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Critique de la guerre et de Napoléon III

Le document analyse la critique de la guerre et de Napoléon III dans les poèmes de Rimbaud, soulignant l'utilisation de l'anaphore et de l'enjambement pour relier les thèmes de la guerre et de la religion. Rimbaud dépeint Napoléon III comme un homme vaincu et critique la propagande de la victoire, tout en rendant hommage aux soldats de la Première République. La satire de Rimbaud se manifeste à travers des images puissantes et des jeux de couleurs, dénonçant l'indifférence de Dieu et de l'Empereur face aux massacres.

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Critique de la guerre et de Napoléon III

Le document analyse la critique de la guerre et de Napoléon III dans les poèmes de Rimbaud, soulignant l'utilisation de l'anaphore et de l'enjambement pour relier les thèmes de la guerre et de la religion. Rimbaud dépeint Napoléon III comme un homme vaincu et critique la propagande de la victoire, tout en rendant hommage aux soldats de la Première République. La satire de Rimbaud se manifeste à travers des images puissantes et des jeux de couleurs, dénonçant l'indifférence de Dieu et de l'Empereur face aux massacres.

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LA CRITIQUE DE LA GUERRE ET DE NAPOLEON III

EXERCICE 1 :
1. Dans les quatrains, l'anaphore « tandis que » lie les quatrains et le thème est identique : c'est
une critique de la guerre et du « Roi » qui la mène. Cela renvoie à la guerre franco-
prussienne et le Roi peut être compris comme Napoléon III. Il peut cependant aussi s'agir
d'une critique plus générale. Dans les tercets, reliés par l'enjambement, changement de
thématique : Rimbaud attaque la religion. Le vocabulaire est en effet religieux : « autels,
encens, calices » (v. 10) « hosannah » (v. 11). Rimbaud critique la Divinité qui tolère de tels
massacres.
Remarque : association du Roi et de la divinité, car le Roi était le représentant de Dieu sur
terre. La monarchie en France était de droit divin.
2. Ce sonnet est satirique : la critique contre le « Roi » et « Dieu » est féroce. Le massacre des
soldats est rendu par les hyperboles « cent milliers » « en masse » (v. 6, v. 4) et la
déshumanisation des soldats qui « croulent » (= s'effondrer en parlant normalement d'un
édifice) ou que l'on « broie » (broyer = écraser en petits morceaux). Rimbaud ne fait pas de
différence entre les morts de l'armée française et ceux de l'armée prussienne (v. 3).
l'Empereur ne prend pas au sérieux ces morts dont il est responsable alors que Rimbaud
ressent de la compassion pour eux « Pauvres morts ! (v. 7). Cette critique est amplifiée par le
jeu des couleurs entre le champ de bataille et la nature : le bleu du ciel s'oppose au rouge du
sang, au rouge et au vert des costumes ; ce même vert annonce la nature et « l'herbe » du
quatrain suivant. Ces couleurs sont reliées, mais en naît le monstrueux. La nature sacrée qui
devrait être joie est profanée. Voilà le vrai sacrilège.
Quand à Dieu, l'emploi de l'article indéfini le rabaisse et Rimbaud le présente en train de se
réjouir de la célébration du culte malgré les massacres et de se réveiller pour recevoir de
l'argent de mères de soldats (chute du sonnet). Le Dieu chrétien est donc présenté comme
égoiste, indifférent et vénal. Pour Rimbaud, le seul sacré existant se trouve dans la Nature :

Vers à retenir :
– Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…

EXERCICE 2 :
- Napoléon III est présenté comme un homme vaincu, enfermé, que l'on ne découvre être l'empereur
que dans le deuxième quatrain : « l'homme pâle » (anaphore v. 2 et v. 3), « il est pris » (v. 9) « œil
terne » (= qui manque de vivacité, d'énergie) (v. 4) « éreinté » (v. 8) « œil mort » (v. 11).
- C'est un homme dont le présent n'est plus que du passé : « repense » (v. 3, v. 12). La fin du premier
quatrain par le tiret, le terme inattendu de « regards ardents » (v. 4) [qui contraste avec « œil terne »
ou « œil mort »]et les points de suspension annonce une rupture : nous remontons le temps et
revenons au règne de Napoléon III, au Second Empire : image de débauche « vingt ans d'orgie » (v.
5) et d'oppression « souffler la Liberté » (v. 6). Ce sont des critiques que nous avions déjà dans Les
Châtiments de Victor Hugo (1853). Nous remarquons d'ailleurs un chiasme aux vers 6-7 : je vais
souffler la liberté/la liberté revit. Figure de l'enfermement, ce chiasme montre que Napoléon III a
été pris à son propre piège. L'expression « il est pris » (v. 9) peut donc se comprendre de deux
façons : il est capturé par les Prussiens, il est victime de sa propre débauche.
- Enfin, le terme de « rage » dans le titre renvoie à une colère violente ; à l'origine, c'est une maladie
qui touche les animaux et qui les pousse à mordre. Or, nous retrouvons justement le verbe « mord »
(v. 10) associé au regret : cette rage de Napoléon III imaginée par Rimbaud est donc due à la perte
de son pouvoir. L'image du « fin nuage bleu » (v. 14) associée à un « cigare en feu » (v. 12) et à la
mention de Saint-Cloud, résidence impériale qui fut brûlée par les Prussiens, connote l'empire parti
en fumée. L'avant-dernier vers fait écho au deuxième vers « le cigare aux dents ». Ce cigare, qui
paraissait étrange au début du poème, prend donc tout son sens à la fin : il est tout ce qu'il reste d'un
passé perdu.
Remarque : Césars est au pluriel dans le titre, ce qui peut renvoyer à l'historien Suétone qui a écrit
une Vie des douze Césars (sur César et les premiers empereurs de Rome), mais fait surtout de
Napoléon III le modèle de tous les despotes.

EXERCICE 3 :

1.
Les trois premières strophes de ce sonnet sont un éloge des soldats de la Première République :
– ils sont tous morts pour la liberté « pâle du baiser fort de la liberté » (v. 2) « sous vos sabots
brisiez le joug » (v. 3). Ils ont défendu leur pays contre ceux qui souhaitaient rétablir la
Monarchie.
– Ton solennel : apostrophe « Ô soldats » (v. 7), anaphore de « vous » (v. 6-9) ; trimètre
« morts de Valmy, Morts de Fleurus, Morts d'Italie » (v. 10) et rythme régulier (absence de
rejet ou de contre-rejet et présence d'enjambements pour donner de l'ampleur au propos).
– Des images fortes comme celles des soldats morts assimilés à des Christs qui se sacrifient
pour les autres.
2.
Dans le dernier tercet, nous remarquons une double antithèse par rapport à ce qui précède :
- les héros d'antan qui combattaient pour la liberté s'opposent à un peuple opprimé « courbé
sous les Rois comme sous une trique » (v. 13). Rimbaud écrit d'ailleurs ce poème en prison à
Paris, où il a été incarcéré après une fugue.
- le présent « nous reparlent de vous » (v. 14) s'oppose au passé des strophes précédentes.
L'épigraphe (= citation au début d'un poème) tiré d'un article du journaliste Paul de
Cassagnac, dans le journal bonapartiste Le Pays, permet d'ancrer le sonnet dans le présent
du Second Empire.
L'éloge -l'hommage aux Morts de la Première République- sert donc le blâme de la
propagande du Second Empire. Rimbaud récuse l'analogie entre la situation sous la
Deuxième République et la situation de la guerre franco-prussienne. Cette dernière guerre
-et les morts qu'elle entraîne- n'a en effet aucun lien avec la liberté. Invoquer les Morts de
quatre-vingt-douze et de quatre-vingt-treize comme le fait le journaliste Paul de Cassagnac
est donc une insulte.

EXERCICE 4 :
1.
Ce titre est ironique et reprend la propagande napoléonienne. En réalité, cette victoire de
Sarrebrück (2 août 1870), qualifiée d' « éclatante », est mineure. La défaite française aura lieu un
mois plus tard, le 2 septembre 1870.
remarque : l'écriture de ce sonnet est présentée comme reliée à une « gravure belge brillamment
coloriée » vue à « Charleroi » et vendue « 35 centimes ». C'est une image de propagande. L'adverbe
« brillamment » fait écho au titre « éclatant ».
2.
Rimbaud part de cette gravure mais pour la parodier. Il détourne le registre épique par des
expressions triviales et familières comme « dada » (v. 2) ou « Pioupious » (v. 5). Il joue ensuite avec
les couleurs. Aux couleurs renvoyant à la guerre et au combat comme le « rouge » et le « bleu » des
uniformes et des « rouges canons », le « doré » des « tambours » (v. 6), s'oppose le rose, couleur
inattendue : « car il voit tout en rose » (v. 3). Voir tout en rose, c'est déformer la réalité en
l'embellissant. Cette victoire est donc exagérée par la propagande. Enfin, il use du comique de
caractère en présentant des soldats d'une grande naïveté. La chute du sonnet transforme le poème en
satire : « De quoi » (v. 14) répondant au cri de « Vive l'Empereur » (v. 11) comporte en effet un
double sens « Empereur de quoi ?» « de quoi doit-on féliciter l'empereur ? ». Dans les deux cas,
l'empereur est ridiculisé.

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