Dans la pièce de Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non, la dispute a-t-
elle pour fonction de faire éclater la vérité ?
La dispute au théâtre joue le rôle de révélateur, les personnages finissent par se dire tout ce
qu’ils ont sur le cœur jusqu’à atteindre un point de non-retour. Sert-elle à faire émerger la
vérité chez Sarraute ?
I- L’échange montre la recherche d’une vérité
Sens étymologique : du latin disputare qui signifie « examiner, discuter, raisonner » = examen
animé d’un sujet pour parvenir à une vérité.
1) Des efforts d’analyse / des tentatives de communion
- Une peine commune à l’ouverture à grand renfort de formulations sur leur amitié passée
(qu’on ressent dans la mise en scène de Doillon, dans l’espace de partage qu’est le canapé)
- Des souvenirs qui mettent d’accord : la randonnée dans le massif des Ecrins (H2 convient de
l’excentricité de sa demande)
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2) La découverte de ce qui sépare
- La sensation d’être humilié
- La condescendance
- L’impression d’être un « raté »
- La volonté de se mettre à l’écart,
- d’être sous la protection des grands de la poésie
- Le tout culmine dans une explosion de violence « J’ai eu envie de te tuer »
3) Un apprentissage mutuel
- H1 « tout à l’heure, tu n’as pas parlé pour ne rien dire… tu m’as énormément appris figure-
toi… Maintenant il y a des choses que même moi je suis capable de comprendre. » (l.475)
- H1 souffle le terme de « condescendance » à H2 qui l’adopte.
II- Mais il est ponctué d’échecs et le langage achoppe à dire, à nommer
un échange de paroles conflictuel, souvent animé et hostile, entre deux ou plusieurs
personnes = altercation, querelle, brouille
1) L’impossible dénomination du problème
- Le flou lexical (« des choses, rien, ça ...) la multiplication de la modalité interrogative
- Le jeu sur le « rien » au début de la pièce « C’est à cause de ce rien que tu t’es éloigné ? […]
Tu ne comprendras jamais »
- L’épanorthose : « Rompre… non je n’ai pas rompu… enfin pas pour de bon… juste un peu
d’éloignement »
- La nécessité de passer par des métaphores filées pour exprimer des sensations (le piège,
l’enfermement, l’instabilité)
- Le recours à l’épanorthose, une recherche du terme qui serait le plus exact
- Impossibilité de nommer « un autre bonheur » (H2) - « un bonheur sans nom ? » ce que H1
ne peut concevoir car il a besoin de tout nommer.
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2)Les dénégations de H1
- « je veux être pendu si je m’en souviens, J’ai dit ça quand ? à propos de quoi ? Mais qu’est-ce
que tu racontes ? » « Je ne reconnais rien »
- « Eh bien / Eh bien ? / Non / Si. Je vais le dire pour toi… Eh bien de l’autre côté il y a les
« ratés » / Je n’ai pas dit ça. D’ailleurs tu travailles. » (l.590)
3) Des échecs successifs jusqu’à la fin
- A la fin de l’échange avec H3 et F « A quoi bon continuer ? Je n’y arriverai pas. » (l.299)
- H1 « il vaut mieux que je parte » (l.441) c’est pourquoi H2 dit « on parle à tort et à travers…
On se met à dire plus qu’on ne pense »
- La fin propose un suspens, après un hypothétique procès beaucoup plus angoissant que la
parodie qu’ont proposé H3 et F.
- Il ne reste que la dérision du titre « pour un oui ou pour un non », que la dérision du langage.
III- Ce que découvrent les pers. ce sont les non-dits et les tensions qui sous-tendent une
conversation
1) L’impossible compréhension mutuelle
- Un discours mité, ponctué de silences qui invite l’autre à transformer sa signification / invite
aux jeux sur les mots « pas des mots qu’on a eus, des mots qu’on n’a pas eus justement »
- Les reproches finissent par s’inverser : « H1 Tu divagues … puis H2 Tu es dingue » ; chacun se
sent pris au piège par l’autre.
2) Les tropismes
Un ressenti difficile à formuler : rien « n’éclate »
- Dans le ton employé : « il y avait entre « C’est bien » … un étirement : « biiien… » et un
suspens avant que « ça » arrive… ce n’est pas sans importance » (l.105)
- « quand tu as senti en moi ce frémissement » (l.349)
- Dans l’environnement immédiat (ici de l’ordre du bien-être) : « Il y a là… c’est difficile à dire…
mais tu le sens n’est-ce pas ? Comme une force qui irradie de là…de… de cette ruelle… de ce
petit mur » (l.455)
-
3) L’échange fait apparaître un rapport aux autres complexe, hiérarchisé
Portent une critique de la société dont le fonctionnement est fondé sur les apparences et le
jugement, sur le besoin de faire valoir et celui d’humilier, sur le refus ou l’acceptation de jouer le jeu
de la comédie sociale. H.2 dénonce le poids pris par les stéréotypes l fait ainsi de H.1 le représentant
du fonctionnement social, qui repose sur des normes et des règles collectivement admises : il a
besoin de classer, de définir les formes de bonheur. H2 s’en dégage donc :« On est ailleurs… en
dehors… loin de tout ça… on ne sait pas où l’on est ».
« Dans cette dernière pièce, Pour un oui ou pour un non, à la limite ça aurait pu être presque la même personne qui
entre elle… comme nous avons tous des tendances contradictoires qui luttent entre elles quelques fois. Ce n’est pas
du tout deux personnes qui s’entredéchirent et qui se haïssent mais c’est deux personnes qui portent chacune des
tendances opposées comme ça arrive à chacun de nous. » (France 3)