inadmissibilité de certaines méthodes
Dans un paradigme épistémologique positiviste, la spécification du plan de recherche est moins ouverte
que dans un paradigme épistémologique constructiviste. Les méthodes de recherche ne sont pas toutes
mobilisables : les méthodes dites transformatives, c'est-à-dire principalement les différentes formes de
recherche-action et de recherche-intervention, sont par nature incompatibles avec la neutralité du
chercheur qu'appelle un positionnement positiviste. Outre l'expérimentation, seules des méthodes
contemplatives, telles que l'étude de cas ou l'enquête par voie de questionnaires (éventuellement
combinées), sont a priori acceptables, sachant que, même dans les méthodes dites contemplatives,
l'objectivité qu'appelle un positionnement positiviste est considérée par nombre de chercheurs comme
inatteignable (Grawitz 2001 )74. En effet, il est désormais assez généralement accepté que deux
observateurs ne voient pas forcément les mêmes choses face à une même situation. Le chercheur peut
donc, au mieux, essayer de tendre vers l'objectivité et la neutralité en prenant un certain nombre de
précautions lors de la conception de ses instruments de mesure et lors de la collecte des données, de
manière à éviter le plus possible d'introduire des biais (voir chapitre 3).
Afin de pouvoir justifier la validité interne d'une recherche déductive, inscrite dans un paradigme épistémologique
positiviste, visant à tester des hypothèses (démarche
34 Méthodologie de la recherche
hypothético-déductive), le plan de recherche doit être figé avant le démarrage de la collecte
d'informations. Toutefois, il est envisageable, même dans un paradigme épistémologique
positiviste/post-positiviste, de conduire une recherche abductive et d'enchaîner plusieurs étapes de
collecte avec des retours à la théorie entre les différentes phases, et le recours, si besoin, à des méthodes
différentes.
5.2. Dans un paradigme épistémologique constructiviste radical :
admissibilité de toutes les méthodes, à condition de...
Contrairement à une idée reçue, les paradigmes épistémologiques constructivistes autorisent la
légitimation de connaissances élaborées par interprétation et traitement d'informations recueillies par le
biais de n'importe quelle méthode de recherche, technique de modélisation, technique de collecte et de
traitement d'information, et en mobilisant toute connaissance déjà établie - c'est-à-dire toute
connaissance dont le chercheur sait de quelle manière elle a été légitimée -, ceci à condition que soient
respectées des conditions de transparence, éthique, et rigueur du travail épistémique et empirique.
L'exigence de transparence appelle la fourniture par le chercheur d'un rapport détaillé rendant compte
du travail épistémique et empirique effectué. Ce rapport doit expliciter la manière dont le chercheur
légitime ses multiples décisions d'ordre méthodologique, ainsi que les inférences qu'il a effectuées sur
la base des connaissances préalables et du matériau empirique mobilisés. Par ailleurs, étant donné les
hypothèses de base du paradigme épistémologique constructiviste dans lequel il inscrit son projet de
recherche, quelles que soient les techniques de collecte et de traitement des informations qu'il a utilisées,
il est tenu d'assumer le caractère interprétatif des traitements effectués et, comme indiqué à la section
4.2, de considérer que les connaissances qu'il a élaborées ont le statut d'hypothèses plausibles,
légitimées de la manière décrite dans le rapport détaillé fourni (voir encadré 1.8).
Les modalités et les résultats de recherches menées dans un paradigme épistémologique constructiviste peuvent être de
natures très différentes selon la ou les méthodes de recherche mobilisées : enquête par voie de questionnaires (chapitre
3), étude de cas (chapitre 4),