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Procédures collectives et économie informelle au Sénégal

L'économie sénégalaise comprend des acteurs avec et sans personnalité morale, soulevant des questions sur l'application des procédures collectives en cas de difficultés financières. Les groupements sans personnalité morale, tels que les sociétés de fait et les GIE non immatriculés, sont exclus des procédures collectives, ce qui impose la responsabilité directement à leurs membres. Cependant, les membres peuvent être soumis à des procédures individuelles, mais cela engendre des défis pratiques, notamment la confusion des patrimoines et l'absence de traitement collectif centralisé.

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Procédures collectives et économie informelle au Sénégal

L'économie sénégalaise comprend des acteurs avec et sans personnalité morale, soulevant des questions sur l'application des procédures collectives en cas de difficultés financières. Les groupements sans personnalité morale, tels que les sociétés de fait et les GIE non immatriculés, sont exclus des procédures collectives, ce qui impose la responsabilité directement à leurs membres. Cependant, les membres peuvent être soumis à des procédures individuelles, mais cela engendre des défis pratiques, notamment la confusion des patrimoines et l'absence de traitement collectif centralisé.

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Introduction

L'activité économique au Sénégal repose sur une diversité d'acteurs, dont


certains sont reconnus juridiquement comme des personnes morales
(sociétés commerciales, coopératives, associations déclarées, etc.),
tandis que d'autres fonctionnent sans personnalité morale, dans une forme
plus souple ou informelle. Parallèlement, comme dans tout système
économique, certaines de ces structures peuvent se retrouver en
difficulté financière, nécessitant l’intervention du droit des procédures
collectives. Ces entités, bien que souvent actives économiquement, ne
bénéficient pas de la reconnaissance juridique d’une personne morale.
Cette diversité de formes économiques non institutionnalisées soulève
d’importants questionnements juridiques, notamment en cas de difficultés
financières. En effet, lorsque ces entités rencontrent des problèmes de
trésorerie ou se retrouvent en cessation de paiement, il est légitime de
se demander si elles peuvent bénéficier ou être soumises aux mécanismes
de traitement collectif des dettes prévus par le droit OHADA.
Ainsi, le traitement des difficultés économiques dans l’espace OHADA ne
se limite pas strictement aux entités dotées de la personnalité
juridique, mais tend à s’adapter aux réalités économiques pour assurer
une certaine efficacité du droit d’où la nécessité de notre sujet
personnes dépourvues de personnalité morale et procédures collectives. On
entend par une personne dépourvue de personnalité morale ,une entité ou
un groupement qui n’a pas accompli les formalités nécessaires à
l’obtention de la personnalité juridique, et qui n’est donc pas reconnu
comme sujet de droit autonome.
Les procédures collectives quand à elles au sens large, constituent
l’ensemble des procédures judiciaires destinées à traiter les difficultés
des entreprises, qu’elles soient en cessation des paiements ou pas. Au
sens restreint, il s’agit des voies mises en place pour le traitement des
entreprises en état de cessation des paiements.
Cette situation soulève des interrogations majeures à savoir : les
personnes dépourvues de personnalité morale peuvent-elles faire l’objet
de procédures collectives?
Pour répondre à cette problématique, il convient d’analyser d’abord
l’exclusion des groupements sans personnalité morale des procédures
collectives (I), avant de s’intéresser à l’application des procédures
collectives aux membres des groupements sans personnalité morale (II).

I – L’exclusion des groupements sans personnalité morale des procédures


collectives

A – Le fondement juridique de l’exclusion


Selon l’article 1er de l’AUCP, les procédures collectives s’appliquent à
toute personne physique exerçant une activité commerciale, artisanale ou
professionnelle indépendante, ainsi qu’à toute personne morale de droit
privé. Cette disposition a pour but de garantir que seules les entités
dotées d’une existence juridique autonome peuvent être soumises à une
procédure d’apurement du passif, telle que le règlement préventif, le
redressement judiciaire ou la liquidation des biens.
Les groupements sans personnalité morale, quant à eux, n’ont pas
d’existence juridique propre:

* Ils ne peuvent pas contracter en leur nom propre ;


* Ils ne possèdent pas de patrimoine autonome ;
* Ils ne sont pas dotés de la capacité juridique leur permettant de
comparaître en justice ou de répondre de dettes.
Autrement dit, les obligations contractées dans le cadre du groupement
sont réputées contractées directement par les membres, ce qui rend
impossible l’ouverture d’une procédure collective à l’égard du groupement
en tant que tel.

B – Les groupements concernés par cette exclusion

Sont principalement visés par cette exclusion :


1. Les sociétés de fait, qui résultent d’une collaboration entre
plusieurs personnes agissant comme des associés, sans avoir formalisé de
contrat de société ou sans immatriculation ;
2. Les sociétés en participation prévues à l’article 854 de l’AUSCGIE,
qui existent en dehors de toute publicité et dont l’existence est
inconnue des tiers ;

3. Les GIE (Groupements d’Intérêt Économique)non immatriculés, qui, bien


que reconnus par l’AUSCGIE, ne peuvent acquérir la personnalité morale
que s’ils sont régulièrement immatriculés au registre du commerce et du
crédit mobilier.
Ces groupements, du fait de l’absence d’immatriculation ou de
formalisation, ne peuvent pas être titulaires de droits et d’obligations
en leur propre nom ,ce qui les rend inéligibles aux procédures prévues
par l’AUCP. Cela a pour conséquence de faire reposer toute la
responsabilité sur leurs membres, notamment en cas de cessation de
paiement.

II – L’application des procédures collectives aux membres des groupements


sans personnalité morale

A – Les membres visés par les procédures collectives

L’exclusion des groupements sans personnalité morale n’implique pas que


leurs membres soient à l’abri de toute procédure collective. Au
contraire, les obligations nées dans le cadre de ces groupements
s’imputent directement sur les membres, ce qui ouvre la voie à des
actions individuelles ou collectives à leur encontre.
Ainsi, selon leur statut :
Si les membres sont des personnes physiques commerçantes ,ils peuvent
être soumis individuellement aux procédures prévues par l’AUCP (règlement
préventif, redressement, liquidation).Si les membres sont non-commerçants
mais ont agi de manière assimilable à une activité professionnelle ou
commerciale, ils peuvent être considérés comme ayant exercé une activité
économique, et donc, dans certains cas, être visés par une procé[Link]
outre, le créancier d’un groupement sans personnalité morale peut
poursuivre solidairement chacun des membres surtout si le groupement
était exploité en commun et de manière indivisible.

Cette individualisation de la responsabilité, bien que logique au regard


du droit, expose les membres à un risque juridique et patrimonial
important.

B – Une application juridiquement et pratiquement difficile

Toutefois, la mise en œuvre des procédures collectives à l’encontre des


membres de groupements sans personnalité morale pose plusieurs problèmes
:
1. La confusion des patrimoines: En l’absence de personnalité morale, il
n’y a pas de séparation entre le patrimoine du groupement et celui de ses
membres. Il devient alors difficile d’identifier les actifs concernés par
la procédure, ou même d’évaluer l’endettement réel.

2. La difficulté de reconstitution des relations contractuelles: Dans des


structures informelles, il est souvent ardu de prouver l’identité des
membres du groupement, leur rôle exact, ou encore leur responsabilité
respective vis-à-vis des dettes.

3. L’absence de traitement collectif centralisé: Chaque membre étant visé


individuellement, il peut en résulter une multiplication des procédures
indépendantes, sans coordination, ce qui complexifie la tâche des
créanciers et **réduit les chances de redressement global.

4. Une incitation à l’informalité: Certains acteurs économiques préfèrent


volontairement rester dans des structures sans personnalité morale afin
d’échapper aux obligations comptables, fiscales ou juridiques, y compris
aux procédures collectives.
Ces difficultés illustrent les limites pratiques de l’application du
droit des procédures collectives dans l’économie informelle largement
répandue en Afrique

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