INTRODUCTION
La trypanosomose, également connue sous le nom de maladie du sommeil
(trypanosomiase africaine humaine ou TAH), est une maladie parasitaire vectorielle. Elle
est causée par des protozoaires du genre * Trypanosoma et transmise à l'homme par la
piqûre de mouches tsé-tsé (du genre Glossina) infectées. Cette maladie est endémique
dans 36 pays d'Afrique subsaharienne et constitue une menace pour la santé de
millions de personnes vivant dans les zones rurales. Sans traitement, la trypanosomose
est généralement mortelle.
I-Agent Causal Et Transmission :
La trypanosomose humaine africaine est causée par deux sous-espèces de
1. Trypanosoma brucei :
Trypanosoma brucei gambiense : responsable de la forme chronique de la maladie,
prévalant en Afrique de l'Ouest et centrale (environ 92% des cas). L'infection peut
persister pendant des mois voire des années avec des symptômes initiaux peu
marqués.
2. Trypanosoma brucei rhodesiense : responsable de la forme aiguë de la
maladie, rencontrée en Afrique de l'Est et australe (environ 8% des cas). Les
symptômes apparaissent plus rapidement, quelques semaines ou mois après
l'infection, et la maladie progresse rapidement.
La transmission se fait principalement par la piqûre de la mouche tsé-tsé, qui s'infecte
en se nourrissant du sang d'humains ou d'animaux porteurs du parasite. Les mouches
tsé-tsé vivent dans les zones rurales, notamment les forêts, les savanes boisées et la
végétation le long des cours d'eau. Seules certaines espèces de mouches tsé-tsé sont
capables de transmettre la maladie.
Plus rarement, d'autres modes de transmission sont possibles :
• De la mère à l'enfant pendant la grossesse (transmission transplacentaire).
• Transmission mécanique par d'autres insectes piqueurs (bien que l'impact
épidémiologique soit probablement marginal).
• Accidents de laboratoire (piqûres avec des aiguilles contaminées).
• Rarissime cas de transmission par contact sexuel.
II- CYCLE DE VIE DU PARASITE
Le trypanosome a un cycle de vie complexe qui se déroule à la fois chez l'homme (ou
l'animal hôte) et chez la mouche tsé-tsé. Chez l'homme, après la piqûre, le parasite se
multiplie dans les tissus sous-cutanés, le sang et la lymphe. Il peut ensuite traverser la
barrière hémato-encéphalique et envahir le système nerveux central, marquant le
passage à la deuxième phase de la maladie. Chez la mouche tsé-tsé, le trypanosome
subit plusieurs transformations dans son tube digestif et ses glandes salivaires avant de
devenir infectieux pour un nouvel hôte lors d'une prochaine piqûre.
III- SYMPTÔMES
La trypanosomose évolue en deux phases distinctes, avec des symptômes différents
1-Première phase (phase hémolymphatique) : Elle débute quelques jours à quelques
semaines (pour la forme rhodesiense) ou quelques mois à un an (pour la forme
gambiense) après la piqûre infectante. Les symptômes sont souvent non spécifiques et
peuvent inclure :
a) Un chancre (ulcère douloureux) au site de la piqûre (plus fréquent et précoce
dans la forme *rhodesiense*).
b) Fièvre (souvent intermittente).
c) Maux de tête intenses.
d) Douleurs musculaires et articulaires.
e) Prurit (démangeaisons).
f) Gonflement du visage.
g) Adénopathies (gonflement des ganglions lymphatiques), en particulier les
ganglions cervicaux postérieurs (signe de Winterbottom, plus caractéristique
de la forme gambiense).
h) Fatigue et malaise général.
i) Perte de poids.
j) Éruption cutanée.
2-Deuxième phase (phase neurologique ou méningo-encéphalitique) :Elle survient
lorsque le parasite envahit le système nerveux central. Les symptômes deviennent plus
évidents et incluent :
a) Troubles du sommeil (inversion du cycle veille-sommeil : somnolence diurne et
insomnie nocturne, d'où le nom de "maladie du sommeil").
b) Troubles du comportement (irritabilité, apathie, confusion).
c) Troubles sensoriels (sensibilité cutanée accrue, perte de sensation, troubles
visuels).
d) Troubles de la coordination (ataxie, tremblements, démarche traînante).
e) Difficultés d'élocution.
f) Crises d'épilepsie.
g) Léthargie profonde.
h) Dans les stades avancés, coma et décès en l'absence de traitement.
La progression vers la deuxième phase est plus rapide dans la forme rhodesiense
(quelques semaines à quelques mois) que dans la forme gambiense (plusieurs mois à
années).
IV- DIAGNOSTIC
Le diagnostic de la trypanosomose repose sur la mise en évidence du parasite
*Trypanosoma brucei* dans les liquides biologiques du patient. Les méthodes
diagnostiques varient en fonction du stade de la maladie :
[Link]ère phase : Examen microscopique du sang, de la lymphe ou du liquide aspiré
du chancre pour identifier le parasite. Des tests sérologiques peuvent également être
utilisés pour détecter la présence d'anticorps spécifiques (en particulier pour la forme
*gambiense*).
2. Deuxième phase :Ponction lombaire pour prélever du liquide céphalo-rachidien
(LCR) qui est ensuite examiné au microscope pour rechercher les trypanosomes et
évaluer le taux de globules blancs, indiquant l'atteinte du système nerveux central.
La distinction entre la première et la deuxième phase est cruciale car le traitement
diffère.
V- TRAITEMENT
Le traitement de la trypanosomose dépend de la sous-espèce de *Trypanosoma*
impliquée et du stade de la maladie. Les médicaments utilisés sont spécifiques et
souvent toxiques, nécessitant une administration et une surveillance médicales
rigoureuses. Les médicaments disponibles comprennent :
[Link]ère phase
• Pentamidine (pour T. b. gambiense).
• Suramine (pour T. b. rhodesiense).
• Fexinidazole (voie orale, utilisable pour les deux formes et les deux stades
chez les patients de plus de 6 ans et pesant plus de 20 kg).
2-Deuxième phase
1- Nifurtimox en association avec l'éflornithine (NECT) (recommandé pour
la forme avancée de *T. b. gambiense*).
2- Mélarsoprol (dérivé de l'arsenic, efficace contre *T. b. rhodesiense* mais très
toxique avec un risque d'encéphalopathie).
3- Fexinidazole (voie orale, utilisable pour les deux formes et les deux stades chez les
patients de plus de 6 ans et pesant plus de 20 kg).
4- Acoziborole (traitement oral unique, en essais cliniques prometteurs pour
l'élimination de la maladie).
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fournit gratuitement tous les médicaments
recommandés pour le traitement de la trypanosomose. Un suivi des patients pendant
au moins 24 mois après le traitement est nécessaire pour évaluer l'efficacité du
traitement.
VI- PRÉVENTION
Il n'existe pas de vaccin ni de médicament prophylactique pour prévenir la
trypanosomose. La principale stratégie de prévention repose sur la réduction du contact
avec les mouches tsé-tsé dans les zones à risque :
• Port de vêtements protecteurs de couleur neutre** (les mouches tsé-tsé sont
attirées par les couleurs vives et sombres).
• Inspection des véhicules** avant d'y monter pour éliminer les éventuelles
mouches.
• Éviter les zones de broussailles**, où les mouches tsé-tsé se reposent pendant
les heures les plus chaudes de la journée.
• Utilisation de répulsifs anti-insectes** (bien que leur efficacité contre les
mouches tsé-tsé soit limitée).
• Lutte contre les vecteurs** par des méthodes de piégeage des mouches tsé-tsé
et de contrôle de leurs populations.
• Dépistage actif et traitement précoce** des populations à risque pour réduire le
réservoir de parasites.
VII- SITUATION ÉPIDÉMIOLOGIQUE
La trypanosomose africaine humaine est présente dans 36 pays d'Afrique
subsaharienne. Les populations rurales vivant dans des zones reculées avec un accès
limité aux services de santé sont les plus exposées. Des épidémies importantes ont eu
lieu au cours du 20ème siècle. Grâce aux efforts de contrôle soutenus, le nombre de
nouveaux cas a diminué de manière significative au cours des dernières décennies.
Cependant, la maladie reste une menace dans certaines régions, en particulier en
République Démocratique du Congo qui concentre la majorité des cas rapportés.
L'instabilité sociale et le manque d'accès aux soins compliquent le contrôle et
l'éradication de la maladie. L'OMS vise l'élimination de la trypanosomose en tant que
problème de santé publique d'ici 2030.
CONCLUSION
La trypanosomose est une maladie parasitaire grave et potentiellement mortelle
transmise par la mouche tsé-tsé. Bien que des progrès significatifs aient été réalisés
dans la réduction du nombre de cas, elle reste un problème de santé publique
important en Afrique subsaharienne. La prévention par la protection contre les piqûres
de mouches tsé-tsé et le diagnostic et le traitement précoces sont essentiels pour
sauver des vies et progresser vers l'élimination de cette maladie négligée. La recherche
de nouveaux traitements plus efficaces et moins toxiques est également cruciale.