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Évolution des Droits du Patient au Maroc

Cet article analyse l'évolution des droits des patients dans le domaine de la santé, soulignant leur importance croissante en tant qu'acteurs centraux, avec des droits ancrés dans les principes des droits de l'homme. Il met en avant la nécessité d'une collaboration respectueuse entre patients et professionnels de santé, ainsi que les responsabilités qui en découlent. L'étude vise à stimuler un dialogue au sein de la communauté médicale pour améliorer les pratiques de soins centrés sur le patient.

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Évolution des Droits du Patient au Maroc

Cet article analyse l'évolution des droits des patients dans le domaine de la santé, soulignant leur importance croissante en tant qu'acteurs centraux, avec des droits ancrés dans les principes des droits de l'homme. Il met en avant la nécessité d'une collaboration respectueuse entre patients et professionnels de santé, ainsi que les responsabilités qui en découlent. L'étude vise à stimuler un dialogue au sein de la communauté médicale pour améliorer les pratiques de soins centrés sur le patient.

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COIN LECTURE

Journal Marocain des Sciences Médicales, Volume 23 ; N°3

LES DROITS DU MALADE

THE PATIENT'S RIGHTS

Fatima Ajmani*1, Ahmed Belhouss1,2, Mohamed Amine Daerqaoui1,2, Hind Abouzahir1,2, Hicham Benyaich1,2
1 Institut de Médecine Légale, Centre Hospitalier Universitaire Ibn Rochd, Casablanca, Maroc
2 Université Hassan II, Faculté de Médecine et de Pharmacie, Casablanca, Maroc

RESUME

Dans le domaine des soins de santé, les relations entre patients et professionnels sont définies par des lois visant à
consacrer et à protéger les droits fondamentaux des patients. Actuellement, le patient émerge comme un acteur
central, investi de droits solidement enracinés dans les principes universels des droits de l'homme, ainsi que dans
des normes spécifiques à la médecine.
Cet article s'engage dans une analyse approfondie de l'évolution des droits du patient, mettant en lumière une
transition significative vers une approche plus collaborative et respectueuse au sein du domaine médical. La
reconnaissance de ces droits, ancrée dans les fondements universels des droits de l'homme et soutenus par des
dispositifs législatifs nationaux, représente une avancée cruciale vers des soins de santé orientés vers la dignité et
l'autonomie des patients.
Les droits des patients engendrent naturellement des responsabilités. Afin d'optimiser l'efficacité du traitement, il
devient impératif que le patient s'engage activement. Il incombe donc au patient d'informer de manière précise le
professionnel de la santé, tant sur sa maladie que sur les traitements qu'il aura acceptés. De plus, la création d'une
relation empreinte de courtoisie et de respect s'avère être un élément essentiel dans l'instauration d'un cadre
thérapeutique de qualité.
Enfin, cette étude vise à éclairer la compréhension des droits du patient et à souligner leur rôle crucial dans la
dynamique des soins de santé contemporains. En offrant une perspective complète sur l'évolution, les implications
et la nécessité d'harmoniser ces droits, cet article ambitionne de susciter un dialogue stimulant au sein de la
communauté médicale, contribuant ainsi à l'amélioration continue des pratiques de soins centrés sur le patient

Mots clés : Droits du Patient, Dignité ; Autonomie ; Soins de santé ; Éthique Médicale

ABSTRACT

In the field of healthcare, the relationships between patients and professionals are defined by laws aimed at
consecrating and protecting the fundamental rights of patients. Currently, the patient is emerging as a central actor,
endowed with rights firmly rooted in universal principles of human rights, as well as in standards specific to
medicine.
This article undertakes an in-depth analysis of the evolution of patient rights, highlighting a significant transition
towards a more collaborative and respectful approach within the medical field. The recognition of these rights,
grounded in universal foundations of human rights and supported by national legislative frameworks, represents a
crucial advancement towards healthcare oriented towards the dignity and autonomy of patients.
Patient rights naturally entail responsibilities. To optimize treatment efficiency, it becomes imperative for the
patient to actively engage. It is therefore the responsibility of the patient to accurately inform the healthcare
professional, both about their illness and the treatments they have accepted. Furthermore, the creation of a
relationship characterized by courtesy and respect proves to be an essential element in establishing a therapeutic
framework of quality.
Finally, this study aims to shed light on the understanding of patient rights and underscore their crucial role in the
dynamics of contemporary healthcare. By offering a comprehensive perspective on the evolution, implications,
and the necessity of harmonizing these rights, this article aspires to stimulate a meaningful dialogue within the
medical community, thereby contributing to the continuous improvement of patient-centered care practices.

Keywords: Patient Rights, Dignity, Autonomy, Healthcare, Medical Ethics

INTRODUCTION maladie et dépendant du savoir médical, était perçu


comme un bénéficiaire passif, largement dépendant
Au fil des décennies, le paysage médical a connu de du savoir et de l'autorité médicale. Cependant, cette
profondes transformations, non seulement dans les dynamique a radicalement changé. Aujourd'hui,
avancées technologiques et thérapeutiques, mais dans le contexte contemporain des soins de santé, le
aussi dans la perception et le rôle du patient. patient est reconnu comme un acteur central, doté de
Historiquement, le patient, souvent fragilisé par la droits qui trouvent leurs racines à la fois dans les

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Journal Marocain des Sciences Médicales, Volume 23 ; N°3

principes universels des droits de l'homme et dans à l'intégrité physique et morale, et à la protection de
des normes spécifiques à la médecine. la famille, entre autres [7].
L'étude des droits des patients ne se pose pas comme La loi cadre n° 06-22 relative au système de santé au
une remise en question des professionnels de santé, Maroc cherche à améliorer l'accessibilité et la qualité
mais plutôt comme un appel à une collaboration des soins médicaux. Elle établit des règles pour
équilibrée, axée sur le respect mutuel et la réguler les pratiques médicales, moderniser les
préservation de la dignité humaine. infrastructures de santé, garantir un accès équitable
Dans le présent article, nous entreprendrons une aux services de santé pour tous et renforcer la gestion
exploration approfondie de ces droits, soulignant des ressources du système de santé afin de répondre
leur évolution, leurs implications, et la nécessité aux besoins de la population [8]. D'autres textes,
d'une harmonisation pour assurer une pratique comme la loi 65-00 relative à la couverture médicale
médicale qui respecte la dignité et l'autonomie du de base [9]. La loi 09-08 relative à la protection des
patient. données personnelles [10]. La loi 131-13 relative à
l’exercice de la médecine ou encore le Code de
DROITS DE L’HOMME ET DROITS A LA déontologie de la profession médicale de 2022,
SANTE garantissent également le respect des droits des
patients [11, 12].
Le droit à la santé, intrinsèquement lié à la dignité Le règlement intérieur des hôpitaux de 2010 détaille
humaine, est ancré depuis longtemps dans le également les droits des patients, allant de
patrimoine moral global. Sa genèse remonte à la l'information médicale à la scolarisation des mineurs
Déclaration des droits de l'homme de 1789, qui a hospitalisés. Il définit les procédures et garantit que
établi le fondement d'une culture respectant la les patients, en particulier les mineurs, reçoivent les
liberté, la dignité et la vie humaine [1]. De plus, des soins nécessaires tout en protégeant leurs droits
textes majeurs tels que la Constitution de l'OMS de fondamentaux [13].
CO et la Déclaration universelle des droits de Le droit à la santé, qu'il soit inscrit dans le contexte
l'homme de 1948 ont renforcé cette notion en international ou national, est essentiel pour garantir
consacrant le droit à un niveau de vie adéquat et à la dignité et la qualité de vie de tous. Bien que le
l'accès aux soins médicaux [2,3]. droit à la santé soit largement reconnu sur le papier,
la mise en œuvre effective reste un défi, nécessitant
Droit international une volonté politique, des ressources suffisantes et
une collaboration continue entre toutes les parties
Les fondements du droit à la santé sont multiples. La prenantes.
déclaration de l'OMS de 1946 énonce que la santé est
un "état complet de bien-être physique, mental et DROITS FONDAMENTAUX DU PATIENT
social" et insiste sur le fait que la santé est l'un des
droits les plus fondamentaux de tout être humain, Au cœur de la médecine, les droits du patient
indépendamment de sa race, de sa religion ou de sa garantissent sa dignité, intégrité et autonomie. Ces
situation socio-économique [2]. De plus, l'article 25- principes universels servent de fondement à une
1 de la Déclaration universelle des droits de l'homme prise en charge respectueuse et humaine. Ils guident
de 1948 réaffirme que chaque individu possède un notre exploration de l'accès aux soins et du respect
droit inaliénable à un niveau de vie adéquat des droits du patient en tant qu'individu.
garantissant sa santé et son bien-être [3]. D'autres
instruments, tels que l'article 12 du pacte Le droit aux soins
international relatif aux droits économiques, sociaux
et culturels de 1966 [4]. La convention européenne L'accès aux soins pour tous, indépendamment de la
sur les droits des patients et des libertés capacité financière, est un droit fondamental inscrit
fondamentales de 1950 [5]. La charte sociale en dans le système de protection sociale établi en 1945.
Europe de 1961, ou encore les lois de la bioéthique, Le Code de déontologie médicale en Maroc, à
soulignent l'importance de ce droit [6]. travers ses articles 5 et 47, précise que les médecins
doivent traiter tous les patients avec équité et
Au Maroc garantir la continuité des soins [14]. Par ailleurs, la
loi du 4 mars 2002, en son article L1110-3 du code
Le Maroc, ayant ratifié plusieurs traités de la santé publique en France, affirme explicitement
internationaux sur les droits de l'homme, dispose qu'aucune discrimination ne doit exister dans l'accès
d'une série de textes législatifs qui définissent et à la prévention ou aux soins [15].
renforcent le droit à la santé. La constitution de 2011,
par exemple, reconnaît explicitement le droit à
l'accès aux soins de santé, et plusieurs de ses articles
soulignent le droit fondamental à la vie, à la sécurité,

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COIN LECTURE
Journal Marocain des Sciences Médicales, Volume 23 ; N°3

Droit à la protection de la santé - Par ailleurs, l'État s'engage à fournir du sang et


ses dérivés par tous les moyens disponibles, tout
Toute personne a droit à des soins visant à maintenir en veillant à garantir leur sécurité et leur qualité"
ou restaurer sa santé, bien que les soins ne [8].
garantissent pas systématiquement un retour à la L’article 8 de la même loi souligne que : « L'État
pleine santé. prend les mesures nécessaires pour prévenir les
Chaque patient doit bénéficier des traitements les dangers menaçant la santé… De plus, chaque fois
plus pertinents, offrant efficacité et sécurité, sans que la vie et la sécurité des personnes sont menacées
exposer à des risques disproportionnés par rapport par la propagation de maladies infectieuses ou
aux bénéfices attendus. L’article 2 de la loi 06-22 épidémiques, des mesures d'urgence sont prises pour
relative au système de santé national mentionne que les protéger et limiter leur propagation, afin d'éviter
: « L'activité de l'État dans le domaine de la santé les dangers qui pourraient en découler » [8].
vise à assurer la sécurité sanitaire, à préserver la
santé de la population, à les protéger contre les Droit à l’accès aux soins
maladies, les épidémies et les dangers menaçant leur
vie, ainsi qu'à garantir leur vie dans un - Équité et universalité d'accès : Tout individu a
environnement sain » [8]. le droit d'accéder aux soins, indépendamment de
son origine, sexe, âge, croyances ou situation
Droit à la sécurité des soins familiale et quelques soient leurs opinions
politiques, syndicales, religieuses ou
Chaque patient devrait pouvoir quitter l'hôpital avec philosophiques.
une santé aussi préservée, voire améliorée, que lors - Accessibilité temporelle : les soins doivent être
de son admission initiale. disponibles à tout moment, avec une
La sécurité se manifeste à la fois pendant et en organisation adaptée à la permanence des soins.
dehors des soins. La Loi 06-22 insiste sur le respect - Accessibilité géographique : l'accès aux soins
des droits humains, des normes de sécurité pour les doit être garanti quel que soit le lieu de la
patients, des installations et des équipements, de maladie ou de l’accident. Cette garantie s'appuie
l'éthique et de la déontologie, des standards de sur des systèmes de garde médicale et une
qualité, des principes d'hygiène, et des règles de organisation hospitalière.
bonne pratique clinique au sein des établissements - Accès indépendant des moyens financiers :
de santé. Indépendamment de sa situation financière ou
La loi cadre n° 06-22 relative au système de santé sociale, chaque individu a le droit d'accéder aux
national dans son article 6 mentionne que : « L'État soins nécessaires. L'état doit assurer sa mission
prend les mesures nécessaires pour concrétiser ses de solidarité pour permettre un accès aux soins
engagements dans le domaine de la santé, des plus démunis.
notamment en ce qui concerne l'information de la - La prise en charge médicale doit être
population sur les risques sanitaires, ainsi que sur individualisée, répondant aux besoins physiques
les comportements et les précautions à prendre pour et émotionnels du patient. Le rôle du
s'en prémunir… » [8]. professionnel de santé va au-delà d’un
Dans son article 7, cette loi précise que : « L'État intervenant technique, il est aussi un partenaire
veille à élaborer une politique pharmaceutique de soins, abordant le patient dans sa globalité. Il
visant à garantir l'abondance, l'amélioration de la est crucial que les patients puissent être épaulés
qualité et la réduction du coût des médicaments. Il par leurs proches durant leur traitement, une
assure également la fourniture des produits et des démarche qui valorise la qualité des soins tout
équipements médicaux nécessaires à la préservation en humanisant l'expérience médicale.
de la santé et à la garantie de la sécurité des L’article 31 de la constitution marocaine de 2011,
personnes. À cet effet, l'État œuvre notamment à : précise que : « l’Etat, les établissements …œuvrent à
- Renforcer le développement de l'industrie la mobilisation de tous les moyens disponibles pour
pharmaceutique locale et encourager le faciliter l’égal accès des citoyennes et des citoyens
développement des médicaments génériques ; aux conditions leur permettant de jouir du droit : aux
- Établir des règles de sécurité et de qualité dans soins de santé, … ». [7]
la fabrication, l'importation, l'exportation, la L’article 154 de la constitution de 2011 confirme que
distribution et la dispensation des médicaments « les services publics sont organisés sur la base de
; l’égal accès des citoyennes et citoyens, de la
- Définir les conditions de sécurité des produits couverture équitable du territoire national et de la
pharmaceutiques non médicamenteux et des continuité des prestations, Ils sont soumis aux
équipements médicaux ; normes de qualité, de transparence, de reddition des
- Encourager et promouvoir la recherche comptes et de responsabilité, et sont régis par les
scientifique dans le domaine pharmaceutique, principes et valeurs démocratiques consacrés par la
médical et de la santé. Constitution » [7].

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La loi 06-22 du système de santé national, mentionne par le seul fait que ces risques ne se réalisent
que « Le système de santé national repose sur les qu'exceptionnellement [17].
principes, telle que l'égalité d'accès aux soins et à Modalités d'information : la communication orale
l'utilisation des services de santé » [8]. est privilège car elle favorise un dialogue interactif
La loi 65-00 relative à la couverture médicale de et adapté avec chaque patient. Ce dialogue se déroule
base, affirme dans son préambule que « …l'une des dans un cadre relationnel basé sur l'écoute et la prise
priorités de l'Etat en matière de santé est d'assurer en compte des attentes, tout en offrant la possibilité
à toute la population l'égalité et l'équité dans l'accès de transmettre les informations de manière progres-
aux soins » [9]. sive pour garantir leur bonne assimilation par le pa-
tient. Toutefois, l'information écrite peut avantageu-
Droits du patient en tant que personne sement compléter cette communication orale, elle
doit être structurée, basée sur des données vérifiées,
Droit à l'information et présentée de manière concise et claire. Enfin, les
supports vidéo ou multimédias peuvent enrichir cette
Le respect et la dignité du patient sont les piliers sur démarche d'information, alliant ainsi les avantages
lesquels se construit le droit à l'information en des communications orale et écrite.
médecine. Loin de la vision traditionnellement Il est à noter qu'un formalisme spécifique est requis
paternaliste, la relation médicale évolue aujourd'hui en matière de don d'organes, tel que mentionne par
vers un partenariat actif, où le patient est un acteur l'article 10 de la loi 16-98 : Le donneur doit exprimer
informé et impliqué dans son parcours de soins. son consentement au prélèvement devant le prési-
dent du Tribunal de Première Instance. Le magistrat
Fondements du droit à l'information : est assisté de deux médecins désignés par le ministre
de la santé sur proposition du président du conseil
- Fondement juridique : Au Maroc, le fondement national de l'Ordre national des médecins. Ces mé-
juridique est basée sur la loi 131-13 relative à decins sont chargés d'expliquer au donneur la portée
l'exercice de la médecine (article2) et la loi 06- de son don et au magistrat l'intérêt thérapeutique du
22 relative au système de santé (article 6). prélèvement [18].
- Fondement déontologique : le Code de La loi n° 03-94 relative au don, au prélèvement et à
déontologie marocain précise que sauf en cas l'utilisation du sang humain qui mentionne dans son
d'urgence ou d'impossibilité d'informer le premier Article que « …le donneur qui doit exprimer
patient, le médecin est tenu de fournir une son consentement au don en toute liberté et cons-
information loyale et appropriée sur l'état de cience » [19].
santé du patient, exprimée de manière claire et Quant à la Loi n°16-98 relative au don, au prélève-
adaptée à sa capacité de compréhension (article ment et à la transplantation d’organes et tissus hu-
40). Le Code de déontologie français (article 35) mains, elle précise dans son Article 4 que « …Le pré-
souligne l'importance de fournir une lèvement d’organes ne peut être pratiqué sans le
information "loyale, claire et appropriée" au consentement préalable du donneur. Ce consente-
patient [14]. ment est toujours révocable par le donneur » [18].

Contenu de l'information : Le droit à l'information Droit au consentement éclairé


garantit à chaque patient une compréhension
complète de son état de santé et de son évolution Conformément au Code de déontologie marocain,
anticipée. Cette information englobe non seulement une fois qu'un diagnostic affirmatif est établi, surtout
une explication détaillée de sa maladie ou de son état s'il implique un risque vital, le praticien a la
et de l'évolution possible avec ou sans traitement, responsabilité de veiller à la mise en œuvre de sa
mais aussi une présentation claire des examens, décision médicale. Si le patient s'oppose à cette
investigations, soins, thérapeutiques et interventions décision, le médecin, tout en respectant l'autonomie
envisagées, ainsi que leurs alternatives possibles. Le du patient, a la latitude de réévaluer la poursuite de
patient doit également être informé des objectifs, ses soins. Particulièrement dans le cadre d'une
avantages, coûts et utilité des interventions, tout en procédure d'avortement thérapeutique, la décision
étant mis au courant de leurs conséquences médicale ne peut être exécutée sans le consentement
potentielles, inconvénients, complications, risques explicite de la patiente, préalablement informée des
associés, et des précautions spécifiques qu'il pourrait implications.
devoir prendre. Tel qu’établi par arrêts de la cour de L’article 42 du Code de déontologie marocain pré-
cassation du 7 octobre 1998 : " Hormis les cas cise que : « Le consentement de la personne exami-
d'urgence, d'impossibilité ou de refus du patient née ou soignée doit, en tout état de cause, être re-
d'être informé, un médecin est tenu de donner une cherché par le médecin lors de tout acte médical à
information loyale, claire et appropriée sur les caractère préventif, de diagnostic ou thérapeutique.
risques graves afférents aux investigations ou soins Le consentement peut être écrit ou tacite et peut être
proposés et il n'est pas dispensé de cette obligation

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retiré à tout moment par tout patient capable de dis- contre la volonté d'un patient ? Et est-ce éthiquement
cernement … » [12]. défendable ?
L’article 43 du même Code précise que « Si le L'équilibre entre respecter le choix du patient et
patient est hors d’état d’exprimer sa volonté, le garantir son bien-être peut être influencé par divers
médecin s’efforce de contacter ses proches et de les facteurs, notamment des principes religieux,
informer. En cas d’impossibilité ou d’urgence éthiques ou juridiques. De plus, les enjeux
extrême, le médecin prend toutes mesures d’ordre s'intensifient lorsqu'on aborde la question de
médical que requièrent les règles de la profession l'urgence. Dans une situation où la vie d'un patient
médicale. S’il s’agit d’un mineur ou d’un majeur est en jeu, un médecin pourrait être amené à se
incapable, le consentement des parents ou du demander jusqu'où il peut insister pour administrer
représentant légal doit être recherché. En cas un soin.
d’urgence extrême ou d’impossibilité, le médecin Il est important de souligner qu'en cas d'urgence
doit dispenser les soins nécessaires » [12]. vitale, il existe des critères stricts permettant aux
L’article 58 du Règlement intérieur des hôpitaux, soignants d'agir malgré le refus du patient : il doit y
précise que pour un patient mineur, le consentement avoir un danger imminent pour le patient, aucune
des détenteurs de l'autorité parentale est autre alternative thérapeutique acceptable, et
indispensable. Toutefois, si ces derniers refusent une l'intervention doit être strictement nécessaire à la
intervention essentielle à la santé du mineur, le survie du patient. Ces dispositions sont là pour
médecin, dans l'intérêt supérieur de l'enfant, peut garantir l'équilibre entre le respect de l'autonomie du
faire appel à une intervention judiciaire pour patient et son bien-être, tout en excluant
autoriser les soins. De plus, la volonté du mineur, s'il explicitement les traitements palliatifs de ce cadre.
est jugé capable de discernement, doit également
être prise en compte [13]. Droit au respect de la vie privée et de la
Il est primordial de souligner l'importance de confidentialité
l'autonomie du patient. Celui-ci, après avoir été
dûment informé, peut solliciter un temps de La confidentialité et le respect de l'intimité du patient
réflexion ou même demander l'avis d'un autre sont essentiels dans la prise en charge médicale.
professionnel de santé. Le processus de Chaque patient a le droit d'être assuré que son
consentement doit être transparent, intégrant une intimité est protégée et que les informations le
information complète, sincère et délivrée sans concernant restent secrètes. Cette obligation s'étend
coercition. Bien que généralement oral, le à la fois à la confidentialité visuelle, garantissant des
consentement peut parfois être consigné par écrit, soins à l'abri des regards, et à la confidentialité
notamment dans des contextes spécifiques. auditive, évitant la divulgation des échanges
Un patient, une fois correctement informé des médecin-patient.
risques et bénéfices, est en droit de refuser tout acte Sur le plan moral, le respect de cette confidentialité
médical ou traitement. Il est impératif pour le s'inscrit dans la préservation de la dignité et de la vie
professionnel de santé de s'assurer que cette décision privée du patient. Légalement, elle est encadrée par
est prise en toute lucidité, sans aucune pression l'article 446 du Code pénal. Déontologiquement,
externe et en tenant compte de la pleine capacité de l'article 11 du Code de déontologie médicale
jugement du patient. renforce cette obligation de confidentialité pour le
professionnel de santé [12, 20].
Droit au refus de soins L’article 446 du Code pénal précise : « les médecins,
chirurgiens, ou officiers de santé ainsi que les phar-
L’article 42 (2ème alinéa) du Code de déontologie maciens, les sage-femmes ou toute autre personne
marocain précise : « Le médecin, sauf cas d’urgence dépositaire, par état ou profession ou par fonctions
vitale, accepte le refus de consentement après avoir permanentes ou temporaires, des secrets qu’on leur
informé le patient des conséquences de ce refus. Tout confie, qui hors le cas où la loi les oblige ou les auto-
refus d’un acte médical impératif doit être acté et si- rise à se porter dénonciateurs, ont révélé ces secrets,
gné par le patient. Mention de ce refus est conservée sont punis de l’emprisonnement d’un mois à 6 mois
dans le dossier médical du patient » [12]. et d’une amende de 200 à 1000 dirhams »
La liberté de choix et l'autonomie individuelle sont L’article 11 du Code de déontologie médicale pré-
des piliers essentiels de la médecine moderne. Au cise que : « Le médecin est soumis au respect du se-
cœur de ce principe réside le droit du patient de cret professionnel aux fins de protéger l'intérêt des
refuser des soins, même si cela peut sembler contre- patients et ce, dans les conditions et sous les peines
intuitif pour le soignant. Cependant, naviguer dans prévues par la loi. Le secret professionnel imposé au
ce territoire éthique et juridique présente des médecin couvre toutes les informations qui peuvent
nuances. Comment un professionnel de santé doit-il être portées à sa connaissance dans l'exercice de sa
réagir face à un patient qui exprime clairement son profession, non seulement ce qui peut lui être confié,
souhait de ne pas être soigné ? Est-il légal d'agir et tout ce qu'il peut voir, apprendre, constater, dé-
couvrir ou surprendre à l'occasion de l'exercice de

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Journal Marocain des Sciences Médicales, Volume 23 ; N°3

sa profession. Le décès du patient ne met pas fin à Droits spécifiques selon les catégories de
l'obligation du respect du secret professionnel ». patients :

Droit d'accès au dossier médical Droits des patients en psychiatrie

L’article 2 de la loi 131-13 relative à l’exercice de la L'hospitalisation sans consentement s'appuie sur
médecine mentionne que « … Le droit du patient ou, trois critères essentiels : la présence de troubles
le cas échéant, de son tuteur ou représentant légal, mentaux, un danger pour la sécurité des individus ou
à l'information relative au diagnostic de sa maladie, une menace sérieuse pour l'ordre public, et une
sur les options des thérapeutiques possibles ainsi exigence de soins thérapeutiques. Pour les majeurs
que le traitement prescrit et ses effets éventuels pré- sous protection, leur capacité de discernement guide
visibles et les conséquences du refus de soins, sous le droit à l'information et le consentement du tuteur
réserve que les informations précitées soient enre- est systématiquement sollicité. Le secret médical
gistrées dans le dossier médical du patient dont une reste prédominant, avec certaines exceptions pour la
copie peut être obtenue par ce dernier, par son re- famille en cas de pronostic grave, pour les mineurs
présentant légal ou par ses ayants droit s'il décède ». et les personnes vulnérables. D'autres aspects
Le Code de déontologie marocain précise par son ar- abordent les libertés publiques, l'utilisation de la
ticle 48, l’obligation du médecin de créer et de main- contention, ou encore la mise en chambre
tenir à jour un dossier médical pour chaque patient d'isolement.
qu'il traite. Ce dossier contient les informations né-
cessaires pour les décisions diagnostiques et théra- Droits des détenus
peutiques, démontrant ainsi la prise en charge et le
suivi du patient. Ces dossiers médicaux sont sous la Les détenus bénéficient de droits fondamentaux
responsabilité du médecin qui les a établis, mais doi- renforcés. À leur admission, un contrôle de santé est
vent être protégés contre toute divulgation non auto- systématiquement effectué. Ils ont le droit aux soins
risée, conformément aux règles applicables dans les de santé courants et spécialisés, avec une attention
établissements de santé publics et privés. L’article particulière portée à l'hygiène.
49 du même Code précise que : « Le patient ou son L’article 46 du Code de déontologie marocain pré-
représentant ou tuteur légal a le droit de consulter, cise que : « Tout médecin amené à prendre en
soit en personne soit par l’intermédiaire d’un méde- charge une personne privée de liberté, doit en tout
cin, les éléments objectifs du dossier médical et d’en temps, veiller à prendre soin de sa santé physique et
obtenir copie intégrale ou partielle à ses frais. Les mentale. Il doit veiller à ce que les soins qui lui sont
ayants droit du patient ont le droit de consulter le dispensés soient de la même qualité que ceux dispo-
dossier médical, sauf si le défunt s’y est opposé de nibles aux autres membres dans la société. Le méde-
son vivant. La demande d’accès au dossier médical cin ne peut, directement ou indirectement, ne serait-
doit être motivée. Dans un établissement de santé ce que par sa seule présence, participer ou caution-
public ou privé où les soins sont dispensés par plu- ner une atteinte à l’intégrité physique ou mentale ou
sieurs médecins, l’ensemble des membres de à la dignité d’une personne privée de liberté. S’il
l’équipe médicale ont le droit d’accès au dossier mé- constate que la personne privée de liberté a subi des
dical du patient qu’elle prend en charge. Le staff ad- sévices ou de mauvais traitements, il doit en infor-
ministratif a accès, sous la responsabilité du direc- mer les autorités administratives ou judiciaires com-
teur médical de l’établissement, au dossier médical pétentes » [12].
aux fins de la gestion administrative ».
L’article 50 du Code sus cité, précise qu’en cas de Droits lors de recherche médicale
cessation d’activité par le médecin, il est impératif
de prendre toutes les mesures nécessaires pour Dans le cadre de la recherche médicale, le patient
mettre les dossiers médicaux de ses patients à leur jouit de droits spécifiques pour assurer sa sécurité et
disposition ou à celle des médecins qu'ils auront dé- sa dignité. Avant toute participation à une étude
signés à cet effet [12]. clinique, le patient doit être pleinement informé de
Chaque patient a le droit d'accéder à son dossier l'objectif, des méthodes, des bénéfices attendus, des
médical. Ce droit est personnel, réservé et s'exerce risques potentiels et des procédures de l'étude. Son
directement. Seul le patient a ce droit, à l'exception consentement éclairé est impératif et doit être obtenu
des mineurs où l'autorité parentale intervient, sauf si par écrit. Le patient a également le droit de retirer
le mineur s'y oppose. En cas de décès, les ayants son consentement et de quitter l'étude à tout moment,
droit peuvent accéder au dossier si le patient n'a pas sans encourir de préjudice ou de perte de qualité de
exprimé d'opposition de son vivant et pour des soins. La confidentialité des informations
motifs précis : déterminer la cause de la mort, personnelles du patient doit être maintenue tout au
défendre la mémoire du défunt ou faire valoir leurs long de l'étude, et tout résultat clinique ou
droits. découverte doit lui être communiqué s'il le souhaite.
Ces droits sont énoncés dans la loi 28-13 relative à

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Journal Marocain des Sciences Médicales, Volume 23 ; N°3

la protection des personnes participant aux mieux pour le patient. Aujourd'hui, c'est différent :
recherches biomédicales [21]. le médecin et le patient travaillent ensemble. Ils
L’article 45 du Code de déontologie marocain pré- échangent, discutent et prennent des décisions en
cise que : « Sous réserve des dispositions législatives partenariat. Cela montre l'importance de considérer
et réglementaires relatives aux recherches biomédi- le patient non plus comme un simple receveur de
cales, le médecin ne doit pas prescrire des thérapies soins, mais comme un acteur central de sa propre
ou pratiquer des techniques non encore scientifique- santé.
ment éprouvées, ou qui sont dépassées ou proscrites.
Toute supercherie abusant de la situation du patient Déclaration de conflit d'intérêts : Les auteurs ne
ou de son ignorance du domaine médical est inter- déclarent aucun conflit d'intérêt lié à cet article.
dite » [12].
REFERENCES
Droits des patients en fin de vie
1. PUTFIN G. La déclaration des droits de l'Homme et
L’article 44 du Code de déontologie marocain pré- du citoyen : Recensement et variantes des textes (août
1789-septembre 1791). In : Annales historiques de la
cise que : « Lorsqu’il s’agit d’un patient en fin de Révolution française. Soci t des Etudes
vie, le médecin doit s’efforcer de soulager ses souf- Robespierristes, 1978. p. 180-200.
frances par des moyens appropriés et de l’assister 2. Organisation mondiale de la Santé. La définition de
moralement. Il ne doit pas, vu l’état du patient, la santé de l’OMS. In Préambule à la Constitution de
s’obstiner à fournir des traitements inutiles ou dis- l’Organisation mondiale de la Santé, tel qu’adopté
proportionnés, ne procurant aucun soulagement au par la Conférence internationale sur la Santé, 1946.
malade, mais n’ont d’autre objet que de prolonger Vol. 2.
la vie sans espoir et dans des conditions contraires 3. Unies N, Puybaret E. Déclaration universelle des
à la dignité du malade » [12]. droits de l'homme. Département de l'information de
l'ONU. 2008
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Léonetti (2016) visent à renforcer les droits des sociaux et culturels. Haut-Commissariat des Nation
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directives anticipées et combattent l'acharnement ressources. [Link] ohchr.
thérapeutique, en mettant l'accent sur le droit à la org/french/law/cescr. htm (consulté le 12 octobre
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volonté du patient, en rendant les directives 5. Elshoud S. L’accès aux soins, un droit garanti par la
anticipées plus détaillées, en établissant la personne Cour européenne des droits de l’homme. 2017.
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plus, elles encouragent l'amélioration de la prise en de traduction officielle. 2011. n° 5964.
charge, par des procédures de délibération pour la 8. Dahir n° 1-22-77 (9 Décembre 2022) portant
limitation ou l'arrêt des soins, tout en renforçant le promulgation de la loi cadre n° 06-22 relative au
principe du double effet et en instaurant une système de santé national. Bulletin officiel. 2022. n°
formation obligatoire pour les médecins 7895.
9. Dahir n° 1-02-296 (3 octobre 2002) portant
promulgation de la loi n° 65-00 portant code de la
Droits des patients victimes de fautes médicales couverture médicale de base. Bulletin officiel. 2002.
n°5058
En cas de faute médicale, le patient a le droit à la 10. Dahir n° 1-09-15 (18 février 2009) portant
réparation de son dommage. Ce droit s'insère dans le promulgation de la loi n° 09-08 relative à la
cadre plus large des droits relatifs aux soins protection des personnes physiques à l’égard du
médicaux. Il assure au patient la possibilité d'obtenir traitement des données à caractère personnel. Bulletin
réparation en cas de préjudice subi pendant son officiel. 2009. n°5714
traitement. Cela implique la responsabilité des 11. Dahir n° 1-15-26 (19 février 2015) portant
professionnels de la santé et des établissements promulgation de la loi n° 131-13 relative à l'exercice
de la médecine. Bulletin officiel, 2015, n°6344.
médicaux pour garantir des soins adéquats et pour 12. Décret n° 2-21-225 (17 juin 2021) relatif au Code de
indemniser tout dommage causé par une faute déontologie de la profession médicale. Bulletin
médicale ou une négligence dans le traitement. officiel, 2022, n° 5168.
13. Arrêté du Ministère de la santé n°. 456-11 (6 Juillet
CONCLUSION 2010), portant règlement intérieur des hôpitaux.
Publié au Bulletin officiel n° 5926 (17 mars 2011)
La manière dont les médecins et les patients 14. Code de déontologie médical (Février 2021) Figurant
interagissent a considérablement changé. Avant, le dans le Code de la Santé Publique sous les numéros
médecin décidait principalement ce qui était le R.4127-1 à R.4127-112

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octobre 1998, n° de pourvoi: [97-10.267], publié au protection des personnes participant aux recherches
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tissus humains. Bulletin officiel, 1999, n°4726. change la Loi Claeys-Leonetti pour les réanimateurs
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