CM9 : Aux marges de la marge
Partiel : 4 questions de cours. Thèmes à développer.
Phénomènes marginaux, moins visible, mais importance en Europe et long terme.
Deux phénomènes, dont sadomasochiste.
Tensions nationales, mémorielles, liées à la Guerre froide, mais ce contexte n’est pas
nouveau.
Artistes réagissent à 3 choses :
La culture, qui a permis aux totalitarismes de s’installer.
Le système de l’art contemporain (tout le monde le fait, mais là tentatives concrètes)
Contre l’avant-garde artistique, passé ou contemporain.
Artistes qui expriment leur dégout, essaient de mettre en place une économie
parallèle, anti marchande, opposée aux logiques du marché.
I) Les « désaxés »
A) Lebel
60s.
Volonté de tuer le père, promesse révolutionnaire qui s’est dissoute dans le marché, le
projet avant-gardiste a été récupéré.
Guy Debord le dénonce. Le surréalisme a trahi, donc la révolution reste à faire.
Ces nouveaux venus entendent la faire, veulent s’en prendre à la culture
contemporaine de façon violente.
Jean-Jacques Lebel (1936-). A fréquenté les surréalistes (Duchamp, Breton), sa
famille s’est installée à NY durant la guerre. Le père en lien avec un marchand accusé
d’avoir piqué les biens aux juifs = Lebel connaît les magouilles du marché.
Toile en 1957 Le soleil est la substance.
Il rompt avec le mouvement (idée de tuer le père) donc conspué par les anciens.
Breton le critique vivement.
Exposition Anti-Procès (Paris, Milan, Venise), réponse aux surréalistes, rassemble des
artistes qui font des happenings, des tableaux, des manifs politiques. Situés à gauche,
contre la guerre d’Algérie et la Ve République. Italie, manifs contre l’oubli du
fascisme.
Tous dénoncent l’esprit consommateur, le confort moderne, qui s’accommode de la
colonisation, de la peine de mort, inadmissible pour eux.
Donne une dimension politique aux happenings, qui va devenir illicite. On dénonce
les avant-gardes artistiques précédentes.
On s’en prend à Yves Klein, à Tinguely, qu’on accuse de nourrir le système.
2e anti-procès, 1960, Venise : Lebel organise un enterrement, Enterrement de la
Chose de Tinguely. Mise à mort symbolique d’une œuvre de Tinguely, on vise toute
la génération de Tinguely.
3e Anti-Procès à 1961, à Milan : Grand tableau antifasciste collectif, 6 artistes.
Femme éventrée : Réf à Djamila Boupacha, militante du FNL qui a été jugée l’année
de la peinture. On s’en prend à l’Église, au gouv italien.
Le tableau fait scandale, saisi par la police pour atteinte à la religion.
1962 : Pour conjurer l’esprit de catastrophe, manifeste de Lebel. Question des
tabous, qu’on veut combattre. C’est dans la sexualité qu’on peut conjurer ses
angoisses.
Happening le 27 novembre 62, on caresse un phallus géant. Lebel porte un masque de
DG, deux femmes dans un bain de sang, etc.
Ça choque mais ça marche, dans le public y a Duchamp, etc.
Le happening c’est nouveau en France. Compris comme une façon de sortir des
carcans de la pensée.
Recours aux psychotropes, LSD pas interdit, dans les milieux artistiques ça circule
beaucoup. Beat Generation (Kerouac, etc) et Mouvement hippie.
B) Fluxus
(Tout se passe en même temps)
Réseau international de lutte contre le système de fabrication des carrières artistiques.
« l’Art-distraction Fluxus doit être simple, amusant, sans prétention »
Fondé par George Maciunas, vient de la haute bourgeoisie lituanienne, famille exilée
aux USA après avoir collaboré avec les nazis.
En 1960, associé à un galeriste de NY, font des happenings musicaux, il aime
beaucoup la musique, fait des conférences sur la musique.
La galerie ne fonctionne pas, il devient graphiste pour l’aviation américaine en
Allemagne. Fréquente les milieux de l’avant-garde musicale, organise des soirées
musicales qui sont appelées Fluxus.
Surenchère, qui aboutit à un happening, piano activities. Une demie-douzaine
d’artistes, se termine par la destruction du piano, les consignes sont sur la partition.
Le scandale attire les jeunes, Maciunas devient éditeur et organise un peu partout des
trucs.
Happening en Allemagne durant les 20ans de l’assassinat raté d’Hitler.
Le réseau se structure : des représentants Fluxus sont partout dans le monde.
Ben Vautier, amérique du Sud, il est français.
Japon : Yoko Ono.
Absence de perspective sérieuse dans le marché de l’art, pas trop d’avenir, ils ont pas
d’ambition non plus.
Ça tient à leur parcours : des gens qui ont souffert du déclassement, des migrations
etc. Ne croient pas en l’avenir, donc fuite qui s’apparente à une stratégie de l’échec.
Mais c’est rien par rapport à ce que font les autrichiens viennois.
C) L’actionnisme viennois
Hurlements de jeunes gens contre une société qui leur est insupportable, étriqué,
moralisateur, qui se complait dans l’oubli du fascisme, l’exprime de manière ultra
violente.
Qq jours avant piano actions, 3 artistes autrichiens (Hermann Nitsch, Otto Muehl et
Adolf Frohner) s’enferment emmurés dans une cave pendant 3 jours.
Ils vont créer : 1er jour : Frohner et Muehl installent des statues, Nitsch peint
Blutorgel (Orgue de sang).
2e jour : Nitsch introduit un agneau mort écorché, suspendu et crucifié tête en bas sur
une étoffe blanche. Les artistes le frappent (guitare, machette), arrose avec du sang et
eau chaude.
3e jour : libération des artistes et de l’agneau.
Ça critique la religion.
La 3e action est rentrée dans les affaires criminelles. Évènement annoncée par des
tracts distribués par des enfants.
30min après le début, la police intervient. 14 jours de prison ferme.
Violence refoulée, que l’on veut montrer. On est de plus en plus sadomasochiste.
C’est un putain de dérangé, il est poursuivi pour manipulation sexuelle et
manipulation mentale (pas lié aux happenings, il est juste chelou).
On veut faire scandale, on veut retranscrire des sociétés qui pensent avoir réglé leurs
comptes avec le passé nazi.
Pas que les viennois :
Yoko Ono, Cut Piece, assise avec tenue traditionnelle et le public découpe ses
vêtements.
Lebel, 120 minutes dédiées au Divin Marquis, happening en 1966. En réaction à la
censure. Les visiteurs doivent laisser des chaussures, on donne des étoiles jaunes.
Strip teaseuse, se dévêtit et en fait elle a une bite.
Ces artistes ont des problèmes liés à l’enfance : Muehl a été battu par son père, Nikki
de Saint Phal (??) a été violée par son père, etc.
C’est le retour du refoulé : Crise de Cuba, assassinat de Kennedy, etc.
En Autriche, encore + particulier. Pas de démarches de dénazification, la guerre est
un tabou. Pas d’effort de travail moral, on s’est accommodé du passé. Les
actionnistes viennois veulent empêcher les autrichiens de se penser en victime.
Otto Muehl, sa folie vient du trauma des guerres : Sortir du bourbier, il raconte son
expérience de guerre. Il a combattu en Ardennes, a vu des horreurs, il essaie de
rejouer ce qu’il a vu.
En 68, à vienne, il se masturbe tout nu puis se recouvre d’excréments avant de
chanter l’hymne national en piétinant le drapeau.
II) Un nouveau modèle économique
A) Une économie antimarchande
Création d’une économie antimarchande. Création de petite boutique d’art, qui sont
aussi des lieux de rencontre avec le public et artistes.
2e tentative économiques : production et vente d’oeuvres en série. Certains se lancent
dans l’expérience collectiviste.
On veut se passer des circuits de promotion de l’art, système dans lequel les
alternatifs ne trouvent pas leur place. On veut se passer du mécénat, on fonde des
galeries mixtes.
Ex : A/G Gallery de Maciunas (61), veut profiter de la hausse du marché pour
financer des concerts, et la Galerie Légitime de Robert Filiou (61). Au départ galerie
itinérante, mais faute de financement, on en fait une casquette dans laquelle 2 objets
que Filiou vend dans la rue ou pour un coup au bar.
Ce qui marche, la production des multiples : Œuvre d’art qui est réalisée dans de
nombreux exemplaires, nombre fini. Toutes les œuvres sont originales. Idée de srtir
de l’individualisme, l’unicité de l’art. On veut toucher un large public, car on vend
moins cher = démocratisation de l’art.
Daniel Spoerri fonde en 1959 les éditions MAT (Multiplication Art Transformable),
vendus 20 000 francs anciens (340 000 €). On vend du Duchamp, etc. On vend par
correspondance, dans des boutiques spécialisées, etc. Mais Spoerri n’est pas un
gestionnaire, les éditions MAT se tournent vers les galeries américaines.
Là, on va changer les œuvres, chaque œuvre a un détail différent des autres.
Maciunas imprime en noir et blanc, sur du papier cartonné, et il met ça dans des
boites, comme une l’oeuvre Water Yam de George Brecht. Le premier est tiré à 2 000
exemplaires, vendu à 4 dollars, l’artiste touche 80 % de la vente.
Maciunas invente le Fluxkit, en 64. Matériel pour faire des happenings.
On se rend compte que ce système ne marche que pour les artistes qui ont du succès.
Maciunas commence à s’approprier des œuvres donc le groupe Fluxus + ambitions
carriéristes donc le groupe se fâche.
Ça marche pour Warhol, exposition The American Supermarket, 64.
C’est à Philadelphie que la première boutique ouvre dans un musée, qui vend des
reproductions. The Museum of Merchandise, Philadeplphie, 67 : dans l’expo, Warhol
vend du parfum dans des bouteilles de coca avec marqué « You’re in ».
Fluxus pivotent, ouvre des fausses boutiques pas liées à des musées.
Ben, Le magasin de Ben, vend des petits objets, des disques, etc.
Robert Filiou : Ouvre une boutique, La Cédille qui sourit, on vend des œuvres. Mais
Filiou est plus au bistrot qu’au magasin, à tel point qu’ils font banqueroute.
On parle d’économie poétique, artistes qui distillent quelque chose qui pourrait
rouiller le système marchand.
Certains ont été récupérés par le système.
B) La force du système : le happening digéré
happening invendable mais on l’a digéré.
Deux exemples :
Georges Segal, happening dans la ferme de ses parents. Les galeristes découvrent son
travail. Les galeristes cherchent des nouveaux talents, mais doivent assister à des
happenings, à contre cœur mais découvrent les décors de Segal. Donc le happening
devient bien vu, surtout que Roschenberg faisait des happenings.
Segal va avoir des commandes (Commande de George Scull, patron des taxis NY),
donc légitimé comme artiste.
En Europe, Joseph Beuys (1921-86), a étudié la sculpture monumentale. Il a postulé à
un poste de prof à l’académie de Dusseldorf, et celui qui était une ponte c’était Ewald
Mataré, a dénazifié l’académie.
Joseph Beuys était aviateur dans la Lutwaffe et nazi convaincu, donc divergence
politique, Mataré s’oppose au recrutement de Beuys. Bascule dans son parcours, il
montre toujours dans ses œuvres un aspect acceptable du passé allemand. Veut se
faire passer pour victime, son avion se serait écrasé en Crimée et récupéré par des
Tatares.
Recruté, il essaie de faire venir Fluxus à l’académie. Il crée des œuvres d’art, veut
rappeler la guerre, introduit des matières qui rappellent son accident d’avion. Il utilise
beaucoup de graisse (pour soigner ses blessures), du feutre (pour pas qu’il ait froid).
Utilise des matières animales, de la poussière, des poils, animaux morts, etc.
Hasengrab (tombe du lièvre).
Il fait des performances : Comment expliquer les tableaux à un lièvre mort, 65.
Se fait enfermer dans une pièce avec un chacal.
Pas de politique, pas de sexualité dans ses happenings, on détourne le sentiment de
révolte pour présenter le passé. Dans une Allemagne coupable, ça plaît. Premier
allemand à avoir sa cote dépasser les 100 000 marks.
C) L’expérience collectiviste
Nouveau groupe : le GRAV (groupe de recherche d’art visuel), 60-68. Français,
argentins, hongrois, etc.
Qui sont-ils ? Héritiers de l’abstraction géométrique, pour eux l’art c’est de la
science. On utilise des matières réfléchissantes, des moteurs = créer des œuvres
visuellement instables, qui changent d’apparence quand on bouge autour. Regardable
dans la rue = mélanger vie et art.
Utilisation des maths et de la géométrie :
François Morellet, 6 répartitions aléatoires de 4 carrés noirs et blancs…
Yvaral, Progression du cercle, 1960.
Julio Le Parc, Trame altérée, 65. Joue sur les matières réfléchissantes.
Se mettent en relation avec d’autres artistes, en Yougoslavie, etc. On monte un groupe
franco-italien-yougoslave : « Nouvelle Tendance – recherche continuelle », rejoint
par des membres du groupe 0, etc.
Original car ils sont loin de ce que font les artistes Pops, loin de l’individualisme car
on travaille en groupe, marqué à gauche, on veut créer des projets décoratifs pour la
société.
On proteste pas contre les anciens, on va faire du neuf. Ça plait aux galeristes, à ceux
touchés par leur démarche (président de la biennale de San Marino, plusieurs
membres récompensés).
Biennale de Paris de 63, labyrinthe où tout le monde peut déambuler. 7 salles
différentes, sculptures en plexiglas, etc.
On qualifie ce labyrinthe de première œuvre collective et interactive, obtient le
premier prix de travail d’œuvre collectif.
Réaction des artistes : manifeste Assez de mystifications. Les français veulent prendre
la tête, ça plaît pas aux italiens et yougoslaves. Le GRAV se fait connaître aux USA,
forme de reconnaissance, très vite leur art est capté par les américains, qui appellent
ça Op Art (Optical art), en réponse au Pop art. On vend dans la Galerie de Denise
René, on parle d’art cinétique.
Les artistes du GRAV protestent contre cette volonté de récupération, veulent pas être
labélisés, mais il devient difficile de se distinguer. Yvaral laisse des stylistes faire des
tissus de ses œuvres, etc = ça devient un business comme les autres.
Réaction pas trop violentes : 65, Table de jeu avec balles de ping-pong, Julio Le Parc.
66 : manifestation dans la rue, on fait interagir le public.
Le Parc obtient le prix de la biennale de Venise, donc mouvement récupéré. Le
groupe disparaît en 68.