Cellulites faciales d'origine dentaire
Cellulites faciales d'origine dentaire
Les cellulites d’origine dentaire sont des infections du tissu cellulo-adipeux de la face. Dans 90 % des cas,
les cellulites faciales sont d’origine dentaire. La fréquence élevée de ces affections et leur évolution, en
général favorable, ne doivent pas faire occulter les formes graves telles les cellulites diffuses. L’objectif de
cet article est de décrire les différentes formes cliniques topographiques et évolutives des cellulites et de
déterminer la stratégie diagnostique, paraclinique et thérapeutique.
© 2017 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
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Figure 2. Coupe frontale au niveau des deuxièmes molaires. Figure 3. Coupe de l’espace pharyngomandibulaire. 1. Glande paro-
A. Palais. tide ; 2. muscle constricteur supérieur du pharynx ; 3. mandibule branche
B. Plancher buccal. 1. Sinus maxillaire ; 2. muscle grand zygomatique ; 3. montante ; 4. muscle ptérygoïdien médial ; 5. amygdale ; 6. muscle
conduit parotidien ; 4. muscle buccinateur ; 5. vestibule buccal ; 6. glande masséter ; 7. ligament ptérygo-mandibullaire ; 8. conduit parotidien ;
sublinguale ; 7. muscle mylohyoïdien ; 8. glande sublinguale ; 9. muscle 9. mandibule branche horizontale ; 10. muscle buccinateur ; 11. langue.
génio-hyoïdien ; 10. ventre antérieur du muscle digastrique.
Espace pharyngomandibulaire
Anatomie des cellulites à évolution profonde L’espace pharyngomandibulaire (Fig. 3) est limité, latéralement,
(Fig. 2) par la face profonde de la branche montante mandibulaire, en
arrière, par la région parotidienne, en avant et de haut en bas,
Région palatine la tubérosité maxillaire, et le ligament ptérygomandibulaire. Cet
La région palatine (Fig. 2) est limitée, en avant et latéralement, espace est divisé par le fascia interptérygoïdien en deux loges, une
par l’arcade dentaire maxillaire, en arrière par le bord libre du voile médiale (ou espace ptérygopharyngien), contenant le muscle pté-
palatin. rygoïdien médial, et une latérale (l’espace para-amygdalien). Cette
Elle est en rapport direct avec toutes les dents maxillaires. loge médiale communique en bas avec la région submandibulaire.
Elle est constituée, en avant, des processus palatins des maxil- La loge latérale ou espace ptérygomandibulaire contient le muscle
laires et d’une fibromuqueuse très adhérente et peu extensible par ptérygoïdien latéral, les vaisseaux maxillaires, le nerf alvéolaire
l’infection. inférieur, un prolongement du corps adipeux de la face. Cette loge
En arrière, le voile du palais est constitué de la muqueuse buc- latérale communique avec les régions géniennes, massétérines et
cale, d’une fine couche de tissu celluleux, d’un plan musculaire et temporales.
de la muqueuse nasale.
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Figure 4. Effraction de la corticale linguale à partir d’un kyste au niveau
de la 38 (flèche). 5
Formes évolutives
Cellulite aiguë séreuse
La cellulite aiguë séreuse constitue le premier degré de
l’inflammation du tissu cellulaire. Elle est caractérisée par les
réactions inflammatoires. Les quatre symptômes cardinaux de
l’inflammation sont présents : tumor, calor, rubor et dolor (tumeur,
chaleur, rougeur et douleur).
La réaction inflammatoire est vasculaire, à l’origine de l’œdème
(exsudation de protéines), avec un phénomène de diapédèse
pour la phagocytose des bactéries. Survenant après l’épisode
d’algie dentaire ou débutant avec lui, une tuméfaction apparaît,
comblant les sillons et effaçant les méplats. Elle est arrondie, aux
A B limites imprécises, recouverte d’une peau tendue, lisse, rosée et
chaude. À ce stade, si la tuméfaction est cutanée, on peut éven-
tuellement la dessiner au stylo dermographique pour en suivre
Figure 6. Diffusion de l’infection apicale par rapport aux corticales. l’évolution. L’œdème endobuccal est plus ou moins volumineux
A. Hémimandibule. suivant la quantité de tissu cellulaire. Il reste cependant maximal
B. Hémimaxillaire. autour de la dent causale.
Il est important de noter que la gravité de l’infection n’est pas
proportionnelle à l’importance de l’œdème qui lui-même dépend
uniquement de la quantité et de la qualité du tissu cellulaire du
Les autres racines des dents maxillaires sont proches de la cor- patient.
ticale externe vestibulaire. La diffusion se fait vers le vestibule. La palpation, peu douloureuse, ne décèle aucune fluctuation. Le
À la mandibule, les racines des incisives, de la canine et de la pre- signe du godet est négatif (empreinte persistante du doigt après
mière prémolaire, sont proches de la corticale externe vestibulaire. pression à l’endroit de la tuméfaction). La zone œdématiée est
La dissémination se fait vers la gouttière vestibulaire inférieure.
mobile et sa température locale est augmentée. À ce stade, les
Les racines des deux dernières molaires sont proches de la cor-
signes généraux associés sont minimes, voire inexistants (légère
ticale interne linguale. La dissémination se fait vers le plancher
augmentation de la température générale possible).
buccal.
Le stade de cellulite séreuse est un stade réversible qui peut
Les racines de la deuxième prémolaire et de la première molaire
évoluer de deux manières :
sont médianes par rapport aux corticales linguale et vestibulaire.
• vers la sédation, si le traitement associant antibiothérapie et
Dissémination par rapport aux insertions musculaires
traitement de la dent causale est correct ;
(Fig. 5). Plusieurs insertions musculaires sont concernées, tout
• vers la suppuration, en cas d’absence ou de traitement inadapté
d’abord l’insertion du muscle buccinateur pour les dents laté-
(risque d’aggravation par la prise isolée d’AINS).
rales maxillaires et mandibulaires, l’insertion du muscle abaisseur
du septum nasal pour les dents médiales maxillaires, l’insertion
des muscles mentonnier et abaisseur de la lèvre inférieure pour
les dents médiales mandibulaires, et enfin l’insertion du muscle
mylohyoïdien pour les trois molaires mandibulaires. Ces muscles
“ Point important
constituent de véritables aiguillages pour l’infection car rarement
franchissables. Ils orientent l’infection en regard de leur face pro- À l’interrogatoire, la douleur peut être décrite comme pul-
fonde ou superficielle. satile, mais si elle n’est pas encore insomniante, c’est que
Au niveau du maxillaire, si l’effraction osseuse a lieu au-dessous l’indication chirurgicale n’est pas encore de mise.
du plan d’insertion des muscles buccinateurs et abaisseur du
septum nasal, la dissémination se fait au niveau du vestibule supé-
rieur.
Médialement, au-dessus du muscle abaisseur du septum nasal,
Cellulite aiguë circonscrite suppurée ou abcès
la dissémination s’effectue dans la lèvre supérieure. Latéralement Elle succède à la phase séreuse, et correspond à l’abcédation.
au-dessus du muscle buccinateur, la dissémination s’effectue dans La tuméfaction observée lors du premier stade renfermait du
la région génienne haute. Au niveau de la canine, la diffusion sérum ; elle va maintenant contenir du pus. Histologiquement, ce
de par sa longueur radiculaire peut s’étendre à la région pal- pus est constitué de polynucléaires altérés. Il contient également
pébrale inférieure. La paupière est œdématiée. Ainsi Hippocrate des germes actifs ou détruits, ainsi que des macrophages morts ou
surnommait-il la canine « la dent de l’œil ». vivants. La consistance et l’odeur de ce pus varient en fonction des
Au niveau mandibulaire, si l’effraction osseuse a lieu au-dessus germes en cause. En général, il est épais, bien lié, jaune verdâtre ou
du plan d’insertion du muscle buccinateur et des muscles men- jaune, d’odeur fade, voire âcre, dans le cas du streptocoque. Le pus
tonnier et abaisseur de la lèvre inférieure, la dissémination se fait est entouré d’un granulome inflammatoire, comprenant des néo-
au niveau du vestibule inférieur. vaisseaux et des cellules, limité en périphérie par des fibroblastes.
Médialement, au-dessous des muscles mentonnier et abaisseur Ces fibroblastes sécrètent du collagène qui permet de limiter le
de la lèvre inférieure, la dissémination s’effectue dans la région foyer inflammatoire et favorise finalement son enkystement, tan-
mentonnière. Latéralement, au-dessous du muscle buccinateur, dis que le pus se collecte dans la cavité centrale. La température
la dissémination s’effectue dans la région génienne basse. peut être élevée, entre 38,5 ◦ C et 39 ◦ C, accompagnée d’asthénie,
de pâleur, parfois de céphalées, ou, plus rarement, de frissons mar- molle, peu douloureuse, mais fluctuante. Très vite, elle s’étend et
quant une bactériémie. La douleur devient continue, lancinante devient d’une dureté ligneuse. Le marquage précoce de la déli-
avec des irradiations diverses, voire pulsatile. Résistante aux antal- mitation de la tuméfaction cutanée permet d’évaluer l’extension.
giques, elle est insomniante. La mobilité linguale est réduite et La peau est blafarde et tendue, voire nécrotique, tandis que la
douloureuse expliquant la dysphagie. Le patient peine à se nour- muqueuse est grisâtre. Une crépitation sous-cutanée peut être
rir. L’haleine est fétide. Il existe une hypersalivation. Le trismus retrouvée. Le trismus est serré. La suppuration n’apparaît pas avant
est d’autant plus marqué que la dent causale est postérieure. le cinquième ou sixième jour. Le pus, obtenu d’abord en petite
À l’examen exobuccal, la tuméfaction est bien limitée au niveau quantité, est inhabituel. Il est de couleur verdâtre, parfois gazeux
cutané. La peau est tendue, luisante, souvent rosée, parfois rouge, et contient des débris nécrotiques. Il devient ensuite plus franc
couleur lie-de-vin. La palpation montre une augmentation de la et plus abondant. Les muscles et les aponévroses sont détruits,
température locale. les veines thrombosées, les risques hémorragiques sont majeurs.
À l’effleurement, la tuméfaction est douloureuse. Cette dernière L’œdème entraîne des déformations considérables associées à des
est indissociable du plan cutané et fait corps avec les plans sus- et troubles respiratoires. L’extension, très rapide, peut se faire vers la
sous-jacents. Le signe du godet est positif et traduit une suppura- médiastinite au pronostic péjoratif.
tion profonde ; la cellulite est suppurée. L’urgence est au parage et drainage chirurgical, encadrée par la
L’examen endobuccal, souvent gêné par le trismus, montre une réanimation.
tuméfaction du vestibule ou du plancher buccal en regard de la
dent causale. La gencive est soulevée, rouge et parfois purulente.
La dent est mobile et sensible à la percussion. Du pus peut sourdre
de la couronne cariée. Il n’existe pas d’adénopathie hormis si la
“ Point important
cellulite complique un accident d’évolution de la dent de sagesse.
L’évolution possible de ces formes classiques se fait soit vers la La cellulite aiguë diffuse constitue un véritable tableau de
fistulisation spontanée, soit par des complications. choc septique.
La fistulisation correspond à l’ouverture spontanée, à la peau ou
à la muqueuse, de l’abcès. Elle correspond à la guérison spontanée.
La dent causale devra être traitée. L’orifice cutané est bourgeon-
nant.
La guérison est obtenue par traitement étiologique et médical Formes topographiques
seul, ou, au stade d’abcès, associé au traitement chirurgical.
Selon le point de départ ou la région de diffusion de l’infection,
Les complications peuvent être locorégionales (cellulite diffuse
le tableau clinique prend localement des formes particulières et
[cf. infra], cellulite cervicofaciale, voire ostéites chroniques) ou
des appellations diverses.
générales (thrombophlébites, septicémie), pouvant mettre en jeu
On distingue ainsi différents types de cellulite.
le pronostic vital.
Les cellulites subaiguës ou chroniques marquent le passage à
la chronicité. Rares, elles font suite à l’absence de traitement
Cellulites périmandibulaires
ou à un traitement inadapté, ayant décapité la symptomatolo- Les cellulites à point de départ mandibulaire, de par leurs
gie. La virulence des germes est souvent atténuée, responsable de caractéristiques anatomiques, ont un fort potentiel d’extension
réaction abâtardie. La cellulite circonscrite chronique est généra- locorégionale, en particulier vers les voies aériennes et le médias-
lement précédée de signes dentaires. Elle peut aussi succéder à tin. Elles sont souvent plus graves que les cellulites périmaxillaires.
un ou plusieurs épisodes inflammatoires aigus « refroidis » par
Cellulite labiomentonnière (Fig. 7)
un traitement antibiotique inadapté. Le malade se plaint d’une
tuméfaction, soit jugale, soit limitée autour de la dent causale, Si l’infection se développe en dessous des muscles mentonnier
extraite ou non. De la taille d’une noix, cette tuméfaction est indo- et abaisseur de la lèvre inférieure, le tableau est celui d’un abcès
lore et dure. Prise entre les doigts, on la mobilise légèrement sur mentonnier qui peut s’ouvrir à la peau. La diffusion au-dessus de
les plans osseux sous-jacents. Mais il est impossible de l’en déta- ces muscles donne un abcès labial inférieur qui peut s’ouvrir en
cher. En effet, celle-ci est fixée sur la table externe du maxillaire endobuccal, au niveau du vestibule inférieur.
dans la région apicale de la dent causale, par un cordon induré, Cellulite vestibulaire inférieure (Fig. 5)
non dépressible, de consistance fibreuse, reliant la table du maxil- La collection a migré du côté de la corticale externe osseuse
laire au nodule celluleux. Elle peut évoluer, sous forme d’épisodes mandibulaire et au-dessus de l’insertion du muscle buccinateur.
de « réchauffement », empruntant les signes, de façon très atté- Isolée, elle se manifeste à l’examen endobuccal par une simple
nuée, d’une cellulite aiguë séreuse, vers la fistulisation ou l’ostéite voussure de la muqueuse vestibulaire en regard de la dent cau-
corticale. sale et des dents voisines. Elle est adhérente à la corticale externe.
Elle accompagne parfois une cellulite de voisinage telle une cellu-
Cellulite aiguë diffuse ou gangréneuse lite labiale inférieure, une cellulite mentonnière ou une cellulite
génienne basse. Les conditions anatomiques et physiologiques
La diffusion des cellulites respecte, en général, les régions ana-
font souvent migrer la collection vers l’avant, compliquant alors
tomiques décrites. En fait, cette segmentation n’est qu’apparente
la recherche de la dent causale.
et rien ne s’oppose, anatomiquement, à une large diffusion
de l’infection. La cellulite diffuse peut être soit secondaire à Cellulite génienne basse (Fig. 5)
une cellulite circonscrite, soit diffuse d’emblée. Par sa rapidité La collection évolue en dessous du buccinateur et se situe en
d’évolution, elle aboutit précocement à des complications gra- sous-cutané. À l’examen exobuccal, on observe une tuméfaction
vissimes. Elle survient sur un terrain fragile, chez des patients le basse déformant la région génienne et atteignant, sans le dépas-
plus souvent âgés de plus de 60 ans. Les signes généraux sont ser, le rebord basilaire de la mandibule. La face latérale du corpus
au premier plan avec une importante altération de l’état géné- mandibulaire sert de support profond et de limite inférieure. La
ral, une hyperthermie, une asthénie, une pâleur ou un teint déformation est importante, elle soulève les téguments souvent
grisâtre, des frissons, une polypnée, voire une hypotension et rouges et œdématiés. Cette tuméfaction adhère à l’os. La palpa-
une discordance entre le pouls et la température. En quelques tion, très douloureuse, met aisément en évidence une fluctuation.
heures, une diarrhée apparaît associée à des vomissements répé- Le vestibule, en regard de la dent causale, est souvent comblé par
tés. Les urines sont rares et foncées. Un subictère s’installe. Le un bourrelet dur et douloureux. Le plancher buccal et la table
faciès devient terreux, les yeux sont excavés. La conscience est interne osseuse mandibulaire sont « libres ».
conservée. Des signes méningés ou pleuropulmonaires peuvent se
surajouter. Cellulites du plancher buccal (Fig. 5)
Localement, la cellulite diffuse se caractérise par une nécrose Il faut distinguer les cellulites sus-mylohyoïdiennes et les cellu-
rapide et étendue des tissus. La tuméfaction, au début, est limitée, lites sous-mylohyoïdiennes.
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Bilan paraclinique
Il est radiologique et bactériologique.
Figure 11. Dentascanner montrant l’origine d’un kyste en 38 (flèche).
Bilan biologique
d’artefacts métalliques dentaires gênant l’exploration scanogra-
Le bilan biologique comprend la prescription d’hémocultures phique. Elle fait appel à des séquences en écho de spin pondérées
aéro-anaérobies, en particulier en cas de frissons. Les prélève- T1, T2 et T1 après injection de chélate de gadolinium en satu-
ments bactériologiques sont en général réalisés en peropératoire ration graisseuse. Le pus présente un hypersignal B1000 et un
à l’incision de l’abcès. Le pus est prélevé à l’écouvillon ou, plus ADC (apparent diffusion coefficient) bas très évocateur. En cas de
abondamment, à la seringue. Des précautions assurant la qua- diagnostic différentiel, il peut préciser le type de lésions osseuses.
lité des prélèvements, mais aussi de leur transport et de leur L’échographie serait utile, en particulier aux urgences, pour
ensemencement sur milieux aéro- et anaérobies doivent être déterminer le stade évolutif des cellulites, en différenciant la cel-
prises, afin de ne pas ignorer une infection à germes anaérobies. lulite aiguë séreuse de l’abcès. L’échographie [24] pourrait donc être
L’antibiogramme permet d’adapter l’antibiothérapie initiale. En un outil décisionnel dans l’indication chirurgicale.
cas de nécrose, on adresse du tissu nécrosé.
La numération de formule qui montre une hyperleucocytose
(polynucléaires neutrophiles) a plus une valeur de surveillance Diagnostic différentiel
dans les cas graves, de même que la mesure de la vitesse de sédi-
mentation (VS) et de la protéine C réactive (CRP). Ce qui n’est pas une cellulite, mais
une atteinte osseuse
Bilan radiologique Il s’agit des ostéonécroses :
Le bilan radiologique [21–23] est représenté désormais en plus • soit des ostéoradionécroses [25] , compliquant 2 à 4 % des radio-
de la classique radiographie panoramique, souvent obtenu aux thérapies, maximales dans la première année ;
urgences, par le scanner injecté. C’est l’examen de première inten- • soit des ostéonécroses des maxillaires (ONM) aux bisphospho-
tion de par son accessibilité et sa rapidité d’acquisition. Il permet nates, en majorité des cas administrés par voie injectable, d’une
de réaliser un bilan d’extension exhaustif, de rechercher la porte fréquence de 1 à 4 %, et concernant dans plus de 60 % des
d’entrée, de caractériser les lésions élémentaires que sont l’abcès, cas la mandibule. L’infection des ONM détermine le passage
la cellulite, la fasciite, la myosite et la nécrose tissulaire (Fig. 10). aux stades 3 et 4 dans la classification des ONM de l’American
Le scanner injecté est l’examen optimal pour le diagnostic de la Association of Oral and Maxillofacial Surgeons (AAOMS) de
cellulite. 2009 [26] . Les lésions cancéreuses surinfectées, primaires ou
La radiographie panoramique ne fait pas le diagnostic de la secondaires, du maxillaire et de la mandibule peuvent se surin-
cellulite, mais celui de son origine dentaire. fecter. Il peut s’agir enfin des péri-implantites au stade aigu ou
La tomodensitométrie doit répondre à plusieurs questions : chronique, au stade de mucosite ou d’ostéite.
• est-ce une cellulite ?
• une collection drainable est-elle présente ? Quel en est son Ce qui n’est pas une cellulite mais
volume ?
• existe-t-il des signes de nécrose gazeuse ?
une atteinte des fascias, définissant la fasciite
• quelle est son extension aux espaces profonds de continuité ou La fasciite est une dermohypodermite bactérienne nécro-
à distance (voies aériennes supérieures, médiastin) ? sante avec fasciite nécrosante (DHBN-FN). Il s’agit d’une
• s’agit-il d’une cellulite compliquée à savoir : existe-t-il des infection nécrosante, de l’aponévrose musculaire et secondai-
complications vasculaires ou intracrâniennes (thrombophlé- rement du derme. Les facteurs favorisants sont l’âge supérieur
bite des sinus caverneux, méningite, empyème ou abcès à 60 ans, l’obésité, l’alcoolisme, le tabagisme, l’insuffisance
cérébral) ? rénale et hépatique, l’immunodépression (diabète, syndrome
• enfin, quelle est l’étiologie la plus probable, dentaire, sinu- d’immunodéficience acquise [sida]). L’incidence des DHBN-FN
sienne, traumatique ou salivaire ? cervicofaciales est faible. Kantu et Har-El retrouvent dans leur
Un dentascanner peut préciser l’origine dentaire (Fig. 11). revue de la littérature anglaise en 2003, 48 cas de DHBN-FN cervi-
Enfin, la tomodensitométrie peut guider le choix de la voie cales. Les DHBN-FN cervicofaciales comptent pour 3 à 4 % des cas
d’abord de la collection. de DHBN-FN selon Lazow [27] . L’origine odontogénique semble
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est d’un complé- être la première cause de DHBN-FN faciale. Un facteur trauma-
ment utile en cas de suspicion d’atteinte du plancher buccal, tique (accidentel ou chirurgical) est également souvent retrouvé.
d’ostéite, de complication intracrânienne, rachidienne ou en cas Le retard diagnostique et de prise en charge est le principal facteur
a d
b c
céfotaxime), parfois associée à un imidazolé, ou une antibiothé- [13] Robertson D, Smith AJ. The microbiology of the acute dental abscess.
rapie plus « classique » de type amoxicilline-acide clavulanique J Med Microbiol 2009;58:155–62.
®
(Augmentin ). En cas de signe de gravité, et afin d’obtenir une [14] Boynton TT, Ferneini EM, Goldberg MH. Odontogenic infections of the
réponse plus précoce, on peut associer un aminoside. Cette anti- fascial spaces. Head Neck Orofacial Infect 2016:203–21.
biothérapie est instaurée pour une durée de plus de 15 jours. Un [15] Pons J, Andreani JF. Cellulites aiguës diffuses de la face. Urgences
éventuel choc septique est prévenu ou corrigé. L’hospitalisation médico-chirurgicales. Paris: Éditions Scientifiques Lehmann/Couturier;
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du patient en service de réanimation est de règle. La place de
[16] Brunato D. Les cellulites d’origine dentaires : classification, étiologie,
l’oxygénothérapie [34] est discutée et n’a pas été évaluée de façon
bactériologie et traitement. [thèse dentaire], Université de Nancy, 2005.
randomisée. La chirurgie consiste en une mise à plat-drainage plus [17] Maurel G. Collections suppurées d’origine bucco-dentaire. Chir Maxil-
large à multiples lames de Delbet, une double incision latéro- ou lofac 1940;2:150–62.
médiale pour les cellulites du plancher buccal, une élimination des [18] Miconi M, Gallesio C, Berrone S. Clinico-therapeutic observations
tissus nécrotiques, un nettoyage abondant répété au sérum beta- of cases of odontogenic abscesses and phlegmons. Minerva Stomatol
diné et à l’eau oxygénée. « Il faut aérer les loges par les lames de 1991;40:641–9.
Delbet, luttant ainsi contre l’anaérobiose. » Les irrigations dans [19] Parhiscar A, Har-El G. Abcès cervicaux profonds : une revue rétrospec-
les jours qui suivent sont réalisées sous anesthésie générale afin tive de 210 cas. Ann Otol Rhinol Laryngol 2001;110:1051–4.
d’être abondantes. Elles permettent un bilan de l’extension des [20] DeCroos FC, Liao JC, Ramey NA, Li I. Management of odontogenic
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