce cas-ci, il n'est pas clair si conquête est réellement utilisé en tant que nom
propre, même s'il porte la majuscule initiale. Si le mot fait référence à un événement unique,
cet événement est décrit dans la suite de l'énoncé, ce qui n'aurait pas été nécessaire si le mot
avait été employé dans son acception de nom propre. Ceci témoigne du flou dans la
démarcation entre noms propres et lexique commun.

[Link] La circularité dans le DQA

L'Ancien régime, la Commune, La Conquête anglaise, La Déportation, Le premier Empire, le Second Empire,
La Grande Noirceur, La Régence, Régime anglais, Régime français, Révolte des patriotes, La révolution
culturelle, La Révolution française, La Révolution tranquille

Nous avons considéré que tous les 15 noms propres d'événements et de périodes
historiques du DQA recevaient un traitement. Cependant, ce traitement est parfois inégal,
comme nous le verrons dans la partie [Link].

Parmi les 15 noms propres d'événements et de périodes historiques du DQA, six sont
liés au contexte politique québécois et neuf sont liés au contexte politique français. Pour ces
derniers, les noms propres qui sont définis dans le DQA se trouvent aussi dans le NPR. Ceci
s'explique sans doute par le fait que le DQA aurait repris ce qui était déjà fait dans le
dictionnaire de la maison Robert duquel il est adapté92.

[Link] Conclusion sur le respect de la circularité pour la catégorie des noms propres
d'événements et de périodes historiques.

La majorité des noms propres d'événements et de périodes historiques reçoit un


traitement dans les dictionnaires à l'étude. Seuls le NPR et le DFP incluent dans certains
articles des noms propres qui ne sont pas définis ailleurs dans l'ouvrage. Les développements
encyclopédiques du DFP permettent de donner des informations sur les référents ailleurs que

92Ce dictionnaire est Le Robert, dictionnaire d'aujourd'hui, et pas le NPR, mais les définitions des deux ouvrages de la maison
Robert présentent tout de même des similitudes.
176

la définition d'un mot. Les noms propres qui ne sont pas définis se trouvent soit dans une
définition consacrée à un autre mot (parfois celle d'un autre nom propre) soit dans
l'exemplification. Ces derniers seront l'objet du prochain point.

Le NPR semble définir davantage les noms propres d'autres variétés de français ou
d'autres communautés linguistiques que les noms propres caractéristiques du français
hexagonal. L'effort du NPR semble aller plutôt du côté du décodage pour sa communauté
linguistique cible que pour les communautés francophones extrahexagonales. Dans le DFP,
des noms propres caractéristiques du vocabulaire politique hexagonal ne sont pas traités non
plus. Ceci est peut-être dû au fait que ce dictionnaire québécois a repris des articles tels quels
du dictionnaire hexagonal dont il est issu, sans les adapter pour le public québécois. Le travail
d'adaptation semble avoir été davantage concentré sur l'inclusion des mots liés au contexte
politique québécois. Cela semble également être le cas pour le DQA, qui en contient
d'ailleurs une proportion importante dans cette catégorie. Pour ce qui est du PLI, les noms
propres sont tous traités dans la partie encyclopédique, et le système de renvoi permet de
diriger le lecteur vers cette partie.

Dans l'ensemble, le traitement des noms propres d'événements et de périodes


historiques respecte la circularité, sauf pour quelques exceptions. La circularité dans le
traitement des noms propres ne semble donc pas poser davantage de problèmes que celle
dans le traitement du lexique commun. Les noms propres peuvent échapper à la circularité
pour les mêmes raisons que les mots du lexique commun, à savoir des problèmes d'ordre
davantage « technique » que lexicographique. Par exemple, des incohérences peuvent se
glisser au fil des changements apportés aux différentes éditions et refontes; ou encore, la
circularité peut être brisée par le fait que les articles sont rédigés par ordre alphabétique
plutôt que par champ sémantique (et donc pas nécessairement par la même personne).

Les problèmes que nous avons relevés se situent plutôt du côté du traitement
lexicographique lui-même, comme nous le verrons dans les prochaines sections de ce
chapitre.
177

4.1.2 Les syntagmes présentés comme de simples exemples

Parmi les noms propres non traités revenaient souvent des noms propres qui
apparaissent en exemples. Il s'agit en fait de syntagmes présentés comme de simples
exemples, comme si leur sens pouvait être déduit par l'addition de tous les mots de
l'expression. En réalité, ces syntagmes n'ont pas pour seule fonction d'illustrer un emploi
fréquent du mot à l'entrée ou une cooccurrence (ex. : « le mois d'octobre »); plutôt, l'addition
des mots du syntagme donne lieu à une nouvelle unité lexicale, qui prend un sens global
différent de la simple somme des sens de tous les mots qui la composent (ex. : Crise d'octobre —
dans ce syntagme, un nouveau mot est créé, en l'occurrence un nom propre, dont le sens
dépasse celui de « crise survenue en octobre »).

La distinction entre les simples exemples et les dénominations complexes n'est pas
uniquement utile pour le vocabulaire politique. Louis Mercier a déjà démontré les limites de
présenter des noms d'espèces naturelles comme de simples exemples plutôt que dans des
sous-entrées, où ils bénéficieraient d'une présentation visuelle distinctive et surtout d'un
traitement définitoire. Mercier expose ainsi le problème constaté dans le NPR :

L'examen de la zone d'exemplifïcation des articles du NPR consacrés aux


noms de plantes et d'animaux nous a donné l'occasion de constater que les
syntagmes retenus en exemple peuvent poser aux lecteurs non avertis un
certain nombre de problèmes de lecture. Cela tient notamment au fait que
cette zone sert le plus souvent à introduire des syntagmes codés
correspondant à des dénominations complexes qui ne sont pas clairement
identifiées comme telles et qui, en raison de leur figement aggravé souvent
d'un certain vieillissement, ne sont pas toujours aptes à illustrer l'emploi du
mot simple qui en constitue la base. (Mercier, 2005 : 13)

Une situation quelque peu comparable peut se produire pour les noms propres du
vocabulaire politique. Certains noms propres apparaissent dans la zone d'exemplifïcation
sans glose ni définition, exactement de la même manière que des exemples du mot en
vedette; parfois seul un nom de lieu et/ou une date accompagne l'exemple (souvent avec la
même typographie). Dans nos calculs, nous avons considérés que ce deuxième type de noms
propres présentés en exemples étaient effectivement décrits. Ces informations minimales
peuvent parfois suffire à cerner le réfèrent, et ne pose donc pas de problème de décodage.
178

Par exemple, sous révolution dans le NPR, les exemples dévolution française et La révolution russe,
la révolution d'Octobre sont suivis d'une simple date entre parenthèses; c'est la même chose pour
les trois derniers noms de révolutions de l'extrait ci-dessous.

• (v. 1760, Montesquieu) Mod. Ensemble des événements historiques qui ont lieu dans une communauté importante (nationale, en général),
lorsqu'une partie du groupe en insurrection réussit à prendre le pouvoir et que des changements profonds (politiques, économiques et
sociaux) se produisent dans la société Révolution et guerre civile. Une révolution éclate. Faire la révolution.
' (xix*) Révolution bourgeoise, libérale, prolétarienne, sociale, socialiste. <c les révolutions sont les locomotives de l'histoire
[... ] le temps passant, elles en deviennent aussi les freins » fGraoq'i. <r J'aime bien tes révolutions. Les lites changent »
CCalafertel.
^ ° La Révolution française (de 1789) La révolution russe, la révolution d'Octobre (1917) Les révolutions de 1848. jfi
révolution mexicaine. Les révolutions islamiques.
La révolution des Œillets (au Portugal, en 1974).
• La révolution de velours (en Tchécoslovaquie, en 1989)
• La révolution orange (en Ukraine, en 2004).

• (Non qualifié) (1789) LA RÉVOLUTION, celle de 1789 jusqu'au Consulat de Bonaparte, et les changements qu'elle détermina Avant la
Révolution : sous l'Ancien Régime. « Je définis la Révolution, l'avènement de la Loi, la résurrection du Droit, la réaction de la
Justice » (Mkhfikî).

• Loc. (1966 O d'après une expression chinoise signifiant « bouleversement, destruction des mœurs ») LA RÉVOLUTION
CULTURELLE : mouvement politique instauré par la Chine de Mao Zedong luttant contre les influences du passé dans la vie sociale.
• (1968) Bouleversement dans les modes d'échange socioculturels.
» Loc. La révolution tranquille : changement politique et social profond, sans violence, qui a eu heu dans les années 1960. au Québec.

Dans ces cas-ci, la définition qui débute l'extrait peut être appliquée à ces syntagmes.
Les noms propres Révolution française et La révolution russe, la révolution d'Octobre contiennent un
marqueur géographique, et la date entre parenthèses vient situer l'événement dans le temps.
Pour La révolution des Œillets, La révolution de velours et La révolution orange, les noms propres ne
contiennent ni date ni marqueurs géographiques, mais ces informations sont toutes données
entre parenthèses. Cette manière de présenter les syntagmes figés peut donc être efficace en
termes de traitement lexicographique, et pour ce qui est de l'économie de l'espace.

Cependant, dans d'autres cas, la présentation du nom propre en exemple ne permet


pas un décodage complet. Toujours dans le NPR, on trouve La révolution mexicaine, nom
propre construit avec un marqueur géographique, mais qu'on n'a pas précisé par une date; on
trouve également Les révolutions de 1848, qui sont construites avec une date mais qu'on ne
précise pas par un marqueur géographique. En fait, ce n'est pas un marqueur géographique
unique qu'il aurait fallu ajouter, mais plutôt une étiquette régionale globale, puisque les
Révolutions de 1848, aussi appelés Printemps des peuples, ont eu lieu dans plusieurs pays
d'Europe.
179

Toujours dans le même extrait, Révolution tranquille et révolution culturelle nécessitent une
définition qui leur est propre parce que le sens n'est pas lié au sens de « Ensemble des
événements historiques... », surtout en raison du segment « lorsqu'une partie du groupe en
insurrection réussit à prendre le pouvoir ». En effet, pour ces deux cas, il n'y a pas eu
d'insurrection à proprement parler. Il aurait donc été inexact de mettre Révolution tranquille et
Révolution culturelle comme de simples exemples de révolution. À ce titre, on aurait également dû
préciser le traitement de Révolution orange. Le cas particulier de Révolution française, qui est
également défini sous La Révolution (au 2e losange noir), sera examiné lorsque nous parlerons
du traitement définitoire.

Dans le DQA, à l'article révolution, Révolution tranquille est présenté comme les autres
noms de révolutions du NPR, avec des informations sur le lieu et la date.

n» wTvv mponafX OMIS NHi •©cm®* VllIffNMNw* CMNNP fswSvCNrv {vyjpQvC 9 IWvfrfNrf»
BOUBWFMMHL IHMIWÎMMM!
HWWWPfMVVVVI ÈWTUBM
W WIW UmëtniuliMiMnli titistiaué LM /évolution môustriêOê
lw*VWHnl»I Ml¥l WIWWIW< Ml » nimmi

09 k fin du XPO s L* rtvokiOon cvtuntb (on Chtot. fl» 19Q5 » 1968). L» RêvoMton tmnquiti» («y
Quétooc. VOT 18601,2. Diumbli <févénwiMnti IMRiipiMfiMtiwiHifAiibiHli dt bwwfMinafion
radfcate <tc te société provoqueI* rmmnmmt du régimo «n plae*. L* RévcMon fmnçtis» (de 1789). -
NMcft. En fane*. 4MMtti Révolution. m Mncian Régbiw.U RémUton 1817). - Lt font
iévokMk>mêk^kpcii»^\aw€wmrtmèÉm.L»viclotnd0lapiYokibonsurkréêetion.'[Link]àt
•gtotfan. r<wt*qu»rthr0M*nf*votok>a»*bùÊttaa.HhrY09CMK*.*éiTMai. «coflÉro-rtvoMk» >

Comme ce mot dénomme un événement important dans l'histoire récente du Québec,


on peut considérer que c'est insuffisant, surtout pour un dictionnaire qui s'adresse à la
communauté francophone du Québec. Le NPR offre un traitement plus détaillé de ce nom
propre, comme il offre un traitement détaillé de La Révolution (forme abrégée de La Révolution
française), événement majeur de l'histoire de France.

Un autre article offre une illustration de décodage incomplet. Sous empire, dans le
NPR, Premier Empire et Second Empire sont mis en exemples :

Le lecteur peut certes déduire un sens à partir de la définition « Période où la France


fut gouvernée par un empereur »; cependant, il manque des informations importantes pour
comprendre pleinement ces noms propres et identifier le référent, comme l'empereur en
question pour chaque empire, et la période de référence. Ces éléments permettraient
180

d'ailleurs de distinguer le Premier Empire du Second Empire, ce qui n'est pas possible avec la
présentation actuelle. Ces informations sont peut-être encore plus nécessaires pour un
locuteur francophone extra-hexagonal. D'ailleurs, les deux dictionnaires québécois ajoutent
une information qui permet de distinguer les deux périodes, soit le nom de l'empereur qui
règne pour chacune des deux périodes :

empire

n. m

1 Dominattoft souveraine Cooqutrx rtmpà* d*s nms. > Fig Domination moral*, asctndart. Avoir à»
femptr# surqqn, sur îOè-m4tm. 2. Régime ou Tautoitté poétique est détenue par un empereur. 4 Rom»,
l'wnptn succédé i lt répuMfcu». > Le regn» d'un empereur. LEm&m. I» Pmmm Empm: m France, le
rogne de Napoléon It Second Emoir» te reqn» de Napoléon III > 6X-A Styb Empttm, ceM de»
-- — - — -A.- ... -t-MB-- -A . ^1.. - - —^ ..... « « -ma

imt99
Ai CSMP^P
flfiniii tmài
TPHV *a *P8^W" IPMJPPUHR
iWmiié *•»-wfnflfWw
•MttW» mnrtilÉ CIM AM C^il M&
•* «TPC GT*W
L'EMPIRE êf : tow rWkiencé, 2. (Awc «M
»
CwW fwWPIMp» *fc JWBPPW» 4HI Ml HRIHWP PUB IJR (Wl ww^FWnPMi * 4»®
ofwnÉr Ëmoin (NMMIÉOM leri lé têoonÉ IMBÉW Itiiaaléon H). - SM». muAÉifiMÉi

Nous avons déjà montré un extrait de l'article révolution dans le NPR. Nous y revenons
pour nous attarder cette fois à la présentation visuelle des noms propres de révolutions, qui
n'est pas uniforme.
181

• (v. 1760, Montasquitu) Mod. Ensemble des événements historiques qui ont Heu dans une communauté importante (nationale, en général),
lorsqu'une partie du groupe en insurrection réussit à prendre le pouvoir et que des changements profonds (politiques, économiques et
sociaux) se produisent dans la sociétéRévolution et guerre civile. Une révolution éclate. Faire la révolution.
• (xix*) Révolution bourgeoise, libérait, prolétarienne, sociale, socialiste.
« les révolutions sont les locomotives de l'histoire
[...]/« temps passant, elles en deviennent aussi les freins » CGracql. « J'aime bien les révolutions. Les tltes changent »
fCalaferte).
• La Révolution française (de 1789) La révolution russe, la révolution d'Octobre (1917). Les révolutions de 1848. La
révolution mexicaine. Les révolutions islamiques.
' La révolution des Œillets (au Portugal, en 1974).
• La révolution de velours (en Tchécoslovaquie, en 1989).
• La révolution orange (en Ukraine, en 2004).

• (Non qualifié) (1769) LA RÉVOLUTION, celle de 1789 jusqu'au Consulat de Bonaparte, et les changements qu'elle détermina Avant la
Révolution : sous l'Ancien Régime. <r Je définis la Révolution, l'avènement de la Loi, la résurrection du Droit, la réaction de la
Justice » fMicheletl.

• Loc. (1966 0 d'après une expression chinoise signifiant « bouleversement, destruction des mœurs ») LA RÉVOLUTION
CULTURELLE : mouvement politique instauré par la Chine de Mao Zcdong luttant contre les influences du passé dans la vie sociale.
• (196B) Bouleversement dans les modes d'échange socioculturels.
0 Loc. La révolution tranquille : changement politique et social profond, sans violence, qui a eu feu dans les années 1960, au Québec.

D'abord, comme nous venons de le voir, Révolution mexicaine et Les révolutions islamiques
ne sont pas accompagnés d'une date, et Les révolutions de 1848 n'est pas accompagné d'une
précision géographique. De plus, Révolution française, révolution russe, révolutions de 1848, révolution
mexicaine et révolutions islamiques, qui ne présentent aucune unité, ni géographique ni autre,
apparaissent sous une même division hiérarchique, alors que révolution des Œillets, révolution de
velours et révolution orange figurent seuls sous leur propre niveau hiérarchique. Comme ces
noms propres renvoient à des révolutions plus récentes dans l'histoire, on peut émettre
l'hypothèse que ces noms propres ont été ajoutés plus tard que les autres dans l'article.
L'article n'aurait donc pas été restructuré pour donner un tout cohérent mais plutôt étoffé au
fil du temps par des ajouts successifs.

De tous ces noms de révolution, seul révolution des Œillets apparaît également sous
l'autre mot plein du syntagme, œillet. Sous cet article, le syntagme fait l'objet d'une sous-entrée
et reçoit une définition complète :

'lat-ZjrrvoàaonJtfxSÊU.-iesettaesÊ[Link] 3e tzî-.tïi&L gaaih ztyif. îk refera


< itpueef *). ssïprasïsfc. ajmla 4èt&anfesc je aastewsï rt&mes s-xsâss

Une question qui se pose est celle du renvoi (absent) d'un article à l'autre : le lecteur
qui consulte l'article révolution peut penser que c'est le seul endroit où il trouvera de
182

l'information sur évolution des œillets, et il n'accède pas au traitement lexicographique complet

de ce syntagme.

Sous œillet, on constate que la sous-entrée est précédée de la marque « Loc. » C'est
également le cas des sous-entrées révolution culturelle et révolution tranquille sous révolution. On
peut se demander pourquoi, dans cet article, seuls ces deux noms de révolutions reçoivent cet
indicateur, qui pourrait pourtant précéder tous les noms de révolution. La marque « Loc. »
serait-elle associée à une glose plus complète ? Dans la liste des abréviations utilisées dans
l'ouvrage, le NPR donne l'explication suivante : « locution (groupe de mots formant une
unité et ne pouvant pas être modifié à volonté » (NPR, 2006 : XXXIV). Cette absence
d'indicateur « Loc. » devant la majorité des noms propres de révolutions renforce davantage
l'impression qu'il s'agit de simples exemples, et non pas de syntagmes dont la forme est figée.

Par ailleurs, il y a un manque d'uniformité au niveau de la majuscule initiale des noms


propres de révolution. Seul évolution française la porte au mot révolution, et ha évolution semble
porter la majuscule initiale à l'article et au nom (mais cela n'est visuellement pas très clair
puisque le syntagme est en petites capitales en entier); Octobre et Juillet commencent par une
majuscule dans ces syntagmes même si ce n'est pas le cas lorsqu'ils sont utilisés seuls; tous les
autres noms propres sont orthographiés avec des minuscules. Enfin, l'emploi des majuscules
pour Révolution des Œillets est incohérent d'un article à l'autre, puisque œillet prend la majuscule
initiale sous révolution, mais que l'expression ne porte aucune majuscule sous œillet.

L'examen de tous ces noms propres d'événements et de périodes historiques


présentés comme de simples exemples soulève des questions. Dans le cas des noms d'espèces
naturelles, il y a clairement un problème dans le décodage de dénominations complexes
présentées en simples exemples. La situation est plus complexe pour les noms propres
d'événements et de périodes historiques. Lorsque ces derniers sont présentés seuls dans des
exemples, cela peut constituer une difficulté de décodage pour le lecteur qui ne saurait pas
que ce nom propre prend une signification particulière. Lorsque ces noms propres sont
accompagnés d'une information minimale (soit un lieu, soit une date, soit les deux), on peut
183

alors se demander si cela est suffisant. Le lecteur comprend peut-être qu'il n'est pas en
présence de simples exemples, et perçoit éventuellement le degré de figement de ces
expressions, mais il ne reçoit pas toujours assez d'information pour cerner le réfèrent — il
n'est pas en présence d'une définition suffisante. Pour les noms propres de révolutions, par
exemple, le lecteur peut additionner les informations présentées dans la définition générale
qui chapeaute tous les noms de révolutions avec la date et le lieu mentionnés avec un nom de
révolution (par exemple : « Ensemble des événements historiques... » qui se sont déroulés au
Portugal en 1974, en Ukraine en 2004, etc.). Le décodage qui est fait de ces syntagmes
dépend éventuellement du degré de connaissances politiques et historiques du lecteur. On se
situe ici à la limite entre l'information que doit donner le dictionnaire de langue et celle que
doit fournir l'encyclopédie. Chaque dictionnaire peut présenter l'information qu'il souhaite,
selon sa politique éditoriale. Les dictionnaires ont parfois choisi d'inclure des noms propres
d'événements et de périodes historiques non pas en tant qu'élément du lexique à décrire,
mais en tant qu'appui à la description lexicographique, en tant qu'exemple dans un article.
Cependant, la cohérence dans la présentation devrait être de mise, quel que soit le choix
opéré. En outre, lorsqu'un nom propre est présenté comme élément à décrire, le traitement
définitoire doit être suffisant pour cerner le référent. C'est l'objet du prochain point.

4.1.3 Le traitement définitoire

La définition est le cœur du traitement lexicographique; un certain nombre de


rubriques peuvent venir appuyer la définition, selon le dictionnaire (indicateurs, exemples,
etc.). Nous avons examiné comment les dictionnaires à l'étude utilisent ces ressources pour le
traitement lexicographique des noms propres du vocabulaire politique. Nous avons plus
particulièrement examiné quels renseignements ciblent la valeur référentielle du nom propre
le plus efficacement, afin d'obtenir une définition suffisante.

Nous n'avons pas constaté de différences liées directement au type de traitement


définitoire (glose ou définition; définition par inclusion ou autre type de définition). Nous
avons plutôt procédé par type d'information fournie. De plus, nous avons observé si le
184

traitement semblait être fait en fonction d'une communauté linguistique francophone en


particulier. Nous présenterons nos analyses un dictionnaire à la fois.

[Link] Le traitement définitoire dans le NPR

Le tableau 4.3 résume le traitement définitoire accordé à chacun des 20 noms propres
d'événements et de périodes historiques traités dans le NPR, en montrant combien de noms
propres bénéficient de quelle rubrique :

Tableau 4.3 : Nombre de rubriques autres que la définition dans le NPR

Ëtymologie Indic. « Hist. »93 Exemplification


2 g 5

Deux noms propres reçoivent une datation différente de celle figurant sous la
rubrique étymologique en entrée. C'est le cas de Commune, présenté au sens 3 :

commune II.-VI.I ••«••«•*•••


frv* •' ?Î* 0: ^ >:
F • fMMRW

« [Link]* V4k «dî .U-> 1 •**' *" fr" F' : . -t{ , «< » * a > . t— . . .
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• !" , NMI : a *;>>•»» 4 1* 1 te ^ .sim:m*

Nous avons relevé l'emploi de « Hist. » parce qu'il fournit une information importante
compte tenu de la nature des noms propres de cette catégorie de notre typologie. Rappelons
que dans la liste des abréviations du NPR, on explique que l'indicateur « Hist. » est soit 1)
l'abréviation de « terme d'histoire », et il est alors accompagné d'un spécificateur (ceux
donnés dans la liste sont « histoire antique, histoire moderne, histoire des sciences et histoire

93Nous n'avons relevé que l'emploi de « Hist. », en raison de la nature de cette catégorie de noms propres, et pas les
autres marques et indicateurs.
185

des religions ») soit 2) l'abréviation de « historique ». C'est cette dernière mention qui apparaît
pour certains noms propres de cette catégorie.

L'indicateur « Hist. » est utilisé pour certains noms propres dans le NPR, mais pas
tous. Par exemple, Ancien Régime est précédé de la marque « Hist. », mais pas Monarchie de
Juillet, Régence, Premier Empire ni Second Empire. Or il s'agit dans tous les cas d'un régime
politique passé.

La mention « Hist. » comporte toutefois des limites. Elle permet certes de situer le
référent dans le temps, mais de manière floue — si un mot ne contient que cette indication
temporelle, le lecteur, en consultant l'article, ne sait rien d'autre que le référent appartient à
une époque antérieure à l'époque contemporaine. D'autres informations sont nécessaires
pour cerner correctement la période de référence. Par exemple, la définition du nom propre
terreur est précédée de la mention « Hist. », mais la définition contient aussi les dates qui
circonscrivent le début et la fin de cette période.

» HM. tutwntrs pm 'r g.-umîitSjfflJ TtVvkM>mtMt* •«.: j Uni - ir s m tsa,, }*v • • '< • *
•tir * î s," »ït* !"?>*. * Uu-m?n'tachmçmkjmK*trmpm. «lArxiifr »

Peu de noms propres de cette catégorie sont exemplifiés, ce qui surprend puisque le
NPR a souvent recours à l'exemple et à la citation (nous n'avons pas fait de distinction entre
les deux dans nos relevés). Jean Pruvost nous rappelle ici le rôle que peut jouer l'exemple
dans la description lexicographique, surtout si l'on tient compte des contraintes de type
dictionnairique :

Il importe de rappeler que l'article de dictionnaire restant un espace-temps


mesuré, qu'il s'agisse de la limite d'espace de l'imprimé ou de la limite
acceptable du temps de consultation, l'exemple vient souvent au secours de
la définition pour la nuancer, la restreindre ou l'élargir en la complétant du
côté des savoirs encyclopédiques ou des connotations du mot. (Pruvost,
2006 : 176)

L'exemplification aurait pu soutenir le traitement lexicographique parfois défaillant


des noms propres, comme nous allons le voir à l'instant.
186

Plutôt que d'examiner une à une chaque rubrique, nous bâtirons notre analyse autour
du traitement définitoire. Nous ne reviendrons pas sur les noms propres qui apparaissent
dans l'exemplification, et qui reçoivent comme traitement une date et/ou un nom de lieu,
puisque nous les avons présentés à la section précédente (4.1.2). Nous avons analysé ici les
noms propres qui reçoivent un traitement plus substantiel, soit à travers une définition ou
une glose.

Pour les noms propres d'événements ou de périodes historiques du NPR, sept sont
définis (Commune, Directoire, Monarchie de Juillet, La Régence, La révolution culturelle, La révolution
tranquille, terreur) et deux sont glosés (L'Ancien Régime, La Révolution).

Le traitement définitoire de Ancien Régime sous l'article Régime démontre une utilisation
de la glose qui donne les éléments que nous avons jugés essentiels pour les noms propres de
cette catégorie, c'est-à-dire les informations sur le lieu et la date :

2. (1789) Mod. Organisation politique, économique, sociale d'un Etat •+ système. Hi«t. L'Ancien Régime, celui de la monarchie en
France, avant 1789. Sous l'Ancien Pégime.

Le lecteur complète l'information donnée dans la définition principale avec


l'information qui suit Ancien Régime. L'Ancien régime est donc 1' « organisation politique,
économique, sociale » « de la monarchie en France, avant 1789 ». La date de 1789 fait
évidemment référence à la Révolution française. Même si cette information (implicite) est
sans doute comprise d'un lecteur instruit, Français ou Québécois, il aurait peut-être été
souhaitable de l'expliciter (en ajoutant par exemple « avant la révolution de 1789 »). Si les
traits distinctifs semblent suffisants pour l'identification du réfèrent, pour son décodage dans
un texte donné, le traitement définitoire pourrait toutefois être étoffé sans tomber du côté de
l'encyclopédie. Par exemple, le traitement de Ancien Régime dans la partie dédiée aux noms
propres du PLI94 débute par cet énoncé : « organisation de la France depuis la disparition du
régime féodal (XVe s.) jusqu'à la Révolution de 1789. » Cette définition somme toute concise
pourrait tout à fait convenir dans le dictionnaire de langue. C'est après cette définition
classique que le PLI offre des informations davantage encyclopédiques : « La société

94 Ancien Régime n'est pas traité dans le Robert des noms propres.
187

d'Ancien Régime est divisée en trois ordres juridiquement inégaux (clergé, noblesse et tiers
état). Le régime est, dans l'idéal, une monarchie absolue de droit divin; dans les faits, le
pouvoir royal est borné par les corps intermédiaires, états provinciaux, parlements, etc. » Ces
informations seraient superflues dans le dictionnaire de langue.

Revenons sur l'article révolution : aux problèmes que nous avons déjà exposés en ce qui
concerne la présentation des noms propres et les syntagmes figés présentés comme des
exemples s'ajoutent des incohérences au niveau du traitement définitoire des sous-entrées. Le
nom propre La évolution réfère en fait à la Révolution française. Or dans l'article Révolution,
les deux sous-entrées apparaissent, et même si elles désignent le même événement, aucun lien
n'est fait entre les deux.

• (v, 1760, xiontaïquiau) Mod. Ensemble des événements historiques qui ont Heu dans une communauté importante (nationale, en général),
lorsqu'une partie du groupe en insurrection réussit à prendre le pouvoir et que des changements profonds (politiques, économiques et
sociaux) se produisent dans la société Révolution et guerre civile. Une révolution éclate. Faire la révolution.
' (xix*) Révolution bourgeoise, libérale, prolétarienne, sociale, socialiste. « les révolutions sont les locomotives de l'kistoire
[ . ] le temps passant, elles en deviennent aussi les freins » (Graeol. « J'aime bien les révolutions. Les têtes changent »
. fCalafertel.
"i ^
• La Révolution française (de 1789) La révolution russe, la révolution d'Octobre (1917). Les révolutions de 1848. La
révolution mexicaine. Les révolutions islamiques.
• La révolution des Œillets (au Portugal, en 191A).
' La révolution de velours (en Tchécoslovaquie, en 1989).
» La révolution orange (en Ukraine, en 2004).

(Non qualifié) (1789) LA RÉVOLUTION, celle de 1789 jusqu'au Consulat de Bonaparte, et les changements qu'elle détermina Avant la
Révolution : sous l'Ancien Régime. « Je définis la Révolution, l'avènement de la Loi, la résurrection du Droit, la réaction de la
Justice » fMicheletl.

Comme nous l'avons déjà vu, Révolution française n'est pas défini mais simplement
accompagné d'une date. Plus loin dans l'article apparaît la sous-entrée La Révolution, à un
niveau hiérarchique supérieur à Révolution française. La sous-entrée est précédée de la mention
« Non qualifié », c'est-à-dire que lorsque le mot est employé sans être suivi d'un adjectif
(Révolution russe) ou d'un complément (Révolution des œillets), il signifie Révolution française95. Cette
manière de présenter le nom propre laisse entrevoir la perspective hexagonale de l'ouvrage.
En effet, l'emploi de Révolution sans complément fait peut-être automatiquement référence à
la Révolution française pour les Français, mais ce n'est pas nécessairement le cas pour toutes

95 Le NPR ne donne pas d'explication sur l'emploi de (Non qualifié).


188

les communautés francophones. Le traitement aurait pu comprendre une mention comme

(en référence à l'hist. de France).

Contrairement à jRévolution française, dévolution reçoit un traitement complet, avec une


date, une glose, un exemple glosé et une citation. Il est cependant difficile d'expliquer
pourquoi, d'une part, les deux sous-entrées apparaissent à deux endroits différents de l'article
et, d'autre part, pourquoi aucun lien n'est fait entre les deux appellations qui dénomment
pourtant le même réfèrent. On aurait pu avoir recours à une seule formulation plus
économique, comme « La dévolution française ou absolt dévolution », ou encore « La dévolution
(française) », ce qui aurait également circonscrit géographiquement le réfèrent.

Pour ce qui est de la glose de La dévolution en tant que telle, on peut s'interroger sur
son efficacité. D'abord, on donne la date (« celle de 1789 »), alors qu'elle accompagnait déjà
dévolution française. Ensuite, les éléments définitoires qui suivent n'éclairent pas nécessairement
sur les caractéristiques principales de l'événement. Le segment « jusqu'au Consulat de
Bonaparte » fait intervenir deux autres noms propres — dont le premier, Consulat, fera
probablement l'objet d'une recherche de la part d'un lecteur québécois. Or la définition qui
se trouve sous consulat est hermétique pour un locuteur du français québécois (voire pour un
locuteur francophone extra-hexagonal); en outre, elle contient elle-même un nom propre qui
n'est traité nulle part dans l'ouvrage : « Gouvernement des trois consuls institué par la
Constitution de l'an VIII: le temps qu'il dura. L'époque du Consulat (1799-1804). » L'autre
segment de la glose de La dévolution, « et les changements qu'elle détermina », est trop vague
pour renseigner le lecteur, le changement étant le propre de toute révolution. Cette
proposition synthétise peut-être l'information donnée dans le PR2, qui aurait pris trop de
place dans le NPR : « ensemble des événements [...] qui bouleversèrent les structures
sociales, politiques, juridiques et religieuses de la France ». Étant donné l'importance de
l'événement dans l'histoire de la France mais également dans l'histoire moderne, et en tant
qu'élément essentiel de culture générale, le traitement aurait pu être davantage étoffé.
L'exemple glosé qui suit, la locution « Avant la Révolution », explique que la Révolution
constitue la frontière de l'Ancien Régime, mais ce syntagme n'est pas défini sous dévolution (il
est défini sous régime). Enfin, la citation de Michelet («Je définis la Révolution, l'avènement
189

de la loi... »), historien spécialiste de la Révolution française, a été retenue en tant que
formule célèbre, mais elle ne donne pas d'information additionnelle sur la valeur référentielle
de ha dévolution.

Le traitement définitoire accordé à dévolution et à dévolution française ne permet pas de


cerner le réfèrent de manière efficace, même si on complète la définition avec les autres
rubriques de la sous-entrée. En fait, la présentation et le traitement des noms propre du
vocabulaire politique sous l'article révolution dans le NPR devraient être revus de manière à
harmoniser le tout96.

Si l'on reste toujours à l'article dévolution (dont un autre extrait est reproduit ci-
dessous), on trouve deux noms propres qui reçoivent une définition plutôt qu'une glose :
dévolution culturelle et dévolution tranquille.

• Loc. (1966 O d'après une expression chinoise signifiant « bouleversement, destruction des mœurs ») LA RÉVOLUTION
CULTURELLE : mouvement politique instauré par la Chine de Mao Zedong luttant contre les influences du passé dans la vie sociale.
• (1968) Bouleversement dans les modes d'échange socioculturels.
• Loc. La révolution tranquille : changement politique et social profond, sans violence, qui a eu lieu dans les années 1960, au Québec

Une question se pose ici quant à la position hiérarchique des deux sous-entrées : le
lecteur ne comprend pas pourquoi ha révolution tranquille apparaît en tant qu'élément-enfant
de ha révolution culturelle. Une autre différence dans le traitement des deux sous-entrées est le
fait que la première reçoit une information étymologique relativement étoffée alors que la
seconde n'en reçoit aucune. Cependant, la période où s'est passée la révolution culturelle
n'est pas précisée dans le traitement définitoire, alors qu'on inclut « les années 1960 » dans la
définition de ha révolution tranquille.

Ces éléments mis à part, les définitions des deux sous-entrées sont comparables.
D'abord, les deux noms propres reçoivent une définition complète puisque leur sens ne peut
pas être rattaché au sens principal de l'acception politique — la Révolution tranquille n'est pas
une révolution au même titre que la Révolution française. Dans ces cas, simplement situer le
nom d'événement avec une date et un nom de lieu aurait constitué une faiblesse, puisque le

96Dans le Dixel, l'article révolution et les noms propres de révolutions sont présentés de manière un peu plus cohérente,
comme nous le verrons dans le chapitre 5. Ceci peut s'expliquer par le fait que, arrivant en dernier dans le temps, le Dixel
profite de ses prédécesseurs et compile tout en améliorant leur contenu.
190

lecteur aurait associé ces deux noms propres à la définition générale de révolution alors qu'ils
ne renvoient pas à une insurrection contre le pouvoir établi à proprement parler.

Un autre point commun à ces deux sous-entrées est qu'elles sont toutes deux
précédées de la marque « Loc. », alors qu'aucun autre nom de révolution dans cet article ne
l'est (nous avons déjà mentionné ceci au point 4.1.2). Ceci s'explique sans doute par le
traitement lexicographique plus complet que reçoivent ces deux sous-entrées par rapport aux
autres noms propres de révolutions simplement mentionnés dans l'article.

Même si la définition par inclusion97 peut sembler offrir un traitement définitoire plus
complet que la glose, elle n'est pas un gage de définition suffisante. Dans le cas de révolution
culturelle, par exemple, la définition est bel et bien composée d'un incluant (« mouvement
politique ») et de traits distinctifs (« instauré par la Chine/ de Mao Zedong / luttant contre
les influences du passé dans la vie sociale »). Cependant, les traits distinctifs ne sont pas tous
éclairants. Il est certes important de situer le référent dans un lieu (la Chine) et d'en nommer
le principal instigateur (Mao Zedong)98. Toutefois, le dernier trait distinctif n'est pas très
révélateur : « lutter contre les influences du passé dans la vie sociale » est une formulation
floue, le propre de toute révolution étant une coupure radicale avec des éléments du passé, et
la « vie sociale » n'est pas une expression qui rend compte de l'ensemble des secteurs touchés
par la révolution culturelle (dont la vie économique, ou le refus des influences occidentales
dans la culture).

La définition de révolution tranquille, quant à elle, offre des éléments définitoires plus
intéressants : « changement politique et social profond, sans violence, qui a eu lieu dans les
années 1960, au Québec ». On y retrouve les traits distinctifs les plus utiles pour cerner le
référent : l'ancrage temporel et géographique de l'événement et son caractère non violent, ce
qui est notable dans le cas d'un événement qu'on nomme révolution. Compte tenu de
l'importance de l'événement dans l'histoire politique québécoise récente, le lecteur québécois

IJ7 Nous utilisons ici la typologie des définitions dégagée par Josette Rey-Debove (1971). Rappelons que la définition par

inclusion, héritée de la logique aristotélicienne, est composée d'abord d'un incluant, c'est-à-dire d'un hyperonyme qui
permet un premier classement du défini, puis d'un certain nombre de traits distinctifs ou spécifiques, en principe juste assez
nombreux pour identifier le défini parmi les autres éléments de la même classe (qui possèdent le même incluant).
98 En ce qui concerne la graphie de l'anthroponyme, c'est celle qui semble être la plus courante en Europe, si l'on en croit

les sources européennes de Eurêka. Au Québec, c'est plutôt la graphie Mao Tsé-Toung qui est répandue.
191

souhaiterait peut-être une définition plus étoffée et éventuellement une exemplification. Il ne


faut cependant pas oublier que le NPR est un dictionnaire d'abord conçu pour un public
hexagonal, et que des contraintes d'espace l'empêchent de décrire dans le détail tous les
contextes d'emplois. Reste que le traitement lexicographique de révolution tranquille99 est plus
complet que celui de Révolution (française), ce qui renforce l'idée que le NPR traite davantage
les noms propres qui ne sont pas caractéristiques du français hexagonal que ceux liés au
contexte politique français. D'ailleurs, le traitement définitoire de révolution des Œillets, sous
œillet, est également suffisant.

• Loc. La révolution des oeillets :les événements politiques de 1974, au Portugal, quand la gauche remplaça les militaires
(« capitaines »), entreprenant, après la décolonisation, de nombreuses réformes sociales.

Dans ce cas-ci, le réfèrent est situé temporellement et géographiquement, et s'ajoutent


à ces éléments essentiels (puisqu'ils ne sont pas précisés dans le nom propre) des
renseignements additionnels sur les acteurs de la révolution et sur son contexte social.
L'addition de tous ces renseignements permettent de cerner la valeur référentielle beaucoup
mieux que le traitement de révolution culturelle ou de La Révolution (française), ou que celui de
tous les noms de révolutions présents dans le NPR.

Monarchie de juillet, qui se trouve sous l'article monarchie, est une illustration que les
données sur le lieu et la date ne sont pas toujours suffisants pour bien cerner le référent.

• (En France) La monarchie avant 1789. •* 1. régime (Ancien Régime). La monarchie selon la Charte. 1. restauration.
Monarchie de Juillet : gouvernement du roi Louts-Phiiippe (1830-1848).

99
Il est intéressant de comparer la définition que le NPR (2007) donne de Révolution tranquille avec celle d'une
édition antérieure. Annie Galarneau a fait une analyse de la définition de Révolution tranquille dans le NPR 1996
dans son mémoire de maîtrise. La définition du NPR 1996 était : « Changement politique profond, sans violence,
depuis le début de l'année 1960, au Québec ». Galarneau analysait avec justesse : « D'une part, la sélection des traits
pertinents fait en sorte que la définition n'est pas satisfaisante. En effet, la documentation linguistique et
métalinguistique disponible permet d'associer un changement social au changement politique dont on fait état dans la
définition. De plus, il appert que la date proposée est erronée; il est en effet impossible d'attribuer avec exactitude au
début de l'année 1960 le commencement de la Révolution tranquille. D'autre part, on peut relever un problème de
formulation à l'intérieur de la même définition. En effet, étant donné l'absence d'indicaticm concernant la date à
laquelle s'est terminée la Révolution tranquille, on peut supposer qu'elle dure toujours. » (Galarneau, 2000 : 43) La
définition que propose l'édition du NPR que nous avons retenu pour l'étude (2007) ne contient plus les éléments
problématiques soulevés par Galarneau. On semble avoir tiré profit des commentaires et avoir apporté les correctifs
proposés.
192

La situation est comparable pour Directoire (emploi décrit après « Par ext. ») 10°.

ï. (1795) Hi»t Dans la Constitution de l'an HT, Conseil de cinq membres (-• directeur), chargé du pouvoir exécutif

Par e*t. Le régime politique en France de 1795 à 1799. Les moeurs du Directoire. Sous le Directoire.

• Le style Directoire.
' Par appos. Une commode Directoire.

La définition contient deux informations encyclopédiques qui s'appliquent également


à la première acception : il s'agit de « en France » et « de 1795 à 1799 ». La définition est
minimaliste, avec l'incluant « régime politique » et des éléments de lieu et de date. Si toutes
ces informations sont pertinentes, elles n'expriment pas ce qui caractérise le Directoire par
rapport aux autres régimes politiques qu'a connu la France, comme c'est aussi le cas pour
Monarchie de juillet. Quant à eux, les exemples « Les mœurs du Directoire » et « Sous le
directoire » ne contribuent pas à cerner le référent : le premier exemple est une collocation, le
deuxième illustre une construction syntaxique courante. Quelques traits distinctifs
supplémentaires pourraient aider le lecteur. Encore une fois, le lecteur extra-hexagonal est
particulièrement négligé puisque ces mots désignent un événement qui ne fait pas partie de
son histoire politique.

Le traitement de Premier Empire et Second Empire sous l'article empire présente la même
faiblesse dans la circonscription du référent.

». Imm.1z.z2 • àsiao i-.'-Œsri :«» «-.as L'Sf^pr* -çmsx, irsscn. Zt -Isc SHgCTf tmg» npusupt.
i'fçvt X. t6bes* k Tiitsx : A Zixatsfvsùt xttgrs-à&epœz
•Par—tic.:» jrnsifia Jvang&fttaf xsagra 1 M h Stc&û

Si le mot France donne des bornes géographiques, aucune information ne précise


quand ces deux empires ont régné, ni sous quel empereur. Le lecteur n'a pas assez
d'information pour départager les deux Empires l'un de l'autre.

Un autre traitement définitoire qui laisse entrevoir la perspective hexagonale du NPR


est celui de Commune :

1110 Le nom propre qui appartient à la catégorie des noms de périodes et d'événements historiques, sous laquelle nous

avons également classé les noms de régimes politiques passés, est celui défini après « Par ext. ». Le sens défini après le 2
appartient à la catégorie des noms propres d'institutions.
193

2. (1793) La plus petite subdivision administrative du territoire, administrée par un maire, des adjoints et un conseil municipal •+ municipalité;
village, ville. Le territoire d'une commune (-*• communal). Les hameaux*d'une commune. Une commune de deux cents, de cent mille
habitants. Communauté*de communes.
' Par eut. Personne morale représentée par les habitants d'une commune. Le budget de la commune.

-• s. (1789) Hist. La municipalité de Paris, qui devint gouvernement révolutionnaire


• (1871) Le gouvernement révolutionnaire de Paris (-»• communard).

Le lecteur déduit que Paris s'est déjà appelé Commune à un moment de son histoire. Il
pourra également déduire, par la datation de 1789, que la Commune a eu lieu à une période se
rapprochant de la Révolution française - le segment « gouvernement révolutionnaire »
pousse également le lecteur dans cette direction. Le traitement définitoire ne permet pas de
voir ce qui distingue la première et la deuxième acception, puisque la définition de celle-ci est
presque identique à la première (« Le gouvernement révolutionnaire de Paris). Seule la
datation étymologique indique que les deux gouvernements auraient exercé le pouvoir durant
deux périodes différentes de l'histoire de Paris. Ici encore, l'ajout de traits distinctifs de
nature encyclopédique aurait mieux permis de cerner le réfèrent101.

Certains noms propres d'événements et de périodes historiques présentent une


définition suffisante. Nous avons déjà présenté Révolution tranquille et Révolution des Œillets. Le
traitement de Régence peut également permettre de circonscrire le réfèrent, même s'il est
moins développé. La définition du nom propre commence par le mot régence utilisé comme
nom commun (par souci d'économie, pour ne pas répéter tous les sèmes que l'on trouve sous
le sens 1 de régence). On ajoute les éléments de date et de lieu indispensables :

i. TreiiKaM 4'va t Efctirciae par at îïgrat Suercrr ia régt»et pendant ia mmonSi âu rœ. Consul de régence.

• <Jt ttgaa, <fcr*e <k et» La régence J'Aitm J"AtiUicke.


t. «bsatt Bdyenze .-regcocc deix d'Oiiéant <Hi5-P23î. etrrjoeî apreiluraort àtbvjajT/ LesmaatrsM "taStpmce.

La définition permet de distinguer ce régime politique d'un autre pour ce qui est de la
date et des personnes impliquées. On sait également que la nature du régime politique est la
monarchie. On ne pourrait pas donner beaucoup plus d'informations sur la valeur
référentielle de La Régence sans tomber dans le développement encyclopédique.

1111 Ici encore, le Dixel propose un traitement plus clair pour les deux acceptions différentes du nom propre Commune.
194

La Restauration et L'Occupation sont des noms propres de cette catégorie définis sous
des articles qui ne font pas partie de notre corpus. Le premier nom propre est décrit à l'aide
d'une glose. On y retrouve des éléments de date et le nom de la dynastie en question. Le
réfèrent n'est pas borné géographiquement - cette information est implicite.

• Spiclalt (1677) Rétablissement au pouvoir d'une dynastie qui était écartée. La restauration des Stuarts.

z. Spiclalt (1827) Abiolt La Restauration, celle des Bourbons, après la chute du I™ Empire (1814-1830).

Le traitement de L'Occupation présente suffisamment d'informations pour bien cerner


le réfèrent, dans les limites de ce que peut offrir le dictionnaire de langue.

• Or. Mmm*. paM. StabtasBece jr* as. Bat -Je se* »«<•ras z-x m tesxctt ;A:tf if Etsîui, Î8Î5)

• F y s u l s a t i a y e f e m [Link] fat c-ccaf<» par fcï ASîsse» (1XÔ-IW4) PtmiaM FQcci&atmi. tavsrQca&aao*.

On peut conclure du traitement définitoire des noms propres d'événements et de


périodes historiques du NPR que les définitions ne sont pas toujours suffisantes, donc
qu'elles ne permettent pas toujours de cerner le réfèrent de manière efficace. Les rubriques
qui complètent la définition n'apportent pas toujours d'éclairage supplémentaire pour le
lecteur; elles donnent le plus souvent des indications de nature linguistique sur le mot
(étymologie, collocation) plutôt que des informations encyclopédiques sur sa valeur
référentielle. La définition qui présente le traitement le plus satisfaisant est celle de révolution
tranquille, seul nom propre caractéristique du français québécois de notre corpus. Les
définitions de mots caractéristiques du français hexagonal sont moins bien explicitées, ce qui
pose problème pour le lecteur québécois (et éventuellement pour les francophones d'ailleurs,
et peut-être même de la France, si on pense aux apprenants du français ou aux élèves plus
jeunes). Enfin, le NPR a souvent recours à des informations encyclopédiques pour construire
ces définitions, mais il aurait pu davantage explorer cette voie pour clarifier plusieurs
définitions, notamment en situant clairement les périodes et les événements politiques en
France à chaque fois que c'est pertinent.
195

[Link] Le traitement définitoire dans le PLI

Tableau 4.4 : Nombre de rubriques autres que la définition dans le PLI

Ëtymologie Indicateur « Hist. » Exemplification Renvoi section NP


0 6 0 10

L'indicateur « Hist. » est employé dans le traitement de six noms propres sur dix.
Nous n'avons pas observé de règle présidant à l'emploi de « Hist. » Par exemple, le nom
propre La Régence est précédé de « Histoire », mais pas L Ancien Régime ni La Commune de Paris.

Tous les autres noms propres de cette catégorie renvoient à la section des noms
propres, comme l'illustre l'exemple de Directoire :

I ?. HISTOIRE I e Pirsrtnirfi -» Dir»r!ffp

Dans la section des noms propres, nous pouvons voir que Directoire reçoit exactement
le même genre de traitement que les noms propres définis dans la section du lexique
commun :

Directoire
Conseil de cinq membres chargé, en France, du pouvoir exécutif de 1795 à 1799 ; par extension, le régime politique de cette période.

La définition est une définition par inclusion. Aucune autre rubrique ne vient appuyer
la définition, mais c'est souvent ce qui arrive également pour le lexique commun dans le PLI.
Le traitement aurait pu apparaître tel quel dans la partie dédiée au lexique commun.

Le traitement des noms propres d'événements et de périodes historiques dans la


section encyclopédique du PLI peut suivre deux modèles : soit le nom propre est traité
uniquement par une définition par inclusion, soit cette définition est suivie d'un
développement encyclopédique. Le premier modèle était celui de Directoire, que nous venons
d'examiner, et de Convention nationale. Tous les autres noms propres sont traités selon le
deuxième modèle. C'est le cas de Ancien régime, Commune de Paris, la Terreur, Régence Révolution
culturelle, Révolution française, premier Empire et second Empire, reproduit ci-dessous :

iwwm » * «fnw»* «a*** mz * w w w *#*» &M» « r mmm * mm » uft* ».<« w w


•W » HKtnu * s» •» Pcnutwy* m par» mm mm* »*«»«# m* »gw** Mm» mimm
196

Le seul nom propre à être décrit dans la section du lexique commun est dévolution,

glosé par « la Révolution française de 1789 ». Il est à noter que le nom propre est également
décrit dans la portion encyclopédique de l'ouvrage.

4. Changement brusque et violent dans la structure politique et sociale d'un État, qui se produit quand un groupe se révolte contre les
autorités en place et prend le pouvoir. La révolution de 1848.
- La Révolution : la Révolution française de 1789.
- Révolution de palais : action qui porte au pouvoir de nouveaux responsables, à la suite d'intrigues dans les sphères
gouvernementales ; changement soudain, mais limité, dans le personnel dirigeant d'une institution, d'une entreprise.
5. Changement brusque, d'ordre économique, moral, culturel, qui se produit dans une société. Une révolution dans la peinture
- Révolution culturelle : bouleversement profond des valeurs fondamentales d'un groupe, d'une société.
• Spécialement La Révolution culturelle voir la Révolution culturelle.

La présentation de cette sous-entrée soulève un problème comparable à un de ceux


soulevé pour le NPR. L'utilisation elliptique de Révolution correspond à Révolution française.
Le nom propre se voit donc défini par un autre nom propre. La seule information que le
lecteur trouve directement dans la section consacrée au lexique commun est la date; le
traitement en tant que tel se trouve dans la partie réservée aux noms propres. On voit dans
cet article encyclopédique, reproduit ci-dessous, que le premier énoncé est une définition par
inclusion classique, du même type que ce qui pourrait se trouver dans un dictionnaire de
langue générale.

Révolution fronçais» (1789- 1799)


Ensemble des mouvements révolutionnaires qui mirent fin, en France, à l'Ancien Régime.
Les États généraux de l'Assemblée constituante.
1 -'39 réunion des États généraux (5 mai) ; serment du Jeu de paume (20 juin) ; renvoi de
Necker (11 juillet); l'Assemblée nationale se déclare constituante (9 juillet); prise de la
Bastille (14 juillet) ; abolition des privilèges (4 août) ; Déclaration des droits de l'homme et du
citoyen (26 août) ; retour forcé du roi Louis XVI â Paris (5 - E octobre) ; les biens du clergé
sont déclarés nationaux (2 novembre) ; décret établissant la création des départements (22
décembre)
1790 Constitution civile du clergé (12 juillet) ; fête de la Fédération (14 juillet).
1 791 loi Le Chapelier (14 juin) ; fuite du roi, arrêté à Varennes (juin) ; fusillade du Champ-de-
Mars (17 juillet) ; le roi accepte la Constitution (13 septembre).
L'Assemblée législative.
! "y1 1™ séance de l'Assemblée législative (1* octobre). Veto du roi au décret contre les
prêtres réfractaires (29 novembre).
1792 ministère girondin (mars) ; déclaration de guerre (20 avril) ; premiers revers. Renvoi des
Girondins (13 juin). Invasion des Tuileries (20 juin). L'Assemblée déclare « la patrie en
danger » (11 juillet). Début de la première Terreur ; arrestation du roi et fin de la royauté (10
août). Début des massacres de Septembre (2 septembre). Victoire de Valmy, qui arrête
l'invasion étrangère (20 septembre).
La Convention nationale.
179"' proclamation de la république (22 septembre). Victoire de Jemmapes et occupation de
la Belgique (6 novembre).
1*93 exécution de Louis XVI (21 janvier). Levée de 300 000 hommes (24 février). Coalition
contre la France et insurrection dans l'Ouest (mars). Création du Comité de salut public (6
avril). Arrestation des Girondins (2 juin). Constitution de l'an I, ratifiée par référendum (24 juin).
Début de la seconde Terreur (5 septembre). Loi des « suspects » (17 septembre). Le
gouvernement déclaré révolutionnaire jusqu'à la paix. Culte de la Raison (novembre).
197

Deux autres renvois vers la section des noms propres sont minimalement décrits dans
la portion consacrée au lexique commun. Il s'agit de premier Empire et de second Empire.

4. HISTOIRE (Avec une majuscule.)


a. Période pendant laquelle la France fut gouvernée par un empereur (Voir premier Emoire. second Empirel

Le renvoi vers la section des noms propres indique au lecteur qu'il trouvera davantage
d'informations sur ces noms propres ailleurs dans le dictionnaire. Cependant, on trouve déjà
un traitement minimal dans la section du lexique commun : on sait d'emblée que les deux
« empires » correspondent à des périodes au cours desquelles la France est gouvernée par un
empereur. Le NPR faisait déjà cette définition, mais comme il n'y avait pas de traitement
ailleurs dans cet ouvrage, la définition n'était pas suffisante.

Comme notre propos est le traitement des noms propres dans le dictionnaire de
langue, nous ne ferons pas l'analyse de tous les noms propres auxquels la section du lexique
commun renvoie dans le PLI. Nous pouvons toutefois constater que tous les noms propres
de cette catégorie reçoivent bel et bien un traitement dans la section encyclopédique de
l'ouvrage, avec au moins une définition par inclusion et souvent un développement
encyclopédique.

Le traitement des noms propres du vocabulaire politique se fait dans les deux sections
de l'ouvrage; un va-et-vient entre les deux parties s'avère essentiel pour avoir un portrait
complet du traitement lexicographique. Nous reviendrons sur l'arrimage entre ces deux
parties dans le dernier chapitre.

[Link] Le traitement définitoire dans le DFP

Tableau 4.5 : Nombre de rubriques autres que la définition dans le DFP

Etymologie Indicateur « Hist. » Exemplificatiori


0 5 1

Cinq noms propres reçoivent la mention « HIST ». Comme pour les autres
dictionnaires, cette marque n'est pas donnée systématiquement pour tous les noms propres
198

d'un même type. Par exemple, Régime anglais et Régime français ne la reçoivent pas, mais Ancien

Régime la reçoit.

Une particularité du DFP par rapport aux dictionnaires français est l'utilisation d'un
élément de contextualisation géographique (France) (également utilisé dans le DQA).
Rappelons que ces deux dictionnaires avaient choisi d'indiquer comme tels les emplois
hexagonaux, et de ne pas préciser quels étaient les emplois québécois, ceci avec l'objectif de

renverser la perspective géographique toujours adoptée dans les dictionnaires produits en


France. La mention (France) aide à circonscrire la portée géographique du référent, élément
que nous avons jugé essentiel au traitement définitoire des noms propres de cette catégorie.
Ainsi, la mention (France) est utile lorsque le nom propre lui-même ne contient pas
d'indicateur géographique, comme c'est le cas pour La Régence ou L'Ancien régime.
— — . y..,, w , — w — • w —

tonetion. o HJST (Franc*) U ftogtnco: rtgtnet dt Ptfppt «fOritant pondant h minorité d» Loun XV
1715-1723» 2, Appas. Oui «(portant ft fépoquo dt la Régtnet Sfyk fttptm* - Dtrogor*

1 Ordrt. cwmfcâon. tamt <fva Sat; mturt dt It ywtmtr Rtgn» mamrchqw. foodal. ttc. HIST
Franco) LAncm Rêçtrm. t«k* qui procéda la RtwokAon Sous fAncm RÊ&M avant 1789 Rtçtme
Vanç*« <*< * *t* instauré a rarmtt dts Français on Hou«l*-Frane« et s'o* imm* ayte h Conquit*
fa pays |»ar Im Angbh tn 1760. <pâa«Mte^dmtlran|wUwra^te^iildm6ofl
1867» - Ktgm* Sbml écMorisl. Hxim. [Link]

Dans certains cas, l'information géographique est donnée dans la définition. La


mention (France) n'est donc pas nécessaire, comme pour Premier Empire.
IIPPIPIPPIPIBW^ K«gn» onIWWM panique w anwut ptr ai «nytreur * WMM.
rtffyw*succtdsa1*r^pubiiqu» > Leregnt<funamptrtur LWtnpim. itPrmmEmptr$ [Link]
rtjntdtNipoltonltr LêSteondEn^mIt rtgnt dt Napolton III

Tous les noms propres liés au contexte politique hexagonal sont clairement identifiés
comme tels dans le DFP, soit dans la définition, soit par une mention avant celle-ci.

Les dictionnaires québécois de notre étude n'ont pas prévu l'utilisation d'un indicateur
géographique équivalent pour les emplois caractéristiques du français québécois. Ceci n'a pas
posé de problème dans le cas des noms propres d'événements et de périodes historiques en
lien avec le Québec puisque le contexte était alors précisé dans la définition.
199

Il n'y a pas non plus de problème pour les noms propres traités référant à un contexte
politique extérieur à une région francophone, c'est-à-dire pour dévolution culturelle et révolution
d'Octobre.

Parmi les noms propres d'événements et de périodes historiques traités dans le DFP,
trois font l'objet d'une glose, tous sous l'article régime (L'Ancien Régime, Régime français et Régime
anglais).

1 UTQIV COIWIwOn, Q Un pW mftfwnv Ol 19 igOWmnm ntpnt (VKIfWCI«(|l)V itOQII HC rH2> I


if»«oe«»LAncmRtpm. t*k*quipr*c*dala ftavalulton Sous CAncmn*4gtm avant 17W ftapm*
fr*nç**i quiaM«mtauraaran*v«*<fnFrançananNowvthhFrafKa«t#"•#larminatmc(aConquête
du paya pat bt Angta*» «n t7«Q ftaptn» angMM*. qui a tuM i*ftaglmt françai». JMtqua la Centedaratton
11W7) . fragw» tftemonti t»mm m. 1. imwrtbte a» <tipo»tM«n t»qkmwwt»* ow laqrttt

Pour les trois noms propres, le traitement précise le lieu et circonscrit le régime dans
le temps, en le situant par rapport à un événement majeur (la Révolution française, la
Conquête) ou par rapport au régime politique suivant (la Confédération).

On constate que de ces trois noms propres, celui qui n'est pas caractéristique du
vocabulaire politique québécois reçoit le traitement le moins développé : UAncien Régime est
simplement glosé par « celui qui précéda la Révolution ». Même si cette glose s'ajoute à la
définition du sens 1 de régime (« Ordre, constitution, forme d'un État... »), il manque un trait
distinctif essentiel, celui de « monarchie ». Le syntagme glosé « Sous l'Ancien Régime »
permet d'ajouter une date et d'illustrer une construction syntaxique courante du syntagme,
qui introduit implicitement la valeur de « période »; les indicateurs « HIST » et (France)
situent le défini dans le temps (vaguement) et dans l'espace. Cependant, ces autres rubriques
ne pallient pas le manque d'information de la glose. Pour ce qui est de la mention « France »,
une information géographique à l'intérieur de la définition aurait mieux convenu. En effet,
L'Ancien Régime ne devrait pas être considéré comme un francisme : il ne s'agit pas d'un mot
caractéristique du français de France. Le mot n'est en concurrence linguistique avec aucun
autre. C'est plutôt la réalité qu'il désigne qui est caractéristique de l'histoire de France :
l'indication géographique se situe donc du côté référentiel, extra-linguistique102. On constate

1,12 Pour une explication plus détaillée de cette nuance, appliquée au vocabulaire politique, voir Elchacar et Mercier
(2011).
200

donc que l'emploi de la mention (France), même si elle est utile pour cerner le réfèrent,
comporte certaines limites.

Dans le même article, les gloses de Régime français et Régime anglais sont plus
développées. Le DFP a davantage poussé la description des noms propres qui relevaient de
l'histoire politique nord-américaine. On y explicite les contextes politiques au début et à la fin
de chaque régime. Si d'autres informations pourraient être ajoutées concernant les régimes
anglais et français, ces gloses permettent déjà de cerner le réfèrent, de manière suffisante pour
un dictionnaire de langue qui n'a pas pour objectif de faire des développements aussi longs
que l'encyclopédie.

Les noms propres liés au contexte politique français dans d'autres articles reçoivent
des traitements suffisants - pour ces mots, le DFP a pu reprendre la définition qui se trouvait
déjà dans le Dictionnaire Hachette, destiné à un public hexagonal. La définition de Directoire, par
exemple, est plus étoffée que celle que l'on trouve dans le NPR (et que nous avons jugée
insuffisante au point [Link]) :

I Comei charge de drtger et «fadmmstrer «une société une banque, etc.». 2. HISÎ Le Directoire. m
France le comte de cinq membres charge du pouvoir executif de 1795 a 1799 •• P»r e*f le regme
poMtque sous lequel vécut la France pendant cette penode *> U sty<e Otmctomt: te sMe créé a cette

Par rapport à la définition du NPR (qu'il fallait compléter de la définition de


l'acception suivante), celle du DFP contient l'indication géographique « En France » et la
date, informations encyclopédiques essentielles à la délimitation du réfèrent.

Certains noms propres d'événements et de périodes historiques reçoivent un


traitement minimal. C'est le cas pour Empire, Premier Empire et Second Empire. Dans les deux
cas, on ne fait que préciser sous le règne de qui se sont déroulées ces époques :

fempire surqqn. sur soi-même. 2. Régime ou rautorité poiique est détenue par un empereur. Â Rom.
l'empire succéda à Sa république. > Le régne d'un empereur. L'Empire, fe Premier Empire: en France, le
regre de Napoléon 1er. Le le règne de Napoléon III. > BX-A StybEmim, celui des
rfartAimctJu* AiPtimar Parirtt 1 nar in «nuwair • tivi h«T*/\ir»L'amnim
201

Les définitions de ces noms propres, aussi succinctes soient-elles, sont plus complètes

que la proposition du NPR, qui ne fait que mentionner les deux noms propres en simples
exemples après la définition générale.

Comme dans les autres dictionnaires, il y a plusieurs noms propres de révolutions. Le


traitement de dévolution culturelle permet de cerner le réfèrent de manière efficace.
• irw »•» ""»>'» m wvw ••»•»•••» • mm » » < » •»'•'! " «•'
> Ê9voto6on cuXumOt nom «tonné a il lutte idtQtogMjM
grandi rtvokttott ciMtmtt» proUtan&wi amorce* tu
Mld»oTt*4oungiMqàstfirohngt»iMqu'm 1969 o WWffiWWWIWWHWPPP

En plus des informations sur le lieu et la date, on nomme la principale personnalité


associée à l'événement, et le segment « lutte idéologique » est plus englobant que le segment
« les influences du passé dans la vie sociale » proposée par le NPR.

Le traitement définitoire cerne également bien le réfèrent pour dévolution d'Octobre,


traité sous octobre :

IMIBIMHMniMriHMtfMÉIIÉMi l 't* (fOctobn mwrrecUon drio** par t»»


wMwvé». m fttmit I» 34 «cMr» If17 «du catondriar ru»**, c.-a-4, I» 6 nwtmta» Oadwidwe par
b.4NWW m TRAMA. vw rompni it £& oncwt IIMWIIMVI •••••••••••••••••••••••IHHI
«--•— * » ••

La définition contient plusieurs renseignements encyclopédiques. Notons au passage


la phrase qui suit la définition : « Déclenchée par Lénine et Trotski... ». Ce segment se situe
en dehors de la définition, mais ne constitue pas un exemple : il ne s'agit pas d'une illustration
du mot en discours — le défini ne figure pas dans la phrase. Nous examinerons davantage ce
type de complément encyclopédique dans la prochaine catégorie de noms propres que nous
présenterons, avec des exemples tirés du DFP mais surtout du PLI.

Le dernier nom propre de révolution est dévolution française. Ce nom propre apparaît
dans l'exemplification, avec une date, mais ne reçoit pas de traitement définitoire.

r«gmw poMqut «I «octal It plus sauvant cemttuW • ont action «otent* ta R*wMm frtnçvs•
f 79i t' R*wh4xm d Octobf y oçtobrt t - ftévok0on cuKumlf» nom dont* a la taUt kteotogque

Nous avons déjà mentionné le traitement de La Régence lorsqu'il était question de la


mention (France). Ajoutons que le reste du traitement apporte suffisamment d'informations
pour cerner le réfèrent de manière efficace.
202

1 Or*cbondta Etat part* r*9*t« €©*!•<.>'c» 0ign*« t»KftOB <it fifltni dur*» dt ï#R»
tactan HtST <PraM»i U ##fMW* ntgMtt il PMrmi tfOrtMw PMdant M www»» d» l«ut XV
2 4*** S»# - o»

Ce qui est intéressant dans le traitement de La Régence est qu'on a inclus « pendant la
minorité de Louis XV ». Or la définition du nom commun régence est une définition
relationnelle à régent, sous lequel se trouve la définition substantielle. Dans ce cas-ci, on a
choisi de donner à ha Régence un traitement complet, qui ne nécessite pas de consulter un
autre article.

De manière générale, le traitement des noms propres d'événements et de périodes


historiques du DFP est suffisant, tant pour ce qui du vocabulaire politique québécois que du
vocabulaire politique français. Le DFP ajoute suffisamment d'informations de type
encyclopédique pour que le référent soit bien cerné.

[Link] Le traitement définitoire dans le DQA

Tableau 4.6 : Nombre de rubriques autres que la définition dans le DQA

Indicateur « Hist. » Exemplification


6 1

Des 15 noms propres d'événements et de périodes historiques traités dans le DQA,


cinq reçoivent la mention (Histoire) ou une marque équivalente. Lorsque le mot réfère à un
fait historique français, le DQA spécifie « Histoire de France » ou « En histoire de France »;
pour les mots référant à un fait historique québécois, la marque est simplement « Histoire ».

Les définitions de noms propres liés au contexte politique hexagonal dans le DQA
sont souvent identiques ou presque à celles du NPR. C'est le cas par exemple pour L'Ancien
régime, sous régime :

il. m I ûra«featk*i MÉHOMÉ êttOÊiixtàanÊ laeàdt idtutx Était ntafiÉni éà NAUMTMF uni HMHTIBIIÉ W i# funcMu mteuré à
r«rt*« du FtmpÊ mNm¥b frt/m <mt tWbt* é» XVBt t > «I qui » xt «hw» mm t» CowquW —0«Hi t» Régtm tmgMt. qâ
vwp|WW £ilfWf
Wf Q9 • r^AlUttiJÉA ^1 I m VvfPVOVrvQQfl £• A
^ Ê ^ rfJWJf
LV éiÊÈ^i W RIPCNF Ql vMRIIWnn ORwWrwOFw Ijpl W COWl VU
U*ÉHMS&_ AMAMI w »W«
IwVIVVr'fllHlv ®"%•1A IWI.
4 4ÉHk ftMJkU
*» rWlwv 9t I iu *wQHTOPP JV4PCMIVV
ffPwiU Mm MuuMJudli QmjAak m
Èm. fHHCf,
CiMkMMk iWCIKI
Ê rWQMm* «4MP
n Ht ^m fwQnwwp# «v9K
l?W. «• d$ ftQtoiê, fltêQjtRê ©<wïifjMfofl**it lÉritaNVMliJfa
Â
jmNÉSMItt$i ftéçtoiÊ Êbêtêfc lolMÉta Hoctet CÊPÊÊMÊ,
n+mimlfmàtt I mu •••tiMMl» ait i^aiifaMÉO fniftaa—ttiflu <â* rit*"" * — ---»M»nOiitiiMnniiliiift
203

La seule différence avec le NPR est que le DQA spécifie « Histoire de France », au
début du niveau hiérarchique. Les définitions de Régence sont également les mêmes dans les
deux ouvrages - le DQA met à la suite l'une de l'autre les définitions que le NPR avaient
consignées à des niveaux hiérarchiques différents. Ces informations sont regroupées entre
parenthèses alors que le NPR ne mettait que la date entre parenthèses. Dans ce cas-ci, le
NPR aussi situait le contexte référentiel, mais à l'intérieur de la définition.

FI* T. 1« UOWIIWITIIWI CI URV VVIORVRWWV P®» MB FVQVFLR 4 €PFL9FW9F FB IVYPNCV 19 IFURIWW CKF FW- ^
«atofc» dt fmm (A m» m«|un,> U Kégmm* (du ûm tfOrtU»», 17IÎM72Î) 1<m motm dbêrtm
WK
rte ta fféotncë 2 Ifranol En ansoa. Invar. Oui anaartlait A féBoaue da la Réanti ou an ramait la tfvto
loupt* «t ptcteiat. %«» Mjaiwà OM HMKMM ttêgum.

Les autres noms propres d'événements et de périodes historiques qui reçoivent un


traitement semblable dans le DQA et le NPR sont Directoire et Commune. Dans les deux cas, le
DQA a simplement ajouté une précision géographique. Or le traitement qui en résulte ne
permet pas de cerner efficacement le réfèrent pour un locuteur québécois.

alHIMMMImuridDal. s»mtaàdittÊÊà. 2. (FtaMal Qaaa [Link]ÉattrtoBarMIIÉMM

rlyoluBixmtrt (*> omiMMwB. 3. Timti tfMfcé o tihtiww iww l> pÉh»tf>. Il oAift wt<firttt»

Dans le traitement de La Commune, les dates ne sont pas précisées. En outre,


« gouvernement révolutionnaire » aurait peut-être besoin d'être davantage explicité pour un
locuteur québécois.

i»c •
•*». 1 iFranca)
*• \9 »W»1if Gnmta M da oarcomai
|fOTVI|Himw ((ÉnKlaimt<aieomMiidaitDoWatamatA.
^pa* VWIHWnlVfil JMPIWimpPWWWPrWIrt - EfiÉMafecda
*«PWwlPIB W WW *Franc*
wWm*WW»
âilf IM MPPw «Mtal* f> ImW^
I » ntitilM A— I» fjWÉWiWM
lirïWBiPMWIBPPW lh f— W»
Hl rtwmwtw
%»*wWi^Pw ÏPP MtiMÉ
W^PWcBliwW WIMI* àkt limiVIÉ
l^' «Wl» jrWrrww
iwwm, il iipiltpBiipiWWfllipWwil. ~ *M Mym UttWÇmmw, m WyW Bl»wiipwpi|1 AYWW

La situation est similaire pour Le Directoire. Le DQA précise « En histoire de France »,


mais la définition est la même que celle du NPR, et nous l'avons déjà considérée comme
insuffisante pour cerner le référent, particulièrement pour un Québécois.

Enfin, pour quelques noms propres liés au contexte politique français, le DQA
propose parfois un traitement définitoire semblable au DFP, paru quelques années plus tôt,
lorsque ce dernier offre un traitement mieux adapté au contexte québécois (avec des
renseignements encyclopédiques supplémentaires, par exemple). C'est le cas de premier Empire
204

et de second Empire, pour lesquels la définition associe le nom de chaque période avec son
souverain respectif.

Les noms propres liés au contexte politique québécois, quant à eux, sont de deux
types : certains étaient déjà dans le DFP et d'autres sont originaux au DQA.

Les noms propres qui étaient déjà traités dans le DFP reçoivent une définition
analogue à celle de ce dictionnaire. C'est le cas de Régime français et de Régime anglais, qui se
trouvent dans l'extrait de l'article régime reproduit plus haut.

Pour les mots qui étaient absents du DFP et des dictionnaires hexagonaux, la
description est originale; La Grande Noirceur illustre un de ces cas :

La définition situe la période dans le temps et lui associe une personnalité politique
québécoise, mais elle ne précise pas ce qui caractérise cette période de l'histoire québécoise,
ni d'un point de vue politique ni d'un point de vue social. C'est sous le renvoi duplessisme que
le lecteur trouvera l'information nécessaire pour cerner le réfèrent, comme ce qui caractérise
cette période de l'histoire québécoise par rapport aux autres d'un point de vue de l'idéologie
politique, de la nature du régime :

n. m Période (ttrtotl de IM4 * 1959) pendant frqudk Meurice DupJe$*軕 drigé le Québec avec un«
Dûkm dt 1W
VVWII9 «Vr fef et tfi imosafi dts vitours
VI Wfl* trèsffvi
WVW 4P Vv# eoitséfYtfrfcês
inv ét
w» Mâtailstes
HVHVV^MMiee* =»•• Grand* noirceur Union
natiorale. L# riinpletTftrrx § ttnif été une période d$ tttQMtioti

Les deux autres noms propres liés au contexte québécois qui sont absents du DFP ne
bénéficient pas d'un traitement aussi complet. Révolte des patriotes, par exemple, n'apparaît
qu'en simple exemple, avec une date, comme plusieurs noms propres de révolutions sous
l'article révolution du NPR.

I*• fi • I • **e» linlfèm


tvotwwv «um> <in|eivwi m
tm wm
jm vvf« m
4nr «réiurJt* M<tâ[Link]àtiÊ0à
wmew wtwv • •vewew «mÊÊbmim la riA
vwwi|H*f esi TVWV «mutai» étMtm tm
WMRV «MMRVI
•teire cMe. InearrecttefL [Link], Lt ffévoà» du oiltÀÉtê.M 1&37 IncÈar eôuswûon à
205

Ce traitement ne permet pas de cerner le réfèrent adéquatement. Le lecteur ne


trouvera pas plus d'information sous patriote : le même exemple apparaît (avec la date), mais
on ne donne pas de définition de cet emploi de Patriote.

La Révolution tranquille n'est pas non plus défini en tant que tel; on ne précise que le
lieu et la date. Le NPR, qui n'est pas destiné au public québécois en particulier, offre un
traitement plus complet de ce nom propre.

il [Link] dam tet société* tuminM. dam fHrtokt^eppottèMferm»}. *»


MMir—r—wnl. trufwrtw: érduMow Um /loMww mont*. «rfutofii». U ftfteMdit
* te «O du XM» $. Ls «toofctiwt ct*unÊ»(n CNM. d» 1MS« !«•>. L» Mmêutom<r*aquBr(«i
!!kÉÉIMS Mfl IfMifll ? sm m* hntfm htflfcl Al fl il
"Sdteflit 4* Il SOCêitt pf0^o<|Ut It 4AjpliML Lê ftévoMioii \<6ê 1799}
WX* ER rrmmm, 'MF ^HWWSWSBHHII V MI^KMHHI UI *W^WWIIIPP®« *VHPIN> *™I CJ* UW
j t.-- «- a
- • -• -».^.... * - ^ a .. . ..« ^• - . .«. ^

Cependant, contrairement au NPR, le DQA présente deux définitions qui distinguent


les révolutions impliquant le renversement d'un régime politique (sens 2) et le « Changement
très important dans les sociétés humaines » (sens 1). Même si Révolution tranquille n'est pas
décrit, le lecteur voit une différence avec les révolutions comme celles de France et de Russie.

En somme, le traitement définitoire des noms propres d'événements et de périodes


historiques dans le DQA est parfois insuffisant. Le DQA s'appuie sur le travail déjà réalisé
par un dictionnaire hexagonal pour le vocabulaire hexagonal, et il a pu s'inspirer de la
description déjà faite par un dictionnaire québécois pour le vocabulaire québécois. Pour les
noms propres liés au contexte politique français, le travail d'adaptation au public québécois
aurait dû dépasser la simple mention (France) ou un équivalent pour être réellement
satisfaisant dans un dictionnaire général destiné au public québécois. En effet, certains de ces
noms propres ne sont pas suffisamment décrits pour que le lecteur québécois cerne
adéquatement le réfèrent. Pour les noms propres liés au contexte politique québécois, le
DQA offre parfois un traitement poussé, et présente d'autres fois les noms propres en simple
exemple, malgré l'importance de certains événements d'un point de vue socioculturel au
Québec. Le DQA a toutefois le mérite d'inclure à sa nomenclature le nombre le plus élevé de
noms propres d'événements et de périodes historiques liés au contexte québécois.
206

[Link] Conclusion sur le traitement lexicographique des noms propres d'événements et de


périodes historiques

L'examen des noms propres d'événements et de périodes historiques permet de cibler


les informations à privilégier dans le traitement définitoire, afin de circonscrire le réfèrent le
plus efficacement possible, et donc de proposer une définition suffisante.

Nous avons constaté que certaines informations de nature encyclopédique sont


indispensables à cerner le réfèrent. La nature de ces noms propres veut qu'on circonscrive la
date (ou la période). Il faut également expliciter le contexte référentiel, c'est-à-dire préciser le
lieu, afin de bien ancrer géographiquement les référents des noms propres.

En ce qui concerne la manière par laquelle fournir ces informations, nous n'avons pas
trouvé une manière de faire plus efficace qu'une autre. Pour le lieu géographique, s'il n'est pas
précisé dans le nom propre lui-même, il peut l'être dans une mention avant la définition, ou
être intégré à la définition même. Pour la date, la mention (Hist.) n'est pas suffisante parce
qu'elle est trop floue.

Cependant, ces renseignements sur le lieu et la date sont rarement suffisants. Il faut
également situer les événements politiques ou les périodes en faisant ressortir ce qui les
caractérise par rapport aux autres. En effet, si un nom propre accède à la nomenclature d'un
dictionnaire de langue, c'est que son réfèrent occupe une place importante dans un système
socioculturel. Il faut donc que le traitement définitoire précise, par un trait distinctif, quelle
est l'importance de ce référent dans le contexte politique. Il ne suffit pas de donner les dates
durant lesquelles ont eu cours la Monarchie de juillet et la Commune de Paris, il faut également
situer le lecteur : quelle est la caractéristique principale de cette période politique en France ?
Inversement, ne donner que cette précision est aussi insuffisant. Le traitement de Premier
Empire et de Second Empire dans le NPR est révélateur à cet égard: on sait que politiquement,
ce qui caractérise ces périodes est le fait que la France était alors gouvernée par un empereur.
Or le NPR ne fait que donner ces noms propres en exemple, ce qui ne permet pas de savoir
ce qui distingue ces deux périodes l'une de l'autre; les dictionnaires québécois, quant à eux,
mentionnent le nom de l'empereur qui dirige la France pour chaque période, ce qui clarifie
quelque peu les choses. Mais aucune date n'est donnée. Un traitement idéal dans le cas de
207

Premier Empire et de Second Empire aurait été, pour chacun, de préciser les dates et l'empereur
en question, et de souligner la particularité de cette période dans l'histoire de France. Mis à
part le fait que la France ait été dirigée par un empereur sous ces deux empires (ce qui peut
être précisé dans une définition englobant les deux noms propres, comme dans le NPR), on
pourrait également préciser ce qui distingue les deux périodes du point de vue de la nature du
régime politique, ou alors mentionner une circonstance particulière.

L'exemplifkation des noms propres n'est pas souvent utilisée comme appui à la
définition, mais certains noms propres apparaissent dans l'exemplification, sans recevoir de
traitement complet.

Il n'est pas possible de dégager une façon de traiter les noms propres particulière à
chaque dictionnaire, puisque les ouvrages n'offrent pas systématiquement le même type de
traitement. On peut cependant comparer le traitement définitoire des dictionnaires les uns
par rapport aux autres. Le NPR semble offrir un traitement moins suffisant que les autres
dictionnaires. Le NPR étant d'abord un dictionnaire de langue, et il n'inclut pas autant
d'informations encyclopédiques dans ses définitions que les dictionnaires comme le PLI et le
DFP; il ne le fait pas non plus dans ses exemples. En outre, les noms propres liés au contexte
politique français reçoivent souvent un traitement moins complet dans le NPR. Or ceci
pénalise le francophone extra-hexagonal, qui n'a pas été autant exposé à ces notions
d'histoire de France.

Peut-être aussi que le traitement des noms propres est moins étoffé justement parce
qu'il s'agit de noms propres. Or si un dictionnaire inclut un nom propre dans ses pages, il
doit le décrire de manière suffisante pour le lecteur, afin de répondre à son objectif d'ouvrage
didactique et de respecter le critère de circularité.

Voici un schéma simple illustrant les informations qui, selon nous et après analyses du
traitement offert par les quatre dictionnaires généraux de notre étude, doivent être fournies
dans le traitement définitoire des noms propres d'événements et de périodes historiques pour
bien circonscrire le réfèrent.
208

Traitement
Définitoire = DATE + LIEU + ÉLÉMENT PARTICULARISANT
NP Hist.

L'exercice définitoire devrait aboutir à la construction d'une définition qui contienne


suffisamment d'éléments de nature encyclopédique pour cerner le réfèrent de manière claire
tout en respectant les limites du traitement lexicographique d'un dictionnaire de langue.
209

4.2 Le traitement lexicographique des noms propres de partis politiques

La deuxième catégorie que nous avons examinée plus attentivement est celle des noms
propres de regroupements humains. Nous avons également inclus dans notre analyse une
présentation du traitement des sigles, puisque les sigles que nous avons relevés sont des sigles
de noms de regroupements politiques, et qu'ils participent au traitement lexicographique de
ces noms propres. L'étude des sigles fera l'objet de la deuxième partie de cette section.

Le tableau 4.7 présente tous les noms propres de regroupements humains mentionnés
dans les articles du vocabulaire politique des quatre dictionnaires à l'étude.
210

Tableau 4.7 : NP de regroupements humains à vocation politique

84 NP
(119 mentions)
NPR PLI DFP DQA
23 NP 12 NP 25 NP 23 NP
(29 mentions) (18 mentions) (33 mentions) (39 mentions)
Les bleus Les bleus
charbonnerie charbonnerie charbonnerie
Le club des Jacobins club des Jacobins club des Jacobins
parti du Crédit social Le Crédit social
Front de libération nationale
Front de libération du Québec Front de libération du Québec (3)
Front national (3)
Internationales communistes
Les Internationales socialistes Internationale socialiste
Le Nouveau Parti démocratique
(2)
Le Parti communiste français (2) parti communiste
Le parti communiste italien
parti conservateur (G.-B.) Parti conservateur (G.-B.) (2) parti conservateur (G.-B.) parti conservateur (G.-B.)
Le Parti conservateur (Canada) parti conservateur (Canada) Parti conservateur (2)
(2)
Le parti démocrate Le parti démocrate parti démocrate Le Parti démocrate des États-
Unis
Le parti girondin
Parti libéral (Canada) (3) Parti libéral (Canada) (5)
Parti libéral (Québec ou Parti libéral (Québec ou province
province canadienne) (2) canadienne) (3)
parti libéral (G.-B.) Le parti libéral (G.-B.) Parti libéral {G.-B.)
Parti national socialiste
Le Parti progressiste-
conservateur (2)
Le Parti québécois Parti québécois parti québécois (3) Parti québécois (3)
« parti ouvrier allemand » « parti ouvrier allemand »
parti radical Parti radical et radical- Parti républicain radical et
socialiste (2) radical-socialiste
Le parti républicain Parti républicain Le parti républicain Le Parti républicain des États-
Unis
Parti rhinocéros
Parti socialiste Parti socialiste
Le parti socialiste S.F.1.0. (Section
française de l'Internationale socialiste)
Parti socialiste unifié
parti tory
parti travailliste Parti trav&IMe (4) Le parti travailliste
Labour Party (parti du Travail) Labour Party (parti du Travail)
Parti unioniste
parti whig
phalange phalange La Phalange
phalange phalange
Le Ralliement des créditistes Le Ralliement des créditistes (2)
Rassemblement pour Rassemblement pour
l'indépendance nationale l'indépendance nationale
Rassemblement du peuple
français
Les rouges Les rouges
Parti de l'Union nationale (4) Union nationale (3) Union nationale (3)
211

Nous avons rapidement décidé de restreindre la catégorie de départ à celle des noms
propres de partis politiques. En effet, la quasi-totalité des noms propres de cette catégorie
sont des noms propres de partis politiques. Par ailleurs, les noms de partis représentent un
corpus fermé (il est possible d'établir la liste complète des partis politiques - et de leur nom -
d'un État donné à une époque donnée), ce qui apporte une dimension intéressante parce
qu'unique parmi les catégories de noms propres relevées.

Pour le traitement lexicographique de ces noms propres, nous avons fait ressortir les
difficultés posées par leur sélection, leur traitement définitoire et leur présentation dans la
2one d'exemplification.

4.2.1 La nomenclature des noms propres de partis politiques

Un des points principaux qui nous intéresse dans les noms de partis est la question de
leur sélection. Nous avions conclu à la section 3.2 que la seule manière de réellement juger de
la qualité de la nomenclature des noms propres du vocabulaire politique serait d'en examiner
une sous-catégorie fermée pour laquelle il serait possible de vérifier la fréquence dans un
corpus donné ou encore l'importance pour un contexte socioculturel donné. Notre analyse
s'est donc faite selon ces deux critères que nous avons retenus comme essentiels dans
l'établissement de la nomenclature des noms propres du vocabulaire politique à décrire dans
un dictionnaire général.

En premier lieu, nous avons dégagé les noms de partis politiques du Québec, du
Canada et de la France présents dans notre corpus, et nous en avons recherché la fréquence
dans la BDTS103 et Eurêka104. Cette première étape permet de vérifier si les noms
effectivement présents dans les dictionnaires à l'étude méritent une place à la nomenclature
en vertu du critère de fréquence dans un corpus donné, la prémisse de départ étant qu'une

1(13
Voir la note 51 (chapitre 2) pour une description de la BDTS.
104Eurêka est une base de données textuelles en ligne mise à jour quotidiennement qui regroupe les articles des
principaux quotidiens et revues en langues française et anglaise. Le moteur de recherche de Eurêka permet de cibler des
requêtes pour les textes de langue française uniquement, ou encore pour les sources canadiennes ou européennes
uniquement.
212

description lexicographique devrait en principe s'appuyer sur l'observation d'un corpus. Il est
évident que la BDTS risque de contenir davantage de noms de partis canadiens et québécois,
puisque cette banque de données est constituée de textes publiés au Québec. La recherche
dans Eurêka apporte une dimension géographique plus large puisque que nous avons pu
lancer nos requêtes dans les sources européennes également - ce qui veut dire surtout la
France mais également la Belgique (La Croix) et la Suisse (Le temps). Le tableau 4.8 résume les
résultats de cette démarche. Dans la lre colonne, nous avons précisé dans quel lieu
fonctionnait le parti. Dans la 2e colonne, nous avons inscrit les noms des partis politiques au
long (dans leur appellation officielle), et les parenthèses témoignent des variantes telles
qu'elles figurent dans les dictionnaires. Les noms en gris sont des noms de partis qui
n'existent plus.
213

Tableau 4.8 : Les NP de partis politiques canadiens, québécois et français :

nomenclature VS fréquence105

Lieu Nom du parti politique Dictionnaire Fréquence Fréquence


Eurêka106 BDTS
Qc (Parti du) Crédit social DFP, DQA 32 0
Fr Front national NPR 44472 29
Fr Le parti socialiste S.F.1.0 NPR 2 0
Ca Nouveau parti démocratique DQA 12 379 63
Fr Parti (républicain) radical et NPR, PLI, 10173 0
(radical socialiste) DQA
Fr Parti communiste fiançais107 NPR 3993 4
Ca Parti conservateur (du Canada) NPR, DFP, DQA 2412 234
Fr Parti girondin NPR 5 0
Ca Parti libéral du Canada DFP, DQA 17 301 62
Qc Parti libéral du Québec DFP, DQA 16112 320
Ca Parti progressiste-consen/ateur DQA 4124 17
Qc Parti québécois NPR, PLI, DFP, DQA 65 518 1690
Qc Parti rhinocéros DQA 394 5
Fr Parti socialiste PLI, DQA 62 256«» 30
Fr Parti socialiste unifié NPR 326 0
Fr Parti socialiste unifié NPR
Ca Parti tory DQA 12 3
Qc Ralliement (des) créditistes DFP, DQA 25 10
Fr Rassemblement du peuple français DFP 183 0
Qc Rassemblement pour l'indépendance nationale DFP, DQA 363 20
Qc Union nationale (Parti de 1') NPR, DFP, DQA 139 4

Avant de présenter les données du tableau, apportons des précisions quant aux noms
propres de partis politiques qui n'y figurent pas. Pour des raisons de faisabilité, nous avons
dressé un portrait de la nomenclature des noms de partis politiques à un moment précis. Nos
recherches ont été faites à partir des éditions choisies des dictionnaires sélectionnés (2007
pour les dictionnaires de France). Le NPR et le PLI, réédités chaque année, ont pu enrichir
leur nomenclature de nouveaux noms de partis politiques dans des éditions subséquentes.
Ainsi, Bloc québécois est traité sous bloc dans le NPR en 2010 (bloquiste est également à la

105 Les chiffres représentent le nombre de documents (textes, articles) qui contiennent le nom du parti politique, et non la

fréquence du nom du parti politique, qui peut apparaître plusieurs fois dans le même texte.
1116 La recherche a été faite le 17 décembre 2009. Nous avons balayé l'ensemble des textes, dans toutes les archives pour

ce qui est des sources et dans tout le contenu pour ce qui est des dates, c'est-à-dire depuis 1980 (dates des premiers textes
compilés dans Eurêka) jusqu'au 17 décembre 2009.
107 Pour ce nom de parti, comme pour Parti libéral du Canada, Parti libéral du Québec et Parti conservateur du Canada,

nous avons limité notre recherche au nom en entier, même si des appellations plus brèves peuvent parfois être
employées. La fréquence réelle de ces noms de partis est donc plus élevée que celle notée dans le tableau. L'objectif de
notre démarche n'était pas d'obtenir les chiffres exacts des fréquences mais plutôt de faire ressortir une tendance globale.
1118 Le nom de ce parti est assez général pour désigner des partis socialistes de plusieurs États du monde. Nous n'avons

pas procédé à une analyse de contexte de toutes ces occurrences du nom de parti.
214

nomenclature), et Parti libéral apparaît sous libéral (nous y reviendrons dans les prochaines
sections). D'autres noms de partis qui étaient présents auparavant ne sont plus de l'édition
2007. C'est le cas de Rassemblement pour la République, auparavant sous république, mais qui
n'apparaît plus dans l'édition 2007.

Mentionnons également que nous n'avons pas fait de recherches avec les noms de
sigles des partis politiques, ce qui augmenterait considérablement les fréquences obtenues.

Plusieurs noms de partis relevés dans les dictionnaires à l'étude sont relativement peu
fréquents dans les deux banques de données consultées. Une des explications est que
plusieurs noms désignent des partis politiques qui n'existent plus. Sur les 21 noms de partis
du tableau 4.8, seulement neuf existent toujours, et 12 ont été dissous, ou ont fusionné avec
un autre parti et ont changé d'appellation. Or la BDTS est surtout composée de textes
postérieurs à 1960, et Eurêka contient surtout des articles datant des années 1990 et 2000.
Sur les neuf noms désignant des partis politiques contemporains, six sont québécois ou
canadiens (Parti québécois, Parti libéral du Canada, Parti libéral du Québec, Nouveau parti démocratique,
Parti conservateur du Canada et Parti rhinocéros), et trois sont français (Front national, Parti
communiste français et Parti socialiste).

Il peut certes être pertinent de définir des noms de partis qui n'existent plus, ne serait-
ce que pour la compréhension de textes relatant l'histoire politique d'un État109. Rappelons
que si Eurêka ne compile que des articles de presse (quotidiens, revues, etc.), la BDTS, pour
sa part, contient également des ouvrages littéraires et des ouvrages didactiques, dont les
manuels scolaires les plus utilisés à l'école. On peut douter de la pertinence d'inclure dans un
dictionnaire général des noms d'anciens partis politiques qui sont peu ou ne sont pas
nommés dans la presse générale ni dans les manuels qui servent de base à l'apprentissage à
l'école. Cependant, la question que soulève la présence de ces noms de partis est surtout celle
de l'espace qu'ils occupent dans ces dictionnaires papier alors que des noms de partis plus
contemporains en sont absents.

1119 II faut alors que le traitement définitoire indique clairement que le parti n'existe plus, ce qui n'est pas toujours le cas

comme nous le verrons au point 4.2.2.


215

En effet, les noms des partis politiques qui ont été au pouvoir ces dernières années

sont en grande partie absents des dictionnaires à l'étude. Pour la France, nous avons
regroupé dans le tableau suivant les noms des partis politiques français qui constituent le
Sénat français depuis les élections législatives de 2008, ainsi que les noms des partis ayant au
moins un siège à l'Assemblée nationale française ou au Parlement européen110. Pour chaque
nom de parti, nous avons indiqué dans quels dictionnaires se trouvait ce nom, le cas échéant :

Tableau 4.9 : Partis représentés au Sénat français, à l'Assemblée nationale de France ou au Parlement
européen

Nom du parti politique Dictionnaire


le Front national NPR
le Mouvement pour la France --

le Parti communiste français NPR, DFP


le Parti radical de gauche -

le Parti socialiste NPR, PLI


Union pour la démocratie Française -

Unton pour un Mouvement populaire --

les Verts --

Les seuls noms de partis politiques qui apparaissent dans l'un ou l'autre des
dictionnaires à l'étude sont Front national, le Parti communiste français et le Parti socialiste. Parmi
ces noms, aucun ne reçoit un traitement définitoire dans les dictionnaires de langue à l'étude,
qu'ils soient français ou québécois. Seul le Parti socialiste est présent dans la section lexique
commun du PLI, avec un renvoi vers la partie encyclopédique, où il est traité.

Les noms des partis québécois et canadiens qui ont recueilli des sièges aux dernières
élections sont mieux représentés dans les dictionnaires à l'étude, bien qu'on constate encore
des lacunes. Le tableau suivant liste les partis détenant au moins un siège à l'Assemblée
nationale du Québec et à la Chambre des Communes du Canada (en 2010). La colonne de
droite précise dans quels dictionnaires se trouve le nom, le cas échéant.

110Les informations sont tirées des sites du Sénat français ([Link] et


de l'Assemblée nationale de France ([Link]
216

Tableau 4.10 : Partis représentés à l'Assemblée nationale du Québec et à la Chambre des communes111

Nom du parti politique Dictionnaires


Action démocratique —

du Québec
Bloc québécois
Nouveau parti démocratique DQA
Parti conservateur NPR, DFP, DQA
Parti libéral (du Canada) DFP, DQA
Parti libéral (du Québec) DFP, DQA
Parti québécois NPR, PLI, DFP, DQA
Québec solidaire

Parti québécois est le seul nom de parti à se trouver dans tous les dictionnaires à l'étude.
Parti conservateur, nom du parti politique au pouvoir au Canada au moment d'écrire ces lignes,
est présent dans le NPR et dans le DFP. Parti libéral est uniquement présent dans les
dictionnaires québécois, autant pour le niveau fédéral que pour le niveau provincial
québécois; enfin, Nouveau parti démocratique est présent uniquement dans le DQA. Les autres
noms de partis sont absents de tous les dictionnaires à l'étude, ce qui s'explique par leur
relative nouveauté — quoique l'Action démocratique du Québec, même si elle a surtout fait
parler d'elle lors des deux dernières élections provinciales, existe depuis 1994. On s'explique
cependant mal pourquoi les dictionnaires français n'incluent pas Parti libéral (du Québec ou
du Canada). Le parti libéral du Canada a été au pouvoir durant près de 60 ans, et occupe
l'opposition officielle depuis que le Parti conservateur est à la tête du pays. Au provincial, le
Parti libéral est actuellement au pouvoir, et il a toujours été un parti très présent à
l'Assemblée nationale112.

Un parti politique peut avoir une certaine importance sans nécessairement être
représenté dans les instances officielles. Cela peut être le cas de partis qui ont détenu des
sièges par le passé, ou qui acquièrent de plus en plus de popularité et d'influence politique. Il
peut être question de ces partis politiques sur la place publique, et la fréquence à laquelle se
trouvent leurs noms dans la presse et les médias en général peut justifier leur présence dans
un dictionnaire de langue. Nous avons donc consulté la liste des partis politiques autorisés

111 En date du 2 février 2010.


112 Cette absence a été rectifiée dans la dernière édition du NPR, qui met en exemple « Au Canada, au Québec, Le parti
libéral ».
217

auprès du Directeur général des élections du Québec, la liste des partis politiques dûment
enregistrés au Registre des partis politiques fédéraux du Canada, et la liste des partis
politiques ayant des élus à l'Assemblée nationale française, au Sénat français ou au Parlement
européen113. Nous avons ensuite vérifié la fréquence de ces noms de partis dans la BDTS et
Eurêka. Le tableau 4.11 rend compte de cette démarche. Nous n'y avons inclus que les noms
de partis politiques absents de tous les dictionnaires étudiés et présents plus de dix fois dans

Eurêka114.

113Cette liste est disponible sur le site du Ministère des affaires étrangères français.
114Nous avons donc écarté les noms de partis suivants, qui apparaissent moins de dix fois dans Eurêka : Parti durable de
Québec, Parti des immigrés du Québec, Parti de la réforme financière, Mouvement équité au Québec, Parti nul et Parti
politique du peuple du Canada.
218

Tableau 4.11 : Les noms propres de partis politiques québécois, canadiens115 et français absents des
dictionnaires

Lieu Nom du parti politique116 Fréquence Fréquence


BDTS Eurêka117
Québec Action démocratique du Québec 44 20 402
Affiliation Québec 0 32
Bloc Pot 3 477
Bloc québécois 195 55 456
Nè[Link] 53
Parti communiste du Québec ï~ 141
Parti conservateur du Québec 4 60
Parti de la démocratie chrétienne du Québec 0 73
Parti égalité 36 2098
Parti indépendantiste 1705118
Parti marxiste-léniniste du Québec T~ 66
Parti république du Québec 25
Parti vert du Québec 9~ 671
Québec solidaire 4624
Union du centre Ô~ 367
Canada Parti action canadienne 0 62
Parti communiste du Canada 2 112
Parti de l'héritage chrétien du Canada 0 17
Parti libertarien du Canada 0 27
Parti Marijuana 1 421
Parti Marxiste-Léniniste du Canada 1 33
Parti progressiste (Canadien) 3 63
Le Parti Vert du Canada 0 456
France Le Mouvement pour la France 0 2726
le Parti Radical de gauche 0 1615
Union pour la démocratie française 0 339
Union pour un mouvement populaire 0 700119
les Verts 120 124 543121

Cette recherche fait ressortir plusieurs noms de partis fréquents dans les quotidiens
majeurs de langue française. Les noms des partis qui sont ou ont déjà été au pouvoir ou qui

115 Pour les partis politiques canadiens, nous n'avons tenu compte que des noms de partis qui étaient en français. En
effet, certains partis n'ont qu'un nom en anglais (ex. : Animal Alliance Environment Voters Party of Canada ou First Peoples
National Party of Canadd). Nous les avons exclus puisque notre recherche se concentre sur la lexicographie de langue
française.
116 Nous avons respecté la graphie des sources mentionnées ci-haut, pour la majuscule comme pour les articles.

1,7 La recherche a été faite le 17 décembre 2009.

118 Ce nom de parti est parfois utilisé en référence à un nom de parti écossais. En outre, le syntagme est parfois utilisé

non pas comme nom propre mais comme expression du lexique commun. Cependant, un survol des contextes permet de
constater que l'expression désigne surtout le Parti indépendantiste fondé au Québec en 2008.
119 On voit à travers l'exemple de l'Union pour un mouvement populaire l'importance des sigles dans la désignation des partis

politiques. Ce nom de parti est relativement peu fréquent lorsqu'on considère que c'est le parti au pouvoir. Or le sigle
UMP apparaît dans plus de 100 000 documents dans Eurêka.
120 Nous n'avons pas cherché la fréquence de Verts dans la BDTS puisque cet exercice aurait trop fastidieux en raison de

la grande fréquence du mot vert et de sa grande polysémie.


121 Le nom de ce parti est assez général pour désigner des partis verts de plusieurs États du monde. Nous n'avons pas

procédé à une analyse de contexte de toutes ces occurrences du nom de parti.


219

représentent ou ont représenté l'opposition officielle obtiennent une fréquence élevée.


Évidemment, plusieurs noms de partis ne sont pas assez fréquents pour justifier leur
présence dans un dictionnaire général. Enfin, quelques noms désignent des partis qui
n'existaient pas au moment où la BDTS a été constituée {néorhino, Parti indépendantiste et Québec
Solidaire).

L'absence de certains noms de partis dans les dictionnaires québécois s'explique par le

fait que ces partis ont été fondés après la parution des dictionnaires québécois (l'un publié en
1988 et l'autre en 1992) : c'est le cas du Bloc québécois, de L'Action démocratique du
Québec, du Parti indépendantiste, du Parti République du Québec et de Québec Solidaire.
La nomenclature du Dictionnaire de la langue française — le français vu du Québec, mise sur pied plus
récemment que celles des dictionnaires à l'étude, inclut Bloc québécois sous bloc et définit Action
démocratique du Québec sous le dérivé adéquiste122. Nous avons déjà mentionné que la dernière
édition du NPR définit elle aussi Bloc québécois sous bloc, et elle inclut en tant qu'exemples Parti
libéral (du Québec et du Canada).

La communauté francophone ciblée par le dictionnaire influence la sélection des


noms propres de partis politiques. Le tableau 4.12 reprend la liste des noms de partis
politiques présents dans les dictionnaires à l'étude, mais au lieu de fournir les fréquences dans
les banques de données, il spécifie le lieu où le parti est actif.

122Le parti Québec solidaire n'avait pas encore remporté son premier siège à l'Assemblée nationale lors de l'établissement
de la nomenclature du vocabulaire politique du FVQ.
Tableau 4.12 : Noms de partis politiques présents dans les dictionnaires à l'étude

Lieu Nom du parti politique Dictionnaire Dictionnaire


français québécois
Québec/Canada Parti conservateur (Canada) NPR DFP, DQA
(Parti du) Crédit social DFP, DQA
Nouveau parti démocratique DQA
Parti libéral du Canada DFP, DQA
Parti libéral du Québec DFP, DQA
Parti progressiste-conservateur DQA
Parti québécois NPR, PLI DFP, DQA
Parti rhinocéros DQA
Ralliement (des) créditiste(s) DFP, DQA
Union nationale (Parti de !') NPR DFP, DQA
France Front national NPR
Parti communiste français123 NPR
Parti girondin NPR
Parti (républicain) radical et NPR, PLI DQA
(radical socialiste)
Parti socialiste PLI DQA
Parti socialiste unifié NPR
Le parti socialiste S.F.1.0 NPR
Rassemblement du peuple français DFP

Les noms de partis politiques français sont surtout présents dans les dictionnaires
hexagonaux, et les noms de partis politiques canadiens ou québécois sont surtout présents
dans les dictionnaires québécois. Le NPR contient plus de noms de partis politiques français
que le PLI, et le DQA contient plus de noms de partis politiques québécois que le DFP.

Les dictionnaires québécois contiennent peu de noms de partis politiques français —


un seul figure dans le DFP et deux dans le DQA. Le PLI contient uniquement un nom de
parti politique québécois, et le NPR contient deux noms de partis politiques québécois et un
canadien. Comme nous l'avons déjà signalé, ce qui surprend surtout est le choix de ces noms
de partis. D'une part, des noms de partis politiques qui n'existent plus sont présents dans les
dictionnaires, et d'autre part, les noms de partis politiques contemporains et fréquents dans
les banques de données consultées (donc dans la presse générale) sont absents des
dictionnaires.

123 Pour ce nom de parti, comme pour Parti libéral du Canada, Parti libéral du Québec et Parti conservateur du Canada, nous

avons limité notre recherche au nom en entier, même si des appellations plus brèves peuvent parfois être employées. La
fréquence réelle de ces noms de partis est donc probablement plus élevée que celle notée dans le tableau.
221

On sent une volonté de la part des auteurs de dictionnaires québécois de mentionner

les partis politiques majeurs. On constate néanmoins des lacunes en ce qui concerne les noms
de partis politiques français. Si ces dictionnaires s'adressent en priorité à un public nord-
américain, il n'en demeure pas moins que la description des principaux noms de partis
politiques de France peut s'avérer utile. On pourrait émettre l'hypothèse que ce manque est
attribuable au fait que le DFP et le DQA sont adaptés de dictionnaires hexagonaux, eux-
même hésitants à décrire les noms de partis politiques français contemporains.

Après avoir dressé la liste des noms de partis politiques qui siègent sur les instances
politiques officielles, et avoir vérifié la fréquence des noms de partis politiques inscrits sur les
listes électorales dans deux banques de données, la question de leur sélection par les
dictionnaires reste entière. Comme les dictionnaires ont mis à leur nomenclature certains
noms de partis politiques, il aurait été intéressant d'adopter une démarche cohérente, où les
noms de partis seraient sélectionnés en vertu de critères définis d'avances et où le traitement
obéirait également à une démarche systématique.

Afin de sélectionner les noms de partis politiques à traiter dans un dictionnaire de


langue, il faudrait entreprendre une démarche qui tienne compte, d'une part, de l'importance
relative des partis politiques qui détiennent un certain pouvoir dans un État donné et, d'autre
part, de la fréquence de leurs appellations dans un corpus donné. Cette double vérification
est nécessaire pour ne pas uniquement consigner dans les dictionnaires les noms des partis
contemporains, puisqu'il est également important d'inclure des noms de partis qui ont eu une
importance par le passé. Pour un dictionnaire de la variété hexagonale de français, la BDTS
n'est pas le corpus le plus approprié. Pour tous les dictionnaires de langue française, destinés
à la France ou au Québec, une actualisation des noms des partis politiques actifs aujourd'hui
pourrait être faite avec d'autres banques de données, ou à partir des données des directeurs
généraux des élections du Canada et du Québec. Un nom de parti politique pourrait pénétrer
la nomenclature d'un dictionnaire en vertu de la variété géographique ciblée en priorité et
d'un seuil minimal de fréquence dans un corpus approprié. Nous proposons donc une
solution fondée à la fois sur la méthode préconisée par Vaxelaire, basée uniquement sur des
222

corpus, et celle de Rey-Debove, et sur le critère de notoriété ou de l'importance dans un

système socioculturel donné.

Il faut également souligner que pour sélectionner les noms propres de partis politiques
à effectivement inclure dans un dictionnaire, les chiffres présentés dans les tableaux
précédents devraient être complétés par des recherches supplémentaires : d'abord, les textes
des banques de données devraient être dépouillés de manière plus systématique; ensuite, il
faudrait faire des recherches avec tous les noms possibles donnés au parti - le nom au long
(ex. : Parti libéral du Canada), un nom abrégé (ex. : Parti libéral) sans oublier le sigle, qui est
peut-être parfois plus fréquemment employé que le nom complet (PL ou PLC).

4.2.2 Les noms de partis politique présentés en exemples

Comme pour les noms propres d'événements et de périodes historiques, nous avons
constaté qu'un certain nombre de noms propres de partis politiques apparaissent simplement
en tant qu'exemples. Cette manière de présenter les noms propres pose davantage de
problèmes pour les noms de partis que pour la sous-catégorie précédemment analysée.

Il arrive, quoique rarement, que cette pratique soit une manière économique (en
termes d'espace) d'intégrer un nom de parti. Dans quelques cas, le sens du nom propre
présenté en exemple se rattache à la définition du mot qui est décrit. Par exemple, sous
socialiste dans le NPR, Parti socialiste, même s'il n'est pas défini, peut se décoder : le nom du
parti contient un mot qu'il est possible de rattacher à une doctrine politique, permettant au
moins de situer le parti à gauche.

i. Relatif à l'une des doctrines ou des organisations sociales appelées socialismes, qui fait profession de socialisme. Le parti socialiste (P. S.)*|
Parti socialiste anglais (-*- travailliste), allemand (•+ social-démocrate).
» Hist. Les Internationales socialistes. Le parti socialiste S. F. L 0. (Section française de l'Internationale ouvrière). Parti socialiste
unifié (P. S. U.).

Dans ce cas, le lecteur peut aller à l'article socialisme pour plus d'information. La
situation est similaire pour Parti communiste. Il n'y a pas de définition à proprement parler de
223

parti communiste français ni de parti communiste italien, mais le mot communiste permet de situer ces

partis sur le plan idéologique.

*, „-•* .s^ ?• && % «TV *,J ! îMi î m 'fi J- Ja..m - .«**•&£*• * ^


• .M. «mst 2# f ÉTU &#km. £#***W. êsm €?mm*ms£&. tM* mkstm* wm***m84.

Toutefois, rares sont les noms de partis dont le sens peut facilement être déduit s'ils
sont présentés dans l'exemplification. La plupart du temps, il faut ajouter des informations,
des traits distinctifs pour circonscrire le référent. Cela étant dit, même pour Parti communiste et
Parti socialiste, des traits distinctifs pourraient s'avérer intéressants. Simplement, la présence de
ces noms de partis dans la zone d'exemplification pose moins de problèmes que les
prochains cas.

Dans le DFP sous rassemblement, l'exemple Rassemblement pour l'indépendance nationale est
donné sans aucune autre information - ni marque, ni mention, ni glose. Or le nom du parti
ne donne pas beaucoup d'indice sur sa nature - seulement sur son orientation par rapport à
l'indépendance du Québec. Le lecteur ne sait pas qu'il s'agit 1) du nom d'un parti politique;
2) que ce regroupement n'existe plus. Par ailleurs, la définition qui précède l'exemple,
« Union de personnes rassemblées par un dessein commun », est trop large pour qu'on sache
que ce qui suit est en fait le nom d'un parti, et non une simple collocation.

Union de personnes rassembiees par un dessein commun. LeRassemblemeftpcmrFmdependance


nationale i/?W). > Groupement potique rassemblait des tendances <fcerses. - De rassembler.

On trouve un cas similaire dans le NPR : Front national revient trois fois dans ce
dictionnaire, sans jamais être décrit. Le nom du parti apparaît deux fois à l'article frontiste, sous
deux acceptions différentes (1er extrait); il apparaît également sous front (2e extrait).

• Du Front national. Le programme jronlisle.

• Partisan du Front national.


° N. Lesfrontisies.
' N. III. FRONTISME.

4. Par anal. Union étroite constituée entre des partis ou des individus s'accordant sur un programme commun. -* bloc, coalition,
groupement, ligue. Front populaire. Front de libération nationale (F. L N.). Front national (F. Ni). •+ frontiste. Le front du
rejus, ensemble de ceux qui rejettent (qqch).
224

Sous frontiste, aucun élément ne précise la valeur référentielle du mot. Sous front non
plus; la définition sous laquelle Front national apparaît en tant qu'exemple est trop générale -
comme en témoigne la nature disparate des exemples donnés. D'abord, la présentation ne
permet pas de savoir qu'il s'agit d'un parti politique officiel; ensuite, le lecteur n'a pas
d'information pour situer le Front national idéologiquement. Si le nom du parti laisse entendre
une orientation nationaliste, il ne le classe pas nécessairement dans la droite politique, encore
moins dans l'extrême droite.

Un autre cas se trouve sous parti, dans le DFP cette fois : Parti québécois figure en
exemple. Ici, le nom indique qu'il s'agit d'un parti politique, et non pas d'un groupement
quelconque, mais aucune information ne permet de distinguer ce nom de parti d'un autre124.

t Group* 4a ptfMmws ayant In mémo» opèniom. M* même* Mirétt. 2 Association d* p«*sonMt


xgarnM* «n sm (FUM action paangu> tmpMittgtiébâe*M Absol. L# Part» tu Franc», (a parti
fowwunw». Avoir sa cttl* du Parti - £sot» ottU Partial»* «a favtut da ton parti. il, Ratoàitton:

Dans le DQA, le cas de parti progressiste-conservateur (sous progressiste) est similaire :

$. at*, CM cal partisandb pcoyas poWtjat, éeenonÉpw al AM ptaa QittMft jwtffrt social*. oMtniw par
K
mmtm« h» —I— â»in«i»n» Aa muaift— «nJHfim
Mraw). COMffi, eonmvtÈmr, rtfacàofinair»- Ancèafrt, L» Parti txvQr9*ti»t*-con»4rvmur du Canada

Le nom du parti est simplement accompagné de la mention Anciennt. À la lecture de


l'exemple, le lecteur décode qu'il s'agit du nom d'un ancien parti. Un traitement aurait été
souhaitable, d'autant plus que le nom du parti est quelque peu opaque.

Dans d'autres cas, il existe un certain lien entre le nom du parti et les mots du lexique
commun qui le composent; une transposition peut alors se faire entre les deux. Cependant,
des informations supplémentaires sont nécessaires pour circonscrire le réfèrent. Nous avons
déjà présenté Le parti socialiste, donné en exemple dans le NPR. En fait, ce nom propre est
donné en exemple parmi d'autres.

124 A noter également dans ce même extrait l'emploi absolu Le parti, associé au parti communiste français. Cette

description laisse entrevoir une perspective hexagonale dans le traitement. Pour un Québécois, l'utilisation de parti en
absolu ne renvoie pas de manière évidente au Parti, communiste français. L'adaptation au contexte nord-américain n'a pas
été faite.
225

t. Relatif à l'une des doctrines ou des organisations sociales appelées socialismes, qui fait profession de socialisme. Le parti socialiste (P. S.).
Parti socialiste anglais (-» travailliste), allemand (•* social-démocrate).
° Hlst. Les Internationales socialistes. Le parti socialiste S. F. I. 0. (Section française de l'Internationale ouvrière) Parti socialiste
unifié (P. S. U.).

Or Le parti socialiste est réellement le nom du parti politique français, alors que le parti
socialiste anglais s'appelle Parti travailliste. Pour ce qui est du parti allemand, la question est
plus délicate car plusieurs partis politiques allemands ont porté l'adjectif socialiste dans leur
appellation, comme le Parti socialiste ouvrier allemand ou encore le Parti national-socialiste (parti

nazi). Évidemment, les deux partis n'étaient pas de même allégeance - le premier étant de la
gauche marxiste et le second, d'extrême droite. L'exemple n'est donc pas clair, et on présente
de la même manière le nom officiel d'un parti et des exemples de partis ailleurs dans le
monde. Le lecteur n'a pas assez d'information pour départager tout cela; sa compréhension
dépendra de ses connaissances personnelles.

Dans la suite de l'extrait reproduit plus haut, on voit trois noms de groupes réunis
sous la mention « Hist. » : Les Internationales socialistes, Le parti socialiste S.F.I.O. et Le Parti
socialiste unifie) ne sont ni définis ni glosés, de sorte qu'aucun renseignement permettant de les
distinguer l'un de l'autre n'est donné. Le sigle de S.F.I.O est explicité, et on peut en déduire
qu'il s'agit d'un parti de tendance marxiste, mais ceci pourrait éventuellement être le cas de
tout parti se réclamant du socialisme. Peut-être que ces cas se situent à la limite du type et du
nombre d'informations que peut donner un dictionnaire de langue sans tomber dans la
description encyclopédique.

Les cas suivants sont particuliers en ce sens que les noms de ces partis sont formés à
partir de mots du lexique commun employés depuis longtemps dans le vocabulaire politique :
libéral et conservateur. D'une part, ces mots sont très polysémiques. D'autre part, les partis qui
portent ces noms existent depuis longtemps, et il n'est pas certain qu'ils suivent les principes
édictés par le libéralisme et le conservatisme au sens traditionnel de ces termes. Dans ces cas,
la simple mention du nom du parti n'est pas suffisante pour cerner le référent d'un nom de
parti, comme elle pouvait l'être pour parti communiste français ou parti socialiste. Certes, le nom
du parti peut renseigner quelque peu sur son orientation. Mais la pratique de mettre un nom
de parti en exemple comporte des limites.
226

Sous conservateur; le NPR mentionne Parti conservateur uniquement en tant qu'exemple.

#. M|. i|)w MB. 'jm *••*»•> * mwEi» '*• > >4 If «If txmtervmt»»*. m iwnwtnWiin», J*M) «' iw*M *
iMfiwm* >1» f i cul ta Mi*un tr*4kfc!ia#te* • £* jrrj » «Jr »» *r»w/«/ • TbtM»"
M £#« ![>«»»«««•« #» ir«

* A«t CaaMk. l##we«w*rnslie^. «*Mt> Mwfcw J» »•«% !


* .'f • ry *

Il fait la même chose sous libéral dans l'édition 2010.

# - i*$Q: f- #të & **vfc-ia»8»! iM-s i» -v .Gjg%& i --m •$>*• *• *•*,- <d Ixxtnwik uktt fo-spm
hkê*mk. MfoéÊâ» U4>+i •* jm?,« •<•>»»i<4 &!*•*&. *»
•*m im, -» Mm», «ad»r«HL
• ffiriMWi) J3t *r> Ut t*iur$nw àè&al
» * Ut

• ÂM -^mvkêê «a J> /Vf»

Même si le fait d'inclure ces noms de partis plus contemporains est un enrichissement
de la nomenclature, ils ne sont pas intégrés de manière à ce que le réfèrent soit facilement
identifiable. Si on rattache l'exemple du NPR « Au Canada, au Québec, Le parti libéral » à la
définition proposée : « Favorable aux libertés individuelles, dans le domaine politique,
économique et social », a-t-on vraiment distingué ce parti politique des autres ? Le parti
libéral, tant au Québec qu'au Canada, se rattache certes à la grande tradition libérale.
Cependant, il ne s'oppose pas à un parti qui est défavorable aux libertés individuelles.
D'autres partis politiques pourraient se proclamer de ces valeurs — que ce soit le Nouveau Parti
démocratique au fédéral ou l'Action démocratique du Québec au provincial, ou éventuellement
d'autres partis. Le Parti libéral du Canada et le Parti libéral du Québec ne sont pas
uniquement à situer comme prônant le libéralisme politique, mais également le libéralisme
économique — plutôt le néolibéralisme. Il faut également se souvenir que le nom de parti
reste un mot de la langue, et il n'échappe pas à l'arbitraire. Les noms des partis politiques
seuls ne permettent pas de bien cerner le référent : ils ont besoin d'être glosés ou définis, à
moins que leur nom corresponde exactement à la définition retrouvée sous un des mots qui
composent le nom propre (la définition sous socialiste pour parti socialiste, par exemple)125.

125 Un exemple éclairant, tiré des noms propres de pays, est celui de la République démocratique du Congo. Les mots république
et démocratique véhiculent une information destinée avant tout à promouvoir une image, mais ne change en rien le bilan
catastrophique du pays en matière de droits de la personne
227

Les principaux éléments servant à situer les partis politiques sont d'une part l'axe
gauche-droite (avec toutes les déclinaisons, en passant par le centre), et d'autre part, pour le
Québec, la question de la souveraineté. Nous y reviendrons dans la section suivante.

La même situation se produit dans le DQA, toujours sous l'article libéral :

•m rw|t< LMiêêmtrx $ont su pouvoir, L*tpum» *Nf»ux - M|, OoctrMM, «Mm NMctiM CCMTft.
Umdt t&m. PI C », I» AmV Mntf du CMtmiifcNv PiQ.i IW» flMtmJ». unial» pnmemf (k
HftMlmtl: %, iPmmim) Htèm é> 9> iwiww (2|, tft» toem rnttt» « H, Un mat CONTK.
SWMNMMTI, MCMMV - PCMTSMI ÉII®W* AIHHMIM 4MMM, 4. CM WTP®D# IM OPWOOT,

Le DQA mentionne les noms de partis en exemple, et ces noms de partis sont à
rattacher à la définition donnée en 2 : « Membre ou partisan d'un parti politique fédéral [...]
ou provincial [...] favorable aux libertés individuelles». Or, comme nous l'avons déjà
mentionné, ce dernier segment n'est pas suffisant pour définir Parti libéral, puisque aucun
autre parti canadien ou québécois ne s'oppose dans sa plate-forme au respect des libertés
individuelles. Les oppositions à conservateur et à péquiste données dans la définition aident
quelque peu à positionner le parti, quoique ces oppositions ne sont pas claires. Il ne s'agit pas
d'antonymes au sens linguistique. Mais sur le plan idéologique non plus, l'opposition n'est
pas facilement décodable : les partis politiques mentionnés ne sont pas en situation
d'opposition binaire, puisque le Canada et le Québec ne sont pas des régimes bipartites. La
définition donnée sous conservateur donne quelques traits distinctifs supplémentaires, sans non
plus complètement dépasser les informations que le nom du parti suffit à donner126 :

MMi è ittênh «• «MM* i ton MM 10$ mmwmnnm <M( 0Hpw * A4|: w»


SOMPvnMMMfirfMI rWm wQBVmlNnBm ImBmw*'- v j ~ PWf.; 6Pr ¥BKmm v99!Êmw9^m, ** CP Wfipp&ll*#, ***r

À la lecture de ces exemples, nous concluons que les noms propres de partis
politiques ne peuvent que rarement être simplement présentés dans l'exemplification sans
être décrit tout en permettant de bien cerner le réfèrent. Les noms de partis ne contiennent

126 Mentionnons également que dans le PLI, la sous-entrée Parti libéral apparaît sous libéral. Cependant, nous n'avons pas

considéré cette sous-entrée comme un nom propre parce qu'elle ne renvoie pas à un parti libéral en particulier, comme
en témoigne la définition où sont nommés plusieurs États : « Parti libéral : parti se réclamant du libéralisme politique,
notamment en Grande-Bretagne, en Belgique, en Italie ».
228

pas tous des mots annonçant leur nature (parti n'est pas toujours présent dans les
appellations, et certains mots sont plus flous - rassemblement, recoupement). En outre, la grande
polysémie des mots libéral, conservateur ou national (dans Front national) font en sorte qu'une

explicitation supplémentaire est nécessaire.

Par ailleurs, pour permettre de circonscrire le réfèrent de manière efficace, le


traitement définitoire doit comporter un certain nombre de traits distinctifs, qui font l'objet
du prochain point.

4.2.3 Le traitement définitoire des noms propres de partis politiques

Nous avons examiné les noms de partis qui reçoivent un traitement. Après notre
analyse du traitement définitoire, nous avons ciblé les informations qui devraient être
fournies afin de circonscrire efficacement le réfèrent pour les noms propres de partis
politiques politique. Lorsque ces éléments sont absents, le traitement définitoire est
insuffisant.

D'abord, comme pour les noms propres d'événements et de périodes historiques (et
comme pour tous les noms propres du vocabulaire politique, en contexte lexicographique de
langue française), il convient de préciser le lieu géographique. Pour les noms de partis
politiques, le traitement doit indiquer dans quel État ou région le parti est actif ou a été actif.

Ensuite, nous avons établi dans la section 4.2.1 que plusieurs noms de partis
mentionnés dans les dictionnaires réfèrent à des partis qui n'existent plus. Or ceci n'est pas
toujours clair, comme nous le verrons dans cette section. Cette information est nécessaire
pour circonscrire le réfèrent.

Enfin, le traitement doit préciser l'orientation politique générale du parti. Si le


traitement définitoire ne donne pas cette information, il sera impossible au lecteur de
départager les partis politiques les uns des autres. Pour les noms propres d'événements et de
périodes historiques, les informations sur la date et le lieu étaient primordiales; or plusieurs
partis politiques peuvent coexister durant la même période. Il faut donc ajouter des traits
229

distinctifs dans le traitement définitoire. Nommer le ou les personnages politiques principaux


associés à un parti peut aider dans certains cas, mais les chefs de partis peuvent changer, alors
que l'orientation politique devrait en principe rester la même (ou en tout cas être plus
durable). Ainsi, si on associe Maurice Duplessis à l'Union nationale ou Jean-Marie LePen au
Front national actuel, on serait bien en peine de choisir un seul chef emblématique du Parti
libéral québécois ou du Parti conservateur canadien. Il faut néanmoins demeurer dans les

limites du traitement dans un dictionnaire de langue, et ne pas déborder vers le


développement encyclopédique. Une information minimale permet de tout de suite situer un
parti politique parmi les autres partis d'un État, tout en n'occupant pas beaucoup d'espace
dans l'article : il s'agit de situer le parti, lorsque possible, sur l'axe gauche/droite de l'échiquier
politique d'un État donné. Au Québec et au Canada s'ajoute également une autre information
à fournir sur l'orientation politique du parti, qui remplace parfois celle sur la gauche ou la
droite : est-il souverainiste ou fédéraliste?

Dans la partie 4.2.1 sur la nomenclature, nous nous sommes concentrée sur les noms
propres de partis politiques québécois, canadiens ou français puisque nous voulions partir
d'un corpus circonscrit afin de vérifier la pertinence des noms retenus. Pour ce qui est du
reste de la section, nous élargirons notre objet à tous les noms de partis présents dans les
dictionnaires, sans nous limiter au monde francophone.

[Link] Dans le NPR

Le tableau 4.13 présente les noms propres de partis politiques dans le NPR, en
spécifiant à quel endroit de la microstructure ils se trouvent et s'ils reçoivent un traitement.
Les noms de partis ont été classés selon que les partis étaient actifs en France, au Québec ou
au Canada ou bien ailleurs.
230

Tableau 4.13 NP de partis politiques dans le NPR

Lieu où le parti est actif Nom du parti (et mention) Emplacement Traitement
France Front national (3) Définition (2) Non
Exemple
Le parti socialiste Exemple Non
Le parti socialiste S. F. 1.0. Exemple Non
(Section française de l'Internationale ouvrière).
Parti communiste français (2) Définition Non
Exemple
Parti girondin Sous-entrée Oui
parti radical Définition Non
parti républicain radical et radical-socialiste Définition Non
Parti socialiste unifié Exemple Non
Québec ou Canada Parti conservateur (Canada) Exemple Non
Parti québécois (2) Sous-entrée Oui
Définition
Parti de l'Union nationale (4) Définition (2) Non
Exemple
Sous-entrée
Autres États Front de libération nationale Exemple Non
parti conservateur (britannique) Définition Non
Parti communiste italien Exemple Non
Le parti démocrate Sous-entrée Oui
Parti libéral (britannique) Définition Non
« parti ouvrier allemand » Définition Non
Le parti républicain Sous-entrée Oui
parti travailliste Définition Non

Des 19 noms de partis politiques qu'il mentionne, le NPR en décrit quatre.

Dans la partie précédente, nous avons déjà constaté que les noms des principaux
partis politiques français contemporains sont absents du NPR. Le seul nom de parti politique
français défini est Parti girondin, nom d'un parti qui n'existe plus.

2. Hift. Le parti grondin : parti qui se forma en 1791 autour de quelques députés de la Gironde,
° N. Les Girondins et les Jacobins.

Même si le nom du parti est défini, la définition n'est pas complète en ce sens qu'il
s'agit davantage d'expliquer la motivation de l'appellation du parti plutôt que de cerner la
valeur référentielle du nom propre. Le segment « députés de la Gironde » n'explique pas les
orientations du parti politique. La date et la mention « Hist. » le situent dans le temps, et
231

l'exemple présente le nom donné aux membres de ce parti, tout en les situant comme des

contemporains des Jacobins, mais sans expliquer si les deux regroupements avaient une
idéologie commune ou opposée. Mentionnons au passage que la définition qu'on trouve sous
Jacobin est également construite de manière à expliquer le nom, mais qu'on y trouve tout de
même un trait distinctif utile (« révolutionnaire »), ce qui n'est pas le cas sous girondin. Le
traitement diffère également par le fait que sous girondin, on définit en sous-entrée le nom du
parti (Partigirondin), alors que sous jacobin, on définit d'abord le nom du membre du groupe,
groupe dont le nom officiel est présenté en exemple.

2. N. m. (1790) Hist. Membre d'une société poHtique révolutionnaire établie à Pans dans un ancien couvent de Jacobins. Le club des Jacobins.

Les deux derniers extraits reproduits ci-dessus montrent l'emploi de la mention


« Hist. », qui permet de situer les groupes politiques dans le passé. C'était également le cas
pour les autres noms d'anciens partis politiques français qui apparaissaient sous socialiste,
(présentés en [Link]), tous des noms de partis qui ont été dissous ou qui se sont fondus à un
nouveau parti.

Si les noms de partis politiques sont bien situés dans le temps (pour les noms de partis
de France mais aussi d'ailleurs), ceux qui dénomment des partis de France ne sont pas situés
dans l'espace127, le NPR semblant favorisé le décodage pour les locuteurs de France.

Pour ce qui est des noms de partis canadiens, deux sur trois sont décrits : Parti québécois
et Union nationale. La définition de Parti québécois semble au premier coup d'oeil complète en ce
sens qu'elle contient des informations permettant de situer l'orientation politique du parti,
qu'elle en précise l'allégeance indépendantiste et qu'elle fournit des informations de nature
encyclopédique, identifiant la date de naissance de ce parti et son fondateur et principal
représentant dans l'imaginaire québécois :

0 Le Parti québécois (P. Q.) : parti de tendance socialiste et indépendantiste, fondé en 1968 par R. Lévesque. Membre du Parti
québécois. •* péquiste.

127On mentionne « Paris » dans le traitement de Jacobin, mais Jacobin est un nom propre d'un membre de groupe, et nom
pas un nom propre de groupe.
232

Cependant, un examen plus attentif permet d'émettre quelques réserves, déjà


soulevées par Annie Galarneau dans son mémoire de maîtrise, d'abord en ce qui concerne
l'orientation politique socialiste (la définition qu'analyse Galarneau est tirée du Grand Robert,

mais elle est identique à celle du NPR) :

En ce qui concerne la définition proposée pour parti québécois, on note


qu'elle cause aussi problème puisque le trait /de tendance socialiste/ n'est
pas pertinent. En effet, ce qui caractérise essentiellement ce parti politique,
ce n'est pas tant le fait qu'il soit de tendance sociale démocrate que le fait
qu'il promeuve la souveraineté de la province de Québec. (Galarneau :
2000: 86)

En fait, sur le site Internet officiel du Parti québécois, on peut lire que ce dernier se
réclame de la social-démocratie, ce qui en soi est une nuance par rapport au socialisme. Si le
NPR a plutôt mis socialiste, c'est peut-être que la connotation de ce mot n'est pas la même
dans les deux communautés francophones. La charge lexiculturelle du mot n'est pas
identique en France et au Québec, où la tendance est plus souvent à s'éloigner des étiquettes
plus radicales. Par ailleurs, même si le Parti québécois se dit social-démocrate, la plate-forme
du parti puise plus ou moins à cette tradition selon les différents chefs et ministres qui le
composent au fil du temps. Nous sommes d'accord avec Galarneau lorsqu'elle dit que le
principal trait à retenir pour Parti québécois est la promotion de la souveraineté du Québec.
Plus que la tendance à droite ou à gauche, la promotion ou non de la souveraineté du Québec
est un élément central dans la politique québécoise.

En outre, le lieu où le parti est actif n'est pas suffisamment circonscrit. Le seul nom ne
permet pas de déduire que le parti est actif au niveau provincial — on pourrait par exemple ne
pas voir la différence avec le Bloc québécois, qui lui est actif au niveau fédéral. Dans l'édition
2010 du NPR, cette information est justement donnée : Bloc québécois (traité sous bloc) est
précédé de la mention « Au Canada ». Ces informations gagneraient à être davantage
explicitées, surtout pour un public qui n'est pas familier avec la politique canadienne et
québécoise.
233

L'autre nom de parti politique québécois décrit dans le NPR est Union nationale, qui
revient quatre fois dans le dictionnaire, sous union, unioniste et deux fois sous national, où il est
glosé.

» Au Québec, andennt Parti de Q m (1935-1988), fondé par M. Duplessis Membre de /||QQ


•* unioniste.

Plutôt que de fournir une définition substantielle avec des traits distinctifs, on donne
des informations encyclopédiques certes importantes (lieu, dates, fondateur et représentant le
plus éminent), mais insuffisantes pour situer le parti politique parmi les autres d'un point de
vue idéologique.

Nous terminerons cette section par les noms propres de partis extérieurs au Canada
ou à la France. Les noms des deux principaux partis politiques des États-Unis sont définis,
mais leur traitement n'est pas symétrique :

j. Aux États-Unis, Le parti républicain (depuis 1854) : parti de tendance fédéraliste, libéral et conservateur. « Le parti républicain est,
par essence, celui de la richesse organisée, de la grande production capitaliste » fSiegfriedl.
• N. Membre, électeur de ce parti. Les Républicains et les Démocrates.

t. (1825) Le parti démocrate : l'un des deux grands partis politiques américains (opposé à Parti républicain). Électeur démocrate. Subit.
Membre, électeur de ce parti Les démocrates et les républicains.

La définition de parti républicain est une définition par inclusion assez complète; celle
de parti démocrate se contente de positionner ce parti par rapport à l'autre. Cette différence de
traitement est peut-être due au fait que démocrate renvoie à un concept politique dont la charge
lexiculturelle est la même aux États-Unis et en France, alors que ce n'est pas le cas pour
républicain. En France, dans la politique contemporaine, républicain fait référence à un partisan
de la République; mais d'un point de vue historique, durant la Révolution française, républicain
fait référence aux factions qui s'opposaient à la monarchie, ce qui n'est pas le cas aux États-
Unis128.

128 On pourrait également émettre l'hypothèse selon laquelle les deux noms de partis politiques reçoivent un traitement
de nature différente pour des raisons purement pratiques, à savoir qu'ils n'ont peut-être pas été rédigés par le même
lexicographe. Cependant, le fait que parti républicain reçoive davantage de trais distinctifs que parti démocrate nous semble
tout de même révélateur d'une différence au niveau de la chaige lexiculturelle des deux adjectifs pour le public français.
234

Soulignons également l'emploi du mot libéral dans la définition de Parti républicain, qui
peut sembler en contradiction avec l'autre adjectif utilisé pour définir le parti, conservateur.
Libéral est à comprendre ici dans le sens de « qui prône le libéralisme économique ».

Les autres noms de partis politiques décrits sont des noms de partis britanniques.
Dans aucun cas on ne donne de définition. La manière de présenter ces noms de partis est
comparable à ce qu'on trouve sous whig pour parti libéral.

2. Membre du parti libéral opposé aux torys, aux XVIIIe et XIXe s.


» Adj. « leurs adversaires wkigs » (Madelin').

Le lieu où évoluent ces partis (Grande-Bretagne) n'est pas spécifié. La charge


lexiculturelle est peut-être encore en cause : pour la communauté francophone québécoise,
parti libéral fait automatiquement référence au parti canadien ou québécois, sauf s'il en est
spécifié autrement. La proximité géographique avec la Grande-Bretagne fait peut-être en
sorte qu'il en est autrement en France.

L'intégration et le traitement des noms de partis politiques dans le NPR diffèrent


selon que les noms désignent des partis français ou non. Encore une fois, nous constatons
que le NPR semble privilégier le décodage pour sa communauté linguistique plutôt que pour
les communautés extrahexagonales. Le choix des noms de partis canadiens et québécois dans
le NPR laisse à désirer dans la mesure où les seuls partis contemporains retenus sont Parti
québécois et Parti conservateur, et que leur traitement pourrait être amélioré. Union nationale est
présent plusieurs fois, même si le parti n'existe plus depuis de nombreuses années, et on
s'étonne de l'absence de noms de partis actifs aujourd'hui. Si le NPR mentionne Bloc québécois
et Parti libéral (canadien et québécois) dans sa version la plus récente, leur traitement reste
insuffisant. Pour tous les noms de partis, les informations essentielles pour cerner le réfèrent
ne sont pas données.
235

[Link] Dans le PLI

Le tableau 4.14 présente les noms propres de partis politiques dans le PLI. Par rapport
au tableau des noms propres de partis politiques pour le NPR, nous avons ajouté une
colonne indiquant si le nom propre était traité dans la section consacrée aux noms propres
dans l'ouvrage.

Tableau 4.14 Noms propres de partis politiques dans le PLI

Lieu Nom du parti Emplacement Traitement Section NP


Québec/Canada Parti québécois Définition Non
France Parti radical et radical-socialiste (2) Sous-entrée
Parti socialiste Définition Non V
Autre État Parti conservateur (britannique) Définition V
Sous-entrée
Parti démocrate Définition Non
Parti libéral (britannique) Définition Non
Parti républicain Sous-entrée Oui V
Parti tory Définition Non
Parti travailliste Définition Non
Parti-conservateur (britannique) Définition Non

On constate que, comme pour le NPR, le PLI n'inclut ni ne définit beaucoup de noms
de partis politique français. Le seul nom de parti politique québécois inclus dans l'ouvrage est
Parti québécois, qui n'est pas défini. Les autres noms de cette catégorie désignent des partis des
États-Unis et de la Grande-Bretagne.

Ce qui est intéressant à examiner dans le traitement de ce type de noms propres dans
le PLI est l'arrimage qui est fait entre la section du lexique commun et celle des noms
propres. La situation n'est pas identique à celle de la dernière catégorie analysée : pour tous
les noms d'événements et de périodes historiques du PLI, un renvoi clair est fait vers la
section des noms propres, où se trouve le traitement définitoire complet. Or pour les noms
de partis politiques, seulement trois des noms de partis sur dix renvoient à la section dédiée
aux noms propres. Ce point sera développé au chapitre suivant.

Nous déborderons de la catégorie des noms de regroupements politiques pour


examiner une pratique courante dans le PLI qui consiste à compléter l'information donnée
dans la définition par une phrase complémentaire de nature encyclopédique (le DFP a parfois
236

recours au même procédé). Ceci est illustré dans la paire tory et whig, ces mots sont définis en
tant que noms de membres de groupes dans les définitions ci-dessous, mais les noms de
partis politiques apparaissent dans la description :
•nom mueunn
Membre du Parti conservateur, en Grande-Bretagne. (Après la réforme électorale de 1832, le terme conservateur se substitua à tory,
qui reste cependant en usage.)

•nom masculin
Membre d'un parti qui s'opposait au parti tory et qui apparut vers 1680, en Angleterre. (Le parti libéral lui a succédé au milieu du XIX»
J5j

Dans les deux cas, la phrase complémentaire informe sur l'histoire politique
d'Angleterre; dans le premier cas, elle vise aussi à informer sur le changement d'appellation.
Ces articles sont conçus d'une manière comparable à celle de la partie consacrée aux noms
propres, où les articles commencent souvent par une définition classique suivie
d'informations encyclopédiques supplémentaires. On voit le même modèle reproduit à
l'entrée thématique Parti conservateur dans la partie dédiée aux noms propres, avec des
renseignements encyclopédiques supplémentaires :

Parti conservateur
Parti politique britannique. Le terme « conseivateur » Tut officiellement substitué à celui de « tory » après la réforme électorale de
1832. Traditionnellement aristocratique, ce parti a progressivement atteint les classes moyennes. Principaux dirigeants : R. Peel, B
Disraeli, lord Salisbury, W. Churchill, A. Eden, H. Macmilian, E. Heath, M. Thatcher, J. Major, William Hague et, depuis 2001, lain
Duncan Smith.

Dans ce cas, le PLI n'a pas inclus les noms de partis politiques britanniques en tant
que tels à la nomenclature de la partie consacrée au lexique général. C'est dans la partie
consacrée aux noms propres qu'ils apparaissent en entrée. Cependant, le traitement de Parti
conservateur dans la partie « noms propres » ne permet pas de bien cerner le réfèrent. Le
premier énoncé est très général; s'ensuivent des informations sur les changements
d'appellation du parti au fil du temps. Seul le segment qui suit donne un aperçu (quoique
sommaire) de l'idéologie du parti. La liste des principaux dirigeants clôt l'article.

Nous reviendrons sur le traitement des noms propres de partis politiques dans le PLI
lorsque nous examinerons l'arrimage entre les deux sections de cet ouvrage.
237

[Link] Dans le DFP

Le tableau 4.15 présente les noms propres de partis politiques dans le DFP.

Tableau 4.15 Noms propres de partis politiques dans le DFP

Lieu Nom du parti Emplacement Traitement


Québec/Canada Les bleus Sous-entrée Oui
parti conservateur (du Canada) (2) Définition Non
parti conservateur (provincial) (2) Définition Non
parti du Crédit social Définition Non
parti libéral (du Canada) (4) Définition Non
Exemple
parti libéral (provincial) Définition Non
Parti québécois (2) Exemple Non
Définition
Ralliement des créditistes Définition Non
Rassemblement pour l'indépendance du Québec Exemple Non
Les rouges Sous-entrée Oui
Union nationale (3) Définition Non
France Parti communiste Définition Non
Parti radical et radical-socialiste (2) Définition Non
Autres Parti conservateur (G.-B.) Exemple Non
Labour Party (parti du travail) Définition Non
Parti démocrate Définition Non
Parti libéral (britannique) Définition Non
Parti national socialiste Définition Non
Parti républicain Exemple Oui
Parti travailliste Exemple Non
Parti whig Définition Non

Même si le DFP contient un nombre relativement élevé de noms de partis comparé


aux autres dictionnaires, particulièrement des noms de partis canadiens et québécois, il n'en
définit que trois, et les traitements définitoires sont minimaux.

Le traitement de Parti républicain est insuffisant pour circonscrire le réfèrent :

IHMBPIIHI lUndes deux grand» partis, aux Etats-Unis Lt psiti nipubkittlt'éiêfàtàï 1


ptsbon, en im M. i

En fait, le sens 3 comporte une erreur de traitement. La définition s'applique à un


nom de parti alors que l'entrée, à laquelle le sens 3 se rapporte, est l'adjectif républicain. L'ajout
d'une sous-entrée Parti républicain aurait mieux convenu, ou encore une définition
commençant par « Relatif à... ». D'ailleurs, l'exemple illustre non pas un emploi de républicain
mais bien de parti républicain. En outre, le traitement définitoire permet uniquement de savoir
238

que le parti républicain est actif aux États-Unis et qu'il s'agit d'un des deux partis majeurs de
ce pays, mais ne donne aucune autre information sur ce qui caractérise ce parti. La définition
ne permet pas d'identifier le réfèrent - elle pourrait du reste s'appliquer telle quelle à parti
démocrate. La définition de démocrate donne encore moins d'information :

ITfartisandebdMnoCTabe - Ad 2. Membre du parti dwnocrate. a>a B^vUris. -

Les autres noms qui reçoivent un traitement suivent le même modèle. Il s'agit de Les
bleus et Les rouges :
•mu Mi|,i,y|iip,i,pwi|wi » f.r,[Link],iipgiM" rwiwywmmi iwrypti pwtwr tw ^Tininimiiiiiwwi1-
jrotM toi* Waoa SMu 4» On mus 0* tmwl U n Fam. U«nbr* ou partttan du parti
:omarvaia<« ta<i*ntf ou provincial da runfcxt national* ipar oppot arougt* B*mi »u provtncmi >ouç* *u
•l»c»ara< l#i ««« la part» comarvataw, ou runion nattonal* TnvmH# vampourlts (tfaus *- a<*
*#ta»rf propfaarun<toc#tpaftt» W>aadmi/>«trafKX!Ma»» > aét VoHtr Mm DaMaut

1 Fam CM «M mamfera ou partisan du parti Ifecral


I ttdaraloa provincial (par opfm. a Mm* Ht tooikiui nxiç»i âam têftmm SuM L*imog*$ t» part
I MxKal L*$ ttmgtt onf pris >» pouvoir - M HalaM. p«4»t a «sa parti flnopagatM» mug» 4. Qui a I»

Dans les deux cas, on informe le lecteur de quels partis reçoivent ces surnoms, mais
on ne donne pas de renseignement sur la valeur référentielle des noms de partis. Seuls les
mots conservateur et libéral aident à cerner le parti politique, avec les limites que ces étiquettes
comportent.

Ainsi, l'appellation Les bleus pour nommer un parti politique n'est définie que par le
nom officiel du parti. On sait qu'on appelle Les bleus ceux qui forment le parti conservateur
d'une instance gouvernementale donnée, mais on ne sait pas ce qui caractérise plus
précisément le parti conservateur ou l'Union nationale, puisque les noms de ces partis ne sont pas
définis dans le DFP.

Aucun autre nom de parti politique ne reçoit de définition dans le DFP. Ceci entraîne
les problèmes que nous avons déjà évoqués en 4.2.2, à savoir qu'il ne suffit pas de donner un
nom de parti en exemple pour que le lecteur puisse identifier le référent.

En ce qui concerne les autres informations que nous avons jugées essentielles pour
circonscrire le référent des noms de partis politiques, à savoir le lieu et la période
(contemporaine ou passée), comme les noms de partis ne sont pas définis en tant que tels,
239

nous avons examiné les définitions des noms de membres de partis, où ces noms de partis

sont mentionnés.

Pour ce qui est de situer géographiquement les partis, le DFP le fait clairement pour
ce qui est des partis de France ou d'ailleurs, mais pas toujours pour les partis québécois ou
canadiens. Ceci est attribuable à la perspective adoptée par l'ouvrage, qui a choisi, rappelons-
le, de ne pas identifier comme tels les usages propres au Québec. Par exemple, dans les
extraits que nous avons reproduits plus haut de Les bleus et Les rouges, on constate qu'aucun
lieu n'est précisé. C'est la même chose pour Union nationale. Les autres noms de partis
québécois et canadiens sont présentés avec une précision quant au lieu uniquement parce que
le DFP clarifie à quel niveau les partis sont actifs (provincial ou fédéral). C'est le cas sous
libéral\ où on mentionne que le parti libéral peut être celui du Canada ou d'une des provinces
canadiennes.
WIIII, |IW mviiwt v»> WWIWWI IIWIIW. H, n... »U|. TI IW. I W »« PWIWU UU HMWIHHIW. ÏÏ»
x>ltK|ua. an acooom»*. t> Subsl. htmtux. 2. POLIT Membre ou pwtnan du parti Ifceral «du Canada
NI d'un» de* province* canadMmeti - Cour. Les Mténux. > Propre ou relatif aux libéraux. a tour parti
Zonçrès i ïê cMM» hlma* - adv. Voter tobtrël. Syi». (tan.) rouge - la» lifrtlis.

Enfin, en ce qui concerne les noms de partis qui ne sont plus actifs, cette information
n'est pas toujours donnée dans le DPF, comme par exemple dans le traitement de créditiste, où
apparaît le nom parti du Crédit social. À la lecture de la définition, on pourrait croire que le parti
est toujours actif.

*OtlT Partisan da la doctraw «conomque du Credl aociai. «m au d*M du «toda par C H. Doutas
Membre ou parti*an <tu parti du Credl «octal idu Canada ou d'un* province canadienne < du Raientefll da»
srédMitet L*s cmdKtstts t* »d| propr» ou rateM au* ciedRtttei i tau parti L* ffommmttm» cmtmm
1m ta fnInmhimJteImnnmm l' «(*/ i/rémremMMm rkfttiWiMfall

La situation est similaire pour Union nationale, qui apparaît sous unioniste.

•••••i i POMÎ parttMo <la rg»i»ow tw %mmm$ m «ex» cfr* Hatr*»


»4 a hw» parti WtÊKÊKÊ
240

[Link] Dans le DQA

Le tableau 4.16 présente les noms propres de partis politiques dans le DQA.

Tableau 4.16 Noms propres de partis politiques dans le DQA

Endroit où le parti est actif Nom du parti Emplacement Traitement


Québec/Canada Les bleus Sous-entrée Oui
Crédit social
Le Nouveau parti démocratique Sous-entrée Oui
Le Parti progressiste-conservateur du Canada. Exemple Non
Parti conservateur (2) Définition Non
Parti libéral du Canada (2) Exemple Oui
Parti libéral du Québec Exemple Oui
Parti québécois Exemple Non
Parti rhinocéros Sous-entrée Oui
Parti unioniste {2) Définition Non
Ralliement des créditistes (2) Exemple/Renvoi
Définition
Rassemblement pour l'indépendance du Québec Exemple Oui
Les rouges Sous-entrée Oui
Union nationale (3) Définition Oui
Sous-entrée
Renvoi
France Parti républicain radical et radical-socialiste Exemple Non
Parti socialiste Définition Non
Autres États « Parti ouvrier allemand » Définition Non
Labour Party (parti du travail) Définition Non
Parti conservateur (britannique) Définition Non
Parti démocrate Exemple Non
Parti républicain des États-Unis Exemple Oui

Le DQA est le dictionnaire à l'étude qui définit le plus de noms propres de partis
politiques dans la partie dédiée au lexique commun. En outre, le traitement définitoire est
plus complet que celui des autres dictionnaires, même s'il n'est pas toujours complètement
suffisant.

Pour la nomenclature, il faut d'abord mentionner que le DQA contient le plus de


noms de partis politiques canadiens et québécois. Le dépouillement des noms de partis
241

semble avoir été fait de manière systématique129 - on inclut même Parti rhinocéros, nom d'un
parti à vocation davantage ludique que purement politique.

Quant au traitement, le DQA semble s'être inspiré de ses prédécesseurs, précisant


parfois les définitions mais répétant également certaines faiblesses.

Pour ce qui est des noms de partis québécois ou canadiens, on trouve tous les cas de
figure. Nous avons déjà présenté le cas de Parti progressiste-conservateur, qui apparaît sous
progressiste simplement accompagné de la mention Anciennt. Dans le cas de Parti québécois, qui
apparaît en simple exemple sous québécois, le nom propre est traité sous un autre article auquel
on renvoie :

bMak s»smvMNL - i > ftwii nuÉftirnff a» lt ouibéealfe. - LÊ P*#miêàÊCO&t& fondé êti


•9v# nttww {J9vw9Qjtw* « »*»»»
•^ * *• * ^ • * ,• *
i»> |#BPpC «M AMpHC»J rwfwQÊNm iN wKBw vin piOVROv
•» •» •* " ' » * * » » .» . «

Parti québécois apparaît dans un exemple, suivi de deux renvois. Le lecteur ne trouvera
pas d'information sur le parti sous le sigle P-Q-, mais plutôt sous l'adjectif dérivé péquiste :

t M adl M, Mwiim MI iurtlim ifun M*É| MflËiaM omÉidai tLê P»itt anétéeoêti oui oréM tat nabonalMM
brt ii ttfi MdaftnM «ADÉ'I ITTAOOÊÊ à IÉÉKA. WÊ PA U&Ê ÙÉAUTAÈÊ TIMTVÉBFFVT *> CÙIÊÊ AU alur LÊÊ
^My|aÉÉ< - A<i JVtaMfti f if lin ÉAftH UN fU|*0||jj*r nii-laÉMi AÂMy&tfft lj| MflÉI
ttjuMt. <H< tovw 4* M |NMi -Aér. VSeNNW1 JWÉÉ^fil !

La définition du DQA est plus nuancée que celle du NPR en termes de


positionnement idéologique; en outre, la question souverainiste est clairement présentée.

Les autres noms de partis politiques canadiens ou québécois sont de manière générale
bien décrits en ce sens que le traitement permet d'identifier le réfèrent parmi les autres noms
de partis politiques. Les définitions donnent, la plupart du temps, les informations
essentielles sur le niveau auquel le parti est actif (provincial ou fédéral), son orientation
politique et son caractère nationaliste le cas échéant. C'est le cas de Nouveau Parti démocratique,
sous démocratique :

<w tyndèc#» dmoermum <«fcf#v, CSD », 3, U Noumm P»tV àémoentKm NPD >, un p*rt»
MÈkm (Mmt m pKMndatt • tmim* «» n*o «Hwocrafc»

129Rappelons que les noms de partis politiques québécois absents du DQA et présents dans les tableaux précédents
désignent des partis fondés après la parution du DQA.
242

Le DQA ne donne pas toujours de l'information sur le lieu où le parti est actif.
Comme pour le DFP, la perspective géographique adoptée par le DQA fait en sorte que les
noms de partis québécois ou canadiens ne sont pas obligatoirement identifiés comme tels,
puisqu'ils sont censés faire l'objet de la description principale. Cette information est parfois
donnée dans le nom du parti, ou encore elle peut être déduite lorsque la définition mentionne
les paliers gouvernementaux (fédéral ou provincial). Pour Parti québécois, le lieu est donné dans

le nom du parti, mais le mot ne permet pas de savoir si le parti est actif au fédéral ou au
provincial {Bloc québécois contient aussi le mot québécois, mais les deux partis ne travaillent pas
au même palier). Pour Nouveau parti démocratique, on peut le déduire par l'information donnée
entre parenthèses (fédéral ou provincial). Une mention (Canada) aurait clarifié davantage.

Certaines définitions contiennent toutes les informations que nous avons jugées
essentielles sauf celle sur le lieu, comme celle de L'Union nationale :

LVnion nation»!», un parti potojue à tendance conservante. prônait des réformes sociales.
économaues et fcitt «t IMM*—*driaé mr Manie# iwiwk AwhtilaMi et oui a
e^(te1fl3Sà1968.^UXLgflOfliWMme^<fenMwiM<^)é.-LTMIbfldtofWifefiitww

On voit que l'Union nationale est clairement défini comme un parti politique du passé.
C'est la même chose sous unioniste, où le parti de l'Union nationale est clairement identifié
comme un ancien parti.

L «t m|. Itaettir* ou pêftistfi 4êfinclMMi Wm nittoMÉii sfr CMJMfYflftw OUI» dupflMtistf? tlWL Mttt.
JP3 aRKIRRSBM OU (Ri mm pOHwOm. •» Pflç» LM ÇQflMPv mWBmmmw:

Dans le cas de unioniste, la définition est exactement celle qu'on retrouve dans le DFP;
seul le mot « ancienne » a été ajouté. Le DQA peaufine ainsi le travail commencé par son
prédécesseur.

Un autre exemple de description qui semble une amélioration de celle du DFP se


trouve sous rassemblement, avec Rassemblement pour l'indépendance nationale. Alors que ce nom était
présenté comme simple exemple dans le DFP, sans information quant au fait qu'il s'agit du
nom d'un ancien parti politique québécois, le DQA ajoute ces informations essentielles. Le
nom fournira à lui seul l'information quant à l'idéologie du parti.
243

14. Mniicw fHwy int' xÉtoti ittwwtMMK ftijjwriilÉwiiiflrifr é> 1# jgftt<f


I '"^'nalM *•***» H tiàl iaâiaiiJMMttaflttiaiiftiMAftkie^

Pour ce qui est des noms de partis français, ils sont peu nombreux, ce qui s'explique
sans doute par le fait que le dictionnaire de la maison d'édition Robert duquel le DQA est
adapté n'accordait lui-même pas beaucoup de place aux noms de partis politiques français.
Les noms de partis politiques d'autres États sont également dans cette situation - aucun nom
de parti autre que canadien ou québécois est à la fois présent dans le DQA et absent du NPR.
Les responsables du DQA se sont concentrés sur l'ajout de noms de partis politiques
canadiens et québécois.

Le DQA est le dictionnaire qui dresse le portrait le plus complet des noms de partis
politiques, en ce qui concerne la mention et le traitement. Il a cependant pu s'appuyer sur le
travail des dictionnaires parus avant lui.

[Link] Conclusion sur le traitement des noms propres de partis politiques

De manière générale, la circularité des noms propres de partis politiques n'est pas
toujours assurée, et le traitement n'est pas toujours suffisant. D'abord, pour ce qui est de leur
sélection, le nombre de noms de partis inactifs mentionnés et décrits dans les dictionnaires
est disproportionné par rapport au nombre de noms propres actifs actuellement. Ensuite,
plusieurs noms de partis sont présentés en simples exemples, sans être définis, ce qui n'est
pas suffisant pour situer un parti politique parmi les autres dans une communauté donnée.

Pour ce qui est du traitement définitoire, plusieurs définitions ne suffisent pas à situer
les noms de partis sur l'échiquier politique des États concernés. Le schéma suivant illustre les
éléments qui, selon nous, devraient figurer dans le traitement définitoire des noms de partis
politiques afin de cerner le réfèrent de manière efficace.
244

Peut être optionnel pour les


noms de parti québécois et
canadiens
Orientation
idéologique
Traitement
Définitoire = Lieu + Date +
Souverainiste Pour les noms de partis
NP parti polit. québécois et
/ Fédéraliste
canadiens, lorsque
pertinent

Dans les articles du corpus, le lieu où un parti est actif n'est pas toujours spécifié : il ne
l'est pas toujours pour les noms de partis québécois dans les dictionnaires québécois, comme
il ne l'est pas pour les noms de partis français dans les dictionnaires français. Or une
clarification quant à cette information est nécessaire pour circonscrire le référent
adéquatement, d'autant plus que les mêmes mots reviennent parfois d'un État à l'autre pour
désigner des partis — c'est le cas de libéral ou de conservateur, qui apparaît dans des noms de
partis canadien, québécois et britannique. Par ailleurs, pour les noms de partis canadiens ou
québécois, le niveau (provincial ou fédéral) n'est pas toujours spécifié.

Pour ce qui est des dates, les noms de partis anciens ne sont pas toujours décrits de
manière à ce que le lecteur sache que le parti n'existe plus.

Enfin, l'orientation idéologique n'est pas toujours indiquée. Or il s'agit d'un élément
central dans la valeur référentielle des noms de partis : les partis politiques se définissent par
leur orientation idéologique, par le projet de société qu'ils proposent. Parfois, c'est le
positionnement sur l'axe gauche-droite qui est important. Dans ces cas, il est facile d'intégrer
cet élément dans le traitement définitoire habituellement fourni dans le dictionnaire de
langue. Pour le Québec et le Canada, le positionnement par rapport à l'indépendance du
Québec peut s'ajouter ou se substituer à ce positionnement axiologique. Encore ici, un
simple mot suffirait.

Tous ces éléments lacunaires dans le traitement définitoire présentent autant


d'obstacles pour permettre de bien cerner la valeur référentielle des noms de partis politiques.
245

Même après avoir fourni ces éléments essentiels pour définir les noms de partis, il faut

reconnaître que la construction même de la définition est très délicate en lexicographie de


langue française, notamment en raison de la différente charge lexiculturelle des mots
politiques dans chaque communauté. Nous avons vu par exemple que socialisme n'a pas la
même charge en France et au Québec. Le mot républicain n'a pas non plus la même résonance
dans les contextes hexagonal ou américain. Ces différentes sensibilités lexicales, dues à
l'histoire politique propre à chaque État, rendent encore plus délicate la tâche de décrire les
noms de partis politiques. Par ailleurs, comme le français est une langue partagée par
plusieurs communautés linguistiques, une définition qui serait parfaitement claire pour un
locuteur québécois pourrait soulever des questionnements chez un lecteur hexagonal. Ceci
est attribuable aux limites que pose le dictionnaire général, qui ne peut s'adresser
adéquatement qu'à une communauté linguistique ciblée. Des précisions géographiques à
l'intérieur du traitement définitoire sont une solution pour clarifier les choses.

4.2.4 Les sigles

L'utilité d'offrir un traitement définitoire pour les sigles a quelques fois été soulevée,
notamment au Québec. D'une étude menée par Hélène Cajolet-Laganière sur les attentes
d'un public québécois en matière de dictionnaire général, il est ressorti que l'information sur
les abréviations, sigles et symboles a été jugée très utile ou plutôt utile. Du côté des besoins
des élèves du secondaire, une étude de Colette Baribeau a fait ressortir que les sigles sont un
des éléments qui doivent être connus des élèves pour la compréhension d'articles de
journaux traitant de sujets d'actualité :

Nous devons ici constater que la plupart des textes traitant des questions
contemporaines qui touchent les élèves exigent une bonne connaissance de
l'histoire contemporaine et des institutions telles que l'OTAN ou l'ONU et
son Conseil de sécurité. Il ne suffit pas de savoir la signification de ces sigles
pour comprendre la situation qui est décrite. (Baribeau, 1994 : 1978)

Baribeau soulève un point important : il ne suffit pas de savoir la signification d'un


sigle pour en comprendre le sens, c'est-à-dire qu'il ne suffit pas de donner l'expression au
246

long pour cerner le réfèrent. D'un point de vue lexicographique, un sigle se décrit par son
explicitation au long; c'est le nom au long qui doit recevoir un traitement suffisant.

Avant de présenter comment chaque dictionnaire intègre les sigles de regroupements


politiques, nous présentons un tableau regroupant les sigles de notre corpus.

Tableau 4.17 : Sigles

23 sigles
(2 3 mentions)
NPR PL DFP DQA
5 sigles 2 sigles 7 sigles 9 sigles
(8 mentions) (13 mentions)
F.L.Q. F.L.Q. (2)
F.L.N.
F.N.
N.P.D. (2.)
P.C. P.C.
PL.
P.L.C. P.L.C. (2)
P.L.Q (2) P.L.Q. (2)
P.Q. P.Q. P.Q. P.Q.
P.S. P.S.
P.S.U.
R.I.N. R.I.N.
R.P.F U.N.

[Link] Les sigles dans le NPR

Dans les articles de notre corpus, le NPR compte cinq sigles : F.N. pour Front national,,
F.L.N. pour Front de libération nationale, P.Q. pour Parti québécois, P.S. pour Parti socialiste et
P.S.U. pour Parti socialiste unifié. Le NPR donne le sigle des partis politiques contemporains
qu'il mentionne; mais comme il mentionne peu de partis politiques contemporains, il intègre
peu de sigles.

Sauf pour P.Q., qui partage la sous-entrée avec Parti québécois, les sigles apparaissent en
exemple, entre parenthèses à côté du nom de parti, comme c'est le cas pour les sigles sous
front :
247

4. Par anal. Union étroite constituée entre des partis ou des individus s'accordant sur un programme commun. bloc, coalition,
groupement, ligue. Front populaire. Front de hbiration nationale (F. L N.). Front national (F. N.). -*• frontlste. Le front du
refus, ensemble de ceux qui rejettent (qqch)

Les sigles ne sont donc pas directement accessibles au lecteur à partir de la


nomenclature. Il faut connaître le nom du parti et chercher sous un des mots qui le
composent pour atteindre le sigle.

Comme ils apparaissent toujours à côté des noms de partis, le traitement réservé aux
sigles est le même que pour ceux-ci, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas traités dans le NPR, de
manière générale : seul P.Q. reçoit une définition complète, parce qu'il apparaît aux côtés de
Parti québécois, qui est lui-même traité.

« U f**n (f Q.t. |>«r& tm&m «• V * Ju fjrti

Les autres sigles, comme les noms propres de partis qu'ils accompagnent, sont
simplement mentionnés dans le dictionnaire, sans faire l'objet d'un traitement.

[Link] Les sigles dans le PLI

Le PLI compte deux sigles dans notre corpus : P.Q. pour Parti québécois, utilisé dans la
définition de péquiste, ainsi que P.S. pour Parti socialiste, mentionné comme renvoi vers la
section des noms propres. Les sigles du PLI n'occupent jamais la position d'entrée.

[Link] Les sigles dans le DFP

Le DFP contient un peu plus de sigles que les dictionnaires français, surtout des sigles
de partis politiques québécois. Les noms de partis politiques contemporains sont tous
accompagnés de leur sigle, lorsqu'il y a en un qui est utilisé couramment (par exemple, le
DFP ne donne pas de sigle pour Parti créditiste, mais en donne pour Parti libéral et pour Parti
québécois). Cependant, comme pour les noms des partis politiques, ces sigles ne font pas
l'objet d'un traitement complet.
248

Les sigles suivants du DPF apparaissent en entrée : P.C., P.L.C., P.L.Q., P.Q. Il s'agit
de sigles de noms de partis politiques canadiens ou québécois. Ils ne sont pas définis en tant
que tels, même s'ils apparaissent en entrée. Pour tout traitement, le DFP donne le nom au
long, comme on peut le voir avec l'entrée P.L.C. :

Ségkr dt itbétnl du Canada

Or aucun des noms de partis politiques désignés par ces sigles n'est défini ailleurs dans
le DFP.

Le DFP compte trois autres sigles : F.L.J2; KI.N. et KP.F. Le premier apparaît sous
felquiste entre parenthèses aux côtés de l'appellation au long; ainsi, le sigle n'est pas
uniquement traité par la mention du nom complet, mais également par la définition de Front
de libération nationale, donnée dans la définition de felquiste :

*$T Mamtoe du mouvwnMt mdeptndenhsle appelé Ftert de Itération du Quebec *«t>»<N P L Q i »<t
ou tetaÉf t ce mmtmmtt, à s*s wmiém «U* peiner» demeurent mm aguets et fou te demande
mcore( )«lys«aanwtdes etemetts leéquwtesdamtireg»nqui«cet«urleport<fentre*«naction»
I M UntrumOitÊm ne* IttTftl fU fitn*. g I <1

Cela dit, le réfèrent du nom de parti n'est pas circonscrit de manière efficace. En effet,
F.L.Q. ne peut pas uniquement être défini par « mouvement indépendantiste »; cette
expression convient également au Parti québécois, par exemple. Ce qui distingue réellement le
F.L.Q. est le fait qu'il ait participé à des activités terroristes dans les années 1960 et 1970, ce
qui est notable puisque rare dans l'histoire politique québécoise. La définition ne contient pas
assez de traits distinctifs pour distinguer ce groupe d'un autre groupe politique
indépendantiste.

Le sigle KI.N. accompagne l'exemple Rassemblement pour l'indépendance nationale, nom de


parti présenté en tant qu'exemple dont il a déjà été question au point 4.2.2.

Le dernier sigle, KP.F., est le seul à être lié au contexte politique hexagonal :

I Partisan du générai d* Gmâe tu ta«np* de l'occupation de la Franc» par Its MeroantH au cours de la
tasMm» Guette monda*» L*s g»u/ftn*s > m| les ms*au* gauiii$m 2 Ceka tait gui adopta las
dees pottM)u*t du gênerai de Gaule. OHM'HHOO» et mises en oeuwe sot au gouvernement (fMS-iM? pu»
I8$S>I(M0> sol pendait les anrtees OH le général de GaïAe tenu hors des affaires puMques
i fonde et anime le X P F iftessemblomewl du Peuple Français) a<| Ou gauttsme L*t «teau*
MufliiMn - nu |> «to ahttod ii» (ïmili*
249

Ici, plutôt que d'avoir le sigle qui suit le nom complet entre parenthèses, c'est le
contraire qui se produit. La définition qui précède la mention du sigle donne plusieurs traits
distinctifs qui aident à cerner le réfèrent. Or encore une fois, le traitement n'est pas
totalement suffisant en ce sens que même s'il fournit des données encyclopédiques
importantes sur le fondateur du mouvement et les années où il fut actif, il ne mentionne pas
quelles sont les « idées politiques du Général de Gaule », et donc, quelle est l'orientation

idéologique du parti qui permettrait de situer le R.P.F. politiquement.

Le DFP accorde aux sigles plus de place que le NPR et le PLI, allant jusqu'à en inclure
en entrée, et ceci permet au lecteur de connaître les sigles associés aux noms de partis
mentionnés. Cependant, comme c'était déjà le cas pour les noms de partis complets, il n'en
propose qu'exceptionnellement un traitement, et celui-ci n'est pas suffisant.

[Link] Les sigles dans le DQA

Le DQA est le dictionnaire de notre corpus qui compte le plus de sigles. Chaque fois
qu'un nom de parti a un sigle, celui-ci est donné dans le dictionnaire.

Comme pour le DFP, la plupart des sigles ne sont définis que par le nom du parti écrit
en toutes lettres. Cependant, comme les noms propres de partis politiques reçoivent pour la
plupart un traitement ailleurs dans le dictionnaire, la circularité est assurée. Par exemple,
N.P.D. reçoit une entrée, et la définition sous le sigle se résume à la mention du nom du parti
au long (Nouveau parti démocratique) (let extrait); le nom du parti est cependant défini sous
démocratique (2e extrait) :

t m hwr. dt towwu Pmti àtnocnàqu» m néo démocrate. U dmftki N.P D. - En *pçxn


Jn» député» N P D.

idi, 1, Qui acnartlant i1> tiémumnni» itulÈuboit téeuntt iWnnwnfliiw 2 UbitaL Etori i<xi»wnrii»M -
M Mcm i têtu II Huit# tfflptnhfflt. tftupfiMtwi. Un# loi dtnwxfitlqw. COMTH MMtafew - La CtrtnNp
4M HMHMM OémocntHnm(tbtê*. CS O i 3.4* Nomma PtM démocnflqu* <«far«v. HPù h m part
wifri» tHâM «i provtocl»» ê tudmti «ocW daiwtoto. m nia itewwte

Sous néo-démocrate, l'adjectif formé à partir du nom du parti, on ne mentionne pas le


nom du parti en toutes lettres, mais uniquement le sigle N.P.D., en renvoi. Pour connaître le
250

nom du parti au complet, un lecteur qui part de l'article néo-démocrate devra aller à [Link]

à démocratique.

i Mflfflftm m pmtom dtoB pttià pnWpit (VMtal ou provirâBli â iMtonct tocisft-cftinocfslt- $*• [Link] tM
<v^fviH|iHnfipp UPSRMP «m MWVWJM'» ** JUÉ.
^^mb> {AMftdMfeKÉÉ*
MMRm AÉtfMiÈfmmfeft ~
~ Afett-MttlÉ
MÉW Ml(HMfliP6nte MK pncfititM IfiMtfBM?

De la même manière, les sigles P.L., P.L.C., P-L.J2- et P-Q- ne contiennent pas de
définitions des noms de partis en question.

•te i mt eut fon m«M •wMMflt. rtawmr iirn uwiflu ifcwi HMÉnto 2 NL Mambra ou iurtftfi d'un
Mrt poflfciM fMMnrt (<wpoté à conMivtitu'f MI (VOWImsW (<9fto9# ipipufMIfMntii M
HMMIA* kukkfcjaÉM
•WVW liwmiwww» a»
•—— (M*. W^OTMIPV fat
WOTMB» HMMM. ÊbéiwtM moré VPMP
«MPw MmmM au |niPII?IHT«
mtttmMàr tmm Jaunas âbét»ux
MWfmiPfW m^HWPn» — AdL

MUCUS Nb*all - <Pw«s) U #** tt*af <*i Cm»*(Mv. *t.C.H kPmMÊ>èmidu Quttmc
(«Irtv, PJLQ.I. IVrite Méêmlm. um «Ht pnwiicÉ»!» du fMf tttffafl 3, (Ptreom*») Parti*» «ki
j
• • " - • • • » •« - » - - ». •»- «-.-
— — *•

Cependant, le lecteur trouvera les renseignements ailleurs, soit sous libéral pour P.L.C.
et P.L.J2- et sous péquiste pour P.Q. Quant à P.L., il est le seul à ne pas réellement renvoyer à
un nom de parti défini, simplement parce qu'il s'agit du sigle qui peut être employé pour tous
les partis libéraux du Canada et des provinces canadiennes.

Un seul sigle figurant en entrée se voit attribuer un traitement directement sous cet
article : F.L.J2-

im
** AhrAvMlott <te
WP* ^WV^WHKPIf Ira firent <te ftfurifinfi
r*»™ wWF #WPP*PWft^f rftt
W niiifif *IflRlflHIwIf'l IndiMMtMÉtt*
WrwwwPIWifr» IWOUWÉHWÉ PflWPWi^wWiBPnppWWir m
VWPH dans MP
W IMHV la nrinfeK*
JwwfwlMT
xHKtem tH mntm >oteH*t. La communiqué»éwPLQ Lm tmmbmditFL Q «Mqutatt, «Mquttt

Cependant, comme sous le DFP, le traitement accordé à F.L.Q. n'est pas suffisant
puisqu'il ne donne pas assez de traits distinctifs pour départager ce mouvement terroriste
d'un parti politique indépendantiste. L'information trouvée sous felquiste n'est pas plus
éclairante :

y m ac|. HMoirc Mute* du F»ontd> to*ntio»dMOM«t>»c<-3 ftLQJ. mowmant mtMpwMfcwBif* dt*


MMM IM Mputos *nmmtd»ntlt ctomfcjtw» - A4. Prai**«iftMifa«f i 0. èm
nambrat. L»mwMil9tquim

Le DQA est le dictionnaire analysé qui fait la plus grande place aux sigles dans sa
nomenclature. Le lecteur sait quel sigle est associé aux noms des principaux partis politiques
canadiens et québécois, et il obtient cette information soit sous l'article où le nom complet du
251

parti est présent, soit à la nomenclature directement, où apparaissent les sigles. Cependant, les

quelques faiblesses déjà constatées dans le traitement des noms propres de partis politiques
se répercutent sur le traitement des sigles, puisque ceux-ci renvoient pour la majorité aux
noms de partis au long, traités ailleurs dans le dictionnaire.

[Link] Conclusion sur la présence et le traitement des sigles

Une description lexicographique complète des noms de partis politiques passe par la
description des sigles les plus importants, puisque ceux-ci sont utilisés aussi souvent sinon
plus souvent que les noms de partis en entier. Idéalement, le sigle associé à un nom de parti
doit être fourni au lecteur à deux endroits : dans la description principale, accordée au nom
de parti au long (si le nom de parti existe également sous forme de sigle); mais également à la
nomenclature, puisque le sens de ce sigle doit pouvoir être décodé par un lecteur qui le
chercherait spécifiquement à la nomenclature. Sans connaître le nom du parti au long, il n'y a
pas de moyen d'y parvenir.

Le traitement minimal, qui consiste à ne donner que le nom complet du parti ou du


mouvement, est suffisant si ce nom de parti reçoit une définition ailleurs dans l'ouvrage, et
qu'un renvoi vers cet endroit est fait. Le seul dictionnaire à répondre à ces conditions est le
DQA.
252

4.3 La prise en compte du contexte référentiel pour le traitement des noms


propres d'institutions

La dernière catégorie des noms propres du vocabulaire politique que nous aborderons
est celle des noms propres d'institutions. La particularité de cette catégorie par rapport aux
deux précédentes se situe autour d'une problématique qui pose des défis en matière de
traitement lexicographique : il s'agit de la prise en compte du contexte de référence, c'est-à-
dire l'explicitation du système politique concerné. Certes toutes les catégories de noms
propres nécessitent que le contexte référentiel soit spécifié; or la situation est encore plus
délicate pour les noms d'institutions, parce qu'on retrouve souvent le même signifiant d'une
communauté socioculturelle à l'autre. Nous nous concentrerons ici sur quelques cas qui
illustrent bien les difficultés soulevées par cette question. Mais d'abord, nous préciserons la
problématique de la variation géographique, plus exactement la prise en compte du contexte
référentiel, dans le vocabulaire politique, et plus précisément pour les noms propres
d'institutions.

Dans le premier chapitre, nous avions déjà évoqué la question de la variation


géographique à laquelle est soumise le vocabulaire politique. Si le vocabulaire politique varie
d'un État francophone à l'autre, c'est que le contexte référentiel lui-même varie, comme nous
l'avons déjà souligné dans un article :

toutes les différences [...] quant à la nature du régime politique canadien,


des partis politiques canadiens et québécois, des événements historiques,
etc., se reflètent dans le vocabulaire, mais tiennent d'abord du contexte
référentiel. (Elchacar et Mercier, 2011)

Ainsi, la plupart des mots du vocabulaire politique québécois ne sont pas des
québécismes à proprement parler — ils ne sont pas en concurrence avec une autre étiquette
linguistique, comme la paire soccer/football, qui dénomme le même référent. Il s'agit plutôt de
mots dénommant des référents particuliers au Québec ou au Canada :

Les cas de variation les plus fréquents dans le corpus politique sont en lien
direct avec un changement de contexte référentiel. Une différence de
contexte politique entre le Québec et la France ne peut manquer de susciter
l'apparition dans les discours québécois et français de mots et de sens
différents. C'est ce qui explique, par exemple, l'emploi courant de péquiste
253

(du Parti québécois) dans les médias québécois et de frvntiste (du parti du
Front national) dans les médias français (Ibid)

Idéalement, le québécisme130, c'est-à-dire le particularisme purement linguistique, et le


particularisme d'abord motivé par une différence dans le contexte référentiel ne doivent pas
être présentés de la même manière dans le dictionnaire, conclusion à laquelle nous étions
arrivée :

Comme il ne s'agit pas à proprement parler de particularismes linguistiques,


les articles de dictionnaires portant sur ces mots ne devraient pas en principe
comporter de marque topolectale; c'est le contexte référentiel qui doit être
précisé (en fonction des besoins du public visé). (Ibid.)

Pour ce qui est des noms propres d'institutions, une difficulté supplémentaire
s'ajoute : les mots utilisés pour nommer les institutions politiques sont souvent les mêmes en
France et au Québec, alors que le contexte référentiel n'est pas le même. C'est le cas pour
Assemblée nationale, Parlement, Sénat, etc., alors que pour d'autres types de noms propres, le
signifiant est complètement original (Parti québécois, évolution tranquille), ce qui enlève la
possibilité de porter à confusion selon la variété de français131. Par contre, lorsqu'on tombe
sur Assemblée nationale, si on n'a pas d'informations sur le référent, on peut penser que
l'institution fonctionne de la même manière en France et au Québec, qu'elle est constituée
des mêmes éléments, etc.

Parfois, les noms officiels de ces instances comportent eux-mêmes une précision
géographique (Assemblée nationale du Québec), mais leur forme abrégée est souvent employée, et
elle peut apparaître dans les dictionnaires. La forme abrégée de ces noms propres ne laissant
plus d'indice quant au contexte géographique, le traitement lexicographique devrait apporter
cette précision - le lieu étant un élément essentiel pour circonscrire efficacement le référent
pour tous les noms propres du vocabulaire politique analysés. Nous avons voulu vérifier si
cette information était clairement donnée dans les dictionnaires à l'étude.

1111La même distinction pourrait être faite pour chaque variété régionale de français, y compris le français de France.
1,1 Rappelons cependant que certains noms propres d'autres catégories pouvaient également susciter une confusion selon
la communauté socioculturelle à laquelle appartient le lecteur. C'est le cas de Parti libéral, nom d'un parti britannique,
canadien et québécois.
254

Le lieu n'est cependant pas le seul élément essentiel pour circonscrire efficacement les
noms propres d'institutions : le traitement définitoire doit également préciser la nature et la
fonction de l'instance gouvernementale. Par exemple, l'Assemblée nationale en France n'est
pas nécessairement constituée de la même manière que les autres Assemblées nationales (au
Québec ou ailleurs). En outre, la fonction d'une instance officielle par rapport aux autres
instances d'un État donné doit être précisée (par exemple, en France : quelle est la différence

entre l'Assemblée nationale et le Sénat).

Encore une fois ici, il ne s'agit pas pour le dictionnaire général de fournir autant
d'informations que ne le ferait une encyclopédie (le nombre de députés qui composent
l'Assemblée, par exemple, ou encore sa date de formation). Il s'agit plutôt de donner une
définition suffisante qui permette de distinguer telle institution par rapport aux autres
institutions d'un État donné, et éventuellement par rapport aux autres entités qui porteraient
le même nom dans le monde (francophone), ceci pour faciliter le décodage pour le public-
cible du dictionnaire - pour nous, la communauté francophone du Québec.

Nous présenterons notre analyse de Assemblée nationale d'abord puis de Parlement, et


nous terminerons avec quelques commentaires sur le traitement de Chambre.
255

4.3.1 Le cas de Assemblée nationale

Voici un extrait de l'article assemblée dans le NPR :

a. îwt >>: tasser»! îar. •-••tfi ; AJits# im. g sf * if jm: i ?.v j ,œ sî . .jaa&s. ijinsr:
iMmatsf*: ? .ci. .

• AMHUiaMMKtW* A >î (•$«&. mim» lerweNe*<«* êwm wawe) *m « <«*9*) y*mt


tftfmmm il gtmem. pu*** 1rs sif«K« œxtmt&l .ilw mfmi gémhnm atàmmxr. -».*»«•*. i jauxan 4 «rat «o«
j&»m£né« m«4I.
• l:»s «.M* t« fc ' *rf Cs<«v®#w» Assob^y i#w D*àé*msktm étammt Am jtmmèk*.
• ^ CNN;##. C9MCf#V9,. {MÊftk&UMMt, VyfcfNtr
• 4s8r*iéjMj«^odrvf.^f^kœ>«wâ(*. »or. «mmnHI, wr*. iiiwx»
• •-•(. i»àV'Jî?v»
• Atmmbitt gtméntàr ém XZta&m ttmm.
• s *m$ 4 ertiee» tJ»> Etati -v«w ; JbmmMit itpaiMtm •[Link] Ml AMMM» •%*»»*** -tp^MmtMrn. tmmJutn*.
œmmtnaMm, (-• cl n m » r « ) . « t m ( - » NM IWM )
—• • t>n»i«aFf«o«.vlAimill rAMxwMt*««««fe L'AmmMttmk5imx eometimmk?arbÊ*mm. liment**
."AimmU—, ist àepèttt, kpnmhm il FAmmU*. ûmœsm êtïAmmk}**. ~ c»H». ému». |rom s. »«m
ataariti, «tftiWw. tmmtoé. taaaiuiM. fimu, vc^f Jr tAemmèihm. £4 inbvw J* fAmmèOm.
• 9m m*. I« tiBttiwt «» w wiftowMw ««.ITJB# î* ~%[Link] :V: îM inat f» rmrt 4amimmiomil

La sous-entrée L'Assemblée est précédée de la mention « Absolt » et accompagnée de la


mention (en France), et est définie par la forme au long « l'Assemblée nationale »132. L'article
informe le lecteur que l'emploi de la forme LAssemblée tout court renvoie, en France, à
l'Assemblée nationale. Or le traitement défïnitoire est celui d'Assemblée, et non celui de
Assemblée nationale. Il ne donne pas de traits distinctifs pour cerner le réfèrent, et Assemblée
nationale n'est pas défini ailleurs dans le NPR.

Assemblée nationale est un nom propre qui existe en France comme au Québec, mais qui
ne renvoie pas au même référent, puisque les régimes politiques des deux États ne sont pas
constitués des mêmes éléments. Au Québec, l'Assemblée nationale est la « Chambre unique
du Parlement de Québec depuis 1968 »133; en France, l'Assemblée nationale est la « chambre
élue au suffrage universel direct »134, et non pas l'unique chambre puisque le Parlement
français est bicaméral. Le traitement défïnitoire ne donne pas d'information quant à la nature
et la fonction de l'Assemblée nationale en France. Seul l'exemple qui suit, UAssemblée et le

1,2 La présentation de la sous-entrée "L'Assemblée est semblable à celle de La Révolution, analysée dans la section 4.1. On y

note d'ailleurs un problème de hiérarchisation des emplois, comme c'était le cas sous révolution : la sous-entrée L'Assemblée
semble être classée comme élément-enfant de plusieurs noms de paiements différents, qui ne sont pas tous de même
nature que l'Assemblée nationale en France (représentative, consultative, législative, etc.).
133 Définition tirée du site de l'Assemblée nationale du Québec, sur lequel est publié un lexique.

154 Définition tirée du site de l'Assemblée nationale de France.


256

Sénat constituent le Parlement, de nature encyclopédique, renseigne sur le réfèrent, et laisse

entrevoir que le fonctionnement de l'Assemblée française n'est pas le même que celui de
l'Assemblée québécoise.

Même si on se situe à l'extérieur d'une perspective pan-francophone, où l'on tâcherait


d'expliciter les contenus pour des locuteurs de différentes variétés de français, le traitement
défînitoire de Assemblée nationale demeure insuffisant pour des locuteurs français. A la lecture
de la définition du NPR, on ne saurait différencier l'Assemblée nationale du Sénat. Sous sénat,
la définition se rapproche d'une définition suffisante. On mentionne le moyen par lequel les
membres du Sénat sont élus, et on précise la fonction de l'institution (c'est-à-dire s'occuper
de questions législatives).

• Hml ' t- !» * i F*.?.-.* ; s ; >1* a *"•"* y-, > m. s ht* * .


t •* Sr. *n St m Aéi ' * K> t • » «V L'A»—**** ontmunit *l'm StmM. -» mrlmMUH
i f m élu jm Stmtt <«• têmntmmI Ut Ur Stmt ént iuts-lfmt.

Cependant, la présentation des exemples n'est pas claire. La définition ne cerne pas
d'abord Sénat français mais les Sénats qui ont le même fonctionnement partout dans le monde.
Pourtant, l'exemple qui suit, UAssemblée nationale et le Sénat, avec un renvoi à parlement,
concerne directement le régime politique français, sans que cela ne soit spécifié. Une mention
(En France) aurait clarifié cette présentation. Ensuite, on mentionne à nouveau Le Sénat
français, en conservant la précision géographique prévue dans le nom propre entier.

Retournons à UAssemblée. Si on essaie de rattacher la sous-entrée UAssemblée à la


définition sous laquelle elle est placée hiérarchiquement dans l'article, on n'obtient pas
beaucoup d'information supplémentaire pour départager les différentes assemblées
nationales. La définition est trop vague et ne décrit pas le mot lié au contexte politique
français (« Réunion des membres d'un corps constitué ou d'un groupe de personnes,
régulièrement convoqués pour délibérer en commun d'affaires déterminées, particulières ou
publiques »).

À cet égard, le traitement défînitoire du PLI sous assemblée permet de cerner un peu
mieux le réfèrent, puisqu'on y apprend que les membres de l'Assemblée nationale en France
sont soumis au suffrage universel — le traitement reste tout de même insuffisant.
257

I. Orgene detfcerv* «lu p» le peuplecharge4*I*&***<• 9*«t>oo<*w<kr£ta(


AmmMee neWowel» en Ftwtc*)

La définition de Sénat donne davantage d'information sur la fonction des deux


instances, comme le faisait l'exemple encyclopédique sous assemblée dans le NPR.

t. ihm un» wapweëe. > Antwbl— qpa, mm f*mnWet nOoawtr towttue le PartMnent francen

À noter que les dictionnaires français ne traitent pas Assemblée nationale du Québec, mais
que le nom de cette institution apparaît sous protecteur dans le NPR, à la sous-entrée protecteur
du citoyen.

s. (1968) Au Québec, Le Protecteur du citoyen : fondé de pouvoir de l'Assemblée nationale, nommé pour un mandat de cinq ans, ayant
pour fonction de défendre les droits du citoyen face à l'administration gouvernementale. •» médiateur, ombudsman.

Dans les dictionnaires québécois, l'assemblée nationale française est mentionnée, dans
les deux cas sous l'article chambre. Cependant, aucun des deux ouvrages ne définit ce nom
d'institution.

DFP :

frputes rAsswmM»* Mtionalt At/C*ns4» * comprend dtscommunts


êpp»*» (*rfon Cbêmbr* b9*s* it t* $*ntl tfx»* parfois Çhêmbt* ftêul* 3—H

DQA:

Hf. t . ( AmK UM IM)MC ) i4 CAMNtoV4M MMWWMM(«ipl. &M COANIMOtt) 4L ptrfoit, Il GfMfltftflF


ttwt#. let fWétiuK » Lt Chunàn Acute. le SêMti* * (Ffeocej AtMMMê# liffiMlMii Lt Chttnàn
9*8 CPPpWP* iOI mm9999mmm nmtOnmmf m m Ml JUIIIIPN m fwlVH1VIR* «* |wlIMMHBVii^pRPt vf viHrnOrf
^ — ^ l[fiM '^ggggggg//g/gggg/ggg/l/ÊinÊlÊtlÊÊÊÊÊnÊÊÊUÊÊÊÊÊÊÊÊÊ&

Les dictionnaires québécois décrivent tous les deux la sous-entrée Assemblée nationale du
Québec sous assemblée. Le nom propre étant écrit au long, il contient une précision
géographique. Cependant, les définitions ne sont pas suffisantes en termes de traits distinctifs
pour savoir ce qui caractérise l'Assemblée nationale par rapport aux autres instances
officielles québécoises ni par rapport aux autres Assemblées nationales dans d'autres États.
258

DFP :

ÈÊÊIÊÊÊÉÊÊÊÊÊtltaÊÊttÊmtttÊlilltÊÊÊÊiitÊÊÊtÊtÊÊttÊÊÊÈÊÊÊÊttÊtaÊÊ» - C«P*
tMNrant Comoqim, OmouOrn, pm/Otr un* IMOTM* Asstmtm fwbonti» Ou Quêtm tint
Atumfc*u UigwtoBwtKW tKpW lw àtpnâ** ptvmcmm flMtteoto» ••••••••PMBBHB
- - • • • • > • - • - - -•• • • * * * - - - »-.»•> ^... « - - « > «

DOA :
I . • , 1 ! . . . » •!• '•••• •••' • ' Il •' nu 'i' i • :
eomtitué ou flfoup* dt pMWMmM, répiêranMit convoqué* pour dMNrtr M «flwiwn (TMlÉtt
ilittni^iÉii L*ÊÉÊÙBIÊËOR Ê TÉNU JÛA MâAAibâÉ# flÉnifftét 3 f >i iiiÉiiéwt IIÉ fit i mm C&WOAUÊTR UN*
AiâiMnlkkÉi LAI dÉfiÉÉmlÉMMi RFUMI AtMunàM# ** f Avtn MMIM|M« T ItââMiHââÉ» AiÊiûfiflii £FEF ÔUÉ4M£ _^_
fi$pt$ndt9 9ê$ X*mtx é ftaÉMMfe fiMNMRbli dii piftoiMtMlNHi pfotfiicfaMJx L'AfjwnM##
mlflwulft, td INni téÉ^ttÉ fm <*>•

Dans les deux dictionnaires, le nom propre apparaît dans un exemple glosé, mais la
seule information qui permet de circonscrire le référent est celle sur le pallier gouvernemental
(provincial).

4.3.2 Le cas de Parlement

Parlement est un autre nom propre d'institution utilisé dans plusieurs régimes
politiques. Le fait que le parlement soit une institution qui chapeaute d'autres institutions
semble clarifier son traitement lexicographique, puisque la mention des institutions
composant le parlement d'un État (que l'on mentionne également) circonscrivent déjà le
référent. Un autre élément qui soutient le traitement définitoire est que le mot parlement en
tant que nom commun possède un sens qui se rattache aux institutions qui contiennent le
mot parlement dans leur nom. Il est ainsi possible de donner une définition du nom commun,
puis de présenter quelques noms propres de parlements.

Le NPR et le PLI mentionnent le Parlement français. Sous parlement dans le NPR, on


trouve une définition générale de l'institution politique nommée Sénat, et le premier renvoi
fait un lien avec l'Assemblée nationale française.
259

| H >• 1'^;* » i * t/u?'.»'- H i f y W * '- t" '{ ïx*y$ 'f' '*,.'' K> '
««i i «Ml i -#»i tlMMihr» !•»«•« >»»..«»• i «AMI IfaolK» <£> fitrfcwKf « t «MftwaHWMi* Dt/œutmm* wM è*t km m,
/WhHumtO. CiHtvfOittism; éumrbtm 4* /ViOMMt Jk »lwiwt > <t* nrhmtm. » n^iw» •»•<««>»
» £# ftrhmm mwynn .• immm <(« imw te» .1» êmwm « •.<* rt^iwmw « ««TURF# H C«mmmm>**wcf*em#
%t 0~k *

Même si le nom propre Parlement français n'est pas décrit directement, la définition
globale comporte assez de traits distinctifs pour cerner le référent. C'est le même modèle
employé pour Sénats reproduit en 4.3.1, et dans les deux cas, le traitement est plus suffisant en
terme de traits distinctifs que pour Assemblée nationale. On mentionne le pouvoir législatif, ce
qui précise la fonction du Sénat, et on indique, bien qu'indirectement, de quelle manière les
membres du Parlement sont sélectionnés (par suffrage universel, puisqu'on mentionne le
gouvernement représentatif). Cependant, il n'est pas clairement indiqué quels organes
composent le Parlement français (il s'agit de l'Assemblée nationale et du Sénat)135.

Dans le PLI, on commence par une définition générale, plus englobante pour les
institutions nommées Parlement dans différents États, puis on donne une définition plus
précise sur les parlements dans les États séparés en deux chambres - comme la France. La
situation en France est justement précisée dans une phrase complémentaire qui suit la
définition.

1. <Av*cune mafuscute i AssetnMe* ou ensemble des winMiii exerçai* le pouvoir legèbtif


- Sp0cmi Ensemble de» étm cftamtore*. dam te» ptys oh ewate le bieamerome t£n Franc*. I»
Partement comprend TAttetrtbtee nabonat» et tt Sénat.»

Le NPR décrit également Parlement britannique. On donne plus de traits distinctifs pour
ce nom propre que pour Parlement français, puisqu'on indique dans la définition, très
clairement, de quelles institutions est composé le Parlement britannique, et on précise sa
fonction (exercer le pouvoir législatif). On ajoute même la date de formation de cette
institution. Pour avoir une définition suffisante, qui permette de cerner le référent sans
équivoque, il ne manque que l'information sur le mode de désignation de ces membres.

1,5On peut comparer avec la définition que donne de Parlement le site de l'Assemblée nationale de France : « Composé de
l'Assemblée nationale, chambre élue au suffrage universel direct, et du Sénat, élu au suffrage universel indirect et chargé
par la Constitution de représenter les collectivités territoriales de la République, le Parlement français est bicaméral ».
260

ê h ^ : H •!. 4 *w* ' <%*<& v< ; <* >• l.,^-*» ^ :



*•*«* «-«M 1* { m- « & Fdr&rimnt., «* MM

Les dictionnaires hexagonaux ne mentionnent pas le Parlement canadien.

Le DQA mentionne le Parlement français. Il propose en fait une définition générale


du nom d'institution, et met en exemples des institutions parlementaires propres à quelques
États.

MWtcÉNi 0ê Sénat 4t li jft cowwwiiii p0rt9tn90i quèbécoii çfÀttMNbli* na&onaltv &*


Iflpfflliffft, ê$ fi$lêtÊÊ9tÊ QOÊRjpO&é 06 li liAÉI it lli Él ^MpRÉMi''&ÊÊ ttXWJUKBMtt- 4#
i dMi 4HtMti É fAMiflRÉlÉiMtiNMilfc» £& JFIwnsb iiPijtittitêfÈt <Mt£0ffl|KXM$ <flifAmaiMf#
|a *_ il'MAMMMMtf' J À JMMÉMMMf JMfeMÉMi Afi MU^UHM#

La définition générale mentionne la fonction (assemblée législative), puis les exemples


précisent la composition des Parlements de quelques États. Les deux premiers exemples
concernent les Parlements canadien et québécois. Pour le Parlement québécois, on ne mentionne
que l'Assemblée nationale, alors qu'il faudrait ajouter le lieutenant-gouverneur136. On
retrouve également le parlement en Angleterre — modèle duquel découle le modèle canadien.
Il aurait fallu ajouter la mention Anciennement puisque ce parlement n'existe plus depuis
l'avènement du Parlement britannique.

Le DFP proposait déjà le même modèle.

I WST Unp*ri*mrt m Franc* «ous rAncwn ftogmt cour wmtUm d» JimUC* (.•/Mitant** D»
toUwii' d* Pmt f* Ressort d» la mndKttcwi cour 2 l'a«»«mlalt* eu ranwmbte du
nnmt>Un laqWalwn <fw pay» 1» Ptri^nm* » Sawat « Chambra dtt comwMtm> qw6aco>*
AmnrMw nationaia». ançftn iCimnén de» lordi « Chambra 4M eemmuntt» - D* partar

Le traitement de Parlement illustre qu'il est possible pour un dictionnaire général


d'offrir une définition suffisante ou un traitement lexicographique qui permette de
circonscrire clairement le référent d'un nom propre d'institution sans tomber du côté du
développement encyclopédique.

1,6 Telque défini dans le lexique de l'Assemblée nationale du Québec : « Institution composée de l'Assemblée nationale et
du lieutenant-gouverneur. »
261

4.3.3 Les cas de Chambre et de Communes

Le mot Chambre est utilisé dans des noms propres d'institutions de divers États :
Chambre des communes au Canada, Chambre des Lords en Angleterre, Chambre des représentants aux
États-Unis. Même si le régime parlementaire français est constitué de deux chambres, aucune
de ces deux chambres ne contient actuellement le mot chambre dans son appellation - donc
dans un nom propre. Ceci a pour résultat un traitement lexicographique minimaliste dans les
dictionnaires français. Nous nous sommes concentrée sur les mots chambre et communes,
puisque ces deux mots composent le nom de l'institution canadienne (Chambre des communesj,
et nous avons donc analysé les articles y correspondant.

Voici un extrait de l'article chambre du NPR :

2. (1789) Assemblée législative (-» parlement). (1814) La Chambre des députés; absolt la Chambre. assemblée (nationale). La
mcyorité, la minorité, la droite, la gauche de la Chambre. Siéger à la Chambre. Le Parlement britannique est composé de la
Chambre basse ou Chambre des communes et de la Chambre haute ou Chambre des pairs, des lords.

La définition « Assemblée législative » est en fait une étiquette qui chapeaute plusieurs
exemples de natures diverses : certains illustrent des cooccurrences du mot, d'autres sont de
nature encyclopédique. Or « Assemblée législative » n'est pas défini dans le NPR, ni sous
assemblée ni sous législatif. Le sens du syntagme figé peut se décoder (du moins minimalement)
par le sens des deux mots qui le composent, mais une définition plus substantielle aurait
mieux convenu pour cette expression qui revient souvent dans le dictionnaire.

Le premier exemple qui suit la définition est La Chambre des députés. Il s'agit de
l'ancienne appellation de l'assemblée nationale de France, sous des régimes politiques passés.
Or l'article ne précise ni de date ni de lieu. Le seul nom propre de parlement contemporain
est Le Parlement britannique, duquel on précise la composition. On ne mentionne pas la
Chambre des communes canadienne.

Sous l'article commune, on ne mentionne que l'institution britannique.

*- : ;1» ! • La Me «t k* :h ClwKB&r* «ire*** (Cfcapafcnr m MmJ*

Dans le PLI, sous chambre (dont un extrait est reproduit ci-dessous), on inscrit
également une définition très courte : « Assemblée parlementaire », mais on ne donne pas
262

d'exemples, et on ne mentionne donc pas une Chambre propre à un État particulier sous
cette acception. Toutefois, un développement encyclopédique clôt l'article où on précise le
fonctionnement de la Chambre en Grande-Bretagne et aux États-Unis. On compare avec les
institutions françaises. On ne mentionne pas la Chambre des communes canadiennes.

WL ASfffflDIt#.

1. AlMrnbtM pariMMfltMr*

Dm IM tagimm Mcarotrau*. on dMnpw la ehmhm hmâ» - qui 4Mpw ftwamWta compotaa d*


mamb»at nomma», ou d* AoU, ou «lu* au «uffcag* ImAttct Fiant» «t au* EtatvUnfe, )• Sénat an Gtanda-
&ategna, la Chamfc» <*»< fcxtft) da la chëtnbm bêts*. dont las mamb»a», «lin au tuftag* popula*» la plu»
dfctct lapatantonf la paupte Dam «artatat Ptrttmt«a. It chtmbtt batta »«pp»»t la C/Mmftw Oê» dépom
(au* ItiMMi. It CfcambwdM wpnhwtfNflti, an franct, tAiwmbb» nation»)» an Gtandt-Btatagnt. It
Ctmmbm (f*i eommun«#>

Sous commune, on met en sous-entrée Chambre des communes ou Communes, et on renvoie


simplement à la section des noms propres.

Le traitement de chambre dans les dictionnaires français témoigne de la perspective


géographique de l'ouvrage; dans les cas de notre corpus où des signifiants sont partagés entre
les noms propres dénommant des référents canadiens et des noms propres dénommant des
référents britanniques, ce sont ces derniers qui sont plus souvent intégrés et décrits, en raison
de la proximité géographique plus importante de la France avec la Grande-Bretagne qu'avec
l'Amérique. Comme le mot chambre n'apparaît pas dans un nom propre d'institution française,
on ne fait que mentionner rapidement ce nom propre.

Dans les dictionnaires québécois, Chambre des communes est défini. Dans le DFP, sous
chambre, malgré la perspective québécoise adoptée par l'ouvrage, on mentionne d'abord
l'institution française. Chambre des communes apparaît dans l'exemplification. On finit tout de
même par comprendre que la Chambre des communes compose le parlement canadien, et
comme il s'agit de la chambre basse, que c'est celle dont les membres sont élus par le peuple.
Ces informations sont cependant implicites, et leur décodage dépend du degré de
connaissances du lecteur.

mmmmmmmmtmmmmÊm. Hmm* w****» L» cmmbm**


(fpatis rAwtwbiM rurttonait Au Canaâê, * Pêrtomrt têd#*t comprend la Cbambr* dis commums.
êpptfl00 ptrfots Chtmbf t»$m. «t J» S*nat pttfott CH»mbm (mHt> IMMiMi
4t,i •••• .mil. i • * f *. *> . ,i,. i- M
263

Sous commune, le référent canadien fait l'objet de la définition, en partage avec


l'institution britannique sur laquelle il est calqué.

3 ubflmdkcoftiw&'ttisu^nhi^^itt^âtsitediin^aftprthms

Dans le DQA, le traitement de Chambre des communes est fait sous chambre (le nom
propre apparaît sous commune, mais uniquement avec un renvoi vers chambre).

VI. V» V * fMNPÇ W HWpWPC.I If VlNPfHPrw9Qm v0mÊmm99|V^K» UN l4ifWniilVS|d*.PVHMH «• WWPflOrw


MNNHP« IVi fWfWWP» IVVHnHK» ** 44» VflHVfwKv HNHP» Vi «MMMU ** frfwPBPJ WPPPMPPPi H^PIWPUP.,(J |*#SPfMffw
LsCtmmbm
tfpt CfflRMMSRM 4t It CftflMfaP tfM âtfflfct 2- S#flM0IK
CCftlfeMI IrifelMMIR. Pf9^êèt0 €iWNbf9,
aeooiid»clmmbm4ittribuimleotmetloim»[Link]. 3. <âats4Mt> U CJMmfr* 4m
«Muak |^ faute 1^

^ssfcléwiilfcpi^ tofùËÊ&t*
(<fum ptoltMioii. <fw méttw^ CJkamtaPdteofninwc*. ttMmMtoraprtMotalindMCQnwMrçMtf *t

Sous le sens 1, plusieurs exemples glosés se suivent, qui sont autant de noms propres
d'institutions dans divers États. Le premier est la Chambre des communes, mais, conformément à
la politique éditoriale de l'ouvrage, on ne précise pas qu'il s'agit du Canada. Ceci pose un
problème double : non seulement on n'indique pas qu'il s'agit du Canada, mais on ne précise
pas non plus le palier gouvernemental concerné (fédéral ou provincial). Par ailleurs, les noms
propres donnés en exemples ne sont pas décrits : on ne fait que mentionner les appellations
officielles des institutions.

Seul La Chambre des Représentants, institution états-unienne (sens 3), reçoit une
définition avec plus de traits distinctifs, entre autre sur sa fonction.

4.3.4 Conclusion sur l'explicitation du contexte référentiel des noms propres d'institutions

L'analyse des définitions des noms propres d'institutions démontre qu'il est possible
de définir des noms propres dans un dictionnaire de langue de manière suffisante, c'est-à-dire
de manière à permettre une circonscription efficace du référent. En effet, certains noms
propres d'institutions sont décrits adéquatement, avec suffisamment de traits distinctifs.
Lorsque ce n'est pas le cas, les éléments qui manquent ont trait soit 1) à la nature et/ou à la
fonction des institutions politiques, soit 2) à l'explicitation du contexte référentiel.
264

Pour ce qui est du 1er point, il s'agit en fait de donner suffisamment de traits distinctifs
pour cerner le réfèrent (donc d'offrir une définition suffisante), ce qui est une condition pour
bien définir n'importe quel mot dans le dictionnaire de langue. La différence avec les noms
propres tient du fait que ces traits distinctifs sont souvent de nature encyclopédique.

Pour ce qui est du 2e point, la description de tous les noms propres du vocabulaire
politique doit prendre en compte la variation géographique, et pour ce faire, expliciter le
contexte référentiel. Le défi supplémentaire pour les noms propres d'institutions est dû au
fait que des institutions dans plusieurs États portent le même nom en français; les mêmes
mots reviennent souvent pour dénommer ces institutions, mais ces dernières ne sont pas
identiques d'un État à l'autre. Leur composition et leur fonction peuvent varier.

Lorsqu'un dictionnaire mentionne un nom propre d'institution, même si ce nom


propre est construit avec un mot du lexique commun qui garde le même sens, le traitement
doit faire la différence entre un nom propre d'institution dans un État donné et un simple
exemple. Il faut clairement identifier l'État où l'institution existe. Enfin, pour les institutions
canadiennes et québécoises, le pallier où l'institution est active doit être mentionné.
Chapitre 5 : L'arrimage entre la section consacrée au lexique commun
et la section consacrée aux noms propres
266

Certains dictionnaires généraux présentent les noms propres et le lexique commun de

pair, dans un même volume. C'est le cas du PLI, mais c'est également le cas d'autres
dictionnaires : le Dixel de la maison Robert et le Dictionnaire Hachette, qui intègrent les deux
types de mots dans une nomenclature unique. Ces différences dans la conception du
dictionnaire pouvant avoir une incidence sur l'intégration et le traitement des noms propres,
nous proposons un survol de ce qui se produit pour les noms propres du vocabulaire

politique.

Dans ce chapitre, nous verrons comment l'arrimage se fait entre les deux sections du
PLI. Nous verrons aussi comment l'information est distribuée entre traitement réservé au
lexique commun et aux noms propres dans le Dictionnaire Hachette et le Dixe/131.

5.1 L'arrimage entre les deux sections du PLI

Nous verrons comment se fait l'arrimage entre les deux sections du PLI en nous
basant sur deux sous-catégories du vocabulaire politique analysées dans le chapitre précédent,
les noms d'événements et de périodes historiques et les noms de partis politiques. Nous
voulions plus particulièrement répondre aux questions suivantes : est-ce que l'information sur
les noms propres se trouve dans les deux parties du dictionnaire, ou dans une seule? Le
renvoi est-il toujours fait vers la section des noms propres?

Dans la partie [Link], nous avions avancé que la dictionnairique particulière du PLI
semble favoriser le respect de la circularité entre les noms propres du vocabulaire politique.
C'était la conclusion à laquelle nous poussait la consultation des noms propres d'événements
et de périodes historiques dans la partie uniquement dédiée au lexique commun. En effet, les
noms propres de cette catégorie qui apparaissent dans la partie lexique commun sont soit
traités directement dans cette partie, soit, plus souvent, traités dans la partie noms propres, et
il y a un renvoi vers cette section. Si la situation ne posait pas problème pour les noms

1,7 Le DQA consacre également une partie de son ouvrage à la description des noms propres. Cependant, comme aucun
renvoi n'est prévu entre les deux sections, nous avons considéré que leur consultation était prévue pour être faite
indépendamment l'une de l'autre (un peu comme les deux volumes du Petit Robert), et nous n'analyserons donc pas
l'arrimage entre les deux sections du DQA.
267

d'événements et de périodes historiques, l'examen des noms propres de partis politiques


montre néanmoins des faiblesses dans l'arrimage entre les deux parties.

Le tableau suivant illustre, pour les deux sous-catégories, le lien entre les deux parties
de l'ouvrage : où sont traités les noms propres et, s'ils sont traités dans les deux sections de
l'ouvrage, un lien est-il fait entre les deux? On constate un manque d'homogénéité dans le
traitement lexicographique et dans l'arrimage entre les deux sections du PLI.

Tableau 5.1 : L'arrimage entre les deux sections du PLI

Nom propre Traitement partie Renvoi vers la Traitement partie


lexique commun Section des NP NP
Histoire
L'Ancien régime V V
La Commune de Paris V V
Consulat V V
premier Empire V V
second Empire V V
La Régence V V
La Révolution V V V
Révolution française V
la révolution culturelle V V
La Terreur V V
Partis politiques
Parti conservateur (G.-B.) V V
Le parti démocrate V
Le parti libérai (G.-B.)
Parti québécois
Parti radical ef V
radical-socialiste
Parti républicain V V V
Parti socialiste V V
Parti tory
Parti travailliste V V

Tous les noms propres de la première colonne apparaissent dans la section dédiée au
lexique commun. Seul un nom propre par catégorie est décrit dans la section dédiée au
lexique commun (La Révolution et Parti républicain). Ces deux noms sont également traités dans
la section des noms propres. En fait, tous les noms propres sont traités dans la section dédiée
aux noms propres sauf Le parti libéral (G.-B.), Parti québécois et Parti tory. Enfin, trois noms
propres apparaissent dans les deux sections de l'ouvrage, sans qu'un renvoi ne soit fait de
l'une vers l'autre (Révolution française, Le parti libéral, et Parti radical et radical-socialiste).
268

La tendance générale du PLI est donc d'inclure le nom propre dans la section des
noms communs, et de le traiter dans la partie consacrée aux noms propres, en faisant un
renvoi vers cette section. C'est ce que montrent les extraits des articles conservateur et directoire
reproduits ci-dessous. Dans ces exemples, aucune information sur le nom propre n'est
donnée dans l'article du lexique commun :

- Spécialement Parti conservateur : voir Parti conservateur.

2. HISTOIRE Le Directoire : voir Directoire.

Cette façon de procéder démontre l'avantage de l'ouvrage de pouvoir renvoyer d'une


partie à l'autre. Le PLI peut mentionner un nom propre dans la partie dédiée au lexique
commun, ce qui est normal puisque les noms propres que nous analysons sont composés de
mots du lexique commun, mais plutôt les traiter dans la partie qui leur est consacrée.

Néanmoins, le traitement des noms propres dans le PLI ne se fait pas exclusivement
dans la partie consacrée aux noms propres. Dans les deux catégories étudiées, deux noms
propres reçoivent un traitement plus ou moins développé dans la partie dédiée au lexique
commun. Le nom propre Révolution se trouve dans cette situation :

- La Révolution : la Révolution française de 1789.

La sous-entrée IM Révolution est définie par un autre nom propre, Révolution française. La
sous-entrée constitue en fait une variante de Révolution française. Le traitement de ce nom
propre est beaucoup plus complet et étoffé dans la partie consacrée aux noms propres (article
Révolution française reproduit ci-dessous).
269

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fSr jtnwrî) C#**4 (lu "'.«rn)*»! f » '8 r*M*w<fJ »*i. dr Sa6#vt»J*jr»

Le premier énoncé qui suit l'entrée est une définition par inclusion qui aurait pu se
trouver dans la partie lexique commun. En terme de traits distinctifs, il aurait été intéressant
d'ajouter que la Révolution française a mis fin à la monarchie de droit divin; Ancien Régime
contient cette information, mais si un lecteur l'ignore, il devra aller sous régime. L'information
est ensuite présentée de manière télégraphique, dans l'ordre chronologique.

Le nom propre parti républicain, dont nous avons déjà présenté un extrait, est traité
dans les deux sections de l'ouvrage :
' "# " ' ' .M.....,.,.....,,... . .

Qui appartient à une république, à la république.


- Parti républicain l'un des deux grands partis, aux États-Unis (Voir Parti républicain^.

L'information donnée directement dans la section de l'ouvrage consacrée au lexique


commun n'est certes pas complète, en ce sens qu'elle ne permet pas de cerner uniquement le
référent - nous avons déjà signalé que cette définition pouvait convenir également à Parti
démocrate. En revanche, le lectevir détient déjà quelques traits distinctifs fondamentaux et on
l'invite à consulter l'autre partie du dictionnaire pour plus d'informations. Voici ce que l'on
trouve dans la partie consacrée aux noms propres :
270

Parti républicain
Un des deux grands partis qui dominent (a vie politique aux États-Unis, fondé en 1856 autour d'un programme antiesclavagiste,
L'Issue de la guerre de Sécession consacra la supériorité des républicains sur les démocrates et leur maintien au pouvoir,
pratiquement sans Interruption de 1861 à 1913, puis de 1921 à 1933. Le Parti républicain a ensuite donné plusieurs présidents aux
États-Unis : D. Elsentiower, R. Nixon, G. Ford, R. Reagan, G. Bush, G.W. Bush (depuis 2001).

L'article débute par un énoncé comparable à ce qui pourrait se trouver dans un


dictionnaire de langue, avec une définition par inclusion et quelques traits distinctifs. Le reste
de l'article comporte des renseignements d'ordre encyclopédique et se termine par la liste des
membres les plus illustres du Parti républicain138.

Le pendant de parti républicain, parti démocrate, n'est pas présenté de la même manière en
ce sens que le mot ne reçoit aucun traitement dans la partie dédiée au lexique commun : il y
est seulement mentionné.

2. Membre du Parti démocrate, aux États-Unis.

Parti démocrate est pourtant traité dans la partie noms propres, mais aucun renvoi n'est
fait entre les deux sections. En effet, quelques noms propres qui figurent dans la partie
consacrée au lexique commun sans y recevoir de traitement sont traités dans la section noms
propres sans qu'aucun lien ne soit fait d'une section vers l'autre. C'est ce qui se produit avec
parti démocrate, et également avec Parti radical et radical-socialiste :

f 4 M l i C # T W Cftf lOCXftlft
: pl>rr* iKMitot-wiiMt»
m i » a » » » c M r t r î . # i o u » w # mnm ***&rik»P«i*t«a» * «mu m-

On n'indique pas clairement au lecteur que ce nom propre est traité ailleurs dans
l'ouvrage.

Trois noms propres apparaissent dans la partie dédiée au lexique commun


uniquement. À l'article péquiste reproduit ci-dessous, le nom propre Parti québécois apparaît
sans qu'un renvoi ne soit fait vers la section des noms propres, puisqu'il n'y a pas d'entrée
Parti québécois dans la partie des noms propres. Dans ce cas-ci, le nom propre ne reçoit donc
pas de traitement, à part l'indication géographique, qui était déjà présente dans l'appellation
du parti :

138 Le traitement de Parti conservateur que fait le PLI dans la partie dédiée aux noms propres suit le même modèle, (nous
l'avons présenté en [Link]).
271

péquiste
•adjectif et nom
Du PQ (Parti québécois, au Québec) ; partisan du Parti québécois.

Parti tory et Parti libéral, deux noms de partis britanniques, sont dans la même situation.

Il faut rappeler que pour les quatre dictionnaires retenus à l'étude, notre analyse s'est
faite en partant de la partie consacrée au lexique commun. Il est évident que certains noms
propres du vocabulaire politique pourraient se trouver dans la partie dédiée aux noms
propres sans qu'il en soit fait mention dans la première partie de l'ouvrage. Ainsi, en partant
de la liste des noms de partis politiques français détenant des sièges au Sénat, on constate que
certains noms de partis qui ne sont pas mentionnés dans la première partie de l'ouvrage font
l'objet d'un thème dans la seconde partie. C'est le cas de Front national, Parti communiste français,
Parti socialiste, Parti socialiste unifié, Union pour la démocratie française et de Union pour un mouvement
populaire. C'est également le cas de plusieurs noms de partis politiques étrangers, comme Parti
communiste italien, Parti social-démocrate allemand, Parti social-démocrate de Russie et Parti social-
révolutionnaire. Cependant, comme le PLI ne renvoie pas à ces thèmes sous un article consacré
à un des mots composant ces noms de partis, et comme les deux nomenclatures sont
séparées dans l'ouvrage, ces noms de partis ne peuvent qu'être consultés à partir de la partie
consacrée aux noms propres.

Le fait que les deux sections du PLI se trouvent au sein du même ouvrage serait
intéressant en terme de possibilité dictionnairique, en ce sens que le lecteur peut se promener
dans l'ouvrage, et ainsi compléter l'information donnée dans la partie consacrée à la langue
générale s'il en ressent le besoin. Cependant, l'arrimage de l'information entre la partie
consacrée à la langue générale et celle dédiée aux noms propres n'est pas fait de manière
systématique. En outre, le lien entre les deux sections de l'ouvrage, par les renvois de la
section langue générale vers la section noms propres, n'est pas assuré de manière cohérente.
On comprend mal pourquoi certains noms propres sont présents dans la partie lexique
commun (parfois uniquement dans celle-ci) et pas d'autres; mais surtout, on se demande
pourquoi le renvoi vers la section des noms propres n'est pas fait chaque fois qu'un nom
propre est présent dans les deux parties de l'ouvrage. Enfin, on ignore pourquoi on ne
mentionne que certains noms de partis dans la partie dédiée au lexique commun, alors que les
272

principaux partis politique de France auraient pu y être mentionnés avec un simple renvoi

vers la section des noms propres.

Les deux prochains dictionnaires analysés dans ce chapitre présentent un modèle

dictionnairique différent de celui du PLI.


273

5.2 L'arrimage dans le Dictionnaire Hachette

Nous avons examiné les noms propres d'événements et de périodes historiques et les
noms propres de partis politiques dans le Dictionnaire Hachette (désormais DH) afin de voir si
le modèle dictionnairique adopté par cet ouvrage, avec une nomenclature unique où les mots
du lexique commun et les noms propres se suivent dans l'ordre alphabétique, a une incidence
sur le traitement lexicographique des noms propres.

Voici comment le DH explique sa démarche dans la note de l'éditeur :

Dans un souci de maniabilité, les articles se suivent exactement dans l'ordre


alphabétique, sans donc que soient séparés les mots de la langue et les noms
propres : le lecteur trouvera ainsi la définition du mot bouddhisme
immédiatement après l'article consacré au Bouddha, et les deux
développements viendront se compléter et s'épauler. Cependant, pour
conserver la distinction noms communs / noms propres, si importante en
lexicographie, nous avons signalé ces derniers par une typographie de
couleur bleue, séparant ainsi visuellement les références linguistiques et les
références encyclopédiques, (note de l'éditeur, IV)

Le DH justifie le fait que noms propres et noms communs composent une seule
nomenclature par un « souci de maniabilité ». Il ne se prononce pas sur la place du nom
propre dans le dictionnaire de langue, se contentant de rappeler « la distinction noms
communs / noms propres, si importante en lexicographie ».

Avant de présenter les données, il faut rappeler que le DH ne fait pas partie des
ouvrages retenus pour l'analyse systématique dans le cadre de notre thèse, pour les raisons
évoquées dans le chapitre 2 portant sur notre méthodologie. Nous nous attardons
uniquement à cet aspect particulier qu'est l'intégration des deux nomenclatures.

Le tableau 5.2 liste les noms propres d'événements et de périodes historiques et les
noms propres de partis politiques présents dans les articles dédiés au lexique commun du
DH.
274

Tableau 5.2 : Noms propres dans les articles du lexique commun dans le DH

Nom propre Mention partie Traitement


lexique commun lexique commun
NP - Histoire
Restauratbri V
Révolutbn tranquille V
NP - Partis politiques
Parti libéral (GB) V
Parti du travail V

De manière générale, le DH ne définit pas les noms propres dans les articles consacrés
au lexique commun. Lorsque des noms propres apparaissent dans des articles consacrés au
lexique commun, c'est simplement comme aide à la description d'un mot du lexique commun
- en tant qu'exemple ou dans la définition, comme l'illustre l'apparition de parti libéral sous
whig : « En Angleterre, membre du parti libéral, opposé aux tories ».

Une autre explication possible concerne les noms propres de partis politiques, plus
particulièrement; s'ils sont souvent absents des articles consacrés au lexique commun, c'est
parce que le DH a recours à une rubrique de dérivé en fin d'article. Sous cette rubrique,
l'ouvrage classe les dérivés morphologiques d'un mot, « lorsqu'ils sont réguliers et que leur
définition correspond aux notions couvertes par l'entrée » (présentation de l'ouvrage, vii). Ce
procédé permet de faire l'économie d'un article. Ainsi, on trouve à la nomenclature les noms
communisme et socialisme, mais les adjectifs correspondants communiste et socialiste sont présentés
en dérivés, sans faire l'objet d'un article à part entière, sous lequel auraient pu apparaître Parti
communiste et Parti socialiste. Ces deux noms propres ne peuvent donc pas apparaître dans un
article dédié au lexique commun (à moins que le dictionnaire ne mette les noms de partis
sous Parti - lorsqu'ils contiennent ce mot).

De manière générale, l'absence de traitement des noms propres dans les parties
consacrées au lexique commun ne pose pas problème car le lecteur a un accès immédiat aux
noms propres construits avec les mots du lexique commun. Par exemple, s'il n'y a presque
aucun nom propre de révolution sous l'article Révolution, le lecteur trouve après cette entrée
plusieurs noms propres de révolutions dans des articles à part (les noms propres de
révolutions figurent dans le tableau 5.3, à la page suivante). Ce silence sur les noms propres
275

dans la description du lexique commun peut tout de même être la cause d'un certain flou.
Par exemple, sous l'entrée conservateur; une acception est consacrée au domaine politique : « 2.
Membre ou partisan du parti conservateur ». Or il n'est pas spécifié de quel parti il s'agit (actif
dans quel État ?).

Enfin, certains noms propres, même s'ils ne sont pas traités dans un article dédié au
lexique commun en tant que tel, font l'objet d'une rubrique encyclopédique. Par exemple,
Parti du travail est mentionné sous l'entrée travailliste sans être défini, mais il fait l'objet du
développement encyclopédique qui accompagne l'article.

Le seul nom propre des catégories examinées à être défini sous l'entrée du lexique
commun est révolution tranquille (« au Québec, période (1960-1966) de changements politiques,
économiques et sociaux qui ont fait profondément évoluer la société »). Il s'agit du seul nom
propre de révolution à figurer sous évolution et à ne pas faire l'objet d'un article
encyclopédique. Le tableau suivant présente les noms propres des deux catégories analysées à
être traitées parmi les noms propres; on y trouve un certain nombre de noms propres de
révolutions.

Tableau 5.3 : Noms propres faisant l'objet d'un thème dans le DH

NP • Histoire NP - Partis politiques


L'ancien Régime Front national
Commune de Paris (2 thèmes) Parti communiste de l'Union soviétique
Directoire Parti communiste français
Empire (Premier) parti conservateur (GB)
Empire (Second) Parti démocrate
La Régence Parti libéral démocrate
Restauration Parti ouvrier allemand natbnal-socialiste
révolution brabançonne Parti ouvrier social-démocrate russe
Révolutbn d'Angleterre (première) Parti républicain
Révolution d'Angleterre (seconde) Parti social-chrétien belge
Révolution française Parti social-démocrate allemand
Révolutbn française de 1830 Parti ouvrier social-démocrate de Russie
Révolution française de 1848 Parti républicain radical et radical-socialiste
révolution russe de 1905 Parti socialiste
révolution russe de 1917 parti whig
Révolution culturelle Union pour la démocratie française
Guerre de Sécession Union pour la nouvelle République
La Terreur Union pour un mouvement populaire
276

La plupart des noms propres sont traités dans des articles thématiques uniquement,
c'est-à-dire qu'ils font l'objet d'un thème à part de l'entrée réservée au mot du lexique
commun.

Une première constatation concerne la nomenclature, particulièrement le sous-


ensemble des noms de partis politiques. En effet, le DH décrit huit noms de partis politiques
français, ce qui est plus que les autres dictionnaires hexagonaux à l'étude. Il définit le nom du
parti politique au pouvoir en France (l'Union pour un mouvement populaire). Si le PLI décrit
également ces noms de partis dans la partie dédiée aux noms propres, nous avons vu dans la
partie précédente que ces noms de partis ne sont accessibles qu'à partir de cette partie, et
qu'il n'en était nullement mention dans la partie lexique commun. Dans le DH, les noms de
partis politiques sont plus facilement accessibles puisque le lecteur peut soit chercher sous
une entrée consacrée à un des mots composant le nom propre, soit chercher directement le
thème consacré au nom de parti.

Aucun nom de parti politique québécois ou canadien n'est mentionné dans le DH.

Pour ce qui est du traitement définitoire, il ne diffère pas de celui observé dans le PLI,
c'est-à-dire que l'article commence par un énoncé définitoire classique, suivi par plus ou
moins de renseignements encyclopédiques. Par exemple, sous le premier thème consacré à
Commune de Paris, on lit :

Commune de Paris (la) sous la Révolution


française, gouvernement municipal de Paris né en
juill. 1789 et élu à partir de mai 1790 par les 47
sections de citoyens. En 1794 (V. Thermidor an II),
elle perdit ses pouvoirs.

Dans le cas de Ancien Régime, le traitement aurait pu servir intégralement à définir un


mot du lexique commun, puisqu'il ne s'agit que d'une définition par inclusion :

Ancien Régime (1') l'ensemble des institutions qui


régissaient la France avant la Révolution de 1789.
277

Notons en terminant que même si le DH identifie les noms propres qu'il traite par
une entrée en bleu, ce qui ne laisse pas de doute sur quelles unités il considère comme noms
propres, ces derniers ne portent pas tous la majuscule initiale, comme en témoigne la graphie
dans le tableau 5.3 (où nous avons respecté l'orthographe de l'ouvrage, et où des noms
propres de même catégorie, comme les noms propres de révolutions, s'écrivent parfois avec
une majuscule initiale et parfois avec une minuscule initiale).

La manière de présenter les noms propres par rapport au lexique commun dans le DH
semble favoriser une nomenclature plus garnie pour les types de noms propres étudiés. Le
dictionnaire n'inclut que rarement des noms propres dans les articles dédiés au lexique
commun; en revanche, la proximité entre les articles du lexique commun et ceux des noms
propres fait en sorte que le lecteur peut trouver le nom propre qu'il cherche en un coup
d'oeil.
278

5.3 L'arrimage dans le Dixel

Le Dixel est un produit récent de la maison Robert (2009) qui reprend le modèle du
DH en ce sens qu'il ne présente qu'une seule nomenclature combinant lexique commun et
noms propres. Une innovation par rapport au DH (et aux autres dictionnaires généraux) est
que le Dixel est également disponible sur un site Web — un code d'accès est fourni à l'achat de
la version papier de l'ouvrage. Le contenu du site Web est identique à celui de la version
papier (pour le lexique commun et pour les noms propres) en ce qui a trait aux articles. Les
seuls compléments du site Web sont le renvoi vers des sites Internet externes, des images
(par exemple pour, Directoire, restauration, dévolution française) ou des articles encyclopédiques,
comme ceux du DH (par exemple, pour dévolution française, Sénat).

Voici comment la maison Robert justifie son choix de ne proposer qu'une


nomenclature unique pour noms propres et lexique commun :

Le dictionnaire est une mise en scène de vocables, de noms, d'images, de


faits, d'idées, tous repérables par des mots que l'ordre alphabétique rend
faciles à trouver ou à retrouver. Ces mots, ces signes, il nous est apparu qu'il
fallait les réunir en un seul ensemble, et non en deux séries disjointes : avoir
à chercher Bonaparte et bonapartisme, Marx et marxisme [...], Rabelais et
rabelaisien dans deux listes différentes n'est pas l'idéal de la simplicité. De
même, cerner les significations et l'origine du mot révolution avant même de
s'initier à la révolution de 1790, ou à la révolution russe de 1917, semble de bonne
pédagogie.

Cent arguments justifient l'interclassement de la langue française, les mots,


les expressions et leur sens avec les signes du savoir encyclopédique ; le
principe est que ce sont tous les signes dont nous avons besoin pour nous
exprimer. Ces signes ont une orthographe, une ou plusieurs significations,
certains ont un contenu général, d'autres, particulier. Dans le premier cas,
on peut définir, par exemple, la guerre et la paix ; dans le second, il faut
décrire telle guerre, tel traité de paix, en apportant des connaissances
particulières ; c'est l'encyclopédie, (avant-propos, V)

Contrairement au DH, qui justifie sa pratique par des raisons de maniabilité, le Dixel
évoque également des arguments linguistiques. L'avant-propos ouvre la catégorie « nom
propre » à d'autres mots que les anthroponymes et les toponymes. Cependant, on n'y fait pas
état des difficultés que représentent l'intégration et le traitement de certains noms propres
279

dans le dictionnaire de langue. Non plus qu'on n'évoque les défis lexicographiques que

représentent l'intégration et le traitement des noms propres non classiques.

Pour ce qui est de la présentation visuelle, le Dixel prévoit, comme le DH, une couleur
de police différente pour les entrées et pour les thèmes.

En raison du nombre élevé de noms propres (mentionnés et/ou traités) dans les deux
types d'entrées du Dixel, nous avons procédé à notre analyse en séparant les deux sous-

catégories du vocabulaire politique étudiées.

5.3.1 Les noms propres d'événements et de périodes historiques

Comme le Dixel n'a pas été retenu pour l'analyse détaillée des noms propres du
vocabulaire politique, nous avons pris comme point de départ la liste de noms propres du
NPR pour les deux sous-catégories analysées. Le tableau suivant illustre les noms propres qui
sont présents dans les articles consacrés au lexique commun pour la catégorie des noms
propres d'événements et de périodes historiques, et précise s'ils sont traités à cet endroit; la
dernière colonne est cochée si le nom propre fait par ailleurs l'objet d'un traitement en tant
que nom propre, sous un thème qui liai est propre.
280

Tableau 5.4 : Noms propres d'événements et de périodes historiques dans le Dixel

Lexique commun Nom propre


Présent Traité
Ancien Régime V V V
La Commune V
Commune de Paris V
Conseil du roi V
La Convention (nationale) V V
Constitution de l'An II V
Directoire V V V
Premier Empire V
Second Empire V
Monarchie de juillet V
Occupation V V
Régence V
Restauration V V
Révolution culturelle V
Révolution d'Angleterre V
(première)
Révolution d'Angleterre V
(seconde)
Révolution de février 1848 V
Révolution de juillet 1830 V
Révolution de 1905 V
Révolution de février 1917 V
Révolution d'octobre 1917 V
La Révolution française V V V
RévoMion tranquille V
Terreur V

L'information sur le nom propre a souvent été transférée vers un thème consacré au
nom propre, et n'apparaît plus dans l'article du nom commun. C'est ce qui se passe pour ha
Commune, ha Commune de Paris, Premier Empire, Second Empire, Monarchie de juillet, Régence, Terreur
et pour presque tous les noms propres de révolutions. Dans tous ces cas, le nom propre n'est
plus mentionné dans l'article du lexique commun. Le traitement accordé à ces mots sous les
thèmes dédiés aux noms propres est différent de ce qu'on trouvait dans le NPR;
l'information n'a donc pas été simplement déplacée, mais réécrite pour un nouveau format.
L'exemple de Régence illustre ceci. Nous avons reproduit ici l'article du NPR, suivi des articles
du Dixel (nom commun et nom propre).
281

NPR :
2. Abiott (1732) La Régence .-régence du duc d'Oriéans (1715-1723), en France après la mort de Louis XIV. Les mœurs de ia Régence.

Pixel :

î. Gouvernement d'une monarchie par lui régent.

2. hist. -*aÉ££N£i-

RÉGENCE » I,
Pa»«tr uatwfMaklart. «Fiautt » U nwtrnlt <k 1.<Mk XV' mi im».* de U>(K«k( k gowmamail M
[Link]|>N ilvitkatw l» wurt «k tmm XIV •«uni» mm aw* «I» h mmmtlm <t w fort» iMKixi
<k la part <k r«o*Wia»( L» Vtwtmt omqu «b«Baw <gatwwnt ri» tmtmtt tmtk <k» <no»wk
tmx d'Etal. <»i>U d»dm» <TE H»»MIHB<<- mtx p^àmaâwm i SM k|4aaëc<*ic><»t|Mc, k
mtout <k La» nuis* »«» «fc* Éué petuiKmaMK «Mil f*rm»m< <fa> mcmxmityt -<xnt k fcwwtx».
» ^tna wiofc <k pins «a |*w auportaot a» »su* * La Kcimtc M mut» tmt |*»<k tk Witrakoa 4& UK*I»«

Dans le premier article du Dixel, le nom propre est seulement mentionné, en tant que
renvoi dans l'article du nom commun régence. Le traitement sous le nom propre du Dixel est
différent de ce qui se trouve dans le NPR.

Pour ce qui est de l'information trouvée sous le thème, elle n'est pas reprise
intégralement du Petit Robert des noms propres, et elle est moins étoffée. Par exemple, pour
Régence, le premier énoncé est similaire dans ce dernier, mais les autres énoncés sont différents
et l'article est beaucoup plus long. Dans ce cas, le Dixel semble donc reprendre la description
des mots du lexique commun au NPR, mais abrège considérablement l'information que
contient le Petit Robert des noms propres.

Concernant les noms propres de révolutions, aucun ne figure dans l'article du nom
commun sauf Révolution française, qui bénéficie également d'un thème. D'ailleurs, tous les
noms de révolutions traités font l'objet d'un thème dans l'ouvrage. Il est à noter que certains
noms propres de révolution qui étaient dans le NPR sont absents du Dixel (révolution des œillets,
révolution orange, révolution de velours).

Cependant, certains noms propres sont toujours traités avec le lexique commun, et
dans ces cas, le traitement est souvent comparable (voire identique) à ce qu'on trouvait dans
282

le NPR. Par exemple, sous l'article du nom commun convention, on lit presque la même chose
que dans le NPR, à la différence près que les dates ont été enlevées dans le Dixel :

NPR:

D.

t. :S8® su» J77S <• iottkt) Aotaifce «SMfaoawit rtune pat ratât x adier *:am»(• i—[Link]» ). La C««NMm
taa&ah. e.«si» «î CowcbSs* i I7?2-l?5,5l

dix1?/ :

i. .Kumtétt cu<yfcnMni» iwac ct*M« m mmtÊm 1» ««eM*><• <ftaiCM -«Kit • •?» ^ *' - « Ui C-ytw rîwr
la Cammbct.

C'est également ce qui se passe pour Restauration :

2. spécialt (1827) Abtoh La Restauration, celle des Bourbons, après la chute du I" Empire (1814-1830).
° Adj. Un fauteuil Restauration.

«M* <ér t*wm "••"•s- **• *«•» *4»*

Dans les deux cas, un article encyclopédique suit où les dates sont mentionnées. Cette
présentation permet de synthétiser l'information donnée dans l'article du lexique commun.

En fait, on peut se demander pourquoi certains noms propres sont encore traités dans
les articles du lexique commun, puisque presque tous les noms propres de notre corpus pour
cette catégorie font l'objet d'un thème. Occupation, par exemple, ne fait pas l'objet d'un thème
et est traité uniquement sous l'entrée du nom commun occupation.

5.3.2 Les noms propres de partis politiques

Le tableau suivant illustre les noms propres qui sont présents dans les articles
consacrés au lexique commun du Dixel pour la catégorie des noms propres de partis
politiques. Nous avons à nouveau pris comme point de départ la liste de noms propres du
NPR.
283

Tableau 5.5 : Noms propres de partis politiques dans le Dixel

Lexique commun Nom propre


Présent Traité
Front de libération nationale v
Front national v
Parti communiste français v
Parti conservateur (GB) v
Parti démocrate v v v
Parti radical et radical-socialiste v
Parti républicain v v
Parti du travail v
Parti travailliste v
Union nationale v
Union pour la démocratie française v
Union pour un mouvement populaire

On constate d'abord que, en général, le Dixel mentionne et traite moins de noms


propres de partis politiques que le NPR. Cependant, il offre une plus grande place que le
NPR aux noms de partis politiques français, surtout pour les partis plus contemporains. A
l'opposé, parti girondin, nom d'un ancien parti qui était décrit dans le NPR, est absent du Dixel-,
on trouve un thème consacré aux Girondins, sans que ne soit mentionnée l'appellation parti
girondin. Les noms propres de partis politiques français ne se situent pas dans les articles du
lexique commun mais font plutôt l'objet d'un thème.

Pour ce qui est des partis politiques canadiens et québécois, le Dixel en mentionne (et
en décrit) moins que le NPR. Union nationale est toujours présent, sous unioniste, mais n'est pas
défini. Parti québécois est absent de québécois139. Parti conservateur140 et parti libérai sont absents.
Enfin, Bloc québécois, qui a fait son apparition dans la dernière édition du NPR, est absent du
Dixel.

Les seuls noms de partis politiques à être définis dans les deux nomenclatures de
l'ouvrage sont les noms de partis américains.

Comme pour la sous-catégorie précédente, on peut se demander pourquoi le Dixel a


choisi, dans certains cas, de ne pas mentionner le nom propre dans la partie lexique commun

1,9 Le parti est mentionné dans l'article Québec.


1411 On ne décrit que le parti conservateur britannique.
141 Sous libéral, on mentionne simplement parti hbéral en exemple, sans que le lecteur ne puisse savoir de quel parti il s'agit.
284

et de tout transférer dans la partie noms propres, mais pourquoi dans d'autres cas, un

traitement subsiste dans l'article du lexique commun.

5.4 Conclusion sur l'arrimage

De manière générale, le fait d'inclure lexique commun et noms propres dans un même
ouvrage permet au lecteur d'accéder à des définitions de certains noms propres qui auraient
pu tout simplement être absents du dictionnaire de langue.

Cependant, certaines pratiques gagneraient à être faites de manière plus cohérente et


systématique dans l'arrimage entre les deux nomenclatures. Certaines concernent les
dictionnaires en particulier; d'autres sont plus globales.

Dans le cas du PLI, le modèle général semble être de traiter le nom propre dans la
portion encyclopédique de l'ouvrage, et de renvoyer vers cette section à partir de la section
dédiée au lexique commun. Ce modèle n'est cependant pas employé systématiquement.

Le modèle adopté par le DH et le Dixel, où les deux nomenclatures s'entremêlent,


permet au lecteur d'avoir rapidement accès à des articles dédiés à des noms propres. Ainsi, s'il
ne trouve pas tout ce qu'il cherche sous un article du lexique commun, il peut voir en un
coup d'œil si le dictionnaire propose un traitement spécifiquement pour le nom propre. Mais
si cette pratique semble en théorie intéressante, des problèmes persistent dans sa réalisation,
puisque les dictionnaires appliquant cette façon de faire n'ont pas revu leur manière de
considérer le nom propre dans le dictionnaire de langue. Le DH traite de manière générale les
noms propres dans des articles leur étant dédiés. Ceci règle en quelque sorte la question. Par
contre, le Dixel, même s'il suit de manière générale cette façon de faire, conserve dans les
articles du lexique commun des vestiges de l'ancienne manière de fonctionner du NPR, ce
qui donne lieu aux mêmes incohérences et aux mêmes questionnements.

De manière plus globale, ces pratiques dictionnairiques n'ont pas encore permis de
répondre aux questions engendrées par la présence inévitable de certains noms propres dans
les articles du lexique commun. Les questions quant au choix des noms propres présents et
285

traités par catégorie se posent toujours. La sélection des noms propres dans le dictionnaire
n'est pas faite de manière systématique, ce qui est surtout perceptible pour les noms de partis,
qui constituent un corpus fermé. En outre les définitions données pour les noms propres
doivent toujours être des définitions suffisantes, contenant suffisamment de traits pour bien
cerner le réfèrent (sur le lieu, la nature et la fonction). La portion encyclopédique d'un
dictionnaire peut ajouter des traits encyclopédiques supplémentaires, mais une définition de
base reste nécessaire.

Par ailleurs, dans une perspective commerciale, les nomenclatures intégratives n'ont
pas encore fait leur preuve. Le Dictionnaire Hachette, même s'il est disponible depuis plusieurs
années, n'a jamais rivalisé en popularité avec le NPR ou le PLI. Le Dixel, quant à lui, est trop
jeune pour qu'on puisse tirer des conclusions. En outre, il n'a jamais été présenté comme un
remplacement éventuel du NPR, qui est toujours publié annuellement.
286

Conclusions et perspectives
287

Cette thèse avait pour objectif de caractériser l'intégration et le traitement des noms
propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires généraux de langue française. La
méthode que nous avons utilisée pour atteindre cet objectif, centrée sur l'observation et la
comparaison de la pratique lexicographique dans divers dictionnaires, nous permet de tirer

certaines conclusions.

Par l'observation de la pratique lexicographique, nous voulions dégager la


méthodologie des dictionnaires en ce qui concerne l'intégration des noms propres du
vocabulaire politique. La première conclusion générale à laquelle nous parvenons est que
l'intégration et le traitement des noms propres du vocabulaire politique ne semblent pas obéir
à une démarche systématique ni se baser sur une méthodologie clairement établie. Il en
résulte un manque de cohérence au sein des dictionnaires, qui semble agir au cas par cas sans
ligne directrice.

Nous avons observé plusieurs faiblesses, qui se situent soit au niveau de l'intégration
des noms propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires généraux, soit au niveau de
leur traitement. Nous les présenterons un à un, accompagnés de propositions de solutions.
Rappelons que toute notre étude exclut les noms propres de personnes et de lieux; toutes nos
conclusions ne s'appliquent donc qu'aux noms propres que nous avons étudiés dans notre
thèse, soit ceux qui sont susceptibles de recevoir un traitement dans le dictionnaire de langue
et qui correspondent aux catégories de la typologie que nous avons établie.

La première conclusion à laquelle nous sommes arrivée, dès la mise en place de notre
corpus, est que le vocabulaire politique contient réellement un nombre important de noms
propres — 25 % des articles du vocabulaire politique dans les dictionnaires étudiés
contiennent au moins un nom propre — et qu'un nombre non négligeable de ces noms
propres reçoit un traitement comparable à celui offert au lexique commun. En fait, pour faire
l'étude du vocabulaire politique dans son ensemble et de son traitement lexicographique, il
faut considérer à la fois le lexique commun et certains types de noms propres.

Aucun dictionnaire n'identifie clairement les noms propres qu'il décrit en tant que tels.
Il n'existe pas de marque ni de mention « nom propre », et cette information n'apparaît pas
288

non plus en tant que catégorie lexico-grammaticale. Il serait pourtant aisé d'ajouter une telle
mention. Les dictionnaires prévoient déjà une manière de présenter un changement de
catégorie grammaticale au sein d'un article, ou un emploi syntaxique particulier. La même
méthode pourrait être reprise pour présenter les noms propres. Cependant, cette
identification du nom propre touche un problème plus large, celui de la nature même du nom
propre et de sa perception comme telle par le lecteur. Si les spécialistes s'entendent pour
considérer certains types de mots comme des noms propres, le non-spécialiste n'aura pas
nécessairement la même perception, le même sentiment linguistique. Ajouter une mention ou
une catégorie grammaticale « nom propre » serait audacieux dans le contexte lexicographique
actuel, et on peut se demander si cette information serait perçue comme utile par le lecteur.
L'information sur la majuscule cependant, puisqu'elle touche l'orthographe des mots,
gagnerait à être clairement présentée au lecteur.

Pour l'instant, la majuscule initiale constitue la seule indication donnée au lecteur qu'il
se trouve en présence d'un nom propre; il s'agit peut-être d'une information plus recherchée
que celle sur la catégorie lexico-grammaticale du nom propre. Certains dictionnaires utilisent
une mention « Avec une majuscule » ou l'équivalent, alors que d'autres ne font
qu'orthographier le nom propre avec une majuscule. Toutefois, ces informations ne sont pas
toujours données, et les dictionnaires présentent parfois des informations non systématiques
au sein d'une même catégorie de noms propres. Il est évident que la majuscule ne devrait pas
constituer le seul indicateur du nom propre, puisqu'elle n'est pas exclusive aux noms propres
ni systématiquement utilisée pour les orthographier. Cependant, le dictionnaire de langue a
comme rôle de donner de l'information de nature linguistique sur les unités qu'il décrit; à cet
égard, l'information sur la majuscule, pour les noms propres et les autres unités lexicales,
pourrait être donnée plus clairement et plus systématiquement.

Ensuite, le traitement lexicographique des noms propres dans les dictionnaires retenus
pose également problème. Certains noms propres ne sont que mentionnés dans un article
alors que d'autres sont définis. Ceci entraîne des problèmes de circularité. Le lecteur se
trouve face à des définitions ou à des exemples qui contiennent des mots définis nulle part
dans le dictionnaire. En outre, certains noms propres sont présentés dans les dictionnaires
289

comme de simples exemples alors qu'il s'agit non pas d'illustration du mot en entrée mais
bien de syntagmes figés, qui auraient besoin d'une glose ou d'une définition. Cette manière de
présenter les noms propres dans l'exemplification pose particulièrement problème pour les
noms de partis, puisque les mots qui composent les noms de partis n'ont pas toujours
conservé le sens qu'ils avaient en tant qu'unité du lexique commun.

Pour ce qui est des noms propres effectivement définis, nous constatons une grande
disparité dans leur traitement. Cet écart n'est pas obligatoirement dû au type de traitement
définitoire (glose ou définition) ni au nombre de rubriques supplémentaires dont bénéficie un
nom propre. La qualité du traitement définitoire dépend plutôt des traits distinctifs donnés,
de manière à produire une définition suffisante, c'est-à-dire efficace pour cerner le réfèrent.
La qualité du traitement définitoire dépend souvent des traits distinctifs de nature
encyclopédique. Les dictionnaires qui tendent à offrir plus de renseignements de nature
encyclopédique offrent en général un traitement plus satisfaisant. Le NPR, qui a moins
recours à cette façon de faire, produit de manière générale des définitions moins suffisantes.

Pour les deux premières catégories du vocabulaire politique analysées, nous avons
dressé une liste des informations qui devraient idéalement être fournies afin de permettre une
circonscription efficace du réfèrent, tout en restant dans les limites d'une définition donnée
par un dictionnaire général (et non pas un ouvrage encyclopédique). Pour ce qui est des noms
propres d'événements et de périodes historiques, la date doit être précisée pour un
événement ponctuel, ou encore la période délimitée. Le traitement doit également faire
ressortir ce qui caractérise le nom propre, ce que nous avons appelé l'élément particularisant.
Ce dernier élément est nécessaire à circonscrire le réfèrent - il permettra de départager les
régimes politiques passés les uns des autres, par exemple, ou encore précisera ce qui distingue
une révolution d'une autre. En ce qui concerne les noms propres de partis politiques, une
précision temporelle est nécessaire pour présenter comme tels les partis anciens. S'ajoute
également un trait distinctif sur l'orientation idéologique du parti, élément essentiel pour
cerner le référent et distinguer les partis les uns des autres. Pour les deux catégories, le
traitement doit fournir une information sur le lieu (État, région...) soit dans la définition, soit
par une mention, si le nom propre ne contient pas lui-même d'indication géographique. Ceci
290

est particulièrement important en contexte lexicographique francophone, où les mêmes mots


peuvent être employés dans plusieurs variétés de français sans désigner les mêmes référents.
C'est ce qui se produit tout particulièrement pour les noms propres d'institutions, qui
peuvent partager un même signifiant pour désigner des institutions dans différents États.

Certaines informations s'ajoutent pour le traitement adéquat des noms propres liés au
contexte politique québécois ou canadien. Le traitement définitoire de ces noms doit
également préciser le palier gouvernemental concerné (fédéral ou provincial). Pour les noms
de partis, le positionnement par rapport à la question de la souveraineté s'ajoute parfois, et
peut même remplacer le positionnement sur l'axe gauche-droite, selon le cas.

Si nous avons surtout mis l'accent sur les problèmes liés à la description des noms
propres du vocabulaire politique, notre analyse nous a permis de constater que, même si ce
n'est pas toujours fait, il est possible de définir des noms propres dans un dictionnaire de
langue de manière satisfaisante, c'est-à-dire de manière à permettre une circonscription
efficace du réfèrent.

Pour ce qui est de la sélection des noms propres du vocabulaire politique par les
dictionnaires analysés, d'une part, les dictionnaires ne fournissent pas d'information à ce sujet
dans leur texte de présentation, et d'autre part, l'observation des noms propres dans ces
ouvrages ne permet pas de déduire de quelle manière les noms propres présents ont été
choisis. L'analyse du sous-corpus des noms de partis politiques nous a permis de constater
que ces noms propres ne semblent avoir été sélectionnés ni en vertu de leur fréquence dans
un corpus donné ni en vertu de leur importance relative au sein du paysage politique
québécois ou français. Cette conclusion n'est cependant pas automatiquement transférable à
tous les noms propres du vocabulaire politique.

La communauté linguistique à laquelle un dictionnaire s'adresse en priorité semble


jouer un rôle dans l'intégration et le traitement des noms propres du vocabulaire politique.
Cela semble être un facteur qui entre en jeu dans le choix des noms propres mentionnés dans
un dictionnaire, chaque ouvrage privilégiant sa propre communauté linguistique. Il faut
toutefois rappeler que le NPR est moins prompt à décrire les noms propres caractéristiques
291

de sa variété de français. La volonté semble davantage se situer du côté du décodage des

noms propres extra-hexagonaux pour sa communauté linguistique que du décodage des


noms propres hexagonaux pour les communautés extra-hexagonales.

Pour notre part, nous croyons que, comme pour toutes les unités lexicales, le portrait
des noms propres du vocabulaire politique dans le dictionnaire de langue doit correspondre à
l'usage qu'en fait la communauté linguistique ciblée par le dictionnaire. Le dictionnaire est
censé présenter une nomenclature d'une certaine étendue, soit de 45 000 à 60 000 mots dans
les dictionnaires retenus, en priorisant les usages les plus fréquents. Or cette fréquence doit se
mesurer à l'aide d'un corpus donné, d'une banque de données représentative de l'usage de la
communauté linguistique à laquelle l'ouvrage s'adresse. C'est pourquoi nous préconisons la
sélection des noms propres du vocabulaire politique par l'observation d'un corpus choisi
pour sa représentativité de l'usage d'une communauté linguistique donnée. Or les noms
propres ne sont pas identiques aux mots du lexique commun, et ces données doivent
éventuellement être complétées pour s'assurer de la présence de tous les mots importants
dans un système socioculturel donné (critère mis de l'avant par Rey-Debove). Pour les noms
de partis politiques, ceci pourrait être fait par une vérification auprès des listes des partis
politiques représentés dans les instances officielles.

Le dictionnaire de langue n'exclut pas tous les types de noms propres de son objet de
description : certains types de noms propres s'y retrouvent, et certains sont définis. Il faut
donc prévoir une méthodologie systématique qui présiderait à la sélection et au traitement
des noms propres du vocabulaire politique dans le dictionnaire de langue, afin que
l'intégration des noms propres dans le dictionnaire de langue soit cohérente.

Les dictionnaires qui traitent lexique commun et noms propres dans un seul ouvrage
ou dans une même nomenclature offrent des possibilités intéressantes. Par contre, le manque
de caractère systématique pose toujours problème. Ainsi, le modèle du PLI pourrait être
mieux exploité : le traitement définitoire se fait parfois du côté du lexique commun et parfois
du côté des noms propres, et les renvois entre les deux sections ne sont pas faits à chaque
fois que ce pourrait être utile. Le modèle des nomenclatures intégratives, adopté par le
Dictionnaire Hachette et le Dixel, peut également être intéressant. Dans les deux modèles, les
292

dictionnaires peuvent offrir un traitement des noms propres sans devoir l'intégrer à la
description du lexique commun, ce qui leur permet en quelque sorte d'« éviter le problème ».
Pour la nomenclature intégrative, le lecteur n'a pas à faire de va et vient puisque noms
propres et lexique commun s'entremêlent. Cependant, encore une fois, des faiblesses ont été
constatées dans la pratique. Toutes ces particularités dictionnairiques témoignent du fait que
la frontière entre lexique commun et noms propres est plutôt mince. Cependant, ces modèles
de nomenclatures ne remplacent pas une réflexion poussée sur la présence des noms propres
dans le dictionnaire de langue, entre autres choses sur leur sélection. Cette réflexion reste à
faire pour chaque projet lexicographique. Chaque dictionnaire doit choisir une ligne éditoriale
et une macrostructure ainsi qu'un format dictionnairique, et les noms propres doivent faire
partie de cette réflexion. C'est le seul moyen d'assurer une intégration harmonieuse du nom
propre dans le dictionnaire de langue, ce qui est important lorsqu'on sait que le nom propre
s'y glissera de toute façon, comme c'est déjà le cas, qu'on l'intègre de manière raisonnée ou
non.

Ces conclusions appuient notre idée de départ selon laquelle la question des noms
propres en lexicographie n'a pas encore été asse2 étudiée. Même si nous avons répondu aux
objectifs que nous nous étions fixés en début de thèse, celle-ci, loin de répondre à toutes les
questions sur le sujet, nous apporte de nouveaux questionnements, et nous laisse entrevoir de
nouvelles perspectives de recherche.

D'abord, d'un point de vue lexicologique, il serait pertinent de sortir du vocabulaire


politique et de dresser un portrait de la présence des noms propres dans plusieurs
vocabulaires. Le vocabulaire politique présente un intérêt en raison de son importance dans
la langue-culture, et parce qu'il comporte de nombreuses différences selon la variété
géographique de français, en raison des différences dans le contexte référentiel. C'est
également un vocabulaire identitaire. Le vocabulaire politique est plus susceptible que
d'autres vocabulaires de contenir des noms propres qui soient traités dans le dictionnaire de
langue. Parmi ceux que nous avons eu l'occasion d'examiner plus particulièrement à travers
notre travail lexicographique au sein du projet FRANQUS, le vocabulaire du droit, par
exemple, semble en contenir une moins grande variété - mis à part les noms propres de lois
293

et de traités, qui n'ont pas nécessairement à être intégrés à un dictionnaire général. Plusieurs
types de vocabulaire pourraient également contenir des noms propres; le vocabulaire
davantage sociopolitique, écarté de la thèse, en est un exemple. Ce travail pourrait être élargi
à d'autres disciplines que les sciences humaines, comme les arts et les sciences. Ces études, de
nature lexicologique, pourraient contribuer à envisager chaque catégorie de vocabulaire
comme un ensemble composé à la fois de mots du lexique commun et de certains types de

noms propres.

Pour ce qui est d'une perspective lexicographique, il nous semble important de cesser
d'entrevoir le dictionnaire de langue comme devant absolument exclure les noms propres.
L'observation des dictionnaires nous a permis de constater que cela n'était pas la pratique
courante des dictionnaires généraux de langue française, malgré l'ambiguïté des discours des
lexicographes à ce sujet. Nul ne peut prétendre offrir une description lexicographique
complète du vocabulaire politique en écartant tous les noms propres, qui en sont partie
intégrante. Après avoir fait une étude qui considère l'ensemble des mots constituant un
vocabulaire, lexique commun et noms propres confondus, il sera possible d'avoir une
représentation réelle de ce vocabulaire, et de proposer un traitement lexicographique basé sur
ces observations. Une prise en compte des noms propres dès le départ d'un projet
lexicographique permettrait d'opérer une sélection raisonnée des noms propres dans le
dictionnaire général, en vertu de critères choisis dès le départ de l'élaboration de la ligne
éditoriale et de la macrostructure. Une démarche structurée, soutenue par une réflexion
globale, et non au cas par cas, empêcherait des faiblesses de se glisser dans les dictionnaires.
Le traitement réservé aux noms propres n'en sera que plus cohérent, et plus utile pour le
lecteur.

Notre thèse nous a permis de constater que si un certain flou a toujours entouré la
question des noms propres ainsi que celle de leur traitement dans la lexicographie française
générale, c'est en raison d'un trop grand attachement à la tradition, logicienne d'abord,
lexicographique ensuite. Pour ce qui est de la nature du nom propre, on est longtemps resté
trop collé à la vision qu'en entretenaient les logiciens, en hésitant longuement avant de faire
294

du nom propre un objet d'étude linguistique au même titre que les autres parties du discours.
C'est également la tradition logicienne qui nous a transmis la vision trop étroite selon laquelle
seuls les anthroponymes et les toponymes étaient des véritables noms propres, entraînant un
retard dans l'étude des autres types de noms propres. En ce qui concerne la pratique
lexicographique, on est demeuré trop attaché à la dichotomie lexique commun / noms
propres, fermant les yeux sur le fait que les dictionnaires de langue contenaient et décrivaient
un nombre important de noms propres, et que pour en arriver à une description
lexicographique plus cohérente, il fallait prévoir une manière systématique de sélectionner et
de traiter ces noms propres.

Nous espérons que les questions posées dans cette étude et les conclusions tirées sur
les noms propres du vocabulaire politique dans les dictionnaires généraux donneront lieu à
d'autres recherches sur les noms propres en lexicographie générale de langue française.
295

Bibliographie
296

LEXICOGRAPHIE ET METALEXICOGRAPHIE

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BÉLISLE, Louis-Alexandre. (1957) Dictionnaire général de la langue française au Canada, Québec,
Bélisle éditeur, [xiv]-1390 p.; (1971 : 2e édition). [xvi]-1390 p.; (1974 : édition spéciale).
Québec — Montréal, Bélisle — Sondée, [xvi]-1487 p.; (1979 : 3e édition). Dictionnaire
nord-américain de la langue française, Montréal, Beauchemin, [xiv]-1196 p.
Dictionnaire de la langue française - Le français vu du Québec : http:/ / [Link].
Dictionnaire du français plus : à l'usage des francophones d'Amérique (1988), Montréal, Centre éducatif
et culturel, 1856 p.
Dictionnaire québécois d'aujourd'hui (1993; lère édition, 1992), sous la direction de Jean-Claude
Boulanger et la supervision d'Alain Rey, Saint-Laurent, Dicorobert, XXXVIII-1274 p.
Nouveau Petit Larousse illustré 2007 (2006), Paris, Larousse, 1855 p.
Nouveau Petit Robert : dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française 2007 (Le), (2006).
Nouvelle édition remaniée et amplifiée sous la direction de Josette Rey-Debove et
Alain Rey du Petit Robert par Paul Robert, Paris, Le Robert, XLII-2837 p.
Petit Robert des noms propres, Dictionnaire illustré 2007 (2006), rédaction dirigée par Alain Rey, Le
Robert, Paris, 2525 p.

Sites Web

Assemblée nationale de France


[Link] synthèse/fiche [Link]
Assemblée nationale du Québec :
[Link]
Dictionnaire de la langue française - Le français vu du Québec :
http: / / [Link].
Société française d'onomastique : [Link]

Vocabulaire de procédure parlementaire, glossaire disponible sur le site du gouvernement canadien :


307

http:/ [Link]/infonnadon/about/process/house/glossary/gloss-f-htm
308

Annexes
309

Annexe 1 : FileMakerPro - Fiche de Parti québécois dans le modèle « Nom propre »


Sous-entrée
Numéro attestant de
la présence ou de Les noms propres Nom du modèle
l'absence de
l'acception Nom propre
Parti québécois
NPR PU DFP DQA
Mot Parti québécois qnébêcoisl/parti- Entrée du
caractéristique québécois 0 forme absente 1 parti 1 ; québécois dictionnaire (ici,
du français 0 1 1 Parti québécois se
québécois parti québécois forme absente parti québécois parti québécois trouve tantôt sous
parti, tantôt sous
Le Parti québécois (P. Q.) 2. Association de Le Parti québécois fût québécois).
Numéro attestant de
: parti de tendance personnes organisée en fondé en 1968 par René
la présence ou de Tiaiwraent
socialiste et vue d'une action politique. Lévesque. P.Q.; péquiste.
l'absence du NPr indépendantiste, fondé en Le parti québécois.
1968 par R Lévesque.
Membre du Parti
Forme
Cases qui québécois, è péquiste.
simple/forme
permettent de noter complexe
où le nom propre
apparaît à la Préwtrp s x E S E S E S
microstructure : nom propre ! £, ex D ex ex X
D ex X D
entrée, sous-entrée,
Traitement !] D X I ex D I ex D I ex D I ex
définition, ou
nom propre j
exemple R O Classement
| R X O ét R 0 ét R O ét
dans la
circ ! NP circ circ ^ Renvo
l -ci» ^itarev typologie

Une case spéciale pour le PL, remplie si le nom


propre est également traité dans la section NPr.

Cases qui permettent de noter quel traitement est réservé au


nom propre : reçoit-il une définition, un indicateur, un ou
plusieurs exemples/renvois/oppositions /, une étymologie
propre?
Une case est aussi réservée au critère de circularité.
Annexe 2 - Les noms propres du vocabulaire politique dans les articles de
dictionnaires du corpus, par catégorie de la typologie

Les noms propres d'événements et de périodes historiques et de régimes politiques passés


60 NP en tout / 29 NP différents
(74 mentions)
NPR PL DFP DQA
20 NP 10 NP 15 NP 15 NP
(24 mentions) (16 mentions) (17 mentions) (17 mentions)
IVe République
L'Ancien régime (2) L'Ancien Régime (3) L'Ancien Régime L'Ancien Régime (2)
commune La Commune de Paris La Commune
la Conquête La Conquête anglaise
Consulat
La Déportation
Directoire Directoire Directoire
L'Empire - le Premier
le Premier Empire premier Empire (2) Empire Le premier Empire
le Second Empire second Empire (2) Second Empire le Second Empire
Deuxième Guerre
mondiale
guerre de Sécession
Monarchie de Juillet
La Grande Noirceur
L'Occupation
La Régence La Régence La Régence La Régence
Régime anglais Régime anglais
Régime français Régime français
Restauration (2) la Restauration
Révolte des patriotes (2)
La Révolution (2) La Révolution (la) Révolution (3)
La révolution culturelle la Révolution culturelle Révolution culturelle La révolution culturelle
Révolution française (2) Révolution française (3) La Révolution française La Révolution française
la révolution mexicaine
la révolution d'Octobre révolution d'Octobre
la révolution des Œillets
La révolution orange
La révolution tranquille La Révolution tranquille
La révolution de velours
terreur La Terreur
311

Les noms propres de regroupements humains i vocation politique


84 NP / 41 Np différents
(121 mentions)
NPR PL DFP DQA
24 NP 12 NP 25 NP 23 NP
(31 mentions) (17 mentions) (34 mentions). (39 mentions)
Les bleus Les bleus
charbonnerie charbonnerie charbonnerie
Le club des Jacobins club des Jacobins club des Jacobins
parti du Crédit social Le Crédit social
Front de libération nationale
Front de libération du Québec Front de libération du Québec (3)
Front national (3)
Internationales communistes
Les Internationales socialistes Internationale socialiste
Le Nouveau Parti démocratique
o\
W
Le Parti communiste français (2) parti communiste
Le parti communiste italien
parti conservateur (G.-B.) Parti conservateur (G.-B.) (2) parti conservateur (G.-B.) parti conservateur (G.-B.)
Le Parti conservateur (Canada) parti conservateur (Canada) Parti conservateur (2)
/0\
w)
Le parti démocrate Le parti démocrate parti démocrate Le Parti démocrate des États-
Unis
Le parti girondin
Parti libéral (Canada) (3) Parti libéral (Canada) (5)
Parti libéral (Québec ou Parti libéral (Québec ou province
province canadienne) (2) canadienne) (3)
parti libéral (G.-B.) Le parti libéral (G.-B.) Parti libéral (G.-B.)
Parti national socialiste
Le Parti progressiste-
conservateur (2)
Le Parti québécois (2) parti québécois parti québécois (3) Parti québécois (3)
« parti ouvrier allemand » « parti ouvrier allemand »
parti radical Parti radical et radical- Parti républicain radical et
socialiste (2) radical-socialiste
Le parti républicain Parti républicain Le parti républicain Le Parti républicain des États-
Unis
Parti rhinocéros
Parti socialiste Parti socialiste Parti socialiste
Le parti socialiste S. F.I.O. (Section
française de l'Internationale socialiste)
Parti socialiste unifié
parti tory
parti travailliste Parti travailliste (4) Le parti travailliste
Labour Party (parti du Travail) Labour Party (parti du Travail)
Parti unioniste
parti whig
phalange phalange La Phalange
phalange phalange
Le Ralliement des créditistes Le Ralliement des créditistes (2)
Rassemblement pour Rassemblement pour
l'indépendance nationale l'indépendance nationale
Rassemblement du peuple
français
Les rouges Les rouges
Parti de l'Union nationale (4) Union nationale (3) Union nationale (3)
312

23 sigles
(2 3 mentions)
NPR PL DFP DQA
5 sigles 2 sigles 7 sigles 9 sigles
(8 mentions) (13 mentions)
F.L.Q. F.L.Q. (2)
F.L.N.
F.N.
N.P.D. (2.)
P.C. P.C.
PL.
P.L.C. P.L.C. (2)
P.L.Q (2) P.L.Q. (2)
P.Q. P.Q. P.Q. P.Q.
P.S. P.S.
P.S.U.
R.I.N. R.I.N.
R.P.F U.N.

Appellations collectives et noms de membres de groupes de nature politique


45 NP en tout/17 NP différents
( 52 mentions)
NPR PL DFP DQA
12 NP 8NP 14 NP 11 NP
(16 mentions) (9 mentions) (16 mentions). (11 mentions)
bleu bleu
carbonari (2) carbonari (2)
Les pères de la Confédération Les pères de la Confédération
créditiste créditiste
L'Empereur L'Empereur L'Empereur L'Empereur
felquiste felquiste
frontiste
Girondins
Jacobins (3) Jacobins (2) Jacobins (2) jacobins
patriote (Fr.) patriote (Fr.) patriote
péquiste péquiste péquiste péquiste
Le prince-président
Le Régent Le Régent Le Régent Le Régent
rouge rouge
suffragette suffragette suffragette suffragette
Tory (2) tory tory tory
whig whig whig
313

Les noms propres d'Institutions politiques


75 NP en tout/32 NP différents
(126 mentions)
NPR PL DFP DQA
19 NP 13 NP 21 NP 22 NP
(26 mentions) (20 mentions) (41 mentions). (39 mentions)
Assemblée
Assemblée législative (Qc)
n\
W
Assemblée législative (Fr.)
Assemblée nationale (Fr.) (2) Assemblée nationale (Fr.) Assemblée nationale (Fr.) Assemblée nationale (Fr.)
IVi
w;
Assemblée nationale (Qc) Assemblée nationale (du Assemblée nationale du
Québec) (4) Québec (A)
La Haute Assemblée
Assemblée des premières
nations
Chambre (2)
Chambre des communes Chambre des communes
(Can.) (3) (Can.) (4)
Chambre des communes (G.- Chambre des communes Chambre des communes Chambre des communes
B.) (G.-B.) (2) (G.-B.) (4) (G.-B.) (3)
Chambre des députés (2) La Chambre des députés La Chambre des députés

Chambre des lords (2) Chambre des Lords Chambre des Lords (2) Chambre des Lords (3)
Chambre des pairs
La Chambre des représentants La Chambre des La Chambre des La Chambre des
représentants représentants (2) représentants
Confédération Confédération
Congrès Congrès Congrès
Conseil législatif Conseil législatif (2) Conseil législatif
Conseil des ministres (Fr.)
Conseil des ministres (Qc)
Conseil du roi Conseil du roi
Conseil du Trésor Le Conseil du Trésor Le Conseil du Trésor
La Convention nationale La Convention (nationale) La Convention nationale La Convention
Couronne Couronne La Couronne (2) La Couronne
directoire Le Directoire Le Directoire Le Directoire
Parlement (Fr.) (3) Parlement (Fr.) (5) Parlement (Fr.) (2)
Parlement québécois
Le Parlement (canadien) (6) Le Parlement (canadien) (4)
Parlement
Le Parlement anglais
Sénat (Fr.) (2) Sénat Sénat (Fr.)
Sénat (Can.) (3) Sénat (Can.) (3)
Sénat (É.-U.) Sénat (É.-U.) Sénat (É.-U.) (2)
Sénat conservateur
314

Noms propres de textes de nature politique


11 NP en tout/ 8 NP différents
( 11 mentions)
NPR PL DFP DQA
5NP 1 NP 4NP 1 NP
(5 mentions) (1 mention) (4 mention) (1 mention)
Action d'Union
Charte de Louis-Philippe
La Charte La Charte (constitutionnelle)
(constitutionnelle)
La Grande Charte La Grande Charte La Grande Charte
d'Angleterre d'Angleterre d'Angleterre
Constitution (É.-U.)
La Constitution de l'An II Constitution de l'An II
Magna Carta

Les noms propres d'unités administratives


6 NP en tout/2 NP différents
(6 menllions)
NPR PL DFP DQA
1 NP 1 NP 2NP 2NP
La Confédération La Confédération
canadienne canadienne
La République française La République française La République française La République française

Noms propres d'édifices à vocation politique


10 NP en tout / 5 NP différents
(10 mentions)
NPR PL DFP DQA
4NP 1 NP 1 NP 4 NP
(4 mentions) (1 mention) (1 mention) (4 mentions)
Assemblée Assemblée nationale
Palais fédéral
Maison-Blanche Maison-Blanche
parlement
sénat sénat Sénat Sénat

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