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Étude des Fonctions de Bessel

Le document traite des fonctions de Bessel et de leur équation différentielle associée. Il explore les solutions sur l'intervalle R∗+, les conditions nécessaires pour que les fonctions soient des solutions, et les propriétés des solutions développables en série entière. Enfin, il démontre que la fonction nulle est la seule solution pour certains cas de ν.

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Étude des Fonctions de Bessel

Le document traite des fonctions de Bessel et de leur équation différentielle associée. Il explore les solutions sur l'intervalle R∗+, les conditions nécessaires pour que les fonctions soient des solutions, et les propriétés des solutions développables en série entière. Enfin, il démontre que la fonction nulle est la seule solution pour certains cas de ν.

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Fonctions de Bessel

Soit ν ∈ R+ . On étudie l’équation différentielle de Bessel

(Bν ) t2 y 00 + ty 0 + (t2 − ν 2 )y = 0.

1 Étude sur R∗+

Soit ϕ : R∗+ → R dérivable.


1. Montrer que ϕ est solution de (Bν ) si et seulement si l’application (ϕ, ϕ0 ) de R
dans R2 est solution d’une équation différentielle de la forme Y 0 = A(t)Y , pour
une application A : R∗+ → M2 (R) qu’on précisera. On identifie ici R2 à M2,1 (R).
2. En déduire les solutions de (Bν ) sur l’intervalle R∗+ forment un plan vectoriel.
3. Soit ψ : R∗+ → R définie par ψ(t) = t1/2 ϕ(t). Montrer que ϕ est solution de (Bν )
si et seulement si ψ est solution de l’équation
 1/4 − ν 2 
(Eν ) z 00 + 1 + z = 0.
t2

4. En déduire les solutions de (B1/2 ).


5. Dans cette question, on fixe une solution non identiquement nulle ϕ de (Bν ), on
définit ψ comme ci-dessus.
(a) Montrer que les fonctions ψ et ψ 0 n’ont pas de zéro commun.
(b) On fixe un nombre complexe c tel que exp(c) = ψ(1) + iψ 0 (1) et on définit
l’application Λ : R∗+ → C par
t
ψ 0 (s) + iψ 00 (s)
Z
Λ(t) = c + ds.
1 ψ(s) + iψ 0 (s)

Montrer que pour tout t ∈ R∗+ , exp(Λ(t)) = ψ(t) + iψ 0 (t). On pourra dériver
la fonction exp(−Λ) ψ + iψ 0 .
(c) En majorant |Λ(t) + i|, montrer l’existence d’une constante ` ∈ C telle que
pour tout t ∈ R∗+ , |Λ(t) + it − `| ≤ |ν 2 − 1/4|t−1 .
(d) On pose ` = σ0 + iθ0 avec σ0 et θ0 dans R. Montrer que quand t tend vers
+∞, on a
ϕ(t) = eσ0 cos(θ0 − t)t−1/2 + O(t−3/2 ),
ϕ0 (t) = eσ0 sin(θ0 − t)t−1/2 + O(t−3/2 ).

1
2 Solutions développables en série entière

Soit ϕ :] − R, R[→ R une fonction développable en série entière au voisingage de 0


et R > 0 le rayon de convergence :
+∞
X
∀t ∈] − R, R[, ϕ(t) = an tn .
n=0

1. Donner l’expression de t2 ϕ00 (t) + tϕ0 (t) + (t2 − ν 2 )ϕ(t) sous forme de série entière
en la variable t. En déduire les conditions nécessaires et suffisantes que doivent
vérifier les coefficients (an )n∈N pour que ϕ soit une solution de (Bν ).
2. Lorsque ν ∈ / N, montrer que la fonction nulle est la seule solution de (Bν )
développable en série entière au voisinage de 0.
3. Lorsque ν ∈ N, montrer que les solutions de (Bν ) développables en série entière
au voisingage de 0 sont exactement les multiples de la fonction Jν définie par
+∞
X (−1)k  t 2k+ν
∀t ∈ R, Jν (t) = .
k!(k + ν)! 2
k=0

Indication : lorsque ν = 2p avec p ∈ N, on montrera que les conditions de la


question 1 s’écrivent
(a) ∀k ≥ 0, a2k+1 = 0 ;
(b) ∀k ∈ [[0, p − 1]], a2k = 0 ;
 −1 k−p (2p)!
(c) ∀k ≥ p, a2k = a2p .
4 (k − p)!(k + p)!
4. Soient Θ une variable aléatoire de loi uniforme sur [−π/2, π/2] et ϕ la fonction ca-
ractéristique de la variable aléatoire Y := sin Θ. Montrer que ϕ = J0 . Indication :
on montrera que
+∞
X (it)n
∀t ∈ R, ϕ(t) = E[Y n ] .
n!
n=0

et on pourra utiliser sans preuve la formule de Wallis


Z π/2
π (2k)!
∀k ∈ N, sin2k θ dθ = × .
0 2 22k k!2

2
Un corrigé
Étude sur R∗+

1. Pour tout t ∈ R∗+ , notons


 
0 1
A(t) = 2 −ν 2 .
−t t2
− 1t

Alors
ϕ0 (t) = 0ϕ(t) + 1ϕ0 (t)

ϕ est solution de (Bν ) ⇐⇒ ∀t ∈ R∗+ , 2 2
ϕ00 (t) = − t −ν
t2
ϕ(t) − 1t ϕ0 (t)
 0   0 
∗ ϕ (t) ϕ (t)
⇐⇒ ∀t ∈ R+ , = A(t)
ϕ00 (t) ϕ00 (t)
⇐⇒ (ϕ, ϕ0 ) est solution de (Bν ).

2. L’application A : R∗+ → M2 (R) est continue, donc le théorème de Cauchy Lip-


schitz linéaire assure que l’ensemble des solutions de (Bν ) sur R∗+ est un plan
vectoriel. Il en est de même pour l’ensemble des solutions de (Eν ) sur R∗+ puisque
la transformation qui envoie toute solution φ de (Bν ) sur (ϕ, ϕ0 ) est un isomor-
phisme entre ces deux espaces vectoriels. L’isomorphisme réciproque envoie toute
solution (ϕ, ψ) de (Eν ) sur ϕ.
3. Soit ψ : R∗+ → R définie par ψ(t) = t1/2 ϕ(t). D’après la formule de Leibniz, on
a pour tout t ∈ R∗+ ,

ϕ(t) = t−1/2 ψ(t),


1
ϕ0 (t) = t−1/2 ψ 0 (t) − t−3/2 ψ(t),
2
00 −1/2 00 −3/2 0 3
ϕ (t) = t ψ (t) − t ψ (t) + t−5/2 ψ(t).
4
Donc

t2 ϕ00 (t) + tϕ0 (t) + (t2 − ν 2 )ϕ(t) = t3/2 ψ 00 (t) + (−t1/2 + t1/2 )ψ 0 (t)
3 1 
+ t−1/2 − t−1/2 + (t2 − ν 2 )t−1/2 ψ(t)
4 2
1 
= t3/2 ψ 00 (t) + + (t2 − ν 2 ) t−1/2 ψ(t)
4
  1/4 − ν 2  
= t3/2 ψ 00 (t) + 1 + ψ(t)
t2
Ainsi, ϕ est solution de (Bν ) si et seulement si ψ est solution de l’équation (Eν ).
4. L’équation (E1/2 ) s’écrit z 00 + z = 0. Ses solution sont les fonctions α cos +β sin
avec α, β constantes réelles. D’après la question précédente, les solutions de (B1/2 )
sont donc les fonctions t 7→ t−1/2 (α cos t + β sin t).
5. Soit ϕ une solution non identiquement nulle de (Bν ) et ψ comme ci-dessus.
(a) Si ψ et ψ 0 avaient un zéro commun, ce serait aussi un zéro commun de
ϕ et ϕ0 , donc un zéro de (ϕ, ϕ0 ). D’après le théorème de Cauchy-Lipschitz
linéaire, cette solution de l’équation différentielle Y 0 = A(t)Y serait nulle, ce
qui contredit l’hypothèse. Donc ψ et ψ 0 n’ont pas de zéro commun.

3
(b) Par construction, Λ est dérivable de dérivée Λ0 = (ψ 0 + iψ 00 )/(ψ + iψ 0 ). Donc
  0  
exp(−Λ) ψ + iψ 0 = exp(−Λ) − Λ0 ψ + iψ 0 + ψ 0 + iψ 00 = 0.


La fonction exp(−Λ) ψ + iψ 0 est constante, égale à 1, puisque exp(c) =




ψ(1) + iψ 0 (1). Ainsi, pour tout t ∈ R∗+ , exp(Λ(t)) = ψ(t) + iψ 0 (t).


(c) Pour tout t ∈ R∗+ ,

ψ 0 (t) + iψ 00 (t)
Λ0 (t) + i = +i
ψ(t) + iψ 0 (t)
iψ 00 (t) + iψ(t)
=
ψ(t) + iψ 0 (t)
ν 2 − 1/4 iψ(t)
= × ,
t2 ψ(t) + iψ 0 (t)

car ψ est solution de (Eν ). Comme ψ(t) et ψ 0 (t) sont réels, Donc

|ν 2 − 1/4| ψ(t) |ν 2 − 1/4|


|Λ0 (t) + i| = × ≤ .
t2 (ψ 2 (t) + ψ 02 (t))1/2 t2
R +∞
Donc l’intégrale 1 (Λ0 (t) + i)dt converge absolument, et Λ(t) + it a une
limite quand t tend vers +∞. Notons ` cette limite. Alors pour tout t ∈ R∗+ ,
Z +∞
` − (Λ(t) + it) = (Λ0 (s) + i)ds,
t

donc
+∞ +∞
|ν 2 − 1/4| |ν 2 − 1/4|
Z Z
0
|Λ(t) + it − `| ≤ |Λ (s) + i|ds ≤ ds = .
t t s2 t

(d) Quand t tend vers +∞, on a Λ(t)+it = σ0 +iθ0 +O(t−1 ) donc par différentiabilité
de l’exponentielle complexe ψ(t)eit = eσ0 eiθ0 +O(t−1 ) En multiplicant par e−it
et en prenant les parties réelle et imaginaire, on obtient

ϕ(t) = eσ0 cos(θ0 − t)t−1/2 + O(t−3/2 ),

ϕ0 (t) = eσ0 sin(θ0 − t)t−1/2 + O(t−3/2 ).

Solutions développables en série entière


1. On sait qu’on peut dériver terme à terme les séries entières dans l’intervalle ouvert
de convergence. Pour tout t ∈] − R, R[,
+∞
X
ϕ(t) = an tn ,
n=0

+∞
X
0
ϕ (t) = nan tn−1 ,
n=1
+∞
X
ϕ00 (t) = n(n − 1)an tn−2 .
n=2

4
En utilisant le fait que nan tn est nul si n = 0 et n(n − 1)an tn est nul si n ∈ {0, 1},
on a donc
+∞
X +∞
X
2 00 0 2 2 n
t ϕ (t) + tϕ (t) + (t − ν )ϕ(t) = n(n − 1)an t + nan tn
n=0 n=1
+∞
X +∞
X
+ an−2 tn − ν 2
an tn
n=2 n=0
+∞
X
(n2 − ν 2 )an + 1[n≥2] an−2 tn

=
n=0

Donner l’expression de t2 ϕ00 (t) + tϕ0 (t) + (t2 − ν 2 )ϕ(t) sous forme de série entière
en la variable t. Pour que ϕ soit une solution de (Bν ), il faut et il suffit donc que
(n2 − ν 2 )an = 0 pour tout n ∈ {0, 1} et (n2 − ν 2 )an = −an−2 pour tout n ≥ 2.
2. Si ν ∈ / N, alors n2 − ν 2 6= 0 pour tout n ∈ N, donc les conditions ci-dessus se
réécrivent a0 = a1 = 0 et an = −an−2 /(n2 − ν 2 ) pour tout n ≥ 2. La seule suite
(an )n≥0 vérifiant ces conditions est la suite nulle. Donc la fonction nulle est la
seule solution de (Bν ) développable en série entière au voisingage de 0.
3. On vérifie d’abord que la série entière définissant Jν a un rayon de convergence
infini. Pour tout t ∈ R∗ , la série définissant Jν (t) converge absolument d’après le
critère de d’Alembert puisque

|t/2|2n+2+ν . |t/2|2n+ν t2
= → 0 quand n → +∞.
(n + 1)!(n + 1 + ν)! n!(n + ν)! 4(n + 1)(n + 1 + ν)

Si ν = 2p avec p ∈ N, les conditions de la question 1 sont équivalentes à


(a) a1 = 0 ;
(b) a0 = a2p−2 = 0 si p 6= 0 ;

(c) ∀n ∈ N \ {0, 1, 2p}, an = −an−2 / (n − 2p)(n + 2p) .
On vérifie que ces conditions sont équivalentes à
(a) ∀k ≥ 0, a2k+1 = 0 ;
(b) ∀k ∈ [[0, p − 1]], a2k = 0 ;
−a2k−2
(c) ∀k ≥ p + 1, a2k = .
4(k − p)(k + p)
La dernière de ces conditions équivaut à
 −1 k−p (2p)!
∀k ≥ p, a2k = a2p .
4 (k − p)!(k + p)!

Ainsi, les solutions de (Bν ) développables en série entière sont les fonctions de la
forme
+∞ +∞
X (−1)k−p t2k X (−1)k t2k+2p
ϕ(t) = 4p (2p)!a2p = 4p
(2p)!a 2p .
4k (k − p)!(k + p)! 22k+2p k!(2k + p)!
k=p k=0

avec a2p ∈ R quelconque, autrement dit les multiples de J2p = Jν .


On effectue un raisonnement analogue si n = 2p + 1 avec p ∈ N.

5
4. Pour tout t ∈ R,
+∞ +∞ h
itY
hX (itY )n i X (itY )n i
ϕ(t) = E[e ]=E = E ,
n! n!
n=0 n=0

l’interversion de la somme et de l’espérance étant justifiée par le théorème de


Fubini. En effet, la variable aléatoire Y := sin Θ est à valeurs dans [−1, 1], donc
+∞ +∞
hX (itY )n i hX |t|n i
E ≤E = E[e|t| ] = e|t| < +∞.
n! n!
n=0 n=0

Or pour tout n ∈ N,
Z π/2
1
E[Y n ] = E[sinn Θ] = sinn θ dθ.
π −π/2

Si n est impair, on trouve E[Y n ] = 0 par imparité. Or pout tout k ∈ N, la parité


et la formule de l’énoncé donnent

2 π/2 2k
Z
n 2k (2k)!
E[Y ] = E[Y ] = sin θ dθ = 2k 2 .
π 0 2 k!
Ainsi,
+∞ +∞
X (it)2k X (−1)k t2k
ϕ(t) = E[Y 2k ] = = J0 (t).
(2k)! 22k k!2
k=0 k=0

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