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État des bibliothèques d'hôpitaux à Kinshasa

Une enquête menée dans vingt-quatre hôpitaux de Kinshasa révèle que les bibliothèques médicales sont souvent sous-équipées et mal gérées, avec un personnel limité et des fonds documentaires obsolètes. Malgré un intérêt manifeste pour la lecture parmi les patients et le personnel, les conditions d'accès et de gestion des bibliothèques sont jugées insuffisantes. Les résultats soulignent une indifférence générale envers l'importance des bibliothèques dans le secteur de la santé, exacerbée par le manque de budget et de ressources.

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État des bibliothèques d'hôpitaux à Kinshasa

Une enquête menée dans vingt-quatre hôpitaux de Kinshasa révèle que les bibliothèques médicales sont souvent sous-équipées et mal gérées, avec un personnel limité et des fonds documentaires obsolètes. Malgré un intérêt manifeste pour la lecture parmi les patients et le personnel, les conditions d'accès et de gestion des bibliothèques sont jugées insuffisantes. Les résultats soulignent une indifférence générale envers l'importance des bibliothèques dans le secteur de la santé, exacerbée par le manque de budget et de ressources.

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ASSOCIATION INTERNATIONALE DE BIBLIOLOGIE

3e conférence nationale des Bibliothèques et Centres de documentation de


la RDC
Kinshasa (24 mai – 28 mai 2005)

Les Bibliothèques des hôpitaux de Kinshasa (octobre 2004-février 2005)

par

Désiré Didier TENGENEZA Baguma


Bibliothécaire en chef-adjoint à l’Institut Supérieur Pédagogique et Technique de
Kinshasa et président national de l’ABADOM

Benjamin MUTOMBO Kantembele

Bibliothécaire au Programme national de lutte contre le paludisme du Ministère de la


Santé Publique
Introduction
Dans le cadre des préparatifs du colloque sur l’état des lieux des bibliothèques et de la
bibliothéconomie en République Démocratique du Congo, nous saisissons l’opportunité de présenter
un travail que nous avons commencé en 1986 au sortir du premier cycle de notre formation à l’Institut
national des Arts 1 , et poursuivi en 1994 quand nous terminions le second cycle à l’Université
protestante du Congo 2 . La première recherche avait pour but d’évaluer si le personnel et les patients
internés à la Clinique de Ngaliema avaient encore des besoins culturels auxquels on devait répondre.
La deuxième recherche portait, quant à elle, sur l’étude systémique de création d’une bibliothèque
d’hôpital dans ladite clinique. D’octobre 2004 à février 2005, nous avons visité vingt-quatre
établissements de soins de santé ou hôpitaux de la ville de Kinshasa pour connaître l’état des
bibliothèques médicales ou d’hôpitaux. De la découverte d’un grand désir de lire à l’hôpital et de
s’informer en passant par une démarche méthodique de création de la bibliothèque d’hôpital, nous en
sommes arrivés à l’inventaire qualitatif de l’existant, à une évaluation bibliométrique et de
fréquentation des unités documentaires des hôpitaux sélectionnés.

Enquête dans les Hôpitaux de Kinshasa


En plus des études préliminaires à cet article (1986-1994), une enquête par questionnaire écrit, des
observations et des interviews ont été organisées d’octobre 2004 à février 2005 dans la ville de
Kinshasa. Dirigée vers les gestionnaires et les administrateurs des hôpitaux ainsi que sur les
bibliothécaires travaillant dans des hôpitaux, nous avions pour objectif de voir et d’appréhender la
réalité bibliothéconomique et documentaire dans nos hôpitaux. La mission principale était de collecter
les données sur l’état des lieux des bibliothèques des hôpitaux de la ville de Kinshasa. Nous avons
opté pour les méthodes directes qui nous mettent en contact avec la réalité profonde des établissements
de soins de santé ciblés en fonction de leur importance, leur notoriété, leur situation géographique
ainsi que leurs statuts, privés ou publics. Nous avons procédé par questionnaire écrit de onze questions
ouvertes et fermées. Nous nous sommes chargés de son administration personnellement. Nous avons
utilisé le choix raisonné. Vingt-quatre établissements de soins de santé ont été sélectionnés et retenus.
L’enquête était sélective parce que les structures sanitaires contactées ne pouvaient répondre à notre
questionnaire écrit qu’aux cas où une bibliothèque ou un semblant de bibliothèque y existait au
préalable. Néanmoins, des entretiens et des interviews ont été réalisés pour nous permettre de saisir
parfois les raisons profondes pouvant expliquer l’absence d’une bibliothèque dans des établissements
qui utilisent des dizaines d’universitaires, ainsi que d’autres techniciens. En général, nous avons été
accueillis par la réception des hôpitaux et nous avons été introduits auprès des administrateurs
gestionnaires. Là où la structuration est plus complexe, ceux-ci nous ont confiés aux chefs des
départements qui nous ont mis en contact avec leurs unités documentaires. Pour la plupart, le niveau
d’études varie entre le premier et le second cycle universitaire. À l’hôpital général de référence de
Kinshasa et aux cliniques universitaires du Mont Amba, les médecins sont les chefs des départements
de l’éducation et de la formation et le département de pédiatrie a la charge des unités documentaires et
du personnel affecté.

Dépouillement et Interprétation des résultats

Identification des Répondants


Voici la liste de vingt-quatre établissements de soins de santé visités :
- Cliniques universitaires de Kinshasa (pédiatrie, médecine interne, biologie clinique)
- Hôpital général de référence de Kintambo
- Hôpital général de référence de la ville de Kinshasa
- Pax Clinique de la commune de Lemba
- Clinique de Ngalièma de la commune de la Gombe

1
MUTOMBO KANTEMBELE, Benjamin – Projet d’Animation socioculturelle d’une institution de santé : cas de la
clinique de Ngalièma. Kinshasa : Institut National des Arts, 1987. TFC.
2
MUTOMBO KANTEMBELE, Benjamin – Etude Systémique de création d'une bibliothèque d'hôpital : cas de la clinique
de Ngaliema. Kinshasa : Université Protestante au Congo, 1996. Mémoire.

2
- Saint Marc du centre hospitalier de Kingasani
- Hôpital Roi Baudouin de Masina
- Centre médical de Kinshasa de Gombe
- Hôpital kimbanguiste de Kimbanseke
- Hôpital Bobi Ladawa de la commune de Ndjili
- Complexe hospitalier Lelo de Barumbu
- Clinique Médicis de Gombe
- Centre hospitalier l’Armée du Salut de Barumbu
- Clinique Bondeko de la commune de Limete
- Hôpital Saint Joseph de la commune de Limete
- Centre Neuropsychopathologique de Mont Amba à Kinshasa
- Pédiatrie de Kalembelembe de la commune de Lingwala
- Hôpital général de référence de Makala
- Centre hospitalier de Monkole (Mont Ngafula), de référence de la rive de commune de
Ngaliema
- Centre hospitalier de Mont Amba de la commune de Lemba
- Clinique kinoise de la commune de Gombe
- Hôpital pédiatrique Mama Koko à Kimbondo du Mont Ngafula

Interprétations des Résultats sur base de 10 questions

1. Combien d’agents sont affectés à votre bibliothèque ?


Nous avons remarqué que s’il existe une bibliothèque médicale, un ou tout au plus deux agents y sont
affectés. Le cas de la bibliothèque de l’Hôpital général de référence de Kinshasa, sans personnel à
proprement parler, nous interpelle grandement. Sur les six bibliothèques fonctionnelles des vingt-
quatre établissements visités, nous n’avons relevé qu’un seul bibliothécaire documentaliste de
formation.

2. En quelle année votre bibliothèque a-t-elle été créée ?


Aux Cliniques universitaires de Kinshasa (CUK), la mesure de 1993 portant sur l’autonomie des
départements a déclenché l’organisation décentralisée de l’information. Chaque département veut
s’affirmer par rapport aux autres. La plus vieille bibliothèque d’hôpital de Kinshasa – selon notre
enquête – date de 1972, c’est celle de l’Hôpital général de référence de Kinshasa et la plus récente date
de 2000, il s’agit de la Bibliothèque médicale de la pédiatrie des Cliniques universitaires de Kinshasa.
Deux bibliothèques créées avant l’indépendance ont disparu. Il s’agit de celle du Lazaret de Mont
Ngaliema (devenu aujourd’hui Hôpital général de référence de Kinkole) et celle du Centre
Neuropsychopathologique (CNPP) du Mont Amba. Aucune bibliothèque d’hôpital parmi les six n’a un
statut spécial. Concernant le budget, l’Hôpital Saint Joseph en a un dont nous ignorons la valeur. Au
niveau des locaux, à part les hôpitaux Saint Joseph et Bondeko, le reste des hôpitaux disposant d’une
salle est constamment menacé de délocalisation et de suppression au profit des patients à interner qui
rapportent facilement un gain immédiat aux promoteurs. Ce cas est vécu au Centre
Neuropsychopathologique de l’Université de Kinshasa où la salle servant de bibliothèque a été cédée
aux étudiants de médecine physique comme auditoire avant que le fonds documentaire ne disparaisse.

3. Dans l’organigramme de l’hôpital, de qui et de quel service relève votre bibliothèque ?


En général, les unités existantes relèvent des chefs des départements d’informations, de formation, de
recherche et des statistiques. À part les Cliniques universitaires de Kinshasa, en pédiatrie où elle relève
du secrétariat du département, ailleurs les bibliothèques sont rattachées aux services des statistiques et
d’information. La meilleure solution serait qu’elles relèvent de la direction générale de l’hôpital.

4. Quelle est l’importance de votre fonds documentaire ?


Dans l’ensemble, le dénombrement révèle que le fonds disponible aujourd’hui dans les bibliothèques
médicales ou d’hôpitaux est de cinq mille deux cent nonante-cinq livres et cinq mille cinq cent
nonante revues dont les plus gros lots datent des années vingt et sont écrites en anglais. Tandis que les
dernières acquisitions datent de 2000.

3
5. Quels sont vos modes d’acquisition des documents ?
Les réponses fournies à cette question révèlent, qu’à 95 %, le fonds actuel est le fruit d’une
coopération jadis active et d’un élan de solidarité culturelle. Sur les six unités répertoriées, seul
l’Hôpital Saint Joseph dispose d’un budget léger et l’ensemble de son fonds est constitué de dons, de
libéralités (provenant de la charité) et de legs. La documentation retrouvée en ophtalmologie aux
Cliniques universitaires de Kinshasa (CUK) est un legs cédé par feu le professeur Karel Martens
décédé en Belgique en 2001 après plusieurs années de loyaux services. Dans l’ensemble l’opération
d’échange de documents et de publications est quasi inexistante. À part l’hôpital général de référence
qui possède des fichiers-auteurs et des fichiers-matières et la clinique Bondeko, le reste dispose de
simples répertoires qu’ils élaborent encore sur papier. En réalité, s’il n’y a pas de bibliothécaires
formés dans lesdites unités, ces fichiers n’existeront jamais dans les annales des bibliothèques
médicales ou bibliothèques des hôpitaux de Kinshasa.

6. À quand remonte la dernière acquisition des documents dans votre bibliothèque ?


Les fonds documentaire de nos hôpitaux peuvent être qualifiés de suranné et il est clairement établi
que les nouvelles acquisitions ne sont pas de mise. À part l’Hôpital Saint Joseph et la pédiatrie des
Cliniques universitaires de Kinshasa (CUK) qui ont acquis des nouveaux ouvrages en 2004, les
acquisitions récentes des autres bibliothèques sont vieilles de plus ou moins cinq ans.

7. Combien de personnes fréquentent votre bibliothèque par jour et par semaine ?


Les quelques statistiques récoltées, donnent une moyenne de dix-sept lecteurs par semaine et par unité
documentaire. Par jour nous déduisons approximativement une fréquentation de trois lecteurs par jour
et par unité. Il y a un problème, une faiblesse de part et d’autre. Ce qui est vrai en somme est que
lorsqu’un fonds documentaire n’a pas été constitué selon les desiderata des lecteurs, qui en sont les
premiers bénéficiaires, ceux-ci s’en désintéressent et s’en éloignent. Aussi, faut-il reconnaître que nos
fonds ne sont jamais à jour pour livrer une information neuve, pertinente et adaptée.

8. Vos lecteurs sont-ils satisfaits des services que vous leur rendez ?
À part l’Hôpital général de référence de Kinshasa qui affirme la déception de ses lecteurs, le reste des
hôpitaux et des centres-dits que leur évaluation est bonne dans l’ensemble. Néanmoins, à tous les
niveaux, les lecteurs ont réclamé l’accroissement du fonds documentaire, l’abonnement à des revues
scientifiques, l’organisation du service de prêt. En outre, les médecins et autres professeurs
d’université se comportent en mauvais lecteurs en ne retournant pas les ouvrages qu’on leur prête. Les
lecteurs ont dénoncé l’exiguïté des locaux actuels et les mauvaises conditions de lecture pourtant il va
de soi que la bibliothèque, pour accrocher les lecteurs, devrait être le lieu le plus confortable. Ils ont en
plus exigé l’organisation des fichiers qui leur permettront d’accéder facilement à la collection logée
sur les rayons. Enfin, les bibliothécaires dénoncent le vol et les déprédations des ouvrages par ceux qui
en sont bénéficiaires.

9. Avez-vous accès à l’Internet au sein de l’hôpital ?


À part les Cliniques universitaires et la Clinique de Ngaliema qui disposent de l’Internet pour un usage
commercial ou exclusivement pour les membres de la direction aux heures de service, le personnel des
autres unités ne peut accéder qu’aux cybercafés de la cité. Ainsi, avons-nous des doutes quant à la
possibilité de leurs recherches approfondies sur le Web.

10. Quels sont les problèmes que vous rencontrez actuellement dans la gestion de vos
bibliothèques ?
En réponse, ils ont relevé l’absence d’un budget qui peut permettre les acquisitions et l’accroissement
du fonds documentaire.

En conclusion, notre enquête menée dans vingt-quatre établissements de soins de santé de la ville de
Kinshasa est hautement révélatrice, 25 % de cet échantillon choisi raisonnablement ont une
bibliothèque médicale de fortune mais appréciable qui n’accomplit cependant pas toutes les conditions
optimales. Les acquisitions ne sont pas à jour, le bureau du bibliothécaire, le dépôt et la salle de lecture
sont des pièces fort exiguës. Les papiers et autres documents placés sur les rayons sont fabriqués à

4
base de produits chimiques dangereux qui dégagent des exhalaisons dont on imagine la suite. Tout en
jetant des fleurs aux braves organisateurs des unités existantes, nous ne pouvons nous taire devant la
menace de nosoconiose et autres infections dont souffrent spécifiquement les membres de notre
profession. Les 75 % de l’échantillonnage révèlent l’indifférence ou l’insouciance que l’on a envers
l’unité documentaire médicale de proximité. Au moment où les besoins en documentation sont
clairement exprimés par le personnel soignant et les patients lors des études évoquées précédemment,
ceux qui ont la gestion des établissements des soins de Kinshasa traînent les pieds. Quand on
considère la basse conjoncture que connaît la République Démocratique du Congo leurs réponses sont
plausibles. Nous savons que la mission principale d’un hôpital n’est pas d’organiser une bibliothèque.
Il est très normal que l’on cherche d’abord des médicaments et des instruments, ainsi que l’équipement
de première nécessité. Lorsqu’on se rend compte que plusieurs enquêtes réalisées ici et ailleurs
révèlent que les africains ne lisent pas dans l’ensemble et que le livre et la lecture sont des éléments
culturels en instance d’intégration au Congo, l’argumentation déployée ci-dessus est à prendre avec
réserve. Les bibliothèques créées par les étrangers et qui ont été détruites par les nationaux sont une
symbolique de nos turpitudes et de nos tares apparentes. En mémoire de la Bibliothèque médicale de
la Clinique kinoise (ancienne Clinique danoise), celle du lazaret de Ngaliema et celle du Centre
Neuropsychopathologique (CNPP) à jamais disparues, nous nous demandons si un tel opprobre fait à
la science dont on a brûlé le temple ne mérite pas notre mea culpa et une réparation. Le monde
médical avec son secret professionnel légendaire a fini par produire un type d’homme qui est
profondément égoïste, s’accaparant inconsciemment le trésor collectif pour en faire un bien privé. La
bibliothèque d’hôpital est un service public accessible à tous. Les livres offerts en ce temps-là sont une
preuve d’un élan de solidarité culturelle. Les unités documentaires, à l’instar d’autres entreprises
publiques ou privées, ont disparu à cause de personnes qui ne se trouvaient pas à leur juste place. La
médiocrité a détruit l’Excellence. Si nous ne remédions pas à ce problème, nous lèguerons à nos
enfants un précédent à jamais préjudiciable. Les bibliothèques encore visibles sont des étoiles
scintillantes, un patrimoine à garder jalousement. Si le budget de la Santé ne représente même pas 1
%, qu’espérer pour celui des bibliothèques d’hôpitaux. Et pourtant, il faut bien reconnaître qu’un
médecin sans ressources cognitives renouvelées est comparable à tout vulgaire charlatan et même à un
danger public. L’on s’accorde tous à reconnaître que la seule différence entre le médecin, le professeur
d’université et les autres dans l’histoire de la médecine réside dans le nombre et la qualité des livres
lus ou qu’on a lus pendant l’initiation pour leur donner le profil actuel. Serions-nous en train de scier
la branche sur laquelle nous sommes assis ? Le cas de la vieille documentation abandonnée, telle une
veuve éplorée et répudiée, constitue une leçon pratique que les organisateurs de la bibliothèque
doivent tirer. Il est établi, depuis les origines de la bibliothéconomie, que la connaissance des besoins
des utilisateurs est une exigence préalable dans la chaîne documentaire. Comme les mets, ils ne sont
alléchants que si l’on connaît les goûts des convives. Si l’on ne prend pas soin de connaître ce que les
utilisateurs désirent lire, l’on commandera des ouvrages qui connaîtront le sort de l’indifférence.
L’absence du budget d’acquisition constatée est une preuve de l’indifférence polie affichée par ceux
qui ont la responsabilité de rendre disponible l’information salvatrice dans un domaine si sensible. La
science acquise impose des conditions et un décor nécessaires à son maintien. La mentalité africaine,
comme le démontrait le professeur Malanda Dem, est opposée à la science qui nous est importée et
que nous n’assimilons ou ne maîtrisons pas encore. Si nous n’allons pas à la bibliothèque notre avance
est fluide et fugitive pour ceux qui vivent dans l’indifférence, la cueillette et le ramassage,
l’obscurantisme et la médiocrité, l’irrationnel et la déraison 3 . Dans ces conditions, au lieu que la
science nous libère de nos turpitudes, nos lourdeurs, elle peut constituer un danger. Pour ceux qui
hiérarchisent les priorités en méconnaissant le rôle de l’unité documentaire dans une structure
sanitaire, ils savent que lorsqu’un médicament est acquis, une nouvelle technologie acquise, la
première des choses consiste à en découvrir le mode d’utilisation en parcourant la documentation qui
les accompagne. La bibliothèque virtuelle, symbole de notre temps dans des sociétés
technologiquement avancées, est encore un luxe auquel 99 % de notre population n’accédera pas avant
quelques décennies compte tenu de l’incurie actuelle. Le livre et la lecture sont un impératif
incontournable pour donner à notre médecine plus de sérieux, plus de garantie, de hauteur et de
considération quand l’on reconnaît que les disciples d’Hippocrate sont des étudiants éternels.

3
DEM, Malanda – La Mentalité africaine et l’avenir de la science. Kinshasa : PU, 1981.

5
Conclusion
Il est vrai que le monde va très vite et les pays qui n’ont pas assez d’appuis pour atteindre la vitesse
des autres sont stressés. Aux origines de l’Internet nous découvrons une culture rationnelle de gestion
de l’espace administré, l’espace des affaires. Il y a le management de flux d’informations qu’il faut
gérer avec efficacité et célérité. Il y a enfin un sursaut d’orgueil et une volonté politique de se
démarquer des velléités concurrentielles sur le marché où le temps, à la tierce presque, se calcule en
terme des dividendes financiers. En considération des nouvelles technologies de l’information on en
est arrivé à l’économie électronique de la télématique. En République Démocratique du Congo, 31%
d’enfants congolais de six à quatorze ans sont privés de l’école primaire 4 par ceux-là qui ont étudié
gratuitement et qui imposent le minerval et les autres frais scolaires en excluant une grande majorité
des héritiers de ce privilège qui relève des attributions de l’État. Comme le monde ne nous attend pas
mettons nous au pas. Commençons par soutenir à la base une école primaire gratuite et obligatoire
pour tous. Initions les enfants à la lecture et préparons les lecteurs de demain en dotant chaque enfant
d’un livre de lecture élémentaire. Améliorons les conditions de travail de l’enseignant à tous les
niveaux pour former les usagers des bibliothèques et de l’Internet. Le pouvoir culturel, l’autorité
d’enseignement et de la technologie doivent s’investir à aider le pouvoir sanitaire qui doit ouvrir ses
hôpitaux à l’oxygénation urgente par les multimédias, bref les nouvelles technologies de l’information
basées sur la télématique et l’informatique. À la lumière de notre étude, tout porte à croire que la
nation est en danger parce que nos médecins et nos infirmiers ne lisent plus. Il nous faut un plaidoyer
pour le livre et la bibliothèque médicale ou d’hôpital. Il faut, pour cela, s’organiser en réseau local,
national et international pour permettre au flux d’information d’irriguer le corps médical. Celui-ci doit
être épargné de la routine, la gangrène, la médiocrité, la sous-information et toutes les hésitations
fatales et hautement compromettantes pour une profession qui se veut essentiellement savante, noble
et toujours tendue vers l’Excellence. Tout compte fait, l’infirmier et le médecin étant étudiants à vie et
le livre ainsi que d’autres supports dérivés ou associés étant les seuls moyens par lesquels la formation
ou l’éducation permanente est possible, l’on ne saura trouver d’excuses face aux défis du monde
moderne. Le livre et la bibliothèque comme biens culturels font partie du patrimoine culturel de
l’humanité. La bibliothèque de l’hôpital est un impératif actuel : un droit pour les uns et un devoir
pour les autres.

4
Onu. Sommet mondial du millénaire (New-York, septembre 2000) – Dépliant de l’Organisation mondiale du
développement (Omd). Publié par le PNUD/RDC .

6
Tableau n° 1. Etablissements de soins de santé enquêtés entre octobre 2004 et février

Nom Livres Périodiques Autres Gestionnaire Autre Année de Problèmes


documents responsable agent démarrage
HGR de ±3500 ±5000 Archives Pas de 1 Invasion des locaux par
Kinshasa bibliothécaire d’autres services, fond
(Kinshasa) engagé ou documentaire obsolète, en
volontaire anglais, vol des livres,
manque de bibliothécaire,
pas de formation continue,
budget insuffisant
Clinique 250 180 Archives Bibliothécaire 2 1990 Aucune table de
Bondeko documentaliste classification, fonds
(Limeté) formé documentaire insuffisant,
budget insuffisant
Hôpital Saint 500 1500 71 bandes L2 statistiques 1 1989 Peu de temps de lecture
Joseph vidéo
(Limeté)
Hôpital 100 10 Gradué en 1 1989 Budget insuffisant, pas de
kimbaguiste de gestion des bibliothécaire formé
Kimbansenke hôpitaux
Complexe 450 60 Administrateur Pas de budget d’acquisition,
hospitalier Lelo pas d’agent affecté à la
documentation, perte du
local afin d’y loger des
patients
Cliniques 455 300 Licencié en 1 2000 Exiguïté du local, vétusté du
universitaires de théologie fonds, pas de budget
Kinshasa, d’acquisition, pas d’échange
département de avec d’autres bibliothèques
pédiatrie
(Lemba)

Tableau n° 2. Etablissements de soin de santé ayant refusé de répondre

Nom Raison
Armée du salut (Gombe) Autres priorités
Centre médical de Kinshasa (Gombe) Refus de recevoir l’enquêteur
Hôpital Roi Baudouin (Masina) Autres priorités
Hôpital général de référence de Kintambo Autres priorités
Hôpital Saint Marc de Kingasani Bibliothèque en construction
Clinique Ngaliema (Gombe) Autres priorités
Pax Clinique (Lemba) Autres priorités
Centre hospitalier du mont Amba (Lemba) Autres priorités
Hôpital pédiatrique Maman Koko de Kimbondo (Selembao) Autres priorités
Centre hospitalier de Monkole (Mont Ngafula) Refus de recevoir l’enquêteur
Clinique kinoise (Gombe) A été pillée, remplacée par des archives
Hôpital de référence de la Rive (commune de Ngaliema) Autres priorités
Centre neuro-psycho-pathologique du mont Amba (Lemba) Bibliothèque disparue, local occupé par des
étudiants
Pédiatrie de Kalembelembe (Lingwala) Fonds en pleine constitution
Hôpital de référence de Makala (Selembao) Autres priorités
Hôpital Bobila Dawa (quartier 7 Ndjili) Autres priorités
Clinique Médicis (Gombe) Autres priorités
Hôpital général de référence de Matete Autres priorités

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