DEPENSES PUBLIQUES
&
CROISSANCE ECONOMIQUE
EN RD CONGO
par:
LONZO LUBU Gastonfils
Msc. en Macroéconomie Appliquée/PTCI
i Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
DEPENSES PUBLIQUES ET CROISSANCE ECONOMIQUE EN
RD CONGO 1
Résumé
L’objectif de cette étude consiste à l’évaluation de l’effet des dépenses publiques sur la
croissance économique en RD Congo. Il s’agit d’apprécier l’effet de la qualité de la gouvernance
sur l’efficacité des dépenses publiques et de mettre en évidence les effets non linéaires des
dépenses publiques sur la croissance économique en RDC.
Au regard des résultats issus de la régression économétrique, la bonne gouvernance demeure un
pilier qui permet au gouvernement congolais de réaliser des performances macroéconomiques
considérables car toute réduction de la corruption dans la gestion budgétaire a une incidence
positive et significative sur la croissance économique.
Cependant, il existe des non-linéarités dans la relation entre dépenses publiques et l’activité
économique en RDC. Il a été observé au moyen de la courbe d’Armey que la taille optimale de
l’Etat congolais est de 25% entre 1961 et 2013. En appliquant la logique de modélisation des seuils
endogènes, initialement développée par Hansen (2000), il apparaît que jusqu’à un taux
d’endettement de 112% avec un solde budgétaire inférieur ou égal à 2,3%, l’Etat exerce une
influence de type keynésien sur l’activité économique et au-delà, non-keynésien voire anti-
keynésien.
Mots clés : dépenses publiques, Croissance économique, gouvernance, Modèles de Régression à effets Seuils.
Abstract
The objective of this study is to evaluate the effect of public spending on economic growth in DR
Congo. This is to assess the effect of the quality of governance on the efficiency of public
spending and highlight the non-linear effects of public expenditure on economic growth in the
DRC.
In view of the results of the econometric regression, good governance remains a pillar that allows
the Congolese government to make significant macroeconomic performance since any reduction
of corruption in budget management has a positive and significant impact on economic growth.
However, there are non-linearities in the relationship between public spending and economic
activity in the DRC. It has been observed through the Armey curve that the optimal size of the
Congolese state is 25% between 1961 and 2013. Applying the logic of modeling endogenous
thresholds, originally developed by Hansen (2000), it appears up to a debt of 112% with less than
or equal to 2.3% budget balance rate, the state influences Keynesian economic activity and
beyond, non-Keynesian or anti-Keynesian.
Keywords: government spending, economic growth, governance, Threshold Regression Models
JEL Classification: H50, E12, F43, H11, D73, C22.
1
gastonfils@[Link] , gastonfils@[Link] [+243 81 69 20 221]
ii Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
« Une des leçons très claires, c’est que la politique budgétaire
fonctionne et que la dépense publique peut stimuler l’économie
lorsqu’elle est mal en point ».
Joseph Stiglitz
« Les dépenses publiques ne sont porteuses de croissance
économique que lorsqu’elles sont essentiellement orientées vers
le développement des infrastructures, indispensables à l’efficacité
des investissements privés ».
Robert Barro
iii Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
A tous ceux qui œuvrent pour l’amélioration du bien-être des populations
dans le monde en général, en RD Congo en particulier.
A tous ceux qui m’ont soutenu et dont la contribution à la réalisation de ce
travail n’a pas de prix.
Je dédie ce Livre
iv Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
Sigles et abréviations
ADF Augmented Dickey Fuller
APD Aide Publique au Développement
APU Administrations Publiques
ASS Afrique Sub-Saharienne
BAD Banque Africaine de Développement
BCC Banque Centrale du Congo
BM/WB Banque Mondiale/World Bank
CAD Dollars canadien
CEMAC Communauté des Etats de l’Afrique Centrale
EPSP Enseignement Primaire, Secondaire e Professionnel
ESU Enseignement Supérieur et Universitaire
FMI/IMF Fond Monétaire International/International Monetary Fund
FPRC Facilité Permanente pour la Réduction de la Pauvreté
IBW Institutions Bretton Wood
IDE Investissement Direct Etranger
IPPTE Initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés
JICA Coopération Technique Japonaise
LM Langrange Multiplier
MONUC Mission des Nations Unies au Congo
MONUSCO Mission des Nations Unies pour la paix et la Stabilisation de la RD Congo
NAK/TAK Nouvelle école Anti-Keynésienne/ nouvelle Théorie Anti-Keynésienne
OCDE Organisation pour la Coopération et le Développement Economique
PAS Plan d’Ajustement Structurel
PEG Programme Economique du Gouvernement
PGF Productivité Globale des Facteurs
PIB Produit Intérieur Brut
PIR Programme Intérimaire Renforcé
PMURR Programme Multi-sectorielle d’Urgence et de Réhabilitation des Routes
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement
PTFs Partenaires Techniques et Financiers
PWT Pennsylvania World Table
RBC Real Business Cycles
RDC République Démocratique du Congo
RESET Régression Error Specification Test
STAR Smooth Transition AutoRegressive
SVAR/VAR Structural Vector Auto-Regressive/ Vector Auto-Regressive
UE Union Européenne
UEMOA Union Economique et Monétaire Ouest Africain
USD Dollars américains
VCEM Vector Error Correction Model
WDI Wold Development Indicator
WEO World Economic Organization
WGI The Woldwide Governance Indicators
ZES Zone Economique Spéciale
v Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
Liste des Figures
Figure 1.1. Une hausse des dépenses publiques à l’équilibre keynésien
Figure 1.2. Le mécanisme de relance économique par les dépenses publiques
Figures 1. 3. Evolution des indicateurs économiques
Figure 1.4. Structure des dépenses publiques par secteurs
Figure 1.5. Structure des dépenses publiques par secteurs
Figure 1.6. Importance relative des opérations du cadre budgétaire
Figure 1.7. Evolution des indicateurs de gouvernance en RD Congo
Figure 2.1. Projection des indicateurs économiques de la RDC à l’horizon 2020
Figure 3.1. Evolution de la taille de l’Etat vs croissance économique en RDC de 1980 à 2013
Figure 3.2. Cusum squared du modèle (3.6)
Figure 4.1. Fonctions de transition
Figures 4.2. Test de linéarité et détermination des seuils des modèles.
Liste des Tableaux
Tableau 1.1. Identification des principaux chocs et leurs effets sur l’économie congolaise en 1960-2013
Tableau 2.1. Statistiques descriptives des variables de l’étude
Tableau 2.2. Test de stationnarité sur les variables de l’étude.
Tableau 2.3. Nombre de rétard optimal suivant les critères d’informations
Tableau 2.4. Résultats du test de cointégration de Johansen
Tableau 2.6. Forces de rappel
Tableau 3.1 : courbe d’ARMEY entre 1961 -2013 en République Démocratique du Congo
Tableau 3.2 Détermination des Parts Optimales des Dépenses Publiques par Catégorie en RDC de 1961
Tableau 4.1. Tendances moyennes des variables par sous-période
Tableau 4.2. Test de linéarité et détermination des seuils des modèles.
Tableau 4.3. Estimation de l’équation (4.3)
Tableau 4.4. Tendances des variables entre les régimes.
Tableau 4.5. Estimation de l’équation (4.4)
Tableau 4.6. Estimation de l’équation (4.5)
vi Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
Sommaire
INTRODUCTION GENERALE, p.1
1ère Partie : QUALITE DE LA GOUVERNANCE & EFFICACITE DES DEPENSES
PUBLIQUES EN RDC, p.16
Chapitre 1. GENERALITES CONCEPTUELLES DE L’ETUDE, p.17
Chapitre 2. EFFICACITE DES DEPENSES PUBLIQUES SUR LA CROISSANCE
ECONOMIQUE EN RDC : ROLE DE LA GOUVERNANCE, p.52
2ème Partie : EFFETS NON LINEAIRES DES DEPENSES PUBLIQUES SUR LA
CROISSANCE ECONOMIQUE EN RDC, p.70
Chapitre 3. TAILLE OPTIMALE DES DEPENSES PUBLIQUES EN RDC, p.71
Chapitre 4. LES EFFETS NON LINEAIRES DE DEPENSES PUBLIQUES SUR LA
CROISSANCE ECONOMIQUE, p.89
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS, p115
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES, p.119
ANNEXES, p.127
TABLES DES MATIERES, p.141
vii Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
INTRODUCTION GENERALE
1 Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
0.1. CONTEXTE & PROBLEMATIQUE
Dans le contexte actuel de la mondialisation où chaque État aspire à la
croissance économique et au développement, il s’impose à chacun la
manipulation optimale des instruments de politique économique.
La politique budgétaire constitue, avec la politique monétaire, l’un des
principaux leviers conjoncturels de la politique économique. Alors que la
politique monétaire est conduite par les autorités monétaires au sein de la
Banque Centrale, elle échappe au pouvoir discrétionnaire de l’Etat et vise
généralement la stabilité des prix, les autres objectifs de la politique
économique (plein emploi, croissance, équilibre extérieur) restent de fait,
l’apanage de la politique budgétaire.
L’Etat ayant pour seul outil la politique budgétaire ne doit pas en abuser
mais, doit la gérer de manière efficace et donc, maitriser l’effet que peut
avoir les dépenses publiques sur l’activité économique, car les dépenses trop
élevées peuvent exercer des pressions sur la conduite de la politique
économique.
La politique budgétaire consiste à utiliser certains instruments budgétaires
(dépenses publiques, endettement public, prélèvements fiscaux) pour
influer sur la conjoncture économique. Elle constitue la principale modalité
d’intervention des pouvoirs publics pour l’accomplissement des fonctions
d’allocation des ressources, de stabilisation macroéconomique et de
redistribution des revenus au sens défini par Musgrave R.
Alors que la croissance économique, selon F. Perroux, c’est « une
augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes plus ou moins
longues d’un indicateur de dimension, le produit global net en termes réels
».
Cependant, contrairement à l’abondante littérature empirique sur les effets
de la politique monétaire, la politique budgétaire était, jusqu’à récemment,
l’objet de moins d’attention de la part des économistes. Ce manque d’intérêt
contrastait avec la multiplication des débats publics sur les effets
macroéconomiques des dépenses publiques. En outre, alors qu’il existe
globalement un consensus sur les effets de la politique monétaire, la thèse
2 Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
selon laquelle la politique budgétaire est un outil efficace de la politique
économique ne fait pas l’unanimité au sein des économistes. Blanchard et
Perotti [2002], puis Perotti [2002], ont relancé le débat sur l’efficacité de la
politique budgétaire en proposant une évaluation de ses effets dynamiques
sur les variables macroéconomiques, en particulier sur le PIB.
C’est ainsi que des auteurs ont essayé d’analyser le rôle des dépenses
publiques dans la croissance économique d’un pays à l’aide de modèle de
croissance endogène de solow prenant en compte les paniers des variables
qualitatives et quantitatives (Agenor [2002]). Baldacci E., Clements B., Gupta
S. Hillman A., & Kojo N., [2003], N’gouan, K. P. [2013] proposent la nécessite
d’une prise en compte des aspects de la gouvernance dans la recherche de
l’efficacité des variables budgétaires sur la croissance pour les pays (à faible
revenu) soutenus par le FMI.
En RDC, cet exercice a été effectué de différentes manières et il a été montré
que l’influence qu’exerce les dépenses publiques sur la croissance
économique n’est toujours la même d’une période à l’autre et même cette
influence varie en fonction de la structure des dépenses effectuées.
Toutefois, les aspects récents sur la gouvernance et les effets de non
linéarité des dépenses publiques sur la croissance restent sans réponse dans
le cadre de l’économie congolaise.
Au cours des décennies 70-90, la République Démocratique du Congo, à
l’instar des autres pays de l’Afrique au Sud du Sahara, a subi une profonde
crise économique et financière. Le déclin de l’activité économique,
spécialement dans les secteurs formels, mena à une chute des recettes
publiques à moins de 5% du PIB. Au même moment, les dépenses,
essentiellement celles liées à la guerre, augmentèrent atteignant près de 70%
des recettes totales. Le déficit budgétaire fut hors de contrôle s’élevant à
environ 120% des recettes publiques en 2000. Ce déficit fut entièrement
financé par l’expansion monétaire et l’accumulation d’arriérés intérieurs et
extérieurs. Le rôle de la Banque Centrale n’en fut réduit qu’à l’impression de
la monnaie pour le financement du déficit. Il en résulta une montée de
l’inflation et, en 2000, les prix à la consommation haussèrent au taux annuel
moyen de 554%. Cette crise ayant pour corollaire l’explosion du ratio
3 Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
d’endettement et l’incapacité du pays à faire face aux obligations du service
de la dette.
Cette situation dégradante a entraîné de la part du FMI, l’imposition de
mesures d’austérité plafonnant les déficits budgétaires, des coupes de
certaines dépenses publiques et fixant des seuils de soutenabilité de la dette
publique, sans grand succès, ces programmes de stabilisation, qui, bien que
comportant nominalement des mesures de réduction de la demande, se sont
caractérisés des déviances macroéconomiques et structurelles spécialement
au cours des années quatre-vingt-dix (Baldacci E., Clements B. et Gupta S.
[2003]).
Pour arrêter ces déséquilibres macroéconomiques, la RDC a amorcé un
processus d’ajustement ordonné de son économie. Les résultats attendus
des politiques d’ajustement dépendaient de la mise en œuvre de
programmes économiques et financiers dans le cadre du Programme
Intérimaire Renforcé (PIR) entre 2001-2002, suivi du Programme Economique
du Gouvernement (PEG I, Septembre 2002 - Février 2006) appuyé par la
Facilité Permanente de la Réduction de la Pauvreté et la croissance (FPRC),
enfin le PEG II (Décembre 2009- Juin 2012) avec les institutions de Breton
Woods. Les objectifs fondamentaux assignés à ces programmes étaient le
rétablissement des grands équilibres, la maîtrise de l’inflation et la réalisation
d’une croissance économique saine et durable.
Les efforts du gouvernement pour un assainissement de l’environnement
macroéconomique dans le cadre de ces programmes se sont traduits
notamment par:
- La fin du cercle vicieux hyper-inflationniste, l’inflation a diminué de
près de 500 % en 2000 puis ramenée à environ 10 à 15 % par an depuis
quelques années et sous la barre des 10 % depuis 2010 pour se situer à
1,03 % en 2013 soit un record d’inflation le plus bas en Afrique, cela
s’explique essentiellement par une meilleure gestion des finances
publiques, l’assainissement des finances publiques et l’élimination
progressive du financement par la BCC du déficit des administrations
centrales, ainsi qu’à une meilleure coordination entre le Trésor et la
BCC.
4 Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
- L’économie congolaise a renoué avec la croissance à partir de 2001.
Après 12 ans de déclin continu, la croissance économique est
redevenue positive (8,5% en 2013) avec des projections d’un taux de
croissance à deux chiffres à l’horizon 2014 - 2015. Le pays a attiré le
plus des investissements directs étrangers (IDE) et l’aide
internationale en ASS ces dix dernières années (FMI, [2014]).
- Le pays a bénéficié en 2011 d’une annulation de 94% de sa dette
restante après avoir atteint le point d’achèvement de l’IPPTE, une
dette extérieure évaluée à 598,5 point de PIB en 2000 à 35,4 % de PIB
en 2012.
- Les exercices budgétaires se sont soldés par des niveaux relativement
bas en moyenne, le déficit (de trésorerie) des administrations
centrales a été divisé par deux en quelques années : en 2001- 2011, le
déficit budgétaire était en moyenne de 4,3 % du PIB, contre 8,5 % en
moyenne pour la période 1970–2000.
Cependant, en dépit des réformes, la fragile stabilité du cadrage
macroéconomique a été largement influencée par cinq risques principaux :
- L’équilibre budgétaire est maintenu sur une base de caisse, mais pas
sur la base des engagements. De telles politiques peuvent se justifier
en période d’urgence, mais leur application sur une période continue
nuit à la crédibilité de la politique budgétaire.
- Les préoccupations de sécurité se répercutent sur la composition des
dépenses. En 2010, le budget de la défense a été entièrement exécuté,
alors que celui de l’éducation a eu un taux d’exécution de 75 % avec
des taux encore plus bas pour d’autres secteurs.
- Il n’y a pas de système d’assurance des dépôts bancaires, mais les
insuffisances dans la supervision des banques présentent un risque
budgétaire étant donné que les dépôts bancaires tendent à être
implicitement garantis par l’Etat.
- Le risque de surendettement persiste. A la suite de l’allègement de la
dette des IPPTE/IADM, de nouvelles dettes ont été contractées et le
ratio dettes/PIB augmente, en dépit de la croissance rapide du PIB. Les
autorités ont accumulé de nouveaux emprunts contractés auprès (a)
du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre de l’accord de
5 Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
Facilité élargie de crédit pour un total de 550 millions de dollars US, (b)
du partenariat sino-congolais pour l’ensemble des infrastructures, qui
inclue des prêts avec un élément de subvention de 47%, et (c) des
projets de prêts de la part de créanciers non traditionnels, tels que la
Chine et l’Inde, avec chacun un élément de subvention minimum de
35%. Le principal risque est que les activités financées avec ces
nouveaux prêts ne contribuent pas suffisamment à la croissance et
aux exportations pour libérer des ressources permettant d’assurer les
obligations du service de la dette.
- La gouvernance demeure une question transversale qui touche les
performances économiques, les entrepreneurs, et les prestations de
services de base à la population. Les indicateurs internationaux
indiquent que la gouvernance continue de représenter un sérieux
problème en RDC. Le pays se classe parmi les derniers en termes
d’indicateurs de gouvernance en Afrique subsaharienne (52ème place
sur 55 pays d’Afrique, Classement Ibrahim Mo Foundation [2011]). Bien
qu’il y ait eu de légères améliorations durant la période 2000-2013, les
indicateurs de base restent instables et le classement général de la
RDC, par rapport aux autres pays, ne s’est pas amélioré.
Actuellement, la RDC table sur une croissance du PIB de plus de 8,5 % (FMI,
[2013]), avec l’appui des partenaires bilatéraux et multilatéraux, le
Gouvernement de la République a lancé des vastes chantiers des travaux de
reconstruction et de réhabilitation des infrastructures et la mise en place de
zones économiques spéciales (ZES) pour encourager la renaissance de son
industrie, agro-industries (Kinshasa, Nselé), mines (Katanga) et cimenteries
(Bas-Congo, Lukala). La construction du barrage hydroélectrique d’INGA III
sur le fleuve Congo demeure ainsi le plus gros potentiel d’Afrique,
l’agriculture est désignée comme le principal secteur de l’économie étant
donnée sa capacité à employer la main d’œuvre essentiellement rurale
(HERDERSCHEE J. et all., [2012]).
Ces différents projets impliquant des dépenses importantes montrent la
place qu’occupe les dépenses publiques dans le processus de stabilisation et
de relance économique en RDC. A ce sujet, il est indispensable pour l’Etat
d’assumer un niveau de dépenses publiques optimales, ce qui implique une
6 Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
mobilisation des ressources conséquente à cette fin en terme de finance
interne (émission des titres publics, fiscalité) ou externe (dette extérieure)
et l’amélioration de la gouvernance reste un élément essentiel pour la
croissance à venir et le climat des affaires en RDC.
Depuis les crises des années 70 (chocs pétroliers) et 80 (crise
d’endettement), les politiques budgétaires d’inspiration keynésienne ont
généralement été abandonnées, les théoriciens néoclassiques et anti-
keynésiens [TAK] en ont cependant souligné les limites, notamment du fait
des effets néfastes des déficits et de la dette publique. Cependant, la crise
financière et économique de 2008 a été accompagnée d’un retour sur le
devant de la scène des politiques budgétaires dans toutes leurs puissances :
plans de relance ambitieux (2), rachats d’actifs toxiques, nationalisations de
facto d’établissements financiers… et laissant jouer les stabilisateurs
automatiques3 qui ont spontanément exercé une action contracyclique sur
l’activité économique, une politique qui a eu pour effet d’éviter une
récession semblable à celle de 1929. Autant de dépenses publiques décidées
non plus seulement dans l’optique d’une relance économique, mais bien
dans celle d’un véritable sauvetage.
Le rapport de perspectives mondial du FMI (Oct. 2013) fait apparaitre
clairement qu’un grand nombre de pays ont besoin d’une nouvelle série de
réformes structurelles en terme des politiques budgétaires, notamment
pour investir dans les infrastructures publiques, éliminer les obstacles à
l’entrée sur les marchés de produits et de services et, dans le cas de la Chine,
rééquilibrer la croissance de manière à la rendre moins tributaire de
l’investissement et davantage de la consommation.
Cependant, si les stratégies d’ajustement mises en œuvre par l’Etat
Congolais avec l’appui des Institutions de Breton Woods ont quelque peu
2Plans de relance économique ambitieux de 800 milliards Usd aux Etats-Unis (2009), de 40 mia CAD au Canada
(2008-2009), de 34 mia Usd en France (2008-2010), de 260 mia Usd au Japon (2008-2009) sur [Link]/
Plan de relance économique .
3
Un stabilisateur automatique est un mécanisme économique ayant une activité régulatrice, passive, et anticyclique. Dans le
domaine de la finance publique, pour Raphaël Espinoza, la stabilisation automatique est « la capacité des finances publiques à
atténuer les conséquences des événements conjoncturels sur l'activité. Lorsque l'économie est en expansion, les impôts
augmentent avec la hausse de la consommation et de l'emploi et les prestations sociales baissent avec le recul du chômage. La
hausse des impôts et la baisse des prestations conduit alors à une réduction de la croissance. L'augmentation initiale de l'activité
est donc réduite par le fonctionnement des stabilisateurs automatiques. La situation est symétrique lorsque l'économie connaît
un ralentissement »
7 Dépenses publiques et croissance économique en RD Congo Par Gastonfils LONZO
manqué d’efficacité à ralentir la progression de la dette, elles ont eu le
mérite de prouver que la rationalisation de la gestion des finances publiques
peut générer des gains de productivité et de croissance économique.
Cette nouvelle approche de la politique budgétaire (restrictive) prend ainsi le
contre-pied de l’effet du multiplicateur keynésien par lequel la politique
budgétaire (expansionniste) génère de la croissance dès lors qu’elle relance
la demande intérieure ainsi que la prise en compte de la bonne gouvernance.
Entre 1960 et 2013, ces deux politiques contradictoires ont été conduites en
RDC de manière alternée et non régulière, créant ainsi des effets ambigus
sur l’activité économique.
La difficulté proviendrait de l’ambivalence entre l’activisme contra cyclique
par lequel l’Etat cherche à relancer l’activité économique par la politique
budgétaire, et le respect des grands équilibres synonyme de contraction
budgétaire. Par conséquent, l’éventualité d’une relation non linéaire entre la
croissance économique et le déficit budgétaire n’est pas à écarter.
La présente étude tente de répondre à la question fondamentale, quel est
l’effet des dépenses publiques sur la croissance économique en RD Congo ?
Cette étude cherche à apprécier l’influence qu’a exercée la politique
budgétaire sur le rythme d’activité économique en RDC tout en y
incorporant le rôle de la gouvernance dans la recherche de son efficacité.
De manière spécifique, cette étude se fixe de répondre aux questions
suivantes :
QS1 : quelle est l’influence de la bonne gouvernance sur la relation entre
dépenses publiques et croissance économique en RDC ?
QS2 : existe-t-il une relation de non linéarité entre dépenses publiques et
croissance économique en RD Congo ?
Ces réflexions s’inscrivent dans un contexte très actuel où la gestion des
finances publiques est soumise à des controverses majeures pendant que la
politique monétaire demeure confinée à des objectifs de maîtrise de
l’inflation. La mise en évidence d’effets non linéaires constitue la sève
nourricière de ce travail ; cela devrait permettre de tirer les enseignements