Du Plan d’Action de Lagos (PAL) au
NEPAD : deux conceptions du
développement, deux idéologies….
12 décembre 2008 par La Presse du Jour
Du Plan d’Action de Lagos (PAL) au NEPAD : deux conceptions du développement,
deux idéologies….
UN PLAN MARSHALL POUR L’AFRIQUE EST- IL ENCORE ENVISAGEABLE?
Par Célestine ZANOU
PLAN MARS-HALL…un mot …un nom….tant de salive et d’encre coulées…tant d’espoir
évanoui puis ressuscité depuis l’élection d’un président américain « citoyen du monde ».
A l’origine, le Plan MARSHALL fut essentiellement un programme d’assistance économique,
matérielle et financière des Européens immigrés dans le Nouveau Monde et qui ont fondé
notamment les Etats –Unis, au profit des Européens d’Europe ravagés par la 2ième guerre
mondiale. Evoquant les américains, les peuples de la vielle Europe n’hésitaient pas à parler
de « Nos cousins d’Amérique ». Ce sont donc des Européens qui donnaient aux Européens et
dans leurs propres intérêts. Il est Important de planter ce décor pour faciliter le décryptage de
notre analyse.
Un plan Marshall pour l’Afrique : on en a rêvé et on en rêve encore. Après la mise en
veilleuse prématurée du plan d’Action de Lagos de 1980 qui prônait un développement
endogène autocentré et autoentretenu, le NEPAD est venu réveiller en nous ce vieux rêve
d’une obligation morale de réparation des pays riches…. Espérance légitime mais le contexte
est complètement différent. L’AFRIQUE DEVRAIT DONC REVOIR SA COPIE surtout
face aux défis de la crise actuelle du capitalisme.
HISTORIQUE DU PLAN MARSHALL
Officiellement nommé programme de rétablissement européen, le plan Marshall fut un plan
des USA pour aider à la reconstruction de l’Europe après la deuxième guerre mondiale.
Rappelons que le plan Marshall sous la présidence démocrate de Harry Truman fut initié par
le Secrétaire d’Etat le Général Georges Marshall ; il fut préféré au Plan Morgenthau qui
prévoyait de faire payer par l’Allemagne vaincue les réparations.
Ce plan, décrit dans le discours du 5 juin 1947 exprime la volonté des Etats-Unis de
contribuer au rétablissement économique des pays européens ravagés par la guerre. Les USA
y ont consacré 13 milliards USD de l’époque dont 11 milliards USD en dons (pétrole,
nourriture, machines et outils) à travers l’Organisation Européenne Economique aujourd’hui
devenue OCDE. Ce fut une « Aide Liée » car les Etats-Unis ont exigé que le crédit alloué
serve à l’achat de matériels industriels américains.
LES MOTIFS EVOQUES
Le premier but était humanitaire : devant cette misère générée par la guerre en Europe, il était
naturel, d’assister les « frères » qui mourraient de faim et de froid.
La deuxième motivation était économique. L’économie des Etats-Unis a profité de la guerre
et son industrie d’armement a su très vite se reconvertir en industrie civile. L’industrie
américaine avait besoin de débouchés sur l’étranger.
Le troisième but était essentiellement politique. Selon la formule de Truman, le communisme
devait être endigué.
NOS QUESTIONNEMENTS
1. Le contexte du plan Marshall originel est-il identifiable au cas africain ?
2. L’Afrique peut-elle vraiment être un débouché solvable pour les USA désormais membre
d’un G8 talonné par les Pays émergents réunis au sein d’un G20 de plus en plus fort même au
sein de l’OMC?
3. Sommes-nous en Afrique assez structurés et assez soudés pour répondre aux exigences
d’une aide liée dans le cadre d’un programme comme celui du Plan Marshall ?
Notre réponse à ces questions est NON car :
- certains contextes historiques et socioculturels sont non reproductibles
- certaines réalités vécues poussent au scepticisme et
- certaines conditions même réalisables restent encore précoces
Dans ces conditions, Le NEPAD peut-il être le plan Marshall dont rêvent certains dirigeants
africains ?
Initié en octobre 2001, le « Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique » ou
NEPAD est un plan de relance économique pour le continent africain adopté par les Chefs
d’Etat à l’occasion des rencontres au sommet de l’OUA à Abuja. Le NEPAD devrait
éradiquer d’urgence la pauvreté, placer les pays, individuellement et collectivement, sur la
voie d’une croissance et d’un développement durables, tout en participant activement à
l’économie et à la vie politique mondiales.
Le NEPAD fixe à l’Afrique des buts ambitieux : réaliser un taux de croissance annuel moyen
de 7 % du PIB et faire en sorte que le continent réalise les Objectifs du Millénaire pour le
Développement (OMD) d’ici 2015. Le NEPAD est devenu le programme de développement
socio-économique de l’Union Africaine qui a pris la succession de l’OUA en 2002 au
Sommet de Durban en Afrique du Sud. Il identifie comme préalables essentiels au
développement de l’Afrique les conditions suivantes : assurer la paix, la sécurité et le respect
de la démocratie, de la bonne gouvernance politique et des droits de l’homme; promouvoir la
bonne gouvernance de l’économie et des entreprises ; choisir la région comme cadre de
développement de l’Afrique.
En reposant le financement du NEPAD, essentiellement sur l’aide publique au développement
et l’investissement direct étranger, et accessoirement sur l’épargne publique provenant des
PME et du secteur privé africain, les initiateurs de ce plan ont de facto contribué à créer des
doutes sur la viabilité de leur projet.
En effet, on note aujourd’hui d’une part que la promesse faite à Monterrey par les membres
du G8, d’affecter à l’Afrique dans le cadre du NEPAD, une aide supplémentaire de 12
milliards de dollars par an et pour compter de 2006, est loin d’être une réalité ; d’autre part le
flux de l’investissement direct étranger est pour diverses raisons en baisse.
Il va s’en dire que les bases fondamentales du NEPAD sont sapées ; L’AFRIQUE DOIT
REVOIR SA COPIE et ce n’est pas l’élection de BARACK OBAMA « notre cousin
d’Amérique » qui nous fera changer d’avis.
Que faire alors ? JULIUS NYERERE nous inspire…
« Quand d’autres peuples tentent d’aller dans la lune, (dans l’impossibilité de le faire ici et
maintenant) il ne nous reste qu’à retourner au village » Julius Nyerere.
C’est mon cri d’appel pour le réveil du « comptons sur nos propres forces » pour un véritable
développement endogène, auto entretenu et auto centré qui ne fait aucune place au gaspillage
des ressources humaines, matérielles et financières, à la corruption, à la mal gouvernance, à
tout comportement extraverti.
C’est bel et bien l’esprit du Plan d’Action de Lagos prématurément jeté aux oubliettes avant
même d’avoir été expérimenté. Le plan d’action de LAGOS (PAL), projet de l’OUA, était
censé contribuer à l’instauration d’un nouvel ordre économique mondial et visait un
développement socio-économique de l’Afrique fondé sur l’autosuffisance, la coopération et
l’intégration économiques. Il a suscité de grands espoirs mais coïncidant avec
l’expérimentation des Programmes d’Ajustement structurels (PAS), il fut écarté par la Banque
Mondiale. Faute de moyens donc, il n’a pu être mis en œuvre.
NOTRE PLAIDOYER
En citant l’ancien Président Tanzanien, notre plaidoyer se décline. Retour au village…retour à
notre ancien plan de développement bâti autour du fond commun de nos cultures. La
démarche, le contenu et les leçons à tirer du Plan d’Action de Lagos feront l’objet d’un
prochain RDV du vendredi car L’AFRIQUE DOIT NECESSAIREMENT REVOIR SA
COPIE.
Commentaires
6 Réponses à “Du Plan d’Action de Lagos (PAL) au NEPAD : deux conceptions du
développement, deux idéologies….”
1. Ioundegnon Isaac le 9 février, 2009 14:01
Je viens de lire votre article sur « du plan d’action de Lagos au Népad », de bonnes
réflexions et je suis d’accord avec vous sur l’opportunité pour l’Afrique de revoir ses
stratégies de développement, le plan d’action de Lagos mérite d’être revisité, dans le
cadre de mes recherches de troisième cycle en histoire économique et sociale, je
travaille en ce moment sur les enjeux et les perspectives de ce plan, je serai ravi si
vous participer à cette recherche par vos points de vues sur le plan d’action de Lagos,
encore une fois mes félicitations pour cet article.
2. Bienvenu YEMEMA le 8 octobre, 2009 21:35
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article, la question que je me pose est la suivante:
A quoi a servi ce plan pour les africains que nous sommes?
3. TITO SEDZRO le 7 mai, 2010 15:47
Cet article est intéressant et adhère a une certaine itinérance de la pensée du
développement de notre Afrique. Moi je voudrais qu’on me cite les raisons pour
lesquelles le Plan d’Action de Lagos a été rejeté. Merci
4. Mapesa le 5 juillet, 2010 21:58
Bonjour juste pour vous informer que tant de jour on parle toujours de l’UA mais rien
ne change ce que moi je vous demanderais que pour récure ce mission chercher
d’abord a créer la monnaie commune pour lutter contre le dollars svp
5. Alexandre le 10 juillet, 2010 18:14
Slt, je suis profondement touché par cet [Link] réalité,beaucoup reste à faire pour
boudre le developpement en Afrique et je pense que Le Plan d’action de Lagos
constitue l’une des bases majeures qui malheureusement n’a pas été pris en
[Link]’hui, on parle de l’intégration sous régionale de l’Afrique qui laisse à
réflechir.
6. fredma mangongolo le 4 avril, 2011 10:26
votre article ne m’a pas laissé indifférent. étant donné que j’accorde une attention
particulière sur les questions portées sur l’Afrique, quant à cette dernière il nous est
impérieux de considérer le plan d’action de Lagos comme étant la voie par laquelle
l’Afrique peut voire venir son développement économique. cependant nous devons
conscientiser l’ homme politique africains de cultiver l’esprit d’ une cohésion
continentale on dépassant nos couleurs et idéologies politique mettant sur une table
comme enfant chérie à nourrir l’Afrique espoir de demain pour nos progénitures. et
accompagné d’une ferme volonté politique.
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