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Analyse des Politiques Publiques en Haïti

Le rapport de l'Observatoire Citoyen pour l'Institutionnalisation de la Démocratie analyse les politiques publiques en Haïti dans les domaines de la sécurité, de l'énergie, et de la lutte contre la corruption. Malgré des efforts depuis 2017 pour renforcer l'État de droit et améliorer les infrastructures énergétiques, les résultats restent insatisfaisants en raison de la corruption et d'un environnement institutionnel défaillant. Le rapport présente également des recommandations prioritaires basées sur des consultations avec des acteurs politiques et de la société civile.

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Analyse des Politiques Publiques en Haïti

Le rapport de l'Observatoire Citoyen pour l'Institutionnalisation de la Démocratie analyse les politiques publiques en Haïti dans les domaines de la sécurité, de l'énergie, et de la lutte contre la corruption. Malgré des efforts depuis 2017 pour renforcer l'État de droit et améliorer les infrastructures énergétiques, les résultats restent insatisfaisants en raison de la corruption et d'un environnement institutionnel défaillant. Le rapport présente également des recommandations prioritaires basées sur des consultations avec des acteurs politiques et de la société civile.

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OBSERVATOIRE CITOYEN POUR L’INSTITUTIONNALISATION DE LA

DÉMOCRATIE

Rapport d’analyse des


politiques publiques


Secteurs :
 Sécurité et État
 Énergie
 Lutte contre la corruption et l’impunité

Avec le support financier de la Fondation Nationale pour la Démocratie


(NED)
Table des Matières

I. INTRODUCTION .......................................................................................................................... 2

II. MÉTHODOLOGIE DE L’ÉVALUATION .................................................................................... 4

III. ANALYSE ET ÉVALUATION DE LA POLITIQUE DU GOUVERNEMENT HAÏTIEN EN

MATIÈRE DU RENFORCEMENT DE L’ÉTAT DE DROIT ET DE LA LUTTE CONTRE

L’INSÉCURITÉ ..................................................................................................................................... 8

IV. ANALYSE ET EVALUATION DE LA POLITIQUE DU GOUVERNEMENT HAITIEN EN

MATIERE D’ÉNERGIE ...................................................................................................................... 24

V. ANALYSE ET EVALUATION DE LA POLITIQUE DU GOUVERNEMENT HAITIEN EN

MATIERE DE LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION ET L’IMPUNITÉ ................................... 33

VI. LES RECOMMANDATIONS PRIORISÉES ET AUTRES RECOMMANDATIONS

FORMULÉES PAR LES ACTEURS RENCONTRÉS DANS LES FOCUS GROUP ...................... 45

1|Page
I. INTRODUCTION
Depuis le tournant des années 2010, consécutive aux impacts néfastes du séisme du 12
janvier sur les institutions régaliennes de l’Etat et la décapitalisation de l’économie due à une
perte évaluée à environ 120% du PIB, la société haïtienne est rentrée dans un cycle de crise
multidimensionnelle, marquée notamment par un recul de l’Etat de droit, l’aggravation
accélérée du climat général de sécurité du pays, la faillite de la moralité publique et de graves
problèmes énergétiques. Autrement dit, nous assistons au cours de ces dernières années à une
piètre performance des gouvernements d’Haïti, caractérisée par la corruption, l’influence
prédominante des intérêts particuliers dans la détermination de l’action gouvernementale, la
faiblesse ou le manque de vigilance et de rigueur des instances de contrôle, y compris et au
premier chef le Parlement et la société civile et un manque de rationalité dans la démarche
des différents ministères, etc.

Pour apporter des solutions à ces différents défis qui affectent la qualité de la gouvernance
politique du pays, la priorité de l’action publique depuis 2017 a été orientée dans ces trois
(03) directions : (1) le renforcement de l’ « Etat de droit et la Sécurité », (2) la « lutte contre
la corruption et l’impunité » et (3) l’« amélioration des infrastructures et de la distribution de
l’énergie électrique ». Malheureusement, les résultats escomptés sont encore loin d’être
atteints, car l’environnement politico-social et institutionnel du pays ne semble pas vouloir
évoluer de manière qualitative.

C’est globalement dans ce contexte que l’Observatoire Citoyen pour l’Institutionnalisation de


la Démocratie (OCID) en voulant apporter sa contribution à l’amélioration d’une telle
situation se propose d’initier un processus d’observation critique des politiques publiques
mises en œuvre par le gouvernement haïtien dans trois secteurs et à renforcer du même coup
les capacités des acteurs politiques et de la société civile en la matière. Cette action consiste,
également, à jeter les bases pour influencer significativement les plateformes des partis
politiques et des candidat-e-s lors des élections qui devront avoir lieu pour renouveler le
personnel politique à tous les niveaux. Les trois secteurs ciblés sont : 1) Etat de droit et
Sécurité, 2) Corruption et l’impunité et 3) Energie.

Pour réaliser ce travail d’analyse-critique du bilan et des résultats obtenus par les actions
planifiées de l’Etat dans ces trois (03) secteurs, l’OCID avait, d’abord, sollicité les services
de trois experts. Il s’agit des professeurs James Boyard1 et René Jean-Jumeau2 et de Maître
Lemaire Dilia3 pour analyser, respectivement, les secteurs : état de droit et Sécurité ; la
corruption et l’impunité et, l’énergie. Leurs tâches consistaient à ’identifier les principales
difficultés ou faiblesses depuis la date de leur mise en œuvre par les différents ministères ou
organismes gouvernementaux compétents, de déterminer si les ressources budgétaires
1
Professeur et Consultant. Professeur Boyard est détenteur d’un Master en Défense et Sécurité dans les
Amériques, d’un Master en Défense et Sécurité Hémisphérique, et il poursuit des Études doctorales en
Relations internationales ;
2
Monsieur René Jean-Jumeau, Docteur en Génie Électrique et ancien Ministre chargé de la politique
énergétique ;
3
Avocate au Barreau de Port-au-Prince, Ancien membre du CSPJ. Maître Lemaire est détentrice d’une licence
en droit et d’une Maitrise en aménagements de quartiers précaires- Quisqueya-UQAM.

2|Page
attribuées aux organismes ministériels, techniques ou juridictionnels chargés de mettre en
œuvre l’action publique sont suffisantes et de proposer des recommandations concrètes sur
les moyens, outils ou processus susceptibles de permettre d’améliorer la qualité de l’action
publique dans chaque domaine .

Pour approfondir le travail des experts, une vingtaine de focus group ont été réalisés à travers
le pays par des participants au programme de formation en «Suivi et Évaluation des
politiques publique » lancé par l’OCID au mois de novembre 2021. Ces focus avaient réuni
plus de 250 acteurs de classe politique et de la société civile pour recueillir leurs
commentaires et recommandations sur les principaux constats et recommandations formulés
par les experts dans leur bilan critique. Les principales questions auxquelles les acteurs
avaient répondu sont :

1) En quoi les résultats des analyses reflètent-ils la réalité de ce secteur, selon vous ?
2) D’après vous, quels autres défis majeurs de ce secteur méritent d’être pris en compte ?
3) Parmi les différentes recommandations formulées pour réformer la politique de ce
secteur, laquelle jugez-vous la plus pertinente ?
4) Quelles autres recommandations voulez-vous proposer pour un meilleur résultat dans
la mise en œuvre de la politique publique de ce secteur ?

Dans ce document, nous présentons, d’abord, la méthodologie utilisée par les experts et leur
bilan critique pour chaque secteur, puis, les trois (3) recommandations jugées les plus
pertinentes identifiées par les acteurs rencontrés dans les focus group ainsi que leurs
recommandations proposées pour un meilleur résultat dans la mise en œuvre de la politique
publique de chaque secteur.

3|Page
II. MÉTHODOLOGIE DE L’ÉVALUATION
Pour mieux mesurer la performance de l’action publique dans les secteurs de l’« Etat de droit
et de la sécurité », de la « lutte contre la corruption et l’impunité » et de l’« énergie »,
l’évaluation des experts a englobé les périodes fiscales comprises entre 2018 et 2021 et s’est
étendu sur deux temporalités de l’action publique, la période « In-itinere » et la période «Ex-
post ».

Dans cette perspective, ont été considérés, non seulement, tous les politiques, plans,
programmes ou actions de la puissance publique qui sont encore en cours d’exécution
pendant l’exercice budgétaire 2020-2021, mais aussi tous ceux qui sont achevés récemment
et calés sur l’exercice budgétaire antérieur, soit celui de 2018-2020. A ce titre, ils ont
mobilisé pour le besoin de cette analyse l’ensemble des documents de méthode ou de
politique suivants :

- Les Budgets de la Présidence et la Primature : Ils définissent les crédits de


fonctionnement et d’investissement attribués à ces deux Institutions ;
- Le Budget de 2018 à 2021 du Ministère de la Justice et de la PNH : Ils présentent les
crédits de fonctionnement et d’investissement qui sont alloués au Ministère pendant les
périodes considérées ;
- Les Budgets du Conseil Supérieur du Pouvoir judiciaire (CSPJ) : Il présente les
crédits de fonctionnement du Conseil pendant la période fiscale considérée ;
- Les Budgets des organismes chargés de la lutte contre la corruption : ils exposent les
moyens financiers attribués au fonctionnement des institutions, telles, la Cour Supérieur
des Comptes et du Contentieux administratif (CS/CA), l’Unité de lutte contre la
corruption (ULCC), l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Unité de renseignement
financier (UCREF) ;
- Les Budgets de 2018 à 2021 de la PNH : ils définissent les moyens financiers qui sont
engagés ou autorisés par le Gouvernement haïtien à la réalisation des objectifs de
l’Institution policière, tant dans le domaine de son fonctionnement quotidien que dans
celui de son développement ;
- Le Plan stratégique de développement de la République d’Haïti (PSDH) : Il expose
les quatre grands chantiers prioritaires pour le Gouvernement haïtien jusqu’en 2030, dont
le quatrième inclus des actions portant sur le renforcement de l’administration de la
justice et de la sécurité ;
- Les Plans stratégiques d’actions prioritaires 2018 à 2021 du Ministère de la justice :
Ils définissent les priorités du Ministère, notamment en matière de lutte contre le
phénomène de la détention préventive prolongée et de renforcement du principe de la
primauté de la justice ;
- Le Plan stratégique de développement de la PNH (PSD-PNH) 2017-2021 : Il
consacre à travers cinq (05) grands Axes stratégiques, les objectifs de la Direction
générale de la Police Nationale d’Haïti dans le domaine de renforcement institutionnel et
de renforcement des capacités opérationnelles de lutte contre l’insécurité ;
- Le Plan stratégique de développement de l’Inspection générale 2018-2021 : Il définit
les objectifs prioritaires de cette structure de contrôle de la PNH, notamment dans le
domaine de la lutte contre les violations des droits de l’homme au sein de l’Institution ;
4|Page
- Le Plan d’action de l’Office de Protection du Citoyen (PA-OPC) 2019-2024 : Il
expose les objectifs stratégiques de l’OPC, notamment dans le domaine de promotion des
droits humains par le contrôle citoyen du respect par l’Etat de ses engagements ;
- Les Plans d’opération de la Direction Centrale de la Police Administrative : Ils
planifient les dispositions tactiques, opérationnelles et logistiques que la Direction
générale entend mettre en place pour assurer la gestion de l’ordre et de la sécurité pendant
une période donnée ;
- Les Rapports annuels de l’Unité Centrale de Renseignement Financier (UCREF) :
Ils font l’inventaire des actions conduites par l’UCREF dans le domaine de la lutte contre
la corruption ;
- Les Rapports thématiques du Centre d’Analyse et de Recherches en Droits de
l’Homme (CARDH) : Ils dressent le bilan de l’évolution de la situation des droits de
l’homme et de la sécurité;
- Les Rapports de suivi du PSD-PNH de 2018 à 2020 : Ils évaluent de manière « In
itinere » la progression de la mise en œuvre des différentes actions consacrées dans ledit
Plan ;
- Les Rapports d’audit de la CSC/CA : ils mettent en lumière des cas d’irrégularités
touchant des contrats relatifs à 183 projets de développement, financés pour un montant
de 1, 785, 596, 901. 84 de dollars américains ;
- Les Résolutions du CSPN : Elles arrêtent les mesures que certains membres du CSPN
devraient à adopter dans l’immédiat pour faire face à la conjoncture en matière de
sécurité, de gestion de l’ordre public ou des différentes crises qui secouent le pays ;
- La Loi de novembre 1994 portant création, organisation et fonctionnement de la
PNH : Elle définit le cadre légal de fonctionnement et d’organisation de l’Institution
policière ;
- L’Arrêté créant la Brigade de lutte contre l’insécurité foncière (BRICIF) : Il établit
le champ de fonctionnement et de mission de la BRICIF dans le domaine de la lutte
contre le phénomène de spoliation de terrains ;
- La Directive 007 créant l’Inspection générale : Elle consacre les règles et principes de
fonctionnement et d’organisation de l’Inspection générale de la PNH ;
- Les Bilans 2018 à 2020 de l’Inspection générale en matière de promotion des Droits
humains : Ils établissent l’inventaire des actions menées par cet organisme pendant les
périodes considérées dans le domaine du renforcement de la culture du respect des droits
humains au sein de la PNH ;
- Les Déclarations de Politique générale du Premier ministre Jacques Guy Lafontant
de 2018 et Jean Henry Céant de 2019 : Elles exposent les grandes lignes d’action
publique que ces gouvernements entendent poursuivre une fois en fonction notamment
dans les domaines énergétiques, de la sécurité, du renforcement de la justice et de l’Etat
de Droit ;
- Le Plan de Développement du Secteur de l’Energie 2007-2017, MTPTC, BME, EDH,
nov. 2006 : Il défini jusqu’en 2017 les actions que le gouvernement haïtien souhaite
réaliser afin de renforcer les capacités de production, de distribution et d’accès à
l’énergie ;

5|Page
- La proposition de stratégie pour l’Allègement de la Pression sur les Ressources
Ligneuses Nationales par la Demande en Combustibles, Banque Mondiale, ESMAP
Technical Paper 112/07 FR Avril 2007 : Il s’agit d’une proposition de stratégie visant à
améliorer la gestion du marché des ressources énergétiques utilisées pour l’usage
domestique et la petite et moyenne industrie en Haïti ;
- La Proposition de Gestion de la Chaine Logistique d’Approvisionnement de
Produits Pétroliers pour le marché haïtien, Dr Marc Antoine Archer, mars 2012 :
Elle présente une analyse des causes de ruptures de stock dans l’approvisionnement de
produits pétroliers pour le marché haïtien avec des propositions pour éviter ces
indisponibilités, tout en contrôlant les coûts associés à la gestion des stocks ;
- Les Options pour restructurer l’Électricité́ d’Haïti (EDH), Société Financière
Internationale (SFI), Groupe Banque mondiale (GBM), mai 2012 : Basée sur les
recommandations de la firme de consultation Tetra Tech engagée préalablement par l’État
haïtien, elle détaille les points forts et les points faibles des différentes options disponibles
pour la restructuration de l’Électricité d'Haït ;
- L’Avant-projet de politique énergétique de la République d’Haïti, Ébauche 9,
MTPTC, BME, EDH, jan. 2012 : Il s’agit d’une ébauche de politique énergétique,
élaborée par les techniciens en énergie du MTPTC, du BME et de l’EDH et soumis au
Ministre des TPTC pour promulgation comme politique publique pour le secteur ;
- La Feuille de route pour un système énergétique durable en Haïti, Worldwatch
Institute, MTPTC, nov. 2014 : Etablie par la Worldwatch Institute en consultation avec
le MTPTC, le BME, l’EDH et le Bureau du Ministre délégué auprès du Premier Ministre
en charge de la Sécurité énergétique, elle propose un plan pour établie un système
énergétique haïtien entièrement basée sur les énergies renouvelable ;
- Les Décrets régissant le Secteur de l’énergie, le Moniteur, 3 février 2016 : Ils forment
un groupe de trois décrets ayant contribué à apporter des changements significatifs dans
le secteur de l’énergie dans son ensemble, notamment en créant une Autorité de
régulation du secteur et en renforçant la compagnie électrique publique ( EDH) ;
- L’Haitian Solar-Powered Micro-gridPotential: Town Ranking Report, Energy and
Security Group, EnèjiPwòp, Institut Haïtien de l'Énergie, financé par USTDA, dec.
2017 : Il s’agit d’une analyse du potentiel des villes secondaires du pays à intégrer avec
succès un micro-réseau électrique alimenté à l’énergie solaire de manière
commercialement viable. Quatre-vingt villes secondaires furent ciblées dans une enquête
et un classement du meilleur potentiel au pire fut établi ;
- L’État des lieux du Projet d’électrification nationale, Evenson Calixte, PhD, janvier
2021 : Il fait un Bilan succinct des actions d’électrification du pays, entreprises par
l’Administration du Président Jovenel Moyse et réalisées jusqu’au mois de décembre
2020 ;
- Le Scaling‐Up RenewableEnergy Program (SREP) – Investment Plan for Haiti,
Sous-comité Fonds d’investissements pour le climat, Banque Mondiale, avril 2015 :
Il présente une approche du pays pour catalyser le développement des énergies
renouvelables afin de combler l'énorme déficit de la demande d'électricité de manière
fiable et rentable, et de transformer durablement le mix énergétique du pays, trop

6|Page
dépendant des produits pétroliers. Il propose également de mobiliser et d'exploiter les
capacités privées des entreprises et de mener Haïti vers une économie émergeante ;
- L’Assessment of Haiti’sEnergy Sector, Boston University Institue for
SustainableEnergy, mars 2018 : Il s’agit d’une évaluation produite par I’institut pour
l’énergie durable (ISE) de Boston University en collaboration avec EarthSpark
International, qui en s’appuyant sur des analyses documentaires et des recherches menées
entre octobre 2017 et janvier 2018, offre une description des activités des principales
entités impliquées dans les réseaux électriques multi-clients en Haïti : (i) EDH, le service
public monopolistique, (ii) les producteurs privés d'électricité (PPE) qui produisent et
vendent de l'électricité à EDH et (iii) les développeurs de micro-réseaux indépendants
dans des endroits non desservis par EDH ;
- Le Productive Landscapes – StimulatingSmallholderWoodfuel Production:
Lessonsfrom Haiti’s Thriving Charcoal Market, Dr. Glenn Smucker & Dr. David
Miller, USAID, JUIN 2021 : Il s’agit d’une étude du cas haïtien de production de bois de
feu et de charbon de bois et explore les raisons pour lesquelles des centaines de milliers
de petits exploitants haïtiens investissent leurs ressources limitées dans la production de
bois de chauffe. Elle essaie de comprendre pourquoi certaines conditions d’une
production de bois-énergie durable existent spontanément en Haïti, pratiquement sans
intervention délibérée du gouvernement.

7|Page
III. ANALYSE ET ÉVALUATION DE LA POLITIQUE DU GOUVERNEMENT
HAÏTIEN EN MATIÈRE DU RENFORCEMENT DE L’ÉTAT DE DROIT ET
DE LA LUTTE CONTRE L’INSÉCURITÉ

PHASE 1.- Rappel de la situation Ex-ante dans le secteur « Etat de droit » et


« Sécurité »

Dès le lendemain de l’indépendance, la gouvernance politique en Haïti a toujours été


marquée par des velléités d’autoritarisme, l’instabilité politique et les troubles civils ou
armés. En dépit de plusieurs décennies de transition démocratique initiée en 1986 avec la
chute de la dictature des Duvalier, cette culture politique séculière n’a guère évolué. Ainsi,
dès le lendemain de l’investiture du 58ème Président, Jovenel Moise, qui marque la continuité
avec le gouvernement de Michel Martelly, en matière de mal gouvernance démocratique, de
privatisation de l’Etat et du pouvoir politique, une nouvelle ère de crise politique s’ouvre
avec comme toile de fonds pas moins de sept (07) situations négatrices des droits de
l’homme, de l’Etat de droit et de la paix politique :

(1) Les sandales de corruption à répétition au sein de l’Etat : Deux rapports d’enquête du
Sénat haïtien devaient indexer le nom de plusieurs hauts responsables du Parti au
pouvoir dans le scandale du détournement de près de 4 milliards de dollars provenant
des fonds du Programme « Petro caribe ». Le nom du Président en fonction Jovenel
Moise devait être lui-même cité par la Cour supérieur des comptes et du contentieux
administratif (CSACA) dans ses Rapports d’audit de 2018 et 2019, alors que celui-ci
n’était qu’un simple chef d’entreprise ;
(2) La prolifération des gangs armés : Etablis à l’origine sous forme de « Base » comme
de simples regroupements de jeunes activistes politiques ou de jeunes de quartier en
quêtes de filiation et de protection contre des voleurs ou assaillants venant d’autres
quartiers, ces bases vont glisser rapidement vers un trajectoire criminel, quitte à se
transformer en de véritables gangs armés, lorsque leurs membres décident de soumettre
la population de la zone à un système de rançonnage. Dès lors, pour augmenter leurs
opportunités de rentes, les membres de ces gangs vont décider de s’armer de plus en
plus afin de conquérir de nouveaux espaces et sanctuariser leur territoire face aux
éventuelles interventions de la Police. Courtisés par certains politiciens lors des
élections de 2015 pour avoir le droit d’accès à l’électorat de leurs zones, ces gangs forts
du soutien de ces hommes politiques se renforcent et sont utilisés par des secteurs
politiques de tout bord comme des armes de dissuasion ou de déstabilisation politique ;
(3) La multiplication de massacres de masse dans certains quartiers populeux : le 13
novembre 2018, une attaque conduite par un groupe armé contre une localité à La
Saline devait solder par l’assassinat de plusieurs dizaines de personnes et le viol d’une
quinzaine de femmes et de filles. Ce massacre attribué par certaines organisations de
droits de l’homme à des gangs armés proches du Pouvoir serait motivé par la volonté

8|Page
d’assoir le contrôle sur cette zone dans la perspective électoraliste. Ce massacre devait
être le premier d’une longue série visant certains quartiers de forte densité
démographique ;
(4) L’aggravation de la pauvreté et des inégalités sociales : Avec la corruption qui s’est
installée au plus haut sommet de l’Etat et l’effet contreproductif des principales mesures
adoptées par les autorités de la Banque centrale pour endiguer la crise de change, de
plus en plus de familles haïtiennes sombrent dans la pauvreté et l’ensemble de la classe
moyenne est affecté par un net recul de leur Pouvoir d’achat pendant que quelques
familles parmi les plus fortunées monopolisent les douanes de l’Etat grâce au
développement de relations obscures avec certains parlementaires de la 50eme
législature. Cette aggravation sans précédent de la pauvreté et des inégalités sociales
pousse des milliers de jeunes professionnels et diplômés au chômage à faire le choix de
l’immigration en République dominicaine, au Brésil et au Chili, lorsqu’ils ne décident
de venir grossir les rangs des gangs armés ou des groupes sociaux hostiles au
Gouvernement ;
(5) La multiplication des troubles civils : Profitant de l’effet médiatique provoqué par le
méga scandale du détournement des fonds de « Pétro caribe », l’opposition politique n’a
pas tardé à mobiliser la rue pour réclamer le procès des autorités politiques corrompues
et le départ du Pouvoir en place, initiant ainsi une dynamique d’instabilité
sociopolitique à travers la multiplication de revendications populaires et de
mouvements de foule plus ou moins violents, rendant le pays de plus en plus
ingouvernable. Cette situation de troubles civils ne tardera pas à évoluer vers un
mouvement insurrectionnel à partir de juillet 2018, date de l’apparition soudain du
premier épisode de « Pays lock », qui força sous la pression de la rue à la fermeture de
l’administration publique, des écoles et de toutes les activités sociales et économiques
du pays pendant plusieurs semaines ;
(6) La crise du système pénitencier : Avec le dysfonctionnement des tribunaux du aux
problèmes de management interne, à la multiplication des grèves de Juges ou de
Greffiers ou aux nombreux épisodes d’affrontements armés entre gangs, rendant la
zone du Tribunal de Première instance de Port-au-Prince inaccessible pour les
personnels des tribunaux, le phénomène de la détention préventive prolongée a pris une
ampleur telle que la sécurité même des prisons et des détenus s’en retrouva
compromise. En effet, Avec l’engorgement des cellules des prisons, dû notamment à la
détention préventive prolongée, la détérioration des conditions de détention (espace
carcéral exigüe, épidémie, sous-alimentation, etc.) a eut l’effet de provoquer de
multiples émeutes, évasions ou de tentatives d’évasion dans les grands centres
carcéraux, dont certains ont débouché sur le décès des gardiens des Prisons ou de
détenus et les viols collectifs sur des femmes et filles détenues. A preuve de 2018 à
2020 ce ne sont pas moins de sept (07) émeutes et évasions qui ont été enregistrées dans
les Prisons, à cause des sentiments d’injustice inspirés par le phénomène de la détention
préventive prolongée ;
(7) La crise énergétique : Depuis l’arrivé au Pouvoir du Gouvernement issu des élections
de 2015, jusqu’à l’approche de la fin du mandat du Président élu, le pays est plongé
dans un blackout presque permanent. Certains quartiers à Port-au-Prince ou

9|Page
départements peuvent mettre des semaines, voir des mois avant de bénéficier du courant
électrique pour quelques heures. Cette crise énergétique est venue contraster avec les
promesses faites par le Gouvernement durant la campagne électorale de parvenir à
électrifier le pays 24h/24 au cours de la deuxième année de son mandat soit en juin
2019. Cette crise énergétique qui affecte surtout les familles et les petites entreprises qui
n’ont pas les moyens d’accéder à un système d’énergie alternatif ne cesse d’alimenter
les grognes de la population vis-à-vis du régime en place.

Autant dire, ce fut dans ce contexte de crise de gouvernance multidimensionnelle que


s’affirment et sont mis en œuvre des axes entiers de l’action publique destinés à renforcer
l’Etat de Droit et rétablir la sécurité dans le pays. Notre objectif ici est donc d’évaluer la
performance des principales politiques publiques qui ont été conçues et conduites par le
Gouvernement haïtien dans le secteur « Etat de droit » et « Sécurité » pendant la période
2018 à 2020, en prenant en référence la situation ex ante décrite plus haut.

Phase II.- Inventaire et Analyse-analytique des actions publiques mises en œuvre par l’Etat
dans le secteur « Etat de Droit » et « Sécurité » au cours de la période 2017-2020

Les différents documents de Politiques publiques que nous avons mobilisés et


analysés nous permettent logiquement de regrouper les actions publiques élaborées et mises
en œuvre par le Gouvernement haïtien à travers ces principaux Ministères, organismes
techniques et Juridictions en Six (06) grands Axes stratégiques. L’ensemble de ces grands
Axes peut-être aussi décliné en Vingt (20) actions prioritaires, définies par le cadre matriciel
suivant :

Axes Objectifs Actions prioritaires Resp.


Période Résultats Effets obtenus
Stratégiques poursuivis de mise attendus
en
œuvre
SOUS-SECTEUR SECURITE

Axe I.- Renforcer 1-Accroitre les CSPN, 2017- Les Unités Les Unités opérantes
des moyens mobiles DGPNH, 2020 d’interventio de la PNH sont mal
Lutte contre capacités d’intervention DCPA n de la PNH outillées pour
le grand opérationnel (SE/A1) ; 2) sont réprimer les gangs
banditisme les de la Augmenter l’effectif suffisamment armés et contenir le
PNH des unités outillées du phénomène du
spécialisées point de vue kidnapping et de la
(SE/A2) ; logistique et violence urbaine
3) Renouveler technique
l’armement collectif pour réprimer
et les équipements efficacement
de protection la grande
individuelle criminalité
(SEA3) ;
4) Renforcer le
maillage territorial
et organisée la
police rurale
(SE/A4).
Axe II.- Amélioratio 5.- Affermir les DGPNH, 2017- Les L’aggravation des

10 | P a g e
Consolidatio n de la structures du UPS, DP, 2019 conditions de relations de travail au
n du cadre gouvernance commandement (SE/ DL, travail sont sein de tous les
institutionnel interne de A5); Direction optimisées et échelons du
de la PNH l’Institution 6.- Moderniser les des garantissent commandement
policière modes de gestion et Réglementat de bonnes affecte la stabilité de
de développement ions, opportunités l’Institution, ainsi que
du personnel Insp.Général de la capacité mentale
policier (SE/A6) ; e, déroulement des Policiers à lutter
7.- Actualiser les de la carrière contre l’insécurité
cadres légaux de pour le
fonctionnement (SE/ personnel
A7) ; Policier et le
8.- Renforcer respect des
l’Inspection générale principes de
tant au niveau genre et des
centrale qu’au valeurs des
niveau des grandes droits de
régions (SE/A8) ;
9.- Rénover les l’homme
infrastructures de
Police (SE/A9).
SOUS-SECTEUR ETAT DE DROIT
Axe III.- Réduction 10.- Augmenter le MJ, CSPJ, 2018- La justice Les déficits
au minimum nombre des Décanats et 2020 et le d’organisation et de
Amélioration du nombre audiences (ED/A10) Parquets des système gestion de
de la de prévenus ; TPI pénitencie l’administration
gouvernance en situation 11.- Promouvoir un r sont bien judiciaire, alliés au
judiciaire de détention meilleur organisés contexte de
préventive fonctionnement et et l’insécurité
prolongée organisation du administré handicapent la tenue
système favorisant s à temps des assises et
la mise en état des audiences
efficace des
affaires (ED/A11) ;
12.- Renforcer les
programmes
d’assistance légale
(ED/A12) ;
13.- Rendre effectif
le système
d’inspection
pénitentiaire
(ED/A13).
Axe IV.- Garantir le 14.- Renforcer MJ, CSPJ, 2018- Les rapports de
traitement l’indépendance de la Décanats et 2020 dépendance de la
Lutte contre égalitaire justice (ED/A14) ; Parquets des magistrature et du
l’impunité des 15.- Améliorer TPI CSPJ vis-à-vis du
justiciables l’accès à une justice Pouvoir exécutif
et équitable et n’encouragent pas
l’effectivité efficace (ED/A15) ; l’appareil judiciaire à
de 16.- Promouvoir la garantir une justice
l’indépenda transparence de la équitable et
nce du juge magistrature (ED/A1 accessible à tous
de 6) ;

11 | P a g e
l’informatio
n ainsi que
la
communicat
ion en
matière
judiciaire
Axe V.- Rétablir la 17.- Réprimer les MJ, BRICIF 2017- Les citoyens Avec l’implication de
Garantir le sécurité cas de spoliations de 2018 locaux et parlementaires et des
Droit de la foncière terrain (ED/A17) ; ceux de la proches du Pouvoir
propriété 18.- Créer une Diaspora dans les actes de
foncière Brigade de lutte affirment une spoliation notamment
contre l’insécurité plus grande à Vivy Michel, les
foncière (ED/A18) confiance actions de la BRICIF
dans la n’ont pas permis
sécurité d’éliminer les
foncière inquiétudes des
citoyens au sujet de la
sécurité foncière
Axe VI.- Contribuer à 19.- Assurer une OPC 2017- La Même si la
Amélioration la protection meilleure protection 2020 gouvernance mobilisation de
de la des droits de institutionnelle démocratique l’opinion publique
gouvernance l’homme et contre les violations est nationale contre les
démocratique à des droits de consolidée Décrets créant l’ANI
l’améliorati l’homme (ED/A19) ; grâce à la et sur le renforcement
on de 20.- Promouvoir un soumission de la sécurité
l’exercice meilleur contrôle du des autorités publique a obligé le
des droits et citoyen sur les actes au principe Gouvernement à faire
libertés des décideurs de réédition un retrait provisoire
publiques (ED/A20) de compte et de ces mesures, avec
à la la multiplication des
participation cas d’assassinat ou de
effective des persécution de
citoyens et journalistes et
des d’opposants
communautés politiques de graves
locales dans dérives continuent
le système de d’être observées dans
prise de le domaine du respect
décision du droit d’expression.

2.- L’Analyse-critique des éléments de Politiques publiques mise en œuvre dans le secteur
« Etat de Droit » et « Sécurité » au cours de la période 2017-2020
L’illustration de ce Cadre matriciel nous enseigne qu’aucun des objectifs stratégiques
poursuivis par les politiques publiques, stratégies, programmes ou résolutions définies et mise
en œuvre par le Gouvernement dans le secteur « Etat de droit » et « Sécurité » n’a eu les
résultats escomptés, en raison de trois (03) contre facteurs de rendement ou de performance,
dont :
(1) Des Déficits de Cohérence : la mise en œuvre de l’action publique et des moyens n’ont
pas été et ne sont pas en adéquation avec les objectifs préalablement définis. Ce furent le
cas des actions visant à :

12 | P a g e
- « Accroitre les moyens mobiles d’intervention » (SE/A1) et « Renouveler l’armement
collectif et les équipements de protection individuelle » (SE/A3) : Parmi les activités
prioritaires définies dans le PSH-PNH 2017-2021 et le Plan d’action triennale 2017-2019
du Directeur général de la PNH, Michel-Ange Gédéon, il s’agissait de doter les
personnels des unités d’intervention d’équipements de protection individuelle
susceptibles de les protéger ou de réduire les risques de blessures mortelles durant les
opérations à haut risque. En complémentarité à cette protection individuelle, il convenait
aussi d’acquérir des véhicules de fort blindage capables, d’un côté, de protéger l’intégrité
physique de ces blindés, ainsi que celle des équipes tactiques contre les risques de tirs
d’immobilisation ou meurtriers pendant les manœuvres de pénétration et d’un autre côté
de permettre à ces blindés de manœuvrer même dans des tranchés conçus exprès par les
gangs armés pour les piéger. Malheureusement, après plus de deux ans d’attente, neuf
(09) des quinze (15) nouveaux blindés reçus par la PNH en décembre 2020, dont le coût
d’acquisition s’élève à 2 175 000 dollars américains devaient être en panne ou
immobilisés sous le poids des tirs des gangs armés six mois après leur mise en fonction.
D’autres blindés pris dans le piège des tranchés ou tombés en panne importunément dans
des zones à risque allaient être incendiés par ces bandits. En raison donc de l’inadaptation
de ces véhicules blindés aux besoins tactiques sur le terrain, les unités d’intervention de la
PNH, même disposant d’équipements de protection individuelle, évitent le plus possible
les attaques frontales contre les gangs armés afin d’éviter d’essuyer de lourdes pertes.
Profitant ainsi de cette faiblesse des capacités d’intervention de la PNH, les gangs armés
se renforcent et gagnent du terrain.
- « Augmenter l’effectif des Unités spécialisées (SE/A2) : Qu’il s’agisse des
Déclarations de politique générale des deux derniers Premiers ministres constitutionnels,
à savoir Jacques Guy Lafontant et Jean Henry Céant, des Résolutions du CSPN, des
Plans d’action triennaux des Directeurs généraux de la PNH sous mandat ou de l’actuel
PSD-PNH, tous ces documents de méthodes et de politiques conviennent de renforcer
l’effectif des Unités d’élite de la PNH, notamment le SWAT et le CIMO afin d’assurer
une gestion plus efficace des situations de troubles civiles et des missions à haut risque.
Pourtant, depuis l’échec de l’opération policière à Village de Dieu, dû à une mauvaise
planification au niveau de l’Etat major, le commandant en chef de la PNH s’est lancé
dans une stratégie de diminution à outrance de l’effectif du SWAT et de certains UDMO,
à travers des transferts massifs, afin de contenir les grognes de certains membres de ces
unités sur des sujets liés à ses pratiques de commandement jugées inadaptées. Au final, la
première des unités d’élite de la PNH, le SWAT est devenue aujourd’hui quasi-inopérante
à cause du manque d’effectif dû à des transferts massifs abusifs.
- « Affermir les structures du commandement » (SE/A5) : Malgré qu’elle a été inscrite
comme l’une des actions prioritaires au terme de l’Axe I du Plan stratégique de
développement de la PNH 207-2021, dans le souci de renforcer l’efficacité des structures
de l’Etat major et des commandements intermédiaires, ainsi que la solidarité entre les
cadres dirigeants de l’Institution, l’objectif de cette action n’a pu être atteint à cause des
pratiques contre-productives employées par certains Directeurs généraux de la PNH. En
effet, pour se prémunir contre d’éventuels prétendant au poste du DGPNH, les deux
derniers titulaires ont pris l’habitude de s’adonner à une « Stratégie de disqualification »

13 | P a g e
qui vise à dénigrer sournoisement auprès des autorités gouvernementales et diplomatiques
tous les autres membres du haut commandement qui pourraient prétendre le succéder. Ces
pratiques, lorsqu’elles sont connues génèrent une crise de confiance et des conflits
personnels au sein de l’Etat-major et génèrent une dynamique de déstabilisation de
l’Institution policière par le haut.
- « Augmenter le nombre des audiences » (ED/A10) et « Promouvoir un meilleur
fonctionnement et organisation du système favorisant la mise en état efficace des
affaires » (ED/A11) : Ces deux actions ont en commun le fait de chercher à réduire le
nombre d’inculpés en situation de détention préventive prolongée. Or, pour des raisons
d’instrumentalisation du pouvoir judiciaire, le gouvernement n’hésite pas à cumuler de
long retard dans le renouvellement des mandats des juges arrivés à terme, plutôt que de
nommés un juge ayant la réputation d’être trop impartial ou indépendant. Dans beaucoup
de cas, lorsque de nouvelles nominations surviennent au sein de la magistrature assise ou
débout, il s’agit de juges décriés soit pour leur manque d’éthique ou leur manque de
compétence. Dans les deux cas, cette pratique tendant à subordonner la justice aux
ambitions des membres du Pouvoir exécutif, génère des interactions structurelles qui ne
font qu’encourager encore plus le phénomène de la détention préventive prolongée.
- « Améliorer l’accès à une justice équitable et efficace » (ED/A15) et « Promouvoir la
transparence de la magistrature : (ED/A16) : Qu’il s’agisse de la Déclaration de
politique générale du Premier ministre Jean Henry Céant ou de celle de Jacques Guy
Lafontant ou des Plans stratégiques d’action du Ministère de la justice, ils témoignent
tous de la volonté du Gouvernement haïtien d’améliorer la qualité de l’administration de
la justice, par un accès plus équitable et effective au droit à la justice. Pourtant, en dépit
de nombreux assassinats massifs attribués au Chef du « G9 », Jimmy Cherisier
(Barbecue), tant par des rapports d’enquête de la DCPJ, que par ceux de nombreuses
organisations de défense des droits humains, ce Chef de gang, réputé être proche du
Pouvoir continue librement de vaquer à ses activités. Le même constat peut aussi être fait
au sujet des principaux suspects impliqués dans les scandales financiers, tels, le « Petro-
caribe » ou les « Kits scolaires ». Le fait que ces derniers ne sont sujets jusqu’à présent
d’aucune poursuite judiciaire, à cause des liens obscurs qu’ils ont tissé avec certains
magistrats de Parquet ou juges instructeurs renforce dans la pratique le phénomène de
l’impunité qui délégitime et décrédibilise l’appareil judiciaire haïtien dans l’opinion
publique nationale et internationale.
- « Promouvoir un meilleur contrôle du citoyen sur les actes des décideurs »
(ED/A20) : Dans l’objectif de favoriser une amélioration de la gouvernance
démocratique, les organisations de défense des droits civils et politiques n’ont pas cessé
de militer depuis le tournant des années 1990 non seulement en faveur d’un plus large
accès des citoyens au choix des dirigeants, mais aussi de plus en plus en faveur d’un
exercice effectif du droit de contrôle des actes des gouvernants par la « réédition de
compte ». Cette stratégie visant à consolider la démocratie par la participation des
citoyens et des communautés locales au système de prise de décision a été intégrée dans
les différents Plans d’action de l’Office de protection du citoyen. Le problème est que, les
relations de proximité développées ces dernières années par l’OPC avec le Pouvoir
exécutif entrainent une dynamique d’assimilation de l’Office par le Gouvernement qui

14 | P a g e
l’empêche d’assurer de manière crédible la promotion des principes de réédition de
compte et de la démocratie participative.

(2) Des Déficits d’efficacité : les résultats obtenus n’ont pas été à la hauteur des
objectifs préalablement fixés. On retrouve dans cette rubrique les actions destinées à :

- « Renouveler l’armement collectif et les équipements de protection individuelle de la


PNH » (SEA3) : De nombreuses Résolutions du CSPN, ainsi que les activités 93 et 94 de
l’Axe IV du PSD-PNH 2017-2021 affirment la volonté du Gouvernement haïtien et de la
Police haïtienne de mieux outiller les unités d’intervention de la PNH de manière qu’elles
puissent intervenir plus efficacement dans la lutte contre les gangs armés. En dépit des
efforts d’acquisition d’équipements de protection spéciaux, d’armes collectives et de
munitions de grands calibres effectués notamment en 2018 et début 2019, les bandes
criminelles continuent de proliférer à un rythme inquiétant, générant depuis le début de
l’année 2020 une hausse dramatique des cas d’assassinats et de kidnapping.
- « Renforcer l’Inspection générale tant au niveau centrale qu’au niveau des grandes
régions » (SE/A8) : Dans l’idée de consolider la culture de respect des droits de l’homme
au sein de la PNH et préserver l’image de l’Institution de tout comportement abusif de ses
membres vis-à-vis de la population civile, les activités 33 à 35 de l’Axe I du PSD-PNH
2017-2021, la Directive Générale 007 du 8 février 1996 portant organisation et
fonctionnement de l'Inspection Générale de la PNH, ainsi que son Plan stratégique de
développement 2018-2021 partagent en commun la volonté de renforcer la capacité de
cette structure de contrôle et d’enquête disciplinaire de l’Institution policière. Cependant,
en dépit de tous ces engagements innovateurs, force est de constater que la situation des
droits de l’homme est loin de s’améliorer au sein de la PNH. A preuve, si pendant l’année
2018 et les années antérieures, l’Inspection générale a comptabilisé en moyenne 247 cas
de plainte de citoyens pour utilisation abusive de la force, homicide, voies de faits et
autres violations de droits humains, presque le même nombre de plaintes sera enregistré
dans le même domaine à partir de l’année 2019, soit 234 cas.
- « Renforcer les programmes d’assistance légale » (ED/A12) et « Rendre effectif le
système d’inspection pénitentiaire » (ED/A13) : Dans le souci de résoudre le problème
de la détention préventive prolongée en amont et en application des Plans stratégiques
d’action du Ministère de la Justice et de la Sécurité publique, le Gouvernement haïtien a
réactivé en 2014, avec le soutien financier de la MINUSTAH, un programme d’assistance
légale, dénommé « BAL » (Bureau d’assistance légale) au profit des prévenus n’ayant pas
les moyens de s’offrir le service d’un conseil de défense. Appuyé par un système
d’inspection dans les prisons, chargé de s’informer des statuts juridiques des prévenus et
de la légalité de leur détention, le BAL visait non seulement à assurer la défense des
prévenus pauvres devant les juridictions, mais aussi à garantir que leur dossier soit mis en
état de jugement dans les délais impartis. Toutefois, malgré que ces deux programmes
soient mises en œuvre pendant plusieurs années, les données collectées par les agences
des Nations unies et les organisations de défense des droits humains dénotent un grand
déficit de célérité de la justice pénale, au point que plus de 85% des détenus dans les
prisons haïtiennes sont toujours en situation de détention préventive prolongée.

15 | P a g e
- « Assurer une meilleure protection institutionnelle contre les violations des droits de
l’homme » (ED/A19) : Qu’il s’agisse de l’Office de protection du Citoyen ou de
l’Inspection générale de la PNH, ils ont en commun le fait de veiller au respect des
valeurs des droits humains par les personnels Policiers, en investiguant sur tous les cas de
violation imputables aux membres des forces de l’ordre et en recommandant à la
Direction générale les mesures de sanction ou correctives appropriées. Evidemment, la
fonction de l’OPC dépasse le seul cadre de l’Institution policière, vu qu’il assure cette
mission d’observatoire sur la situation des droits humains et de protection des droits et
libertés publiques vis-à-vis de tous les Pouvoirs publics. De plus, l’Office au terme de son
Plan d’action 2019-2020 s’est engagé à concourir à l’amélioration de la qualité de la
démocratie, en faisant un plaidoyer en faveur du principe de reddition de compte et de la
participation citoyenne dans la gouvernance démocratique. Toutefois, malgré que l’Office
a contribué depuis quelques années par son militantisme droit-humaniste à faire cesser les
abus de l’Administration publique envers certains fonctionnaires injustement mis à pied, à
favoriser un accès plus équitable à la justice au profit de certains citoyens victimes
notamment de violences sexuelles et à pousser le Gouvernement à revoir certains projets
législatifs jugés trop autoritaires, tels le Décret sur l’ANI et l’Avant-projet de Loi de la
réforme constitutionnelle, la culture du respect des droits civils et des libertés
individuelles sont encore très loin d’être institutionnalisée dans les pratiques politiques en
Haïti.

(3) Des Déficits d’efficience : Les effets constatés en termes de résultats n’ont pas été à la
hauteur des coûts engagés dans la mise en œuvre de l’action publique. Ce problème de
déficience a été évalué notamment chez les actions visant à :

- « Moderniser les modes de gestion et de développement du personnel policier »


(SE/A6) : Dans le cadre de l’application des activités consacrées à l’Axe IV du PSD-PNH
2017-2021, diverses actions ont été adoptées à partir de 2017 visant à rationaliser la
gestion des ressources humaines et optimiser les chances d’avancement et de
développement professionnel des Policiers. Parmi ces mesures, il y a lieu de mentionner
la fourniture de conseils et d’assistance techniques à la Direction des ressources
humaines, la multiplication des opportunités de formation et de spécialisation à l’étranger
au profit des cadres intermédiaires et supérieurs, l’institutionnalisation de la formation de
base pour les Elèves-Inspecteurs et les Elèves-commissaires à l’Académie de Police,
l’adoption d’un Statut et Plan de carrière pour le personnel Policier, etc.
Malheureusement, toutes ces actions sont aujourd’hui considérées comme des
investissements à fonds perdus, du fait que depuis le commandement de Rameau Normil
et de Léon Charles, l’Institution policière a fait un bond en arrière pour ressusciter les
mauvaises pratiques de gestion de la formation, des grades et des postes d’affectation,
lesquelles sont fondées sur le clientélisme et le parrainage, plutôt que sur les critères de
mérite, tels que l’aptitude personnelle, l’ancienneté, l’historique disciplinaire, etc.
- « Renforcer le maillage territorial et organiser la police rurale » (SE/A4) : Dans
l’objectif d’améliorer le ratio Police/Population et permettre à la PNH d’être présente
dans toutes les communes et les sections communales du pays, l’Axe II du PSD-PNH
2017-2021 s’était proposé de former 4 000 nouveaux recrus, afin de faire passer l’effectif

16 | P a g e
de 16 000 Policiers de l’époque à 20 000 en 2021, incluant une augmentation des recrus
femmes permettant d’accroitre l’effectif féminin à 12%. Pourtant, à cause de l’absence de
perspective de carrière due à la mauvaise gouvernance interne, plusieurs milliers de
Policiers et de Policières ont préféré tourner le dos à l’Institution au cours des trois
dernières années, ce qui maintient l’effectif actuel des personnels de Police, en dépit de la
formation de près de 4 000 nouveaux Policiers (pendant les quatre dernières années), à
environ seulement 15 000. Pour les mêmes raisons, les résultats de 12% de femmes
attendus ne seront jamais atteints à cause du taux d’attrition élevé chez les Policières de
tout grade. Aussi, lorsqu’on sait que le Gouvernement haïtien engage en moyenne dans le
budget de la PNH 168 millions de gourdes pour la formation et la restauration d’une
Promotion d’environ 850 policiers par année, auxquels s’ajoutent 2, 975, 000 dollars
américains (297, 510, 000 gourdes) par promotion provenant du support direct du
Gouvernement américain et que presque le même effectif abandonne l’Institution
annuellement, le coût du maillage territorial sera assurément trop élevé, si les problèmes
internes de la PNH ne sont pas d’abord résolus.
- « Actualiser les cadres légaux de fonctionnement » (SE/A7) et « Rénover les
infrastructures de Police » (SE/A9): Pour répondre aux exigences de l’Activité 1
inscrite au titre de l’Axe I du PSD/PNH 2017-2021, la Direction générale a mis sur pieds
de 2017 à 2019 une Commission mixte constituée de cadres de l’Unité de planification
stratégique de la PNH (UPS), des représentants de la MINUSTAH et d’un expert-
contractant chargée de procéder à la relecture d’un ensemble d’anciennes Directives et
d’en élaborer de nouvelles pour les principales structures actives de la PNH. A la fin de
leurs travaux, ladite Commission n’a pu finaliser que sept (07) Directives soumises à la
signature du DGPNH, alors que pour un coût moins élevé en termes financier et de temps,
davantage de Directives auraient pu être produites, si ladite action avait été réalisée par la
structure régulière en charge de ces genres d’opérations, à savoir, la Direction de la
réglementation juridique de l’Institution. Ce même problème de manque d’efficience a été
observé également dans la mise en œuvre de l’Activité 24 de l’Axe IV du PSD/PNH
2017-2021. En effet, les travaux de rénovation des établissements de Police existant et de
construction de nouveaux Commissariats ou Prisons par des firmes privées ont couté au
Gouvernement haïtien presque trois fois plus d’argent que si ces travaux étaient réalisés
par le Service des infrastructures de la PNH. Sans compter que certaines de ces
constructions répondent très peu aux exigences d’un établissement fonctionnel de Police
ou d’un Centre de détention. Ce fut le cas par exemple de la Prison de Jérémie construite
initialement avec des lames de vitres dans les fenêtres des cellules.
- « Réprimer les cas de spoliation de terrain » (ED/A17) et « Créer une Brigade de
lutte contre l’insécurité foncière (ED/A18) » : Depuis au moins 2014, la volonté de
garantir le droit de la propriété privée foncière est exprimée avec force et détermination
dans tous les discours d’installation de chaque nouveau Ministre de la Justice et de la
Sécurité publique, de chaque nouveau Commissaire du Gouvernement, notamment celui
près le Tribunal de Première instance de Port-au-Prince, ainsi que dans les Déclarations
de Politique générale des Premiers ministres. Cet objectif visant à rétablir la sécurité
foncière sera consacré officiellement sous forme de Politique publique à travers l’Arrêté
du 19 juillet 2017 créant la Brigade de lutte contre l’insécurité foncière (BRICIF).

17 | P a g e
Pourtant, après quatre années (04) de fonctionnement, non seulement le phénomène de
spoliation de terrain n’a pas reculé, mais celui-ci a tendance paradoxalement à augmenter.
De plus, selon des informations dévoilées par des organisations de défense des droits
humains, des agents de la Brigade se seraient eux-mêmes compromis certaines fois dans
des cas de spoliation, lorsqu’ils ne sont pas utilisés pour soutenir irrégulièrement la cause
de certaines autorités politiques ou judiciaires engagées dans des conflits fonciers. En
raison donc de cette contre-performance de la BRICIF, le coût engagé par le
Gouvernement pour atteindre cet objectif consistant à «Rétablir la sécurité foncière »
serait moindre si les actions viseraient avant tout à modifier les articles du Code civil et
du Code de procédures civil qui semblent accorder davantage de protection à l’individu
qui a la jouissance de fait du bien au dépend de celui qui en a été injustement dépossédé
ou qui imposent tout le fardeau de la preuve au propriétaire détenteurs des titres
authentiques.

3.- L’Adéquation entre les objectifs et les ressources budgétaires engagées dans
la mise en œuvre de l’action publique dans le secteur « Etat de Droit » et
« Sécurité »

Quoi que les moyens, c’est-à-dire l’« Imput » occupe une place centrale dans la
formulation des Politiques publiques, les ressources financières qui sont engagées ou
autorisées par le Gouvernement haïtien dans la mise en œuvre de l’action publique dans le
domaine du renforcement de l’ « Etat de Droit » et de la « Sécurité » ne sont en général
jamais en adéquation avec les objectifs poursuivis et l’importance des actions prévues, ce qui
explique le plus souvent soit l’inefficacité de l’action publique ou la non atteinte des objectifs
initialement définis dans les documents de politique publique.

A preuve, les différents Rapports d’évaluation et de suivi du Plan stratégique de


développement 2017-2021 de la PNH considéré comme document de référence en matière
d’action publique dans le domaine de la sécurité démontrent que pour la période 2017-2018,
l’Etat haïtien a débloqué à titre de budget d’investissement seulement 1 492 537, 31 dollars
US, alors qu’il devrait selon le Plan engagé de préférence la somme de 19 2888 718, 23
dollars US, ce qui finalement revient à un sous-financement en termes d’investissement de
l’ordre de 7,74% pour la première année de mise en œuvre du PSD-PNH 2017-2021. Les
crédits budgétaires attribués par le Gouvernement haïtien à la PNH au cours des autres années
pour financer la mise en œuvre du PSD-PNH 2017-2021 tant dans le domaine de
fonctionnement que dans celui de l’investissement ne vont pas évoluer différemment.

Ainsi, sur une prévision initiale du PSD-PNH pour la période 2018-2019 s’élevant
globalement à 153, 761, 222. 28 dollars US (budget de prévisionnel de fonctionnement et
investissement), l’Etat haïtien n’a déboursé que 7, 487, 111. 11 dollars US, soit un manque à
gagner de 146, 554, 912. 28, ce qui équivaut à -95.13% du financement prévu de la part de
l’Etat haïtien pour la mise en œuvre de l’action publique pendant la période considérée. Dans
le même sens, alors que le Plan avait prévu un financement global pour la période 2019-2020
de l’ordre de 146, 573, 221.90 dollars US., soit 115, 341, 442.83 dollars US pour le
fonctionnement et 31, 229, 758. 91 dollars US pour l’investissement, le Gouvernement n’a pu

18 | P a g e
autoriser que 10, 790, 186, 238 Gourdes, soit 107, 901, 862. 38 de dollars US à titre de
budget de fonctionnement exclusivement. Enfin, si ledit Plan avait prévu de la part du
Gouvernement haïtien pour la période 2020-2021 un financement global s’élevant à 145, 898,
178.91 dollars US, les crédits des dépenses autorisées par l’Etat pour la période en cours
affichent un montant d’à peine 15, 800, 000, 000 Gourdes (158, 000, 000. US), dont 14, 600,
000, 000 Gourdes (146, 000, 000. US) à titre de budget de fonctionnement et 1, 200, 000,
000 Gourdes (12, 000, 000 US) à titre de budget d’investissement.

Evidemment, la situation n’est pas différente dans le sous-secteur, regroupant les


organismes ministériels ou indépendants en charge du renforcement de l’« Etat de Droit », tel
que le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP) et l’Office de protection du
citoyen (OPC). En effet, pour ce qui est du MJSP son budget annuel avoisine en général 2,
102, 571, 645 Gourdes en termes de crédits de fonctionnement et 645, 434, 089 Gourdes au
titre de crédits d’investissement. Même si on y ajoute les 50, 000, 000 de Gourdes du Budget
de la Commission nationale d’Assistance légale, le Ministère n’aurait jamais suffisamment de
ressources budgétaires pour assurer à la fois son fonctionnement interne et financer la mise en
œuvre des objectifs prioritaires définis dans ses Plans d’action stratégiques, notamment la
« Réduction au minimum du nombre de prévenus en situation de détention préventive
prolongée » et « Garantir le traitement égalitaire des justiciables et l’effectivité de
l’indépendance du juge de l’information ainsi que la communication en matière
judiciaire ». La situation est encore pire pour l’OPC qui n’est doté jusqu’à cette date que de
crédits de fonctionnement dont le montant tourne en principe autour de 165, 000, 000 de
Gourdes. N’étaient-ce le soutien de certains organismes publics étrangers, comme l’USAID,
l’Office n’aurait même pu réaliser certaines activités de sensibilisation dans le domaine de la
promotion des droits de l’homme et de l’Etat de Droit.

Au regard de cette analyse financière sur le suivi du PSD-PNH 2017-2021, les Plans
d’action stratégiques du Ministère de la Justice et de la Secrétairerie d’Etat à la Sécurité
publique et de l’Office de protection du citoyen, il parait fort évident que les ressources
budgétaires allouées par l’Etat haïtien pour la mise en œuvre des principales actions
publiques dans le secteur « Etat de Droit » et « Sécurité » sont loin d’être à la hauteur des
ambitions affichées par ces différentes institutions. Autant dire, c’est justement ce
phénomène de sous-financement de la part de l’Etat haïtien de l’action publique qui peut-être
l’une des explications déterminantes de la contre-performance de la PNH en matière de
gestion de l’ordre et de la sécurité publique et de l’absence d’évolution appréciable dans le
domaine du respect de l’Etat de Droit en Haïti.

PHASE 3.- Réflexion opérationnelle et Recommandations

Ce processus d’évaluation de l’action publique dans le secteur « Etat de Droit » et


« Sécurité » a eu le mérite de mettre en lumière un ensemble de faiblesses, de déficits et de
limitations liés à toutes les phases du développement de l’action publique, à savoir, la phase
de conception, la phase d’exécution et la phase d’évaluation interne. Nos recommandations
porteront bien entendu sur l’ensemble de ces trois (03) phases :

19 | P a g e
(1) Phase de conception : Les documents de méthodes ou de politiques analysés et les
personnes ressources interviewées dans le cadre de la collecte des données nous ont
permis de classer les faiblesses de conception des politiques publiques en quatre (04)
catégories :

- Des déficits d’appropriation et de planification : les premières faiblesses que nous avons
relevées dans le processus d’élaboration de l’action publique en Haïti sont d’abord liées à
la pauvreté ou l’absence de réflexion stratégique et au manque de rigueur du processus de
planification. En effet, la plupart des Plans, Programmes ou Projets mis en œuvre dans le
secteur « Etat de Droit » et « Sécurité » n’ont pas été dûment inspirés par la vision
dûment exprimée par la haute hiérarchie. Ce manque d’articulation de ces documents de
politique avec les choix stratégiques des décideurs entraine plusieurs déficits dans la mise
en œuvre de l’action publique, dont des « déficits d’appropriation » (les objectifs et les
actions qui sont définis dans ces documents de politique sont considérés difficilement
comme les priorités des décideurs concernés) et des « déficits de moyens » (ne se sentant
pas concernés par de telle action publique, les décideurs négligent à mobiliser les moyens
nécessaires pour leur mise en œuvre). C’est justement ce manque d’appropriation par les
autorités haïtiennes (Primature, Ministre de la Planification, Ministre des finances) du
PSD-PNH 2017-2021 qui est principalement à la base du sous-financement de cette
action publique.

En outre, il parait de plus en plus évident que dans beaucoup de cas, les activités ou taches
auxquelles se sont déclinés les objectifs stratégiques n’ont pas été définies de manière
suffisamment programmatique. Ce déficit de planification de l’action publique, en plus
d’affecter le niveau de cohérence de certaines actions, n’encourage ni une grande efficacité
dans l’atteinte des objectifs ni une grande efficience dans la gestion des ressources
mobilisées. C’est le cas par exemple pour l’action « Augmenter le nombre des
audiences » (ED/A10), destinée à lutter contre le phénomène de la détention préventive
prolongée. Le fait que dans leur planification, les décideurs n’avaient pas accordé assez
d’importance à l’enjeu politique que représente le renouvellement des mandats de certains
juges, tous les efforts investis dans le renforcement de la chaine pénale (Poursuite, Instruction
et Jugement) ont été presqu’anéantis à cause du manque de juges mandatés.

En guise de mesures correctives, dans le souci de garantir une plus grande appropriation de
l’action publique mise en œuvre et de s’assurer que les efforts budgétaires seront consentis au
préalable par la haute direction, il est vivement recommandé, même lorsque les documents
de politique pourraient être élaborés par des consultants ou spécialistes extérieurs aux
organismes et institutions concernés, d’impliquer les responsables de ces structures dans la
réflexion stratégique qui doit précéder le processus d’élaboration de l’action publique. Dans
le même sens, il est aussi recommandé que le travail de planification des actions ou activités
définies dans le cadre logique de l’action publique soit réalisé avec plus de rigueur, en
intégrant des considérations liées à une analyse de risque au préalable.

- Des déficits d’approche conceptuelle : en dépit du fait que les menaces et risques de
sécurité auxquelles est exposé Haïti soit de nature multidimensionnelle, c’est-à-dire à la

20 | P a g e
fois criminels, environnementaux, politiques, économiques, etc., l’Etat haïtien à travers
la vision et l’orientation de ses organismes de sécurité semble toujours privilégier une
conception classique de la sécurité qui limite les enjeux de sécurité essentiellement aux
phénomènes mafieux ou illicites. Dans cette perspective, qu’il s’agisse des documents de
Politique de la Police Nationale d’Haïti (PNH), du CSPN ou du Ministère de la Justice et
de la Sécurité publique, ils se donnent tous pour objectif essentiel de concourir à la
gestion de l’ordre et de la sécurité contre toutes menaces criminelles qui tendraient à
porter atteinte à la sécurité physique du citoyen, de ses propriétés ou à la sureté de l’Etat.

Evidemment, cette vision réductionniste de la sécurité empêche aux Pouvoirs publics de


définir des politiques ou stratégies susceptibles de mitiger ou réduire toutes les autres formes
de menace de sécurité non criminelle, y compris l’insécurité routière à l’origine pourtant du
plus grand nombre de victimes que toutes les catégories de violences criminelles réunies.
Aussi, dans l’objectif d’adresser ces autres formes d’insécurité non criminelle, il est
recommandé aux décideurs de s’aligner plutôt sur la conception de « Sécurité humaine » afin
de définir des Politiques publiques de sécurité de nature plus intégrée, globale ou
multidimensionnelle.

- Des déficits d’élaboration de documents de méthode et de politique : qu’il s’agisse du


domaine de l’Etat de Droit ou de la sécurité, ils sont caractérisés par une certaine pauvreté
en matière de disponibilité de documents de politique. Par exemple, en dehors des
Résolutions ciblant certaines situations conjoncturelles, il n’existe jusqu’à présent aucune
Politique publique de sécurité conçue au niveau du CSPN ou au niveau de la Primature
qui tendrait à orienter stratégiquement l’action de la PNH dans la gestion de l’ordre et de
la sécurité publique. Dans le même sens, la SESP ne s’est toujours pas dotée d’une loi
cadre qui tendrait au moins à délimiter ses fonctions par rapport à celle de la PNH afin
d’éviter les cas de double emploi ou de télescopage. De plus, cette Secrétairerie d’Etat ne
possède ni de budget propre, ni de Plan d’action en matière de sécurité. Le seul document
qui fait référence à son rôle dans la co-production de la sécurité est une Fiche
informationnelle publiée sur le site web du Ministère de la Justice et de la Sécurité
Publique qui présente la SESP comme un organe rattaché directement au Ministère. En
outre, à part le fait d’être régi par un Code pénal et un Code de procédures criminelles
obsolètes, les 18 Parquets près les Tribunaux de première instance du pays ne sont
encadrés par aucune Politique pénale ou criminelle qui définirait les priorités du Ministre
de la justice et de la Sécurité publique dans le domaine de l’application de loi pénale et de
la lutte contre la délinquance. De même, les seules orientations qui sont données aux
Commissaires de gouvernement en matière de justice pénale viennent du prononcé des
discours d’installation d’un nouveau Ministre de la justice et de la sécurité publique.

Le même constat existe aussi pour les organismes en charge du renforcement de l’Etat de
Droit. Outre quelques énoncés formulés succinctement dans les Déclarations de politique
générale des Premiers ministres Lafontant et Céant, de quelques actions consacrées dans le
Plan d’action stratégique du Ministère de la Justice et de la Sécurité publique visant
essentiellement à réduire le phénomène de détention préventive prolongée ou des objectifs du
Plan d’action de l’OPC relatifs à l’amélioration de la démocratie participative, il n’existe
21 | P a g e
aucune politique publique gouvernementale structurée adressant la question de la promotion
d’une justice équitable ou du principe de l’égalité citoyenne. Pour remédier à tous ces
déficits en termes de production de documents de Politique publique, il est recommandé de
mettre en place à travers l’OMRH un programme pilote visant à promouvoir une culture de
planification stratégique, de gestion axée sur les résultats (GAR) et de l’élaboration de
Politique publique formelle au sein de l’Administration publique haïtienne.

(2) Phase de mise en œuvre : Pour ce qui est de la conduite des politiques publiques dans ce
secteur, la question du manque de ressources budgétaires engagées ou destinées à
l’exécution des différentes actions ou activités demeure une faiblesse récurrente
commune à tous les Plans, Programmes ou Projets que nous avons analysés. Mais, ce
sous-financement de l’action publique n’est pas seulement lié, comme nous l’avons vu
dans la phase de conception, à un « déficit d’appropriation », mais aussi dans certains cas
à un « déficit de programmation » des crédits, qui en principe se limitent à une seule
année d’exercice budgétaire.

Dans l’idée de s’assurer d’une plus grande mobilisation des ressources financières, nous
recommandons d’inscrire les politiques publiques plus dans le cadre d’un « Budget-
programme », plutôt que dans le cadre traditionnel des « Budgets-moyens ». En plus de
favoriser une meilleure sécurisation des ressources financières au-delà de l’annualité
budgétaire, cette évolution permettra de renforcer la performance et d’améliorer l’efficacité
des politiques publiques, en passant d’une « logique des moyens » à une « logique des
résultats ».

Un autre facteur de taille qui peut expliquer la contre-performance liée à la conduite de


l’action publique est le fait que la même action ou activité est attribuée à plusieurs
responsables, ce qui encourage une déperdition de responsabilité dans l’exécution de celle-ci.
Ce déficit de mise en œuvre peut-être aussi lié à la dynamique de mobilité au sein du
personnel de l’administration publique, où les changements inopportuns survenus parmi les
responsables de telle action ou activité impactent sur la réalisation de celle-ci. Ce problème a
été constaté particulièrement dans la mise en œuvre du PSD-PNH 2017-2021. Pire encore, il
peut arriver enfin que telle disposition n’avait pas prévu d’attribuer l’exécution de l’action ou
de l’activité à un responsable quelconque. C’est surtout le cas des Résolutions du CSPN qui
se contentent le plus souvent d’énoncer la liste des actions qu’il convient d’exécuter sans
pour autant attribuer celles-ci à des responsables dûment désignés.

Pour éviter les cas de lacune de responsabilité ou de refus de responsabilité lors de la phase
de mise en œuvre de l’action publique, il est recommandé d’identifier systématiquement dans
le cadre logique des documents de politique un responsable principal pour chaque action ou
activité au cas où celle-ci serait attribuée à plusieurs responsables.

La mise en œuvre de l’action publique peut aussi s’expliquer par le fait que les décideurs
aient changé de priorité au cours de son exécution en raison d’influence politique ou
diplomatique extérieure. Ce fut le cas avec le projet de reconstitution des Forces armées
haïtiennes (FADH) consacré par le Plan stratégique de développement d’Haïti au titre du

22 | P a g e
Programme « Renforcer l’administration de la justice et de la sécurité » et qui pourtant est
mis en veilleuse à cause des réserves exprimées par l’Ambassade américaine.

Ce même constat est établi aussi au sujet de l’action 105 de l’Axe IV du PSD-PNH 2017-
2021, laquelle consacrait la création d’un Corps tactique national dans l’objectif de protéger
le pays contre les mouvements insurrectionnels armés et les actes de terrorisme. Pourtant,
ladite action n’a pu être exécutée jusqu’à cette date du fait qu’elle n’eût jamais trouvé l’aval
de la MINUSTAH/MINUJUSTH, alors que dans les deux cas cités, les FADH comme le
Corps tactique national auraient été dans le contexte actuel des outils efficaces de
rétablissement de la sécurité et de lutte contre les gangs armés.

Dans le souci de se prémunir de toute influence extérieure contre-productive dans


l’orientation de l’action publique, il est recommandé aux décideurs de faire valoir vis-à-vis de
leurs homologues étrangers le principe de l’ « Alignement national » consacré par la
Déclaration de Paris de 2008 sur l’efficacité de l’aide internationale, laquelle fait obligation
aux donateurs d’aligner leurs politiques d’aide sur les priorités et stratégies de développement
définies par les pays récipiendaires de l’aide.

(3) Phase de suivi : Les limites et faiblesses dans le déroulement de l’action publique ne
concernent pas seulement les phases d’élaboration et de mise en œuvre, mais aussi la
phase de suivi. En effet, en dehors de la PNH qui s’est donnée une unité de suivi en
interne, chargée d’évaluer le niveau de progression de son Plan stratégique de
développement, aucun des autres organismes de l’Etat que nous avons consultés ne s’est
intéressé à la fonction de suivi ou d’évaluation de l’action publique. En absence donc de
telle fonction qui doit achever le cycle standard des Politiques publiques, les décideurs se
retrouvent dans l’impossibilité soit d’améliorer la mise en œuvre de leurs actions ou
activités de manière « In itinere » soit d’évaluer de manière « Ex-post » l’impact de
celles-ci. C’est justement ce déficit de suivi « In itinere » qui a expliqué le manque de
performance de nombreuses actions consacrées dans les résolutions du CSPN ou des
Plans d’opération de la Direction centrale de la Police Administrative (DCPA) destinés à
lutter contre l’insécurité. Car, en proposant de réorienter la stratégie de la PNH en matière
de lutte contre l’insécurité, ces dispositions se sont limitées uniquement à définir de
nouveaux modes d’intervention contre les gangs, alors que la vraie raison de l’inefficacité
de la PNH n’était pas opérationnelle en soi, mais plutôt organisationnelle. Autrement dit,
c’est surtout la mauvaise gouvernance interne de l’Institution policière qui, en impactant
sur le moral des troupes et des cadres du commandement, a rendu la PNH
psychologiquement impuissant à affronter les gangs armés.

Ce que nous avons compris en effet, c’est que les mauvaises pratiques de commandement et
de gestion du personnel policier ont exposé depuis quelque temps la PNH à au moins deux
(02) formes de crises internes, dont une « crise de succession » qui n’encourage pas des
relations de confiance entre les membres du haut commandement et une « crise d’autorité »
qui porte de plus en plus de Policiers à se soustraire à la hiérarchie, en raison notamment des
mauvaises conditions de travail et de l’octroi irrégulier de grade. C’est justement cette double
crise interne qui empêche l’Institution policière à mobiliser toute son énergie et son savoir-

23 | P a g e
faire dans la lutte contre l’insécurité. Or, à cause de l’absence d’évaluation « In itinere », les
décideurs n’avaient aucun moyen de s’informer de l’importance de cet enjeu et en profiter par
conséquence pour apporter des correctives à leurs priorités et à l’orientation de leurs mesures
de lutte contre l’insécurité.

Aussi, dans le souci de permettre aux décideurs de disposer à temps des informations utiles
pour apporter des correctives à l’action publique tout au long de la phase de mise en œuvre
ou d’améliorer la qualité de leur décision future sur la base du bilan Ex-post des effets de
celle-ci, il est recommandé d’institutionnaliser la fonction de « suivi et évaluation » dans le
processus d’élaboration ou de planification de toute Politique publique. Etant entendu que
suivant le contexte, cette évaluation pourrait être « interne » lorsqu’elle est confiée à une
structure propre de l’organisme concerné, ou « externe » lorsqu’elle est conduite par des
évaluateurs indépendants.

IV. ANALYSE ET EVALUATION DE LA POLITIQUE DU GOUVERNEMENT


HAITIEN EN MATIERE D’ÉNERGIE

En Haïti, le terme énergie étant souvent confondu avec celui d’électricité, il n’est pas
superflu de préciser que le concept d’énergie est plus général et prend en compte les trois (3)
sous-secteurs suivants :
(a) celui de l’énergie domestique (principalement l’énergie de cuisson, incluant le
charbon de bois, le bois de feu et le gaz de pétrole liquéfié, GPL, communément
appelé « gaz propane »),
(b) celui des produits pétroliers (ou hydrocarbures, incluant le diesel, la gazoline, le
kérosène, le mazout, le gaz propane et le gaz naturel), et
(c) celui de l’électricité (produite à partir des hydrocarbures, de l’énergie hydraulique,
solaire, éolienne, etc.).

Cette méprise se constate même dans les documents de Déclaration de politique générale
(DPG) des Premiers Ministres successifs où le thème « énergie » est réduit à l’électricité et
traité en quelques paragraphes laconiques. Ce fut le cas, par exemple, de celles des Premiers
Ministres Jack Guy Lafontant (2 paragraphes, DPG page 23) et Jean Henry Céant (6
paragraphes, DPG pages 34, 35).

L’analyse du Cadre matriciel (période 2017-2020) pour le secteur de l’Énergie révèle, d’un
côté, que les objectifs stratégiques poursuivis par les stratégies, programmes ou plans définis
et mise en œuvre par le Gouvernement ont livré certains résultats effectifs, quoique non
largement diffusés et, de l’autre, que ces résultats n’ont été atteints que partiellement, en deçà
des engagements proclamés dans les Déclarations de politique générale et des attentes créées
par les positions publiques hautement médiatisés.

Dans le Cadre matriciel, les différents documents de Politiques publiques que nous avons
mobilisés et analysés dans le secteur de l’« Energie » ont permis de regrouper les actions

24 | P a g e
publiques en Quatre (4) grands Axes stratégiques. L’ensemble de ces grands Axes est décliné
en dix-huit (18) actions prioritaires. Nous nous proposons d’évaluer aux points de vue
suivants :

(1) En termes d’une juste adéquation aux objectifs : les actions planifiées et réussies ;
(2) En termes de cohérence par rapport aux buts visés : les actions qui ne correspondent
pas ou peu à la réalité des besoins sur le terrain ;
(3) En termes d’efficacité : les actions dont les résultats observés sont très en deçà des
résultats attendus ;
(4) En termes d’efficience : les actions dont les résultats observés ne sont pas à la hauteur
du coût consenti ou du temps investi.

(1) Actions en adéquation avec objectifs


Les actions suivantes peuvent être considérées comme celles faisant partie de la planification
de politique publique qui ont effectivement été complétés.

o Création de l’ANARSE
La nomination du premier Directeur Général de l’Autorité Nationale de Régulation du
Secteur de l'Énergie (ANARSE) est le seul accomplissement institutionnel constaté.
L’institution, créée préalablement par le Décret sur l’énergie du 6 février 2016, n’avait pas
encore concrétisé jusque là.

o De nombreuses réhabilitations et constructions d’infrastructures électriques


Il convient de noter les réhabilitations majeures de centrales, de réseaux et de sous-stations
électriques (Péligre, Drouet, 52 km de ligne 115 kV, 9 sous-stations), les constructions de
nouvelles centrales et de nouvelles lignes (60 MW à Thor, 7,2 MW à St Raphael, 9 km de
lignes souterraine à la Croix des Bouquets, 4,5 km de ligne vers Saint Raphaël), ainsi que les
diverses réhabilitations, constructions et installations encore en cours (ancienne centrale du
Cap-Haïtien, réseau du Limbé, 10 km de lignes 60 kV, 4 sous-stations, 70 000 nouveaux
compteurs numériques permettant le prépaiement).

o Réalisations de micro-réseaux d’électricité


Aux réalisations techniques énumérées plus haut, il faut ajouter les vingt-deux (22) micro-
réseaux réhabilités ou construits dans des villes secondaires du pays (Anse-à-Veau, Petit-
Trou de Nippes, Plaisance du Sud, La Vallée de Jacmel, Fond des Blancs, Corail, Pestel,
Bonbon, Marfranc, Moron, Abricot, Anse d’Hainault, Dame-Marie Dondon, Mombin
Crochu, Capotille, Valières, Mont-Organisé, Carice et Baie de Henne, Tiburon, Marchand
Dessalines) et les appels d’offres pour l’octroi de sept (7) concessions d’exploitation
commerciale de micro-systèmes électriques (Borgne, Pilate, Plaisance du Nord, Anse-à-
Galets, Pointe-à-Raquette, Thiotte, Anse-à-Pitre). Il est planifié que ces infrastructures
électriques soient alimentées par de la production aux énergies solaire et thermique
(photovoltaïque et diesel) et opérés par des opérateurs privés ou des coopératives.
Il faut donc reconnaître qu’il y eut un travail réel réalisé et encore en chantier, et que l’on
pourrait arguer que le progrès ainsi réalisé dans le sous-secteur électricité dépasse aisément

25 | P a g e
les réalisations des 25 années qui les ont précédées. Un tel niveau de résultats ne serait pas
survenu sans l’expression d’une volonté politique sans équivoque autour de ce projet
énergétique. Nous pouvons en déduire, qu’en général, une forte volonté politique, exprimée
dans la parole et dans les actions, est indispensable pour l’obtention de résultats appréciables
en matière de politiques publiques.

En dépit de cela, nous pouvons observer que les objectifs fixés n’ont pas été atteints dans leur
totalité. Nous estimons les manquements observés imputables à un ensemble de facteurs dont
certains précèdent l’avènement de la dernière administration présidentielle, tandis que
d’autres facteurs y sont directement liés. Considérons-les tour à tour.

(2) Les actions souffrant d’un déficit de cohérence vis-à-vis des besoins réels
En dépit des besoins clairement exprimés dans la feuille de route pour l’énergie du secteur
public, certaines actions réalisées sont moins qu’idéales, tandis qu’un ensemble d’actions
importantes ont simplement brillé par leur absence. Nous les présentons ici.

o Réalisation dont les choix techniques sont moins qu’idéales


Il ne fait pas de doute qu’une augmentation de la production d’électricité pour la régions
métropolitaine de Port-au-Prince est absolument nécessaire en raison de l’explosion de la
demande d’électricité dans cette région. Il fut fait le choix d’une centrale de 60 MW de
capacité, composées de turbines alimentée au gaz naturel, le gaz naturel devant permettre
de réduire les coûts par rapport à l’utilisation du diesel ou du mazout. À ce sujet, il faut
signaler les points techniques suivants. (a) Pour importer le gaz naturel en des volumes
nécessaires au fonctionnement de ces turbines, il faut d’abord construire des terminaux de
gaz naturel. Or ceci n’a pas été réalisé. (b) En l’absence de gaz naturel, ces turbines peuvent
fonctionner au diesel. Toutefois, cela implique l’utilisation de grands volumes de diesel, à des
coûts élevés, annulant l’avantage de la réduction des coûts recherchée. Les décideurs auraient
donc peut-être dû faire un autre choix technologique pour cette nouvelle centrale de 60 MW à
Thor.

o L’absence d’une Déclaration formelle de politique publique pour le Secteur énergie.


Plusieurs administrations présidentielles et de nombreux Gouvernements se sont succédés
sans publier de document formel présentant la Politique Énergétique du pays. S’il avait
existé, un tel document, discuté dans la sphère des acteurs publics et privés du secteur, aurait
permis d’orienter résolument (i) les plans du secteur, (ii) les engagements financiers publics
en énergie, (iii) les investissements privés en énergie, (iv) les investissement associés,
industriels ou commerciaux, induits à partir des garanties accordées par une position non
équivoque du Gouvernement dans le secteur. Le flou entretenu en termes d’engagement de
l’État dans le secteur de l’énergie n’a pas créée l’environnement incitatif, propre à
promouvoir les investissements, autant en énergie que dans les domaines devant s’appuyer
sur l’énergie électrique ou l’énergie fossile pour leurs opérations. Actuellement, le seul
engagement formel de l’État en termes d’énergie semble avoir été la Feuille de route pour le
secteur de l’énergie assignée par le Président de la République au Ministre des Travaux
Publics, Transports et Communications. (Ce document avait été publié sur le site du Conseil
des Ministres, mais il est maintenant inaccessible, car le site n’est plus en ligne.)
26 | P a g e
o La carence d’institutions indispensables au fonctionnement du secteur
L’analyse des leviers de la Gouvernance du secteur de l’énergie renvoie à la faiblesse des
structures institutionnelles et opérationnelles, imputable à la faiblesse persistante des cadres
juridico-institutionnels et réglementaires. Tout cela est préjudiciable à la bonne
administration et à la gestion adéquate du secteur. Ces lacunes sont caractérisées, entre
autres, par la fragmentation des principales institutions étatiques impliquées dans le secteur
de l’énergie en Haïti, occasionnant un manque de coordination et de leadership en rapport
avec les différents organes étatiques opérant dans le secteur , parmi lesquels on peut citer : le
MTPTC, le MEF, le MCI, le MDE, l’EDH, le BME, et même le BMPAD4. Cela entraîne une
faiblesse notable dans le système de contrôle, de suivi et de supervision par l’État, notamment
sur les opérations du secteur de l’électricité à travers les transferts importants de fonds du
Trésor Public. Il est à relever également de nombreuses carences dans la formulation et la
planification des stratégies et politiques du secteur ; dans la conception, la construction et
l’opérationnalisation de systèmes énergétiques exploités en Haïti ; dans la constitution,
l’organisation et l’analyse de bases de données statistiques du secteur.

En termes de gouvernance, la non-clarification du mandat et de l’autorité des intervenants au


niveau institutionnel, juridique et réglementaire, alimente la confusion des rôles ainsi que des
conflits récurrents de compétences et de responsabilités à l’intérieur du secteur. Un exemple
d’actualité illustrant ce propos est l’implication du BMPAD dans la gestion du sous-secteur
des produits pétroliers, alors que le rôle de cette institution est de monétiser les aides en
nature accordées à l’État haïtien et, depuis l’interruption du programme Petrocaribe, il n’y a
plus de produits pétroliers à monétiser.

Pour redresser les carences institutionnelles préjudiciables au fonctionnement harmonieux du


secteur, il convient de fixer les responsabilités et de définir les compétences des fonctions de
planification, de contrôle et de mise en œuvre de la politique énergétique nationale, de
coordination et de suivi des actions des institutions publiques, privées, agences
internationales, organisations non gouvernementales et autres entités impliquées dans le
secteur de l’énergie en Haïti. La fixation des responsabilités devra concerner aussi bien les
engagements (nationaux et internationaux) à prendre pour le secteur que la coordination de
l’usage des fonds publics destinés aux plans, programmes et projets relatifs au domaine de
l’énergie.

(3) Les actions souffrant d’un manque d’efficacité


L’objectif qui avait été annoncé par feu le Président, Jovenel Moïse, à grand renfort de
médiatisation tout au cours de son mandat, d’électrification de l’ensemble du territoire,
exprimé par son slogan de « Courant 24 sur 24 », et inscrit explicitement au programme du

4
MTPTC : Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications
MEF : Ministère de l’Économie et des Finances
MCI : Ministère du Commerce et de l’Industrie
MDE : Ministère de l’Environnement
EDH : Électricité d'Haïti
BME : Bureau des Mines et de l’Énergie
BMPAD : Bureau de Monétisation des Programmes d'Aide au Développement

27 | P a g e
Premier Ministre Céant (DPG point 78, page 34) était excessivement ambitieux.
Malheureusement, les résultats ont été bien en deçà des promesses proclamées. Quelle étaient
les causes possibles de ce contre-performance ?

o L’incapacité de mobiliser des financements à la hauteur des objectifs


Les ressources financières réclamées par un programme de construction de centrales, de sous-
stations et de réseaux électriques pour couvrir l’ensemble du territoire national se
chiffreraient raisonnablement de l’ordre de plusieurs milliards de dollars américains, quand
on prend en compte les dépenses en capital (l’investissement), ainsi que les coûts
d’exploitation. Tandis que la capacité budgétaire de l’État haïtien avoisinait seulement USD
1,4 milliards de recettes totales projetées (2017-2018), et ces prévisions de rentrées devaient
répondre aux besoins de tous les secteurs confondus. Prenant l’année fiscale 2017-2018
comme référence, on constate que les prévisions de financements internes d’investissements
s’élevait à USD 0,5 milliards, les prévisions de financement externes d’investissements ne
dépassaient pas USD 0,4 milliards et les projections de dépenses courantes dépassaient à
peine USD 1,1 milliards. Ces chiffres révèlent que les montants nécessaires pour répondre
aux objectifs, pour le seul sous-secteur de l’électricité, ne seraient pas trouvés.

o Électrification rurale par Systèmes solaires domestiques


Afin de répondre aux besoins des habitations rurales situées loin des réseaux électriques
existants, l’option choisie fut de subventionner à 50% l’achat de Systèmes solaires
photovoltaïque individuels à usage domestique ou systèmes solaires domestiques (SSD),
communément appelés des « kits solaires ». Cette option est bien adaptée aux conditions.
L’utilisation des coopératives de crédit ruraux pour la gestion des paiements des systèmes
devrait assurer une collecte de proximité et les paiements recueillis devaient permettre
d’acheter d’autres SSD et intégrer continuellement de nouveaux clients ruraux dans le
programme. Deux contraintes ont entravé l’exécution de ce programme. La première est
l’absence de systématisation : les SSD ont été distribués par un responsable, plutôt que par un
programme décentralisé – ce qui a considérablement ralenti le déploiement et l’ont
involontairement lié à la politique. La seconde contrainte fut établie par l’interférence
intempestive de personnalités politiques diverses qui voulaient prendre crédit pour le
déploiement du programme (alors qu’ils n’y étaient pour rien). Ces personnalités ont
prétendu que les produits qui devaient être remboursés à moitié étaient des dons, rendant
pratiquement impossible la récupération des fonds pour la pérennité du programme.

o Mépris total de sous-secteurs entiers


Deux sous-secteurs énergétiques sur trois sont entièrement escamotés en termes de leur prise
en charge adéquate par les instances étatiques : le secteur énergie domestique et le secteur des
produits pétroliers. Cette négligence est d’autant plus remarquable que cela indique que les
responsables concernés – ainsi que leurs conseillers – n’étaient pas imbus des paramètres
critiques suivants :

1. Le marché du bois de feu et du charbon de bois avait été évalué par le BME (certes en
2012, la dernière année de production du Bilan énergétique national) comme
constituant plus de 75% de toute l’énergie consommée dans le pays. Il représentait

28 | P a g e
alors un marché de plus de USD 300 millions. Ce chiffre a très probablement
augmenté depuis lors.
2. Le marché des produits pétroliers, quand à lui, constitue plus de 20% de l’énergie
consommée en Haïti. Selon les statistiques de la BRH, les importations
d’hydrocarbures (incluant le bitume) ont coûté plus de USD 940 millions en 2018 et
USD 1 milliard en 2019. La faiblesse dans la gestion de ce secteur est à la base de
ruptures de stock répétés et des crises du transport et de l’économie qui en découlent.

Pour ces raisons, ces sous-secteurs méritent au moins autant d’attention et de ressources que
celui de l’électricité. La liste des effets obtenus énumérés dans le cadre matriciel traitant de
l’énergie démontre clairement que cela n’est pas le cas : pratiquement aucun résultat n’est
enregistré dans ces domaines en dépit de la planification. Les conséquences de cette
négligence se font cruellement sentir dans l’économie du pays, l’environnement naturel du
territoire et la société haïtienne.

o Le déficit de communication publique informative et motivante


La gestion appropriée de tout secteur stratégique suppose comme support indispensable une
communication publique bien pensée, planifiée, et professionnellement exécutée. Cette
communication a pour objectifs principaux de jauger les attentes des citoyens, de les
consulter autour des orientations proposées, puis de les informer sur les options adopter et de
les motiver à se les approprier.

Une communication publique efficace commence par une compréhension fine, par les
décideurs, de la nature des objectifs poursuivis. Elle se poursuit par la capacité de jauger
adéquatement des paramètres de mis en œuvre des actions planifiées et d’atteinte des
objectifs. La grande faiblesse dans ces domaines produit des messages incohérents, qui
provoquent des attentes irréalistes et, en fin de compte, l’insatisfaction et l’irritation tant du
public visé que des acteurs impliqués dans les processus.

Une telle communication, pour être efficace, gagne à être transparente, équilibrée, facilement
compréhensible, convaincante et inspirante. En dépit des pressions égocentriques souvent
inévitables autour des communications politiques, les concepteurs ont tout intérêt à produire
des messages qui créent des connexions avec le public visé et établissent leur crédibilité.

Dans la matrice des objectifs et des résultats, un programme de communication structuré


brille par sa totale absence. Il en est résulté un niveau d’insatisfaction élevé des citoyens en
dépit de résultats record dans le domaine de l’électricité dans le pays sur la période 2017
– 2020, comparée à plusieurs décennies préalables.

o La carence de personnel formé et expérimenté


Ces manquements à la bonne gouvernance, dans l’exécution et dans les résultats obtenus
dans le secteur de l’énergie sont, en partie, imputables au déficit de développement de la
capacité des ressources humaines de tous ordres appelées à intervenir efficacement dans
le secteur.

29 | P a g e
Au niveau des décideurs (politiques), ils ne semblent pas posséder une connaissance des
éléments fondamentaux du secteur de l’énergie. Cette compréhension semble aussi faire
défaut aux conseillers et au personnel de support dont le rôle est justement d’apporter les
appuis techniques indispensables aux responsables politiques.

Au niveau des techniciens de l’État, la communauté des techniciens en énergie du secteur


public n’est pas très étoffée en dehors de l’EDH : on y trouve peu de spécialistes en efficacité
énergétique, en gestion des marchés énergétique, en ingénierie des systèmes d’hydrocarbures,
etc. Les cadres et experts formés dans les diverses disciplines traitant des ressources
énergétiques, de l’analyse ou la conception de systèmes énergétiques, et ceux qualifiés pour
gérer les différents marchés énergétiques ou encadrer les gestionnaires de ces marchés sont,
malheureusement peu nombreux dans la fonction publique à l’échelle du pays. Il en résulte
un secteur public de toute évidence déficient en personnel qualifié dans la pléthore de
spécialités liées au trois principaux sous-secteurs de l’énergie prioritaires en Haïti.

(4) Les actions démontrant leur faiblesse en termes d’efficience


Cette dernière catégorie regroupe quatre (4) actions visant des objectifs louables,
effectivement planifiées et mises en œuvre. Elles semblent pourtant très inefficientes dans
leur exécution.

o Construction des nouveaux micro-réseaux du Nord-est


Trois micro-systèmes étaient planifiés pour les villes de Mont Organisé, Capotille et
Valières dans le Département du Nord-est. L’État haïtien obtint un engagement de
support international via un don du Japon et la gestion du projet par le PNUD. En 4 ans
depuis la signature de l’engagement, les appels d’offres ont été lancés pour chacune des
localités séparément plutôt que de profiter de la proximité de ces villes pour mobiliser une
seule compagnie dans cette région difficilement accessible. En raison des limitations dans
la disponibilité du financement, il en a résulté qu’une seule micro-centrale, celle de Mont
Organisé, a été complétée en 4 ans au lieu de le faire avec efficience en moins de 2 ans.

o Installation de 70,000 compteurs prépayés


En 2020, l’EDH a engagé une firme pour entamer le remplacement de 70,000 compteurs
mécaniques par des compteurs électroniques programmables (« smart meters ») et le
processus est encore en cours. Mais le projet pilote d’essai avait commencé en 2013, sans
frais pour l’EDH ou l’État haïtien, avec une centaine d’unités dans deux quartiers. Ces
compteurs, avec leur système de gestion commerciale informatisé, ont fonctionné avec
succès pendant sept (7) ans, facilitant visiblement la collecte de l’argent dû, avant que la
compagnie n’engage enfin un contrat, après appel d’offre. Sachant qu’à côté de la fraude,
une des plus grandes faiblesses de l’EDH est la production des factures et le
recouvrement des sommes dues5, chaque année de retard dans la mise en œuvre de ces
installations représente donc un manque à gagner important pour l’EDH et l’Etat haïtien
qui subventionne le fonctionnement de l’EDH. Le contrat de la compagnie Nuri Telecom

5
Selon l’EDH, en octobre 2018, seulement 27 658 sur 147 476 abonnés (soit 18,75%) des abonnés avait payé
leur facture.

30 | P a g e
engagée pour la mise en place du nouveau système de compteurs et du logiciel de gestion
commerciale s’étend sur une durée de cinq (5) ans, incluant la formation des employés de
la Direction commerciale de l’EDH qui vont prendre la relève de la gestion une fois le
contrat arrivé à terme. Plus les installations se font rapidement, plus les rentrées de l’EDH
vont augmenter proportionnellement. Pourtant, au lieu d’engager des équipes
d’ingénieurs et de techniciens haïtiens pour augmenter le rythme des installations sur le
terrain, la compagnie a opté de travailler uniquement avec des coréens et quelques
employés de l’EDH. Le temps perdu par l’EDH avant d’engager le contrat et le choix de
ne pas engager des équipes locales pour accélérer les installations sont deux facteurs
démontrant la grande inefficience dans la mise en œuvre de cette solution pourtant
avantageuse pour la compagnie de service électrique EDH.

o Cas de la Centrale du Parc Industriel de Caracol : ajout photovoltaïque et concession


Un autre cas d’une grande inefficience en termes de temps et d’argent : celui de la
centrale électrique du Parc Industriel de Caracole (PIC). Ce parc industriel possède depuis
2012, pour son alimentation en énergie, une centrale électrique de 10 MW opérant au
Mazout. Puisque le PIC n’utilise pas toute la capacité de cette centrale, il fut décidé
d’engager un gestionnaire temporaire (une ONG américaine NRECA International Ltd 6,
en 2013) qui serait financé par un don de USD 24 Millions sur 3 ans de l’USAID, et de
l’utiliser pour desservir également les communes avoisinantes : Limonade, Terrier Rouge,
Trou du Nord et Sainte Suzanne. En plus du donateur, l’USAID, cette action impliqua : le
gestionnaire commercial, NRECA International ; un opérateur de la centrale, ESD ; le
World Council of Credit Unions qui géra une initiative pour le paiement des factures
d'électricité sur les appareils mobiles; et le Cadmus Group pour fournir une expertise sur
la conformité environnementale. Après cette période, en 2017 donc, une concession serait
octroyée, par appel d’offre, à une firme privée pour l’opération commerciale du système.
Le processus est encore en cours aujourd’hui, en 2021, six ans plus tard et implique
l’USAID, la Banque Mondiale, la Cellule Énergie du MTPTC, l’ANARSE, l’UCGPPP7 du
MEF, l’EDH, NRECA International, la multinationale de consultations financières
Deloitte, le consultant juridique GIDE et le consultant technique Tractabel. Vu l’échec de
l’EDH dans le Nord-est8 depuis 2009 et ailleurs dans le pays au cours des 50 ans
d’existence de la compagnie, il fut logiquement décidé d’expérimenter une approche
mixte, où les compagnies publiques et privées coexisteraient sur le territoire, comme cela
se fait dans le reste de l’hémisphère. Toutefois, un observateur est en droit de questionner
l’efficience de l’ensemble de la démarche quand on considère un financement de USD 24
M sur 3 ans à NRECA, plus six (6) années de délais supplémentaires (incluant forcément
des frais additionnels à NRECA sur ces 6 ans) et l’implication de deux (2) bailleurs,
6
NRECA International Ltd: National Rural Electric Cooperative Association International Limited. Une
organisation américaine à but non lucratif de services d'électricité pour le développement rural, créée en
1962, qui met en œuvre des projets dans les pays en développement.
7
UCGPPP : Unité Centrale de Gestion des Partenariats Public-Privé du Ministère de l'Economie et des Finances
(MEF)
8
Selon un media en ligne, Haiti News 2000: “La Centrale de Chévry [construite en 2009] fournit 6 heures
d’électricité par jour aux villes du Nord-Est. Pour le faire, l’EDH se charge d’un approvisionnement mensuelle
de 300 Millions de Gourdes de carburant, tandis que les recettes mensuelles du département dans son
intégralité, ne dépassent pas 300,000 Gourdes, soit seulement 10% du coût du carburant.”

31 | P a g e
quatre (4) entités publiques et quatre (4) firmes privées internationales. Cette expérience a
duré 9 ans à date et représente une illustration symbolique de l’inefficience de la
dépendance d’Haïti en l’aide internationale.

Conclusions et recommandations
L’analyse de l’évolution du secteur de l’énergie au cours des quatre dernières années,
de 2017 à 2020 inclusivement, a permis de faire trois constats principaux. D’abord que, des
principaux sous-secteurs clés pour Haïti, le sous-secteur de l’électricité a été le mieux pourvu
en volonté politique et en ressources. Il en est résulté un volume de réalisations concrètes
(dans ce sous-secteur) possiblement inégalé au cours des trois dernières décennies, mais
largement passé sous silence. Ensuite, qu’en dépit de cette performance, les citoyens ont
ressenti un grand niveau d’insatisfaction et même de colère en raison, à la fois, des objectifs
trop ambitieux mis en avant, de l’impossibilité de mobiliser les importantes ressources
financières requises pour de tels objectifs, de l’incohérence de certaines actions, de
l’inefficacité d’autres et de l’inefficience d’autres actions encore. Enfin, nous avons pu
constater que la majeure part du secteur de l’énergie n’a pratiquement pas été pris en compte
formellement par le secteur public, une lacune attribuable à l’incompréhension du secteur, de
l’inexistence des institutions nécessaires ainsi qu’au déficit patent de ressources humaines
dotées des compétences idoines.
Nous pouvons en déduire certaines recommandations que résumées comme suit.
(1) L’établissement d’une politique énergétique formelle est indispensable et non
négociable pour l’avancement régulier et dynamique du secteur. Cette politique
publique sera suivie d’un plan détaillé et d’un calendrier réaliste.
(2) La mise en place des institutions publiques adéquates (Direction de l’énergie, Agence
d’électrification rurale, etc.) et de programmes de formation des ressources humaines
appropriées est aussi une condition sine qua non à un progrès réel dans l’accès à
l’électricité dans le pays.
(3) Un financement adéquat, proportionné aux objectifs fixés est, sans aucun doute,
nécessaire.
(4) Les sous-secteurs de l’énergie domestique, des produits pétroliers et de l’électricité
doivent être pris en compte avec le même niveau d’attention et d’application, car les
services énergétiques qu’ils fournissent sont out aussi stratégiques.
(5) Une communication transparente et équilibrée des différentes étapes et des actions doit
être établie, en s’assurant de publications accessibles en permanence (sur Internet) et
présentant : la politique énergétique, la planification pour le secteur, les budgets, les
réalisations, le degré d’avancement et le bilan des dépenses.
(6) Finalement, quoique difficile à accomplir, un certain niveau d’indépendance vis-à-vis
du gouvernement et du pouvoir politique est crucial pour assurer la poursuite
d’objectifs de long terme, un secteur de l’énergie sain, une évolution constante, des
résultats durables et des services énergétiques de qualité accordés à toute la population
du pays.

32 | P a g e
V. ANALYSE ET EVALUATION DE LA POLITIQUE DU GOUVERNEMENT HAITIEN EN
MATIERE DE LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION ET L’IMPUNITÉ

I. Bref aperçu historique sur la corruption et l’impunité en Haïti

Dans le code pénal haïtien publié en 1835, l’infraction que constitue la corruption est déjà
prévue et punie par plusieurs articles. L’honnêteté et l’intégrité sont des qualités essentielles
pour être fonctionnaires publics. Nous serions tentés de croire que chez nous, la corruption et
son corollaire l’impunité n’étaient pas tolérés. Mais l’historienne Gusti Klara Gaillard
Pourchet nous rappelle que « En 1804, le modèle colonial d’enrichissement au détriment de
l’économie locale est donc reconduit, certes, selon les gouvernements, avec une intensité
variable. Et la tradition orale en témoigne encore puisqu’elle perpétue deux adages vivaces,
attribués à nos pères fondateurs. D’une part, celui de Dessalines (1804-1806) avec son
fameux « Plumé poul la, pa kite-l rélé » et celui de Pétion (1807-1818), « Voler l’Etat, n’est
pas voler ». Mais des actions pour contrer la corruption sont tout aussi évidentes,
spécialement le fameux procès de la consolidation en 1904 et le procès des faux timbres-
poste Odubon en 1975 qui ont abouti à la condamnation et à l’emprisonnement des personnes
jugées coupables de ces détournements. Il faut retenir que ces deux procès ont pu se faire
grâce à la volonté politique des présidents9 d’alors qui voulaient lancer un message fort sur
leur volonté de combattre la corruption. Toutefois, il faut aussi rappeler qu’après le procès de
la consolidation trois des coupables ont accédé à la présidence10 d’Haïti. Ces évocations pour
nous rappeler que depuis notre histoire de peuple, la lutte contre la corruption est une
préoccupation constante.

Mais entre ces deux grands procès, il y en a eu des moindres, qui n’ont pas fait autant de
vagues mais qui ont abouti à la condamnation de certains accusés et à la libération d’autres.
Mais ce qui est certain, c’est que la majorité des actes de corruption quoique dénoncés par la
clameur publique n’ont jamais été condamnés par la justice et de ce fait constituent les
meilleurs encouragements à l’impunité.

Cette analyse critique des actions réalisées par les autorités publiques en créant des structures
pour combattre la corruption, en les mettant en œuvre, en les dotant de ressources humaines,
financières et matérielles, devrait nous permettre de comprendre pourquoi les résultats
attendus ne se concrétisent pas. Les différents organismes autonomes, les unités, les brigades
et tous autres bureaux créés pour contrôler, veiller au fonctionnement, s’assurer du respect
des normes, rechercher, enquêter, juger et condamner les auteurs d’actes de corruption ne
sont toujours pas parvenus à l’éradiquer. On peut citer, la Cour Supérieure de Comptes et du
Contentieux Administratif, les Cours et Tribunaux, l’Unité de Lutte Contre la Corruption,
l’Unité Centrale de Renseignements Financiers, le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire,
le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique, le Ministère de l’Economie et des
Finances, la Commission Nationale de Marchés Publics, les Cours et Tribunaux de la

9
Le président Nord Alexis et le président Jean Claude Duvalier
10
Cincinatus Leconte, Tancrède August et Vilbrun Guillaume Sam

33 | P a g e
République, l’Unité de Lutte Contre la Corruption, l’Inspection Générale des Finances et la
Brigade d’Intervention Contre l’Insécurité Foncière, avec pour mission de traquer la
corruption, ou qu’elle se produit et l’envoyer à la sanction de la justice. Malgré cet arsenal,
l’impunité continue de s’étendre et de narguer celles et ceux qui pensent pouvoir la combattre
et l’éradiquer. Mais le dernier mot n’est pas dit et l’objectif de ce travail est de comprendre
les points d’échappement pour les contourner.

II. Rappel de la situation ex-ante dans le secteur de la corruption et de l’impunité


(1) Les sandales de corruption à répétition au sein de l’Etat : Deux rapports d’enquête du
Sénat haïtien devaient indexer le nom de plusieurs hauts responsables du Parti au
pouvoir dans le scandale du détournement de près de 4 milliards de dollars provenant
des fonds du Programme « Petro caribe ». Le nom du Président en fonction Jovenel
Moise devait être lui-même cité par la Cour supérieur des comptes et du contentieux
administratif (CSCCA) dans ses Rapports d’audit de 2018 et 2019, alors que celui-ci
n’était qu’un simple chef d’entreprise ;
(2) Le scandale du dossier dermalog11 et de l’acquisition d’une villa de 4.25 millions par
une diplomate haïtienne. Deux avis défavorables de la CSC-CA sur un contrat de 27.7
millions de dollars en devise américaine avec la firme dermalog pour refaire les cartes
d’identification nationale n’ont pas empêché le gouvernement de signer ce contrat avec
la firme « choisie par la Première Dame » selon les déclarations du directeur de l’ONI
M. Elibert. Egalement, l’épouse d’un sénateur de la République, diplomate au Consulat
d’Haïti à Montréal, a fait l’acquisition d’une villa de 4,25 millions de dollars en devise
américaine à Laval.
(3) De nombreuses plaintes sont déposées au CSPJ contre des juges - Au cours d’une
année, plus de 200 plaintes ont été portées contre des juges en fonction, moins de 15
juges ont été jugés et sanctionnés par le Tribunal disciplinaire créé au sein de ce Pouvoir.
Un commissaire du gouvernement près la Cour de Cassation de la République, ancien
sénateur de la République, a été déclaré inapte à la certification, puisqu’il détenait un
faux diplôme de baccalauréat dans son dossier.
(4) La tolérance des administrateurs des Tribunaux de Première Instance de la
République. Lorsque les dossiers se perdent dans les greffes des cabinets d’instruction,
sous prétexte qu’ils sont vandalisés ou saccagés pendant la nuit et qu’aucune enquête
n’est réalisée et que personne n’est sanctionné la pratique s’installe. Il suffit de fracasser
un cadenas pour que les corps du délit (arme à feu, billets de banque ou drogue) soient
emportés sans justification ni explication. Ni les responsables de la sécurité des locaux
pas plus que les greffiers informés du contenu des dossiers ne sont interrogés. Les deux
cas emblématiques séparés de quelques mois : le dossier de Me Dorval et celui de l’ex-
président Moise. Ces situations d’abandon et de désintérêt attisent l’impunité.
(5) Le manque d’informations fiables relatives aux activités des juridictions. Les
faiblesses relatives à l’absence d’informations fiables sur le quotidien des cours et
tribunaux est patent. Comment les organiser et les doter de matériels suffisants et de
qualité, quand l’administration centrale ignore leur condition. Comment doter des
tribunaux de paix, par exemple, d’ordinateurs quand dans leurs espaces il n’y a ni

11
Nouvelle carte d’identification nationale imprimée par une firme allemande

34 | P a g e
électricité, ni personnes ressources sachant utiliser cet outil ? Comment s’assurer que le
juge de paix ou le greffier du tribunal de paix n’abuse pas de sa fonction pour émettre
des mandats d’amener, particulièrement les vendredi (avec risque de passer la fin de
semaine en garde à vue) quand les registres, quand ils existent, sont rarement utilisés
encore moins controlés.
(6) La désorganisation du système judiciaire à travers la République. La répartition des
juges, parquetiers et autres personnels judiciaires des différentes juridictions de jugement
à travers le pays ne tient compte d’aucune base institutionnelle. Elle dépend uniquement
du dynamise des politiques de ces juridictions. La population à desservir, si dans les
premières planifications était prise en compte pour y placer une structure et un
personnel, n’est plus la base de ces décisions. Des communes sont créées sans être
géographiquement délimitées et les structures judiciaires y font défaut. Lorsque la
population a besoin des services d’un juge, elle peut choisir à quelle juridiction
s’adresser. Le scandale causé par des interventions de juges de Pétion-ville, de Delmas,
de Croix des Missions dans une propriété située dans la juridiction de Tabarre/Vivy
Michel (qui n’a pas de tribunal de Paix), illustre ce manquement. Les nominations,
promotions et déplacements des magistrats ne répondent à aucune planification ni plan
de carrière. Ils dépendent des rapports existants entre eux et leurs administrations
(clientélisme). Aucun contrôle sur la qualité de leur travail, les résultats produits au
cours des années et de leur réputation, n’est effectué. La responsabilité des
administrateurs des différentes juridictions n’est pas questionnée et leur gestion n’est pas
évaluée. Leur renouvellement ou leur remplacement ne nécessite aucune justification de
l’autorité de contrôle et même en cas de malversation avérée, le simple renvoie sans
restitution ou sanction est admise.
(7) L’élaboration du budget alloué au CSPJ est totalement aléatoire. Lorsque le CSPJ
soumet le budget qu’il a élaboré, en fonction de certaines planifications (recrutement
d’une cinquantaine de juges pour le Grand-Sud ou plusieurs tribunaux de Paix n’avaient
qu’un seul juge en 2017) au MEF, dépendamment de leurs disponibilités, ils le réduisent
à un pourcentage qui ne tient aucun compte de leurs besoins. Ce montant lorsque soumis
au parlement ne peut faire l’objet d’aucune changement, sauf au niveau des lignes
budgétaires. Peu importe les projections et réalisations planifiées, il faudra s’en
accommoder. Le budget de certaines instances étatiques chargées de la lutte contre la
corruption et l’impunité a légèrement augmenté au cours des dernières années. Mais ces
variations ne tenant pas compte des réalités structurelles et organisationnelles des
instances concernées, les résultats attendus ne sont pas atteints. Par exemple, le fait par
le ministère des finances d’être incapable de quantifier le montant des frais et amendes
générées par les greffes des tribunaux des juridictions rend illusoire le contrôle effectué
sur la gestion de ces structures. Par ailleurs, le manque de données réelles sur la quantité
d’usagers au sein de la justice, des tribunaux et autres services connexes ne facilite pas
les planifications qui permettraient de rénover et de construire des espaces répondant
mieux aux normes minimales.

35 | P a g e
Les lignes budgétaires réservées aux instances judiciaires et de lutte contre la corruption sont

Année fiscale
Instances 2018-2019 2019-2020 2020-2021
CSPJ 1,778,612,217 1,575,010,081 2,283,517,339
MJSP 13,764,872,694 13,536,626.916 20,569,470,733
Y compris PNH et PNH 10,784,978,734 10,989,215,448 16,779,743,655
UCREF UCREF 74,209,421 65,462,556 85,462,556
CSC-CA 790,452,665 756,154,255 955,571,104

I. Cadre matriciel de l’analyse critique

SOUS-SECTEURCORRUPTION
Axe Objectifs Actions prioritaires Resp. Période Résultats Effets obtenus
stratégique poursuivis de mise attendus
en œuvre
Axe VII.- Renforceme 21.- Rendre effective ULCC 2017- Les Bien que certains juges
Moralisation nt des les législations UCREF 2020 instruments aient reçu une formation
moyens de BAF légaux, les spécialisée sur la lutte
de la vie destinées à combattre
lutte contre IGF ressources contre corruption, mais
publique la corruption les audiences traitant de
la corruption CSC-CA humaines, les
(SC/A21); ces cas ne leur sont pas
CNMP structures et confiées obligatoirement.
Les Cours les outils Un nouveau Code pénal a
22.- Promouvoir le et matériels été adopté et promulgué,
recrutement de Tribunaux destinés à la mais ne sera en
ressources humaines lutte contre la application qu’en mai
spécialisées (SC/A22); corruption 2022. Certaines
sont juridictions ont reçu des
consolidés et matériels informatiques,
23.- Rendre effectif la effectifs mais sans la formation
Déclaration de adéquate. Les juges
recrutés ne sont toujours
patrimoine pour tous
pas formés spécialement à
les fonctionnaires la lutte contre la
publics (SC/A23) ; corruption. Même si des
efforts ont été accomplis
par l’ULCC pour porter
24.- Promouvoir le
les fonctionnaires à
respect des procédures déclarer leur patrimoine,
de passation de la pratique n’a pas été
marchés publics dans systématisée. Avec
les institutions l’obligation qui est faite
publiques (SC/A24) aux institutions publiques
d’instituer une
Commission de passation
de marchés publics,
incluant un représentant
du CNMP, les procédures
sont souvent respectées,
même si des anciennes
pratiques de clientélisme
demeurent dans beaucoup
d’autres organismes

36 | P a g e
SOUS-SECTEUR IMPUNITÉ
Axe Objectifs Actions prioritaires Resp. Période Résultats Effets obtenus
stratégique poursuivis de mise attendus
en œuvre
AXE VIII Renforcement 25.-Améliorer le MJSP 2017- Les lois Malgré les rencontres
Dépolitisation des capacités fonctionnement et la /CSPJ/ 2020 sont avec les doyens et
de la justice de lutte contre les appliquées présidents des
performance des
Cours et contre tribunaux et des cours
l’impunité juridictions sur l’administration
Tribuna toutes les
(SI/A25) ; ux catégories de la justice et la
distribution de
d’individu
26.-Renforcer la matériel aux
s
juridictions, les
formation des suspectés
indicateurs sur le
magistrats, des de
fonctionnement et les
personnels des violation, performances ne sont
tribunaux et des de quel pas meilleurs. A
que l’exclusion des
policiers chargés de
origine, magistrats, le
l’exécution des rang et personnel de la
décisions de justice fonction justice et les officiers
(SI/A26) ; sans de police judiciaire
discrimina chargés de
27.-Mettre en place tion l’exécution des
des mesures de décisions de justice
prévention contre n’ont pas reçu de
l’impunité (SI/A27); formation. Les
fonctionnaires
28.- Renforcer la publics et autres
coopération individus bénéficiant
internationale et d’appuis politiques
fictifs ou réels, même
l’entraide judiciaire
lorsque accusés de
pour le corruption, par action
recouvrement des ou par omission, ne
avoirs volés sont pas inquiétés.
(SI/A28) La récupération des
avoirs volés et placés
à l’extérieur par des
individus accusés
mais jamais
poursuivis ne peuvent
s’effectuer faute de
décision de justice à
soumettre aux
instances détentrices
de ces fonds.

37 | P a g e
II. Présentation narrative du cadre matriciel ci-dessus

1) Axe stratégique corruption

« Rendre effective les législations destinées à combattre la corruption (SC/A21)-


Promouvoir le recrutement de ressources humaines spécialisées (SC/A22) La législation
créant des structures et envisageant des mesures pour combattre la corruption est éparse et se
retrouve dans différents textes qui ne sont pas colligés dans un même code. Il s’est avéré
nécessaire de réaliser des formations spécialisées pour les magistrats des différentes
juridictions du pays, au niveau des Cours et des Tribunaux. Les magistrats nouvellement
recrutés n’ont pas de formation spécialisée en matière de lutte contre la corruption. Lorsque
ces formations sont organisées, elles visent ceux qui sont déjà dans le système. Certains
magistrats formés en la matière étaient même affectés à titre exceptionnel à l’ULCC.
Toutefois, à l’exception des magistrats de la CSC-CA qui ont l’exclusivité de juger des
fraudes dans l’administration publique, les autres magistrats, même ceux qui ont reçu la
formation spécialisée, entendent aussi d’autres types d’affaires. Puisque dans nos tribunaux,
il n’y a pas de chambre spéciale pour les dossiers de corruption, de ce fait, ce n’est pas
systématiquement que les Doyens et Présidents des Cours assignent le jugement des affaires
traitant de la corruption aux magistrats qui ont reçu cette formation. La formation spécifique
contre la corruption tant qu’elle n’est pas donnée à tous les magistrats, et aux autres
personnels de toutes les juridictions, le résultat attendu ne sera pas atteint.

Par ailleurs la dotation de certains matériels informatisés aux magistrats et aux


juridictions à travers le pays n’a pas non plus amélioré les performances, vu que la formation
adéquate n’a pas accompagné. Jusqu’en 1995 lors de la publication du décret sur
l’organisation judiciaire le personnel consistait en greffier et huissiers. De nos jours, il faut
en plus des secrétaires et dactylographes, des [Link], des archivistes, des
[Link] et des secrétaires juridiques. Il s’avère donc nécessaire de revoir ce
personnel, qui nécessiterait une formation spécialisée et un manuel de procédure définissant
la tache de chacun.

(1) « Rendre effective la déclaration de patrimoine pour tous les fonctionnaires


(SC/A23) » l’ULCC, dans ses efforts pour respecter les différents textes législatifs visant
à combattre la corruption a, en plus d’organiser des formations, posé des actions directes.
Pour faire respecter les obligations des fonctionnaires de l’Etat, en plus des formations
réalisées pour les différentes instances de la fonction public, a porté les cadres des
ministères, des organismes autonomes et tous autres administrateurs et comptables de
deniers publics, pour respecter cette prescription de la loi de février 2008 relative à
l’hypothèque légale qui grève leurs biens, dès leur entrée en fonction. Il veillait à ce que
tous les nouveaux arrivants remplissent leur déclaration de patrimoine. Des formulaires à
cet effet ont été élaborés et déposés dans les greffes des 18 juridictions de Tribunaux de
Première Instance du Pays. Pendant quelques temps cette pratique a été accomplie, mais
elle n’a pas été systématisée. Etant donné qu’il n’y a pas eu de sanctions pour ces
manquements, la conséquence est que cette pratique a été abandonnée.

38 | P a g e
(2) « Promouvoir le respect des procédures de passation de marchés publics dans les
institutions publiques (SC/A24) »- Les efforts déployés par la Commission Nationale de
Passation de Marchés Publics pour systématiser les procédure visant à garantir un
contrôle strict sur les dépenses de l’Etat en matière de passation de marchés publics, ont
abouti à la mise sur pied de commission de passation de marchés publics incluant un
représentant du CNP au sein de chaque administration publique. Cette action aura
certainement permis à la Commission d’être pro-active dans la détermination et le
contrôle du système de marchés publics et les convention de services avec des institutions
privées. Même lorsque les mauvaises pratiques de clientélisme permettent de traverser
les mailles du filet de contrôle de la régularité et de la publicité de ces transactions, les
procédures sont souvent respectées.

2) Axe stratégique impunité

Cet axe visant prioritairement la lutte contre l’impunité en d’autres termes,


l’application des lois contre toutes les catégories d’individus suspectés de violation de quel
que soit l’origine, le rang et la fonction qu’il occupe, sans distinction. Il a pour objectif le
renforcement des capacités de lutte contre l’impunité. Les principales actions planifiées sont
les suivantes :

(1) « Améliorer du fonctionnement et de la performance des juridictions » (SI/A25) –


Ajouter la formation des magistrats, des personnels des tribunaux et des policiers
chargés de l’exécution des décisions de justice (SI/A26)- Ces deux actions se
rejoignent dans l’atteinte des résultats. En effet, en dépit des rencontres avec les
Présidents des Cours et les Doyens des TPI sur l’administration de la justice et la
distribution de matériel aux juridictions, les indicateurs sur le fonctionnement et les
performances de la justice ne se sont pas améliorés. Et pour cause, sur le terrain ces
responsables de juridiction craignent de sanctionner des juges comme eux, alors ils ne
prennent pas leurs responsabilités. De plus, les notions apprises au cours des formations
sont tellement éloignées des réalités du terrain, qu’il est souvent difficile de les appliquer.
Lorsque dans un tribunal de première instance, les juges d’instruction doivent se partager
un bureau et que les juges de siège n’en disposent pas du tout, il est difficile de leur faire
admettre que les institutions chargées de leur fonctionnement se soucient de leurs
performances. Le matériel distribué souvent n’est pas destiné aux juges mais au greffe et
lorsqu’il y a mauvaise foi de la part des greffiers, ils se mettent sous l’autorité du
ministère pour ne pas obtempérer aux ordres du responsable de juridiction et encore
moins des autres juges du tribunal. Il n’est pas rare de voir un juge et un substitut du
commissaire du gouvernement attendant un greffier pour prendre siège. Ces magistrats,
même s’ils dénoncent cette attitude au responsable de la juridiction ne sont pas certains
qu’il y aura une réponse… alors ils préfèrent le tolérer au détriment de la performance du
tribunal. Et la, commence l’impunité!

De plus, à l’exclusion des magistrats qui depuis plus d’une dizaine d’années sont formés à
l’Ecole de la Magistrature, avant leur intégration dans la justice –ce qui n’est pas tout à fait
exact pour tous les parquetiers (commissaires du gouvernement et substituts) les autres

39 | P a g e
personnels n’ont pas de formation adéquate. Certains greffiers en chef ont participé peut-être
à certaines rencontres pour recevoir les instructions du ministère mais en matière d’exécution
de leur fonction telle que prévue par le décret sur l’organisation judiciaire, ils l’ont pour la
plupart appris sur le tas. Etant donné qu’il n’y a aucun manuel à l’usage des greffiers, les
juridictions fonctionnent de manière individuelle et il n’est pas surprenant d’y trouver des
pratiques différentes.

Le classement des dossiers, les archives des tribunaux, la bonne tenue des registres se font au
gré du fonctionnaire qui occupe la fonction. S’il est méticuleux, cela se passe relativement
bien. Autrement –et c‘est le cas dans 85% des Tribunaux de Paix et dans au moins 40% des
Tribunaux de Première Instance. Il est parfois difficile de retrouver les plumitifs d’audience
d’années antérieures ou les expéditions de jugements rendus quelques années auparavant.

(2) « Mettre en place des mesures de prévention contre l’impunité (SI/A27)- L’impunité
principalement due au fait que des fonctionnaires publics ou des individus qui jouissent
d’appui d’autorités constituées, s’estiment au-dessus des lois et agissent à leur guise. En
effet, lorsque pouvant se référer à une autorité politique en fonction, tout est permis à cet
individu qui ne se gêne pas pour en profiter et même en faire commerce. Le sénateur qui
a admis en pleine séance avoir reçu de l’argent pour voter la politique générale d’un
premier ministre pressenti n’en a éprouvé aucune gène. Les autres sénateurs qu’il a
dénoncé du même coup n’ont pas protestés. Aucun n’a été invité par aucune des
instances chargées de la lutte contre la corruption. Alors que parallèlement, des
personnes invitées pour ne pas dire interpellées par le directeur de l’ULCC étaient des
« opposants »! L’impunité est non seulement due à la corruption généralisée qui règne,
mais aussi en grande partie à l’insuffisance de moyens et de structure de protection des
citoyennes et des citoyens. En exemple, dans une commune de la juridiction de Coteaux,
ou il n’y a pas de policiers, le juge ne perd plus son temps à émettre des mandats
d’amener parce qu’il n’y a aucun moyen d’obliger l’agresseur à se présenter par devant
son tribunal. Dans une commune ou le tribunal de paix n’a qu’un seul juge, la population
n’est pas desservie. A Port-au-Prince, la Cour d’appel a passé plus de deux années sans
fonctionner. Il n’y a pas eu d’assises criminelles avec assistance de jury depuis 3 ans.
Qui mériterait d’être sanctionne dans ces cas ? Pourtant, seul le justiciable l’est. S’il a un
conflit, celui-ci ne peut être tranché et s’il est en prison, c’est encore pire. Sa liberté
individuelle est violée.
(3) « Renforcer la coopération internationale et l’entraide judiciaire pour le
recrutement des avoirs volés (SI/A28)- De nombreux individus profitant de la
corruption se constituent une fortune que leur situation ne peut justifier. Ils passent par
les banques pour effectuer des transferts à l’extérieur. Même lorsque accusés, étant donné
qu’ils n’ont jamais été jugés et condamnés, ces sommes ne peuvent être récupérés au
profit de l’Etat haïtien par les pays d’hébergement de ces valeurs. Pour tenter de
récupérer ces sommes qui seraient certainement utiles dans les caisses de l’Etat, des
efforts seront déployés pour poursuivre ces dossiers et obtenir de la justice les décisions
autorisant tout détenteur à remettre ces montants. C’est encore une autre catégorie de
bénéficiaires de l’impunité qui ne peut pas être imputée aux juges. La tolérance vient des

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particuliers victimes ou des parquetiers qui ne recherchent pas les crimes pour en obtenir
la sanction par un tribunal.

III. Evaluation analytique des différentes actions réalisées

Dans cette partie, le résultat de chacune des actions réalisées est évalué en tenant
compte des trois éléments suivants : cohérence, efficacité et efficience

Des Déficits de Cohérence : la mise en œuvre de l’action publique et des moyens n’ont pas
été et ne sont pas en adéquation avec les objectifs préalablement définis. Ce fut le cas des
actions visant à :

(1) Rendre effective la législation destinée à combattre la corruption (SC-A21)- La


multiplication des formations, des séances de sensibilisation, des conférence débats et des
publications sur les textes législatifs existants, relatifs à la lutte contre la corruption visait
à informer le public en général et les acteurs en particulier de tout l’arsenal qui existe sur
le sujet. Les premiers pour les dissuader de poser des actes assimilés à la corruption et les
seconds pour les porter à sanctionner les présumés coupables. Toutefois, les nombreux
cas de scandales dénoncés dans les média, si elle permet de penser que le public est
mieux informé des actions de corruption, ne dissuade pas pour autant les auteurs à poser
ces actions, vu qu’elles ne doutent pas de leur impunité En ce sens, ces action n’ont pas
apporté les résultats attendus.
(2) Mettre en place des mesures de prévention contre l’impunité (SI/A27).- En dépit du fait
que le Code Pénal en vigueur et des textes plus récents sur les sanctions prévues en cas de
commission d’infraction, les fonctionnaires publics et autres individus qui bénéficient de
l’appui politiques puissants n’hésitent pas à commettre toutes sortes de violation de la loi
et même des droits des gens, se sachant au-dessus de la loi. Du fait que le
renouvellement des mandats des juges dépend encore de l’exécutif, donc du politique, ne
les met pas vraiment à l’abri des abus des politiques. En conséquence, les mesures de
renforcement des pouvoirs des membres de la justice pour assurer leur indépendance vis à
vis des politiques n’a pas donné les résultats escomptés.
(3) Renforcer la coopération internationale et l’entraide judiciaire pour le recouvrement
des avoirs volés (SI/A28).- Une grande majorité des fonds provenant de la corruption au
sein des hauts fonctionnaires et cadres de l’administration publique provient du
marchandage pour des services relevant de leurs fonctions. Pour ne pas étaler ces
ressources injustifiables, souvent elles sont expédiées à l’extérieur, en dépit des mesures
prises par les responsables pour contrôler les transactions. Obtenir le rapatriement de ces
valeurs qui reviendraient dans les caisses de l’Etat serait une manière de coopération et
d’entraide judiciaire. Mais, u que les autorités haïtiennes ne peuvent justifier d’une
décision de justice contre ces individus qui jouissent d’une totale impunité, ils
n’obtiennent pas cette entraide et cette coopération. Les fonds ainsi détournés n’ont
jamais pu être récupérés, ce qui nous fait dire que les moyens et actions mis en œuvre
pour réaliser cette action étaient insuffisants.

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Des Déficits d’efficacité : les résultats obtenus n’ont pas été à la hauteur des
objectifs préalablement fixés. On retrouve dans cette rubrique les actions destinées à :

(1) Promouvoir le recrutement de ressources humaines spécialisées (SC/A22) Améliorer le


fonctionnement et la performance des juridictions (SI/A25).- Ces deux activités de
formation spécialisée pour les ressources à affecter dans les tribunaux et les cours de
toutes les juridictions de la République, visait principalement a améliorer leur
fonctionnement. Chaque administrateur du tribunal connaissant ses responsabilités, les
obligations de chaque membre du tribunal et les résultats à obtenir par rapport à ses
planifications, le fonctionnement et la performance des juridictions devraient suivre.
Mais la réalité du terrain, le manque d’initiative des Doyens et Présidents de cours qui
estiment que leur fonction n’est pas d’obliger les juges à travailler, d’autant qu’en début
d’année judiciaire il ne leur est pas fixé un quota d’affaires à entendre et surtout la crainte
de représailles ou de réactions les portent à ne pas insister. Les formations spécialisées à
l’adresse des juges n’étant pas étendue aux autres membres du personnel des juridictions,
la distribution de matériel et de mobilier sans tenir compte de l’état de vétusté et de
manque d’espace pour les stocker, ne donne pas les résultats attendus suite à ces efforts.
(2) Promouvoir le respect des procédures de passation de marchés publics dans les
institutions publiques (SC/A24) .- L’obligation qui est faite aux institutions publiques
d’instituer dans leur structure une commission de passation de marchés publics incluant
un membre de cet organisme, devrait permettre de réaliser cette obligation légale dans les
meilleures conditions et dans le stricte respect des textes législatifs. Pourtant, cette
présence d’un membre formé et spécialisé au sein de chaque institution ne garantit pas la
systématisation des procédures. Elles sont souvent respectées mais les anciennes
pratiques de clientélisme perdurent. C’est pourquoi il est évident que les efforts pour
concrétiser cette obligation légale n’ont pas donné les résultats escomptés.

Des Déficits d’efficience : Les effets constatés en termes de résultats n’ont pas été à la
hauteur des coûts engagés dans la mise en œuvre de l’action publique. Ce problème
d’inefficience a été évalué notamment dans les actions visant à :

(1) Rendre effective la déclaration de patrimoine pour tous les fonctionnaires publics
(SC/A23).- Les efforts déployés par l’ULCC pour former de formateurs à déployer à
travers la République pour informer et sensibiliser les fonctionnaires cadres de
l’administration publique sur cette obligation légale de déclarer leur patrimoine, les
ressources utilisées pour préparer des formulaires standardisés, les multiplier, former le
personnel chargé de les distribuer et de les récupérer, prévoir un personnel pour relancer
les « oublieux » a suscité des débours importants. Le manque de persistance dans
l’action qui avait commencé a aussi une responsabilité dans le manque de résultats
obtenus. Pourtant les résultats attendus n’ont pas été atteint et le nombre de
fonctionnaires à avoir rempli cette obligation légale n’est même pas un dixième du
groupe concerné.
(2) Renforcer la formation des magistrats, des personnels des tribunaux et des policiers
chargés de l’exécution des décisions de justice (SI/A26).- Le constat du manque
d’exécution des décisions de justice par le personnel chargé de cette opération après les

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jugements a porté les responsables des deux instances chargées de la justices, savoir le
CSPJ et le MJSP à organiser des formations à travers la République, au bénéficie du
personnel de la justice. Mais au bout du compte, les magistrats ont été les seuls à
bénéficier des formations. Les greffiers, huissiers et policiers qui ont chacun un rôle
dans le processus de l’exécution des jugements n’ont pas été touchés par ces formations.
Aussi, les montants prévus pour rencontrer ces fonctionnaires qui sont à travers le pays,
et préparer ces séances en tenant compte de la formation de base différente des
bénéficiaires, ce qui a compliqué les calculs prévisionnels, n’ont pas apporté les
changements attendus.

IV. Conclusion

En conclusion de tout ce qui précède, des rapports et documents consultés, des


responsables de différentes institutions étatiques et de la société civile rencontrées ou
interviewées et de l’état des lieux partagé dans les pages précédentes, il semble évident que
les politiques publiques des responsables haïtiens ne remplissent pas leur mission de
coordonner les actions de l’Etat avec comme finalité le mieux-être de sa population. Tous les
objectifs analysés et commentés dans les axes stratégiques de lutte contre la corruption et
l’impunité, qui visent essentiellement la moralisation de la vie publique et la dépolitisation de
la justice, à travers le renforcement des moyens de lutte contre la corruption et le
renforcement des capacités de lutte contre l’impunité, sont concernés par les propositions de
correction qui suivent. Les structures prévues dans les différents plans stratégiques élaborés
ou exécutés en fonction de la mission assignée, par chacune des structures qui œuvre dans la
lutte contre la corruption, ne donnent pas les résultats escomptés et pour cause, des éléments
essentiels au succès des mesures envisagées ne sont pas appliqués. Sans interférer dans des
secteurs non analysés dans ce document, il semble essentiel que si les éléments qui suivent
étaient envisagés et appliqués à toutes les structures, qu’elles soient internes au CSPJ, au
MJSP ou au MEF ou aux organismes autonomes, tout au long des processus d’élaboration et
d’exécution des politiques publiques envisagées, les résultats seraient différents :

1o) Transparence dans la définition des missions et des décisions

Si les objectifs, les mesures d’applications et les actions entamées par les différentes
structures de l’Etat étaient mieux partagés avec la population, le suivi en serait plus facile et
l’intérêt pour les résultats généralisé. Le fait par ces plans et objectifs d’être connus
principalement par les seuls initiés, à l’intérieur de chaque structure, fait que la population ne
s’implique pas plus et n’exige pas plus de résultats. Il ne suffit pas d’une séance publique
d’inauguration d’une structure ou d’un lancement de programme pour que la population s’en
approprie et ce manque d’intérêt collectif explique largement le manque d’efforts pour
obtenir les résultats attendus. L’intérêt des dernières années pour le budget national s’est
construit sur les débats publics réalisés pendant son élaboration et son vote par le parlement.
Si la population était informée de la révocation d’un juge à cause du nombre de jugements
rendus par ce juge, annulés parce que non conformes, il est évident que ce magistrat pourrait
difficilement soutenir que cette décision découlait uniquement politique.

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2o) Reddition de compte

Ce manque d’information de la population sur les actions des structures existantes


conforte les responsables et personnes œuvrant dans ces espaces, parce qu’ils ne seront pas
questionnés sur les résultats qu’ils n’ont pas fournis. Tout comme, les responsables
d’institutions de structures luttant contre la corruption, s’ils étaient tenus de publier le résultat
de leurs actions, ils veilleraient à ce que les services dépendant de leur autorité soient plus
performants. Si le public était informé du nombre de plaintes déposées au CSPJ et du
traitement de ces plaintes, c’est évident que les juges veilleraient à ce que les justiciables
soient satisfaits de leurs performances. Si l’identité des fonctionnaires qui n’ont pas rempli
cette obligation de déclaration de patrimoine était rendue publique et qu’ils étaient
sanctionnés pour ne pas l’avoir fait, tous les autres veilleraient à ne pas subir le même sort.
Si les résultats des actions des ministres et directeurs généraux étaient notés et qu’ils étaient
obligés de se justifier, le manque de résultats de leur passage dans ces structures ne serait plus
aussi naturel et banal.

3o) Cohésion/cohérence dans les planifications des différentes institutions

Une meilleure cohésion dans les actions des différentes structures donnerait des
résultats plus concrets. Cohésion non seulement au sein des institutions œuvrant dans le
secteur de la gouvernance de la justice Que la construction et les réparations des
infrastructures judiciaires, bien que dépendants des autorités judiciaires, soient confiées à la
structure étatique chargée de la construction des bâtiments logeant les services publics, en
l’occurrence du ministère des travaux publics, cela faciliterait les planifications pour
l’exécution des travaux nécessaires aux différents tribunaux. Les ressources de l’Etat seraient
utilisées dans un même programme coordonné au sein de toutes ses structures. Ne pas
cloisonner les actions de l’Etat mais coordonner leurs objectifs et les actions prévues réduirait
les risques de double emploi, faciliterait la cohésion entre les fonctionnaires puisque leurs
résultats respectifs influeraient sur le travail collectif. La population serait alors attentive aux
actions qui produiraient des résultats directs au lieu d’être envisagées comme des
planifications à rester au niveau des documents de politique.

En dernier lieu, je ne saurais terminer cette analyse-critique du secteur de la


gouvernance, au niveau de la corruption et de l’impunité, sans mentionner que la majorité des
responsables des institutions rencontrées ou interviewés sont des hommes et que dans la
fonction publique, particulièrement au niveau des cadres supérieurs les femmes sont
quasiment absentes, en dépit de l’obligation constitutionnelle du quota de 30% prescrite par
l’article 17.1 de la Constitution amendée depuis 10 ans maintenant. Les prendre en compte
dans les stratégies de lutte contre la corruption et l’impunité donnerait certainement des
résultats différents.

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VI. LES RECOMMANDATIONS PRIORISÉES ET AUTRES
RECOMMANDATIONS FORMULÉES PAR LES ACTEURS RENCONTRÉS
DANS LES FOCUS GROUP

Parmi les recommandations formulées par les experts, les acteurs rencontrés dans les focus
group en ont choisi les trois jugées les plus pertinentes pour chaque secteur. Dans cette
section, nous présentons dans le tableau suivant ces recommandations priorisées ainsi que
d’autres formulées par les acteurs.

Secteurs Recommandations priorisées Autres recommandations pour améliorer la


politique publique
1) Assurer l’implication des 1) Augmenter la présence policière sur les axes
responsables institutionnels dans la routiers ;
réflexion sur la planification des 2) Inscrire dans l’agenda de la nouvelle
objectifs du secteur afin de renforcer législature des mesures de reformes concrètes
leur appropriation de ladite Politique de la police ;
publique ; 3) Augmenter le budget de la Police Nationale ;
Sécurité et 2) Inscrire ces politiques publiques dans 4) Créer un réseau de caméras de vidéo-
état de un « Budget-programme », plutôt que protection avec l’organisation d’une
droit dans le cadre traditionnel des « surveillance 24h/24 en lien avec des équipes
Budgets-moyens » afin de mieux opérationnelles ;
sécuriser leur financement ; 5) Capter des numéros minéralogiques entrant
3) Affecter systématiquement un sur notre territoire de façon à détecter les
responsable principal à chaque action véhicules volés.
ou activité pour éviter les cas de 6) Renforcer le contrôle frontalier-Renforcer
lacune de responsabilité lors de la l’effectif de la PNH ;
phase d’exécution de la Politique 7) Enlever la PNH sous la tutelle du Ministère
de la Justice ;
8) Mettre en place un programme d’éducation à
la paix qui prend en compte les dimensions
socio-économiques du problème d’insécurité
et de l’Etat de droit en Haïti;
9) Développer une coopération internationale
efficace en matière sécuritaire afin de
renforcer les institutions qui sont dédiées au
maintien de la paix et de la sécurité en Haïti;
10) Prendre des mesures pour stimuler la
ccollaboration entre la population et la police.

1) Assurer au tant que faire se peut, un 1) Valoriser les sources d’énergie renouvelables
certain niveau d’indépendance vis-à- & Changement du système (gaz, mazoute) en
vis du gouvernement et du pouvoir solaire, hydraulique et éolienne ;
politique afin de permettre au secteur
de poursuivre efficacement les 2) Trouver un accord entre l’État et le secteur
objectifs de long terme, tels, un privé tout en assurant une cohérence entre les
secteur de l’énergie sain, une institutions intervenant dans le secteur de

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Énergie évolution constante, des résultats l’énergie ;
durables et des services énergétiques
de qualité accordés à toute la 3) Reformer et renforcer les institutions qui
population du pays ; dirige le secteur de l’énergie en Haïti ;

2) Mettre en place des institutions 4) Eduquer le peuple à gérer les ressources qu’ils
publiques adéquats (Direction de possèdent déjà ;
l’énergie, Agence d’électrification
rurale, ct) et de programme de 5) Décentraliser le stockage et la distribution des
formation des ressources humaines produits pétroliers, en construisant d’autres
appropriées pour assurer un progrès terminales dans des régions stratégiques du
réel dans l’accès à l’électricité dans le pays.
pays ; Promouvoir la formation d’une masse critique
de techniciens et de cadres dans ce secteur.
3) Garantie un financement adéquat et
proportionné aux objectifs fixés.

1) Promouvoir la masse critique de juges 1) Élaborer un programme de sensibilisation des


sur la thématique de la corruption ; élèves, des étudiants et de la population à la
2) Renforcer la gouvernance interne du problématique de la corruption ;
système judiciaire, ainsi que le 2) Rendre effective l’indépendance du pouvoir
La lutte management des principales judiciaire soit par l’élection directe ou
contre la juridictions ; indirecte
corruption 3) Institutionnaliser et rendre effective la 3) Remplacer le commissaire du gouvernement
déclaration de patrimoine pour tous les par un procureur de la justice.
fonctionnaires publics et autorités de 4) Exiger que les services publics soient payés
l’Etat à travers des mesures au près d'une banque afin de réduire le taux de
contraignantes. corruption ;
5) Améliorer la coopération internationale dans
la lutte contre la corruption ;
6) Réviser les codes obsolètes et copiées…,
7) Créer une instance indépendante pour juger
les hauts fonctionnaires corrompus ;
8) Nommer les juges jusqu’à l’âge de retraite ;
toutefois ceux qui seraient reconnus
coupables de forfaiture devraient être
destitués
9) Elaborer ou réviser de manière rationnelle, le
programme de formation continue à l’EMA
10) Numériser le système judiciaire;
Rendre effectif les normes internationales
ratifiées par le pays en matière de lutte contre
la corruption et l’impunité;

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