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Nationalité et conflits au Congo

La question de la nationalité au Congo est un problème complexe et douloureux, particulièrement pour les populations d'expression kinyarwanda dans l'Est du pays, qui ont été au cœur des conflits de 1996 et 1998. Les différentes catégories de Banyarwanda, comprenant les autochtones, les immigrés et les transplantés, ont vu leur statut de nationalité évoluer à travers diverses constitutions et lois, souvent en lien avec des tensions ethniques. La résolution de cette question est cruciale pour rétablir la paix et respecter les droits humains fondamentaux.

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Nationalité et conflits au Congo

La question de la nationalité au Congo est un problème complexe et douloureux, particulièrement pour les populations d'expression kinyarwanda dans l'Est du pays, qui ont été au cœur des conflits de 1996 et 1998. Les différentes catégories de Banyarwanda, comprenant les autochtones, les immigrés et les transplantés, ont vu leur statut de nationalité évoluer à travers diverses constitutions et lois, souvent en lien avec des tensions ethniques. La résolution de cette question est cruciale pour rétablir la paix et respecter les droits humains fondamentaux.

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Source : [Link]

htm
Chapitre Premier
LA QUESTION DE LA NATIONALITE
" C'est ici que le rôle de tous devient très important pour laisser passer les temps des émotions vers
ceux de la raison "
Tshidibi Ngondavi

La "question de la nationalité" est certainement le problème le plus douloureux et le


plus complexe auquel le Congo a été confronté en 40 ans d'indépendance. Il s'agit
du problème central qui explique, pour une large part, les guerres que notre pays a
connues en 1996 et en 1998.
Les interventions étrangères qui ont eu lieu pendant ces deux guerres ont trouvé
dans la revendication nationalitaire d'une partie de la communauté nationale un
moyen de maquiller leur propre implication.
La résolution de ce problème en respectant le Droit et l'équité revêt une importance
capitale si l'on veut voir le Congo retrouver la paix.
I.1. Etat des lieux
A vrai dire, le problème de la nationalité concerne les populations d'expression
kinyarwanda de l'Est du Congo, dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu,
que l'on désigne sous l'appellation de " Banyarwanda " (Hutu et Tutsi).
Ces populations peuvent être classées en trois catégories : les autochtones du
Bwisha, les immigrés de veille souche des hauts plateaux de l'Itombwe, et les
transplantés de Masisi.
I.1.1. Les autochtones du Bwisha
A l'époque pré-coloniale, le sultanat du Rwanda couvrait une partire de la province
congolaise actuelle du Nord-Kivu.
Omer Marchal écrit à cet effet : " Cette année-là (en 1910) aboutirent les
conventions, en cours depuis 1906, entre les Belges, les Anglais et les Allemands,
dont la conclusion enlèvera au Rwanda tout le Bwysha, le Gishari, le Rucyuro, l'île
Ijwi, et la moitié occidentale du lac Kivu " (1).
En fait la convention du 11 août 1910, qui a définitivement déterminé les frontières
la colonie du Congo Belge et le protectorat allemand du Rwanda-Urundi, stipulait
que les indigènes du sultanat du Rwanda qui se trouvaient à l'Ouest de la nouvelle
frontière, c'est-à-dire au Congo (Goma et Rutshuru essentiellement),avaient le loisir
de se transporter avec leurs biens, meubles et leurs troupeaux sur le territoire
allemand, c'est-à-dire le Rwanda, endéans un délai de 6 mois (2).
Ceux qui restèrent au Congo, en fait la très grande majorité, furent érigés en
collectivité secteur de Bwisha, à la tête de laquelle fut placé un notable local, le
Mwami Daniel Ndeze.
I.1.2. Les immigrés de vieille souche des hauts plateaux de l'Itombwe
Il s'agit des pasteurs Tutsi installés sur les plateaux de l'Itombwe (Sud-Kivu) depuis

1
l'époque pré-coloniale. Il est difficile d'établir avec certitude la date de leur arrivée en
ces lieux, dans la mesure où l'Afrique pré-coloniale ignorait la tradition écrite. Bien
d'auteurs affirment que leur présence sur ces plateaux serait antérieure à l'arrivée
du colonisateur. Pour le professeur Déogratias Mbonyikebe, chercheur au Groupe
d'études des mentalités et des environnements sociaux (C.E.M.E.S), ils seraient
venus " du Rwanda ancien vers la fin du XVIIIème siècle sous le règne du Mwami
Gahindiro " (3). Gaspard Gagika parle d'eux comme d'une " immigration séculaire
des Rwanda au Congo " (4).
Le fait que, selon Jean-Claude Willame (5), l'Etat indépendant du Congo (EIC) avait
accordé aux Tutsi de l'Itombwe une entité administrative autonome en 1906, entité
qui fut confirmée par le colonisateur en 1910, avant d'être supprimée en 1933, tend
à prouver que cette population disposait d'un ancrage sur le territoire qu'elle occupe,
et ce bien avant l'arrivée du colonisateur.
Leurs descendants ont pris le nom de " Banyamulenge " pour s'affirmer face à un
début d'ostracisme qui, dans les années 60-70, tendait à les assimiler aux réfugiés
Tutsi du Rwanda que la Croix-Rouge avaient placé les camps dans certains villages
du Sud-Kivu. En 1979, le gouvernement zaïrois a crée à leur profit la collectivité de
Bijombo. Mais ils doivent leur notoriété grâce à la guerre ( la " révolte des
Banyamulenge ") qu'ils ont déclenchée en réaction à une épuration ethnique dirigée
contre eux par le pouvoir du Maréchal Mobutu en 1996.
I.1.3. Les transplantés de Masisi
Dans le but de mettre en valeur le fertile territoire de Masisi d'une part, et de
décongestionner le Rwanda surpeuplé d'autre part, l'autorité coloniale belge décida
le transfert des populations rwandaises vers le Congo. C'est dans ce cadre que fut
crée la Mission d'Immigration Banyarwanda (MIB) en 1934.
En 1938, le pouvoir colonial mit en place la commission n°128/T.F.R.1 du 02
novembre qui désigna [Link] Declerk, substitut du Procureur du Roi près le
Tribunal de première instance à Bukavu, en qualité de Délégué chargé de négocier
un ACTE DE CESSION, au profit de la Colonie, des droits que les autorités
coutumières Bahunde possédait sur un terrain de 349,1 km2. M. Declerk servit
comme avocat des chefs Bahunde. Les négociations aboutirent en 1939, et le 13
novembre de cette année-là, fut signé " l'Acte de cession des droits indigènes "
entre la colonie représentée par M. Amédée Van Cleemput, Assistant de
l'Administrateur de territoire de Masisi, et les autorités coutumières Bahunde
représentées par [Link] et le Grand chef Bahunde, [Link]é Kalinda. Le prix du
territoire ainsi cédé était de 35.000 F de l'époque (6).
De 1930 à 1954,la Belgique transféra dans le Masisi des milliers de Banyarwanda
Hutu et Tutsi, qui, aujourd'hui, ont fini par devenir majoritaires (80 % de la
population).

Deux faits démontrent que le pouvoir colonial, en procédant à ces transferts de


populations, accordait aux immigrés le statut de citoyens du Congo-Belge :

- lorsque les immigrés arrivaient au siège du district du Nord-Kivu, ils remettaient

2
leur carte du Rwanda-Urundi et les autorités leur délivraient des livrets de
citoyens du Congo-belge ;
- - les immigrés furent organisés " coutumièrement " sur les terres où ils étaient
installés. Ainsi chaque village était dirigé par des notables locaux. A un moment,
il fut même créé une chefferie coutumière pour les Banyarwanda transplantés :
la chefferie de Gishari à la tête de laquelle fut placé Wilfried Bucyanayandi.
I.2. Question de nationalité et conflits ethniques

Lors de l'accession du Congo à l'indépendance le 30 juin 1960, les ressortissants de


toutes les catégories de Banyarwanda ci-haut citées étaient considérés comme de
congolais à part entière. Ainsi, lors des élections communales ouvertes aux
congolais en 1959, [Link] Bisukiro, Hutu de Rutshuru (Nord-Kivu) a été élu
conseiller de la commune de Kadutu à Bukavu. De même, 4 Banyarwanda avaient
participé à la conférence de la Table-ronde de Bruxelles qui décida de
l'indépendance du Congo.
Lors des élections provinciales et nationales de 1960, plusieurs personnalités
politiques Banyarwanda ont été élues. Il s'agit notamment, de Marcel Bisukiro,
sénateur du Kivu, Joseph Midiburo, un autre Hutu de Rutshuru, député national du
Nord-Kivu ; Cyprien Rwakabuba Shinga, Tutsi de Rutshuru, député provincial de
son territoire d'origine ; Jean Ruiyereka, Tusti de Masisi, député provincial de ce
territoire.
Par la suite, Marcel Bisukiro fut nommé ministre du Commerce extérieur dans le
gouvernement Lumumba ; Joseph Midiburo fut porté à la deuxième vice-présidence
de la chambre des députés ( il sera même président de l'Assemblée nationale en
1963); Cyprien Rwakabuka et Jean Ruiyereka furent nommés respectivement
ministres des Finances et de l'Education du gouvernement du Kivu.
Cette brève introduction tient à démontrer qu'avant et au moment de l'accession du
Congo à l'indépendance, il n'existait ni de problème de cohabitation (Au point que
Bisukiro a été élu dans une ville majoritairement habitée par les Bashi comme
Bukavu), ni de problème de nationalité.
I.2.1. La question de nationalité à travers l'histoire de la RDC

La loi fondamentale et la Table Ronde


La loi Fondamentale qui servit de première constitution au jeune Etat du Congo n'a
pas définit la nationalité congolaise. Cependant, la résolution n°2 de la Table Ronde
de Bruxelles, antérieure à l'indépendance, a reconnu comme congolais tous ceux
qui avaient déjà été reconnus comme tels par la colonie. Comme nous l'avons dit
plus haut, des délégués Banyarwanda, dont des fils des transplantés, siégeaient à
cette Table Ronde en tant que congolais.
En outre, la loi électorale n°13 du 23 mars 1960 réservait l'exercice des mandats
politiques " aux seuls congolais ".. Même si cette loi ne portait pas expressément
sur la nationalité, elle n'en réglementait pas moins l'une de ses conséquences les
plus importantes : le droit d'élire et, surtout, d'être élu au niveau provincial et

3
national. Or, comme nous l'avons démontré plus haut, plusieurs Banyarwanda pont
été élus et ont accédé à de hautes responsabilités de l'Etat en 1960.
La constitution de Luluabourg
C'est dans la constitution dite de Luluabourg de 1964 que, pour la première fois, les
Congolais vont définir leur nationalité. Au terme de l'article 6 de cette constitution,
est déclaré congolais au 30 juin 1960,toute personne dont un des ascendants est
ou a été membre d'une tribu ou d'une partie de tribu établie sur le territoire du
Congo avant le 18 octobre 1908 (date de la cession de l'EIC à la Belgique).
Logiquement, cette définition de la nationalité a deux conséquences :

1.° les Banyarwanda de Rutshuru, dont le territoire a été définitivement reconnu au


Congo en 1910, et les Banyamulenge du Sud-Kivu, établis sur les plateaux de
l'Itombwe avant 1908, sont congolais au titre de la nationalité d'origine.

2.° les descendants des transplantés, arrivés sur le territoire congolais entre 1930 et
1954 perdent leur statut de congolais qu'ils avaient jusqu'à cette date. Mais dans les
faits, ils vont continuer à être traités comme congolais lors des recensements et des
élections.
La constitution de 1967
La première constitution de l'ère Mobutu n'aborde pas en détails la nationalité. Tout
au plus, elle précise en son article 46 que la question est régie par la loi.
Loi n°002 du 05 janvier 1972
Le 5 janvier 1972 fut promulguée la loi n°002 portant nationalité zaïroise. Au terme
de son article premier, sont considérés comme zaïrois au 30 juin 1960 tous ceux
dont un des ascendants est ou a été membre de l'une des tribus établies sur le
territoire de la République du Zaïre dans ses frontières du 15 novembre 1908 telles
que modifiées ultérieurement. L'article 15 de cette loi ajoutait que les personnes
originaires du Rwanda-Urundi établies dans la province du Kivu avant le 1er janvier
1950 et qui ont continué à résider depuis lors au Zaïre jusqu'à l'entrée en vigueur de
la loi ont acquis la nationalité zaïroise le 30 juin 1960. Cette loi réhabilite
juridiquement les descendants des transplantés de Masisi.
Loi n°002 du 29 juin 1981
Cette loi suppose que les Banyarwanda ont acquis collectivement la nationalité
zaïroise uniquement à partir de 1972. Dans son exposé de motif, il est dit que la
nouvelle loi annule expressément l'article 15 de la loi de 1972 qui aurait accordé
collectivement " la nationalité à des groupes d'étrangers ".

Au terme de son article 4, est zaïrois au 30 juin 1960 toute personne dont un des
ascendants est ou a été membre de l'une des tribus établies sur le territoire de la
République du Zaïre dans ses limites du 1er août 1885 (date de la création de
l'EIC), telles que modifiées par des conventions ultérieures. On peut logiquement
considérer qu'à partir de cette date, les descendants de transplantés avaient perdu

4
leur nationalité zaïroise.
Quelques observations
Nous avons décidé de nous pencher sur cette dernière loi, dans la mesure où, d'une
part c'est sa formulation qui a continué d'être reconduite jusqu'à ce jour et, d'autre
part, elle explique, pour une bonne part, les conflits et guerres que la RDC a connus
ou continue de connaître à ce jour.
C'est à bon droit que bien de congolais soutiennent que le droit de la nationalité
ressort de la souveraineté de notre pays. Nous tenons, cependant à rappeler à tous
ceux qui l'auraient oublié que l'exercice de cette souveraineté admet des limites
qu'imposent les règles et principes internationaux en matière des droits de l'homme.
Ces règles et principes internationaux sont (entre autres) :
- La Déclaration universelle des droits de l'homme. Elle stipule en son article 15 que
chaque individu a droit à une nationalité. Cela sous-entend que nul ne peut être
frappé d'apatridie. De même, dans le même article, elle stipule que nul ne peut être
privé arbitrairement de sa nationalité. Toute privation de nationalité pour des motifs
autres que le manque de loyauté envers l'Etat est arbitraire.
- La règle de non -discrimination. Elle inspire le Droit International des droits de
l'homme. Elle a été consacrée par les articles 55 de la Charte des Nations-Unies, 2
de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, 2.1 du Pacte international
relatif aux droits civils et politiques, 5 de la Convention internationale sur
l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, et 2 de la Charte
africaine des droits de l'homme et des peuples. Au regard de cette règle, une
privation de nationalité qui n'a pas pour motif des actes valant rupture de la loyauté
à l égard du pays est discriminatoire.
- Les articles pertinents de la Convention sur la réduction des cas d'apatridie
La Convention sur la réduction des cas d'apatridie de 1961 fournit une
interprétation qui fait autorité du droit à la nationalité garantie par la Déclaration
universelle des droits de l'homme. Elle donne, en plus, des mesures précises
que les états doivent appliquer afin d'éliminer les cas d'apatridie :

- * Article 1 : " Tout Etat contractant accorde sa nationalité à l'individu né sur son
territoire et qui, autrement, serait apatride ".
- * Article 8, Paragraphe 1 : " Les Etats contractants ne priveront de leur
nationalité aucun individu si cette privation doit le rendre apatride ".
Dans la mesure où la nationalité zaïroise hier, et congolaise aujourd'hui, est une et
exclusive, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas être détenue concurremment avec une
autre nationalité, les Banyarwanda qui l'ont détenue entre 1972 et 1981 étaient
censés n'avoir aucune autre nationalité. Par conséquent, en leur privant leur
nationalité zaïroise, la loi n°002 du 29 juin 1981 en a fait des apatrides, ce qui est
contraire à l'esprit de l'article sus-évoqué.
Article9 :"Les Etats contractants ne priveront de leur nationalité aucun individu ou
groupe d'individus du pour des raisons d'ordre racial, ethnique, religieux ou politique
"

5
On peut difficilement soutenir que la loi n°002 du 29 juin 81 n'a pas violé cet article,
dans la mesure où elle n'a retiré leur nationalité, en ne l'accordant pas, qu'à un
groupe ethnique : les Banyarwanda. Même alors, les enfants de ceux-ci, nés entre
1972 et 1981 pendant que leurs parents avaient la qualité de zaïrois, et qui auraient
pu garder leur citoyenneté zaïroise, ont également été déchus de leur nationalité.
1.2.2 Conflits ethniques dans le Kivu
[Link]. Première République
L'instrumentalisation de la question nationalitaire à des fins politiques a fait
beaucoup de mal aux deux provinces du Kivu en particulier et au Congo en général.
Naguère paisible, le Kivu va plonger dans la haine et les affrontements quelque
deux années seulement après l'indépendance. Tout commence, en effet, avec la
création des 22 nouvelles provinces congolaises en 1962-1963. C'est la création de
la province du Nord-Kivu qui va mettre le feu aux poudres. Les élites politiques
Banyarwanda du Nord Kivu s'opposèrent à la division du Kivu en deux provinces
séparées, et refusèrent de voir leurs territoires rattachés au Nord-Kivu. Elles
préfèrent rester dans la province de Kivu central (l'équivalent du Sud-Kivu actuel
qui, heureux de gagner ainsi des territoires, gratifia ces banyarwanda de nouvelles
promotions : Célestin Rwamakuba fut nommé ministre des Mines, et Nvuyekure
président de l'Assemblée Provinciale). Elles réussirent à arracher le rattachement
des territoires de Goma et de Rutshuru au Kivu central, capitale Bukavu, obligeant
les autorités du tout nouveau Nord-Kivu d'aller installer leur capitale provinciale à
Kirotshe, un petit village de Masisi. Les leaders Banyarwanda obtinrent du
gouvernement central le principe de l'organisation d'un référendum - qui n'eut
finalement pas lieu - pour le Masisi (7).
Selon Jean-Claude Willame, " cette attitude leur valut l'hostilité des politiciens du
Nord-Kivu qui, en 1965, déclenchèrent une " chasse " aux rwandais dans toute
l'administration locale " (8). Cet épisode fut accompagné de brimades et
d'évènements sanglants. Ces événements douloureux sont connus dans l'histoire
sous le nom de " massacres du Kanyarwanda " ou de " révolte du Kanyarwanda ".
Ils ont été décrits ainsi : " Maisons incendiées, pillages, massacres de villages, les
soldats qui avaient en tête le mot " rebelles ", ne devraient alors épargner personne
" (9). Au cours de sa comparution devant la Commission des assassinats et
violations des droits de l'homme de la Conférence nationale souveraine, Monsieur
Boji, ancien gouverneur du Kivu central, évoqua " l'ardeur " du gouverneur du Nord-
Kivu de l'époque, Moleyi Benezeth, et des autorités territoriales de Goma, à arrêter
de soit-disant " mulelistes " qui étaient en réalité des zaïrois d'origine tutsi. Selon
[Link] : " Beaucoup de détenus ont été jetés dans le lac vert après d'horribles
tortures" (10).
[Link]. De la Transition à nos jours
Le lancement du processus de démocratisation par le Maréchal Mobutu le 24 avril
1990 a réveillé les passions ethniques longtemps contenues par l'autoritarisme du
parti unique.
a) L'accréditation à la CNS

6
Au Kivu, le discours ostraciste à l'encontre des Banyarwanda gagne rapidement du
terrain. Au point que les ressortissants du Nord-Kivu et du Sud-Kivu parvinrent à
faire débarquer tous les délégués Banyarwanda de la Conférence nationale
souveraine pour cause de " nationalité douteuse ". Après une rude bataille, seuls
quatre Hutu purent participer à ce forum historique. Parmi les exclus, un prince de
l'Eglise catholique, Monseigneur Kanyamachumbi, mais aussi l'ancien député et
ministre Rwakabuba Cyprien
En fait, c'est au Nord-Kivu que le discours anti-Banyarwanda prend source.
Pourtant, comparée à beaucoup d'autres, la province est plutôt prospère. Mais il s'y
pose un problème des terres dans le territoire de Masisi où la densité atteint 101
habitants au kilomètre carré (recensement de 1984). Les pasteurs Tutsi de Masisi
ont développé un cheptel bovin qui atteint alors 400.000 têtes de bétail, ce qui
nécessite de larges étendues de terres de pâturage dans une province qui a cédé
une partie de son territoire au Parc national des Virunga.
b) Calculs politiciens sur fond d'arithmétique ethnique
Le fait que les violences aient commencé à Walikale, un territoire à faible
densité(6 habitants au kilomètre carré) et où la présence des Banyarwanda n'était
pas significative, démontre le rôle de l'instrumentalisation politique des problèmes
ethniques par les leaders de la région. Dans le Nord-Kivu, en particulier, certains
politiciens craignaient pour leur propre carrière politique devant le nombre important
des Banyarwanda qui, selon eux, étaient à même de remporter la majorité des
sièges lors des confrontations électorales.
L'exemple en est donné par le gouverneur de l'époque, Jean-Michel Kalumbo
Mbogho, qui présentait ainsi l'arithmétique ethnique de sa province : "Les Hutu et
les Tutsi constituent la moitié de la population du Nord-Kivu à raison de 40% Hutu,
10% Tutsi. L'autre moitié étant constituée des Nande 40%, Nyanga 4%, Hunde 3%,
Tembo 2% et autres 1% " (11). Poursuivant sa déclaration, [Link] ajoutait :"
Récemment, nous avons entendu parler d'une réconciliation entre Hutu et Tutsi (..).
Comme l'union fait la force, les Hutu et les Tutsi feront un très grand chiffre
démographique qui décrochera la majorité des sièges dans les organes délibérants
des collectivités, des zones, des villes, de la région et de l'assemblée nationale "
(12)

[Link]. De la rhétorique à la violence


Les affrontements proprement dits commencent le 20 mars 1993 à Ntoto (Walikale),
deux jours après le passage dans cette localité de M. Bamwisho, vice-gouverneur
de province, qui y a tenu un discours incendiaire.
Sous le titre " violences ethniques dans les zones de Walikale et de Masisi ", un
journal écrivait : " Plusieurs sources dont la Caritas du secteur katoyi rapportent que
samedi 20 mars 1993 un incident meurtrier s'est produit au marché de Ntoto dans la
zone de Walikale. Des paysans de la tribu Nyanga armés de fusils de chasse ont
surgi sur le marché en tirant sur les hommes. Il n'y aurait eu aucun survivant. Le

7
lendemain le drame se serait poursuivi, les assaillants sont passés de village en
village pour tuer et incendier les maisons des membres des communautés Hutu et
Tutsi" (13).
Pour ce qui est du bilan, le même journal cite les sources de Caritas de Katoyi " qui
avancent le chiffre de 500 morts dans la seule localité de Buoyi dans la zone de
Walikale. Le commissaire de zone, Katsuva Terya, reconnaît la mort de 500
personnes dans la seule localité de Ntoto " (14). Quant aux causes des conflits, le
journal écrit : " Les Hunde et les Nyanga refusent aux Hutu et aux Tutsi la
nationalité zaïroise ", et précise : " Depuis le déclenchement du processus
démocratique, les rapports entre les habitants de la zone de Masisi et Walikale sont
devenus difficiles suite à l'exploitation politicienne de la question de la nationalité "
(15).
Au terme d'un rapport établi par Monseigneur Faustin Ngabu, évêque de Goma, il
ressort que le premier bilan de ces massacres fait état de 3000 morts et de
nombreux disparus. " Les victimes de ces affrontements sont presque tous
membres de la communauté Hutu-Tutsi ", indique le rapport, qui dénonce " la
légèreté frisant la complicité de l'administration régionale. Des chefs de groupement
au gouverneur de la région, les autorités politico-administratives ont voulu ignorer la
tragédie de leurs administrés " (16).
Cinq mois plus tard, on apprend, par le canal des organismes humanitaires, que les
affrontements interethnique dans le Nord-Kivu ont fait " près de 7000 morts et
provoqué l'exode de 200.000 personnes " (17). Dans un rapport daté du 13 juillet
1993, l'organisation britannique Oxfam affirme que ces affrontements sont " voulus
par les autorités locales " (18). Ce chiffre est confirmé par un rapport de Human
Right Watch qui dit : " En mars 1993, des zaïrois de diverses origines ethniques
attaquèrent les Banyarwanda du Nord-Kivu. En quelques semaines, les violences
provoquèrent la mort de près de 7000 d'entre eux et l'on estime à 300.000 le
nombre de personnes ayant été forcées de fuir " (19).
[Link].L'immixion des données exogènes
Cette situation déjà complexe, va se compliquer davantage avec l'arrivée de près de
2 millions de réfugiés Hutu rwandais dans la région en 1994. Ces réfugiés, qui
haïssent les Tutsi de leur pays, vont retourner les Hutu congolais et s'allier aux
milices Maï Maï Ngilima des Bahunde et Banyanga pour s'attaquer aux Tutsi
congolais. Les militaires zaïrois envoyés dans la région dans le cadre de l'"
Opération Mbata " pour calmer la situation, vont se mêler à la persécution des Tutsi
dont ils convoitent le cheptel bovin. Résultat : des milliers de morts, plus de 350.000
vaches massacrées, et des centaines de milliers de personnes expulsées vers le
Rwanda (20).
De passage dans la région, M. Roberto Garreton, rapporteur spécial de la
Commission des droits de l'homme des Nations Unies, résume ainsi la situation : "
Les Banyarwanda sont l'objet de discrimination du fait de l'origine de leurs ancêtres
auxquels on dénie le caractère de zaïrois autochtones, bien que leur nationalité leur
ait été reconnue de 1960 à 1981. De ce fait, on leur dénie le droit d'avoir une
nationalité, on les prive de leurs biens, on les chasse de leurs foyers et on les
expulse en terre étrangère (21).

8
[Link]. La légalisation de l'irrationnel
La situation va empirer à cause des conclusions qu'élabore une commission
parlementaire dépêchée dans la région. Présidée par M. Vangu Mambweni ma
Busana, elle va recommander le nettoyage du Congo de tout élément
Munyarwanda. Cette Commission va alarmer l'opinion en cultivant des peurs
irraisonnées des Tutsi qui prépareraient un " Royaume hamitique " qui couvrirait le
Rwanda, l'Ouganda, le Burundi, le Kenya, la Tanzanie et la RDC. Un membre de la
commission, M.Rémy Kalegamire, Havu du Sud-Kivu, qui a dénoncé cette dérive et
expliqué qu'il existe bien des Banyarwanda congolais, fut déchu de son mandat de
parlementaire et de sa nationalité zaïroise. En application des recommandations de
la commission Vangu, le parlement de transition vota une série de résolutions le 28
avril 1995 qui exigeaient l'expulsion sans conditions et sans délais de tous les
réfugiés et émigrés (c'est-à-dire y compris les Banyarwanda congolais, selon
l'entendement de ces résolutions grandiloquentes) ; l'annulation des titres fonciers
des émigrés ou des transplantés ; et l'interdiction de toutes les associations des
Banyarwanda. Décidé d'appliquer ces résolutions, le commissaire de zone d'Uvira,
[Link] Mutabazi, ordonna l'inventaire des propriétés des Banyamulenge de sa
juridiction (22). Dans le même temps, des milices Bafulero, sous les ordres de
[Link] Bembe, vice-président mobutiste du parlement, se mirent à attaquer les
villages des Banyamulenge et à les chasser, avec l'aide des soldats des forces
armées zaïroises. La violence s'était ainsi répandue au Sud-Kivu …
[Link]. La culture de la violence s'installe durablement

Mais les Banyamulenge résistèrent contre cette épuration ethnique (23). La


conjonction de cette résistance avec l'intervention militaire du Rwanda provoqua la
première guerre en septembre 1996. Après la victoire de la coalition Rwanda-
Ouganda-Burundi-AFDL, tout le territoire national est calme et observe avec
attention les premiers pas du nouveau pouvoir, sauf les deux Kivu qui continuent de
brûler.
" Le Kivu, Nord et Sud, continue de suivre une trajectoire incertaine et même
chaotique selon certaines sources. D'une part, les affrontements armés se
poursuivent entre l'armée de l'AFDL et des bandes armées hétéroclites (Maï Maï,
Interahamwe, reliquat des ex-forces armées rwandaises, mouvements basés à la
frontière entre le Kivu et l'Ouganda, …) alimentées par le sentiment d'opposition à
tout ce qui est allochtone ", écrivent [Link] et J.-C Willame (24) qui précisent que
les affrontements opposent ceux qui se concédèrent comme " congolais
authentiques " à ceux qu'ils qualifient de " gens de nationalité douteuse ", c'est-à-
dire essentiellement les Tutsi.
Dans le Nord-Kivu en particulier, le comportement triomphaliste et irresponsable du
nouveau gouverneur, M.Léonard Kanyamuhanga, Tutsi de Rutshuru, qui nomme
chefs coutumiers dans les territoires de Rutshuru, Nyiragongo et Masisi, des Tutsi
qui n'en avaient pas le droit, en remplacement de véritables chefs n'est pas pour
calmer les esprit. En outre, le mauvais traitement infligé à certains de ces vrais
chefs, c'est le cas du chef Chabongo des Batembo, par des militaires de l'AFDL, ont
provoqué la colère des populations.
Au Sud-Kivu, la situation n'est guerre reluisante. La coalition des diverses milices

9
(Maï-Maï, interhamwe et ex-Far), ayant une forte base à Muhuzi,, attaquent les
plateaux de l'Itombwe où habitent les Banyamulenge. Même la ville de Bukavu a été
attaquée le jeudi 11 décembre 1997. Pendant l'attaque, la " Radio Patriote ", une
radio clandestine extrémiste, demande à la population d'intercepter tout Tusti et de
l'acheminer auprès des miliciens qui s'occuperaient eux-même de leur expulsion
vers le Rwanda. A Bukavu même, les ressortissants des autres ethnies dénoncent
la " Tutsification " excessive de l'administration et du commandement militaire, ainsi
que le comportement hautain et triomphaliste de ceux qu'il considèrent toujours
comme des " Tutsi rwandais ". De leur côté, les Banyamulenge se considèrent
comme une ethnie menacée d'extinction. Le 24 février 1998, 7 chefs coutumiers de
cette communauté adressent un mémorandum à Laurent-Désiré Kabila, dans lequel
ils dénoncent un nouveau plan " d'extermination totale et systématique de l'ethnie
Banyamulenge " (25). Le même jour, 300 soldats Banyamulenge, mutés dans
d'autres provinces par Kinshasa, se mutinent à Bukavu et gagnèrent Uvira car ils
tiennent à rester près pour les protéger. Ils regagnent Bukavu après que le chef
d'Etat major, James Kabarehe, leur eut promis l'amnistie au nom du président
Kabila. Le 29 avril 1998, trois meneurs du groupe des mutins soit condamnés à
mort…
La non-résolution de la question de la nationalité, la persistance, voire l'amplification
des affrontements ethniques, ainsi que la conjonction de ces faits avec la volonté,
de plus en plus claire, du Rwanda, qui ne croit plus en Kabila (au point de boycotter
le sommet sur la sécurité qui était prévu à Kinshasa les 15 et 16 mai 1998), de "
faire des opérations coups de poing en territoire congolais afin de détruire les
sanctuaires " des interahamwe et ex-Far qui avait attaqué Gitarama, provoquant le
déplacement de 5000 personnes, vont provoquer la deuxième guerre, suite logique
de la première.
A l'issue d'un reportage à Bukavu, Jeune Afrique Economie (du 1er au 14 juin 1998,
p.114) écrit : " La Radio Patriote joue au Kivu le rôle de la tristement célèbre Radio
Milles collines au Rwanda. Elle intoxique la population et accroît la méfiance des
Banyamulenge. La peur de l'autre a atteint un niveau tel qu'une étincelle peut mettre
le feu à la région des Grands Lacs " (26). Nous sommes à seulement deux mois du
2 août 1998…

1.2.3. La paranoïa de l'exclusion


[Link]. Une politique d'exclusion systématique
L'ostracisme dont les Banyamulenge ont été ou sont encore victimes dans le Kivu,
relève d'une politique d'exclusion systématique, fondée sur la négation de leur
appartenance à la nation congolaise. Cet ostracisme n'est pas originellement le fait
de populations kivutiennes, d'habitude paisibles et accueillantes. Elle découle plutôt
des manipulations politiciennes par certaines leaders politiques et de la " société
civile " des larges couches de populations.
Ainsi, M.Léonard Kambere Muhindo a écrit un article intitulé : "Les données
géographiques et sociologiques le prouvent : les Hutu pseudo-autochtones du Nord-

10
Kivu sont également rwandais à 100% ", dans lequel, il affirmait : "Le comportement
des Hutu constitue donc un danger pour le Zaïre (27).
Dans une déclaration rendue publique le 20 octobre 1996, les " représentant de la
communauté de Ngweshe, zone de Walungu (Sud-Kivu) " à Kinshasa affirment ne
pas connaître " au Kivu une tribu appelée " Banyamulenge " et, affirment que " ceux
qui ainsi s'autoproclament, sont des rwandais " (28).
A cette négation de leur appartenance à la nation congolaise s'ajoute une politique
de haine et des appels à l'extermination.
Ainsi, au mois de mars 1993, au début de la guerre de Masisi, le gouverneur du
Nord Kivu de l'époque, Jean-Pierre Kalumbo Mbogho, déclarait que les autochtones
devraient recevoir " l'aide de forces armées zaïroises pour exterminer les
Banyarwanda ". En novembre 1995, le Général Eluki Monga Aundu, alors chef
d'Etat major de l'armée, déclarait que les Nyanga, les Tembo, les Hunde et les
Nande avaient raison d'expulser les Banyarwanda. En mai, Christophe
Matomupenda, gouverneur intérimaire du Nord-Kivu, disait : " Nous devons attaquer
et attaquer encore les immigrants maintenant ", avant de dire aux Tutsi zaïrois
déplacés à Goma, le 12 avril 1996 : " S'ils ne veulent pas s'en aller, on ne peut pas
leur garantir la vie ", ajoutant qu'ils avaient " le choix entre l'expulsion et la mort ".
Tout ceci permit au rapporteur spécial Roberto Garreton d'écrire que " la classe
politique en général et un certain nombre de secteurs de la société civile adoptent à
l'égard des Banyarwanda une dangereuse attitude de rejet " (29).
Cette politique d'exclusion a été systématisée par l'adoption par le parlement de
transition des résolutions visant l'expulsion de tous les Banyarwanda du Kivu.
Mais le discours de haine a été amplifié à l'extrême par le gouvernement de Laurent
Désiré Kabila tout au long de la deuxième guerre. Au point que répondant aux vœux
d'un certain nombre de victimes, la justice belge a lancé un mandant d'arrêt
international contre M. Yerodia Ndombasi, alors ministre des affaires étrangères
(30). Tous le journaux proches du pouvoir ont rivalisé d'ardeur dans la diffusion de
la haine du " Tutsi hégémoniste ".

[Link]. Cultiver la peur par la manipulation


Les pouvoirs de Mobutu et de Laurent-Désiré Kabila ont eu ceci en commun de
susciter et de maintenir des peurs irraisonnées en agitant le spectre du " Tutsi
hégémoniste " qui voudrait amputer l'Est de la RDC pour créer un empire Hima qui
s'étendrait, selon les visions les plus maximalistes, de l'Erythrée au fleuve Zambèze
!
Dans un article intitulé " le zaïrois appelé à identifier l'ennemi Tutsi ", un quotidien
de Kinshasa rapporte les propos du professeur Nyabirungu pour qui les Tutsi sont "
prêts à imposer l'empire Hima-Tutsi " (31). Dans une tribune signée " CATS-TA "
non autrement identifié, il est fait état d' " un début de concrétisation du projet
machiavélique de création de l'Etat des Grands lacs " (32). Evoquant un possible
retour de Kengo wa Dodo aux affaires sur recommandation du FMI et de la Banque

11
Mondiale, un autre quotidien écrit qu'il s'agit là d' " une occasion propice de
concrétiser sinon d'accélérer le plan diabolique de l'empire Hima-Tusti "et cela " vu
l'origine de [Link] wa Dongo " (33).
Pour connaître l'origine de ce fantasme, " l'Investigateur ", un journal proche du
pouvoir du président L.D Kabila, écrit sous le titre " Hima-tutsi : empire de la terreur
", que la lettre d'information de la coalition démocratique ougandaise avait fait état
de l'existence d'un plan visant à établir une dynastie tutsi en Afrique orientale. " Ce
plan a été conçu en 1962 et gardé ultra-secret par les tutsi jusqu'à sa découverte à
Nyamitaba " (34). En fait, toute cette architecture grand-guignolesque repose sur
une lettre qui aurait été écrite en anglais (sic) par les tutsi congolais en 1962 et qui
aurait été traduite en français par un certain Mugabo Ayad à Mweso (Kivu) le 31
mars 1980.
A l'analyse, il semble bien que cette lettre constitue la première réplique congolaise
des " Protocoles des sages de Sion ", ce faux formel conçu au XIXème siècle dans
le but d'attirer la haine populaire vers une communauté indexée.
1.2.4. Une ébauche de solutions
" Je suis né quelque part ; laissez-moi ce repère "
Maxime Leforestier
Devant l'ampleur des conséquences sur le terrain de l'utilisation à des fins politiques
de la question de la nationalité, des personnalités congolaises ont eu à formuler, par
le passé, des propositions dans le but de résoudre ce problème.
[Link]. Quelques propositions des personnalités congolaises
La lettre des évêques du Kivu
Dans un massage pathétique adressé " aux chrétiens catholiques du Kivu, aux
réfugiés et aux hommes de bonne volonté ", l'archevêque et les évêques de la
province ecclésiastique du Kivu, font le constat suivant : " Chacun, là où il habitait,
se sentait chez lui, car personne n'était considéré comme étranger, sauf quand les
politiciens ont commencé à mettre en cause la nationalité d'une partie de la
population d'expression rwandaise ". Ils dénonçaient " l' égoïsme qui s'exprime par
ci par-là sous la forme de tribalisme ou d'intolérance ". Pour l'archevêque et les
évêques, " la nationalité zaïroise devraient être reconnue d'office aux Banyarwanda
natifs du pays et à tous les immigrés rwandais et burundais qui se trouvaient sur le
territoire congolais avant le 30 juin 1960 ". Cette déclaration fut signée à Goma le 9
mars 1995 par leurs excellences Nosseigneurs Munzihirwa, Archevêque de Bukavu
et Administrateur Apostolique de Kasongo ; Kataliko Emmanuel, Evêque de
Butembo-Beni, Ngabu Faustin, Evêque de Goma; Gapangwa, Evêque d'Uvira (35).
Les " pères de l'indépendance "

Dans une déclaration de 9 pages lue par Yvon Kimpiodi, ancien président du Sénat
et président de l'Ordre des pionniers de l'indépendance, qu'entouraient des
personnalités telles que Justin-Marie Bomboko et Léon Engulu, les pères de
l'indépendance " reconnaissent comme zaïrois à part entière, les Tutsi et les Hutu
possédant avant le 30 juin 1960, l'identité des sujets congolais conformément à la

12
loi en vigueur à l'époque " (36).
L'accord de Lusaka
L'accord de Lusaka pour un cessez-le-feu en République démocratique du Congo
résout le problème de la nationalité en stipulant en son article 3 consacré aux
principes de l'Accord, au point 16 : " Les parties réaffirment que tous les groupes
ethniques et nationalités dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est
devenu le Congo (présentement la RDC) à l'indépendance, doivent bénéficier de
l'égalité des droits et de la protection aux termes de la loi en tant que citoyens ".
Etant donné que la jouissance de la citoyenneté est une qualité essentiellement liée
à la détention de la nationalité, c'est de celle-ci qu'il s'agit dans ce texte.
Bien plus, selon un spécialiste, en signant l'Accord de Lusaka, le gouvernement de
la RDC a consacré le " principe des nationalités qui reconnaît le droit à toute
nationalité (entité humaine homogène située sur un territoire donné en dispersée
sur plusieurs territoires) à se rassembler ou à s'intégrer à un autre Etat " (37).
En d'autres termes, deux conséquences découlent de l'Accord de Lusaka en ce qui
concerne la question de la nationalité. D'abord, la nationalité congolaise est
reconnue à tous ceux qui étaient établis sur le territoire de la RDC au 30 juin 1960,
c'est-à-dire y compris tous les Banyarwanda décrits aux points 1.2.1 ; 1.2.2 et 1.2.3.
Ensuite, toute communauté qui ne se sentirait pas à l'aise dans la nation
congolaise, aurait le droit à s'ériger en Etat indépendant ou de s'intégrer à un autre
Etat. Les Congolais doivent gérer cette question avec beaucoup d'intelligence.
[Link]. Les solutions de Congo Fraternité et Paix

" Que tous ceux qui cherchent obstinément à définir la nationalité par le sang - et
non par le sol -, qui opposent obsessionnellement l'identité à l'humanité, y songent
un instant : le résultat ultime de cette démarche, c'est le Rwanda ! ". Jean -François
Khan

La nationalité se définit comme " l'appartenance juridique et politique d'une


personne à la population constitutive d'un Etat " (38). En RDC, elle a été au centre
des mystifications de tous ordres au point de se retrouver à la base de deux
guerres. S'il est juste d'accorder une importance réelle à la nationalité congolaise, il
importe, cependant, de la démystifier, de façon à ce que les Congolais cessent d'y
accorder une signification excessivement exagérée.
De 1964 à nos jours, la définition de la nationalité congolaise s'est basée sur les
principes suivants :
- L'appartenance à des tribus sensées avoir habité sur le territoire national avant
la colonisation pour définir la nationalité d'origine ;
- - Cette nationalité d'origine se transmet par le droit du sang ;
- - L'unicité et l'exclusivité de la nationalité congolaise ;
- - Des restrictions aux capacités de citoyens naturalisés, exprimés en termes de "

13
petite naturalisation " et de " grande naturalisation ".
- Le fait qu'il soit difficile de dire avec exactitude quelle " tribu " (terme assez
difficile à définir) habitait effectivement le territoire national avant la colonisation
ouvre en partie, la porte aux interprétations multiples des lois congolaises sur la
nationalité. De même, les restrictions aux capacités des congolais naturalisés
ont cultivé dans le subconscient collectif des congolais d'origine, le sentiment
que ceux-là étaient condamnés à demeurer des citoyens de seconde zone, sans
droits politiques. D'où la tentation de remettre perpétuellement en cause la
nationalité d'un concurrent politique lors des échéances électorales ou des
nominations politiques.
Congo Fraternité et Paix propose, pour sa part, la démolition totale de cette
architecture juridique, héritée de la première République, dont le seul mérite est
d'avoir plongé le pays dans deux guerres. En attendant l'élaboration, pour une fois
d'un vrai code de la nationalité congolaise, à laquelle Congo Fraternité et Paix
entend contribuer, nous proposons un modeste et partiel type de loi sur la
nationalité.
Nos propositions s'articulent autour des points ci-après :
- La définition citoyenne de la nationalité en remplacement de la définition tribale,
qui a prévalu jusqu'aujourd'hui. Le lien d'attachement à la nation étant individuel,
nous ne voyons pas l'importance de l'intermédiation de la tribu dans la définition
de la nationalité.
- - La généralisation du principe du droit du sol dans l'obtention de la nationalité
congolaise. Cependant, l'attribution de la nationalité congolaise aux enfants nés
au Congo et remplissant certaines conditions, n'est possible que si le requérant
manifeste personnellement sa volonté de devenir Congolais après qu'il ait atteint
la majorité ;
- - La suppression de la quasi-totalité de restrictions aux capacités de citoyens
naturalisés, ainsi que des notions de " petite naturalisation " et " grande
naturalisation " qui tendent à maintenir une discrimination perpétuelle à l'endroit
des congolais naturalisés ;
- - L'introduction du principe de double nationalité pour les personnes qui le
désirent. A cet effet, il est prévu la possibilité, pour les Congolais qui avaient
perdu leur nationalité congolaise suite à l'obtention d'une nationalité étrangère,
de la réintégrer par la déclaration sans perdre leur seconde nationalité. Nous
rejetons vivement la définition de la nationalité d'origine par la filiation à l'une des
tribus ayant habité le Congo en 1885 que nous trouvons grotesque et saugrenue
pour ces raisons :
- - la notion de " tribu " est difficile, scientifiquement, à cerner ;
- personne ne sait avec exactitudes combien de " tribus " il y a actuellement en
RDC, et à plus forte raison, au 19ème siècle !
- cette notion n'est pas suffisante, est incomplète et laisse des possibilités de
conflits comme ceux que la RDC connaît actuellement (39).
- C'est une absurdité que de vouloir définir la nationalité des citoyens du 21ème
siècle en fonction du mouvement migratoire (du reste pas très bien connu) de

14
leurs ancêtres au 19ème siècle !
L'option de la double nationalité s'explique par le soucis de ne pas exclure de la
nation congolaise tous les enfants des congolais nés et grandis dans les pays
occidentaux qui les ont intégrés dans leur nationalité, soit d'office soit sur demande.
Ayant évolué dans des conditions d'études bien meilleures par rapport à celles de la
mère partie, ils peuvent apporter à la RDC une pierre supplémentaire à l'édification
de son développement. De même, nous n'avons aucun intérêt à fermer la porte à
tous ceux de nos compatriotes qui, tout au long des 36 ans des dictatures de
Mobutu et Laurent-Désiré Kabila, ont fini, pour une raison ou une autre, par acquérir
la nationalité de leur pays d'accueil.
Posons, avec Evariste Boshab, les questions suivantes : " Va-t-on affirmer que les
Congolais de la diaspora qui, par la force des choses, pour faire face à la loi de la
sélection naturelle, ont dû prendre d'autres nationalités, aimeraient moins leur pays
d'origine ? " " Si les juifs américains, russes, ou fallasha, peuvent rentrer dans leur
mère patrie, tout en gardant les nationalités acquises, apporter leurs multiples et
diverses expériences dans l'édification d'un Etat hébreu fort respectable, pourquoi
pareil exemple ne ferait-il pas des émules ? Qu'y a t-il d'offusquant à cela ? (40).
Restant dans la logique anti-discrimination, nous ne prévoyons aucune ségrégation
à l'endroit des binationaux, à la notable exception de l'exercice de la fonction de
chef ce l'Etat pour les naturalisés.
Nous avons prévu la possibilité des obligations militaires pour les personnes ayant
acquis la nationalité congolaise dans la mesure où de plus en plus des voix
s'élèvent (le cahier des charges de la société civile de Kinshasa, l'idée du président
Laurent- Désiré Kabila de généraliser le service national à tous les jeunes congolais
au sortir des humanités) pour instaurer le service militaire obligatoire.
Nous nous sommes limités, dans le modèle proposé, à définir la nationalité à
l'origine, la nationalité par la naissance et la nationalité acquise. Le seul souci qui
nous anime est de permettre l'éclosion d'un Congo ouvert, la suppression des
discriminations de tous ordres, et l'intégration plus efficace de tous ceux qui optent
pour la nationalité congolaise.
Pour éviter toute utilisation abusive de la nationalité en vue de diviser le peuple
congolais en deux catégories - ceux qui ont tous les droits et ceux qui n'en ont pas -
et de discriminer les Congolais nés d'un seul parent congolais ou ceux ayant acquis
la nationalité congolaise par leur naissance sur le sol congolais, nous n'avons prévu
comme restriction aux droits des congolais naturalisés que l'exercice de la fonction
de chef de l'Etat.
Cette disposition devra être renforcée et clarifiée dans la loi électorale par un article
du genre : " Pour être candidat à la présidence de la République Démocratique du
Congo, il faut être congolais de naissance ". Il faudra éviter, coûte que coûte, les
conceptions du genre : " pour accéder aux fonctions politiques, il faut être congolais
de père et de mère " qui ont été proposées par la Consultation nationale de février-
mars 2000. Il s'agit ici :
- De considérer le lourd tribut payé par la RDC et son peuple à cause des ambitions
de ceux qui, à défaut d'un discours politique valable, ont toujours recouru à l'origine

15
des ancêtres des concurrents pour les exclure de la compétition politique ;
- D'assumer notre histoire au cours de laquelle des congolais dont l'un des parents
était étranger ont combattu jusqu'au sacrifice suprême pour la grandeur du Congo.
A l'exemple de Jean-Pierre Finant (né d'un père belge et d'une même Muboa),
membre suppléant du Mouvement national Congolais-Lumumba (MNC/L) à la
conférence de la Table-ronde politique, député national de Kisangani et député
provincial du territoire de Bondo, premier gouverneur de la Province Orientale et
père de la regrettée Tantine Abeti Masikini. Il fut exécuté en février 1961 par les
sécessionnistes du Sud-Kasaï qui, à l'instar de leurs semblables Katangais, étaient,
eux, des congolais de père et de mère…
Dans tous les cas, l'histoire récente de la RDC devrait inspirer les Congolais d'éviter
toute sorte de discrimination, surtout en matière politique, et de laisser, en définitive,
le peuple seul opérer souverainement son choix.
[Link]. Modèle d'une loi sur la nationalité
" Vous diviserez le pays en héritage par le sort pour vous et pour les étrangers qui
séjourneront au milieu de vous, qui engendreront des enfants au milieu de vous ;
vous les regarderez comme autochtones parmi les enfants d'Israël ".
Ezéchiel 47 : 21 - 23
Quelques définitions utiles (41)

Nous avons estimé nécessaire de précéder le modèle proposé par quelques


définitions qui vont permettre la compréhension du texte présenté.
En ce qui concerne le modèle lui-même, pour bien marquer la différence avec les
anciennes lois sur la nationalité, nous avons évité le plus possible de recourir à la
terminologie employée jusque là dans le droit congolo-zaroïs de la nationalité.

- Jus soli (droit du sol) : élément de rattachement à la nationalité congolaise par la


naissance sur le territoire congolais.
- - Jus sanguinis (droit du sang) : élément de rattachement à la nationalité
congolaise par la filiation à l'égard d'un ou deux parents congolais.
- Acquisition de la nationalité : elle se caractérise par le passage d'une
nationalité étrangère à la nationalité congolaise. Elle engage pour l'avenir et n'a
pas d'effets rétroactifs.
- Attribution de la nationalité : la nationalité congolaise est attribuée lorsqu'une
personne est réputée congolaise à la naissance, peu importe la date à laquelle
la nationalité congolaise lui est effectivement reconnue. Elle est rétroactive à la
naissance.
- Déclaration : mode d'acquisition de la nationalité congolaise. Une personne qui
remplit les conditions requises a le plein droit de devenir congolais en
souscrivant une déclaration.
- Naturalisation : mode d'acquisition de la nationalité congolaise par décret. Elle
ne constitue pas un droit, mais est soumise à la décision discrétionnaire de
l'autorité publique qui peut la refuser même si les conditions de son obtention
sont réunies.

16
Section I : Des règles générales
Article 1 : Il existe une nationalité congolaise en République Démocratique du
Congo
Article 2 : La nationalité congolaise est reconnue, s'acquiert ou se perd selon les
dispositions de la présente loi.
Article 3 : Nul ne peut être privé de sa nationalité arbitrairement, pour des motifs
politiques, ethniques ou raciaux.
Article 4 : Les termes " majorité " et " minorité " s'entendent au sens de la loi
congolaise.
Article 5 : Au terme de cette loi, la possession d'état de congolais est la situation
d'une personne qui se considère de bonne foi, comme congolaise, et qui est traitée
comme telle par l'autorité publique. Cette personne exerce, en conséquence, les
droits et les devoirs attachés à la qualité de congolais, alors qu'elle n'est pas
congolaise.
Section II : De l'attribution de la nationalité congolaise à la naissance
Paragraphe 1 : Des congolais à l'origine
Article 6 : La nationalité congolaise est accordée à l'origine aux personnes qui, au
30 juin 1960, étaient considérées comme citoyens de statut congolais par la colonie
du Congo belge ou qui, à cette date, avaient la possession d'état de congolais.
Paragraphe 2 : Attribution de la nationalité congolaise par la filiation
Article 7: Est congolais à la naissance l'enfant dont l'un des parents au moins est
congolais
Paragraphes 3 : Attribution de la nationalité congolaise dans des situations
particulières
Article 8: Est congolais à la naissance l'enfant né au Congo
- De parents inconnus ;
- De parents apatrides ;
- De parents dont la nationalité ne se transmet pas.
Section III : De l'attribution de la nationalité congolaise pour les enfants nés
au Congo de parents étrangers
Article 9 : L'enfant né au Congo de parents étrangers acquiert de plein droit la
nationalité congolaise de naissance à sa majorité si dans l'année de sa majorité :
- il a sa résidence au Congo,
- il a eu sa résidence habituelle au Congo pendant une période continue d'au moins
10 ans,
- il manifeste sa volonté de devenir congolais en se faisant enregistrer auprès de
l'autorité compétente
Section IV : De l'acquisition de la nationalité congolaise
Paragraphes 1 : Des modes d'acquisition de la nationalité congolaise
Article 10 : La nationalité congolaise s'acquiert par la déclaration ou la

17
naturalisation. Toute acquisition de la nationalité congolaise par un mode autre que
ceux prévus par le présent article est nul de plein droit.
Paragraphe 2 : De l'acquisition de la nationalité congolaise par déclaration

I. Acquisition de la nationalité congolaise pour les conjoints des Congolais


Article 11 : une personne étrangère qui épouse un(e) congolais(e) peut acquérir la
nationalité congolaise si elle remplit les conditions ci-après :
- Etre marié avec une personne de nationalité congolaise par un mariage valide.
Lorsque le mariage est déclaré nul par une décision émanant d'une juridiction
congolaise ou d'une juridiction étrangère dont l'autorité est reconnue en République
Démocratique du Congo, la déclaration faite par le conjoint qui a contracté le
mariage de bonne foi reste valable ;
- Etre marié avec une personne de nationalité congolaise depuis au moins un an.
Ce délai est supprimé, lorsque naît, avant ou après le mariage, un enfant dont la
filiation est établie à l'égard de deux conjoints ;
- Etre en situation régulière sur le territoire de la République Démocratique du
Congo ;
- La communauté de vie ne doit pas avoir cessé entre les conjoints au moment de la
déclaration ;
- Le conjoint doit avoir conservé sa nationalité congolaise à la date de la
déclaration.
II. Acquisition de la nationalité congolaise par les personnes ayant la possession
d'Etat de congolais
Article 12 : Une personne qui a jouit, d'une façon constante, de la possession d'état
de congolais, peut réclamer la nationalité congolaise par déclaration si les
conditions ci-après sont remplies :
- la possession d'état de congolais doit être non équivoque,
- la possession d'état de congolais doit être continue,
- la souscription de la déclaration deux ans au plus tard après la découverte de
l'extranéité de l'intéressé.
III. Acquisition de la nationalité congolaise par les descendants de congolais
installés à l'étranger

Article 13 : Les descendants de congolais qui ont perdu la nationalité congolaise


lorsque la République démocratique du Congo consacrait le principe de l'unicité et
l'exclusivité de la nationalité congolaise peuvent réclamer la nationalité congolaise
par déclaration.
Article 14 : Ils sont, toutefois, tenus de prouver qu'ils ont conservé ou acquis avec la
République Démocratique du Congo des liens manifestes d'ordre culturel,
économique ou familial.
IV. Réintégration par déclaration
Article 15 : Les personnes qui étaient congolaises de naissance et qui ont perdu la
nationalité congolaise en raison du mariage avec un étranger ou de l'acquisition
volontaire d'une nationalité étrangère peuvent être réintégrées dans la nationalité

18
congolaise par déclaration.
Paragraphe 3 : De l'acquisition de la nationalité congolaise par naturalisation
Article 16 : Pour acquérir la nationalité congolaise, le demandeur doit remplir les
conditions ci-après :

1. Etre majeur ;
2. Résider en République Démocratique du Congo au moment de la demande de
naturalisation ;
3. Justifier d'une résidence habituelle en République Démocratique du Congo
pendant les Cinq années qui précédent le dépôt de la demande ;
4. Avoir en République Démocratique du Congo le centre de ses attaches familiales
: le conjoint et les enfants mineurs ou légalement adoptés par le demandeur doivent
résider au Congo ;
5. Avoir en République Démocratique du Congo le centre de ses intérêts matériels ;
6. Etre de bonne vie et mœurs ;
7. Justifier de son assimilation à la communauté congolaise, notamment en parlant
au moins l'une des langues nationales congolaises ;
8. Etre reconnu sain d'esprit.
Des effets de l'acquisition de la nationalité congolaise
Article 17 : L'acquisition de la nationalité congolaise n'a aucune incidence sur la
nationalité d'origine du demandeur sous réserve des lois de son pays d'origine.
Cependant, seule la nationalité congolaise est prise en compte sur le territoire
congolais.
Article 18 : Les effets de l'acquisition de la nationalité congolaise jouent, quel que
soit le mode d'acquisition, par déclaration, naturalisation ou réintégration
Article 19 : La personne qui acquiert la nationalité congolaise est assimilée au
congolais d'origine. Elle jouit de tous les droits, à l'exception de l'exercice de la
fonction de chef de l'Etat, et est tenu à toutes les obligations attachées à la qualité
de congolais à dater du jour de l'acquisition.
Article 20 : L'acquisition de la nationalité congolaise n'engage que pour l'avenir. Elle
n'a pas d'effets rétroactifs.
Paragraphe 1 : Effet collectif
Article 21 : L'enfant dont l'un des parents acquiert la nationalité congolaise devient
congolais de plein droit :
1. S'il est mineur ;
2. S'il n'est pas marié ;
3. S'il a la même résidence habituelle que ce parent ou s'il réside alternativement
avec ce parent en cas de séparation ou de divorce ;
4. si son nom est mentionné dans le décret de naturalisation ou la déclaration
Article 22 : L'enfant légalement adopté par un couple dont l'un des conjoints acquiert
la nationalité congolaise devient congolais de plein droit aux même conditions qu'à
l'article 21 de la présente loi.
Paragraphe 2 : Congolisation des noms

19
Article 23 : La personne qui acquiert ou recouvre la nationalité congolaise peut
demander la congolisation de ses noms si elle estime que leur apparence, leur
consonance ou leur caractère étranger peut gêner son intégration dans la
communauté congolaise.
Article 24 : La personne qui acquiert ou recouvre la nationalité congolaise peut
demander la congolisation des noms de ses enfants mineurs bénéficiaires de l'effet
collectif.
Paragraphes 3 : Obligations militaires
Article 25 : Les personnes ayant acquis la nationalité congolaise quel que soit le
mode d'acquisition, doivent se soumettre aux obligations militaires congolaises
prévues par la loi.
Article 26 : Lorsqu'un congolais assujetti aux obligations du service national a
simultanément la nationalité d'un autre Etat, et qu'il réside habituellement sur le
territoire de la République Démocratique du Congo, il accomplit ses obligations au
Congo.
N.B : Les articles traitant de la perte de la nationalité doivent respecter tous les
instruments juridiques internationaux pertinents, notamment : la déclaration
universelle des droits de l'homme, la convention internationale sur l'élimination de
toutes les formes de discrimination raciale, et la convention sur la réduction des cas
d'apatridie.
Congo Fraternité et Paix reste disposé à apporter son expertise dans sur les points
ci-après : la procédure de déclaration, les empêchements à prévoir à l'endroit des
demandeurs de la nationalité congolaise par déclaration ou par naturalisation, les
conditions de recevabilité de demandes de naturalisation, la procédure d'instruction
des dossiers, la preuve et le contentieux de la nationalité.
Pour éviter des faux-fuyants ou des blocages ultérieurs par des personnes
irresponsables et extrémistes, Congo Fraternité et Paix propose que le modèle ainsi
présenté, du moins ses idées maîtresses, soit adopté au niveau du Dialogue
national comme résolution à couler sous forme de loi.
" Les politiciens tergiversent souvent entre la popularité et les principes. Seuls ceux
qui savent faire preuve de courage pour défendre leurs principes méritent leur place
dans l'histoire "
Gérald Ford
Notes :
(1) Omer Marchal, " Au Rwanda,, la vie quotidienne au pays du Nil rouge ", Ed. Didier Hatier,
Bruxelles, 1987, p.14

(2) Le Moniteur belge, édition du lundi 21 au mardi 22 août 1911

(3) Professeur Déogratias Mbonyikebe, " Les conflits inter-ethniques dans leur contexte historique et
socio- anthropologique. Cas des populations de l'Itombe au Sud-kivu (zaïre) ". Actes du colloque
national de la société civile tenu à Kinshasa du 22 au 26 août 1994.

(4) Gaspard Gagiga, " Cette immigration séculaire des Rwanda au Congo ", in Bulletin trimestriel du

20
Centre d'études des problèmes sociaux indigènes, 1956, p.10.

(5) Jean-Claude Williame, " Banyamulenge et Banyarwanda. Gestion de l'identitaire dans le Kivu ",
éd. Cedaf, Bruxelles 1997, p.84

(6) Kabuya Lumuna Sando, " Conflits à l'Est du Zaïre ", Kinshasa, 1997, P.P 80-81

(7) Jean -Claude Willame, " Les provinces du Congo. Structures et fonctionnement ", in cahiers
économiques et sociaux, collection d'études politiques, n°03, octobre 1964, pp36 et sv

(8) Jean-Claude Willame, " L'ONU au Rwanda ", éd. Labor, Bruxelles 1996, p.130

(9) Les dossiers du CRISP, Congo 1965, pp.79-80.

(10) Conférence Nationale Souveraine, Rapport de la commission des assassinats et violations des
droits de l'homme, 1ère partie, Kinshasa, 1992, p.117

(11) Le soft n°153, jeudi 17 juin 2993, p.12

(12) Idem

(13) Le soft n°138 du jeudi 15 avril 1993, p.6

(14) Idem

(15) Ibidem

(16) Le Soft n°153 du jeudi 17 juin 1993, p.12.

(17) Le soft n°169 du vendredi 13août 1993, p.1.

(18) Idem

(19) Human Right Watch " Zaïre : Transition, guerre et droits de l'homme ", p.21

(20) Human Right Watch et Fédération internationale des droits de l'homme " Zaïre : violence à
l'encontre des Tustsi, forcés de fuir ", juillet 1996.

(21) Commission des droits de l'homme des Nations Unies, rapport sur la situation des droits de
l'homme au Zaïre E/CNA/1997/6/Add.1 du 16 septembre 1996.

(22) " Inventaire des parcelles et terrains sis à Uvira appartenant aux ressortissants rwandais et
burundais ", lettre de Shweka Mutabazi, bureau du commissaire de zone, adressée au chef de
service de l'Urbanisme et habitat/zone d'Uvira

(23) Jeune Afrique Economie du 13 au 16 novembre 1997, p.14

(24) [Link] et J.C. Willame, " République Démocratique du Congo. Chronique politique de l'entre
deux guerres", Cedaf- L'Harmatan, Bruxelles-Paris, 1998, p.238.

(25) Jeune Afrique Economie du 1er juin 1998, p.112. Pour de plus amples informations lire G. Villers
et J.-C Willame, [Link].

(26) Idem

(27) La Référence plus n°851 du 2 octobre 1996, pp.4-5

(28) La Référence plus n°864 du 24 octobre 1996, pp.2.

(29)Rapport sur la situation des droits de l'homme au Zaïre. Mission dans le Kivu septentrional. ;
pp15-29.

(30) Voir " Le Potentiel " n°1964 du 8 juillet 2000 et n°1967 du 12 juillet 2000

21
(31) La Référence Plus n°872 du novembre 1996

(32) La Référence Plus n°875 du 13 novembre 1996

(33) La Tempête des tropiques n°1749 du 22 juin 2001

(34) L'investigateur n°2, novembre 1998

(35) Philippe de Dorlodot, " Les réfugies rwandais à Bukavu au zaïre. De nouveaux palestiniens ? ",
L'harmattan, Paris 1996, pp.168-171

(36) La Référence Plus n°889 du 7 décembre 1996, p.4

(37) Professeur Ntumba Lwaba Lumu, " Nationalité : L'Accord de Lusaka contrarie
fondamentalement la législation congolaise ", in le Potentiel n°2000 du 5 janvier 2000, pp.4,12.

(38) Paul Lagarde, " La nationalité française " Dalloz, 3ème édition, Paris 1998

(39) Célestin Kabuya Lumuna Sando, " La nationalité au Congo : les omissions fatales et les
révisions risquées ", in Le Potentiel n°1818 du 10 janvier 2000

(40) Boshab Evariste, " Sur le chemin du Dialogue inter-congolais : Quelques pistes de la ré
fondation d'un Etat concordataire ", Médias pour ma paix, Kinshasa, 2000, p.57.

(41) Inspirées de Véronique Baudet-caille, " La nationalité ", [Link], Paris 2000

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