Dénombrabilité et propriétés des séries
Dénombrabilité et propriétés des séries
1
Les séries 1 Ensembles dénombrables
1 Ensembles dénombrables
Définition.
Un ensemble est dénombrable si et seulement s’il est en bijection avec N.
Exemples. L’ensemble des nombres pairs est dénombrable.
Propriété. Toute partie infinie de N est dénombrable.
Démonstration.
Soit P une partie infinie de N. On va montrer qu’il existe une unique bijection stricte-
ment croissante de N sur P .
• Unicité. Supposons qu’il existe une bijection ϕ : N −→ P strictement croissante.
Pour tout p ∈ P , il existe k ∈ N tel que p = ϕ(k). Or ϕ(k) ≥ ϕ(0), donc pour tout
p ∈ P , p ≥ ϕ(0), ce qui prouve que (1) : ϕ(0) = min(P ).
Soit n ∈ N∗ . Si p ∈ P \ {ϕ(0), . . . , ϕ(n − 1)}, il existe k ∈ N tel que p = ϕ(k).
k ≥ n, donc ϕ(k) ≥ ϕ(n), donc pour tout p ∈ P \ {ϕ(0), . . . , ϕ(n − 1)}, p ≥ ϕ(n). De
plus ϕ(n) ∈ P \ {ϕ(0), . . . , ϕ(n − 1)},
donc (2) : ∀n ∈ N∗ ϕ(n) = min(P \ {ϕ(0), . . . , ϕ(n − 1)}) .
Les relations (1) et (2) définissent par récurrence ϕ de manière unique.
• Existence. Notons ϕ l’application de N dans P définie par les relations (1) et (2).
ϕ est correctement définie, car pour tout n ∈ N∗ , P \ {ϕ(0), . . . , ϕ(n − 1)} est non vide
(P est supposé infini), donc il possède un minimum dans N.
Montrons que ϕ est une bijection strictement croissante.
Soient p ∈ P et n ∈ N. Supposons que p ∈ / {ϕ(0), . . . , ϕ(n)}.
Si n = 0, p 6= ϕ(0) = min(P ), donc p > ϕ(0).
Si n > 0, p ∈ P \ {ϕ(0), . . . , ϕ(n − 1)}, donc p ≥ min(P \ {ϕ(0), . . . , ϕ(n − 1)}) = ϕ(n).
Or p 6= ϕ(n), donc p > ϕ(n).
Ainsi, pour tout p ∈ P et n ∈ N, (3) : p ∈ / {ϕ(0), . . . , ϕ(n)} =⇒ p > ϕ(n).
Soit n ∈ N. D’après (2), ϕ(n + 1) ∈ / {ϕ(0), . . . , ϕ(n)},
donc d’après (3), ϕ(n + 1) > ϕ(n).
Ainsi ϕ est strictement croissante. En particulier, elle est injective.
De plus, si ϕ(n) ≥ n, ϕ(n + 1) > ϕ(n) ≥ n, donc ϕ(n + 1) ≥ n + 1. Ainsi, on montre
par récurrence que, pour tout n ∈ N, ϕ(n) ≥ n.
Soit p ∈ P . p ≤ ϕ(p), donc d’après la contraposée de (3) avec n = p, p ∈ {ϕ(0), . . . , ϕ(p)}.
Ainsi il existe k ∈ N tel que p = ϕ(k), ce qui prouve la surjectivité.
Exemple. L’ensemble P des nombres premiers est dénombrable et en notant pn le
nième nombre premier, on a P = {pn /n ∈ N∗ }.
Propriété. On dit qu’un ensemble est au plus dénombrable si et seulement si il est
fini ou dénombrable.
Un ensemble est au plus dénombrable si et seulement s’il est en bijection avec une
partie de N.
Démonstration.
Supposons que I est un ensemble et qu’il existe une partie P de N et une bijection
ϕ : P −→ I.
Si P est finie, alors I est fini.
Sinon, d’après la propriété précédente, il existe une bijection de N dans P , donc par
composition, il existe une bijection de N sur I, ce qui prouve que I est dénombrable.
La réciproque est claire.
Lemme technique :
Un ensemble I est fini ou dénombrable si et seulement s’il existe une suite
croissante (Jn )n∈N de parties finies de I dont la réunion est égale à I.
Dans ce cas, on dira que (Jn )n∈N est une suite adaptée à I.
n
[ ∞
[
Remarque. Dans ce cas, pour tout n ∈ N, Jn = Jk et I = Jk , donc, en un
k=0 k=0
certain sens, que l’on ne tentera pas de formaliser, I est la limite des Jn .
Démonstration.
• Supposons que I est fini ou dénombrable.
Si I est fini, on pose, pour tout n ∈ N, Jn = I. La suite (Jn ) convient.
Supposons que I est[ infini. Il existe
[ unebijection f de N dans I.
Posons Jn = f ([0, n]). Jn = f [0, n] = f (N) = I, donc la suite (Jn ) convient.
n∈N n∈N
• Supposons qu’il existe une suite croissante (Jn )n∈N de parties finies de I dont la
réunion est égale à I.
∗
Posons K0 = J0 et, [ n ∈ N , Kn = Jn \ Jn−1 .
[ pour tout
On vérifie que I = Jn = Kn par double inclusion : Pour tout n ∈ N, Kn ⊂ Jn ,
[ [ n∈N n∈N [
donc Kn ⊂ Jn et réciproquement, si x ∈ Jn , il existe
n∈N n∈N n∈N
p = min{n ∈ N / x ∈ Jn }, donc x ∈ Jp \ Jp−1 = Kp (en convenant que K−1 = ∅).
Si n > p, Kn ∩ Kp ⊂ G (Jn \ Jn−1 ) ∩ Jn−1 = ∅. Ainsi, les parties Kn sont deux à deux
disjointes. Ainsi, I = Kn
n∈N
Soit n ∈ N. Notons dn le cardinal de Kn (notamment, dn = 0 lorsque Kn = ∅).
Xn−1 n
X
Il existe une bijection gn de Kn dans l’intervalle d’entiers [ dk , dk − 1].
k=0 k=0
On note g l’application de I dans N dont les restrictions aux Kn coı̈ncident avec gn .
g est injective, car si i, j ∈ I avec i 6= j, on montre facilement que g(i) 6= g(j), donc
c’est une bijection de I dans une partie de N.
Ainsi, I est fini ou dénombrable.
Remarque. S’il existe une suite (Jn )n∈N de parties finies de I dont la réunion est
égale à I, on a encore que I est fini ou dénombrable, car en posant pour tout n ∈ N,
Démonstration.
Soit A1 , . . . , Ap p ensembles dénombrables où p ∈ N∗ . Posons A = A1 × · · · × Ap et
montrons que A est dénombrable.
Pour tout k ∈ {1, . . . , p}, il existe d’après le lemme technique une suite (Jn,k )n∈N
adaptée à Ak .
Pour tout n ∈ N, posons Ln = Jn,1 × · · · × Jn,p .
Ln est un
[ensemble fini en tant que produit cartésien fini d’ensembles finis
et A = Ln :
n∈N
En effet, si a = (a1 , . . . , ap ) ∈ A, pour tout k ∈ {1, . . . , p}, il existe nk tel que ak ∈ Jnk ,k .
Posons alors n = sup nk . Pour tout k ∈ {1, . . . , p}, sachant que la suite (Jm,k )m∈N est
1≤k≤p
ak ∈ Jnk ,k ⊂ Jn,k , donc a ∈ Ln .
croissante, [
Ainsi A ⊂ Ln et l’inclusion réciproque est claire.
n∈N
Alors, d’après le lemme technique, A est fini ou dénombrable.
De plus A est infini, car l’application f de A1 dans A définie par : pour tout a1 ∈ A1 ,
f (a1 ) = (a1 , e2 , . . . , ep ) où e2 , . . . , ep sont des éléments fixés dans A2 , . . . , Ap , est une
injection.
Remarque. Notons pn le nème nombre premier.
Notons également N(N) l’ensemble des suites presque nulles d’entier, c’est-à-dire l’en-
semble des suites (ni )i∈N d’entiers telle que : ∃N ∈ N, ∀i ≥ N ni = 0.
D’après le théorème d’existence et d’unicité de la décomposition d’un entier comme
N(N) −→ Y N
produit de nombres premiers, l’application (αi )i∈N 7−→ pαi i est une injection.
i∈N
Ceci prouve directement que N(N) est dénombrable.
Propriété. R n’est pas dénombrable.
Démonstration.
Supposons que R est dénombrable. Alors il existe une bijection ϕ de N dans R. Pour
X+∞
tout n ∈ N, posons ϕ(n) = b0,n + bk,n 10−k , où b0,n est la partie entière de ϕ(n) et
k=1
où la suite (bk,n )k∈N∗ est le développement
décimal (dans V) de ϕ(n).
0 si bn,n 6= 0
Pour tout n ∈ N, posons cn = .
1 si bn,n = 0
+∞
X
Notons x = c0 + ck 10−k . x est un réel, donc il existe n ∈ N tel que x = ϕ(n). Alors,
k=1
d’après l’unicité de la partie entière et du développement décimal d’un réel, cn = bn,n ,
ce qui est faux.
Remarque. Cette technique de démonstration s’appelle un “argument diagonal”. Il
est repris dans la démonstration suivante.
Corollaire. R est un Q-espace vectoriel de dimension infinie.
Démonstration.
Sinon, il existerait n ∈ N tel que R est en bijection avec Qn qui est dénombrable, donc
R serait dénombrable.
Propriété. Hors programme : P(N) n’est pas dénombrable.
Démonstration.
Sinon, il existe une bijection ϕ de N dans P(N).
Notons A = {n ∈ N/n ∈ / ϕ(n)}. Il existe a ∈ N tel que A = ϕ(a).
Dans ces conditions, a ∈ ϕ(a) ⇐⇒ a ∈ A ⇐⇒ a ∈ / ϕ(a), ce qui est impossible.
Remarque. En adaptant cette démonstration, on voit que plus généralement, aucun
ensemble I n’est en bijection avec P(I).
Propriété. Si (ui )i∈I est sommable, alors {i ∈ I/ui 6= 0} est au plus dénombrable.
Démonstration. X
On suppose qu’il existe M ∈ R+ tel que, pour toute partie finie J de I, ui ≤ M .
i∈J
[ 1
{i ∈ I/ui =
6 0} = {i ∈ I/ui ≥ }. Posons Jn = {i ∈ I/ui ≥ n1 }.
n∈N∗
n
X X1 card(J)
Soit n ∈ N∗ . Si J est une partie finie de Jn , M ≥ ui ≥ = , donc
i∈J i∈J
n n
[
card(J) ≤ M n. Ceci prouve que Jn est de cardinal fini, donc {i ∈ I/ui 6= 0} = Jn
n∈N∗
est dénombrable.
Remarque. La contraposée
X de cette propriété affirme que lorsque {i ∈ I/ui 6= 0}
n’est pas dénombrable, ui = +∞. Il est donc naturel de se limiter au cas où I est
i∈I
au plus dénombrable, ce que nous supposerons pour toute la suite.
Propriété. Soient v = (vi )i∈I et w = (wi )i∈I deux familles de réels positifs telles que,
pour tout i ∈ I, vi ≤ wi . X X
Si w est sommable, alors v est également sommable et vi ≤ wi
i∈I i∈I
Démonstration. X X X
Pour toute partie finie J de I, vj ≤ wj ≤ wi , donc v est sommable et
j∈J j∈J i∈I
X X
vi ≤ wi
i∈I i∈I
Propriété. Lorsque v = (vi )i∈I et w = (wi )i∈I sont deux familles de réels positifs
tout i ∈ X
telles que, pour X I vi ≤ wi , on peut toujours écrire que,
dans [0, +∞] , vi ≤ wi .
i∈I i∈I
Démonstration. X X
C’est évident lorsque wi = +∞ et lorsque wi < +∞, c’est la propriété précédente.
i∈I i∈I
Propriété. Soit (Jn )n∈N une suite adaptée à I, c’est-à-dire une suite croissante de
parties finies de I dont la réunion est égale à I. Alors les propriétés suivantes sont
équivalentes :
— (ui )i∈I est sommable.
X
— La suite ui est majorée.
n∈N
i∈J
Xn
— La suite ui est convergente dans R+ .
n∈N
i∈Jn
X X X
De plus, dans ce cas, ui = sup ui = lim ui .
n∈N n→+∞
i∈I i∈Jn i∈Jn
Démonstration. X
On remarque que la suite ui est croissante, donc elle converge dans R si et
n∈N
i∈Jn
X X
seulement si elle est majorée et dans ce cas, sup ui = lim ui . Ainsi, il suffit
n∈N n→+∞
i∈Jn i∈Jn
d’établir l’équivalence
X entre
Xles deux premières assertions et de montrer qu’en cas de
sommabilité, ui = sup ui .
n∈N
i∈I i∈J
Xn
• Supposons que la suite ui est majorée.
n∈N
i∈Jn
Soit J une partie finie de I. Pour tout j ∈ J il existe nj ∈ N tel que j ∈ Jnj . En posant
X X X
N = max nj , J ⊂ JN , donc ui ≤ ui ≤ sup ui .
j∈J n∈N
i∈J i∈JN i∈Jn
X X
Ceci prouve que la famille (ui ) est sommable et que, dans ce cas, ui ≤ sup ui .
n∈N
i∈I i∈Jn
• Réciproquement, supposons que la famille X (ui ) est sommable.
X
Soit n ∈ N. Jn est une partie finie de I, donc ui ≤ ui .
X i∈Jn i∈I
X +∞
X
et dans ce cas, un = un .
n∈N n=0
Démonstration.
Pour tout n ∈ N, posons Jn = [0, n]. Ainsi, (Jn )n∈N est une suite croissante de parties
finies de N dont la réunion est égale à N. D’après la propriété précédente, (un ) est
X Xn
sommable si et seulement si la suite ui = ui est majorée, c’est-à-
n∈N n∈N
i∈Jn i=0 P
dire, dans le cadre des séries à termes positifs, si et seulement si un est convergente.
X X Xn +∞
X
De plus, dans ce cas, ui = lim ui = lim ui = ui .
n→+∞ n→+∞
i∈N i∈Jn i=0 i=0
Propriété de linéarité : Si (vi )i∈I et (wi )i∈I sont deux familles sommables de réels
pour tout α ∈ R+X
positifs, alorsX , (αvi + Xwi )i∈I est sommable.
Dans ce cas, (αvi + wi ) = α vi + wi .
i∈I i∈I i∈I
Démonstration.
Soit (Jn )n∈N une suite
X adaptée à I. Par Xlinéarité
Xdes sommes finies,
pour tout n ∈ N, (αvi + wi ) = α vi + wi , donc par linéarité du passage à
i∈Jn i∈Jn i∈Jn
X X X
la limite, (αvi + wi ) −→ α vi + wi . Ainsi, (αvi + wi )i∈I est sommable et
n→+∞
i∈Jn i∈I i∈I
X X X
(αvi + wi ) = α vi + wi .
i∈I i∈I i∈I
R+ ∪ {+∞}.
Convention : Soit (ui )i∈I une famille d’éléments deX
S’il existe i0 ∈ I tel que ui0 = +∞, on convient que ui = +∞.
i∈I
Propriété. Soit (vi )i∈I et (wi )i∈I deux familles d’éléments de R+ ∪ {+∞}.
Soit n ∈ N.
n n n
X 1 X X 1 X X 1 X k+1
= = = ,
(p + q + 1)α k=0 p+q=k
(p + q + 1) α
k=0 p+q=k
(k + 1) α
k=0
(k + 1) α
(p,q)∈Jn
1
donc la famille est sommable si et seulement si la série
(p + q + 1)α (p,q)∈N2
X 1 1 1
α−1
converge, or α−1
∼ α−1 , donc
(k + 1) (k + 1) k
1
la famille est sommable si et seulement si α > 2.
(p + q + 1)α (p,q)∈N2
Remarque. Pour le moment, lorsque (ui )i∈I est une famille ”sommable” de complexes,
sa somme n’est pas définie. Heureusement, cet inconfort n’est que passager :
Propriété. Supposons que tous les ui sont réels.
−
Pour tout i ∈ I, on pose u+ i = max(ui , 0) et ui = max(−ui , 0).
−
u+ = (u+ −
i )i∈I et u = (ui )i∈I sont deux familles de réels positifs.
− −
On vérifie que, pour tout i ∈ I, ui = u+ +
i − ui et |ui | = ui + ui .
−
(ui )i∈I est sommable si et seulement si (u+ i )i∈I et (ui )i∈I sont sommables (selon la
définition du paragraphe
X Xprécédent)
X et dans ce cas,
on pose (1) : ui = +
ui − u−
i .
i∈I i∈I i∈I
Démonstration.
− −
En discutant selon le signe de ui , on montre que ui = u+ +
i − ui et |ui | = ui + ui .
− −
Si u est sommable, comme 0 ≤ u+ + + −
i ≤ |ui | et 0 ≤ ui ≤ |ui |, u = (ui ) et u = (ui )
sont sommables.
−
Réciproquement, si u+ et u− sont sommables sur I, comme |ui | = u+ i + ui , u est
sommable.
Propriété. Supposons maintenant que u est à valeurs complexes. Alors les familles
Re(u) = (Re(uk ))k∈I et Im(u) = (Im(uk ))k∈I sont à valeurs dans R.
u est sommable si et seulement si Re(u) et Im(u) sont sommables et dans ce cas,
X X X
On pose (2) : uk = Re(uk ) + i Im(uk ),
k∈I k∈I k∈I
où les sommes du membre droit de l’égalité sont définies dans la propriété précédente.
Démonstration.
Si u est sommable, comme, pour tout i ∈ I, 0 ≤ |Re(ui )| ≤ |ui |
et 0 ≤ |Im(ui )| ≤ |ui |, Re(u) et Im(u) sont sommables.
Réciproquement, si Re(u) et Im(u) sont sommables sur I,
comme |ui | ≤ |Re(ui )| + |Im(ui )|, u est sommable.
Propriété. Lorsque (ui )i∈I est une famille sommable de complexes,
X X
ui = lim uj .
n→+∞
i∈I j∈Jn
X
Cependant la réciproque est fausse : la suite uj peut converger sans que
n∈N
j∈Jn
(ui )i∈I ne soit sommable.
Démonstration.
Premier cas : Supposons
X que
Xu = (ui )X
i∈I est à valeurs dans R.
Pour tout n ∈ N, uj = +
uj − u−
j , donc d’après une propriété du para-
j∈Jn j∈Jn j∈Jn
X X X
graphe sur les réels positifs, uj −→ u+
i − u−
i , donc d’après la relation (1),
n→+∞
j∈Jn i∈I i∈I
X X
uj −→ ui .
n→+∞
j∈Jn i∈I
Second cas : Supposons
X que u est à valeurs
X X dans C.
Pour tout n ∈ N, uj = Re(uj ) + i Im(uj ), donc par application du premier
j∈Jn j∈Jn j∈Jn
X X X
cas, uj −→ Re(uk ) + i Im(uk ).
n→+∞
j∈Jn k∈I k∈I
X X
Ainsi, d’après la relation (2), uj −→ ui .
n→+∞
j∈Jn i∈I
Pour montrer que la réciproque est fausse, il suffit de prendre I = Z avec, pour tout
n ∈ N, Jn = [−n, n] ∩ Z, et pour tout k ∈ Z, uk = k.
X n
X
Pour tout n ∈ N, |uk | = 2 k = n(n + 1) −→ +∞, donc u n’est pas sommable.
n→+∞
k∈Jn k=1
n
X
Pourtant, pour tout n ∈ N, uj = 0 −→ 0.
n→+∞
j=−n
cos(p + q)θ
Exercice. Soit θ ∈ R. Calculer la somme de la suite double .
p!q! (p,q)∈N2
cos(p + q)θ 1 1
Solution : Existence de la somme : Pour tout (p, q) ∈ N2 , ≤ ,
p!q! p! q!
cos(p + q)θ
donc pour montrer la sommabilité de la famille , il suffit
p!q! (p,q)∈N2
Propriété. Lorsque I = N, une suite (un )n∈N est sommable si et seulement si la série
X +∞
X
P
un est absolument convergente. Dans ce cas, un = un .
n∈N n=0
X
Propriété. Lorsque I = Z, (un )n∈Z est sommable si et seulement si les séries un
n≥0
X
et u−n sont absolument convergentes et dans ce cas
n≥0
X +∞
X +∞
X
un = u−n + un .
n∈Z n=1 n=0
Démonstration.
N
X X
∗
• Supposons que la famille (un )n∈Z est sommable. Soit N ∈ N . |un | ≤ |un |,
n=0 n∈Z
N
X X X
P
donc la série |un | est convergente. De même, |u−n | = |un | ≤ |un |,
n=0 n∈[−N,0]∩Z n∈Z
P
donc la série |u−n | est convergente. P P
• Réciproquement, supposons que les séries un et u−n sont absolument conver-
gentes. Soit J une partie finie de Z.
X X X +∞
X +∞
X
|ui | = |ui |+ |ui | ≤ |u−n |+ |un |, donc la famille (un ) est sommable.
i∈J i∈J∩N i∈J∩Z∗− n=1 n=0
Dans ce cas, !
+∞
X +∞
X N
X N
X X X
u−n + un = lim u−n + un = lim un = un , car
N →+∞ N →+∞
n=1 n=0 n=1 n=0 n∈[−N,N ]∩Z n∈Z
([−N, N ] ∩ Z)N ∈N est adaptée à Z.
X 1 X 1
Exemple. 3
= 0, et n’est pas définie.
n∈Z∗
n n∈Z ∗
n
5.1 Linéarité
Propriété de linéarité : soit a = (ai )i∈I et b = (bi )i∈I deux familles sommables
de
Xcomplexes et soit X α ∈ [Link] la famille αa + b = (αai + bi )i∈I est sommable et
(αai + bi ) = α ai + bi .
i∈I i∈I i∈I
Démonstration.
Pour tout i ∈ I, |αai + bi | ≤ |α||ai | + |bi |, or d’après le paragraphe 3, la famille de
réels positifs (|α||ai | + |bi |)i∈I est sommable, donc la famille (|αai + bi |)i∈I est également
sommable.
Ainsi la famille deX complexes (αai +X bi )i∈I est
Xaussi sommable.
Pour tout n ∈ N, (αai + bi ) = α ai + bi et il suffit de faire tendre n vers +∞
i∈Jn i∈Jn i∈Jn
pour conclure.
Propriété. Soit (ui )i∈I une famille de réels positifs et (vi )i∈I une famille de complexes.
On suppose que, pour tout i ∈ I, |vi | ≤ ui .
Démonstration.
Exercice.
5.2 Commutativité
Propriété. Commutativité de la somme d’une famille sommable.
Soient (ui )i∈I une famille sommable
X de complexes
X et ϕ une bijection de I dans I. Alors
(uϕ(i) )i∈I est aussi sommable et uϕ(i) = ui .
i∈I i∈I
Démonstration.
Montrons d’abord que (ϕ(Jn ))n∈N est adaptée à I.
Soit n ∈ N : Jn est de cardinal fini, donc ϕ(Jn ) est aussi finie.
De plus Jn ⊂ Jn+1 , donc
[ ϕ(Jn ) [⊂ ϕ(Jn+1 ).
Enfin, I = ϕ(I) = ϕ( Jn ) = ϕ(Jn ).
n∈N Xn∈N X X
Ainsi, pour tout n ∈ N, |uϕ(i) | = |uj | −→ |uj |, ce qui montre que la
n→+∞
i∈Jn j∈ϕ(Jn ) j∈I
famille (uϕ(i) ) est sommable.
X X X X
Alors, uϕ(i) = lim uϕ(i) = lim uj = ui .
n→+∞ n→+∞
i∈I i∈Jn j∈ϕ(Jn ) i∈I
+∞
X
Remarque. Ainsi le symbole “ ” n’est pas commutatif dans le cas des séries
n=0
semi-convergentes de complexes, mais il le devient dans le cas des séries absolument
convergentes. Plus généralement, on voit que la définition d’une somme infinie prove-
nant de la sommabilité est plus sûre et plus robuste que celle provenant des séries.
Propriété. Hors programme :
Soient (ui )i∈I une famille sommable
Xde complexes
X et ϕ une bijection de K dans I. Alors
(uϕ(k) )k∈K est aussi sommable et uϕ(k) = ui .
k∈K i∈I
Démonstration.
On adapte la démonstration précédente. K est au plus dénombrable et il faut supposer
ici que (Jn )n∈N est une suite adaptée à K.
Montrons d’abord que (ϕ(Jn ))n∈N est adaptée à I.
Soit n ∈ N : Jn est de cardinal fini, donc ϕ(Jn ) est aussi finie.
De plus Jn ⊂ Jn+1 , donc[ ϕ(Jn ) ⊂[ϕ(Jn+1 ).
Enfin, I = ϕ(K) = ϕ( Jn ) = ϕ(Jn ).
n∈N X n∈N X X
Ainsi, pour tout n ∈ N, |uϕ(k) | = |uj | −→ |uj |, ce qui montre que la
n→+∞
k∈Jn j∈ϕ(Jn ) j∈I
famille (uϕ(k) )k∈K est sommable.
Démonstration.
Il suffit d’appliquer le théorème de sommation par paquets pour des familles de réels
positifs en posant, pour tout q ∈ N, Iq = N × {q}, ce qui constitue bien une partition
de N2 .
Plus
X précisément,
X d’après
X le théorème de sommation par paquets,
up,q = up,q .
(p,q)∈N2 p0 ∈N (p,q)∈{p0 }×N
p0 ∈ N. L’application
SoitX X 7−→ (p0 , q) est une bijection de N dans {p0 } × N donc
qX
up,q = uϕ(q) = up0 ,q .
(p,q)∈{p0 }×N q∈N q∈N
+∞ +∞
!
X X X
Ainsi, up,q = up,q .
(p,q)∈N2 p=0 q=0
Remarque. Pour appliquer ce théorème, il faut d’abord vérifier que (ui )i∈I est une
famille sommable de complexes, c’est-à-dire que (|ui |)i∈I est une famille sommable de
réels positifs. Souvent, on vérifie ce dernier point à l’aide du “théorème de sommation
par paquets pour des familles de réels positifs”.
Démonstration.
• Appliquons le théorème de sommation par paquets pour des réels positifs : (|u i |)i∈I
X
est sommable, donc pour tout q ∈ N, (|ui |)i∈Iq est sommable et la suite |ui |
i∈Iq
q∈N
X X
est sommable. Or pour tout q ∈ N, ui ≤ |ui |, donc pour tout q ∈ N, (ui )i∈Iq
i∈Iq i∈Iq
X
est sommable et ui est sommable.
i∈Iq
q∈N
• Pour tout q ∈ N, il existe une suite (Jq,N )N ∈N adaptée à Iq .
Remarque. Pour appliquer ce théorème, il faut d’abord vérifier que (up,q )(p,q)∈N2
est une famille sommable de complexes, c’est-à-dire que (|up,q |)(p,q)∈N2 est une famille
sommable de réels positifs. Souvent, on vérifie ce dernier point à l’aide du “théorème
d’interversion de sommations pour des suites doubles de réels positifs”.
X X
Exemple. Soient an et bn deux séries absolument convergentes de complexes.
Alors la famille (ap bq )(p,q)∈N2 est une suite double sommable et
! !
X X X
ap b q = ap bq .
(p,q)∈N2 p∈N q∈N
Démonstration.
En travaillant dans R+ ∪ {+∞}, d’après le théorème de Fubini,
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X
|ap bq | = |ap | |bq | = |ap | . |bq | < +∞, donc la famille (ap bq )p,q∈N
p,q∈N p=0 q=0 p=0 q=0
est sommable. Alors, d’après! le second théorème de+∞Fubini,
X X X X X
ap b q = ap b q = (T bq ), où T = ap .
(p,q)∈N2 q∈N p∈N
+∞
q∈N
! ! p=0
X X X X
Ainsi ap b q = T bq = ap bq .
(p,q)∈N2 q=0 p∈N q∈N
X 1 2−q
Exemple. On sait que converge et a pour somme e. Ainsi, est
p! p! (p,q)∈N2
X 2−q 1
sommable et =e× = 2e.
2
p! 1 − 12
(p,q)∈N
Définition.
P Produit
P de Cauchy de deux séries.
Soient un et vn deux séries de complexes.
X Xn
Pour tout n ∈ N, on pose wn = up vq = up vn−p .
P p+q=n p=0 P P
La série wn est appelée le produit de Cauchy des deux séries un et vn .
Propriété. Le produit de Cauchy de deux séries absolument convergentes est P abso-
lument
P convergent. De plus, avec les notations de la définition précédente, si un et
vn sont absolument convergentes, alors
+∞ +∞
! +∞ !
X X X
wn = un vn .
n=0 n=0 n=0
Démonstration.
• D’après l’exemple précédent,
! +∞ la ! suite double (up vq ) est sommable
X +∞
X X
et up vq = un vn .
(p,q)∈N2 n=0 n=0
• Pour tout n ∈ N, posons Jn = {(p, q) ∈ N2 /p + q ≤ n}. (Jn ) est une suite croissante
deX N2 dont la réunion est égale à N2 , donc
parties finies de X
up vq −→ up vq , or pour tout n ∈ N,
n→+∞
(p,q)∈Jn (p,q)∈N2
X n
X X n
X n
X X
up vq = up vq = wk , donc wk −→ up vq .
n→+∞
(p,q)∈Jn k=0 p+q=k k=0 k=0 (p,q)∈N2
P
Ceci prouve que la série wn est
! +∞ ! et que
convergente
+∞
X X +∞
X X
wn = up vq = un vn .
n=0 (p,q)∈N2 n=0 n=0