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Application de l'Article 14 du Protocole de Maputo

Le document présente un module de formation sur l'application des traités ratifiés par la République Démocratique du Congo, en mettant l'accent sur le Protocole de Maputo relatif aux droits des femmes. Il aborde le cadre juridique international et congolais, les conditions d'application du protocole, ainsi que les mécanismes de mise en œuvre. Malgré la ratification du protocole, des obstacles culturels et juridiques entravent son application effective en RDC.

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Application de l'Article 14 du Protocole de Maputo

Le document présente un module de formation sur l'application des traités ratifiés par la République Démocratique du Congo, en mettant l'accent sur le Protocole de Maputo relatif aux droits des femmes. Il aborde le cadre juridique international et congolais, les conditions d'application du protocole, ainsi que les mécanismes de mise en œuvre. Malgré la ratification du protocole, des obstacles culturels et juridiques entravent son application effective en RDC.

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REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

CONSEIL SUPERIEUR DE LA MAGISTRATURE


ET
MINISTERE DE LA JUSTICE ET GARDE DES SCEAUX
« Institut National de Formation Judiciaire »
- INAFORJ -
______________________________________________

FORMATION INITIALE DE NOUVEAUX MAGISTRATS

Module sur :

APPLICATION DES TRAITÉS DÛMENT RATIFIÉS PAR


LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

CAS DU PROTOCOLE A LA CHARTE AFRICAINE AUX


DROITS DE L’HOMME ET DES PEUPLES RELATIF
AUX DROITS DE LA FEMME EN AFRIQUE.

“LE PROTOCOLE DE MAPUTO”

Par :
- Baudouin KIPAKA BASILIMU, Premier Président de la
Cour d’Appel

Mars 2023
TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION
CHAPITRE 1 : CADRE JURIDIQUE SUR LES TRAITES INTERNATIONAUX
Section 1 : Définition d’un traité international
Section 2 : Conditions de conclusion des traités internationaux
Section 3 : Principes régissant les traités internationaux

CHAPITRE II : CADRE JURIDIQUE CONGOLAIS SUR LES TRAITES INTERNATIONAUX

Section 1 : Cas du protocole de Maputo


Section 2 : Evolution du cadre légal sur les avortements et la contraception
Section 3 : Le contenu du protocole de Maputo
Section 4 : Conditions d’application du protocole de Maputo

§1. Conditions de fond


§2. Conditions de forme
§3. Les normes et directives sur les SCACF

CHAPITRE III : L’INCIDENCE DE L’ART. 14 DU PROTOCOLE DE MAPUTO EN DROIT INTERNE


CONGOLAIS

Section 1 : Réception automatique et directe de l’article 14 du Protocole de Maputo


Section 2 : Incidence sur les auteurs présumés aux articles 165,166 et 178 du CP LII

CHAPITRE IV : MECANISMES DE MISE EN ŒUVRE DU PROTOCOLE DE MAPUTO

Section 1 : Mécanismes de mise en œuvre du Protocole


Section 2 : Pour une mise en œuvre effective du Protocole de Maputo en droit interne

INTRODUCTION

2
En marge d’autres instruments juridiques africains de protection des droits humains
ratifiés régulièrement par la RDC, plus particulièrement ceux relatifs à la protection des droits des
femmes, elle a pris l’engagement d’adopter ensemble avec d’autres pays d’adopter un nouvel
instrument juridique qui prend en compte plusieurs thématiques intéressant les droits spécifiques
des femmes. Il s’agit du Protocole à la charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif
aux droits de la femme en Afrique, dénommé en abrégé « Protocole de Maputo ».

En effet, la signature du Protocole de Maputo par les Etats africains marque une
avancée significative pour les droits des femmes sur le continent, car pour la première fois dans
son histoire, l’Afrique dispose d’un instrument juridique promouvant les droits de la femme. Ce
texte symbolise de façon décisive et radicale, l’engagement des Etats africains à condamner et
mettre un terme aux discriminations et aux violences faites aux femmes, notamment les
mutilations génitales, les mariages précoces et précoces, dénies de successions et énonce le « droit
à la santé et au contrôle des fonctions de reproduction… ».

Le Protocole de Maputo est ainsi le tout premier traité contraignant à reconnaitre


l’avortement sécurisé dans certaines conditions, comme un droit humain des femmes dont elles
devraient jouir, sans restrictions ni crainte de poursuites judiciaires.

Pour sa part, l’État congolais s’est également engagé, en ratifiant ce traité international,
non seulement à respecter et à promouvoir les droits sexuels et reproductifs des femmes (le droit
pour elles d’exercer un contrôle sur leur fécondité ; le droit de décider de leur maternité, du
nombre d’enfants et de l’espacement des naissances; le droit de choisir librement une méthode
de contraception ainsi que le droit à l’éducation sur la planification familiale) mais aussi à autoriser
l’avortement sécurisé dans les cas limitatifs déterminés à l’article 14 point 2-C du Protocole.

Cependant, malgré la ratification régulière par la RDC et la publication du protocole de


Maputo au journal officiel il y a 5 ans, en vue d’assurer son effective domestication en droit interne,
cette norme africaine rencontre d’une part, une résistance à l’application effective de son article
14 suite aux préjugés et aux convictions d’ordre culturel et religieux qui caractérisent certains
citoyens et d’autre part elle demeure toujours moins connue par la majorité des populations
congolaises et particulièrement par les différents professionnels de droit, par les prestataires du
secteur médical et par les femmes éligibles à l’avortement sécurisé. C’est dans ce contexte que la
présente formation des nouveaux magistrats trouve son importance de leur apprendre le
processus de la ratification par la RDC du Protocole de Maputo et la portée de la dépénalisation de
l’avortement sécurisé en application de l’article 14, 2-C de cette norme africaine.

Le présent module est subdivisé en quatre chapitres à savoir : l’analyse du cadre juridique
sur les traités internationaux (chapitre 1), le cadre juridique congolais sur les traités internationaux
(chapitre 2), les conditions d’application du protocole de Maputo (chapitre 3) et les mécanismes
de la mise en œuvre du Protocole de Maputo (chapitre 4).

CHAPITRE I : CADRE JURIDIQUE SUR LES TRAITES INTERNATIONAUX

Section 1 : Définition d’un traité international

Le droit des traités est, par définition, contractualiste et régi par la Convention de
Vienne sur le droit des traités du 23 Mai 1969 qui est pourvu d’une valeur supplétive. Le principe
étant qu’un traité international est la loi des parties contractantes, la Convention de Vienne est le
3
cadre juridique qui permet de suppléer en l’absence d’une clause prévue dans ce traité entre deux
parties, et à laquelle celle-ci peut se référer. En d’autre terme, elle est une règle qui ne s’applique
si les parties n’ont rien prévu dans leur convention.

En effet, la convention de Vienne définit « un traité » comme « un accord international


conclu par écrit entre deux ou plusieurs sujets de droit international comme des États, les
organisations internationales (…), qui peut être consigné dans un instrument unique ou dans
plusieurs instruments connexes, et quelle que soit sa dénomination particulière » (1). Il traduit
donc une volonté de créer des effets juridiques en droit international, donc à l'exclusion des
accords qui créent des effets en droit interne ou des simples engagements politiques.

C’est dans ce contexte que les Etats africains ont conclu, à MAPUTO, la capitale de la
Mozambique en date du 11 juillet 2003 le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme
et des Peuples relatif aux droits de la femme en Afrique en vue de traduire leur volonté à renforcer
leurs mécanismes internes de protection des droits spécifiques, particulièrement les droits sexuels
et de reproduction.

Section 2 : Conditions de conclusion des traités internationaux.

§1. Conditions générales.

Pour qu'un tel texte puisse produire des effets juridiques, il doit tout d'abord être
élaboré par les négociateurs. Ensuite, il doit être signé, ce qui l'authentifiera et le rendra définitif
en vertu de l’article 10 de la Convention de Vienne sur les droits des traités de 1969.

En effet, en République Démocratique du Congo, la conclusion des traités est fonction


du type de traité. La Constitution du 18 février 2006, telle que modifiée et complétée en 2011,
distingue ainsi les traités ordinaires des traités portant sur des matières spéciales (Article 214).

Au terme de cette disposition, les traités portant sur les matières spéciales sont les
suivants : les traités de paix, de commerce, relatifs aux organisations internationales et aux
règlements des conflits internationaux, ceux qui engagent les finances publiques, qui modifient les
dispositions législatives, ceux qui sont relatifs à l’état des personnes.

En outre, les articles 2.b, 14 de la convention de vienne sur le droit des traités aménage 4
mécanismes d’intégration des traités internationaux dans le droit interne des Etats. Il s’agit de la
ratification, l’acceptation, l’approbation et l’adhésion. La constitution congolaise porte son choix
sur les mécanismes de ratification et d’adhésion.

_____________________________________________________________
(1).Article 2, 1a de la Convention de Vienne de 1969.
1°. La ratification
La « ratification » désigne l'acte international par lequel un État indique son
consentement à être lié par un traité, si elle est la manière dont les parties au traité ont décidé
d'exprimer leur consentement. La ratification suit les étapes ci-après :
a. La signature
b. L’adoption d’une loi d’autorisation
c. La promulgation
d. La Ratification
e. La publication au journal officiel
4
f. La mise en exécution
2°. L’adhésion.
L’adhésion est l’acte par lequel un Etat accepte l’offre pour la possibilité de devenir
partie à un traité déjà négocié et signé par d’autres Etats. Il se produit lorsque le traité est déjà
entré en vigueur et a le même effet juridique que la ratification. Elle suit, quant à elle, les étapes
ci-après :
a. L’adoption d’une loi d’autorisation
b. La promulgation
c. L’adhésion
d. La publication au journal officiel
e. La mise en exécution.
§2. Cas du Protocole de MAPUTO.

Le protocole à la charte africaine aux droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits de
la femme en Afrique a été adopté par les différents pays africains et, particulièrement par la RDC
en suivant le processus ci-après de sa ratification en tant que traité international :

1°. L'assemblée générale de l'Union Africaine a chargé la Commission africaine des droits de
l'homme et des peuples (CADHP) d'élaborer un projet du protocole lors de sa 31ème session
ordinaire en juin 1995, à Addis-Abeba.
2°. Un premier projet, élaboré par un groupe d'experts organisé par la CADHP en
collaboration avec la Commission internationale de juristes, a été soumis à la CADHP à sa 22ème
session en octobre 1997.
3°.Le protocole a été conclu et signé le 11 juillet 2003 à l'occasion du 2e sommet par l'Union
africaine, à Maputo, au Mozambique. Tous les États membres de l'Union africaine l'ont signé, sauf
le Botswana, le Maroc et l'Égypte.
4°. Le Parlement congolais l’a examiné et a autorisé l’adhésion de la RDC audit protocole par
la loi N° 06/015 du 12 juin 2006
5°. Le Président de la République a signé, le 9 juin 2008, l’acte d’adhésion de la RDC au PM,
sans réserve. Cet acte confirme l’engagement de la RDC vis à vis de l’UA à l’appliquer dans son
intégralité.
6°. Le PM a finalement été publié le 14 Mars 2018 au Journal Officiel, numéro spécial du 14
mars 2018, 59ème année.

Section 3 : Les principes régissant les traités internationaux


Les principes qui régissent les traités internationaux se trouvent, tous, renfermés dans
la formulation de l’article 215, tel que modifié et complété en 2011, qui se lit de la manière
suivante : « les traités et accords internationaux régulièrement conclus ont, dès leur publication
une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve pour chaque traité ou accord de son
application par l’autre partie »

§1. La primauté des traités internationaux sur le droit interne

En RDC, la primauté du protocole de MAPUTO se déduit de l’article 215, tel que cité ci-haut,
précisément de l’expression « autorité supérieure à celles des lois ».

5
En effet, dans un Etat de Droit les dispositions des traités internationaux sont
hiérarchisés et, ont, une fois ratifié, une valeur supérieure aux règles du droit interne.
Toutefois, cette supériorité découle aussi de l’appartenance de la RDC à la tradition moniste.
Un Etat est moniste lorsque les traités internationaux, à l’instar du PM en ce qui concerne
la RDC, produisent directement ses effets en droit interne sans qu’il ait besoin d’une loi interne de
transformation, de réception ou de mise en œuvre du traité international. Cette conception
procède de l’idée qu’il existe un seul ordre juridique.

§2 : L’opposabilité des traités internationaux.


Le principe de l’opposabilité des traités internationaux découle de l’expression « dès leur
publication au journal officiel » qui est également contenu à l’article 215 précité de la Constitution.
Cela signifie que la ratification par un Etat ou l’adhésion de celui-ci à un traité international engage
juridiquement, certes, l’état partie audit traité mais ne suffit pas pour le rendre opposable aux
tiers.
C’est ainsi, à titre illustratif, que l’adhésion de la RDC au PM en 2008 n’a pas suffi pour assurer
l’application dudit Protocole en RDC car il a fallu, pour ce faire, attendre sa publication au journal
officiel intervenue 10 ans plus tard, soit en date du 14mars 2018.
§3 : L’application des traités internationaux par les Cours et tribunaux.

La question de l’application des traités internationaux par les cours tribunaux est aménagé à
l’article 215 cité ci-haut, et spécialement à l’article 153 al.3 de la Constitution. Cet article, qui est
une des plus importantes innovations de la Constitution du 18 février 2006, dispose : « les Cours
et Tribunaux, civils et militaires, appliquent les traités internationaux dûment ratifiés et publiés au
JO, les lois, les actes règlementaires pour autant qu’ils soient conformes aux lois ainsi que la
coutume pour autant que celle-ci ne soit pas contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs ».

En dépit de cette dernière disposition constitutionnelle, il y a lieu de faire observer que


l’application des traités internationaux par les Cours et tribunaux est, malheureusement
confrontée, dans la pratique, à un certain comportement légicentriste et à une attitude dualiste
de la majorité des professionnels de droit congolais, raison pour laquelle, ils refusent, en l’espèce,
d’appliquer le Protocole de MAPUTO tant qu’il n’y aura pas une loi de mise en œuvre, de réception
ou de transformation de cette norme africaine en droit interne.

Dans le même ordre d’idées, l’article 95 de la loi organique du 11 avril 2013 ne porte
plus comme autrefois que la Cour suprême de justice connait le pourvoi en cassation pour violation
de la loi ou de la coutume formé contre les arrêtés et jugements formés en dernier ressort par les
cours et tribunaux plutôt précise dans sa nouvelle formulation, que la cour de cassation connait de
pourvoi pour violation des traités internationaux dument ratifiés, de la loi ou de la coutume formés
contre les arrêts et jugements rendus en dernier ressort par les cours et tribunaux civils et militaires
de l’ordre judiciaire .

§4: La question de la réciprocité

Le principe de la réciprocité est posé à l’article 215 de la constitution, précisément de


l’expression « sous réserve pour chaque traité ou accord de son application par l’autre partie ».
Cette expression renvoie au caractère synallagmatique ou bilatéral des traités
internationaux et impose à toute partie à une convention internationale d’exécuter au terme de
celle-ci que si l’autre partie contractante a aussi exécuté son obligation.

6
En d’autre termes, il signifie, que toute partie à un traité international est justifiée
d’opposer à une autre l’inexécution de ses obligations du fait que celle-là n’a pas exécuté les
siennes. La réciprocité ne vaut pas seulement pour les traités bilatéraux, mais aussi pour les traités
aux effets multilatéraux.

Il s’impose, toutefois, indiqué que la convention de Vienne interdit l’application du principe


de l’opposabilité en ce qui concerne les dispositions qui concernent les droits humains. Ce principe
s’applique aussi bien en ce qui concerne les traités bilatéraux qui sont leur champ de prédilection
mais aussi en ce qui concerne les traités multilatéraux s’agissant des rapports entre les Etats dans
lesquels doivent s’appliquer le traité ou l’accord concerné.

Pour rappel, le principe en matière d’application des traités est que tout traité doit non
seulement être exécuté (pacta sunt servanda) mais surtout exécuté de bonne foi (l’exécution de
bona fides). Il en suit que la non-exécution d’un traité international par une partie fonde l’autre à
ne pas non plus exécuter ses obligations à l’égard du premier.

Toutefois, il est important de faire observer la convention de vienne sur le droit des traités
interdit formellement l’application de ce principe s’agissant des dispositions des traités relatifs
aux droits humains.

CHAPITRE II : CADRE JURIDIQUE CONGOLAIS SUR LES AVORTEMENTS ET LA


CONTRACEPTION.
Section 1 : La portée juridique du Protocole de MAPUTO

§1 Le Protocole de Maputo

Le protocole de MAPUTO est le principal instrument juridique contraignant de protection


des droits des femmes et des filles qui garantissent de façon spécifique en son article 14, le droit à
la santé et au contrôle des fonctions de reproduction.

En effet, le caractère contraignant a un double aspect. D’une part, par rapport à l’Etat-
partie au protocole et au regard de ses engagements internationaux aux termes dudit protocole,
et d’autre part, sur le plan interne, en ce qu’il met en évidence la responsabilité de l’Etat-partie
lorsque tout sujet de droit contrevient aux dispositions du traité.

§2 Observations Générales Numéro 2

Les Observations Générales Numéro 2 est un document additif au Protocole de Maputo


pris par la commission africaine des droits de l’homme et des peuples, après constat de la réalité
7
que plusieurs pays tardaient à engager les réformes juridiques nécessaires à l’intégration de ses
dispositions pertinentes dans leur législation interne en particulier dans le domaine des droits
sexuels et reproductifs.

C’est pourquoi, elle a adopté les observations générale numéro 2 sur l’article 14.1 (a), (b), (c)
et (f) et sur l’article 14.2 (a) et (c) du protocole de MAPUTO à l’occasion de sa 55ème session
ordinaire tenue à LUANDA du 28 avril au 12 Mai 2014.

Il s’agit donc d’un document important qui clarifie le Protocole de MAPUTO sur certaines
questions en ce que :

Ø Elles donnent des orientations claires sur les obligations générales et spécifiques des
Etats-parties en vue de favoriser l’intégration et la mise en œuvre effectives des
dispositions de l’article 14 du protocole.
Ø Elles doivent être utilisées également lors de l’élaboration et de la soumission par les
Etats de leurs rapports périodiques pour rendre compte des mesures législatives et
autres par eux prises dans le domaine de la promotion et de la protection de la santé
sexuelle et reproductive des femmes et des adolescentes.
Ø Elles apportent des précisions d’importance capitale sur plusieurs notions contenues
dans le Protocole de Maputo, notamment sur les raisons d’objection de conscience des
institutions médicales en matière de planification familiales / contraception et en
matière d’avortement.

L’objection de conscience est définie comme étant un refus d’accomplir certains actes
requis par la loi lorsqu’ils sont jugés en contradiction avec les convictions intimes de nature
religieuse, philosophique, politique, idéologique ou sentimentale.

En effet, en ce qui concerne les médecins, elle est organisée en droit national par les articles
32 et 22 du code de la déontologie médicale.

S’agissant de l’avortement, l’article 32 précité, tout en reconnaissant au médecin de


pratiquer l’avortement thérapeutique, lui garantit aussi, en son alinéa 4, le droit à l’objection de
conscience en disposant que si le médecin, en raison de ses convictions, estime, qu’il lui est interdit
de conseiller, ou de pratiquer l’avortement thérapeutique, il peut se retirer et cesser ses soins dans
les conditions prévues par l’article 22 à la triple condition : de ne jamais nuire, par ce fait, au
malade dont il se sépare ; d’en avertir le malade ou son entourage ; de fournir les renseignements
qu’il juge, en conscience, utiles à la continuité des soins compte tenu des obligations du secret
médical.

Les observations générales numéro 2 ont le mérite d’avoir proposé la notion d’objection de
conscience dans son application par rapport aux institutions médicales. Toutefois, cette liberté
n’est pas de portée absolue en ce que la Constitution du 18 février 2006 dispose, en son article 22
: « toute personne a le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion (…) sous réserve
du respect de la loi, de l’ordre public, des bonnes mœurs et des droits d’autrui. »

Ce sont ces dernières considérations qui justifient l’insertion, dans le code pénal ordinaire
livre 2, de l’art 66 ter, qui permet de punir, pour non-assistance à personne en danger, notamment
tout professionnel de santé lorsque celui-ci se permet d’invoquer abusivement la notion
d’objection ou de liberté de conscience, dans les situations où il s’impose pourtant de protéger les
8
valeurs sociales supérieures telles que la vie de la femme mise en péril, l’ordre public, les bonnes
mœurs et les droits d’autrui, jugés, par la constitution elle-même, supérieures à la liberté de la
conscience.

Section 2 : Evolution du cadre légal sur les avortements et la contraception

§1. Les dispositions du Code Pénal Congolais Livre 2 :

Le code pénal, tel que publié à l’origine au moniteur congolais en 1940, renferme des
dispositions très restrictives relatives aux infractions d’avortement (articles 165 et 166).
Pour mémoire, ces dispositions étaient formulées comme ci-après :
q Article 165: « Celui qui, par aliments, breuvages, médicaments, violences ou par tout
autre moyen aura fait avorter une femme, sera puni d'une servitude pénale de cinq à
quinze ans ».
q Article 166: « La femme qui volontairement se sera fait avorter, sera punie d'une
servitude pénale de 5 à 10 ans ».
Deux facteurs majeurs justifient le caractère restrictif du décret du code pénal congolais :
Ce dernier code est la reproduction mutandis mutatis du code pénal du 1930, en application
en Métropole, lequel était lui-même très restrictif ;
Le second tient, en revanche, de la politique du colonisateur belge qui, dans le souci de
disposer d’une main d’œuvre suffisante et en manque depuis les calamités qui se sont abattues
sur les populations indigènes (traite négrière, la déportation des populations confrontées aux
différentes maladies comme la maladie du sommeil, les maladies vénériennes, la tuberculose, les
morsures des serpents, les décès dû aux traitements inhumains, cruels et dégradants …), avait
ressenti le besoin d’accroitre la démographie en colonie, a encouragé ces genres des lois et
mesures restrictives.

§2. L’ordonnance No70-158 du 30 Avril 1970 déterminant les règles de la déontologie médicale

Dans le but d’atténuer la rigueur de la loi portant code pénal livre II, en ses articles, 165 et
166 tels que libellés ci-haut, il fut signé l’ordonnance N° 70-158 du 30 Avril 1970 déterminant les
règles de la déontologie médicale, dont l’article 32 institue l’avortement thérapeutique.

§3. L’ordonnance du 14 Février 1973.

Après avoir constaté le taux élevé de la mortalité infantile et maternelle, plusieurs cas
d’avortements chez les jeunes femmes, les cas d’infanticides, l’abandon des nouveaux nés (…),
d’une part, et dans le souci de promouvoir les droits des femmes, l’accès aux méthodes
contraceptives, d’autre part, le président de la République de l’époque a signé l’ordonnance
portant création du conseil national de promotion des naissances désirables. Cette ordonnance
avait aussi pour but d’atténuer la rigueur de la loi portant code pénal livre II qui réprime l’infraction
du recours aux méthodes contraceptives en son article 178.

§4. Loi sur la santé publique No18/035 du 13 décembre 2018 fixant les principes fondamentaux
relatifs à l’organisation de la santé publique.

Cette loi prévoit l’avortement thérapeutique et innove avec l’avortement eugénique.


L’avortement thérapeutique vise à préserver la vie de la mère (article 86, alinéa 1) tandis que

9
l’avortement eugénique intervient en cas de malformation congénitale du fœtus incompatible
avec la vie (article 86, alinéa 2).

Ces définitions, telles que exposées ci-haut, appellent deux observations :

1°.Sur l’avortement thérapeutique :

Ø Evolution sur la forme :

Cette notion d’avortement thérapeutique n’est plus consacrée par un texte règlementaire
plutôt par un texte législatif.

Ø Evolution sur le fond :

Les indications de l’avortement thérapeutique telles que décrit dans l’ordonnance du 1970
ont connus un assoupissement allant de l’avortement indiqué pour « la vie de la mère qui est
gravement menacée » a tout simplement pour préserver la vie de la mère selon que se stipuler
dans la loi cadre de la santé de 2018. Il s’en suit que, si la grossesse entraine un état morbite chez
la mère qui menacerait sa vie dans le présent ou dans le futur, peut-être une indication à un
avortement thérapeutique.
Sous l’ordonnance-loi du 1970, la légitimité de l’avortement thérapeutique était en
discussion, alors que sous la loi-cadre sur la santé publique, cette incise a été levée, sans doute
grace à l’évolution de la science médicale.

2°.Sur l’avortement eugénique :


Si l’avortement eugénique paraît une innovation dans la législation interne, elle constitue en
réalité la reprise d’une indication de l’art 14 du PM, dans sa partie où elle autorise la pratique de
l’avortement « lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la
vie de la mère ou du fœtus. »

CHAPITRE III : CONDITIONS D’APPLICATION DU PROTOCOLE DE MAPUTO.

Section 1 : Conditions de fond

Aux termes de l’Article 14.2.c du PM, l’avortement sécurisé est autorisé en cas de :
§1. Agression sexuelle
Ainsi que nous l’avons exposé dans les lignes qui précèdent, ni la législation congolaise, ni le
Protocole de Maputo n’en donne la définition. Toutefois, en droit français, elle s’entend de toute
atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. Tels des attouchements.
Le code pénal français définit, en ses articles 222-22 et suivants, cette notion comme toute
atteinte de nature sexuelle par un contact physique commis sans le consentement clair et explicite
de la victime et cela avec violence ou surprise. Si pour le viol, une pénétration est nécessaire au
titre des éléments constitutifs de l’infraction, l’agression sexuelle est caractérisée par tout contact
physique de nature sexuelle sans qu’il y ait nécessairement pénétration.

Aux termes de l’article 222-22-2, constitue également une agression sexuelle, le fait de
contraindre une personne par la violence, les menaces ou la surprise à subir une atteinte sexuelle
de part d’un tiers. Le code pénal français distingue ainsi, deux formes d’agressions sexuelles : le
viol et autres agressions sexuelles.

10
§2. Le Viol

Tout acte de viol qui entraine une grossesse constitue une condition d’avortement sécurisé.

§3. L’inceste

Dans son usage usuel, on entend par inceste, le fait d’avoir un lien sexuel direct avec les
ascendants ou descendants d’une même lignée familiale.

Tout autant que l’expression d’agression sexuelle, l’inceste n’est pas définie ni par la
législation congolaise, ni par le PM, plutôt aménagé par le code pénal, tel que modifié par la loi n°
006/018 du 20 Juillet 2006 (art.170 bis), et la loi portant protection de l’enfant du 10 Janvier 2009
(art.170) qui font, tous deux, de l’inceste l’une des circonstances aggravantes de l’infraction de
viol. Son usage dans le Protocole de Maputo, sans autre précision ne cadre avec ce dernier traité
pour autant que l’inceste entraine une grossesse.
§4. Lorsque la grossesse met en danger la santé physique et mentale de la femme-
§5. Lorsque la grossesse met en danger la vie de la femme ou du fœtus.

Section 2 : Les conditions de forme

La réunion des conditions ci-dessus énoncées ne suffit pas à justifier l’avortement sécurisé,
encore faut-il que celui-ci soit réalisé dans les formes ci-après :

§1. Il doit être l’œuvre d’un personnel qualifié ou des prestataires de santé formés
Après avoir constaté l’insuffisance des médecins formés disponibles dans nombreux pays
africains, la CADHP a, au point 8 des observations générales N°2, fait une recommandation ferme
aux parties au Protocole de Maputo, d’éviter toutes restrictions inutiles ou non pertinentes sur le
profil des prestataires autorisés à pratiquer l’avortement sécurisé et a jugé, en vue de dispenser
des soins d’avortement dans les conditions de sécurité, conforme au PM le recours aux prestataires
de niveau intermédiaire comme des sages-femmes et autres travailleurs de la santé publique pour
autant que formés.
De manière plus précise les normes et directives des soins complets d’avortement, point 4.4,
page 16 insiste sur le fait que le personnel soignant doit être au préalable formé et orienté sur les
normes et directives avant d’offrir les services.

§2. Il doit être pratiqué dans des structures de santé agrées par les inspections provinciales

Il en suit, seules les formations sanitaires autorisées à offrir le paquet minimum d’activités
seront habilitées à offrir les soins complets d’avortement.

§3. Il doit être pratiqué selon les Directives et Normes de l’OMS telles que domestiquées en RDC,
précisément à travers les normes et directives adoptées en décembre 2020

Pour rappel, les normes et directives sont un guide technique et réglementaire de protocole et
procédure à suivre lors de la pratique des soins.

Section 3: les normes et directives sur les soins complets d’avortement centre sur la femme

11
Les normes et directives sont un guide technique et règlementaire des protocoles et
procédures à suivre lors de la pratique des soins complets d’avortement centrés sur la femme1.
Elles visent à traduire de façon claire et cohérente la manière d’appliquer la législation afin de
garantir aux femmes l’accès aux soins complets d’avortement auxquels elles ont droit dans le
cadre du Protocole de Maputo, (article 14, 2 c) et à protéger les prestataires.

La notion de Services d’Avortement Centrés sur la Femme est définie comme une approche
intégrée visant à dispenser des services d’avortement qui tiennent compte des divers facteurs
qui influencent les besoins individuels de chaque femme en termes de santé physique et
mentale, sa situation personnelle et sa capacité à accéder à des services compétents. Des
services d’avortement centrés sur la femme comprennent un ensemble de services médicaux
et en rapport avec la santé qui aident les femmes à exercer leurs droits sexuels et reproductifs.

§1. Principes directifs de l’application de l’article 14.2 (c) du Protocole de Maputo

1. Le prestataire doit obtenir et conserver un consentement éclairé écrit pour la procédure en


utilisant un formulaire de consentement standardisé (Annexe V.I)

2. L’avortement sécurisé désigne les services d’avortement sans risque, fournis au moyen de
médicaments ou méthodes chirurgicales sécurisées, avec tous les renseignements nécessaires
et le consentement éclairé de la femme, par des professionnels de santé́ des niveaux primaire,
secondaire et tertiaire, formés à l’avortement sécurisé, conformément aux normes de l’OMS.

§2. Droits et Devoirs essentiels des prestataires :

1°.Le prestataire ne pourra pas être poursuivi en justice quand il a offert les soins d’avortement
sécurisés selon les indications de l’article 14.2. (c) du Protocole de Maputo, conformément aux
Normes et Directives, et s’il a documenté le consentement éclairé de la cliente dans un dossier
médical ;

2°.Le prestataire doit mettre à disposition de chaque cliente les informations verbales, écrites
et/ou visuelles de manière à ce que la femme puisse comprendre les options disponibles et ce à
quoi elle doit s’attendre avant, pendant et après la procédure ;

3°.Le professionnel de santé invoque une objection de conscience doit obligatoirement


documenter et référer la cliente vers un autre prestataire disponible et accessible. Toutefois, le
droit à l’objection de conscience ne saurait être invoqué dans le cas d’une femme qui court un
risque sérieux pour sa santé et dont l’état nécessite des soins ou un traitement d’urgence.
§3. Droits des femmes éligibles aux avortements sécurisés.

1. Chaque femme doit être considérée comme une personne autonome selon les circonstances qui
lui sont propres et a le droit au respect de sa vie privée, de sa santé et de sa sécurité. Sa
confidentialité doit être préservée à tout moment ;

1
Normes et directives sur les soins complets d’avortement centrés sur la femme
12
2. Une fois qu’une femme a pris sa décision et qu’elle répond à une des indications énoncées par
l’article 14.2. (c) du Protocole de Maputo, elle doit pouvoir accéder au service dans le cadre d’une
prestation complète et intégrée de services de santé reproductive dans les plus brefs délais ;

3. Pour les femmes mariées, le consentement des deux conjoints sur les soins d’avortement est
préférable, mais il n’est pas requis pour obtenir les soins d’avortements sécurisés.

Section 4. Normes des soins

Plusieurs normes sont étayées dans le document de normes et directives des SCACF clarifiant
les différentes indications de l’avortement repris dans le protocole de Maputo. L’économie de leur
contenu est marquée par les aspects suivants :
1. Preuve de viol.
Les femmes ou les filles qui demandent des services d'avortement sécurisé n'ont pas besoin de
prouver qu'elles ont été violées. La survivante doit attester sur son honneur qu’elle relate des faits
véridiques lorsqu’elle donne son consentement à la procédure d’avortement sécurisé.
2. Filles mineures.

Toute grossesse de mineure, non désirée entre dans les indications de l’article 14.2(c) du
PM. La mineure doit être accompagnée par un adulte de son choix voire une personne adulte de
confiance dûment identifiée qui signera le formulaire de consentement.

2. Prestataires autorisés à proposer des services d'avortement sécurisé.

Tous les prestataires formés peuvent offrir des services d'avortement sécurisé :
Gynécologue Obstétricien, Médecin généraliste ; Infirmière A1, A2, Sage-femme. Les agents de
santé communautaires (relais communautaires, pairs éducateurs, vendeur des officines,…) offrent
les informations et orientations vers les points d’accès aux services d’avortement sécurisé.

3. Établissements de santé habilités à fournir des services d'avortement sécurisé.

Seules les formations sanitaires ayant autorisation de l’Inspection de la Santé à offrir le


paquet minimum d’activités seront habilitées à offrir les Soins Complets d’Avortement Centrés sur
la Femme. Les procédures d’évacuations utérines pour avortement sécurisé sur grossesse d’âge
gestationnel inférieur ou égal à 13 semaines d’aménorrhée doivent être pratiquées dans un
établissement primaire, secondaire ou tertiaire remplissant les conditions pour le plateau
technique correspondant. Pour les services d’avortement pour les grossesses d’âge gestationnel
supérieur ou égal à 13 semaines sont réalisé dans les établissements de santé secondaire et
tertiaire seulement.

4. Limite d’âge de la grossesse

L'accès à l'avortement sécurisé est autorisé jusqu'avant l’âge de viabilité (28 semaines d’âge
gestationnel pour la RD Congo).

Section 5. Les Directives des soins

Elles reprennent tous les protocoles et recommandations du ministère de la santé


publique, hygiène et prévention pour l’offre de soins et services de santé de qualité. Dans le
cadre des soins complets d’avortement centrés sur la femme, ces directives reprennent les
recommandations de counseling et consentement, d’examen clinique, la prestation de la
13
procédure d’évacuation utérine avec les méthodes recommandées par l’OMS, l’offre des
méthodes contraceptives et des précautions standard de prévention d’infection, la gestion des
complications mais aussi les soins de suivi post-avortement. Il s’avère important de rappeler
que les seules méthodes recommandées par l’OMS pour l’avortement sécurisé sont l’aspiration
utérine et la méthode médicamenteuse à base de Misoprostol et/ou Mifépristone.

CHAPITRE IV : MECANISMES DE MISE EN ŒUVRE DE L’ARTICLE 14, POINT 2-C.

La mise en œuvre du protocole de MAPUTO plus particulièrement son article 14,


point 2-C est assurée en droit interne par trois principales procédures administratives suivantes :
l’adhésion de la RDC au Protocole de MAPUTO, la mise en place du comité de suivi de l’application
de l’article 14 et la signature par le Président de la Cour constitutionnelle, Président du CSM de la
Circulaire relative à la mise en exécution de l’article 14 du Protocole de MAPUTO signée en date 6
avril 2018.

Section 1 : Adhésion au Protocole de Maputo

Le contexte particulier des conflits armés qui a valu à la RDC la qualification de la


capitale des viols ainsi que la présence des députés belligérants au parlement notamment en 2006
sont des facteurs qui ont favorisé cette autorisation à l’adhésion au protocole de Maputo2

Section 2 : La publication du protocole de Maputo au journal officiel

La publication du protocole de MAPUTO au Journal officiel en date du 14 mars 2018 a


eu pour effet de rendre ce protocole opposable aux tiers sur l’ensemble du territoire national.

Section 3 : La Circulaire n° 04/SPCSM/CFLS/EER/2018 du 6 Avril 2018

La signature de la Circulaire n° 04/SPCSM/CFLS/EER/2018 du 6 Avril 2018 relative à la


mise en exécution des dispositions de l’article 14 du protocole participe également au nombre de
mesures qui assurent sa mise en œuvre. Elle a été signée par le président du CSM en vue de lever
l’équivoque qui planait au sujet de la mise en œuvre de l’article 14 point 2-C par les magistrats.

En effet, par définition, une circulaire est un acte administratif par lequel une autorité
administrative s’adresse aux services placés sous son autorité hiérarchique, voire aux administrés,
pour leur indiquer ce qu’est, à son sens, l’état du droit et comment il doit être mis en œuvre. La
circulaire, par cette définition, a donc une valeur juridique soit confirmative, soit interprétative ou
alors à la fois confirmative et interprétative.

La circulaire rappelle aux magistrats la primauté de l’article 14 du Protocole de MAPUTO


sur les lois internes, notamment les dispositions précitées du CPO LII et en appelle au respect de la
constitution par l’application immédiate dudit protocole. Les femmes se trouvant dans les
conditions prescrites à l’article 14 du Protocole, ont dès lors, le droit de recourir librement aux
avortements médicalisés. Concrètement, elle autorise la pratique de l’avortement lorsque deux
conditions de fond et de forme sont réunies. Cette circulaire doit être appliquée par tous les

2
Journal Officiel Numéro spécial 59ème année du 5 Juin 2018, P.5 à 6
14
magistrats civils et militaires en ce qui concerne sa mise en œuvre, surtout qu’elle a été publiée au
JO.

Il existe deux genres des circulaires : la circulaire interprétative et règlementaire.

La circulaire interprétative se limite de rappeler ou de commenter le texte (lois, décrets)


Elle ne constitue pas une décision puisqu’elle ne crée pas des règles nouvelles et les administrés
ne peuvent pas les attaquer devant le juge tandis que,

La circulaire règlementaire est celle qui ajoute des éléments nouveaux aux textes qu’elle
devait seulement commenter ainsi créé des règles nouvelles ; les administrés peuvent alors
attaquer ces circulaires devant le juge administratif (3).

Dans le cas d’espèce, la circulaire du président du CSM est une circulaire interprétative au
regard de la définition reprise ci-haut et doit, à ce titre, être appliquée sans atermoiement par tous
les magistrats qui sont ses destinataires.

Section 4 : L’application de l’article 14 point 2c par les Cours et tribunaux.

Les Cours et tribunaux congolais ont la mission de dire le droit en application des lois en
vigueur et des instruments juridiques régulièrement ratifiés par la RDC. Ainsi, en les appliquant
correctement l’article 14 du PM, leurs décisions contribuent à protéger les droits des
professionnels de la santé et des femmes éligibles aux avortements sécurisés.

Section 5 : Le comité de suivi de l’article 14 PM

Au nombre des mesures décidées par les présidents du conseil supérieur de la


magistrature pour assurer l’implémentation du PM et sa mise en œuvre à travers toute l’étendue
de la RDC, figure la décision N°180/J/D7/SPCSM/2018 du 28 mars 2018 qui en désigne les
membres. Cette structure CSM composé des plusieurs experts du ministère de la santé des
magistrats désignés par le président du CSM a eu à sillonner à travers toute la république en vue
de la tenue des ateliers des CVTA à l’intention des magistrats, a été mis en place en date du 28
mars 2018 par le Président du Conseil supérieur de la magistrature le comité de suivi en vue
d’assurer le suivi de la mise en œuvre de l’article 14, lequel a organisé différentes conférences à
travers le pays au profit des autorités étatiques, des professionnels de droit, des acteurs de la
société civile et des professionnels de la santé.

3
[Link] › fiches › 20265-quest-ce-qu’une circulaire
15
CHAPITRE V : L’INCIDENCE DU PROTOCOLE DE MAPUTO SUR LE DROIT INTERNE CONGOLAIS.

Section 1. La réception automatique et directe de l’article 14 du protocole de MAPUTO

Le PM est reçu automatiquement et directement en droit interne non seulement à raison


du caractère moniste de la RDC, mais aussi et surtout à raison du caractère autosuffisant de la
disposition 14 point 2-C en ce que sa clarté fait qu’elle n’avait pas besoin d’une loi d’une mise en
œuvre.

Section 2. L’incidence sur les auteurs présumés aux articles 165, 166 et 178 du CP LII

Toute personne que le protocole rend titulaire d’un droit subjectif (les femmes et les
prestataires de santé) qui se sent victime de la violation d’une disposition d’un traité ou, en
l’espèce, du Protocole de MAPUTO, dispose du droit d’invoquer le bénéfice de son application
heureuse de l’article 14 à son égard :
§[Link] les instances de l’ordre juridique interne :

1. A tous les niveaux de la procédure judiciaire (OPJ, Parquet et Tribunal)


2. A tous les niveaux de la procédure ordinale (au premier comme au second degré);
§2. Devant la Commission Africaine des droits de l’homme et des peuples en vertu de l’article 32
du PM, à condition d’avoir épuisé les voies de recours que prévoit le droit interne sous peine
d’irrecevabilité.

A cet effet, elle dispose du droit de la saisir d’une plainte à cet égard dénommée
« communication ». Celle-ci, après traitement (jugement), rend les décisions dénommées
« constatations » qui ont valeur des recommandations.

Section 3. Les reformes à opérer

Cinq ans après la publication du Protocole de Maputo au journal officiel, l’Etat congolais n’a
pas accompli toujours ses obligations de prendre toutes les mesures politiques et législatives en
vue d’harmoniser la législation congolaise avec l’article 14, 2-C du Protocole de MAPUTO. Il s’agit
des réformes ci-après à opérer urgemment pour ce faire :

1. Définir l’agression sexuelle, l’avortement et l’inceste


2. Criminaliser de l’inceste
3. Insérer les dispositions expresses relatives à l’avortement sécurisé dans la loi sur la santé
publique.
4. Assurer la formation des professionnels de droit et de la santé sur toute l’étendue du pays
5. Equiper les structures médicales du secteur étatique
6. Assurer une vaste campagne nationale de vulgarisation du protocole de Maputo à travers tout
le pays en impliquant tous les acteurs sociaux-clés.

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