CM5 : De nouvelles scènes artistiques à prétentions
internationales
On cherche d’avoir, par les arts, à se placer dans le nouvel ordre mondial post 45.
L’art sert au rééquilibrage économique.
Aussi parce que l’Europe est décridibilisée par la guerre, etc. Donc y a de la place
pour se faire entendre, se faire voir.
Dès 1944, rapport de la société d’art moderne de Mexico. Prétention de devenir un
pole artistique international car on part du principe que les européens ont failli dans
cette tâche.
Se déploie partout de la diplomatie culturelle, ne surgissent pas du néant.
I) Une nouvelle donne
A) Le jeu diplomatique
Les gouv ont su utiliser les nouveaux moyens de communication : radio, presse. On a
de mieux en mieux utilisé de nouvelles esthétiques pour le message politique.
40s : renouveau de la propagande.
Photomontage, calligraphie dynamique = on apprend à manier le langage graphique.
On a acquis des compétences, qui sont réutilisées après la WW2.
Les grandes puissances ne renoncent pas à leurs prétentions culturelles.
Raisons politiques : guerre froide/
Raisons économique : diplomatie culturelle importante dans les échanges marchands,
industriels, ça attire du tourisme.
On peut ajouter que sur fond de décolonisation progressive, les anciennes puissances
coloniales cherchent à maintenir leur main mise sur leur empire.
Chaque puissance a de l’influence dans sa zone d’influence habituelle : Russie = Est
européen, balkans ; USA = Europe de l’Ouest.
La France ? Prétentions sur le monde entier, parce que empire colonial mais aussi
prétention culturelle.
Mexique : prétentions vers l’Europe et les USA.
L’UNESCO joue un rôle fondamental, et paradoxal (Organisation des nations unies
pour l’éducation, la science et la culture), fondée en 1945 après la WW2, pour
favoriser la paix, le progrès, l’éducation, pour éviter la guerre. Mais l’UNESCO
favorise la concurrence, carburant pour les rivalités artistiques. Jusqu’en 1954,
l’URSS et bloc soviétique refuse d’y adhérer, champ libre pour l’autre côté.
Les instances affiliées, comme l’ICOM en 46 et l’AICA en 49, favorisent un réseau
cosmopolite, vision occidentale des arts et de la culture, sans toutefois que les gens
aux manœuvre ne pensent international. Ils pensent aussi aux pays d’où ils viennent,
les favorisent.
Proposent une troisième voie, anti impérialiste, chemin personnel.
Jaime Torres Bodet, secrétaire général de l’UNESCO entre 49 et 52.
Sous son mandat, il y a des rapprochements entre le mexique et la France, où la G-B.
En 1951, Fernando Gamboa, directeur des arts plastiques du Mexique, se retrouve
commissaire d’une exposition d’art mexicain à Paris. Mode de l’art précolombien.
Gamboa profite de cette expo pour rencontrer les responsables de l’UNESCO, et
grâce à ses contacts il arrive à faire voyager son expo dans l’Europe, donc le Mexique
devient à la mode.
L’UNESCO a les moyens de faire voyager des expos.
Mais l’Unesco n’est pas la seule instance à pouvoir…
48 : Biennale de Venise, rôle important, secondé par la Biennale de Sao Paulo.
Dans les 50s, les ricains ne s’y manifestent pas, c’est le Mexique qui intéresse,
premier pavillon en 1950.
Quand on expose à la Biennale de Venise, on est à l’internationale.
Ce qu’on expose : travaux des 4 grands : Siqueiros ; Orozco ; Rivera ; Rufino
Tamayo (le seul non muraliste).
Évènement si fort que Le Monde titre « la géographie artistique a son nouveau
monde ».
Le succès est tel que les mexicains pensent que si les français continuent de rafler des
prix c’est à cause du lobbying français.
Mexicains tissent des liens, prennent des contacts.
B) De nouvelles institutions
Art américain mal connu.
Mexicains se distinguent par le muralisme, technique datée mais novateur sur le plan
formel, le traitement de l’image/couleur/dessin. Espèce de troisième voie face à
l’abstraction et le réalisme socialste.
Qui aime ? Ceux qui aiment pas l’abstraction, comme Jean Cassou, ddirecteur du
musée d’art moderne de Paris. Il pense que ce que font les mexicains c’est un art des
grandes sociétés, et parce que c’est accessible, dans la rue.
Art bien identifié parce qu’il est montré, par Biennale et UNESCO, mais aussi parce
que au Mexique on le présente.
46 : institut national des Beaux-Arts de Mexico. Protectionnisme et promotion
artistique.
Fernando Gamboa, directeur de cet institut. Il place cet art à l’international, fait du
lobbying et entretient des relations avec des pays qui ont des intérêts au Mexique.
Alex Wenner-Gren, l’exposition mexicaine va en Suède, car elle a été financée en
partie par un suédois, il est le patron d’Electrolux, gros groupe d’électroménager.
Wenner-Gren a des intérêts au Mexique : s’implanter et construire des usines.
Politique culturelle d’envergure du Brésil, émulation avec les pays voisins
d’Amérique du Sud.
1948 : Musée d’art moderne à Rio de Janeiro, un autre à São Paulo. Ce musée de Sao
Paulo fait partie de la Biennale de Sao Paulo, vient compléter celle de Venise : Venise
durant années paires, celle de Sao Paulo durant années impaires.
Visibilité internationale, fait exister l’art national au niveau international.
Permet d’affirmer que le Brésil n’est pas un pays isolé.
Dans les 30s, Brésil prétendait capter, digérer et se réapproprier l’esthétique
européenne, « anthropophagie brésilienne ».
On a compris que l’art moderne est rentable, et fait partie du kit de la civilisation
moderne.
Quand l’État du Minas Gerais entre dans une période de croissance économique, le
gouverneur Juscelino Kubitschek a proclamé une mise à niveau de l’art, musée d’art
dans le quartier de Belo Horizonte, 1956 : inauguration du Museu de Arte da
Pampulha (MPA), Kubitschek devient président la même année.
Il décide de la création d’une nouvelle ville : Brasilia, plus au centre du pays.
Inaugurée en 1959, elle accueille un congrès extraordinaire de l’association
international des critiques d’art.
On crée une ville nouvelle mais pas de musée, car la ville elle-même est une œuvre
d’art.
Toutes les ambassades étrangères sont obligées de s’installer dans la nouvelle ville.
Ouverture de nombreux musées d’art dans le monde, en Amérique latine, au Japon,
en Inde, en Iran. Engouement mondial pour l’art moderne, les avant-garde artistique.
Mais c’est dans les pays qui ont les moyens.
Pour les autres, on recourt au musée imaginaire : musée itinérant, reproductions d’art
de très bonne qualité, reproduction d’oeuvres modernes. Ex : Syrie en 1950.
Beyrouth aussi, en 57, vision pacifiée des relations entre Moyen Orient et Occident.
Musée national inauguré en 61.
Musée d’art moderne de Dubrovnik en 45, à Paris en 47, etc.
Rénovation des musées pour accueillir de l’art moderne.
Ceux qui ne peuvent rénover s’inspirent des biennales, pour créer de l’évènement. On
crée des biennales, triennales, quadriennales.
San Marino en 57, Mexico en 58, Paris en 59.
Depuis ça n’a cessé d’augmenter.
C) Une circulation inédite
Les régions industrielles sont intéressées, car y a de l’argent, se multiplient les
collectionneurs qui ne s’intéressent plus seulement à l’école de Paris, on se met à
spéculer. Il vaut mieux acheter du moderne que de l’ancien, car les anciennes c’est
louche.
D’autres villes prennent leur autonomie vis à vis de Paris. On a compris que y a pas
que l’abstraction dans la vie.
Sur les catalogues, on voit d’autres courants : art japonais, mexicain, nord américain,
artistes locaux.
Les artistes européens ne viennent plus forcément se former à Paris, comme on faisait
longtemps avant.
Almir da Silva Mavignier : va à Paris, ne veut pas rester et pars en Allemagne étudier
la communication visuelle. Cette circulation des artistes en Europe est favorisée par
la révolution des transports, production en masse de voitures.
Décloisonnement des artistes.
Heinz Mack et Otto Piene : Paris, Belgique, Pays-Bas, Italie.
Piero Manzoni : roule en fiat 500, monte d’Italie jusqu’à Rotterdam pour voir une
expo, puis va à Düsseldorf pour une autre expo.
Échanges favorisés par la libéralisation internationale : accords européens sur la
circulation, on dispense de visa, etc.
II) D’autres avant-gardes, ni à Paris, ni à New York
On dirait qu’on se dirige vers une scène artistique polycentrique, où les USA seraient
encore tenus à l’écart.
Brésil, Mexique, Japon.
Au Japon, on a des avant-gardes.
A) Gutai
Au Japon émerge le mouvement Gutai.
Fin 50s : à Paris, on connaît bien l’avant garde japonaise, plus que l’américaine,
intérêt pour le japon.
On est confronté à l’intérêt des japonais pour le modernisme, lié à la pauvreté
plastique et spirituelle des œuvres lié à la WW2.
Crise identitaire japonaise, la guerre s’arrête sur des bombardements infamants,
sentiment de honte mais aussi d’injustice, disgrâce. Le Japon est envahi par les
américains qui prennent le contrôle du territoire, diffusion de la culture américaine =
occidentalisation.
Donc les artistes japonais se retrouvent face à des alternatives : suivre
l’occidentalisation, quitte à perdre leurs origines.
Autre alternative : protéger la tradition, lié à des lois japonaises votées en 51 sur la
protection des « biens culturels ».
Des peintres persistent avec la peinture guerrière, mais de moins en moins populaire.
Une minorité de plasticiens explorent une troisième voie, sur la scène internationale,
car ils sont persuadés que la peinture japonaise est en retard, sans pour autant nier ce
que l’on est. On va s’orienter vers un dépouillement radical…
1954 : Gutai bijutsu kyokai, Association de l’art concret.
Anime une revue (Gutai), mouvement se fédère autour de Yoshihara Jiro, figure
centrale du mouvement (qui s’arrête après sa mort en 72).
Yoshihara se fait connaître d’abord avec l’abstraction, dans les 30s, occidental sans
être trop subversif. Il fait du camouflage anti aérien pendant la guerre, puis après il
devient enseignant d’art. Il délaisse l’abstraction, théorise dans le forum de l’art
contemporain, « Genbi », en 51 (un petit groupe). Prétention de repenser l’art, tantôt
au niveau de l’organisation que dans son enseignement. On veut tout repenser, et en
même temps reforger une identité à la fois japonaise et en même temps moderne.
Yoshihara s’éloigne de ce groupe, car il veut s’éloigner de la dimension nationale.
Il veut « retrouver la beauté intrinsèque de la tâche, peindre des tableaux aussi beaux
que peuvent l’être des murs maculés » maculés = salis. Ombre d’Hiroshima, murs
maculés de violence, sang et suie.
C’est tout ça qui ressurgit avec Gutai, ainsi que la Société Zéro, dont la vision est
symbolisée par le nom, table rase. Zéro c’est aussi le nom des avions japonais.
On utilise du métal, de la boue, de l’eau, roues de vélos, on peint avec les pieds, les
corps, des bouteilles remplies de peinture.
Gutai = « concret ». Idée de brutalité, de violence, d’explosion.
On cache les corps : cachés par des ampoules, montre la violence de Hiroshima
(grande influence de la bombe atomique).
Shozo Shimamoto, Bottle Throwing, 56 : idée d’explosion, etc.
Idée de transformer la terreur en beauté créatrice, canaliser la violence.
Gutai c’est aussi une façon de se montrer : on affectionne les performances en plein
air, partout.
Place active des femmes.
1955 : Première expo, « exposition expérimentale d'art moderne en plein air comme
défi au soleil de plein été ».
Importance de la matière.
Kazuo Shiraga, Défier la boue, 55 : il peint la boue avec son corps. Tous les jours
pendant 20 min.
Shiraga, gosse de riche donc fortune familiale, donc il peut faire de la pub de
différentes façons : il édite des livres, il produit un manifeste qui dit que Gutai se
place dans la continuité de George Matthieu et Pollock.
Il ouvre une librairie, s’inscrit aux revues artistiques dans le monde. Idée de
pédagogie : on diffuse, se confronte aux autres.
Shiraga : peint avec ses pieds aussi, à pied joint ou en étant suspendu.
Expression locale de l’art informel parisien.
Tout le monde va se tromper sur le sens de ce mouvement, on pense que c’est de l’art
informel mais l’art informel célèbre l’homme, alors que le Gutai c’est sans homme, le
concret.
Gutai fait des tableaux plus petits pour être vendus à l’étranger = se commercialisent,
rentre dans le rang, sont achetés par des musées. Ce mouvement d’abord original se
dilue dans d’autres mouvements.
Tentative de poursuite du Gutai après mort de Yohshihara : Murakami (traverse le
papier) refait la performance en 1994, … qui balance des bouteilles de peinture.
B) Au Brésil et en Argentine
Dictature au Brésil, presque 20 ans de démocratie.
Amateurs d’arts fortunés. Matarazzo est d’origine italienne, rencontre des marchands
comme un marchand allemand. Matarazzo est très inséré dans les réseaux marchands.
Il a aussi des réseaux d’affaires : Nelson Rockfeller et la Standard Oil.
Rockfeller, conseil d’admin du MoMA.
C’est le modèle européen qui prédomine pour les choix esthétiques. Lors de
l’exposition inaugurale du Musée d’art moderne de Sao Paulo, on montre plusieurs
artistes, dont du brésilien.
Matarazzo est conseillé par ses amis pour savoir quoi mettre, notamment Margherita
Sarfatti, maîtresse de Mussolini, a créé le mouvement Novecento.
Biennale de Sao Paulo, 1943 : 2e édition, on expose Guernica.
On montre l’art concrétiste (?).
tout le monde au brésil comprend l’utilité de cela : financière, culturelle, etc.
Argentine :
Jorge Romero Brest, critique d’art et sa revue Ver y Estimar. Faire entrer son pays sur
scène internationale, mais isolement car dictature de Juan Peron jusqu’en 1955.
Nommé directeur du musée des Beaux Arts d’Argentine, il inscrit l’Argentine dans la
biennale de Sao Paulo en 1957, pour le mettre au niveau des « pays civilisés de la
planète ».
Pour eux, la modernité c’est l’Europe.
D’autres artistes qui sont considérés comme modernes, comme Raquel Forner. On
prétend créer un art national argentin, mais marche pas trop.
Le musée des Beaux arts de Buenos Aires, construit fin XIXe, est réinauguré en 57,
après la chute de la dictature, on rentre dans le camp de la démocratie.
C) Faire sans Paris ?
Dans ce contexte d’émergence d’avant-garde, etc, la centralité parisienne est moins
évidente.
Ouvrages qui racontent que l’abstraction n’est pas né en France mais en Allemagne
ou dans le Nord.
Se développe tout un discours de nostalgie, de mythification de Montmartre,
Montparnasse, lieux de l’exaltation de l’art parisien, de la bohème.
64 : Ernest Hemingway, Paris est une fête, publication posthume qui raconte le Paris
des 20s // Aznavour, La Bohême.
Ce qui perce à Paris, c’est les situationnistes. Donc Montmartre on s’en fout, Paris
c’est passé de mode. Perdu la guerre d’Indochine, crise de Suez, essor de l’OAS, fin
de la IVe = on a l’impression que le pays va s’effondrer.
Donc on expose du has been.
Biennale de Venise : pendant longtemps, les français dominait mais déclin progressif
entre 48 et 58.