L’art
Le bonheur
La conscience
Le devoir
L’État
L’inconscient
La justice
Le langage
La liberté
La nature
La raison
La religion
La science
La technique
Le temps
Le travail
La vérité
La vérité
Enjeux :
Différencier opinion (doxa) et vérité (alètheia).
Définition :
Vérité : conformité de la pensée ou du discours avec la réalité
(correspondance entre le réel et la représentation que l’on s’en fait).
Raison : faculté de connaître, de juger selon des principes logiques,
d’ordonner la pensée.
Vérité & raison : on attend de la raison qu’elle permette d’accéder
à la vérité, en évitant les illusions ou les simples opinions.
Le scepticisme
Période : IVe–IIIe siècle av. J.-C., en Grèce.
Principaux représentants : Pyrrhon d’Élis
Contexte : Les sceptiques contestent la possibilité de parvenir à
une connaissance certaine (un critère fiable pour distinguer vrai et
faux).
Épochè : suspension du jugement ; ne pas affirmer ni nier quoi que
ce soit sur la réalité.
Ataraxie : idéal de paix de l’âme, atteint par l’absence de troubles
intérieurs (doutes, passions).
Conséquence : pour les sceptiques, la vérité (au sens d’une
connaissance certaine, absolument valide) n’est pas accessible.
Opposition aux dogmatiques : ceux-ci prétendent qu’il existe des
vérités absolues et connaissables. Les sceptiques jugent ces
affirmations infondées, car tout critère de vérité pourrait être remis
en question (régression à l’infini des justifications).
1. Arguments :
Expérience individuelle : chaque sujet perçoit la réalité selon son
histoire, sa culture, ses sens (Protagoras).
Tolérance : accepter que les points de vue diffèrent encourage le
dialogue démocratique.
Limite de la raison : ce qu’on tient pour vrai peut être remis en
question (erreurs, illusions).
Les sophistes
Étymologie : du grec ancien sophistès : « spécialiste du savoir,
maître en rhétorique ».
Rôle social : professeurs d’éloquence, de rhétorique et de
techniques de persuasion (sophistes célèbres : Protagorasé).
Fonction : enseigner la parole publique (dialectique, argumentation)
aux citoyens, notamment pour intervenir dans l’Assemblée
(démocratie athénienne).
1. Relativisme sur la vérité :
Protagoras : « L’homme est la mesure de toute chose »
Formulation célèbre : « Telle chose me paraît, telle elle est pour moi,
et telle elle te paraît, telle elle est pour toi. »
→ La vérité dépend donc du sujet qui perçoit où qui juge ; il n’y a pas
de critère objectif universel.
2. Rhétorique et persuasion :
Les sophistes enseignent à leurs disciples à manier le discours
(techne rhetorike) pour convaincre ou persuader, sans souci de la
vérité en tant que «correspondance au réel ».
Ils se posent en maîtres du savoir et de la parole, se faisant payer
très cher pour leurs leçons, contrairement à Socrate (pour qui la
recherche de la vérité se fait gratuitement, dans l’espace public de
l’agora).
3. Opposition à Socrate :
Socrate : affirme humblement qu’il ne sait rien (« Je sais que je ne
sais rien »). Il recherche la vérité par le dialogue, la maïeutique, la
quête du Bien.
Sophistes : prétendent détenir de la sagesse et enseignent l’art de
bien parler sans s’occuper de vérité ou de Bien. Ils peuvent défendre
un argument et son contraire selon la demande (relativisme
complet).
Dans les dialogues de Platon (Protagoras), les sophistes apparaissent
souvent en adversaires de Socrate.
Le principe de non-contradiction (Aristote)
Citation (Aristote, La Métaphysique) : « Il est impossible qu'un
même attribut appartienne et n'appartienne pas en même temps et
sous le même rapport à une même chose. »
Sens : une proposition ne peut pas être à la fois vraie et fausse dans
les mêmes conditions.
Rôle : fondement de la logique et de la connaissance scientifique ;
condition de possibilité d’un discours cohérent et donc d’une vérité
objective.
Lien avec le relativisme : si chacun peut affirmer une vérité
différente, on enfreint ce principe ; cela conduit au chaos logique (A
est B et A n’est pas B).
L’allégorie de la caverne (Platon)
1. Oeuvre : La République
2. But : illustrer la condition humaine vis-à-vis du savoir et de la
vérité : la difficulté de l’âme à s’élever du monde sensible (illusions)
vers le monde intelligible (vérité).
1. La caverne :
3. Des prisonniers naissent enchaînés dans une caverne, contraints de
regarder le mur.
4. Derrière eux se trouve un feu, et entre le feu et les prisonniers passe
un chemin.
5. Des gens font passer des statues ou des objets, projetant des
ombres sur le mur de la caverne, que les prisonniers prennent pour
la réalité.
2. L’évasion :
6. L’un des prisonniers parvient à se libérer : il se retourne, constate
que ce qu’il voyait étaient des ombres et non la réalité.
7. Il sort de la caverne, atteint la lumière du soleil : ébloui au début, il
découvre le monde extérieur (plus proche de la vérité).
3. Le retour dans la caverne :
8. Rémuni de sa découverte, l’ex-prisonnier retourne dans la caverne
pour alerter les autres.
9. Les prisonniers encore enchaînés « ne comprennent pas » sa parole,
voient en lui un fou, et s’opposent à son message.
L’existence d’une vérité absolue
Principe de non-contradiction : s’il existe plusieurs « vérités »
contradictoires sur un même objet, comment trancher ?
Critère de vérité : correspondance au réel : distinguer vérité et
opinion (perceptuelle ou morale).
Rôle du savoir scientifique : on construit des connaissances
vérifiables, reproductibles, qui s’imposent à tous (lois de la nature).
Démocratie et vérité : une société ne peut fonctionner si chacun
impose sa vérité sans critère rationnel commun.
Nuancé
Il faut distinguer :
1. Opinion (doxa), qui peut être pluralité de points de vue
(esthétique, goût, préférences personnelles).
2. Vérité stricte (alètheia), qui concerne des propositions non
contradictoires et vérifiables (mathématiques, sciences, morale
objective).
Le temps
Les enjeux
Peut ont véritablement faire disparaître l’écoulement
temporel
Définitions
1. Le temps objectif :
C’est la « durée » mesurable, linéaire, irréversible (passage du passé
au présent au futur).
Caractérisé par la flèche du temps : irréversibilité, succession
unidirectionnelle.
Jankélévitch écrit : « Le temps est littéralement irréversible, c’est-à-
dire qu’il est absolument impossible de le renverser […] » (→
Jankélévitch, L’Irréversible et la nostalgie).
2. Le temps subjectif (conscience du temps) :
C’est la manière dont chaque conscience ressent ou vit l’écoulement
temporel.
Il coïncide avec nos souvenirs (passé), notre attention au présent et
nos projections d’avenir.
Saint Augustin souligne la difficulté à définir ce temps intérieur : il
existe comme expérience psychologique, non comme objet extérieur
clairement délimité (→ Saint Augustin, Les Confessions).
Conditions universelles du temps
1. Le temps comme condition fondamentale de l’univers :
Tout ce qui existe (êtres vivants, objets, planètes) est soumis au
temps objectif.
L’homme, comme tout organisme, subit la flèche du temps :
naissance → croissance → vieillissement → mort.
On ne peut « revenir » à l’instant initial de sa naissance, alors qu’on
peut, dans l’espace, revenir à un lieu de départ : le temps ne connaît
pas de retour en arrière.
Implication : l’homme est « condamné » par la nature à évoluer
dans un flux irréversible, donc il ne peut pas « éteindre » le temps.
2. Conséquence existentielle :
Subir la loi naturelle = subir le vieillissement et la mort.
Citation : « L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature
[…] » (→ Pascal, Les Pensées).
Pour devenir réellement « hors du temps », il faudrait être immortel,
or « cet homme qui ne peut ni ralentir ni arrêter ni renverser le
temps » ne peut échapper à sa destinée mortelle (→ Jankélévitch).
La conscience du temps
1. La conscience comme avocat du temps :
L’animal ou un objet n’ont pas la même représentation du temps
que l’homme : l’animal ne se projette pas dans un passé lointain et
n’anticipe pas un futur abstrait.
L’homme, grâce à sa conscience, « revit » son passé (regrets,
nostalgie) et « craint » sa mort à venir, ce qui l’empêche de
s’extraire psychologiquement du temps.
Citation : « C’est ainsi que l’animal vit d’une façon non historique
[…] L’homme, par contre, s’arc-boute contre le poids toujours plus
lourd du passé […] » (→ Nietzsche, Considérations inactuelles).
Implication : même si le temps objectif continuait, l’homme ne
peut ignorer son passage, car sa conscience l’y ramène sans cesse.
2. Conséquence existentielle :
La conscience de l’écoulement du temps produit une angoisse
existentielle (crainte de la mort, peur de l’inutilité).
Pascal insiste sur la « noblesse » tragique de l’homme : il sait qu’il
est mortel, tandis que le cosmos « l’ignore » (→ Pascal, Les Pensées).
Temps est une structure de la conscience
1. Saint Augustin sur la difficulté de définir le temps :
Il remarque qu’on « saisit » intuitivement le temps (passage du
passé au présent au futur), mais qu’en tentant de le définir, il se
dérobe : « Qu’est-ce donc que le temps ? […] Si personne ne me le
demande, je le sais ; si je veux l’expliquer à quelqu’un qui me l’a
posé, je ne le sais plus. » (→ Saint Augustin, Les Confessions, Livre
XI).
La définition courante (passé, présent, futur) est problématique :
abstraire ces trois « temps » comme existant séparément serait
erroné, car seul le présent est réellement perçu, tandis que passé et
futur relèvent de la mémoire et de l’attente.
Implication : le temps se constitue dans la conscience même — il
est expérience plus que substance. Autrement dit, le temps « est »
parce que notre esprit le perçoit et le mesure.
2. Conséquence philosophique :
Le temps ne peut disparaître sans effacer la conscience humaine
telle que nous la connaissons.
Notre « expérience vécue » du temps est constitutive de notre
existence : vouloir le faire disparaître, c’est vouloir annihiler notre
propre modalité d’être-au-monde.
Oublier le temps
1. Baudelaire : s’« enivrer » pour oublier le fardeau du temps :
Citation du « Petit poème en prose » (Baudelaire, Le Spleen de Paris)
: « Il faut être toujours ivre, tout est là ;»
Sens : l’« ivresse » (au sens artistique, poétique ou moral : art,
poésie, vertu) permet d’abolir momentanément la conscience de
l’écoulement temporel.
Limite : cette ivresse reste provisoire ; tôt ou tard, le buveur, le
poète ou le mystique « retombe » dans le temps et doit à nouveau
affronter la réalité.
2. Conséquence psychique :
Cet état modifié de conscience (flow, transe créatrice) permet un «
hors-temps » subjectif, mais il s’accompagne souvent d’une
dépendance (alcool, drogues, hypertrophie de la recherche
esthétique).
On peut le voir comme une compensation insuffisante, car l’effet
finit par se dissiper.
Se distraire, détourner la conscience du temps
1. Pascal : « Divertissement » contre conscience du temps :
Pascal observe que l’homme cherche à fuir la pensée de sa propre
finitude en se divertissant (travail, sport, divertissements divers) : «
Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se
sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser.
Sens : en s’occupant sans cesse, on ne réfléchit pas à l’écoulement
de sa vie ni à la mort imminente.
Limite : Pascal précise que ce divertissement est un pis-aller, un «
masque » — la plus grande de nos misères : il nous empêche surtout
de songer à nous-mêmes, et conduit à disparaître insensiblement.
2. Conséquence existentielle :
Le divertissement permet de « sauter » mentalement la conscience
du temps qui passe, mais c’est une fuite qui nie la condition mortelle
et peut conduire à un sentiment de vacuité.
Transcender son existence pour s’extirper du temps
1. Malraux : « s’arracher au temps » par l’art :
L’artiste cherche à créer des œuvres qui défient le temps en
s’inscrivant dans l’Histoire de l’humanité. L’art devient un moyen
d’accéder à une forme d’« immortalité » symbolique.
2. Arendt : « agir dans le monde » pour laisser une trace (→
Hannah Arendt, La Crise de la culture) :
L’action politique, la création d’idées ou d’institutions permettent de
marquer le monde ; l’œuvre laisse une « empreinte » qui survit à
l’agent.
C’est une façon de ne pas être « englouti » par le temps, mais de
participer au récit historique.
3. Conséquence philosophique :
Cette voie (« transcender » ) est plus noble, car elle ne consiste pas
à nier la mortalité ni le temps objectif, mais à réorienter sa vie vers
un projet qui s’inscrit au-delà de sa propre durée de vie.
Toutefois, elle ne supprime pas l’urgence temporelle de l’existence ;
elle y donne simplement une valeur symbolique et partagée.
La finitude comme détermination ontologique
1. Heidegger : la mort comme horizon inévitable (→ Martin
Heidegger, Être et Temps) :
Pour Heidegger, l’homme est un être-pour-la-mort : sa temporalité
est « avoir-devant-soi » sa propre finitude.
Citation de Philippe Cabestan à propos d’Heidegger : « La
mort, c’est bien une détermination ontologique, existentielle, c’est
ce qui nous constitue comme êtres humains. »
Implication : au lieu de vouloir fuir ou nier la mort (et donc le
temps), il convient de l’assumer comme dimension constitutive de
l’existence. La conscience de la mort rend toute action significative,
car c’est la limite qui donne sa valeur à chaque moment vécu.
2. Conséquence existentielle :
La mort ne doit pas être un fardeau à fuir coûte que coûte, mais un
rappel qu’il faut « exister authentiquement » en étant conscient de
notre temporalité.
Fuir la mort (et donc le temps) revient à vivre inauthentiquement,
comme un « on » passif (Heidegger), plutôt que de s’engager
pleinement dans sa propre vie.
Reprendre possession de son temps
1. Sénèque : valoriser le temps plutôt que le gaspiller (→
Sénèque, De la brièveté de la vie) Il distingue deux types
d’existence :
Exister sans vivre : ceux qui s’aliènent dans des activités inutiles,
toujours tournés vers l’avenir, sans profiter du présent.
Vivre philosophiquement : celui qui sait utiliser son temps, qui
n’est pas asservi aux divertissements ou aux passions, mais maître
de ses choix.
Citation importante : « La vie n’est pas courte, c’est la nôtre qui
est mal employée. »
Vision stoïcienne : la « brièveté » de la vie est un appel à la
sagesse : la vraie richesse, c’est de disposer de son temps
rationnellement, en accord avec la nature (être maître de soi,
atteindre l’ataraxie).
2. Conséquence éthique et pratique :
Plutôt que chercher à fuir le temps, il vaut mieux le considérer
comme précieux et l’exploiter dans un souci d’authenticité (prendre
conscience qu’il est limité).
Vivre pleinement, c’est vivre avec la conscience de notre mortalité
sans chercher à nier cette limite.
Liberté
Définitions
Liberté d’indifférence : pouvoir choisir sans être déterminé par
des raisons extérieures ou intérieures (Descartes).
Liberté comme autonomie : capacité à se donner ses propres lois.
Liberté en situation : capacité à choisir dans un contexte donné
(Sartre).
Déterminismes
Type de Exemples Auteur
déterminisme s
Naturel Lois physiques, instincts, Spinoz
pulsions a
Social Origine sociale, capital Bourdie
culturel u
Psychique / Désirs inconscients, Freud
Inconscient refoulements
Descartes
Défend la liberté de la volonté : nous expérimentons directement
notre liberté.
La liberté d’indifférence est le plus bas degré de la liberté (quand
aucune raison ne nous pousse dans un sens ou l’autre).
Spinoza
Critique de l’illusion de la liberté : croire qu’on est libre alors
qu’on ignore les causes qui nous déterminent.
Ex : la pierre qui croit se mouvoir par elle-même.
L’homme n’est qu’un élément dans la nature soumis à ses lois.
Bourdieu
La liberté est une illusion renforçant le déterminisme social.
Nos goûts, choix culturels, etc., sont liés à notre milieu social.
Pour devenir un vrai sujet, il faut prendre conscience des
déterminismes qui nous influencent.
Sartre
« L’homme est condamné à être libre » : il n’a pas choisi d’exister,
mais il doit se choisir à chaque instant.
Liberté = choisir dans une situation, même difficile.
Il n’existe pas de nature humaine fixée.
La mauvaise foi = refuser sa liberté et se trouver des excuses.
Le projet donne un sens à notre existence, mais reste toujours
modifiable.
La technique
La technique : un atout pour l’homme
1. La technique est le propre de l’homme
L’homme est naturellement démuni (pas de griffes, de crocs,
etc.).
Il survit grâce à son intelligence → il crée des outils techniques.
➤ Platon, Protagoras : mythe de Prométhée → la technique
comme don pour survivre.
→ L’homme devient un être de culture.
2. La technique donne un pouvoir sur la nature
➤ Descartes, Discours de la méthode : « se rendre comme
maître et possesseur de la nature ».
Plus de connaissances = plus de techniques = plus de pouvoir.
Exemples : barrage, médecine, outils agricoles.
3. La technique libère du travail
Elle automatise les tâches nécessaires à la survie, libérant du
temps.
Exemples : machines à laver, ordinateurs, moteurs.
Les dangers de la technique
1. La technique peut détruire l’homme
➤ Platon (Protagoras, fin du mythe) : sans justice, la technique
devient dangereuse.
Exemples : bombe atomique, pesticides.
2. La technique affaiblit l’homme
➤ Jean-Michel Besnier, L’homme simplifié : La technique
(notamment numérique) affaiblit nos capacités cognitives
(concentration, mémoire).
➤ Marx: Le travail à la chaîne déshumanise l’homme, qui devient
esclave de la machine.
3. La technique accélère le rythme de vie
➤ Hartmut Rosa :
o Paradoxe : au lieu de gagner du temps, on travaille plus.
o L’homme devient aliéné par le rythme des outils techniques.
4. La technique moderne violente la nature
➤ Heidegger, La question de la technique :
o Technique traditionnelle = respect des processus naturels.
o Technique moderne = exploitation et stockage → la nature
devient une ressource à exploiter.
o Risque écologique majeur (ex. : forages, centrales
électriques…).
Penser un bon usage de la technique
1. La technique doit être soumise à une réflexion morale
➤ Kant : la technique obéit à l'impératif d'habileté → savoir-faire,
sans juger la finalité.
Mais il faut aussi se demander si la fin est bonne.
➤ Platon, Charmide : la vraie habileté = savoir si l’usage est
juste et bon.
2. Deux formes de raison selon Heidegger
Raison calculante Raison pensante
Recherche l’efficacité, le résultat Recherche le sens, la valeur
rapide des fins
Exemples : gestion, ingénierie Exemples : art, philosophie
Risque : oublier le sens, l’humain Nécessaire pour un usage
éthique
3. Vers une éthique de l’environnement
➤ Hans Jonas, Le Principe responsabilité :
o L’homme a une responsabilité envers la nature et les
générations futures.
o Il faut une nouvelle éthique qui intègre l’environnement.
Le travail
Définition
Travail : Activité humaine, exigeant un effort, transformant la nature
pour satisfaire les besoins.
Le travail à travers l’histoire
Époque Vision du travail
Antiquité Travail vu comme une soumission (esclavage) →
réservé aux non-citoyens. Les activités nobles :
politique, science, art.
Moyen Âge Travail = souffrance (tripalium = torture). Il protège
de l’oisiveté (considérée comme dangereuse
moralement).
Révolution Le travail devient source de richesse (Adam
industrielle Smith). Il est central dans l’économie.
Époque Le travail = valeur morale et économique. Chez
moderne Marx, il est double : il libère et aliène. Division
(XVIIIe-XXe) technique du travail (taylorisme, fordisme) = perte
d’autonomie.
Époque Travail = paradoxe : source de souffrance et
contemporaine d’identité sociale. Plus il devient rare, plus il est
valorisé.
Le travail comme réalité universelle et contrainte
Double nécessité :
o Naturelle : survivre (se nourrir, se vêtir, se loger).
o Sociale : s’intégrer et participer à la vie collective.
Étymologie : « Tripalium » = torture → connotation négative
(malédiction divine, Genèse).
Opposition antique :
o Travail = nécessité (vie corporelle).
o Otium (loisir intellectuel) = spiritualité, liberté.
Le travail comme source de liberté
1. Le travail forme l’homme
Alain – Propos sur le bonheur :
o Travail = peine mais source de discipline intérieure.
o Il nous apprend la concentration, l’effort, la maîtrise de
soi.
o « Le travail est l’école de l’attention. »
2. Le travail rend libre (dialectique maître-esclave)
Hegel – Phénoménologie de l’esprit :
o L’esclave, en travaillant, forme sa conscience.
o Le maître dépend de l’esclave → retournement : l’esclave
devient plus libre.
3. Le travail révèle l’humanité
Marx – Le Capital :
o Le travail humain ≠ instinct animal : il est conscient, finalisé.
o « L’homme transforme la nature et se transforme lui-même. »
o Le travail est une activité créatrice.
4. Le travail comme moyen d’émancipation
Simone de Beauvoir – Le Deuxième Sexe :
o Le travail est un moyen d’indépendance économique →
outil d’émancipation des femmes.
Conditions d’un travail libérateur (Alain)
Pour qu’il rende libre et heureux, il faut que le travail :
1. Forme l’attention et la volonté.
2. Ne soit pas purement mécanique.
3. Soit choisi et porteur de sens.
Idéal : le travail de l’artisan → maîtrise, compréhension, fierté → modèle
de liberté intérieure.
Le travail artistique
Nietzsche n’est pas contre l’effort, mais contre le travail servile.
Le travail créatif, artistique, librement choisi ≠ travail imposé.
L’artiste incarne l’idéal d’un travail libre et spirituel.
Art
L’art comme imitation de la nature
Aristote → “L’art imite la nature” mais cela peut s’entendre de deux
façons :
1. L’art imite la nature comme processus créateur
L’artiste est créateur, comme la nature crée les formes vivantes.
Il donne forme à une matière (comme la nature crée un arbre ou
un fleuve).
L’artiste est donc un démiurge, un artisan du monde.
2. L’art imite ce qui est dans la nature (représentation fidèle)
L’homme prend plaisir à la maîtrise de l’imitation, qu’il s’agisse :
o d’une reproduction fidèle
o d’une nature idéalisée (plus belle)
o ou dénaturée (plus laide)
Exemple célèbre : Zeuxis (Antiquité) peignait des raisins si réalistes que
des oiseaux tentaient de les picorer.
La critique de l’imitation (Platon)
L’art est illusion trompeuse, éloignée de la vérité.
Dans La République, Platon distingue :
o L’idée du lit (parfaite, intelligible)
o Le lit fabriqué (imitation, artisan)
o Le lit peint (imitation, artiste)
L’artiste fait une imitation d’imitation, un double éloignement du
vrai.
Comme dans l’allégorie de la caverne, il ne montre que des ombres,
des apparences.
La valeur cathartique de l’art (Hegel)
L’art purifie les passions en les représentant (catharsis)
L’art objective les passions → l’artiste s’en libère.
Le spectateur se reconnaît dans les émotions → il les dompte.
L’art est donc thérapeutique, il soulage et rend humain.
Exemple : théâtre classique (Phèdre, Le Cid…)
L’art révèle une réalité invisible (Bergson)
L’artiste dévoile ce que l’on ne voit pas dans la vie quotidienne.
Dans la vie courante, nous ne percevons pas les choses en elles-
mêmes : tout est vu à travers le prisme de l’utilité.
L’artiste, libéré de l’action, est contemplatif → il voit
autrement.
Il révèle la singularité d’une chose banale.
Citation : Paul Klee – “L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible.”
Œuvre à citer : Van Gogh, par exemple, sublime les objets ordinaires.
L’art spiritualise le sensible (Hegel)
L’art rend visible l’esprit humain à travers la matière.
Le beau artistique > le beau naturel car il vient de l’esprit.
L’art est l’expression sensible d’une vérité spirituelle.
Il transcende la forme pour exprimer des valeurs humaines
profondes (souffrance, vérité, angoisse, amour...).
Exemple : Francis Bacon – autoportraits torturés → expriment la douleur
intérieure, les séquelles de la guerre.
L’art engagé : miroir des luttes sociales (Camus)
L’art a de la valeur s’il participe aux combats de son temps
L’artiste ne peut pas faire “l’art pour l’art”.
Il doit refléter et dénoncer les réalités politiques, sociales,
historiques.
L’art devient outil de prise de conscience et de changement.
Exemples : Victor Hugo – Les Misérables → misère, injustice, rédemption.