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Lareolle : entre sourires et solitude

Lareolle, une étudiante de 21 ans, se sent isolée malgré son charme et son succès à l'université, où elle est entourée d'amis superficiels comme Fernanda et Ariel. Sa seule véritable amie, Élisa, lui offre un soutien sincère, mais Lareolle aspire à être vue pour qui elle est vraiment. Un jour, elle croise un garçon au regard compréhensif, ce qui marque le début d'une connexion authentique qui pourrait changer sa perception d'elle-même et des autres.

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Lareolle : entre sourires et solitude

Lareolle, une étudiante de 21 ans, se sent isolée malgré son charme et son succès à l'université, où elle est entourée d'amis superficiels comme Fernanda et Ariel. Sa seule véritable amie, Élisa, lui offre un soutien sincère, mais Lareolle aspire à être vue pour qui elle est vraiment. Un jour, elle croise un garçon au regard compréhensif, ce qui marque le début d'une connexion authentique qui pourrait changer sa perception d'elle-même et des autres.

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Chapitre 1: le visage du campus

Le portail noir de l’université privée s’ouvrait chaque matin sur un monde de façades :
sourires lisses, ambitions pressées, et regards calculés. Mais au milieu de ce théâtre
quotidien, il y avait une silhouette qui ne passait jamais inaperçue.

Lareolle.

Elle avait 21 ans, et chaque pas qu’elle faisait dans les couloirs du campus attirait l’attention
comme un projecteur sur une scène. Elle n’avait rien demandé, mais elle brillait. Une beauté
calme, naturelle, presque troublante. Ses yeux ne cherchaient pas à séduire — ils voyaient. Et
c’était peut-être ça, le problème.

Dans cette université de communication et d’organisation d’entreprise, elle excellait sans


trop d’efforts. Les professeurs l’adoraient, certains pour de mauvaises raisons. Les étudiants
la convoitaient, certains en silence, d’autres à coups de compliments déguisés. Elle était la
fille qu’on voulait approcher, qu’on voulait raconter dans les groupes d’amis, même si c’était
juste pour dire “je la connais”.

Mais ce que peu savaient, c’est que Lareolle ne se sentait pas spéciale. Elle se sentait seule.

Trop sociable pour dire non, trop intelligente pour ne pas comprendre quand on l’utilisait,
elle naviguait dans un monde où l’on souriait pour mieux obtenir. Mais elle gardait son
calme, comme si elle avait appris à lire les gens bien avant d’apprendre à s’aimer elle-même.

Et puis, il y avait Élisa.

Une lumière au milieu du brouillard. Leur amitié n’était pas née d’un besoin, mais d’une
rencontre sincère. Au détour d’un atelier de groupe, une remarque partagée sur la stupidité
des mises en scène sociales, et ça avait suffi. Depuis ce jour, elles étaient devenues
inséparables. Elles se comprenaient sans se juger. Elles riaient, se racontaient leurs peurs,
leurs rêves, et surtout, elles se protégeaient.
Mais même cette bulle avait des failles.

Fernanda par exemple. Toujours là quand il fallait prendre une photo, sortir en soirée, être
vue. Toujours souriante, mais jamais vraiment présente. Elle offrait une amitié en vitrine :
jolie, mais vide.

Et Ariel, la fille issue d’une famille stricte et bourgeoise, utilisait Lareolle pour s’échapper.
Quand elle voulait sortir sans que ses parents le sachent, c’était “je suis chez Lareolle”.
Quand elle voulait disparaître, elle se couvrait de son nom.

Lareolle savait tout ça. Elle le voyait. Mais elle ne disait rien. Pas encore.

Parce qu’au fond, elle espérait. Espérait qu’un jour, quelqu’un la verrait autrement. Pas
comme une image, pas comme une solution, pas comme une façade à utiliser… Mais comme
elle.

Et ce jour-là approchait.

Ce serait un regard. Un regard d’homme, pas comme les autres. Un regard qui ne chercherait
pas à posséder, mais à comprendre.

Un regard d’artiste.

Chapitre 2 : Élisa, l’âme sœur

Dans le tumulte des bavardages de couloirs, des rires artificiels, des groupes qui se forment
et se brisent selon les intérêts du jour, Lareolle n’avait qu’un seul repère inaltérable : Élisa.
Élisa, c’était la fille qu’on remarquait peu, mais qui voyait tout. Pas de maquillage
extravagant, pas de cris inutiles, pas de besoin d’exister à travers les autres. Elle observait,
analysait, et aimait en silence. Sa présence était douce, posée, sincère — comme un matin
calme après une nuit d’orage.

Leur amitié était née d’un rien. Un projet de fin de semestre où elles avaient été mises
ensemble par hasard. Lareolle s’attendait à devoir porter tout le travail seule, comme
d’habitude. Mais Élisa l’avait surprise. Elle écoutait. Elle proposait. Elle comprenait. Et
surtout, elle ne parlait jamais pour impressionner.

Ce jour-là, une étincelle avait jailli. Pas un feu d’artifice, non. Juste une lumière douce, stable.
Une promesse de sécurité.

Depuis, elles étaient devenues presque des sœurs. Elles se racontaient tout. Les histoires de
garçons, les trahisons discrètes, les rêves trop grands pour leur réalité actuelle. Elles avaient
même leur petit rituel : tous les vendredis après les cours, elles se retrouvaient dans un café
discret à deux rues du campus. Toujours à la même table. Toujours avec deux cappuccinos,
même si Lareolle n’aimait pas vraiment le sien.

Ce jour-là, justement, elles y étaient.

— Tu sais que Fernanda a encore essayé de m’impliquer dans son histoire avec le prof de
psycho ? soupira Lareolle en jouant avec sa cuillère.

— Elle est obsédée par l’attention. C’est pathologique à ce stade, répondit Élisa, le ton calme,
mais tranchant.

— Je sais pas pourquoi je lui réponds encore…

Élisa la fixa avec ce regard à la fois tendre et lucide qu’elle était la seule à avoir :

— Parce que tu veux croire qu’elle peut changer. Mais certaines personnes ne changent que
lorsqu’elles perdent ce qu’elles utilisent.
Lareolle ne répondit pas tout de suite. Elle regardait par la vitre. Les gens passaient, pressés,
bavards, perdus.

— Tu crois que je suis naïve ?

— Non, dit Élisa. Je crois que tu espères encore qu’on t’aime comme toi tu aimes.
Profondément. Sans agenda.

Lareolle sentit une petite boule se former dans sa gorge. Elle détourna les yeux.

— Un jour, quelqu’un va me voir, pas vrai ? Me voir pour de vrai ?

Élisa posa doucement sa main sur la sienne.

— Oui. Et quand ça arrivera, tu le sauras tout de suite. Parce que ce ne sera pas un regard de
conquête. Ce sera un regard qui t’écoute.

À cet instant précis, derrière la vitre du café, un garçon passait. Il n’avait rien d’exceptionnel
au premier regard : jean foncé, sac en bandoulière, écouteurs dans les oreilles, et un carnet à
la main. Mais quand il tourna brièvement la tête vers la table où elles étaient assises, son
regard croisa celui de Lareolle. Pas longtemps. Une seconde peut-être.

Mais il y avait eu cette chose étrange…

Ce silence lourd, ce vertige intérieur, cette sensation qu’on ne ressent qu’une fois.

Il ne sourit pas. Il ne détourna pas non plus les yeux.

Il la regarda comme on lit un poème qu’on ne comprend pas encore, mais qu’on sent déjà.

Et il continua son chemin.


Lareolle, immobile, sentit son cœur battre autrement.

Elle ne le savait pas encore, mais elle venait de croiser son parolier.

Chapitre 3 : Les masques de l’amitié

Le campus avait une étrange manière de mettre les gens en scène. Chacun jouait un rôle,
bien souvent sans s’en rendre compte. Et Lareolle, malgré sa lucidité, s’était laissée entraîner
dans certaines pièces qu’elle n’aurait jamais voulu jouer.

Fernanda était une actrice de haut niveau. Elle riait toujours trop fort quand quelqu’un
passait, ajustait ses poses sur les bancs comme si une caméra invisible filmait sa vie. Avec
Lareolle, elle avait su se montrer flatteuse, disponible, “gentille”. Toujours présente quand il
fallait faire une story Instagram, quand il fallait briller en public.

Mais quand Lareolle se sentait mal, ou quand elle tentait de parler de choses plus profondes,
Fernanda disparaissait.

Elle avait une manière bien à elle de détourner les conversations, de faire croire qu’elle
s’intéressait, pour mieux ramener le sujet à elle-même.

Un jour, dans les toilettes du bâtiment administratif, Lareolle avait surpris une conversation
entre Fernanda et deux autres filles de leur classe.

— Elle se croit spéciale parce que tout le monde la regarde. Mais au fond, elle est seule. Et
elle s’accroche à moi comme si j’étais sa bouée…

Ces mots avaient été comme un coup dans l’estomac.

Mais Lareolle, encore une fois, n’avait rien dit. Elle était sortie des toilettes comme si elle
n’avait rien entendu. Elle avait souri à Fernanda, comme si le masque n’avait pas glissé.

Et puis il y avait Ariel.


Ariel était brillante. Fille d’un haut fonctionnaire, toujours bien habillée, bien parlée, bien
éduquée. Ses parents étaient stricts, le genre à appeler chaque soir pour savoir où elle était,
avec qui, pourquoi.

Alors elle avait trouvé en Lareolle le paravent idéal.

— Dis-leur que je dors chez toi ce soir, stp…

— Tu peux juste leur dire que t’étais avec moi, ils me font confiance, tu sais bien…

Lareolle acceptait. Elle ne voulait pas créer de problèmes, ni passer pour celle qui ne rend
pas service. Mais au fond d’elle, chaque mensonge d’Ariel sonnait comme une trahison
silencieuse.

Une nuit, Ariel était sortie à une fête dans une villa privée. Trop d’alcool, trop de monde, trop
de risques. Lareolle avait attendu, inquiète. À 3h du matin, un appel.

— Tu peux m’envoyer un message vocal où tu dis que j’étais avec toi toute la soirée ? Ils vont
me tuer sinon…

Lareolle avait failli refuser. Mais elle l’avait fait.

Le lendemain, Ariel n’avait même pas dit merci.

Ce jour-là, Élisa lui avait dit quelque chose qu’elle n’oublia jamais :

— Tu ne peux pas sauver des gens qui se servent de toi pour se noyer plus vite.

Et pourtant, malgré tout ça, malgré les masques et les blessures qu’elle sentait sous la peau,
Lareolle continuait à tendre la main.
Parce qu’au fond, elle ne voulait pas ressembler aux autres.

Elle voulait croire qu’un peu de vérité pouvait survivre dans ce théâtre d’ombres.

Mais depuis ce regard échangé au café, quelque chose avait changé en elle.

Elle repensait à ce garçon inconnu au carnet, au regard différent, presque poétique.

Elle ne connaissait pas son nom. Elle ne savait rien de lui.

Mais pour la première fois depuis longtemps, elle avait envie de chercher.

Pas pour être vue.

Mais pour voir, elle aussi.

Et dans les jours qui suivirent, elle allait comprendre que parfois, l’amour ne vient pas
frapper à la porte — il glisse doucement dans les interstices d’un quotidien fatigué.

Et change tout.

Chapitre 5 : La veille

C’était un soir calme, un peu trop calme pour un cœur agité. Le ciel tirait vers le mauve, et le
campus baignait dans cette lumière dorée que seuls les crépuscules de mi-saison savent
offrir.

Lareolle avait passé la journée à repousser l’envie d’aller lui parler. Elle l’avait aperçu à
plusieurs reprises, toujours assis dans un coin, carnet à la main, casque autour du cou.
Silencieux, détaché, mais curieusement présent.

Et puis elle s’était décidée.

Un pas. Puis un autre. Jusqu’à être là, devant lui.

— Salut…
Il releva la tête, légèrement surpris, mais sans cette gêne qu’ont souvent les gens dérangés
dans leur monde. Il la reconnut tout de suite. Son regard resta posé sur elle quelques
secondes de plus que nécessaire. Le genre de regard qui n’observe pas pour juger, mais pour
comprendre.

— Salut.

Elle chercha ses mots, maladroitement, mais elle ne voulait pas rater cette occasion.

— Demain… c’est mon anniversaire. Et je me suis dit que… j’aimerais bien te parler un peu
avant.

Un silence doux s’installa. Il la fixa, l’air intrigué, puis sourit, de ce sourire discret mais
honnête.

— Alors t’as bien fait de venir.

Elle rit doucement, soulagée. Il posa son carnet sur le banc à côté de lui.

— Tu veux t’asseoir ?

Elle s’installa, un peu nerveuse, mais curieuse. Ils échangèrent quelques phrases simples.
Rien de profond encore, mais déjà, il y avait quelque chose qui passait.

Une manière de parler qui n’avait rien à prouver. Une fluidité nouvelle. Lareolle se sentait
étonnamment à l’aise. Elle ne cherchait pas à séduire, ni à impressionner. Elle voulait juste
partager l’instant.

Au bout de quelques minutes, c’est lui qui lança :

— Tu veux qu’on reste en contact ?


Elle haussa les épaules, avec un sourire mi-timide, mi-taquin.

— C’était un peu l’idée, oui.

Il sortit son téléphone.

Elle dicta son numéro.

Il le nota sous un seul mot : “Elle”. Sans prénom. Juste Elle.

— Je t’enverrai un message demain, dit-il.

— T’as intérêt, répondit-elle, feignant le ton léger mais le cœur battant.

Avant de partir, elle se retourna une dernière fois.

— Parolier… c’est comme ça qu’on t’appelle, non ?

— C’est ce que les gens disent, oui.

— Et toi, tu t’appelles comment ?

Il haussa les épaules.

— Appelle-moi comme tu veux. L’essentiel, c’est que tu continues à le faire.

Elle partit le sourire au coin des lèvres, l’esprit flottant entre les nuages et les lignes invisibles
qu’il venait d’écrire sans toucher de stylo.

Demain, elle aurait 22 ans.

Mais ce soir-là, elle se sentait déjà différente.


Peut-être que le plus beau des cadeaux, c’était une rencontre qu’on n’attendait plus.

Chapitre 6 : Le matin de son anniversaire

Le soleil perçait à peine à travers les rideaux de sa chambre. Le silence ambiant, à peine brisé
par le chant d’un oiseau curieux, donnait à ce matin une texture étrange. C’était le jour. Le
22.

Lareolle ouvrit lentement les yeux.

Pas de cris de surprise, pas de gâteau, pas de guirlandes. Juste elle, son souffle, et ce léger
pincement au cœur qu’elle ressentait chaque année à la même heure. Cette impression de
solitude, même au milieu des “joyeux anniversaire” programmés.

Elle attrapa son téléphone sur la table de chevet.

Des messages, oui. Beaucoup. Certains attendus, d’autres automatiques. Elisa lui avait
envoyé une vidéo mignonne la veille à minuit. Fernanda avait posté une story la
mentionnant, comme pour valider son statut d’“amie”. Ariel avait simplement écrit “HB
Lare”, suivi de cœurs.

Mais un message attira son attention immédiatement.

Un nouveau contact.

Nom enregistré : Parolier.

Elle sentit un frisson monter en elle. Elle ouvrit le message.

“Ce matin, t’as un an de plus.


Mais pour moi, c’est le jour où t’es apparue pour de vrai.

T’es pas juste une silhouette sur un campus, ni une muse qu’on regarde de loin.

Aujourd’hui, je te souhaite pas juste un bon anniversaire.

Je te souhaite de te sentir vivante.

Pour ce que tu es. Pour ce que tu caches.

Et si un jour t’as besoin d’un texte, d’un silence ou juste d’une présence,

moi je suis là.

– Parolier.”

Elle relut le message plusieurs fois, comme si chaque mot avait une chaleur propre, une
intention sincère. Il n’y avait ni flatterie, ni masque. Juste une vérité simple, posée là, dans
son téléphone, comme un sourire déposé au creux de son matin.

Elle resta allongée quelques minutes, téléphone contre sa poitrine, les yeux ouverts vers le
plafond.

Pour une fois, elle ne se sentait pas obligée de répondre à tous les autres.

Elle n’avait pas besoin de prouver qu’elle existait.

Elle existait déjà dans les mots de quelqu’un qui l’avait vraiment vue.

Elle se leva, mit de la musique douce, se servit un café. Ce matin-là, elle prit le temps. Elle
n’était pas pressée de sortir, de jouer un rôle, de sourire pour les photos.

Elle savait qu’aujourd’hui n’était pas qu’un anniversaire.

C’était peut-être le début de quelque chose.


Chapitre 7 : Ce que les voix révèlent

La journée avait été douce, presque irréelle.

Lareolle avait reçu des messages, des appels, des gestes d’attention plus ou moins sincères.
Elisa l’avait invitée à dîner en petit comité, mais elle avait décliné gentiment. Elle voulait
garder ce moment pour elle. Ou plutôt, pour lui.

Le message du matin ne quittait pas son esprit. Elle l’avait relu au moins dix fois, le cœur
battant. Elle ne savait pas si elle devait répondre. Si elle devait attendre. Mais le destin — ou
la volonté discrète de Parolier — fit le premier pas.

Son téléphone vibra.

Appel entrant : Parolier.

Elle hésita à peine.

— Allô ?

Sa voix à lui était basse, calme, posée.

— J’espérais pas tomber sur la messagerie.

— Tu tombes sur moi en vrai, répondit-elle, un sourire dans la voix.

Un léger silence suivit. Mais ce n’était pas un silence gênant. C’était un silence habité.

— T’as passé une belle journée ?

— Pas trop mal. Différente… Tu sais, ton message ce matin…


— T’as aimé ?

— J’ai pas seulement aimé. Je l’ai senti. J’ai eu l’impression qu’on m’écrivait pour la première
fois sans essayer de m’impressionner.

Il rit doucement à l’autre bout.

— C’est drôle que tu dises ça. J’ai pas écrit pour te séduire. J’ai écrit parce que j’avais rien
d’autre à offrir que la vérité.

Elle resta silencieuse un instant. Ce genre de phrases, on n’en entendait pas tous les jours.

— Tu fais souvent ça ?

— Écrire ? Tout le temps.

— Non. Parler comme ça. Être aussi vrai.

Un petit temps. Puis sa voix :

— Non. Je le fais pas souvent. Peut-être parce que j’attendais quelqu’un capable d’entendre.

Ils parlèrent longtemps. De choses simples : la pluie fine de ce soir-là, les vieux films qu’ils
aimaient, les silences qui font du bien. Elle apprit qu’il vivait avec sa grand-mère depuis qu’il
était petit. Qu’il écrivait toujours la nuit, parce que le jour le fatiguait. Qu’il écoutait les gens
plus qu’il ne parlait.

Elle lui raconta un peu d’elle, aussi. Pas trop. Juste assez pour qu’il comprenne qu’elle n’était
pas qu’un visage joli dans un couloir d’université. Qu’il y avait des failles, des fatigues, des
rêves pas encore osés.
Leurs voix s’échangeaient comme des confidences, sans pression, sans but précis. Juste pour
le plaisir de se trouver, de se reconnaître.

— Tu crois qu’on se connaît déjà un peu ? demanda-t-elle.

— Je crois qu’on commence à se voir, répondit-il.

La conversation dura une heure. Peut-être deux. Elle ne savait plus. Mais lorsqu’elle
raccrocha enfin, un peu avant minuit, elle se sentit légère.

Comme si, pour la première fois, on lui parlait à elle. Pas à ce qu’elle représentait.

Ce soir-là, elle ne rêva pas. Elle n’en avait pas besoin.

Elle avait déjà entendu quelque chose de plus précieux que tous les rêves : une voix sincère,
au bout du fil, qui ne cherchait rien d’autre que d’exister avec la sienne.

Chapitre 8 : Ce que les autres voient

Le lendemain, le soleil s’était levé trop vite.

Lareolle se sentait bien, pourtant. Étrangement paisible, comme si la conversation de la veille


avait allégé quelque chose en elle, comme si ses épaules portaient enfin un peu moins de
regards étrangers.

Mais sur le campus, tout allait vite. Trop vite.


Au détour d’un couloir, elle croisa Ariel, lunettes noires sur le nez, téléphone collé à l’oreille,
faussement préoccupée. Elle jeta un regard rapide à Lareolle, puis murmura à son
interlocuteur :

— Ouais, je t’ai dit, elle parle à un gars chelou là. Un artiste ou je sais pas quoi… Il est chelou,
genre silencieux, tu vois ?

Lareolle n’eut pas besoin d’entendre le reste. Elle connaissait Ariel par cœur. Le genre de fille
qui aimait les secrets pour mieux les retourner. Qui souriait en façade, mais notait tout dans
un carnet invisible, prêt à servir.

Un peu plus loin, c’est Fernanda qui s’approcha, son air habituellement mielleux sur le visage.

— Hey Laree ! J’ai entendu dire que t’avais passé ton anniversaire au téléphone toute la
soirée ?! C’est qui le chanceux ?

Elle jouait la curieuse bienveillante, mais Lareolle sentit l’aiguille cachée dans la douceur. Elle
sourit à peine, répondit sans répondre :

— Un garçon qui sait écouter. C’est rare, non ?

Fernanda força un rire gêné, avant de changer de sujet. Mais le poison avait été distillé :
Lareolle n’était plus “disponible”. Et ça, pour certaines filles du campus, c’était une alerte
rouge.

Et puis il y avait les garçons. Ceux qui avaient toujours vu en elle une distraction, un défi, une
rumeur qui circule. Les regards avaient changé. Moins confiants, plus interrogateurs. On
murmurait des choses sur son passage, des choses vagues, fausses, mais insistantes.

— Elle traîne avec ce type bizarre qui écrit tout le temps, là.

— C’est sûr que c’est pas un gars pour elle, regarde-la.


— Ou alors elle cherche juste à inspirer une chanson, tu connais les filles.

Mais elle, elle marchait, droite, silencieuse. Elle ne répondait pas. Pas cette fois.

À midi, alors qu’elle était assise seule sur un banc derrière le bâtiment principal, elle reçut un
message.

Parolier :

“Je sais que le monde va se retourner un peu.

Mais tant que t’es droite, les rumeurs finiront par tomber.

Moi, je suis là. Pas pour jouer. Juste pour te connaître.

Continue à être toi.”

Elle ferma les yeux un instant.

Il savait. Il avait senti.

Et il n’avait pas fui.

Elle répondit simplement :

“Je suis là aussi. Et je bouge pas.”

Chapitre 9 : Le monde en sourdine

C’était un dimanche d’après-midi, calme et suspendu.

Parolier lui avait proposé un lieu. Pas un café bondé, pas un centre commercial bruyant. Juste
un petit parc caché derrière la vieille bibliothèque municipale, là où presque personne ne
venait. Un banc en bois, un sentier de gravier, quelques arbres fatigués. Le genre d’endroit
qu’on trouve quand on cherche un peu plus loin que tout le monde.

Lareolle était arrivée la première. C’était rare. D’habitude, elle se faisait attendre. Mais
aujourd’hui, elle n’avait pas envie de le faire patienter. Pas lui.

Il arriva dix minutes plus tard, une feuille dans la main, une écharpe autour du cou, le regard
un peu fatigué mais toujours aussi net.

— T’attends depuis longtemps ?

— Assez pour me dire que ça valait la peine d’attendre.

Il sourit.

Elle s’installa sur le banc à ses côtés, sans qu’aucun mot ne soit nécessaire. Le silence entre
eux n’avait rien de vide. C’était un espace doux, comme un souffle partagé.

— Tu sais que depuis que tu m’as écrit, j’entends les autres parler de toi tout le temps ? dit-
elle.

— Je sais. Les rumeurs sont des musiques que je n’écoute plus.

Elle le regarda, un peu étonnée.

— T’es toujours comme ça ? Détaché ?

Il baissa les yeux vers la feuille qu’il tenait.

— Pas détaché. Sélectif. Je préfère donner mon attention à ce qui compte. À ce qui me fait du
bien.
Il lui tendit la feuille.

— Tiens.

Elle la prit. Dessus, quelques lignes, écrites à la main. Un poème. Un peu de lui, posé sur le
papier.

“Tu marches comme on rêve, sans t’excuser.

Tu parles peu, mais tu dis tout.

Et moi, dans ce silence que tu laisses,

j’écris ce que les autres oublient de voir.”

Elle relut, puis relut encore. Les mots étaient simples. Mais ils portaient quelque chose.
Quelque chose qu’aucun compliment ne lui avait jamais donné : la sensation d’être vraiment
vue.

— Tu m’as écrite, murmura-t-elle.

— Je t’ai ressentie.

Le vent se leva doucement. Une feuille tomba entre eux. Elle la ramassa et la posa sur ses
genoux.

Ils parlèrent un peu, de livres, de souvenirs d’enfance, de moments où ils s’étaient sentis
seuls au milieu des autres. Mais le plus marquant, ce fut la façon dont leurs regards se
croisaient entre les phrases.

Aucun jeu. Aucune attente.

Juste deux âmes qui avaient trouvé un endroit tranquille pour respirer ensemble.
Quand le ciel commença à rosir, elle se leva doucement.

— On se reverra ?

— Je ne vis que dans l’idée qu’on se revoie, répondit-il.

Elle s’éloigna en silence.

Et pour la première fois depuis longtemps, elle ne regarda pas derrière elle.

Elle savait qu’il était encore là. Pas seulement assis sur le banc. Mais là, en elle. Dans un
recoin qu’aucun autre n’avait su atteindre.

Chapitre 10 : Les ombres derrière les sourires

Lareolle le sentait. Quelque chose avait changé dans l’air du campus. Ce n’était pas juste les
regards — c’était les non-dits, les soupirs étouffés quand elle passait, les chuchotements trop
coordonnés. Quelqu’un avait lancé quelque chose. Et ça prenait.

Elle croisa Fernanda en sortant de son cours de gestion. Comme d’habitude, elle arborait son
grand sourire impeccable, celui qu’elle sortait dans les moments stratégiques.

— Coucou ma belle, t’as vu ce qui circule sur toi ?

Lareolle haussa un sourcil, intriguée mais prudente.

— Non, dis-moi.
Fernanda sortit son téléphone, ouvrit une note audio qui tournait sur un groupe privé… et
appuya sur lecture. Une voix masculine, méprisante :

“Franchement, vous croyez vraiment qu’une fille comme Lareolle peut se contenter d’un mec
comme lui ? C’est juste une phase. Elle joue à la fille sensible. Bientôt elle reviendra vers ceux
qui la traitent comme elle aime.”

Puis une autre voix, féminine cette fois, plus douce mais encore plus pernicieuse :

“Elle se fait passer pour une fille différente. Mais c’est qu’une façade. Elle s’en sert du garçon,
c’est tout. Elle va l’écraser.”

Lareolle sentit une chaleur froide l’envahir. Une sorte de dégoût, mêlé à une pointe de
tristesse. La violence n’était pas dans les mots seuls, mais dans leur intention. C’était
personnel. Viscéral.

— Et tu sais quoi ? ajouta Fernanda. Ça vient du cercle du garçon, là… ton parolier.
Apparemment certains de ses potes veulent te tester.

Elle garda un visage neutre, mais à l’intérieur, elle se fissurait.

Pourquoi maintenant ? Pourquoi eux ?

Ce soir-là, elle ne rentra pas chez elle tout de suite. Elle s’assit seule sous un arbre du
campus, son téléphone en main. Elle hésitait. Devait-elle lui en parler ? Devait-elle fuir avant
d’être blessée pour de bon ?

Elle finit par l’appeler. Une sonnerie. Deux. Trois. Il décrocha.

— Lareolle ?

Elle ne parla pas tout de suite. Sa voix à lui suffisait à calmer un peu la tempête.
— Il faut que je te demande quelque chose. Et sois honnête.

— Toujours.

— Tes amis… certains d’entre eux parlent dans mon dos. De toi. De moi. Ils cherchent à me
piéger ? À salir ce qu’on essaie de construire ?

Un silence. Puis sa voix, grave, un peu tendue.

— Je m’en doutais. Ils comprennent pas ce que je ressens. Et parfois, quand les gens ont peur
de perdre le contrôle, ils salissent ce qu’ils ne comprennent pas.

Elle soupira.

— Ils ont dit que j’étais un rôle. Que je te manipulais. Que j’allais te détruire.

— Je sais que t’es pas ça. Je sais ce que je vois en toi. Et je suis pas aveugle aux manigances.
Mais tu dois me promettre une chose.

— Laquelle ?

— De ne pas les laisser te définir. C’est toi qui décides ce que tu vaux. Pas eux.

Elle sentit les larmes monter. Pas de tristesse. De soulagement. Il ne doutait pas. Pas une
seconde.

Et dans ce chaos de langues sales, de jeux malsains, une chose brillait plus fort que le reste :

la certitude qu’il était avec elle. Vraiment.


Chapitre 11 : Quand les voix s’interposent

Parolier marchait seul dans l’allée qui menait à l’amphithéâtre. Il avait sa casquette enfoncée
bas sur le front, ses écouteurs dans les oreilles, mais il n’écoutait pas de musique. Pas
aujourd’hui.

Il réfléchissait.

À elle. À eux.

Et à ce qu’il entendait depuis des jours.

Alors qu’il allait franchir les portes, il vit Caleb et Zayn, deux de ses plus anciens potes du
campus, l’attendre adossés contre le mur. Leurs regards étaient fermés, leurs bras croisés. Ils
ne souriaient pas.

— On peut te parler ? dit Caleb.

Parolier retira un écouteur, hocha la tête. Il savait. Il avait deviné.

— Tu comptes vraiment continuer avec cette fille ? enchaîna Zayn. Lareolle ?

— Oui, répondit Parolier. Simple. Droit.

Caleb soupira, presque agacé.


— T’es pas comme ça d’habitude. Depuis qu’elle est là, t’es ailleurs. Tu réponds plus à nos
messages, tu déclines les soirées, t’écris que pour elle…

— Parce que je ressens quelque chose de vrai. Vous devriez le comprendre.

Zayn s’approcha d’un pas, plus dur.

— On essaie justement de te protéger. Elle attire les regards, les profs, les mecs du campus.
Tu crois qu’elle est sincère ? C’est une joueuse, Parolier. Une fille comme ça ne reste pas avec
un gars comme toi.

La phrase claqua comme une gifle. Mais Parolier ne broncha pas. Il fixa Zayn sans ciller.

— Tu crois savoir pour qui elle est faite ?

— On sait reconnaître les histoires dangereuses. Et la tienne va te laisser seul et vidé. On a vu


ce genre de filles avant. Elles brillent. Puis elles brûlent tout.

Caleb renchérit :

— On t’a vu tomber pour moins que ça. Mais cette fois, on te le dit avant : elle va te faire
perdre ce que t’es. Ton art. Ta vision. Ton calme.

Parolier se tut un instant. Il regarda ses deux amis, ceux avec qui il avait ri, partagé des
débuts de texte, rêvé de scènes et de micros ouverts.

Puis il répondit, sa voix calme mais ferme :

— Je n’ai jamais été aussi proche de moi-même que depuis qu’elle est entrée dans ma vie.
Elle ne me détourne pas. Elle m’ancre. Elle me pousse à écrire vrai. À ressentir plus fort.
Un silence s’abattit. Ni Caleb ni Zayn ne répondirent.

— Je sais que vous croyez me protéger. Mais ce que vous faites, c’est saboter un truc qui
vous dépasse. Elle vous fait peur parce qu’elle me fait changer. Mais c’est mon choix. Ma
lumière. Pas la vôtre.

Il remit son écouteur. Fit un pas en arrière. Et conclut sans les regarder :

— Si vous tenez vraiment à moi, vous respecterez ce que je ressens. Sinon… alors peut-être
qu’on a jamais été aussi proches que je le croyais.

Puis il s’éloigna, le cœur un peu lourd, mais la colonne droite.

Pour la première fois, il avait préféré son bonheur à leur approbation.

Chapitre 12 : Le silence qui parle

Lareolle n’avait pas entendu parler de Parolier depuis deux jours.

Deux jours de silence, après des semaines de conversations constantes. C’était inhabituel.
Inquiétant.

Mais elle s’était retenue d’envoyer un message. Par pudeur. Ou par peur d’en recevoir un qui
ferait mal.

Ce fut Élisa qui, comme souvent, vint jeter une lumière sur les ombres.

— Tu sais que ton Parolier a confronté ses amis à cause de toi ? lui glissa-t-elle au détour d’un
couloir.
Lareolle se figea.

— Qu’est-ce que tu dis ?

Élisa, toujours au courant de ce qui se dit mais jamais de celles qui colportent, regarda
autour, s’approcha.

— Il s’est embrouillé avec Caleb et Zayn. Ils voulaient qu’il coupe les ponts avec toi. Il a
refusé. Et pas juste un “non merci” poli. Il leur a dit qu’il choisissait de rester avec toi. Même
si ça voulait dire les perdre.

Le cœur de Lareolle se serra. Fort.

Elle ne s’était pas attendue à ça. Elle savait que certains autour de Parolier murmuraient.
Mais jamais elle n’aurait imaginé qu’il ait dû faire un choix aussi frontal. Et qu’il l’ait fait…
pour elle.

En sortant du bâtiment, elle marcha sans réfléchir, comme tirée par une force douce mais
urgente. Elle traversa le campus, ses pas la guidant jusqu’au petit amphithéâtre extérieur où
il venait souvent écrire seul. Et il était là. Assis sur les marches. Un carnet sur les genoux. Un
stylo entre les doigts.

Il leva les yeux. Il la vit. Et il sourit, sans chercher à cacher ce qu’il ressentait.

Elle s’approcha. Lentement. Le regard plongé dans le sien.

— Tu t’es battu pour moi, dit-elle, sans détour.

Il referma son carnet.


— Pas pour toi seulement. Pour nous. Pour ce que je ressens quand je suis avec toi. J’allais
pas laisser le monde décider à ma place.

Elle s’assit à côté de lui, en silence. Puis elle posa sa tête sur son épaule.

— T’as pas idée de ce que ça me fait. On dirait que t’as protégé quelque chose en moi que
j’avais presque oublié d’aimer.

— Ton cœur ?

— Mon droit d’être aimée sans être crainte, ni jugée, ni utilisée.

Il ne répondit pas. Il l’entoura simplement de son bras, et ensemble, ils restèrent là. Pas
besoin de mots. Tout avait déjà été dit.

Dans le bruit des feuilles et le calme du soir, Lareolle comprit qu’elle n’était plus seule.

Et que parfois, l’amour vrai, ce n’est pas celui qui promet, mais celui qui choisit. Même quand
c’est compliqué.

Surtout quand c’est compliqué.

Chapitre 13 : Les mains sales derrière les sourires

Le soleil tombait doucement sur les toits du campus quand Fernanda s’invita dans la
chambre de Lareolle, sans prévenir.

Comme d’habitude.
— Coucou ma beauté, j’passais juste dire bonsoir, dit-elle, en forçant un sourire qu’elle
croyait sincère.

Lareolle, fatiguée mais paisible, lui répondit calmement.

— Salut, entre. Je t’offre un thé ?

— Oh non merci, j’fais que passer. J’ai entendu des trucs et je voulais pas que ça te tombe
dessus brutalement.

Le ton avait changé. Moins amical. Plus aiguisé.

Lareolle s’assit, croisa les bras.

— Je t’écoute.

Fernanda sortit son téléphone, comme une arme.

Une série de captures d’écran. Des messages d’un ancien flirt de Lareolle, tordus, recollés
dans un ordre précis pour insinuer. Elle montrait, pointait, souriait. L’air de rien.

— Tu sais, les garçons sont tous les mêmes… Et les artistes encore plus. Parolier, il est peut-
être gentil maintenant, mais attends un peu qu’il t’ait dans la paume. Tu crois qu’il t’a dit
toute la vérité ?

— Quelle vérité ? demanda Lareolle, déjà sur la défensive.

— Par exemple, qu’avant toi, il parlait à une autre fille ? Une fille de ton programme ? Et qu’il
écrivait pour elle aussi ?

Elle laissa la bombe tomber. Elle attendait une fissure. Une colère. Une peur.
Mais Lareolle ne broncha pas.

Elle inspira, profondément.

— Même s’il y a eu une autre avant moi, je préfère quelqu’un qui a vécu, aimé, et choisi de
recommencer… que quelqu’un qui prétend être pure alors qu’elle poignarde dans le dos.

Fernanda cligna des yeux.

Touchée. Pas coulée.

— Tu changes, Lareolle. Tu deviens distante. Moins disponible. Tu crois que c’est ça l’amour ?
T’éloigner de celles qui t’entouraient avant ?

— Celles qui “m’entouraient” ou celles qui m’enfermaient ?

Le silence se fit. Chargé.

— Je vois, lâcha Fernanda, presque vexée. T’as choisi ton camp.

— J’ai juste arrêté de croire qu’on me voulait du bien juste parce qu’on me souriait.

Fernanda partit sans dire au revoir.

Et cette fois, Lareolle ne la retint pas.

Elle ferma la porte. S’adossa contre le mur.

Son cœur battait vite, mais il battait clair.

Elle était prête à se tenir debout. Même seule. Mais elle savait qu’elle ne l’était plus
vraiment.
Chapitre 14 : Celle qui utilisait

Il était presque 20 heures quand Ariel envoya un message.

« Hey ma belle, t’es libre ce soir ? J’ai besoin que tu me rendes un petit service, encore. »

Encore.

Toujours ce mot.

Lareolle soupira. Elle était assise dans sa chambre, un livre sur les genoux, une playlist douce
en fond. Son téléphone vibrait encore, mais cette fois… elle hésita à répondre.

Depuis quelque temps, Ariel ne l’appelait plus pour parler, pour rire ou partager un vrai
moment. Seulement pour couvrir, masquer, détourner. Lareolle était devenue une alibi. Une
protection.

Mais elle n’était plus d’accord.

Elle appuya sur “appeler”. Ariel décrocha presque aussitôt.

— Aaaah enfin ! dit-elle. Dis, j’ai dit à ma mère que j’étais chez toi. Si elle appelle, tu peux
assurer ? Juste pour ce soir. J’suis chez Daryl, tu sais bien…

Lareolle resta silencieuse.

— Lareolle ?
— Tu sais que je t’aime bien Ariel. Mais j’suis pas ton masque. Ni ta solution rapide. Ça m’a
déjà mise mal à l’aise plusieurs fois, et tu n’as jamais vraiment demandé si j’étais d’accord. Tu
m’as imposé des rôles comme si c’était normal.

Ariel rit. Un rire nerveux.

— Oh mais c’est pas si grave, tu l’as toujours fait. Pourquoi tu changes d’un coup ? C’est à
cause de ce gars, hein ? Ce Parolier qui te monte la tête ?

Lareolle se redressa, plus droite dans sa voix que jamais.

— Non. C’est à cause de moi. Parce que je mérite mieux que d’être un plan B dans la vie des
gens. Parce que je veux qu’on m’aime pour ce que je suis, pas pour ce que je peux camoufler.
T’as pas besoin de moi pour mentir à ta mère. Assume, Ariel. Comme moi j’assume de ne
plus vouloir jouer ton rôle.

Un silence s’installa. Long. Inconfortable.

Puis Ariel souffla :

— Tu vas perdre tout le monde en parlant comme ça.

— Peut-être. Mais je vais enfin me retrouver moi-même. Et ceux qui restent, ce seront les
vrais.

Elle raccrocha. Tranquillement. Sans colère.

Elle se leva, ouvrit la fenêtre. L’air frais entra dans la pièce, comme une autre façon de
respirer.

Elle réalisa qu’en coupant les fils qui l’attachaient aux autres, elle ne tombait pas.
Elle s’élevait.

Chapitre 15 : Là où les regards parlent

Le soir tombait sur le campus.

Ce genre de soirée où le ciel se pare de rose et de bleu pâle, où les lampadaires s’allument
avant que l’obscurité ne s’impose vraiment.

C’est dans cette lumière floue que Lareolle marchait.

Elle avait passé la journée à couper des liens.

Pas dans la colère, ni la haine.

Mais dans la clarté.

Et maintenant, sans prévenir, elle avait envie de le voir.

De voir Parolier.

Pas pour lui raconter. Pas pour demander. Juste pour être avec lui.

Elle savait où il serait.

Toujours ce même coin du jardin derrière la cafétéria, là où personne n’allait vraiment.

Elle l’y trouva, dos contre le mur, casque sur les oreilles, regard perdu dans un carnet. Il
écrivait. Ou il pensait. Ou il se taisait.

Elle s’approcha, doucement. Il leva les yeux.

Et là, sans un mot, il retira son casque.

Elle s’assit à côté de lui.


— T’as disparu, dit-il doucement.

— J’étais là. Juste… ailleurs.

— T’as l’air différente.

Elle le regarda.

— Je suis différente. J’ai enfin compris que ceux qui t’entourent ne sont pas toujours ceux qui
te portent. J’ai dû trier. Et ça fait mal, mais c’est nécessaire.

Il la fixa. Intensément.

Comme s’il la regardait pour la première fois.

— Tu rayonnes autrement aujourd’hui. C’est pas ton visage. C’est ton âme.

Elle sourit.

— Et toi, t’as tenu tête pour moi. T’as perdu des gens que t’appelais “frères”.

— Oui. Et tu sais quoi ? Je ne regrette rien. Parce que maintenant, quand je t’écris, j’sais que
c’est vrai. J’sais que c’est solide. On peut bâtir là-dessus.

Elle hocha la tête. Puis s’approcha, posa sa tête contre son épaule. Comme si c’était sa place.
Sa maison.

— Tu me promets rien ? demanda-t-elle.

— Rien, sauf d’être moi. Entier. Et de t’aimer sans faire semblant.


— Alors ça me suffit.

Et dans ce coin reculé, loin des regards, loin des mensonges et des chaînes invisibles, ils se
retrouvèrent.

Non pas pour fuir le monde.

Mais pour affronter la vie, ensemble.

Chapitre 16 : Sous l’œil du professeur

Le professeur Donnavan était un homme de pouvoir.

Respecté sur le campus, craint même par certains, il enseignait la stratégie d’organisation et
dirigeait plusieurs projets d’entrepreneuriat avec les meilleurs étudiants de l’université.

Depuis le premier semestre, il avait repéré Lareolle.

Pas seulement pour ses notes.

Mais pour ce qu’elle dégageait.

Cette prestance naturelle. Ce charisme discret. Ce mélange d’assurance et de mystère.

Et peut-être aussi… pour sa beauté.

Ce jour-là, après son cours, il la retint à la fin.

— Mademoiselle Lareolle. Un instant, s’il vous plaît.

Elle s’arrêta. Légèrement méfiante.


— Oui, Monsieur ?

Il lui tendit une feuille.

— C’est une opportunité. Un programme d’immersion en entreprise. Vous seriez encadrée


directement par moi. Vous avez le profil parfait. Mais… il faudra que vous soyez disponible.
Très disponible.

Elle lut entre les lignes. Ce n’était pas juste une offre. C’était une invitation à entrer dans son
orbite.

— Merci, je vais y réfléchir, répondit-elle, poliment.

— Je préférerais une réponse rapide. D’ici demain. Et… un conseil : ce genre d’occasion ne se
partage pas avec n’importe qui. Il y a des gens qui pourraient freiner votre ascension. Des
distractions. Des fréquentations peu stratégiques.

Il ne disait pas son nom.

Mais elle savait.

Parolier.

Elle le remercia, sortit, et s’isola dans un couloir vide.

Elle composa un message.

“Il y a un truc que je dois te dire. Un professeur m’a proposé un programme important… mais
il te vise, sans te nommer. Il veut que je choisisse entre cette opportunité et… toi.”

La réponse de Parolier arriva quelques minutes plus tard.


“Je suis fier de toi. Et je te soutiendrai, quoi que tu choisisses. Mais je ne veux jamais être
celui qui freine tes ailes. Promets-moi juste de choisir ce qui te ressemble, pas ce qu’ils
veulent faire de toi.”

Les yeux de Lareolle se remplirent doucement.

Pas de tristesse.

D’admiration.

Elle savait ce qu’elle avait à faire.

Mais elle allait prendre cette décision pour elle.

Pas pour impressionner. Ni pour défier.

Juste pour être fidèle à celle qu’elle devenait.

Chapitre 17 : Dans la gueule du jeu

Le lendemain matin, Lareolle entra dans le bureau du professeur Donnavan.

L’endroit était à son image : froid, impeccable, trop bien rangé pour être sincère. Il lui fit
signe de s’asseoir, un sourire presque satisfait au coin des lèvres.

— Vous avez pris votre décision, j’espère ?

Elle le fixa, droite, calme.

— Oui. J’accepte.

Il acquiesça, l’air de triompher déjà. Mais elle ajouta, posant les mots comme des pierres sur
une route qu’elle dessinait elle-même :
— Mais je viens en tant que Lareolle. Pas en tant que pion. Je veux apprendre, comprendre,
et contribuer. Si je sens que ma présence n’a pas cette valeur, je saurai partir.

Donnavan fut surpris. Il n’avait pas l’habitude qu’on lui pose des limites. Mais quelque chose
dans le regard de la jeune femme lui fit comprendre : ce n’était plus la jolie étudiante qu’on
manipule. C’était une femme en formation, et elle ne jouait pas.

— Très bien, répondit-il, légèrement raide. Vous commencez lundi. On verra si vos
convictions tiennent dans le monde réel.

Elle se leva. Et sortit.

Une fois dans le couloir, son cœur accéléra un instant. Elle venait de signer pour un test
d’endurance, pas seulement intellectuel, mais moral.

Elle envoya un simple message à Parolier :

“J’ai dit oui. Pas pour lui. Pour moi.”

Sa réponse fut instantanée.

“Alors je t’attends à la sortie, toujours. Ta lumière, c’est toi qui la portes. Moi je suis juste
celui qui t’admire.”

Le cœur de Lareolle se serra. De tendresse. De respect.

Et d’amour.

Elle rentra dans sa chambre, s’installa devant son miroir. Et pour la première fois depuis
longtemps, elle se regarda sans chercher un défaut.
Elle était prête.

Pas pour plaire.

Mais pour marquer.

Chapitre 18 : Ce que cache l’offre

La première semaine dans le programme d’immersion avait été intense.

Réunions privées. Projets confidentiels. Accès à des fichiers que les autres étudiants ne
voyaient jamais.

Donnavan lui ouvrait les portes… mais pas sans conditions.

Peu à peu, Lareolle remarqua certaines choses.

D’abord, il n’y avait que deux étudiantes dans tout le programme.

Et l’autre, Anaïs, avait disparu du jour au lendemain.

Ensuite, Donnavan l’appelait de plus en plus souvent “en dehors des heures” — pour des
réunions imprévues, des corrections de dossiers qui n’avaient rien d’urgent, des cafés
“informels” dans son bureau, toujours après 18 heures.

Un soir, elle arriva plus tôt que prévu. En entrant dans son bureau, elle le trouva au
téléphone. Il parlait à voix basse, mais distinctement.

— Oui, je suis sur elle. Très brillante. Belle aussi. Ce genre de fille qui attire les fonds quand
elle présente un projet. Non, elle n’est pas encore au courant… mais je vais l’emmener à
l’événement de la fondation, elle fera bonne figure.
Elle s’arrêta net.

Il parlait d’elle.

Comme d’un atout.

Comme d’un appât.

Elle recula doucement et quitta le couloir sans qu’il ne la voie.

Le soir, elle rentra dans sa chambre. Ferma la porte. Respira.

Tout s’éclairait.

Ce programme, ce choix, cette pression. Ce n’était pas qu’un mentorat. C’était une mise en
scène. Une exploitation maquillée en opportunité.

Elle composa le numéro de Parolier. Il décrocha immédiatement.

— Je savais que t’allais appeler, dit-il.

Sa voix était calme, pleine de ce silence qui écoute.

— Il m’utilise, souffla-t-elle. Pas pour mes idées. Pas pour mon potentiel. Mais comme une
image. Un visage à placer dans ses projets pour séduire les investisseurs. Et peut-être pire
encore.

Un silence.

— Tu veux sortir de là ? demanda-t-il.


— Non, répondit-elle. Pas encore. Je veux voir jusqu’où il est prêt à aller. Et quand il pensera
m’avoir… je le renverserai avec mes propres armes.

Elle ne pleurait pas.

Elle ne tremblait plus.

Elle était en feu.

Et ce feu-là ne détruisait pas. Il illuminait.

Chapitre 19 : Le piège

Le lendemain, Lareolle se maquilla légèrement, se coiffa avec soin, et enfila une tenue sobre
mais élégante.

Elle ne voulait pas paraître différente, juste… prête.

Lorsqu’elle entra dans le bureau de Donnavan pour leur “réunion informelle”, elle avait dans
son sac un dictaphone discret, glissé dans un carnet à spirale.

Elle allait l’enregistrer.

Donnavan était déjà là, détendu, cravate desserrée. Il lui proposa un café, comme
d’habitude.

Elle accepta, comme d’habitude.

— Alors, Lareolle, tu avances sur le dossier des sponsors ? demanda-t-il, s’approchant un peu
trop près en lui tendant une feuille.

— Oui, Monsieur, répondit-elle calmement. Mais je me demandais quelque chose… Pourquoi


moi, vraiment ? Il y a d’autres étudiantes brillantes. Pourquoi avoir insisté autant pour que ce
soit moi ?
Il sourit, mais pas avec les yeux.

— Parce que tu as ce qu’on appelle du “potentiel représentatif”. Tu sais, dans notre monde,
les compétences ne suffisent pas. Il faut une image. Une aura. Et toi, tu as ça. Tu plais. Tu
rassures. Tu attires. C’est un talent, même si tu ne l’as pas choisi.

Il s’approcha encore. Trop.

— Et entre nous, tu pourrais aller très loin, Lareolle. Mais faut savoir être… souple. S’adapter
à ceux qui t’ouvrent les bonnes portes. Tu comprends ce que je veux dire ?

Elle ne broncha pas.

Elle enregistrait.

Elle fit mine d’acquiescer, doucement, changea de sujet, nota deux ou trois choses, et quitta
le bureau une heure plus tard, un sourire poli sur le visage.

Mais à l’intérieur, elle bouillait.

Le soir venu, elle retrouva Parolier dans leur coin secret du campus. Elle s’assit près de lui,
sans un mot.

Puis elle sortit son carnet, ouvrit discrètement le dictaphone, et lui fit écouter.

Les mots de Donnavan résonnèrent dans le silence.

Parolier serra les poings.

— Tu vas faire quoi ? demanda-t-il.

Elle le regarda, déterminée.


— Je vais lui faire croire qu’il a gagné. Je vais aller à cette soirée de la fondation. Et là-bas,
devant ses partenaires, ses sponsors, son réseau… je le ferai tomber. En public. Avec preuve à
l’appui.

— T’es prête pour ça ? murmura-t-il.

Elle sourit.

— Je suis née prête. Mais maintenant, je suis armée.

Et sous les étoiles, ce soir-là, Lareolle ne semblait plus seulement être une étudiante.

Elle était une femme qui allait renverser un système.

Le campus semblait tranquille.

Mais sous les apparences, Lareolle tissait sa toile.

Elle savait qu’un coup porté seul risquait de se retourner contre elle.

Elle connaissait le pouvoir que Donnavan détenait : les réseaux, les faveurs, la réputation.

Alors elle décida de frapper avec stratégie.

Son premier mouvement fut le professeur Nelemba.

Il enseignait l’éthique des affaires, et depuis longtemps, Lareolle l’admirait.

Discret, droit, et respecté.

Elle demanda un rendez-vous sous prétexte de discuter d’un mémoire potentiel.

Mais dès qu’elle entra dans son bureau, elle parla franchement :
— Monsieur… j’ai des preuves que Donnavan se sert de son programme pour manipuler les
étudiantes. Et pour impressionner ses partenaires en se servant d’elles comme vitrine. J’ai
enregistré une conversation. J’ai besoin de votre aide. Pas pour me venger. Mais pour
empêcher qu’il recommence.

Le regard de Nelemba se durcit.

— Il y a déjà eu des rumeurs. Des murmures. Mais rien de concret. Si ce que vous dites est
vrai, on peut l’arrêter. Il faut faire ça proprement.

Elle lui confia l’enregistrement. Il l’écouta, sans un mot, les mains croisées devant son
menton.

Puis, il leva les yeux vers elle.

— Je vais convoquer le conseil disciplinaire. Mais il nous faut plus qu’un seul fichier audio. Il
nous faut un témoignage public. Il nous faut… un affrontement.

Lareolle acquiesça, calme.

— Alors je parlerai. À la soirée de la fondation. Là où tout le monde le verra tomber.

Dans les jours qui suivirent, tout s’organisa en coulisses.

Nelemba parla à la doyenne. Discrètement. Elle, aussi, semblait au courant de certaines


choses.

Anaïs, l’autre étudiante disparue, fut recontactée. Et elle accepta de témoigner.

Parolier, de son côté, écrivit un texte — un slam féroce, poétique, puissant — que Lareolle
pourrait réciter si jamais elle perdait ses mots.
Et Lareolle, chaque soir, relisait son discours. Le peaufinait.

Elle ne voulait pas l’humilier pour le plaisir.

Elle voulait l’arrêter pour de bon.

Et surtout, elle voulait que d’autres filles sachent qu’elles pouvaient se défendre.

Le jour de la fondation approchait.

Et le campus, sans le savoir, allait bientôt être secoué par la vérité.

Chapitre 21 : Avant le saut

6h12 du matin.

Lareolle s’était réveillée sans alarme.

Pas par insomnie, non.

Par instinct.

Elle savait que cette journée serait différente.

Et son corps l’avait deviné avant même que sa conscience ne le confirme.

Elle se leva lentement, ouvrit les volets. Le ciel était encore gris, tendu comme sa respiration.

Elle s’assit sur son lit, saisit son carnet. Celui où elle notait tout ce qu’elle ne disait à
personne.

Et elle écrivit :

“Aujourd’hui, je parle. Pas pour me sauver. Pour rappeler à ceux qui regardent en silence
qu’ils peuvent aussi se lever.”
Elle passa la matinée seule. Pas par isolement, mais par nécessité.

Même Elisa, pourtant son miroir intime, n’avait pas été appelée.

Ce combat-là, Lareolle devait d’abord le porter en elle-même.

Vers 11h, elle reçut un message de Parolier :

“Si t’as le vertige, regarde en bas. Y’a moi. Et je te rattrape si tu tombes. Mais j’ai foi en ton
envol.”

Elle sourit. Il avait cette façon de parler qui faisait du courage une poésie.

Vers midi, elle se rendit à la salle polyvalente du campus.

L’événement aurait lieu là, transformé pour l’occasion en grand salon élégant : tapis rouge,
guirlandes sobres, podium décoré.

Elle visualisa l’endroit, comme une actrice qui se prépare à monter sur scène.

Dans l’après-midi, elle alla voir le professeur Nelemba. Il la reçut en silence, lui offrit un thé,
et lui tendit un dossier :

— Le conseil sera présent ce soir. Ils t’écouteront. Et quoi qu’il arrive, tu ne seras pas seule.

Elle hocha la tête, mais une peur froide la traversa malgré tout.

Et si on ne la croyait pas ?

Et si tout ça se retournait contre elle ?

Et si Donnavan avait déjà préparé ses défenses ?

Elle sortit sur le campus pour respirer.


Et là, sur un banc, elle vit Anaïs.

L’ancienne étudiante du programme, celle qui avait disparu.

Elles se regardèrent, comme deux survivantes.

Et sans un mot, Anaïs lui serra la main.

Ce simple contact effaça tous les doutes.

Ce soir, elle ne parlerait pas que pour elle.

Elle parlerait pour elles toutes.

Chapitre 22 : Le roi dans son miroir

Donnavan avait enfilé son costume trois pièces bleu nuit, celui qu’il ne sortait que pour les
grands soirs.

Sa montre suisse brillait à son poignet gauche, et son parfum – boisé, discret, affirmé –
enveloppait chacun de ses mouvements.

Il se regarda longuement dans le miroir de son bureau.

— Ce soir, je vais les impressionner, murmura-t-il à lui-même.

Tout était en place.

Les sponsors arrivaient. Les étudiants sélectionnés étaient briefés.

Lareolle serait bien visible. Présentée comme la perle du programme.


Il n’avait aucun doute. Elle lui appartenait déjà, à sa manière.

Elle était brillante, belle, fluide en parole.

Parfaite pour séduire les financeurs.

Et naïve aussi, pensait-il. Comme toutes celles qu’il avait su modeler.

Il s’assit, alluma une tablette, passa en revue son discours de la soirée.

“L’université n’est pas simplement un lieu d’apprentissage. C’est un vivier de talents à polir, à
guider, à propulser. Ce soir, je vous présente l’un des joyaux de ce vivier…”

Il avait prévu de la faire monter sur scène, de la faire parler brièvement, puis de reprendre la
parole pour la glorifier.

Un duo bien rodé : l’expert qui élève la protégée.

Le vieux pouvoir qui fabrique la jeunesse brillante.

L’illusion parfaite.

Il ne se doutait pas qu’elle avait déjà préparé un autre script.

Son téléphone vibra. Un message de son collègue, professeur Merlot :

“Tu vas encore nous sortir ton ‘talent féminin exceptionnel’ ? T’as le chic pour les trouver,
hein ?”

Donnavan sourit, ironique. Il savait que tout le monde devinait ses préférences. Mais tant
que personne n’avait de preuve…

Le pouvoir restait entre ses mains.


Il se leva, prit ses dossiers, vérifia que sa clé USB contenait bien les présentations.

Puis il descendit dans la salle, saluant déjà les convives, serrant les mains comme un
ministre.

À 18h45, Lareolle n’était pas encore arrivée.

Il fronça légèrement les sourcils.

Mais il se détendit aussitôt. Elle viendra. Elle sait ce qu’elle doit faire.

Mais dans les couloirs de la salle, pendant qu’il souriait aux notables et que les projecteurs
s’allumaient doucement…

une autre mise en scène était déjà en cours.

Et cette fois, il n’en était pas le metteur en scène.

Chapitre 23 : Le silence avant l’orage

19h12.

La salle de la fondation brillait comme un opéra moderne.

Professeurs, partenaires financiers, étudiants triés sur le volet — tout le gratin du campus s’y
trouvait.

Champagne, discours, sourires apprêtés.

Donnavan monta sur scène, droit comme un gouverneur.

Micro à la main. Regard assuré.


— Mesdames et Messieurs, bienvenue à cette édition annuelle de la Soirée de la Fondation.
Ce soir, nous allons célébrer… l’excellence incarnée.

La musique d’ambiance s’effaça.

— Je vais vous présenter une étudiante brillante. Une étudiante qui incarne tout ce que ce
programme veut révéler. Intelligence. Présence. Leadership. Je vous demande d’accueillir…
Lareolle Doyen.

Légers applaudissements.

Un frisson discret dans l’air.

Puis elle entra.

Elle portait une robe noire simple, élégante.

Pas de maquillage excessif. Juste… elle-même.

Donnavan lui tendit le micro.

Elle le prit. Lentement.

Et au lieu de s’avancer vers le pupitre prévu…

Elle se retourna, fit face à la salle entière.

Et posa le micro contre ses lèvres.

Silence.

— Bonsoir à tous.

Je m’appelle Lareolle. Étudiante en communication et organisation d’entreprise… et


aujourd’hui, je suis ici pour vous parler d’une vérité qu’on maquille depuis trop longtemps.
La salle hésita. Les sourires se figèrent.

Donnavan, à quelques mètres d’elle, fronça légèrement les sourcils. Mais resta stoïque.

— Quand j’ai été choisie pour ce programme, j’étais honorée. Je croyais qu’on voyait mon
potentiel. Mais très vite, j’ai compris qu’on ne m’avait pas choisie pour mon intelligence. On
m’avait choisie… pour mon image. Ma docilité. Ma jeunesse. Et pour d’autres raisons que je
n’ai pas besoin de nommer — vous les entendrez vous-mêmes.

Elle sortit de sa poche un petit enregistreur. Le même que celui utilisé dans le bureau de
Donnavan.

Et elle appuya sur “lecture”.

La voix de Donnavan résonna.

Ses mots. Son ton. Ses sous-entendus.

“Il faut savoir être… souple. S’adapter à ceux qui t’ouvrent les bonnes portes.”

Un murmure parcourut la salle. Des regards se croisèrent.

Les visages changèrent.

Lareolle coupa l’audio. Reprit.

— Ce soir, je ne viens pas chercher la vengeance. Je viens réclamer le respect. Pour moi, pour
Anaïs, pour toutes celles qu’on a placées comme des vitrines. Pour toutes celles qu’on a
tenté d’acheter avec des “faveurs”, des notes, des stages. Je vous rends ce programme. Mais
moi, je reprends ma voix.

Silence total.

Puis une première main applaudit.


Une autre.

Et une autre encore.

Puis la salle entière.

Donnavan, figé, tentait de sourire.

Mais c’était terminé.

Le professeur Nelemba se leva. Accompagné d’un représentant du conseil.

— Monsieur Donnavan, nous avons à vous parler. En privé.

Et pendant que l’ombre descendait sur l’homme qui croyait tout contrôler…

Lareolle, elle, descendit de scène.

Plus légère. Plus droite que jamais.

Elle retrouva Parolier dans le couloir. Il ne dit rien. Il ouvrit les bras.

Et elle se blottit contre lui.

Ni comme une héroïne.

Ni comme une victime.

Mais comme une femme libre.

Chapitre 24 : Trois mois plus tard


Il faisait beau ce matin-là.

Un de ces soleils calmes, sans urgence, sans promesse. Juste la lumière douce du réel.

Trois mois s’étaient écoulés depuis cette soirée où tout avait éclaté.

Donnavan avait été suspendu. Une enquête disciplinaire était en cours, et plusieurs anciens
témoignages avaient refait surface.

Le programme avait été gelé temporairement. Un audit avait été lancé sur toutes les
pratiques du département.

Mais Lareolle, elle, n’était plus là pour voir ça de près.

Elle avait quitté ce campus.

Pas en fuite. Par décision.

Elle avait demandé une mobilité vers une autre école partenaire, dans une autre ville, plus
petite, moins bruyante.

Un endroit où elle pourrait recommencer — non pas à zéro, mais à partir d’elle-même.

Ce matin-là, elle était assise à une terrasse, un carnet sur les genoux.

Elle écrivait.

Pas pour dénoncer.

Pas pour se défendre.

Mais pour créer.

Depuis quelques semaines, elle avait retrouvé cette flamme qu’elle croyait éteinte : celle de
raconter. De bâtir des mots. D’habiter des phrases.
Elle écrivait l’histoire d’une fille… pas elle, mais presque.

— “Parfois, l’amour véritable commence quand c’est le cœur qui choisit. Pas le besoin. Pas la
peur. Pas l’habitude. Mais ce battement là, ce frisson qui dit : ‘c’est lui.’”

Elle sourit.

Son téléphone vibra.

Parolier.

Il avait tenu sa promesse.

Ils ne se voyaient pas chaque jour. Il était resté sur le campus, travaillait sur un projet
d’album. Mais leurs voix, leurs silences, leurs mots, n’avaient jamais cessé de voyager.

— “Tu me manques dans les bruits comme dans les silences,” avait-il écrit hier.

Elle relut ce message, puis lui répondit :

“On se retrouve bientôt. En attendant, je t’écris entre mes lignes.”

Puis elle reprit son carnet.

Et, doucement, ajouta une note en bas de la page :

“Ce n’est pas l’histoire d’une chute. C’est celle d’un envol.”

Chapitre 25 : Ce qu’il reste, ce qui s’éteint


Elle n’avait pas prévu de revenir.

Mais un courrier officiel de l’administration lui avait été envoyé :

“Nous vous invitons à récupérer vos documents académiques sur place, en main propre.”

Elle aurait pu envoyer quelqu’un. Faire un mandat.

Mais elle avait accepté. Parce qu’au fond, elle sentait qu’il restait un dernier chapitre à écrire.

Ce matin-là, elle posa le pied sur l’esplanade du campus.

Tout lui semblait plus petit. Plus lointain.

Comme si elle entrait dans une version d’elle-même qu’elle avait quitté.

Dans le hall, elle aperçut Elisa.

Assise seule.

Toujours avec ce carnet orange qu’elle utilisait pour tout noter — des pensées volées à ses
rêves secrets.

Leurs regards se croisèrent.

Silence d’abord.

Puis un sourire timide.

— T’es revenue, dit Elisa.

— Juste pour clore un chapitre.

Elles s’installèrent à une table, comme avant.


Mais tout avait changé.

— Tu m’as manquée, avoua Elisa.

— Toi aussi, répondit Lareolle.

Et dans cette simplicité-là, il n’y avait pas besoin d’explications.

Elisa avait été absente parfois, oui. Silencieuse quand Lareolle aurait voulu du soutien.

Mais elle n’avait jamais été fausse.

— Tu sais, reprit Elisa, je n’ai pas toujours su comment t’aider. Tu brillais si fort… j’avais peur
de ne pas savoir exister à côté.

Lareolle lui prit la main.

— Tu n’avais pas besoin de briller. Juste d’être là. Comme maintenant.

Un léger silence, doux, les entoura.

Mais la paix ne dure jamais longtemps dans les couloirs d’un passé qu’on revisite.

Car voilà Fernanda.

Toujours aussi impeccable, portable à la main, démarche assurée.

Elle s’approcha.

— Lareolle… tiens donc. On parle de toi ici depuis que t’as joué la star en dénonçant
Donnavan comme dans un film.
Lareolle ne répondit pas tout de suite.

Elle observa Fernanda.

Pas de haine.

Juste une lucidité tranchante.

— Je ne jouais pas. Et ce n’était pas un film. C’était ma vie.

Fernanda leva les yeux au ciel.

— Tu crois que t’es différente maintenant ? Meilleure que nous ?

— Non, répondit Lareolle, calme. Je suis juste plus honnête. Avec les autres. Et surtout avec
moi-même.

Fernanda sourit, moqueuse.

— On verra combien de temps tu tiendras avec ta morale de sainte.

Mais cette fois, Lareolle ne répliqua pas.

Elle se leva. Ajusta sa veste.

— Tu sais, Fernanda… tu peux mépriser les autres tant que tu veux. Mais il viendra un jour où
tu croiseras quelqu’un qui te tendra un miroir. Et ce jour-là, tu ne pourras plus détourner le
regard.

Fernanda resta figée.


Elisa, elle, souriait doucement.

Pas par méchanceté. Mais par soulagement.

Lareolle avait dit ce qu’il fallait.

Sans crier.

Sans humilier.

Juste… clore.

Elle tourna les talons, sortit du hall.

Une légère brise soulevait ses cheveux.

Elle envoyait un message à Parolier.

“Dernière boucle bouclée. Je rentre.”

Chapitre 26 : Tu m’as attendue dans le silence

Le train arriva en fin d’après-midi.

Lent, paisible, comme s’il respectait l’émotion de celle qui rentrait.

Lareolle était seule sur le quai.

Pas de valise encombrante. Juste un petit sac, et un livre dans la main.

Un recueil de poésie que Parolier lui avait offert.

Elle descendit lentement.


Ses pas résonnaient doucement sur le béton chaud.

Et là, contre une colonne… il était là.

Parolier.

Il portait une chemise froissée, ses écouteurs autour du cou, un carnet à moitié ouvert dans
la main.

Mais ce qui frappait, ce n’était pas sa tenue.

C’était la manière dont il la regardait.

Comme s’il l’avait toujours attendue, même sans être sûr qu’elle reviendrait.

Il ne dit rien.

Elle non plus.

Ils se regardèrent longtemps.

Puis il fit un pas, doucement, comme si chaque seconde comptait.

Elle aussi.

Et quand ils se retrouvèrent face à face, leurs mains se frôlèrent.

Lareolle ferma les yeux.

— Tu es resté ici tout ce temps ? murmura-t-elle.

— Je t’ai laissée partir parce que tu en avais besoin, répondit-il. Mais je n’ai jamais fermé la
porte. Jamais.

Elle sourit. Lentement. Les larmes pas loin.


— Tu sais… parfois j’ai eu peur que tu oublies.

Il s’approcha un peu plus.

Ses doigts caressèrent sa joue.

— Comment oublier celle qui m’écrit entre les silences ?

Elle posa son front contre le sien.

Et dans un souffle, presque comme une prière, elle dit :

— Je suis revenue… pour t’aimer. Mais à ma manière. Sans me perdre. Sans m’éteindre.

Parolier ferma les yeux.

— Et moi, je t’aimerai sans te retenir. Sans t’éteindre. Juste… t’écouter. Te lire. Te regarder
grandir.

Ils restèrent là, un moment.

Loin du bruit.

Loin des autres.

Puis ils marchèrent ensemble, vers la sortie de la gare.

Pas en se tenant la main.

Mais en se tenant le cœur.


Chapitre 27 : Celle qui savait

Une semaine s’était écoulée depuis leurs retrouvailles.

Le quotidien s’installait, doux et créatif.

Parolier écrivait plus que jamais. Lareolle, elle, se plongeait dans ses projets de
communication — elle voulait créer un espace en ligne, un média où des voix féminines
pourraient raconter, dénoncer, inspirer.

Leur vie n’était pas spectaculaire.

Mais elle était juste.

Et pourtant, ce matin-là, un détail vint égratigner l’harmonie.

Ils prenaient un café dans un petit bar de quartier.

Une brise légère entrait par la fenêtre.

Parolier feuilletait son carnet.

Et puis une voix surgit derrière eux.

— Eh bien. Je ne m’attendais pas à te voir ici.

Lareolle se retourna.

Et ce regard, elle le reconnut avant même que le souvenir ne se reforme.

Soline.

L’ancienne petite amie de Parolier.


Une fille à la voix basse et au sourire doux-amer.

Elle avait été sa muse. Sa plaie.

Et dans le regard qu’elle lançait à Lareolle, il y avait plus que de la surprise.

Il y avait du passé qui refuse de se taire.

— Tu ne me présentes pas ? demanda Soline, ses yeux plantés dans ceux de Parolier.

Un silence.

Parolier referma lentement son carnet.

— Soline, voici Lareolle. Ma…

Il hésita.

Lareolle sentit l’air changer.

— Sa complice, dit-elle à sa place. Son présent. Son avenir, peut-être.

Soline sourit. L’élégance d’un masque.

— Charmant. Eh bien, bonne chance à vous deux. Mais… fais attention, Lareolle. Quand on
tombe amoureuse d’un poète, on n’est jamais sûre d’être la seule héroïne de son histoire.

Puis elle partit.

Comme une page qu’on déchire lentement.


Lareolle regarda Parolier.

Il fixait la table, silencieux.

— Tu ne m’as jamais parlé d’elle.

Il releva les yeux.

— Parce qu’elle était derrière moi. Du moins, je le croyais.

Elle hocha la tête. Se leva.

Le regard calme. Mais intérieur troublé.

— On en reparlera. Pas ce matin. Mais un jour.

Et elle sortit, laissant la porte ouverte.

Pas seulement celle du café.

Celle de l’inconnu.

Chapitre 28 : Soline, celle qui sait encore

La porte du café à peine refermée, Soline marcha droit.

Pas vers la gare.

Pas vers un taxi.

Mais vers le vieux parc, celui où Parolier l’avait autrefois emmenée écouter les étoiles.
Elle s’assit sur un banc. Le même.

Tout était intact.

Sauf elle.

Un vieil homme passait avec son chien. Elle lui sourit.

Puis elle sortit un carnet noir. Le sien.

“Il a changé. Il rit moins, mais il est plus vrai.”

Elle traça la phrase d’une main sûre, presque tremblante.

“La fille… Lareolle. Belle. Présente. Mais je me demande si elle saura tenir debout dans le
feu.”

Elle ferma le carnet. Soupira.

Soline n’était pas revenue par hasard.

Elle savait très bien ce qu’elle faisait.

Trois mois plus tôt, elle avait reçu un message de Parolier, bref, laconique, perdu entre deux
vers envoyés par erreur.

Rien d’amoureux.

Mais suffisant pour rallumer une veilleuse.

Et puis elle avait appris, par des connaissances, qu’il n’était plus seul.

Alors quelque chose s’était réveillé en elle.

Pas de jalousie, se répétait-elle. Juste une envie de comprendre s’il l’a vraiment oubliée.
Mais au fond, Soline ne savait pas si elle voulait qu’il l’ait oubliée… ou qu’il pense encore à
elle sans jamais l’avouer.

Elle sortit une photo de son portefeuille.

Un cliché d’eux deux, flou, au bord d’un lac. Il riait. Elle, elle le regardait.

Tu m’as écrit comme une chanson, mais tu m’as laissée comme un silence.

Et puis, son téléphone vibra.

Un message.

D’un contact enregistré simplement sous : L.

“Je l’ai sentie vaciller. Elle va douter. Tu veux que je continue à lui parler ?”

Soline relut. Plusieurs fois.

Puis tapa :

“Oui. Mais doucement. Ne détruis rien. Sème juste l’idée.”

Envoyé.

Elle rangea son téléphone.

Remit ses lunettes de soleil.

Et repartit.

Soline ne voulait pas la guerre.


Elle voulait juste que Parolier se souvienne qu’elle avait existé. Qu’elle brûlait encore dans
une page oubliée.

Chapitre 29 : L’heure des miroirs

La pluie tombait sur les vitres.

Dehors, la ville semblait parler une langue ancienne.

Et dedans, Lareolle tournait lentement dans son salon, sans trouver d’ancrage.

Le visage de Soline ne la quittait plus.

Ni son sourire, ni ses mots.

“Quand on tombe amoureuse d’un poète, on n’est jamais sûre d’être la seule héroïne de son
histoire.”

Lareolle avait ri, en sortant. Un rire de façade.

Mais ce soir-là, elle ne riait plus.

Elle s’assit à son bureau.

Ouvrit le livre que Parolier lui avait offert.

Une page cornée attira son regard.

Elle y lut :

“Si je t’ai choisie, c’est parce que tu ne cherchais pas à me posséder. Juste à m’accompagner.”

Elle caressa les mots du bout des doigts.

Puis se releva. Marcha vers le miroir de l’entrée.


Et là, elle se regarda longtemps.

— Tu as peur ? murmura-t-elle à son reflet.

— Un peu, répondit-elle à voix basse.

Elle pensa à Elisa. À Fernanda.

À toutes ces relations fausses ou trop vraies.

Et si Parolier aussi… si lui aussi portait un masque, un demi-mensonge ?

S’il écrivait encore à Soline ?

Ou s’il se souvenait trop ?

Elle ouvrit son téléphone.

Tapa un message.

Puis l’effaça.

Elle n’avait jamais été jalouse.

Mais là, ce n’était pas de la jalousie.

C’était de la peur d’aimer plus qu’elle ne serait aimée.

À cet instant, une notification s’afficha.

Un message inconnu.

“Lareolle, tu ne me connais pas, mais je pense que tu devrais te méfier. Parolier a l’art
d’aimer sans oublier.”

Elle sentit son cœur s’arrêter un instant.

Puis elle leva les yeux vers le miroir.


Et elle se vit.

Pas faible.

Pas brisée.

Mais humaine.

Perdue, peut-être.

Mais prête à chercher la vérité.

Elle répondit au message, d’une seule phrase :

Qui êtes-vous ?

Chapitre 30 : Une dissonance dans le silence

Il l’observe.

Depuis deux jours, Lareolle répond plus lentement à ses messages.

Son regard flotte parfois ailleurs.

Elle sourit… mais pas jusqu’au fond des yeux.

Parolier ne dit rien.

Il sait que les choses vraies ne s’attrapent pas de force.

Elles s’écoutent.

Elles s’observent comme un poème lu à l’envers.

Mais ce soir-là, alors qu’elle sort de la salle de bains, cheveux encore humides, il la fixe.
— Tu vas bien ? demande-t-il simplement.

Lareolle hoche la tête. Trop vite.

— Fatiguée. Beaucoup de travail.

Il sourit. Mais son cœur, lui, serre.

— Tu veux qu’on s’évade ce week-end ? Mer, montagnes, peu importe. Juste… nous deux.

Elle hésite.

Puis regarde son téléphone.

— Je te dis demain ?

Il hoche la tête.

Mais quelque chose en lui se retire.

Elle s’assoit sur le lit, et lui tourne légèrement le dos.

Alors il fait ce qu’il sait faire de mieux :

Il prend son carnet, et écrit.

“Tu es là, mais ton silence a changé d’odeur.

Tu n’as pas fui, mais tu t’es cachée derrière toi-même.

Je ne cherche pas à te forcer, Lareolle.

Je veux juste te retrouver…

Là où tu ne te montres plus.”
Il ne lit pas à voix haute.

Mais elle, sans le regarder, demande :

— Tu écris encore sur moi ?

Il ferme le carnet.

— Toujours. Mais je ne publie rien. Je garde tout ici.

Il montre sa poitrine. À l’abri du monde.

Elle ne répond pas.

Mais il entend son souffle se casser légèrement.

Il comprend alors.

Quelqu’un a semé un doute.

Pas un reproche, pas une dispute.

Un doute.

Et le doute, chez une fille comme Lareolle, c’est plus dangereux qu’une trahison.

Alors il ne dit rien.

Il l’embrasse sur le front.

Et dans le silence, il décide d’écrire un poème.

Un poème pour lui rappeler…

qu’elle n’a jamais été une option.

Qu’elle a toujours été la réponse.


Chapitre 31 : Pour celle qui marche loin, mais regarde encore

Il plia la feuille en quatre.

Pas de titre.

Juste des mots, comme des pétales déposés sur un banc vide.

Il la déposa sur sa table de nuit, pendant qu’elle dormait.

Puis s’éloigna doucement, comme on s’éloigne d’un feu sans vouloir l’éteindre.

Lareolle ouvrit les yeux une heure plus tard.

Et lut :

Si tu pars, marche lentement.

Pour que je puisse te suivre, même de loin,

même en silence.

Si tu doutes, regarde-moi quand je ne te regarde pas.

C’est là que je t’aime le plus.

Là que je ne triche pas.

Je ne suis pas venu pour te posséder.

Je suis venu pour rester à côté de toi,

même quand tu doutes de moi.


Et si parfois ton cœur vacille,

sache que le mien ne tremble pas de toi —

il bat par toi.

Tu es le poème que je n’écrirai jamais parfaitement.

Mais que je relirai chaque jour,

même quand les pages voudront se refermer.

Alors si tu me quittes,

fais-le en me regardant dans les yeux.

Et si tu restes,

fais-le sans peur.

Je saurai te tenir,

même quand tu tomberas dans toi-même.

Elle resta là, sans bouger, un long moment.

Le poème froissé dans ses mains.

Le souffle court.

Et dans sa gorge… un tremblement.

Il ne lui demandait rien.

Il l’invitait juste à croire à nouveau.

Et parfois, c’est tout ce dont une femme a besoin.


libérer.

Chapitre 32 : L’écho du doute

Le poème froissé sur sa table de chevet.

Le téléphone dans sa main.

Et cette seule phrase qui tournait, encore et encore :

“Parolier a l’art d’aimer sans oublier.”

Lareolle relut le message pour la vingtième fois.

Mais cette fois-ci, quelque chose avait changé.

Elle n’était plus en colère.

Elle voulait comprendre.

Et elle voulait savoir d’où venait ce venin.

Elle tapa, sans trembler :

“Pourquoi me dire ça ? Qui es-tu pour juger ce qu’il ressent ?”

Message envoyé.

Trois minutes plus tard, une réponse :


“Je ne juge pas. Je t’ouvre les yeux. Il a aimé avant toi. Il n’a jamais fermé cette porte.”

Elle sentit un frisson la traverser.

Mais elle répondit aussitôt :

“Ce n’est pas une porte. C’est un souvenir. Et je ne suis pas là pour l’effacer. Je suis là pour
écrire maintenant.”

Un long silence.

Puis enfin :

“Alors fais attention à ne pas être juste une page de transition.”

Lareolle resta figée.

Mais cette fois, elle ne se replia pas.

Elle ne pleura pas.

Elle comprit.

Quelqu’un cherche à l’éloigner.

Pas pour son bien.

Mais pour la faire douter.

Lui voler ce qu’elle commence à construire.

Et soudain, elle vit clair.

Une intuition.
Un prénom.

Elle relut la tournure des phrases.

Le ton passif-agressif.

Le vocabulaire voilé.

Et un nom s’imposa à elle, comme une évidence : Elisa.

Chapitre 33 : Cœur clair, cœur ouvert

Lareolle attendait Elisa près du vieux kiosque à café.

Là où elles allaient toujours rire entre deux cours.

Elle avait gardé son calme.

Mais son cœur battait vite, fort.

Comme avant une déclaration ou une chute.

Elisa arriva en courant, comme toujours, cheveux dans le vent.

— Tu m’as fait peur avec ton message, dit-elle, essoufflée.

— J’ai besoin de te parler, répondit Lareolle, droite, les yeux dans les siens.

Un silence.

Et puis, Lareolle plongea.

— J’ai reçu un message anonyme. Quelqu’un veut me faire douter de Parolier. Me faire croire
qu’il n’est pas sincère. Et…
Elle hésita.

— J’ai pensé à toi.

Le choc sur le visage d’Elisa fut brutal.

— Moi ? souffla-t-elle. Mais… pourquoi moi ?

Lareolle serra les lèvres.

— Je sais pas. Peut-être parce que t’étais distante depuis quelques jours. Peut-être parce que
tu connais Parolier depuis plus longtemps que moi. Et je… j’ai paniqué.

Elisa recula légèrement.

Ses yeux se remplirent de larmes.

Mais elle ne cria pas. Elle ne s’enfuit pas.

Elle prit une grande respiration.

Et dit :

— Lareolle, je t’aime. Pas comme lui t’aime. Mais comme une sœur choisie. J’aurais jamais,
jamais voulu te blesser. Je t’ai évitée parce que… j’avais peur que tu changes. Que l’amour
t’éloigne. Pas que tu doutes de moi.

Un silence.

Et dans ce silence, Lareolle sentit ses barrières tomber.

Elle ouvrit les bras.

Et Elisa y courut.
Les deux filles restèrent là, au milieu du campus, enlacées.

Deux cœurs encore un peu cabossés.

Mais plus forts, maintenant que les masques étaient tombés.

— Tu me pardonnes ? murmura Lareolle.

— Si tu promets de ne plus jamais douter de nous, répondit Elisa.

Elles rirent à travers leurs larmes.

Et la lumière de l’amitié revint doucement.

Chapitre 34 : Là où la lumière revient

Parolier était assis sur les marches derrière le théâtre du campus.

Ses écouteurs diffusaient un air qu’il avait composé la veille.

Un morceau sans paroles, encore brut.

Comme lui, en ce moment.

Il la sentait s’éloigner.

Puis revenir.

Puis hésiter.

Elle n’avait rien dit.

Mais lui, il connaissait ses silences.

Et pourtant, aujourd’hui, quelque chose brillait dans l’air.

Un détail infime.
Elle avait répondu à son message du matin avec un “merci pour hier.”

Trois mots. Mais pour lui, c’était une brèche ouverte dans la distance.

Il s’était levé, avait fermé son carnet, et décidé :

“Je ne vais pas la forcer. Je vais l’aimer au rythme qu’elle choisit. Même si c’est lent. Même si
c’est fragile.”

Il se leva, regarda le ciel légèrement voilé, et sourit.

Il avait décidé qu’il l’aimerait avec confiance.

Pas comme une urgence.

Mais comme une évidence.

“Si elle revient, ce ne sera pas parce que j’ai crié plus fort que le doute.

Ce sera parce qu’elle a entendu mon silence l’appeler.”

Et dans ce moment de calme, Parolier fit quelque chose qu’il ne faisait presque jamais.

Il sortit son téléphone.

Et lui envoya un message, simple, pur :

“Tu es plus forte que ce qui veut nous diviser.

Je le sais. Et je t’attends là où tu es encore toi.”

Puis il rangea le téléphone.

Et continua sa musique, sur les marches du théâtre.

Le monde autour n’avait pas changé.

Mais lui, oui.


Chapitre 35 : Entre les lignes, une lumière

Elle marchait seule, sans but, à travers les allées du campus.

Le soleil était discret, presque timide.

Et elle aussi.

Elle n’avait rien dit à Elisa du poème. Ni du message qu’elle avait reçu juste avant.

Pas parce qu’elle voulait cacher.

Mais parce que certaines choses… se vivent d’abord en silence.

Le téléphone vibra.

Elle le sortit sans vraiment réfléchir.

Et lut :

“Tu es plus forte que ce qui veut nous diviser.

Je le sais. Et je t’attends là où tu es encore toi.”

Ses doigts restèrent figés.

Puis une chaleur étrange naquit au fond de sa poitrine.

Il n’exigeait rien.

Il ne posait pas de questions.

Il l’attendait.
Et pour la première fois depuis cette spirale de doutes, de non-dits et d’anxiété douce,
Lareolle sourit.

Elle s’assit sur le banc près de la fontaine.

Là où elle lisait parfois ses livres de communication, sans vraiment les lire.

Elle regarda l’écran. Encore.

Puis, doucement, elle écrivit :

“Tu crois toujours en moi, même quand j’y arrive pas. Merci de me laisser respirer sans me
laisser tomber.”

Elle hésita.

Puis ajouta :

“On pourrait se voir ce soir ? Juste marcher. Sans se parler, s’il faut. Mais marcher.”

Envoyé.

Elle ferma les yeux.

Et pour la première fois depuis longtemps, ce n’était pas le silence qui l’envahissait.

Mais la paix.

Chapitre 36 : Le murmure de rien, le langage du vrai

Le ciel commençait à se teinter de mauve.


La ville s’endormait doucement, laissant la place à un calme rare.

Et là, sur ce chemin presque oublié, ils marchaient.

Lareolle, les mains dans les poches, le pas léger, mais l’esprit encore fragile.

Parolier, quelques pas à côté, discret, attentif.

Aucun mot ne brisait le silence.

Et pourtant, tout se disait.

Elle l’observait du coin de l’œil.

Il ne la pressait pas.

Il ne tentait pas de l’amadouer.

Il était là, simplement.

À un moment, sans y penser, leurs mains se frôlèrent.

Elle ne les retira pas.

Ils continuèrent.

Puis elle s’arrêta.

Il s’arrêta aussi.

— J’ai eu peur de nous, dit-elle doucement, presque pour elle-même.

Parolier la regarda sans chercher à répondre.

Il attendit.

— J’ai reçu des messages, des mots qui voulaient me faire croire que tu étais ailleurs, que tu
regardais derrière, que je n’étais qu’un passage.
Il hocha la tête.

Pas pour approuver. Mais pour accueillir.

— Je n’ai pas répondu tout de suite parce que… j’avais besoin de voir par moi-même. De
sentir si tu mentais quand tu me regardes. Et je n’ai rien vu d’autre que… toi.

Le vent souleva une mèche de ses cheveux.

Il la remit doucement derrière son oreille.

— Tu peux douter du monde entier, dit-il enfin, mais si tu doutes de moi, fais-le à voix haute.
Que je puisse te dire que je suis resté. Que je reste.

Un silence.

Puis Lareolle, cette fois, prit sa main.

Pas pour être rassurée.

Mais pour dire : j’ai vu clair. Et je choisis.

Ils reprirent la marche.

Main dans la main.

Le doute s’effaçait à chaque pas.

Et le monde autour d’eux devenait plus simple.

Parce que parfois, l’amour n’a besoin de rien d’autre que deux cœurs qui marchent
ensemble.

Chapitre 37 : L’empreinte dans le silence

Ce soir-là, après avoir quitté Parolier, Lareolle s’était sentie plus légère.
Pas euphorique. Pas surexcitée.

Mais… apaisée.

Comme si elle pouvait enfin respirer sans que l’air brûle.

Elle rentra chez elle, se fit un thé, s’installa sur son lit.

Et, machinalement, prit son téléphone.

Une notification l’intrigua.

Une simple icône, à demi effacée : historique des connexions récentes.

Elle n’y touchait presque jamais.

Mais ce soir-là, quelque chose la poussa.

Elle cliqua.

Un accès étrange.

Un identifiant inconnu, connecté à son compte depuis un ancien appareil, jamais vu.

Datant… d’il y a trois jours.

Et surtout :

L’heure exacte où elle avait reçu le message anonyme qui avait failli briser son lien avec
Parolier.

Son cœur fit un bond.

Elle remonta l’adresse IP, se heurta à des chiffres incompréhensibles.

Mais ce qui l’inquiéta, c’était le nom de l’appareil connecté :

“Fernanda-iPhone”.
Elle se redressa, le souffle coupé.

Tout en elle voulait crier, hurler, confronter.

Mais au lieu de ça…

Elle ferma les yeux.

Et se dit :

Pas encore. Pas dans la colère.

D’abord, je dois comprendre.

Savoir pourquoi.

Et surtout… savoir jusqu’où elle est allée.

Elle ouvrit une note sur son téléphone.

Et écrivit une seule phrase :

“Quand la vérité ne frappe pas à la porte, parfois il faut l’attirer avec le silence.”

Puis elle éteignit l’écran.

Mais cette nuit-là, elle ne dormit pas.

Chapitre 38 : Le regard qui sait

Le lendemain matin, Lareolle s’était préparée plus tôt que d’habitude.


Vêtue de blanc, les cheveux noués haut, elle portait ce genre de calme qui dérange ceux qui
ont quelque chose à cacher.

Elle arriva sur le campus comme si de rien n’était.

Salua deux étudiants, sourit à Ariel au loin.

Puis, tranquillement, elle alla s’asseoir sur les marches du bâtiment administratif.

Là où Fernanda avait l’habitude de passer à cette heure.

Et comme prévu, Fernanda arriva.

— Coucou toi, dit-elle avec sa voix sucrée.

— Coucou, répondit Lareolle, calme, douce.

Trop douce.

— Alors, t’as l’air fatiguée. T’as bien dormi ?

— Pas vraiment. J’ai réfléchi à plein de choses. J’ai même fouillé dans mes vieux réglages de
téléphone…

Fernanda rit, légèrement tendue.

— Haha, t’es en mode parano ou quoi ?

— Non, je suis en mode lucide.

Un silence.

Fernanda baissa les yeux une seconde. Puis les releva, souriante, mais moins naturelle.

Lareolle pencha légèrement la tête, ses yeux plantés dans ceux de son “amie”.

— Dis-moi, Fernanda… T’as déjà entendu parler de l’adresse IP d’un téléphone ?


— Hein ? Euh… non pourquoi ?

— Parce qu’il paraît que les vieilles trahisons laissent des traces numériques. Et je suis
tombée sur une empreinte… qui porte ton nom.

Fernanda se figea.

Mais Lareolle ne haussa pas la voix.

Elle ne se leva pas non plus.

Elle dit simplement :

— Je vais pas crier. Je vais pas pleurer. Mais je veux savoir. Pourquoi ? Qu’est-ce que tu
gagnes à essayer de me faire tomber ?

Fernanda ouvrit la bouche.

Rien ne sortit.

Et pour la première fois depuis longtemps, Lareolle se sentit grande.

Non pas en hauteur.

Mais en clarté.

Elle n’avait plus peur d’elle.

Et Fernanda le sentit.

Alors elle dit, presque à voix basse :

— Tu sais… parfois, on supporte pas que certaines personnes brillent autant sans faire
d’effort.
Lareolle haussa légèrement les sourcils.

— Alors tu préfères voler leurs ombres ?

— Je voulais juste… que tu tombes un peu. Pour une fois.

Un silence glacial.

Mais Lareolle, sereine, dit simplement :

— Tu m’as pas fait tomber. Tu m’as juste appris à marcher autrement.

Elle se leva, sans violence.

Et partit.

Laissant Fernanda seule, face à son vide.

Chapitre 39 : Le vide après l’écho

Le banc était froid.

Le campus, encore animé de jeunes rires, semblait s’éloigner de Fernanda comme un


souvenir flou.

Elle n’avait pas bougé depuis que Lareolle était partie.

Ses mains tremblaient encore, mais ce n’était plus de peur.

C’était cette étrange sensation qu’on ressent quand tout ce qu’on a tissé tombe en poussière.

Elle releva les yeux.


Et là, tout lui revint.

Toutes les fois où elle avait fait semblant d’être là pour Lareolle.

Tous les petits regards, les conversations volées, les messages anonymes envoyés depuis ce
vieux compte…

Et surtout, cette rage intérieure :

Pourquoi Lareolle ?

Pourquoi elle brillait, elle attirait, elle captivait… sans jamais forcer ?

Fernanda avait passé sa vie à calculer, plaire, séduire, manipuler.

Mais face à Lareolle, rien ne suffisait.

Elle ne voulait pas détruire par cruauté.

Elle voulait juste exister dans un monde où on la verrait enfin.

Mais maintenant que le masque était tombé, elle comprenait.

On ne gagne jamais à faire tomber la lumière des autres.

On finit juste par s’enfermer dans l’ombre.

Elle sortit son téléphone.

Elle regarda le fil de leurs anciens messages.

Tous ces “tu peux compter sur moi”, ces “je suis là”, ces “tu es comme une sœur”.

Et elle les relut comme si c’était quelqu’un d’autre qui les avait écrits.

Elle ouvrit un nouveau message.


Je t’ai trahie parce que j’étais vide.

Et au lieu de construire, j’ai détruit.

Mais toi, tu n’as pas bougé.

Tu m’as vu, et tu n’as pas crié.

Tu m’as juste regardée. Et dans ton silence, j’ai compris ce que je suis devenue.

Elle n’appuya pas sur “envoyer”.

Pas encore.

Parce que ce message-là…

Elle devait d’abord se l’adresser à elle-même.

Chapitre 40 : Les mots qu’on n’attendait plus

Le soleil tombait doucement sur le campus.

Le vent portait une fraîcheur douce, presque printanière.

Lareolle marcha jusqu’au jardin près de la bibliothèque, là où il écrivait souvent.

Et comme elle l’avait pressenti, il était là.

Parolier, assis sur le banc, carnet ouvert, regard perdu dans les arbres.

Il ne l’avait pas vue arriver.

Mais il leva la tête, comme s’il l’avait sentie.

Leurs regards se croisèrent.


Et sans un mot, elle s’assit près de lui.

Pas trop près. Pas trop loin.

À la distance exacte qu’ils avaient appris à apprivoiser.

— Tu sais, dit-elle d’une voix basse, il y a eu un moment où j’ai cru que tout allait s’effondrer.

Il l’écoutait.

Il ne l’interrompait pas.

Parce qu’il savait que ces mots-là, il fallait les laisser naître à leur rythme.

— J’ai cru que t’étais un mensonge de plus. Un de ces jolis contes dont on se réveille seule.

Elle inspira.

— Mais je me suis trompée. Pas sur toi. Sur moi. Sur ma peur. Sur ce besoin d’être aimée
sans jamais oser croire que je le mérite.

Il la regardait avec une tendresse rare.

Pas une tendresse de compassion.

Une tendresse de reconnaissance.

Alors elle ajouta :

— Je veux pas qu’on rejoue ce qu’on a failli perdre. Je veux qu’on invente ce qu’on n’a pas
encore osé vivre.

Un silence doux tomba entre eux.


Puis Parolier referma doucement son carnet.

Il le posa sur ses genoux.

Et dit :

— Moi j’ai jamais su écrire ce que je ressens pour toi. J’ai cherché des rimes, des vers, des
métaphores… mais rien n’était assez juste.

Il tourna les yeux vers elle.

— Alors je vais faire simple : je suis resté. Je reste. Et si tu veux, on peut marcher ensemble
sans avoir besoin d’expliquer chaque pas.

Elle sourit.

Un sourire sincère, enfin libre.

Et cette fois, ce fut elle qui prit sa main.

Pas pour chercher un appui.

Mais pour dire :

“Je suis là. Maintenant. Et je n’ai plus peur.”

Chapitre 41 : Dans les interstices du jour

Ce soir-là, ils avaient quitté le campus sans direction précise.


Lareolle avait glissé sa main dans la sienne.

Ils marchaient. Lentement.

Sans même se parler parfois.

Parolier lui racontait des scènes inventées en regardant les passants :

ce monsieur pressé, sûrement un espion en mission,

cette dame au chignon parfait, peut-être une chef d’orchestre ratée…

Lareolle riait à chaque fois.

Pas pour le flatter.

Mais parce que, avec lui, le monde redevenait léger.

Ils s’étaient arrêtés près d’une fontaine.

La ville s’endormait doucement, et autour d’eux, tout semblait en suspens.

— Tu sais, dit-elle, je n’ai jamais vraiment aimé les fins heureuses. Elles me paraissaient
irréelles.

— Et maintenant ? demanda-t-il doucement.

Elle haussa les épaules.

— Maintenant je comprends qu’une fin heureuse, c’est juste une suite où on choisit encore…
malgré les écorchures.

Il la regarda longuement.

— Alors, choisis-moi encore demain ?


— Et après-demain. Et tous les jours où tu douteras de toi. Je serai là pour te rappeler ce que
je vois quand je te regarde.

Il posa sa tête contre la sienne.

Et ils restèrent ainsi.

Deux âmes qui s’étaient cherchées.

Et qui, enfin, avaient cessé de fuir.

Chapitre 42 : Ce qui reste quand on ne ferme pas la porte

Ils étaient assis sur le toit du vieux bâtiment administratif, là où presque personne n’allait.

Le soleil tirait sa révérence, lentement, en déposant ses couleurs d’or et de cendres sur la
ville.

Lareolle, les jambes croisées, regardait l’horizon comme si elle attendait un signal du ciel.

Parolier, couché sur le dos, écrivait des mots invisibles avec ses doigts contre l’air.

Le vent soulevait doucement ses cheveux, comme s’il essayait de lui parler.

Mais elle n’écoutait plus le vent.

Elle écoutait le calme après la tempête.

— Tu crois qu’on saura se retrouver encore, même si la vie nous sépare un peu ? demanda-t-
elle, le regard toujours fixé vers l’ouest.

— Je crois qu’on est faits pour se perdre juste assez… pour mieux se retrouver, répondit-il en
fermant les yeux.
Un avion traça une ligne blanche dans le ciel.

Peut-être une direction.

Peut-être rien.

Lareolle se leva, le visage apaisé.

— Je ne veux pas te promettre des éternités. Mais je veux vivre chaque maintenant avec toi
comme si c’était un miracle.

Parolier sourit.

Il la rejoignit.

Ils descendirent du toit.

En silence.

Main dans la main.

Et dans ce silence, tout était dit.

Ils n’avaient pas besoin de final.

Parce qu’ils avaient le présent.

Et peut-être, un jour, la suite.


FIN

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