TECHNO SANS FRONTIÈRE
MATÉRIAUX
L’impression 3D
stimule l’innovation*
PAULINE ORBAN
La gamme de matériaux disponibles pour une utilisation davantage employés dans l’industrie agroalimentaire.
dans des machines de fabrication additive ne cesse de s’élargir. Ils servent à imprimer des pièces en contact avec les
Une diversification qui inspire les industriels de tous les secteurs. aliments, comme des tasses, des bols et des assiettes.
« Le polyamide confère aux objets des propriétés
Les fournisseurs de matière première doivent donc sans cesse
mécaniques intéressantes, en plus de pouvoir être
redoubler d’originalité pour réaliser leurs projets les plus inattendus. certifié ISO pour des utilisations chirurgicales ou
aéronautiques », précise Arnaud Coulet, le direc-
teur de la société Fabulous, une agence spécialisée
P
dans l’impression 3D.
lastiques, métaux, céramique : aujourd’hui, on mots-clés L’offre de matériaux plastiques évolue au fil du
compte pas moins de 200 matériaux dédiés à la temps. Les matériaux flexibles et caoutchouteux
fabrication additive, ou impression 3D. Les fournis- matériaux, matières et ont récemment fait leur apparition. Les élastomères
seurs de matières premières ne cessent d’innover. structure, prototypage, thermoplastiques (TPE) ont su séduire les grands
L’aéronautique, l’automobile, mais aussi le luxe et innovation noms de la mode pour la confection d’accessoires et
le domaine médical s’y intéressent pour un nombre de boutons, mais aussi les équipementiers de sport
croissant d’applications. Selon une récente étude pour la fabrication de semelles sur mesure. De par
publiée par le cabinet Research and Markets, le leur texture et leurs propriétés physiques proches de
marché des matériaux pour l’impression 3D devrait celles du caoutchouc et de la gomme, ils permettent
approcher 1,4 milliard de dollars de chiffre d’affaires de créer des objets très souples, tels que des poignées
d’ici 2021. « Cette méthode permet d’imaginer des ou même des tuyaux.
formes impossibles à réaliser avec les techniques Aux côtés des plastiques figurent désormais les
traditionnelles de fonderie et d’envisager la produc- métaux, arrivés de manière usuelle depuis 4 ou 5 ans.
tion de pièces détachées à la demande. Le dévelop- Plus légers, plus performants et surtout résistants au
pement de poudres de métaux ultralégers comme feu, les métaux comme le titane, l’inox ou les alliages
l’aluminium permet ce genre d’application », note chrome-cobalt ont permis de développer de nou-
Paul-Henri Renard, directeur général du Centre velles applications.
technique des industries de la fonderie (CTIF).
Des matériaux qui séduisent notamment dans les Des alliages biocompatibles
domaines de l’aérospatial et du militaire, pour rem-
placer en temps réel une pièce défectueuse dans un L’aluminium combiné à du silicium ou du magnésium
moteur ou un drone. séduit particulièrement les industriels de l’automobile
et de l’aérospatial par sa légèreté et sa résistance. L’inox
Des plastiques caoutchouteux aussi possède d’excellentes propriétés mécaniques et
peut être couplé à des métaux précieux comme l’or
Si l’impression 3D était au départ associée au seul ou l’argent. Le titane, enfin, présente des propriétés
plastique, cantonnant son application à la fabrica- très intéressantes, notamment pour des applications
tion de prototypes, les choses changent. Le plas- médicales. Avec un très bon rapport solidité/poids,
tique continue toutefois à occuper une place de il s’avère être résistant aux abrasions et biocompa-
choix parmi les matériaux disponibles. L’ABS, ou tible. Comme l’explique Paul-Henri Renard, le titane
acrylonitrile butadiène styrène, est très utilisé dans séduit de plus en plus de chirurgiens pour les pro-
les carrosseries de voitures ou les appareils électro- thèses articulaires. « Avec l’impression 3D, on fait du
ménagers. Ce thermoplastique est apprécié pour * Article extrait sur-mesure en fonction de la morphologie du patient.
sa souplesse et sa résistance aux chocs. Il offre, à la de la revue Industrie Plus besoin d’avoir un moule, un simple fichier 3D
& Technologies, no 990,
sortie de l’imprimante, un très beau rendu avec une suffit. Aujourd’hui, les industriels sont parvenus à
septembre 2016,
surface lisse et brillante. D’autres, comme l’acide p. 46-49. mettre au point des matériaux poreux qui adhèrent
polylactique ou les polyamides, non toxiques, sont aux tissus et même à l’os. »
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INDUSTRIE
Pour l’heure, les machines d’impression 3D ne
produisent, sauf exception, que des pièces mono-
matériaux. Mais la possibilité de fabriquer des plas-
Des pièces métalliques fabriquées sur mesure
tiques composites, qui permettrait d’obtenir des objets
aux propriétés multiples et aux caractéristiques méca- Spécialiste de l’impression
niques renforcées, commence à se profiler. La société 3D métallique, Beam utilise la
3D systems commercialise par exemple un plastique technologie LMD. Des poudres
métalliques sont fondues grâce
composite permettant d’imprimer plusieurs cou-
à un faisceau laser puis dépo-
leurs au cours d’une même impression. Un choix de sées par couches successives
390 000 teintes est disponible. Le résultat, proche de assurant une parfaite maîtrise
la couleur souhaitée, présente tout de même des aspé- des dimensions et de la qualité
rités à la surface. Du côté des métaux, l’impression de de la matière. Cette techno-
composites en est encore au stade de la R&D. Les dif- logie permet de fabriquer et
férences de propriétés mécaniques entre les métaux de réparer des pièces métal-
liques directement à partir
posent en effet quelques difficultés lors de la fusion
d’un fichier CAO.
de la poudre et son application couche par couche.
Des matériaux tendances
L’utilisation du bois et de la céramique pour l’impres-
sion 3D reste très marginale mais commence à se
Trois incontournables de la fabrication additive
développer. Les objets 100 % bois n’existent pas pour
le moment. Les filaments utilisés, de type Laywood, Le plus résistant : l’inconel
se composent à 40 % de bois recyclé et à 60 % de poly- Composé d’un fort taux de nickel et de chrome, l’inco-
mère, pour obtenir un effet liant. Avantages : un rendu nel appartient à la famille des « superalliages ». Doté
visuel proche du véritable bois et une teinte que l’on des mêmes propriétés mécaniques que l’inox, il est
apprécié par les industriels pour sa haute résistance
peut moduler en jouant sur la température d’extru-
thermique. Il est utilisé dans les centrales nucléaires et
sion. La céramique quant à elle suscite la curiosité l’aéronautique. En impression 3D, la poudre d’inconel
des artisans et des designers. Pour Arnault Coulet, est d’abord fondue selon une technique de frittage par
une véritable révolution est en train de se mettre en laser avant d’être appliquée par couches successives
place. « Même les bijoutiers se lancent dans l’im- pour laisser apparaître la pièce métallique.
pression 3D pour la conception de petits bijoux en
céramique. Mais on est pour l ’instant incapable de Le plus écolo : l’acide polylactique
faire des objets plus grands qu’une carte bleue avec Biodégradable et d’origine végétale, le PLA ou acide
ce matériau. L’enjeu de demain est donc d’y remédier polylactique est fabriqué à partir d’amidon de maïs,
pour permettre la fabrication de pièces plus larges et de racine de manioc ou de betterave. Contrairement
à d’autres plastiques comme l’ABS, il rétrécit peu à
d’envisager de nouvelles applications. » Des efforts
l’impression et peut être teinté de n’importe quelle
de R&D aussi sont entrepris dans l’utilisation du couleur. Non toxique, il sert à la fabrication de produits
verre. Il est déjà possible de créer des objets en verre en contact avec les aliments, comme des barquettes
opaque ; cependant, la transparence reste encore un ou des saladiers, à condition qu’il soit pur et que la
défi à relever pour proposer des lunettes à la demande. tête d’impression soit en acier inoxydable.
Plus inattendu, mais prometteur, l’impression de
matériaux vivants. Une société américaine, Organovo, Le plus biocompatible : MED610
est parvenue à imprimer un foie de 3 micromètres Le polymère PolyJet biocompatible, commercialisé par
d’épaisseur. Selon le directeur de l’unité Bio-ingénie- la société Stratasys, est un matériau rigide de proto-
rie tissulaire de l’Inserm, Jean-Christophe Fricain, typage médical rapide. Incolore et stable, il peut être
utilisé pour des moules dentaires, des orthèses et
la principale difficulté est de conserver les cellules
même des prothèses auditives. Il convient aux appli-
vivantes et d’imprimer des tissus qui évoluent dans cations nécessitant un contact prolongé avec la peau
le temps. Les chercheurs travaillent essentiellement de plus de 30 jours ou un contact avec les muqueuses
sur des tissus non vascularisés comme la cornée ou pendant quelques heures.
la peau. Cela leur permet de créer des modèles cellu-
laires de pharmacotoxicologie pour tester des médi-
caments et limiter les expérimentations animales. POUR EN SAVOIR PLUS
D’ici dix ans, les scientifiques envisagent même le
recours de la bio-impression pour fabriquer des gref- J. Nasr, Ph. Taillard, « Impression de matériaux composites », Technologie n° 205,
fons. L’offre de matériaux pour l’impression 3D n’a novembre-décembre 2016, p. 32-35.
pas fini de stimuler la créativité des industriels. n
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