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Manuel de Sciences de l'Ingénieur 1ère STE

Ce document présente un manuel scolaire pour les Sciences de l'ingénieur destiné aux élèves de première année du cycle de Baccalauréat en Sciences et Technologies Électriques. Il aborde des concepts fondamentaux et des compétences pluridisciplinaires nécessaires pour comprendre et concevoir des systèmes complexes, organisés en quatre unités thématiques. Les auteurs espèrent que ce manuel servira de ressource utile en attendant un manuel officiel.

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BRAHIM BEN CHAKROUN
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Manuel de Sciences de l'Ingénieur 1ère STE

Ce document présente un manuel scolaire pour les Sciences de l'ingénieur destiné aux élèves de première année du cycle de Baccalauréat en Sciences et Technologies Électriques. Il aborde des concepts fondamentaux et des compétences pluridisciplinaires nécessaires pour comprendre et concevoir des systèmes complexes, organisés en quatre unités thématiques. Les auteurs espèrent que ce manuel servira de ressource utile en attendant un manuel officiel.

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Gestion de production

SCIENCES DE L'INGENIEUR
P remière an née du cy cle de Baccalau réat

Sciences et Technologies Électriques (STÉ)

LES AUTEURS
EL MIMOUNI EL HASSAN HANAFI AHMED
Inspecteur de Génie Electrique Professeur d'Electronique

LAJOUAD RACHID RMICHA ABDELHAY


Professeur agrégé de Génie Electrique Professeur de Construction Mécanique

JEMILY ABDELGHANI ERRAHOUTI ALI


Professeur de Fabrication mécanique Professeur d'Electronique

MOUJIBI KAMAL
Professeur de Construction Mécanique
Cher lecteur,
Comme pour les autres matières d'enseignement, le ministère de l’éducation
nationale, de l'enseignement supérieur, de la formation des cadres et de la
recherche scientifique a organisé un concours pour le manuel scolaire des « Sciences
de l’ingénieur » de la 1ere STE.

Ce projet d'ouvrage, est le résultat de la participation à ce concours dont le


nombre de candidats était de 2. Mais malheureusement, aucun de ces 2 candidats n'a
réussi.

Alors dans l'absence presque sûre d'un manuel pour nos élèves de la 1ere STE
pour la rentrée 2006/2007, nous avons jugé bon de diffuser notre travail dans le but
et le souhait que nos professeurs et nos élèves en tirent profit.

Nous notons que :

 La dernière révision de notre travail était celle que nous avons faite
avant l'envoi de notre travail au jury (22/05/2006) ;

 Le nombre de pages fixé par le concours qui est de 216, nous a


vraiment gêné, car d'après notre modeste expérience, un tel ouvrage
en exige au moins 250 ;

Si vous jugez bon de nous faire une de vos précieuses remarques, n'hésitez
pas à le faire, car elle contribuera à corriger une éventuelle erreur, améliorer une
partie, encourager les auteurs, etc.

Enfin dans l’attente d’un manuel officiel, nous espérons que cette version
électronique de ce manuel vous sera utile et vous poussera à chercher plus, car
comme on l'a déjà signalé, les 216 pages imposées par le cahier des charges du
concours nous ont contraints de faire des choix…

Le 23/07/2006

e-mail (coordonnateurs de l'équipe pédagogique) :

 [Link]@[Link]
 ahmed_hanafi@[Link]
A VAN T-P R OP OS

Dans notre environnement quotidien, on utilise de plus en plus des systèmes dont la complexité exige une
démarche d'étude structurée fondée sur la théorie des systèmes. Pour aborder de tels systèmes, il faut :

 Un minimum de connaissances ou une culture technologique de base, en tant


qu'utilisateur ;
 Et des compétences pluridisciplinaires impliquant une compréhension approfondie des
principes scientifiques et techniques sous-jacents, en tant que concepteur-réalisateur.

L'enseignement des Sciences de l'ingénieur apporte alors les concepts élémentaires pour aborder les
systèmes. Il permet de :

 Faire découvrir à l'élève les constituants des divers champs technologiques pour l'aider à
mieux affirmer son projet personnel ;
 Développer chez l'élève les compétences de raisonnement, de communication,
d'expression, d'organisation de travail et de recherche méthodique ;
 Développer chez l'élève les capacités d'auto apprentissage.

L'enseignement des Sciences de l'ingénieur privilégie l'acquisition de connaissances globales par approche
inductive et en promouvant l'utilisation des nouvelles technologies informatiques. Il se base sur des produits-
support qui peuvent être aussi bien de l'environnement quotidien de l'élève que de l'environnement industriel.
Le produit-support met en évidence principalement :

 Une approche fonctionnelle répondant à la question "A quoi sert le produit ?" ;
 Une approche technologique répondant à la question "Comment est construit le produit ?" ;
 Une approche physique répondant à la question "Comment le produit se comporte-t-il ?".

Ces différentes approchent se conjuguent très bien avec la démarche de projet qui est fortement conseillée
pour la qualité d'enseignement qu'elle procure en favorisant l'autonomie, la recherche, le travail en équipe, la
communication, etc.

La structure de cet ouvrage est le reflet de cet aspect pluridisciplinaire qu'offre cet enseignement. Il est
conforme aux directives et programmes officiels. Il est axé principalement sur 4 unités :

 Unité 1 : Relative à la chaîne d'énergie, elle traite des fonctions alimenter,


distribuer et convertir ;
 Unité 2 : Relative à la chaîne d'information, elle traite des fonctions acquérir,
traiter et communiquer ;
 Unité 3 : Relative à la chaîne d'énergie, elle traite de la fonction transmettre ;
 Unité 4 : Projet encadré traitant de l'analyse fonctionnelle, logiciels de CAO et
directives pour la gestion d’un projet.

Pédagogiquement, ces 3 unités constituent les centres d'intérêt cognitifs et méthodologies qui :

 organise et structure les problèmes à résoudre pour l'acquisition des connaissances ;


 détermine les activités proposées possibles à proposer aux élèves.

LES AUTEURS
COMMENT UTILISER CE MANUEL ?

Organisation de l’ouvrage

Sommaire Quatre unités Index


(page 3) (pages 215 – 216)
 Unité ADC qui décrit les fonctions Alimenter,
Distribuer et Convertir de la chaîne énergie d’un
système
 Unité ATC qui décrit les fonctions Acquérir,
Traiter et Communiquer de la chaîne
d’information d’un système
 Unité T qui décrit la fonction Transmettre de la
chaîne d’énergie
 Unité Projet qui décrit l'analyse fonctionnelle,
les logiciels de CAO et les directives pour projet.

Organisation d’une unité

Présentation avec les prérequis


(première page)
Présentation de la fonction avec les
compétences visées et les chapitres inclus
(deuxième page)

Développement de chaque chapitre


conformément au programme
(plusieurs pages)

Exercices résolus, exercices non résolus


(1 ou 2 pages )

4
SOMMA IR E

U N I T E A D C

FONCTION ALIMENTER

CHAPITRE 1 : L’ENERGIE ELECTRIQUE ............................................................................................ 11


1. TOPOLOGIE DU RESEAU ELECTRIQUE ......................................................................................................... 11
2. TYPES DE CENTRALE ............................................................................................................................ 12
3. LES SOURCES AUTONOMES ..................................................................................................................... 15

CHAPITRE 2 : LES GRANDEURS ELECTRIQUES .................................................................................... 17


1. GRANDEURS CARACTERISTIQUES MISES EN JEU ............................................................................................. 17
2. ALIMENTATION CONTINUE STABILISEE ........................................................................................................ 20

CHAPITRE 3 : SECURITE DES BIENS ET DES PERSONNES ........................................................................ 24


1. EFFETS PHYSIOLOGIQUES DU COURANT ELECTRIQUE ...................................................................................... 24
2. TENSION LIMITE DE SECURITE ................................................................................................................. 25
3. CONTACT DIRECT ET INDIRECT ET PROTECTION ASSOCIEE ............................................................................... 25

CHAPITRE 4 : L' ENERGIE PNEUMATIQUE ......................................................................................... 27


1. CONSTITUTION D’UNE INSTALLATION PNEUMATIQUE ....................................................................................... 27
2. PRODUCTION DE L’ENERGIE PNEUMATIQUE ................................................................................................. 27
3. PRINCIPES PHYSIQU ES .......................................................................................................................... 28

FONCTION DISTRIBUER

CHAPITRE 1 : LES PREACTIONNEURS ELECTRIQUES ............................................................................. 30


1. LE RELAIS ........................................................................................................................................ 30
2. LE CONTACTEUR ................................................................................................................................ 32
3. LE SECTIONNEUR ................................................................................................................................ 33
4. LES FUSIBLES .................................................................................................................................... 34
5. LE RELAIS THERMIQUE .......................................................................................................................... 34

CHAPITRE 2 : HACHEUR SERIE / VARIATEUR DE VITESSE INDUSTRIEL .......................................................37


1. PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT ............................................................................................................... 37
2. VARIATEURS INDUSTRIELS POUR MOTEUR A COURANT CONTINU ......................................................................... 39

CHAPITRE 3 : LES PREACTIONNEURS PNEUMATIQUES .......................................................................... 41


1. FONCTION ........................................................................................................................................ 41
2. CONSTITUANTS D'UN DISTRIBUTEUR .......................................................................................................... 41
3. LES PRINCIPAUX DI STRIBUTEURS PNEUMATIQUES ........................................................................................... 41
4. LES DISPOSITIFS DE COMMANDE .............................................................................................................. 42
5. APPLICATION: PRES SE PNEUMATIQUE ........................................................................................................ 43

FONCTION CONVERTIR

CHAPITRE 1 : CONVERTISSEUR ELECTROMECANIQUE ........................................................................... 46


1. ORGANISATION DE L A MACHINE ............................................................................................................... 46
2. PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT ............................................................................................................... 46
3. MODELE ELECTRIQUE SIMPLE DU MOTEUR A COURANT CONTINU ......................................................................... 48
4. DEMARRAGE DU MOTEUR A COURANT CONTINU ............................................................................................ 48
5. BILAN DES PUISSANCE .......................................................................................................................... 49
6. REVERSIBILITE DE LA MACHINE A COURANT CONTINU ...................................................................................... 49
7. ALIMENTATION DU MOTEUR ................................................................................................................... 50
8. FONCTIONNEMENT A VITESSE VARIABLE ..................................................................................................... 50

CHAPITRE 2 : LES ACTIONNEURS PNEUMATIQUES ...............................................................................52


1. LES VERINS ....................................................................................................................................... 52
2. LE GENERATEUR DE VIDE OU VENTURI ....................................................................................................... 54

CHAPITRE 3 : AUTRES TYPES DE CONVERSION ................................................................................... 56


1. CONVERSION ENERGIE ELECTRIQUE / ENERGIE LUMINEUSE ............................................................................... 56
2. CONVERSION ENERGIE ELECTRIQUE / ENERGIE THERMIQUE .............................................................................. 57
3. CONVERSION ENERGIE ELECTRIQUE / ENERGIE CHIMIQUE ................................................................................. 57

5
SOMMA IR E

U N I T E A T C

FONCTION ACQUERIR

CHAPITRE 1 : LES CAPTEURS ........................................................................................................ 61


1. DEFINITION ...................................................................................................................................... 61
2. NATURE DE L'INFOR MATION FOURNIE PAR UN CAPTEUR ................................................................................... 61
3. CARATERISTIQUES D ’UN CAPTEUR ............................................................................................................ 62
4. CAPTEURS LOGIQUES (TOUT OU RIEN : TOR) ................................................................................................ 62
5. CAPTEURS NUMERIQUES ........................................................................................................................ 66

CHAPITRE 2 : CONDITIONNEMENT DU SIGNAL ................................................................................... 69


1. INTRODUCTION .................................................................................................................................. 69
2. MISE EN FORME PAR COMPARATEUR À UN SEUIL ............................................................................................ 71

CHAPITRE 3 : INTERFACE EN ENTREE .............................................................................................74


1. INTERFACE HOMME /MACHINE (IHM) .......................................................................................................... 74
2. ISOLATION GALVANIQUE ....................................................................................................................... 75

FONCTION TRAITER

CHAPITRE 1 : REPRESENTATION ET CODAGE DE L'INFORMATION BINAIRE................................................... 78


1. LES SYSTEMES DE NUMERATION ............................................................................................................... 78
2. CODAGE DE L'INFORMATION BINAIRE ......................................................................................................... 79
3. NOTIONS D'ARITHMETIQUE BINAIRE .......................................................................................................... 81

CHAPITRE 2 : FONCTIONS COMBINATOIRES DE BASE ........................................................................... 83


1. OPERATIONS BOOLEENNES ELEMENTAIRES .................................................................................................. 83
2. AUTRES OPERATIONS ........................................................................................................................... 85
3. REPRESENTATION DES FONCTIONS LOGIQUES ............................................................................................... 87

CHAPITRE 3 : SIMPLIFICATION DES FONCTIONS LOGIQUES ....................................................................89


1. METHODE ALGEBRIQUE ......................................................................................................................... 89
2. METHODE GRAPHIQUE .......................................................................................................................... 89

CHAPITRE 4 : FONCTIONS COMBINATOIRES AVANCEES ........................................................................ 92


1. LES DECODEURS ................................................................................................................................. 92
2. LE MULTIPLEXEUR ............................................................................................................................... 94
3. LE DEMULTIPLEXEUR ............................................................................................................................ 95
4. L'ADDITIONNEUR ................................................................................................................................. 96
5. LE COMPARATEUR ..............................................................................................................................100

CHAPITRE 5 : NOTION DE MEMOIRE .............................................................................................. 102


1. CIRCUIT MEMOIRE EN TECHNOLOGIE ELECTRIQUE .........................................................................................102
2. CIRCUIT MEMOIRE EN TECHNOLOGIE ELECTRONIQUE .....................................................................................102

CHAPITRE 6 : FONCTIONS SEQUENTIELLES ..................................................................................... 104


1. LES BASCULES ..................................................................................................................................104
2. LES COMPTEURS ................................................................................................................................107
3. LES REGISTRES .................................................................................................................................110
4. LES MEMOIRES ..................................................................................................................................112

CHAPITRE 7 : FAMILLES LOGIQUES TTL ET CMOS ............................................................................. 117


1. NOTION DE FAMILLE DE CIRCUIT LOGIQUE ..................................................................................................117
2. LES VARIANTES TECHNOLOGIQUES DES FAMILLES LOGIQUES TTL ET CMOS ............................................................117
3. LA STRUCTURE DE B ASE DES FAMILLES LOGIQUES TTL ET CMOS .........................................................................118
4. LES PARAMETRES ELECTRIQUES DES CIRCUITS LOGIQUES .................................................................................118
5. LES PERFORMANCES DYNAMIQUES DES CIRCUITS LOGIQUES ..............................................................................119
6. PERFORMANCES COMPAREES DES DIFFERENTES FAMILLES TTL ET CM OS ................................................................120
7. LES DIFFERENTS ETAGES DE SORTIE .........................................................................................................120
8. INTERFACAGE DES CIRCUITS LOGIQUES .....................................................................................................121

6
SOMMA IR E

CHAPITRE 8 : TEMPORISATEURS A BASE DE CIRCUITS INTEGREES .......................................................... 123


1. LE CIRCUIT DE BASE : LE CIRCUIT RC .......................................................................................................123
2. PRINCIPE DE BASE ..............................................................................................................................124
3. LE TEMPORISATEUR NE555 ....................................................................................................................124
4. MODES DE FONCTIONNEMENT DU NE555 ....................................................................................................124

CHAPITRE 9 : CIRCUITS LOGIQUES PROGRAMMABLES ........................................................................ 127


1. PRINCIPES ET TECHNIQUES DE BASE .........................................................................................................127
2. LA CLASSIFICATION DES PLD ..................................................................................................................128
3. LES PAL (PROGRAMMABLE ARRAY LOGIC)................................................................................................... 128
4. LES GAL (GENERIC ARRAY LOGIC) ............................................................................................................129
5. PROGRAMMATION DES PLD ....................................................................................................................129

CHAPITRE 10 : LE GRAFCET ....................................................................................................... 132


1. TYPES DE GRAFCET ............................................................................................................................ 132
2. ELEMENTS DE BASE ............................................................................................................................134
3. LES REGLES D'EVOLUTION D'UN GRAFCET ...................................................................................................134
4. STRUCTURES DE BASE D'UN GRAFCET .......................................................................................................135

CHAPITRE 11 : AUTOMATE PROGRAMMABLE INDUSTRIEL .................................................................... 139


1. LOGIQUE CABLEE ...............................................................................................................................139
2. AUTOMATE PROGRAMMABLE INDUSTRIEL ...................................................................................................140

FONCTION COMMUNIQUER

CHAPITRE 1 : INTERFACE EN SORTIE ............................................................................................ 148


1. INTERFACE HOMME/MACHINE (IHM) .........................................................................................................148
2. ISOLATION GALVANIQUE ......................................................................................................................149

CHAPITRE 2 : LIAISON PARALLELE ET LIAISON SERIE ......................................................................... 151


1. LIAISON PARALLELE ............................................................................................................................151
2. LIAISON SERIE ..................................................................................................................................151
3. NORME RS232 .................................................................................................................................. 152
4. NORME RS485 ..................................................................................................................................153

U N I T E T

CHAPITRE 1 : GENRALITES SUR LE DESSIN TECHNIQUE ...................................................................... 157


1. PRINCIPAUX TYPES DE DESSINS INDUSTRIELS ...............................................................................................157
2. FORMATS ........................................................................................................................................157
3. ELEMENTS PERMANENTS ......................................................................................................................158
4. L'ECHELLE .......................................................................................................................................158
5. LE CARTOUCHE .................................................................................................................................158
6. NOMENCLATURE ................................................................................................................................159
7. ECRITURE .......................................................................................................................................159
8. LES TRAITS ......................................................................................................................................159

CHAPITRE 2 : TRACES GEOMETRIQUES – INTERSECTIONS .................................................................... 160


1. TRACES GEOEMETRIQUES .....................................................................................................................160
2. INERSECTIONS ..................................................................................................................................161

CHAPITRE 3 : REPRESENTATION GEOMETRIQUE DES PIECES ................................................................ 162


1. PERSPECTIVE CAVALIERE ......................................................................................................................162
2. PROJECTIONS ET VUES ........................................................................................................................162
3. COUPES SIMPLES – HACHURES ................................................................................................................164
4. SECTION .........................................................................................................................................165
5. NOTIONS SUR LE FILETAGE ...................................................................................................................166

CHAPITRE 4 : EXECUTION GRAPHIQUE DE LA COTATION .................................................................... 168


1. ROLES ........................................................................................................................................... 168
2. EXECUTION GRAPHIQUE DE LA COTATION ..................................................................................................168

7
SOMMA IR E

CHAPITRE 5 : REPRESENTATION VOLUMIQUE................................................................................... 170


1. MODELEUR VOLUMIQUE .......................................................................................................................170
2. CREATION DES VOLUMES ELEMENTAIRES ...................................................................................................171
3. CREATION D'UNE PIECE SIMPLE ...............................................................................................................171
4. CREATION D'UN ASS EMBLAGE SIMPLE ........................................................................................................172

CHAPITRE 6 : TOLERANCES ET AJUSTEMENTS ................................................................................. 174


1. TOLERANCES DIMENTIONNELLES .............................................................................................................174
2. AJUSTEMENTS ..................................................................................................................................174
3. TOLERANCES GEOMETRIQUES ................................................................................................................175

CHAPITRE 7 : COTATION FONCTIONNELLE ..................................................................................... 177


1. DEFINITIONS ...................................................................................................................................177
2. METHODE POUR TRACER UNE CHAINE DE COTES ..........................................................................................178

CHAPITRE 8 : LES MATERIAUX .................................................................................................... 179


1. NOTIONS GENERALES ..........................................................................................................................179
2. DESIGNATION DES MATERIAUX ...............................................................................................................180
3. MISE EN ŒUVRE DES MATERIAUX ............................................................................................................181

CHAPITRE 9 : LIAISONS ET SCHEMATISATION .................................................................................. 184


1. NOTION DE FONCTIONS MECANIQUES .......................................................................................................184
2. FONCTION LIAISON .............................................................................................................................184
3. SCHEMATISATION ..............................................................................................................................186

CHAPITRE 10 : LIAISONS ENCASTREMENTS ..................................................................................... 188


1. DEFINITION .....................................................................................................................................188
2. MOYENS D’ASSEMBLAGE DEMONTABLES .....................................................................................................188
3. MOYENS D’ASSEMBLAGE NON DEMONTABLES (PERMANENTS) ............................................................................190

CHAPITRE 11 : LUBRIFICATION – ETANCHEITE ................................................................................. 192


1. LUBRIFICATION .................................................................................................................................192
2. ETANCHEITE ....................................................................................................................................193

CHAPITRE 12 : FONCTION GUIDAGE ............................................................................................ 195


1. GUIDAGE EN ROTATION .......................................................................................................................195
2. GUIDAGE EN TRANSLATION ...................................................................................................................196

U N I T E P R O J E T E N C A D R E

CHAPITRE 1 : ANALYSE FONCTIONNELLE ...................................................................................... 199


1. ANALYSE FONCTIONNELLE EXTERNE .........................................................................................................199
2- ANALYSE FONCTIONNELLE INTERNE .........................................................................................................202
3- STRUCTURE FONCTIONNELLE D'UN SYSTEME ...............................................................................................205

CHAPITRE 2 : CONCEPTION ASSISTEE PAR ORDINATEUR (CAO) ............................................................. 210

CHAPITRE 3 : PROJET ENCADRE - DIRECTIVES ................................................................................. 211


1. DIRECTIVES .....................................................................................................................................211
2. EXEMPLES DE PROPOSITIONS DE PE ..........................................................................................................212
3. EXEMPLES DE SYSTE MES .......................................................................................................................213

BIBLIOGRAPHIE ...................................................................................................................... 215

INDEX .................................................................................................................................. 216

8
U NIT É A DC
Alimenter- Distribuer-Convertir

PRÉSENTATION

Pour agir sur la matière d'œuvre, un système automatisé a besoin d’énergie, qui subira
de nombreux traitements pour être adaptés à la nature de l'action sur la matière d'œuvre.

L’unité ADC traite donc de ces aspects qui peuvent être modélisés par les fonctions
génériques, c'est à dire qui s'appliquent sur la plupart des systèmes ; il s'agit des fonctions :

 Alimenter ;
 Distribuer ;
 Convertir ;

Grandeurs
physiques à Informations
destinées à d’autres
mesurer systèmes et aux
Chaîne d’information
interfaces H/M

ACQUERIR TRAITER COMMUNIQUER Matière d'œuvre


en entrée
Informations
issues d’autres
systèmes et Ordres
d’Interfaces H/M Chaîne d’énergie
AGIR

ALIMENTER DISTRIBUER CONVERTIR TRANSMETTRE

Énergies Unité ADC


d’entrée
Matière d'œuvre en
sortie

PREREQUIS

 Connaissances générales acquises dans l’enseignement Tronc Commun.

 Concepts d’analyse fonctionnelle :


 Système ;
 Fonction globale et fonctions de services ;
 Fonctions techniques, FAST, SADT, etc.

U N I T E AD C 9
UNITE ADC
FONCTION
ALIMENTER
PRESENTATION

En général, les systèmes automatisés mettent en œuvre plusieurs types d’énergie. Les
énergies principalement exploitées sont l’énergie électrique et l’énergie mécanique sous
leurs différentes formes. On note en particulier :
 La source d’énergie électrique, qui grâce à la souplesse de ses méthodes de
génération et de transport, demeure une richesse inégalée. Il n’est pas
surprenant donc de remarquer que l’alimentation en énergie électrique est
largement adoptée aussi bien en milieu industriel qu’en milieu domestique ;
 La source d’énergie pneumatique qui est aussi largement présente dans les
systèmes industriels. Cette énergie est dans la plupart des cas générée à partir
de l’énergie électrique.
La position de la fonction Alimentation en énergie dans une chaîne d’énergie, ainsi que sa
fonction globale sont représentées par la figure suivante :
Matière
d’œuvre en
entrée
CHAÎNE D’ÉNERGIE

UNITE ADC
Énergie
ALIMENTER DISTRIBUER CONVERTIR TRANSMETTRE AGIR
d’entrée

Energie Alimenter Energie


d’entrée en énergie de sortie Matière
d’œuvre en
sortie
Energie Source d’alimentation Energie
Electrique Réseau électrique, piles, etc. Electrique
Electrique Compresseur Pneumatique

COMPETENCES ATTENDUES
A partir de tout ou partie d’un produit support avec son cahier des charges et son dossier
technique :
 Identifier les constituants du réseau d’alimentation
 Exprimer les caractéristiques des constituants du réseau d’alimentation

CHAPITRES INCLUS DANS LA FONCTION ALIMENTER

 Alimentation électrique
 Grandeurs électriques caractéristiques
 Sécurité des biens et des personnes
 Alimentation pneumatique

10 F O N C T I O N A l i m e n t e r
CHAPITRE 1

L’ENERGIE ELECTRIQUE
INTRODUCTION :

L'énergie électrique provient d’une transformation d'énergie mécanique, magnétique, chimique ou


lumineuse. Cette source d’énergie peut se présenter sous forme d’une source de tension continue ou
alternative. L’unité d’une tension électrique est le Volt (V).

1. TOPOLOGIE DU RESEAU ELECTRIQUE :

Le système électrique comprend des sites de production (centrales nucléaires, thermiques,


hydrauliques, ou production décentralisée : éoliennes, petite hydraulique, cogénération, etc.), et des
lieux de consommation (communes, entreprises, etc.), reliés par le réseau électrique (transport et
distribution). Ce dernier a pour rôle d’acheminer l’énergie vers les lieux de consommation, avec des
étapes d’élévation et de baisse du niveau de tension dans des postes de transformation. La tension à la
sortie des grandes centrales est portée à 400 000 volts pour limiter les pertes d’énergie sous forme de
chaleur dans les câbles ; ce sont les pertes par « effet Joule ».

Ensuite, la tension est progressivement réduite au plus près de la consommation, pour arriver aux
différents niveaux de tension auxquels sont raccordés les consommateurs (400 000 volts, 225 000 volts, 90
000 volts, 63 000 volts, 20 000 volts, 400 volts ou 230 volts suivant leurs besoins en puissance).

L'ONE (Office National d’Electricité) assure cette fourniture par l'exploitation directe d'unités de
production ainsi que par les ouvrages qu'il a confiés à des opérateurs privés dans le cadre de contrats de
production concessionnel.

En terme de production le réseau national a pour mission de :


 assurer une gestion optimale du parc de production ;
 veiller à la satisfaction de la demande en énergie électrique exprimée par le Dispatching National,
et ceci dans les meilleures conditions de sécurité, de rendement, de disponibilité et de coût.

Le parc national de production est composé de moyens de production thermique, hydraulique et


éolienne.

C ha p i t r e 1 L’ é n e r g i e é l e c t r i q u e 11
A la fin 2005, ce parc se compose comme suit :

Puissance installée en MW
26 usines hydrauliques 1 265
Station Pompage et turbinage d’Afourer* 464
5 centrales thermiques vapeur 2 385
charbon 1785
Fioul 600
6 centrales turbines à gaz 615
Cycle combiné de TAHADDART 400
Thermique diesel 69
Total Thermique 3 469
Eolien (dont 50 MW de la CED*) 53,9
Total ONE 5 252
* région d’errachidia.
** Comité européenne de distribution.

NOTA : Le Watt (W) est l’unité de la puissance. Une source de puissance 1kW peut alimenter, en même
temps, dix ampoules de 100W chacune.

Le graphique suivant représente la


satisfaction en énergie électrique du
client marocain. Une part de cette
consommation est assurée par les
centrales de production hydraulique, une
autre par les centrales de production
thermique, une autre par les techniques
nouvelles (éoliens, solaires, etc.) ; le
reste de la demande est importé de
l’Union Européen.

2. TYPES DE CENTRALE :

2.1. Définitions générales :

2.1.1. Turbine :

C'est un moteur rotatif qui convertit l’énergie d’un courant d’eau, de vapeur ou de gaz en énergie
mécanique. Dans le domaine de la production on peut donner à titre d’exemple :
Turbine pelton Turbine à vapeur

12 F O N C T I O N A l i m e n t e r
2.1.2. alternateur :

C’est l’organe qui transforme l’énergie de la rotation en une énergie électrique :


L'alternateur fournit une ligne trifilaire
(signal triphasé) dont les tensions sont des
sinusoïdes déphasées de 120° et dont la
valeur efficace est de 20kV.
La fréquence des tensions est de 50Hz ;
cette fréquence (f) est fixée par la vitesse
de rotation de la turbine (n) et le nombre
des pôles (P) de l’alternateur selon la
relation :
f = p x n.
Avec :
 f en Hz (Hertz)
 n en trs/s (tours/seconde)
Exemple : n=1500tr/min et p= 2 donc f = 50Hz.

V1(t) = V.√[Link](2ft)
V2(t) = V.√[Link](2f t - 2/3)
V3(t) = V.√[Link](2f t - 4/3)
Avec V = 20kV

2.2. Energie d’origine hydraulique :


Dans ce type de centrale la puissance de l’eau (énergie potentielle) est exploitée pour entraîner des
turbines couplées à des alternateurs. On distingue :
 Les centrales de haute chute : La hauteur de chute est supérieure à 200m.
 Les centrales de moyenne chute : La hauteur de chute est comprise entre 30m et 200m.
 Les centrales de basse chute : La hauteur de chute est inférieure à 30m.

C ha p i t r e 1 L’ é n e r g i e é l e c t r i q u e 13
 Les usines de pompage/turbinage : Les stations de transfert d'énergie par pompage
fonctionnent sur le principe du recyclage de l'eau par pompage :
 Turbinage : l'alternateur produit de l'énergie électrique.
 Pompage : la pompe consomme de l'énergie pour remonter l'eau d'un bassin inférieur
à un bassin supérieur.
 Les stations marémotrices : qui exploitent la force de la marré pour entraîner les turbines.

Mer Exemple de la marré haute

Turbine

2.3. Energie d’origine thermique :


Dans ce type de centrale, la chaleur produite par la combustion d’un combustible (charbon, fuel ,
etc.), produit l’évaporation de l’eau. Cette vapeur sous pression permet d’entraîner une turbine à
vapeur en rotation :

2.4. Energie d’origine nucléaire :


Une centrale nucléaire est une centrale thermique qui utilise l'énergie fournie par un réacteur
nucléaire. Ce réacteur produit une grande quantité de chaleur qui est captée par de l'eau sous pression
circulant dans le circuit primaire (circuit fermé).

14 F O N C T I O N A l i m e n t e r
Par l'intermédiaire du générateur de vapeur, l'eau sous pression du circuit primaire communique sa
chaleur à l'eau d'un deuxième circuit fermé, le circuit secondaire. Il est ainsi possible d'obtenir de la
vapeur à haute pression dans ce circuit secondaire.
La pression de cette vapeur fait tourner à grande vitesse une turbine qui entraîne elle-même un
alternateur qui produit une tension alternative sinusoïdale. A la sortie de la turbine la vapeur est
refroidie pour se transformer en eau, puis renvoyée dans le générateur de vapeur.

Le refroidissement de la vapeur issue de la turbine est confié à une tour de refroidissement ou un


cours d'eau important.

3. LES SOURCES AUTONOMES :

3.1. Energie solaire :


On distingue deux types de centrale exploitant l’énergie du soleil :

Centrale thermosolaire de Ain Bni Mathar

Centrales thermodynamiques : La
concentration du rayonnement solaire par des
miroirs permet d’obtenir des températures de
l’ordre de 450°C. Cette température permet
d’évaporer l’eau qui fait tourner des turbines.

Centrales photovoltaïques ou photopiles :


Dans ces centrales des cellules photovoltaïques
utilisées à cet effet sont des composants
électroniques à semi conducteur capable de
débiter un courant électrique dans un circuit
extérieur, lorsqu’ils sont éclairés par le
rayonnement solaire.

C ha p i t r e 1 L’ é n e r g i e é l e c t r i q u e 15
3.2. Energie du vent :

L’énergie cinétique du vent produit la rotation des pâles d’une


éolienne, qui est une sorte de grand moulin, qui actionne
l'alternateur. Les ressources du vent sont considérables mais
irrégulières entre le jour et la nuit, entre l’hiver et l’été ; c’est
pourquoi, cette solution reste onéreuse.

3.3. Groupes électrogènes :

Les groupes électrogènes sont des petits alternateurs dont


l’entraînement en rotation se fait en général, par un moteur
thermique (moteur Diesel par exemple). La puissance est
généralement limitée à quelques dizaines de kilowatts.
Ces groupes sont généralement utilisés comme
alimentation de secours, alimentation électrique
ininterruptible dans les locaux exigeant une continuité de
service tel que les hôpitaux.

3.4. Piles et accumulateurs :


Parmi les générateurs de tension continue les plus rencontrés dans la pratique quotidienne, on
trouve les piles et les batteries d’accumulateurs. Cette source représente une transformation de
l’énergie chimique en énergie électrique.
Accumulateur
Piles

V V

E X E R C I C E R E S O L U
Une station d’irrigation est alimentée par cellules solaires. Sachant que la station est constituée par deux
pompes dont la puissance de chacune est 3kW et de rendement 93 %. La tension d’alimentation nominale
est de 100 V (c’est la tension à fournir au groupe pompe/convertisseur).
Sachant que chaque cellule élémentaire peut fournir une puissance 1W avec une tension 1.25V :
1. Quel est le nombre de cellules photovoltaïques à utiliser.
2. Donner un schéma de branchement de ces cellules.
3. Si l’aire d’une cellule est de 5cm 2. Quel est l’aire total en m 2 occupé par le panneau solaire.
CORRIGE
:
1. Le nombre de cellules à utiliser est :
N = la puissance totale demandée / la puissance d’une cellule.
N = 6000 / 1 soit 6000 cellules photovoltaïque.
2. La tension que doit fournir le panneau est U = 100V. Donc le nombre de cellule à mettre
en série est : Ns = 100/1.25 soit 80 cellules.
Or on doit utiliser au minimum 6000 cellules pour assurer la puissance demandée. Donc le
nombre de rangées (80 cellules dans chaque rangé) à mettre en parallèle : Np = 6000/80
soit 75 rangées.
3. L’aire totale occupée par le panneau est : A = 6000 x 5 cm2 = 30 000 cm2 , soit A = 3 m2.

16 F O N C T I O N A l i m e n t e r
Chapitre 2

LES GRANDEURS ELECTRIQUES


1. GRANDEURS CARACTERISTIQUES MISES EN JEU :

1.1. Notion du courant électrique :

Le déplacement des électrons libres dans un circuit e e


e
électrique fermé engendre ce qu’on appelle un courant e e
électrique. L’unité du courant électrique est l’Ampère (A).

1.2. Mesure de courant électrique :

On mesure le courant électrique par l’utilisation d’un ampèremètre. L’ampèremètre est un appareil
qui doit être monté en série dans un circuit comme le montre la figure suivante :

Source Charge

1.3. Notion de résistance :

1.3.1. Principe et symbole :

Un fil conducteur présente une différence de potentiel (d.d.p) entre ses bornes lorsqu’il est traversé
par un courant électrique. Ceci est dû à sa résistance interne dont la valeur est donnée par la
formule :

R = ρ.l / S avec :
 l : longueur du fil ;
 S : sa section ;
 : la résistivité (caractéristique de la nature du conducteur)

1.3.2. Loi d’Ohm :

Cette loi exprime que certains matériaux ont une réponse linéaire en
courant à une différence de potentiel imposée. Si on considère une
résistance, noté R avec à ses bornes une tension U , elle sera
traversée par un courant I, tel que, quelque soit le temps t, U et I
vérifient toujours la relation de proportionnalité :

U=R.I

C ha p i t r e 2 Le s g r a n d e u r s é l e c t r i q u e s 17
1.3.3. Association des résistances :

Suivant que des résistances sont associées en série ou en parallèle, il résulte de leur association une
résistance équivalente Re dont la valeur dépend des valeurs des différentes résistances associées.

a. Association série :

La résistance équivalente de deux résistances en série est la somme de ces deux résistances.

Re = R1 + R2

b. Association en parallèle :

La résistance équivalente de deux résistances en parallèle est tel que :

1 1 1
 
Re R1 R 2

1.3.4. Code de couleurs :

On ne peut pas fabriquer les résistances avec toutes les valeurs possibles. Les résistances sont
fabriquées en grandes séries par les constructeurs des composants électroniques. On les fabrique
alors suivant des valeurs normalisées, qui couvrent largement les besoins en résistances. Ces valeurs
sont indiquées sur ces résistances sous forme d’anneaux en couleur suivant le code suivant :

La tolérance est un pourcentage qui indique la précision de la résistance. Connaissant la valeur de


chaque chiffre on peut déterminer la valeur de la résistance comme suit:
er
R = [(1 chiffre x 1) + (2eme chiffre x 10)] x 10 Multiplicateur  la tolérance en Ω.

18 F O N C T I O N A l i m e n t e r
Exemple : Calcul de la valeur d'une résistance dont les trois couleurs significatives sont le rouge.
R = [ (2 x1) + (2 x 10) ] x 102 = 22 x 100 = 2,2 K

Les valeurs normalisées des résistances sont classées par des séries de valeurs notées (E6, E12, E24
ou E48), qui indiquent le nombre de valeurs dans une série. Par exemple, les valeurs de la série E12
sont :
10 ; 12 ; 15 ; 18 ; 22 ; 27 ; 33 ; 39 ; 47 ; 56 ; 68 ; 82

Toutes les résistances de la série E12 sont des multiples ou des sous multiples de ces valeurs .Par
exemple, on trouve 1,2, 12, 120, 1.2K, 12K, 120K, 1.2M et ainsi de suite.

1.3.5. Résistance variable :

On a souvent besoin, dans les montages électroniques, de régler une résistance sur place pour avoir
la valeur exacte exigée par un montage donné ; on utilise alors :
 Soit un potentiomètre pour régler la résistance régulièrement comme pour le volume d'un
poste Radio ;
 Soit un ajustable pour ajuster la valeur nécessaire une fois pour toute ;

Ajustables

Potentiomètre

Dans les 2 cas, le symbole est le même : P est la valeur totale


de la résistance. Le curseur αdivise la résistance totale P en 2
portions :
R2 = P(1 – α)
 R1 = αP : P
 Si le curseur est en position haut, alors α= 1 et R1 = P ; R1 = αP
 Si le curseur est en position basse, alors α= 0 et R1 = 0.

 R2 = P – R1 = P – αP = P(1- α).

1.4. Diviseur de tension :

Pour diviser une tension, on utilise un pont diviseur de tension. Ce


pont est constitué de l’association en série de deux résistances R1 et
R2 :

Vs = [R 2 / (R1 + R2 )].U

Remarque : Cas d'une résistance variable :

Vs = Ve. αP/P
P
 Vs = α.Ve Ve α.P
Vs

C ha p i t r e 2 Le s g r a n d e u r s é l e c t r i q u e s 19
1.5. Diviseur de courant :

On divise un courant par la mise en parallèle de deux résistances R1 et R2 :

I1 = I .[R1 / (R1 + R2)]

1.6. Puissance :

On appelle puissance l’énergie consommée ou débitée par une charge pendant une seconde. C’est le
produit du courant qui traverse la charge avec la tension aux bornes :

P=U.I

Pour mesurer la puissance on utilise généralement un wattmètre.

W I
La puissance mesurée par le
wattmètre est :
U U Charge
P=U.I

1.7. Fréquence :

Pour un signal périodique u(t), c'est le nombre de périodes par seconde. L'unité de la fréquence est
le hertz (Hz). De ce fait la relation qui lie la fréquence à la période est :
u(t)

F = 1/T

T t T : période en seconde (s). C'est le temps après lequel le signal se répète.

2. ALIMENTATION CONTINUE STABILISEE :

Les systèmes électroniques ont besoin d’une alimentation continue. Cette tension continue est
généralement générée à partir de :

 piles pour les systèmes portables et à faible consommation, tel qu'une télécommande de
télévision, etc.

 de batterie d'accumulateurs pour les systèmes tel que la voiture, etc.

 secteur pour des systèmes qui demande de la puissance et qui ont accès au réseau alternatif.

20 F O N C T I O N A l i m e n t e r
Dans ce dernier cas, la tension alternative doit être convertie en tension continue stabilisée,
conformément au schéma synoptique suivant :

Transformation Redressement Filtrage Régulation


Secteur Tension
220 v 50Hz de sortie

2.1. Transformation :

Le rôle de la transformation est d’abaisser la tension du secteur, qui est de 220V. L’élément
électrique qui réalise cette fonction est le transformateur.

U1/U2 = n2/n1

Avec n2 et n1 sont respectivement


les nombres de spires de la bobine
primaire et la bobine secondaire.
Alors pour avoir une tension en
sortie plus petite qu'en entrée, il faut
avoir la condition (n2 < n1).

2.2- Redressement :

Cette fonction est réalisée à l’aide de la diode.

2.2.1- Fonctionnement et symbole :

Id
Anode (A) Kathode (K)

Ud

La diode est un composant électronique à conduction unidirectionnelle : elle ne conduit que dans le
sens de l’anode A vers la cathode K. Son symbole est représenté à la figure ci-dessous. Le symbole
de la diode indique le sens de conduction. Ud = 0,7V est appelée la tension de seuil de la diode.

Polarisation directe : diode passante Polarisation inverse : diode bloquée

C ha p i t r e 2 Le s g r a n d e u r s é l e c t r i q u e s 21
2.2.2- Réalisation du redresseur :

a. Redressement mono alternance :

Le signal issu du transformateur est sinusoïdal. La diode est polarisée en directe dans l’alternance
positive et en inverse dans l’alternance négative.

b. Redressement double alternance :

Le montage le plus populaire est le redresseur à pont de diodes ; il a 2 diodes conductrices par
alternance :
 D1 et D3 conduisent pendant l'alternance positive ;
 D2 et D4 conduisent pendant l'alternance négative.

On remarque que le courant en sortie passe toujours dans le même sens, d'où la forme du signal en
sortie.

Note : Une LED est une diode qui a le même fonctionnement qu'une diode
ordinaire, à la différence qu’elle est destinée à émettre une lumière
(rouge, vert, jaune et orange) quand elle est passante. Pour une LED
rouge, la tension de seuil est 1.5V et un courant de 10mA donne une
intensité lumineuse de signalisation satisfaisante.
2.3. Filtrage :
Cette fonction est réalisée par un condensateur. Le condensateur en se chargeant et en se
déchargeant diminue l’ondulation du signal redressé ; Rc étant la résistance de charge :

Redressement Rc

22 F O N C T I O N A l i m e n t e r
2.4. Régulation :

La régulation est la fonction qui permet d'avoir une tension hautement continue à partir d'une
tension ondulée comme issue du condensateur ci-dessus. Elle est assurée par le régulateur intégré qui
est un composant électronique généralement à trois broches.

Dans la pratique, la famille des régulateurs de type 78xx est la plus utilisée. Un régulateur de
cette famille délivre une tension constante à ses bornes de sortie égale à xx V.

Exemples : 7805 : tension à la sortie égale à +5V.


7812 : tension à la sortie égale à +12V.

Transformateur R
Secteur
220v
50Hz
LED de
signalisation

Application type (Alimentation régulée)

E X E R C I C E R E S O L U
On suppose qu'on a une alimentation à base du régulateur 7805. Calculer la résistance de protection de la
LED de signalisation de la présence de la tension de sortie du régulateur (5V).

CORRIGE :
U R = 5 - ULED = 5 - 1.5 = 3.5V ; ILED = IR = 10mA  R = U R/IR = 350 .

La valeur normalisée la plus proche dans la série E12 est 330 .


P R = UR..I R = 3.5 x 0.01 = 35 mW.

Les puissances normalisées sont : 1/8W, 1/4W, 1/2W, 1W, etc. On retient alors 1/8W. Le choix final
est :
330 - 1/8W

C ha p i t r e 2 Le s g r a n d e u r s é l e c t r i q u e s 23
CHAPITRE 3

SECURITE DES BIENS ET DES PERSONNES


INTRODUCTION :
L'utilisation de l'électricité peut présenter des risques d'électrocution et aussi des risques d'incendie.
En effet le courant électrique a des effets physiques sur le corps ; ceci peut se produire avec un contact
direct ou indirect avec un conducteur sous tension. Il convient alors de prendre les mesures de sécurité
nécessaires pour protéger les biens et les personnes.

1. EFFETS PHYSIOLOGIQUES DU COURANT ELECTRIQUE

Le passage du courant affecte essentiellement les fonctions respiratoires et circulatoires ; il provoque


également des brûlures. La gravité du danger est fonction de l'intensité du courant qui parcourt le corps,
de son trajet, et du temps de passage :

1A Arrêt du coeur
t(s)

5
1 2
1
75mA Seuil de fibrillation cardiaque irréversible

0.5 3
4
0.1
30mA Seuil de paralysie respiratoire
0.05

0.02
0.01
0.1 0.5 10 50 100 (mA) 10mA Contraction musculaire (Tétanisation)

Principales zones :
1. pas de sensation
2. Sensation
3. Limite du courant de « non lâcher », douleurs,
sans effets irréversible.
0.5mA Sensation très faible
4. Risque de fibrillation ventriculaire

Effet du courant électrique sur le corps humain

24 F O N C T I O N A l i m e n t e r
2. TENSION LIMITE DE SECURITE
Courbe de sécurité
Selon le type de local, on
définit deux types de tension de
sécurité, 25V pour les locaux
humides et 50V pour les locaux
secs. Ces tensions dites non
dangereuses écoulent dans le corps
humain un courant inférieur à 30
mA (seuil de paralysie respiratoire).
Le danger du courant électrique
étant fonction de sa durée de
passage. Sur la figure suivante on
représente le temps de coupure
maximal du dispositif de protection
en fonction de la tension de défaut.

Exemple :

Lors d'un défaut dans un local


sec (Uc = 50 V), si la tension de
contact vaut 120 V, le dispositif de
protection doit couper le circuit en
moins de 0,2 secondes.

3. CONTACT DIRECT ET INDIRECT ET PROTECTION ASSOCIEE :

3.1- Contact direct :

C'est le contact des personnes avec les parties actives des


matériels électriques, conducteurs ou pièces sous tension.

3.2- Contact indirect :

Contact des personnes avec des masses mises


accidentellement sous tension généralement suite à un défaut
d’isolement.

3.3- Protection contre les contacts directs : Terre

Les principales mesures de protection contre les contacts directs sont :


 L’isolation des parties actives du matériel électrique (gaine, cache bornes, etc.).
 La protection au moyen d'enveloppes et de barrières (coffrets, tableaux, etc.) qui
permettent de rendre le matériel électrique inaccessible.
 Mise hors de portée, par éloignement : C'est le cas des lignes aériennes à haute tension et
basse tension.

C h a p i t r e 3 S é c u r i t é d e s b i e n s e t d e s p e r s o n n e s 25
 L'utilisation de la TBTS (Très Basse Tension de Sécurité : inférieure à 25 V). Cette mesure
consiste à alimenter des circuits sous très basse tension fournie par un transformateur de
sécurité.

N
220v/24
v
Alimentation en TBTS par transformateur de sécurité

3.4. Protection contre les contacts indirects


En cas de défaut d’isolement, il faut couper automatiquement l'alimentation du circuit présentant
le défaut. Pour mettre en oeuvre cette mesure, on utilise en général le DDR (Disjoncteur Différentiel à
courant Résiduel) ; le principe d’un tel dispositif est de détecter le courant de défaut qui passe à
travers la terre et ouvre le circuit, ce qui offre une protection des biens et des personnes.

E X E R C I C E R E S O L U
Dans un atelier, la tension limite de sécurité UL = 12 V. On a mesuré une résistance de prise de terre de
40. Quel doit être le calibre du disjoncteur différentiel ?.
CORRIGE :
On sait que UL ≥R x Ir d’où Ir ≤UL/R = 0,3A soit Ir=300mA.

E X E R C I C E N O N R E S O L U

Une machine à laver est alimentée par une


prise de courant bifilaire (phase et neutre)
sans prise de terre. Lors d’un défaut Transformateur
d’isolement la ligne de phase touche la de distribution
(ONE)
carcasse.
R = 0

1. Est-ce que le disjoncteur différentiel peut détecter le défaut ?.


2. Quels sont les dangers prévisibles dans cette situation ?
3. pour quelle tension limite U L vous optez dans cette situation ?
4. On installe une prise de terre dont la résistance peut prendre des valeurs entre 30 et 50.
Proposer un réglage du disjoncteur différentiel pour que la protection soit optimale.

26 F O N C T I O N A l i m e n t e r
CHAPITRE4

L' ENERGIE PNEUMATIQUE


INTRODUCTION :
L’énergie pneumatique est couramment utilisée dans la partie opérative d'un système automatisé ; la
source de cette énergie est l’air comprimé. La production de l'énergie pneumatique (air comprimé) peut
être résumée en 3 phases principales : la compression, stockage et distribution de l'air comprimé.

1. Constitution d’une installation pneumatique:


Une installation pneumatique est composée de :

1. un générateur d’air comprimé (compresseur)


2. un réservoir de capacité proportionnelle au débit de l’installation
3. un réseau de canalisations
4. des appareils auxiliaires assurant diverses fonctions :
réglage des caractéristiques de l'air : détendeur, régulateur de pression, etc.
conditionnement de l’air : filtre, lubrificateur, etc.
contrôle et sécurité : manomètre, soupape, etc.

1 : Accumulateur 6 : Moteur
2 : Manomètre 7 : Compresseur
3 : Soupape de sécurité 8 : Lubrificateur
4 : Vanne d’isolement 9 : Filtre – régulateur
5 : Filtre principal 10 : Pot de condensation
11 : Purge

2. Production de l’énergie pneumatique :

2.1. Compression de l'air :


(Compression)
Translation

Un compresseur (7), entraîné par un


moteur (6), aspire et comprime l’air
ambiant et l’accumule dans un réservoir
(accumulateur). Rotation

Compresseur

C ha p i t r e 4 L’ é n e r g i e p n e u m a t i q u e 27
2.2- Stockage :

L’accumulateur (1) stocke l’air comprimé issu du compresseur et évite ainsi de faire fonctionner le
moteur tout le temps. Il permet en plus de compenser les variations de pression. Pour des raisons de
sécurité, l’accumulateur comporte :

 une vanne d’isolement


 un robinet de purge,
 un manomètre.

Manomètre Vanne d’isolement Compresseur+ accumulateur

2.3- Distribution :
Filtre Régulateur Lubrificateur
La distribution de l’air comprimé s’effectue par un de pression
réseau de canalisations et différents piquages servant de
point d'accès à ce réseau pneumatique. Un groupe de
conditionnement y est installé afin de filtrer et de lubrifier
l'air comprimé:

 un filtre : pour assécher l'air et filtrer les


poussières.
 un mano-régulateur : pour régler et réguler la
pression de l'air.
 un lubrificateur : pour éviter la corrosion et à Unité FRL
améliorer le glissement.

3. PRINCIPES PHYSIQUES :
La force mécanique produite par l’énergie pneumatique est liée à la pression par la relation :

F= p . S Surface S
Force
 F est la force résultante en Newton F=p.s
Pression p de
 p est la pression en Pascals (Pa) l'air
2
comprimé
 S est la surface en m .

Le pascal étant trop petit pour les pressions utilisées dans l’industrie, on utilise souvent le bar :

1 bar = 105 Pa.


1 bar = 100000 N/m2

Dans une installation pneumatique on se limite à une pression de 6 à 10 bar.

28 F O N C T I O N A l i m e n t e r
UNITE ADC
FONCTION
DISTRIBUER
PRESENTATION

La partie commande d’un système automatisé met en œuvre une énergie faible. Elle est
donc incapable d’envoyer directement l’énergie nécessaire à l’actionneur ; d’où l’utilisation
des préactionneurs qui assurent la distribution de l’énergie aux actionneurs.

La position d'une telle fonction dans une chaîne d'énergie, ainsi que sa fonction globale
sont représentées par les figures suivantes.

On s'intéresse surtout aux énergies électriques et pneumatiques, qui sont le plus souvent
utilisées :
Matière
d’œuvre en
entrée
CHAÎNE D’ÉNERGIE

UNITE ADC
Énergie
ALIMENTER DISTRIBUER CONVERTIR TRANSMETTRE AGIR
d’entrée

Energie Distribuer Energie


disponible l’énergie distribuée Matière
d’œuvre en
sortie
Energie Préactionneur Energie
Electrique Contacteur ou Relais Electrique
Pneumatique Distributeur Pneumatique

COMPETENCES ATTENDUES
A partir de tout ou partie d’un produit support avec son cahier des charges et son dossier
technique :
 Expliquer le principe de fonctionnement d’une commande
 Choisir et mettre en œuvre l’appareil de commande

CHAPITRES INCLUS DANS LA FONCTION DISTRIBUER

 Préactionneurs électriques
 Hacheur série / Variateur de vitesse industriel
 Préactionneurs pneumatiques

29
CHAPITRE 1

LES PREACTIONNEURS ELECTRIQUES


INTRODUCTION
Les préactionneurs sont des constituants qui, sur ordre de la partie de
commande, assurent la distribution de l’énergie de puissance aux
actionneurs. Dans les circuits électriques, les préactionneurs sont
généralement soit un relais, soit un contacteur. Le contacteur assure en
plus l’extinction de l’arc électrique qui accompagne souvent la
commutation de l’énergie de forte puissance. En effet, quand on ouvre un
circuit en cours de fonctionnement, le contact en cause provoque un arc
électrique qui peut être dangereux pour les biens et les personnes.

1. LE RELAIS
Le relais est un composant électrique réalisant la fonction d’interfaçage entre un circuit de
commande, généralement bas niveau, et un circuit de puissance alternatif ou continu (Isolation
galvanique). On distingue deux types de relais : le relais électromagnétique et le relais statique.

1.1. Relais électromagnétique :

1.1.1. principe :

Un relais électromagnétique est constitué d’une bobine alimentée par le circuit de commande, dont
le noyau mobile provoque la commutation de contacts pouvant être placé dans un circuit de
puissance. Le relais électromagnétique est réservé pour les faibles puissances.

1.1.2. Caractéristiques fondamentales :

 Tension d’alimentation : C’est une tension continue qui permet d’exciter la bobine.
 La résistance de la bobine : paramètre permettant de déterminer le courant circulant dans le
circuit de commande.
 Le courant des contacts : c’est le courant maximal que peut commuter les contacts de relais
sans dommage.

1.2. Relais statique :

1.2.1. Définition

Ce qui est vrai pour un relais électromagnétique est vrai pour un relais
statique. De plus un relais statique commute de manière totalement
statique, sans pièce en mouvement, conférant au composant une
durée de vie quasiillimitée. La structure de base d’un relais statique
ainsi que son fonctionnement sont comme suit :

30 F O N C T I O N D i s t r i b u e r
1. Le circuit d'entrée correspond à
l'unité de traitement ;
2. Le circuit de mise à niveau ;
3. Le circuit de détection de passage
de zéro permet de ne commuter le
relais que si la tension secteur est
pratiquement nulle ; ainsi on
évitera les rayonnements dus à une
commutation d'une grande valeur ;
4. La charge.

Fonctionnement simplifié d’un TRIAC

Le triac TR se comporte comme un interrupteur commandé : A1 Alimentation


 Si VGA2 = 0, TR est bloqué (circuit ouvert), la charge
n'est pas alimentée ; TR
G A2 Charge
 Si V GA2 = 1V, TR conduit (circuit fermé : sa tension
VA1A2 est négligeable), la charge est alimentée. VGA2

1.2.2. Caractéristiques fondamentales :

 Courant d’emploi : courant maximal que peut commuter le contact de sortie.


 Tension d’entrée : c’est la tension d’alimentation. Elle peut être continue ou alternative.
 Tension de sortie : c’est la tension d’alimentation de la charge. Elle est généralement de type
alternative.

1.3. Exemple de circuit :

La figure suivante présente un exemple de relais statique bien connu le MOC 341, ainsi que le
montage de base le mettant en œuvre :

 Si l'unité de commande, ici matérialisée par une porte NAND, fournit un 0 à la sortie de cette
porte, la diode infrarouge conduit, ce qui fait conduire l'optotriac interne, qui à son tour
commande le triac extérieur, qui devient comme un circuit fermé ; la charge (LOAD) est alors
alimentée par 240V AC

 Le relais est muni du système "zero crossing", ce qui évite de commander le triac quand la
tension secteur est grande, ce qui évite des parasites de commutation.

C ha p i t r e 1 Le s p r é a c t i o n n e u r s é l e c t r i q u e s 31
2. LE CONTACTEUR

2.1. Principe :

Un contacteur est un relais électromagnétique particulier,


pouvant commuter de fortes puissances grâce à un dispositif
de coupure d’arc électrique. Sa commande peut être continue
ou alternative. Sa constitution est comme suit :

 Des pôles principaux de puissance ;


 Un contact auxiliaire (avec possibilité d'additionner
au contacteur un bloc de contacts auxiliaires
instantanés ou temporisés) ;
 une armature fixe et un autre mobile ;
 Un ressort de rappel ;
 Un circuit magnétique ;
 Une bobine de commande du contacteur. Si la
bobine est alimentée elle attire l’armature mobile
pour actionner les pôles de puissance ; Si elle n’est
pas alimentée, un ressort de rappel ouvre les pôles
de puissance.

2.2. Caractéristiques électriques :


 Tension nominale d’emploi Ue : C’est la tension entre deux pôles de puissance qui ne
provoque ni échauffement ni détérioration du contacteur.
 Courant nominale d’emploi Ie : C’est le courant qui peut circuler dans les pôles de puissance
sans provoquer ni échauffement ni détérioration du contacteur.
 Courant thermique conventionnel (Ith ) : courant qu'un contacteur en position fermée peut
supporter pendant 8 heures sans que l'échauffement de la bobine ne dépasse 90°C.
 Pouvoir de coupure : courant maximal que le contacteur peut couper.

2.3. Catégories de fonctionnement et choix :


Pour choisir un contacteur il faut tenir compte, en plus des caractéristiques précédentes, des
catégories d’emploi. Une catégorie d’emploie définit, pour l’utilisation normale d’un contacteur, les
conditions d’établissement et de coupure du courant, en fonction du courant nominal d’emploi "Ie" et
de la tension nominale d’emploi "Ue" ; elle dépend :
 De la nature du récepteur contrôlé (résistance, moteur à cage, moteur à bagues, etc.).
 Des conditions d’emploi dans lesquelles s’effectuent les fermetures et les ouvertures
( moteur lancé ou calé, en cours de démarrage, freinage par contre courant , etc. ).
En alternatif En courant continu
Catégorie Utilisation Catégorie utilisation
AC1 Résistance DC1 Résistance
AC2 Moteur asynchrone à bague DC2 Moteur Shunt
Démarrage et freinage par contre
AC3 Moteur asynchrone à cage. DC3
courant des moteurs Shunt
Moteurs asynchrone à cage et à DC4 Moteurs série
bagues
AC4 - Inversion du sens de marche Démarrage et freinage par contre
DC5
- Freinage par contre courant courant des moteurs série
- Marche par “à coups”

32 F O N C T I O N D i s t r i b u e r
Pour choisir un contacteur on utilise généralement les guides de choix proposés par les
constructeurs :

Exemple de choix : Un circuit de chauffage est composé par deux charges résistives triphasés.
Chaque charge consomme un courant de 10A par phase sous une tension U = 380V.
Il s’agit de la catégorie de fonctionnement AC1. Sur le guide de choix on peut opter pour le
contacteur suivant :
LC1-D09 A65

2.5. Schémas de mise en œuvre :

Pour alimenter la bobine d’un contacteur on peut utiliser l’un des deux montages suivants :

AR K

MA

Commande par interrupteur Commande par deux poussoirs (la plus utilisé)

Si on appuie sur le bouton poussoir MA la bobine du contacteur est alimentée et ferme le contact
K. Même si on relâche le bouton poussoir la bobine reste alimentée (automaintien). Pour couper
l’alimentation il suffit d’ouvrir le bouton poussoir AR.
Généralement, dans une chaîne d’énergie électrique, le préactionneur ne s’utilise pas seul, mais
associé à une classe d’appareillage typique : sectionneur, relais thermique, etc.

3. LE SECTIONNEUR
Le sectionneur est un appareil de connexion qui permet d'isoler (séparer électriquement) un circuit
pour effectuer des opérations de maintenance ou de modification sur les circuits électriques qui se
trouvent en aval. Ainsi il permet d’assurer la sécurité des personnes qui travaillent sur le reste de
l’installation en amont.

Le sectionneur ne possède aucun pouvoir de coupure, par conséquent, il ne doit pas être manœuvré
en charge.

C ha p i t r e 1 Le s p r é a c t i o n n e u r s é l e c t r i q u e s 33
On trouve également des sectionneurs qui servent en plus de porte-fusible. On les désigne par
"Sectionneurs porte-fusible" :

Sectionneur Simple Sectionneur avec fusibles incorporés

4. LES FUSIBLES

Les fusibles sont des appareils de protection dont la fonction est


d’ouvrir un circuit par fusion d’un élément calibré, lorsque le
courant dépasse une valeur précise, pendant un temps donné. On
trouve :
 La classe gI ou gG : ce sont les fusibles d’usage général ;
ils protègent contre les surcharges et les courts-circuits.

 La classe aM : ce sont les fusibles d’accompagnement Moteur prévus pour la protection contre les
courts-circuits et surtout pour la protection des moteurs.

5. LE RELAIS THERMIQUE
Le relais thermique est un appareil de protection capable de
protéger contre les surcharges prolongées. Une surcharge est une
élévation anormale du courant consommé par le récepteur (1 à 3 In),
mais prolongée dans le temps, ce qui entraîne un échauffement de
l'installation pouvant aller jusqu'à sa destruction. Le temps de coupure
est inversement proportionnel à l'augmentation du courant.

Symbole

Contact
commandé

Le relais thermique utilise la propriété d'un bilame formé de deux lames minces ayant des coefficients
de dilatation différents. L’apparition d’une surcharge se traduit par l’augmentation de la chaleur (effet
joule) ; Le bilame détecte l'augmentation de chaleur, se déforme et ouvre le contact auxiliaire.

34 F O N C T I O N D i s t r i b u e r
Ce contact étant convenablement placé dans le circuit de commande va couper l'alimentation de la
bobine du contacteur qui va ouvrir ses pôles de puissances et interrompre le passage de l'énergie
électrique au travers du récepteur. C’est donc l'appareillage de commande qui coupe le circuit de
puissance est non pas le relais thermique.

Bilame non déformée d = déformation due à l’échauffement


provoquée par le passage du courant.

E X E R C I C E R E S O L U
EXERCICE N°1 :

Pour distribuer l’énergie vers l’actionneur, typiquement un moteur triphasé, le schéma suivant est
généralement adopté. Décrire le fonctionnement du montage :

EXERCICE N°2 :

Lorsqu'on a à commander plusieurs


relais, on a besoin donc de
plusieurs transistors. Pour diminuer
la surface du circuit imprimé, on
utilise des circuits intégrés
contenant plusieurs transistors de
commande ; ce en plus des
montages Darlignton. On donne à
titre d'exemple le ULN 2003.
Donner alors le montage de
commande d'un relais avec ce
circuit.

C ha p i t r e 1 Le s p r é a c t i o n n e u r s é l e c t r i q u e s 35
CORRIGE :
EXERCICE N°1 :
 Si le bouton poussoir S1 du circuit de commande est actionné, la bobine du contacteur KM1 est
alimentée ; le contact KM1 du circuit de commande se ferme ainsi que les contacts KM1 du
circuit de puissance, ce qui entraîne la rotation du moteur MAS ;
 Si S1 est relâché le contact KM1 du circuit de commande maintient l’alimentation de la bobine
du contacteur (mémorisation). On parle alors d’auto maintien ;
 Pour arrêter le moteur MAS, on appuie sur le bouton poussoir Ar, ce qui ouvre le circuit de
commande ; la bobine KM1 n’est plus alimentée et les contacts KM1 (commande et puissance)
sont ouverts ;
 Si au cours du fonctionnement (KM1 fermé) il y a une surcharge le relais thermique F
s’échauffe, le contact qui lui est associé F s’ouvre, ce qui ouvre le circuit de commande et
protège le moteur MAS ;
 Le sectionneur porte fusible a aussi un contact auxiliaire noté Q qui s’ouvre avant les contacts
Q du circuit de puissance e, cas où on manœuvre le sectionneur en charge ; ceci a le même
effet que le contact auxiliaire du relais thermique. Ce contact est appelé « contact de
précoupure ».

EXERCICE N°2 :

E X E R C I C E S N O N R E S O L U S

EXERCICE N°1 :
A fin de minimiser le courant de démarrage d’un moteur asynchrone, on utilise un démarrage à
résistances statoriques. Au démarrage l’alimentation du moteur se fait via ces résistances. Après une
temporisation T on court-circuite ces résistance pour éliminer leurs effets, le moteur est alors alimenter
directement avec le réseau. Donner le circuit de puissance et de commande.

EXERCICE N°2 :
Donner un branchement des relais avec le
moteur pour que la commande de l’un des
deux relais permet de commander la
M
rotation du moteur dans un sens ; et la
commande de l’autre permet de le faire
tourner dans l’autre sens.
Une utilisation de ce montage est la
commande d’un store automatisé.

36 F O N C T I O N D i s t r i b u e r
Chapitre 2
HACHEUR SERIE / VARIATEUR DE VITESSE INDUSTRIEL
1. PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT :

1.1. Structure :

La structure adoptée généralement pour un hacheur est la suivante :

Transistor
commandé

La diode de roue libre assure la


continuité du courant dans la charge
E Charge si celle-ci est inductive (bobine ou
Diode de moteur à courant continu) quand le
roue libre transistor est bloqué.

1.2. Fonctionnement :
Le fonctionnement d’un hacheur comprend deux phases principales : phase active et phase de roue
libre :
 Phase active : transistor passant et la diode de roue libre bloquée ; la pleine tension E est
appliquée à la charge.
 Phase de roue libre : le transistor est bloqué et la diode est passante. La tension est nulle aux
bornes de la charge jusqu’à ce que la diode devienne bloquée.

Pour arriver à cette fin la base du transistor doit être U


alimentée par un signal rectangulaire de la forme : Phase Phase de
active Roue libre
T
1.3. Caractéristiques électriques :

1.3.1. Charge R :

La charge est purement résistive : donc si le transistor est saturé la tension de sortie U = E, et si le
transistor est bloqué la tension de sortie est nulle (l’utilisation de la diode de roue libre n’est pas
nécessaire) :

T
U

E U R E
A
T T

On appelle valeur moyenne de la tension u l’aire A entre le tracé de celle-ci ( u(t) ) et l’axe de
temps divisé par la période T. De ce fait la valeur moyenne de la tension de sortie est :

U = (.T.E)/T soit U = .E

C h a p i t r e 2 H a c h e u r s é r i e – V a r i a t e u r d e v i t e s s e i n d u s t r i e l 37
On peut remarquer que l’action sur la valeur moyenne de la tension U se fait par l’intermédiaire du
rapport cyclique .

Nota : l’action sur la tension U permet de modifier l’éclairage d’une lampe, la chaleur d’un
chauffage, etc.

1.3.2. Charge E-R :

 Si le transistor est passant la tension de


T sortie U=E
 Si le transistor est bloqué le courant
circulant dans la charge est nulle et par la
Ec suite la tension U=EC.
E U
U
R
E

EC

T T

La valeur moyenne de ce signal de sortie est : Umoy = (.T.E +(1-).[Link])/T soit U = .E +(1-).EC

1.4. Exemple de circuit de commande :


Le circuit de commande doit générer un signal rectangulaire dont le rapport cyclique est ajustable.
VCC1 (12 V) A
T2

AJ1

V CC2 (5 V) R6
t

T1
R4
MCC
R5 4 8 I0 4 8 D
A C
7 IC1 3 2 IC2 3
6 NE555 NE555
B NE555
2 6 UMCC 8V
C2 1 7 5 1
1
C3 P1 t
UΩ

Le fonctionnement du système est comme suit : E


E0
 Le circuit IC1 est un oscillateur générant des impulsions
d'une durée courte et d'une fréquence de 100 Hz ;
 Ce signal déclenche un monostable à base de IC2. La
temporisation est assurée par C3 qui se charge t
linéairement à travers le générateur de courant autour TW
du transistor T1 ; T
 Les seuils des comparateurs ne sont pas fixées par Vcc1
(1/3 Vcc1 et 2/3 Vcc1), mais par la tension U Ω sur
l'entrée (5), ce qui a pour effet de varier la durée
métastable du monosatable TW en fonction de cette
tension.

38 F O N C T I O N D i s t r i b u e r
2. VARIATEURS INDUSTRIELS POUR MOTEUR A COURANT CONTINU :

2.1. Structure et principe de fonctionnement:

Un variateur de vitesse est un appareil qui permet de commander la vitesse de rotation d’un moteur
à courant continu. La structure d’un tel dispositif est généralement la suivante :
Dynamo Tachymétrique
(mesure de la vitesse)
Convertisseur de Ou codeur optique
Réseau
électrique puissance M
(Hacheur, Redresseur) DT
Capteur
de courant
Consigne Carte électronique de
de vitesse commande

Variateur de vitesse

2.2. Caractéristiques :
Les principales caractéristiques d’un variateur de vitesse industriel sont :
 Tension réseau électrique : exemple 220/240V / 50-60Hz.
 Tension d’induit : exemple 150V pour un réseau triphasé de 220V.
 Calibre variateur courant induit : exemple 12A.
 Consigne de vitesse :exemple +/- 10V (vitesse minimale/vitesse maximale).
 Régulation : exemple Vitesse et couple.
 Retour de vitesse : exemple dynamo tachymétrique.

2.3. Exemple de raccordement standard :

C h a p i t r e 2 H a c h e u r s é r i e – V a r i a t e u r d e v i t e s s e i n d u s t r i e l 39
Description du montage :

 Le variateur est alimenté par le réseau électrique (entrée L1 et L2/N).


 L’induit du moteur est connecté aux sorties de puissance A1 et A2.
 La dynamo tachymétrique DT donne une image de la vitesse de rotation de la machine à
courant continu.
 Le potentiomètre RF permet de choisir la vitesse désirée (linéairement).
 Le bouton poussoir Marche permet de lancer le moteur (avec automaintien) ; le bouton arrêt
permet de lancer le procédé de freinage.

E X E R C I C E R E S O L U
Pour le montage de commande à base du NE555 précédant :

1. Montrer que le courant de charge de C3 est constant. On appelle ce courant I0 .


2- Donner alors la loi de variation de la tension de C3. On appelle cette tension UC3. On suppose que la
constante d'intégration est nulle (condensateur déchargé).
3- Tracer la forme de la tension U C3.
4- Montrer qu'on a : Tw = C3. U Ω /I0.
5- Montrer que la valeur moyenne du signal commandant la MCC est de la forme :
UMCC = (VCC1.C3/T.I0). UΩ.
6- Conclure alors.

CORRIGE :

1. IO = (VCC1 – VCC2 – VBE)/(R6+RAJ1). Toutes les composantes de cette équation sont des
constantes alors Io est constant.
2. On sait que Io = C3.(dUC3/dt) alors : UC3 = (Io/C3).t.
3. le tracé de la tension UC3 :

U

TW T

4. De ce qui précède on peut écrire : U = (Io/C3).TW donc TW = (U . C3) /Io.


5. UMCC = [Link]/T en remplaçant TW par son expression on peut écrire :
UMCC = (VCC1.C3/T.I0). UΩ.
6. L’action sur la résistance ajustable AJ1 permet de varier le courant Io et par la suite varier
la tension de commande du moteur, ce qui agit sur la vitesse de rotation du moteur.

40 F O N C T I O N D i s t r i b u e r
CHAPITRE 3
LES PREACTIONNEURS PNEUMATIQUES
1. FONCTION :
Ils ont pour fonction essentielle de distribuer l'air sous pression aux différents orifices des actionneurs
pneumatiques. Comme le contacteur est associé à un moteur électrique, le distributeur est le pré-
actionneur associé à un vérin pneumatique : Distributeur pneumatique

Rôle d’un distributeur pneumatique

Ordres

Energie Energie
Distribuer
pneumatique pneumatique
l'énergie
distribuée
Distributeur

2. CONSTITUANTS D'UN DISTRIBUTEUR :

On peut comparer un distributeur à un robinet que l’on ouvre et fermer non pas à la main, mais par
des ordres donnés par la PC.
Il est constitué d’une partie fixe (le corps) et d’une partie mobile (le tiroir) qui peut se déplacer à
l’intérieur de la partie fixe selon un ordre directe (manuelle) ou indirecte (provenant de la PC). Le tiroir
est doté de conduites permettant le passage de l’air entre les différents orifices de la partie fixe.

Ordre de distribution
Tiroir

Energie vers
Energie
actionneurs
pneumatique

Partie fixe

Ordre de non distribution

Position 1 Position 2

3. LES PRINCIPAUX DISTRIBUTEURS PNEUMATIQUES:

Un distributeur est caractérisé :


 Par son nombre d'orifices, c'est à dire le nombre de liaisons qu'il peut avoir avec
son environnement (arrivée, sortie(s) et échappement de la pression) ;
 Par son nombre de positions que peut occuper le tiroir.

C ha p i t r e 3 Le s p r é a c t i o n n e u r s p n e u m a t i q u e s 41
Le nom et la représentation d'un distributeur découlent de ces deux caractéristiques. Chaque position
est symbolisée par un carré dans lequel figurent les voies de passage de l'air comprimé :

Vers actionneurs
Orifice d’utilisation

Ordre

Case 1 Case 2

Orifice d’échappement

Orifice d’alimentation
Echappement Pression

Exemples :

Distributeur 3/2

En position repos, l’orifice d’alimentation du


vérin est relié à l’orifice d’échappement : la
tige est maintenue donc rentrée ;
En position travail, provoquée par un ordre
de la PC, l’orifice d’alimentation du vérin
est mis en liaison avec la source d’air
comprimé. Par conséquent, la tige sort .

Distributeur 5/2

Suivant la position occupée, l’air comprimé est


verrouillé vers l’un des deux orifices
d’alimentation du vérin tandis que l’autre est
à l’échappement.

4. LES DISPOSITIFS DE COMMANDE :


Distributeur à commande électrique
La commande du distributeur a pour fonction de
positionner le tiroir dans une position ou dans l’autre. Elle
peut être électromagnétique, pneumatique,
électropneumatique ou manuelle. On parle :
 D’un distributeur monostable si le retour du tiroir à sa
position initiale est assuré par un ressort de rappel ;
 d’un distributeur bistable si le tiroir reste dans l'état
que lui a imposé le dernier ordre envoyé par la PC

42 F O N C T I O N D i s t r i b u e r
La commande du distributeur est représentée par un rectangle accolé à la case qu’elle commute et
complétée par un ou plusieurs symboles schématisant la technologie utilisée.

La figure suivante donne la schématisation des différents dispositifs de commande :

Commande Commande
manuelle électrique

Commande Commande
manuelle électropneumatique
par poussoir

Commande Rappel par Distributeurs sur leur embase


pneumatique ressort

Exemples: distributeur à pilotage pneumatique

Bp1 non actionné Arrivé de la


Bp2 actionné pression

5. APPLICATION: PRESSE PNEUMATIQUE

Dans une presse pneumatique on a le cycle suivant:


 Un appui sur un bouton poussoir (Bp1) : descente de la tige du vérin
 Un appui sur un bouton poussoir (Bp2) : rentrée de la tige du vérin

Le schéma ci-dessus montre le câblage du vérin pneumatique de la presse avec le distributeur


bistable 5/2:
Sortie de la tige du vérin Rentrée de la tige du vérin
Vérin
double effet

Bp2 non actionné


Bp1 actionné

C ha p i t r e 3 Le s p r é a c t i o n n e u r s p n e u m a t i q u e s 43
E X E R C I C E N O N R E S O L U

Dans une usine de fabrication de voiturettes miniature, on désire le fonctionnement suivant :


 L’opérateur place sur un gabarit le châssis, les essieux de roues avant et arrière, ainsi que la
coque.
 Lorsque cela est prêt, il appuie sur un bouton poussoir, ce qui a pour effet de faire descendre le
vérin de sertissage, qui remonte dès qu’il est arrivé en bout de course.

En appelant
V+ le mouvement de sortie de tige
h
V- le mouvement de rentrée de tige
h le capteur haut
b le capteur bas m
m le bouton poussoir, b
La première équation s’écrit :
V+ = h.m
La deuxième équation s’écrit :
V- =b
1. Etablir le schéma de câblage en utilisant un distributeur bistable 5/2 et un vérin double
effet.
2. Modifier le câblage de manière à ce que la sortie du vérin ne se fasse qu’après appui
simultané sur deux boutons poussoirs m et r (pour améliorer la sécurité, l’opérateur devra
appuyer sur un bouton avec chaque main, de manière à éviter « d’oublier » une main sous le
vérin).

N.B les capteurs a et b sont des capteurs pneumatiques (distributeur 2/2).

44 F O N C T I O N D i s t r i b u e r
UNITE ADC
FONCTION
CONVERTIR
PRESENTATION

Dans un système automatisé, souvent la finalité de l'action sur la matière d'œuvre est de
nature mécanique. Puisque l'énergie souvent disponible est électrique et moins encore
pneumatique, alors il faut convertir cette énergie disponible en énergie mécanique ; d’où
l’utilisation des actionneurs qui assurent cette fonction de conversion.

La position d'une telle fonction dans une chaîne d'énergie, ainsi que sa fonction globale
sont représentées par les figures suivantes :
Matière
d’œuvre en
entrée
CHAÎNE D’ÉNERGIE

UNITE ADC
Énergie
ALIMENTER DISTRIBUER CONVERTIR TRANSMETTRE AGIR
d’entrée

Energie Convertir Energie


disponible l’énergie distribuée Matière
d’œuvre en
sortie
Energie Préactionneur Energie mécanique
Electrique Moteur Rotation
Pneumatique Verin Translation

COMPETENCES ATTENDUES
A partir de tout ou partie d’un produit support avec son cahier des charges et son dossier
technique :

 Enoncer le principe de fonctionnement d’un convertisseur


 Mettre en œuvre un convertisseur

CHAPITRES INCLUS DANS LA FONCTION CONVERTIR

 Convertisseur électromécanique
 Convertisseur pneumatique
 Autres types de convertisseur

45
CHAPITRE 1

CONVERTISSEUR ELECTROMECANIQUE
INTRODUCTION :

C’est un convertisseur permettant de convertir l’énergie électrique (courant


continu) en rotation mécanique. C’est le moteur le plus simple à mettre en
œuvre. Il trouve son utilisation, entre autres dans :
 L’électronique de faible signaux (radio, video, entraînement en rotation
de la parabole, etc.) ;
 La traction électrique.

1. ORGANISATION DE LA MACHINE :

Dans l’organisation d’une machine à courant continu, on


peut distinguer les principaux éléments suivants :

 les pôles inducteurs avec leurs enroulements ou leurs


aimants, placés généralement sur le stator (partie
fixe)
 l’induit, dont les différentes voies d’enroulements
sont connectées au collecteur, l’ensemble étant
généralement placé sur le rotor (partie tournante)
 les organes mécaniques permettant la rotation du
rotor et le maintien des différents sous ensembles. Stator Rotor

2. PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT :

2.1. Loi de Laplace :

Un conducteur traversé par un courant et placé dans un champ magnétique est soumis à une force
dont le sens est déterminé par la règle des trois doigts de la main droite.

F=BxIxL

F: Force en Newtons
B: Induction magnétique en teslas
I: Intensité dans le conducteur en ampères
L: Longueur du conducteur en mètres

Pour déterminer le sens de la force, il faut placer les trois doigts


(pouce, index, majeur) perpendiculairement entre eux.

Le pouce se place dans le sens du champ (le sens des lignes d'induction est toujours du N au S à
l'extérieur d'un aimant et du S au N à l'intérieur).

Le majeur se place dans le sens du courant (sens conventionnel toujours du + vers le -).

L'index détermine alors le sens de la force.

46 F O N C T I O N C o n v e r t i r
2.2. Principe de fonctionnement d’un moteur à courant continu :
Lorsque l'on place une spire parcourue par un courant (grâce aux balais et au collecteur) dans un
champ magnétique, il apparaît un couple de forces. Ce couple de forces crée un couple de rotation qui
fait dévier la spire de plus ou moins 90 degrés par rapport au plan vertical, le sens du courant restant
inchangé dans la spire, au cours de ce déplacement, le couple de rotation diminue constamment
jusqu'à s’annuler après rotation de la bobine de plus ou moins 90 degrés ( zone neutre, la spire se
trouve à l'horizontale et perpendiculaire aux aimants naturels).
Afin d'obtenir une rotation sans à coup, l'enroulement d’induit doit être constitué d'un nombre élevé
de spires similaires. Celles-ci seront réparties de façon régulières sur le rotor (induit), de manière à
obtenir un couple indépendant de l’angle de rotation. Après le passage de la zone neutre, le sens du
courant doit être inversé simultanément dans chacune de ces spires.
L'inversion du courant est opérée par l’inverseur ou commutateur (collecteur) qui, associé au balais,
constitue l'élément assurant la transmission du courant de la partie fixe à la partie tournante du
moteur.

2.3. Force contre électromotrice induite :


Cette spire est le siège d’une fcem (force contre électromotrice) E qui dépend de la structure de la
machine :
E = (p/a) . N . n . 
P : nombre de paires de pôles inducteurs.
a : nombre de paires de voies de conducteurs dans l’induit.
N : nombre de conducteurs actifs.
n : vitesse de rotation du rotor en tr/s.
φ: flux sous un pôle.

Si le flux est constant cette fcem peut s’écrire :


E=k.n
Remarque :
Une machine à courant continu (MCC) n’est plus constituée par une seule spire mais par
plusieurs spires mises en série selon la représentation suivante :

2.4. Couple électromagnétique :


Une
section

Balais Collecteur

La puissance électromagnétique totale est le produit fcem avec le courant induit I : Pe=E.I. Or on
sait que la relation qui lit le couple avec la puissance est : C=P/ (avec  est la vitesse de rotation en
rd/s). Et puisque  = 2.n (avec n est la fréquence de rotation en tr/s). Donc :
C = (k/2).I (pour un flux constant)

C ha p i t r e 1 C o n v e r t i s s e u r é l e c t r o m é c a n i q u e 47
3. MODELE ELECTRIQUE SIMPLE DU MOTEUR A COURANT CONTINU :

Induit
R
U
E

Inducteur

Re

On peut écrire la loi d’ohm électrique (on suppose que l’inducteur est à aimant permanent ou alimenté
par une tension continu constante, ce qui revient à supposer que le flux est constant).

U = E + R.I
E = k.n
C = (k/2).I = k’.I

Si on suppose que le moteur est alimenté avec une tension constante U. On peut tracer la
caractéristique mécanique C=f(n) du moteur :

C = k’.I = k’. (U – E)/R


C Cd : couple de démarrage.
U k.n Cn : couple nominal.
C = k’.( - ) n n : vitesse de rotation nominale.
R R Cd
Cn
Cette caractéristique est
représentée dans la courbe ci contre :

nn n

On peut aussi tracer la caractéristique électrique U = f(I) Un


à la vitesse nominale : E

U = E + R.I

I
In

4. DEMARRAGE DU MOTEUR A COURANT CONTINU :

4.1. courant de démarrage :

Au démarrage la vitesse est nulle donc n = 0. Donc E = 0. On peut alors écrire :


U = [Link] (ID : courant au démarrage).

Pour les grosses machines R est faible (de l’ordre de quelques dixièmes d’Ohms) et pour les petits
moteurs cette résistance est relativement grande. Ce qui impose de prévoir un circuit permettant de
minimiser ce courant lors de démarrage des grosses machines.

48 F O N C T I O N C o n v e r t i r
4.2. circuit de démarrage :

Pour minimiser ID on peut :


 Soit démarrer avec une tension U faible (Démarrage à
tension réduite).
 Soit ajouter une résistance en série avec l’induit lors du
démarrage (Rhéostat de démarrage) (voir figure ci
contre).

5. BILAN DES PUISSANCES :

5.1. L’ensemble des pertes :

Dans un moteur à courant continu on peut distinguer les pertes suivantes :


 Pertes mécaniques : dues aux frottements et à la résistance aérodynamique du ventilateur.
 Pertes magnétiques : dues aux pertes dans le circuit magnétique (pertes par hystérésis,
pertes par courant de Faucoult).
 Pertes Joules : pertes dans les résistances de l’induit et de l’inducteur

2 2 2
Pj = R.I + [Link] R.I .

La somme des pertes mécanique et des pertes magnétiques s’appelle pertes constantes (Pc).

5.2. Le rendement :

On appelle le rendement le rapport entre la puissance absorbée et la puissance utile :

 La puissance absorbée : C’est la puissance électrique absorbée par le moteur.

Pa = U.I

 La puissance utile : C’est la puissance mécanique disponible sur l’arbre du moteur.

Pu = Pa – Somme(pertes).
Pu = Pa – (Pc + Pj).

 Le rendement s’écrit :
Pu
=
Pa

6. REVERSIBILITE DE LA MACHINE A COURANT CONTINU :

La loi de Faraday énonce que si un conducteur se


déplace dans un champ magnétique il est le siége
d’une fem (force électromotrice) induite qui
représente la variation du flux dans le temps à travers
cette spire.
De ce principe découle le fonctionnement en
génératrice de la machine à courant continu.
Si l’arbre de la génératrice est entraînée en rotation,
entre les bornes de l’induit on peut mesurer une
tension U proportionnelle à la vitesse de rotation.
Une application très connue de ce fonctionnement
est la dynamo de la bicyclette.

C ha p i t r e 1 C o n v e r t i s s e u r é l e c t r o m é c a n i q u e 49
7. ALIMENTATION DU MOTEUR :

Pour inverser le sens de


rotation il suffit d’inverser
1 la tension d’alimentation du
U moteur : selon la position
M
des commutateurs 1 et 2 le
M
moteur tourne soit dans le
sens 1 soit dans le sens 2.
2
Montage avec un seul sens de marche

Montage avec deux sens de marche

8. FONCTIONNEMENT A VITESSE VARIABLE :


On peut envisager plusieurs cas dans lesquels on a besoin de faire RV
fonctionner le moteur à courant continu à vitesse variable. Pour arriver
à ce résultat, une mauvaise solution (mais qui est quand même
applicable dans certains application ou la notion de pertes n’est pas
primordiale) consiste à mettre une résistance variable en série avec le U
moteur. La vitesse maximale est atteinte en prenant RV = 0. M

Une deuxième solution consiste à utiliser un hacheur. Dans ce cas


l’action sur le rapport cyclique permet de varier la valeur moyenne de
la tension de commande et par la suite la variation de la vitesse de
rotation du moteur.

E X E R C I C E R E S O L U

Les caractéristiques d’une MCC à excitation séparée accouplée à une charge mécanique sont les
suivantes :
Flux constant k = 4.8 ; résistance d’induit R = 0.5 ; couple de pertes collectives Tp = 1 mN
(constant quelque soit la vitesse) ; la charge mécanique accouplée oppose un couple résistant
Tr de 10 mN à 157.08 rad/s.
1. Calculer le courant de démarrage (sans circuit de démarrage) de la machine si la tension
U=120v.
2. Calculer la FCEM « E » pour la vitesse 157.08 rad/s.
3. Calculer les pertes joules de la machine. En déduire le rendement.

CORRIGE :
1. ID = U/R AN ID = 240 A.
2. E = (k/2).= 0.764 x 157.08 AN E = 120 V.
3. Il faut tout d’abord calculer le courant d’induit :
I = 2. .C/k AN I = 13 A.
Donc Pj = R.I2 AN Pj = 85.6 W.
Pour calculer le rendement on doit tout d’abord calculer la puissance absorbée :
Pa = U.I AN Pa = 1560 W.
Calcul des pertes constantes :
Pc = Tp.  AN Pc = 157.08 W.
Donc = (Pa-Pc-Pj)/PaAN = 84.4 %

50 F O N C T I O N C o n v e r t i r
E X E R C I C E S N O N R E S O L U S
Exercice 1 :
Une méthode pour freiner le moteur à courant continu consiste à le brancher sur une résistance R. Cette
technique qu’on appelle freinage rhéostatique permet d’accélérer le freinage.
Donner un montage avec contacteurs permettant un démarrage deux sens de marche avec un freinage
rhéostatique. La console de commande contient 4 boutons poussoirs :
 S1 : Marche sens 1.
 S2 : Marche sens 2.
 Fr : Freinage rhéostatique.
 Au : Arrêt d’urgence (Couper l’alimentation et laisser le moteur ralentir).

U U
M R M

Rotation Freinage

Exercice 2 : ETUDE D’UNE MACHINE A COURANT CONTINU


Caractéristiques
 Inducteurs à aimants permanents
 Induit : résistance R = 4,0 
U I
 constante de f.é.m. et de couple : k = 0,30 [Link]-1
 intensité nominale : In = 4,0 A

Les frottements ainsi que les pertes dans le fer seront négligés.
M On notera en outre :
 Ce le moment du couple électromagnétique,
 la vitesse angulaire de rotation,
n la fréquence de rotation en tr/s,
E la FEM ; E = k  ,
U la tension aux bornes de la machine,

1.1. Etablir l'expression du moment du couple électromagnétique,


1.2. Pour le courant nominal d'intensité In, calculer les valeurs numériques de la tension d'alimentation
U et du moment du couple électromagnétique pour les fréquences de rotation
a) n = O b) n = 50 tr/s

1.3 On applique sur l’arbre de la machine, un couple résistant, de moment CR = 0, 80 N.m.


1.3.1. Quelle relation lie les moments des couples électromagnétique et résistant en régime
permanent ?
1.3.2. Déterminer la relation exprimant  en fonction de U, R, k et C R en régime permanent.
1.3.3 A partir de quelle valeur de l’intensité I, le moteur peut-il démarrer ? Quelle est la
tension U correspondante ?
1.4 Quelle tension U maximale doit-on s’imposer au démarrage pour que l’intensité Id de démarrage
demeure inférieure à 1.25 In ?

C ha p i t r e 1 C o n v e r t i s s e u r é l e c t r o m é c a n i q u e 51
CHAPITRE 2

LES ACTIONNEURS PNEUMATIQUES


INTRODUCTION :
Presse pneumatique
Un actionneur pneumatique est un dispositif qui transforme
l’énergie de l’air comprimé en travail mécanique. Parmi les
actionneurs pneumatiques les plus utilisés dans les systèmes
automatisés on trouve :

 le vérin pneumatique ;
 le générateur de vide Venturi.

1. LES VERINS :
Ce sont les actionneurs qui réalisent des mouvements généralement linéaires à l'endroit même où on a
besoin d'une force.

Exemples: perceuse, porte autobus, presse (figure ci-dessus), etc.


Modèle fonctionnel d’un vérin Vérin standard

Energie TRANSFORMER Energie


pneumatique L’ENERGIE électrique

Vérin

1.1. Constitution et principe de fonctionnement :

Un vérin est constitué d’un cylindre, fermé aux deux extrémités, à l’intérieur duquel se déplace
librement un piston muni d’une tige, sous l’effet des forces dues à la pression de l’air comprimé. Pour
faire sortir la tige, on applique la pression sur la face arrière du piston et pour la faire rentrer, on
applique la pression sur la face avant :

1– orifice de raccordement
2- tube fermé par les flasques
3- piston
4- orifice de raccordement

1 2 3 4 5

Constitution d’un vérin pneumatique

52 F O N C T I O N C o n v e r t i r
1.2. Types usuels des vérins:

1.2.1.Vérin simple effet:

Ce vérin produit l’effort dans un seul sens. Il n’est donc alimenté que d’un seul coté. Le retour à la
position initiale s’effectue en général par un ressort.

Effort

Air

Symbole

1.2.2 Vérin double effet :

Dans un vérin double effet, la sortie et la rentrée de la tige s’effectue par l’application de la
pression, alternativement, de part et d’autre du piston. Les vérins double effet sont utilisés
lorsqu’on a besoin d’effort important dans les deux sens.
Efforts

Symbole
Air Air

Vérin pneumatique avec capteur de fin de course (ILS)

Remarque : Dans les vérins on peut trouver


d’autres fonctions complémentaires tel
que : amortissement de fin de course,
capteur de position, dispositifs de
détection, etc.

1.3. Vérins spéciaux


Vérins rotatifs
Vérins sans tige
Vérins compacts

C ha p i t r e 2 Ac t i o n n e u r s p n e u m a t i q u e s 53
1.4. Caractéristiques et performances d’un vérin :

Le fonctionnement d’un vérin dépend des caractéristiques suivantes :


 Le diamètre du piston ;
 La course de la tige ;
 La pression d’alimentation.

Le choix et le dimensionnement d’un vérin s’effectuent en fonction de l’effort à transmettre.

Exemple:
Un vérin ayant un piston de diamètre D = 8 mm et
alimenté par une pression de 6 bar (60000 Pa) fournit
un effort sortant: F = (px∏xD²) / 4 soit 3016 N. D

1.5. Exemple d'utilisation des vérins pneumatiques:

Transfert

Marquage
Éjection Assemblage
Pivotement
Formage

Serrage

2. LE GENERATEUR DE VIDE OU VENTURI :

Un générateur de vide ou venturi est un actionneur pneumatique dont le rôle est de transformer
l’énergie pneumatique en surpression en une énergie pneumatique en dépression.
Principe du venturi
Un venturi est composé
d’un éjecteur muni d’une Symbole
conduite d’air plus étroite du Air
côté de l’entrée et d’un
orifice, perpendiculaire à la comprimé
conduite, servant à connecter
la ventouse. Le passage de l’air Ejecteur
Ventouse
comprimé dans le conduit
provoque une dépression et
entraîne avec lui l’air présent
dans l’orifice perpendiculaire.
Par conséquent, une aspiration
se produit au niveau de la Aspiration
ventouse.

54 F O N C T I O N C o n v e r t i r
E X E R C I C E R E S O L U
Dans un autobus, le vérin utilisé pour ouvrir ou fermer la porte
est un vérin double effet. Sachons que le diamètre:
 du piston D=40mm ;
 de la tige d=15mm ;
La pression est égale à : P=6bar

1- Calculer :
a) l'effort théorique Fo pour ouvrir la porte.
b) l'effort théorique Ff pour fermer la porte.

2- Pour l'ouverture et la fermeture de la porte le chauffeur appuie sur deux boutons poussoirs
Bp1 Bp2. Etablir le schéma de câblage du circuit pneumatique (vérin+distributeur+Bp1+ Bp2).

CORRIGE :

1- a) Fo= p x пD²/4 AN Fo = 754 N.


b) Ff=p x п(D²-d²)/4 AN Ff = 648 N.

2-Voir le schéma de câblage de la presse (chapitre préactionneurs pneumatiques)

E X E R C I C E S N O N R E S O L U S
EXERCICE N°1 :

L’effort de serrage que doit exercer un vérin de bridage est de 6500N. Si le diamètre d’alésage D est de
125 mm, déterminer la pression théorique nécessaire.

EXERCICE N°2 :

Soit une masse d'une charge de 700 kg à soulever par un vérin V (avec l’accélération de la pesanteur g =
9,81 m/s²). Les pertes par frottements internes sont estimées à 10%, la pression d’alimentation en air est
de 600kPa. Si les forces d’inertie et la contre-pression sont négligées, déterminer le diamètre du piston.

EXERCICE N°3 :

Calculer les efforts théoriquement développables, en poussant et en tirant, d’un vérin (D = 100 mm et
d = 25 mm) si la pression d’utilisation est de 500 kPa. Refaire la question si les pertes par frottements sont
de 12 %.

C ha p i t r e 2 Ac t i o n n e u r s p n e u m a t i q u e s 55
CHAPITRE 3

AUTRES TYPES DE CONVERSION


1. CONVERSION ENERGIE ELECTRIQUE / ENERGIE LUMINEUSE :
Cette conversion est connue sous l’appellation d’éclairage consiste en une transformation de l’énergie
électrique en rayonnement lumineux. Le matériel d’éclairage proprement dit comprend les lampes, leurs
accessoires de fonctionnement. Les différentes familles de lampes représentent des technologies
particulières qui les destinent à tel champ d’application plutôt qu’à tel autre. On peut citer, à titre
d’exemple, les procédés d’éclairages suivants :

1.1. Les lampes à incandescence :

 C'est la lampe traditionnelle. Elle est constituée d'une ampoule en verre qui contient du gaz
(souvent l'azote ou l'argon). Un filament de tungstène est porté à très haute température par le
courant électrique qui le traverse, devient incandescent et émet de la lumière.
 Les lampes à incandescence existent en une très grande variété de formes, couleurs et puissances.
 Puissance : 25 à 200 W
 Durée de vie : environ 1000 h

Ph N

Interrupteur Lampe

F
Montage simple allumage

1.2. Les lampes fluorescentes

 Plus connues sous l'appellation de tubes fluo ou tubes de néon (bien qu'ils ne contiennent pas de
néon), les lampes fluorescentes ont une forme de tube dans lequel la lumière est principalement
émise par des couches de substances luminescentes excitées par une décharge électrique.
 différents diamètres et longueurs liés à des puissances :

Diamètre 16 mm Diamètre 26 mm
Puissance 6W 8W 13W 15W 18W 30W 36W 58W
Longueur de tube 28cm 40cm 88cm 43,7cm 59cm 89,5cm 1,2m 1,5m

Ph Starter N

Ballast Tube fluorescent

56 F O N C T I O N C o n v e r t i r
1.3. Lampes fluo compactes :
Des lampes fluorescentes miniaturisées dont : le tube de petit diamètre
est recourbé pour tenir dans un volume réduit. Elles ressemblent, plus ou
moins à des lampes classiques et elles s'utilisent sur des douilles à vis.
 Puissance : 3 à 23 W.
 Durée de vie : 6000 à 12 000 h
 prix : 9 fois celui d'une ampoule incandescente standard

2. CONVERSION ENERGIE ELECTRIQUE / ENERGIE THERMIQUE :

Cette conversion est connue sous l’appellation de chauffage consiste en une


transformation de l’énergie électrique en chaleur. Cette conversion est réalisée à l’aide des
résistances de chauffage. La puissance consommée par une telle résistance dépend de la
valeur de celle-ci. Cette transformation résulte de l'effet Joule. Un équipement de
chauffage contient généralement plusieurs résistances chauffantes, dont la mise en série ou
en parallèle varie la puissance consommée, et par la suite varie la température.

I
La puissance déssipé par cette résistance
V R chauffante est :

P= V2/R = R I2

Deux résistances de mêmes valeurs R montées en série consomment une puissance :


P2 = V2 /(2R) = P/2 (P la puissance consommée par R seule)

Deux résistances de mêmes valeurs R montées en parallèle consomment une puissance :


2
P2 = V /(R/2) = 2P (P la puissance consommée par R seule)

La majorité des chauffages commerciaux disposent d’un commutateur à trois positions permettant de
choisir entre trois puissances P, P2 série, P2 parallèle.

Selon la position du commutateur Q on aura une allure de


4
3
chauffage :
2
1  Position 1 : R = ∞(point neutre : pas de chauffage)
Q
 Position 2 : R = R1+R2 (allure faible).
 Position 3 : R = R2 (allure moyenne).
 Position 4 : R = R1//R2 (allure forte).

3. CONVERSION ENERGIE ELECTRIQUE / ENERGIE CHIMIQUE :

L'électrolyse est un processus d'échange au cours du quel l'énergie


électrique est transformée en énergie chimique. La réaction a lieu dans une
solution d'eau salée : l'électrolyte. Les ions doivent pouvoir circuler
librement dans l'eau pour passer d'une électrode à l'autre. Les deux
électrodes sont reliées par l'électrolyte et par un générateur de courant
électrique. Cette unité est présentée dans le graphique ci-contre.

C ha p i t r e 3 Au t r e s t y p e s d e c o n v e r s i o n 57
Si l'on applique un courant électrique entre les deux électrodes, les ions positifs migrent jusqu'à la
cathode pendant que les ions négatifs se déplacent en direction de l'anode. Les ions positifs sont appelés
cations alors que les ions négatifs sont eux appelés anions.

Cette technique est utilisée pour :

 Recharger les accumulateurs (chargeur de batteries).


 La purification des métaux : Pour produire du cuivre très pur, il faut installer une anode de
cuivre polluée qui sera nettoyée par électrolyse. Le cuivre est oxydé en ions Cu2+ et précipite
ensuite sur la cathode pour donner une couche de cuivre plus pure qu'auparavant.
 La galvanisation des métaux oxydables : Un métal altérable est protégé contre la corrosion grâce
au dépôt par électrolyse d'un métal inaltérable. L'objet à recouvrir est relié au pôle négatif d'un
générateur et plongé dans un bain électrolytique.

E X E R C I C E R E S O L U

Calculer la longueur du fil résistant nécessaire pour réaliser une résistance de 2kW alimentée sous 220V.
On optera pour un fil de Nickel-Chrome de diamètre 0.7mm et de résistivité 75 x 10-8 m.

CORRIGE :

P = U.I = U2/R => R =U2/P = 24,2.


R = .L/S => L = R.S/
S = .(D/2)2 = 0,4. 10-6m2 => L = 12,9m

E X E R C I C E N O N R E S O L U
Une plaque électrique de cuisinière est chauffée par trois résistances. La puissance de ces résistances est
successivement : 250W, 500W et 850W.
Si la tension d’alimentation est U = 220V.
1. Calculer la valeur de chaque résistance.
2. Quelle est la puissance minimale que peut consommer cette plaque chauffante.
3. Quelle est la puissance maximale que peut consommer cette plaque chauffante.
4. Donner les puissances possibles par association (série ou parallèle) de deux résistances.

58 F O N C T I O N C o n v e r t i r
U NIT É A TC
Acquérir-Traiter-Communiquer

PRESENTATION

En présence d’énergie, pour agir correctement sur la matière d'œuvre, un système


automatisé a besoin de recueillir les informations sur de la partie opérative pour gérer les
actions.

L’unité ATC traite donc de ces aspects qui peuvent être modélisés par les fonctions
génériques, c'est à dire qui s'appliquent sur la plupart des systèmes ; il s'agit des fonctions :

 Acquérir les informations :


 Issues de capteurs qui donnent des comptes-rendus sur l'état du système ;
 Fournies par l'utilisateur ou d'autres systèmes.

 Traiter ces informations suivant des règles et de lois physiques ;


 Communiquer les résultats de traitement sous forme :
 D'ordre aux actionneurs pour agir sur la matière d'œuvre ;
 De messages à l'utilisateur ou d'autres systèmes.

Grandeurs
physiques à Informations
Chaîne d’information destinées à d’autres
mesurer systèmes et aux
Unité ATC
interfaces H/M

ACQUERIR TRAITER COMMUNIQUER Matière d'œuvre


en entrée
Informations
issues d’autres
systèmes et Ordres
d’Interfaces H/M Chaîne d’énergie
AGIR

ALIMENTER DISTRIBUER CONVERTIR TRANSMETTRE

Énergies
d’entrée
Matière d'œuvre en
sortie

PREREQUIS

 Concepts d’analyse fonctionnelle : Système, fonction global, FAST, etc.


 Concepts relatifs à la chaîne d’énergie (constituants et grandeurs) :
 Tension et courant électriques ;
 Pression ;
 Contacteur, Moteur, etc.
 Distributeur, Vérins, etc.

U N I T E AT C 59
UNITE ATC
FONCTION
ACQUERIR

PRESENTATION

Dans un système automatisé, l'acquisition d'informations est la première fonction


générique de la chaîne d'information. Elle permet principalement :

 De lire l'état des capteurs de la PO du système


 Recevoir les consignes de l'utilisateur du système grâce aux constituants de
dialogue.

La position de la fonction "Acquérir" dans une chaîne d'information, ainsi que les
différentes réalisations principales sont représentées par la figure suivante :

Grandeurs Images
Consignes Informationnelles Ordres
physiques utilisables Messages
,

AQUERIR TRAITER COMMUNIQUER

Capteurs TOR
Interface homme/machine
Capteurs analogiques
Capteurs numériques

COMPETENCES ATTENDUES
A partir de tout ou partie d’un produit support avec son cahier des charges et son dossier
technique :

 Enoncer le principe d’acquisition et de conditionnement de données


 Mettre en œuvre un bloc d’acquisition de données

CHAPITRES INCLUS DANS LA FONCTION AQUERIR

 Les capteurs
 Conditionnement de signal
 Interfaces d’entrée / sortie

60
CHAPITRE 1
LES CAPTEURS
1. DEFINITION :
Un capteur est un composant technique qui détecte un événement physique se rapportant au
fonctionnement du système (présence d'une pièce, température, etc.) et traduit cet événement en un
signal exploitable par la PC de ce système. Ce signal est généralement électrique sous forme d'un signal
basse tension. La figure 1 illustre le rôle d’un capteur :
Fig. 1 : Rôle général d’un capteur

Grandeur physique DETECTER Signal électrique


(Etat de la PO) UN EVENEMENT (Exploitable par la PC)

L'information détectée par un capteur peut être d'une grande variété, ce qui implique une grande
variété de besoins en capteurs. On cite parmi les plus connus et fréquents, les capteurs de position, de
présence, de vitesse, de température et de niveau.

2. NATURE DE L'INFORMATION FOURNIE PAR UN CAPTEUR :


Suivant son type, L’information qu’un capteur fournit à la PC peut être :
Fig. 2 : Exemple d’un capteur TOR
Signal logique
Logique : L’information ne peut prendre Présence de la pièce
que les valeurs 1 ou 0 ; on
parle alors d’un capteur Tout 1 (24V)
ou Rien (TOR). La figure 2 Absence de la pièce
montre la caractéristique d’un
capteur de position : 0 (0V) Temps

Fig. 3 : Exemple d’un capteur analogique


Analogique : L’information peut prendre
toutes les valeurs possibles Tension (V)
La tension varie de façon
entre 2 certaines valeurs continue entre 0 et 5V
limites ; on parle alors d’un
5
capteur analogique. La figure 3
montre la caractéristique d’un
capteur de température :
Température (°C)
100

Numérique : L’information fournie par le capteur permet à la PC d’en déduire un nombre binaire
sur n bits ; on parle alors d’un capteur numérique. La figure 4 illustre le principe de
fonctionnement de la souris :
Fig. 4 : Exemple de capteur numérique

La souris fournit à un ordinateur un signal


logique périodique, sous forme d’impulsions, qui
lui permettent de compter ces impulsions pour
en déduire les cordonnées X et Y de la souris
sous forme de nombres NX et NY.

C ha p i t r e 1 Le s c a p t e u r s 61
3. CARATERISTIQUES D’UN CAPTEUR :
Certains paramètres sont communs à tous les capteurs. Il caractérisent les contraintes de mise en
œuvre et permettent le choix d’un capteur :
L'étendue de la mesure : c'est la différence entre le plus petit signal détecté et le plus grand
perceptible sans risque de destruction pour le capteur.
La sensibilité : ce paramètre caractérise la capacité du capteur à détecter la plus petite variation
de la grandeur à mesurer. C’est le rapport entre la variation V du signal
électrique de sortie pour une variation donnée  de la grandeur physique
d’entrée : S = V / 
La fidélité : Un capteur est dit fidèle si le signal qu’il délivre en sortie ne varie pas dans le temps
pour une série de mesures concernant la même valeur de la grandeur physique 
d’entrée. Il caractérise l’Influence du vieillissement.
Le temps de réponse : c'est le temps de réaction d'un capteur entre la variation de la grandeur
physique qu'il mesure et l'instant où l'information est prise en compte par
la partie commande.

4. CAPTEURS LOGIQUES (Tout Ou Rien : TOR) :

Les capteurs TOR fournissent une information logique, généralement sous forme d'un contact
électrique qui se ferme ou s'ouvre suivant l'état du capteur.

4.1- Capteurs avec contact :


Ce type de capteur est constitué d'un contact électrique qui s'ouvre ou se ferme lorsque l'objet à
détecter actionne par contact un élément mobile du capteur (dispositif d'attaque). les gammes de ce
type de capteur sont très variées ; elles sont fonction des problèmes posés par leur utilisation.
Ainsi, la tête de commande et le dispositif d'attaque sont déterminés à partir de :
 La forme de l'objet : came 30°, face plane ou forme quelconque ;
 La trajectoire de l'objet : frontale, latérale ou multidirectionnelle ;
 La précision de guidage.

Les figures suivantes montre des exemples de capteur de position :


Fig. 5 : Capteur rectiligne à poussoir

Caractéristiques :

 Commande directe
 Présence de l'objet en buté mécanique

Fig. 6 : Capteur rectiligne à poussoir à galet thermoplastique

Caractéristiques :

 Trajectoire rectiligne de l'objet à détecter


 Guidage précis < 1mm
 Came à 30°

62 F o n c t i o n A c q u é r i r
Fig. 7 : Capteur angulaire à levier à galet

Caractéristiques :

 Guidage peu précis ~ 5mm


 Came à 30°

Fig. 8 : Capteur à tige souple à ressort

Caractéristiques :

 Cible de forme quelconque


 Trajectoire multidirectionnelle
 Guidage > 10 mm

4.2- Capteurs sans contact :

Les capteurs sans contact ou de proximité détectent à distance et sans contact avec l’objet dont ils
contrôlent la position. Un contact électrique s'ouvre alors ou se ferme en fonction de la présence ou de
la non présence d’un objet dans la zone sensible du capteur.
A l'inverse des capteurs avec contacts, les capteurs de proximité sont des détecteurs statiques (pas
de pièce mobile) dont la durée de vie est indépendante du nombre de manœuvres. Ils ont aussi une
très bonne tenue à l'environnement industriel (atmosphère polluante).
Le choix d’un détecteur de proximité dépend :
 de la nature du matériau constituant l’objet à détecter,
 de la distance de l’objet à détecter,
 des dimensions de l’emplacement disponible pour implanter le détecteur.

4.2.1- Capteurs inductifs :

La technologie des détecteurs de proximité inductifs est basée sur la variation d’un champ
magnétique à l’approche d’un objet conducteur du courant électrique. Leur usage est uniquement
réservé à la détection d’éléments métalliques dans les secteurs de la machine-outil, l'agro-
alimentaire, la robotique, et les applications de l'usinage, la manutention, l'assemblage, le
convoyage.
Fig. 9 : Détecteur de proximité inductif

Caractéristiques :

 Portée nominale qui définit la zone de


détection. Elle dépend de l'épaisseur de l'objet
et peut aller jusqu'à 50mm.
 Tension d'alimentation de 12V à 48V continu
et de 24 à 240V alternatif.
 Technique de raccordement 2 fils et 3 fils.

C ha p i t r e 1 Le s c a p t e u r s 63
Les détecteurs inductifs existent suivant différents modèles ; ceci en fonction de leur mode de
raccordement comme c’est illustré à la figure 10 :
 2 fils avec courant continu ou alternatif ;
 3 fils avec courant continu type PNP ou NPN, en fonction de l’électronique interne.
Fig. 10 : Technique de raccordement des capteurs inductifs et capacitifs

BN + BN +
BN
 PNP BK NPN BK

BU

BU BU
2 fils AC/DC 3 fils type PNP 3 fils type NPN

4.2.2- Capteurs capacitifs :

La technologie des détecteurs de proximité capacitifs est basée sur la variation d’un champ
électrique à l’approche d’un objet quelconque. Ils permettent de détecter tout type d'objet dans
les domaines de l'agro-alimentaire, de la chimie, de la transformation des matières plastiques, du
bois et des matériaux de construction.
Fig. 11 : Détecteur de proximité capacitif

Caractéristiques :

 Portée nominale qui définit la zone de détection. Elle


dépend de l'épaisseur de l'objet et peut aller jusqu'à 50mm.
 Tension d'alimentation de 12V à 48V continu et de 24 à
240V alternatif.
 Technique de raccordement 2 fils et 3 fils.

4.2.3- Capteurs magnétiques :

Un interrupteur à lame souple (I.L.S.) est constitué d'un boîtier à l'intérieur duquel est placé un
contact électrique métallique souple sensible aux champs magnétiques. Il permet de détecter tous
les matériaux magnétiques dans le domaine de la domotique pour la détection de fermeture de
portes et fenêtres et le domaine pneumatique pour la détection de la position d'un vérin, etc.
Fig. 12 : Principe de fonctionnement d’un ILS

Présence d’un champ magnétique : Absence de champ magnétique :


Contact fermé Contact ouvert

Aimant
Permanent

4.3- Capteurs Photoélectriques à distance :


Les cellules photoélectriques permettent de détecter sans contact tous les matériaux opaques (non
transparents), conducteurs d’électricité ou non. Ce type de capteurs se compose essentiellement d'un
émetteur de lumière associé à un récepteur photosensible. La figure 13 montre une illustration de
quelques capteurs photoélectriques :

64 F o n c t i o n A c q u é r i r
Fig. 13 : Exemple de capteurs photoélectriques

Ces détecteurs sont utilisés dans les domaines industriels et tertiaires les plus divers comme :
 La détection d'objets et de produits dans la manutention et le convoyage ;
 La détection de pièces machine dans les secteurs de la robotique et du bâtiment ;
 La détection de personnes, de véhicules ou d'animaux, etc.
Pour réaliser la détection d'objets dans les différentes applications, 3 techniques de montages sont
possibles:
 Système barrage (figure 14) caractérisé par :
 L'émetteur et le récepteur sont situés dans deux boîtiers séparés ;
 La portée la plus longue pour ce type de capteur (jusqu’à 30 m) ;
 Le faisceau est émis en infrarouge ;
 La détection des objets opaques ou réfléchissant quelque soit le matériau ;
 L’alignement entre émetteur et récepteur doit être réalisé avec soin.

 Système reflex (figure 15) caractérisé par :


 L'émetteur et le récepteur sont situés dans le même boîtier ;
 Utilisation d'un réflecteur qui renvoie le faisceau lumineux en cas d'absence de cible ;
 La portée peut atteindre jusqu’à 15 m ;
 Le faisceau est émis en infrarouge ;
 La détection des objets opaques et non réfléchissant quelque soit le matériau ;

 Système proximité (figure 16) caractérisé par :


 L'émetteur et le récepteur sont situés dans le même boîtier ;
 La présence de la cible renvoie le faisceau lumineux vers le capteur ;
 La portée dépend de la couleur de la cible, de son pouvoir réfléchissant et de ses
dimensions. Elle augmente si l'objet est de couleur claire ou de grande dimension.

Fig. 15 : Montage type " Reflex " Fig. 14 : Montage type " Barrage "

Emetteur Cible Cible


Récepteur Emetteur Recepteur

Réflecteur

Réflecteur Fig. 16 : Montage type " Proximité "

Emetteur
Récepteur Cible

C ha p i t r e 1 Le s c a p t e u r s 65
5. CAPTEURS NUMERIQUES :

5.1- Codeur optique incrémental :


Un disque rotatif comporte au maximum 3 pistes. La piste périphérique A du disque est divisée en
"n" fentes régulièrement réparties. Ainsi, pour un tour complet de l'axe du codeur, le faisceau lumineux
est interrompu n fois et délivre à la sortie de la cellule photosensible "n" signaux carrés. La figure 18
décrit un capteur incrémental :
Fig. 18 : Codeur optique incrémental

Unité de
Traitement

Cellules
Photosensibles

LED Disque
optique
Arbre

Pour connaître le sens de rotation du codeur, on utilise une deuxième piste B qui sera décalée par
rapport à la première de 90° (1/4 de tour).

5.2- Codeur optique absolu :

Les codeurs absolus sont destinés à des applications de contrôle de déplacement et de


positionnement d’un mobile par codage. Le disque du codeur comporte plusieurs pistes (jusqu’à
20). Chaque piste est alternativement opaque et transparente et possède son propre système de
lecture (diode émettrice et diode réceptrice).
A chaque position angulaire de l'axe du codeur correspond un nombre binaire codé en GRAY Dans ce
code, il n'y a qu'un seul bit qui change à chaque fois pour éviter les aléas de fonctionnement. Avant
toute utilisation, le mot fourni par le codeur doit donc être transcodé en binaire, car l'unité de
traitement travaille en binaire pur.
A titre pédagogique, voyons à la figure 19 les
différentes combinaisons d'un codeur optique absolu
binaire sur 3 bits:
Fig. 19 : Codeur optique absolu binaire 3 bits

66 F o n c t i o n A c q u é r i r
E X E R C I C E R E S O L U

Le montage ci-contre permet de protéger un moteur à courant continu,


fonctionnant avec 2 sens. La protection est contre les positions limites où DW DE
le moteur peut être calé ; dans ce cas le couple augmente, ainsi le
courant dans le moteur, ce qui peut détériorer le moteur. C'est le cas du
M
moteur du position d'antenne parabolique. La tension E est soit positive, E
soit négative, suivant la commande qui n'est pas représentée ici, ainsi que fcw fce
le système à came qui permet d'actionner les "fins de course" (fcw et fce).
Analyser le fonctionnement d'un tel montage. Les fins de course sont
fermés au repos.

CORRIGE :

 Au repos, on suppose le moteur dans une position où ni fcw ni fce n'est actionné.
 Quand le moteur tourne vers "West" et arrive à la position limite "West" fcw s'ouvre et le
moteur s'arrête. Pour tourner vers "East", Il faut alors inverser le sens.
 En inversant le sens, la diode DW joue le rôle fcw pour un court instant, après quoi fcw
se ferme (voir figure ci-dessous à gauche).
 En tournant vers "East" et arrivant à la position limite "East", fce s'ouvre et le moteur
s'arrête. Pour tourner vers "West", Il faut alors inverser le sens.
 Et ainsi de suite (voir figure ci-dessous à droite).

DW DE DW DE

M M
E E
fcw fce fcw fce

E X E R C I C E S N O N R E S O L U S
Les asservissements numériques, sont abondants dans le domaine industriel. On s'intéresse dans cette
étude à l'asservissement de postion. La structure du système est donnée à la figure ci-dessous. Sa
description est comme suit :

 Un curseur se déplace linéairement grâce à un système vis-écrou ;


 Le système vis-écrou est entraîné en rotation par un moteur à courant continu ;
 La position du curseur est captée par un codeur incrémental solidaire à l’axe du moteur ;
 La commande permet de comparer la position captée et la position de consigne ; si les 2
positions sont égales, on arrête le moteur.

0 20 40 60 80 100 120 140 160

Curseur

Moteur Codeur
à C.C. incrémental
fcg Vis-écrou fcd

Commande Unité de Position


commande

Consigne fcg : capteur de fin de course gauche


fcd : capteur de fin de course droite

C ha p i t r e 1 Le s c a p t e u r s 67
1- ETUDE DU CODEUR INCREMENTAL :
Pas
Comme le montre la figure ci-contre, la
Emetteurs
capture de la position se fait à l'aide d'un
codeur incrémental constitué de :
Disque Récepteurs

2222.5 5
22.. .5
2222.5
22.5
2 2.5

22225.
22
22.5
 Un disque contenant deux pistes A et B 22.5

..5
décalées et divisées chacune, en 16 secteurs
équidistants et alternativement opaques et Piste B
transparents ; Piste A
Codeur incrémental
 Deux éléments optoélectroniques (une diode
infrarouge et une photodiode) disposés de 5V 5V
part et d’autre de chaque piste.
photodiode Diode
EncA infrarouge
1.1- Calculer la sensibilité de ce capteur et
préciser son unité. ¼ 4093 C R R1
R2
1.2- Calculer le déplacement minimal du curseur
détecté par ce capteur sachant que le pas 5V 5V
de la vis est de 5 mm. photodiode Diode
EncB infrarouge
1.3- Quel est le rôle:
a/ Du circuit RC ? ¼ 4093 R R2 R1
C
b/ De la porte inverseuse de type "Trigger" ? 39K

1.4- La photodiode est caractérisée par un courant ID = 100 µA en éclairage et un courant ID = 100 nA
en obscurité. Sachant que VIH min = 3,5 V et VIL max = 1.5 V pour une porte CMOS avec
Vcc = 5 V, vérifier le bon choix de R2.
1.5- On suppose que le disque a subi une rotation d'un
demi-tour dans un sens et d'un demi-tour dans le sens EncA
contraire, à une vitesse constante. Compléter les
chronogrammes des signaux EncA et EncB EncB
correspondants à ce mouvement sachant qu'ils
débutent comme le montre la figure ci-contre.
1.6- Le principe de la détermination de la position du
curseur consiste, en l'accumulation des impulsions
EncB D Q Up/Down
fournies par une piste, à l'aide d'un
N
compteur/décompteur selon le montage de la figure EncA Ck
ci-contre. Le compteur est incrémenté ou Ck (Position)
décrémenté suivant le sens de rotation donné par Compteur/Décompteur
l'état du signal EncB à chaque transition positive du
signal EncA.
a/ Que représente alors le signal Q ?
b/ Combien de tours fera le disque, pour que le curseur parcourra la course maximale de la vis,
qui est de 160 mm ?
c/ En déduire le nombre de bits nécessaire pour représenter la position.

1.7- Proposer un montage pour l'unité de traitement de ce système sachant qu'on peut utiliser un des
signaux (EncA , EncB) comme signal d'horloge et l'autre comme signal (Comptage/décomptage).

68 F o n c t i o n A c q u é r i r
CHAPITRE 2

CONDITIONNEMENT DU SIGNAL
1. INTRODUCTION :

Généralement, un capteur fournit un signal électrique qui peut se mettre sous différentes formes
(tension, courant, etc.) et qui n’est pas directement exploitable.

Le conditionnement du signal consiste à transformer et adapter le signal de départ afin de lui donner la
forme la plus appropriée pour son traitement. Plusieurs fonctions contribuent à cette fin comme c'est
indiqué dans la figure 1 :
Fig. 1 : Les fonctions de base d'une chaîne d'acquisition

Mise en forme
Signal Unité de
Amplification Filtrage ou
à traiter traitement
Conversion

 L’amplification consiste à modifier l'amplitude du signal sans changer sa forme ni sa nature ;


 Le filtrage consiste en une structure adaptée et calculée, qui laissera passer certains signaux et
pas d'autres.
 La mise en forme ou la conversion consiste en une modification de la nature du signal. Par
exemple, cela peut être une transformation :
 d'un courant en une tension et inversement ;
 d’un signal analogique en un signal logique ou numérique.

Dans ce qui suit, on se limitera à l’étude des fonctions "Amplification" et "Mise forme".

2. L'AMPLIFICATION A BASE D'UN AMPLIFICATEUR OPERATIONNEL

L'amplification se résume par une simple multiplication du signal d'entrée par un coefficient K comme
le montre la figure 2. L'amplification se justifie dans les cas où le signal est très faible. Par exemple, un
capteur fournit quelques millivolts, alors que l'on a besoin de plusieurs volts.

Fig. 2 : La fonction d'amplification

C ha p i t r e 2 C o n d i t i o n n e m e n t d e s i g n a l 69
2.1- Amplificateur Opérationnel (AOP) :

L'amplificateur opérationnel (figure 3) est un composant intégré constitué d'un assemblage de


transistors et de résistances. Il est caractérisé par :
 Deux bornes d'alimentation +V et –V ;
 Deux entrées e+ et e- ;
 Une tension différentielle εde ses entrées : ε= e+ - e- ;
 Une sortie Vs.
5
L'AOP est caractérisé par une amplification différentielle Ad très grande (10 ou plus). L'examen de
sa caractéristique de transfert donnée à la figure 4 fait apparaître deux modes de fonctionnements :
 Régime linéaire d'amplification où Vs = Ad . ε;
 Régime non linéaire de saturation où Vs peut prendre deux valeurs :
 Vs = +V si ε> 0 et donc e+ > e- ;
 Vs = -V si ε< 0 et donc e+ < e-.

Dans ce qui suit, on va travailler dans le régime linéaire spécifique à l'amplification et en


considérant l'AOP idéal c'est-à-dire la valeur de l'amplification Ad est considérée comme infinie. Les
conséquences pratiques de l'AOP idéale seront les suivantes :
Ad   : ainsi ε= Vs/Ad 0 et donc e+ = e- ;
Résistance d'entrée   : ainsi i+ = i- = 0
Fig. 4 : Caractéristique de transfert d'un AOP Fig. 3 : Schéma d'un AOP
Vs
+V
+V
i+
Zone non linéaire e+ +
ε Vs
ε e- -
Zone non linéaire i-
-V
-V

Zone linéaire

2.2- Montage amplificateur à base d'AOP :


2.2.1. Amplificateur inverseur :

Le montage de la figure 5 représente un amplificateur de tension non inverseur à base d'AOP, la


résistance R2 effectuant une réaction négative. En considérant l'AOP idéal on peut démontrer la
relation entre la sortie Vs et l'entrée Ve : Fig. 5 : Amplificateur non inverseur
Hypotheses :
i+ = i- = 0 +V
Ve
e+ = e- + Vs
R1 et R2 sont en série donc on peut appliquer le
pont diviseur de tension : -
-V
R1
e  Vs.
R1 R2
 R2
et : e Ve
R1
Donc :
Vs R2
Av  1 
Ve R1

70 F o n c t i o n A c q u é r i r
2.2.2. Suiveur :

Le montage de la figure 6 représente un montage suiveur qui peut être utilisé comme adaptateur
d’impédance. En considérant l'AOP idéal on démontre la relation entre la sortie Vs et l'entrée Ve :
Fig. 6 : Montage suiveur
Hypothèses :
e+ = e- +V
Ve
On a : + Vs
e  Vs.
 -
et : e Ve -V
Donc :
Vs
Vs Ve  Av  1
Ve

2.2.3. Amplificateur sommateur :

Le montage de la figure 7 représente un amplificateur sommateur inverseur à base d'AOP, la


résistance R2 effectuant une réaction négative. En considérant l'AOP idéal on peut démontrer la
relation entre la sortie Vs et l'entrée Ve :

Hypothèses : Fig. 7 : Amplificateur sommateur inverseur


i+ = i- = 0
e+ = e- R1 R2
V1
On peut appliquer le théorème de Millman pour
déterminer le potentiel de e- : V2
V 1 V 2 Vs - Vs
  R1
R2.
V 1 V 2 
[Link]
e   R1 R1 R2  +
1 1 1 2.R 2 R1
 
R1 R1 R 2
e  0
Donc :
R2
Vs  .V 1 V 2 
R1

2. MISE EN FORME PAR COMPARATEUR À UN SEUIL :

Cette fonction correspond à une conversion d'un signal analogique en un signal logique comme le
montre la figure 6. En effet, le comparateur à un seuil consiste à comparer le signal analogique d'entrée
par rapport un seuil de référence :
 Si ce seuil est atteint, alors la sortie du comparateur est à un niveau logique ;
 Si ce seuil n'est pas atteint, alors la sortie du comparateur est à l'autre niveau logique.
Fig. 6 : La fonction de mise en forme

Comparateur

C ha p i t r e 2 C o n d i t i o n n e m e n t d e s i g n a l 71
Le montage de la figure 7 représente un comparateur à un seuil à base d'AOP. L'AOP fonctionne en
régime non linéaire. Les calculs suivants déterminent le seuil de basculement de ce comparateur ainsi que
le mode de fonctionnement :
e  Ve et e  Vref

Comme l’AOP fonctionne en régime non linéaire, il y a deux cas à envisager :

Si Ve > Vref alors : Vs = +V

Si Ve < Vref alors : Vs = -V

La caractéristique de transfert donnée à la figure 8 résume le fonctionnement du comparateur à un


seuil :

Fig. 7 : Comparateur à AOP Fig. 8 : Caractéristique de transfert

+V Vs
Ve
+ Vs +V
-
-V
Vref
Ve

Vref

E X E R C I C E S R E S O L U S
R
EXERCICE N°1 :
+V
Le schéma ci-contre représente un amplificateur à Ve R
gain variable destiné pour les capteurs : - Vs

Démontrer que : + -V
R
1 .R
Vs Ve.
1
EXERCICE N°2 :
R2
On désire amplifier et adapter la tension Ve +V
fournie par un capteur de température. Pour R1
cela, on utilise le montage amplificateur - Vs
différentiateur suivant : Ve
R1
+ -V
AOP est considéré idéal Vref
Vref = 2.73V R2
V = 12V
T(°C) = T(°K) – 273°K

72 F o n c t i o n A c q u é r i r
2.1. Exprimez la tension Vs en fonction de R1, R2, Vref et Ve ?
2.2. Sachant que le capteur de température fournit une tension de 10mV pour 1°K, calculer le rapport
R2/R1 pour qu'à la sortie de l'amplificateur, Vs = 20mV pour 1°C ?
2.3. Pourquoi utilise-ton un différentiateur et pourquoi Vref = 2.73V ?

CORRIGES :

EXERCICE N°1 :
.R 
e

Ve. Ve. pont diviseur de tension 
.R R 1
Vs Ve 1
 Or e  e   Vs Ve.
R R Vs Ve 1

e 
1 1
 théorème de Millman
2

R R

EXERCICE N°2 :
R2
2.1. e  Ve. pont diviseur de tension
R1 R 2
Vs.R1 Vref.R 2 R2
e  théorème Millman Or e  e  Vs  .
Ve Vref 
R1 R2 R1
274 K
2.2. T = 1°C = 274°K  Ve 10mV. 2,74 V 
régle de trois 
1K
R2 Vs
Puisqu'on désire Vs = 20mV pour T= 1°C   2
R1 Ve Vref
2.3. Pour réaliser la formule T(°C) = T(°K) – 273°K. 2.73V  273°K.

E X E R C I C E N O N R E S O L U
Le montage ci-dessous représente un amplificateur différentiel utilisé dan les instruments de mesure,
pour les faibles tensions continues issues d'un capteur :(amplificateur d'instrumentation):

+ R4 R5
-
R1

Ve R2 V2
- Vs
V1
+
R3
- R4

+
R5

4.1. Sachant que les 3 AOP sont idéaux, Exprimer la tension V1 en fonction de V2, R1, R2 et R3 ?
4.2. En déduire la tension V2 en fonction de l'entrée Ve ?
4.3. Exprimer la tension Vs en fonction de VA , VB , R4 et R5 ?
4.4. Déduire l'expression de Vs en fonction de V2, puis de vs en fonction de Ve ?

C ha p i t r e 2 C o n d i t i o n n e m e n t d e s i g n a l 73
CHAPITRE 3

INTERFACE EN ENTREE
INTRODUCTION :

Dans un système automatisé, l'unité de traitement reçoit les informations traitées principalement de :

 L'utilisateur, grâce aux organes de dialogue en entrée tel un bouton d'arrêt d'urgence ; il
s'agit de l'interface Homme/Machine (IHM) ;
 Des capteurs tel un "fin de course" ; il s'agit d'interface centré principalement sur l'isolation
électrique ou galvanique et la mise en forme du signal

1. INTERFACE HOMME/MACHINE (IHM) :

L’interface Homme/Machine en entrée est une fonction de communication indispensable pour bien
gérer un système automatisé. Il consiste à transmettre au système automatisé les ordres de
l'opérateur qu’on désigne par "consignes". Le dialogue Homme/Machine se fait par l’utilisation de
constituants regroupés dans ce qu'on appelle « pupitre » de commande.

1.1. Les boutons poussoirs :


Les boutons poussoirs constituent l'interface de dialogue privilégiée lorsque les informations
transférées vers le système sont peu nombreuses et limitées à des signaux Tout Ou Rien (TOR). Parmi
les boutons poussoirs utilisés, on distingue :

 Les boutons " coup de poing " à accrochage pour les arrêts d'urgence ;
 Les boutons poussoirs affleurants ;
 Les boutons tournants à manette ;
 Les boutons tournants à clé.

Fig 2. Exemples de boutons poussoirs

Bouton Bouton Bouton Bouton


Coup de poing Affleurant Tournant à manette Tournant à clé

Fig 3. Exemple de clavier


1.2. Les claviers :

Les claviers de saisie permettent l'introduction d'informations


alphanumériques et la modification de données et paramètres
comme le nombre de pièces à fabriquer ou les coordonnées d'une
pièce à usiner, etc.

1.3. Les terminaux d'exploitation :


Un terminal d’exploitation est un constituant de dialogue permettant les premières mises en œuvre
du système automatisé. Il est lié temporairement à la partie commande (automate programmable)
pour introduire des codes et des paramètres décrivant le processus étudié.

74 F o n c t i o n A c q u é r i r
2. ISOLATION GALVANIQUE :

2.1. Principe et rôle :

L'unité de traitement travaille typiquement avec une tension de 5V DC, nécessaire pour alimenter
principalement les circuits intégrés logiques. Alors qu'un capteur tel un "fin de course" fournit
typiquement une tension de 24 V DC. Pour protéger l'unité de traitement contre une éventuelle liaison
directe avec tension relativement dangereuse pour elle, il faut une isolation électrique ou galvanique,
ainsi qu'un filtrage et mise en forme du signal. Le principe est résumé par le schéma fonctionnel
suivant :

Capteur, Isolation Mise en Unité de


Filtrage
Bouton, etc. galvanique forme traitement

2.2. Exemple de schéma :

2.2.1- Principe : 24V 5V

Le schéma le plus classique dans ce domaine est à Capteur


base d'un optocopleur, ce qui donne le schéma de C R2
base suivant ; un tel montage, on le trouve déjà
intégré dans un API : R1
Q R3 F T
Optocopleur
Optocoupleur
 Le trait d'axe rouge sert uniquement à Vers unité
marquer l'isolation entre les 2 milieux ; C de traitement
 Quand le capteur est actionné, son contact
est fermé, il fournit du 24 V au circuit de la
diode infrarouge de l'optocoupleur : Masse 24V Masse 5V

La diode de l'optocoupleur conduit et émet de l'infrarouge ;


Le transistor de l'optocoupleur , travaillant en commutation se sature ;
La porte inverseuse Trigger reçoit un 0 logique et fournit à sa sortie T un 1.
C
 Quand le capteur est non actionné, alors :
24V
La diode de l'optocoupleur est bloquée et
n'émet pas d'infrarouge ;
Le transistor de l'optocoupleur se bloque ; 0
t
La porte inverseuse Trigger reçoit un 1
logique et fournit à sa sortie T un 0. Q

 L'état de la porte reflète l'état du capteur ;


 Le bruit affectant le signal du capteur, à cause 5V
des parasites industrielles, est filtré par le
t
circuit RC ; 0
 La porte Trigger met en forme le signal et
envoie à l'unité de traitement un signal FT
"propre", et donc bien compatible.

5V
t
0

C ha p i t r e 3 I n t e r f a c e e n e n t r é e 75
E X E R C I C E S R E S O L U S
EXERCICE N°1:

Proposer un montage permettant :

 d'acquérir l'état d'un bouton d'arrêt d'urgence ;


 de signaliser l'état par un LED.

EXERCICE N°2:

Le montage ci-contre est une variante du


montage de base, vu dans le cours. On
représente uniquement la partie isolation.

2.1- Rappeler le rôle de l'isolation.


2.2- Quel es le rôle de DZ1 et quelle doit-
être typiquement sa valeur ?

CORRIGES :

EXERCICE N°1 :

24V
5V
Arrêt
d'urgence

De point de vue aspect physique, le R3


bouton d'arrêt d'urgence est pris R1 R2
comme un capteur par l'unité de R4
traitement.
Unité de
C traitement
LED

Masse 24V Masse 5V


DC DC

EXERCICE N°2:

2.1- Lisolation galvanique, donc la protection des biens et des personnes.


2.2- Ecrête la tension en cas d'une tension plus grande que 24 V. Sa valeur doit être
typiquement de 24V.

76 F o n c t i o n A c q u é r i r
UNITE ATC
FONCTION
TRAITER

PRESENTATION

Dans un système automatisé, le traitement des informations concernant principalement


l'état de la PO (capteurs, consignes utilisateur, etc.) nécessitent des organes de commande
dotée d'une certaine intelligence relativement élevée, allant du simple circuit logique
combinatoire jusqu'au microordinateur sophistiqué.

La position de la fonction "Traiter" dans une chaîne d'information, ainsi que les
différentes réalisations principales sont représentées par la figure suivante.

Grandeurs Images
Consignes Informationnelles Ordres
physiques utilisables Messages
,

AQUERIR TRAITER COMMUNIQUER

Modules logiques
Automates programmables
Ordinateurs
Microcontrôleur
Circuits logiques programmables

COMPETENCES ATTENDUES
A partir de tout ou partie d’un produit support avec son cahier des charges et son dossier
technique :
 Exprimer les entrées/sorties d’une unité de traitement des données acquises
 Mettre en œuvre une unité de traitement de l’information

CHAPITRES INCLUS DANS LA FONCTION TRAITER

 Représentation et codage de l’information binaire


 Fonctions combinatoires de bases
 Simplification des fonctions logiques
 Fonctions combinatoires avancées
 Fonctions séquentielles
 Familles logiques TTL et CMOS
 Circuits intégrés de temporisation
 Circuits logiques programmables
 GRAFCET
 Les systèmes programmables : Automate programmable industriel

77
CHAPITRE 1

REPRESENTATION ET CODAGE DE L'INFORMATION BINAIRE


INTRODUCTION :
La numération arabe est universellement adoptée, étant donné sa capacité à faire les calculs. Il s'agit
du système de numération avec la base 10. Comme on le sait, dans cette base familière :

 On utilise les 10 symboles, appelés chiffres, de l'ensemble : {0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9} ;


 Un nombre quelconque peut s'écrire en utilisant les puissances de 10 ;
Exemple : 571 = 5 x 102 + 7 x 101 + 1 x 100 .

Mais la représentation des nombres avec le système décimal (base 10) n'est pas la seule utilisée. On
peut donc en utiliser d'autres, en particulier le système binaire (base 2). Les circuits logiques ne
connaissent que les valeurs 0 et 1 ; alors on peut faire des calculs et des traitements comme on le fait
avec le système décimal. Ceci permet de rendre le traitement de l'information automatique et rapide.

1. LES SYSTEMES DE NUMERATION :

1.1. Principe :
D'une façon générale, soit une base B, donc associée à B symboles : { S0 , S1, …, S B-1} ; un nombre N, a
les caractéristiques suivantes :

 Il s'écrit N = An-1 … Ai … A1A0 avec Ai { S 0, S 1, …, SB-1} ;


n-1 i 1 0
 Il a pour valeur N = A n-1.B + … + AiB + … + A1B + A0 B (forme polymoniale) ;
 Ai est le chiffre (digit) de rang i et de poids Bi ;
 An est le chiffre le plus significatif (MSD : Most Significant Digit) ;
 A0 est le chiffre le moins significatif (LSD : Less Significant Digit).

On va étudier les bases 2 et 16 pour leur intérêt dans les circuits logiques. La référence à la base 10
est d'un usage pratique, on étudiera alors la conversion de la base 2 vers la base 10 et vise versa.

1.2. Système binaire (base 2) :

L'homme connaît la base 10 ; il fait alors ses calculs dans cette base. Alors, puisque les systèmes
numériques ne reconnaissent que 2 états 0 ou 1, ils seront très aptes de faire les calculs dans la base
2. La base 2 a les caractéristiques suivantes :
 Un nombre N s'écrit : N = A nAn-1 … A i … A 1A0 avec Ai  {0, 1} ; chaque chiffre est appelé
couramment bit, contraction de binary digit (chiffre binaire) ; Ce nombre N est couramment
désigné aussi par "Mot de n bits" ;
 An est le chiffre le plus significatif, couramment appelé MSB (Most Significant Bit) ;
 A0 est le chiffre le moins significatif, couramment appelé LSB (Less Significant Bit).
n-1 i 1 0
 Ce nombre a pour valeur N = A n-12 + … + Ai2 + … + A1 2 + A0 2 (forme polymoniale);
Exemple : N = 110101 ; il a pour valeur N = 1x25 + 1x24 + 0x23 + 1x22 + 0x2 1 + 1x20.

1.3. Conversion de la base 2 vers la base 10 :


On exploite directement la forme polynomiale.

Exemple pour la base 2 : (1011) 2 = 1x2 3 + 0x22 + 1x21 + 1x2 0 = 8 + 0 + 2 + 1 = 8 + 4 + 2 = (11)10.

78 F o n c t i o n T r a i t e r
1.4. Conversion de la base 10 vers la base 2 :
22 2
0 11 2
La méthode de division est la plus utilisée ; elle consiste en des 1 5 2
divisions successives du nombre (N)10 par 2, jusqu'à obtenir un 1 2 2
LSB 0 1 2
quotient nul. Les restes des divisions successives, écrits dans l'ordre 1 0
inverse, constituent le nombre N dans la base 2 (N) 2.

Exemple : (22) 10 = (?)2. MSB


(22)10 = (10110) 2

2. CODAGE DE L'INFORMATION BINAIRE :


Un système électronique traite les informations en binaire. Or, ces informations à traiter sont de
différentes natures. Par exemple, en traitement de texte, on manipule des caractères ; pour qu'un
ordinateur traite ces caractères, il faut associer alors à chaque caractère un nombre binaire. Cette
association s'appelle "Codage" de l'information binaire et permet d'utiliser plusieurs codes suivant le
domaine d'application. L'opération inverse s'appelle "Décodage" ou "Transcodage". On étudie en
particulier : Le code binaire pur, le code GRAY, le code BCD et le code ASCII.

2.1. Le code binaire pur :


Il est aussi appelé code binaire naturel. C'est le code binaire sans aucune codification, c'est à dire
qui découle directement du principe général de la numération. C'est le code naturel utilisé dans les
systèmes numériques (ordinateur, etc.). Le tableau suivant donne le code binaire pur pour un exemple
d'un mot de 4 bits (A3 A2 A1 A0 ) :

Code binaire
Valeur décimale
A3 A2 A1 A0
0 0 0 0 0
1 0 0 0 1 Pour remplir rapidement une table de vérité
2 0 0 1 0 avec toutes les combinaisons possibles des
3 0 0 1 1 variables d'entrée, on procède comme en
4 0 1 0 0 décimal : A2 A1 A0
5 0 1 0 1 0 0 0
6 0 1 1 0  On part du poids faible (A0), qui
0 0 1
7 0 1 1 1 balaye la plage 0 à 1 ;
0 1 0
8 1 0 0 0
 On passe au poids suivant (A1 ), 0 1 1
9 1 0 0 1
10 1 0 1 0 qui reste à 0 pour la plage 0 à 1 de
11 1 0 1 1 A0, puis à 1 pour la même plage ;
12 1 1 0 0  Et ainsi de suite.
13 1 1 0 1
14 1 1 1 0
15 1 1 1 1

2.2. Le code GRAY :


Dans les systèmes industriels où on a besoin de mesurer un déplacement linéaire ou angulaire, on
utilise le "code GRAY". La raison de ce choix est que si le système qui mesure le déplacement (capteur)
utilise le code binaire pur, le déplacement d'une position à une autre voisine génère des combinaisons
intermédiaire fausses, car plusieurs bits varient en même temps.
Pour remédier à ce problème, il suffit de coder chaque position de façon que les valeurs de
positions successives ne différent que d'un seul bit. C'est pour cela qu'on l'appelle "code à distance
unité". On l'appelle aussi "code binaire réfléchi" parce que pour le construire, on procède par réflexion
comme l'indique le tableau suivant avec 4 bits :

 on a 16 combinaisons différentes ;
 dans le passage d'une combinaison à une autre, il n'y a qu'un bit qui change.

C h a p i t r e 1 R e p r é s e n t a t i o n e t c o d a g e d e l ’ i n f o r m a t i o n b i na i r e 79
Code binaire Code GRAY 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
Valeur décimale
A 3 A 2 A 1 A 0 G3 G2 G1 G0 1 0 1 0 0 1 0 0 0 1
0 0 0 0 0 0 0 0 0 1 1 0 1 1 0 0 1 1
1 0 0 0 1 0 0 0 1 1 0 0 1 0 0 0 1 0
2 0 0 1 0 0 0 1 1
1 1 0 0 1 1 0
3 0 0 1 1 0 0 1 0
1 1 1 0 1 1 1
4 0 1 0 0 0 1 1 0
1 0 1 0 1 0 1
5 0 1 0 1 0 1 1 1
1 0 0 0 1 0 0
6 0 1 1 0 0 1 0 1
1 1 0 0
7 0 1 1 1 0 1 0 0
1 1 0 1
8 1 0 0 0 1 1 0 0
1 1 1 1
9 1 0 0 1 1 1 0 1
Axes de sysmétrie (réflexion) 1 1 1 0
10 1 0 1 0 1 1 1 1
1 0 1 0
11 1 0 1 1 1 1 1 0
1 0 1 1
12 1 1 0 0 1 0 1 0
1 0 0 1
13 1 1 0 1 1 0 1 1
1 0 0 0
14 1 1 1 0 1 0 0 1
15 1 1 1 1 1 0 0 0

2.3. Le code ASCII :

Le code ASCII (American Standard Code


for Information Interchange) est un code
qui représente les caractères éditables ou
non éditables : éditables parce que l'on peut
les éditer comme la caractère "A" et non
éditables comme le cratère "Escape" ou
"Return". Il est codé sur 7 bits (b6 b5 b4 b3
b2 b1 b0), ce qui permet de représenter
128 (2 7) caractères différents. La table
suivante montre un tel codage. P ar
exemple, Le code de la lettre "A"
(majuscule) est :

en binaire : b6 b5 b4 b3 b2 b1 b0 = 1000001 ;


en hexadécimal 41 ;
en décimal 65.

2.4. Le code BCD :


Le code BCD (Binary Coded Decimal) qui veut dire Code BCD
Valeur décimale
A3 A2 A1 A0
Binaire Codé en Décimal est la traduction en binaire des 9
0 0 0 0 0
premiers chiffres du systèmes décimal.
1 0 0 0 1
2 0 0 1 0
Si on a un nombre décimal N à m chiffres, il sera codé en BCD 3 0 0 1 1
sur (m x 4) bits : chaque chiffre décimal est traduit en code BCD 4 0 1 0 0
sur 4 bits. 5 0 1 0 1
6 0 1 1 0
Exemple : (571)2 = 1000111011 en binaire pur 7 0 1 1 1
= 0101 0111 0001 en BCD 8 1 0 0 0
5 7 1 9 1 0 0 1

80 F o n c t i o n T r a i t e r
3. NOTIONS D'ARITHMETIQUE BINAIRE :
Comme on l'a signalé, avec les circuits logiques, on peut faire des calculs arithmétiques, puisqu'on a
les mêmes règles de calcul qui s'appliquent à toutes les bases. On traite alors de l'arithmétique binaire et
on se limite aux cas de l'addition et de la soustraction.

3.1. Cas de l'addition et la soustraction :


Retenue Retenue
0 + 0 = 0 0 0 -0 = 0 0
0 + 1 = 1 0 0 -1 = 1 1
1 + 0 = 1 0 1 -0 = 1 0
1 + 1 = 0 1 1 -1 = 0 0

111 19 11011
11 1011 - -
+ + 05 00111
07 0111 11
18 10010 14 01110

Des circuits logiques simples réalisent ces opérations ; de plus une soustraction est facilement
ramenée à une addition grâce à une représentation adéquate des nombres

3.2. Représentation des nombres :


Dans les calculs, on manipule des nombres positifs et négatifs ; il faut alors coder le signe
algébrique. Plusieurs modes de représentation sont adoptés en fonction des calculs à effectuer et les
caractéristiques technologiques des systèmes de traitement.

3.2.1. Représentation par valeur absolue et signe :

Pour le bit de signe, on adopte la convention 0 (+) et 1 (-). Par exemple :


(+35)10 = 0 100011 et (-35) 10 = 1 100011.

Cette solution a comme inconvénient la complexité de la réalisation technologique due à :


 Un traitement spécifique du signe ;
 Une double représentation du 0.

3.2.2. Représentation par complément à 2 :

Soit un nombre binaire A sur n bits et son complément A (nommé aussi complément à 1 de A), on a :
An -1 An- 2… A1 A0
+

A n-1 An-2  A1 A 0
A + A = 2n – 1
1 1 … 1 1

(2n – 1)

On déduit de cette relation que : -A = A + 1 - 2n.


Comme le (2n) ne rentre pas dans le format défini (An-1 An-2… A1 A0), il sera ignoré. On a alors
(-A = A + 1) :

Le terme ( A + 1) s' identifie donc à l'opposé arithmétique de A

Le terme ( A + 1) est appelé complément à 2.

C h a p i t r e 1 R e p r é s e n t a t i o n e t c o d a g e d e l ’ i n f o r m a t i o n b i na i r e 81
Exemple : Pour n = 4, on obtient :

(A) 10 A A ( A +1) (-A)10 On remarque que :


7 0111 1000 1001 -7  Le MSB représente le signe avec 0 (+) et 1 (-).
6 0110 1001 1010 -6  Le zéro n'a qu'une seule représentation ;
5 0101 1010 1011 -5  Alors pour effectuer une soustraction, il suffit de faire une
4 0100 1011 1100 -4 addition avec le complément à 2. Le résultat se lit
3 0011 1100 1101 -3 directement en complément à 2 :
2 0010 1101 1110 -2  Si le signe est + la lecture est directe ;
1 0001 1110 1111 -1  Si le signe est - , on convertit le résultat en
0 0000 1111 0000 0 recherchant le complément à 2 de celui-ci.

E X E R C I C E S R E S O L U S
EXERCICE N° 1 :
(40)10 = ( ? ) 2

EXERCICE N° 2 :
Trouver le code ASCII du chiffre 9 et de la lettre "a".

EXERCICE N° 3 :
Donner le complément à 2 du nombre A = (13)10 = (1101) 2.

CORRIGE :

EXERCICE N°1 :

40 2
0 20 2
0 10 2
0 5 2
LSB 1 2 2
0 1 2
1 0

(40)10=(101000)2 =(28)16 MSB

EXERCICE N°2 :

D'après la table du code ASCII présenté dans le cours, on trouve :


 pour "9" : (47)10 = (0111001) 2.

 pour "a" : (97)10 = (1100001) 2. A noter qu'il est différent de "A" (majuscule).

EXERCICE N°3 :

On a (13)10 = (1101) 2.

 On fait le complément à 1 du nombre A, soit A = 0010 ;


 On ajoute 1 au résultat, A + 1 = 0011.

82 F o n c t i o n T r a i t e r
CHAPITRE 2
FONCTIONS COMBINATOIRES DE BASE
INTRODUCTION :
De nombreux dispositifs ont deux états stables de fonctionnement. Par exemple, un interrupteur peut
être ouvert ou fermé ; un transistor, sous certaines conditions, peut être bloqué ou saturé, etc. On
convient d’affecter, par convention, à un des deux états la valeur " 0 " et "1" à l’autre état. L’algèbre de
Boole est l’outil mathématique pour étudier ces dispositifs et les circuits logiques représentent l’outil
technologique pour réaliser pratiquement les opérations de cette algèbre. Les circuits qu'on va étudier
dans ce chapitre sont dits "combinatoires", car l'état de leurs sorties ne dépend que de l'état des entrées.

1. OPERATIONS BOOLEENNES ELEMENTAIRES :


Trois opérations élémentaires suffisent pour définir une algèbre de Boole :

 l’inversion : Non (Not) ;


 le produit logique : ET (AND) ;
 la somme logique : OU (OR).

1.1. Opération Inversion :


C’est une opération définie sur une seule variable. La sortie prend la valeur que n’a pas l’entrée.
On dit que la sortie est l’inverse ou le complément de l’entrée.

Table de vérité Symbole

A F A F (norme IEEE)
0 1
1 0
A 1 F (norme IEC)

F A ( Se lit A barre) IEEE: Institute of Electrical and Electronics Engineers.


IEC : International Electrotechnical Commission

Illustration électrique
 L’interrupteur A ouvert (A=0) ; le relais X est non excité et le
X contact qui lui est associé reste fermé (position de repos) ; la
A
lampe L est allumée (L=1) : A=0  L=1.
 L’interrupteur A fermé (A=1) ; Le relais X est excité et le contact
qui lui est associé est devenu ouvert ; La lampe L est éteinte
L (L=0) : A=1  L=0 ; alors, L = Not A : LA

Propriété

 F F

1.2. Opération ET (AND) :


C’est une opération sur 2 variables d’entrée au moins. Dans le cas simple de 2 entrées A et B, la
sortie est vraie (égale à 1) si A ET B sont vraies aussi.

C ha p i t r e 2 F o n c t i o n s c o m b i n a t o i r e s d e b a s e 83
Table de vérité Symbole

A B F A
F (norme IEEE)
0 0 0 B
0 1 0
1 0 0 A
1 1 1  F (norme IEC)
. B
F = A . B = AB (se lit A ET B)

Illustration électrique

A B L La lampe L est allumée (L=1) si l’interrupteur A ET


l’interrupteur B sont fermés (A=B=1), soit L = A . B

Propriétés
 La fonction AND est commutative associative: F = A.B = B.A.
 La fonction AND est : F = A.(B.C) = (A.B).C = A.B.C.
 La fonction AND est généralisable pour n entrées.
 Identités remarquables : X.0 0 ; X.1 X ; X.X X et X.X 0.

1.3. Opération OU (OR) :


C’est une opération sur 2 variables d’entrée au moins. Dans le cas simple de 2 entrées A et B, la
sortie est vraie (égale à 1) si seulement A OU B est vraie. Cette opération est dite OU inclusive, car on
inclut le cas (A=B=1 ; F=1). On verra qu’il y a une autre fonction appelée OU exclusive.

Table de vérité Symbole

A B F A
0 0 0 F (norme IEEE)
B
0 1 1
1 0 1
A
1 1 1 1 F (norme IEC)
B
F = A + B (se lit A OU B)

Le signe "" indique que la sortie est égale à 1 si le nombre des entrées à "1" est supérieur
ou égal à 1 ; autrement dit, une entrée au moins égale à "1".
Illustration électrique
A L L est allumée (L=1) si A OU B est fermé
(A=1 OU B=1), soit L = A + B.

Propriétés

 Comme la fonction AND, la fonction OR est commutative, associative et généralisable pour n


entrées : X0 X ; X 1 1 ; X X X et XX 1 .
 Identités remarquables :

84 F o n c t i o n T r a i t e r
1.4. Propriétés et théorèmes remarquables :
Propriétés

 A . (B C) AB AC (Distributivité du produit par rapport à la somme) ;


 A (B . C) (A B) . (A C) (Distributivité de la somme par rapport au produit) ;
 AB AB B : B(A A) B . 1 B (Factorisation) ;
 A + AB = A : A(1 B) A . 1 A (Loi d'absorption)
 A AB A B ; en effet, A AB A ABAB A B ;

Théorème de De Morgan :

Ce théorème d'une grande utilité, permet de calculer le complément d'une expression logique
quelconque (somme de produits ou produit de sommes) :

 X Y X . Y ;
 X . Y X Y .

D'une façon générale, Le complément d'une expression quelconque s'obtient en complémentant les
variables et en permutant les opérateurs "+" et ".".
Exemple : F ABD AD  F ABD AD (A B D) . (A D)

2. AUTRES OPERATIONS

2.1. Opération NAND :

C’est le complément de l’opération AND.


Table de vérité Symbole

A B F A
0 0 1 F (norme IEEE)
0 1 1 B
1 0 1
1 1 0 A
 F (norme IEC)
B
F A .B (se lit (A ET B) tout barre)

Propriétés

 La fonction NAND est commutative :. F A.B B.A


 La fonction NAND n’est pas associative : F A.(B.C) ( A.B).C A.B.C
 La fonction NAND est généralisable pour n entrées.
 L'opérateur NAND est dit "système logique complet", car il permet de réaliser toutes les
opérations de base : Not, AND et OR ; et par conséquent, toute fonction logique :
1
 Réalisation d'un inverseur : F A.1 A
A F A.A A A

 Réalisation d'une AND (F = A . B) : En appliquant le théorème de De Morgan, F F A.B


A A .B
B F A.B

C ha p i t r e 2 F o n c t i o n s c o m b i n a t o i r e s d e b a s e 85
 Réalisation d'une OR (F = A + B) : De même, F A B  F A . B (Morgan)

A A
F A . B A B
B
B
2.2- Opération NOR :

C’est le complément de l’opération OR.


Table de vérité Symbole

A B F A
0 0 1 F (norme IEEE)
B
0 1 0
1 0 0
1 1 0 A F (norme IEC)
1
B
F A . B (se lit (A ET B) tout barre)

Propriétés

 Comme la fonction NAND, la fonction NOR n'est ni combinatoire, ni associative ; elle est aussi
généralisable pour n entrées
 L'opérateur NOR est un système logique complet, comme le NAND.

2.3. Opération XOR :


Comme on l’a signalé précédemment, cette opération diffère du OR classique ou inclusif ; l’examen
de sa table de vérité ci dessous montre que F est égale à 1 si [(A=0 ET B=1) OU (A=1 ET B=0)] ;
formellement, on écrit :
F AB AB qu'on note F A B

Table de vérité Symbole

A B F A
0 0 0 F (norme IEEE)
B
0 1 1
1 0 1
1 1 0 A
=1 F ( norme IEC)
B
F A B (se lit A OU exclusif B)

Le signe "=" indique que la sortie est égale à "1" si une entrée et une seule est égale à 1.

Propretés

 L’opération XOR est commutative : F = AB = BA.


 L’opération XOR est associative : F = A(BC) = (AB)C = ABC.
 L’opération XOR n'est pas généralisable pour n entrées.

Remarque :
L'opérateur OU Exclusif est considéré comme l'opérateur programmable le plus élémentaire. En
effet, considérons sa table de vérité dans la figure suivante, on remarque que suivant l'état de P,
l'opérateur réalise la fonction OUI ou la fonction NON. Alors P est l'entrée de programmation de cet
opérateur.

86 F o n c t i o n T r a i t e r
P A F Fonction réalisée par l'opérateur
0 0 0 A
SI P = 0  F = A  Fonction Identité F
0 1 1
1 0 1
SI P = 1  F = Not A  Fonction Inversion
1 1 0 P

3. REPRESENTATION DES FONCTIONS LOGIQUES :


Pratiquement, une fonction logique est représentée par :

 son équation logique qui n'est qu'une association de sommes et de produits logiques ;
 sa table de vérité ou son tableau de Karnaugh, qu'on verra dans le prochain chapitre ;
 Son logigramme qui est une représentation symbolique, sous forme d'un schéma, formé par les
différentes liaisons entres les symboles des opérateurs élémentaires.

Exemple : Voilà les 3 représentations d'une certaine fonction F à 3 variables A, X et Y :


 L'équation logique donnée est : F (X, Y, A) = A.X AY ;
 La table de vérité, déduite à partir de l'équation, est : On a 3 variables d'entrées  on a 2 3
3 n
combinaisons possibles (2 lignes de la table). D'une façon générale, on a 2 combinaisons pour n
variables d'entrée. On déduit l'équation logique de la fonction F, à partir de la table de vérité
suivant le raisonnement suivant :
A X Y F
 On cherche les lignes où la fonction F est égale à 1 ; 0 0 0 0
 On note la combinaison des entrées pour chacune de ces lignes ; 0 0 1 0
 On somme logiquement ces combinaisons. 0 1 0 1
0 1 1 1
Ainsi, la fonction F est égale à 1 si on a AXY OU AXY OU AXY OU AXY , ce 1 0 0 0
qui donne : 1 0 1 1
F = AXY + A XY + AXY + AXY 1 1 0 0
1 1 1 1
= AX( Y 
Y)AY(X X)
= AX AY

 Le logigramme déduit de l'équation est :

Y X A
X AX

AX AY

AY

On remarque que cette petite fonction emploie différents types de portes logiques : inverseur, AND et
OR. Il est évident qu'il serait rentable de réaliser cette fonction logique avec le minimum de matériel
(circuits logiques), ce qui demande une bonne analyse du problème pour simplifier la fonction en
question.

C ha p i t r e 2 F o n c t i o n s c o m b i n a t o i r e s d e b a s e 87
E X E R C I C E S R E S O L U S
EXERCICE N° 1 :

Réaliser un XOR uniquement avec 4 avec des NAND à 2 entrées.

EXERCICE N° 2 :

D'après la table de vérité du XOR, on remarque que la sortie D0


D1
vaut 1 uniquement si le nombre de 1 formé par les 2 entrées
est impair ; sinon, elle est à 0. Le schéma ci-contre généralise D2
cette détection de parité pour un mot de n bits.
Pn
Montrer par le raisonnement de récurrence que c'est vrai. D n-1

CORRIGE :
EXERCICE N° 1 :

F = AB AB AB AA AB BB (Ajout de 2 termes nuls).


F = A(A 
B)B( A
B)A( A.B) 
B (A. B) A
F
B
F A(A. B) B (A. B)A(A .B).B( A. B) , ce qui correspond à
4 portes NAND

EXERCICE N° 2 :
Alors, on suppose que c'est vrai pour (n-1) :
 P n-1 = 1 (Dn-2…D 0 contient un nombre impaire de 1)
- Si Dn-1 = 0, Pn = 1 Pn- 1
- Si Dn-1 = 1, Pn = 0 Pn
Ce qui est vrai. D n-1
 P n-1 = 0 (Dn-2…D 0 contient un nombre pair de 1)
- Si Dn-1 = 0, Pn = 0
- Si Dn-1 = 1, Pn = 1
Ce qui est vrai.

E X E R C I C E S N O N R E S O L U S
EXERCICE N° 1 :
Comme le NAND, le NOR est un système logique complet. Réaliser alors les opérations de base avec cet
opérateur.

EXERCICE N° 2 :

1- Montrer que L’opération NOR n’est pas associative : F A (B C) (A B ) C A B C .
2- Faire de même pour la porte NAND.

EXERCICE N° 3 : A3
A2
Réaliser un comparateur entre 2 mots A et B de 4 bits, en se basant sur A1
l'aspect élémentaire de "détecteur d'égalité" du OU EXCLUSIF et en A0 Détecteur E
utilisant des portes logiques de base :
B3 d'égalité
B2
 E = 0, s'il n'y a pas d'égalité ;
B1
 E = 1, s'il y a égalité ;
B0

88 F o n c t i o n T r a i t e r
CHAPITRE 3
SIMPLIFICATION DES FONCTIONS LOGIQUES
INTRODUCTION :
Une fonction logique est sous forme normale ou canonique si chacun de ses termes contient toutes les
variables, directes ou inverses, dont elle dépend. Exemple : F(X,Y) X.Y X.Y .

Si l'une de ses variables ne figure pas dans un de ses termes, alors elle est sous forme simplifiée. Cette
forme est fort bien recherchée pour aboutir à la réalisation pratique avec un minimum de matériel et à
moindre coût. Pour cette fin, on utilise, en général, 3 méthodes :

 La méthode algébrique ;
 La méthode graphique à base du diagramme de Karnaugh ;
 Les méthodes programmables.

Dans ce chapitre, on s'intéresse uniquement aux 2 premières méthodes.

1. METHODE ALGEBRIQUE :
Cette méthode utilise les principes de l'Algèbre de Boole. On en rappelle ci-après 3 parmi les plus
importants :

 A AB A(1 B ) A
 AB AB B(A A ) B
 A A B A B ; en effet, A AB ( A A)( A B ) AA AB A A AB A B

Le principe consiste à mettre en oeuvre ces propriétés, dans l'expression à simplifier, par exemple en
ajoutant un terme déjà existant : Z ABC A BC A B C ABC

Z ABC A BC ABC A BC ABC ABC

Z BC  AC  AB

Cette méthode apprend de la rigueur, mais elle n'est pratiquement plus utilisée systématiquement.

2. METHODE GRAPHIQUE :

2.1. Tableau de Karnaugh et principe de simplification :


Cette méthode plus simple utilise le tableau de Karnaugh pour simplifier des fonctions booléennes
ayant jusqu’à 6 variables. Le tableau de Karnaugh d’une fonction logique est la transformation de sa
table de vérité sous forme d’une table contractée à 2 dimensions. La méthode consiste principalement
à mettre en évidence graphiquement ou visuellement, les groupements de cases, de type :
AB AB A( B B) A

Aussi, dans un tableau de Karnaugh, on peut utiliser une case plusieurs fois selon la relation de la
redondance :
X+X +… +X= X

Le passage de la table de vérité au tableau de Karnaugh se fait selon la procédure suivante:


 Chaque ligne de la table de vérité correspond à une case du tableau de Karnaugh ;
 Les cases sont disposées de telle sorte que le passage d'une case à une case voisine se fasse
par changement de l'état d'une seule variable à la fois en utilisant le code GRAY.

C h a p i t r e 3 S i m p l i f i c a t i o n d e s f o n c t i o n s l o g i q u e s 89
La mise en œuvre de cette méthode se fait alors en 2 phases :
Fig4. Simplification par tableau de Karnaugh
 La transcription de la fonction à
simplifier dans le tableau de A B C F2
Karnaugh ; 0 0 0 0
 La recherche des groupements de 0 0 1 1
0 1 0 1 F2 BC
cases qui donneront des 00 01 11 10
0 1 1 0 A
expressions simplifiées. 0 0 1 0 0
1 0 0 1
1 1 0 1 0
1 0 1 0
Pour illustrer le passage de la table de
1 1 0 0
vérité au tableau de Karnaugh, la figure 4
1 1 1 1
montre un exemple pour 3 variables.

2.2. Exemples de simplification par tableau de Karnaugh :

Exemple 1 : Exemple 2 :
F1 BC G1 F2 BC
A 00 01 11 10 G2 A 00 01 11 10
0 0 1 1 1 0 0 0 1 1

1 0 0 0 1 1 0 0 0 1

F1ACBC F 2AB BC

 Dans le groupement 1, c'est B qui a  Dans ces 2 groupements, on réutilise


varié, ce qui donne AC ; une case utilisée par les 2 groupement
suivant la loi de redondance
 Dans le groupement 2, c'est A qui a
(X + Y + X = X +Y).
varié, ce qui donne BC .

Exemple 3 :
F3
CD
M
AB 00 01 11 10
00 1 1 0 1
01 1 1 0 0
11 1 1 0 0
10 1 1 0 1

F 3CBD

2.3. Conclusion :

 On ne regroupe pas des cases qui ne sont pas symétriques, car cela ne donne pas de termes
vérifiant la forme simplificatrice : ABAB A( B B) A .

 Le nombre de variables supprimées dépend de la taille du groupement. Ainsi :


 Un groupement de 2 cases symétriques entraîne la suppression d’une variable ;
 Un groupement de 4 cases symétriques entraîne la suppression de 2 variables ;
 En général, un groupement de 2k cases entraîne la suppression de k variables.

90 F o n c t i o n T r a i t e r
E X E R C I C E S R E S O L U S
EXERCICE N° 1 :
Simplifier la fonction suivante en utilisant le principe qui consiste à multiplier un terme égal à 1 (X X) :
Z AB B C AC

EXERCICE N° : Store automatisé

Le système de commande du store étudié dans cet exemple est simplifié


par rapport à la réalité pour des raisons didactiques ; en effet le
fonctionnement correct du système nécessite des temporisations et des
fonctions de mémoire qui ne sont pas étudiées ici :

 Si la luminosité du soleil (s), captée par une cellule solaire, dépasse un


seuil prédéfini, on descend le store (D) ;
 2 boutons poussoirs permettent la descente (d) ou la montée (m) du
store ; un appui simultané sur les 2 boutons entraîne la descente du
store ;
 Si la vitesse du vent (v), captée par un anémomètre, dépasse un seuil
prédéfini, on remonte le store ; ce fonctionnement de sécurité est
prioritaire sur tous les autres.

Donner l'équation de la montée du Store M, ainsi que son logigramme, en dressant la table de vérité du
système et en utilisant le tableau de Karnaugh.
CORRIGE :
EXERCICE N° 1 :
Z AB B C AC    .(  )
AB B C
Z AB B C ACB AC B ABAC
. C
1 B BB C.
 1 A 
.
Z AB B C

EXERCICE N° 2 :
M
md
Table de vérité vs 00 01 11 10
v s m d M D 00 0 0 0 1
0 0 0 0 0 0
01 0 0 1 0
0 0 0 1 0 1
0 0 1 0 1 0 11 1 1 1 1
0 0 1 1 0 1
10 1 1 1 1
0 1 0 0 0 1
0 1 0 1 0 1
0 1 1 0 0 1
0 1 1 1 0 1 Msmd v
1 0 0 0 1 0
1 0 0 1 1 0
1 0 1 0 1 0
1 0 1 1 1 0
1 1 0 0 1 0
1 1 0 1 1 0
1 1 1 0 1 0
1 1 1 1 1 0

C h a p i t r e 3 S i m p l i f i c a t i o n d e s f o n c t i o n s l o g i q u e s 91
CHAPITRE 4

FONCTIONS COMBINATOIRES AVANCEES


INTRODUCTION :
Dans les systèmes numériques, on utilise souvent des fonctions qui on justifié leurs réalisations en
circuits intégrés. On note en particulier les décodeurs, les multiplexeurs, les démultiplexeurs et les
circuits arithmétiques. Bien qu'ils soient plus ou moins remplacés actuellement par les systèmes
programmables (circuits logiques programmables et microprocesseur), ils sont encore utilisés.

1. LES DECODEURS :
La fonction de décodage consiste à faire correspondre à un code présent en entrée sur n lignes, un
autre code en sortie sur m lignes avec en général m n :

n lignes m lignes
Décodeur

1.1. Décodeur 1 parmi n:


Ce type de décodeur permet de faire correspondre à un code présent en entrée sur n lignes une
sortie et une seule active parmi les N = 2n sorties possibles. On le désigne aussi par décodeur m lignes
vers n lignes. Pour comprendre le principe d'un tel décodeur, étudions le décodeur 1 parmi 4 ou
2 vers 4, donné à la figure 1 ; le niveau active des sorties est le 0, car c'est souvent le cas :
Fig. 1 : Décodeur 1 parmi 4 avec sorties actives sur niveau bas

ENTREES SORTIES
Y0 B A Y0 Y1 Y2 Y3
A 0 0 0 1 1 1
DEC Y1
1/4 Y2 0 1 1 0 1 1
B
Y3 1 0 1 1 0 1
1 1 1 1 1 0

Directement ou à l'aide de la table de Karnaugh, on détermine les équations de sorties :


Fig. 2 : Logigramme de décodeur 1 parmi 4
Y0 B.A
A B
Y1 B.A
Y2 B.A
Y3 A.B Y0

Le schéma d'implémentation du décodeur sera alors Y1


celui de la figure 2 ci-contre : Y2

Y3

92 F o n c t i o n T r a i t e r
Les circuits intégrés réalisant cette fonction contiennent des entrées de validation comme G ou E
permettant de sélectionner le circuit. On peut citer comme exemple le double décodeur 74LS156 dont
le brochage et la table de fonction sont donnés à la figure 3 :

Fig. 3 : Diagramme de brochage et table de fonctionnement du 74LS156

1.2. Décodeur BCD – 7 segments :

Ce type de décodeur permet de convertir le code BCD 4bits à l'entrée pour obtenir à la sortie un
code 7 segments permettant de commander un afficheur 7 segments permettant l'écriture de tous les
chiffres et aussi d'autres symboles comme le montre la figure 4 :
Fig. 4 : Afficheur 7 segments

a
f g b
e c
d
Identification des segments Désignations numériques et résultat de l'affichage

Pour mettre en équation ce type de décodeur, il faut dresser la table de vérité suivante :

Nombre BCD à ENTREES SORTIES


décoder D C B A a b c d e f g
0 0 0 0 0 1 1 1 1 1 1 0
1 0 0 0 1 0 1 1 0 0 0 0
2 0 0 1 0 1 1 0 1 1 0 1
3 0 0 1 1 1 1 1 1 0 0 1
4 0 1 0 0 0 1 1 0 0 1 1
5 0 1 0 1 1 0 1 1 0 1 1
6 0 1 1 0 0 0 1 1 1 1 1
7 0 1 1 1 1 1 1 0 0 0 0
8 1 0 0 0 1 1 1 1 1 1 1
9 1 0 0 1 1 1 1 0 0 1 1

C ha p i t r e 4 F o n c t i o n s c o m b i n a t o i r e s a v a n c é e s 93
La table de karnaugh de chaque segment permet alors d'obtenir les équations de ce décodeur. Les 0
étant les moins nombreux, l'écriture des équations de commande d'extinction des segments sera plus
facile :

a A. B.C.D A.C b A. B.C A.B.C c A.B.C d A. B.C A.B.C A. B. C

e A B.C f A. C. D A.B B.C g B.C.D A.B.C

Comme exemple de décodeur, on peut citer le circuit intégré 74LS47 dont le schéma de brochage et
la table de vérité sont données à la figure 5 :

Fig. 5 : Diagramme de brochage et table de fonctionnement du 74LS47

2. LE MULTIPLEXEUR :
Un multiplexeur permet de sélectionner une entrée parmi 2n pour transmettre l'information portée par
cette ligne à un seul canal de sortie. La sélection de l'entrée se fait alors à l'aide de n lignes d'adressage.
Pour comprendre le principe, considérons un multiplexeur à quatre entrées (figure 6), donc deux lignes
d'adressage et une ligne de sortie :
Fig. 6 : Multiplexeur 4 vers 1

E0 ADRESSES SORTIE
Entrées

E1 MUX B A Y
Y
E2 vers 1
4 0 0 E0
E3 0 1 E1
A B
1 0 E2
1 1 E3
Adresses

94 F o n c t i o n T r a i t e r
Fig. 7 : Logigramme de multiplexeur 4 vers 1

De la table de vérité, on déduit l'expression E3 E2 E1 E0


logique de la sortie Y :

Y A. B.E0 A.B.E1 A.B.E2 A.B.E3


Y

Le schéma d'implantation du multiplexeur 4 vers


1 sera celui de la figure 7 ci-contre.

B A

Les circuits intégrés réalisant cette fonction contiennent des entrées de validation (Strobe - Enable)
permettant de sélectionner le circuit comme le 74LS151 qui est multiplexeur 8 vers 1 (figure 8) :
Fig. 8 : Diagramme de brochage et table de fonctionnement du 74LS151

3. LE DEMULTIPLEXEUR :

Le démultiplexeur effectue l'opération inverse d'un multiplexeur à savoir il permet de distribuer


l'information présente à l'entrée vers l'une des 2n sorties. La sélection de la sortie se fait à l'aide de n
lignes d'adressage. Pour comprendre le principe, considérons un démultiplexeur à quatre sorties (voir
figure 9), donc deux lignes d'adressage et une ligne d'entrée :
Fig. 9 : Demultiplexeur 1 vers 4

S0 ADRESSES SORTIES
B A S0 S1 S2 S3
Sorties

DEMUX S1
E
1 vers4 S2 0 0 E 0 0 0
S3 0 1 0 E 0 0
A B
1 0 0 0 E 0
1 1 0 0 0 E
Adresses

C ha p i t r e 4 F o n c t i o n s c o m b i n a t o i r e s a v a n c é e s 95
Fig. 10 : Logigramme de démultiplexeur 1 vers 4
A partir de la table de vérité, on détermine les
A B
équations de sortie suivantes :

S 0 E.B.A
S1 E.B.A E S0
S 2 E.B.A
S1
S 3 E. A.B
S2

Le schéma d'implémentation du démultiplexeur sera S3


alors celui de la figure 10 ci-contre :

Les circuits intégrés réalisant cette fonction contiennent des entrées de validation (Strobe et Enable)
permettant de sélectionner le circuit comme le 74LS155 qui est un double démultiplexeur 1 vers 4 dont le
schéma de brochage et la table de vérité sont données à la figure 11 :

Fig. 11 : Diagramme de brochage et table de fonctionnement du 74LS155

4. L'ADDITIONNEUR :

4.1- Le demi-additionneur :

C'est un circuit permettant d'effectuer l'addition de deux bits A et B pour générer leur somme  et
leur retenue C (Carry) comme le montre le schéma et la table de vérité de la figure 12 :
Fig. 12 : Le Demi-Additionneur

ENTREES SORTIES
 B A  C
A
½ 
½ 0 0 0 0
B C 0 1 1 0
1 0 1 0
1 1 0 1

96 F o n c t i o n T r a i t e r
Fig. 13 : Le Demi-Additionneur
A partir de la table de vérité, on peut écrire les deux
fonctions sous la forme suivante : B A

 A. B A.B A  B C A.B 

C
Ce qui peut être réalisé par le circuit schématisé sur le
logigramme de la figure 13 ci-contre.

4.2- L'additionneur complet :

Pour effectuer une addition de deux nombres binaires de n bits, on additionne successivement les
bits du même poids en tenant compte de la retenue de l'addition précédente comme le montre
l'exemple suivant :

a3 a2 a1 a0 Nombre A

b3 b2 b1 b0 Nombre B

S3 S2 S1 S0 Somme : S = A+B

C3 C2 C1 C0 Retenues

Il faut donc concevoir une cellule élémentaire appelée additionneur complet et qui permet de
réaliser l'addition des bits ai et bi en plus de la retenue Ci-1 de l'addition précédente. Un tel circuit est
définit par le schéma et la table de vérité de la figure 14 :
Fig. 14 : Additionneur complet

ENTREES SORTIES
ai bi Ci-1 Si Ci
0 0 0 0 0
ai 0 0 1 1 0
Si
0 1 0 1 0
bi 
å 0 1 1 0 1
Ci
Ci-1 1 0 0 1 0
1 0 1 0 1
1 1 0 0 1
1 1 1 1 1

A l'aide de la table de Karnaugh, on détermine les équations de sorties suivantes :

Si a i . bi . Ci 1 a i .b i . Ci 1 a i . bi .Ci 1 a i .b i . Ci 1 a i b i C i1

Ci a i .b i a i .b i .C i1 a i .b i .C i1 a i .b i 
a i b i 
.C i 1

C ha p i t r e 4 F o n c t i o n s c o m b i n a t o i r e s a v a n c é e s 97
Le schéma d'implantation de l'additionneur complet sera celui de la figure 15 :
Fig. 15 : Logigramme d'un additionneur complet

Ci-1 bi ai

Ci

Si

Comme exemple d'additionneur complet de mots de 4 bits , on peut citer le circuit intégré 74LS83
dont le schéma de brochage et la table de vérité sont données à la figure 16 :
Fig. 16 : Additionneur 4bits 74LS83

5. LE COMPARATEUR :

Un comparateur est un circuit permettant de détecter l'égalité de deux nombres et éventuellement


d'indiquer le nombre le plus grand ou le plus petit.

98 F o n c t i o n T r a i t e r
Pour comprendre le principe, on va réaliser un comparateur simple permettant de comparer deux mots
de 1 bit. La table de vérité d'un tel comparateur est donnée à la figure 17 :
Fig. 17 : Comparateur de 2 mots de 1 bit

ENTREES SORTIES
Comparateur B A S1:A<B S2:A=B S3:A>B
A A<B 0 0 0 1 0
A=B 0 1 0 0 1
B
A>B 1 0 1 0 0
1 1 0 1 0

A partir de la table de vérité, on peut écrire les trois fonctions sous la forme suivante :

S1 A.B S2 A. B S3 S1 S3

Le schéma d'implantation de ce comparateur 2 bits sera celui de la figure 18 :


Fig. 18 : Logigramme du comparateur de 2 mots de 1 bit

B A

A>B
A=B
A<B

Comme exemple de comparateur binaire, on peut citer le circuit intégré 74LS85 dont le schéma de
brochage et la table de vérité sont données à la figure 19 :

Fig. 19 : Comparateur 4 bits 74LS85

C ha p i t r e 4 F o n c t i o n s c o m b i n a t o i r e s a v a n c é e s 99
E X E R C I C E S R E S O L U S
EXERCICE N°1:

En utilisant deux décodeurs 1/4, réaliser un décodeur 1/8 :

Y0
A
Y1
1/4 ST : entrée de validation active sur niveau haut
B Y2
ST Y3

EXERCICE N°2:

Réaliser un additionneur complet en utilisant deux demi-additionneurs :

A 
å
½å
½ 
B C

EXERCICE N°3:

On désire afficher le résultat de la comparaison de deux nombres binaires 4 bits A et B avec un afficheur 7
segments. Etudier le circuit qui permet de rendre lumineux les segments de façon à afficher :

Si A > B
Si A = B
Si A < B

CORRIGES :

EXERCICE N°1 :
Y0 Y0
A A
Y1 Y1
1/4
B B Y2 Y2
ST Y3 Y3

C
Y0 Y4
A
Y1 Y5
1/4
B Y2 Y6
ST Y3 Y7

EXERCICE N°2 :
C Ci
A A
½
½ 
B B  C
A
½
½ 
Ci-1 B
 

100 F o n c t i o n T r a i t e r
EXERCICE N°3 :

Comparateur
A
B A<B A=B A>B
7 résistances
a
b
c
d
e
f
g

E X E R C I C E N O N R E S O L U

L'étude suivante permettra de déterminer le rôle du circuit logique du schéma suivant :


A1 A0 C
E

D C B A
74LS42
Y0 Y1 Y2 Y3

S0 S1 S2 S3

Le circuit intégré 74LS42 est un décodeur 1 parmi 10 qui est utilisé uniquement comme un décodeur 1
parmi 4 :

1. C = 0. Donner l'état direct de S0, S1, S2 et S3 ;


2. C = 1 :
a. compléter la table de vérité suivante :
b.
C A1 A0 S0 S1 S2 S3
1 0 0 E
1
1
1

c. c. Donner alors l'expression de S0, S1, S2 et S3 en fonction de C, A1, A0 et E.

3. Quelle est alors la fonction de l'ensemble du circuit ?

C ha p i t r e 4 F o n c t i o n s c o m b i n a t o i r e s a v a n c é e s 101
CHAPITRE 5

NOTION DE MEMOIRE
INTRODUCTION :
A la différence d'un circuit combinatoire, l'état d'un circuit séquentiel dépend de l'état de ses entrées
et de l'état précédent de ses sorties ; il doit donc "se rappeler" ou avoir de la "mémoire". Par mémoire, on
exprime le phénomène qui consiste à conserver l'effet d'un événement après sa disparition.

1. CIRCUIT MEMOIRE EN TECHNOLOGIE ELECTRIQUE :


Pour introduire à ce type de circuit, on étudie un exemple simple et classique dans ce domaine ; il
s'agit de la commande d'un moteur d'une perceuse par exemple :

 Un bouton "m" permet de mettre en marche le moteur et un bouton "a" permet de l'arrêter ;
 Quand on appuie sur le bouton m, le moteur démarre ; quand on relâche le bouton, le moteur
continue à tourner. L'ordre de mise en marche a donc été mémorisé ;
 Il en est de même pour le bouton a ;
 L'action arrêt est prioritaire : si m et a sont appuyés en même temps, on arrête le moteur.

On connaît déjà la solution de ce problème, figurant dans le circuit d'auto maintien ou d'auto-
alimentation :
24 V 220 V
 Le bouton m est un contact ouvert au repos ; le bouton a est un
contact fermé au repos. Le relais K dispose de 2 contacts : un
utilisé dans le circuit de commande et l'autre utilisé dans le a K
circuit de puissance.
m K
 Quand l'utilisateur appuie sur m, la bobine du relais est
alimentée. Les contacts K associés se ferment. Si l'utilisateur M
relâche m, le courant continue à circuler par K ; le relais est
alors auto-alimenté et le moteur continue à tourner. L'équation K
du relais X et du moteur M est :
K (K m).a
Circuit de Circuit de
commande puissance

Il s'agit du circuit mémoire élémentaire en technologie électrique.

2. CIRCUIT MEMOIRE EN TECHNOLOGIE ELECTRONIQUE :


Les circuits mémoire électroniques sont d'une grande variété à différents champs d'application ; on
étudie ici le circuit le plus élémentaire, qu'on peut qualifier de circuit de base pour tous les autres ; il
s'agit de la bascule SR :
 Son symbole est représenté par la figure ci-contre ;
S Q
 On l'appelle bascule, car elle bascule d'un état à l'autre
suivant l'état de ses entrées S et R ;
 S (Set) est l'entrée de mise à 1 de la sortie Q ; R
 R (Reset) est l'entrée de mise à 0 de la sortie Q.

On développera le circuit de cette bascule en utilisant 2 approches :


 Dans l'approche 1, on exploite le résultat du paragraphe 1 ;
 Dans l'approche 2, on utilise le raisonnement comme pour un circuit combinatoire.

102 F o n c t i o n T r a i t e r
2.1. Approche 1 :
R
Dans cette approche, on part de l'équation d'auto-alimentation
du relais et on fait la correspondance logique : S correspond à m, R
correspond à a et Q correspond à K. On en déduit alors l'équation S Q
de la bascule SR avec Reset prioritaire, ainsi que son logigramme :

Q (Q S).R
Retour permettant au circuit de se "rappeler"
Ce circuit est plus connu par sa réalisation simplifiée avec
l'utilisation de portes NOR :

R S R Q Fonction de la bascule
QQ Q 0 0 x Mémorisation
0 1 1 Action Reset

(Q
S).R 1 0 0 Action Set
1 1 0 Action Reset ( *)

(Q
S)
R S
X indique l'état précédent (0 ou 1)
( )
2.2. Approche 2 : * Etat indéterminé si on passe à SR=00.

Dans cette approche, on raisonne comme pour un circuit combinatoire. Il est donc nécessaire de
connaître l’état de Q pour connaître l’état de la sortie lorsque les deux entrées sont à 0 (état de
mémoire). On introduit alors une variable supplémentaire qui indique l'état précédent de Q. On note
"q" cette variable.
S R q Q Q Rq
0 0 0 0 S 00 01 11 10 QSRRq
0 0 1 1
0 0 1 0 0
0 1 0 0 (qS).R
1 1 1 0 0
0 1 1 0
1 0 0 1
Puisqu' on a (q = Q), alors :
1 0 1 1
1 1 0 0
1 1 1 0 Q(QS).R

E X E R C I C E R E S O L U

Il s'agit de trouver la version électronique du montage Marche/Arrêt du moteur ; le circuit utilisé est
le circuit CMOS CD4011 comportant 4 portes NOR à 2 entrées.
CORRIGE : 220 V

Le montage est le suivant : D1 K K


m a
 L'appui sur m correspond à ¼ CD4001
Q R3
l'action Set de la bascule SR, ce R T1
qui fait conduire le transistor T1
12 V M
et exciter le relais K ; le moteur
tourne ; le relâchement de ce
S
bouton correspond à la
mémorisation de cet état ; ¼ CD4001
R1 R2 Circuit de Circuit de
commande puissance

 L'appui sur a correspond à l'action Reset, ce qui fait bloquer T1 et désexciter le relais K ;
le moteur s'arrête ; le relâchement de ce bouton correspond à la mémorisation de cet état.

Cha p i t r e 5 N o t i o n d e m é m o i r e 103
CHAPITRE 6

FONCTIONS SEQUENTIELLES
1. LES BASCULES :

A l’instar des opérateurs logiques élémentaires en logique combinatoire, les bascules (appelées aussi
flip-flop) sont les éléments de base de la logique séquentielle

1.1. Bascule SR Asynchrone :

Les bascules RS sont à la base de tous les éléments de mémorisation. Il s'agit d'un montage utilisant
deux portes NAND et capable de mémoriser un niveau logique choisi à l’aide de deux sorties
complémentaires. Son schéma est donné à la figure 1 :
Fig. 1 : Bascule SR asynchrone

SET S S Q
S Q

Q
R CLR Q R R

La table de vérité d’une telle bascule est la suivante :

Entrées Etat précédent Sorties


Commentaires
S R Q n1 Qn Qn
0 0 0 0 1
Mémorisation de l’état précédent
0 0 1 1 0
0 1 X 0 1 Remise à zéro de la sortie Q n
1 0 X 1 0 Remise à un de la sortie Q n
1 1 X 1 1 Etat indéfini

Parmi les circuits intégrés à bascules S R , on trouve le 74279 dont la table de fonction et le schéma
de brochage sont donnés à la figure 2 :
Fig. 2 : Brochage et table de vérité du 74279

Cette bascule présente deux inconvénients majeurs :


 Sensibilité de la sortie Q aux changements indésirables (parasites) des entrées S et R ;
 La configuration S = R = 1 est à éviter parce qu'elle conduit à l’égalité entre les deux
sorties Q et Q et donc il n’y a plus complémentarité comme c’est indiqué dans la définition de
la bascule ;

104 F o n c t i o n T r a i t e r
1.2. Bascule SR Synchrone :
La bascule SR synchrone (figure 3) permet de résoudre le premier inconvénient de la bascule SR
asynchrone. Les ordres Set et Reset ne changent l’état de la sortie qu’après l’autorisation d’un signal
de commande G (Gate) :
Fig. 3 : Bascule SR synchrone
S
SET
S Q Q

G G
Q
R CLR Q R

La table de vérité d’une telle bascule est la suivante :

G S R Qn Commentaires
0 X X Q n 1 Mémorisation de l’état de la sortie
1 0 0 Q n 1
1 0 1 0 Fonctionnement normal de la bascule SR
1 1 0 1

Le changement d’état de cette bascule est autorisé sur niveau logique 1 du signal de commande G.
On dit que c’est une bascule commandée de manière statique (sur niveau logique 0 ou 1) et sa
représentation est donnée à la figure 4 :
Fig. 4: Bascule SR statique

SET SET
S Q S Q
G G

R CLR Q R CLR Q
Bascule SR active sur niveau haut Bascule SR active sur niveau bas

1.3. Bascule D :
La bascule D est dérivée de la bascule SR en ajoutant un inverseur entre Set et Reset pour n'avoir
plus qu'une seule entrée pour fixer le niveau à mémoriser. Avec un tel montage, il n'y a plus de
combinaisons d'entrées invalides (S=R=1) :
Fig. 5: Bascule D

D SET Q
D
SET
Q S Q
G
G G
Q
CLR Q R CLR Q

La table de vérité d’une telle bascule est la suivante :

G D Qn Commentaires
0 X Q n1 Mémorisation de l’état de la sortie
1 0 0 Mise à zéro de la sortie Q
1 1 1 Mise à un de la sortie Q

C ha p i t r e 6 La l o g i q u e s é q u e n t i e l l e 105
Le changement d’état d’une bascule D peut aussi être autorisé par le front montant ou le front
descendant du signal de commande G. On parle alors de bascule D dynamique (figure 6) :
Fig. 6: Bascule D dynamique

SET SET
D Q D Q
G G
CLR Q CLR Q
Bascule D active sur front descendant Bascule D active sur front montant

Parmi les circuits intégrés à bascules D, on trouve le 7475 dont la table de fonction et le schéma de
brochage sont donnés par la figure 7 :
Fig. 7: Brochage et table de vérité du 74LS75

1.4. Bascule JK :

Le principe des bascules dynamiques permet de mieux protéger la bascule contre les changements
indésirables des entrées. La bascule JK permet en plus de lever l’ambiguïté qui existe pour l’état
S=R=1 d’une bascule SR. Son symbole et sa table de vérité sont les suivants :

SET
CK J K Qn Commentaires
J Pr Q  0 0 Q n 1 Mémorisation de l’état de la sortie
C  0 1 0 Mise à 0 de la sortie Q
K 1 0 1 Mise à 1 de la sortie Q

K CLR
Clr Q 1 1 Basculement de l’état de la sortie
 Q n 1

Parmi les circuits intégrés à bascules JK, on trouve le 7476 dont la table de fonction et le schéma de
brochage sont donnés à la figure 8 :
Fig. 8: Brochage et table de vérité du 74LS76

106 F o n c t i o n T r a i t e r
Si on utilise la bascule JK avec J = K = 1, on obtient l’une des principales applications de la bascule
JK à savoir le diviseur de fréquence par 2 (figure 9) :
Fig. 9: Diviseur de fréquence par 2

1
Ve
Vs
J
SET
Q
Ve t
CK Vs
K CLR Q
t

1.5. Fonctionnement forcé des bascules :


Il est parfois nécessaire d’affecter le niveau de sortie d’une bascule de manière non synchrone
c'est-à-dire indépendamment de l’horloge. C’est le rôle des entrées de forçage asynchrone Preset (Set)
et Clear (Clr) qui permettent d’initialiser la bascule :

J
SET
Pr Q PR Clr Qn Commentaires

C 0 0 Qn Fonctionnement normal de la bascule


K 0 1 0 Forçage à 0 de la sortie Q
K Clr
CLR Q 1 0 1 Forçage à 1 de la sortie Q

2. LES COMPTEURS :
Un compteur est un ensemble de n bascules interconnectées par des portes logiques. Ils peuvent
décrire, au rythme d’un signal de commande appelé horloge, une suite d'états binaires. Il ne peut y avoir
au maximum que 2n combinaisons et le nombre total N des combinaisons successives est appelé le modulo
du compteur. Les compteurs binaires peuvent être classés en deux catégories :
 Les compteurs asynchrones ;
 Les compteurs synchrones ;

2.1. Compteur asynchrone modulo N = 2n :


Ce type de compteur est constitué de n bascules JK fonctionnant en mode T (Toggle) : J=K=1. Ces
bascules sont montées en cascade c'est-à-dire le signal d’horloge commande uniquement la première
bascule tandis que pour chacune des autres bascules le signal d'horloge est fourni par la sortie de la
bascule de rang immédiatement inférieur. Pour bien comprendre le principe, réalisons un compteur
modulo 8 permettant de compter de 0 à 7 comme le montre la figure 10 :
Fig. 10: Compteur asynchrone module 8

1 1 1

SET SET SET


J Q J Q J Q
Horloge

K CLR Q K CLR Q K CLR Q


Remise à 0

Q0 Q1 Q2

C ha p i t r e 6 La l o g i q u e s é q u e n t i e l l e 107
Les chronogrammes et al table de vérité d'un tel compteur sont donnés à la figure 11 :
Fig. 11: Chronogrammes et table de vérité d'un compteur asynchrone module 8

t H Q 3(MSB) Q2 Q1(LSB )
Q0
… 0 0 0
 0 0 1
t
Q1  0 1 0
 0 1 1
t
 1 0 0
Q2
 1 0 1
Q
t  1 1 0
0
0 1 0 1 0 1 0 1 0 1
Q  1 1 1
0 0 1 1 0 0 1 1 0 0
1  0 0 0
0 0 0 0 1 1 1 1 0 0
Q
N
2 0 1 2 3 4 5 6 7 0 1

2.2. Compteur asynchrone modulo N 2n :

Pour ce type général de compteur qui compte de 0 à N-1, on va étudier l’exemple d’un compteur
asynchrone modulo 10 (0 à 9). Pour le réaliser, il y a deux étapes :
 On cherche d’abord la puissance de 2 immédiatement supérieure à N et qui est pour notre
4
compteur 2 = 16. L’exposant de cette puissance de 2 donne le nombre de bascules JK à
monter en cascade, 4 pour notre exemple ;
 On détecte ensuite l’état N qui remettra le compteur à 0 et qui est pour notre compteur
10 = (1010) 2. On relie les sorties Q = 1 (Q1 et Q3) pour N aux entrées d’une porte NAND dont la
sortie commandera l’entrée CLR de chaque bascule (figure 12).
Fig. 12: Compteur asynchrone modulo 10

1 1 1 1

SET SET SET SET


J Q J Q J Q J Q
Horloge

K CLR Q K CLR Q K CLR Q K CLR Q

Q0 Q1 Q2 Q3
H

t
Q0

t
Q1 Remise à 0 des 4
bascules
t
Q2

t
Q3

N 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 0

108 F o n c t i o n T r a i t e r
Les compteur 7490 (modulo 10), 7492 (modulo 12) et 7493 (modulo 16) sont des compteurs
asynchrones (figure 13) composés de 4 bascules dont les connexions internes varient suivant le type du
compteur :
Fig. 13: Exemples de compteur asynchrones

2.3. Compteur synchrone modulo N :

L’inconvénient du compteur asynchrone c’est le temps de réponse de chaque bascule. Ainsi, le


signal d'horloge ne parvient pas simultanément sur toutes les bascules. Ceci a pour conséquence de
provoquer des états transitoires qui peuvent être indésirables.
Fig. 14: Temps de réponse

Supposons un temps de réponse tr identique pour toutes les


bascules et considérons la chronologie du passage d'un compteur
t
asynchrone 3 bits de 011 à 100 dans la figure ci-contre. Nous
constatons que le compteur passe par les états transitoires 011 et
001 qui sont faux en plus d’un temps de propagation qui a triplé.
t
Dans un compteur synchrone toutes les bascules reçoivent en
parallèle le même signal d'horloge. Pour faire décrire au
compteur une séquence déterminée il faut à chaque impulsion t
d'horloge définir les entrées synchrones J et K.
[Link]

Pour cela on utilise la table de transition de la bascule J-K ainsi que la table de vérité décrivant la
séquence du compteur. Prenons l’exemple d’un compteur modulo 8 :

Q3 Q2 Q1
0 0 0
0 0 1
Qn Q n 1 J K
0 0 0 X
0 1 0
0 1 1 X
0 1 1
1 0 0 1 0 X 1

1 0 1 1 1 X 0

1 1 0 Table d’excitation
1 1 1

C ha p i t r e 6 La l o g i q u e s é q u e n t i e l l e 109
La résolution du problème consiste à chercher les équations des entrées J et K de chaque bascule à
l’aide de la table des états recherchés :
J0 Q1 Q0 K0 Q1 Q0
00 01 11 10 00 01 11 10
0 1 x X 1 0 X 1 1 X
Q2 Q2
1 1 X X 1 1 X 1 1 X
J0 = K0 = 1
J1 Q1 Q0 K1 Q1 Q0
00 01 11 10 00 01 11 10
0 0 1 X X 0 X X 1 0
Q2 Q2
1 0 1 X X 1 X X 1 0
J1 = K1 = Q0
J2 Q1 Q0 K2 Q1 Q0
00 01 11 10 00 01 11 10
0 0 0 1 0 0 X X X X
Q2 Q2
1 X X X X 1 0 0 1 0
J2 = K2 = Q0.Q1

Le montage du compteur synchrone 3 bits est donné à la figure 15 :


Fig. 15: Compteur synchrone modulo 8

SET SET SET


J Q J Q J Q
Horloge

K CLR Q K CLR Q K CLR Q

Q0 Q1 Q2

3. LES REGISTRES :

3.1. Présentation :
Un registre est constitué d’un assemblage de n bascules D permettant la mémorisation temporaire
de n bits avec ou sans décalage. L'information est emmagasinée sur un signal de commande et ensuite
conservée et disponible en lecture. La figure 16 donne un exemple de registre de mémorisation 4
bits avec le signal d'écriture W (Write) qui commande la mémorisation des données D0, D1, D2 et D3:
Fig. 16: Registre de mémorisation 4bits à lecture / écriture parallèles
D0 D1 D2 D3
SET SET SET SET
D Q D Q D Q D Q

CLR Q CLR Q CLR Q CLR Q


W

Q0 Q1 Q2 Q3

110 F o n c t i o n T r a i t e r
3.2. Les registres à décalage :

Dans un registre à décalage les bascules sont interconnectées de façon à ce que l'état logique de la
bascule de rang i puisse être transmis à la bascule de rang i+1 (ou i-1) quand un signal d'horloge est
appliqué à l'ensemble des bascules.

L'information peut être chargée de deux manières :


 Entrée parallèle : comme dans le cas d'un registre de mémorisation ;
 Entrée série : l'information est présentée séquentiellement bit après bit à l'entrée de la
première bascule. Le décalage peut alors être vers la gauche ou la droite.

De même, l’information peut être lue en série ou en parallèle. La figure 17 résume les modes de
fonctionnement d’un registre à décalage :
Fig. 17: Modes de fonctionnement d'un registre à décalage

r3 r2 r1 r0 r3 r2 r1 r0
r3 r2 r 1 r0 r3 r 2 r1 r0
SR r3 r2 r1 r2 r1 r0 SL

Ecriture / Lecture Lecture parallèle Ecriture série avec Ecriture série avec
parallèle décalage à droite décalage à gauche

Un registre à décalage universel aura donc la structure de la figure 18 :


Fig. 18: Structure d'un registre à décalage universel

Données d’entrée
A B C D

Entrée série droite Sens du décalage


Entrée série gauche REGISTRE
Horloge Chargement parallèle

QA Q B QC QD
Données de sortie

Parmi les registres universels, on trouve le 74194 qui est un registre à chargement parallèle ou
série, avec la possibilité d’un déplacement de l’information vers la droite (QA vers QD) ou la gauche
(QD vers QA). La description et le schéma de brochage sont donnés à la figure 19 :

Fig. 19: Brochage et table de fonctionnement du registre universel 74LS194

C ha p i t r e 6 La l o g i q u e s é q u e n t i e l l e 111
4. LES MEMOIRES :
4.1. Introduction :
Les systèmes modernes sont souvent à microprocesseur de tels systèmes exigent une capacité
mémoire importante pour le stockage des données. Les mémoires électroniques ou à semi-conducteurs
sont les éléments qui répondent à ce besoin.
Une mémoire est un dispositif capable d’emmagasiner puis de restituer une information. L'unité
d’information (bit, octet, etc.) s’appelle «point mémoire » ou «cellule».
Fig. 19: Schéma fonctionnel d'une mémoire

p n
MEMOIRE Bus de données
Bus d’adresse bidirectionnel
2p données de n bits

CS R/W
Chip Select Read/Write

 L’adresse fournie par le bus d'adresses est le mot binaire de p bits qui permet de localiser la
donnée ;
 La donnée de n bits entre (écriture) et sort (lecture) par le bus de données qui est
bidirectionnel : deux sens possibles, en liaison avec le signal R/W ;
 La mémoire peut stocker 2p données de n bits chacune ;
 Le signal CS permet la sélection du circuit ou le mettre en haute impédance ; cette possibilité
permet, comme on le verra, l'extension de la capacité mémoire d'un système.
On peut donc utiliser une mémoire soit en :
lecture :
 Appliquer le mot adresse sur le bus d’adresse ;
 Sélectionner le boîtier mémoire en appliquant un niveau logique bas sur la ligne CS ;
 Sélectionner le mode lecture en appliquant un niveau logique haut sur la ligne R/W ;
écriture :
 Appliquer le mot d’adresse sur le bus d’adresse ;
 Le mot de donnée sur le bus de données ;
 Sélectionner le boîtier mémoire en appliquant un niveau logique bas sur la ligne CS ;
 Sélectionner le mode écriture en appliquant un niveau logique bas sur la ligne R/W ;

4.2. Caractéristiques des mémoires :


 La capacité : c’est la quantité d’information qui peut être stockée dans la mémoire. Elle
s’exprime en bits ou en mots de n bits. Par exemple :
64b, 4Kb, 8Ko (o : octet ou byte ) avec 1o = 8b ; 1K = 210 = 1024 ; 1M = 2 20 = 1048576
 L’organisation : elle définit le nombre de mots et la longueur de chaque mot. Par exemple :
 Une mémoire de 64Kx 1 est constituée de 65536 mots de 1 bit. Sa capacité est donc de 64Kb (8Ko) ;
 Une mémoire de 8Kx8 contient 8192 mots de 8 bits. Sa capacité est de 64Kb (8Ko) ;
 Le temps d’accès : c’est le temps qui s’écoule entre une demande d’information et le moment
où elle est effectivement disponible.

4.3. Les différents types de mémoires


Les mémoires sont classées suivant deux familles :
 Mémoires mortes (ROM pour Read Only Memory) : mémoire à lecture seule;
 Mémoires vives (RAM pour Random Access Memory) : mémoire à lecture et écriture.

112 F o n c t i o n T r a i t e r
4.3.1. Les mémoires mortes :

Les ROM sont utilisées pour stocker des informations figées telles que des programmes fixes dans
des machines programmées ou les tables de conversion de données.
Le contenu est fixé à la construction ou par l’utilisateur et la disparition de l’alimentation
électrique n’altère pas le contenu.

4.3.2. Les mémoires vives

Dès qu’un système doit conserver temporairement des informations, la RAM trouve sa place. En
informatique, elles sont largement mises en oeuvre en quantités importantes (plus de 16 Mo en
microinformatique et plusieurs centaines de méga octets en mini–informatique).

4.3.3. Les mémoires programmables et effaçables par l’utilisateur

Les mémoires programmables sont intermédiaires entre les RAM et les ROM. Leur contenu peut être
défini par l’utilisateur et subsister sans alimentation électrique.
On en rencontre de différentes familles :
 Les PROM (Programmable ROM) : sont composées de fusibles que l’on peut détruire une
seule fois ;
 Les EPROM (Erasable PROM) : ce sont des mémoires effaçables par ultraviolet et
programmables électriquement ;
 Les EEPROM (Electrical Erasable PROM) : ce sont des mémoires effaçables et
programmables électriquement .

4.4. Extension de capacité :


Il est courant dans un système microinformatique de grouper plusieurs circuits pour augmenter la
capacité (nombre des mots et/ou longueur des mots). Par exemple, à l’aide de 4 boîtiers mémoires de
1Kx4bits, on peut réaliser les mémoires suivantes : 1Kx16bits, 4Kx4bits, 2Kx8bits.
Le schéma de la figure 20 réalise une mémoire de 1Kx16bits à partir d'une mémoire élémentaire de
1Kx4bits :
 Nécessité de 4 boîtiers ;
 Nécessité de 10 bits d’adresses A0 à A9 ; (nombre de mots = 2nombre de bits d’adresse )
 Nécessité de 16 bits de données D0 à D15 ;
Fig. 20: Extension de format d'une mémoire

AB
A0..A9

A0..A9 A0..A9 A0..A9 A0..A9


CS CS CS CS CS

R/W R/W R/W R/W


D 0..D3 D0..D3 D0..D 3 D0..D3

R/W
D0..D3 D4..D 7 D8..D11 D 12..D15

DB
D0..D15

C ha p i t r e 6 La l o g i q u e s é q u e n t i e l l e 113
E X E R C I C E S R E S O L U S
EXERCICE N°1 :

V Lorsqu’un circuit actif sur un front est


cc attaqué par un interrupteur directement, les
rebondissements de ce dernier provoque
R R Vers circuit commandé plusieurs front d’une durée approximative de
S Vers circuit commandé20 ms ; ce phénomène cause un
dysfonctionnement du circuit commandé. La
solution à ce problème est un circuit anti-
K rebond qu’on peut réaliser de plusieurs 20 ms
R façons ; ici on étudie la réalisation à base
d’une bascule SR. Analyser alors le
fonctionnement d’un tel circuit.
EXERCICE N°2 :

On désire réaliser un compteur asynchrone modulo 13 à base du circuit intégré 74LS76 :


[Link] de circuits intégrés 74LS76 doit-on utiliser ?
[Link] alors un schéma pour la réalisation d'un tel compteur en prévoyant un signal INIT
pour l'initialisation du compteur ?

EXERCICE N°3 : Etude du compteur binaire 74LS93


[Link] quel type de compteur s'agit-t –il ?
[Link] comment raccorder les bornes du compteur binaire 74LS93 pour obtenir un compteur
modulo 16 ?
[Link] le montage suivant permettant de réaliser un compteur modulo 60 ou diviseur de fréquence
par 60 :

Expliquez le fonctionnement du montage en commençant par indiquer le modulo de chaque


compteur 74LS93 ?

EXERCICE N°4 : Etude du registre à décalage universel 74LS194


On désire utiliser le registre à décalage universel 74LS194 pour un chargement parallèle des données et
une lecture série de ces données avec décalage vers la droite :
[Link] le tableau de fonctionnement ci-dessous pour permettre un chargement parallèle du
mot binaire 1011 dans le registre 74LS194 ?
4.2. En supposant que le chargement du mot binaire a été effectué, donnez le câblage du 74LS194 pour réaliser
un décalage rotatif de la gauche vers la droite ?

ENTREES SORTIES
Mode Parallèle
Clear Clock QD QC QB QA
S1 S0 D C B A

114 F o n c t i o n T r a i t e r
CORRIGES :
EXERCICE N°1 :
* Au repos, l’interrupteur K est en position 1, S = 0 et R = 1, alors Q = 1 ;
* Si on passe à la position 2, S = 1 et R = 0, alors Q = 0 ;
* Mais l’interrupteur rebond entre cette position et la position intermédiaire :
où S = 1 et R =1, ce qui correspond à l’état de mémoire de la bascule SR (Q = 0) ;
* De même, si on revient à la position 1 ; A la sortie, on n’a pas de rebondissemets.

EXERCICE N°2 :
1.1. On aura besoin de 4 bascules JK donc de 2 circuits 74LS76.
1.2. 1 1 1 1

SET SET SET SET


J Q J Q J Q J Q
Horloge

K CLR Q K CLR Q K CLR Q K CLR Q

Q0 Q1 Q2 Q3
Init

EXERCICE N°3 :
3.1.C'est un compteur asynchrone binaire 4 bits.
3.2.
Horloge CK A R01
CK B 74LS93 R02
QD QC QB QA

er éme
[Link] 1 compteur 74LS93 est un modulo 10 tandis que le 2 est un modulo 6. Les deux
compteurs sont montés en cascade puisque la dernière sortie de 1er compteur attaque
l'horloge du deuxième.

EXERCICE N°4 :
4.1.
ENTREES SORTIES
Mode Parallèle
Clear QD QC QB QA
S1 S0 D C B A
1 1 1 1 0 1 1 1 0 1 1

4.2. 5V

DSR MR
Horloge CP S0
DSL 74LS194 S1
Q3 Q 2 Q 1 Q0

C ha p i t r e 6 La l o g i q u e s é q u e n t i e l l e 115
E X E R C I C E N O N R E S O L U
Le montage proposé permet un asservissement de position pour un positionneur d'antenne parabolique :
Le montage suivant représente une solution câblée pour la chaîne d'information du système "Positionneur
d'antenne parabolique". Le fonctionnement d'une telle structure est comme suit :

 La position désirée (consigne) est fournie par une roue codeuse ;


 Quand le moteur tourne vers le "West" ou vers l'"East", le capteur ILS se fermant et s'ouvrant
régulièrement, donne des impulsions au compteur (le 4060 et le 4029) qui compte ces dernières ; de
ce fait, on détecte la position de l'antenne ;
 Le comparateur (le 7485) compare la consigne à la position réelle et en fonction du résultat fait
tourner le moteur vers le "W" ou vers le "E" ou l'arrête.

5V
5V
Entrée
Capteur ILS
P Bin/Dec Q4 CK
Q5 R1
4029 4060 C1 R2
Q6
Cin R
Q4 Q3 Q2 Q1 U/D Q7

B
5V

B3 B2 B1 B0
A<B
A<B
A=B 7485 A=B 12V
A>B A>B
A3 A2 A1 A0
5V M

Roue Codeuse

1. Pour les 2 sens de rotation du moteur, donner la fonction du compteur 4029 (comptage ou décomptage),
l'état des 2 relais ainsi que le schéma correspondant à la commande du moteur.
2. 16 impulsions du capteur ILS correspondent approximativement à un déplacement de 0.1 mm, de la tige du
vérin électrique (moteur + système vis-écrou). Quel est le rôle du compteur 4060 ?
3. Le relais est un circuit selfique. Qu'est ce qui manque alors dans ce circuit de commande ?

116 F o n c t i o n T r a i t e r
CHAPITRE 7
FAMILLES LOGIQUES TTL ET CMOS
1. NOTION DE FAMILLE DE CIRCUIT LOGIQUE
Un circuit logique se présente sous forme de circuit intégré qui permet de regrouper dans un même
boîtier un maximum de composants électroniques dont le plus important est le transistor.
Fig. 1 : Exemple de circuit logique intégré

Les circuits intégrés logiques sont classés suivant leur technologie de fabrication en plusieurs familles
logiques. Chaque famille logique a pour point commun la technologie employée.
Dans ce chapitre, on étudiera les familles les plus populaires actuellement, à savoir :
 La famille TTL (Transistor Transistor Logic) : utilise une technologie à base de transistors
bipolaires ;
 La famille CMOS (Complementary Metal Oxide Semiconductor) : utilise une technologie a base
de transistor MOS.
Chaque famille logique est caractérisée par des paramètres électriques comme l’alimentation et la
consommation, et des performances dynamiques comme le temps de propagation.

2. LES VARIANTES TECHNOLOGIQUES DES FAMILLES LOGIQUES TTL ET CMOS

2.1. Les variantes technologiques de la famille TTL :


La série TTL standard : Série standard qui est peu rapide avec une consommation élevée ;
La série TTL L : Série à faible consommation (Low Power) mais au détriment de la rapidité ;
La série TTL H: Série rapide (High speed) mais au détriment de la consommation ;
La série TTL S : Série Schottky qui est 2 fois plus rapide que la série H pour la même
consommation ;
La série TTL LS : Série qui constitue un compromis entre la série TTL L et la série TTL S ;
Les séries TTL AS (Advanced Schottky), ALS (Advanced Low power Schottky) :
Séries dérivées des technologies présentées précédemment. Les technologies avancées de
TTL mettent en oeuvre les progrès récent en matière de circuits intégrés bipolaires.

2.2. Les variantes technologiques de la famille CMOS :


La série 4000 : Série classique de base.
Les séries AC et ACT : La série AC (Advanced Cmos) est l’évolution de la série de base. Le suffixe
T indique la compatibilité des entrées et sorties avec les séries TTL.
Séries HC, HCT, AHC et AHCT : Les séries disposant du suffixe H (High speed) sont fondées sur la
technologie CMOS rapide. Elles existent dans les différentes déclinaisons suivant
qu’elles sont avancées (A), compatibles TTL (T) ou combinant ces
caractéristiques.

C ha p i t r e 7 F a m i l l e l o g i q u e T T L s t C M O S 117
3. LA STRUCTURE DE BASE DES FAMILLES LOGIQUES TTL ET CMOS

3.1. La structure TTL :

Le montage de la figure 1 est la structure de base d’une porte NAND TTL à base de transistors
bipolaires ; l'analyse suivante montrera qu'il s'agit bien d'une porte "NAND".
 Lorsque les deux entrées a et b sont au niveau Fig. 1 : Structure de base d'une porte NAND TTL
haut (5V), le transistor T1 est bloqué et le 5V
transistor T2 est saturé ce qui bloque T3 et
R4
sature T4 ; S est alors au niveau logique bas (0V)
R1 R2
si la porte est chargée normalement (par
exemple par une autre porte TTL); T3

 Si l’une des entrées ou les deux entrées sont au A T2


B T1 S
niveau bas (0V), le transistor T1 est conducteur,
T4
ce qui bloque T2 et T4 ; T3 peut alors conduire
R3
et assure à la sortie S un niveau logique haut
(voisin de 5V) si la porte est chargée
normalement (par exemple par une autre porte
TTL) ;

3.2. Structure CMOS :


Le montage de la figure 2 représente la structure de base d’une porte INVERSEUSE CMOS à base de
deux transistors MOS complémentaires :
Fig. 2 : Structure de base d'une porte CMOS
 Si on applique un niveau bas à l’entrée, le transistor
T2 (MOS N) est bloqué car sa tension grille est nulle. Vdd
Par contre le transistor T1 (MOS P) est conducteur
car sa tension grille source est égale à -5V : le sortie
S est au niveau logique 1 ; T1

 Si on applique un niveau haut à l’entrée, le transistor


T1 est bloqué car sa tension grille source est nulle. a S
Le transistor T2 est conducteur car sa tension grille
T2
source est égale à 5V : la sortie S est au niveau
logique 0 ;

 L’ensemble réalise une porte inverseuse.

4. LES PARAMETRES ELECTRIQUES DES CIRCUITS LOGIQUES


4.1. Tension d’alimentation :

Famille logique TTL : L’alimentation doit être fixe et égale à 5V avec une tolérance de ± 5%.

Famille logique CMOS : Le choix de la tension d’alimentation est plus large de 3V à 18V.

4.2. Les niveaux logiques :

Pour une famille donnée, les niveaux logiques « 0 » ou "L" (Low) et « 1 » ou "H" (High) ne
correspondent pas à une tension précise, mais à une certaine « plage » de tension.

118 F o n c t i o n T r a i t e r
La terminologie utilisée pour les valeurs de la tension en entrée (Input):
VIHmin : Tension minimale en entrée qui assure le niveau logique haut.
VILmax : Tension maximale en entrée qui assure le niveau logique bas.
Fig. 3 : Niveaux logiques d'entrées

Vcc
En TTL :
1 VIHmin = 2 V V ILmax = 0,8 V
VIHmin
 En CMOS : (3V ≤Vcc ≤18V)
VILmax (Etat indéfini) VIHmin = 0,[Link] VILmax = 0,[Link]

0V
0

La terminologie utilisée pour les valeurs de la tension de sortie (Output) :


VOHmin : Tension minimale de sortie à l’état logique haut.
V0Lmax : Tension maximale de sortie à l’état logique bas.
Fig. 4 : Niveaux logiques de sorties

Vcc
En TTL :
VOHmin
1 VOHmin = 2,4 V VOLmax = 0,4 V

 En CMOS : (3V ≤Vcc ≤18V)


V OLmax (Etat indéfini) VOHmin = 0,[Link] VOLmax = 0,[Link]
0
0V

4.4. Consommation des circuits logiques


La consommation d'un circuit logique est la puissance demandée par son boîtier au circuit
d'alimentation. Elle doit être la plus faible possible et elle est nécessaire pour dimensionner
l’alimentation des circuits logiques.
Le constructeur indique une puissance consommée moyenne liée aux niveaux de sortie des circuits
logiques. Ainsi pour un opérateur NAND TTL, elle est de 50mW

5. LES PERFORMANCES DYNAMIQUES DES CIRCUITS LOGIQUES


Dans une porte logique, les grandeurs sont transmises avec un retard caractéristique de la porte : c’est
le temps de propagation de l’information dans la porte. On distingue alors la transition haut–bas (front
descendant) ou bas–haut (front montant) :
Fig. 5 : Illustration du temps de propagation
 TpHL : temps de propagation du signal
logique lorsque la sortie passe de V IN V OUT
l’état haut à l’état bas (Propagation
Time High to Low). VIN
 TpLH : temps de propagation du signal
logique lorsque la sortie passe de 1,3V
l’état bas à l’état haut (Propagation t
Time Low to High). VOUT

Pour assurer la mesure de ces durées, une


1,3V
référence de tension est fixée par les constructeurs t
(1,3 V en TTL) pour le début et la fin de la
propagation comme le montre la figure 5 : TpHL TpLH

C ha p i t r e 7 F a m i l l e l o g i q u e T T L s t C M O S 119
6. PERFORMANCES COMPAREES DES DIFFERENTES FAMILLES TTL ET CMOS

TTL TTL-LS C-MOS NC-MOS


Temps de propagation tpd (ns) 10 10 40 10
Tension d'alimentation (V) +5V à ± 5% +5V à ± 5% +3V à +15V +3V à +15V
Puissance consommée Pc (mW) 10 2 0,3 0,3
Fréquence maximale (MHz) 30 30 10 30
Nombres d’entrées recommandées 10 20 50 mini 50 mini

7. LES DIFFERENTS ETAGES DE SORTIE

7.1. Etage de sortie Totem pole :


Fig. 6 : Structure de base d'une porte NAND TTL

5V
L’étage de sortie, appelé totem pole ajoute un R4
étage à transistors pour améliorer les R1 R2
commutations de la sortie et la stabilité des
T3
niveaux logiques.
La figure 6 montre la structure d’une porte
a
NAND avec sortie totem pole : T1 T2 S
b
T4
R3

7.2. Etage de sortie à collecteur ou drain ouvert :


Fig. 7 : Porte NAND TTL avec sortie collecteur ouvert
L’étage de sortie à collecteur
ouvert ou drain ouvert est utilisé 5V
lorsque la charge nécessite une tension
d’alimentation que ne peut lui fournir R
R1
la porte logique. Dans cette
configuration, la sortie est le Résistance de
collecteur ou le drain du dernier S polarisation
transistor dont il faut terminer la a T2
b T1
polarisation. Ce type de sortie est
identifié par le signe montré à la figure
suivante qui représente une porte
NAND à sortie collecteur ouvert :

7.3. Etage de sortie trois états :


Dans certaines applications, il s’avère nécessaire de déconnecter électriquement la sortie d’une
porte logique pour l’isoler du montage. Il faut donc que la sortie soit comme un circuit ouvert vis à vis
du reste du montage. Un nouvel état apparaît en supplément du niveau haut et du bas : l’état de haute
impédance (HiZ) où l’impédance ou la résistance de sortie devient très grande, voire infinie.
Pour mettre en oeuvre une telle porte, il faut une entrée supplémentaire sélectionnant l’état haute
impédance ou troisième état.

La figure 8 montre le symbole d’un opérateur OUI 3 états avec sa table de vérité :

120 F o n c t i o n T r a i t e r
Fig. 8 : Porte OUI 3 états

Contrôle Entrée Sortie


Enable
(Contrôle) Enable a S
1 0 0
a S 1 1 1
0 X HiZ

8. INTERFACAGE DES CIRCUITS LOGIQUES


8.1. Interface CMOS/TTL et TTL/CMOS (Figure 9) :
Fig. 9 : Interfaçage entre TTL et CMOS
 Une sortie CMOS peut commander sans problème une 5V
entrée TTL ;

 Par contre, une sortie TTL délivre une tension VOH très Rp
proche de VIH(min) de l’entrée CMOS. La solution la
plus utilisée pour assurer la compatibilité consiste à
TTL
utiliser une résistance de rappel à la source Rp comprise CMOS
entre 1KΩà 10KΩ.

8.2. Commande d’une entrée logique TTL par un contact :

Souvent, l’entrée d’un circuit logique TTL change d’état en fonction de l’état d’un contact
(interrupteur, contact d'un capteur TOR, etc.). Dans ce cas, il faut prévoir un interfaçage pour assurer
le bon fonctionnement comme le montre les figures 10 et 11 :
Fig. 10 : Contact commandant un niveau bas

5V
Sans la résistance R1, la fermeture du contact provoque un court-
circuit de l'alimentation 5V. La résistance R1 résout ce problème :
R1
 Au repos, le contact est ouvert, R1 assure le '1' logique
sur l'entrée de la porte logique ; R1 est typiquement de 10kΩ
;
 lorsque le contact est fermé, l'entrée logique est au
VI niveau "0" et l'alimentation n'est pas court-circuitée.

Fig. 11 : Contact commandant un niveau haut

5V
 Au repos, le contact est ouvert, R1 assure le
'0' logique sur l'entrée de la porte logique ; R1 est
typiquement de 1kΩ;

 lorsque le contact est fermé, l'entrée logique est au


niveau "1" et l'alimentation n'est pas court-circuitée.
R2 VI

C ha p i t r e 7 F a m i l l e l o g i q u e T T L s t C M O S 121
E X E R C I C E S R E S O L U S
EXERCICE N°1:
5V
1.1- Donner le schéma d'une porte NAND à 4 entrées. R4
1.2- Peut-on généraliser le principe sur n entrés ? R1 R2

EXERCICE N°2: T3
D2

Soit le montage ci-contre, d'une porte logique. Analyser le E


D1
T2
montage et en déduire le rôle de l'entrée OE (Output Enable) OE T1 S
et le rôle de la porte ? T4
R3

CORRIGES :

EXERCICE N°1 :

1.1- C'est le même schéma que pour le schéma de base, mais avec un transistor à 4 émetteurs..
1.2- Oui.

EXERCICE N°2 :

 Si OE=0 (0V), D2 conduit, ce qui fait conduire T1 bloquant par conséquence T2 et T4. La conduction
de D2 bloque T3 et D1. En conclusion, l'étage TOTEM POLE est bloqué, ce qui met la sortie de la porte
en haute impédance.
 Si OE= (5V), D2 est bloqué ; elle n'a aucune influence sur le montage. Par analyse simple, on trouve
que la porte est inverseuse (S = E ). En conclusion, c'est une porte inverseuse Tri-State.

E X E R C I C E N O N R E S O L U
La sortie d’une porte logique à l’état haut est équivalente à un dipôle actif, comme il est modélisé dans
la figure ci-dessous :
5v (Alimentation de la porte)
E IOH IOH S

IOH
L’entrée est 0v r
à l’état bas VOH VOH
E

0v 0v

On se propose d’étudier sa caractéristique courant-tension VOH = f(IOH). Le relevé d’une telle


caractéristique est donné à la figure ci après :

VOH(V
3.8 ) Caractéristique linéarisée 5v
V Caractéristique Réelle E IOH
A

0v
VOH V
Rch
IOH(mA)
0 25mA 0v

Donner les caractéristiques (E,r) de ce dipôle, en considérant la caractéristique linéaire

122 F o n c t i o n T r a i t e r
CHAPITRE 8
TEMPORISATEURS A BASE DE CIRCUITS INTEGREES
INTRODUCTION
Dans les systèmes numériques, on a souvent besoin q'une action soit effectuée pendant une durée
déterminée ; on parle de temporisation. Aussi, on a besoin d'un signal périodique qui synchronise ou
cadence les opérations d'un systèmes séquentiel ; on parle de base de temps ou d'horloge (Clock).

1. LE CIRCUIT DE BASE : LE CIRCUIT RC


A la base de pas mal de systèmes de temporisation, on trouve un circuit à base d'une résistance R et
d'un condensateur C (circuit RC). Ci -dessous, on étudie les aspects de base de ce circuit.

E C Vc R C Vc

Dans un circuit RC, avec C déchargé Dans un circuit RC, avec C déjà chargé
(Vc=0V), alimenté par une tension continue (Vc=Vc 0), la tension aux bornes de C
Vcc, la tension Vc aux bornes de C diminue ; on dit que C se décharge. la loi
augmente ; on dit que C se charge. La loi de de variation de Vc est de la forme :
variation de Vc est de la forme : -t/RC
Vc = Vc 0(e )
-t/RC
Vc = E(1-e )
 Pour t=0  Vc=Vc0 ;
 Pour t=0  Vc=0V ;  Pour t  Vc0 ;
 Pour t  VcE ;  Pour t= Vc=0.33Vc0.
 Pour t= Vc=0.63E.
Vc Vc

E Vc 0
0.63E
0.33E
t t
0 
=RC 0 
=RC

On démontre que pour atteindre une certaine valeur VcX, il faut un certain temps tX, tel que :

tX  Varaition_totale )]
RC[ln(Variation_res tante Vc
E
où : Variation restante
 ln est le logarithme népérien ; VcX
 R est la valeur de la résistance ;
 C est la capacité du condensateur. t
0 tX

t X RC [ln( E )]
E
VcX

C h a p i t r e 8 T e m p o r i s a t e u r s à b a s e d e c i r c u i t s i n t é g r é s 123
2. PRINCIPE DE BASE :
Il correspond au schéma ci-contre. Son fonctionnement est comme suit :

 Initialement, le condensateur C est déchargé et la Vcc


tension de sortie Vs du comparateur est au niveau bas
ce qui ouvere l’interrupteur électronique D ; R
 Le condensateur C se charge exponentiellement à
travers la résistance R ;
 Vs reste à l’état bas jusqu'à ce que Vc atteigne la + S
tension de la référence Vref ; C -
 Lorsque Vc atteint Vref, le comparateur bascule à D Vs
l’état haut provoquant ainsi la fermeture de Vc Vref
l'interrupteur ;
 Le condensateur C se décharge rapidement à travers
la résistance de l'interrupteur qui est relativement
faible par rapport à R.

Un tel principe est utilisé régulièrement dans les systèmes électroniques ; une variété de circuits
intégrés le concrétisent (74121 en TTL, le 4047 en CMOS, NE555, etc.). Le plus célèbre de ces circuits est
le fameux NE555, qui fera l'objet de l'étude suivante.

3. LE TEMPORISATEUR NE555 :
Introduit en 1972, le NE555 était le premier
circuit intégré temporisateur qui représente une
sorte de standard en matière de fonctions de
temporisation, en particulier le circuit monostable
et le circuit astable. Comme l'indique son schéma
interne, il est consistitué de :
 2 comparateurs dont les seuils sont fixés par
le pont des 3 réistances R ;
 d'une bascule SR, avec une entrée de forcage
à 0 (RESET) ;
 d'un transistor pour la décharge de
condensateur externe.

4. MODES DE FONCTIONNEMENT DU NE555


Plusieurs fonctions peuvent être réalisées par ce circuit ; les plus importantes sont le Monostable qui
permet d'avoir des temporisations et l'Astable qui permet d'avoir des oscillations libres.

4.1. Le monostable

Le schéma à base du NE555 et son fonctionnement sont donnés ci-après :


 On suppose qu'au démarrage, le condensateur C est déchargé et la sortie Vs à 0 ;
 L'entrée Vt est au repos au niveau logique 1 ; alors les variables du montage sont positionnées
ainsi :
 Le entrées de la bascule (S=0) et (R=0)  Etat mémoire de la bascule et Vs reste à 0 ;
 le transistor est saturé ; c'est l'état stable du monostable.
 Si Vt passe à 0 pendant une durée très courte par rapport à la durée qu'on veut du monostable,
alors :
 (S=1) et (R=0)  la sortie Vs est à 1 ;
 le transistor est bloqué, ce qui permet au condensateur C de se charger à travers R.

124 F o n c t i o n T r a i t e r
 Quand Vc, après un temps qui dépend de R et C, atteint 2/3 de E, on a :
 (S=0) et (R=1)  la sortie Vs est à 0 ;
 le transistor est saturé ; on revient à l'état de repos.
 L'expression de la durée de temporisation TW est :

TW RC[ln( E )]  TW RC ln3  TW 


1. 1RC
E 2 E
3
Vt E
E

t
0 R
Vc
E 4 8
2/3 E 7 3 S

t 6
0 NE555
Vs
E Vc 2 1 Vs
C

t Vt
0
TW TW

4.2. L'astable
Il y a plusieurs variantes de cette fonction ; on va étudier la plus courante. Son schéma et son
fonctionnement sont donnés ci-après :
 On suppose qu'au démarrage, le condensateur C est déchargé et la sortie Vs à 1 ; alors les
variables du montage sont positionnées ainsi :
 Le entrées de la bascule (S=0) et (R=0)  Etat mémoire de la bascule et Vs reste à 1 ;
 le transistor est bloqué, ce qui permet au condensateur C de se charger à travers (RA+ RB).
 Quand Vc, après un temps qui dépend de (RA+ RB ) et C, atteint 2/3 de E, on a :
 (S=0) et (R=1)  la sortie Vs est à 0 ;
 le transistor est saturé ; ce qui permet au condensateur C de se décharger à travers la
résistance RB. La tension Vc diminue alors.
 Quand Vc, après un temps qui dépend de RB et C, atteint 1/3 de E, on a :
 (S=1) et (R=0)  la sortie Vs est à 1 ;
 le transistor est bloqué ; le cycle recommence. Il s'agit bien d'un oscillateur.
 L'expression de la période est T = T L + TH, avec :
TL RBCln2 et TH 
( RA RB)Cln2  T 0. 7( 2 RA RB)C

Vc
E E

2/3 E

1/3 E RA
0 t 4 8 S
7 3
Vs
RB NE555
E
6
2 1 Vs
C
t Vc
0
Etat transitoire TL TH

C h a p i t r e 8 T e m p o r i s a t e u r s à b a s e d e c i r c u i t s i n t é g r é s 125
E X E R C I C E S R E S O L U S

Le montage ci-dessous représente la partie commande d’un essuie-glace, sachant que sa


partie opérative est principalement constituée autour d’un moteur à courant continu et d’un
système Bielle-manivelle. Analyser son fonctionnement, sachant que :

 Le NE555 (1) est un astable de (T=1ms) ;


 Le NE555 (2) est un astable de (T=7s) avec 2s de durée du niveau haut ;
 le capteur "cc" est un contact incorporé dans le moteur, qui est fermé tant que l'essuie-glace est
dans sa course normale de balayage (pas dans la position initiale de repos).

R1
4 8
7 3
R2 NE555
1 D M
2
C1 6 1
1
K
R3
2 T1

R4 3
4 8 4
12 V 7 3
Batterie NE555 CC
R5
6 2
2
C2 6 1

CORRIGE :

Le système permet d'améliorer la visibilité d'un pare-brise. Il fonctionne de la façon suivante :

 Si le commutateur K est en position 1, le moteur est alimenté par 12V en permanence


(1ere vitesse) ;
 Si le commutateur K est en position 2, le moteur est alimenté par un signal périodique de
période 1 ms par exemple, tantôt à 12 V, tantôt à 0 V, ce qui fait fonctionner le moteur
avec une tension moyenne inférieure de celle la position 1 ; par conséquent, la vitesse de
balayage est plus petite (2eme vitesse) ;
 Si le commutateur K est en position 3, le moteur est alimenté par un signal, dont la durée
de l'état 1 (12 V) est plus petite que celle de l'état 0 (0V), ce qui donne comme résultat :
l’essuie-glace fait un aller retour (en 2s par exemple) et s’arrête pendant un temps plus
grand (5s par exemple) ; et le cycle recommence ;
 Si on passe de n’importe quelle position à la position 4 (arrêt), il risque que les balais ne
reviennent pas à leur position initiale ; le capteur "cc" qui est fermé tant que l'essuie-
glace est en course, permet alors d'alimenter le moteur et par conséquent faire revenir
les balais à leur position de repos.

126 F o n c t i o n T r a i t e r
CHAPITRE 9
CIRCUITS LOGIQUES PROGRAMMABLES
INTRODUCTION :
Actuellement les systèmes techniques utilisent de plus en plus de circuits numériques, qui impliquent
l’utilisation d’un nombre important de circuits intégrés logiques. Ceci a pour conséquence, une mise en
oeuvre complexe, un circuit imprimé de taille importante et un prix de revient élevé. Le développement
incessant de la technologie des mémoires électroniques utilisées en informatique a alors permis la
naissance des circuits logiques programmables (Programmable Logic Devices ou en abrégé PLD ).

1. PRINCIPES ET TECHNIQUES DE BASE :


Un circuit programmable est un assemblage de circuits de base qui sont génériques (opérateurs
logiques combinatoires, multiplexeurs, bascules, etc.). On trouve en particulier dans un PLD :
des multiplexeurs permettant la création de chemins entre ses différents composants ;
des OU Exclusif permettant la complémentarité des fonctions ;
des bascules généralement de type D, permettant la mémorisation des fonctions ;
et des réseaux logiques programmables qu'on détaille ci-après.

Toute fonction logique combinatoire peut se mettre sous forme d'une somme (OU) de produits (ET).
Partant de ce principe, on en déduit une structure appelée PLA (Programmable Logic Array). Elle est
constituée :
D'un ensemble d’opérateurs « ET » (figure 1) sur lesquels viennent se connecter les variables
d’entrée et leurs compléments ;
D'un ensemble d’opérateurs « OU » (figure 2) sur lesquels les sorties des opérateurs « ET » sont
connectées.
Fig. 1 : Porte ET

Vcc
: Fusible Intact
a b
a b
a
S ET
b

S ET SET

Fig. 2 : Porte OU

S ET0 : Fusible Intact

S ET0

S ET1
SET0 S ET1
Q0
SET1

Q0
Q0

C ha p i t r e 9 C i r c u i t s l o g i q u e s p r o g r a m m a b l e s 127
L’ensemble des opérateurs forment des matrices (matrice OU et matrice ET). Les interconnexions de
ces matrices sont assurées par des fusibles qui sont « grillés » lors de la programmation. Lorsqu’un PLD est
vierge toutes les connexions sont assurées (fusibles intacts).
La figure 3 représente la structure interne d'un PLA et la figure 4 contient la représentation simplifiée
d'une telle structure :

Fig. 3 : Structure interne d'un PLA 2 entrées et 1 sortie Fig. 4 : Représentation conventionnelle d'un PLA

I1 I1 I2 I2 I1 I1 I2 I2
F1

I1
I1
Q
Q
I2 I2
F8
: Fusible Intact

Pour matérialiser les interconnexions :


 la technique des fusibles est en voie de disparition ; en effet, dans cette technique, on l'aura
compris, le PLD est programmé un fois pour toutes ;
 Parmi les techniques utilisées actuellement, on retient celle qui est la plus courante ; il s'agit
de la technique utilisant le transistor "MOS à grille isolée". Cette technique permet de
programmer et reprogrammer le PLD. Le circuit est donc effaçable électriquement. De point
de vue aspect physique, le fusible est tout simplement remplacé par un transistor MOS à grille
isolée.

2. LA CLASSIFICATION DES PLD :


Il existe plusieurs familles de PLD qui sont différenciées par leurs structures internes. Dans e tableau
suivant, on présente 2 classes de base de ces familles :

TYPE Densité MATRICE ET MATRICE OU EFFAÇABLE


PAL (Programmbale Array Logic) 10 à 100 portes Programmable Fixe Non
GAL (Generic Array Logic) 10 à 100 Programmable Fixe Electriquement

3. LES PAL (Programmable Array Logic) :

3.1. Structure de base d’un PAL : Fig. 4 : Exemple de programmation d'un PAL
a b
Les PAL sont les premiers circuits programmables à être
utilisés et ont été développés par le constructeur AMD il y
a une vingtaine d’années. Ils possèdent une matrice « ET »
programmable et une matrice « OU » fixe ou figée.

Les PAL sont programmés par destruction de fusibles et


ne sont donc programmables qu’une fois. La fusion des
fusibles est obtenue en appliquant à leurs bornes, à l’aide
d’un programmateur adapté, une tension de 12 à 15 V
pendant 10 à 50 µS.

: Fusible intact
: Liaison figée Q1 Q0

128 F o n c t i o n T r a i t e r
Soit à programmer les fonctions suivantes :

Q 0 a.b a.b et Q 0a .ba .b


On « grillera » des fusibles de façon à obtenir le schéma de la figure 4 ci -contre, où seuls les
fusibles intacts qui sont représentés ; les autres grillés ou sautés ne sont pas représentés.

3.2. Les différents types de sortie d’un PAL :

3.2.1. Structure de sorties combinatoires :

Ces sorties 3 états sont rebouclées vers la matrice de fusibles. En mode haute impédance, on peut
utiliser une broche de sortie comme étant une variable d’entrée intermédiaire :

I/O

3.2.2. Structure de sortie séquentielle :

Ces sorties utilisent des bascules D dont les sorties sont de type trois états. Elles sont contrôlées par
un signal de validation OE (Output Enable) et une horloge commune à toutes les bascules :
Horloge OE

D
SET
Q Out

CLR Q

3.2.3. Référence des PAL (D’après AMD) :

Les constructeurs ont défini une nomenclature permettant de décoder facilement la référence des
PAL :
PAL (CE) XX AB YY C ZZ EF
Type de boîtier
Vitesse
Consommation
Nombre de sorties
Structure de sortie
Nombre d’entrées
CE pour version CMOS

Nous allons voir le PAL 16 L 8 H 15 PC

Type de boîtier : DIL plastique civile


Vitesse : 15 nS
Consommation : ½ puissances
Nombre de sorties : 8
Sortie : Combinatoire active Bas
Nombre d’entrées : 16

C ha p i t r e 9 C i r c u i t s l o g i q u e s p r o g r a m m a b l e s 129
4. LES GAL (GENERIC ARRAY LOGIC) :
L'inconvénient majeur d'un PAL est qu'il ne peut être programmé qu'une seule fois, ce qui impose un
"gaspillage" lors du développement. On a donc pensé à remplacer les fusibles par des transistors MOS
pouvant être régénérés, d'où le terme "Generic Array Logic"(Réseau logique programmable). GAL est
marque déposée de LATTICE.
Les GAL sont donc des PAL effaçables, avec en plus macro-cellules de sortie programmables, ce qui le
rend versatile. La partie nommée OLMC (OUTPUT LOGIC MACROCELL) est versatile, ce qui veut dire qu'il
est possible par programmation de choisir entre une configuration de sortie combinatoire ou séquentielle.
La figure 7 montre la structure et la table de fonctionnement d'une OLMC :
 Le multiplexeur 4 vers 1 permet de mettre en circuit ou non la bascule D, en inversant ou non les
signaux ;
 Le multiplexeur 2 vers 1 permet de réinjecter soit la sortie, soit l'entrée du buffer de sortie vers le
réseau programmable.
Fig. 7 : Structure et table de fonctionnement d'une OLMC

5. PROGRAMMATION DES PLD


La programmation des PLD nécessite :
 Le logiciel de développement permettant de simplifier les équations et de générer un fichier
JEDEC à partir des données rentrées par l’opérateur. Le fichier JEDEC étant un ensemble de
données binaires indiquant au programmateur les fusibles à "griller" ;
 Un programmateur permettant de "griller" les fusibles du PLD en fonction des données du fichier
JEDEC. Il est en général associé à un logiciel de pilotage. Les programmateurs utilisés sont en
général les mêmes que ceux permettant la programmation des EPROM.

130 F o n c t i o n T r a i t e r
E X E R C I C E S R E S O L U S

Donner pour chaque combinaison de S1S0 de la macro-cellule d'un GAL, le schéma équivalent.

CORRIGE :
EXERCICE N° 1 :

C ha p i t r e 9 C i r c u i t s l o g i q u e s p r o g r a m m a b l e s 131
CHAPITRE 10

LE GRAFCET
INTRODUCTION :
La représentation graphique permet de décrire le fonctionnement séquentiel d'un système automatisé
sans ambiguïté et d'une façon compréhensible par toutes les catégories de personnel : de l'ingénieur au
technico-commercial. En effet, l'œil humain est capable de saisir, d'un regard, une évolution séquentielle
représentée graphiquement. Parmi les méthodes possibles, on trouve l'organigramme et le GRAFCET qui
est l'objet d'étude de ce chapitre. Le GRAFCET provient de GRAphe Fonctionnel de Commande par Etapes
et Transitions. Il est normalisé sur le plan international, depuis 1988 sous le nom de "Sequential Function
Chart (SFC)" (norme CEI 848). Pour illustrer les notions traitées dans ce chapitre, on se basera sur le
système de perçage automatisé, décrit ci-dessous :

Fig1. Perceuse automatisée Fig2. Fonctionnement du système

VM L'appui sur le bouton Départ cycle (Dcy) lance le cycle ;


Le vérin de serrage (VS) déplace la pièce pour la serrer ;
le capteur (ps) indique que la pièce est serrée ;
Le moteur supportant le forêt (MF) commence à tourner
et le vérin (VM) pousse le moteur vers le bas ;
Dcy fr Le perçage de la pièce commence et le capteur (pp)
MF indique que la pièce est percée ;
Alors le vérin VM remonte ; quand le capteur (fr) est
actionné, cela indique que le forêt est retourné ;
Le moteur MF et le vérin VM sont arrêtés ;
VS pp Le vérin VS retourne dans l'autre sens ; le capteur (pd)
indique que la pièce est desserrée :
On revient alors à l'état initial.
pd ps
Note : Pour la clarté, les noms des capteurs sont en
minuscule et ceux des actionneurs sont en majuscule.

1. TYPES DE GRAFCET :
Suivant les différents points de vue (utilisateur, technico-commercial, concepteur-réalisateur, etc.),
on peut distinguer plusieurs types de GRAFCET. Pour simplifier, on les résume dans 2 types :

 GRAFCET niveau 1 ; Fig3. GRAFCET niveau 1


 GRAFCET niveau 2.

1.1- GRAFCET niveau 1 :

Dans ce type de GRAFCET, apparaissent les actions à


réaliser et les informations nécessaires à leur exécution. Ce
modèle est purement descriptif. Le choix des actionneurs et
des capteurs n’est pas encore fait. On le désigne aussi par
"GRAFCET point de vue système" ou "GRAFCET fonctionnel".

1.2- GRAFCET niveau 2 :


Une étude détaillée conduit au choix des solutions
technologiques pour la partie opérative (PO) et la partie
commande (PC). On le désigne aussi par "GRAFCET point de
vue PO et PC".

132 F o n c t i o n T r a i t e r
2. ELEMENTS DE BASE :
Le GRAFCET se compose d'un ensemble :
 D'étapes auxquelles sont associées des actions ;
 De transitions auxquelles sont associées des réceptivités ;
 De liaisons orientées reliant les étapes aux transitions et les transitions aux étapes.

2.1- Etape :
2.1.1- Définition : Fig4. Symbole d'une étape

Une étape caractérise un état qui est un Une étape est symbolisée par un carré
comportement invariant d'une partie ou de repéré numériquement ; ici, c'est
la totalité de la partie commande. C'est une l'étape 1.
situation dans laquelle les variables
d'entrée et de sortie de la partie commande Fig5. Etape initiale
conservent leur état. Une variable d'étape
est associée à chaque étape (en général Si elle est symbolisée par un carré à côtés
repéré par Xi, ou i est l'identificateur de doublés, il s'agit alors d'une l'étape
l'étape). Cette variable booléenne a pour initiale, par laquelle le système démarre.
valeur logique :
 "1" lorsque l'étape associée est active. Fig6. Etape active
Par exemple pour l'étape 0, X0 = 1 ;
 "0" logique lorsque celle-ci est S'il est nécessaire de préciser à un
instant donné une étape i active, un
inactive. Par exemple pour l'étape 0,
point est placé comme ci-contre.
X0 = 0.

2.1.2- Actions associées à une étape :

Une ou plusieurs actions peuvent être associées à une étape. Elles traduisent ce qui doit être fait
chaque fois que l'étape à laquelle elles sont associées est active. On symbolise les actions par un
rectangle relié au symbole de l'étape. Elles peuvent être :
 Externes correspondant aux ordres vers la PO ;
Exemple : Serrer la pièce.
 Internes correspondant à des fonctions qui n'agissent pas sur la PO, telles qu'une
temporisation, un comptage, etc.
Exemple : Lancer une temporisation de 5 s.
Fig7. Exemples d'actions associées à une étape

2.2- Les transitions :


2.2.1- Définition : Fig8. Transition

Un système lors de son fonctionnement séquentiel change d’état. Une


transition indique la possibilité d'évolution entre étapes :
 Elle est symbolisée par une barre perpendiculaire aux
liaisons orientées ;
 Elle définit la condition d'évolution entre étapes, appelée
réceptivité.
Une transition est validée si l'étape ou les étapes précédentes sont actives.

C ha p i t r e 1 0 Le G R AF C E T 133
2.2.2- Réceptivité associée à une transition :

a. Définition : Fig9. Exemples de réceptivités

A chaque transition est associée une condition


logique appelée réceptivité ou condition de Pour évoluer de l'étape 0 à l'étape 1, il
franchissement d'étape. La réceptivité est une faut que vérifier l'équation logique :
fonction combinatoire d'informations [Link].
booléennes telles que l'état : X0 représente l'état de l'étape 0.
 d'un capteur ;
 d'un bouton de l'Interface Homme/Machine ;
 d'une temporisation ;
 d'une étape, etc. Pour évoluer de l'étape 4 à l'étape 5, il
Pour franchir une étape, il faut que : faut que vérifier l'équation logique :
X4.a0.c3
 la transition soit validée ; X4 représente l'état de l'étape 4.
 ET la réceptivité soit vraie.

b. Cas particuliers :

Il y a des cas particuliers de réceptivité, on en cite 2 :


 Temporisation : Pour faire intervenir le temps dans une réceptivité, il suffit d'indiquer après
le repère "t" son origine et sa durée. L'origine sera l'instant de début de l'activation de l'étape
déclenchant la temporisation. La notation t/14/5 signifie que la réceptivité sera vraie 5
secondes après l'activation de l'étape repérée 14. La notation normalisée s'écrit 5s/X14.
 Réceptivité toujours vraie : une telle réceptivité s'écrit "= 1". Le franchissement de cette
transition se fera dès que la ou les étapes immédiatement antérieures seront actives sans
autre condition.
Fig10. Réceptivité toujours vraie Fig11. Temporisation

Le passage de l'étape 4 à l'étape 5


est toujours vrai

3. LES REGLES D'EVOLUTION D'UN GRAFCET :


Règles N° 1 : Situation initiale
L'initialisation précise l'étape ou les étapes actives au début du fonctionnement. Elle caractérise le
comportement initial de la partie commande vis-à-vis de la partie opérative. Les étapes initiales
sont activées inconditionnellement en début de cycle.
Règles N° 2 : Franchissement d'une transition
Une transition est validée lorsque toutes les étapes immédiatement précédentes sont actives. Elle
ne peut alors être franchie que :
 Lorsqu'elle est validée ;
 ET que la réceptivité associée à la transition est vraie.
Règles N° 3 : Evolution des étapes actives
Le franchissement d'une transition entraîne l'activation simultanée de toutes les étapes
immédiatement suivantes et la désactivation de toutes les étapes immédiatement précédentes.

134 F o n c t i o n T r a i t e r
4. STRUCTURES DE BASE D'UN GRAFCET :
Fig12. Séquence linéaire
4.1- La séquence linéaire :

1 V+
Une séquence linéaire est composée d'un ensemble s
d'étapes successives où chaque étape est suivie d'une seule
2 MF VM+
transition et chaque transition n'est validée que par une
seule étape. pb

3 VM-

ph
4.2- Les séquences simultanées :

Lorsque le franchissement d'une transition conduit à activer simultanément plusieurs séquences


d'étapes, on obtient des séquences simultanées qui s'exécuteront parallèlement mais indépendamment.
C'est-à-dire, l'évolution de chacune des séquences d'étapes dépendra des conditions d'évolution du
système automatisé.
Pour représenter la structure des séquences simultanées, on utilise deux traits parallèles pour
indiquer le début et la fin des séquences.
Fig13. Séquences simultanées
Considérons l'exemple de la figure 13 :

 La transition 'h', qui possède 2 étapes de sortie,


représente l’exécution en parallèle de plusieurs
séquences. On appelle cette structure divergent ET :
Si l'étape 1 est active et la réceptivité h = 1, les étapes 2
et 12 sont activées

 La transition 'm.d', qui possède plusieurs étapes d’entrée,


représente la synchronisation de plusieurs séquences. On
appelle cette structure convergent ET:
Si les 2 étapes 3 et 13 sont actives et la réceptivité m.d =
1, l'étape 14 est activée.

4.3- Sélection de séquences :

Une structure alternative permet d'effectuer un choix unique d'évolution entre plusieurs étapes en
aval à partir d'une seule étape en amont. Pour représenter la structure alternative, on utilise un simple
trait horizontal pour indiquer le début et la fin des séquences. Considérons l'exemple de la figure 14 :
Fig14. Sélection de séquences
 De l'étape 1 :
 On active l'étape 2 si la réceptivité b = 1 et a =1 ;
 Ou on active l'étape 12 si la réceptivité b = 1 mais a = 0.
On appelle cette structure "divergence en OU". Il est à
noter que les branches d'une divergence en OU doivent
avoir des réceptivités exclusives, c'est-à-dire ne peuvent
pas être vraies simultanément.

 L'activation de l'étape 14 peut provenir :


 de l'étape 3 si elle est active et e = 1 ;
 OU de l'étape 13 si elle est active et m = 1.
On appelle cette structure "convergence en OU".

C ha p i t r e 1 0 Le G R AF C E T 135
Fig15. Saut d'étapes
4.4- Le saut d'étapes :

Le saut d'étape représente un saut conditionnel permettant


de sauter plusieurs étapes pour activer une étape en aval dans la
séquence.

Dans l'exemple de la figure 15, il y a un saut de l'étape 1 à


l'étape 4 mais conditionné par la réceptivité b.

4.5- Structure répétitive :


Fig16. Reprise de séquence

Une structure répétitive appelée aussi une reprise de


séquence, est un saut conditionnel permettant la reprise d'une
séquence plusieurs fois (boucle) tant qu'une condition logique
fixée n'est pas obtenue.

Il y a reprise des étapes 1, 2 et 3 tant que la réceptivité a


n'est pas obtenue. On dit aussi que c'est un saut d'étape 3 à 1 par
la réceptivité a.b.

136 F o n c t i o n T r a i t e r
E X E R C I C E S R E S O L U S
EXERCICE N° 1 : Malaxeur agroalimentaire
EV1
Le malaxeur étudié est un système utilisé dans des usines de
produits agro-alimentaires. Il décrit le processus de
EV2
traitement d’un produit liquide assurant le dosage d’une
P1 A
certaine quantité du liquide pour la porter à une température
donnée 0 (°c). Le système est réalisé autour de :
P0 B MB
 Un bac de dosage A permettant de peser la quantité du B1

TP
liquide à chauffer ; M
 Un ballon de chauffe permettant le chauffage et le EV3
RC
brassage (mélange) du liquide pesé.
A : Bac de pesage.
Le mode de marche du système est cycle par cycle. Le début B : Ballon de chauffe.
RC : Circuit de chauffe.
de chaque cycle est commandé par l'appui sur le bouton MB : Moteur de brassage.
poussoir Dcy. Les étapes suivantes sont alors exécutées : EV1..3 : Electrovannes.

 L’ouverture de EV1 autorise le remplissage du bac doseur A jusqu’à une valeur préaffichée P1
du système de pesage.
 Lorsque P1 est atteinte, on arrête le remplissage et on ouvre EV2 pour autoriser le
déversement du liquide du bac vers le ballon de chauffe B.
 A la fin du déversement (information P0), le circuit de chauffage RC et le moteur de brassage
MB sont alimentés.
 La température de chauffage est contrôlée par le capteur B1. Lorsque la température 0 est
atteinte, le chauffage et le brassage sont arrêtés et on ouvre EV3 pour autoriser la
circulation du liquide chauffé vers la suite du processus.

Au bout de 20 secondes, EV3 est désactivée et un nouveau cycle peut commencer.

EXERCICE N° 2 : Etude d’une chaîne d’embouteillage

V
Capteur : H
Dcy : Départ du cycle.
TP : Tapis en position.
BR : la bouteille est remplie.
EV F : L’électrovanne est fermée.
Capteur : BE BE : Le bouchon est enfoncé.
Bouteille Capteur : F H : Le vérin V est en position
haute

Capteur : BR

Capteur : TP Moteur M
Avancer d’un pas

Il s’agit d’un système utilisé dans les usines de production des boissons liquides. Il décrit une partie du
processus assurant les fonctions de remplissage et de bouchage des bouteilles.
Le système est réalisé autour de :
 Un tapis roulant permettant le déplacement des bouteilles.
 Un poste de remplissage P1 commandé par l’électrovanne EV.
 Un poste de bouchage P2 commandé par un vérin presseur V à double effet.

C ha p i t r e 1 0 Le G R AF C E T 137
Le déclenchement de la chaîne d’embouteillage se fait par action sur l’interrupteur Dcy. Le moteur ‘
Avance Tapis : M ’ tourne d’un pas jusqu’à l’action du capteur ‘ Tapis en position : TP ’. Une bouteille
est alors présente à chacun des postes P1 et P2. Les opérations de remplissage et de bouchage
s’effectueront simultanément sur les deux bouteilles :

 Le remplissage se fera en deux étapes :


 Ouverture de l’électrovanne EV ;
 Fermeture de EV après le remplissage de la bouteille. Le capteur ‘Bouteille remplie :
BR’ permettra de contrôler le niveau de remplissage des bouteilles.

 Le bouchage se fera en deux étapes :


 Descente du vérin presseur V ;
 Remonte du vérin V après l’enfoncement du bouchon.

Il est à noter que le cycle ne recommencera que si les deux opérations de remplissage et de bouchage
sont achevées.

CORRIGE :

EXERCICE N° 1 : EXERCICE N° 2 :

138 F o n c t i o n T r a i t e r
CHAPITRE 11
AUTOMATE PROGRAMMABLE INDUSTRIEL
INTRODUCTION
La matérialisation d'un GRAFCET peut être réalisée de deux façons :
 Logique câblée à base de bascules : elle est simple et adaptée à des petits systèmes figés ;
 Logique programmée à base d'ordinateur, de microcontrôleur ou d'automate programmable
industriel (API) : cette solution a l'avantage d'être flexible et évolutive puisqu'elle s'adapte
facilement à tout changement du système par un simple changement de programme.

1. LOGIQUE CABLEE
L'élément de base dans cette logique est la bascule SR. L'action Reset étant prioritaire (S = R = 1 alors
Q = 0), l'équation de la sortie Q a pour expression :
Q Q S 
.R
Pour matérialiser un GRAFCET, on associe à chaque étape
une bascule SR ; en effet, dans un GRAFCET, une étape : Ri
 est activée (action Set) par la condition (Etape Ri
précédente ET réceptivité vraie) ; R S
 reste activée même si la condition (Etape i i
précédente ET réceptivité vraie) devient fausse ; Q
 est désactivée (action Reset) si l'étape suivante est Ri+1
activée. Ri+1

Ce fonctionnement est donc traduit par le schéma ci- R S


contre. On appelle l'ensemble formée par la bascule SR et i+1 i+1
la porte ET "module d'étape", car chaque étape sera
Q
matérialisée par ce module de base :
Module d'étape
 i indique une étape i ;
 Ri indique la réceptivité associée à l'étape i.
Exemple : Perceuse automatisée pd

R S
0
Q
Dcy
0
Départ cycle Dcy R S
1
1 Serrage (VS+) Q
VS+ ps
Pièce serrée (ps )
R S
2 Rotation MF Descente (VM+) 2
Q
Pièce percée (pp)
VM+ pp
)
3 Montée (VM-) MF
R S
Retour effectué (fr) 3
Q

4 Desserrage (VS-) VM- fr


Pièce desserré (pd)
R S
4
Q
VS-

C h a p i t r e 1 1 A u t o m a t e p r o g r a m m a b l e i n d u s t r i e l 139
 On passe du GRAFCET au schéma avec modules d'étapes comme expliqué plus haut ;
 L'équation d'une sortie se détermine :
 en cherchant toutes les étapes où cette sortie est active ; et
 en liant les sorties Q des bascules (X) associées à ces étapes par un opérateur
logique OU.
Dans le cas de l'exemple ci-dessus :
 La sortie V est active dans l'étape 1 OU 2 OU 3, alors V = X1 + X2 + X3 ;
 La sortie MB est active uniquement dans l'étape 1, alors MB = X1 ; de même, MK = X3.

2. AUTOMATE PROGRAMMABLE INDUSTRIEL :

2.1- Structure :
Un Automate Programmable Industriel (API) est une machine électronique programmable destinée à
piloter en ambiance industrielle et en temps réel des systèmes automatisés. La structure interne d'un
API est représentée par la figure suivante :

Signalisation Console de programmation


Etat des entrées et des sorties

Bus

Unité centrale de
traitement Module
Module de
d’entrées Sorties
logiques logiques
Mémoire

Issue de programmation
Connexion avec le la Entrées / Sorties Alimentation
console de programmation. Liaison capteurs/actionneurs

 La mémoire : Elle permet :


 De recevoir les informations issues des entrées ;
 De recevoir les informations générées par le processeur et destinées à la commande des
sorties (valeur des sorties, des temporisations, etc.) ;
 De recevoir et conserver le programme du processus.

 L’unité de traitement : Elle réalise toutes les fonctions logiques et arithmétiques à partir d'un
programme contenu dans sa mémoire : elle lit et écrit dans la mémoire et actualise les sorties.
Elle est connectée aux autres éléments (mémoire et interface E/S) par un "Bus" parallèle qui
véhicule les informations entre ces éléments.

 Les interfaces d'entrées/sorties :


 Les entrées reçoivent des informations en provenance des éléments de détection et du
pupitre opérateur ;
 Les sorties transmettent des informations aux pré-actionneurs et aux éléments de
signalisation du pupitre.
Modules d'E/S

Ces interfaces d'Entrée/Sortie (E/S) se présentent


généralement sous forme d’interfaces modulaires
qu’on ajoute selon le besoin.

140 F o n c t i o n T r a i t e r
L’interface d'entrée a pour fonction de :

 Recevoir les signaux logiques en provenance des capteurs ;


 Traiter ces signaux en les mettant en forme, en éliminant les parasites d'origine
industrielle et en isolant électriquement l'unité de commande de la partie opérative
(isolation galvanique) pour la protection ;
 Généralement les entrées sont désignées ainsi : %Ii.j où i est le numéro du module et j le
numéro de l'entrée dans ce module, le signe "%" est spécifique au constructeur (ici
Telemecanique) . Exemple : %I0.3 représente l'entrée 3 du module 0.

L’interface de sortie a pour fonction de :

 Commander les pré-actionneurs et éléments de signalisation du système ;


 Adapter les niveaux de tension de l'unité de commande à celle de la partie opérative du
système en garantissant une isolation galvanique entre ces dernières ;
 Généralement les sorties sont désignées ainsi : %Qi.j où i est le numéro du module et j le
numéro de la sortie dans ce module. Exemple : % Q1.5 représente la sortie 5 du module 1.

 La console de programmation : C'est généralement un PC où est installé qui le logiciel de


programmation spécifique à l'API. Ce logiciel permet d'éditer le programme, de le compiler et
de le transférer à l'automate. Le PC peut également servir de poste opérateur pour assurer la
conduite de l'unité. Un autre logiciel est alors nécessaire pour assurer le dialogue avec
l'automate.

2.2- Cycle d'exécution d'un automate :


Lecture
Durant son fonctionnement, un API exécute le même cycle de des entrées
fonctionnement qu'on appelle "cycle automate" ; la durée de ce
cycle est typiquement de 1 à 50 ms :
Exécution du
 Avant chaque traitement, l'API lit les entrées et les mémorise programme
durant le cycle automate ;
 Il calcule les équations de fonctionnement du système en
Mise à jour des
fonction des entrées et d'autres variables et les mémorise ; sorties
 Les résultats sont recopiés dans les sorties.

2.3- PROGRAMMATION DE L’API


La programmation d'un API consiste à traduire dans le
langage spécialisé de l'automate, les équations de
fonctionnement du système à automatiser. Parmi les
langages normalisés, on cite quelques-uns des plus
connus et plus utilisés :

 Langage à contacts (LADDER) ;


 Langage List d'instructions (Instruction List) ;
 Langage GRAFCET (Sequential Function Chart : SFC).

Généralement, les constructeurs d'API proposent


des environnements logiciels graphiques pour la
programmation. Un exemple typique d'interface
graphique se présente comme ci-contre :

C h a p i t r e 1 1 A u t o m a t e p r o g r a m m a b l e i n d u s t r i e l 141
2.3.1- Le LADDER

a. Description :

% I0.0 % I0.2 %Q0.0


Le langage Ladder est une succession S2
de "réseaux de contacts" véhiculant S1
des informations logiques depuis les S3 %
entrées vers les sorties. C'est une
simple traduction des circuits de S1 : % I0.1
commande électriques. S2 : % I0.0
K S3 : % I0.2
K : % Q0.0

b. Exemple :

Dans cet exemple, on traduit le GRAFCET correspondant à la perceuse automatisée en LADDER :

Pour matérialiser ce GRAFCET, on utilise les associations


suivantes :
 Pour les fin de course :
Départ de cycle % I0.1
Pièce serrée % I0.2
Pièce percée % I0.3
Retour effectué % I0.4
Desserrage effectué % I0.5
 Pour chaque étape, on associe une variable
automate dont l’indice est le numéro d’étape :
X0 pour l’étape 0, X1 pour l’étape 1, etc.
 Pour chaque action, on associe une variable de
sortie de l’API.
Serrage % Q1.1
Rotation MF % Q1.2
Descente VM % Q1.3
Montée VM % Q1.4
Desserrage % Q1.5

On a vu dans la matérialisation par bascules que :


 Si l’étape i est active et si la réceptivité suivante est vraie alors l’étape (i+1) est activée.
 L’activation de cette étape (i+1) désactive l’étape i.

Pour l’étape1, en LADDER, ceci est représenté par :


% I0.1 % X0 % X1
S Si X0=1 et I0.1=1 alors Set X1

% X0 Si X1=1 alors Reset X0


% X1
R

Le programme complet sera alors


% I0.1 % X0 % X1 % I0.5 % X4 % X0
S S

% X1 % X0
% X0 % X4
R
R

142 F o n c t i o n T r a i t e r
% I0. 2 % X1 % X2
S
Traitement postérieur : Activation des sorties
% X2 % X1 % X1 % Q1.1
R

% I0. 3 % X2 % X3 % X2 % Q1.2
S

% X3 % X2
% Q1.3
R

% I0. 4 % X3 % X4 % X3 % Q1.4
S
% X4 % X3 % Q1.5
% X4
R

2.3.2- Liste d’instructions "IL" :

a. Description :

L'IL est un langage dans lequel toutes les opérations sont décrites par des instructions mnémoniques.
Ce n’est pas un langage graphique. Le tableau suivant donne une liste représentative de ce langage :

INSTRUCTION FONCTION
LD Lire une entrée ou une variable interne.
LDN Lire l’inverse d’une entrée ou d’une variable interne.
AND ET logique entre le résultat de l'instruction précédente et l'état de l'opérande.
ANDN ET logique entre le résultat de l'instruction précédente et l'état inverse de l'opérande.
OR OU logique entre le résultat de l'instruction précédente et l'état de l'opérande.
ORN OU logique entre le résultat de l'instruction précédente et l'état inverse de l'opérande.
N Négation du résultat de l'instruction précédente
ST L'opérande associé prend la valeur du résultat de la zone test.
STN L'opérande associé prend la valeur inverse du résultat de la zone test.
S L'opérande associé est mis à 1 lorsque le résultat de la zone test est à 1.
R L'opérande associé est mis à 0 lorsque le résultat de la zone test est à 1.
END Fin de programme.

b. Exemple : le programme suivant est une mise en œuvre du GRAFCET de l’exemple de la perceuse
en langage IL
LD% I0.1
Principe de base AND % X0 LD % I0.5
S % X1 AND % X4
R % X0 S % X0
LD % I0.0 LD % I0.2 R % X4
S2
S1 ANDN % I0.2
AND % X1 Traitement postérieur
OR % I0.1 S % X2 LD % X1
S ST % Q0.0 R % X1 S % Q1.1
S1 : % I0.1 LD % I0.3 LD % X2
S2 : % I0.0 AND % X2 S % Q1.2
S3 : % I0.2 S % X3 S % Q1.3
K K : % Q0.0 R % X2 LD % X3
LD % I0.4 S % Q1.4
AND % X3 LD % X4
S % X4 S % Q1.5
R % X3 END

C h a p i t r e 1 1 A u t o m a t e p r o g r a m m a b l e i n d u s t r i e l 143
2.3.3- Sequential Function Chart (SFC)

a. Description :

Le SFC est le langage graphique qui traduit un GRAFCET sur un API. Par abus de langage, on l'appelle
aussi le langage GRAFCET. Pour éditer un programme GRAFCET on passe par les étapes suivantes :

 On commence par construire graphiquement le GRAFCET ;


 On traduit les réceptivités dans le langage IL ou le langage LADDER ;
 La programmation des actions se fait dans le traitement postérieur en LADDER ou en "IL".
 En langage GRAFCET l'activation et la désactivation des étapes se fait automatiquement.

Exemple du poste de perçage

% I0.1
0
#

1
Ou en « IL » :
2 LD % I0.5

3 De même pour les


autres réceptivités

Traitement postérieur en IL Traitement postérieur en LADDER

LD % X1 % Q1.1
% X1
S % Q1.1
LD % X2 % Q1.2
S % Q1.2 % X2
S % Q1.3
% Q1.3
LD % X3
S % Q1.4
LD % X4 % X3 % Q1.4
S % Q1.5
% X4 % Q1.5
END

2.3.4- Fonctionnement des timers dans un API

Un temporisateur (Timer), a pour fonction de retarder une action. Dans un API on dispose
généralement de trois type de temporisateur, dont le plus utilisé est le temporisateur TON. Un
temporisateur TON, lorsqu'il est lancé, fait un retard t = N x TB, comme l'indique la figure suivante :

IN

N : valeur de présélection ;
TB : Base de temps. t
TMi.Q

N x TB N x TB
t

144 F o n c t i o n T r a i t e r
E X E R C I C E S R E S O L U S
EXERCICE N° 1 :

Le GRAFCET suivant représente le fonctionnement des feux de croisement. On se propose de le


matérialiser par langage GRAFCET.

On utilise les association suivantes :

0  Pour les fin de courses :


Départ de cycle % I0.1
Dcy
 Pour les timers on utilise trois timers de type
1 Vert (V) TON dont les sorties sont :
% TM0 % TM0.Q
T1/1/6s % TM1 % TM1.Q
% TM2 % TM2.Q
2 Orange (O)
 Pour chaque action, on associe une
T2/2/2s variable de sortie de l’API.
Vert (V) % Q1.1
3 Rouge (R)
Orange (O) % Q1.2
T3/3/8s Rouge (R) % Q1.3

On adopte le fonctionnement simple suivant :


 On étudie uniquement une voie ;
 Le vert s'allume pendant 6s ;
 L'orange s'allume pendant 2s.
 Le rouge s'allume pendant 8s.

Traduire les réceptivités en LADDER et le traitement postérieur en IL


Exemple :

4  Le timer TM0 est lancé par la variable d'étape X4.


 Quand la sortie du timer TM0.Q passe à 1 il doit activer
TM0/4/6s l'étape X5 et désactiver l'étape X4.
 La désactivation de X4 permet d'initialiser le timer pour
5 le préparer pour une nouvelle utilisation.

CORRIGE :
EXERCICE N° 1 :

L' interprétation de ceci en LADDER et en IL se fait comme suit :

% X4 % TM0 % X5

IN Q
LD % X4
ST % [Link]
LD % TM0.Q
S % X5
% TM0.Q % X4 R % X4

C h a p i t r e 1 1 A u t o m a t e p r o g r a m m a b l e i n d u s t r i e l 145
On propose dans ce qui suit la correction de l'application en traduisant les réceptivités et le
postérieur en LADDER.

Le GRAFCET

0 % I0.0
#
% TM0.Q
1
#

% TM1.Q
2 #

% TM2.Q
#
3

Traitement postérieur

% X1 % Q1.1

% X2 % Q1.2

% X3 % Q1.3

Préliminaire : Initialisation des compteurs


% X1 % TM0

IN Q

% X2 % TM0

IN Q

% X3 % TM0

IN Q

146 F o n c t i o n T r a i t e r
UNITE ATC
FONCTION
COMMUNIQUER

PRESENTATION

Après le traitement des informations, le résultat de traitement est communiqué à son


environnement, qui est principalement représenté par :
 Les actionneurs, via les preactionneurs, qui agissent sur la matière d'œuvre ;

 L'Interface Homme/Machine qui reçoit de l'unité de traitement des messages


renseignement sur l'état du système.

La position de la fonction "Communiquer" dans une chaîne d'information, ainsi que les
différentes réalisations principales sont représentées par la figure suivante :

Grandeurs Images
Consignes Informationnelles Ordres
physiques utilisables Messages
,

AQUERIR TRAITER COMMUNIQUER

Commande TOR
Interface homme / machine
Liaison utilisant le mode de transmission série
Liaison utilisant le mode de transmission parallèle
Réseaux

COMPETENCES ATTENDUES
A partir de tout ou partie d’un produit support avec son cahier des charges et son dossier
technique :

 Enoncer les principaux paramètres caractérisant les différents types de liaisons


 Mettre en œuvre les éléments nécessaires à la réalisation d'une liaison

CHAPITRES
CHAPITRESINCLUS
INCLUSDANS
DANSLA
LAFONCTION
FONCTIONCOMMUNIQUER
COMMUNIQUER

 Interfaçage en sortie
 Liaison parallèle – Liaison série

147
CHAPITRE 1

INTERFACE EN SORTIE
INTRODUCTION :

Dans un système automatisé, l'unité de traitement communique les informations traitées


principalement vers :

 L'utilisateur, grâce aux organes de dialogue en sortie ? tel un voyant de signalisation ; il s'agit
de l'interface Homme/Machine (IHM) ;
 des organes de puissance tel un moteur électrique triphasé ; il s'agit d'interface de puissance
centré principalement sur l'isolation électrique ou galvanique.

1. INTERFACE HOMME/MACHINE (IHM) :

L’interface Homme/Machine en sortie est une fonction de communication indispensable pour bien
gérer un système automatisé. Il consiste à fournir à l'opérateur l'ensemble des informations concernant
l'état du système automatisé qu’on désigne par "messages". Le dialogue Homme/Machine se fait par
l’utilisation de constituants regroupés dans ce qu'on appelle "pupitre" de commande. On en décrit
quelques-uns des plus populaires.

1.1. Les voyants :


Fig 4. Exemple de voyant
Les voyants sont des témoins lumineux qui constituent une interface
de dialogue simple donnant à l'opérateur des informations sur l'état du
système automatisé.

Les voyants possèdent un code de couleur (NORME EN 60204-1 :1992)


qui permet d'orienter l'opérateur sur l'origine du message :

COULEUR SIGNIFICATION EXEMPLE


ROUGE Urgence ou condition dangereuse Arrêt d'urgence
Condition anormale pouvant entraîner une situation
JAUNE Manque en matière d'œuvre
dangereuse
VERT Préparation de conditions normales Départ de cycle
BLANC Information générale Présence de la tension réseau

1.2. Les afficheurs numériques :


Dans certaines applications industrielles, le contrôle du Fig. 5 Exemple d'afficheur numérique
système automatisé nécessite de surveiller les paramètres avec
une grande précision qui n'est pas permise par les voyants.

Les afficheurs numériques permettent d'effectuer une


surveillance précises et informent l’opérateur des résultats de
mesure (température, pression, etc.) ou de comptage (nombre de
cycle, quantité de pièces produites, etc.).

1.3. Les afficheurs alphanumériques :

C'est un constituant de dialogue programmé permettant d’afficher des messages clairs concernant
l'exploitation, le dépannage ou le réglage du système automatisé.

148 F o n c t i o n C o m m u n i q u e r
1.4. Les terminaux d'exploitation :
Les terminaux d'exploitation sont des constituants de dialogue programmés permettant à
l'opérateur :

 D'être informé clairement sur l'état du système automatisé ;


 D'intervenir facilement et rapidement sur les paramètres de fonctionnement du système
automatisé.

Ces terminaux peuvent être programmés à l'aide d'un terminal de programmation ou d'un micro-
ordinateur, et peuvent éditer les événements et les messages grâce à des imprimantes.

On distingue deux types de terminaux d'exploitation :

 Les terminaux d'exploitation à afficheurs ;


 Les terminaux d'exploitation à écran permettant l'affichage simultané d'un nombre plus
important de données en plus des représentations graphiques concernant le système
automatisé.
Fig. 6 Exemples de terminaux d'exploitation

Terminal d'exploitation à afficheur Terminal d'exploitation à écran

2. ISOLATION GALVANIQUE :

2.1. Principe et rôle :

L'unité de traitement travaille typiquement avec une tension de 5V DC, nécessaire pour alimenter
principalement les circuits intégrés logiques. Alors qu'un actionneur tel un moteur triphasé a besoin
d'une forte tension (220V AC, par exemple). Pour protéger l'unité de traitement contre une éventuelle
liaison directe avec la forte de tension, il faut une isolation électrique ou galvanique. Le principe est
résumé par le schéma fonctionnel suivant :

Unité de Isolation Actionneur


traitement galvanique de puissance

2.2. Exemple de schéma :

2.2.1- Principe :

Le schéma le plus classique dans ce domaine est à base de relais électromagnétique, ce qui donne
le schéma de base suivant ; un tel montage, on le trouve déjà intégré dans un API :

C ha p i t r e 1 I n t e r f a c e e n s o r t i e 149
 Quand l'unité de traitement communique l'ordre d'action (5 V), alors :

 Le transistor Q, travaillant en commutation se sature ;


 Le relais KA est excité avec la tension Vcc, ce Vcc
qui ferme son contact ; ce contact isolé
électriquement par rapport à la commande
peut être utilisé pour établir le courant dans
D KA
un organe de puissance (moteur, lampe, KA
résistance chauffante, etc.) ;
 La diode D n'a aucun rôle dans cet état ; elle
est bloquée. R
Unité de
traitement Q
 Quand l'unité de traitement communique l'ordre de
commande d'arrêt (0 V), alors :

 Le transistor Q se bloque ;
 Le relais KA est désexcité, ce qui ouvre son contact ; la charge est alors
désalimentée.
 dans cet état, la diode D joue le rôle de roue libre pour protéger le transistor Q
contre la surtension qui apparaît aux bornes de la bobine du relais KA, par dV/dt.

2.2.2- Exercice d'appilcation: Commande d'un contacteur

L'étage déjà étudié est généralement intégré dans un API, ou à intégrer dans une carte de logique
câblée ou une carte à microprocesseur (µP). Pour commander une charge de puissance relativement plus
grande que celle pouvant être admissible par le relais (un moteur triphasé), on utilise un contacteur KM :

L1
L2
L3
N

Q
Vcc

D KA KM
KA

F
Unité de R
Q
traitement

Moteur
(MAS)

 Le moteur est muni de son circuit de puissance (Sectionneur Q, contacteur KM, relais
thermique F) ;
 Si KA est excité, KM l'est de même, le moteur tourne ;
 Si KA est desexcité, KM l'est de même, le moteur s'arrête ;

150 F o n c t i o n C o m m u n i q u e r
CHAPITRE 2
LIAISON PARALLELE ET LIAISON SERIE
INTRODUCTION :
A l'intérieur, l'unité de traitement d'un système automatisé (API, etc.) communique les informations
naturellement en parallèle sous un format de 8 bits ou plus. Mais, pour communiquer avec le milieu
extérieur, l'unité de traitement communique en général en série, ce qui réduit le câblage.

1. LIAISON PARALLELE :
Exemple : Imprimante parallèle 0 0
1 1
1 1
Un texte est un ensemble de caractères ; Unité de 0 0 Périphérique
traitement 1 1
chaque caractère est codé par un nombre de parallèle
1 1
8 bits (code ASCII). Avec une imprimante 0 0
parallèle, le PC envoie le texte caractère 0 0
par caractère, mais en parallèle, c'est à dire
8 bits / 8bits ; Les 8 bits sont transmis en parallèle sur 8 fils

2. LIAISON SERIE : PRINCIPE

2.1- Introduction
0 0
Lorsque la distance devient grande, la 1 1
liaison parallèle devient techniquement 1 1
difficile à réaliser à cause de la longueur Unité de 0 0 Périphérique
du câblage et des parasites de traitement 1 1 série
1 1
transmission ; on utilise alors la liaison 0 0
série. Par exemple, un API est 0 0
généralement, programmé avec un PC ;
le mode de communication dans cette Programmation d'API Les 8 bits sont communiquées en série un par
avec PC un sur un seul fil
situation est le mode série.

Dans une liaison série, on distingue plusieurs procédés et techniques de transmission ; dans ce qui
suit on s'intéresse à la liaison série asynchrone, en particulier avec les normes RS 232 et RS 485.

2.2. Principe de la liaison série asynchrone :

2.2.1- Format :

La liaison série asynchrone est orientée pour une transmission par caractères ; ces derniers sont
envoyés individuellement et l'intervalle séparant 2 octets est quelconque. Ce mode asynchrone
utilise un format où chaque caractère :
 A une longueur de 5 à 8 bits
 Est encadré par des bits délimiteurs :
 1 bit START au début de chaque caractère.
 1 à 2 bits STOP à la fin de chaque caractère.
 Peut être protégé contre les parasites de transmission , par un bit de parité optionnel
(suivant la configuration du système) destiné à la détection d'erreurs ; il est généré à
l'émission et testé à la réception. Il existe deux types de parité :
 Parité paire : la parité est dite paire si le nombre de bits (donnée + bit parité) au
niveau logique 1 est paire.
 Parité impaire : la parité est dite impaire pour un nombre impaire de bits à 1.

C ha p i t r e 2 Li a i s o n p a r a l l è l e e t l i a i s o n s é r i e 151
L'ensemble {Bit Start, Bits données, Bit parité, Bits Stop} est appelé "trame" (frame). Voici un
exemple de trame série asynchrone avec une parité paire ; elle représente la transmission de la
lettre "K" dont le code ASCIIest (75)10 = (1001011) : on remarque que le bit LSB est transmis le
premier :
Parité
Caractère 1 Caractère 2
START Stop
7 bits 7 bits

Trame de
Données 1 1 0 1 0 0 1 0 1 0 1 0 0 1

Horloge
Non transmise

2.2.2- Fonctionnement :

Le fonctionnement est donc comme suit :

 Au repos, la ligne de transmission se trouve dans l'état logique 1 ;


 Au début de la transmission d'un caractère, on commence par le bit de Start, qui
dure une période d'horloge ;
 On enchaîne par les bits du caractère (suivant la configuration du système), en
commencent par le LSB ;
 On termine par le bit de stop.
 A la réception de chaque caractère, l'initialisation a lieu par la transition (haut-bas)
du bit START qui assure la synchronisation des deux horloges (émetteur et
recepteur) . Dés la réception du bit Stop, il n y a plus de synchronisation.

3. NORME RS232 :

3.1- Liaison possible :


La norme RS232 définie par l'EIA (Electrical Industry Association), correspond à la norme ISO 2110.
Elle permet une liaison "point à point". Il ne peut y avoir que 2 éléments communicants.

3.2- Caractéristiques :

3.2.1. Définition des signaux et connectique :

La liaison RS232 est une interface de tension pour la transmission série


aussi bien synchrone qu'asynchrone, utilisée pour les liaisons point à 1 13
point. Elle est définie pour un connecteur SUB-D25 ou SUB-D9. Elle 14 25
comporte plusieurs signaux qu'on peut rassembler en deux groupes de SUB-D25
fonctions :
1 5
 Signaux de communication principaux : Tx et Dx. 6 9
 Signaux de dialogue "optionnels" : RTS, DTR, etc. SUB-D9

3.2.2. Longueur de ligne et vitesse :

La norme RS232 est aussi caractérisée par :


 La longueur maximale du câble qui est d’environ 15 mètres.
 Le débit maximal qui est à présent de 20Kbits/s. La norme prévoit ainsi des débits
(bits/s) de 75, 150, 300, 600, 1200, 2400, 4800, 9600 et 19200.

152 F o n c t i o n C o m m u n i q u e r
3.2.3. Les niveaux de tension :

Pour la résistance au bruit, les


niveaux de tension de la RS232 sont
plus grands que ceux de la
TTL/CMOS. L'équivalence avec les
niveaux logiques sont décrits par le
tableau suivant :

N. logique Niveau électrique


'0' logique +12V (de +5V à +15V)
'1' logique -12V (de -5V à -15V)

Les circuits logiques à l'origine de


la transmission sont compatibles
TTL/CMOS, il faut alors des circuits
d'adaptation à la norme RS232 :

4. NORME RS485 :

4.1. Liaison possible :


La norme RS 485 est définie par l'EIA correspondant à la norme
ISO 2593. Elle permet une liaison "multipoint", c'est à dire, entre
plusieurs Eléments Communicants (EC1, EC2,…, ECn). Dans ce cas, Bus
il faut qu'il n’y aie qu’un seul élément (1/n) qui émet dans le Bus ;
le reste des éléments reçoit (il est à l'écoute). Dans cette liaison
multipoint, on désigne la ligne de transmission de "Bus", car c'est
EC1 EC2 ECn
comme une route de bus qui dessert plusieurs stations. Il est
évident que pour qu'une communication soit possible, il faut que
Liaison multipoint (RS 485)
chaque EC dispose d'une interface pour le bus, plus précisément la
possibilité de se mettre en haute impédance ; ainsi, on évide les
conflits de Bus, cas où 2 EC émettent sur le Bus.

4.2- Caractéristiques :

4.2.1- Définition des signaux et connectique :


La norme RS485 est surtout utilisée dans les réseaux
locaux industriels aussi bien point à point que
multipoints. Elle utilise un support de transmission Emetteur Récepteur
A Ligne
différentiel : le signal est transformé en deux signaux A
complémentaires (A et B), ce qui assure une Rt
Rt
résistance aux parasites industrielles et augmente la B B
longueur maximale de la ligne ; la norme ne précise
pas de connecteur spécifique. Rt : Résistance de
terminaison de câble. Elle boucle la ligne sur son
impédance caractéristique et minimise le bruit pour
une meilleure transmission.

4.2.2. Longueur de ligne et vitesse :

La norme RS485 est aussi caractérisée par :


 La longueur maximale du câble qui est de 1000 m.
 Le débit maximal qui est à présent de 100 Kbits/s. La norme prévoit ainsi des débits (bits/s)
de 75, 150, 300, 600, 1200, etc.

C ha p i t r e 2 Li a i s o n p a r a l l è l e e t l i a i s o n s é r i e 153
4.2.3. Niveaux de tensions :
Niveaux logiques
L'équivalence avec les niveaux logiques sont décrits par le +6V
graphique ci-contre. Les circuits logiques à l'origine de la
transmission sont compatibles TTL/CMOS, il faut alors des Niveau logique '0'
circuits d'adaptation à la norme RS485, pour convertir une +0.3V
Zone de transition
tension bipolaire en une tension différentielle. Parmi les - 0.3V
circuits les plus utilisés à cette fin, on trouve l' AD485 et
SN75176 : Niveau logique '1'
-6V

4.3. Notion de protocole :


La figure ci-contre montre une architecture typique dans un environnement PC
industriel, avec la norme RS485. Les n API de commande et le PC de

Bus de com municatio n


supervision sont reliés donc en réseau ; ils peuvent donc échanger des
informations. Cela a pour avantage : API 1

 Une programmation structurée ; par exemple, pour un système API 2


automatisé à plusieurs postes, on réserve à chaque poste un API ;
 Un gain en câblage dans l'application ;
API n
 Une facilité de maintenance.

Il va sans dire que le Bus est partagé et doit donc connaître un "arbitrage" ; en effet, d'après la
structure physique du réseau (norme RS485), il ne peut y avoir q'un seul élément qui émet sur le bus, le
reste écoute ; d'où la nécessité de s'accorder sur des règles de communication, qu'on appelle
protocole. Un protocole doit donc résoudre les problèmes liés aux questions suivantes :
 Quel est le format de la trame, etc. ?
 A qui s'adresse la trame sur le bus ?

A titre d'exemple, on donne le principe d'un protocole largement diffusé dans ce domaine ; il s'agit
de "ModBus" de MODICON. C'est une structure "Maître/Esclave" (Master/Slave). Dans ce protocole , il y
a un seul maître (exemple le PC) et n esclaves (exemple les API). Dans le cas de la figure ci-dessous :
 Le PC est le maître ; les n API sont les esclaves ;
 Chacun des API a une adresse ;
 Le PC envoie une demande à un API et attend une réponse ;
 L'API interrogé répond à la demande du PC ;
 Chaque demande du maître ou réponse d'esclave est un ensemble d'octets (trame) qui a le
format ci-contre :
 Adresse : 1 octet représentant l'adresse de l'esclave ; Adresse N Octets CRC16
 N octets : Ces N octets représentent l'objet de la
demande du maître ou de la réponse d'un
esclave ; Trame
 CRC16 : 2 octets de détection d'erreur, calculé suivant un algorithme précis, d'après les
octets (Adresse + N Octets).

154 F o n c t i o n C o m m u n i q u e r
E X E R C I C E S R E S O L U S
Pour une configuration avec 7 bits de données, pas de parité et un bit de stop :
1.1- Donner la trame pour la transmission de la lettre "A", en indiquant la signification des différents bits.
1.2- Calculer le rendement de ce mode transmission, en calculant le rapport : (Bits de données)/(Bits de la trame).

CORRIGE :

1.1- Le code ASCCI de A est (65)10 = (1000001)2 ".


Start Bit 0 Bit 1 Bit 2 Bit 3 Bit 4 Bit 5 Bit 6 Stop

1.2- On a 7 bits de données à transmettre, mais on en transmet 10  Rendement =7/10=70%.

E X E R C I C E S N O N R E S O L U S
Le schéma ci-dessous représente un convertisseur TTL/RS232 et un convertisseur RS232/TTL. La
communication entre un système à µP et un PC se fait à l'aide d'une liaison série asynchrone RS 232 en utilisant :
 Du côté système à µP, l'interface série est compatibles TTL ;
 Du côté PC, le port série COM1 ou COM2 utilise la norme RS 232 caractérisée par :
 Une tension +12 V pour le niveau bas ;
 Une tension -12 V pour le niveau haut.
Les signaux RTS et DTR non utilisés, alors ils sont maintenus à –12V et +12V pour servir d'alimentation.
1- La conversion RS232/TTL se fait par le montage autour du transistor Q.
1.1- Préciser les valeurs de la tension de la ligne RxD côté µP correspondantes respectivement au niveau haut
et au niveau bas de TxD côté PC.
1.2- Quel est le rôle de la diode D1 ?
2- La conversion TTL/RS232 se fait par le montage autour de l'amplificateur opérationnel Aop.
2.1- Préciser les valeurs de la tension de la ligne RxD côté PC correspondantes respectivement au niveau haut et
au niveau bas de TxD côté µP.
2.2- Quel est le rôle des diodes D2 et D3 ?
5V
5V Le port série
LM780
du PC
Rc C2 C1
1 6
RxD RxD
Rb RTS
Q TxD
DTR
Système à D1
Microprocesseur D2 GND
(µP)
TxD
R Aop
5V D3
R

3- L'allure de la ligne TxD côté µP, lors de la


transmission d'un caractère de 8 bit (D0 à Clk
D7), est donnée par le chronogramme
suivant :
TxD
Caractère transmis

3.1- A chaque période d'horloge, correspond un bit. Donner le nom de chaque bit.
3.2- Tracer l'allure de la ligne RxD côté PC correspondant.

C ha p i t r e 2 Li a i s o n p a r a l l è l e e t l i a i s o n s é r i e 155
UN IT É T
Transmettre

PRESENTATION

Le mouvement de rotation recueilli par l'arbre de sortie d'un moteur électrique, ainsi
que le mouvement de translation que permet la tige de sortie d'un vérin pneumatique n'est
pas toujours bien adapté pour agir directement sur la matière d'œuvre d'un système
automatisé.

Pour agir correctement, il faut alors transmettre ces mouvements en les adaptant en
changeant la vitesse ou le sens ou la nature de mouvement, etc.

Normalement "Transmettre" est une fonction de la chaîne d'énergie. Mais, vu son


importance, une unité appelée "Unité T" lui est réservée. Sa position dans une chaîne
d'énergie représentée dans la figure suivante :

Grandeurs
physiques à Informations
mesurer destinées à d’autres
Chaîne d’information systèmes et aux
interfaces H/M

ACQUERIR TRAITER COMMUNIQUER Matière d'œuvre


en entrée
Informations
issues d’autres
systèmes et Ordres
d’Interfaces H/M Chaîne d’énergie
AGIR

ALIMENTER DISTRIBUER CONVERTIR TRANSMETTRE

Énergies Unité T
d’entrée
Matière d'œuvre en
sortie

COMPETENCES ATTENDUES

 Représenter graphiquement un système et schématiser son fonctionnement


en exploitant les modeleurs volumiques.
 Analyser les solutions constructives matérialisant la fonction liaison.
 Analyser les solutions constructives matérialisant la fonction guidage.

156 UNITE TRANSMETTRE


CHAPITRE 1
GENRALITES SUR LE DESSIN TECHNIQUE
INTRODUCTION :
Le dessin technique, manuel ou assisté par ordinateur, est l'outil graphique le plus utilisé par les
techniciens et les ingénieurs pour passer de l'idée à la réalisation d'un objet ou produit. C'est un langage
de communication universel dont les règles précises sont normalisées internationalement.

1. PRINCIPAUX TYPES DE DESSINS INDUSTRIELS :

1.1- Dessin d'ensemble :

Il indique comment les pièces sont assemblées et disposées les unes par rapport aux autres, et
représente le mécanisme dans son ensemble.

1.2- Dessin de définition :


17.55
Il représente une pièce et la définit
complètement (formes, dimensions). Il
comporte toutes les indications nécessaires et

Ø9
utiles pour la fabrication de la pièce.

2. FORMATS :
Un dessin technique peut être représenté sur des feuilles de dimensions normalisées appelées :
formats. La série A (A0, A1, A2, A3, A4) normalisée est universellement utilisée. Le format A0 (189 x 841)
est le format de base ; Un format directement inférieur s’obtient en divisant la longueur par 2.
297

297

420

A4 A3 A2

210 420

594

C ha p i t r e 1 G é n é r a l i t é s u r l e d e s s i n i n d u s t r i e l 157
3. ELEMENTS PERMANENTS :

10 mm

 Le cadre : Il délimite la surface de travail sur le format. Surface de travail


Il se situe à 10 mm du bord de la feuille pour les
formats courants (A4, A3, A2) et à 20 mm pour les
autres formats. Cadre
 Le repère d’orientation : Il permet d’orienter le dessin.
Il doit toujours être dirigé vers soi. Bord du format

Repère d'orientation

4. L'ECHELLE :

Lorsque les objets sont grands (immeubles, automobiles, etc.) ou petites (montres, circuit
électronique, etc.), il est nécessaire de faire des réductions ou des agrandissements pour représenter ces
objets. L’échelle d’un dessin est donc le rapport entre les dimensions dessinées et les dimensions réelles
de l’objet.
Dimensions dessinées
Echelle =
DimensionrDimensions réelles
Dimensionréelledessinées

Echelle 1:2
Echelle 2:1 Echelle 1:1

5. LE CARTOUCHE :

Le cartouche est un tableau situé au bas du format et comportant les informations suivantes : le titre
du dessin, l’échelle du dessin, l’identité du dessinateur (nom, prénom, classe), la date, le format, le nom
de l’établissement, le symbole de disposition des vues. Exemple de cartouche

échelle Nom dessinateur


Titre du dessin
Symbole date
Format Nom de l'établissement classe

Le symbole de disposition des vues montre la disposition des vues par rapport au dessinateur

Symbole européen Symbole américain

 Ce qu’on observe à gauche, on le  Ce qu’on observe à gauche,


représente à droite ;  On le représente à gauche ;
 Ce qu’on observe en dessous, on le  Ce qu’on observe en dessous, on le
représente en dessus. représente en dessous.

158 UNITE TRANSMETTRE


6. NOMENCLATURE :
C’est la liste complète des pièces qui constituent un ensemble dessiné. Elle est liée au dessin par les
repères des pièces (1, 2, 3,etc.). La nomenclature est composée de 5 colonnes :

REP NBR DESIGNATION MATIERE OBSERVATION

 Le repère de chaque pièce (REP.) ;


 Le nombre de chaque pièce (NBR.) ;
 Le nom des pièces (DESIGNATION) ;
 La matière de chaque pièce (MATIERE) ;
 Une observation si nécessaire (OBS.).

7. ECRITURE :
Sur un dessin technique, on utilise une écriture normalisée. Dans une écriture les caractères doivent
avoir la même hauteur et le même espace entre eux. On trouve 2 types d'écriture : droite et penchée
(inclinée). Par exemple :

Ecriture droite: Rondelle.


Ecriture penchée: Rondelle.

Remarque : En dessin manuel, les écritures sont réalisées à l’aide d’un trace lettre :

8. LES TRAITS :
Plusieurs types de traits sont employés en dessin technique. Un trait est caractérisé par :
 sa nature : continu ou interrompu ou mixte ;
 son épaisseur : fort ou fin.

Tableau des différents types de trait :


Type Désignation Application ou usage
 Arêtes et contours vus
Continu fort
 Cadre et cartouche

Interrompu fin Arêtes et contours cachés

 Axes
Mixte fin  Plan de symétrie ou de coupe
 Elément primitif
Ligne d'attache de repères ou de côtes,
Continu fin
hachures ,filetages
Continu fin ondule
Limites de vues ou de coupes partielles
ou en zigzag
 Contours de pièces voisines
Mixte fin à deux  Détail avant plan de coupe
tirets  Demi rabattement
 Positions des pièces mobiles

C ha p i t r e 1 G é n é r a l i t é s u r l e d e s s i n i n d u s t r i e l 159
CHAPITRE 2

TRACES GEOMETRIQUES - INTERSECTIONS


Un objet est un ensemble de points, droites, surfaces et volumes. Pour
dessiner un objet, il faut donc lier ces éléments entre eux et utiliser la
géomètrie descriptive pour s’approcher de l’image réelle de l’objet.

1. TRACES GEOEMETRIQUES :
1.1. Construction d'un angle droit :

1. Tracer un segment [MN] Fig 2 ; K


2. Placer la pointe du compas sur le point N et tracer un arc de
cercle C (N, R) ;
3. Placer la pointe du compas sur le point M et tracer un arc de
cercle C' (M, R) qui coupe C en K et en L ; M L N
4. Relier les intersections K et L des deux cercles C et C’.

1.2. Tangentes : M

La tangente en un point M du cercle est la perpendiculaire au rayon


R en ce point. R

1.3. Raccordements entre deux circonférences :


K
Soit les cercles C1 (O1, R1), C2 (O2, R2) et R le rayon de
raccordement. R
R2 R1
1. Tracer le cercle (O1, R+R1) ;
2. Tracer le cercle (O2, R+R2) ;
3. L'intersection des deux cercles donne K et L ; O2 O1
4. Tracer les arcs de raccordement (K, R) et (L, R). C2 C1
L

1.4. Polygones réguliers :


Un polygone régulier est un polygone ayant les côtés et les angles égaux.
Exemple : Construction d'un hexagone : D2 D1
La construction d'un hexagone se fait simplement à l'aide de
trois cercles de même rayon R = côté du hexagone.
1. Tracer un cercle C1 de centre O et de rayon R ;
2. Tracer un diamètres quelconque, l’intersection avec le
cercle C1 est D et D’ ; D’
3. Tracer un demi cercle C2 de diamètre 2R et de centre D O
D, l’intersection avec le cercle C1 est D2 et D3 ; C2
C3
4. Tracer un demi cercle C3 de diamètre 2R et de centre
D’, l’intersection avec le cercle C1 est D1 et D4 ;
5. D’, D1, D2, D3, D4, D doit former un hexagone régulier. C1

D3 D4

160 UNITE TRANSMETTRE


2. INERSECTIONS :
2.1. Intersection cylindre/plan : m 3 3 m
2,4, 4 2
1. Déterminer les points extrêmes (1-2-3-4) 4
2. Sur la vue de gauche, choisir un point m;
1 1
3. Rappeler le point m sur le plan, sur la vue de Ligne à
4
face. 45°
4. Rappeler le point m de la vue de face et de la vue 1 3
de gauche, sur la vue de dessus.
2 m

2.2. Intersection cône /plan : (plan quelconque // à l'axe du cône) :

1. L’intersection est une ellipse, on utilise la 1 1


méthode de 4 point pour la dessiner ; 2, 4
2. Sur la vue de face, déterminer les extrêmes (1, 2,
3, 4) ; 3
3. Rappeler ces points sur la vue de dessus Fig 9
4 2
(b);
4. Rappeler ces points, sur la vue de gauche ; Ligne à
4
5. Sur la vue de dessus, rappeler ces points de la 3 45°
vue de gauche par la ligne à 45°;
6. l’ellipse est obtenue sur la vue de gauche et de
1
dessus. 2

2.3. Intersection cylindre/cylindre : (axes perpendiculaires) :

2.3.1-Mêmes diamètres :
Les cylindres bleu et orange ont le même diamètre. Tracer les diagonales ou les moitiés de
diagonales en trait continu fort

2.3.2- Diamètres différents :

1. Diviser la section droite, du cylindre au plus petit diamètre, en parties égales (repérer).
2. Faire passer les plans sécants par ces points : ces plans sont frontaux. Ils déterminent des
génératrices dans le second cylindre.
3. L'intersection de ces génératrices, avec les génératrices correspondantes du premier cylindre,
détermine la courbe d'intersection.
4. L'intersection est obtenue en joignant tous les points.

C h a p i t r e 2 T r a c é s g é o m é t r i q u e s - I n t e r s e c t i o n s 161
CHAPITRE 3

REPRESENTATION GEOMETRIQUE DES PIECES


INTRODUCTION :

Pour être utilisable, l’image d’un objet doit être représentée fidèlement. L’image
ne doit pas être déformée. L’antenne parabolique ci-contre doit être présentée sous
forme de plusieurs vues, afin de donner une idée détaillée sur le fonctionnement dans
différentes positions.

1. PERSPECTIVE CAVALIERE :

1.1- But :

La perspective cavalière permet de donner en une seule vue une idée


globale des formes de l’objet à représenter. Par exemple, l’image ci-contre
représente en perspective cavalière la pièce serre-bras du positionneur.

1.2- Définition :

La perspective cavalière est une projection oblique parallèle à une direction


donnée, sur un plan parallèle à la face principale de l’objet à représenter.

1.3- Tracé pratique :

La face principale se projette en vraie grandeur. Les arêtes perpendiculaires


au plan de projection se projettent suivant des droites obliques parallèles
appelées "fuyantes" et dont les dimensions sont obtenues en multipliant les
longueurs réelles par un même coefficient de réduction k. L’inclinaison des
fuyantes (angle de fuite α) et le coefficient de réduction sont normalisés, soit :
α= 45°; k = 0,5.

Orientations possibles :

Haut vers gauche Haut vers la droite Bas vers la gauche Bas vers la droite

Fuyantes

Face
α principale

2. PROJECTIONS ET VUES :

Pour mieux décrire la géométrie d’un objet, on est ramené de passer d’une représentation en
perspective à une représentation en vues. Cette projection nécessite la présence de trois éléments :
l’oservateur, l’objet et le plan de projection(dessin).

162 UNITE TRANSMETTRE


2.1. Définition :

C’est la projection orthogonale sur les plans de projection d’un objet dont la face principale est
parallèle au plan de projection. Les lignes de projection sont parrallèles entre elles et perpendiculaire
au plan de projection. Il existe principalement 2 types de projection :

 Projection européenne ;
 Projection américaine.

2.2. Projection Européenne :

2.2.1- Principe :

On imagine la pièce à l’intèrieur d’un cube et on projette l’objet sur les six faces :

C h a p i t r e 3 R e p r é s e n t a t i o n g éo m é t r i q u e d e s p i è c e s 163
Éditions d’Organisation
1, rue Thénard
75240 Paris Cedex O5

Consultez notre site :


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Des mêmes auteurs

Appliquer la maîtrise statistique des procédés MSP/SPC, Maurice Pillet, 2002.


Appliquer Six Sigma, Maurice Pillet, 2003
Les plans d’expérience par la méthode Taguchi, Maurice Pillet, 1997.
Qualité en production, Daniel Duret et Maurice Pillet, 2001.

Le code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit en effet


expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants
droit. Or, cette pratique s’est généralisée notamment dans l’enseignement
provoquant une baisse brutale des achats de livres, au point que la possi-
bilité même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les faire
éditer correctement est aujourd’hui menacée.

En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou


partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de
l’Éditeur ou du Centre Français d’Exploitation du Droit de copie, 20, rue des Grands-
Augustins, 75006 Paris.

 Éditions d’Organisation, 1989, 1994, 1995, 2003


ISBN : 2-7081-2986-4
A. COURTOIS C. MARTIN-BONNEFOUS M. PILLET
CFPIM CPIM CFPIM
Docteur ès Sciences Agrégé d’Économie et de Gestion Docteur HDR en Sciences
de l’Ingénieur
Professeur émérite des Universités Ancien élève de l’ENS de Cachan Agrégé en Génie Mécanique
Université de Savoie Professeur à l’IUT d’Annecy (OGP) Ancien élève de l’ENS
Université de Savoie de Cachan
Professeur à l’IUT
d’Annecy (OGP)

Gestion de production

Quatrième édition
Remerciements
Cet ouvrage est le fruit de plus de quinze ans d’enseignement et de
conseil en gestion industrielle et qualité. Il résulte d’un échange per-
manent avec nos interlocuteurs tant universitaires qu’industriels.
Ce sont eux que nous voulons donc remercier en premier lieu : nos
promotions successives d’élèves techniciens supérieurs et ingénieurs
ou cadres et personnels des entreprises où nous sommes intervenus.
Autres interactions fructueuses : la formation de futurs diplômés aux
modules de l’APICS (American Production Inventory Control Society)
ainsi que les activités de l’Association PROGECTION (PROmotion de la
GEstion de produCTION) d’échange entre milieu universitaire et milieu
industriel.
Pour mettre au point cette quatrième édition totalement refondue de
notre livre, nous avons été aidés par des amis du milieu industiel que
nous tenons à remercier vivement, plus particulièrement Jean-Robert
COMPÉRAT d’Alcatel AVTF nous a permis d’illustrer le chapitre sur les
données techniques.
Nous n’oublions pas les collègues du département OGP de l’IUT
d’Annecy qui, par leurs compétences, nous permettent des échanges
fructueux dans un climat convivial.
Enfin nous remercions chaleureusement Pierre-Marie G ALLOIS avec qui
nous partageons beaucoup d’idées et qui nous a souvent éclairé par
son approche visionnaire de l’avenir de la gestion industrielle.
Chantal BONNEFOUS-MARTIN
Alain COURTOIS
Maurice PILLET

V
Préface

Dix et dix font vingt !

Par Pierre-Marie GALLOIS

Lors de la précédente édition de leur ouvrage, Chantal Bonnefous,


Alain Courtois et Maurice Pillet m’avaient fait l’amitié de m’en confier
la préface. J’avais profité de l’occasion pour retracer les dix années
parcourues ensemble sur les chemins de la gestion de production
depuis la première version de leur livre.

Aujourd’hui, dix ans plus tard, après une profonde refonte de leur
ouvrage liée à une évolution significative de l’environnement économi-
que et industriel, la même équipe d’amis me sollicite à nouveau. Tout
en les remerciant de la confiance dont ils m’honorent, je tiens surtout à
les féliciter de la qualité du « réingeniering » de leur livre qui leur per-
mettra, pour au moins dix nouvelles années, de rester la référence de
la gestion industrielle.

Profitons de cette opportunité pour nous interroger sur le bilan de cette


dernière décennie et sur les perspectives qui se dessinent.

VII
Gestion de production

Un premier constat, l’élargissement !


Comme les auteurs l’ont bien compris et traduit dans leurs propos, ces
dix années ont vu la gestion de production évoluer progressivement
vers une activité visant à coordonner et à faire circuler des flux de
création de valeur, le plus rapidement possible, sur un périmètre de
plus en plus large, au travers de ressources ajustées et optimisées tout
en assurant dynamiquement la ponctualité des rendez-vous avec la
demande des clients.
Qu’on la désigne sous le nom de « Management Industriel », de
« Logistique Globale », de « Gestion Intégrée des Flux », de « Supply
Chain Management », son efficacité exige une compréhension parfaite
de la « mécanique » des flux physiques associée à une exigence perma-
nente de simplification et de maîtrise ainsi que la construction d’une
architecture de pilotage guidée par le souci constant de l’anticipation et
de la réduction des inerties.
Elle fédère l’ensemble des acteurs non seulement de l’entreprise mais
aussi de toute la chaîne logistique dans une vision dynamique et trans-
versale de leur organisation, installe le temps comme grandeur mana-
gériale, donne le tempo, équilibre les jeux de pouvoir entre
Commercial, Développement, Production et Achats en s’appuyant sur
une expertise spécifique.
C’est à la découverte de ses multiples facettes et des méthodes sur les-
quelles elle s’appuie que nous emmène cet ouvrage.

Un deuxième constat,
les mêmes causes produisent les mêmes effets !
Quand il y a près de quinze ans, nous évoquions ensemble les princi-
pales causes d’échecs de la GPAO et que nous clamions qu’automatiser
les problèmes n’était pas forcément la meilleure façon de progresser,
nous étions convaincus avoir été entendus et que ce type de situation
ne se représenterait plus.
Or, si aujourd’hui l’on ne parle plus de GPAO mais d’ERP, les embû-
ches restent les mêmes voire se sont multipliées et force est d’observer
que nous avons parfois la mémoire courte ; nous retombons trop sou-
vent dans les mêmes pièges.

VIII © Éditions d’Organisation


Préface

De surcroît, après l’automatisation des problèmes et l’excès de com-


plexité, un nouveau risque nous guette, celui de la rigidification ; aller
trop loin dans l’informatisation et dans l’automatisation, grave dans le
marbre fonctionnements et paramètres. Comment alors concilier
besoin d’adaptabilité et structuration, comment accepter et maintenir
des zones de « flou » pour garantir la souplesse et l’autonomie ?
Abordant le sujet du choix des ERPs et de la conduite des projets
d’informatisation les auteurs nous aident à nous prémunir face à ces
différents risques.

Une vraie perspective, la révolution de l’intelligence !


Aujourd’hui et encore plus demain, la recherche de performance s’arti-
cule autour de trois grandes idées : la créativité, l’agilité et la coopéra-
tion. Créativité parce qu’elle est la clé de l’innovation donc de la
création de valeur, agilité parce que la productivité c’est aussi la
vitesse, la constance de l’adaptation des organisations à un contexte
qui évolue de plus en plus vite, coopération parce que les gains
résident surtout dans la manière de combiner les différentes activités
entre elles, au-delà même des murs de chaque entreprise. S’engager
dans ces trois directions exige la mobilisation et le développement de
l’intelligence collective.
Nous avons l’intime conviction que l’entreprise doit être un lieu de
création et d’apprentissage et que nous ne sommes plus payés pour
« produire des pièces » mais pour améliorer les processus qui
« produisent des pièces ». C’est peut-être là que se situe le vrai défi des
entreprises occidentales face à la concurrence des pays à bas coûts
salariaux.
Au-delà d’une exploration des différentes dimensions de la Gestion de
Production et de sa mise en œuvre, l’ouvrage de Chantal, Alain et
Maurice nous propose aussi des clés pour comprendre et aborder les
défis de demain.
Bonne lecture donc et rendez-vous au plus tard dans dix ans !
Pierre-Marie GALLOIS - CFPIM
Président du Groupe PROCONSEIL
Professeur Affilié ESCP-EAP

© Éditions d’Organisation IX
Sommaire

Chapitre 1
Introduction
1. L’évolution de la compétitivité de l’entreprise ............................................................ 1

2. Le contexte de la nouvelle gestion de production .................................................... 4

3. La gestion de production et les flux ..................................................................................... 5

4. Gestion de production et aspect financier ...................................................................... 6

5. Place de la gestion de production dans l’entreprise ............................................. 10

6. Gestion de production et aspect humain ....................................................................... 13

7. Conclusion .............................................................................................................................................. 14

XI
Gestion de production

Chapitre 2
L’implantation des moyens de production
1. Typologie de production ............................................................................................................. 18
1.1 Classification en fonction de l’importance des séries
et de la répétitivité .................................................................................................................... 18
1.2 Classification selon l’organisation du flux de production............................. 19
1.2.1 Production en continu ............................................................................................... 19
1.2.2 Production en discontinu ......................................................................................... 20
1.2.3 Production par projet ................................................................................................. 21
1.2.4 Comparaison type continu et discontinu ........................................................ 22
1.3 Classification selon la relation avec le client ......................................................... 24
1.3.1 Vente sur stock .............................................................................................................. 25
1.3.2 Production à la commande ..................................................................................... 25
1.3.3 Assemblage à la commande .................................................................................. 25
1.3.4 Comparaison sur stock à la commande .......................................................... 25
2. Les différentes organisations de la production ......................................................... 26
2.1 Implantation en sections homogènes .......................................................................... 26
2.2 Implantation en lignes de fabrication ......................................................................... 27
2.3 Implantation en cellules de fabrication ..................................................................... 28
3. Conception d’une unité moderne de production ..................................................... 30
3.1 Les principes de base ............................................................................................................. 30
3.2 Les problèmes des implantations en sections homogènes ........................... 30
3.3. La séparation des usines ................................................................... 32
3.4 La séparation géographique des fabrications de produits différents ..... 33
3.5 La décentralisation des activités de stockage et d’expédition.................... 34
3.6 Le dédoublement de certaines machines.................................................................. 35
4. Les méthodes d’analyse ............................................................................................................... 36
4.1 Les documents à réunir ........................................................................................................ 36
4.2 Le graphique de circulation ............................................................................................... 37
4.3 Le schéma opératoire ............................................................................................................. 38
4.4 Analyse de déroulement....................................................................................................... 40
4.5 Le plan coloré .............................................................................................................................. 40
5. Les méthodes de résolution ...................................................................................................... 41
5.1 La logique et les méthodes ................................................................................................. 41
5.2 Recherche des îlots de production ................................................................................ 42
5.2.1 Méthode de Kuziack .................................................................................................... 42
5.2.2 Méthode de King ........................................................................................................... 45

XII © Éditions d’Organisation


5.3 Méthode de mise en ligne ................................................................................................... 48
5.3.1 Méthode des antériorités .......................................................................................... 48
5.3.2 Méthode des rangs moyens ..................................................................................... 51
5.4 Optimisation – Méthode des chaînons ....................................................................... 52
6. Technologie de groupe ................................................................................................................. 59
6.1 Pourquoi la technologie de groupe ............................................................................... 59
6.2 Systèmes de classification ................................................................................................... 61
7. Conclusion .............................................................................................................................................. 64

Chapitre 3
La prévision de la demande
1. Objectifs et contraintes de la prévision de la demande ..................................... 65
1.1 Objectif de la prévision de la demande ..................................................................... 66
1.2 Les éléments du choix ........................................................................................................... 69
1.3 Les sources de données ........................................................................................................ 70
1.4 Typologie de la demande .................................................................................................... 70
2. Les méthodes de prévision ........................................................................................................ 71
2.1 Généralités sur les méthodes de prévision .............................................................. 71
2.2 Les méthodes qualitatives ................................................................................................... 72
2.3 Les méthodes quantitatives................................................................................................ 73
2.3.1 Représentation graphique ........................................................................................ 73
2.3.2 Méthode de décomposition ...................................................................................... 74
2.3.3 Méthode des moyennes mobiles ........................................................................... 79
2.3.4 Méthodes de lissage exponentiel .......................................................................... 82
2.3.5 Autres modèles mathématiques ........................................................................... 84
3. Erreurs et incertitude sur les prévisions ......................................................................... 85
4. Conclusion .............................................................................................................................................. 88

Chapitre 4
Les méthodes de gestion de projets
1. Introduction ........................................................................................................................................... 91
1.1 Fonctions de la gestion de projet ................................................................................... 92
1.2 But de la gestion de projet .................................................................................................. 93
2. La méthode Gantt ............................................................................................................................. 93
2.1 Présentation de la technique Gantt............................................................................... 94
2.1.1 Critère de représentation classique du Gantt ................................................ 95

© Éditions d’Organisation XIII


Gestion de production

2.1.2 Modes de gestion des priorités dans un Gantt ............................................. 95


2.1.3 Flottement, jalonnement et chevauchement .................................................. 96
2.2 Utilisation industrielle du Gantt ................................................................................... 103
2.3 Conclusion .................................................................................................................................. 104
3. La méthode PERT .......................................................................................................................... 104
3.1 Généralités .................................................................................................................................. 104
3.2 Présentation de la méthode PERT .............................................................................. 105
3.2.1 La méthode de construction du PERT ............................................................ 105
3.2.2 Précisions concernant la représentation graphique ................................ 106
3.2.3 Les étapes de la construction du PERT .......................................................... 108
3.3 La notion de multi-PERT................................................................................................... 114
3.3.1 Les réseaux à sections multiples ....................................................................... 114

3.3.2 Les réseaux à niveaux multiples ....................................................................... 115

3.4 Le PERT-coût ou PERT-cost ............................................................................................ 116


4. Conclusion ............................................................................................................................................. 118

Chapitre 5
La gestion des stocks traditionnelle
1. Le problème de la gestion des stocks ............................................................................ 119
1.1 Introduction ............................................................................................................................... 119
1.2 Différents types de stocks ................................................................................................ 120
1.3 Objectif de la gestion des stocks.................................................................................. 122
1.4 Optimisation du niveau du stock ................................................................................ 122
2. Classification des stocks ........................................................................................................... 124
2.1 Nécessité d’un classement ............................................................................................... 124
2.2 Classement ABC ...................................................................................................................... 124
2.2.1 Principe du classement ABC ............................................................................... 124
2.2.2 Étude de la méthode sur un exemple d’école ............................................. 125
2.3 Classement ABC adapté ..................................................................................................... 129
2.3.1 Classement combiné articles/clients ............................................................... 129
2.3.2 Classement introduisant des catégories supplémentaires ................... 130
3. Les opérations de gestion des stocks ............................................................................. 130
3.1 Le magasinage .......................................................................................................................... 130
3.2 La gestion des entrées/sorties ....................................................................................... 131
3.3 Les inventaires ......................................................................................................................... 132
4. Quantités économiques ............................................................................................................. 133

XIV © Éditions d’Organisation


4.1 Position du problème et définitions .......................................................................... 133
4.1.1 Calcul du coût de stockage S ............................................................................... 133
4.1.2 Calcul du coût d’une commande ou d’un lancement L ....................... 134
4.2 Minimisation du coût total C ......................................................................................... 134
4.3 Cas des remises ....................................................................................................................... 137
4.4 Coût économique et zone économique................................................................... 139
5. Méthodes de réapprovisionnement ................................................................................. 141
5.1 Introduction ............................................................................................................................... 141
5.2 Méthode du réapprovisionnement fixe (période et quantité fixes) ..... 142
5.3 La méthode du recomplètement périodique
(dates fixes, quantités variables) ................................................................................ 142
5.4 Méthode du point de commande (quantités fixes, dates variables)... 144
5.4.1 Le point de commande ........................................................................................... 144
5.4.2 Calcul du stock de sécurité ................................................................................... 148
5.5 Approvisionnement par dates et quantités variables .................................... 152
6. Domaine d’application des méthodes traditionnelles
de gestion des stocks ................................................................................................................... 153
6.1 Les limites de la gestion des stocks traditionnelle .......................................... 153
6.2 Les domaines d’application ............................................................................................ 155
7. Les unités de stockage ............................................................................................................... 155
7.1 Les différentes zones d’un lieu de stockage ........................................................ 155
7.2 Les principaux systèmes de stockage....................................................................... 158
8. Conclusion ........................................................................................................................................... 162

Chapitre 6
Fonctions, documents et données techniques
1. Introduction ........................................................................................................................................ 163
2. Fonctions et documents ............................................................................................................ 165
2.1 Fonction Études et documents techniques ........................................................... 165
2.1.1 Généralités .................................................................................................................... 165
2.1.2 Documents en entrée ............................................................................................... 166
2.1.3 Documents en sortie ................................................................................................ 166
2.2 Fonction Méthodes et documents techniques .................................................... 167
2.2.1 Généralités .................................................................................................................... 167
2.2.2 Documents en entrée ............................................................................................... 168
2.2.3 Documents en sortie ................................................................................................ 168
2.3 Fonction Gestion de production et documents techniques ....................... 169
3. Généralités sur les données techniques ....................................................................... 169

© Éditions d’Organisation XV
Gestion de production

4. Articles .................................................................................................................................................... 170


4.1 Définitions ................................................................................................................................... 170
4.2 Données Articles ..................................................................................................................... 171
5. Codification des articles ............................................................................................................ 174
5.1 Besoin de codification ......................................................................................................... 174
5.2 Qualités d’un système de codification ..................................................................... 174
5.3 Quelques exemples connus de codification ......................................................... 175
5.3.1 Code Insee ..................................................................................................................... 175
5.3.2 Code des départements français ....................................................................... 176
5.3.3 Code des pays .............................................................................................................. 176
5.3.4 Code EAN 13 ................................................................................................................ 176
5.4 Différents types de systèmes de codification ...................................................... 177
5.4.1 Codification significative ou analytique ....................................................... 177
5.4.2 Codification non significative ............................................................................. 178
5.4.3 Codification mixte ..................................................................................................... 178
5.5 Prévention et détection des erreurs ........................................................................... 179
5.6 Code Article et documentation ..................................................................................... 180
5.7 Règles d’interchangeabilité des articles .................................................................. 181
6. Nomenclatures ................................................................................................................................. 181
6.1 Définitions ................................................................................................................................... 181
6.2 Structure des produits et nomenclatures ............................................................... 186
6.3 Différentes nomenclatures ............................................................................................... 188
6.4 Représentation des nomenclatures ............................................................................ 190
6.5 Données des nomenclatures ........................................................................................... 192
7. Postes de charge ............................................................................................................................. 193
7.1 Définitions ................................................................................................................................... 193
7.2 Données des postes de charge ...................................................................................... 194
7.3 Outillages ..................................................................................................................................... 196
8. Gammes ................................................................................................................................................. 196
8.1 Définitions ................................................................................................................................... 196
8.2 Données des gammes .......................................................................................................... 197
9. Autres données techniques .................................................................................................... 200
9.1 Données relatives à l’environnement....................................................................... 200
9.2 Données d’activité ................................................................................................................. 200
9.3 Données historiques ............................................................................................................. 201
10. Qualité des données techniques ......................................................................................... 202
11. Conclusion ........................................................................................................................................... 203

XVI © Éditions d’Organisation


Chapitre 7
Management des ressources de la production
(MRP2)
1. Gestion des stocks et MRP2 ................................................................................................... 205
1.1 Limites des méthodes traditionnelles de gestion des stocks .................... 205
1.2 Schéma global de MRP2 .................................................................................................... 206
1.3 Principe d’Orlicky .................................................................................................................. 208
2. Le calcul des besoins nets (CBN) ...................................................................................... 209
2.1 Généralités .................................................................................................................................. 209
2.2 Échéancier du calcul des besoins ............................................................................... 210
2.3 Mécanisme du calcul des besoins............................................................................... 212
2.3.1 Logique du calcul des besoins ............................................................................ 212
2.3.2 Premier exemple de calcul des besoins .......................................................... 214
2.3.3 Deuxième exemple de calcul des besoins
(2 composés, 1 composant) ................................................................................. 218
2.3.4 Troisième exemple (règle du plus bas niveau) ......................................... 219
2.4 Les différents types d’ordres .......................................................................................... 221
2.5 Les messages du calcul des besoins.......................................................................... 222
2.6 Stocks de sécurité .................................................................................................................. 223
3. Le plan industriel et commercial (PIC) ........................................................................ 224
3.1 Définition et objectif du PIC ........................................................................................... 224
3.2 Établissement du PIC........................................................................................................... 225
3.3 Exemple de PIC ....................................................................................................................... 227
3.4 Calcul global de charge au niveau du PIC ............................................................ 229
4. Le programme directeur de production (PDP) ....................................................... 232
4.1 Définition et objectif du PDP ......................................................................................... 232
4.2 L’échéancier du PDP............................................................................................................ 233
4.3 Exemple de PDP...................................................................................................................... 236
4.4 Calcul des charges globales et réalisme du PDP .............................................. 238
4.5 La mesure des performances du PDP ...................................................................... 239
5. Les charges détaillées ................................................................................................................. 239
6. La gestion d’atelier ........................................................................................................................ 242
6.1 Définition ..................................................................................................................................... 242
6.2 Activités lors de l’exécution............................................................................................ 243
6.2.1 Vérification et lancement ...................................................................................... 243
6.2.2 Programmation détaillée ....................................................................................... 243
6.2.3 Suivi de production .................................................................................................. 245

© Éditions d’Organisation XVII


Gestion de production

6.2.4 Contrôle et rétroaction ............................................................................................ 245


6.2.5 Fermeture de l’ordre ................................................................................................ 246
6.3 Conditions de bon fonctionnement ........................................................................... 247
6.3.1 Principes de base ....................................................................................................... 247
6.3.2 Qualités du système de planification ............................................................. 247
6.3.3 La base de données .................................................................................................. 248
6.3.4 L’interface ..................................................................................................................... 248
6.4 La mesure de performance .............................................................................................. 248
6.5 Le suivi des flux ...................................................................................................................... 248
7. Exemple de synthèse ................................................................................................................... 250
7.1 Plan industriel et commercial ........................................................................................ 250
7.2 Charges globales au niveau du PIC ........................................................................... 252
7.3 Programme directeur de production ......................................................................... 252
7.4 Cohérence entre PIC et PDP ........................................................................................... 253
7.5 Charges globales au niveau des PDP........................................................................ 254
7.6 Calcul des besoins nets ...................................................................................................... 255
7.7 Calcul des charges détaillées.......................................................................................... 255
8. Régulation de MRP2 .................................................................................................................... 258

9. Conclusions ......................................................................................................................................... 260

Chapitre 8
La méthode Kanban :
du Kanban spécifique au Kanban générique
1. Introduction ........................................................................................................................................ 263
2. La méthode du Kanban spécifique .................................................................................. 265
2.1 Description d’un système Kanban spécifique .................................................... 265
2.2 La gestion des priorités en Kanban spécifique .................................................. 267
2.3 Caractéristiques des étiquettes Kanban spécifiques....................................... 272
2.4 Du Kanban spécifique à étiquettes au Kanban spécifique
à emplacements ....................................................................................................................... 272
2.5 Dimensionnement d’un système Kanban.............................................................. 275
2.5.1 À propos de la taille d’un container ............................................................... 275
2.5.2 À propos du nombre de Kanban ...................................................................... 275
3. La méthode Kanban générique et CONWIP ............................................................. 278
3.1 La méthode CONWIP .......................................................................................................... 278
3.2 Description d’un système Kanban générique ..................................................... 280

XVIII © Éditions d’Organisation


3.3 Intérêts de la mise en place d’un système Kanban générique ................ 282
3.4 Limites de la mise en place d’un système Kanban générique ................ 283
4. Conditions de réussite de la mise en place
d’un système Kanban, spécifique ou générique ................................................... 284
5. Mise en place d’un système Kanban .............................................................................. 285
5.1 Avantages du système ........................................................................................................ 285
5.2 La convivialité MRP-Kanban .......................................................................................... 287
6. Conclusion ........................................................................................................................................... 288

Chapitre 9
La gestion d’atelier par les contraintes
1. Introduction ........................................................................................................................................ 291
2. Les contraintes et le pilotage de l’atelier ..................................................................... 293
2.1 Quelques remarques préalables ................................................................................... 293
2.2 Équilibre des capacités, équilibre du flux ............................................................. 294
2.3 Niveau d’utilisation d’un poste non-goulet ......................................................... 294
2.4 Utilisation des goulets et fonctionnement du système
de production ............................................................................................................................ 297
2.5 Les autres axes du pilotage des ateliers par les contraintes ..................... 300
2.5.1 La notion de lot de transfert, la notion de lot de fabrication ........... 300

2.5.2 La détermination des tailles de lots de fabrication


dans une gestion par les contraintes .............................................................. 302
2.5.3 La détermination des délais de fabrication ................................................ 303

2.6 La gestion de l’entreprise ................................................................................................. 304


3. Mise en œuvre de la gestion d’atelier par les contraintes ............................. 305
3.1 Les étapes préalables ........................................................................................................... 305
3.1.1 La formation du personnel .................................................................................. 305

3.1.2 Les actions de progrès ............................................................................................. 305

3.2 La détection des goulets .................................................................................................... 306


3.3 Le pilotage de l’atelier par les contraintes ............................................................ 308
4. Conclusion ........................................................................................................................................... 309

© Éditions d’Organisation XIX


Gestion de production

Chapitre 10
Du juste-à-temps au Lean Management
et à Six sigma
1. Introduction ........................................................................................................................................ 311
1.1 Historique du Lean Management................................................................................ 311
1.2 Principes de base du Lean Management ............................................................... 313
1.2.1 La suppression des gaspillages .......................................................................... 314
1.2.2 Une production en flux tendus .......................................................................... 316
1.2.3 La réduction des cycles de développement des produits ...................... 319
1.2.4 Une attitude prospective vis-à-vis de ses clients ....................................... 321
1.2.5 Gestion de la qualité ................................................................................................ 323
2. Les outils du Lean Management ........................................................................................ 328
2.1 La cartographie du processus ........................................................................................ 329
2.2 Amélioration des temps de changements de séries
– Méthode SMED.................................................................................................................... 331
2.2.1 Introduction .................................................................................................................. 332
2.2.2 La méthode ................................................................................................................... 332
2.2.3 Conclusion ..................................................................................................................... 335
2.3 TPM – Total Productive Maintenance ...................................................................... 336
2.3.1 Le TRS, une mesure de la performance du poste de travail .............. 336
2.3.2 Le problème .................................................................................................................. 338
2.3.3 Diminution du taux de panne ........................................................................... 338
2.4 La maîtrise de la qualité des processus .................................................................. 341
2.4.1 Aspect statique de la maîtrise des processus ............................................. 342
2.4.2 Aspect dynamique de la maîtrise des processus ...................................... 343
2.5 Les 5 S ............................................................................................................................................ 344
2.6 Relations avec les fournisseurs et les sous-traitants ...................................... 349
2.6.1 Les problèmes .............................................................................................................. 349
2.6.2 Les nouvelles relations avec les fournisseurs ............................................. 350
3. Les changements de culture liés au Lean Management ................................. 352
3.1 La problématique du changement.............................................................................. 352
3.2 Les facteurs du changement ........................................................................................... 353
3.2.1 La communication .................................................................................................... 353
3.2.2 La formation ................................................................................................................ 353
3.2.3 La motivation .............................................................................................................. 354
3.2.4 Communication, formation, motivation, comment faire ? ................ 355
4. Conclusion ........................................................................................................................................... 356

XX © Éditions d’Organisation
Chapitre 11
La mesure de la performance
du système de production
1. Les limites des systèmes de mesure traditionnelle ............................................. 357
1.1 Introduction ............................................................................................................................... 357
1.2 Inefficacité du système traditionnel au niveau du pilotage
de la production ...................................................................................................................... 358
1.3 Performance industrielle et évaluation financière........................................... 359
2. Les indicateurs de performance ......................................................................................... 361
2.1 Quelques définitions ............................................................................................................ 361
2.2 Indicateurs de résultat et indicateurs de processus........................................ 362
2.3 Construction d’un système d’indicateurs de mesure et de pilotage ... 363
2.4 Caractéristiques essentielles des indicateurs de performance ................ 369
2.5 Mise en place des indicateurs de performance.................................................. 371
3. Conclusion ........................................................................................................................................... 373

Chapitre 12
La supply chain
1. Introduction ........................................................................................................................................ 375
1.1 Généralités .................................................................................................................................. 375
1.2 De la logistique à la supply chain ............................................................................... 378
2. Comment définir la supply chain ou « chaîne logistique intégrée
et étendue » ? ..................................................................................................................................... 379
2.1 Le concept de logistique .................................................................................................... 379
2.2 Le concept de supply chain, chaîne logistique globale ................................ 381
3. Supply chain et processus ....................................................................................................... 382
3.1 Processus et approche théorique................................................................................. 383
3.2 Processus et approche pratique ................................................................................... 384
4. Le fonctionnement de la supply chain .......................................................................... 389
4.1 Le point de départ de la supply chain : le client final................................... 389
4.2 La planification et la programmation dans la supply chain...................... 390
4.3 Supply chain et mutation des systèmes d’information ................................ 392
4.4 Supply chain et informations de gestion ................................................................ 393
5. Les conséquences de ce mode de fonctionnement ............................................. 395
5.1 La virtualisation des entreprises .................................................................................. 396

© Éditions d’Organisation XXI


Gestion de production

5.2 Les obstacles rencontrés ................................................................................................... 397


5.2.1 Les clivages internes ................................................................................................ 397
5.2.2 Les clivages externes ................................................................................................ 397
5.2.3 La prédominance de l’opérationnel ................................................................ 398
5.2.4 L’absence d’un véritable système de mesure ............................................. 398
5.2.5 La peur d’un changement radical de l’organisation ............................. 398
6. Conclusion ........................................................................................................................................... 398

Chapitre 13
Gestion de production
et système d’information
1. L’évolution de l’offre logicielle ........................................................................................... 401

1.1 Introduction ............................................................................................................................... 401


1.2 Rôle et limites de l’informatique ................................................................................. 402
1.3 Domaines d’application en gestion industrielle ................................................ 403
1.4 Retour sur l’offre traditionnelle .................................................................................... 403
1.5 L’évolution par l’intégration........................................................................................... 406
2. Les ERP (Enterprise Resources Planning) ................................................................... 407

2.1 Définition ..................................................................................................................................... 407


2.2 Fonctionnalités et modularité ........................................................................................ 408
2.3 Nature de l’intégration ....................................................................................................... 409
2.4 Mise en place et marché des ERP ............................................................................... 412
3. Les MES (Manufacturing Execution System) ........................................................... 413

3.1 Définition ..................................................................................................................................... 413


3.2 Fonctionnalités......................................................................................................................... 413
3.3 L’offre du marché .................................................................................................................. 415
4. Les APS (Advanced Planning and Scheduling) ...................................................... 416
4.1 Définition ..................................................................................................................................... 416
4.2 Fonctionnalités......................................................................................................................... 416
4.3 Le marché des APS ............................................................................................................... 417
5. Les SGDT (Systèmes de gestion des données techniques) ........................... 418
5.1 Définition ..................................................................................................................................... 418
5.2 Fonctionnalités d’un SGDT ............................................................................................. 419
6. Conclusion ........................................................................................................................................... 420

XXII © Éditions d’Organisation


Chapitre 14
Mise en œuvre d’un projet
de gestion industrielle
1. Introduction ........................................................................................................................................ 421
2. Les clés de la réussite ................................................................................................................. 422
2.1 Règles fondamentales.......................................................................................................... 422
2.2 Rôle de la direction ............................................................................................................... 424
2.3 Le chef de projet et l’aspect humain ........................................................................ 424
2.4 Le suivi du projet ................................................................................................................... 425
2.5 Le calendrier du projet ....................................................................................................... 426
2.6 L’aspect financier ................................................................................................................... 428
3. La démarche de projet GP ....................................................................................................... 429
3.1 Introduction ............................................................................................................................... 429
3.2 Phase diagnostic et analyse ............................................................................................ 430
3.3 Phase de choix et structuration du système d’information ...................... 431
3.4 Phase de choix du progiciel et mise en place
du nouveau système de gestion industrielle ....................................................... 432
3.4.1 Choix d’un progiciel ................................................................................................. 432
3.4.2 Mise à niveau des données techniques ......................................................... 435
3.4.3 Mise en place ............................................................................................................... 435
3.5 Phase d’exploitation ............................................................................................................. 436
4. Conclusion ........................................................................................................................................... 437

Bibliographie .................................................................................................................................... 439

Index ................................................................................................................................................................. 447

© Éditions d’Organisation XXIII


Chapitre 1

Introduction

1. L’évolution de la compétitivité
de l’entreprise
De tous temps, les entreprises ont dû gérer leurs productions pour
imposer leur efficacité. Ainsi, le rôle de la gestion de production est
aussi ancien que l’entreprise elle-même. On peut dater les premières
réelles expériences en matière de gestion de la production au moment
de la réalisation des premières pyramides égyptiennes. Ces grands
chantiers ont suscité les premières réflexions dans le domaine des
approvisionnements, des ressources humaines mais aussi de la stan-
dardisation des tâches.

Aujourd’hui, la perception de la gestion de la production a bien sûr


beaucoup évolué. La gestion de la production se place au cœur de la
stratégie de l’entreprise. Pourquoi cela ? La réponse à cette question
réside dans l’évolution des conditions de la compétitivité économique.

1
Gestion de production

Depuis un passé récent (le milieu du XXe siècle pour fixer les idées), on
peut distinguer trois phases d’évolution dans l’environnement de
l’entreprise. Selon son secteur d’activité, l’enchaînement de ces trois
phases dans le temps peut être différent.
La première phase représente une période de forte croissance avec un
marché porteur, des marges confortables et une offre de biens infé-
rieure à la demande. Il s’agit pour l’entreprise d’une période de séré-
nité où les fonctions essentielles sont techniques et industrielles. Il faut
alors produire puis vendre. Voici les principales caractéristiques de la
production : quantités économiques de production, stocks tampons
entre les postes de travail, fabrication en série, délais fixés par le cycle
de production, gestion manuelle.
Lorsque l’offre et la demande s’équilibrent, nous atteignons une
deuxième phase où le client a le choix du fournisseur. Pour l’entre-
prise, il faut alors produire ce qui sera vendu. Il devient alors nécessaire
de faire des prévisions commerciales, de maîtriser l’activité de produc-
tion, d’organiser les approvisionnements, de réguler les stocks et de
fixer les échéances.
Très rapidement, on passe à la phase suivante où l’offre excédentaire
crée une concurrence sévère entre les entreprises face à un client qui
devient exigeant. Cette compétitivité contraint l’entreprise à :
• la maîtrise des coûts ;
• une qualité irréprochable ;
• des délais de livraison courts et fiables ;
• de petites séries de produits personnalisés ;
• un renouvellement des produits dont la durée de vie s’est
raccourcie ;
• l’adaptabilité par rapport à l’évolution de la conception des pro-
duits et des techniques de fabrication...
L’entreprise tend désormais à produire ce qui est déjà vendu. Nous
voyons apparaître des soucis de stratégie industrielle et de contrôle
précis de la gestion. De plus, on y décèle des contradictions (prix-qua-
lité, prix-petites séries...) qui nécessiteront des arbitrages pour obtenir
une cohérence globale.

2 © Éditions d’Organisation
Introduction

La phase que nous venons de décrire, dans laquelle se reconnaissent


encore beaucoup d’entreprises, est sur le point d’être dépassée pour de
nombreuses [Link] challenge des années 2000 s’oriente vers des
logiques beaucoup plus globales de réflexion inter-entreprises, voire
inter-groupes. En effet, face à la situation actuelle qui impose une qua-
lité encore meilleure, des délais toujours plus courts, une fiabilité
accentuée, des prix toujours plus bas, un temps de réponse au marché
sans cesse amélioré, les entreprises se sont interrogées sur les progrès
qu’elles pouvaient encore réaliser. Les démarches juste-à-temps, qua-
lité totale et Lean Production permettent aux entreprises d’améliorer
leurs processus de production internes, parfois leurs processus
d’approvisionnements directs et leurs processus de distribution directs.
La mise en place et la pratique généralisée de ces démarches ne vont
plus suffire. Il faudra aller encore plus loin.

Demain, la problématique va s’orienter vers une amélioration globale,


du « fournisseur du fournisseur du fournisseur »… jusqu’au « client du
client du client »…, en d’autres termes, du premier fournisseur dans le
processus de réalisation du produit jusqu’au client ultime : le consom-
mateur du produit. C’est ce qu’on appelle la logique supply chain ou
plus précisément chaîne logistique intégrée, chaîne logistique étendue.

Cette démarche a pour objectif de travailler non seulement au niveau


des maillons de la chaîne mais aussi et surtout au niveau des con-
nexions entre ces divers maillons, pour optimiser la chaîne logistique.

Cette évolution est rendue possible par de nombreuses transformations


aussi bien au niveau des systèmes d’information qu’au niveau des
infrastructures ou des systèmes de transports rapides. La révolution
que représentent les réseaux Internet ou intranet, les EDI (Échanges de
données informatisées), la création des logiciels de type ERP (Enter-
prise Resources Planning), permettent de communiquer de plus en plus
vite, de plus en plus loin, en échangeant une grande quantité d’infor-
mations. Parallèlement, avec le développement des infrastructures
routières, autoroutières, couloirs aériens, on peut déplacer les produits
de plus en plus loin et de plus en plus vite… Il devient donc possible
de créer de vraies supply chain efficaces.

© Éditions d’Organisation 3
Gestion de production

La démarche supply chain consiste à mettre en œuvre une démarche


de gestion globale basée sur l’apport de valeur à un produit depuis la
production de matières premières jusqu’à la distribution. L’objectif
recherché est de trouver un moyen de travailler véritablement et effica-
cement ensemble et, dans cette optique, le développement des techni-
ques de communication s’est révélé un élément clé.

La supply chain va imposer la synchronisation des flux physiques, des


flux financiers et des flux d’informations, ce qui va entraîner des trans-
formations à tous les niveaux dans les entreprises concernées et cela
ne va pas se faire sans difficultés.

Les obstacles rencontrés peuvent être de différentes natures : refus de


transfert de pouvoir d’une entreprise à l’autre, refus de transfert de
fonctions d’une entreprise à l’autre, peur d’un changement radical
dans l’organisation…

Ce sont les projets de type chaîne logistique que les grands groupes
internationaux mettent aujourd’hui majoritairement en œuvre pour
assurer leur pérennité.

2. Le contexte
de la nouvelle gestion de production
Qu’on soit intégré dans un projet de type supply chain ou non, l’objec-
tif « Produire ce qui est déjà vendu » reste l’objectif dominant.

Pour y parvenir l’entreprise se doit d’être au moins réactive voire proac-


tive.

Être réactive, cela signifie être capable de s’adapter très vite et en per-
manence aux besoins en produits de plus en plus variés, d’un marché
mondial et fortement concurrentiel.

Être proactive, cela signifie avoir la capacité d’influencer l’évolution du


marché, donc d’y introduire des produits nouveaux avant les concur-
rents.

4 © Éditions d’Organisation
Introduction

Pour cela, l’entreprise doit organiser sa production de manière à fabri-


quer des produits de qualité, avec une grande diversité et au plus juste
coût.
L’entreprise doit chercher dans le cadre de sa gestion de production à
passer d’une logique de charges à une logique de flux.
Il est alors nécessaire de chercher à transformer des activités apparem-
ment indépendantes en un processus continu en supprimant progressi-
vement les opérations non génératrices de valeur utile pour le client
(opérations de transport, de stockage...).
Il est aussi nécessaire de mettre en œuvre un processus continu d’amé-
liorations, ce que les Anglo-Saxons nomment le CIP (pour Continuous
Improvement Process), et les Japonais le concept de Kaïzen. Cela
consiste à induire une mobilisation constante de l’ensemble des forces
de l’entreprise à des fins d’évolutions et de transformations à petits
pas.
Dans ce contexte, le temps a une importance fondamentale.
Il faut chercher à réduire tous les délais : d’approvisionnement, de
fabrication et de livraison. Mais cela n’est pas suffisant ; il faut aussi
diminuer les temps de conception-mise à disposition du produit par
utilisation de l’ingénierie simultanée, diminuer les temps de circulation
et de mise à disposition de l’information, raccourcir les délais de prise
de décisions...
Il faut donc vendre, concevoir et produire autrement, et cela nécessite
un changement de culture dans l’entreprise et une évolution des
comportements de tous.

3. La gestion de production et les flux


Quand on parle de gestion de production dans les entreprises, on fait
constamment référence à des notions de flux : implantation en flux,
flux poussés, flux tirés, flux tendus, flux logistiques...
La notion de flux est synonyme de mouvement, de circulation, d’évo-
lution, de rapidité et donc d’efficacité.

© Éditions d’Organisation 5
Gestion de production

En gestion de production, on s’intéresse plus particulièrement aux :

• Flux physiques : approvisionnement, entrée et circulation des


matières premières, des composants, des pièces de rechange, des
sous-ensembles ; circulation, sortie et distribution des produits
finis.
• Flux d’information : suivi des commandes, des ordres de fabri-
cation, suivi des données techniques, suivi des heures de main-
d’œuvre, des heures machines, des consommations de matières,
des rebuts...

La préoccupation majeure de la gestion de production étant la satisfac-


tion des clients, celle-ci se doit de chercher à maîtriser ses flux. Pour
cela, elle doit :

• Simplifier les flux physiques en supprimant les opérations non


génératrices de valeur vendable au sens valeur utile pour le
client (par réimplantation des moyens de production).
• Fluidifier et accélérer les flux physiques en évitant les pannes
machines, en diminuant les temps de changements de série, en
améliorant la qualité des pièces, en développant tant la polyva-
lence des hommes que le partenariat avec les fournisseurs et les
distributeurs, en maîtrisant les flux de transports externes des
produits…
• Créer un système d’informations de gestion de production
cohérent et pertinent par un dialogue et une mise au point pour
connaître et répondre aux besoins et aux attentes de chacun.

Maîtriser ses flux physiques et informationnels est, pour une entre-


prise, l’un des challenges déterminants des années 2000.

4. Gestion de production
et aspect financier
En règle générale, chaque société possède des fournisseurs, des clients
et apporte une valeur ajoutée à son produit.

6 © Éditions d’Organisation
Introduction

Figure 1.1 – La production de valeur ajoutée

€ € € €

Production
Achat Vente
de valeur ajoutée

La valeur ajoutée est le moteur économique de la société, car elle


permet :
• la fourniture de produits utiles aux clients ;
• la création de richesses économiques ;
• la distribution de ces richesses au personnel (salaires, intéresse-
ment aux résultats), aux fournisseurs (achats), aux collectivités
(locales, régionales ou État, sous forme d’impôts, de taxes) et
aux actionnaires (dividendes) ;
• le financement du futur de l’entreprise (investissements, recher-
ches et développements...) et la possibilité de faire face à des
aléas conjoncturels extérieurs politiques ou économiques
(comme un krach boursier).
Quels que soient le système politique et les opinions de chacun, la
quête de la pérennité condamne l’entreprise à rechercher un niveau de
rentabilité suffisant, compte tenu à la fois de la compétitivité interna-
tionale de plus en plus agressive et des exigences croissantes du client.
Au lieu de considérer la relation classique :
Coût de revient + marge bénéficiaire = prix de vente

Il est préférable de s’appuyer sur la relation suivante :


Prix de vente – coût de revient = marge bénéficiaire

Voire :
Prix de vente – marge souhaitée = coût de revient cible

© Éditions d’Organisation 7
Gestion de production

Si ces trois relations sont équivalentes d’un point de vue mathémati-


que, il en va tout autrement au plan de la philosophie de l’entreprise et
de sa gestion de production.

La troisième équation fait référence à une méthode qui nous vient du


Japon et qui s’appelle le target costing ou « coût de revient cible ».

Voici la réflexion que propose cette méthode.

L’entreprise a une marge de manœuvre très limitée au niveau de la


fixation de son prix de vente produit, celui-ci étant quasi imposé par le
marché. Par ailleurs, si l’entreprise veut assurer sa pérennité, elle se
doit de réaliser une certaine marge sur le produit pour pouvoir assurer
ses investissements futurs, son développement.

Cela signifie donc que si l’entreprise veut continuer à exister elle doit
supporter un coût de revient au maximum égal au coût de revient
cible. Si ce n’est pas le cas, elle se doit de réfléchir à toutes les amélio-
rations qu’elle peut réaliser pour rester dans l’enveloppe définie par le
coût de revient cible. Toutes les améliorations, c’est-à-dire tout ce qui
est possible à tous les niveaux : conception, industrialisation, approvi-
sionnements, distribution, production, logistique, qualité…

Au niveau de la gestion de la production, où peut-elle intervenir ?

Illustrons notre propos par une petite histoire : un inventeur génial


veut créer une entreprise pour exploiter son brevet révolutionnaire. Il
convainc son banquier de lui fournir un capital de départ afin d’ache-
ter machines et matières premières nécessaires à la fabrication de ses
premiers produits. Avant de réaliser les premières ventes, il s’écoule un
certain temps... Les intérêts de la somme empruntée courent ! Bientôt
tout de même, ces produits sont vendus mais... le client les lui paie
« 60 jours fin de mois »... les intérêts courent toujours ! Au final, cela
peut être tragique car les intérêts ont mangé une grosse part des béné-
fices escomptés !

Cette histoire caricaturale montre que l’aspect financier est un pro-


blème à deux dimensions. En effet, les moyens financiers dépendent
de :
• la quantité des moyens mis en place pour assurer la production
(investissements, fonds de roulement) ;

8 © Éditions d’Organisation
Introduction

• la durée du cycle de fabrication et d’utilisation des moyens (fac-


teur temps).

Nous schématiserons ainsi le flux financier de l’entreprise :

Figure 1.2 – Les deux composantes des moyens financiers

Quantité de moyens

Achat Vente
Cycle de fabrication

La gestion de production va agir sur ces deux paramètres par :

• la diminution des stocks et en-cours, par différents moyens (fia-


bilisation de la demande et des approvisionnements, recherche
d’une meilleure fiabilité des moyens de production, responsabili-
sation des personnes...) et différentes méthodes de gestion (MRP,
Kanban...) ;

• l’enchaînement des opérations par une meilleure implantation


des moyens de production et un meilleur ordonnancement-lance-
ment-suivi de production...

• la diminution des tailles de lots de fabrication et des temps de


changement de séries ;

• l’amélioration de la chaîne logistique qui part des fournisseurs


pour aller jusqu’à la livraison aux clients.

Afin de réduire la surface quantité multipliée par durée, il est souhaita-


ble de ne commander les produits nécessaires qu’au moment où on en
a besoin (figure 1.3) :

© Éditions d’Organisation 9
Gestion de production

Figure 1.3 – Approvisionnement selon le besoin

Gain
Quantité
de
moyens

Temps de production

Mais cette solution n’est pas sans risque car, dans le cas d’un man-
quant, c’est l’ensemble de la production qui sera retardée. Ainsi, com-
mander au plus tard est un jeu délicat qui peut être dangereux pour
l’entreprise car l’espérance d’un petit gain peut générer une perte bien
plus importante si on ne maîtrise pas totalement les paramètres de pro-
duction.

Quoi qu’il en soit, tous ces éléments d’amélioration vont permettre à


l’entreprise de diminuer son coût de revient et d’entrer dans l’enve-
loppe du coût de revient cible. Si ce n’est pas le cas, le produit
concerné ne verra pas le jour, sauf pour des raisons stratégiques qui
donnent la possibilité à l’entreprise de perdre de l’argent sur certains
produits de sa gamme.

5. Place de la gestion de production


dans l’entreprise
En relation avec les diverses fonctions de l’entreprise, la gestion de
production se trouve fréquemment confrontée à des objectifs contra-
dictoires. Examinons, par exemple, les contraintes liées à l’interface
fonction commerciale-fonction de production.

10 © Éditions d’Organisation
Introduction

Contraintes au niveau du temps


• service commercial : les délais doivent être les plus courts
possibles ;
• service fabrication : il faut du temps pour fabriquer des produits
fortement différenciés, il faut du temps pour fabriquer des pro-
duits de qualité.

Contraintes de qualité
• service commercial : un produit est plus facile à vendre s’il est de
bonne qualité ;
• service fabrication : un produit de qualité est plus difficile à obte-
nir.

Contraintes de prix
• service commercial : un produit est plus facile à vendre si son
prix est faible ;
• service fabrication : les contraintes de coût sont toujours diffici-
les à tenir.
Située au carrefour d’objectifs contradictoires, la gestion de production
est une fonction transversale, c’est-à-dire qu’elle est en relation avec la
plupart des autres fonctions et la majeure partie des systèmes d’infor-
mation de l’entreprise. Aussi la gestion de production doit-elle être par-
faitement intégrée dans le système informationnel de l’entreprise.
Nous schématiserons sa position vis-à-vis des diverses fonctions au
moyen de la figure suivante :

© Éditions d’Organisation 11
Gestion de production

Figure 1.4
La gestion de production et les autres fonctions de l’entreprise

Direction
Objectifs stratégiques

Commercial Études
Commandes, offres Nomenclatures,
spécifications

Appro – Achats Méthodes


Consultation, commandes Gammes, implantations
GESTION

Personnel DE LA Maintenance
Embauche, compétence, Maintenance des moyens
PRODUCTION
formation, motivation

Informatique Fabrication
Traitement de l'information Fabrication des produits

Contrôle de gestion Magasins


Suivi des coûts Matières premières,
composants, produits finis,
en-cours
Comptabilité Qualité
Bilan, comptes des résultats Assurance qualité, contôles

Une solution tout à fait actuelle, face aux risques de dispersion,


consiste à rassembler dans une même direction, appelée logistique,
toutes les fonctions qui concourent directement à la maîtrise des flux
se rapportant aux matières (gestion des commandes, élaboration du
programme de production, ordonnancement, lancement, approvision-
nements, achats, tenue des différents stocks, manutention et transport,
expédition). Elle entraîne une simplification des grands objectifs de
l’entreprise : ventes, recherche et développement, production, effica-
cité et performance de l’utilisation des moyens.

12 © Éditions d’Organisation
Introduction

6. Gestion de production
et aspect humain
L’influence technologique est dominante dans la fonction production
mais le facteur humain dont dépendra toute la réussite du projet
d’entreprise reste fondamental. Il intéresse au premier chef le gestion-
naire de production, au carrefour de multiples informations et instruc-
tions, qu’il reçoit et qu’il communique à de nombreux utilisateurs.

Le système de production ne fonctionnera correctement qu’en


s’appuyant sur des informations rapides et fiables, un respect rigou-
reux des consignes et procédures, des initiatives et réactions indivi-
duelles en cas d’anomalie ou d’écart par rapport à la prévision. En
d’autres termes, la gestion de la production ne peut jamais être l’affaire
exclusive de quelques experts mais, au contraire, elle a besoin de la
participation active de nombreuses personnes placées dans la plupart
des secteurs de l’entreprise.

Cette collaboration effective ne peut pas être obtenue dans un contexte


de mauvais fonctionnement des relations de travail, quelles qu’en
soient les causes : climat social, ambiance, structure et organisation du
travail. Aussi la gestion de production doit-elle impérativement être
mise en œuvre par des personnes motivées, réactives, responsabilisées
et formées. C’est aujourd’hui une nécessité pour toutes les entreprises
à la recherche de l’excellence industrielle face à la vive compétition
internationale.

L’organisation classique de la production était fondée sur la division du


travail, la spécialisation des tâches, la centralisation des responsabilités
et la hiérarchisation des compétences. Cette production de masse par-
cellisée fait place, chaque jour davantage, à des structures plus souples
en petites équipes, ou à des individus, réalisant des tâches plus com-
plexes et moins répétitives. Cette restructuration du travail implique
une polyvalence et une polytechnicité accrues nécessitant la formation
du personnel. Le rôle de la hiérarchie tend à évoluer vers plus d’anima-
tion et de conseil, dans le but d’accroître la motivation de l’ensemble
du personnel, visant donc à améliorer productivité, qualité, sécurité...

© Éditions d’Organisation 13
Gestion de production

7. Conclusion
Quel que soit son secteur d’activité (mécanique, plastique, alimentaire,
bois...), l’entreprise a besoin d’une gestion de production résolument
moderne et efficace qui se traduit tant par la mise en œuvre de nou-
veaux principes de gestion de production, l’implication, la formation
des acteurs de l’entreprise que par la mise en œuvre de technologies.
En essayant de hiérarchiser la démarche d’évolution de la gestion de
production, on peut dire que l’on doit :
1. se fixer une stratégie d’excellence industrielle ;
2. en déduire les principes de gestion (tension des flux, qualité
totale, planification) ;
3. définir les méthodes appropriées (MRP2, Kanban...) ;
4. définir les outils appropriés (SMED, SPC...).
Ces quatre axes de travail doivent découler les uns des autres et être
cohérents entre eux, ce qui n’est pas simple à réaliser.
Ils doivent par ailleurs s’intégrer dans la stratégie globale de l’entre-
prise qui impose généralement, avant tout, la satisfaction des clients,
clients intermédiaires et client final. Cela se traduit par :
• de bons produits,
• une bonne organisation de la production,
• un bon système de fabrication,
• une bonne gestion,
• une bonne fonction commerciale.
Nous venons de définir les points clés du fonctionnement de l’entre-
prise. Faisons fi de ces années où les commerciaux pestaient contre
l’incompétence des techniciens qui eux-mêmes accusaient les mauvais
fournisseurs et les mauvais commerciaux, qui eux-mêmes parlaient
d’exigences excessives au niveau des clients…
Cet ouvrage n’a d’autre objet que de donner une idée générale de la
fonction gestion de production en présentant les bases des méthodes et
techniques qui y sont actuellement rencontrées, et surtout de faire

14 © Éditions d’Organisation
Introduction

prendre conscience au lecteur de la philosophie générale de l’organisa-


tion de la production qui, plus que de techniques ou de recettes, est
affaire d’un certain état d’esprit.

© Éditions d’Organisation 15
Chapitre 2

L’implantation
des moyens de production

Gérer une production, cela consiste entre autres choses à organiser les
flux physiques de produits au travers de moyens de production. Dans
ce chapitre, nous aborderons l’organisation de ces moyens physiques
sur la base d’une typologie de production en dissociant les grands
types de production. Nous dégagerons les grandes lignes qui doivent
guider l’industriel lors de la conception d’une unité moderne de pro-
duction. Enfin, après avoir décrit les moyens d’analyse d’un système
de production, nous étudierons les méthodes de résolution qui permet-
tent d’améliorer son implantation et, ce faisant, sa réactivité.

17
Gestion de production

1. Typologie de production
Chaque entreprise est unique de par son organisation et la spécificité
des produits qu’elle fabrique. Cependant, on peut réaliser une classifi-
cation des entreprises en fonction des critères suivants :
• quantités fabriquées et répétitivité ;
• organisation des flux de production ;
• relation avec les clients.
Ces critères ne sont bien sûr pas exhaustifs, mais ils permettent de
bien cerner le type d’une entreprise. Une typologie de production est
fondamentale, car elle conditionne le choix des méthodes de gestion de
production qui sont le plus adaptées. Cette analyse est donc un préala-
ble indispensable à tout projet de mise en place ou de restructuration
d’une gestion de production. En fait, toute entreprise est une juxtaposi-
tion des différents types que nous décrirons et sera amenée à mettre en
place divers modèles d’implantation pour les différents flux.

1.1 Classification en fonction de l’importance


des séries et de la répétitivité
La première différence notable entre les entreprises a trait bien sûr à
l’importance des productions. Les quantités lancées peuvent être :
• en production unitaire ;
• en production par petites séries ;
• en production par moyennes séries ;
• en production par grandes séries.
Notons que les nombres liés aux notions de petit, moyen et grand sont
sensiblement différents selon le produit concerné. Pour fixer les idées,
indiquons un ordre de grandeur moyen : 100 pour les petites séries,
1 000 pour les moyennes et 100 000 pour les grandes.
Pour chacune de ces quantités, les lancements peuvent être répétitifs
ou non, ce qui agira également sur la typologie de l’entreprise.
On peut donc établir le tableau croisé suivant :

18 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Figure 2.1 – Classification Quantité/Répétitivité

Lancements répétitifs Lancements non répétitifs


Moteur de fusée Travaux publics
Production unitaire Pompes destinées Moules pour presses
au nucléaire
Outillage Sous-traitance
Petites
(mécanique électronique)
et moyennes séries Machines outils
Préséries
Électroménager Journaux
Grandes séries
Automobile Articles de mode

Chacun de ces types de production nécessite un type de gestion parti-


culier, mais aussi de procéder à une implantation adaptée des moyens
de production.

1.2 Classification selon l’organisation


du flux de production

On distingue trois grands types de production, sachant que l’on pour-


rait trouver de nombreux types intermédiaires :

• production en continu ;

• production en discontinu ;

• production par projet.

1.2.1 Production en continu


Une production en continu est retenue lorsqu’on traite des quantités
importantes d’un produit ou d’une famille de produits. L’implantation
est réalisée en ligne de production, ce qui rend le flux du produit
linéaire. On dit que l’on est en présence d’un atelier à flux que nos col-
lègues anglo-saxons nomment flow shop.

© Éditions d’Organisation 19
Gestion de production

Figure 2.2 – Production en continu

Dans ce type de production, les machines ou les installations sont


dédiées au produit à fabriquer ce qui, en général, ne permet pas une
grande flexibilité. De plus, afin d’éviter de créer des goulets d’étrangle-
ment et de fluidifier l’écoulement des produits, l’équilibrage de la pro-
duction de chacune des machines doit être soigné.

Les industries pétrochimiques, les cimenteries, sont des exemples typi-


ques de ce type d’entreprises. Mais on retrouve également la même
organisation dans l’assemblage de produits réalisés en grandes séries,
tels que la fabrication de roulements à billes de série ou la fabrication
et le conditionnement du Coca-Cola...

En règle générale, ce type de production est accompagné d’une auto-


matisation poussée des processus de production ainsi que des systè-
mes de manutention. Cette automatisation est rendue nécessaire par le
besoin d’obtenir des coûts de revient bas, un niveau de qualité élevé et
stable, de n’avoir que très peu d’en-cours et d’obtenir une circulation
rapide des produits. Elle contraint à procéder à un entretien préventif
des machines sous peine de risquer un arrêt total de l’atelier.

1.2.2 Production en discontinu


Une production en discontinu est retenue lorsque l’on traite des quan-
tités relativement faibles de nombreux produits variés, réalisés à partir
d’un parc machine à vocation générale (exemple : tours, fraiseuses...).

20 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

L’implantation est réalisée par ateliers fonctionnels qui regroupent les


machines en fonction de la tâche qu’elles exécutent (tournage, frai-
sage...). Le flux des produits est fonction de l’enchaînement des tâches
à réaliser. On dit que l’on est en présence d’un atelier à tâches que nos
collègues anglo-saxons nomment job-shop.

Figure 2.3 – Production en discontinu

Assemblage
Fraisage

Rectification Machine à laver

Tournage

Dans ce type de production, les machines ou les installations sont


capables de réaliser un grand nombre de travaux ; elles ne sont pas
spécifiques à un produit, ce qui donne une grande flexibilité. Mais il
est très difficile d’équilibrer les tâches dans une production en discon-
tinu, ce qui génère en revanche des niveaux de stocks et d’en-cours
élevés.
Les industries mécaniques et les entreprises de confection sont des
entreprises de ce type.

1.2.3 Production par projet


Dans le cas de la production par projet, le produit est unique. Des
exemples en sont l’organisation des Jeux Olympiques ou la construc-
tion d’un barrage. Le processus de production y est unique et ne se
renouvelle pas. Le principe d’une production par projet consiste donc à

© Éditions d’Organisation 21
Gestion de production

enchaîner toutes les opérations conduisant à l’aboutissement du pro-


jet, en minimisant les temps morts afin de livrer le produit avec un
délai minimal ou au moment convenu.

Dans ce type de production, on ne peut pas stabiliser de façon formelle


une production. Aussi, l’organisation doit être capable de prendre en
compte de nombreuses et importantes perturbations extérieures, et de
permettre des modifications.

On pourra remarquer que certaines entreprises ont des produits qui,


bien que semblables, sont à chaque fois adaptés et spécifiques (fusées,
pompes spéciales…). Elles fonctionnent en grande partie par projets.

1.2.4 Comparaison type continu et discontinu


Chaque type de production possède ses avantages et ses inconvé-
nients. Aussi est-il intéressant d’étudier conjointement les deux
typologies : continue et discontinue.

On définit un indicateur – le ratio d’efficacité du processus – qui per-


met de déterminer le rapport entre le temps de présence d’un produit
dans le système et le temps pendant lequel une valeur ajoutée a été
apportée au produit.

Ratio d’efficacité du processus (parfois appelé ratio de tension des


flux) :

temps de travail effectif


REP = --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
temps total y compris les temps d 'attente

Lorsqu’on observe la figure 2.4, on s’aperçoit qu’il vaut mieux avoir à


gérer des processus continus plutôt que des processus discontinus. Ne
peut-on pas transformer un processus discontinu en un processus
continu ? On peut considérer que la technologie de groupe (voir §6 de
ce chapitre) permet d’adopter cette démarche. En voici la
démonstration : on recherche, par exemple, à l’intérieur d’un atelier de
mécanique (organisation discontinue) toutes les pièces qui ont la
même gamme (ou une gamme similaire). On regroupe ensuite les

22 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

machines en cellule de production dans laquelle on retrouve une orga-


nisation continue. On a bien transformé un processus discontinu en un
processus continu.

Figure 2.4 – Comparaison type continu et discontinu

Type continu Type discontinu


Flux linéaire Flux complexes

Flux des M1 M3
produits
M1 M2 M3 M4

M2 M4

Efficacité REP moyen de 80 à 100 % REP moyen de 5 à 30 %


Flexibilité Lignes de production rigides Lignes de production souples
Délais Faibles Longs
En-cours Faibles Importants

Ce regroupement présente principalement cet avantage d’augmenter le


ratio d’efficacité et donc de diminuer les délais et les en-cours. Cepen-
dant, le revers de la médaille est constitué par la perte de souplesse
introduite en figeant les machines dans la cellule de production.

Dans une organisation classique, un tour, par exemple, est capable


d’usiner la plupart des pièces tournées de l’atelier. Dans une organisa-
tion de type cellule flexible, il devient très difficile de faire exécuter au
tour intégré à la cellule des pièces ayant des gammes différentes de cel-
les retenues, ou on prend le risque de désorganiser la cellule.

On notera le compromis difficile à trouver entre les deux solutions


extrêmes suivantes :
• une grande flexibilité mais une organisation complexe et une
réactivité faible ;
• une flexibilité plus faible, mais une organisation et une gestion
considérablement allégées et une réactivité plus grande.

© Éditions d’Organisation 23
Gestion de production

Lorsqu’on compare les différents types de production (continue, dis-


continue et par projet), on note une relation étroite entre le coût et le
volume de production (figure 2.5).

Figure 2.5 – Relation entre le coût et le volume de production

Coût Production par projet


Production en discontinu
de revient
Production en continu

Volume de production

Pour les faibles volumes, une production par projet sera plus avanta-
geuse (fabrication d’une Formule 1). Si le volume augmente, on pas-
sera par la production en discontinu (fabrication d’une Ferrari) et, si
les volumes deviennent très importants, on passera à la production en
continu (fabrication d’une Twingo).

Un des points épineux est le passage du fonctionnement en continu au


fonctionnement en discontinu car ce dernier offre des avantages de
flexibilité qu’il faut pouvoir conserver le plus longtemps possible.

1.3 Classification selon la relation avec le client

Dans la classification selon la relation avec le client, on distingue trois


types de production et de vente :

• vente sur stock ;

• production à la commande ;

• assemblage à la commande.

24 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

1.3.1 Vente sur stock


Le client achète des produits existant dans le stock créé par l’entre-
prise. On retient ce type de production pour deux raisons principales :
Lorsque le délai de fabrication est supérieur au délai de livraison
réclamé ou accepté par le client (poste de radio, vêtement de confec-
tion...). Il faut alors produire à l’avance pour satisfaire le client en
s’appuyant sur des prévisions.
Pour produire en grande quantité et ainsi diminuer les coûts (tirage
d’un livre en 5000 exemplaires).

1.3.2 Production à la commande


La production à la commande n’est commencée que si l’on dispose
d’un engagement ferme du client. On évite alors (sauf cas d’annula-
tion) le stock de produits finis. Ce type de production est préférable au
type « vente sur stock », car il conduit à une diminution des stocks,
donc des frais financiers. Ainsi, on aura tout intérêt à choisir ce type de
production lorsque cela sera possible, c’est-à-dire lorsque le délai de
mise à disposition correspondant au délai de production est accepté
par le client. Cette organisation est obligatoire pour les produits non
standards.

1.3.3 Assemblage à la commande


Ce type de production se situe entre les deux premiers. On fabrique sur
stock des sous-ensembles standards. Ces sous-ensembles sont assem-
blés en fonction des commandes clients. Cette organisation permet de
réduire de façon importante le délai entre la commande et la livraison
d’un produit. En effet, le délai apparent est réduit à l’assemblage des
sous-ensembles. Cette organisation réduit la valeur des stocks et per-
met de personnaliser les produits finis en fonction des commandes
clients.

1.3.4 Comparaison sur stock à la commande


Il est évident qu’une entreprise a tout intérêt à ne produire que ce qui
est acheté. Pour cela, il faut que son délai de production soit inférieur
au délai acceptable par le client.

© Éditions d’Organisation 25
Gestion de production

Exemples de délai acceptable :

• boîte de petits pois, délai 0 ;


• cuisine équipée, délai 6 semaines ;
• automobile, délai 6 semaines.

Figure 2.6 – Relation délai/type de production

Délai acceptable pour le client Délai acceptable pour le client

Délai Production des sous-ensembles Personnalisation


de production sur stock

Production à la commande Production sur prévision et assemblage à la commande

2. Les différentes organisations


de la production

2.1 Implantation en sections homogènes


C’est l’implantation (figure 2.3) que l’on rencontre le plus dans le cas
des processus discontinus. Elle résulte de l’organisation taylorienne
qui a prévalu dans nos sociétés pendant plusieurs décennies. On
regroupe les machines ayant la même technique, ou les mêmes fonc-
tions. Ainsi, dans un atelier de mécanique, on regroupe les fraiseuses,
les tours, etc.

On regroupe également les machines sur des critères de qualité (pré-


cision) ou de capacité. En règle générale, le montage y est nettement
séparé de la fabrication, la réception des matières premières et des pro-
duits achetés y est centralisée en un lieu unique (ce qui est souvent
justifié par un contrôle de réception).

26 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Avantages principaux :
• Regroupement des métiers – les personnes travaillant dans un
secteur sont des professionnels de ce type de machine. Ils peu-
vent facilement passer d’une machine à l’autre.
• Flexibilité – l’implantation est indépendante des gammes de
fabrication, il est donc possible de fabriquer tous les types de
produits utilisant les moyens de l’atelier sans perturber davan-
tage le flux.

Inconvénients principaux :
• Flux complexes – dans ce type d’implantation, les flux sont com-
plexes avec de nombreux points de rebroussement, d’accumula-
tion.
• En-cours importants – c’est la conséquence logique de la com-
plexité des flux. Ils se transforment nécessairement en délais de
production importants.

2.2 Implantation en lignes de fabrication


On trouve principalement ce type d’implantation dans les processus
continus.

Figure 2.7 – Implantation en ligne


Matière première

Produits finis
Assemblage

© Éditions d’Organisation 27
Gestion de production

Les machines sont placées en ligne dans l’ordre de la gamme de fabri-


cation.

Ce type d’implantation possède les avantages suivants :

• pas de point de rebroussement ;

• flux faciles à identifier.

Cependant, l’implantation étant spécialisée pour un produit ou une


famille de produits, la flexibilité de ce type d’implantation est extrême-
ment limitée.

2.3 Implantation en cellules de fabrication

Figure 2.8 – Implantation en cellule

Cellule en U

Magasin

Cellule en ligne

Une implantation en cellule est constituée de petits ateliers de produc-


tion spécialisés de façon à réaliser entièrement un ensemble de pièces.
On appelle également ces cellules des îlots de production. C’est un
compromis entre la ligne et l’implantation fonctionnelle. Ce type
d’implantation permet de diminuer considérablement les stocks et le
délai dans le cas des processus discontinus.

28 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Aménagements d’une cellule

L’aménagement des cellules peut être très différent d’un cas à l’autre.
La figure 2.9 montre les principaux types d’aménagement.

Figure 2.9 – Les principaux aménagements de cellules

Aménagement en ligne droite Aménagement en serpentin

Réception Expédition

Aménagement en U Aménagement circulaire

La cellule en U est extrêmement intéressante dans le cas de production


de petite et moyenne série. Ses principaux avantages en sont :

• Communication importante entre les opérateurs situés à l’inté-


rieur du U, ce qui permet d’anticiper l’apparition de problèmes.

• Facilité de faire passer de nombreuses gammes dans la cellule


même si certaines machines ne sont pas utilisées.

• Facilité de faire varier la capacité de la ligne en faisant varier le


nombre d’opérateurs. À la limite, un seul opérateur au centre
peut faire fonctionner l’ensemble de la ligne à vitesse réduite.

• Unicité de la zone de déchargement des matières premières et de


sortie des produits finis qui entraîne un gain dans le déplace-
ment.

© Éditions d’Organisation 29
Gestion de production

3. Conception d’une unité moderne


de production

3.1 Les principes de base


La conception d’une bonne implantation d’un système de production
doit être guidée par quelques principes de base :
• Tout déplacement qui n’amène pas de valeur ajoutée à une pièce
est un gaspillage ; il faut le supprimer dans la mesure du possi-
ble.
• Une pièce ne devrait jamais être déplacée deux fois sans apport
de valeur ajoutée entre les déplacements.
• Une bonne implantation est une implantation dans laquelle le
cheminement des pièces est évident.
Pour illustrer ces principes, on peut caricaturer une bonne implanta-
tion de la façon suivante : si en regardant l’implantation des machines,
je suis capable de comprendre la gamme de fabrication, alors l’atelier
est bien implanté.

Si ce type d’implantation est « facile » à réaliser dans les processus


continus, ce n’est pas aussi simple dans le cas des productions discon-
tinues.

3.2 Les problèmes des implantations


en sections homogènes
Ce type d’implantation provient du modèle taylorien : faire exécuter
des tâches répétitives très spécialisées au personnel de chaque secteur.
En règle générale, ce type d’implantation a pour effet d’augmenter les
trajets des matières et des produits.

Les pièces passent par exemple par le secteur des tours, puis par le sec-
teur des fraiseuses. Elles contournent nécessairement toutes les frai-
seuses qui ne les concernent pas pour atteindre celle qui doit les
traiter !

30 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Les déplacements étant longs (donc coûteux), on cherche à les optimi-


ser en utilisant la fabrication par lots. Ce type de fabrication entraîne
des délais de production et des niveaux de stock élevés.

Figure 2.10 – Différence lot par lot et enchaînée

Production par lots


T T

M1 M2 M3

Production enchaînée Première pièce disponible

M1

M2

M3
Première pièce disponible

La figure 2.10 montre la différence que présente une production sans


transport et enchaînée par rapport à une production par lots avec
transport. Bien que théorique, ce schéma montre clairement la direc-
tion qu’il faut prendre : il faut fluidifier le trafic des pièces dans l’ate-
lier. Cela consiste à :
• enchaîner les opérations ;
• supprimer les stocks intermédiaires ;
• réduire au strict minimum les opérations de manutention ;
• simplifier le flux des pièces ;
• faciliter le suivi de production.
Pour cela, voici les grandes orientations que l’on doit prendre :
• la séparation des usines ;
• la séparation géographique des fabrications de produits
différents ;
• la décentralisation des activités de stockage et d’expédition ;
• le dédoublement de certaines machines.

© Éditions d’Organisation 31
Gestion de production

3.3. La séparation des usines


Une usine présente souvent un mélange de plusieurs types de produc-
tion. Or, comme nous l’avons déjà signalé, à chaque type de produc-
tion correspond un type de gestion et un type d’implantation. Pour
clarifier la situation, il ne faut pas hésiter à créer au sein de la même
usine plusieurs « micro-usines » ayant chacune sa spécificité.

Ainsi, schématiquement, les produits fabriqués en grandes séries pour-


ront être implantés en ligne de fabrication, les séries moyennes en cel-
lules, et on conservera l’implantation fonctionnelle pour les petites
séries.

Figure 2.11 – Séparation des usines

Activité grande série, en ligne

Activité petite série, Activité moyenne série,


en section homogène en cellule

32 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

3.4 La séparation géographique


des fabrications de produits différents
Cette méthode est couramment employée dans les entreprises qui font
un type de produit unique dans des versions différentes.

Prenons comme exemple une entreprise fabriquant des motoréduc-


teurs pour volets roulants (figure 2.12). Les trois principales gammes
de la production sont les gammes 40, 60, 80. Un motoréducteur est
constitué de deux parties principales :

• la cage ;

• le réducteur.

L’implantation traditionnelle consistait en trois ateliers distincts :

• assemblage des cages ;

• assemblage des moteurs ;

• assemblage des réducteurs.

Figure 2.12 – Séparation des produits

Organisation traditionnelle Organisation optimisée


Assemblage moto-réducteur
L80
L80
Réducteurs 80 Cages 80
L60
L80
L40

Réducteurs 60 Cages 60
Assemblage Assemblage
L80
des réducteurs des cages
40, 60, 80 40, 60, 80
Réducteurs 60 Cages 60

© Éditions d’Organisation 33
Gestion de production

Dans ce type d’organisation, bien que le produit s’adapte bien à une


typologie continue, nous retrouvons l’atelier à tâches : les motoréduc-
teurs de type 60 devant contourner les machines prévues pour le type
40.

Une organisation plus rationnelle consiste à séparer les différents types


de produits en créant trois sous-ensembles indépendants dans lesquels
les machines sont mises en ligne.

Pour optimiser ce type d’implantation, il faut supprimer la tradition-


nelle séparation entre fabrication et montage. Le montage doit être en
prise directe avec la fabrication.

3.5 La décentralisation des activités de stockage


et d’expédition
Un déplacement est une dépense d’argent qui n’apporte aucune valeur
ajoutée au produit. Or, la centralisation des activités de stockage,
réception et expédition conduit souvent à des déplacements inutiles.

La figure 2.13 montre l’amélioration de l’implantation d’une entreprise


de production de moteurs électriques (gamme 5, 10, 30 kW). On a
décentralisé la réception des matières premières en optant pour une
réception par produits, et des points de réception directement dans
l’atelier de fabrication. Afin d’obtenir cette décentralisation, il faut
absolument mettre en place des structures d’accompagnement telles
que de nouvelles relations avec les fournisseurs, un autocontrôle... La
décentralisation des activités de réception s’accompagne donc
nécessairement d’une politique d’assurance qualité.

34 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Figure 2.13
Décentralisation des activités de réception et d’expédition

Organistion traditionnelle Organisation optimisée


Réception Réception Réception
Réception/Magasin
1 2 3
Fabrique Fabrique Fabrique Fabrique
des grosses des faibles Fabrique
puissances puissances des grosses des faibles
(30) (5) puissances des puissances
Fabrique moyennes
des moyennes (30) puissances (5)
puissances
(10) (10)
Expédition Expédition Expédition Expédition

3.6 Le dédoublement de certaines machines

Figure 2.14 – Le problème des machines qui concentrent les flux

Assemblage
Fraisage
9
5
3

1
8 2
7
Tournage
4
6

Rectification Machine à laver

© Éditions d’Organisation 35
Gestion de production

Dans le cas de la figure 2.14, on note que la machine à laver est un


point de passage obligé entre chaque étape de la fabrication. Il n’est
donc pas possible de mettre en ligne les machines à cause de cette
machine centrale. Il est parfois plus intéressant en termes de flux de
disposer de plusieurs machines de faible capacité, plutôt qu’une
machine de forte capacité. Le dédoublement des machines est parfois
source de beaucoup de fluidité dans les ateliers de production.

4. Les méthodes d’analyse

4.1 Les documents à réunir


Un problème d’implantation est un problème complexe qui nécessite
un grand nombre de données. Les informations nécessaires sont sou-
vent dispersées et la première étape consiste à réunir l’ensemble des
informations.

En voici les éléments nécessaires :

• les plans à l’échelle des locaux et des installations ;

• le catalogue des objets fabriqués dans l’entreprise ;

• les nomenclatures des produits ;

• les gammes de fabrication des produits ;

• le programme de fabrication de l’entreprise (quantités,


cadences) ;

• les caractéristiques des machines et des postes de fabrication ;

• les caractéristiques des moyens de manutention.

La partie analyse d’un projet d’implantation consiste à mettre en forme


ces informations pour bien comprendre les différentes contraintes rela-
tives au projet. Les méthodes décrites ci-après ont toutes pour objectif
de synthétiser les informations.

36 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

4.2 Le graphique de circulation

Ce graphique consiste à représenter sur un plan les différents flux par


différentes couleurs. Plusieurs versions de ce graphique peuvent être
réalisées :

• plan papier avec flux au crayon ;

• plan mural avec flux représentés par des ficelles de différentes


couleurs fixées par des épingles ;

• plan informatique CAO Multicouche ou logiciel spécifique à


l’implantation1.

Les deux dernières représentations sont préférables à la première en


ceci qu’elles permettent de modifier plus aisément les flux. Ce dia-
gramme permet de visualiser :

• la longueur des circuits ;

• la complexité des flux ;

• la logique de l’implantation ;

• les lieux de stockage ;

• les points de rebroussement ;

• les déplacements inutiles ou trop longs ;

• l’importance des manutentions.

1. Voir notamment le logiciel IMPACT, logiciel d’implantation de sites de production, sur http://
[Link]

© Éditions d’Organisation 37
Gestion de production

Figure 2.15 – Graphique de circulation

Stock produits finis

Fraisage

Fraisage
Assemblage

Stock matières premières


Tournage

Tournage
En-cours

Rectification Machine à laver

Laboratoire de contrôle

Le graphique de circulation est à la base de toute démarche d’implan-


tation.

4.3 Le schéma opératoire


Il permet de schématiser la suite des opérations nécessaires pour fabri-
quer un produit. Ce schéma a pour principe de décomposer les proces-
sus opératoires en cinq éléments :
• opération ou transformation qui apporte de la valeur ajoutée
• transport ou manutention
• stockage avec opération d’entrée/sortie
• stocks tampons
• contrôles
Un sixième élément peut apparaître, en combinant production de
valeur ajoutée et contrôle pour schématiser les opérations en
autocontrôle.

38 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

On rajoute de la couleur pour rendre le schéma plus parlant. En géné-


ral, voici les couleurs utilisées :

• Production de valeur ajoutée = Vert

• Transport = Bleu

• Stock = Orange

• Contrôle = Rouge.

Exemple de schéma opératoire

Figure 2.16 – Schéma opératoire

Stock plats Stock ronds Stock vis

Sciage Tournage

Perçage Perçage

Contrôle dimensionnel
Produit à réaliser

vis rond Soudage

Montage
plat

© Éditions d’Organisation 39
Gestion de production

Ce schéma n’indique pas d’informations quantitatives de type dis-


tance, quantité, temps. Il synthétise les trajets et permet de visualiser
l’importance des opérations sans valeur ajoutée par rapport aux opéra-
tions avec valeur ajoutée ( ). Toutes les opérations sans valeur
ajoutée sont parfois représentées en rouge. Elles représentent des sour-
ces de productivité si on arrive à les supprimer.

4.4 Analyse de déroulement


Application : fabrication du plat

Figure 2.17 – Analyse de déroulement

Distance Temps Quantité Poids Déroulement


sortie magasin
70 m 0,3 h 1000 25 kg vers sciage
0,12 h/p sciage
10 m 0,1 h 50 1,25 kg vers perçage
0,06 h/p perçage
5m 0,1 h 50 1,25 kg vers contrôle
1 3 3 0 0 85 m

L’analyse de déroulement est plus précise que le schéma opératoire.


Elle se focalise sur la fabrication d’un produit. En plus de la descrip-
tion des opérations, on trouve les informations de distance, temps,
quantité, poids.

Ce tableau est souvent utilisé pour comparer plusieurs solutions.

4.5 Le plan coloré


Le plan coloré consiste à représenter sur un plan les différentes zones
de l’entreprise afin de montrer leurs importances respectives. En géné-
ral, on différencie quatre types de zone :

40 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

• en vert, les zones où il y a apport de valeur ajoutée, c’est-à-dire


principalement les zones de production ;
• en orange, les zones de stockage, magasins et en-cours ;
• en bleu, les zones de transport, allées, quai de chargement ;
• en rouge, les zones de non-qualité, zone de rebut, attente pour
retouche.
Ce schéma, très didactique, montre clairement le ratio entre les zones
apportant de la valeur ajoutée et les autres. Les améliorations à appor-
ter apparaissent clairement.
Ce plan est parfois astucieusement appelé le plan « VOIR » à cause des
quatre couleurs utilisées (Vert, Orange, Indigo, Rouge)

5. Les méthodes de résolution

5.1 La logique et les méthodes


L’implantation des moyens de production doit être établie en respec-
tant une logique qui permet de bien séparer les usines.

Identifier les îlots


indépendants

Implanter
chacun des îlots

1. Identifier parmi l’ensemble des moyens de production des îlots


de production le plus indépendants possible.
2. Implanter chaque îlot repéré, en suivant la démarche suivante :
– rechercher une implantation linéaire ;
– à défaut, rapprocher les machines entre lesquelles circule un
trafic important ;
– à défaut, implanter l’îlot en section homogène.

© Éditions d’Organisation 41
Gestion de production

5.2 Recherche des îlots de production


La recherche des îlots de production parmi l’ensemble des gammes de
l’entreprise a suscité de nombreux travaux dont notamment ceux de
Kuziack et de King. Nous présentons dans ce paragraphe la méthode
de Kuziack.

5.2.1 Méthode de Kuziack


Pour appliquer cette méthode, considérons les gammes d’un ensemble
de pièces données par le tableau 2.17. La gamme de la pièce P1 est la
suivante : Machine M2 /Machine M5.

Figure 2.18 – Tableau des gammes de fabrication

Machines
M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7
Pièces
P1 1 2
P2 2 1
P3 2 3 1
P4 1 2
P5 1 2
P6 2 1
P7 2 1

42 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Étape 1 – On sélectionne la première ligne et les colonnes attachées à


cette ligne.

Machines
M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7
Pièces
P1 1 2
P2 2 1
P3 2 3 1
P4 1 2
P5 1 2
P6 2 1
P7 2 1

Étape 2 – On sélectionne les lignes attachées aux colonnes sélec-


tionnées. Pour séparer des îlots éventuellement rattachés entre eux par
une machine, on ne prend dans un îlot que les pièces qui ont au moins
50 % des machines déjà rattachées à celui-ci.

Ainsi, on intègre la pièce P7 (1 machine sur 2) et évidemment P5 (2


sur 2), mais pas la pièce P3 (1 machine sur 3).

Machines
M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7
Pièces
P1 1 2
P2 2 1
P3 2 3 1
P4 1 2
P5 1 2
P6 2 1
P7 2 1

© Éditions d’Organisation 43
Gestion de production

Étape 3 – On recommence l’étape 1 en sélectionnant les colonnes atta-


chées à l’îlot.

Machines
M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7
Pièces
P1 1 2
P2 2 1
P3 2 3 1
P4 1 2
P5 1 2
P6 2 1
P7 2 1

Étape 4 – On arrête lorsque la ligne (ou la colonne) ne comporte plus


d’éléments. Dans le tableau ci-après, on ne regroupe pas M4 car cette
machine concerne 1 pièce de cet îlot pour 2 pièces hors îlot.

Machines
M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7
Pièces
P1 1 2
P2 2 1
P3 2 3 1
P4 1 2
P5 1 2
P6 2 1
P7 2 1

Le premier regroupement est alors réalisé (M2, M3, M5).

44 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Étape 5 – On retranche les pièces et les machines déjà regroupées.

Machines
M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7
Pièces
P2 2 1
P4 1 2
P6 2 1

En réitérant le même processus que précédemment, on identifie deux


nouveaux îlots indépendants. La répartition est alors la suivante :

Machines
M2 M3 M5 M4 M6 M1 M7
Pièces
P1 1 2
P5 1 2
P7 2 1
P3 2 1 3
P2 2 1
P6 2 1
P4 1 2

La machine M4 doit être dédoublée si on veut rendre les îlots indépen-


dants. Bien sûr, le critère de choix pour ce dédoublement reste la
charge de cette machine.

5.2.2 Méthode de King

La méthode de King est plus rigoureuse que la méthode de Kuziack.


Cependant, son traitement sur le papier n’est pas très adapté. Pour uti-
liser cette méthode, il est indispensable de disposer d’un tableur ou

© Éditions d’Organisation 45
Gestion de production

d’un logiciel spécifique tel qu’« IMPACT ». Appliquons la méthode de


King sur le même exemple, vu précédemment.

Machines
M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7
Pièces
P1 1 2
P2 2 1
P3 2 3 1
P4 1 2
P5 1 2
P6 2 1
P7 2 1

Étape 1 – On traduit la matrice en écriture binaire en affectant un


poids en puissance de 2 à chacune des pièces (première colonne du
tableau ci-après).

L’équivalent décimal est alors calculé en sommant les poids des pièces
utilisant la machine.

Ainsi, l’équivalent décimal de M4 = 25 + 24 + 21 = 32 + 16 +


2 = 50.

Poids Pièces M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7
26 P1 0 1 0 0 1 0 0
25 P2 0 0 0 1 0 1 0
24 P3 0 0 1 1 1 0 0
23 P4 1 0 0 0 0 0 1
22 P5 0 1 0 0 1 0 0
21 P6 0 0 0 1 0 1 0
20 P7 0 1 1 0 0 0 0
Équivalent décimal 8 69 17 50 84 34 8

46 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Étape 2 – On ordonne les colonnes dans l’ordre décroissant de l’équi-


valent décimal. En cas d’égalité, on respecte l’ordre des machines. On
suit alors le même processus, mais sur les colonnes.

Par exemple pour P1, 26 + 25 = 96.

Équivalent
Pièces M5 M2 M4 M6 M3 M1 M7
décimal
P1 1 1 0 0 0 0 0 96
P2 0 0 1 1 0 0 0 24
P3 1 0 1 0 1 0 0 84
P4 0 0 0 0 0 1 1 3
P5 1 1 0 0 0 0 0 96
P6 0 0 1 1 0 0 0 24
P7 0 1 0 0 1 0 0 36
Poids 26 25 24 23 22 21 20

Étape 3 – On recommence le même processus sur les lignes.

Poids Pièces M5 M2 M4 M6 M3 M1 M7
26 P1 1 1 0 0 0 0 0
25 P5 1 1 0 0 0 0 0
24 P3 1 0 1 0 1 0 0
23 P7 0 1 0 0 1 0 0
22 P2 0 0 1 1 0 0 0
21 P6 0 0 1 1 0 0 0
20 P4 0 0 0 0 0 1 1
Équivalent décimal 112 104 22 6 24 1 1

© Éditions d’Organisation 47
Gestion de production

On ordonne M5, M2, M3, M4, M6, M1, M7, ce qui donne le tableau
suivant :

Équivalent
Pièces M5 M2 M3 M4 M6 M1 M7
décimal
P1 1 1 0 0 0 0 0 96
P5 1 1 0 0 0 0 0 96
P3 1 0 1 1 0 0 0 88
P7 0 1 1 0 0 0 0 48
P2 0 0 0 1 1 0 0 12
P6 0 0 0 1 1 0 0 12
P4 0 0 0 0 0 1 1 3
Poids 26 25 24 23 22 21 20

On arrête le processus lorsqu’il n’y a plus d’inversion à faire. On


retrouve ici le même regroupement que celui donné par la méthode de
Kuziack. Cependant, les regroupements occasionnés par les deux
méthodes ne sont pas toujours identiques.

5.3 Méthode de mise en ligne

Après avoir identifié les îlots de production indépendants, il faut procé-


der à l’implantation de chaque îlot. L’implantation idéale doit suivre le
plus possible la gamme de fabrication. C’est pour cela que l’on cher-
chera autant que faire se peut à mettre en ligne les machines. Cela peut
se faire de multiples façons. Nous présenterons deux méthodes : la
méthode des antériorités et la méthode des rangs moyens.

5.3.1 Méthode des antériorités

Soit l’îlot de fabrication avec les gammes définies par la figure 2.19.

48 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Figure 2.19 – Gammes de fabrication

M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7 M8 M9
P1 3 1 2 4 5 6
P2 1 5 3 2 4 6 7
P3 1 3 2 4 5
P4 1 5 3 2 4 6 7

Étape 1 – On établit le tableau des antériorités.

Pour établir ce tableau, on place dans chaque colonne l’ensemble des


machines qui interviennent dans une gamme avant la machine consi-
dérée.

Machines M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7 M8 M9
Antériorités M1 M1 M1 M1 M1 M1 M1
M3 M5 M3 M2 M2 M2
M4 M4 M3 M3 M3
M5 M5 M4 M4 M4
M6 M5 M5 M5
M7 M6 M6 M6
M7 M7
M8

Étape 2 – On place et on raye les machines qui n’ont pas d’antériorité.

Machines M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7 M8 M9
Antériorités M1 M1 M1 M1 M1 M1 M1
M3 M5 M3 M2 M2 M2
M4 M4 M3 M3 M3
M5 M5 M4 M4 M4
M6 M5 M5 M5
M7 M6 M6 M6
M7 M7
M8

© Éditions d’Organisation 49
Gestion de production

M1

M3

Étape 3 – La machine M5 n’a plus d’antériorité. On raye M5 et on place


cette machine après M1, M3.

Machines M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7 M8 M9
Antériorités M1 M1 M1 M1 M1 M1 M1
M3 M5 M3 M2 M2 M2
M4 M4 M3 M3 M3
M5 M5 M4 M4 M4
M6 M5 M5 M5
M7 M6 M6 M6
M7 M7
M8

On place de même les machines M4, M6.

M1
M5 M4 M6
M3

Étape 4 – Présence de boucle.

Machines M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7 M8 M9
Antériorités M1 M1 M1 M1 M1 M1 M1
M3 M5 M3 M2 M2 M2
M4 M4 M3 M3 M3
M5 M5 M4 M4 M4
M6 M5 M5 M5
M7 M6 M6 M6
M7 M7
M8

M2 M7
Lorsqu’il y a une boucle dans le tableau, par exemple
M7 M2

50 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

on raye en même temps M2 et M7 et on les met en parallèle.

M1 M2
M5 M4 M1 M8 M9
M3 M7

On place alors M8 en suivant la même procédure.

5.3.2 Méthode des rangs moyens


Reprenons le même îlot de fabrication avec les gammes définies dans
le tableau 2.19. Pour chaque machine, on calcule un rang moyen qui
est la place moyenne de cette machine dans les gammes de fabrication
(exemple pour M2 : 16/4 = 4).

M1 M2 M3 M4 M5 M6 M7 M8 M9
P1 3 1 2 4 5 6
P2 1 5 3 2 4 6 7
P3 1 3 2 4 5
P4 1 5 3 2 4 6 7
Total des rangs 3 16 1 8 4 6 12 22 20
Nombre de rangs 3 4 1 3 2 2 3 4 3
Rang moyen 1 4 1 2,66 2 3 4 5,5 6,66
=3+5+3+5
Nombre de fois où la machine apparaît dans les gammes

© Éditions d’Organisation 51
Gestion de production

Le tableau est alors classé dans l’ordre croissant des rangs moyens. On
note sur ce tableau les points de rebroussement par une flèche (ordre
des machines ne respectant pas l’ordre des opérations d’une gamme).

M1 M3 M5 M4 M6 M2 M7 M8 M9
P1 1 2 3 4 5 6
P2 1 2 3 5 4 6 7
P3 1 2 3 4 5
P4 1 2 3 4 5 6 7
Rang moyen 1 1 2 2,66 3 4 4 5,5 6,66

Les points de rebroussement sont éliminés d’une manière empirique


lorsque cela est possible par inversion des machines. Quand ce n’est
pas possible (comme dans notre exemple), on peut éventuellement les
supprimer en multipliant les machines si les ressources existent, ou
procéder à l’implantation en parallèle.

Dans le cas de l’exemple simple que nous avons pris, la méthode des
rangs moyens donne immédiatement la bonne gamme fictive. La
gamme fictive représente la suite des machines telle que les gammes
de fabrications des produits soient un sous-ensemble avec un mini-
mum de points de rebroussement.

5.4 Optimisation – Méthode des chaînons


La méthode des chaînons est certainement la méthode la plus connue
pour implanter les ateliers de production. En voici les objectifs :
• minimiser les manutentions dans un atelier à tâches ;
• rapprocher les machines qui sont le plus en relations.

Définitions

Chaînon : on appelle chaînon la trajectoire de manutention réunissant


les postes de travail successifs.

52 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Nœud : un nœud est un poste de travail d’où émane(nt) un (ou plu-


sieurs) chaînon(s).

Exemples

Soient deux produits P1 et P2


Chaînon

Gamme de P1 : A, B, C A
Chaînon
B
Chaînon
C
Nœud
Gamme de P2 : A, C

Le chaînon entre A et B indique que A est en relation avec B dans une


gamme de fabrication. Il y a donc transfert de produits de A vers B.

Étudions la méthode à partir de l’exemple de l’implantation d’un ate-


lier de mécanique simple. La contrainte principale de cette implanta-
tion est la machine à laver (D), qui est une machine importante et qui
ne peut pas être déplacée.

L’implantation actuelle est donnée par la figure 2.21

Figure 2.21 – Implantation initiale de l’atelier

E F A B G
D

Porte

C H Stock PF

Porte

© Éditions d’Organisation 53
Gestion de production

Figure 2.22 – Gammes et programme de production

Machines Gammes Programme de production


Réf. Nom Produit Gamme Quantité/ Pièces/ Paniers/
mois panier mois
A Tour n° 1 P1 A – B – D – E – D – G 20 000 100 200
B Tour n° 2 P2 A–D–H 25 000 250 100
C Tronçonneuse P3 C–B–F–D–H 12 500 100 125
D Machine à laver P4 C–B–E 5 000 10 500
E Reprise 1 P5 A–D–H 35 000 500 70
F Reprise 2
G Rectifieuse 1
H Rectifieuse 2

Étape 1 – Quantifier le trafic

La méthode des chaînons se fonde sur l’analyse du trafic entre les pos-
tes. Le trafic peut être quantifié par :
• le nombre de pièces ;
• le poids transporté ;
• le volume transporté ;
• le nombre de containers, de palettes ;
• etc.
L’unité doit être cohérente pour l’ensemble de l’étude, et significative
de la densité des manutentions. Par exemple, dans une entreprise qui
fabrique des produits de tailles très différentes, le nombre de pièces ne
sera pas le bon critère. Il est en effet plus facile de transporter dix pro-
duits de cent grammes qu’un produit d’une tonne.

On établit à partir des gammes de fabrication (figure 2.22) le tableau


d’intensité des trafics (figure 2.23). Ce tableau a pour objectif de recen-
ser l’ensemble des flux de fabrication et de faire apparaître l’impor-
tance relative des trafics entre les machines.

54 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

On porte sur ce tableau la grandeur pertinente pour indiquer l’intensité


du trafic existant. Dans notre cas, c’est le nombre de paniers par mois.
Ainsi, de la machine C à la machine B, il y a deux chaînons (produits
P3 et P4). L’intensité du trafic est donc de 500 + 125 = 625 paniers
par mois.

Figure 2.23 – Tableau des intensités du trafic


De
A B C D E F G H
0
H 295 295
0
G 200 200
125
F 125 125
Vers 200
E 500 200 700
695
D 170 200 695
200 125
625
C 0
825
B 200 825
625
370
A 0
= 125(P3) + 500(P4)
Somme des lignes
Somme des colonnes

© Éditions d’Organisation 55
Gestion de production

Le tableau d’intensité du trafic permet d’effectuer une première ana-


lyse grâce aux remarques portées en figure 2.24.

Figure 2.24 – Critères d’analyse du trafic

De Les trafics les plus longs


(les plus éloignés
A B C D E F G H de la diagonale)
0
H 295 295
0
G 200 200 Les trafics en sens inverse
125 (rebroussement) du sens
F 125 125
Vers général (en dessous
200 de la diagonale)
E 500 200 700
695
D 170 200 695
200 125
625 Les trafics partant
C 0
d’un poste déterminé
825
B 200 825
625 (colonne)
370
A 0

Les trafics aboutissant à un poste déterminé (ligne)

Implantation théorique
Pour optimiser le placement des postes les uns à côté des autres, une
première implantation théorique est réalisée sans contrainte. Le seul
but de cette première implantation est de rapprocher les machines
entre lesquelles les flux sont les plus importants.
On réalise un classement des flux en trois catégories en fonction de
leur importance. Les flux sont alors reportés sur un cercle par souci de
visibilité (figure 2.25). Une réorganisation empirique permet de modi-
fier l’ordre des machines pour clarifier les flux.

56 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Figure 2.25 – Implantation théorique sur un cercle

B D

> 450
> 190
< 190

A E

H F

B E

> 450
> 190
< 190

C D

A H

On peut passer directement de cette implantation théorique à l’implan-


tation pratique ou réaliser une étape intermédiaire en utilisant une
maille carrée ou triangulaire. Utilisons la maille carrée (figure 2.26).

© Éditions d’Organisation 57
Gestion de production

Figure 2.26 – Maille carrée

C B E

A F H D

Implantation pratique

L’implantation théorique ne donne qu’une indication sur la position


relative des différents postes.

Pour l’implantation pratique, il faut tenir compte :

• des formes et dimensions des bâtiments ;

• des dimensions des différentes machines ;

• des allées entre les machines ;

• des contraintes d’implantation (raccordement, équipements


existants...) ;

• etc.

On réalise l’implantation pratique en essayant de respecter le plus pos-


sible l’implantation théorique, mais en tenant compte des contraintes
que nous venons d’évoquer (figure 2.27).

58 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Figure 2.27 – Implantation finale

A C B E
D

Porte

F G H

Porte

6. Technologie de groupe
Nous venons de présenter les méthodes d’implantation d’atelier.
Cependant, la philosophie de regroupement qui prévaut dans les tech-
niques d’implantation peut être généralisée à l’ensemble des secteurs
de l’entreprise. C’est l’objectif de la technologie de groupe qui propose
par un codage spécial de rassembler les produits à forte similitude
dans des familles, et ce, dès la conception.

6.1 Pourquoi la technologie de groupe


Nous avons vu que l’on établit une première distinction entre les types
de production à partir de la taille des séries. Les grandes et les petites
séries sont très différentes du point de vue de l’organisation de leur
production. Schématiquement, pour les grandes séries, on a :
• une organisation assez aisée de la production ;
• une préparation du travail très poussée ;
pour les moyennes et petites séries :
• une préparation du travail succincte ;
• de nombreux lots en lancement.

© Éditions d’Organisation 59
Gestion de production

Il est évident que l’organisation d’une production en grandes séries est


plus aisée que dans le cas des petites séries. Or, l’analyse des différen-
tes entreprises sur le marché montre que plus de 75 % des types de
pièces sont fabriqués en séries de moins de 50 unités.

L’idée de la technologie de groupe consiste à rechercher des regroupe-


ments de pièces dans le cas des petites et moyennes séries qui permet-
tent de bénéficier dans ce type de production des facilités de gestion
des productions en grandes séries.

Pour faciliter ce regroupement, il faut rechercher une méthode qui


permette :

• de regrouper les pièces présentant des analogies ;

• d’éviter d’étudier deux fois de suite la même pièce ;

• de diminuer les coûts d’outillage.

Intérêt pour le bureau d’études

Une étude (origine CETIM) sur les pièces utilisées en mécanique a


montré que :

• les pièces de révolution pleines comprennent


1 ou 2 diamètes principaux représentant plus
de 1 dessin sur 8 ;

• les pièces de révolution creuses non étagées


représentent également plus de 1 dessin sur 8.

Un regroupement sur critère morphologique permet de réunir les piè-


ces de formes et de dimensions semblables ou les pièces comportant
des éléments identiques.

Ce regroupement oriente la conception vers une réutilisation maximale


des pièces déjà dessinées et vers une action de standardisation des piè-
ces et éléments de forme.

60 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Intérêt pour le bureau des méthodes


• diminuer le nombre de gammes à créer ;
• réduire le temps consacré à l’écriture et au chiffrage ;
• réaliser une préparation du travail homogène ;
• utiliser de façon rationnelle le parc machine.

Intérêt pour la fabrication


• diminuer le nombre de variétés de pièces, d’où une planification
plus aisée ;
• regrouper les pièces de même forme et donc de même gamme ;
• créer des îlots de fabrication, des groupes ou cellules de
fabrication ;
• augmenter la taille des séries ;
• diminuer les temps de changement de séries ;
• faciliter l’écoulement des pièces ;
• réduire les manutentions.

6.2 Systèmes de classification


Le regroupement des pièces par famille est souvent réalisé par codage
des produits sur un critère morphodimensionnel. Les principes généra-
lement retenus pour ce codage sont les suivants :
• systèmes de classification fondés sur des familles de pièces appa-
rentes, généralement définis par leurs fonctions (arbres, carters,
vilebrequins, rouleaux) ;
• systèmes de classification fondés sur une codification
universelle ;
• système de classification à partir d’un code adapté à l’entreprise.
Les deux systèmes de classement morphodimensionnel les plus
connus sont les systèmes OPITZ et CETIM PMG pour les pièces de
mécanique générale. Tous deux reposent sur un système de codifica-
tion analytique comme la grande majorité des classements présents sur
le marché.

© Éditions d’Organisation 61
Gestion de production

Le système du CETIM
À titre d’exemple, nous allons voir de façon succincte le principe du
système de codification proposé par le CETIM. Il utilise une codifica-
tion morphodimensionnelle adaptée à chaque entreprise en fonction
de ses problèmes et de son contexte. Une pièce est codée selon :
• le type de pièce ;
• la classe de dimension ;
• les éléments de forme additionnelle d’usinage.
Le principe de la classification est donc simple : à chaque nouvelle
pièce, on attribue un code en fonction des critères venant d’être énu-
mérés, et on compare la pièce à toutes celles qui ont un code similaire
(figure 2.28).

62 © Éditions d’Organisation
L’implantation des moyens de production

Figure 2.28 – Codification du CETIM

1
Type de pièce

2
Classe de dimension
Plats Filetages Cônes, etc.
3
Élements de forme
additionnelle d'usinage

Les groupes de pièces

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15

• Morphologie
Groupe clé :
• Dimensions
1. Pièces élémentaires usinées
de révolution • Éléments de forme
2. Pièces élémentaires usinées • Tolérances
de non-révolution • Matières et bruts
3. Pièces élémentaires de tôlerie- • Traitements thermiques
chaudronnerie issues de tôles et de surface
4. Pièces élémentaires de tôlerie- • Quantités et cadences
chaudronnerie issues de profilés

Remarque : bien qu’un système de codification analytique soit parfai-


tement adapté à la classification morphodimensionnelle des pièces, le
système reste quand même limité. En effet, dans la codification CETIM
par exemple, les matières sont codées par un chiffre ; il est donc
impossible de différencier plus de 10 matières différentes. Le même
problème se pose dans une entreprise qui travaille principalement des
métaux et qui les remplace progressivement par des plastiques techni-
ques.

© Éditions d’Organisation 63
Gestion de production

7. Conclusion
Ce chapitre nous a permis d’étudier les différents types de production
avec leurs spécificités. Lors des chapitres suivants, nous approfondi-
rons les différentes méthodes de gestion de production qui s’appli-
quent particulièrement à chaque type de production.
L’étude détaillée des méthodes d’implantation des ateliers de produc-
tion nous a permis d’insister sur l’importance de la mise en ligne des
moyens de production. Héritage de l’ère taylorienne, les implantations
en sections homogènes ont montré leurs limites dès que les séries
commencent à devenir importantes. Une des bases de la gestion de
production moderne consiste à simplifier avant de gérer. C’est bien
l’objectif de l’implantation qui permet de simplifier les flux, et ainsi de
supprimer un nombre important d’opérations qui n’apportent pas de
valeur ajoutée, mais génèrent des délais et des coûts.

64 © Éditions d’Organisation
Chapitre 3

La prévision de la demande

1. Objectifs et contraintes
de la prévision de la demande

L’idéal pour une entreprise serait évidemment de produire exactement


les produits que ses clients vont acheter mais, sauf dans le cas très spé-
cial où l’entreprise commence à approvisionner et à fabriquer à partir
de la réception de la commande du client, ce n’est pas du domaine du
possible. Il faut qu’elle anticipe un minimum les futures commandes
de ses clients. Ainsi, afin de prendre les décisions relatives à son bon
fonctionnement et à sa pérennité, toute entreprise, quelles que soient
sa nature et sa typologie commerciale, doit s’appuyer sur un système
de prévisions fiables. Selon le type de décisions à prendre, ce dernier
devra être à long, moyen ou court terme.

65
Gestion de production

1.1 Objectif de la prévision de la demande


Les prévisions à long terme (supérieures à trois ans) ont un rôle au
niveau stratégique de l’entreprise : diversification, produits nouveaux,
investissement ou désinvestissement en équipements.
À moyen terme (de l’ordre de six mois à deux ans), les prévisions per-
mettront de définir et maîtriser les capacités globales de production et
d’approvisionnement. Il n’est pas question d’envisager la construction
d’une usine mais l’acquisition d’une machine, l’embauche de person-
nel ou l’approvisionnement d’articles à long délai d’acquisition.
Les prévisions à court terme (jusqu’à six mois) serviront à l’activité
opérationnelle de production : d’une part, approvisionnement et ges-
tion des stocks, d’autre part, charge des ateliers et ordonnancement,
correspondant à des ajustements des activités planifiées. Plus les pré-
visions concernent le court terme, plus elles sont fiables car elles se
réfèrent à un futur proche. Au contraire, des prévisions à plus long
terme seront plus incertaines.
Remarquons immédiatement que la notion de court, moyen ou long
terme dépend du type d’activité et des produits de l’entreprise ; ainsi
les durées ne sont-elles citées qu’à titre d’exemple.
L’activité de prévision est le point de départ de la planification. Toute
activité de production est fondée sur des commandes fermes et des
prévisions de commandes. Le plus souvent, le second point est très
majoritaire surtout lorsqu’on s’éloigne dans l’horizon de planification.
Pour l’entreprise, ces prévisions ont pour objet de définir ce qu’il fau-
dra produire et quand il faudra le produire. Précisons que, dans un
environnement instable – comme c’est le cas aujourd’hui –, la pré-
vision est difficile. Toutefois, mieux vaut prévoir même avec incerti-
tude que de ne pas le faire !
Pour étayer cette affirmation, il est intéressant de proposer un
exemple ; considérons le cas d’une entreprise qui réalise un produit
dont les quantités vendues dans les derniers mois d’activité ont été les
suivantes :

66 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

Période Quantités vendues (Qi)


Janvier 100
Février 150
Mars 150
Avril 150
Mai 160
Juin 120
Juillet 100
Août 100
Septembre 120
Octobre 150
Novembre 160
Décembre 140

Si on cherche à déterminer le stock de sécurité que l’entreprise doit


constituer sur ce produit pour assurer un taux de service client de
97,72 %, on ne va se baser que sur la dispersion observée au niveau
des ventes passées pour l’estimer puisque c’est la seule information
que l’on possède.

Le calcul va être le suivant :

SS = 2σn–1(Qi) (cf. chap. 5 pour les modalités de calcul


SS = 2 × 23,86 = 47,73 d’un stock de sécurité)

Il faut donc constituer un stock de sécurité de 48 produits pour assurer


un taux de service client de 97,72 %.

Supposons maintenant que l’entreprise avait effectué des prévisions


sur cette période. Pour réaliser la prédiction des ventes, on a intégré les
grandes tendances connues du marché, par exemple, un mois de jan-
vier toujours plus ou moins atone et une période creuse en été dans
l’exemple que nous avons pris. On dispose donc des informations
suivantes :

© Éditions d’Organisation 67
Gestion de production

Quantités vendues Prévisions Erreurs de prévision


Période
(Qi) (Pi) Ei = (Qi – Pi)
Janvier 100 95 5
Février 150 160 – 10
Mars 150 140 10
Avril 150 150 0
Mai 160 150 10
Juin 120 130 – 10
Juillet 100 110 – 10
Août 100 90 10
Septembre 120 100 20
Octobre 150 150 0
Novembre 160 150 10
Décembre 140 150 – 10

Grâce aux prévisions, on va pouvoir calculer le stock de sécurité, non


pas sur les ventes passées ou les prévisions effectuées, mais sur les
erreurs de prévisions. Le stock de sécurité ne sera là que pour couvrir
les erreurs de prévisions toujours pour un taux de service client égal à
97,72 %.

Cela nous donne le calcul suivant :

SS = 2σn–1(Ei)
SS = 2 × 10,32
SS = 20,63 soit environ 21 produits

On voit bien dans ce cas particulier que le fait d’avoir réalisé des pré-
visions, même si elles ne sont pas complètement fiables, a permis de
diviser le stock de sécurité par un peu plus de 2.

En effet, dans le premier calcul du stock de sécurité, toutes les varia-


tions – y compris celles attendues comme la baisse estivale – contri-
buent à augmenter l’écart type. Dans le second cas, les prévisions
permettent au moins d’éliminer la partie des variations prévisibles.
Cela contribue forcément à réduire l’écart type, et donc à diminuer le
stock de sécurité.

68 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

1.2 Les éléments du choix

Dans toute approche de prévision, le choix de la méthode exige de se


poser tout d’abord la question fondamentale suivante : quel est l’objec-
tif de mes prévisions ? En effet, de nombreux facteurs vont influer sur
ce choix. En premier lieu, il est indispensable de savoir si les pré-
visions sont à long terme pour définir les choix stratégiques de l’entre-
prise ou si nous nous plaçons à moyen et court terme pour gérer les
domaines opérationnels, ces derniers étant plus rapprochés dans le
temps. Après avoir vu quelques notions générales sur les prévisions,
nous dirons quelques mots de méthodes utiles pour le long terme, puis
nous examinerons plus en détail des méthodes ayant trait à la pré-
vision de la demande à moyen et court terme.

Outre la question fondamentale susmentionnée, les éléments permet-


tant de choisir une méthode de prévision dépendent eux-mêmes de
nombreux facteurs. Voici les plus importants d’entre eux :

• les données historiques disponibles à propos du produit ou de la


famille de produits considéré(e) ;

• la précision souhaitée sur les prévisions ;

• le coût accepté pour établir les prévisions ;

• le temps disponible pour les obtenir.

Une prévision est par nature imprécise. Toutefois, par compensation,


une prévision agrégée est plus sûre. Ainsi, une prévision portant sur
des périodes plus longues (mois par exemple) sera plus précise que
celle qui sera établie sur des périodes courtes (semaines), et un regrou-
pement de produits (famille) donnera une prévision plus précise que
cela est possible par produit individuel (il est, par exemple, plus facile
d’évaluer le nombre de tables qui seront commandées par nos clients
au mois de mai que d’évaluer séparément les commandes de tables
bleues, rouges et vertes dans la semaine 20 !). La prévision devra être
d’autant plus agrégée qu’elle est à plus long terme.

© Éditions d’Organisation 69
Gestion de production

1.3 Les sources de données


Les sources de données correspondent aux deux familles de méthodes
de prévisions : d’une part, celles fondées sur des données relevées
dans le passé que l’on modélise pour faire une projection dans le futur
et d’autre part celles, purement prédictives, établies par des experts
interrogés.

La source privilégiée de données est un historique de données concer-


nant un produit. Cette base permet d’effectuer une prévision si, évi-
demment, on estime qu’il existe un lien entre l’évolution de la
demande passée (données enregistrées) et celle de la demande à pré-
voir.

Les autres sources de données sont constituées par les études de mar-
ché, les avis d’experts, le suivi des commerciaux, les enquêtes auprès
des clients... Mais ces données sont plus délicates à manipuler et à
interpréter ; en revanche, elles constituent un complément sûr à un
historique ; sans compter que, si l’on ne dispose pas d’historique, c’est
la seule source utilisable.

1.4 Typologie de la demande


Les graphiques de la figure 3.1 définissent schématiquement les carac-
téristiques de la demande :
• demande constante (A) si elle oscille statistiquement autour
d’une valeur moyenne constante dans le temps, la moyenne de
D = f (t) est une droite horizontale ;
• demande à tendance (B) s’il y a oscillation autour d’une valeur
croissante ou décroissante dans le temps, D = f (t) est une
droite à pente positive ou négative ;
• demande saisonnière (C) si elle présente des variations nette-
ment plus importantes, en hausse et en baisse, d’une manière
périodique. Il peut s’agir d’un pic de la demande en hiver (lié à
la neige par exemple) ou en été (vacances) mais il peut aussi
s’agir de variations saisonnières plus subtiles (petit outillage
électrique avec pics à la fête des pères et à Noël) ;

70 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

• demande saisonnière et à tendance (D) si les pics et les creux


sont disposés autour d’une droite non horizontale ;
• demande erratique (non représentée sur la figure 3.1) si les
valeurs sont totalement aléatoires dans le temps.

Figure 3.1 – Typologie de la demande

A B
Demande constante Demande à tendance
D D

t t

C D
Demande saisonnière Demande saisonnière à tendance
D D

t t

2. Les méthodes de prévision

2.1 Généralités sur les méthodes de prévision


On distingue deux grands types de méthodes de prévision : les métho-
des qualitatives et les méthodes quantitatives. Les techniques qualitati-
ves font appel à une méthodologie non mathématique (mais elles
peuvent impliquer des valeurs numériques). Les techniques quantitati-

© Éditions d’Organisation 71
Gestion de production

ves au contraire seront fondées sur des modèles mathématiques. De


plus, ces techniques sont dites intrinsèques si les données manipulées
sont celles du produit considéré. Elles sont extrinsèques s’il s’agit de
données appartenant à des événements relatifs à l’article mais qui ne
le concernent pas directement.

2.2 Les méthodes qualitatives

Les méthodes qualitatives sont principalement utilisées pour la pré-


vision à moyen ou long terme. Elles sont avant tout destinées à des
décisions de mercatique avec des données provenant d’études de mar-
ché ou d’intentions d’achats à travers notamment l’interrogation et le
traitement de prévisions du réseau de distribution. Il s’agit de techni-
ques excellentes dans ce domaine. Pour les utiliser à des fins de plani-
fication, il faudra être prudent et ne les utiliser qu’en complément
d’autres informations.

La méthode de Delphes consiste à interroger des experts sur une ques-


tion, et ce indépendamment les uns des autres afin d’éviter toute
influence forte directe. Le coordinateur remet l’ensemble des réponses
aux experts qui peuvent modifier et compléter leur proposition. Après
deux ou trois cycles de ce type, on parvient à une proposition de
consensus efficace, ou éventuellement à des divergences argumentées.
Cette technique n’est pas adaptée à une prévision à court terme d’un
article, mais au contraire à une décision de stratégie à long terme.

Lorsqu’on doit prévoir la demande d’un nouveau produit, les données


historiques n’existent pas. On peut alors utiliser les données existantes
d’un produit analogue. Il faut évidemment considérer un produit au
comportement suffisamment proche.

Nous ajouterons à ces éléments l’estimation du manager fondée sur


son intuition à partir de nombreux faits souvent peu formalisés, qui
constituent son savoir-faire et sa connaissance du domaine. Si ce juge-
ment subjectif ne peut remplacer une technique mathématique basée
sur de bonnes données, en revanche, il peut rendre d’excellents servi-
ces si les seules données sont de piètre qualité.

72 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

2.3 Les méthodes quantitatives

2.3.1 Représentation graphique

C’est un préalable simple et explicite aux autres méthodes. Elle pré-


sente l’énorme avantage d’être très visuelle car d’un coup d’œil elle
permet de résumer la prévision et de mettre le bon sens en éveil. De
plus, par extrapolation de la courbe des consommations passées, on
peut obtenir une estimation de la demande à venir.

Les figures 3.2 et 3.3 donnent un relevé de valeurs (nombre de pro-


duits vendus) sur un an, et sa représentation graphique.

Figure 3.2 - Relevé des valeurs de la demande pendant un an

Période No période Demande


Janvier 1 20 000
Février 2 21 000
Mars 3 19 000
Avril 4 22 000
Mai 5 23 000
Juin 6 22 000
Juillet 7 20 000
Août 8 16 000
Septembre 9 20 000
Octobre 10 23 000
Novembre 11 25 000
Décembre 12 27 000
Total 258 000

© Éditions d’Organisation 73
Gestion de production

Figure 3.3 – Représentation graphique de l’historique de la demande

Historique de la demande

Demande
30 000

25 000

20 000

15 000

10 000

5 000

0
Janv Fév Mar Avr Mai Jun Jul Aoû Sep Oct Nov Déc

période

2.3.2 Méthode de décomposition


Le niveau de base de la demande est la moyenne de la série de don-
nées prévues à une date déterminée. C’est une loi stationnaire qui,
selon les concepts introduits au paragraphe 1.4, sera complétée avec
les éléments suivants :
• une tendance T donnant l’évolution à moyen terme de la
demande ;
• des variations saisonnières S dues à des modifications périodi-
ques de la demande liées à la nature du produit et à son
utilisation ;
• des éléments résiduels R dus à de nombreuses causes autres que
les précédentes (modifications climatiques inattendues, épidé-
mies, grève, apparition d’un nouveau client sur le marché,
mode...).

La demande pour une période n peut alors s’exprimer sous deux


formes :

74 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

• une forme additive de ces différents éléments où


D n = T n + Sn + Rn ;
• une forme multiplicative de ces éléments avec
Dn = Tn × Sn × Rn.
Nous avons choisi de développer ici la forme multiplicative qui est la
plus fréquente.

Estimation de la tendance T
On peut définir une droite de tendance par la méthode des moindres
carrés. Cela consiste à retenir parmi toutes les droites du plan étudié
celle qui minimise la somme des carrés des écarts des points observés
à la droite.
L’équation de cette droite, exprimant la demande D en fonction du
numéro de la période n, est du type
D=a×n+b
N ∑ nD n – ∑ n ∑ D n
avec a = ---------------------------------------------------------
N ∑ n 2 –( ∑ n )2
∑ Dn ∑n
et b = --------------- – a -----------
N N
où N est le nombre de périodes de l’historique des données.
Facile à calculer à partir d’un tableur, cette droite est représentée sur la
figure 3.4 en comparaison des valeurs historiques précédentes. On
pourra donc représenter l’évolution de la tendance par l’équation :
Dt = 378 n + 19 045

Dt représente la prévision de la demande en tenant compte que de la
tendance
n : le numéro de la période considérée.
Le coefficient R2 de 0,22 signifie que 22 % de la variance (carré de
l’écart type) de la demande peuvent être expliqués par l’équation de la
droite. Les 78 % restants doivent être expliqués par d’autres éléments
(variations saisonnières, caractère aléatoire…).

© Éditions d’Organisation 75
Gestion de production

Figure 3.4 – Droite de tendance et données historiques

Droite de tendance
y = 377,62 n + 19045
Demande
R2 = 0,22
30 000

25 000

20 000

15 000

10 000

5 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12

n (périodes)

On notera que des données historiques tronquées peuvent conduire à


une droite de tendance mathématiquement correcte, mais ne représen-
tant pas la demande réelle (notamment lorsqu’il y a des variations sai-
sonnières). Pour éviter cela, il faut disposer de suffisamment de
données dans le temps (deux ou trois ans). De plus, la représentation
graphique mettra le bon sens en alerte !

Par ailleurs, on peut remplacer la droite de régression par une courbe


plus élaborée, établie au sens des moindres carrés des écarts. Mais est-
ce bien utile de se compliquer la tâche ?

Estimation des variations saisonnières

Les variations saisonnières sont traduites par des coefficients représen-


tant les écarts à la valeur de base. Les indices saisonniers représentent,
pour chaque période élémentaire, le rapport entre la demande réelle
constatée et une moyenne globale évaluée sur l’ensemble, correspon-
dant à une valeur « désaisonnalisée ».

76 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

Reprenons l’exemple précédent. Il faut tout d’abord déterminer la


période sur laquelle nous allons travailler. L’observation de la série
chronologique fait apparaître des variations sensiblement trimestrielles
et on choisit une période de trois mois à partir de janvier. La moyenne
globale donne la valeur « désaisonnalisée » suivante : 258 000/
12 = 21 500. Pour le premier trimestre, la moyenne mensuelle de la
demande est de 20 000 produits par mois ; cela donne un coefficient de
saisonnalité de 20 000/21 500 = 93 %. Le tableau 3.5 indique le calcul
des indices de saisonnalité.

Figure 3.5 – Calcul des coefficients de saisonnalité

1er trimestre 2e trimestre 3e trimestre 4e trimestre


Demande totale 60 000 67 000 56 000 75 000
Moyenne mensuelle 20 000 22 333 18 667 25 000
Coeff. de saison. 93,0 % 103,9 % 86,8 % 116,3 %

Éléments résiduels et prévision

Nous avons exprimé la demande pour la période n par le produit :

Dn = T n × S n × Rn

Nous venons d’évaluer les termes Tn et Sn exprimant respectivement la


tendance et la saisonnalité. Rn représente tout ce qui n’est pas pris en
compte par ces deux facteurs. Il s’agit d’éléments aléatoires non identi-
fiés et qui ne se reproduiront pas selon notre modèle. Nous sommes
donc obligés de ne prendre pour prévision que le produit Tn × Sn
(figure 3.6).

© Éditions d’Organisation 77
Gestion de production

Figure 3.6 – Vérification du modèle

Périodes Dn Tn = 378n + 19 045 Sn Pn = Tn . Sn


Janvier 20 000 19 421 93,0 % 18 062
Février 21 000 19 799 93,0 % 18 413
Mars 19 000 20 177 93,0 % 18 765
Avril 22 000 20 555 103,9 % 21 357
Mai 23 000 20 933 103,9 % 21 749
Juin 22 000 21 311 103,9 % 22 142
Juillet 20 000 21 689 86,8 % 18 826
Août 16 000 22 067 86,8 % 19 154
Septembre 20 000 22 445 86,8 % 19 482
Octobre 23 000 22 823 116,3 % 26 543
Novembre 25 000 23 201 116,3 % 26 983
Décembre 27 000 23 579 116,3 % 27 422

Exemple d’utilisation de la méthode de décomposition

Le tableau 3.7 montre la prévision de la demande estimée pour mars et


août prochains à l’aide du modèle construit ci-avant.

Figure 3.7 – Demande estimée à l’aide du modèle

Période n Tn = 378n + 19 045 Sn Pn


Mars N + 1 15 24 715 93,0 % 22 985
Août N + 1 20 26 605 86,8 % 23 093

Cette méthode implique un stockage de données et de nombreux cal-


culs, mais elle est simple à utiliser à l’aide d’un ordinateur et peu coû-
teuse. Les prévisions seront correctes si les demandes ne sont affectées
que par les deux facteurs considérés et si, de plus, la tendance est
régulière et la saisonnalité reproductible.

78 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

2.3.3 Méthode des moyennes mobiles


Cette méthode a deux utilisations :
• elle permet d’établir une prévision de la demande ;
• elle sert également à lisser des données utilisées avec d’autres
méthodes de prévision.
On estime la prévision de la demande pour une certaine période à par-
tir des valeurs connues pour les quelques périodes précédentes. Pre-
nons le cas d’une moyenne mobile à trois périodes. Dans ce cas, la
demande de la période 8 est calculée à partir des consommations des
périodes 5, 6 et 7 selon :
P8 = (D5 + D6 + D7)/3
Puis de période en période on estimera P9 à partir de D6, D7 et D8, puis
P10... (d’où le nom de la méthode). Le tableau 3.8 illustre la méthode
avec, par exemple, P8 = (41,7 + 42,5 + 36,7)/3 = 40,3.

© Éditions d’Organisation 79
Gestion de production

Figure 3.8
Exemple de prévision par moyenne mobile à trois périodes

Périodes Demande réelle Moyenne mobile


1 31,6
2 30,0
3 33,9
4 37,0 31,8
5 41,7 33,6
6 42,5 37,5
7 36,7 40,4
8 31,0 40,3
9 35,8 36,7
10 40,9 34,5
11 38,3 35,9
12 36,5 38,3
13 42,3 38,6
14 38,2 39,0
15 35,4 39,0
16 38,6 38,6
17 38,4 37,4
18 37,5

Utilisation de la moyenne mobile


La méthode des moyennes mobiles implique un stockage important de
données et un certain nombre de calculs, mais elle est simple à mettre
en œuvre sur un ordinateur et elle est peu coûteuse. Son inconvénient
est de « traîner » derrière l’évolution de la consommation passée puis-
que, à tout instant, on ne prend en compte que des moyennes de
valeurs antérieures. Ce phénomène est illustré sur la figure 3.9 qui cor-
respond aux valeurs du tableau 3.8.

80 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

Figure 3.9 – Moyenne mobile « traînant » derrière les valeurs réelles

Demande
45

40

35

30

25

20
Valeurs réelles
15 Moyenne mobile

10

5
périodes

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18

Comme annoncé en début de ce paragraphe, on peut également, à


l’aide de la moyenne mobile, effectuer un lissage de données destinées
à d’autres méthodes. On évite ainsi d’introduire des points anormaux
qui risqueraient de perturber les estimations de la demande. On rem-
place, par exemple D5 par D’5 :

D’5 = (D4 + D5 + D6)/3

et de même pour D’6, D’7...

Le nombre de périodes impliquées (ci-avant trois) conduit, évidem-


ment, à un lissage plus ou moins important des données.

Remarque : moyenne mobile pondérée

Lors d’une prévision, on peut affecter des poids différents aux données
afin de favoriser les plus récentes au lieu de mettre sur le même plan
les diverses valeurs, par exemple :

© Éditions d’Organisation 81
Gestion de production

P8 = (2 D5 + 3 D6 + 4 D7)/(2 + 3 + 4)
= (2 D5 + 3 D6 + 4 D7)/9
donne une importance double (4/2) à la donnée Dn-1 vis-à-vis de Dn-3
et une fois et demie (3/2) à la donnée Dn-2. La somme des poids doit
évidemment être égale à 1.

2.3.4 Méthodes de lissage exponentiel

Lissage exponentiel simple


Cette méthode est probablement la plus connue pour la prévision de la
demande des articles. La prévision pour la période n est celle de la
période n–1 corrigée proportionnellement à l’écart Dn-1 – Pn-1 entre la
demande réelle et la prévision qui avait été faite pour la période
précédente :
Pn = Pn-1 + a (Dn-1 – Pn-1)
où α est un coefficient compris entre 0 et 1.
Si α = 0, on considère que la prévision de n est la même que celle de
n–1. Au contraire, si α = 1, on prend comme prévision de la période n
la demande réelle de la période n–1, en effet :
Pn = Pn-1 + Dn-1 – Pn-1 = Dn-1
Une valeur de α se rapprochant de 1 conduit donc à favoriser les
demandes réelles récentes, comme cela sera illustré dans le tableau
3.10.
On peut montrer aisément que cette méthode implique les demandes
réelles passées :
Pn = Pn-1 + α(Dn-1 – Pn-1) = αDn-1 + (1 – α)Pn-1
or Pn–1 = Pn–2 + α(Dn-2 – Pn-2) = αDn-2 + (1 – α)Pn-2
donc Pn = αDn-1 + α(1 – α)Dn-2 + (1 – α)2Pn-2
de proche en proche on arrive à :
Pn = αDn-1 + α(1 – α)Dn-2 + α(1 – α)2Dn-3 + …

82 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

La méthode du lissage exponentiel effectue donc une moyenne mobile


pondérée où les coefficients affectés aux données passées sont reliés
par une loi de décroissance exponentielle. En pratique, la relation entre
le coefficient α et une moyenne mobile à N périodes est approximative-
ment donnée par α = 2/(N + 1).

Le tableau 3.10 rappelle les poids successifs attribués aux données et


fournit ces poids pour trois valeurs caractéristiques du coefficient α.

Figure 3.10 – Décroissance des poids pour différentes valeurs de α

Période n n–1 n–2 n–3 n–4


Poids α α( 1 - α) α( 1 - α)2 α( 1 - α)3 α( 1 - α)4
α = 0,9 0,9 0,09 0,009 0,0009 0,00009
α = 0,3 0,3 0,21 0,147 0,1029 0,07203
α = 0,1 0,1 0,009 0,081 0,0729 0,06561

Poids de l'historique en fonction d'alpha

0,30

0,25

n
0,20 n-2
n-4
poids

n-3
0,15
n-1

0,10

0,05

0
0,9 0,8 0,7 0,6 0,5 0,4 0,3 0,2 0,1 alpha

© Éditions d’Organisation 83
Gestion de production

Le coefficient α est défini empiriquement ou d’une manière plus scien-


tifique par la méthode des moindres carrés. Sa valeur permet de régler
la sensibilité du système.

Lissages exponentiels multiples

La méthode du lissage exponentiel peut être employée avec deux coef-


ficients α et β si la demande est à tendance (lissage exponentiel dou-
ble). Nous appellerons tendance instantanée la variation de prévision
d’une période à la suivante :

tn = Pn – Pn-1

On effectue alors un lissage exponentiel de la tendance :

Tn = β.tn + (1 – β)Tn-1

Nous n’entrerons pas plus dans le détail du lissage exponentiel double


et nous demanderons au lecteur d’admettre que la prévision corrigée
s’exprime par :
1+α
P′ n = P n + ------------- T n

Il est également possible d’effectuer un lissage exponentiel des coeffi-


cients saisonniers en introduisant un coefficient γ. Le lissage exponen-
tiel comporte alors trois coefficients α, β et γ. Il est ainsi appelé lissage
exponentiel triple.

Là encore, les modèles employés sont faciles à mettre en œuvre sur


ordinateur et peu coûteux. Ils nécessitent, comme les précédents, de
disposer de données historiques suffisamment étoffées.

2.3.5 Autres modèles mathématiques


De nombreux autres modèles mathématiques plus complexes sont uti-
lisés pour réaliser des prévisions de la demande. Certains modèles
recherchent des corrélations entre données à divers intervalles fixés ou
cherchent des corrélations entre facteurs. On peut, par exemple, cher-
cher à lier la demande de produits à celle de secteurs économiques
associés par des régressions simples ou multiples. On définit ainsi des

84 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

modèles économétriques fondés sur des expressions analytiques. Ces


traitements plus complexes débordent le cadre que nous nous sommes
fixé dans cet ouvrage.

3. Erreurs et incertitude sur les prévisions


Une prévision est par nature incertaine. Il ne faut pas confondre incer-
titude et erreur. Il peut naturellement y avoir erreur... si on se trompe
en prenant des données inexactes, en calculant ou en utilisant mal les
méthodes !

Nous pouvons évaluer la qualité des prévisions au moyen de deux


valeurs complémentaires : l’erreur moyenne e et l’écart moyen absolu
MAD.

L’erreur moyenne est définie par :

∑ ( Di – Pi )
e = ---------------------------
n

Cet indicateur signale la présence ou l’apparition d’un biais


systématique : prévision en moyenne trop forte ou trop faible. On peut
donc apprécier le centrage statistique du modèle : un modèle correct
avec variations aléatoires donnera une valeur nulle de e.

Puisque des termes de signes contraires, même importants, peuvent se


compenser au moins partiellement pour donner une valeur de e qui
semble acceptable, on définit l’écart moyen absolu (que nous noterons
MAD, pour Mean Absolute Deviation, en anglais) :

∑ Di – Pi
MAD = -------------------------
n

qui évite ces compensations et contrôle l’écart entre demande réelle et


prévision. Le tableau 3.11 illustre le calcul de l’erreur moyenne et de la
MAD sur un nombre réduit de données.

© Éditions d’Organisation 85
Gestion de production

Remarque : MAD et écart type

La MAD est simple à calculer. Elle est souvent utilisée à la place de


l’écart type. Il faut connaître la correspondance facile à retenir
3σ = 4MAD (ce qui correspond à un filtre à 99,7 % pour une loi nor-
male, c’est-à-dire où le risque d’accepter une valeur à rejeter est infé-
rieure à 0,3 %). On pourra utiliser cette grandeur pour évaluer les
stocks de sécurité permettant de couvrir l’incertitude de la prévision.

Figure 3.11 – Erreur moyenne et MAD

Di Pi Di – Pi Di – Pi
150 153 –3 3
146 155 –9 9
156 147 9 9
152 145 7 7
145 155 –10 10
146 154 –8 8
153 148 5 5
157 146 11 11
Σ 2 62

d’où e = 2/8 = 0,25

et MAD = 62/8 = 7,75

MAD lissée

On préfère parfois calculer la MAD lissée (lissage exponentiel) :

MADi = bDi – Pi – (1 – b)MADi-1

On choisit un coefficient b petit (par exemple 0,1), ce qui assure un lis-


sage à long terme de la MAD. Avec les données précédentes, on
obtient :

86 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

Figure 3.12 – MAD lissée

Di Pi Di – Pi n (ΣDi – Pi)/n MADi


150 153 3 1 3,00 0,30
146 155 9 2 6,00 1,17
156 147 9 3 7,00 1,95
152 145 7 4 7,00 2,46
145 155 10 5 7,60 3,21
146 154 8 6 7,67 3,69
153 148 5 7 7,29 3,82
157 146 11 8 7,75 4,54

Qualité du modèle de prévision

L’observation simultanée de e et MAD permet d’avoir une bonne idée


de la qualité du modèle de prévision. Afin de maîtriser un système de
prévision de nombreux articles, il faut mettre en place des fourchettes
pour ces indicateurs. Le suivi de ces indicateurs et de leur comporte-
ment nous alertera d’une quelconque modification et nous permettra
de réagir.

Un autre indicateur utilisé pour prévenir d’un processus de prévision


qui devient hors contrôle est le signal d’alerte suivant :
∑ ( Di – Pi )
A i = ---------------------------
MAD i

Cette valeur peut naturellement être positive ou négative, mais doit


rester dans des limites raisonnables et non biaisées (systématiquement
négative ou positive). D’une manière analogue à un contrôle statisti-
que de la qualité où l’on souhaite une valeur dans une fourchette de
plus ou moins trois écarts types, si le signal d’alerte Ai dépasse quatre
en valeur absolue (car 3σ = 4MAD), on soupçonnera un changement
dans la demande. Il nous restera à en rechercher les causes et à modi-
fier le modèle. Le tableau 3.13 illustre le calcul de Ai sur les quelques
données précédentes. On remarquera les valeurs très élevées de A i en

© Éditions d’Organisation 87
Gestion de production

tête du tableau. C’est tout à fait normal car les écarts étaient initiale-
ment supposés nuls... ce qui correspond bien à une modification du
modèle !

Figure 3.13 – Calcul du signal d’alerte Ai

Di Pi Di – Pi Σ (Di – Pi) Ai
150 153 –3 –3 – 10,0
146 155 –9 – 12 – 10,2
156 147 9 –3 – 1,5
152 145 7 4 1,6
145 155 – 10 –6 – 1,9
146 154 –8 – 14 – 3,8
153 148 5 –9 – 2,4
157 146 11 2 0,4

4. Conclusion
Nous n’avons nulle intention dans cet ouvrage de donner un pano-
rama exhaustif des méthodes de prévision, mais bien de fournir un
aperçu des différents types de méthodes. Les méthodes classiques sont
rapides et peu coûteuses. Elles donnent des informations intéressantes
à court terme mais moins fiables dès qu’on s’éloigne dans le temps.
Les modèles plus complexes et plus récents sont beaucoup plus coû-
teux mais fournissent en général des prévisions valables à plus long
terme. Il reste du ressort de chaque entreprise de choisir la méthode
qui lui conviendra en fonction de l’objectif fixé, ainsi que des critères
de données et de coûts décrits en début de chapitre. De même, il lui
appartiendra de vérifier la validité du modèle au moyen d’indicateurs.

Tous les modèles de prévision évoqués ont été intégrés à des logiciels.
Certains progiciels comportent plusieurs méthodes et proposent même
un choix à l’utilisateur s’il le désire. Soulignons toutefois qu’il est

88 © Éditions d’Organisation
La prévision de la demande

indispensable de bien connaître les problèmes de la prévision de la


demande et de ne pas faire une confiance aveugle à un traitement
automatique. L’expérience, l’intuition et le bon sens seront des facteurs
fondamentaux pour réaliser une bonne prévision et détecter toute ano-
malie.

© Éditions d’Organisation 89
Chapitre 4

Les méthodes
de gestion de projets

1. Introduction
Gérer un projet, cela signifie traditionnellement ordonner, ordonnancer
les différentes tâches qui vont permettre de mener à bien le projet.
Cette idée fait habituellement référence à des projets unitaires à lance-
ment répétitif ou non, comme la conception-fabrication d’un supertan-
ker, d’une université ou encore d’un chantier de travaux publics.
Mais, depuis quelque temps, avec l’apparition de l’ingénierie simulta-
née (simultaneous engineering ou concurrent engineering), les idées
évoluent. On gère aujourd’hui la conception-fabrication d’une automo-
bile ou d’une gamme de caméscopes comme un projet. Une équipe-
projet, comprenant des hommes du commercial, du bureau d’études,
des méthodes, de la fabrication, de la gestion de production et de la
qualité, est constituée dès le départ du projet et va suivre celui-ci
jusqu’à son aboutissement.

91
Gestion de production

Pour organiser et gérer les différentes phases d’un projet traditionnel


ou non, il est nécessaire d’utiliser des méthodes, et les méthodes Gantt
et PERT, que nous allons développer dans ce chapitre, reviennent au
goût du jour !

1.1 Fonctions de la gestion de projet


Dans la gestion de projet, on peut distinguer trois fonctions
principales :
• Planification des différentes opérations à réaliser sur la période
déterminée ; des moyens matériels et humains à mettre en
œuvre pour réaliser le projet…
• Exécution, c’est-à-dire mise en œuvre des différentes opérations
prédéfinies et suivi de celles-ci.
• Contrôle par comparaison de la planification et de la réalisation ;
calcul d’écarts et analyse de ceux-ci, ce qui peut entraîner certai-
nes modifications dans la réalisation du projet.

Pour assurer correctement la réalisation de ces fonctions, il est néces-


saire de :
1. définir de manière très précise le projet ;
2. définir ensuite un responsable du projet auquel on rendra
compte de l’avancement du projet et qui prendra les décisions
importantes ;
3. analyser le projet par grands groupes d’opérations à réaliser pour
avoir une idée relativement précise de son étendue et de toutes
ses ramifications ;
4. détailler les différents groupes d’opérations et préciser leur
enchaînement et leur durée ;
5. rechercher les coûts correspondants, ce qui peut remettre en
cause certains éléments du projet qu’on va être amené à
modifier ;
6. effectuer des contrôles périodiques pour vérifier que le système
ne dérive pas et prendre les mesures qui s’imposent.

92 © Éditions d’Organisation
Les méthodes de gestion de projets

1.2 But de la gestion de projet


Pour chaque projet, il va s’agir de déterminer le programme optimal
d’utilisation des moyens de conception-fabrication permettant de satis-
faire au mieux les besoins des clients.
On va donc essayer de faire en sorte que les moyens humains et maté-
riels soient utilisés de la meilleure façon possible tout en essayant de
respecter autant que faire se peut les délais.
Pour établir ce programme, il faudra par ailleurs tenir compte d’un cer-
tain nombre d’éléments auxquels l’entreprise est soumise dans le
cadre de sa politique en matière de production comme :
• la minimisation de tous les types de stocks ;
• la minimisation des coûts ;
• la diminution des délais de fabrication ;
• la qualité des produits ;
• le plein emploi des ressources…
Certains éléments sont contradictoires ; il faudra savoir arbitrer et
prendre les bonnes décisions.

2. La méthode Gantt
C’est une méthode fort ancienne puisqu’elle date de 1918 et pourtant
encore très répandue mais sous des formes et sur des applications
résolument modernes.
Elle consiste à déterminer la meilleure manière de positionner les diffé-
rentes tâches d’un projet à exécuter, sur une période déterminée, en
fonction :
• des durées de chacune des tâches ;
• des contraintes d’antériorité existant entre les différentes tâches ;
• des délais à respecter ;
• des capacités de traitement.

© Éditions d’Organisation 93
Gestion de production

2.1 Présentation de la technique Gantt


Comme nous l’avons détaillé précédemment, il faut commencer par :
• se fixer le projet à réaliser ;
• définir les différentes opérations à réaliser ;
• définir les durées de chacune des opérations ;
• définir les liens entre ces opérations.
Nous avons choisi un exemple excessivement simple pour expliquer la
manière dont un Gantt se construit. Supposons qu’on cherche à ordon-
nancer la réalisation des 5 tâches d’un projet ayant les caractéristiques
décrites ci-après.

Tâches à réaliser
Tâche A : durée 3 jours
Tâche B : durée 6 jours
Tâche C : durée 4 jours
Tâche D : durée 7 jours
Tâche E : durée 5 jours

Liens entre les opérations


Pour respecter la suite logique des opérations, il est nécessaire de
réaliser :
• B et D après A ;
• C après B ;
• E après D.
Le diagramme de GANTT se présente sous la forme d’un tableau qua-
drillé où chaque colonne correspond à une unité de temps et chaque
ligne à une opération à réaliser.
On définit une barre horizontale pour chaque tâche, la longueur de
celle-ci correspondant à la durée de la tâche. La situation de la barre
sur le graphique est fonction des liens entre les différentes tâches.

94 © Éditions d’Organisation
Les méthodes de gestion de projets

La figure 4.1 illustre le diagramme de Gantt correspondant à l’exemple


précédent.

Figure 4.1 – Présentation du Gantt sur un exemple

Temps
Tâches 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15

Représentation des tâches Flottement

2.1.1 Critère de représentation classique du Gantt

On commence le plus tôt possible les tâches qui ne sont précédées


d’aucune autre.

On représente ensuite les tâches ayant pour antérieures les tâches déjà
représentées, et ainsi de suite...

On parle alors de jalonnement au plus tôt. Cette situation conduit à


créer des stocks et ne correspond donc pas à un système juste-à-temps.

Nous reviendrons au paragraphe 2.1.3 sur ce point.

2.1.2 Modes de gestion des priorités dans un Gantt

Pour définir les liens existant entre les différentes tâches d’un projet,
on dispose de plusieurs possibilités :

• Priorité à la fabrication du produit ayant la date de livraison la


plus rapprochée, pour respecter au mieux les délais.

© Éditions d’Organisation 95
Gestion de production

• Première commande confirmée, première commande exécutée,


pour ne pas mettre en fabrication des produits qui ne seront
jamais vendus. Mais cette solution a un inconvénient majeur :
elle conduit à créer des stocks et à ne pas répondre à la demande
en fonction du délai.
• Priorité à l’opération dont la durée est la plus courte. Cette pro-
position peut sembler un peu surprenante. Elle est utilisée quand
l’entreprise a de nombreuses urgences à gérer et à faire passer
avant certaines opérations programmées. Le fait de faire passer
en premier les opérations de plus courte durée lui permet d’inter-
caler entre celles-ci des opérations urgentes sans couper la der-
nière opération réalisée et ainsi d’économiser des changements
de série.
• Priorité à la tâche ayant la plus petite marge.
Marge = temps restant jusqu’à la livraison – temps total
d’achèvement du projet.
Cette situation permet de tenir compte à la fois du délai de livrai-
son et du temps de fabrication.
• Priorité à la tâche ayant le ratio critique le plus faible.
Ratio critique = temps restant jusqu’à la livraison/somme
des temps des opérations restant à effectuer.
Cette situation prend elle aussi en compte à la fois le délai de
livraison et le temps de fabrication.

2.1.3 Flottement, jalonnement et chevauchement

Le diagramme de Gantt permet de visualiser l’évolution d’un projet, et


de déterminer la durée globale de sa réalisation.

On peut mettre en évidence les flottements existant sur certaines


tâches. Un flottement correspond au temps de retard qu’on peut pren-
dre sur une tâche particulière sans pour autant augmenter la durée glo-
bale de réalisation du projet. Ce sont des éléments de flexibilité qui
permettent à l’entreprise de perdre un peu de temps sans que cela ne
prête à conséquence (figure 4.1).

96 © Éditions d’Organisation
Les méthodes de gestion de projets

Comme nous l’avons vu précédemment, le diagramme de Gantt classi-


que consiste à représenter les opérations en les faisant démarrer le plus
tôt possible, ce qu’on appelle un jalonnement au plus tôt.
Avec les préoccupations juste-à-temps, on a aujourd’hui plutôt ten-
dance à faire commencer les opérations le plus tard possible de
manière à respecter « juste à temps » les impératifs fixés par le client,
et on procède alors à un jalonnement au plus tard.
On peut également, pour raccourcir les délais, utiliser la technique du
chevauchement qui consiste à faire démarrer une opération alors que
la précédente n’est pas terminée, ou à effectuer des opérations en
parallèle, pour diminuer le temps global de réalisation du projet.
Illustrons ces différentes techniques par un exemple.

Exemple no 1
La société G. Duval a, parmi ses différentes activités, une activité de
conception-fabrication de scooter des neiges. Pour répondre aux évolu-
tions du marché, elle vient de concevoir un nouveau modèle de scoo-
ter qu’elle compte mettre en vente au cours du prochain hiver. Avant
de lancer en fabrication le nouveau modèle, elle se propose de réaliser
un prototype. La fabrication de celui-ci nécessite les opérations men-
tionnées sur la figure 4.2.

© Éditions d’Organisation 97
Gestion de production

Figure 4.2 – Les opérations nécessaires à la fabrication du scooter

Essai du scooter G
D

Pose du pare-brise,
du guidon, des manettes,
F du siège et de la courroie

Vérification Montage du châssis,


du fonctionnement du moteur et de la cabine

C
Perçage et soudage
des éléments du châssis E
B A H

Assemblage mécanique Découpage Préparation de la cabine


du moteur des éléments du châssis et des accessoires

Suite à une réflexion au sein du bureau des méthodes, on a pu définir


la durée approximative de ces différentes opérations. On a ainsi pu éta-
blir le tableau des antériorités de la figure 4.3.

Figure 4.3 – Tableau des antériorités, exemple du scooter

Description des tâches Tâches antérieures Durée


A – Découpage des éléments de châssis / 2 jours
B – Assemblage du moteur / 1 jour
C – Montage châssis, moteur, cabine E, B, H 1 jour
D– Pose pare-brise, guidon, manette... C 2 jours
E – Perçage, soudage châssis A 1 jour
F – Vérification du fonctionnement E, B, H 2 jours
G – Essai du scooter D, F 1 jour
H – Préparation cabine et accessoires / 3 jours

98 © Éditions d’Organisation
Les méthodes de gestion de projets

La fabrication du prototype ne peut commencer que le 3 octobre pour


des raisons de disponibilité des matières et des composants nécessaires
à sa réalisation.
Si on effectue un jalonnement au plus tôt, c’est-à-dire à partir du
3 octobre, pour réaliser le nouveau scooter, on obtient le Gantt de la
figure 4.4.

Figure 4.4 – Gantt de l’exemple scooter, jalonnement au plus tôt

Jours
Tâches 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13

Représentation des tâches Flottement

En fait, on voudrait surtout que la réalisation du prototype soit termi-


née le 10 octobre au soir.
On va effectuer un jalonnement au plus tard pour savoir quand il con-
vient de démarrer les différentes opérations pour que le projet se ter-
mine le 10 octobre au soir.
Pour faire un jalonnement au plus tard :
• on commence par positionner le plus tard possible la ou les
tâches qui n’ont pas de successeurs, dans notre exemple, G ;
• on positionne le plus tard possible la ou les tâches qui ont pour
successeurs celles qu’on vient de représenter, dans notre exem-
ple, D et F ;

© Éditions d’Organisation 99
Gestion de production

et ainsi de suite jusqu’aux tâches qui n’ont pas d’antérieures. Dans


notre exemple, à la suite de D et F, on représentera les tâches qui les
ont pour successeurs, soit C, puis on représentera E,B et H, et enfin A.

Au niveau graphique, cela se représente comme indiqué sur la


figure 4.5.

Figure 4.5 – Gantt de l’exemple scooter, jalonnement au plus tard

Jours
Tâches 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13

Il suffit de commencer le 4 octobre au matin pour avoir terminé la


réalisation du prototype le 10 octobre au soir.

On peut remarquer qu’en jalonnant au plus tard, on a repoussé le com-


mencement des tâches le plus tard possible ; on n’a plus de flottement,
et donc plus de flexibilité, ce qui impose un système de production fia-
ble, sinon on ne pourra jamais respecter les engagements.

Exemple no 2

La société G. Duval réalise également une activité de décolletage de


pièces pour l’industrie automobile. C’est à cette activité que nous
allons nous intéresser maintenant.

100 © Éditions d’Organisation


Les méthodes de gestion de projets

L’entreprise vient de recevoir une commande de 400 pièces que nous


appellerons P001. Ces pièces doivent subir des opérations successives
sur quatre postes de production :

• le poste P1 dont la capacité est de 400 pièces à l’heure ;

• le poste P2 dont la capacité est de 200 pièces à l’heure ;

• le poste P3 dont la capacité est de 100 pièces à l’heure ;

• le poste P4 dont la capacité est de 200 pièces à l’heure.

L’entreprise souhaite ordonnancer sa production sous la forme d’un


Gantt et se demande combien de temps il lui faut pour traiter la com-
mande de 400 pièces P001.

Si on effectue un jalonnement au plus tôt simple, on obtient le Gantt


de la figure 4.6.

Figure 4.6 – Gantt commande pièces, jalonnement au plus tôt

Heures
Postes 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11

P1

P2

P3

P4

La production de notre lot de 400 P001 se termine au bout de 9 heures.


L’entreprise trouve que ce délai est trop long et se propose d’effectuer
un chevauchement en coupant les lots de fabrication en quatre lots
égaux. Cela va se traduire par un transfert au poste suivant toutes les
100 pièces. Au niveau du Gantt, on obtiendra le diagramme de la
figure 4.7.

© Éditions d’Organisation 101


Gestion de production

Figure 4.7 – Jalonnement au plus tôt avec chevauchement

Heures
Postes 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
1/4 h
P1

3/4 h
P2 Lot terminé
en 5 heures 15 minutes
1 h 3/4 2 h 3/4 3 h 3/4 4 h 3/4
P3

P4
2 h 1/4 3 h 1/4 4 h 1/4 5 h 1/4

Le projet se termine maintenant au bout 5 heures et quart au lieu de


9 heures ; on a gagné presque la moitié du temps. On pourrait gagner
davantage en coupant le lot de 400 pièces non pas en 4 mais en 8. On
transférerait alors des lots de 50 pièces. On peut même aller, si
l’implantation le permet, jusqu’à un transfert pièce à pièce et on
gagnerait encore beaucoup plus de temps.

Remarque

Dans la figure 4.7, on voit apparaître pour l’opération réalisée sur le


poste P4 des petits intervalles de temps d’une demi-heure non tra-
vaillés et cela toutes les demi-heures. Dans la réalité, cette situation est
invraisemblable et on poussera la réalisation de l’opération sur le poste
P4 en totalité le plus tard possible, pour qu’elle puisse se réaliser en
continu.

Pour réaliser ce type de représentation, on dispose d’une technique qui


consiste à procéder de la manière suivante :

• Quand une opération est de durée supérieure à l’opération précé-


dente, il n’y a pas de problème, car les produits transférés de
l’opération précédente vont s’accumuler au cours du temps. Il
suffit alors d’effectuer un décalage par le haut du lot de transfert
préalablement défini, et ce pour toute l’opération.

102 © Éditions d’Organisation


Les méthodes de gestion de projets

• Quand une opération est de durée inférieure à l’opération précé-


dente, il y a un problème car il y aura des intervalles de temps où
le poste aval attendra la livraison du poste amont. Pour le résou-
dre, il suffit d’effectuer un décalage par le bas du dernier lot de
transfert préalablement défini et de rattacher en amont les lots
précédents.
L’application conduit à la figure 4.8.

Figure 4.8
Jalonnement au plus tôt avec chevauchement et lots complets

Heures
Postes 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11

P1

P2 Un seul lot
sur le poste P4
P3

P4

2.2 Utilisation industrielle du Gantt


Dans les entreprises, le Gantt se traduit graphiquement :
• Soit par un planning mural sur lequel on positionne des barres
cartonnées ou plastiques de couleurs et de longueurs différentes
qui représentent les opérations à réaliser.
• Soit par un logiciel informatique qui simule un Gantt à l’écran.
Dans ce cas de figure, les concepteurs de logiciels ont intégré de
puissants algorithmes de positionnement des tâches permettant
une assistance efficace au gestionnaire de production.
Dans une situation comme dans l’autre, le Gantt n’est pas un planning
figé mais au contraire un planning dynamique qui doit faire apparaître
en temps réel les modifications d’opérations en dates et durées liées
aux impératifs de replanification et reprogrammation.

© Éditions d’Organisation 103


Gestion de production

Le Gantt n’est pas utilisé seulement pour gérer des projets de type uni-
taires. On le trouve très souvent dans les entreprises, utilisé dans les
ateliers comme outil de planning d’ordonnancement-lancement de la
production quotidienne.

2.3 Conclusion
L’intérêt principal du Gantt réside dans sa simplicité de construction,
de présentation et de compréhension. C’est un outil qui met visuelle-
ment en évidence la solution simple d’un problème. Il permet de pren-
dre en considération les contraintes modernes du juste-à-temps par le
chevauchement et le jalonnement au plus tard.
Tous ces éléments expliquent l’utilisation encore très actuelle du Gantt.
Par ailleurs, on peut constater que de nombreux et récents logiciels de
type APS (Advanced Planning and Scheduling) intègrent les principes
des diagrammes Gantt. Toutefois, son utilisation devient difficile quand
le nombre de tâches ou de postes devient très important.

3. La méthode PERT

3.1 Généralités
PERT est l’acronyme de Program and Evaluation Review Technique,
« Technique d’élaboration et de contrôle des projets » pourrait-on tra-
duire en français.
La méthode PERT date de 1958 et vient des États-Unis où elle a été
développée sous l’impulsion de la marine américaine. Celle-ci a en
effet créé à cette époque-là une force de frappe nucléaire dont faisait
partie un programme de missiles à longue portée POLARIS qui
représentait :
• 250 fournisseurs ;
• 9 000 sous-traitants ;
• 7 ans de réalisation prévue.

104 © Éditions d’Organisation


Les méthodes de gestion de projets

L’utilisation du PERT a permis de ramener la durée globale de


réalisation du projet de 7 à 4 ans. Cette méthode s’est ensuite étendue
à l’industrie américaine puis à l’industrie européenne.

La méthode PERT est synonyme de gestion de projets importants et à


long terme.

3.2 Présentation de la méthode PERT


La méthode PERT s’attache surtout à mettre en évidence les liaisons
qui existent entre les différentes tâches d’un projet et à définir le che-
min dit « critique », constitué de l’ensemble des opérations critiques,
c’est-à-dire des opérations sur lesquelles on ne peut pas prendre de
retard sans modifier la durée de réalisation du projet.

Comme pour le Gantt, sa réalisation nécessite tout d’abord de définir :


• le projet à réaliser ;
• les différentes opérations et les responsables de ces opérations ;
• les durées correspondantes ;
• les liens entre ces différentes opérations.

3.2.1 La méthode de construction du PERT


Le graphe PERT est composé d’étapes et d’opérations.
• On représente les étapes par des cercles.
• On représente les opérations ou les tâches à effectuer par des flè-
ches. La longueur des flèches n’a pas de signification (il n’y a
pas de proportionnalité par rapport au temps).

Pour présenter la méthode, choisissons un exemple tout à fait élémen-


taire qui ne serait jamais traité dans la réalité par la méthode PERT.
Notre objectif est ici essentiellement pédagogique.

Supposons que nous souhaitions prendre une photographie avec un


appareil à débrayage.

© Éditions d’Organisation 105


Gestion de production

Opérations à réaliser

Code Désignation Durée(s)


A sortir l’appareil de son étui 15
B viser l’objet à photographier 20
C régler la vitesse 12
D régler l’ouverture du diaphragme 7
E appuyer sur le déclencheur 1

Liens entre les opérations

Ces opérations s’enchaînent les unes à la suite des autres de A jusqu’à


E.

Le PERT correspondant est représenté sur la figure 4.9.

Figure 4.9 – PERT : prise d’une photographie

Étape ou sommet Opération ou tâche

A B C D E

15 20 12 7 1
Durée

3.2.2 Précisions concernant la représentation graphique

• Un PERT possède un seul sommet de début, un seul sommet de


fin.

• On ne peut représenter une opération que par une seule flèche.

• Deux tâches A et B qui se succèdent immédiatement se représen-


tent par des flèches qui se suivent (figure 4.10).

106 © Éditions d’Organisation


Les méthodes de gestion de projets

Figure 4.10 – Tâches successives

A B

• Deux tâches simultanées (c’est-à-dire qui commencent en même


temps) sont représentées comme indiqué sur la figure 4.11.

Figure 4.11 – Tâches simultanées

• Deux tâches A et B convergentes (c’est-à-dire qui précèdent une


même étape C) sont représentées comme indiqué sur la
figure 4.12.

Figure 4.12 – Tâches convergentes

A
C

Pour les besoins de la représentation, on est parfois obligé de créer des


tâches fictives X de durée nulle. Ainsi, le graphe PERT de la
figure 4.13. signifie que :

© Éditions d’Organisation 107


Gestion de production

• A et B sont simultanées.
• C et D sont convergentes.
• A précède C.
• B précède D.

Figure 4.13
Exemple comportant des tâches simultanées et convergentes

A C

B D

Supposons que nous ajoutions la condition supplémentaire A précède


D.
Il faut alors créer une tâche fictive X, de durée nulle, dont l’objectif est
de modéliser cette condition d’antériorité nouvelle. On aura alors la
représentation de la figure 4.14.

Figure 4.14 – Exemple comportant une tâche fictive

A C

B D

3.2.3 Les étapes de la construction du PERT


Nous allons traiter un exemple concret et sa réalisation phase par
phase à l’aide de la méthode PERT.

108 © Éditions d’Organisation


Les méthodes de gestion de projets

Reprenons l’exemple que nous avons traité avec la méthode Gantt et


qui consistait à réaliser un prototype de scooter des neiges dont les
opérations à réaliser comportaient les caractéristiques indiquées sur la
figure 4.15.

Figure 4.15 – Tableau des antériorités, exemple du scooter

Description des tâches Tâches antérieures Durée


A – Découpage des éléments de châssis / 2 jours
B – Assemblage du moteur / 1 jour
C – Montage châssis, moteur, cabine E, B, H 1 jour
D – Pose pare-brise, guidon, manette... C 2 jours
E – Perçage, soudage châssis A 1 jour
F – Vérification du fonctionnement E, B, H 2 jours
G – Essai du scooter D, F 1 jour
H – Préparation cabine et accessoires / 3 jours

Première étape
Pour construire le graphe, il faut tout d’abord déterminer la manière de
positionner les différentes opérations. Plusieurs méthodes permettent
d’apporter une solution à ce problème. Nous parlerons ici de la
méthode des niveaux qui se développe à partir du tableau des
antériorités :
On définit le niveau 1 comme étant l’ensemble des tâches n’ayant pas
de tâches antérieures.
On barre dans le tableau des antériorités les tâches qui n’ont plus
d’antériorités et on obtient le niveau suivant, et ainsi de suite...
Les niveaux ainsi définis nous donnent la position des sommets de
début des tâches correspondantes.
En appliquant cette démarche à notre exemple, nous obtenons les
tâches de niveau 1 : A, B et H. Barrons-les dans le tableau des antério-
rités pour définir les tâches de niveau 2 (figure 4.16).

© Éditions d’Organisation 109


Gestion de production

Figure 4.16 – Antériorités, méthode des niveaux, première étape

Description des tâches Tâches antérieures Durée


A – Découpage des éléments de châssis / 2 jours
B – Assemblage du moteur / 1 jour
C – Montage châssis, moteur, cabine E, B, H 1 jour
D – Pose pare-brise, guidon, manette... C 2 jours
E – Perçage, soudage châssis A 1 jour
F – Vérification du fonctionnement E, B, H 2 jours
G – Essai du scooter D, F 1 jour
H – Préparation cabine et accessoires / 3 jours

La seule tâche n’en ayant pas d’antérieure est E ; elle est de niveau 2.
Poursuivons en barrant la tâche E (figure 4.17).

Figure 4.17 – Antériorités, méthode des niveaux, deuxième étape

Description des tâches Tâches antérieures Durée


A – Découpage des éléments de châssis / 2 jours
B – Assemblage du moteur / 1 jour
C – Montage châssis, moteur, cabine E, B, H 1 jour
D – Pose pare-brise, guidon, manette... C 2 jours
E – Perçage, soudage châssis A 1 jour
F – Vérification du fonctionnement E, B, H 2 jours
G – Essai du scooter D, F 1 jour
H – Préparation cabine et accessoires / 3 jours

On définit ainsi deux tâches de niveau 3 : C et F.


Poursuivons en les barrant dans le tableau des antériorités
(figure 4.18).

110 © Éditions d’Organisation


Les méthodes de gestion de projets

Figure 4.18 – Antériorités, méthode des niveaux, troisième étape

Description des tâches Tâches antérieures Durée


A – Découpage des éléments de châssis / 2 jours
B – Assemblage du moteur / 1 jour
C – Montage châssis, moteur, cabine E, B, H 1 jour
D – Pose pare-brise, guidon, manette... C 2 jours
E – Perçage, soudage châssis A 1 jour
F – Vérification du fonctionnement E, B, H 2 jours
G – Essai du scooter D, F 1 jour
H – Préparation cabine et accessoires / 3 jours

On définit ainsi D comme tâche de niveau 4 et il reste de façon évi-


dente G comme tâche de niveau 5.
On peut donc effectuer la représentation graphique du PERT
(figure 4.19).

Figure 4.19 – Exemple du scooter, première étape

niveau 1 niveau 2 niveau 3 niveau 4 niveau 5

A:2 E:1 C:1 D:2


B:1 X:0 G:1

H:3 X:0 F:2 X:0

Deuxième étape
Elle consiste à numéroter les sommets. La numérotation se fait de gau-
che à droite dans la partie gauche des sommets (figure 4.20).

© Éditions d’Organisation 111


Gestion de production

Figure 4.20 – Exemple du scooter, deuxième étape

2
A:2 E:1 6
C:1 D:2
B:1 X:0 G:1
1 3 5 8 9

H:3 X:0 F:2 X:0


7
4

Troisième étape

On va chercher à déterminer les dates au plus tôt d’exécution des


tâches.

On travaille de gauche à droite en additionnant les durées des tâches


les unes aux autres, en prenant la plus grande valeur aux intersections.
En effet, on ne peut pas démarrer une tâche tant que toutes les précé-
dentes ne sont pas terminées. On positionne les dates au plus tôt dans
la partie supérieure droite des sommets (figure 4.21).

Figure 4.21 – Exemple du scooter, calcul des dates au plus tôt

2
2
4
A:2 E:1 6
C:1 D:2
0 B:1 1 X:0 3 6 G:1 7
1 3 5 8 9

H:3 X:0 F:2 5 X:0


7
3
4

Quatrième étape

On va chercher à déterminer les dates au plus tard d’exécution des


tâches.

112 © Éditions d’Organisation


Les méthodes de gestion de projets

On travaille de droite à gauche en soustrayant les durées des tâches les


unes aux autres, à partir de la date finale, et en prenant la plus petite
valeur aux intersections (puisqu’on ne peut pas commencer une tâche
plus tard qu’au moment qui permet de réaliser le projet dans le délai
défini). On positionne les dates au plus tard dans la partie inférieure
droite des sommets (figure 4.22).

Figure 4.22 – Exemple du scooter, calcul des dates au plus tard

2
2
2 4
A:2 E:1 6
C:1 4 D:2
0 B:1 1 X:0 3 6 G:1 7
1 3 5 8 9
0 3 3 6 7
H:3 X:0 F:2 5 X:0
7
3 6
4
3

Cinquième étape

On peut déterminer pour chaque tâche son flottement.

(Flottement de la tâche i = date au plus tard de réalisation de la tâche


i – date au plus tôt de réalisation de la tâche i.)

Exemple flottement sur B = 3 – 1 = 2 jours.

Cela signifie qu’on peut se permettre de prendre 2 jours de retard sur la


réalisation de la tâche B sans que cela ne modifie la durée globale de
réalisation du projet.

Sixième étape

Il s’agit de la mise en évidence du chemin critique. Il passe par les


tâches dites critiques (sans flottement), qui sont celles pour lesquelles
la date de réalisation au plus tôt est égale à la date de réalisation au
plus tard.

© Éditions d’Organisation 113


Gestion de production

Ce sont des tâches pour lesquelles un retard éventuel de réalisation


entraînerait une augmentation équivalente de la durée globale du pro-
jet.

On a dans notre exemple deux chemins critiques qui sont : A, E, C, D,


G et, par ailleurs, H, C, D, G.

Figure 4.23 – Mise en évidence des chemins critiques

Chemin critique en gras


2
2
2 4
A:2 E:1 6
C:1 4 D:2
0 B:1 1 X:0 3 6 G:1 7
1 3 5 8 9
0 3 3 6 7
H:3 X:0 F:2 5 X:0
7
3 6
4
3

3.3 La notion de multi-PERT


La notion de réseau PERT correspond à la notion de gestion de projet,
comme nous l’avons déjà précisé. Quand le réseau d’ensemble de
celui-ci devient trop complexe, on peut le diviser :

soit en un ensemble de sections qui seront organisées de manière


indépendante ;

soit en un ensemble de niveaux hiérarchiques qui seront eux aussi


gérés indépendamment les uns des autres.

3.3.1 Les réseaux à sections multiples


On divise le projet en différentes sections organisées de manière indé-
pendante, ce qui permet :

au groupe de travail d’une section d’analyser et de modifier son propre


réseau, indépendamment des autres ;

114 © Éditions d’Organisation


Les méthodes de gestion de projets

de connaître les responsables d’une avance ou d’un retard éventuel et


d’engager leur responsabilité.

Des événements de liaison permettent de coordonner les sections ; les


figures 4.24 et 4.25 en donnent deux exemples.

Figure 4.24 – Sous-réseau n’ayant qu’un seul événement de liaison

Réseau principal

Sous-réseau

Figure 4.25 – Sous réseau ayant deux événements de liaison

Réseau principal

Sous-réseau

3.3.2 Les réseaux à niveaux multiples


On décompose le réseau global en un ensemble de réseaux selon diffé-
rents niveaux hiérarchiques.

Un réseau de niveau inférieur est une extension d’une activité unique


de niveau supérieur. Cette activité correspond en général à une activité
qui est supposée importante ou génératrice de problèmes éventuels et
qui nécessite d’être suivie avec beaucoup d’attention.

© Éditions d’Organisation 115


Gestion de production

Figure 4.26 – Multi-PERT à niveaux multiples

Niveau 1

Niveau 2

Niveau 3

• Au niveau 1, une seule activité fait l’objet d’une mention


particulière nécessitant l’accès à un réseau inférieur, celui de
niveau 2.
• Au niveau 2, une tâche fait l’objet d’une mention particulière
nécessitant elle aussi l’accès à un réseau inférieur, celui de
niveau 3.
• Une fois le réseau 3 terminé, on remonte au niveau 2.
• Une fois le réseau 2 terminé, on remonte au niveau 1 dont on ter-
mine l’exécution.

On peut effectuer des opérations de contrôle au niveau de l’exécution


des différents réseaux, en évaluant à intervalles de temps réguliers le
travail déjà effectué et celui qui reste à effectuer.

Les prévisions d’avance ou de retard peuvent ainsi être répercutées


d’un réseau à l’autre par le canal des événements de liaison.

3.4 Le PERT-coût ou PERT-cost


On peut reprocher au réseau PERT d’avoir pour seul objectif de mini-
miser la durée d’un projet, mais de ne permettre en aucun cas de déte-
rminer le coût correspondant à la réalisation du projet.

116 © Éditions d’Organisation


Les méthodes de gestion de projets

Le système PERT-cost ou PERT-coût permet de pallier cette insuffi-


sance.

Il consiste en l’adjonction de procédures d’analyse des coûts au PERT


traditionnel.

On recherche les coûts correspondant à un ensemble de tâches


homogènes (la détermination du coût de chaque tâche serait beaucoup
trop longue, beaucoup trop complexe, coûteuse, et par trop inexacte) :

• coût de la main-d’œuvre ;

• coûts directs liés au travail ;

• coûts indirects liés au travail.

Le coût global du projet se calcule en faisant la somme des différents


coûts de tous les groupes de tâches intermédiaires.

Le niveau de ce coût global du projet ne remet en général pas en cause


l’ordonnancement établi. Pourtant, on peut considérer qu’un coût
minimal puisse être un objectif du réseau PERT.

Signalons ici pour mémoire que la méthode CPM, pour Critical Path
Method (« méthode du chemin critique »), est fondée sur la relation
durée-coût et a pour objectif, à partir d’une solution acceptable en ter-
mes de durée et de coût, de parvenir à une réduction maximale de la
durée, pour une augmentation minimale du coût.

Cette analyse parallèle en termes de coût est essentielle surtout dans le


cas d’un projet de grande envergure et de longue durée. Il peut en effet
être catastrophique pour une entreprise de découvrir à la fin de la
réalisation du projet que celui-ci a un coût dépassant largement le prix
accepté et signé par le client quelques mois auparavant.

On parle aujourd’hui beaucoup de la notion de respect des délais. Mais


ce dernier ne doit pas être tenu à n’importe quel prix !

© Éditions d’Organisation 117


Gestion de production

4. Conclusion
Nous avons décrit dans ce chapitre les deux méthodes d’aide à la ges-
tion par projet : planning Gantt et graphes PERT. Le PERT est une tech-
nique de gestion des projets utilisée en général pour des projets
importants en taille, coût et durée, alors que le Gantt est davantage uti-
lisé pour des projets de moindre importance et même de gestion quoti-
dienne de l’atelier.
Toutes deux sont des outils de visualisation. Le PERT a un avantage
par rapport au Gantt : il met clairement en évidence les liens existant
entre les différentes opérations. Cependant, contrairement au Gantt, un
PERT réalisé manuellement rencontre rapidement des problèmes de
conception en raison de sa complexité de construction.
Ces deux méthodes pourtant déjà anciennes sont toujours d’actualité
grâce à leur intégration dans la plupart des logiciels de gestion de
production et de gestion par projet. L’intégration d’algorithmes sophis-
tiqués, laquelle serait ingérable à la main, rend les versions informa-
tisées de ces méthodes d’une redoutable efficacité.

118 © Éditions d’Organisation


Chapitre 5

La gestion des stocks


traditionnelle

1. Le problème de la gestion des stocks

1.1 Introduction
Le rôle des stocks dans une entreprise apparaît souvent ambigu. Il est
indéniable qu’ils ont un rôle positif de régulation du processus de pro-
duction. Ils permettent de désynchroniser la demande d’un produit de
la production.
Hélas, ce rôle positif est largement compensé par plusieurs inconvé-
nients majeurs :
• rigidification de la production – il faut écouler les stocks ;
• augmentation du délai moyen de production ;
• immobilisation de moyens financiers importants ;

119
Gestion de production

• immobilisation de surface ;
• etc.
La désynchronisation, due à la présence de stocks, permet de masquer
de nombreux problèmes tels qu’une maintenance des machines insuf-
fisante, une mauvaise planification...
Il faut donc trouver un compromis afin d’obtenir ce rôle positif indiqué
pour un coût minimal. Tel va être un des objectifs permanents de la
gestion de production.

1.2 Différents types de stocks


On distingue différents types de stocks :
1. les stocks nécessaires à la fabrication, matières premières, ébau-
ches, pièces spéciales sous-traitées, pièces normalisées, pièces
intermédiaires fabriquées par l’entreprise ;
2. les pièces de rechange pour le parc machines, les outillages spé-
ciaux, les outillages et matières consommables, les pièces, maté-
riaux, produits pour l’entretien des bâtiments ;
3. les en-cours, c’est-à-dire les stocks entre les différentes phases de
l’élaboration du produit (entre les machines) ;
4. les stocks de produits finis.
Comme nous l’avons dit précédemment, les stocks constituent à la fois
une nécessité et une lourde contrainte financière. En moyenne, le coût
annuel des stocks représente 25 % à 35 % des capitaux immobilisés.
Avant d’aller plus avant, il est important de réfléchir à la notion de
stock afin de ne plus les considérer comme « un mal nécessaire ».
Les stocks sont de natures différentes. Certains sont des stocks
« subis », c’est-à-dire involontaires alors que d’autres sont « voulus »
car inhérents au mode de production. En énumérant un certain nom-
bre de stocks, nous remarquerons qu’il est parfois délicat de les classer
dans une seule de ces catégories.
Cherchons l’origine des stocks subis :
• Ils se forment en raison d’erreurs dans les prévisions de la
demande.

120 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

• Ils apparaissent parce que l’on produit plus que nécessaire, d’où
la tendance des stocks à se gonfler.

• Ils se constituent du fait de la production par lots.

• Ils se forment en raison de la différence de rythme des moyens


de production ou de leurs aléas de fonctionnement.

Les stocks voulus peuvent également provenir de plusieurs sources :

• production anticipée en raison du long délai qui s’écoule entre la


commande et la production ;

• production anticipée pour niveler les fluctuations de la


demande ;

• stocks nécessaires pour compenser les irrégularités dans la ges-


tion de la fabrication (usinage), du contrôle et des transports ;

• stocks de précaution pour le cas de pannes des machines ou pro-


duits défectueux ;

• stocks résultant de la production d’un lot de grande taille en pré-


vision des temps importants de mise en route des séries.

Si l’on considère l’investissement non productif que représentent les


stocks, on note qu’il est fondamental pour une entreprise de chercher à
les réduire le plus possible. Toutefois, on ne doit pas opérer cette
réduction de façon aveugle, sinon cela risque d’engendrer des ruptures
et des retards de livraison.

La diminution des stocks est toujours corrélée à une réduction du délai


de production. On ne diminue pas les stocks, les stocks se réduisent
suite aux actions menées sur le processus de production, telles que :

• la prévention des pannes de machines (maintenance) et l’appari-


tion de produits défectueux (qualité) ;

• la réduction des temps de mise en route ;

• l’amélioration de la gestion de production dans l’entreprise par la


mise en œuvre des méthodes que nous exposerons dans cet
ouvrage.

© Éditions d’Organisation 121


Gestion de production

1.3 Objectif de la gestion des stocks


La gestion des stocks a pour finalité de maintenir à un seuil acceptable
le niveau des services pour lequel le stock considéré existe.
Il n’y a pas d’objectif absolu valable pour toutes les entreprises, pour
tous les produits, pour toutes les catégories de stocks. L’objectif corres-
pondra toujours à un contexte particulier. De plus, il ne sera pas figé,
mais évoluera dans le temps. En effet, l’un des objectifs de la gestion
de stocks est précisément d’aller vers une performance accrue par une
meilleure maîtrise des stocks.
Cette gestion implique différents types d’opérations :
• le magasinage avec entrées, stockage, sorties des articles ;
• la tenue d’un fichier consacré à la tenue des stocks ;
• l’imputation dans la comptabilité des entrées /sorties ;
• le classement des stocks en catégories.

1.4 Optimisation du niveau du stock


Comment minimiser le stock considéré en conservant un niveau de
service suffisant ? La réponse à cette question va dépendre de la nature
du stock. Dans tous les cas, toutefois, il faudra agir sur la véritable
cause du stock ou du sur-stock. Donnons quelques exemples :
• mauvaise qualité des prévisions entraînant des stocks dormants
ou morts ;
• excès de prudence en ce qui concerne les stocks de sécurité ;
• irrégularité et manque de fiabilité dans le fonctionnement des
machines ;
• déséquilibre des cadences ;
• importance de la taille des séries dans la fabrication par lots...
Le niveau du stock dépend naturellement de deux facteurs : les entrées
et les sorties. Souvent il ne sera pas possible de jouer sur les sorties
(appelées par la production) et la seule façon de réguler le niveau
moyen du stock consistera à modifier le mode des entrées.

122 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

Figure 5.1 – Schéma d’évolution théorique du stock

Stock

Q/2

Temps

1 an

Prenons par exemple le cas idéalisé de consommations régulières et


d’entrées, périodiques dans le temps, de quantités Q. On obtiendra une
évolution du niveau de stock représenté sur la figure 5.1 et le stock
moyen sera évidemment égal à Q/2.
On se dit immédiatement que, pour diminuer le niveau moyen du
stock, il suffit de diminuer la taille du lot Q. Hélas, ce n’est pas si sim-
ple..., car chaque lancement de lot entraîne des coûts de lancement
(coûts de passation de commandes pour les achats, coûts de change-
ment de série en fabrication) et ces frais augmentent avec le nombre
de lancements. À un certain moment, l’augmentation du coût des lan-
cements va dépasser le gain financier de réduction du stock et le résul-
tat global sera mauvais. L’objectif est donc de trouver la quantité Q
conduisant à un coût global minimal de la somme des coûts de stoc-
kage et coûts de lancement. Cette quantité est appelée quantité écono-
mique.

© Éditions d’Organisation 123


Gestion de production

2. Classification des stocks

2.1 Nécessité d’un classement


Lorsqu’une entreprise gère plusieurs milliers d’articles, elle ne peut
accorder à chacun des articles la même priorité dans sa gestion. Une
gestion des stocks est donc une gestion sélective : on ne gère pas de la
même façon les fournitures de bureau et les articles destinés à la pro-
duction. De même, dans un ensemble produit, la vis de diamètre 5
dont la valeur est faible ne sera pas gérée de manière identique au
corps du produit dont la valeur est très importante. On note donc à ce
niveau qu’il est nécessaire d’adopter une classification des produits
selon deux critères :
• critère de destination (fournitures de bureau, production, service
après-vente) ;
• critère de valeur (valeur cumulée des articles apparaissant dans
les mouvements de stocks ou valeur en stock).

2.2 Classement ABC

2.2.1 Principe du classement ABC


Le classement ABC des articles consiste à différencier les articles en
fonction de la valeur des sorties annuelles de stocks qu’ils représen-
tent. Ce classement est fondé sur le principe bien connu des 80-20 :
20 % des articles représentent 80 % de la valeur totale des sorties, et
les 80 % des articles restants ne représentent que 20 %. Ce classement
est donc fondamental pour une entreprise, car il conditionne le type de
gestion que l’on va appliquer à chacun des articles.
On peut effectuer ce classement ABC en se fondant sur deux critères :
• valeurs des sorties annuelles en stocks ;
• valeur en stocks.
L’application simultanée sur les deux critères et la comparaison des
résultats sont souvent très utiles pour mesurer la rigueur avec laquelle
les stocks sont gérés.

124 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

Figure 5.2 – Principe du classement ABC

Valeurs des sorties de stocks cumulées

100 %

80 %

Articles (en %) classés


dans l'ordre décroissant
des valeurs de sortie
de stock

0%
0% 20 % 100 %

2.2.2 Étude de la méthode sur un exemple d’école


L’exemple que nous présentons ci-après est limité à 10 articles. Il est
évident qu’un cas aussi simple ne nécessite pas de classification ABC.
Cependant, il permet de comprendre le principe du classement. Le
classement ABC ne présente d’intérêt réel que lorsque le nombre
d’articles étudiés est suffisamment élevé.

Soit donc une entreprise gérant 10 articles, et dont les valeurs de sor-
ties de stock et les valeurs de stock sont les suivantes :

Valeur Nombre Quantité


Article Total Total
de l’article de sorties en stock
01 25,00 159 3 975 35 875
02 134,00 56 7 504 12 1 608
03 23,00 12 276 4 92
04 5,00 70 350 25 125
05 87,00 30 2 610 1 87
06 2,00 75 150 10 20
07 9,00 140 1 260 20 180
08 1,00 80 80 10 10
09 0,50 150 75 50 25
10 6,00 35 210 5 30

© Éditions d’Organisation 125


Gestion de production

Classement ABC sur les sorties


Après avoir classé les articles de façon que les totaux des sorties soient
classés dans l’ordre décroissant, il faut calculer les pourcentages res-
pectifs, en valeur et en nombre d’articles.

Valeur Nombre Total % Valeur % Articles


Article Total
de l’article de sorties cumulé cumulé cumulé
02 134,00 56 7 504 7 504 45,5 10
01 25,00 159 3 975 11 479 69,6 20
05 87,00 30 2 610 14 089 85,4 30
07 9,00 140 1 260 15 349 93,1 40
04 5,00 70 350 15 699 95,2 50
03 23,00 12 276 15 975 96,9 60
10 6,00 35 210 16 185 98,2 70
06 2,00 75 150 16 335 99,1 80
08 1,00 80 80 16 415 99,6 90
09 0,50 150 75 16 490 100,0 100
Somme 16 490

Si l’on place sur un graphique, en abscisse, les différents articles, et en


ordonnée le total des sorties, on obtient une courbe de Pareto dite
courbe ABC (figure 5.3).
On note que les 2 premiers produits représentent 69 % de sorties tota-
les et 20 % de nombre total d’articles.
• Ces produits pourraient constituer la classe A.
Les produits représentant 97 % des sorties sont constitués de 60 % du
nombre d’articles.
• Les articles 05, 07, 04 et 03 pourraient constituer la classe B. Ces
quatre produits représentent 28 % des sorties pour 40 % des
articles.
• Les 4 derniers articles formeraient la classe C représentant 3 %
de la valeur totale des articles pour 40 % des articles.

126 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

Figure 5.3 – Courbe ABC sur les sorties

Classement ABC

100
Sorties de stock cumulées

80
A B C
60

40

20

0
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
02 01 05 07 04 03 10 06 08 09
Article

Classement ABC sur les valeurs en stock

Le même classement sur les valeurs en stock donnerait :

Valeur Quantité Total % Valeur % Article


Article Total
de l’article en stock cumulé cumulé cumulé
02 134,00 12 1 608 1 608 52,7 10
01 25,00 35 875 2 483 81,4 20
07 9,00 20 180 2 663 87,3 30
04 5,00 25 125 2 788 91,3 50
03 23,00 4 92 2 880 94,4 60
05 87,00 1 87 2 967 97,2 70
10 6,00 5 30 2 997 98,2 40
09 0,50 50 25 3 022 99,0 80
06 2,00 10 20 3 042 99,7 90
08 1,00 10 10 3 052 100,0 100
Somme 3 052

© Éditions d’Organisation 127


Gestion de production

Ce qui donne la courbe suivante :

Figure 5.4 – Courbe ABC sur les valeurs en stock

Classement ABC

100
Valeurs de stock cumulées

80
A B C
60

40

20

0
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
02 01 07 10 04 03 05 09 06 08
Articles

On note que les 2 premiers produits représentent 78 % des sorties tota-


les et 20 % du nombre total d’articles.
• Ces produits pourraient constituer la classe A.

Les produits représentant 95 % des sorties sont constitués de 60 % du


nombre d’articles.
• Les articles 07, 10, 04 et 03 pourraient constituer la classe B.
• Les 4 derniers articles formeraient la classe C représentant 5 %
de la valeur totale des articles.

L’intérêt de la double analyse ABC réside dans l’observation respective


des ordres dans lesquels sont classés les articles. Si on ne s’intéresse
qu’aux articles tournants, en excluant les pièces destinées au service
après-vente pour des produits anciens, les deux classements ABC doi-
vent donner des résultats sensiblement identiques. C’est notamment le
cas de l’exemple susmentionné. En effet, il serait anormal de trouver un
article représentant une part très faible pour les sorties et une part
importante de la valeur en stock. De même, si un article a des valeurs
en sortie importantes, il serait anormal de le trouver dans la catégorie C

128 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

en ce qui concerne les stocks. Ce serait probablement le signe d’un arti-


cle prochainement en rupture, si ce n’était pas déjà le cas.

Les anomalies constatées par cette double analyse ABC devront être
étudiées avec attention pour savoir si le fait s’explique ou s’il est l’illus-
tration de la maxime suivante : « Plus il y a de stocks, plus il y a de
manquants. »

2.3 Classement ABC adapté

2.3.1 Classement combiné articles/clients


De même que 20 % des articles représentent souvent 80 % des valeurs
de sortie, il arrive souvent dans une entreprise que 20 % des clients
représentent 80 % du chiffre d’affaires. Il est donc souvent nécessaire
de combiner le classement des articles par valeurs des ventes annuel-
les et le classement des clients par chiffres d’affaires annuels. Cette
analyse croisée permet par exemple de ne pas sous-estimer un article
de catégorie C, intéressant un client de catégorie A (comme l’article 08
pour le client C1 de la figure 5.5).

Figure 5.5 – Classement ABC articles/clients

Clients Clients A Clients B Clients C


Articles C1 C2 C3 C4 C5 C6 C7 C8 C9 C10
02 * * * * *
A 01 * * * * *
05 * * *
07 * *
04 * *
B
03 * * *
10 * * *
06 *
C 08 *
09 * *

© Éditions d’Organisation 129


Gestion de production

2.3.2 Classement introduisant des catégories


supplémentaires
Dans le classement ABC tel que nous venons de le décrire, les résultats
ne sont valables que si tous les articles concernés ont été utilisés dans
un rythme normal de production sur toute la période analysée. Nous
n’avons pas introduit la notion de cycle de vie du produit.
Cette remarque est particulièrement intéressante pour les produits nou-
veaux lancés au cours de la période d’analyse. Étant en phase de lance-
ment, les ventes sont faibles et le volume des sorties est donc très
faible (période courte, ventes faibles). Ces produits qui ne peuvent
atteindre la classe A risquent donc d’être sous-estimés par l’analyse
ABC, ce qui peut être dangereux, car ils représentent les marchés
futurs de la société. Il faut donc traiter ces produits à part. Certains
logiciels proposent d’ajouter une classe (N par exemple) qui regroupe
ce type de produit.
De même, il est difficile de traiter, dans l’analyse globale, les produits
anciens, dont la vente est devenue très rare mais qu’il faut néanmoins
conserver en stock pour un éventuel service après-vente, notamment
dans le cas des garanties décennales. Il y a donc lieu de créer une
classe que l’on peut appeler D.

3. Les opérations de gestion des stocks


Si l’on veut être en mesure de connaître l’état des stocks d’une entre-
prise en permanence, leur gestion doit être réalisée avec soin. Parmi les
opérations nécessaires, on trouve :
• le magasinage ;
• la gestion des entrées /sorties ;
• les inventaires.

3.1 Le magasinage
Les stocks d’une entreprise sont placés dans un ou plusieurs magasins
afin qu’ils soient rangés entre leur réception et leur mise à disposition.
Cette gestion suppose deux types d’organisation.

130 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

Gestion mono-magasin
Dans ce type d’organisation, tous les produits sont stockés et gérés
dans un lieu unique. L’avantage en est de simplifier la gestion du
stock, mais cela entraîne nécessairement de nombreuses manuten-
tions, donc des délais et des coûts.

Gestion multi-magasins
Afin de minimiser les manutentions, on préfère parfois répartir les
stocks dans plusieurs magasins. Chaque magasin regroupe les produits
par type (produits finis, matières premières...) ou en fonction de la
proximité géographique.
Pour les produits, on peut également dissocier deux modes de gestion.

Gestion mono-emplacement
Chaque article est stocké dans un et un seul emplacement. Ainsi le
suivi des quantités de cet article est-il facilité, de même que les opéra-
tions d’inventaire sont simplifiées. Cependant, on retrouve l’inconvé-
nient de la gestion mono-magasin : les problèmes de manutention.

Gestion multi-emplacements
Dans ce type de gestion, un article peut être stocké à plusieurs
endroits. On facilite ainsi les opérations de manutentions, mais il
devient difficile d’avoir une vision globale du stock. Outre les problè-
mes d’inventaire que ce type de gestion induit, il est possible d’avoir
un article en rupture dans un emplacement, alors qu’il est disponible
dans un autre emplacement. Cependant, ce type de gestion est plus en
accord avec la gestion au point d’utilisation préconisée par l’approche
de juste-à-temps.

3.2 La gestion des entrées/sorties


Afin de permettre un suivi des quantités en stock, chaque mouvement
de stock (entrée ou sortie) doit faire l’objet d’une transaction. Pour que
cette dernière soit optimale, il est souhaitable que les mouvements
soient saisis en temps réel par le système informatique de gestion des
stocks. On connaît ainsi à chaque moment l’état réel du stock.

© Éditions d’Organisation 131


Gestion de production

La relation entre les quantités réellement en stock et les quantités indi-


quées par la gestion des stocks dépend de la rigueur avec laquelle les
mouvements sont saisis. Toute erreur de saisie se traduira par un écart
entre la réalité et les quantités indiquées dans les fichiers. Pour une
gestion rigoureuse, il est indispensable de limiter l’accès des magasins
aux seules personnes autorisées.
La gestion des entrées/sorties comprend deux types de transaction.

La réception
Elle consiste à entrer un produit dans le magasin. Pour ce type de tran-
saction, il faut vérifier tant la conformité que la quantité des produits
reçus.

La sortie
Les pièces demandées sont retirées du stock conformément à une com-
mande client (produits finis) ou un bon de sortie (produits fabriqués).

3.3 Les inventaires


À tout moment, le gestionnaire doit être capable de fournir un état des
stocks pour chaque référence en quantité et en emplacement. Pour
vérifier la qualité de l’état des stocks (différence entre stock réel et
image informatique du stock), il faut effectuer des inventaires, et éven-
tuellement remettre à jour l’image informatique.
Un inventaire consiste en une opération de comptage des articles dans
les rayons du magasin. On trouve principalement trois types d’inven-
taire.

L’inventaire permanent
Il consiste à tenir à jour en permanence les quantités en stock de cha-
que article grâce aux transactions.

L’inventaire intermittent
Il est en général effectué une fois par an en fin d’exercice comptable. Il
est effectué pour tous les articles de l’entreprise, d’où une grosse
charge de travail qui perturbe son activité.

132 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

L’inventaire tournant
Il consiste à examiner le stock par groupe d’articles et à vérifier l’exac-
titude en quantité et localisation de ces articles. On définit générale-
ment des fréquences différentes d’inventaire tournant selon
l’importance de l’article. On fera, par exemple, un inventaire trimes-
triel pour les articles de classe A, un inventaire semestriel pour les arti-
cles de classe B et un inventaire annuel pour ceux de la classe C.

4. Quantités économiques

4.1 Position du problème et définitions


Lorsque l’on souhaite approvisionner un produit, on cherche à dimi-
nuer au maximum le coût de revient. Pour cela, il faut ménager la
« chèvre et le chou » constitués par :
• le coût de stockage (on veut stocker le moins de produits
possible) ;
• le coût de lancement (on veut approvisionner le moins souvent
possible).
On veut en fait optimiser coût de stockage et coût de lancement, et
répondre aux deux questions suivantes :
• quand approvisionner ?
• combien approvisionner ?

4.1.1 Calcul du coût de stockage S


Stocker un produit coûte cher. Les principaux frais comprennent :
• l’intérêt du capital immobilisé qui va de 5 à 15 % en fonction des
années ;
• le magasinage, loyer et entretien des locaux, assurance manuten-
tion, environ 6 % ;
• la détérioration (de 0 à 10 % selon les produits) ;
• les obsolescences (matériel périmé, vieilli, hors de mode).

© Éditions d’Organisation 133


Gestion de production

Afin de globaliser l’ensemble de ces frais, on calcule un « taux de


possession » annuel t % par euro de matériel stocké.

Le taux retenu varie actuellement de 20 à 35 % selon les catégories et


articles. Certaines entreprises ont un taux de possession supérieur à
100 % du fait de la très rapide obsolescence de leurs produits (matériel
informatique par exemple).

4.1.2 Calcul du coût d’une commande ou d’un lancement L


Le coût d’une commande à l’extérieur s’établit en calculant le total des
frais de fonctionnement du service achat et du service réception achat.
On divise ce total par le nombre total annuel de lignes de commandes
(c’est-à-dire un article unique, une quantité, un prix, un délai).

Ce coût varie de presque rien à plus de 150 € si, par exemple, les dis-
cussions techniques et mises au point doivent aboutir à la définition
d’un cahier des charges.

Le coût de lancement comporte les frais administratifs. On divise les


frais annuels du service ordonnancement par le nombre de lancements
effectués. Il comporte également les coûts techniques dus aux salaires
des régleurs et à l’immobilisation de la machine. Dans certains cas
s’ajoutent des frais importants de purge, de nettoyage...

Coût annuel d’approvisionnement ou de lancement A

On parle de coût annuel d’approvisionnement ou de lancement selon


qu’il s’agit d’un achat ou d’un lancement en fabrication.

Le coût annuel d’approvisionnement est le total des coûts de lance-


ment pour un article sur une année.

A = L × (Nombre d’approvisionnements)

4.2 Minimisation du coût total C


Pour résoudre ce problème, on établira les hypothèses simplificatrices
suivantes :

134 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

1. Les coûts sont proportionnels au nombre de pièces achetées (il


n’y a pas de rabais pour quantité).
2. Il n’y a pas de pénurie (pas de coût pour rupture de stock).
3. La demande est régulière.
4. Les coûts de stockage et de commande ou lancement sont définis
et constants.
Soient N le nombre annuel de pièces consommées
et Q la quantité approvisionnée ou lancée à chaque période.

Nous avons vu au paragraphe 1.4 « Optimisation du niveau de stock »


que, si l’on suppose la demande régulière, le stock moyen est Q/2. En
considérant la première hypothèse, sa valeur est (Q/2)a si a est le coût
de la pièce.

Compte tenu du taux de possession défini au § 4.1.1 de ce chapitre, le


coût de stockage est donc :

Q
S = ---- at
2

Figure 5.6 – Coût économique et quantité économique

Coûts
annuels

Coût total C

Ce Coût de stockage S
Coût
économique

Coût d’approvisionnement A

0
Qe Quantité approvisionnée
Quantité économique

© Éditions d’Organisation 135


Gestion de production

Le nombre de commande est N/Q, d’où un coût d’approvisionnement :

N
A = ---- L
Q

Si N est la quantité consommée et a le prix unitaire, le coût de d’acqui-


sition est de Na.
Le coût total est donc :

---- L + Q
C = Na + N ---- at
Q 2

On cherche la quantité Qe qui rend ce coût le plus faible possible. Le


∂C
minimum de C correspond à ------- = 0 , soit :
∂Q

∂C ∂
------- = ------- ⋅  N
Q NL + at
---- ⋅ L + ---- ⋅ at + Na ) = – ------- ----- = 0
∂Q ∂Q Q 2 Q2 2

d’où Qe = 2NL
-----------
at
Cette expression, appelée « formule de WILSON », donne la quantité
économique d’approvisionnement Qe.

Application numérique
N = 200 000 pièces par an
L = 150 €
t = 20 %
a = 10 €

2 × 20 000 × 150
Qe = ---------------------------------------- = 5 477
10 × 0,2

265 × 5 477
et on approvisionnera tous les ---------------------------- = 10 jours .
200 000

136 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

4.3 Cas des remises


Dans l’application que nous venons de traiter, le coût des produits est
supposé constant quelle que soit la quantité de produit approvision-
née. Ce n’est pas toujours le cas, il y a parfois des remises en fonction
de la quantité. Le calcul de la quantité économique diffère alors légère-
ment par rapport au cas précédent. Le coût total n’est pas une courbe
continue comme dans le cas précédent, mais la succession de plusieurs
courbes (figure 5.7). L’optimum n’est pas forcément la quantité écono-
mique. Étudions ce cas à partir d’un exemple.
Une entreprise veut approvisionner un produit dont la consommation
annuelle est N = 20 000.
Les tarifs sont les suivants :

Quantité ≥ 4 000 a1 = 0,85 €


Quantité < 4 000 a2 = 1 €

Le coût d’une commande est L = 50 €


Le taux de possession est t = 20 %

Figure 5.7 – Cas des remises

Coûts
annuels

Coût total C

Ce a2 = 1 €
Coût Coût de stockage S
a1 = 0,85 €
économique

a=1
a = 0,85

0
4 000 Quantité approvisionnée

© Éditions d’Organisation 137


Gestion de production

Calcul de la quantité économique pour 85 €

2NL 2 × 20 000 × 50
Q1 = ---------- = --------------------------------------- = 3 430
a1 t 0,85 × 0,2

La quantité économique ne fait pas partie de la zone de validité du


prix ; il est inutile de calculer le coût total pour cette quantité. Si la
quantité économique avait été supérieure à 4 000, il aurait fallu retenir
cette solution. Comme cela n’est pas le cas ici, il faut calculer le coût
total pour Qe (1 €) et pour le Q de rupture (4 000 produits, quantité
minimale pour les obtenir à 0,85 €).

Calcul de la quantité économique pour 1 €

2NL 2 × 20 000 × 50
Q2 = ---------- = --------------------------------------- = 3 162
a2 t 1 × 0,2

La quantité économique fait partie de la zone de validité du prix. On


calcule alors le coût total pour cette quantité :

N Q
C = Na + ---- L + ---- at
Q 2

20 000 3 162
C 2 = 20 000 × 1 + ----------------- × 50 + -------------- × 1 × 0,2 = 20 632 €
3 162 2

Calcul du coût total pour la quantité de rupture (Q3 = 4 000)

N Q
C = Na + ---- L + ---- at
Q 2

20 000 4 000
C 3 = 20 000 × 0,85 + ----------------- × 50 + -------------- × 0,85 × 0,2 = 17 590 €
4 000 2

Le coût total pour la rupture C3 étant inférieur au coût total pour 1 €


(C2), on retiendra comme quantité :

Q3 = 4 000 et il y aura 20 000/4 000 = 5 réapprovisionnements par an.

138 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

4.4 Coût économique et zone économique

La courbe C = f (Q) présente un optimum relativement plat, d’où la


notion de zone économique, une zone de faible variation du coût
d’approvisionnement autour du coût d’approvisionnement économi-
que.

N Q
Le coût total étant donné par : C = Na + ----- L + ----- at
Q 2

N Qe
le coût économique vaut : C e = Na + ------- L + ------- at
Qe 2

On définit l’écart économique : E = C – Ce = C(Q) – C(Qe) auquel cor-


respond la zone économique Ze (figure 5.8).

Un développement de Taylor limité au deuxième ordre (en négligeant


le reste) donne :

( Q – Qe )2
C(Q) = C ( Q e ) + ( Q – Q e )C ′ ( Q e ) + ----------------------------C ″ ( Q e )
2

or C’(Qe) = 0 puisque Qe correspond au minimum de C

∂C NL
et, en dérivant C ′ = --------- , on calcule C″ ( Q e ) = 2 -------3
∂Q Qe

On a donc :

NL
E = C – C e = -------3 × ( Q – Q e ) 2
Qe

© Éditions d’Organisation 139


Gestion de production

Figure 5.8 – Coût économique et zone économique

Coûts
annuels
E : écart économique
C

S
Ce

0
Qe Q
Ze Zone économique

On montre bien ainsi que l’écart économique est faible puisque la


quantité économique Qe intervient à la puissance trois et au dénomina-
teur.
Pour un certain écart économique E, on peut déterminer la fourchette
autour de la quantité Qe :

EQ e3
Q – Q e = ± ----------
NL

140 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

5. Méthodes de réapprovisionnement

5.1 Introduction

Une entreprise doit posséder en temps voulu les matières et les pro-
duits nécessaires à la production, à la maintenance et à la vente. Pour
cela, il faut déterminer quelles quantités commander et à quelles dates,
afin que le coût global soit le moins élevé possible. Ce problème est
naturellement indissociable de la gestion des stocks.

Cette politique étant fondée sur des prévisions (peut-être incertaines),


le mode de réapprovisionnement choisi doit faire preuve d’une grande
souplesse pour qu’il puisse être adapté en cas d’erreurs de prévision.

Les différents modes d’approvisionnement s’articulent autour de deux


paramètres :

• la quantité commandée qui peut être fixe ou variable ;

• le réapprovisionnement auquel il peut être procédé à périodes


fixes ou variables.

Cela permet d’envisager quatre méthodes :

Période fixe Période variable


Quantité Méthode Méthode
fixe du réapprovisionnement fixe du point de commande
Quantité Méthode du recomplètement Approvisionnement
variable périodique par dates et quantités variables

Nous allons étudier ces diverses méthodes en commençant par la plus


simple.

© Éditions d’Organisation 141


Gestion de production

5.2 Méthode du réapprovisionnement fixe


(période et quantité fixes)
Exemple : 1000 vis tous les 10 du mois.

Ce type de contrat, extrêmement simple, constitue plus un cas d’école


qu’une réalité d’entreprise compte tenu de la régularité qu’il implique.
Il peut être utilisé pour les articles de faibles valeurs (catégorie C de
l’analyse ABC) dont la consommation est régulière et qui ne sont pas
fabriqués par l’entreprise.

Figure 5.9 – Réapprovisionnement à dates fixes et par quantités fixes

Stock

Stock
de sécurité

0
T T T Temps

On définit un stock de sécurité qui est un stock supplémentaire servant


à protéger l’entreprise d’une rupture en cas d’aléas.

Les quantités commandées seront voisines de la quantité économique,


le stock de sécurité pouvant être réduit (il y a, en effet, peu de risques
de pénurie sur les pièces concernées, les délais de livraison étant assez
stables).

5.3 La méthode du recomplètement périodique


(dates fixes, quantités variables)
Cette méthode consiste à recompléter de façon régulière le stock pour
atteindre une valeur de recomplètement appelée ici Qm.

142 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

Pour calculer le niveau de recomplètement Qm, il faut tenir compte de


la consommation moyenne par unité de temps (C), du délai de
réalisation ou d’approvisionnement de l’article (D), de la période de
passation des commandes ou de lancement (d) et d’un stock de sécu-
rité dimensionné pour éviter des ruptures dues à la variabilité de la
consommation réelle (SS).

Qm = C × (D+d) + SS

Exemple : tous les 10 du mois, le magasinier passe une commande de


vis en fonction du niveau de stock constaté, afin de porter ce dernier à
2 000 vis.
Dans le cas de cette méthode, on suppose que la consommation est
régulière et que la consommation annuelle est connue. Il est possible
de fixer la périodicité des commandes à partir de la formule de Wilson
(voir exemple plus haut paragraphe 4.2 « Minimisation du coût total
C »).

Figure 5.10 – Méthode du recomplètement

Stock

Qm
Q1 Q2 Q3

Stock
de sécurité

0 D D D Temps
d d d

Calcul de la quantité à commander à chaque période : Qi

Qi = Qm – stock de l’article au moment de passer la commande

Une telle politique d’approvisionnement présente l’intérêt principal de


permettre de grouper sur une même commande plusieurs articles diffé-
rents achetés chez un même fournisseur.

© Éditions d’Organisation 143


Gestion de production

On distinguera ainsi les commandes annuelles, semestrielles, bimes-


trielles..., et on répartira les différentes commandes de façon à équili-
brer le planning d’activité du service.

5.4 Méthode du point de commande


(quantités fixes, dates variables)

Exemple : dès que le stock de vis atteint la valeur limite de 250 unités,
déclencher une commande de 1 000 pièces.

5.4.1 Le point de commande

Le point de commande est le niveau de stock qui permet de déclencher


l’ordre d’approvisionnement ou le lancement en fabrication. Il est
défini comme étant le niveau de stock nécessaire pour couvrir les
besoins durant le délai d’approvisionnement.

Figure 5.11 – Le point de commande

Stock

Point de commande
Stock de
couverture (Sc)

0
Date Date Temps
de commande de réception

Le schéma présenté en figure 5.11 est bien sûr purement théorique. Le


délai d’approvisionnement n’est pas sans aléa, sans compter que la
consommation peut être plus importante que prévue (figure 5.12).

144 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

Figure 5.12 – Rupture de stock

Q Consommation réelle Q
Livraison prévue
Prévision

Temps Temps

0 0
Rupture Rupture

Accroissement de la demande Retard de livraison

Le problème posé consiste à évaluer :

• le délai d’approvisionnement moyen probable ;

• la consommation moyenne probable pendant le délai d’approvi-


sionnement ;

• les écarts probables de consommation ;

• les écarts éventuels de délai.

Afin d’éviter la rupture de stock, on prévoit un stock de sécurité qui


permette d’absorber « l’imprévisible ».

Figure 5.13 – Stocks de couverture et de sécurité

Stock Pente de consommation moyenne

Point de commande (stock d'alerte)

de couverture

de sécurité

0
date date Temps
de commande de réception

© Éditions d’Organisation 145


Gestion de production

Pour calculer le point de commande (PC), il faut tenir compte de la


consommation moyenne par unité de temps (C), du délai de réalisation
ou d’approvisionnement de l’article (D), et d’un stock de sécurité
dimensionné pour éviter des ruptures dues à la variabilité de la con-
sommation réelle (SS).

PC = C × D + SS

Pour leur part, les quantités commandées peuvent être calculées grâce
à la formule de la quantité économique (formule de Wilson). Le ges-
tionnaire suit l’évolution du stock aussi fréquemment que possible afin
de détecter le franchissement du point de commande.
Remarquons que :
• le stock de couverture est un stock vivant ;
• le stock de sécurité est un stock dormant.
La figure 5.14 illustre le cycle de commande : lorsque la quantité en
stock atteint le niveau d’alerte (points Mi), on déclenche une com-
mande. Dans le cas M3, le stock de sécurité évite la rupture de stock.

Figure 5.14 – Réapprovisionnement constant


avec point de commande et stock de sécurité

Stock
Q2
Q1

Q3

PC M1 M2 M3 M4

SS

0 D D D Temps
Délai
de livraison

Un problème se pose dans le cas où la quantité économique d’achat ne


permet pas au stock de passer au-dessus du point de commande.

146 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

Le risque de rupture est illustré par la figure 5.15. Dans ce cas, il faut
raisonner sur un stock fictif.

Figure 5.15 – Rupture de stock par quantité économique


inférieure au point de commande

Stock
Point de commande (stock d'alerte)

Quantité économique

PC

SS

0
Date Date Rupture Temps
de commande de réception

Le point de commande est alors pris en tenant compte du stock de


sécurité ajouté au stock nécessaire pour couvrir le délai d’approvision-
nement. On définit alors un stock fictif (figure 5.16) réapprovisionné
dès le déclenchement de la commande. Une nouvelle commande est
alors passée lorsque le stock fictif atteint le point de commande.

Figure 5.16 – Stock fictif permettant d’éviter la rupture

1re commande

Stock 2e commande
3e commande

Stock
PC fictif

Quantité
SS économique

0
3e réception Temps
2e réception
1re réception

© Éditions d’Organisation 147


Gestion de production

Dans l’exemple de la figure 5.16, on note que la deuxième commande


est alors passée avant que la première réception ne soit arrivée.

5.4.2 Calcul du stock de sécurité

Problème : on veut calculer le stock de sécurité permettant d’avoir


x % de chance de ne jamais être en rupture de stock.

Ce problème n’est pas simple car la demande n’est pas constante mais
aléatoire. De plus, les délais de livraison ou de fabrication sont eux-
mêmes aléatoires.

Voyons deux méthodes qui permettent d’évaluer le stock de sécurité.

[Link] Utilisation de la répartition de GAUSS

Délai de livraison fixe

Nous considérons un laps de temps T comprenant un assez grand


nombre de périodes et faisons les hypothèses simplificatrices
suivantes :

• Le délai de livraison D est fixe.

• La consommation varie autour d’une moyenne sur une période x


et selon une loi normale d’écart type σx.

• Sur le laps de temps T, on considère que les périodes sont indé-


pendantes.

Il y a donc additivité des variances : σ x,D


2 = σ x2 D .

La consommation sur une période D suit donc une loi normale d’écart
type : σ x,D = σ x D .

148 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

Figure 5.17 – Évaluation statistique du risque de rupture

zσx D

σx D
Risque de rupture

Consommation moyenne
nécessaire

Le stock de sécurité est donc égal à :

S = z σx D

où z est la variable réduite associée au risque de rupture choisi :

Risque de rupture 30 % 20 % 10 % 5% 2,5 % 1% 0,1 %


z correspondant 0,52 0,84 1,28 1,64 1,96 2,33 3,09

On note tout de suite l’intérêt fondamental qu’il y a à réduire de façon


considérable le délai de fabrication ou de livraison afin de pouvoir
diminuer le stock dit de sécurité.

Consommation fixe

Soit σl(jours), l’écart type de la variation sur le délai de livraison.

Effectuons un changement de variables jour → consommation :

σl(Conso) = (Consommation/jour) × σl(jours)

Le stock de sécurité est donc égal à : S = z × σl

où z est la variable réduite associée au risque de rupture choisi.

© Éditions d’Organisation 149


Gestion de production

Consommation et délai variables

La consommation et le délai étant des variables indépendantes, on


peut appliquer le théorème d’additivité des variances :

σ 2 = σ l2 + Dσ x2, D Le stock de sécurité est alors égal à : S = zσ.

Exemple

Considérons un article de consommation suivant une loi de Gauss de


moyenne hebdomadaire x = 50 et d’écart type σx = 5.

Le délai moyen de livraison est de 4 semaines (20 jours) avec une


variation d’écart type de 2 jours (σl = 2).

En considérant le délai fixe, on peut calculer :

σ x,D
2 = D σ x2 = 4 × 5 2 = 100

En considérant la consommation fixe, on peut calculer :

σl(Conso) = (Consommation/jour)σl(jours) = 10 × 2 = 20 soit σ l2 = 400

En considérant la consommation et le délai variable, on peut calculer :

σ 2 = σ l2 + Dσ x,D
2 = 400 + 100 = 500 soit σ = 22,36

En acceptant un risque de rupture de 2,5 % (z = 1,96) le stock de sécu-


rité est alors :

S = zσ = 1,96 × 22,36 = 44 pièces

[Link] Utilisation des tirages croisés (méthode de Monte Carlo)

Dans la démarche précédente, nous avons supposé que la distribution


des consommations et des délais de livraisons (ou de fabrication)
étaient de type gaussien. Ce n’est bien entendu pas toujours le cas. Les
distributions ne suivent parfois aucune des distributions classiques.

150 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

Méthodologie
Le problème consiste à prévoir la consommation pendant la durée qui
sépare la commande et la réception. D’après l’historique de l’entre-
prise, on établit par exemple un tableau C comportant les délais
d’obtention des 15 dernières commandes et un tableau P des 100 der-
nières productions journalières. On peut alors déterminer la distribu-
tion de la consommation pendant le laps de temps qui s’écoule entre
commande et réception, en appliquant le petit algorithme suivant qui
consiste à faire des tirages aléatoires des consommations pendant l’his-
torique des délais.
DÉBUT
Pour i : = 1 à 1 000 Faire
Consommation : = 0
Tirer-Hasard Délai dans C
Pour j : = 1 à Délai Faire
Tirer Hasard Production dans P
Consommation : = Consommation + Production
Fin Faire
Distribution[i] : = Consommation
Fin Faire
Tracer histogramme(Distribution)
FIN
L’histogramme généré ne suit pas une loi normale ; on trouve une
quelconque distribution, représentative toutefois de la production
considérée en fonction de l’historique. Le stock de sécurité est déter-
miné par estimation sur l’histogramme obtenu (figure 5.18).

© Éditions d’Organisation 151


Gestion de production

Figure 5.18
Détermination de la quantité par la méthode de Monte Carlo

Fréquence

Quantité commandée
Risque de rupture

Quantité nécessaire entre deux livraisons

5.5 Approvisionnement
par dates et quantités variables
Cette méthode concerne la gestion d’articles coûteux appartenant donc
à la catégorie A (de la classification ABC) dont les prix varient et qui
présentent un caractère plus ou moins spéculatif ou stratégique
(métaux et diamants en particulier).
L’attention demandée par cette méthode ne la rend exploitable que
pour un nombre très réduit d’articles : au plus une dizaine par gestion-
naire.

152 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

6. Domaine d’application des méthodes


traditionnelles de gestion des stocks

6.1 Les limites de la gestion des stocks traditionnelle


Les techniques de calculs que nous venons d’exposer dans ce chapitre
ont un domaine d’application relativement réduit dans une gestion de
production moderne. Dans leur utilisation, ces méthodes présentent en
effet des limites.

Les hypothèses de départ


Il est procédé aux calculs dans le cadre d’hypothèses simplificatrices
qui seront rarement vérifiées dans la pratique. Rappelons les principa-
les hypothèses :
1. Il n’y a pas de pénurie (pas de rupture de stock).
2. La demande est régulière.
3. Les coûts de stockage et de commande ou lancement sont définis
et constants.

En fait, les données du calcul sont variables (quantités consommées


non régulières, coûts des commandes et des lancements variables...).
L’utilisation de ce type de méthode de gestion des stocks doit donc être
limitée aux cas de figures se rapprochant le plus possible des hypothè-
ses simplificatrices.

La philosophie sous-jacente ne pousse pas à l’amélioration continue


La gestion de production moderne, quelle qu’elle soit, tend vers des
stocks aussi faibles que possible conduisant à un coût de stockage
minimal. Toutefois, il est alors nécessaire d’effectuer de nombreux lan-
cements (et commandes) agissant sur le coût total. Au lieu de contour-
ner le coût de ces lancements répétés par un approvisionnement en
quantités importantes, une autre manière de voir les choses consiste à
s’attaquer au problème lui-même : abaisser le coût de lancement ou le
coût de commande.

© Éditions d’Organisation 153


Gestion de production

Cela a engendré tous les progrès spectaculaires obtenus dans la réduc-


tion du temps et coûts de changement de série. C’est évidemment cette
attitude que doit avoir le gestionnaire de production actuel. De même,
par des relations de partenariat entre fournisseur et client, on peut éta-
blir des contrats en commande ouverte qui minimisent la quantité de
papier nécessaire pour chaque livraison.

On ne tient pas compte du couplage entre le besoin en produits finis


et le besoin en composants
Les méthodes de gestion des stocks exposées dans ce chapitre sont
totalement inadaptées pour la gestion des composants entrant dans la
fabrication d’un produit fini. En effet, dans ce cas, il ne faudra pas
approvisionner en fonction de la consommation du composant, mais
en fonction de la demande prévisionnelle compte tenu du programme
de fabrication du produit fini. On utilise alors la méthode MRP (voir
chapitre 7) qui est beaucoup plus adaptée.
En effet, dans les hypothèses de la gestion traditionnelle des stocks, le
couplage entre la demande en produits finis (demande client) et le
besoin en composants n’est donné que par l’historique :
• consommation moyenne ;
• délais de réapprovisionnement.
En cas d’augmentation brutale de la consommation, les méthodes
exposées ci-avant conduisent inévitablement à une rupture de stock,
car les commandes reçues n’interviennent pas dans le calcul des
ordres d’achat. Parallèlement, en cas de diminution brutale de la con-
sommation, les méthodes de gestion des stocks conduisent à un gon-
flement excessif de ces derniers. Il est alors indispensable d’utiliser des
méthodes qui lient les commandes aux achats de façon structurée.
Dans le cas contraire, le gestionnaire pilote ses stocks à l’image d’un
conducteur avançant dans le brouillard et se dirigeant grâce à ses
rétroviseurs !

Le facteur temps n’intervient pas


Selon la manière traditionnelle de gestion des stocks décrite précédem-
ment, seul l’aspect volume est pris en compte. Une deuxième dimen-

154 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

sion, pourtant essentielle, n’intervient pas : le temps. Nous verrons


dans cet ouvrage que la méthode MRP introduit cette donnée essen-
tielle grâce à une planification dans le temps des besoins et des ordres.

6.2 Les domaines d’application


Bien que les restrictions apportées soient importantes, il est encore des
domaines où la gestion des stocks traditionnelle reste parfaitement
adaptée. C’est le cas de l’approvisionnement des matériels comme le
matériel de bureau pour une grande entreprise. La demande est indé-
pendante, à peu près constante, les hypothèses sont donc vérifiées.
On peut également utiliser ces méthodes pour gérer des consomma-
tions plus industrielles telles que l’outillage, les fluides consommables,
ou encore des pièces de très faibles valeurs.
Aussi, bien que le domaine d’application soit relativement restreint, la
gestion des stocks traditionnelle concerne encore de nombreux articles
importants pour la compétitivité des entreprises.

7. Les unités de stockage


Même si une gestion de production idéale devrait conduire à une pro-
duction sans stock, il n’est pas possible de concevoir une unité de pro-
duction sans zone de stockage ; leur conception doit répondre à des
critères très similaires à ceux que l’on a décrits dans le cas d’une unité
de production (voir chapitre 2) :
• minimiser les surfaces nécessaires ;
• minimiser les opérations de transports ;
• garantir la sécurité des biens et des personnes.

7.1 Les différentes zones d’un lieu de stockage


Comme le montre la figure 5.19, une zone de stockage ne se limite pas
à un empilage de rayonnages, mais il convient de dissocier différentes
zones, aussi bien pour un flux entrant que pour un flux sortant.

© Éditions d’Organisation 155


Gestion de production

Figure 5.19 – Différentes zones d’un stock

Zone Zone
de d'attente
conditionnement départ

Stock produits finis Zone de contrôle Quai


départ routier Espace libre
Hauteur environ 35 m
Stock de masse Zone de contrôle 1,20 m
arrivées

Zone Stock Matière première


de de arrivée
préparation détail Zone de quarantaine

Flux entrant
• Le quai de déchargement : sur lequel arrivent les palettes et/ou
produits par route ou voie ferrée.
• La zone de contrôle arrivée : dans cette zone sera traité l’ensem-
ble des contrôles qui sont prévus à l’arrivée d’un colis. Ce peut
être un contrôle simplement administratif des documents ou cela
peut être également un contrôle des produits par échantillon-
nage, ou exhaustif.
• La zone de quarantaine : parfaitement définie, en principe repé-
rée en rouge, cette zone permet d’isoler les lots en attente de
décision après un contrôle qui n’a pas donné satisfaction. Les
lots sont alors isolés afin d’éviter qu’ils ne se mélangent au flux
normal de production.
• Le stock de masse : ce stock est généralement un stock de palet-
tes. Les palettes sont empilées sur de grandes hauteurs dans des
palettiers (étagères spécialement conçues pour palettes).
• Le stock de détail : comme il n’est pas très pratique de préparer
les ordres de fabrication (OF) en faisant le tour du stock de
masse, on crée parfois un stock de détail qui permet de rassem-
bler dans un périmètre réduit l’ensemble des produits
nécessaires à la préparation des commandes. Le stock de détail
est alimenté par le stock de masse.

156 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

• La zone de préparation : c’est le lieu où le magasinier/prépara-


teur d’OF prépare les ordres de fabrications générés par le sys-
tème de gestion de production.

Flux sortant

• Le stock produits finis qui rassemble l’ensemble des produits


finis de l’entreprise en attente de livraison client.

• Zone de consolidation : dans cette zone, on va rassembler


l’ensemble des éléments présents sur la commande d’un client.

• Zone de conditionnement : cette zone permet de conditionner la


commande et d’imprimer l’ensemble des éléments nécessaires
aux traitements administratifs de la livraison.

• Zone de contrôle départ : permet un dernier contrôle qualité et/


ou un comptage des produits avant emballage.

• Zone d’attente départ : les caisses ou palettes sont organisées


dans cette zone en fonction des destinations pour optimiser le
temps de chargement des camions.

© Éditions d’Organisation 157


Gestion de production

7.2 Les principaux systèmes de stockage


Le problème du stockage a toujours été un problème de gain de place.
Les constructeurs de système de rangements font preuve d’une grande
ingéniosité pour réduire cette place et optimiser le travail des magasi-
niers.

Le stockage fixe

Figure 5.20 – Stockage sur étagère ([Link])

158 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

Le stockage par étagère est le plus classique, il permet de stocker des


éléments sur les deux faces. Les allées sont de 80 cm au minimum si le
préparateur se déplace à pied. Elles doivent être de 1,20 à 1,40 m dans
le cas de l’utilisation d’un moyen de manutention.

Le stockage par étagères mobiles

Le système d’étagères mobiles permet un gain de place au sol considé-


rable. La capacité de stockage est augmentée de 80 à 90 % par rapport
à une installation fixe, en fonction de la géométrie du local. Le dépla-
cement des chariots peut être manuel, mécanique ou électrique. La
longueur des rayonnages peut atteindre 12 mètres et la charge jusqu’à
8 tonnes. L’inconvénient du système réside en ceci qu’il faut déplacer
chaque fois les étagères pour accéder à un produit. On utilise donc
généralement ce type de rangement pour des stockages dont la fré-
quence d’entrées /sorties est faible (archivage par exemple).

Figure 5.21 – Stockage sur étagères mobiles ([Link])

© Éditions d’Organisation 159


Gestion de production

Le stockage rotatif

Figure 5.22 – Stockage rotatif ([Link])

Le stockage rotatif exploite toute la hauteur des locaux – comme un


rayonnage vertical – mais la mise à disposition des produits se fait tou-
jours à hauteur d’homme. En outre, il permet de stocker les pièces en
optimisant la hauteur sans aucune perte d’espace et procure ainsi une
capacité de stockage maximale pour un encombrement au sol mini-
mal. Ce système est particulièrement adapté pour le stockage de petites
pièces.

160 © Éditions d’Organisation


La gestion des stocks traditionnelle

Le stockage dynamique

Figure 5.23 – Stockage dynamique ([Link])

Les systèmes de stockage précédents sont appelés des stockages par


accumulation. On pose les produits les uns devant les autres, si bien
que le dernier produit stocké sera le premier sorti. On appelle cela du
stockage LIFO, Last Input First Output dernier entré, premier sorti.
Cette méthode peut présenter de graves inconvénients notamment en
cas de risques d’obsolescence des produits. Le stockage dynamique
permet de corriger cela en permettant un stockage FIFO (premier entré,
premier sorti).
Voici les avantages du stockage dynamique :
• amélioration et optimisation du travail de préparation des com-
mandes (réduction des déplacements et de la manutention des
préparateurs et magasiniers) ;
• augmentation de la capacité de stockage de 20 à 30 %, par la
suppression d’allées de circulation ;
• zone de prélèvement distincte de la zone d’approvisionnement ;

© Éditions d’Organisation 161


Gestion de production

• visualisation rapide de l’état des stocks ;


• réduction des risques d’accidents par la suppression d’allées et
venues ;
• stockage en rotation continuelle.

On peut l’utiliser pour stocker des cartons, des bacs et des palettes.

8. Conclusion
Les stocks constituent un « mal nécessaire » pour tout système de ges-
tion industrielle. Ils apportent de la souplesse en masquant de nom-
breux problèmes mais leur coût est élevé. Gérer les stocks est donc un
impératif pour maîtriser leurs niveaux au juste nécessaire.

Dans ce chapitre, nous avons développé les méthodes de gestion utili-


sées lorsqu'il y a indépendance de la demande des différents compo-
sants. On détaillera notamment dans le chapitre sur le MRP d'autres
approches beaucoup plus adaptées pour faire cette gestion lorsqu'il y a
dépendance de la demande au sens du principe d'Orlicky que nous
détaillerons dans ce chapitre. Cependant, les méthodes traditionnelles
sont toujours d'actualité pour la gestion d'un grand nombre de compo-
sants.

Nous avons également profité de ce chapitre pour évoquer l'organisa-


tion d'une unité de stockage et les grands types de matériels proposés
aux industriels pour économiser de l'espace.

162 © Éditions d’Organisation


Chapitre 6

Fonctions, documents
et données techniques

1. Introduction
La gestion de la production a pour objet la maîtrise des flux physiques.
Pour ce faire, elle s’appuie sur un système d’information (SI) qui donne
une image virtuelle de la réalité physique de l’entreprise. Tout système
d’information doit, d’une part, fournir aux gestionnaires l’information
nécessaire à leurs tâches, d’autre part, alimenter le système d’aide à la
décision (SIAD) qui donne aux dirigeants une vue d’ensemble sur le
fonctionnement de l’organisme, sa position par rapport aux objectifs,
ainsi que sur les principaux risques.

La maîtrise du flux physique, but de la gestion de la production, ne


pourra être effective qu’en maîtrisant le flux informationnel. La gestion
de la production est donc une fonction de l’entreprise en perpétuelle
communication avec toutes les autres fonctions. Cette communication

163
Gestion de production

s’établit bien sûr au travers de relations directes entre les individus,


mais aussi au moyen d’informations et de documents qui supportent
les données techniques.

Les données nécessaires pour gérer la production sont de plusieurs


types :
• Des données décrivant les produits et leurs composants, la
manière de les fabriquer, les ressources humaines et matérielles
internes à l’entreprise ou externes à l’entreprise (clients, fournis-
seurs). Ces données sont relativement stables et n’évoluent qu’à
la création ou à la modification des produits, des processus ou
des ressources.
• Des données nécessaires à l’accompagnement de l’activité de
production, conduisant aux lancements de fabrication, aux com-
mandes adressées aux fournisseurs... Ces données évoluent en
permanence avec l’activité de l’entreprise.
• Des données résultant de l’activité passée. On peut ainsi contrô-
ler et analyser cette activité et affiner les données stockées.

Toutes ces données techniques sont fondamentales, car elles renfer-


ment le savoir-faire et la mémoire de l’entreprise. Même une minuscule
entreprise a toujours des données techniques qui, éventuellement, ne
sont pas formalisées et qui figurent dans un petit carnet ou dans la tête
du patron et du personnel !

En retraçant chronologiquement l’histoire d’un produit, nous rencon-


trons les fonctions suivantes :
• La fonction Marketing qui établit le cahier des charges des pro-
duits à développer en fonction des analyses prospectives.
• La fonction Études dont le but est la mise au point de produits
nouveaux et l’amélioration des produits existants en vue de leur
production par l’entreprise.
• La fonction Méthodes qui va permettre l’industrialisation et se
trouve à la charnière entre la conception et la réalisation des pro-
duits.
• La fonction Production dont le but est de fabriquer et assembler
les produits que l’entreprise vendra.

164 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

• La fonction Commerciale qui est chargée de vendre les produits,


ce qui impliquera, outre la distribution des produits, des aspects
de marketing et de prévisions des ventes.

Nous allons décrire succinctement les fonctions de l’entreprise qui


créent des documents, supports de données techniques, en amont de
la gestion de production. Il ne s’agira pas d’établir un panorama
exhaustif, mais avant tout de présenter les données utiles pour la ges-
tion de la production.

2. Fonctions et documents

2.1 Fonction Études et documents techniques

2.1.1 Généralités

Pour être performante, une entreprise doit innover sans cesse. Sous la
pression des clients et de la concurrence, les produits ont une durée de
vie (présence au catalogue) de plus en plus courte et il faut donc que
l’entreprise se remette continuellement en cause. On estime qu’une
entreprise qui veut assurer son avenir doit réaliser 40 % de son chiffre
d’affaires avec des produits nouveaux. Cette fonction est généralement
remplie par le bureau d’études et les services recherche et développe-
ment lorsqu’ils existent.

À cette fonction incombe le souci permanent d’étudier chaque produit


ainsi que chacun de ses éléments dans une optique de fonctionnalité,
de fiabilité et de maintenance aisée. Elle doit également y intégrer les
innovations techniques, mais avec une idée de standardisation et de
facilité de production propre à la philosophie de production au plus
juste. La conception d’un produit – on le voit immédiatement – ne peut
se faire dans l’isolement du bureau d’études sans collaboration avec
les autres fonctions.

© Éditions d’Organisation 165


Gestion de production

La collaboration s’instaurera tout d’abord avec le marketing, afin de


répondre à l’attente de clients. Cette attente peut être explicite ou tra-
duire un besoin non exprimé qu’il faudra mettre en évidence. Le passé
récent regorge d’exemples de ce type : baladeur MP3, imagerie numéri-
que, communications portables, nouveaux plats cuisinés…

Une collaboration avec les services techniques et la production est


indispensable pour des techniques particulières (injection plastique,
fonderie...) et dans tous les cas requise afin de concevoir rapidement
des produits faciles à fabriquer. Aujourd’hui, le cycle d’étude et de
mise au point des produits doit être de plus en plus court et seule une
collaboration étroite avec les services méthodes et production dès la
conception le permet. Hier, il fallait cinq ans pour étudier et mettre au
point une nouvelle fixation de ski, aujourd’hui, il faut deux ans,
demain un an suffira.

L’ensemble des informations relatives à la conception d’un produit et


aux différentes évolutions qu’il subira tout au long de son utilisation
doit être formalisé par des documents. Ces derniers peuvent prendre la
forme papier, mais ils sont de plus en plus directement traités sous la
forme numérique. Nous verrons, au chapitre 13, qu’ils sont judicieuse-
ment gérés par des outils informatiques spécifiques, les SGDT (Sys-
tème de gestion des données techniques).

2.1.2 Documents en entrée

Le document type en entrée fourni par le marketing est le cahier des


charges. Il explicite les fonctions et caractéristiques techniques du pro-
duit à concevoir. Il permet également de spécifier les conditions
d’emploi et les quantités à réaliser, c’est-à-dire les particularités per-
mettant d’effectuer les choix techniques.

2.1.3 Documents en sortie

Le plan d’ensemble ou dessin d’ensemble définit le produit dessiné tel


qu’il se présentera devant le client avec une nomenclature des consti-
tuants de base du produit.

166 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

Le plan de détail ou dessin de définition explicite toutes les données


nécessaires à l’exécution d’une pièce ou partie d’un ensemble. Il con-
tient toutes les spécifications géométriques, d’état de surface, de traite-
ments spéciaux... Il constitue une annexe au plan d’ensemble.
La nomenclature de bureau d’études donne chaque élément consti-
tuant le produit, identifié et décrit de façon sommaire. Nous verrons
comment se situe la nomenclature de gestion de production par rap-
port à celle-ci.
Les articles constituant l’ensemble produit doivent être identifiés. Il
peut s’agir d’articles déjà existants, donc possédant un code ou des
articles nouveaux pour lesquels il faudra créer un code.

2.2 Fonction Méthodes et documents techniques

2.2.1 Généralités
La fonction Méthodes a pour finalité de permettre de passer d’un plan
ou d’une idée à un produit et même le plus souvent à des milliers de
produits. Il s’agit du stade de l’industrialisation du produit. Nous évo-
quons là la différence fondamentale entre artisanat et industrie. Dans
le premier cas, deux produits ne sont jamais totalement identiques, ce
qui fait la richesse du produit artisanal. En revanche, l’industriel doit
être capable de reproduire facilement et d’une manière économique de
nombreuses fois un produit. L’industrialisation doit expliciter la
manière d’y procéder en limitant la dispersion entre deux produits.
Outre ces objectifs techniques et économiques, la fonction Méthodes a
des objectifs humains. En effet, la réalisation des processus et la con-
ception des postes de travail, notamment leur ergonomie, pourront
conduire à des postes pour opérateurs « pensants », sollicitant leur
réflexion et pas seulement leurs muscles.
À court terme, la fonction Méthodes effectue la préparation technique
du travail de production : définition et mise à jour des gammes, dessin
et étude de pièces et outillages nécessaires, tenue des fichiers outillage,
machines, coûts par poste... À moyen terme, son rôle comprend l’amé-
lioration des procédés, la simplification des produits et de leur fabrica-
tion, l’amélioration des postes de travail et de leur implantation. À plus

© Éditions d’Organisation 167


Gestion de production

long terme, afin de conserver ou d’obtenir une avance sur la concur-


rence, elle est amenée à définir les moyens nécessaires à la réalisation
des nouveaux produits, à apporter des innovations dans les procédés
existants, à analyser et chiffrer les investissements nécessaires.

2.2.2 Documents en entrée

Pour effectuer sa tâche, la fonction Méthodes utilise les documents


produits par la fonction Études (plans, nomenclatures, articles), les
données technologiques existantes, notamment en matière de moyens
de production (personnel qualifié et machines), et les procédés con-
nus.

2.2.3 Documents en sortie

La fonction Méthodes va élaborer les gammes. La gamme définit la


succession des opérations à effectuer comme le fait une recette de cui-
sine. Il s’agit donc d’une suite ordonnée des différentes phases d’un
processus. Une gamme peut être définie pour tout type de travail
(fabrication, usinage, assemblage, contrôle et même manutention pour
des pièces difficiles à déplacer ou à positionner).

Le management des connaissances de l’entreprise (KM = Knowledge


Management) demande également au service Méthodes la génération
de nombreux documents supports de production permettant de garan-
tir la performance au travers des cinq critères : qualité, délais, coûts,
sécurité, environnement, tels que :

• fiche de poste décrivant les opérations à réaliser ;

• instructions de poste décrivant la procédure d’utilisation d’un


moyen ;

• gestion de la maintenance préventive ;

• gestion des données de sécurité.

• etc.

168 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

2.3 Fonction Gestion de production et documents


techniques
La fonction Gestion de production, largement développée dans cet
ouvrage, se trouve à l’interface de très nombreux processus de l’entre-
prise. Elle manipule de nombreuses informations et produit également
plusieurs documents :
• Le dossier de fabrication accompagne les produits au cours de
leur évolution dans l’atelier.
• Le bon de travail décrit le travail à réaliser sur un poste donné. Il
reproduit le libellé et le mode opératoire de la phase considérée
de la gamme. Il sert aux suivis technique (retour d’information)
et administratif (comptabilité analytique).
• La fiche suiveuse, comme son nom l’indique, suit les pièces d’un
lot en fabrication. Elle va récapituler l’historique de la réalisation
des pièces et donner un compte rendu d’exécution des différen-
tes phases.
• Le bon de sortie de magasin permet d’obtenir les matières et
composants nécessaires à la production en indiquant les qualités
et quantités à délivrer par le magasin.

3. Généralités sur les données techniques


La gestion de production doit gérer, d’une part, les produits, compo-
sants et matières premières et, d’autre part, les charges et capacités.
Dans l’introduction, nous avons groupé les données nécessaires à la
gestion d’une production en trois familles que nous allons préciser :
• les données de base décrivant le système de production et les
produits (fichiers articles, nomenclatures, postes de charges,
gammes, outillages et fichiers fournisseurs, clients et sous-
traitants) ;
• les données d’activité évoluant avec l’activité de l’entreprise
(stocks et en-cours, commandes clients, lancement et suivi des
ordres de fabrication...) ;

© Éditions d’Organisation 169


Gestion de production

• les données historiques résultant de l’activité passée (coûts de


revient, livraisons, historique des mouvements de stocks...).

Un point facile à comprendre mais fondamental est qu’il convient de


s’assurer de l’exactitude des données techniques. En effet, c’est sur
elles que va reposer toute la gestion de la production : des valeurs
erronées ne peuvent conduire qu’à une planification ou programma-
tion irréalistes et à s’exposer à des ennuis lors de l’exécution. Nous
préciserons en fin de chapitre quel est le niveau requis pour une ges-
tion de bon niveau.

Nous commencerons par présenter les quatre fichiers de base de la ges-


tion de production : les fichiers Articles, Nomenclatures, Postes de
charge et Gammes, puis nous aborderons les autres données.

4. Articles

4.1 Définitions
Un article est un produit de l’entreprise ou un élément entrant dans la
composition d’un produit, que l’on veut gérer. C’est un terme général
correspondant à un produit fini, un sous-ensemble, un composant ou
une matière première.

Il y a création d’une « fiche » ou « enregistrement » article chaque fois


que l’on veut gérer un tel élément : demande externe par les clients de
produits ou de pièces de rechange, équilibre interne de la demande et
de la production ou de l’approvisionnement, reliquats de production
ou retours des clients, regroupements d’articles...

Il s’agit le plus souvent d’articles ayant une existence physique, mais


on peut, également, créer des articles fictifs ou fantômes. Ceux-ci per-
mettent, par exemple, de représenter des sous-ensembles en état tran-
sitoire non physiquement stockés mais incorporés immédiatement
dans un produit, des sous-ensembles non stockés entrant dans la com-
position de plusieurs produits, des groupes de pièces utilisées ensem-
ble comme des éléments d’un emballage...

170 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

Les données relatives aux articles constituent la base de tout le sys-


tème de gestion de production et il convient de construire en premier
le fichier « Articles ».

4.2 Données Articles


Un enregistrement Article comprend :

• Une référence ou code constituant une relation bi-univoque entre


l’article et le code. Un seul code doit correspondre à un seul arti-
cle, et réciproquement. Nous verrons ci-après comment choisir
les codes.
• Une (ou plusieurs) désignation(s) donnant l’appellation en clair
de l’article. Il y a intérêt à normaliser les désignations à l’inté-
rieur de l’entreprise en choisissant structuration et vocabulaire
utilisés. Dans le cas où plusieurs désignations sont utilisées, elles
peuvent être exprimées en langues étrangères ou adaptées à cer-
tains clients.
• Des données de classification utilisées pour des tris (familles,
sous-familles, catégories liées au stockage ou à la matière...).
• Des données de description physique (couleur, matière, masse,
forme...), sous forme libre ou structurée. Peuvent notamment
figurer des codes utilisés en technologie de groupe (par exemple,
classification CETIM-PMG).
• Des données de gestion comme lots de lancement ou commande,
article de remplacement, référence du gestionnaire, référence du
ou des fournisseurs, stock minimal de déclenchement, délai
d’obtention, lieu de stockage (magasin, emplacement)... C’est
également ici que l’on trouve un éventuel coefficient de perte des-
tiné à compenser la perte prévue pendant le cycle de fabrication
de l’article, et qui s’applique à toutes les utilisations de l’article
(différent du coefficient de rebut d’un lien de nomenclature, que
nous verrons plus bas au paragraphe 6.5 « Données des
nomenclatures »).
• Des données économiques indiquant des prix et coûts standards
selon les besoins de l’entreprise.

© Éditions d’Organisation 171


Gestion de production

Les données « Articles » sont nombreuses et, par exemple, dans le pro-
giciel SAP R/3 il y a une dizaine d’écrans correspondant à des vues
données de base, production, administration des ventes, achats, qua-
lité, coûts… Pour illustration, la figure 6.1 donne deux de ces écrans.

Figure 6.1 – Exemple d’écrans des données « Articles » dans SAP R/3

172 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

© Éditions d’Organisation 173


Gestion de production

5. Codification des articles

5.1 Besoin de codification


La codification des objets utilisés en gestion de production concerne
tous les fichiers de données, mais le système de codification primordial
est celui qui a trait aux articles. C’est donc la codification des articles
que nous étudierons plus précisément.

La manipulation dans l’entreprise de milliers ou dizaines de milliers


d’articles rend impossible leur identification par la seule désignation.
La codification vise à passer du langage naturel, trop long et imprécis,
à un langage symbolique, court et précis. Elle permet une rationalisa-
tion et une homogénéisation de l’information indispensables à son trai-
tement informatique. Le code constitue la clé d’accès à
l’enregistrement « Article ».

Les règles pour assigner le code article doivent être claires et comprises
de toutes les personnes qui les manipulent. Par ailleurs, procéder à un
changement du système de codification est une action lourde et coû-
teuse pour une entreprise (réétiquetages, transcodification...). Il est
donc indispensable de penser et choisir un système adapté aux objec-
tifs attendus et d’une durée de vie suffisante.

5.2 Qualités d’un système de codification


Un système de codification doit être :

• Précis et discriminant. Comme nous l’avons vu précédemment


(§4.2, « Données Articles »), chaque article doit avoir un code et
un seul. Il doit permettre de différencier facilement les diverses
variantes d’un article (par exemple, deux pièces de même forme
mais de couleurs différentes).
• Souple, c’est-à-dire permettre facilement l’introduction de nou-
veaux codes sans détruire la logique du système de codification
(croissance du nombre d’articles au total ou dans une classe,
croissance du nombre de classes). Cela assurera sa pérennité.

174 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

• Stable dans le temps (qualité reliée étroitement à la précédente)


car un changement de système de codification est une opération
lourde à effectuer pour l’entreprise.
• Homogène, c’est-à-dire comporter le même nombre de caractè-
res (chiffres ou lettres), avoir même structure et composition afin
de diminuer les risques d’erreur, notamment dus à des reports
incomplets.
• Simple pour être facile à utiliser, donc pas trop long, découpé en
champs homogènes, séparés ou non par des espaces, avec un
mélange pas trop important de la nature des champs.

5.3 Quelques exemples connus de codification


Pour comprendre aisément la signification des caractéristiques d’une
codification, nous allons considérer quelques exemples bien connus,
même s’ils n’ont pas trait à des entreprises manufacturières.

5.3.1 Code Insee


Il comporte 15 chiffres groupés en 7 champs (figure 6.2).

Figure 6.2 – Code Insee

1 43 02 92 110 109 33

Sexe Année Mois Département Commune N° d'ordre Clé


commune de vérification
de naissance

Chaque champ décrit avec précision une caractéristique et le code est


homogène (toujours 13 chiffres + clé). Il présente des problèmes en
termes de pérennité : par exemple, que faire si le nombre de départe-
ments devient supérieur à 99 ? Par ailleurs, en ce qui concerne la signi-
fication de ce champ, ici 92 correspond au département d’Oran, alors
français, et non à la région parisienne restructurée. Ensuite, bien que
très peu vraisemblable, la probabilité d’un même code pour deux indi-

© Éditions d’Organisation 175


Gestion de production

vidus n’est pas rigoureusement nulle (deux personnes de même sexe


nées à un siècle d’écart le même mois, dans la même commune et avec
le même numéro d’ordre). Enfin, remarquons la longueur du code qui
permettrait dans un autre système de représenter bien plus de person-
nes (par exemple, la codification du sexe sur un chiffre qui ne prend
que les valeurs 1 ou 2 parmi les 10 possibilités).

5.3.2 Code des départements français

Il s’agit d’une codification séquentielle après classement alphabétique


des noms (01 = Ain, 02 = Aisne...). Cette codification est peu souple
et ne permet pas les changements de noms ou la création de nouveaux
départements sans rompre la logique. C’est ce qui s’est passé lors de la
restructuration de la région parisienne ou du partage de la Corse en
deux départements.

5.3.3 Code des pays

C’est un exemple de code non homogène car le nombre de caractères


varie de un à trois. En revanche, il est souple et évidemment significa-
tif. Donnons quelques exemples : F = France, FJI = Fidji, FR = îles
Féroé, FL = Liechtenstein.

5.3.4 Code EAN 13

C’est le code (figure 6.3) utilisé pour la grande majorité des produits de
consommation et que l’on retrouve sur les codes barres.

176 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

Figure 6.3 – Code EAN 13

3 24864 327632 2

Pays CNUF CIP Clé

Pays = France (3)


CNUF = Code National Unité Fournisseur
attribué à l'entreprise (1 + 4 chiffres)
CIP = Code Interface Produit
numéro de produit (6 chiffres)
Clé = contrôle du code

Ce code homogène est en grande partie séquentiel, avec une structura-


tion significative. Il est très souple. Il est d’ailleurs dérivé du code UPC
américain comportant douze chiffres et auquel on a ajouté un trei-
zième chiffre en tête pour représenter les pays européens. Sachant que
le premier chiffre du CNUF est lui-même une partie du code pays, il y a
99 possibilités de pays. Les États-Unis et d’autres pays comme la
France ont chacun dix valeurs réservées. On pourra étendre cette codi-
fication au niveau mondial en ajoutant encore un chiffre.

5.4 Différents types de systèmes de codification


Les exemples du paragraphe précédent peuvent être classés en trois
catégories :
• codification significative ou analytique ;
• codification non significative ;
• codification mixte.

5.4.1 Codification significative ou analytique


Dans une codification de ce type, chaque champ a pour but de décrire
une caractéristique de l’objet (matière première, sous-ensemble..., arti-
cle acheté ou fabriqué, catégorie ou classe selon divers critères, carac-
téristiques physiques comme longueur, diamètre, couleur...).

© Éditions d’Organisation 177


Gestion de production

Finalement, le code décrit l’article selon les critères choisis. La structu-


ration du code est établie soit par juxtaposition, dans un ordre prédé-
fini, de champs indépendants, soit au moyen d’un ensemble
hiérarchique arborescent (par exemple, pour un poste de charge : sec-
tion, sous-section, machine).

Avantages : codes faciles à retenir (au début),


possibilité de classification.

Inconvénients : codes peu flexibles donc difficilement évolutifs,


pérennité difficile à assurer,
codes souvent longs,
gaspillage de stockage informatique.

5.4.2 Codification non significative


Dans ce type de codification le code est en général numérique,
homogène et sans signification. Il peut être attribué d’une manière
aléatoire en fonction d’une liste préétablie sans corrélation entre les
éléments. Il peut également être attribué d’une manière séquentielle,
les objets étant enregistrés les uns derrière les autres. Il y a alors corré-
lation entre le code et l’ordre de création.

Avantages : création rapide du code,


code court,
utilisation maximale du système,
pérennité.

Inconvénients : risque de double utilisation d’un code,


pas de possibilité de regroupement ou classement,
difficile à retenir.

5.4.3 Codification mixte


Les codes comprennent une partie non significative et une partie com-
posée d’un ou plusieurs champs significatifs. C’est en général le type
de codification choisi par les entreprises pour l’identification des arti-
cles. Il faut être vigilant lors du choix de la partie significative afin de
ne pas entraver une évolution future non prévue au départ.

178 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

Exemple de code mixte dans une entreprise avec plusieurs divisions :


F091245.01
F = division (significatif)
091245 = séquentiel
01 = version (séquentiel, mais chronologie utile)

5.5 Prévention et détection des erreurs


Les erreurs sont difficiles à éviter totalement au moment des opéra-
tions de codification, de saisie ou de communication des codes, que ce
soit par intervention humaine ou même par saisie automatique (lec-
ture optique d’un code à barres). Ces erreurs peuvent avoir des consé-
quences lourdes et il faut mettre en place des systèmes de prévention
et de détection afin de les réduire autant que faire se peut.
En la matière, la prévention consiste à éviter la confusion dans l’acqui-
sition et la transmission des codes. Quelques règles simples améliorent
les choses : champs courts ou segmentés (461 845), éviter par exemple
les lettres O, Q, i, I, faciles à confondre respectivement avec 0, 1, éviter
les consonances voisines lors de transmissions orales (B et P, D et T),
se méfier des zéros à ne pas oublier (023 045 = zéro vingt-trois, zéro
quarante-cinq)...
Si malgré les précautions précédentes des erreurs se produisent, leur
détection est capitale. On y pourvoit déjà d’une manière élémentaire en
affichant par exemple sur l’écran informatique la désignation en clair.
Par ailleurs, les programmes informatiques doivent posséder des tests
de vraisemblance au moment de la saisie (par exemple, la tentative de
création d’un lien de nomenclature avec des articles non définis doit
être rejetée). Le moyen le plus efficace est de juxtaposer au code que
l’on souhaite attribuer une clé de contrôle qui sera intégrée à son
extrémité. On applique aux caractères (si certains sont des lettres on
leur substitue des valeurs numériques adéquates) du code un ensem-
ble d’opérations (+, –, ×, :) et on calcule le reste de la division par un
nombre, c’est ce reste qui sert de clé de contrôle. On peut par exemple
simplement diviser la somme des caractères du code initial par un
nombre, le reste de la division donnant la clé (un chiffre pour une divi-
sion par 10, une lettre pour une division par un nombre inférieur à

© Éditions d’Organisation 179


Gestion de production

26...). On peut également utiliser une méthode un peu plus élaborée


qui permette de déceler des permutations sur deux positions voisines :
cas de la clé du code EAN 13 (figure 6.4).

Figure 6.4 – Calcul de la clé du code EAN 13

3 2 4 8 6 4 3 2 7 6 3 2

2 +8 +4 +2 +6 + 2 = 24 24 x 3 = 72

3 + 4 + 6 + 3 + 7 + 3 = 26 + 26
= 98

La clé est le complément de la somme pour obtenir un multiple de 10.


Ici, la clé est : 100 – 98 = 2.

5.6 Code Article et documentation

À chaque article est attachée une documentation : dessins techniques,


gammes, nomenclatures, études de postes... La création et la mainte-
nance de cette documentation liée au produit sont d’une extrême
importance car elles contiennent souvent le savoir-faire de l’entreprise.
La référence de l’article est l’élément permettant de gérer cette docu-
mentation. Afin de bien pouvoir jouer ce rôle, il faut en particulier que
le code puisse refléter les évolutions successives de l’article. Dans ce
but, on introduit en fin de code un ou plusieurs caractères indiquant la
version de ce dernier.

La gestion des différentes versions doit être tenue de façon rigoureuse,


notamment par l’intermédiaire d’un document faisant office d’histori-
que des évolutions (numéro de révision, autorité ayant pris la décision,
description de la révision, date de la révision).

180 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

5.7 Règles d’interchangeabilité des articles


Il est important de définir les règles permettant de savoir si deux arti-
cles différents mais qui remplissent les mêmes fonctions au même coût
doivent porter des références différentes ou la même. C’est un choix
qui appartient à l’entreprise. Généralement, on applique la règle
suivante : lorsque deux articles composants sont parfaitement inter-
changeables dans l’insertion de l’article-parent, sans différence de coût
et de qualité, on adopte la même référence. C’est le cas notamment
d’articles standards comme les joints ou les boulons achetés chez des
fournisseurs différents.

6. Nomenclatures

6.1 Définitions
Une nomenclature est une liste hiérarchisée et quantifiée des articles
entrant dans la composition d’un article-parent. L’article-parent est le
composé, les autres étant les composants. On appelle lien de nomencla-
ture, l’ensemble composé-composant (figure 6.5). Chaque lien est
caractérisé par un coefficient indiquant la quantité de composant dans
le composé. Ce coefficient peut être entier ou non (0,12 m ou
2,430 kg). Une nomenclature est ainsi un ensemble de liens.

Figure 6.5 – Lien de nomenclature

A composé

x2 coefficient

B composant

Considérons la valise de la figure 6.6. Sa représentation par une


nomenclature arborescente est illustrée par la figure 6.7.

© Éditions d’Organisation 181


Gestion de production

Figure 6.6 – Vue éclatée d’une valise

valise

partie partie
inférieure 1 1 1 supérieure
axe

coque
inférieure coque
2 1 1 2 1 supérieure
ferrure
fermeture
poignée
0,002 m2
0,1 kg 0,9 kg 0,7 kg

plastique noir plastique gris barre d'acier tôle plastique gris

182 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

Figure 6.7 – Nomenclature arborescente de la valise

valise

x1 x1 x1
partie partie
inférieure axe supérieure

x2 x1 x1 x 0,4 m x2 x1
coque coque
fermeture poignée inférieure barre ferrure supérieure

x 0,1 kg x 0,9 kg x 0,002 m2 x 0,7 kg


plastique plastique plastique
noir gris tôle gris

Une nomenclature comprend plusieurs niveaux. Par convention, on


attribue aux produits finis le niveau 0. À chaque décomposition, on
passe du niveau n au niveau n + 1. Le tableau présenté en figure 6.8
explicite les niveaux de la valise considérée.

Figure 6.8 – Niveaux de la nomenclature de la valise

niveau 0 valise
niveau 1 partie inférieure, axe, partie supérieure
niveau 2 fermeture, poignée, coque inférieure, barre, ferrure, coque supérieure
niveau 3 plastique noir, plastique gris, tôle

Toutefois, la règle du plus bas niveau place un article donné au plus


bas niveau où il intervient. La figure 6.9 illustre cette règle avec une
nomenclature simple : l’article B est considéré au niveau 2. Citons le
double avantage de cette règle que nous comprendrons plus complète-
ment en étudiant le calcul des besoins d’un article (chapitre 7). D’une
part, le calcul n’est effectué qu’une seule fois, même si l’article appa-
raît plusieurs fois dans une nomenclature ou dans diverses nomencla-

© Éditions d’Organisation 183


Gestion de production

tures. D’autre part, elle permet d’allouer le stock disponible pour cet
article au plus tôt dans le temps et non pas au niveau le plus haut de la
nomenclature. En effet, le calcul des besoins est réalisé niveau par
niveau et il est indispensable de rassembler tous les besoins d’un arti-
cle à un même niveau.

Figure 6.9 – Application de la règle du plus bas niveau

A A Niveau 0

B C C Niveau 1

B B B Niveau 2

Le nombre de niveaux de nomenclature varie en fonction de la com-


plexité des produits de l’entreprise. Une trop grande finesse de
décomposition alourdit la gestion, alors qu’une décomposition trop
succincte en limite les possibilités. Il faut surtout veiller à ne pas com-
mettre l’erreur de créer des niveaux correspondant en fait à de simples
étapes du processus, c’est-à-dire de confondre nomenclature et gam-
mes, sauf s’il y a besoin de gérer un article intermédiaire. Pour la plu-
part des produits manufacturés, le nombre de niveaux est de trois à
cinq. Les produits les plus complexes peuvent justifier de six à huit
niveaux. Un nombre de niveaux supérieur à huit ou neuf correspond
au risque confusion qui, comme indiqué plus haut, survient notam-
ment dans le cas d’assemblages importants.

Dans une nomenclature multiniveaux, tous les composants issus d’un


composé sont représentés (figure 6.10).

184 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

Figure 6.10 – Nomenclature multiniveaux de A

1 1 2

B C D

1 0,5 1 1 1

C E F G H
0,3

Une nomenclature à un niveau d’un composé de niveau n ne donne,


au contraire, que les composants du niveau n + 1 (figure 6.11).

Figure 6.11 – Nomenclature à un niveau de D

1 1 1

F G H

Le cas d’emploi, comme son nom l’indique, explicite dans quel(s) com-
posé(s) un article intervient. Il peut être multiniveaux ou à un niveau
(figure 6.12).

Figure 6.12 – Cas d’emploi de H

Cas d’emploi multiniveaux de H Cas d’emploi à un niveau de H


H H
.1..D ..1..D
....2..A

© Éditions d’Organisation 185


Gestion de production

6.2 Structure des produits et nomenclatures


Selon les nombres comparés de produits finis et de leurs composants,
ce qui dépend naturellement des secteurs d’activité concernés, les
nomenclatures peuvent se présenter sous quatre formes :
• structure convergente ;
• structure divergente ;
• structure à point de regroupement ;
• structure parallèle.

Des produits standardisés, avec une faible diversité des produits finis,
mais de nombreux composants, ont une structure convergente
(figure 6.13). Le nombre de niveaux de nomenclature est fonction de la
complexité du produit fini. Ce type de structure se retrouve dans la
fabrication de circuits électroniques ou d’ensembles de mécanique
générale.

Figure 6.13 – Structure convergente

peu de produits finis

nombreux composants

Dans certains cas, un nombre réduit de matières premières ou même


une seule conduisent à une grande variété de produis finis. Nous avons
alors une structure divergente (figure 6.14). C’est le cas notamment
dans l’industrie laitière ou l’industrie pétrolière.

186 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

Figure 6.14 – Structure divergente

nombreux produits finis

peu de matière première

Certaines entreprises incorporent des sous-ensembles standard pour


constituer de nombreux produits finis. Ces sous-ensembles comportent
souvent eux-mêmes un grand nombre de composants de base. Nous
observons alors une structure à point de regroupement (figure 6.15). Le
plus souvent, les gestions des deux parties seront différentes : gestion
sur stock à partir de prévisions de la demande pour la partie condui-
sant aux sous-ensembles et assemblage à la commande des produits
finis. C’est le cas typique de l’industrie automobile où les options de
motorisation, de freinage, de direction... sont installées à la demande.

Figure 6.15 – Structure à point de regroupement

nombreux produits finis

sous-ensembles standard

nombreux composants

Quand une entreprise a peu de produits et peu de matières premières


ou composants, il s’agit de structures parallèles (figure 6.16). Nous
citerons l’exemple de l’industrie d’emballage.

© Éditions d’Organisation 187


Gestion de production

Figure 6.16 – Structure parallèle

peu de produits finis

peu de matières premières

6.3 Différentes nomenclatures


La nomenclature fonctionnelle reflète une approche de bureau d’études
qui utilise les fonctions élémentaires correspondant au cahier des char-
ges fonctionnel pour avancer les solutions techniques propres à les
satisfaire.
La nomenclature de fabrication ou d’assemblage décrit les états d’avan-
cement de la production de l’article concerné (pièces et sous-ensem-
bles aboutissant au produit fini).
La nomenclature de gestion de production découle de la précédente ;
elle regroupe les articles gérés (fichier Articles). Cette nomenclature
« normale » est représentée sur les figures 6.10 ou 6.18.
La gestion de production utilise également des nomenclatures de
planification :
• Les macro-nomenclatures sont situées au sommet de la structure
(produits ou familles de produits), et destinées à planifier les
besoins à moyen et long termes. Non détaillées, elles sont consti-
tuées de composants agrégés (regroupement d’articles) et, éven-
tuellement, de composants critiques à surveiller (composants
stratégiques à long délai).
• Les nomenclatures modulaires rendent de grands services dans le
cas de produits avec de nombreuses variantes. Considérons
l’exemple simplifié de la figure 6.17 où un véhicule est disponi-
ble avec plusieurs choix (d’une part, boîte manuelle ou automa-
tique, d’autre part, transmission mécanique ou automatique) et
comporte, en outre, des éléments communs à toutes les versions.
Il est alors possible de grouper des ensembles d’articles en
modules : module des articles communs à toutes les variantes,

188 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

module des articles spécifiques à la variante « boîte manuelle »,


module de la variante « boîte automatique »... Après modularisa-
tion, on constitue une macro-nomenclature dont les coefficients
sont exprimés en pourcentages des prévisions de ventes de cha-
que option. À partir de la prévision du produit fictif V125, il est
alors facile de calculer les besoins des articles composant chacun
des modules. Disons tout de même que la modularisation
complète n’est en général pas aussi simple que le montre cet
exemple et qu’il faut procéder sur plusieurs niveaux de nomen-
clature...

Figure 6.17 – Modularisation et macro-nomenclature


(d’après J. Orlicky)

COM BM BA TM TA

A13 C41 D12 L40 Z75

F28 P24 S36 B88 B62

E10 G53

articles boîte boîte transmission transmission


communs manuelle auto mécanique automatique

V125

100 % 65 % 35 % 75 % 25 %

COM BM BA TM TA

Nous venons de montrer que le même produit est vu dans l’entreprise


de différentes manières selon le service concerné. Cette multiplicité de
nomenclatures est une entrave à l’objectif d’intégration. Il se pose par
exemple une difficulté de mise à jour suite à modification. La standar-
disation des diverses nomenclatures, à l’usage du bureau d’études, de
celui des méthodes et du système de gestion de production est donc un
but à atteindre malgré les frictions possibles entre services. Il en va de
la fiabilité des données techniques.

© Éditions d’Organisation 189


Gestion de production

6.4 Représentation des nomenclatures

Une nomenclature peut être représentée de biens des façons. La plus


simple consiste à établir une liste des composants. La vue éclatée issue
d’un bureau d’études, complétée le plus souvent par la liste des com-
posants correspondant à un repère sur le dessin, représente un type de
nomenclature.

La nomenclature arborescente (figure 6.18), de compréhension simple


et visuelle, est celle qui est le plus utilisée en gestion de production.

Figure 6.18 – Nomenclature arborescente de gestion de production

1 1 2

B C D

1 0,5 1 1 1

C E F G H
0,3

Une nomenclature cumulée correspond à la liste de tous les compo-


sants des plus bas niveaux (composants achetés). La figure 6.19 décrit
le cas de l’article A. Par exemple, le composant I intervient avec le
coefficient 0,3 dans G qui, lui-même, entre dans D avec le coefficient 1.
A contient 2 D. Finalement, il y a 0,3 × 1 × 2 = 0,6 I dans A.

190 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

Figure 6.19 – Nomenclature cumulée de A

2 0,5 2 2 0,6

C E F H I

Une nomenclature indentée est facile à produire sur un listing d’ordina-


teur. La figure 6.20 illustre cette représentation dans le cas de la valise
de la figure 6.10.

Figure 6.20 – Nomenclature indentée

0 Valise
1 Partie inférieure
2 Fermeture
2 Poignée
3 Plastique noir
2 Coque inférieure
3 Plastique gris
1 Axe
2 Barre
1 Partie supérieure
2 Ferrure
3 Tôle
2 Coque supérieure
3 Plastique gris

La représentation matricielle consiste en un tableau à deux entrées


avec des lignes de composés et des colonnes de composants, ou
l’inverse. Le coefficient de lien figure à l’intersection des lignes et des
colonnes (figure 6.21). Elle permet une visualisation simple des diffé-
rences entre plusieurs produits d’une même famille. Cela correspond à
la représentation des options d’une voiture sur les catalogues commer-
ciaux des constructeurs automobiles. L’exemple cité est une nomencla-
ture valorisée puisque la valeur des composants y figure.

© Éditions d’Organisation 191


Gestion de production

Figure 6.21 – Représentation matricielle d’une nomenclature

Composants Composés
code unité coût standard 111 112 121 987
122 un 162,50 1
222 un 189,00 1 1
246 un 121,75 1
444 kg 5,00 0,250
511 m 3,12 1,80 1,80 0,95 0,95
888 un 19,83 2 3 2
923 un 18,83 1 1
924 un 13,00 2
987 un 1,75 2 2 1 1

6.5 Données des nomenclatures


Les données d’un enregistrement de lien de nomenclature
comportent :
• la référence de l’article composé qui sert de clé d’accès à
l’enregistrement ;
• la référence de l’article composant ;
• le coefficient de lien ;
• sa validité, définie par les dates de début et de fin d’utilisation de
ce lien ;
• d’autres données de gestion comme la date de création du lien, le
type de nomenclature (fonctionnelle, fabrication...) ;
• le coefficient de rebut (pourcentage permettant d’augmenter le
besoin brut pour prendre en considération les pertes en produc-
tion du composé concerné et ne s’appliquant pas à toute utilisa-
tion du composant comme le coefficient de perte vu au § 4.2,
« Données Articles »).

192 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

La figure 6.22 illustre ces données dans le progiciel SAP R/3 (voir
notamment : niveau, code, désignation, quantité de lien, unité de ges-
tion).

Figure 6.22 – Nomenclature dans SAP R/3

7. Postes de charge

7.1 Définitions
Un poste de charge est une unité opérationnelle de base que l’entre-
prise a décidé de gérer. Précisons tout de suite qu’il ne faut pas le con-
fondre avec le poste de travail. Ce dernier est une unité physique qui
entrera dans un poste de charge, alors que le poste de charge est une
entité qui résulte d’un choix d’organisation. En général, le poste de
charge résultera de la combinaison de plusieurs postes de travail asso-
ciés pour réaliser une action de production déterminée. Ainsi, selon le
cas, le poste de charge peut être une machine, ou un groupe de machi-
nes, un ou plusieurs opérateurs, une association machine(s)-opéra-
teur(s), un atelier...

© Éditions d’Organisation 193


Gestion de production

7.2 Données des postes de charge


Les données d’un enregistrement poste de charge contiennent :

• la référence du poste de charge ;


• la désignation du poste de charge, c’est-à-dire son appellation ;
• l’indication de la nature du poste (machine, main-d’œuvre ou
mixte) ;
• la capacité du poste de charge ;
• le poste de remplacement qui permet de réorienter la production
vers ce poste en cas de surcharge ou d’indisponibilité ;
• les données pour le calcul des coûts.

La référence du poste de charge est normalement un code structuré ou


un ensemble de codes définissant la section, la sous-section et le poste,
ou la machine.

La capacité du poste de charge est fonction du nombre d’opérateurs,


du nombre de machines, du temps d’ouverture du poste et de son coef-
ficient d’efficacité. Le temps d’ouverture du poste correspond à son
ouverture théorique corrigée par le calendrier standard de l’usine ou le
calendrier spécifique au poste. On trouve par exemple un calendrier
annuel de l’usine, un calendrier hebdomadaire et un calendrier parti-
culier du poste. La capacité démontrée ou réelle du poste est obtenue
en multipliant la capacité théorique ou calculée par le coefficient d’effi-
cacité. Toutes les données nécessaires à ces calculs doivent figurer
dans les champs de l’enregistrement.

Pour le calcul des coûts, le taux horaire affecté au poste de charge ou


un coût forfaitaire permettront la valorisation des temps calculés à par-
tir des gammes (voir ci-après §8, « Gammes ») ou des temps observés.
On pourra trouver des taux machine, taux main-d’œuvre, taux pour le
réglage, coûts forfaitaires des opérations en processus continu... avec
l’unité de référence (heure, lot...).

Le fichier des postes de charge sera utilisé pour déterminer les capacités
disponibles et les coûts de revient.

194 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

La figure 6.23 donne l’exemple d’un poste de charge selon SAP R/3
(les onglets donnent accès à plusieurs écrans ; ici, on voit les données
relatives à la capacité et aux temps inter-opératoires).

Figure 6.23 – Deux écrans des données « Postes de charge »


dans SAP R/3

© Éditions d’Organisation 195


Gestion de production

7.3 Outillages
Dans un système de gestion de la production, les outillages spécifi-
ques, les outillages consommables, à durée de vie limitée ou
nécessitant une maintenance, doivent être gérés de façon à assurer leur
disponibilité lors de la planification, puis de l’exécution.

Le problème est analogue à celui des articles : délai de mise à disposi-


tion correspondant soit à un délai de livraison d’un article acheté, soit
au temps de préparation de l’outil comme un article fabriqué. Les don-
nées outillages seront donc de même type que celles des articles (voir
« Données Articles », §4.2).

8. Gammes

8.1 Définitions
L’industrialisation d’un produit consiste à choisir le processus et la
suite optimale des opérations permettant d’aboutir au produit fini con-
cerné. Toutes ces opérations sont répertoriées et précisées sur un docu-
ment comportant des données théoriques ou réelles, décrivant les
caractéristiques techniques utiles à la réalisation d’un article, c’est-à-
dire la manière de réaliser ces opérations, le matériel à utiliser, les
temps d’intervention, les tailles de lot... Ce document est communé-
ment appelé gamme et édité par le service des Méthodes. Selon le sec-
teur d’activité, ce document prend d’autres noms : process
(électronique), recette (agro-alimentaire), formule (chimie)...

La gamme est donc l’énumération de la succession des actions et


autres événements nécessaires à la réalisation de l’article concerné.

Si l’article est obtenu par transformation de la matière, il s’agit d’une


gamme d’usinage. Il existe de même des gammes d’assemblage, des
gammes de contrôle, gamme de transfert... Une gamme de gestion de
production est destinée à calculer la charge sur les postes de charge et

196 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

les délais d’obtention des articles. Elle est donc beaucoup moins
détaillée puisque seuls sont alors indispensables l’ordre des opérations,
le poste de charge concerné et les temps d’utilisation du poste.

L’utilisation de la technologie de groupe ou simplement l’existence de


gammes ressemblantes conduit à déterminer des gammes types (gam-
mes mères) qui permettent de créer par recopie avec quelques modifi-
cations et ajouts des gammes filles.

Dans la planification à long et à moyen termes, on est amené à étudier


les charges globales (PIC et PDP, voir chapitre 7). Cette planification
globale des capacités utilise des macro-gammes. Correspondant à des
produits finis ou des familles de produits, ces dernières ne compren-
nent pas les opérations élémentaires, mais décrivent globalement les
temps de passage dans certains groupes de postes de charges ou cer-
tains postes critiques (goulets d’étranglement identifiés). On peut ainsi
estimer les charges globales à comparer aux capacités, afin de valider
les premières étapes de la planification, sans mettre en œuvre un trai-
tement lourd et inapproprié à ce stade.

8.2 Données des gammes


Les données d’un enregistrement Gamme comprennent les données de
l’en-tête et celles du corps de la gamme.

L’en-tête comporte :
• La référence de la gamme. Le plus souvent, il s’agit de la réfé-
rence de l’article correspondant. Lorsque plusieurs articles ont
des gammes communes, on est amené à définir des références
spécifiques de gammes et à rattacher la gamme adéquate à cha-
que article.
• La désignation de la gamme en clair.
• La description sous forme de commentaire ou de renvoi vers un
dossier technique.
• Les conditions d’emploi (tailles maximales et minimales de lot,
possibilité de fractionnement de lot).
• Les outillages nécessaires.

© Éditions d’Organisation 197


Gestion de production

• La référence de la gamme de remplacement ou gamme secon-


daire éventuelle qui se substitue à la gamme principale.
• Les dates de création, mise à jour, validité...
Le corps de la gamme est constitué de la liste ordonnée des opérations
et chaque opération sera décrite par :
• un numéro d’ordre (par exemple, 10, 20, 30..., permettant d’insé-
rer de nouvelles étapes) ;
• les conditions de jalonnement (opérations parallèles, consécuti-
ves, chevauchement... avec délai de jalonnement) ;
• la référence du poste de charge concerné ;
• les temps (on devrait dire durée) dans une unité de temps
définie.
Les temps définis dans les gammes sont :
• le temps de réglage ou de préparation ;
• le temps unitaire d’exécution (main-d’œuvre ou machine) qui,
multiplié par le nombre d’articles, donnera le temps total
d’exécution ;
• les temps technologiques comme un refroidissement ou un
séchage ;
• le temps de transfert vers le poste suivant ;
• le temps d’attente devant le poste.
Le temps d’exécution peut être constant ou dégressif en fonction des
quantités produites (phénomène d’apprentissage).
Le fichier Gammes contribue donc à :
• calculer la charge sur un horizon donné pour chaque poste de
charge ;
• valider la planification ;
• ordonnancer à capacité finie ;
• calculer les coûts prévisionnels ;
• établir le dossier de fabrication ;
• comparer le réalisé (suivi de production) avec le prévu.

198 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

La figure 6.24 donne l’exemple d’une gamme et d’une opération dans


SAP R/3.

Figure 6.24 – Exemple d’écrans des données « Gammes »


dans SAP R/3

© Éditions d’Organisation 199


Gestion de production

9. Autres données techniques

9.1 Données relatives à l’environnement


L’environnement de l’entreprise comprend trois types de partenaires :

• les clients ;

• les fournisseurs ;

• les sous-traitants.

Les données de base s’y rapportant sont gérées par la fonction Com-
merciale dans le premier cas et par la fonction Achat pour les deux
autres.

Les enregistrements comportent dans tous les cas une référence per-
mettant d’y accéder et de mettre en relation les fichiers du système
d’information de l’entreprise, l’identification du partenaire, des don-
nées de description et de classification. Ces dernières concernent la
gestion de production pour l’évaluation qualitative ou quantitative des
partenaires (respect des délais, de la qualité par les fournisseurs et
sous-traitants, exigences des clients dans ces domaines).

9.2 Données d’activité


Les données d’activité sont à l’origine des informations qui génèrent et
pilotent cette activité. Dans le cas de la gestion de production, il s’agit
tout d’abord des données créant l’activité, puis des données de lance-
ment et de suivi de cette activité.

Les premières ont pour origine les commandes clients ou les prévisions
de commandes qu’il faut confronter aux ressources de l’entreprise
(capacité disponible sur les postes machine et main-d’œuvre, ventilée
par périodes, stocks disponibles en produits finis, sous-ensembles,
composants et matières premières). Il en résulte selon le cas la création
d’ordres de fabrication (OF), d’ordres d’achat (OA) ou d’ordres de
sous-traitance (OST).

200 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

Les données d’un OF sont typiquement la référence de l’ordre, la réfé-


rence de l’article concerné, la quantité à produire, les dates de début et
de fin, la gamme à utiliser, les dates de création et de modification de
l’OF, éventuellement la référence de la commande. Les données d’un
OA ou d’un OST sont quasiment les mêmes à l’exception de la gamme.

Les données du suivi de production concernent l’état d’avancement des


travaux, les niveaux de qualité et des en-cours. Le suivi est plus ou
moins détaillé, notamment en fonction de la durée des ordres et des
opérations. Dans le cas d’un suivi détaillé par opération, elles compor-
teront la référence de l’OF, le numéro de l’opération, le poste concerné,
le code de l’opérateur, le type d’opération, les dates-heures de début,
interruption, reprise ou fin d’opération, les quantités de pièces bonnes,
à reprendre ou à rebuter...

Le suivi des stocks se traduit par la saisie des informations concernant


tous les mouvements physiques d’entrées et sorties de magasin. Les
données de suivi des stocks comprennent la référence article ou
outillage, la quantité, la date du mouvement, le type de mouvement
(entrée ou sortie, manuelle, ou automatique, régularisation d’inven-
taire...), le code du magasinier, le numéro de lot de l’article, le numéro
de l’ordre (OF, OA ou OST), le numéro de l’opération concernée...

9.3 Données historiques

Les données historiques constituent un journal et une synthèse de


l’activité de production. Ainsi, on conserve l’historique des mouve-
ments de stocks, des commandes, ordres d’achat et de sous-traitance
avec la réponse de l’entreprise en matière de quantités, qualité, prix,
délais. Les modifications techniques apportées aux produits sont utiles
au service après-vente. Le cumul par OF des données du suivi de pro-
duction permet de calculer le coût de revient de l’OF, qui pourra être
comparé au coût prévu. Ces données historiques constituent donc le
capital mémoire de l’entreprise qui permettra d’analyser le passé pour
prévoir et améliorer le futur.

© Éditions d’Organisation 201


Gestion de production

10. Qualité des données techniques


Les données techniques sont la base du système de gestion de la pro-
duction. La qualité de cette gestion est donc en partie liée avec la qua-
lité des données : la planification et la programmation ne seront
réalistes que si les données techniques sont exactes. Pour ce faire, il
faut tout d’abord que les données soient exactes au moment de leur
création, et, en outre, qu’elles soient maintenues à jour lors des modi-
fications. L’exactitude des données repose tout d’abord sur la forma-
tion et la motivation des personnes qui les gèrent, et, ensuite, sur la
prévention et la détection des erreurs par choix du système de codifi-
cation, recherche de vraisemblance des transactions...

Après étude d’un grand nombre de cas réels d’entreprise, les cabinets
Oliver Wright estiment qu’il est nécessaire, pour qu’un système de ges-
tion de production fonctionne bien (entreprise de classe A), que cer-
tains indicateurs de performances satisfassent des valeurs minimales
(figure 6.25).

Figure 6.25 – Exigence de qualité des données

Fichier Indicateur de performance Minimum


Stocks Nb stocks exacts/nb stocks vérifiés 95 %
stock physique – stock informatique
< tolérance (2 %)
stock informatique

Nomenclatures Nb nomenclatures exactes /nom. vérifiées 98 %


Composants et coefficients exacts
Nomenclature complète
Structure reflétant la production et sa gestion

Gammes Nb gammes exactes/nb gammes vérifiées 98 %


Séquences opératoires exactes
Postes de charge exacts
Temps à 10 % près (+ ou –)

C’est en disposant de données d’une telle qualité, maintenues à jour,


que l’entreprise planifiera dans de bonnes conditions de réalisme la
production, qui pourra alors être exécutée dans les conditions les plus
favorables.

202 © Éditions d’Organisation


Fonctions, documents et données techniques

11. Conclusion
Les données techniques représentent les fondations de toute gestion
industrielle. Elles touchent toutes les fonctions de l'entreprise en for-
mant le cœur du système d'information de l'entreprise. Les meilleurs
outils et méthodes ne donneront que de piètres résultats si les données
techniques manipulées sont erronées ou mal structurées.
Nous avons développé dans ce chapitre les principales données qui
doivent être formalisées pour mettre en œuvre un bonne gestion de
production telles que les nomenclatures, gammes, articles, clients,
fournisseurs… Nous verrons dans les prochains chapitres comment
sont manipulées ces données notamment dans le chapitre consacré à
MRP.

© Éditions d’Organisation 203


Chapitre 7

Management des ressources


de la production (MRP2)

1. Gestion des stocks et MRP2

1.1 Limites des méthodes traditionnelles


de gestion des stocks
Les méthodes traditionnelles de gestion des stocks décrites au
chapitre 5 ont toutes les caractéristiques suivantes :
• Les articles sont gérés indépendamment les uns des autres.
• On suppose implicitement que la consommation antérieure de
chacun des articles se répétera dans le futur.
• En supposant que l’on ait effectivement besoin dans le futur de
chaque article, on ne se préoccupe pas de la date où ce besoin
sera effectif.

205
Gestion de production

Il en résulte notamment, en cas d’arrêt de la vente d’un produit, une


stabilisation du système dans un état où les stocks intermédiaires sont
pleins et, inversement, en cas d’augmentation brutale des ventes, une
certaine inertie de réaction du système avec risque de ruptures.

Ces limitations ont conduit à mettre au point à partir de 1965 aux


États-Unis un concept de gestion de la production permettant d’antici-
per les besoins exacts avec leur décalage dans le temps. Cette méthode
a été initialement appelée MRP (pour Material Requirements Planning,
soit « calcul des besoins nets »). Par la suite, une évolution en plu-
sieurs étapes a permis d’aboutir au concept de MRP2, où les mêmes
initiales ont une signification bien plus globale : Manufacturing
Resource Planning que l’on peut traduire par « Management des Res-
sources de la Production ». Nous reviendrons par la suite sur cette pro-
gression du concept, mais il importe immédiatement de souligner qu’il
est nécessaire de préciser, lorsqu’on parle de MRP, de quel stade il
s’agit. Ainsi, bon nombre d’entreprises et de logiciels estiment « faire
du MRP » dès qu’un calcul des besoins est effectué, alors que mainte-
nant le concept MRP doit être appliqué uniquement dans le sens global
MRP2 !

1.2 Schéma global de MRP2

Le concept MRP2 permet de gérer la production depuis le long terme


jusqu’au court terme. C’est également une méthode de simulation de
l’activité industrielle qui permet de répondre à la question générale
« Que se passe-t-il si ? »

C’est un outil de communication entre les diverses fonctions de l’entre-


prise, notamment les fonctions Commerciale et Production. Il permet à
tous les services de l’entreprise de gérer la production en parlant un
langage commun.

Le schéma 7.1 illustre le principe général de MRP2, avec la planifica-


tion déduite de la gestion de la demande (prévisions commerciales et
commandes des clients) et l’exécution.

206 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Figure 7.1 – Principe général MRP2

Plan stratégique

Gestion de la demande Planification

Exécution

La figure 7.2 détaille le schéma précédent en présentant les trois


niveaux de la planification. Il précise, en outre, l’indispensable gestion
des charges et des capacités qui permet de valider chaque niveau afin
de maintenir un degré de réalisme indispensable au bon fonctionne-
ment du système.

Figure 7.2 – Schéma MRP2 avec les trois niveaux de planification

Plan
stratégique

Plan industriel Charges


et commercial globales
Prévisions
commerciales
Programme directeur Charges
de production globales

Calcul Charges
des besoins nets détaillées

Gestion
d'atelier

© Éditions d’Organisation 207


Gestion de production

1.3 Principe d’Orlicky


Une entreprise fabrique et achète des articles selon ses besoins ; c’est
en tous cas ce qu’elle devrait faire ! Le concept MRP est consécutif à la
mise en évidence, par Joseph Orlicky, de la répartition de ces besoins
en deux types fondamentaux : les besoins indépendants et les besoins
dépendants.
Les besoins indépendants sont ceux qui proviennent de l’extérieur de
l’entreprise, indépendamment de sa volonté propre. Il s’agit de façon
typique des produits finis et des pièces de rechange achetés par les
clients de l’entreprise.
Les besoins dépendants, au contraire, sont générés par les précédents.
Ils proviennent donc de l’intérieur de l’entreprise elle-même. Il s’agit
des sous-ensembles, composants, matières premières..., entrant dans
la composition des produits vendus.
Ces deux types de besoin exigent un traitement totalement différent,
exprimé dans le principe d’Orlicky :
Les besoins indépendants ne peuvent être qu’estimés par des prévisions. Les
besoins dépendants, au contraire, peuvent et doivent être calculés (figure 7.3).

Figure 7.3 – Besoins indépendants et besoins dépendants

Clients Constructeur

Carrosserie

Vitres

Automobile Roues

Moteur


Besoins indépendants Besoins dépendants

Prévus Calcul Calculés


des besoins nets

208 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Les modes de gestion de ces deux types de besoin sont donc totale-
ment différents, puisque dans le premier cas ils reposent sur des
méthodes de prévision (chapitre 3) alors que, dans le second cas, ils
font appel à la technique du calcul des besoins nets (voir section ci-
après). Ainsi, pour la voiture de la figure 7.3, des prévisions de ventes
seront à la base de l’estimation du volume de production nécessaire en
véhicules. Quant aux composants, les quantités à fabriquer ou acheter,
nécessaires pour assembler ces véhicules, seront calculées en se fon-
dant sur les nomenclatures (voir chapitre 6).

Il faut dès à présent remarquer que certains articles peuvent avoir des
besoins à la fois indépendants et dépendants. Ainsi, un article peut
entrer dans la composition d’un produit (besoin dépendant) et être
également vendu en pièce de rechange (besoin indépendant).

2. Le calcul des besoins nets (CBN)

2.1 Généralités

Comme cela a été précisé au début de ce chapitre (§ 1.1, « Limites des


méthodes traditionnelles… »), historiquement, MRP2 a été initié par le
calcul des besoins nets. Et même si ce calcul doit être précédé par une
planification plus globale, le calcul des besoins nets constitue le cœur
de MRP2. Une étude détaillée du management des ressources de pro-
duction doit donc s’y intéresser en premier lieu.

Le calcul des besoins nets a pour objet de définir, à partir des besoins
indépendants, l’ensemble des besoins dépendants. Il fournit les appro-
visionnements et lancements de fabrication de tous les articles autres
que les produits finis, dans les périodes à venir. Il vérifie en outre la
cohérence des dates de livraison et des dates de besoin, notamment si
les besoins changent ou sont décalés dans le temps.

© Éditions d’Organisation 209


Gestion de production

Pour effectuer le calcul des besoins nets, il faut connaître l’échéancier


des besoins en produits finis (quantités et dates de besoin). Nous ver-
rons par la suite que c’est le programme directeur de production qui
donne ces indications et qui constitue donc le point de départ du cal-
cul des besoins nets.

Voici les informations nécessaires lors du calcul :

• les nomenclatures donnant les constituants de chaque article ;


• les délais d’obtention des articles (délais de fabrication, d’assem-
blage ou d’approvisionnement de produits achetés) ;
• les ressources constituées par les articles en stock ou les articles
qui vont être disponibles (ordres de fabrication lancés, ordres
d’achat en cours et ordres planifiés fermes, c’est-à-dire figés par
le gestionnaire) ;
• les règles de gestion fixées comme la taille de lot et éventuelle-
ment la valeur d’un stock de sécurité ou d’un taux de rebut.

Les résultats du calcul des besoins nets sont :

• des ordres proposés, c’est-à-dire des lancements prévisionnels en


fabrication ou des approvisionnements prévisionnels ;
• des messages proposant au gestionnaire les actions particulières
à mener (lancer, avancer, reporter un ordre de fabrication) en
vue d’une bonne gestion de la production prévue.

2.2 Échéancier du calcul des besoins


L’échéancier du calcul des besoins de chaque article géré revêt la
forme d’un tableau, représenté à la figure 7.4. Les colonnes correspon-
dent aux périodes successives à partir de la date actuelle. La valeur de
la période dépend du délai de production dans le processus considéré ;
elle est couramment d’une semaine mais peut être d’un jour. L’horizon
de planification correspond au nombre de périodes pour lesquelles on
effectue le calcul des besoins. Il est évidemment lié au délai d’obten-
tion des produits finis et à la position de l’article considéré dans la
nomenclature du produit fini. Il peut être par exemple d’un an.

210 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Figure 7.4 – Échéancier du calcul des besoins nets

St = 150 ; L = 500 ; D = 2
Article S 1 2 3 4 5
Besoins bruts 500 500 500 250
Ordres lancés 500
Stocks prévisionnels 150 150 150 150 150 400
Fin 500 500 500
Ordres proposés
Début 500 500 500
Message : Lancer 500 S en période 1

Dans les colonnes, toutes les valeurs sont valables en début de période,
sauf le stock prévisionnel : les « besoins bruts » doivent être satisfaits
en début de période, les « ordres lancés » (en attente de production ou
achats en cours de livraison) sont disponibles en début de période, les
« ordres proposés » ont des dates de début et fin en début de période,
et en revanche les « stocks prévisionnels » donnent la valeur en fin de
période. Un tel tableau va permettre d’effectuer le calcul en se plaçant
au début de la première période.

En tête du tableau figurent :

• Le stock de départ (St = 150) qui est le stock réel d’articles au


moment du calcul. Avec les conventions indiquées, nous plaçons
le stock actuel dans la case située à gauche de la première
période, sur la ligne stock prévisionnel.
• La taille de lot (L = 500) précisant le groupement des articles
d’un ordre (besoins nets, c’est-à-dire quantité exactement néces-
saire, quantité fixe comme une quantité économique, multiple
d’une quantité... Dans les exemples qui suivent, nous opterons
pour ce dernier choix).
• Le délai (D = 2) d’obtention de l’article, exprimé en nombre de
périodes, donnant le délai de production ou le délai de livraison
de cet article. Il servira au décalage entre les dates début et fin
d’un ordre.

© Éditions d’Organisation 211


Gestion de production

Les lignes du tableau donnent successivement :

• Les besoins bruts (BB = 500 en colonne 2) qui proviennent du


programme directeur de production dans le cas d’articles gérés à
ce niveau (produits finis en général) ou des besoins d’articles
situés au niveau de nomenclature juste supérieur (date début
d’ordres de fabrication planifiés pour un article-parent).
• Les ordres lancés (OL = 500), c’est-à-dire ordres de fabrication
en cours de production, ou ordres d’achat en cours de livraison
et attendus pour la période indiquée.
• Le stock prévisionnel (SP = 150) qui est le stock attendu après
les transactions réalisées au cours de la période donnée. En effet,
les ordres lancés et les ordres proposés (fin) alimentent le stock
tandis que les besoins bruts le font décroître.
• Les ordres proposés (OP = 500 en colonne 3) qui sont les ordres
suggérés par le système pour satisfaire les besoins à la date de
fin. La ligne début indique le lancement proposé de l’ordre en
tenant compte du délai (D) d’obtention de l’article (la date début
de l’OP donné en exemple est en période 3 – D = 3 – 2 = 1).

La dernière ligne, sous le tableau, contient les messages destinés au


gestionnaire. Nous les décrirons par la suite. Ici, par exemple, il lui est
proposé de lancer 500 articles S en période 1 afin qu’ils soient disponi-
bles en début de période 3.

2.3 Mécanisme du calcul des besoins

2.3.1 Logique du calcul des besoins


• Le besoin net de la période p (BNp) est obtenu en déduisant du
besoin brut de cette période (BBp) le stock prévisionnel existant
en début de période (SPp-1) et les ordres lancés attendus en
période p (OLp), comme indiqué sur la figure 7.5.
• Si le résultat est positif, le besoin net existe et il faut prévoir des
ordres de fabrication ou des ordres d’achats que le système pla-
cera avec date de fin p et date de début p – D.

212 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

• Le stock prévisionnel en fin de période p (SPp) s’obtient en ajou-


tant au stock prévisionnel de début de période, donc en fin de
période précédente (SPp-1), les ordres lancés (OLp) et proposés
(OPp) de la période, et en retranchant le besoin brut (BBp)
comme le rappelle la figure 7.5.

Le paragraphe suivant (§2.3.2) illustre ces calculs sur des exemples


numériques.

Figure 7.5 – Calcul du besoin net et du stock prévisionnel

BNp = BBp – SPp – 1 – OLp

SPp = SPp – 1 – OLp – BBp

Le schéma 7.6 rappelle la logique du calcul des besoins.

Figure 7.6 – Logique du calcul des besoins nets

Progamme directeur
de production (PDP)

éclatement
selon nomenclature

Besoins bruts
échéancés

Affectation des stocks


et en-cours

Besoins nets
échéancés

Ajustements
aux paramètres de gestion

Ordres proposés Messages


échéancés (anomalies ou propositions)

© Éditions d’Organisation 213


Gestion de production

On imaginera aisément à partir des exemples des paragraphes suivants


que le nombre d’opérations très simples générées par un calcul des
besoins est considérable dans le cas d’une entreprise. En effet, ce der-
nier porte sur des milliers d’articles décrits par les nomenclatures et
chaque tableau s’étend par exemple sur 53 périodes (nombre de
périodes d’une semaine pour un horizon d’un an)... L’utilisation d’un
ordinateur est donc indispensable.

2.3.2 Premier exemple de calcul des besoins

Nous allons illustrer le mécanisme décrit au paragraphe précédent à


l’aide d’un exemple simple : un produit fini PF est constitué de
2 articles S, chaque S étant fabriqué à partir de 0,5 kg de l’article M
(figure 7.7).

Figure 7.7 – Nomenclature multi-niveaux de PF

PF
×2
S
× 0,5 kg
M

Le tableau 7.8 détaille le mécanisme du calcul des besoins nets sur


l’exemple défini ci-avant. Pour l’article PF, tout d’abord, les besoins
bruts proviennent du programme directeur de production.

214 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Figure 7.8 – Calcul des besoins nets de l’article PF

St = 300 ; L = 250 ; D = 1
Article PF 1 2 3 4 5
Besoins bruts 100 150 150 200 250
Ordres lancés
Stocks prévisionnels 300 200 50 150 200 200
Fin 250 250 250
Ordres proposés
Début 250 250 250

Calculs pour le produit PF


Expliquons l’ensemble des calculs permettant de remplir le tableau
7.8 :
BN1 = BB1 – SP0 = 100 – 300 < 0 donc BN1 = 0
SP1 = SP0 – BB1 = 300 – 100 = 200

BN2 = BB2 – SP1 = 150 – 200 < 0 donc BN2 = 0


SP2 = SP1 – BB2 = 200 – 150 = 50

BN3 = BB3 – SP2 = 150 – 50 = 100 donc OP3 = Lot = 250


(avec début en
3 – D = 3 – 1 = 2)
SP3 = SP2 + OP3 – BB3 = 50 + 250 – 150 = 150

BN4 = BB4 – SP3 = 200 – 150 = 50 donc OP4 = 250


(avec début en
4 – D = 4 – 1 = 3)
SP4 = SP3 + OP4 – BB4 = 150 + 250 – 200 = 200

BN5 = BB5 – SP4 = 250 – 200 = 50 donc OP5 = 250


SP5 = SP4 + OP5 – BB5 = 200 + 250 – 250 = 200

© Éditions d’Organisation 215


Gestion de production

D’après la nomenclature (figure 7.7), pour commencer à produire un


article PF, il faut disposer de deux articles S. Il en résulte que, en début
des périodes 2, 3 et 4, les ordres proposés pour PF (date début en der-
nière ligne du tableau 7.8, rappelée en tête du tableau 7.9) créent les
besoins bruts de l’article S :

BB2 = BB3 = BB4 = 2 × 250 = 500 (tableau 7.9).

Puis, le même mécanisme que précédemment évalue les besoins nets


en article S et place des ordres proposés. Remarquons simplement que
la période 1 a un besoin brut nul et qu’en période 2 un ordre lancé est
attendu (ce dernier a normalement été lancé dans la période qui pré-
cède la période actuelle avec un délai de 2 et sera disponible en début
de période 2).

Figure 7.9 – Calcul des besoins nets de l’article S

Ordres proposés PF Début 250 250 250


St = 150 ; L = 500 ; D = 2
Article S 1 2 3 4 5
Besoins bruts 500 500 500
Ordres lancés 500
Stocks prévisionnels 150 150 150 150 150 150
Fin 500 500
Ordres proposés
Début 500 500
Message : Lancer 500 S en période 1

Calculs pour l’article S

BN1 = BB1 – SP0 = 0 – 150 < 0 donc BN1 = 0

SP1 = SP0 – BB1 = 150 – 0 = 150

BN2 = BB2 – SP1 – OL2 = 500 – 150 – 500 = – 150 <0


donc BN2 = 0

216 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

BN3 = BB3 – SP2 = 500 – 150 = 350 donc OP3 = 500


(avec début en
3 – D = 3 – 2 = 1)

SP3 = SP2 + OP3 – BB3 = 150 + 500 – 500 = 150

BN4 = BB4 – SP3 = 500 – 150 = 350 donc OP4 = 500


(avec début en
4 – D = 4 – 2 = 2)

SP4 = SP3 + OP4 – BB4 = 150 + 500 – 500 = 150

BB5 = 0 donc SP5 = SP4 = 150

Article M

Les besoins bruts en article M (tableau 7.10) sont entraînés par les
ordres proposés de S : BB1 = BB2 = 0,5 × 500 = 250.

Le calcul des besoins de l’article M se déroule encore de la même façon


avec notamment un ordre d’achat attendu en période 2 (normalement
lancé il y a 2 périodes). Nous constatons ici que le stock initial et cette
réception attendue suffisent pour assurer les besoins des 5 périodes
étudiées sans aucun ordre proposé.

Figure 7.10 – Calcul des besoins nets de l’article M

Ordres proposés S Début 500 500


St = 300 ; L = 200 ; D = 3
Article M 1 2 3 4 5
Besoins bruts 250 250
Ordres lancés 200
Stocks prévisionnels 300 50 0 0 0 0
Fin
Ordres proposés
Début

© Éditions d’Organisation 217


Gestion de production

2.3.3 Deuxième exemple de calcul des besoins (2 composés,


1 composant)

Prenons le cas d’un composant P utilisé dans les produits finis PF1 et
PF2, avec respectivement les coefficients 1 et 3 (figure 7.11).

Figure 7.11 – Nomenclatures de PF1 et PF2

PF1 PF2
×1 ×3
P P

Le calcul des besoins correspondant figure aux tableaux 7.12, 7.13 et


7.14. Remarquons simplement que le besoin brut de P est la somme du
besoin généré par PF1 et PF2. Ainsi, BB2 = 1 × 250 + 3 × 200 = 850.

Figure 7.12 – Calcul des besoins nets de l’article PF1

St = 300 ; L = 250 ; D = 1

Article PF1 1 2 3 4 5
Besoins bruts 100 150 150 200 250
Ordres lancés
Stocks prévisionnels 300 200 50 150 200 200
Fin 250 250 250
Ordres proposés
Début 250 250 250

218 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Figure 7.13 – Calcul des besoins nets de l’article PF2

St = 150 ; L = 200 ; D = 2

Article PF2 1 2 3 4 5
Besoins bruts 100 100
Ordres lancés
Stocks prévisionnels 150 150 50 50 150 150
Fin 200
Ordres proposés
Début 200

Figure 7.14 – Calcul des besoins nets de l’article P

St = 300 ; L = 600 ; D = 1

Article P 1 2 3 4 5
Besoins bruts 850 250 250
Ordres lancés
Stocks prévisionnels 300 300 50 400 150 150
Fin 600 600
Ordres proposés
Début 600 600
Message : Lancer 600 P en période 1

2.3.4 Troisième exemple (règle du plus bas niveau)

Considérons l’article A, composé d’un B et de deux C, où C est lui-


même composé d’un B (figure 7.15). La règle du plus bas niveau, vue
au chapitre 6 (§ 6.1), nous indique que l’article B est situé au niveau 2
(partie droite de la figure 7.15) pour réaliser le mécanisme d’explosion
des nomenclatures du calcul des besoins.

© Éditions d’Organisation 219


Gestion de production

Figure 7.15 – Application de la règle du plus bas niveau

niveaux
A 0 A

×1 ×2 ×2
B C 1 ×1 C
×1 ×1
B 2 B B

Les tableaux 7.16 à 7.18 décrivent le calcul. On remarquera qu’il est


nécessaire de remplir les tableaux concernant les articles A et C pour
connaître les besoins bruts de B.

Figure 7.16 – Calcul des besoins nets de l’article A

St = 450 ; L = 400 ; D = 1
Article A 1 2 3 4 5
Besoins bruts 200 200 200 200 200
Ordres lancés
Stocks prévisionnels 450 250 50 250 50 250
Fin 400 400
Ordres proposés
Début 400 400

Figure 7.17 – Calcul des besoins nets de l’article C

St = 850 ; L = 900 ; D = 1
Article C 1 2 3 4 5
Besoins bruts 800 800
Ordres lancés
Stocks prévisionnels 850 850 50 50 150 150
Fin 900
Ordres proposés
Début 900

220 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Figure 7.18 – Calcul des besoins nets de l’article B

St = 500 ; L = 800 ; D = 2
Article B 1 2 3 4 5
Besoins bruts 400 900 400
Ordres lancés
Stocks prévisionnels 500 500 100 0 400 400
Fin 800 800
Ordres proposés
Début 800 800
Message : Lancer 800 B

2.4 Les différents types d’ordres


Dans le calcul des besoins, trois types d’ordres sont utilisés :

• Les ordres proposés sont calculés par le système et, si les


besoins changent, ils seront automatiquement réordonnancés
par le système. De plus, ils sont systématiquement décomposés
en éléments selon les nomenclatures.

• Les ordres lancés sont en cours de réalisation (en fabrication ou


en approvisionnement). Les quantités et dates ont été fixées par
le gestionnaire au moment du lancement. Ils ne peuvent être
réordonnancés que par le gestionnaire (suite à un message par
exemple) et ne sont plus décomposés en éléments puisqu’ils
l’ont déjà été avant lancement.

• Les ordres fermes sont mis en place par le gestionnaire afin de


pouvoir figer les quantités et/ou les dates. Il s’agit d’un lance-
ment prévisionnel qui ne doit être utilisé que pour des situations
exceptionnelles (planifier une quantité différente du lot normal,
par exemple en cas de rupture, planifier des pièces à réaliser
dans un délai différent du délai habituel de fabrication ou
d’approvisionnement, notamment pour des problèmes de sur-
charge dans une période donnée...). S’il y a modification des
besoins, ces ordres ne sont pas réordonnancés par le système qui

© Éditions d’Organisation 221


Gestion de production

réagira par message. En revanche, n’étant pas physiquement lan-


cés, les ordres fermes doivent être décomposés en éléments
comme les ordres proposés.
Le tableau 7.19 montre l’utilisation d’un ordre ferme que le gestion-
naire a placé avec date de fin en période 4 car la dernière opération de
la gamme ne peut avoir lieu en période 5 (surcharge). On remarquera
que le système a réagi par message que le gestionnaire décidera de ne
pas suivre !
Figure 7.19 – Exemple d’ordre ferme

St = 190 ; L = 500 ; D = 2

Article X127 1 2 3 4 5
Besoins bruts 150 180 140 200 210
Ordres lancés 500
Stocks prévisionnels 190 40 360 220 520 310
Ordres proposés Fin 500 F
Début 500 F
Message :
Reculer ordre de 500 X127 avec date de fin en période 4 pour fin en période 5.

2.5 Les messages du calcul des besoins


Nous avons déjà indiqué précédemment que le calcul des besoins pro-
duisait deux types de résultats : d’une part, il émet des propositions
d’ordres que nous venons de détailler, d’autre part, il propose des mes-
sages. Ceux-ci sont destinés au gestionnaire afin de l’aider à prendre
des décisions anticipées sur des problèmes potentiels détectés. Remar-
quons, dans les deux cas, que ce n’est pas le système informatique qui
décide ; il ne constitue qu’une aide à la décision pour le gestionnaire.
Le premier type de message est le plus fréquent et il est tout à fait
normal : lancer un ordre proposé en début de période courante. Il cor-
respond à une valeur dans la ligne « Ordres proposés début » de
l’échéancier du calcul des besoins. Nous en avons un exemple au
tableau 7.14.

222 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Les messages d’anomalie courants sont Avancer ou Reculer un ordre


lancé ou un ordre ferme. L’ordre devrait être réordonnancé en avance
de n périodes pour compenser un stock prévisionnel négatif ou en
retard de n périodes pour éviter un stock prévisionnel trop important.
Au paragraphe précédent, nous avons vu ce message dans l’exemple
de l’ordre ferme (tableau 7.19). Un message plus rare propose d’Annu-
ler un ordre car le besoin n’existe plus.

2.6 Stocks de sécurité


Dans tout le paragraphe concernant le calcul des besoins, nous
n’avons pas parlé de stock de sécurité, car une entreprise qui maîtrise
bien sa gestion de production peut se passer de stock de sécurité au
niveau des composants fabriqués et des sous-ensembles. Dans le cas
de rebuts variables, toutefois, un stock de sécurité peut constituer un
« coussin ». L’existence d’un stock de sécurité se traite aisément
puisqu’il suffit de remarquer que ce n’est plus un besoin net positif,
mais simplement supérieur au stock de sécurité qui déclenche un ordre
proposé (par exemple, s’il y a un stock de sécurité de 50, un ordre pro-
posé aura une date de fin dans la période dès que le stock prévisionnel
atteindra 50). Une autre manière de le prendre en compte est de sous-
traire le stock de sécurité du stock initial et de pratiquer comme
précédemment : la figure 7.20 reprend le calcul du tableau 7.14 dans le
cas d’un stock de sécurité de 50.

Figure 7.20 – Exemple de calcul des besoins nets


avec stock de sécurité
SS = 50 ; St = 300 ; L = 600 ; D = 1

Article P 1 2 3 4 5
Besoins bruts 850 250 250
Ordres lancés
Stocks prévisionnels 250 250 0 350 100 100
Fin 600 600
Ordres proposés
Début 600 600
Message : Lancer 600 P

© Éditions d’Organisation 223


Gestion de production

3. Le plan industriel et commercial (PIC)

3.1 Définition et objectif du PIC


Nous venons de détailler le maillon inférieur de la planification, le cal-
cul des besoins. Le plan industriel et commercial (PIC), quant à lui, est
situé au plus haut niveau du management des ressources de la produc-
tion, juste en dessous du plan stratégique de l’entreprise (figure 7.2).
C’est l’élément de base de la planification élaboré par un dialogue
constructif entre les responsables commerciaux, de la production, des
achats... et la direction de l’entreprise.

Il a pour objet de permettre un cadrage global de l’activité, établi par


famille de produits. Ce cadrage facilite l’orientation de l’allocation des
ressources clés de l’entreprise qui peuvent être : la main-d’œuvre, la
capacité machines, les approvisionnements longs, les heures de bureau
d’études...

Le plan industriel et commercial permet d’anticiper globalement les


problèmes potentiels, notamment une inadéquation entre la capacité
de l’entreprise et la charge induite par les besoins commerciaux. La
prise de décision anticipée permet d’assurer, à un niveau global, le ser-
vice client souhaité.

La maîtrise du PIC impose un nombre limité de familles compris entre


5 et 20 selon les entreprises. Le caractère global se retrouve dans la
taille des périodes utilisées : le mois et même le trimestre (au-delà d’un
an). L’horizon dépend du délai total des produits, du délai d’acquisi-
tion des équipements..., et sera de 18 mois à 2 ans ou même plus.

L’unité employée doit pouvoir représenter les familles de produits et


être bien comprise des acteurs du PIC. Elle doit être suffisamment glo-
bale, là encore : tonne, heures standard... Une unité souvent utilisée et
qui se justifie à ce niveau de management de l’entreprise est l’euro ou
le millier d’euros (k€).

Le PIC est généralement revu au cours d’une réunion mensuelle entre


direction générale et directeurs opérationnels. Les acteurs principaux
en sont les directions commerciale, industrielle et logistique. Cette ren-

224 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

contre au plus haut niveau est essentielle, car elle permet de faire le
point sur le fonctionnement de l’entreprise. Elle nécessite donc la pré-
sence de tous les acteurs cités.

3.2 Établissement du PIC


Le PIC est un contrat global entre le service Production et le service
Commercial. La démarche qu’il propose repose sur l’établissement de
prévisions de vente et de production. Remarquons que les prévisions
portant sur des familles plutôt que sur des produits et des périodes
relativement longues ont une meilleure précision. Il est important, en
outre, que les prévisions de production tiennent compte des possibili-
tés réelles de production de l’entreprise.

La responsabilité des prévisions de vente incombe au service Commer-


cial et celle des prévisions de production appartient au service Produc-
tion. La logique conduit à définir le stock disponible à chaque fin de
période.

L’objectif de stock est un compromis entre plusieurs intérêts


contradictoires : le souhait du service Commercial de disposer d’un
stock suffisamment copieux afin d’assurer un bon service client,
l’objectif économique de l’entreprise cherchant à minimiser l’immobili-
sation financière et, enfin, les possibilités de production ne permettant
pas de suivre les variations brutales de la demande et l’obligeant à lis-
ser la charge.

Le document du PIC (figure 7.21) comporte trois tableaux : Ventes,


Production et Stocks. Par ailleurs, chacun de ces tableaux dispose, à
gauche, d’une partie « passé » où nous trouverons des valeurs réelles
et, à droite, d’une partie « futur » où ne figureront que des prévisions.
En ce qui concerne le passé, des indicateurs permettent de comparer
les prévisions et le réel. Ici, par exemple, sont mentionnés les écarts
« réel-prévisionnel » et un écart en pourcentage (attention, pour le
stock, il s’agit du pourcentage par rapport à l’objectif). Au prochain
paragraphe (§ 3.3), nous calculerons ces indicateurs, ce qui permettra
de bien les assimiler. En outre, en bas et à droite, figure l’objectif de
stock correspondant à l’objectif financier décidé.

© Éditions d’Organisation 225


Gestion de production

Figure 7.21 – Échéancier du PIC

Famille : Unité : Date :

Ventes M–3 M–2 M–1 M M+1 M+2 M+3 M+4


Prévisionnel
Réel
Écart
Écart en %

Production M–3 M–2 M–1 M M+1 M+2 M+3 M+4


Prévisionnel
Réel
Écart
Écart en %

Stock M–3 M–2 M–1 M M+1 M+2 M+3 M+4


Prévisionnel
Réel
Écart
% d’objectif

Objectif de stock :

226 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

3.3 Exemple de PIC


La figure 7.22 illustre l’établissement du PIC de la famille A au cours
de la réunion du 2 avril. Les colonnes de janvier et février ont déjà été
remplies lors des réunions analogues des deux mois précédents et les
valeurs réelles de vente et de production du mois de mars viennent
d’être connues. Le nouveau stock réel est :

Smar = Sfév + Pmar – Vmar = 210 + 490 – 510 = 190

Les indicateurs de performances, mis en place au §3.2, sont les


suivants :

510 – 500 = 10 soit 10/500 = 2 % pour la vente

490 – 510 = –20 soit – 20/510 = – 4 % pour la production

190 – 210 = –20 avec 190/250 = 76 % de l’objectif de stock

L’examen des trois mois passés montre que la production n’a pas
atteint ses prévisions et que le service commercial les a dépassées. Le
stock est actuellement tombé en dessous de la fourchette prévue. La
réunion de PIC est là pour décider de la politique à choisir. Nous
complétons les tableaux en supposant que les problèmes de produc-
tion soient résolus et permettent d’être au niveau 520 k€ pour les mois
à venir. Avec les ventes prévues, le niveau de stock remontera rapide-
ment vers l’objectif.

Figure 7.22 – Établissement du PIC


Famille : A Unité : k€ Date : 2 avril

Ventes Jan Fév Mars Avril Mai Juin Juil Août


Prévisionnel 500 500 500 500 500 510 510 520
Réel 510 510 510
Écart 10 10 10
Écart en % 2 2 2

© Éditions d’Organisation 227


Gestion de production

Production Jan Fév Mars Avril Mai Juin Juil Août


Prévisionnel 490 500 510 520 520 520 520 520
Réel 480 490 490
Écart – 10 – 10 – 20
Écart en % –2 –2 –4

Stock Jan Fév Mars Avril Mai Juin Juil Août


Prévisionnel 250 230 210 210 230 240 250 250
Réel 230 210 190
Écart – 20 – 20 – 20
% d’objectif 92 84 76

300
Objectif de stock : 250
200

Lors de l’établissement du PIC, on peut choisir entre deux politiques


extrêmes :
• La première où la production suit les variations des prévisions
commerciales avec une nécessaire flexibilité.
• La seconde où, au contraire, la production est lissée, c’est-à-dire
à niveau constant, ce qui entraîne des variations de stock (avec
risque de stock élevé à certains moments et risque de rupture à
d’autres).
Naturellement, entre ces deux solutions, il est possible de faire un
choix intermédiaire permettant de suivre dans une certaine mesure les
variations de la demande et en modulant la capacité des ressources de
production. C’est ce qui est fait dans les entreprises à caractère saison-
nier prononcé, par exemple, celles fabriquant des matériels de sports
d’hiver. On stocke avant la saison malgré une capacité réduite (horaire
réduit avec congé) et on accroît la capacité (horaire lourd et embauche
d’intérimaires) au moment de la forte demande.

228 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

3.4 Calcul global de charge au niveau du PIC


Pour que le management des ressources de la production donne des
résultats qui puissent être appliqués au niveau de l’exécution, il est
fondamental que, dès le départ, le niveau du plan industriel et com-
mercial soit réaliste en termes d’équilibre entre charge et capacité. Si la
charge dépasse la capacité de la ressource considérée, deux solutions
extrêmes sont possibles : augmenter la capacité ou diminuer la charge.
Et là encore toute solution intermédiaire est envisageable. On peut
remarquer qu’en règle générale, une entreprise préférera augmenter la
capacité car la charge correspond, en principe, à une demande des
clients. Dans le cas du PIC, le calcul global de charge sera effectué sur
les ressources critiques de l’entreprise.
En cas de surcharge, les actions consisteront, par exemple, en :
• heures supplémentaires ;
• emprunt de personnel à d’autres ateliers ;
• transfert d’activité sur d’autres ateliers ;
• embauche de personnel ;
• sous-traitance ;
• différé d’actions commerciales (promotions) ;
• mise en place d’équipes de week-end ;
• achat d’équipements ;
• achat de machines.
En cas de sous-charge, les actions consisteront en :
• réduction des heures supplémentaires ;
• prêts de personnel à d’autres ateliers ;
• arrêt de contrat de travail temporaire ;
• limitation de la sous-traitance ;
• relance d’actions commerciales ;
• suppression de machines (transfert, revente, arrêt simple) ;
• chômage technique.

© Éditions d’Organisation 229


Gestion de production

L’horizon suffisamment « grand » doit permettre de déclencher ces


mesures à temps, notamment quand elles demandent une préparation
ou une mise en place importante (délai de livraison d’une grosse
machine, formation de personnes embauchées).
En établissant le PIC d’une famille, nous avons déjà évoqué ce besoin
en capacité. Mais une certaine ressource sera a priori utilisée par plu-
sieurs familles de produits. Il faudra donc établir l’équilibre charge /
capacité à partir de tous les PIC impliqués. Nous allons maintenant
montrer le principe du calcul qui, évidemment, présente un caractère
global.
Prenons comme exemple de ressource le personnel d’un atelier
d’emboutissage où passent 4 familles de produits A, B, C et D. Des
ratios donnent le nombre de personnes nécessaires pour produire
100 k€ par jour (tableau 7.23).

Figure 7.23 – Ratios utilisés


pour le calcul des charges globales du PIC

Familles Ratio
A 5
B 2
C 3
D 2

Le plan industriel (le PI est la partie Production du PIC) pour les


4 familles est donné dans le tableau 7.24.

Figure 7.24 – Plans industriels des familles A, B, C et D

PIC (en k€/jour)


février mars avril mai juin
Famille A 200 180 210 230 200
Famille B 400 300 200 250 200
Famille C 400 400 500 600 500
Famille D 250 200 225 225 200

230 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Pour calculer le nombre de personnes nécessaires dans l’atelier consi-


déré, il suffit d’appliquer les ratios précédents. Le tableau 7.25 donne
la charge correspondante. Ainsi, pour février, il faut :
5 × 2 + 2 × 4 + 3 × 4 + 2 × 2,5 = 35 personnes.

Figure 7.25 – Calcul de la charge déduite du PI

charge (nombre de personnes)


février mars avril mai juin
Famille A 10 9 10,5 11,5 10
Famille B 8 6 4 5 4
Famille C 12 12 15 18 15
Famille D 5 4 4,5 4,5 4
Total 35 31 34 39 33

Les ratios utilisés seront réactualisés une à deux fois par an selon la
variation observée dans l’entreprise. Ajoutons que le calcul global de
charge au niveau du PIC pourrait tout aussi bien porter sur la charge
machine d’un atelier, mais le principe d’évaluation globale sur des pro-
duits « moyens » représentant les familles serait analogue.
On comprend aisément l’utilité du PIC, outil simple d’utilisation mais
puissant, pour établir la planification globale de l’activité. Et son grand
intérêt est de permettre d’y procéder sous la forme d’un contrat entre
les responsables des diverses fonctions de l’entreprise.

© Éditions d’Organisation 231


Gestion de production

4. Le programme directeur de production


(PDP)

4.1 Définition et objectif du PDP


Le programme directeur de production (PDP) est un élément fonda-
mental du management des ressources de la production. Il établit une
passerelle entre le Plan industriel et commercial et le Calcul des
besoins. C’est un contrat qui définit de façon précise l’échéancier des
quantités à produire pour chaque produit fini. Il est donc essentiel pour
la fonction Commerciale qui veut satisfaire les clients de l’entreprise et
pour la fonction Production car il va constituer le programme de réfé-
rence pour la production. S’il est évident que l’idéal est de produire ce
qui sera vendu, les contraintes industrielles existent et le PDP permet-
tra d’en tenir compte. Un autre rôle important du PDP, c’est d’aider le
gestionnaire à anticiper les variations commerciales.

Voici les principales fonctions du PDP :


• Il dirige le calcul des besoins, c’est-à-dire que, donnant les ordres
de fabrication pour les produits finis, il induit l’explosion du cal-
cul des besoins à travers les nomenclatures.
• Il concrétise le plan industriel (tableau Production du PIC)
puisqu’il traduit en produits finis réels chaque famille du PIC.
• Il permet de suivre les ventes réelles en comparant les comman-
des reçues avec les prévisions.
• Il met à disposition du service Commercial le disponible à vendre
qui est un outil donnant le nombre de produits finis disponibles
à la vente sans remettre en cause le PDP prévu et donc sans
déstabiliser la production.
• Il permet enfin de mesurer l’évolution du stock (avec niveau suf-
fisant pour un bon service client et pas excessif pour raison éco-
nomique).
Alors que le plan industriel et commercial s’appuie sur des périodes
mensuelles, le PDP recourt à un échéancier dont la période est généra-
lement la semaine (ou même le jour). Son horizon total couvre au

232 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

moins le délai cumulé de tous les composants nécessaires à son élabo-


ration. Il est, par exemple, de l’ordre de un an. C’est un calcul glissant
de période en période.

4.2 L’échéancier du PDP


L’échéancier de chaque article géré au PDP (pensons aux produits finis
pour simplifier) se présente sous la forme indiquée à la figure 7.26.

Figure 7.26 – Échéancier du PDP

St = 125 ; L = 100 ; D = 1 ; SS = 5 ; ZF = 3
1 2 3 4 5 6 7
Prévisions de vente 5 20 30 40 45 50 50
Commandes fermes 35 20 15 5 2
Disponible prévisionnel 120 80 40 95 50 3 53 3
PDP (date de fin) 100 100
Disponible À vendre
PDP (date de début) 100 100

ferme libre = prévisionnel

Comme pour l’échéancier du calcul des besoins, les colonnes corres-


pondent aux périodes successives à partir de la date actuelle. Les
valeurs sont valables en début de période, sauf pour le disponible pré-
visionnel qui donne la valeur en fin de période. Le tableau rempli
représente le PDP qui est établi en se plaçant au début de la première
période indiquée.
En tête du tableau figurent les valeurs analogues au cas du calcul des
besoins : stock de départ (St), taille de lot (L) et délai d’obtention (D).
Deux autres valeurs complètent cet en-tête. D’une part, le stock de
sécurité (SS), destiné à assurer un bon service client malgré l’impréci-
sion des prévisions commerciales. D’autre part, la limite de zone ferme
(ZF) qui partage l’horizon de planification en deux zones, ce qui est
illustré, dans le tableau, par la double barre verticale. À l’intérieur de

© Éditions d’Organisation 233


Gestion de production

ZF, les ordres du PDP sont des ordres fermes, non modifiables par le
système informatique, mais seulement par le gestionnaire du PDP (voir
la définition donnée au paragraphe 2.4, « Les différents types
d’ordre ») alors qu’au-delà de ZF, des ordres proposés sont placés
comme dans un calcul des besoins. Le rôle de la limite ZF est naturel-
lement de stabiliser le PDP et de lui éviter une trop grande nervosité.
En effet, sa modification permanente entraînerait une remise en cause
constante des ordres, des ruptures, car les composants du produit fini
n’auraient pas été prévus, mais aussi une efficacité bien faible de la
production et un service client de mauvaise qualité. Des modifications
peuvent être envisagées dans la zone ferme. Cependant, ces modifica-
tions exceptionnelles doivent être placées sous la responsabilité du
gestionnaire qui prend l’accord de la production. Et, bien sûr, l’entre-
prise cherchera à réduire la taille de cette zone ferme en maîtrisant et
en diminuant les délais de production.

Les lignes du tableau donnent, successivement :

• Les prévisions de ventes (PV) qui constituent une double


répartition des prévisions globales antérieures du PIC, d’une
part, entre tous les produits de la famille et, d’autre part, sur les
périodes du PDP composant celle du PIC.

• Les commandes fermes (CF) enregistrées par l’entreprise pour les


périodes à venir. Il est bien évident que ces commandes sont
connues pour les périodes proches de la date actuelle et qu’il y
en a habituellement de moins en moins pour des périodes plus
lointaines. Toutes ces commandes fermes consomment les pré-
visions de vente, c’est-à-dire que l’entrée d’une valeur C dans la
ligne des commandes retranche C à la ligne des prévisions. La
valeur qui reste dans la ligne « Prévisions de vente » correspond
aux commandes que l’entreprise a encore prévu de recevoir. Si la
somme des commandes dépasse la prévision correspondante,
une valeur négative apparaîtra dans la première ligne. Le signe
« moins » n’aura pas d’autre but que de souligner ce
dépassement et faire remarquer que l’entreprise ne s’attend pas à
d’autres commandes puisque les commandes acceptées sont déjà
supérieures aux prévisions.

234 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

• Le disponible prévisionnel (DP) est le stock réel auquel on retran-


che le stock de sécurité. Tout passage à zéro signifie donc un
besoin de recomplètement en produit, mais il en reste encore,
physiquement, la valeur du stock de sécurité.
• Les ordres du PDP, pour lesquels la ligne « date de fin » traduit
une quantité disponible en début de période. Comme indiqué un
peu plus haut à propos de la limite de zone de ferme, il s’agit
d’ordres fermes avant cette limite et, normalement, d’ordres pro-
posés automatiquement par le système, au-delà.
• Le disponible à vendre (DAV) qui donne le nombre de produits
disponibles à la vente sans modifier le PDP.
• La ligne « début » des ordres du PDP indique la période du lance-
ment, avec décalage dû au délai, et correspond donc à la tête du
calcul des besoins. Cette ligne engendrera les besoins bruts des
articles de niveau immédiatement inférieur au produit fini consi-
déré.
• La ligne Message alertera le gestionnaire de toute anomalie. C’est
notamment le moyen d’expression du système informatique à
l’intérieur de la zone ferme où toute modification est réservée au
gestionnaire.

© Éditions d’Organisation 235


Gestion de production

4.3 Exemple de PDP


Le tableau 7.27 donne un exemple de PDP dont nous allons détailler le
calcul.
Figure 7.27 – Exemple de PDP

St = 125 ; L = 100 ; D = 1 ; SS = 5 ; ZF = 4
1 2 3 4 5 6 7
Prévisions de vente 5 20 30 40 45 50 50
Commandes fermes 35 20 15 5 2
Disponible prévisionnel 120 80 40 95 50 3 53 3
PDP (date de fin) 100 100
Disponible À vendre
PDP) (date de début) 100 100

Les paramètres de gestion figurent en tête. Le besoin commercial est


donné sur les deux premières lignes. On remarquera que les comman-
des déjà enregistrées décroissent vers le futur et que les commandes
consomment les prévisions : dans la période 1, par exemple, les pré-
visions initiales étaient de 40 mais 35 produits ont été commandés et
on prévoit encore 5 commandes.

Montrons le déroulement du calcul, en soulignant les différences par


rapport à un Calcul des besoins. Rappelons-nous notamment l’exis-
tence d’ordres fermes dans la zone ferme, c’est-à-dire d’ordres déjà
placés précédemment par le gestionnaire (ici, 100 produits sont prévus
dans un ordre ferme avec date de début en période 2 pour date de fin
en période 3).

DP0 = St – SS = 125 – 5 = 120


DP1 = DP0 – PV1 – CF1 = 120 – 5– 35 = 80
DP2 = DP1 – PV2 – CF2 = 80 – 20 – 20 = 40
DP3 = DP2 + PDP3 – PV3 – CF3 = 40 + 100 – 30 – 15 = 95
DP4 = DP3 – PV4 – CF4 = 95 – 40– 5 = 50

236 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Si, dans une des périodes précédentes, le disponible prévisionnel était


devenu négatif, il y aurait eu un message avec proposition de solution
de placer un ordre, mais pas d’ordre proposé car nous sommes dans la
zone ferme. Au contraire, au-delà de ZF, le calcul est analogue à un
calcul des besoins :
DP5 = DP4 – PV5 – CF5 = 50 – 45 – 2 = 3
DP6 = DP5 – PV6 = 3 – 50 < 0
donc, ordre proposé PDP6 = 100
(avec début en 6 – D = 6 – 1 = 5)
et DP6 = DP5 + PDP6 – PV6 = 3 + 100 – 50 = 53
etc.
Poursuivons le même exemple afin d’expliquer le calcul du disponible
à vendre (tableau 7.28).

Figure 7.28 – Calcul du disponible à vendre (DAV)

St = 125 ; L = 100 ; D = 1 ; SS = 5 ; ZF = 4
1 2 3 4 5 6 7
Prévisions de vente 5 20 30 40 45 50 50
Commandes fermes 35 20 15 5 2
Disponible prévisionnel 120 80 40 95 50 3 53 3
PDP (date de fin) 100 100
Disponible À vendre 70 78 100
PDP (date de début) 100 100

Le DAV donne tout ce qui peut être encore promis à des clients. Une
valeur est à donner en première période, puis chaque fois qu’il y a une
nouvelle ressource, donc un ordre en PDP Fin : ici, en périodes 1,3 et 6.
En période 1, le stock existant est de 125 (car tout le stock, y compris
le stock de sécurité, peut être vendu... sinon à quoi servirait le stock de
sécurité ?) ; or, tout ce qui est déjà promis à des clients jusqu’à la pro-
chaine ressource (période 3) est de 35 + 20.

© Éditions d’Organisation 237


Gestion de production

DAV1 = St – CF1 – CF2 = 125 – 35– 20 = 70

Remarquons que, s’il existait un ordre au PDP (ordre lancé figurant en


PDP date de fin), il faudrait l’ajouter au stock.

Pour les périodes autres que la première, on ne doit tenir compte que
des ressources PDP, car tout le disponible prévisionnel a pu être vendu
(il est inclus dans le DAV précédent).

DAV3 = PDP3 – CF3 – CF4 – CF5 = 100 – 15 – 5 – 2 = 78

DAV6 = PDP6 = 100 puisqu’il n’y a plus de commandes.

Remarques

Nous avons fixé ici des conventions simples pour illustrer, tout
d’abord, la consommation des prévisions par les commandes. Nous
avons également divisé l’horizon de planification en deux zones ; elles
peuvent être au nombre de trois : zone gelée (modification exception-
nelle avec accord de la production), zone négociable (modification
possible après vérification de disponibilité des composants et de la
capacité) et zone libre.

4.4 Calcul des charges globales et réalisme du PDP

Le plan industriel et commercial a été établi en volume de production


de familles de produits avant d’être validé par un calcul global de
charge. Puis nous sommes passés au niveau des PDP et, là encore, les
ordres de fabrication de produits finis ont été placés sans regarder, a
priori, les conséquences en termes de charge. Dans le même esprit que
celui du PIC, pour s’assurer du réalisme du PDP avant de le valider, un
calcul de charges globales est effectué à partir de critères qui seront
plus fins que ceux du PIC puisque étant caractéristiques de produits au
lieu d’une famille. C’est ce PDP validé qui constitue le programme de
référence pour réaliser l’explosion du calcul des besoins.

238 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

4.5 La mesure des performances du PDP

En décrivant les fonctions du PDP, nous avons dit qu’il concrétisait le


plan industriel et commercial, c’est-à-dire qu’il traduisait en termes de
produits finis le plan industriel de la famille de produits. Soyons plus
clair encore : si une famille A comprend n produits finis Ai, cela signi-
fie que le PIC de la famille A est éclaté en n PDP, chacun relatif à un
produit Ai. Il est alors bien évident qu’il doit y avoir cohérence entre le
PIC A et l’ensemble des PDP Ai. L’exercice de synthèse présenté en fin
de chapitre aborde notamment cet aspect.

Par ailleurs, le PDP étant l’échéancier des quantités de produits finis


destinés à satisfaire nos clients, il importe que les ordres mis au PDP
fournissent à la date attendue les quantités prévues. En mettant en
place des indicateurs simples, on pourra suivre cette réalisation et en
déduire le réalisme de la planification à moyen terme et, en cas de pro-
blème, en chercher les causes afin d’y remédier.

5. Les charges détaillées


Le réalisme du PIC est vérifié par un calcul des charges globales per-
mettant de les comparer aux capacités globales (§ 3.4, « Calcul global
de charge au niveau du PIC »). Ensuite, pour la même raison, le PDP
est validé par un calcul des charges (§ 4.4, « Calcul des charges globa-
les et réalisme du PDP »). Au niveau du calcul des besoins nets, de
même, il est nécessaire de calculer les charges afin de les comparer aux
capacités disponibles. De plus, il est alors possible de les calculer en
détail.

Ainsi, le calcul des charges détaillées a pour objectif de déterminer, de


façon précise, l’échéancier des charges de chaque centre de charge de
l’entreprise. Rappelons qu’un centre de charge peut être une machine,
un groupe de machines, un opérateur, un atelier... Le but en est de
détecter toute surcharge dès la planification, car elle conduirait à un
problème lors de l’exécution.

© Éditions d’Organisation 239


Gestion de production

Pour être efficace, le Calcul des charges détaillées doit porter sur tous
les ordres qui vont apporter une charge : ordres lancés (par les opéra-
tions non encore exécutées), ordres planifiés fermes et ordres pro-
posés.
Pour chaque ordre i, on connaît la quantité de l’article et la date de fin
de l’ordre. La gamme associée donne l’échéancement des opérations
avec, pour chaque opération, le centre de charge j concerné, les temps
de changement de série ou préparation et le temps unitaire d’exécu-
tion. Il est donc aisé d’affecter les opérations exécutées sur chaque
centre de charge dans la période concernée et d’effectuer le calcul de la
charge résultante :
Temps Prépa + Temps Exéc. × Nombre (figure 7.29).

Figure 7.29
Charge d’un ordre de fabrication sur un centre de charge

Temps de changement de série : 0,5 h


Temps unitaire d’exécution : 0,01 h
Nombre d’articles à produire : 200
Charge induite : 0,5 + 0,01 × 200 = 2,5 h

La charge du centre j sera la somme des charges apportées par tous les
ordres i exécutés dans la période considérée (figure 7.30).

Figure 7.30 – Charge totale sur un centre de charge

Période 8 Centre de charge EX002


Ordre de fabrication Opération Charge (h)
OF 257 20 18
OF 278 30 12
OF 327 20 25
OF 352 40 11
TOTAL 66

L’échéancier des charges est souvent représenté sous la forme d’un


profil de charge (figure 7.31).

240 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Figure 7.31 – Profil de charge d’un centre de charge

Capacité Charge Charge/capacité 100 %


Périodes
(h) (h) (%)
7 120 90 75
8 120 108 90
9 80 105 130
10 120 95 79
11 120 120 100
12 120 145 120
13 80 90 112
14 120 85 70

Pour cette représentation, la charge de chaque période est calculée


comme indiqué précédemment. Quant à la capacité, elle provient du
fichier des centres de charge avec le calendrier associé (voir
chapitre 6). Le diagramme illustre les rapports charge/capacité de cha-
que période et repère les écarts à la ligne charge = 100 % (capacité).
Le schéma peut être dessiné avec l’axe des temps vertical comme sur
la figure 7.31 ou horizontal comme dans l’exemple de synthèse décrit
en fin de chapitre.
Le profil de charge est une représentation très visuelle qui permet de
mettre clairement en évidence les périodes de surcharge et de sous-
charge. Il est alors aisé d’anticiper les problèmes et de prendre les
mesures appropriées pour lisser la charge en respectant les dates de
besoin. En cas de surcharge, deux solutions extrêmes consistent à aug-
menter la capacité ou réduire la charge, et toute solution intermédiaire
est envisageable. Voici quelques actions sur la capacité : machine de
remplacement, machine supplémentaire, heures supplémentaires,
transfert de personnel d’un autre atelier, équipe de week-end, sous-
traitance... et quelques actions sur la charge : avancer certains ordres,
retarder certaines opérations (retard récupérable sur des temps
d’attente), fractionner des ordres... Dans le cas de sous-charge, les
solutions opposées s’appliqueront. Remarquons que la solution indus-
trielle à ces problèmes devra gérer, d’une part, les contraintes du ser-
vice client et de respect de la date de besoin et, d’autre part, des
aspects économiques de coût.

© Éditions d’Organisation 241


Gestion de production

6. La gestion d’atelier

6.1 Définition

La planification à trois niveaux successifs (PIC, PDP et calcul des


besoins), respectivement validés par les calculs de charges, a conduit à
des ordres proposés. Le gestionnaire va maintenant devoir en lancer
l’exécution, c’est-à-dire les transmettre à l’atelier pour réalisation. Le
but de la gestion d’atelier est d’aider celui-ci à livrer les bons ordres de
fabrication à la bonne date et notamment d’agir pour rendre disponible
la capacité nécessaire.

Nous appellerons pilotage des activités de production (PAP) l’activité


destinée à piloter l’exécution qui a été planifiée dans la partie supé-
rieure de MRP2. Le mot pilotage est choisi volontairement pour souli-
gner l’interactivité par opposition au mot traditionnel de suivi de
production qui semble ne représenter qu’une course après la réalité
sans souhait d’intervenir ! Nous allons, dans cette activité, passer de la
planification à l’évolution des produits dans l’entreprise, jusqu’à la sor-
tie des produits de l’atelier vers le magasin de stockage des « produits
finis ». Parallèlement à cette évolution physique des produits, les ordres
de fabrication (OF) vont évoluer selon leur état : ordre proposé, ordre
lancé (ou ouvert, ou en cours), jusqu’à l’état ordre fermé.

Le PAP cherche à optimiser la relation entre les hommes, les machines,


les stocks et les mouvements physiques (des matières premières aux
produits finis) pour exécuter le PDP, contrôler les priorités, améliorer
l’efficacité (productivité), minimiser les stocks, diminuer les en-cours
et améliorer le service client.

Les ressources pilotées sont les suivantes : le personnel (heures


supplémentaires, transferts entre centres de charges, emploi à temps
partiel, multiples équipes...), l’outillage (équipements et appareils spé-
ciaux pour préparer et exécuter les opérations), les machines (capaci-
tés disponibles pour absorber la charge) et les matériaux (stocks pour
réaliser les OF).

242 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

6.2 Activités lors de l’exécution

Le PAP recouvre cinq principales activités lors de l’exécution.

6.2.1 Vérification et lancement

Ce sont les activités à mener avant de lancer l’ordre à l’atelier (docu-


mentation de l’ordre pour sa réalisation et son suivi, disponibilité des
composants et matières premières nécessaires, disponibilité de la capa-
cité et répartition de la charge).

6.2.2 Programmation détaillée

Elle donne le séquencement des ordres (liste de lancement et alloca-


tion des ressources), la disponibilité des ressources (avec notamment
les maintenances programmées) et toutes autres affectations influant
sur l’atelier (arrêts programmés, transferts de main-d’œuvre...). Le
jalonnement des opérations détermine les dates de début et de fin de
chacune des opérations nécessaires à l’exécution d’un ordre de fabrica-
tion (OF). Le point de départ du calcul est la date de fin de l’OF. Il
prend en compte des informations issues des données techniques :
gammes (temps de changement de série et temps d’exécution) et cen-
tres de charge (temps d’attente moyen devant le centre et temps de
transit entre centres).

Une liste de priorités donne la séquence des ordres à exécuter. Elle est
fondée sur une règle de priorité. Soulignons immédiatement qu’une
règle de priorité doit être simple, facile à interpréter, en accord avec la
planification, et surtout qu’elle n’est pas un substitut à la répartition
des charges. Une surcharge de planification d’un atelier n’est en aucun
cas soluble par des priorités ! Le tableau 7.32 rappelle quelques règles
simples et bien connues déjà évoquées dans la gestion par la méthode
Gantt.

On remarquera que certaines ne font pas référence à une date de fin


(nos 2, 3, 4) et que chacune avantage certains OF aux dépens des
autres. Le tableau 7.33 donne un exemple d’utilisation de ces règles.

© Éditions d’Organisation 243


Gestion de production

Figure 7.32 – Quelques règles de priorité des OF

N˚ Règle Explication
1 date de fin la plus proche date fin– date actuelle
2 FIFO (first in first out) priorité dans l’ordre d’arrivée
3 LIFO (last in first out) priorité au dernier arrivé
4 marge minimale (temps restant – temps opératoires
restants) minimal
5 marge moyenne marge /nombre d’opérations minimale
par opération minimale
6 rapport critique (ratio critique) temps restant /travail restant minimal

Exemple

Figure 7.33 – Exemple d’utilisation des règles de priorité

Nous sommes le jour 50 devant le poste T907 et on dispose des informations


indiquées ci-après. Quelle sera la séquence de passage sur le poste si on suit
les règles de priorité ?
1. FIFO ;
2. date de fin la plus proche ;
3. plus court temps d’exécution ;
4. rapport critique ?

Temps
N° OF Jour d’arrivée Date de fin Travail restant (j)
d’exécution (h)
101 42 5 56 4
127 45 3 53 3
243 44 2 51 2
204 49 4 52 3
125 50 1 55 2

244 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Réponses
1. 101 – 243 – 127 – 204 – 125
2. 243 – 204 – 127 – 125 – 101
3. 125 – 243 – 127 – 204 – 101
4.
N° OF Temps restant Travail restant Rapport critique
101 56 – 50 = 6 4 1,5
127 53 – 50 = 3 3 1,0
243 51 – 50 = 1 2 0,5
204 52 – 50 = 2 3 0,7
125 55 – 50 = 5 2 2,5

donc liste de priorité : 243 – 204 – 127 – 101 – 125

On remarquera que l’OF 243, le plus prioritaire, ne sera pas terminé à la date
de fin prévue puisque le travail restant est supérieur au temps restant.

6.2.3 Suivi de production


Le suivi de production a pour objectif de déterminer le niveau d’avan-
cement des OF lancés : OF non encore démarré, partiellement terminé,
terminé, quantité réalisée, rebutée, en reprise, temps réalisés... Le suivi
est plus ou moins fin : il peut intéresser chaque opération ou au con-
traire ne contrôler que certains points de passage. L’évolution vers la
Production au plus juste en raccourcissant les délais permet de simpli-
fier le suivi et le CIM (Computer Integrated Manufacturing) conduit à
automatiser la prise d’information.

6.2.4 Contrôle et rétroaction


Il existe un flux bidirectionnel entre le système de planification et le
système d’exécution (atelier). De la planification peuvent provenir des
annulations d’ordres, additions d’ordres, une action corrective. Pour
l’atelier, il s’agit d’un ajustement de capacité, de l’utilisation d’un
poste de remplacement, de l’éclatement d’un ordre ou d’une opération,
d’un chevauchement d’opérations, de sous-traitance... (figure 7.34). Si
l’écart entre le programme prévu et sa réalisation est trop important, le

© Éditions d’Organisation 245


Gestion de production

retour vers la planification pourra se faire sous la forme d’un rapport


d’exception qui permettra au gestionnaire de production de prendre
des décisions importantes comme un changement de date de fin, une
modification de la quantité de l’ordre ou même une annulation
d’ordre... sans toutefois oublier la date de besoin et la satisfaction du
client !

Figure 7.34 – Techniques de réduction des délais

Déroulement du temps
Opérations
1 2 3 4 5 6 7
1
Ordre normal 2
3
1
2
Éclatement
3
d’ordre
2
3
1
Éclatement 1
d’opération 2
3
1
Chevauchement 2
3

6.2.5 Fermeture de l’ordre

C’est la dernière activité du pilotage des activités de production, et elle


est importante. Elle a deux objectifs : libérer l’atelier de sa responsabi-
lité au sujet de l’ordre et donner les informations finales concernant
cet ordre. Notamment, c’est le moment d’effectuer le bilan des pro-
duits classés bons, rebutés ou à reprendre (récupération).

246 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

6.3 Conditions de bon fonctionnement


Soulignons maintenant les conditions de bon fonctionnement du PAP
que nous allons répartir en cinq points.

6.3.1 Principes de base


L’exécution doit être réalisée selon la planification établie ; on détermi-
nera à ce niveau la priorité des opérations et non celle des ordres
(celle-ci provenant des dates de fin du calcul des besoins). Il s’agit
enfin de gérer les ressources de l’atelier et non pas de les acquérir (un
achat de machine ou une embauche de personnel ne se décide pas à ce
niveau !). Le tableau 7.35 résume de quelle manière le PAP acquiert les
informations fondamentales nécessaires.

Figure 7.35
Les informations du pilotage des activités de la production

Calcul des besoins Autres sources


Quoi ? code article
Quand ? date de fin
Combien ? quantité
Où ? fichier centres de charge
Comment ? fichier gamme

6.3.2 Qualités du système de planification


Il doit présenter les quatre qualités suivantes :
• être complet et intégré (planification à trois niveaux décrite pré-
cédemment avec PIC, PDP et calcul des besoins nets validés,
selon le cas, par un calcul de charges globales ou détaillées) ;
• formel (c’est-à-dire que le système de planification doit être la
seule entrée dans le PAP) ;
• valide (c’est-à-dire conforme aux objectifs programmés) ;
• réaliste (c’est-à-dire réalisable avec les ressources disponibles).

© Éditions d’Organisation 247


Gestion de production

6.3.3 La base de données


Elle peut être centralisée ou répartie, mais elle doit être unique.
Comme cela a été souligné dans le chapitre 6, les données doivent être
précises (nomenclatures > 98 %, stocks > 95 %...), complètes
(outillages, temps...), clairement définies (centres de charge, gam-
mes...) et surtout accessibles par le système du PAP.

6.3.4 L’interface
L’interface entre le système de planification et le système de pilotage
des activités de production doit être formelle. Par exemple, de la planifi-
cation (vers le PAP) proviennent date de besoin, quantité de l’ordre,
date de début... conduisant au calcul des priorités, et du PAP vers la
planification circulent des informations sur les arrêts machines, les
rebuts excessifs... induisant des délais.

6.4 La mesure de performance


Là comme ailleurs, cette mesure indiquera si les engagements sont
tenus ou si des actions correctives doivent être menées. L’objectif de
l’atelier est de respecter les dates de fin d’opérations ou d’OF. Les seu-
les qui comptent pour le service client sont les dates de fin d’OF. Un
indicateur simple permet de mesurer cette performance :

Nombre d’OF avec date de fin dans la période et terminés dans la période
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Nombre total d’OF avec date de fin dans la période

Une fonction souvent mal remplie est le retour d’information depuis


l’atelier. Lorsqu’un retard est prévisible ou constaté au niveau de l’ate-
lier, celui-ci doit avertir le gestionnaire ou l’atelier client de façon à
pouvoir mesurer les conséquences de ce retard et prendre les mesures
adéquates.

6.5 Le suivi des flux


Le suivi des flux de charge est relativement méconnu en France. Il
constitue pourtant une aide précieuse au pilotage de la production. Le
principe en est très simple puisqu’il s’agit de mesurer et contrôler le

248 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

flux physique qui passe à travers un centre de charge (ou un atelier)


pour une période donnée. Ce pilotage est évidemment le plus utile
pour un poste goulet.

Un centre de charge peut être représenté d’une manière schématique


par un entonnoir : les ordres de fabrication entrent, les réalisations sor-
tent et le contenu de l’entonnoir représente le travail lancé mais en
attente (figure 7.36).

Figure 7.36 – Principe du suivi de charge en atelier

Entrées prévisionnelles : prévisions de lancement


Entrées réelles : ordres lancés dans la période

En-cours

Sorties prévisionnelles : capacité disponible


Sorties réelles : réalisation de l'atelier

Dans la période considérée, entrées et sorties sont d’une part prévision-


nelles, c’est-à-dire programmées, et d’autre part réelles, c’est-à-dire
constatées. Chaque fois que l’en-cours se situe en dehors d’une four-
chette prédéfinie, il faut agir sur la sortie (de la responsabilité de l’ate-
lier) et /ou sur l’entrée (responsabilité du gestionnaire). La figure 7.37
illustre un suivi de flux de charge. La partie gauche du tableau (S-3, S-
2 et S-1) correspond au passé où les valeurs prévisionnelles et réelles
sont connues. La partie droite au contraire ne correspond qu’à des pré-
visions.

© Éditions d’Organisation 249


Gestion de production

Figure 7.37 – Exemple de suivi de flux de charge


Centre de charge : XYZ Unité : heures /semaine
Semaine S–3 S–2 S–1 S S+1 S+2 S+3
prévisionnelles 80 80 80 75 75 75 80
Entrées
réelles 78 82 80
prévisionnelles 80 80 80 77 77 80 80
Sorties
réelles 74 76 75
prévisionnel 60 64 70 73 71 66 66
En-cours
réel 60 64 70 75
Objectif d’en-cours = 60 h ± 10 h

Analyse du flux de charge


Durant les trois semaines dernières, les entrées réelles ont été confor-
mes aux prévisions (80 en moyenne). En revanche, les sorties réelles
sont en moyenne inférieures de 5 h par semaine. L’atelier va remédier
au problème pour retrouver son niveau normal de sortie : deux semai-
nes transitoires à 77 h, avant de retrouver la capacité normale de 80 h.
Pendant trois semaines, le gestionnaire lance moins de travail qu’habi-
tuellement sur ce centre, afin de ne pas créer d’en-cours inutiles, et il
prévoit de retrouver un en-cours compris entre 50 et 70 h (objectif)
dans deux semaines.

7. Exemple de synthèse
Afin de bien comprendre l’enchaînement des niveaux de planification
précédant l’exécution et la cohésion du système, voici un exemple sim-
ple. Les nombres figurant dans les divers tableaux du paragraphe sont
en caractères gras quand il s’agit de réponses aux questions.

7.1 Plan industriel et commercial


Le tableau 7.38 montre la préparation du PIC de la famille de produits
A à la date du 2 mai. L’unité choisie est ici la quantité, ce qui simpli-
fiera le passage PIC-PDP, mais ce n’est pas souvent le cas ! Les pré-

250 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

visions de ventes des six prochains mois sont mentionnées. On


souhaite définir le niveau de production induisant une charge cons-
tante qui permettra, pour cette famille, d’atteindre au mois d’octobre
l’objectif normal de stock. Les valeurs déjà connues au moment de la
réunion du PIC, c’est-à-dire le 2 mai, sont indiquées en texte normal,
alors que les valeurs approuvées, calculées ou décidées lors de cette
réunion sont en gras.

Figure 7.38 – Établissement du PIC


Famille : A Unité : quantité Date : 2 mai
Ventes Fév Mars Avril Mai Juin Juil Août Sept Oct
Prévisionnel 7 100 7 300 7 300 7 300 7 100 7 100 7 300 7 300 7 100
Réel 7 400 7 200 7 400
Écart + 300 – 100 + 100
Écart en % + 4,2 – 1,4 + 1,4

Production Fév Mars Avril Mai Juin Juil Août Sept Oct
Prévisionnel 7 300 7 300 7 300 7 300 7 300 7 300 7 300 7 300 7 300
Réel 7 000 7 200 7 200
Écart – 300 – 100 – 100
Écart en % – 4,1 – 1,4 – 1,4

Stock Fév Mars Avril Mai Juin Juil Août Sept Oct
Prévisionnel 1 400 800 800 600 800 1 000 1 000 1 000 1 200
Réel 800 800 600
Écart – 600 0 – 200
% objectif 67 67 50

1 400
Objectif de stock : 1 200
1 000

© Éditions d’Organisation 251


Gestion de production

Le stock actuel est 600, il faut donc l’accroître de 600 pour atteindre
l’objectif de 1200 fixé. Le total des prévisions de ventes pour les six
prochains mois (mai à octobre) est de 43 200. Pour satisfaire à l’aug-
mentation de stock, la production globale de ces six mois doit être de
43 200 + 600 = 43 800. La charge induite devant être constante, la
production mensuelle devrait être fixée à 43 800/6 = 7 300. Le calcul
de stock donne alors les valeurs mentionnées.

7.2 Charges globales au niveau du PIC

L’atelier qui réalise l’assemblage des produits finis de la famille A dis-


pose de 18 opérateurs. Sachant que, pour ces produits, un ouvrier
assemble en moyenne 105 produits par semaine, le PIC est-il réaliste ?

Un opérateur peut assembler en un mois 105 × 4 = 420 produits. La


charge induite par le PIC en mai est de 7 300/420 = 17,4 opérateurs.
La capacité mensuelle de cet atelier étant de 18, le PIC est réaliste. Le
PIC est donc adopté.

7.3 Programme directeur de production

La famille A est composée de 3 produits finis A1, A2 et A3. Il faut donc


établir 3 PDP, un pour chaque produit fini. Supposons que la période
du PDP soit la semaine alors que celle du PIC était le mois. Le gestion-
naire a donc une double décomposition à effectuer : passer de la
famille A à 3 produits finis et éclater le mois de mai en ses 4 semaines.
Le PDP du produit A1 sur un horizon de 8 semaines est représenté sur
la figure 7.39. On remarquera que les ordres fermes (dans la zone
ferme de 4 semaines) étaient donnés avant de compléter le tableau (ils
proviennent des ordres rendus fermes par le gestionnaire au cours des
semaines antérieures). Les conventions décrites précédemment sont
appliquées : les commandes « mangent » les prévisions de vente et le
stock de sécurité est soustrait du stock pour obtenir le « disponible
prévisionnel ».

252 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Figure 7.39 – PDP de l’article A1

St = 170 ; L = × 150 ; D = 1 ; SS = 20 ; ZF = 4

18 19 20 21 22 23 24 25
Prévisions des ventes 60 80 160 260 320 240 280 280
Commandes fermes 240 220 160 60 40
Disponible prévisionnel 150 300 0 130 110 90 110 130 0
PDP (date de fin) 450 450 300 300 300 300 150
Disponible à vendre 160 290 240 300 260 300 150
PDP (date de début) 450 300 300 300 300 150
Message : Rendre ferme l’ordre de 300 A1 à lancer semaine 21

7.4 Cohérence entre PIC et PDP


Supposons maintenant que les trois PDP des produits finis A1, A2 et A3
soient établis. Ils sont donnés dans le tableau 7.40 pour le mois de
mai. Étudions la cohérence entre le PIC de la famille A et les PDP des
produits A1, A2 et A3 composant la famille A.

Figure 7.40
PDP des trois produits A1, A2 et A3 de la famille A

mois de mai
semaine 18 semaine 19 semaine 20 semaine 21
PDP A1 (fin) 450 0 450 300
PDP A2 (fin) 1 000 1 200 1 100 1 000
PDP A3 (fin) 300 900 0 750

La quantité totale des produits Ai pour les 4 semaines de mai est de


7450. L’écart entre PIC et PDP est de (7 450 – 7 300) /7 300 = 0,02. Un
écart de 2 % est tout à fait acceptable (on tolère souvent 5 %).

© Éditions d’Organisation 253


Gestion de production

7.5 Charges globales au niveau des PDP


Dans l’atelier d’assemblage, un opérateur réalise 75 produits par
semaine s’ils sont de type A1, 100 produits A2 et 150 produits A3. Les
PDP établis au précédent § 7.4 sont-ils réalistes ?

Le tableau 7.41 permet de calculer le nombre d’opérateurs nécessaires


à la réalisation de ces PDP. La dernière ligne montre une surcharge due
aux ordres à terminer en semaine 21 et une sous-charge en semaine 20.

Figure 7.41 – Étude du réalisme des PDP

mois de mai
semaine 18 semaine 19 semaine 20 semaine 21
A1 6 0 6 4
A2 10 12 11 10
A3 2 6 0 5
Total 18 18 17 19

Cherchons une modification de PDP permettant de régler le problème.


On peut lisser la charge en assemblant 150 produits A3 pour la
semaine 20 et 600 pour la semaine 21. Le tableau 7.42 illustre cette
solution. Remarquons que la répartition 150 + 600 produits A3 au lieu
des 750 prévus peut être faite sans lancer deux ordres différents mais
simplement en lançant l’ordre de 750 en fin de semaine 20 !

Figure 7.42
Lissage de la charge globale par modification du PDP A3

mois de mai
semaine 18 semaine 19 semaine 20 semaine 21
A1 6 0 6 4
A2 10 12 11 10
A3 2 6 1 4
Total 18 18 18 18

254 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

7.6 Calcul des besoins nets

L’article A1 est composé (entre autres) de 2 vis V55 spéciales fabri-


quées par l’entreprise. Elles sont spécifiques de A1. Un lot de ces vis
est actuellement en cours de fabrication et doit être terminé en début
de semaine 19. Développons le calcul des besoins nets pour V55
(tableau 7.43).

Figure 7.43 – Calcul des besoins de l’article V55

St = 60 ; L = 1000 ; D = 2
18 19 20 21 22 23 24 25
Besoins bruts 900 600 600 600 600 300
Ordres lancés 1 000
Stocks prévisionnels 60 60 160 560 960 360 760 460 460
Fin 1 000 1 000 1000
Ordres proposés
Début 1 000 1 000 1 000
Message : Lancer 1 000 V55

La ligne des besoins bruts correspond à la ligne « PDP début » de la


figure 7.42 (avec évidemment un coefficient 2 dû au lien de nomencla-
ture). Le lot en cours de fabrication cité est placé en semaine 19. Les
calculs effectués sont indiqués en gras. Un message rappelle au ges-
tionnaire le lancement à faire en début de première période.

7.7 Calcul des charges détaillées

La gamme de fabrication de l’article V55 est donnée dans le


tableau 7.44. Effectuons le calcul de la charge induite par le pro-
gramme prévisionnel de production de cet article sur le centre de
charge REC5.

© Éditions d’Organisation 255


Gestion de production

Figure 7.44 – Gamme de l’article V55

Centre Temps Temps unitaire Décalage/


No Opération
de charge de préparation d’exécution date de fin
10 Décolletage DEC1 5h 0,01 h –2
20 Reprise 1 REP3 1h 0,05 h –2
30 Reprise 2 REP2 2h 0,03 h –1
40 Rectification REC5 1h 0,02 h –1

Chaque ordre porte sur une quantité de 1 000. La charge induite par un
ordre occupe le centre de charge REC5 pendant :

1 + 0,02 × 1 000 = 21 h

Le jalonnement des opérations pour l’article V55 indique que les


opérations 10 et 20 s’effectuent dans la semaine de lancement
(décalage – 2 par rapport à la date de fin alors que le délai est de 2)
alors que les opérations 30 et 40 s’effectuent dans la semaine suivante
(décalage – 1). L’ordre lancé prévu pour la semaine 19 et les ordres
proposés ayant des dates de fin en périodes 20, 21 et 23 induiront donc
une charge de 21 h en périodes 18, 19, 20 et 22.

Nous reportons sur le tableau 7.45 les charges que nous venons de cal-
culer pour V55. Ce tableau comporte également les différentes charges
dues à d’autres articles (V47, V13 et V98) sur le même centre de
charge. Nous calculons ensuite la charge totale sur REC5.

Figure 7.45 – Charge sur le centre de charge REC5

18 19 20 21 22 23
V55 21 21 21 21
V47 10 10 10 10
V13 5 5 10 5 15 5
V98 8 8 8 8
Total 36 36 39 23 44 23

256 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Supposons que le centre de charge REC5 ait une capacité théorique de


40 h par semaine et un taux d’utilisation de 97,5 %. Traçons le profil
de charge du centre REC5.
La capacité démontrée de REC5 est de : 40 × 0,975 = 39 h par
semaine. Le profil de charge est réalisé sur la figure 7.46.

Figure 7.46 – Profil de charge du centre de charge REC5

Charge/capacité
Charge/capacité
(h)
(h)

Capacité démontrée
40 39 Capacité démontrée
40 39

30
30

20
20

10
10

18
18 19
19 20
20 21
21 22
22 23
23 Semaines
Semaines

Nous constatons une surcharge de 44 – 39 = 5 h en semaine 22 et une


disponibilité de capacité en semaine 21 de 39 – 23 = 16 h. La solution
qui vient immédiatement à l’esprit est de déplacer cette charge de la
semaine 22 vers la semaine 21. Cette charge correspond à la fabrication
de 5/0,02 = 250 articles V55.
Nous pouvons par exemple scinder l’OF de 1 000 V55 initialement pro-
posé en deux OF : un OF de 250 à lancer en semaine 20 (après vérifica-
tion de la disponibilité des articles composants !) et un OF de 750 à
lancer comme l’OF initial en semaine 21. On remarquera que l’OF de
750 induira une charge de 1 + 0,02 × 750 = 16 h en semaine 22 (5 h

© Éditions d’Organisation 257


Gestion de production

de moins comme attendu) et que l’OF de 250 induira une charge de


1 + 0,02 × 250 = 6 h en semaine 21. Cette solution est illustrée sur le
tableau 7.47.

Figure 7.47 – Charge sur le centre de charge REC5 après lissage

18 19 20 21 22 23
V55 21 21 21 6 16
V47 10 10 10 10
V13 5 5 10 5 15 5
V98 8 8 8 8
Total 36 36 39 29 39 23

Remarquons que, pour appliquer cette solution, il faut préalablement


vérifier que la matière composant V55 sera disponible au bon moment.
Par ailleurs, la solution adoptée a l’inconvénient de créer deux OF :
nous avons comptabilisé deux changements de série ; il y a donc du
point de vue économique un surcoût. La solution simple et économi-
que est de ne pas remplacer l’OF initial de 1 000 par deux OF, mais
simplement de lancer l’OF de 1 000 le dernier jour de la semaine 21, ce
qui permet de déplacer la surcharge sans modifier les coûts.
Cet exemple illustre bien notre exposé sur MRP2 et permet de com-
prendre comment sa cohérence est établie de niveau à niveau.

8. Régulation de MRP2
Dans ce chapitre, nous avons présenté les divers niveaux de planifica-
tion et de gestion d’atelier constituant le management des ressources
de la production. Nous avons notamment montré leur enchaînement
depuis le domaine stratégique jusqu’à celui de l’atelier. Nous avons à
plusieurs reprises souligné la nécessité d’un réalisme dans la mise en
œuvre à tous les niveaux.
Pour y pourvoir le système comporte trois boucles fonctionnelles de
régulation schématisées sur la figure 7.48 et décrites ci-après.

258 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Parmi ces trois boucles :

• La première concerne les délais. Elle est double et relie les résul-
tats de la planification des capacités aux deux niveaux constitués
par le calcul des besoins nets et le programme directeur de pro-
duction.

• La deuxième suit les charges et capacités. Elle connecte le lance-


ment des ordres à la planification des capacités par le suivi du
flux des charges.

• La troisième, enfin, traite des priorités. Elle est située entre,


d’une part, l’ordonnancement et le suivi à court terme et, d’autre
part, le calcul des besoins.

Figure 7.48 – Schéma de MRP2 avec les boucles de régulation

Plan stratégique

Plan industriel
et commercial
Plan industriel Plan industriel
et commercial et commercial
Programme directeur
de production

Calcul
des besoins nets

Calcul des charges


détaillées

non
Réaliste ?

oui

Suivi et contrôle
du flux des charges

Priorité
et contrôle d'exécution

© Éditions d’Organisation 259


Gestion de production

9. Conclusions
Le management des ressources de la production est donc une méthode
de planification de l’ensemble des ressources d’une entreprise indus-
trielle. Cette méthode comprend trois niveaux de planification, avec
détail de plus en plus fin depuis le plan industriel et commercial, en
passant par le programme directeur de la production vers le calcul des
besoins nets. Cette planification prépare l’exécution.

La planification est fondée sur une prévision de la demande, indispen-


sable quelle que soit la typologie de vente (sur stock, assemblage à la
commande ou production à la commande) de l’entreprise, mais de
nature différente selon le cas.

L’évaluation des besoins est à tous les niveaux calculée à capacité infi-
nie mais doit toujours être validée par un calcul de charge. Il faut sur-
tout s’attacher à une bonne planification de « tête » (PIC puis PDP),
réaliste, pour bénéficier d’un calcul des besoins utile, conduisant à une
exécution ainsi facilitée. Nous avons également mentionné la
régulation par des boucles de rétroaction.

Que devient MRP2 dans l’optique de la production au plus juste ? Il est


utopique de vouloir faire réagir toute l’industrie instantanément à la
moindre demande du client final créant le besoin indépendant
d’Orlicky. Quelle que soit la typologie de vente de l’entreprise, nous
retombons sur les incontournables prévisions commerciales permet-
tant une planification des ressources de l’entreprise en stocks, machi-
nes, main-d’œuvre avec évaluation des charges et des capacités. Les
Japonais, maîtres dans l’art du juste-à-temps, estiment qu’il faudrait
anticiper à dix ans, mais que devant la difficulté ils se contentent
d’évaluer jusqu’à cinq ans. Évidemment, il s’agit ici de la « tête » de
MRP2 (PIC) et à plus court terme du programme directeur de produc-
tion. Il faut souligner l’évolution fondamentale de la méthode dans le
cas d’une exécution au plus juste : la planification ne donne qu’une
enveloppe estimée au niveau du PIC, puis affinée d’une manière plus
solide à plus court terme dans les PDP. L’exécution, quant à elle, n’est
plus réalisée sur la base d’une programmation poussée par la planifica-
tion, mais seulement tirée par l’aval. On remarque le lien étroit et
indispensable entre planification et exécution, ainsi que le besoin de
flexibilité permettant de réagir en temps réel.

260 © Éditions d’Organisation


Management des ressources de la production (MRP2)

Ce chapitre nous a permis de développer la base d’une planification


solide de la production. Nous avons, dans le dernier paragraphe, évo-
qué l’évolution vers l’excellence en citant l’approche juste-à-temps et
Lean Production que nous développerons au chapitre 10. Nous allons
dès le prochain chapitre présenter la méthode la plus connue du JAT, la
méthode Kanban, méthode de gestion d’atelier qu’il ne faut pas con-
fondre avec le JAT lui-même.

© Éditions d’Organisation 261


Chapitre 8

La méthode Kanban :
du Kanban spécifique
au Kanban générique

1. Introduction

Parmi les différents outils de la gestion de la production des systèmes


industriels, le Kanban occupe une place toute particulière par le
compromis idéal qu’il offre du fait de la simplicité de son concept et de
son efficacité. Cependant, malgré cette simplicité, il requiert un certain
nombre de conditions pour être mis en place efficacement.

Kanban est un mot japonais du vocabulaire courant qui signifie éti-


quette, enseigne. La méthode Kanban, quant à elle, a au départ fondé
tout son fonctionnement sur la circulation d’étiquettes.

263
Gestion de production

Elle s’est développée au Japon après la Seconde Guerre mondiale. Elle


a été élaborée par M. Ohno dans l’entreprise Toyota Motor Company
et, dès 1958, certaines lignes de production de Toyota MC ont parfaite-
ment bien fonctionné en Kanban.

C’est en cette période que M. Ohno constate que « les gens des usines
ont toujours tendance à faire de la surproduction » et cherche le moyen
qui permette de produire :

• le produit demandé, et pas un autre ;

• au moment où il est demandé (ni avant ni après) ;

• dans la quantité demandée (ni plus ni moins).

Dans un atelier de production, cela se traduit par le fait qu’un poste


amont ne doit produire que ce qui lui est demandé par son poste aval
qui ne doit lui-même produire que ce qui lui est demandé par son pro-
pre poste aval, et ainsi de suite... Le poste le plus en aval ne devant
produire que pour répondre à la demande des clients.

Il fallait donc trouver un système d’information qui fasse remonter


rapidement les besoins de l’aval vers l’amont. Ce système existe et
porte le nom de méthode Kanban.

Comme nous le montrerons par la suite, le Kanban est avant tout un


système d’information et une méthode d’organisation et de gestion de
l’atelier qui n’intègre en aucun cas des éléments de gestion industrielle
globale, la planification par exemple.

On trouvait un système relativement similaire en Europe dans les phar-


macies pour permettre le complètement automatique des stocks. Sur
chaque boîte de médicament, on plaçait une petite étiquette. Chaque
fois qu’une boîte était vendue, on plaçait l’étiquette dans un récipient,
et, le soir, il suffisait de passer une commande de chaque étiquette
pour recompléter le stock.

Les étiquettes commandées étaient alors placées dans un récipient en


attente de réception. Lorsque la commande arrivait, on plaçait à nou-
veau l’étiquette sur la boîte.

264 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

Ce système très simple permettait de savoir ce qu’il fallait commander


(les étiquettes du premier récipient) et ce qui était en attente de livrai-
son (les étiquettes contenues dans le second récipient) sans aucune
écriture ni enregistrement. C’est un peu le principe se lequel repose le
Kanban.
Nous allons décrire dans ce chapitre les trois principaux types de Kan-
ban que l’on rencontre dans l’industrie : le Kanban spécifique, le
CONWIP et le Kanban générique.

2. La méthode du Kanban spécifique


Elle est excessivement simple aussi bien de fonctionnement que de
compréhension, mais il ne faut pas se méprendre : les conditions de
réussite de la mise en œuvre du Kanban spécifique comme du Kanban
générique sont nombreuses et difficiles.

2.1 Description d’un système Kanban spécifique


Supposons un atelier de production où les postes de travail sont posi-
tionnés les uns à la suite des autres et où le flux de production circule
de gauche à droite en passant sur un poste puis sur l’autre...
(figure 8.1)

Figure 8.1 – Ligne de production

POSTE 1 POSTE 2 POSTE 3

Flux Flux
physique physique

On peut dire de manière simple que la méthode Kanban spécifique va


consister à superposer au flux physique de produits un flux inverse
d’informations (figure 8.2).

© Éditions d’Organisation 265


Gestion de production

Figure 8.2 – Flux des Kanban

Flux Flux
des Kanban des Kanban

POSTE 1 POSTE 2 POSTE 3

Flux Flux
physique physique

Dans le détail, si l’on observe ce qui se passe entre deux postes de tra-
vail consécutifs, on peut observer la situation illustrée sur la figure 8.3.

Figure 8.3 – Circulation des étiquettes Kanban

POSTE 1 POSTE 2
Containers avec Kanban

K K K K

Étiquette Kanban
K

• Le poste no 2 consomme des pièces usinées par le poste no 1.


Chaque fois qu’il utilise un container de pièces, il détache de
celui-ci une étiquette appelée Kanban qu’il renvoie au poste n o 1.
Cette étiquette constitue pour le poste no 1 un ordre de fabrica-
tion d’un container de pièces.
• Quand le poste no 1 a terminé la fabrication du container, il atta-
che à celui-ci le Kanban. Le container est alors acheminé vers le
poste no 2.
• Entre deux postes de travail, circule un nombre défini de Kanban
(donc de containers).

266 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

Les Kanban sont donc :


• soit attachés à des containers en attente d’utilisation devant le
poste no 2 ;
• soit sur un planning à Kanban au poste no 1 en attente d’usinage
de pièces.

S’il n’y a pas de Kanban sur le planning du poste no 1, cela signifie que
tous les Kanban sont attachés à des containers en attente de consom-
mation devant le poste no 2. Le poste no 2 est donc très bien approvi-
sionné et le poste no 1 ne doit pas produire !

La règle de gestion au niveau d’un poste est donc simple :

Il y a des étiquettes Kanban sur le planning de mon poste, je produis ; il n’y en


a pas, je ne dois pas produire !

Les mises en fabrication de l’amont sont donc directement pilotées par


les besoins de l’aval : on fonctionne en flux tiré.

Le système que nous venons de décrire se reproduit entre tous les pos-
tes d’un même atelier, pris deux à deux. Un Kanban particulier ne cir-
cule qu’entre deux postes de travail. Il apparaît donc sur le Kanban
l’adresse du poste amont et l’adresse du poste aval entre lesquels il cir-
cule.

2.2 La gestion des priorités en Kanban spécifique


On peut remarquer qu’un poste amont fournisseur réalise la plupart du
temps plusieurs types de produits pour le ou les postes aval clients. On
dit qu’en général, il ne doit pas en fabriquer plus de dix différents car,
au-delà, cela devient ingérable.

Si on souhaite mettre en Kanban spécifique ce type de situation, il faut


commencer par standardiser les produits qui passent entre le fournis-
seur et le client (travail avec le bureau d’études) et descendre à moins
de dix composants différents. Sinon, on pourra appliquer la méthode
du Kanban générique dont on parlera à la prochaine section 3.

© Éditions d’Organisation 267


Gestion de production

Si, pour différentes raisons, on n’y parvient pas, le Kanban ne doit pas
être appliqué ; il est préférable de rester dans un système de gestion de
la ligne de production par ordres de fabrication.
Pour que le poste fournisseur puisse répondre correctement aux
besoins de son ou ses clients, il devra gérer correctement ses priorités.
Quand le planning Kanban d’un poste de travail comporte plusieurs
types de Kanban, le principal problème de l’opérateur consiste à choi-
sir le type de pièces à fabriquer en priorité.
Supposons qu’un poste de travail fabrique 3 types de pièces :
• Référence A : 8 Kanban en circulation.
• Référence B : 5 Kanban en circulation.
• Référence C : 3 Kanban en circulation.
Cas no 1 : il n’y a aucun Kanban sur le planning ; l’opérateur du poste
ne doit donc pas produire !
Cas no 2 : le planning a la physionomie de la figure 8.4.

Figure 8.4 – Planning sans priorité

A B C

A B C

A B C

Produit A Produit B Produit C

268 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

Le nombre de Kanban étant identique pour chaque produit, il est qua-


siment impossible de définir une priorité.
Si par contre, on sait que pour la pièce A, on a 8 Kanban en circulation
et qu’on en a trois sur le planning, il y a donc 5 containers de pièces A
stockées.
De même, on a 5 – 3 = 2 containers de pièces B stockées et 3 – 3 = 0
container de pièces C stockées.
Il est donc urgent de lancer la fabrication des pièces de référence C.
On tiendra ce raisonnement chaque fois qu’on voudra usiner un
container de pièces et on choisira de lancer la production des pièces
dont la quantité stockée est la plus faible. Mais, attention, cette démar-
che n’est possible que si le temps de changement de série sur le poste
fournisseur est très court. Sinon, les temps de réglage vont terrible-
ment perturber la production, on ne produira plus des pièces mais des
réglages ! Si le temps de réglage est important sur le poste fournisseur,
on choisira de produire par lot de 2 ou 3 ou davantage de Kanban, ce
qui posera évidemment des problèmes de réactivité, mais permettra de
« rentabiliser » les réglages ! Cela correspond à la notion de taille de lot
minimale, telle qu’on peut l’observer en gestion des stocks tradition-
nelle.
Pour que l’opérateur puisse tenir ce type de raisonnement, il est néces-
saire de faire apparaître sur le planning des index indiquant le total de
chaque type de Kanban (figure 8.5).

© Éditions d’Organisation 269


Gestion de production

Figure 8.5
Planning avec priorité déterminée par l’index total des Kanban

Index total des Kanban

A B C

A B C

A B C

Produit A Produit B Produit C

Afin d’éviter des ruptures au niveau du flux de production (en cas de


panne par exemple), on peut décider de conserver un stock minimal de
containers de pièces. On utilisera alors un deuxième index qui définit
une zone d’alerte au-delà de laquelle il faut lancer la production. Le
principe de fonctionnement de ce système est le même que celui décrit
précédemment, mais en utilisant les index d’alerte au lieu des index du
total des Kanban pour définir la gestion des priorités (figure 8.6).

270 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

Figure 8.6
Planning avec priorité déterminée par les deux index :
total des Kanban et zone d’alerte

Index total des Kanban

Index zone d'alerte

A B C

A B C

A B C

Produit A Produit B Produit C

Ce système se traduit par l’existence de stocks de sécurité qui sont là


pour absorber les aléas divers qui peuvent se produire sur les postes de
travail.

Dans notre exemple, cela donne :


• stock de sécurité de A = 2 containers ;
• stock de sécurité de B = 3 containers ;
• stock de sécurité de C = 1 container.

On choisira dans notre exemple de lancer la production des pièces dont


la colonne de Kanban est la plus proche de l’index zone d’alerte, c’est-
à-dire C.

Le système Kanban se rapproche donc de la méthode de gestion des


stocks à point de commande. La différence réside surtout dans le délai
de production matérialisé par l’index d’alerte. Dans une situation tradi-

© Éditions d’Organisation 271


Gestion de production

tionnelle à point de commande, celui-ci représente souvent plusieurs


semaines de production. En Kanban, l’index d’alerte ne représente que
quelques heures.

2.3 Caractéristiques
des étiquettes Kanban spécifiques
Le Kanban n’est autre que l’étiquette attachée à un container. Il se pré-
sente généralement sous la forme d’un rectangle de carton plastifié ou
non de petite taille. Un certain nombre d’informations sont précisées
sur un Kanban.
Ces informations varient beaucoup selon les entreprises, mais l’on
retrouve des informations indispensables minimales sur tous les
Kanban :
• la référence de la pièce fabriquée ;
• la capacité du container, et donc la quantité à produire ;
• l’adresse ou référence du poste amont fournisseur ;
• l’adresse ou référence du poste aval client.
Aujourd’hui, toutefois, nombre d’entreprises dotées de lignes de pro-
duction appliquent les principes du Kanban sans étiquette.

2.4 Du Kanban spécifique à étiquettes


au Kanban spécifique à emplacements
Bien des entreprises font preuve de beaucoup d’imagination et d’origi-
nalité en matière de création de lignes Kanban spécifiques. Une entre-
prise, par exemple, a remplacé les étiquettes Kanban par des balles de
tennis de table colorées qui sont renvoyées très rapidement du poste
client au poste fournisseur par des tuyaux à air comprimé. La couleur
de la balle représente la référence ainsi que le nombre de pièces à
fabriquer. La gestion des priorités est extrêmement simple : première
balle arrivée, première balle traitée. C’est possible car l’entreprise a des
temps de réglage extrêmement courts. On peut donc passer d’une cou-
leur à l’autre, et donc d’une référence de pièces à l’autre, sans diffi-
culté.

272 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

L’innovation la plus intéressante se situe cependant au niveau du Kan-


ban spécifique par emplacements. Cela consiste à remplacer les éti-
quettes Kanban par des emplacements matérialisés au sol, situés
géographiquement entre le poste fournisseur et son ou ses clients. Un
emplacement accueille un container ou une caisse de produits. Le
nombre d’emplacements de chaque type est déterminé par le fonction-
nement du système (voir § précédent, 2.3). Si un ou plusieurs empla-
cements est ou sont vide(s), le fournisseur doit produire. Si tous les
emplacements sont pleins, le fournisseur ne doit pas produire.

Ce système a de nombreux avantages :

• Il est très visuel, que l’on soit fournisseur ou client, il suffit de


jeter un œil au niveau des emplacements pour savoir où l’on en
est.

• Il n’y a pas de manipulations d’étiquettes (puisqu’il n’y en a


pas) ; on ne risque donc pas d’oublier de les retourner à son
fournisseur. On ne risque pas non plus de les perdre, ce qui
arrive parfois dans les entreprises.

La figure 8.7 nous montre un exemple d’application de ce principe.

Figure 8.7 – Exemple de Kanban à emplacements

Poste client 1

A
Poste
fournisseur B B B B
C C C C
Poste client 2

Dans l’exemple de la figure 8.7, le poste fournisseur réalise 3 référen-


ces de produits A, B, et C pour ses deux clients internes.

© Éditions d’Organisation 273


Gestion de production

Les emplacements sont matérialisés physiquement entre le poste four-


nisseur et les postes clients. Il suffit de regarder les stocks pour obser-
ver qu’il y a :

• Un seul container de produits A disponible et 5 emplacements


vides.

• Tous les emplacements de produits B sont pleins.

• Un seul emplacement de produits C est vide.

La priorité de production se situe donc au niveau du produit A.

Si l’on observe un peu mieux la figure 8.7, on s’aperçoit que les empla-
cements vides se situent à proximité des postes clients. En effet, pour
des raisons de recherche de déplacement minimal, les clients ont ten-
dance à utiliser les containers de pièces le plus proches d’eux, et les
fournisseurs viennent positionner leurs productions au niveau de ces
mêmes emplacements. Ce n’est donc pas du tout une logique de type
FIFO (First In First Out : premier arrivé, premier utilisé) mais plutôt
LIFO (Last In First Out : dernier arrivé, premier utilisé), ce qui signifie
que les containers situés à proximité des postes fournisseurs, qui sont
en général des stocks de sécurité, ne sont que peu ou pas utilisés. Cela
peut se révéler problématique s’il s’agit de produits périssables, à cor-
rosion rapide…

Pour pallier ce type de problèmes, il convient de réfléchir à des systè-


mes de plans inclinés munis de « rouleaux » de déplacements qui per-
mettent aux containers de rouler jusqu’au point le plus proche des
postes clients.

Pour des produits plus légers, le stockage peut se faire sur des stoc-
keurs dynamiques, étagères en plan incliné sur lesquelles glissent les
containers jusqu’au point d’utilisation, ce qui permet simplement une
gestion FIFO (voir chapitre 5 – figure 5.22).

On remarquera que le Kanban spécifique par emplacement n’est pas


aussi souple et flexible que le Kanban par étiquette. En effet, si la
consommation varie, il est plus facile de changer le nombre d’étiquet-
tes en circulation que de modifier le nombre d’emplacements.

274 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

2.5 Dimensionnement d’un système Kanban

2.5.1 À propos de la taille d’un container

Chaque container d’un même type de produits doit contenir le même


nombre de produits conformes.

Pour déterminer la taille d’un container, il faut tout d’abord tenir


compte des caractéristiques du produit (poids, volume...). Par ailleurs,
la taille doit permettre d’assurer la fluidité de la production. On tient
compte du délai de production et du délai de consommation des pro-
duits. On a coutume de dire que dans un container on doit trouver un
nombre de pièces représentant moins d’un dixième de la consomma-
tion journalière, pour assurer une fluidité minimale.

Mais cette règle n’est pas obligatoire et ne s’adapte pas à toutes les
situations. Il convient donc de tâtonner quelque temps, d’observer le
fonctionnement du système dans différentes situations avant d’arrêter
une décision. On peut remarquer que cette décision ne sera que tem-
poraire puisqu’un système Kanban se doit d’être évolutif, d’être amé-
lioré en permanence. Les améliorations apportées permettent au
système d’être plus réactif et flexible, et cela permet de diminuer la
taille des containers au fur et à mesure. L’objectif est de parvenir à la
situation optimale, ce que les Anglo-Saxons appellent le système one
piece flow, qui se traduit par une seule pièce dans le container. Mais,
pour y parvenir, on doit fiabiliser presque totalement le système de
fabrication, ce qui n’est pas facile !

2.5.2 À propos du nombre de Kanban

Les entreprises procèdent en général empiriquement, pas à pas, en


mettant beaucoup de Kanban au début, puis en diminuant petit à petit
le nombre jusqu’à ce que le flux casse.

Pour déterminer le nombre de Kanban, il n’existe pas de formule


magique !

© Éditions d’Organisation 275


Gestion de production

Le nombre de Kanban doit tout de même permettre de couvrir les aléas


existant dans le système au moment où on met en place la méthode
(réglages, pannes, non-qualité...), sinon le flux va casser en perma-
nence et on ne produira que peu de pièces.

Le nombre de Kanban peut néanmoins être calculé grâce à la formule


suivante :
DL + G
N = ------------------------
C

Où :

D : représente la consommation moyenne de produits par les clients


par unité de temps ;

L : le délai de mise à disposition des produits ;

G : le facteur de gestion : facteur de couverture contre les aléas et les


changements de séries ;

C : le nombre de pièces contenues dans un container.

Exemple

Imaginons un poste de production fonctionnant en Kanban avec ses


fournisseurs pour lesquels il réalise des produits de deux types A et B.

Le poste fournisseur produit 50 produits de type A ou 100 produits de


type B à chaque heure de production, ce qui correspond aux besoins
des clients (D = 50 pour A et 100 pour B – L = 1).

Il requiert 2 heures à chaque réglage. Il peut tomber en panne et cela


nécessite en moyenne une heure de remise en route à chaque fois
(G = 150 pour A et 300 pour B).

Les containers des produits A et B sont de 100 pièces.

Nombre de Kanban
pour A = (50 × 1 + (100 + 50))/100 = 2 Kanban

276 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

Le facteur de gestion G sera égal à 100 + 50 car on aura besoin de 100


pièces pour continuer à produire sur les postes clients pendant que le
poste fournisseur effectue un réglage et, de la même manière, on aura
besoin de 50 pièces supplémentaires pour absorber les arrêts liés au
temps de remise en route après une panne.

Nombre de Kanban
pour B = (100 × 1 + (200 + 100))/100 = 4 Kanban

Attention, la formule de calcul du nombre de Kanban doit être considé-


rée avec beaucoup de prudence. Le bon sens reste un élément essentiel
dans la mise en place de ce type de méthode, dans son application et
dans son évolution.

D’ailleurs, ainsi que le note S. Shingo dans son ouvrage Maîtrise de la


production et méthode Kanban, « la façon de déterminer le nombre de
Kanban n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est de se deman-
der comment doit-on améliorer le système de production pour fixer un
nombre de Kanban minimum ? »

La réponse à cette question comporte un certain nombre d’éléments,


en particulier :
• la diminution des temps nécessaires aux changements d’outils ;
• la diminution des délais de production ;
• la diminution des pannes machines ;
• la diminution du nombre de pièces non conformes ;
• la suppression des stocks de sécurité que l’on garde générale-
ment pour se protéger contre les aléas de production.
Tous ces éléments vont permettre de diminuer considérablement le
délai de mise à disposition des containers.

Dans la formule de calcul du nombre de Kanban, le facteur de gestion


sert à se protéger contre les aléas. Cela signifie que, si l’on parvenait à
supprimer tous les aléas de la ligne et avec un temps de changement
de série nul, le facteur G serait égal à 0 et le nombre de Kanban égal
à 1. On aurait alors une totale flexibilité du système de production et
on pourrait changer de production très fréquemment (vision utopi-
que).

© Éditions d’Organisation 277


Gestion de production

3. La méthode Kanban générique


et CONWIP
La méthode CONWIP et le Kanban générique ont été créés pour pallier
une insuffisance importante du Kanban spécifique : un nombre de pro-
duits et de composants réduits. Grâce au Kanban générique, on pourra
gérer en Kanban autant de produits qu’on le souhaite ou presque…

La méthode CONWIP (Constant Work In Process) est apparue comme


étant une amélioration du Kanban dans le cas d’une ligne de produc-
tion de produits très différents. En effet, si une ligne doit être capable
de produire 50 types de produits différents, le système Kanban classi-
que va générer des en-cours très importants entre les postes puisque
les 50 produits devront être représentés. La méthode CONWIP permet
de résoudre ce problème. Cependant, on verra qu’elle n’est pas opti-
male s’il existe de grandes variations dans les capacités de certains
postes.

Le Kanban générique est une méthode plus aboutie permettant de faire


un compromis entre l’approche CONWIP et le Kanban spécifique.

3.1 La méthode CONWIP

La figure 8.8 illustre la différence de circulation des flux physiques et


des flux d’informations dans un Kanban spécifique et dans la méthode
CONWIP.

278 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

Figure 8.8. – Kanban spécifique et CONWIP

P1 P2 P3

Kanban spécifique

P1 P2 P3

CONWIP

Dans l’approche du Kanban spécifique, le flux est tiré par l’aval. Le


poste P3 prélève dans l’en-cours P2 qui lui-même prélève dans l’en-
cours P1 (figure 8.8). Supposons que cette ligne de production fabri-
que 5 types de produits A, B, C, D, E. La demande actuelle concerne
surtout des produits A. Le Kanban va très bien gérer cette situation en
remontant poste à poste l’information de la consommation d’un pro-
duit A.
Supposons maintenant que, brusquement, la demande de l’aval bas-
cule vers le produit B. Comme on était en train de consommer du pro-
duit A, il faudra un certain temps pour remonter l’information de la
consommation du produit B avant que le poste P1 ne commence à
s’adapter à la nouvelle commande. Or, l’information du changement
de demande étant disponible sur le poste aval, pourquoi ne pas
répercuter au plus vite cette information ?
Un autre problème se pose avec le produit E qui n’est demandé que
très rarement. Avec le Kanban spécifique, il faudrait maintenir à cha-
que en-cours un minimum de produit E pour pouvoir remonter l’infor-
mation de la consommation de ce produit. Avec le système CONWIP,
lorsqu’une demande de produit E est formulée, un Kanban est envoyé
directement au poste P1 pour produire l’article E, qui sera ensuite
poussé vers le poste P3 sans que cela ne nécessite d’en-cours.

© Éditions d’Organisation 279


Gestion de production

Le problème majeur de ce système est la gestion des capacités. Suppo-


sons que le poste P2 soit un poste goulet. Si une demande forte appa-
raît en aval, on va générer de nombreux Kanban pour le poste P1. Les
rythmes de production différents entre P1 et P2 vont créer un en-cours
important entre ces deux postes, ce qui est évidemment contraire au
but recherché.

La méthode du Kanban générique que nous décrivons ci-après (§3.2)


permet de gérer efficacement tous ces problèmes.

3.2 Description d’un système Kanban générique

Le Kanban spécifique et le Kanban générique diffèrent principalement


en ceci :

En Kanban spécifique, l’étiquette ou l’emplacement vide nous donne


l’autorisation de produire et nous dit quelle référence produire.

En Kanban générique, l’étiquette ou l’emplacement vide nous donne


l’autorisation de produire et c’est tout !!! C’est le « programme client »,
matérialisé par exemple par un programme directeur de production,
qui va nous dire quelle référence produire.

Considérons une ligne de production composée de plusieurs postes de


production (figure 8.9).

Comme en Kanban spécifique, on aura plusieurs étiquettes ou plu-


sieurs emplacements entre chaque poste de la ligne.

Comme en Kanban spécifique, c’est l’étiquette ou l’emplacement vide


qui déclenchera l’ordre de produire pour le poste. Mais pour savoir ce
qu’il doit produire, il regardera en amont et fera passer le premier pro-
duit arrivé antérieurement sur son poste. Chaque poste fonctionnera
ainsi en FIFO et ce jusqu’au premier poste qui, lui, déclenchera la
fabrication en fonction des informations données par son programme
client.

280 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

Figure 8.9
Le Kanban générique : exemple de fonctionnement (instant t)

A C X Z
Poste 1 C Poste 2 D Poste 3 A Poste 4 T
D B K
FIFO FIFO FIFO

Ordinateur
X, X, avec liste de priorité Livraison
B, C, H de production – plates-formes de distribution
– ou clients

Si l’on observe la ligne de production à l’instant t, que relève-t-on ?

Le poste 2 a un emplacement vide, il peut donc produire. Un regard au


niveau de son stock amont lui indique qu’il doit produire du A, et c’est
ce qu’il fait.

Observons maintenant la ligne de production à l’instant t + 1


(figure 8.10).

Figure 8.10
Le Kanban générique : exemple de fonctionnement (instant t + 1)

C C X Z
Poste 1 D Poste 2 D Poste 3 A Poste 4
A B K
FIFO FIFO FIFO

T, X,
Livraison
B, C,
– plates-formes de distribution
– ou clients

© Éditions d’Organisation 281


Gestion de production

Le poste 2 a libéré un emplacement pour le poste 1 qui peut donc pro-


duire. Le poste 1 est le premier poste sur la ligne de production, il n’a
donc pas de stock amont pour savoir ce qu’il doit produire, mais il est
doté d’un « programme client » informatique qui va lui indiquer les
priorités de production (T dans l’exemple), et ainsi de suite…

Par ailleurs, un emplacement s’est libéré au niveau des produits finis,


en aval du poste 4. Celui-ci va donc pouvoir produire un container de
produits X et libérer un emplacement pour le poste 3 qui va donc pro-
duire un container de produits C, et ainsi de suite jusqu’au premier
poste…

On voit bien sur cet exemple que le Kanban générique est un système
de pilotage par l’aval dans lequel les priorités de production sont don-
nées par le premier poste, donc le « programme client ».

Le Kanban générique peut donc s’appliquer en théorie à toute typolo-


gie de production que la variété soit petite ou grande, que la répé-
titivité soit petite ou grande.

3.3 Intérêts de la mise en place


d’un système Kanban générique

Le Kanban générique permet tout d’abord de simplifier le pilotage de


l’atelier, et ce davantage encore qu’en Kanban spécifique. En effet,
avec la règle du FIFO, les opérateurs n’ont plus qu’à être vigilants
quant à la circulation des étiquettes ou l’apparition des emplacements
vides. Ils savent ensuite ce qu’il faut produire sans avoir à choisir entre
plusieurs postes. C’est donc un système de gestion très simple, mais on
verra plus tard que la conception du système est complexe, tout
comme peut l’être également la circulation des composants et des
sous-ensembles en stock.

Le Kanban générique permet ensuite de mieux visualiser et clarifier les


flux physiques. Les stocks étant limités par les étiquettes ou les empla-
cements entre les postes, on peut mieux observer les flux de produc-
tion.

282 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

Le Kanban générique permet aussi d’éviter les engorgements du sys-


tème qui se produisent en gestion d’atelier par ordre de fabrication, où
on lance les ordres de fabrication sans se préoccuper des problèmes
éventuels de postes situés plus en aval dans la ligne de production. En
Kanban générique, le nombre d’emplacements ou d’étiquettes limité
régule totalement le flux et peut aller jusqu’à l’arrêt de la production
en cas de gros problèmes…

Le Kanban générique ressemble finalement beaucoup à une gestion


par OF mais sans les OF et sans les inconvénients d’une gestion par
OF. En revanche, un certain nombre d’inconvénients propres à la
méthode limitent les expériences de mise en place du Kanban géné-
rique, comme nous allons le voir maintenant.

3.4 Limites de la mise en place


d’un système Kanban générique

Le Kanban générique est proche d’une gestion par OF puisqu’il va bien


souvent utiliser tant le calcul des besoins comme programme clients
que les ordres proposés, suite au calcul des besoins, pour indiquer les
priorités et les quantités à produire. Cela se traduit par la nécessité de
faire converger au bon moment tous les composants et sous-ensembles
nécessaires à la réalisation des produits, et ce sur tous les postes de la
ligne Kanban en synchronisation totale avec les besoins. Cela fait
étrangement penser à ce qui se passe sur les lignes d’assemblage auto-
mobiles, et on retrouve les mêmes problèmes. Ce point constitue sans
doute la principale limite de ce système. En effet, plus il y aura de
diversité sur une ligne, plus la mise en place d’un Kanban générique
sera complexe sur cette ligne.

Le Kanban générique nécessite donc une étude longue, rigoureuse et


précise, avant d’être mis en place, ce qui décourage parfois certains. Et
c’est dommage car, une fois mis en place, c’est un système très simple
et très performant.

© Éditions d’Organisation 283


Gestion de production

4. Conditions de réussite
de la mise en place
d’un système Kanban,
spécifique ou générique
Comme nous venons de le voir, cette méthode est excessivement sim-
ple à mettre en œuvre. Cependant, il ne faut pas oublier que l’utilisa-
tion d’un Kanban dans un atelier correspond à l’apparition d’un
système d’information qui va mettre en évidence, révéler, la plupart des
problèmes d’atelier. Pour gérer un flux de produits par la méthode Kan-
ban, il faut générer une très grande fluidité de l’écoulement des pro-
duits. Loin de réguler les perturbations, le système Kanban, lorsqu’il
est tendu, a plutôt tendance à amplifier leurs effets, contrairement aux
stocks qui les amortissent. L’atelier ne pourra donc fonctionner que si
les problèmes sont résolus, ou du moins s’ils le sont en partie.
Les actions à réaliser doivent être engagées pour une part avant et pour
l’autre pendant la mise en œuvre de la méthode Kanban dans l’atelier.
Ces actions sont une condition nécessaire à la réussite de l’installation
du Kanban dans l’entreprise.
Les modifications qui doivent être apportées sont multiples et on peut
remarquer que la démarche de progrès n’est pas la même dans toutes
les entreprises. Certaines entreprises rencontreront des problèmes rela-
tifs à leur implantation et devront travailler en priorité ce point là,
d’autres ont des temps de réglage très longs et nuisibles au bon fonc-
tionnement du Kanban.
La plupart des actions que l’entreprise doit entreprendre seront large-
ment développées dans le chapitre 10 consacré à la Lean Production.
On peut cependant déjà évoquer :
• La nécessité d’une bonne implantation des ateliers.
• La nécessité de réduire considérablement les temps de change-
ments de série.
• La suppression des aléas (pannes, pièces non conformes...).
• Le développement de relations privilégiées, le véritable partena-
riat avec les fournisseurs internes et externes à l’entreprise.

284 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

• La nécessité d’une importante polyvalence du personnel que l’on


peut obtenir par la formation. On ne recherche plus seulement la
productivité dans un atelier qui fonctionne en Kanban mais plu-
tôt la qualité des produits, ce qui passe forcément par la respon-
sabilisation du personnel. Ce personnel doit en outre être
capable de changer de poste, de lancer des actions de réglage ou
d’entretien. Cela est aujourd’hui très difficile à réaliser dans cer-
taines entreprises, dont la culture ne permet pas toujours d’évo-
luer dans ce sens là.
• La nécessité de faire évoluer les produits et leurs composants.
Pour simplifier la gestion du Kanban, il faut standardiser les
composants et /ou les sous-ensembles du produit, ce qui permet
de diminuer le nombre de références à gérer.

5. Mise en place d’un système Kanban

5.1 Avantages du système


Le premier avantage en est qu’il permet de mettre en évidence les pro-
blèmes de l’atelier. À ce propos, les Japonais utilisent l’image très révé-
latrice de la rivière :

Figure 8.11 – L’allégorie de la rivière

niveau d'eau = niveau des stocks

rochers = perturbations

© Éditions d’Organisation 285


Gestion de production

Quand il y a des perturbations dans le système, on a l’habitude d’aug-


menter le niveau des stocks pour améliorer le débit du flux de pro-
duits. Les Japonais expliquent qu’il vaut mieux diminuer le niveau des
stocks, ce qui fait apparaître les perturbations que l’on peut alors
mieux combattre (puisqu’on les connaît) afin d’améliorer par la suite
le débit du flux de produits.
Cette méthode présente bien évidemment d’autres avantages plus
concrets :
• Dans un atelier qui utilise la méthode Kanban, on peut souvent
constater une circulation rapide de l’information entre les postes
de travail concernant les problèmes machines, les pannes, les
pièces défectueuses.
• On peut également observer le développement de la cohésion
entre les postes de travail du fait de la très grande dépendance
qui existe entre eux.
• Le service proposé au client s’améliore et se traduit par une
meilleure fiabilité au niveau du respect des délais, de la qualité et
des quantités. On peut livrer le client plus souvent et par petites
quantités. L’objectif ultime du Kanban est de fabriquer et de
livrer un petit peu de tout tous les jours.
• Le Kanban permet de décentraliser et de simplifier la gestion de
production au sein de l’atelier. Il n’y a plus besoin d’ordres de
fabrication, le système Kanban s’autogère grâce à la prise des
décisions effectuée directement au niveau des opérateurs.
• Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’un des avantages princi-
paux peut s’exprimer en termes de diminution des stocks ; cela
produit généralement un dégagement de trésorerie, davantage de
place dans les ateliers et les entrepôts, une plus grande facilité de
gestion des stocks, et une réaction plus rapide aux évolutions
(puisqu’on n’a plus à attendre d’écouler un stock important pour
réagir).
• On peut citer un dernier élément intéressant pour l’entreprise qui
est la conséquence de ceux précédemment présentés. Il s’agit de
l’accroissement de la réactivité du système, devenu flexible, qui
permet à l’entreprise de s’adapter vite, de réagir vite. En effet, le
temps de réaction à une modification éventuelle de la demande
est très rapide puisqu’on ne produit que pour répondre à la

286 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

demande avec des niveaux de stocks réduits au plus juste. Cette


condition est essentielle en matière de « pérennisation »
aujourd’hui.

Ainsi, contrairement à ce qui est souvent dit, le Kanban ne se réduit


pas à un simple outil du juste-à-temps. Le processus Kanban implique
un système de réglage fin de la production et du système de planifica-
tion des approvisionnements. Il encourage le re-engineering industriel,
tel que les implantations en cellules de production et une gestion des
ressources humaines où le personnel, responsable de la cellule, est
encouragé à participer efficacement à l’amélioration continue des pro-
cessus Kanban dans le concept Kaïzen.

5.2 La convivialité MRP-Kanban


On peut établir le constat suivant qu’une des limites du Kanban, c’est
qu’il correspond à un système de pilotage d’atelier, et donc de gestion
d’atelier court terme, et ne peut à ce titre intégrer des informations pré-
visionnelles. Il n’est donc pas adapté pour déclencher des approvision-
nements ou des productions quand le délai d’anticipation est trop
grand. Cela représente un problème quand la demande fluctue beau-
coup, ce qui est le cas dans la plupart des entreprises aujourd’hui.

Faut-il supposer que le Kanban est inutilisable dans ce type de


situation ?

Non ! On va utiliser l’outil de planification MRP pour pallier cette


lacune. Cet outil va permettre de lisser la charge de l’atelier. Le fonc-
tionnement de l’atelier ne sera plus alors fondé sur la demande réelle
mais sur une demande régularisée. L’outil MRP va pour ce faire établir
des programmes prévisionnels de production, assurant l’équilibre entre
la charge et la capacité des ateliers et prévoyant l’utilisation prévision-
nelle des machines, de la main-d’œuvre, le doublement éventuel des
équipes, l’appel à la sous-traitance...

Il existe par ailleurs des possibilités d’ordonnancement simultané


MRP-Kanban, certains ateliers pouvant fonctionner en Kanban,
d’autres en MRP.

On peut par exemple citer la combinaison :

© Éditions d’Organisation 287


Gestion de production

• ateliers de montage fonctionnant en Kanban, car plus proches au


niveau délai de la demande ;
• ateliers d’usinage des composants et des sous-ensembles gérés
par ordres de fabrication classiques.

Le Kanban n’étant qu’un système de régulation à court terme du flux


de production, il ne fonctionnera correctement que si la régulation à
moyen terme a été bien définie. Il existe donc une forte complémenta-
rité entre MRP et Kanban.

6. Conclusion
La méthode Kanban est l’un des outils d’application de la philosophie
Lean Production. Tous les éléments de réflexion évoqués dans le
chapitre 10 consacré à la Lean Production doivent y être appliqués
pour que le système Kanban fonctionne bien.

Cette méthode n’est en fait qu’une méthode d’organisation et de ges-


tion d’atelier, et ne va pas au-delà.

Si l’entreprise qui l’utilise évolue dans un environnement parfaitement


stable en terme de demande, elle pourra se satisfaire de piloter à vue
avec son Kanban. Hélas, aujourd’hui, les entreprises dans cette situa-
tion sont très rares. Il devient alors nécessaire, dans un environnement
instable, de coupler le Kanban avec le système de planification MRP
dont le rôle consistera à régulariser la demande, planifier les approvi-
sionnements et rendre le fonctionnement du Kanban possible et effi-
cace.

N’oublions pas que d’autres éléments sont nécessaires pour que le


Kanban soit efficace, en particulier la polyvalence, la polytechnicité,
l’autonomie et la flexibilité des personnes qui feront fonctionner le
Kanban. Comme dans tous les projets, ces personnes en sont l’un des
facteurs clés de réussite !

Le Kanban est aujourd’hui un outil très répandu dans les entreprises


où il est surtout apprécié pour sa réactivité, condition essentielle de
survie de l’entreprise dans le contexte économique actuel.

288 © Éditions d’Organisation


La méthode Kanban : du Kanban spécifique au Kanban générique

Le Kanban est aussi utilisé de façon assez inattendue dans des entre-
prises qui n’ont pas d’activité de production industrielle traditionnelle,
par exemple pour déclencher des réapprovisionnements de produits.
C’est le cas dans la logistique pharmaceutique où il est largement
répandu entre officines et plates-formes de regroupements de médica-
ments. La réactivité est l’atout essentiel de ce système puisque tout
patient peut obtenir le médicament qu’il souhaite dans un délai d’une
demi-journée. Il est aussi utilisé dans des restaurants de type « fast
food » pour déclencher une nouvelle réalisation d’un lot de produits
dont la consommation est souhaitée très vite. L’atout de ce système est
là aussi sa très forte réactivité.
Il s’agit d’un outil très simple de mise en place et de compréhension à
partir duquel on peut mettre en place un réel pilotage des ateliers au
niveau des opérateurs, lesquels peuvent en assumer l’entière responsa-
bilité.

© Éditions d’Organisation 289


Chapitre 9

La gestion d’atelier
par les contraintes

1. Introduction

Nous avons souhaité présenter ici quelques éléments de réflexion sur


une théorie de management industriel apparue aux États-Unis dans le
dernier quart du XXe siècle. Il s’agit de la théorie OPT (pour Optimized
Production Technology) qui est le résultat des travaux de
E. M. Goldratt. Ce dernier est principalement connu en Europe pour un
ouvrage qui a un grand succès et qui développe, d’une manière très
simple, les principes de la méthode : Le but.

Cette approche présente une manière différente d’appréhender l’entre-


prise et son management dans sa globalité. Nous avons choisi de n’en
évoquer ici que la partie pilotage de l’atelier.

291
Gestion de production

Que peut bien signifier gérer un atelier par ses contraintes ? Qu’est-ce
qui est une contrainte dans un atelier ? La mauvaise humeur de son
responsable ? Eh bien non ! Une contrainte s’exprime en termes de
capacité de production insuffisante, et plus précisément en termes de
goulet d’étranglement.

Qu’est-ce alors qu’un goulet d’étranglement ?

Soit la ligne de production présentée en figure 9.1 :

Figure 9.1 – Ligne de production :


capacité des postes exprimée en pièces fabriquées par heure

MP Poste 1 Poste 2 Poste X Poste 3 PF


Capacité Capacité Capacité Capacité
200 p/h 180 p/h 50 p/h 150 p/h

Existe-t-il dans cette ligne de production un goulet d’étranglement ?

On peut observer qu’un des postes de production a une capacité nette-


ment inférieure à celle des autres. S’agit-il d’un goulet ? Il ne nous est
pas possible de répondre, car nous ne possédons pas suffisamment
d’informations. L’information primordiale qui nous manque est l’infor-
mation de demande, de besoin client.

En effet, si le besoin client est inférieur à 50 pièces par heure, notre


ligne de production nous permet de répondre sans aucune difficulté à
la demande ; il n’y a donc pas de problème, et donc pas de goulet, pas
de contrainte.

Si, en revanche, le besoin client est supérieur à 50 pièces par heure,


notre ligne de production possède au moins un goulet, le poste X, qui
ne permet pas de répondre à la demande. Si, par ailleurs, le besoin
client est supérieur à 150 pièces par heure, notre ligne possède deux
goulets, le poste X et le poste 3.

292 © Éditions d’Organisation


La gestion d’atelier par les contraintes

Un goulet d’étranglement est donc une ressource de production, quelle


qu’elle soit, dont la capacité de production ne permet pas de répondre
aux besoins du marché.

Toute l’approche de la gestion d’atelier par les contraintes va consister


à montrer que les goulets déterminent totalement les règles et les
conditions de la production dans l’entreprise.

2. Les contraintes et le pilotage de l’atelier

2.1 Quelques remarques préalables


Notre analyse de la figure 9.1 nous a amenés à parler de goulet comme
d’une ressource de production dont la capacité ne permet pas de
répondre à la demande. De quelle capacité s’agit-il ?

Chaque fois que nous serons amenés à utiliser ce terme, nous


l’emploierons pour parler de la capacité démontrée de la ressource.
Cette capacité n’est pas la capacité théorique, la cadence donnée par
le constructeur d’une machine par exemple. C’est la capacité réelle
qui tient compte des pannes et de tous les aléas divers pouvant se pro-
duire sur la ressource. Cette capacité là reste en général trop souvent
méconnue par les utilisateurs des ressources, ce qui pose des problè-
mes pour répondre de manière satisfaisante à la demande des clients.

Notre analyse concernant la figure 9.1 nous a également amenés à


considérer qu’on pouvait observer plusieurs goulets sur une même
ligne de production. Mais on peut dès maintenant remarquer que l’un
des goulets est toujours plus pénalisant, donc « plus goulet que les
autres », et c’est lui qui représentera la contrainte majeure de pilotage
de la production. En effet, la cadence d’une ligne de production étant
donnée par le poste le plus lent de cette ligne, c’est le poste « le plus
goulet » qui pilotera la ligne.

Ces précisions étant apportées, on peut maintenant développer les


principes de cette approche par les contraintes.

© Éditions d’Organisation 293


Gestion de production

2.2 Équilibre des capacités, équilibre du flux


Les entreprises cherchent fréquemment sur une ligne de production
l’équilibre des capacités. Cette démarche est imposée par la réflexion
suivante : si les capacités ne sont pas équilibrées sur les différents pos-
tes d’une ligne de production, on peut être amené à attendre que les
postes ayant une cadence inférieure terminent leur production.

La recherche de l’équilibre est bien difficile à réaliser car, comme nous


l’avons montré précédemment, on connaît mal les capacités. Par
ailleurs, en supposant qu’on y parvienne, que remarque-t-on ?

Chaque poste est soumis à des aléas divers : pannes machine, non-
qualité des pièces, en-cours...

Ces aléas ne se produisent en général pas tous en même temps sur


tous les postes de la ligne. Chaque fois qu’un aléa se produit sur un
poste de production, les autres postes de la ligne vont subir indirecte-
ment les conséquences de cet aléa, par exemple, par le biais d’une rup-
ture d’approvisionnement.

On peut alors observer un phénomène d’accumulation des aléas qui va


générer un accroissement des délais, donc des retards, et le client ne
sera pas satisfait !

La logique de gestion par les contraintes préconise donc de ne pas


chercher à équilibrer les capacités, mais de les utiliser telles qu’elles
sont, de manière à créer un flux adapté à la demande, par exemple en
utilisant la polyvalence ou en ayant recours aux heures supplé-
mentaires...

Il faut donc chercher à équilibrer le flux et non les capacités

Cette démarche conduit à maintenir dans les ateliers une situation de


déséquilibre. La gestion par les contraintes va chercher à faire fonc-
tionner au mieux les ateliers dans cette situation de déséquilibre.

2.3 Niveau d’utilisation d’un poste non-goulet


D’après ce qui vient d’être énoncé, on peut constater qu’il y a deux
types de ressources dans un atelier :

294 © Éditions d’Organisation


La gestion d’atelier par les contraintes

• les ressources goulets, ressources dont la capacité est inférieure à


la demande du marché ;
• les ressources non-goulets, ressources dont la capacité est supé-
rieure à la demande du marché.
Supposons une ligne de production composée de deux ressources :
• X ressource goulet de capacité 100 pièces à l’heure ;
• A ressource non-goulet de capacité 120 pièces à l’heure.
Supposons que la ressource X alimente, dans la ligne, la ressource A
(figure 9.2).

Figure 9.2 – Ligne de production à goulet

Poste X Poste A
Matière première Capacité (100 p/h) Capacité (100 p/h)
100 p/h 120 p/h
Production Production
100 p/h 100 p/h

Production limitée

Le goulet ayant une capacité limitée à 100 pièces par heure, on ne


pourra jamais transférer plus de 100 pièces par heure au niveau de A ;
on ne pourra donc jamais produire plus de 100 pièces par heure au
niveau de A, même si sa capacité devrait lui permettre de produire
davantage. On peut observer que la production d’un poste aval dépend
elle aussi toujours de la capacité de production d’un poste amont, si
celui-ci a une capacité inférieure à celle du poste aval.
Le niveau d’utilisation d’un non-goulet n’est pas déterminé par son
propre potentiel, mais par d’autres contraintes du système.
Cette considération est à prendre très sérieusement en compte, car elle
modifie sensiblement la perception que l’on peut avoir de la producti-
vité d’un poste de production.

© Éditions d’Organisation 295


Gestion de production

Si on effectue par exemple une étude de choix d’investissement parmi


deux équipements dont un a une capacité quatre fois supérieure à
l’autre (ce qui ramène le coût d’usinage par pièce calculé sur l’amortis-
sement à une valeur faible), on aura tendance à choisir le matériel à
forte capacité en prétextant sa rentabilité rapide. Mais supposons que
l’on intègre ce matériel dans une ligne de production où l’un des pos-
tes situés en amont n’a qu’une capacité faible. On ne pourra faire pas-
ser sur le nouveau matériel qu’un cinquième ou un quart de la
production prévue, ce qui va augmenter considérablement le coût uni-
taire des pièces produites et allonger le retour sur investissement.

Cet exemple parmi d’autres montre qu’il est nécessaire de prendre en


compte toutes les contraintes d’un système pour connaître et maîtriser
le niveau d’utilisation possible des postes non-goulets.

Approfondissons encore cette idée. Supposons maintenant une ligne


de production composée de quatre ressources :

• A1 : ressource non-goulet de capacité 200 pièces par heure ;

• A2 : ressource non-goulet de capacité 120 pièces par heure ;

• X : ressource goulet de capacité 100 pièces par heure ;

• A3 : ressource non-goulet de capacité 150 pièces par heure.

Supposons qu’on ait le flux de production illustré sur la figure 9.3 :


A1 alimente A2 qui alimente X qui alimente A3.

Figure 9.3 – Ligne de production à 4 postes dont un goulet

MP Poste A1 Poste A2 Poste AX Poste A3 PF


Capacité Capacité Capacité Capacité
200 p/h 120 p/h 100 p/h 150 p/h

Si on décide de produire en saturant la capacité, que va-t-il se passer ?

296 © Éditions d’Organisation


La gestion d’atelier par les contraintes

Figure 9.4 – Ligne de production à 4 postes dont un goulet :


production en saturant la capacité

Poste A1 Poste A2 Poste X Poste A3


Capacité 200 120 Capacité 120 100 Capacité 100 Capacité
200 p/h 120 p/h 100 p/h 150 p/h
Production Production Production Production
200 p/h 80 120 p/h 20 100 p/h 100 p/h

La première heure d’utilisation de la ligne, il va se créer un stock d’en-


cours de 80 en amont du poste A2 et un stock de 20 en amont de X.
Ces stocks ne pourront jamais être absorbés du fait de l’existence du
goulet. Si on continue à fonctionner ainsi, les en-cours vont s’accumu-
ler indéfiniment.

L’utilisation et le plein emploi d’une ressource ne doivent donc pas


être synonymes.

Chaque poste de production s’intègre dans un système plus global qui


lui impose son fonctionnement. Cette idée est à retenir pour essayer
d’organiser et de faire fonctionner au mieux le système de production
de l’entreprise.

2.4 Utilisation des goulets


et fonctionnement du système de production
Si on reste dans la situation décrite en figure 9.4 et qu’on considère
que notre ressource goulet n’est pas approvisionnée pendant un cer-
tain temps, ce qui ne lui permet de produire que 90 pièces au lieu de
100, que va-t-il se passer ?

On ne va pouvoir produire que 90 pièces en tout et pour tout, quel que


soit le potentiel des autres postes de la ligne.

Une heure perdue sur un goulet est donc une heure perdue pour
tout le système.

© Éditions d’Organisation 297


Gestion de production

Il faut donc chercher à protéger les goulets puisque ce sont eux qui
déterminent toute la production. Il faut qu’ils soient constamment
approvisionnés afin qu’ils puissent au moins fabriquer l’équivalent de
leur capacité. Si un stock est indispensable quelque part, c’est bien
juste en amont d’un goulet ! Ailleurs non, car les postes ont une capa-
cité suffisante pour leur permettre de compenser le retard par manque
d’approvisionnement.
Supposons que l’on soit de nouveau dans la situation de la figure 9.2,
où X alimente A. Supposons que l’on parvienne à diminuer le temps
de changement de série sur A. Quel intérêt cela peut-il avoir puisque X
limite toujours la production ?
Essayons de répondre aux deux questions suivantes :

Question no 1
Quand on décide d’installer dans un atelier un chantier pilote SMED,
sur quelle machine le fait-on a priori dans une logique traditionnelle ?
Et pourquoi ? Et dans une logique de gestion par les contraintes ? Et à
nouveau pourquoi ?
Dans une logique traditionnelle, on choisira pour un chantier SMED
une machine qui a un temps de réglage long que l’on va essayer de
diminuer pour réduire les tailles de lots de fabrication, et donc accroî-
tre la flexibilité en changeant de série plus souvent.
Dans une logique de gestion par les contraintes, on doit tout d’abord
effectuer la démarche SMED sur le ou les goulets pour diminuer le
temps de réglage et gagner ainsi du temps de production ; ainsi, on
augmente la capacité du goulet afin que celui-ci soit « moins goulet ».
En conclusion, on utilisera SMED sur les goulets pour augmenter leur
capacité de production et on utilisera SMED sur les non-goulets pour
diminuer les tailles de lot et les rendre plus flexibles. On peut d’ailleurs
remarquer que toute la surcapacité des non-goulets peut être utilement
mise à profit en temps de réglage pour rendre ceux-ci plus flexibles.

Question no 2
Quand on souhaite parvenir à une amélioration de la fiabilité des
machines par mise en place d’une maintenance préventive, sur quelle

298 © Éditions d’Organisation


La gestion d’atelier par les contraintes

machine le fait-on a priori dans une démarche traditionnelle ?


Pourquoi ? Et dans une démarche de gestion par les contraintes ? Et à
nouveau pourquoi ?
Dans une logique traditionnelle, on choisira une machine fréquem-
ment en panne, même si ce n’est pas le goulet, pour améliorer sa fiabi-
lité.
Dans une logique de type gestion par les contraintes, on choisira
d’effectuer l’action de maintenance préventive sur le ou les goulets
même s’ils ne sont pas souvent en panne. L’objectif étant là aussi de
gagner du temps de production, donc de gagner en capacité.
On peut donc conclure :
Une heure gagnée sur un non-goulet n’est qu’un leurre.
Toute la démarche que nous venons d’appliquer à des situations de
diminution des temps de réglage ou d’amélioration de la fiabilité est
parfaitement utilisable pour toutes les autres actions préconisées par la
stratégie du juste-à-temps. Mais ces actions doivent être revues à la
manière de la gestion par les contraintes et en privilégiant les goulets.
Les goulets ont une importance fondamentale. En effet, observons le
graphique 9.5 où chaque entonnoir schématise un poste de produc-
tion.

Figure 9.5 – Ligne de production schématisée par une suite


d’entonnoirs représentant les postes de production

A1

A2

A3

© Éditions d’Organisation 299


Gestion de production

Le niveau d’eau dans chaque entonnoir représente bien évidemment la


charge du poste et le diamètre d’ouverture représente quant à lui la
capacité de production du poste. On peut observer, dans ce graphique,
que le poste X qui est le goulet (il a la plus faible capacité et ne permet
pas de répondre à la demande du marché) contraint tous les autres
postes et impose le niveau de stocks de ces derniers.

Les goulets déterminent à la fois le débit de sortie et les niveaux de


stocks.

Les goulets sont donc les contraintes à partir desquelles il faut piloter
la production.

2.5 Les autres axes du pilotage des ateliers


par les contraintes

2.5.1 La notion de lot de transfert,


la notion de lot de fabrication
Bien souvent, dans les ateliers, on a tendance à confondre les notions
de lot de transfert et de lot de fabrication.
• Le lot de transfert est la quantité qui est transférée d’un poste à
un autre.
• Le lot de fabrication est la quantité de pièces bonnes produite
entre deux changements de série.

Considérons la ligne de production de la figure 9.6.

Figure 9.6 – Ligne de production ayant un goulet

MP Poste 1 Poste 2 Poste X Poste 3 PF


Capacité Capacité Capacité Capacité
210 p/h 140 p/h 70 p/h 140 p/h

300 © Éditions d’Organisation


La gestion d’atelier par les contraintes

Examinons les deux diagrammes de Gantt représentés sur les


figures 9.7 et 9.8.

Figure 9.7 – Diagramme de Gantt no 1

P1
Fin : 4 h 40 min
P2

P3

1h 2h 3h 4h 5h

Figure 9.8 – Diagramme de Gantt no 2

P1
Fin : 2 h 40 min
P2

P3

1h 2h 3h 4h 5h

Quelles différences existe-t-il entre ces deux situations ?

• Dans la première situation, le lot de production est égal à 140


pièces, et le lot de transfert également.

• Dans la seconde situation, le lot de production reste égal à


140 pièces alors que le lot de transfert n’est que de 35 pièces.
Cette situation permet de gagner un temps non négligeable, uni-
quement en réalisant certaines opérations en parallèle. On n’a
pas effectué ici de démarche de type SMED ou autre.

Souvent le lot de transfert ne doit pas être égal au lot de production.

© Éditions d’Organisation 301


Gestion de production

Si on applique cette idée, elle conduit à rechercher dans les ateliers des
lots de transfert les plus faibles possibles : pièce à pièce, comme dans
l’industrie automobile, est la situation idéale. Mais cela nécessite une
excellente organisation, une implantation parfaite et une grande fiabi-
lité des fournisseurs.

2.5.2 La détermination des tailles de lots de fabrication


dans une gestion par les contraintes

Quand on cherche à déterminer la taille des lots de fabrication dans


l’entreprise, on applique en général une démarche proche de la démar-
che de la quantité économique avec tous les problèmes que l’on
connaît… On recherche en effet une taille de lot qui permette de renta-
biliser le coût du réglage effectué pour réaliser la fabrication.

Dans cette situation, prenons l’exemple caricatural suivant : si un


client commande à un fabricant 50 vis d’un type particulier, celui-ci
pour rentabiliser son réglage en fabrique 1 000 et en stocke 950. Que
deviendront les 950 stockées ?

Pendant qu’il fabrique les 950 vis non demandées, d’autres clients pas-
sent des commandes qui, elles, ne sont pas satisfaites dans les délais.

Par ailleurs, la taille de lot retenue continuera à être utilisée sans modi-
fication chaque fois qu’on devra fabriquer ce produit.

Cette situation est aujourd’hui utilisée par toutes les entreprises qui
utilisent des logiciels de GPAO de type MRP, c’est-à-dire plus de 80 %
des entreprises françaises.

Or, il ne peut y avoir ajustement entre la taille de lot et la quantité


demandée que si les temps et donc les coûts de réglages sont très fai-
bles et si le système de gestion informatique de l’entreprise fonctionne
en lot for lot, c’est-à-dire en taille de lot = besoin net.

Le système de gestion par les contraintes préconise un système où les


lots de fabrication doivent être variables.

302 © Éditions d’Organisation


La gestion d’atelier par les contraintes

2.5.3 La détermination des délais de fabrication

Quand on cherche à déterminer le temps de fabrication d’un lot de piè-


ces sur un poste de production, on utilise en général les composantes
suivantes :

• temps de préparation du poste (P) ;

• temps gamme d’exécution pour une pièce (U) ;

• quantité de pièces dans le lot (Q) ;

• temps d’attente moyen estimé du lot de pièces avant passage sur


le poste de production (A) ;

• temps de déplacement moyen estimé d’un poste à un autre (D).

On a alors le temps de fabrication sur le poste (F) :

F=P+Q×U+A+D

Ce temps, estimé une fois pour toutes, est inséré dans le logiciel de
gestion de production et tous les calculs d’ordres de fabrication sont
effectués avec ce temps-là.

Le temps réel de fabrication, quant à lui, est différent du temps


estimé F. Il est en particulier fonction des contraintes du système de
fabrication : panne, opérateur absent, dérive de la machine... Les
contraintes sont différentes d’un moment à l’autre, d’un jour à l’autre.

Dans une gestion traditionnelle par MRP, on fige un délai estimé qui ne
correspond en rien aux contraintes du système de production à un ins-
tant donné.

Cette situation est absurde et la gestion par les contraintes préconise


d’établir les programmes en prenant en compte toutes les contraintes
simultanément, les délais de fabrication étant le résultat d’un pro-
gramme et ne pouvant être prédéterminés.

© Éditions d’Organisation 303


Gestion de production

2.6 La gestion de l’entreprise

Dans ce domaine, la gestion par les contraintes nous fait observer que
la somme des optimums locaux n’est pas l’optimum du système global.

Dans une entreprise, on peut dire que ce n’est pas parce que chaque
personne, chaque atelier, chaque service de l’entreprise est efficace,
que l’on a une entreprise globalement efficace.

Il faut chercher à faire en sorte que dans l’entreprise toutes les person-
nes travaillent dans un même but commun : la stratégie de l’entreprise,
et tirent l’entreprise dans le même sens.

Pour cela deux éléments sont indispensables et décisifs, source de


l’optimum du système global. Il s’agit du déploiement stratégique et du
travail ensemble. Il est surprenant d’observer que, dans de nombreuses
entreprises, peu de personnes connaissent ce que la stratégie globale
de l’entreprise signifie à leur niveau de chef d’atelier, d’agent de maî-
trise, de responsable de processus ou de simple opérateur. Or, on ne
peut motiver les personnes qu’en leur précisant les objectifs qui leur
sont assignés. Par ailleurs, il est important que les forces vives de
l’organisation travaillent ensemble pour converger vers un but com-
mun défini par la stratégie déployée. Prenons un exemple classique.
Considérons deux services d’une entreprise : les services « achats » et
« production ». Supposons que chacun de ces deux services recherche
son efficacité individuelle de service, que va-t-il se passer ?

Le service « achats » va chercher à minimiser ses coûts d’achats pour


faire économiser de l’argent à l’entreprise et pourra se targuer d’avoir
fait économiser des sommes importantes. Mais les conséquences pour
la « production » seront dramatiques : les composants achetés à bas
prix présenteront sans doute des problèmes de non-qualité, de non-res-
pect des délais, des quantités…, qui finalement coûteront beaucoup
plus cher que les économies réalisées par les « achats ».

304 © Éditions d’Organisation


La gestion d’atelier par les contraintes

3. Mise en œuvre de la gestion d’atelier


par les contraintes

3.1 Les étapes préalables

3.1.1 La formation du personnel


La gestion d’atelier par les contraintes se traduisant par une concep-
tion de l’entreprise très différente de la conception traditionnelle, il est
tout à fait souhaitable de commencer par former, ou au moins infor-
mer, le personnel de la nouvelle manière d’appréhender les problèmes
dans l’entreprise. Cette formation doit se faire à tous les niveaux hié-
rarchiques, y compris celui des opérateurs qui vont être les utilisateurs
directs de la méthode.

3.1.2 Les actions de progrès


On retrouve ici toutes les actions préconisées par la philosophie Lean
Production mais appréhendées sous l’angle de la gestion par les
contraintes. Nous avons déjà précisé la manière d’envisager le SMED
et la maintenance préventive par les goulets ; nous allons maintenant
décrire simplement la manière d’envisager les contrôles qualité sur les
goulets.
Dans une démarche juste-à-temps, on cherche à développer l’auto-
contrôle et la maîtrise des procédés afin d’empêcher que ne se propage
toute non-qualité.
Si l’on applique ces concepts dans une démarche par les contraintes,
cela va se traduire de la manière suivante :
• On va tout d’abord effectuer des contrôles qualité sur la machine
qui précède le goulet, pour ne faire passer sur le goulet que des
pièces bonnes et ne pas lui faire perdre de la capacité sur des piè-
ces déjà mauvaises.
• On va ensuite développer la recherche de la maîtrise des procé-
dés sur le poste goulet et sur tous les postes qui le suivent dans
la ligne de production : sur le poste goulet pour qu’il ne perde

© Éditions d’Organisation 305


Gestion de production

pas de la capacité à fabriquer des pièces mauvaises et sur les


autres postes pour que les pièces bonnes issues du goulet ne
soient pas abîmées par des opérations d’usinage ultérieures ou
des opérations d’assemblage avec des pièces mauvaises.
• Sur tous les autres postes de la ligne, tous les postes qui précè-
dent le poste précédant lui-même le goulet, on n’a pas besoin
d’une action particulière à court terme en qualité puisqu’ils ont
une capacité suffisante pour compenser la fabrication de rebuts.
Toutes les actions de progrès de type juste-à-temps ou non doivent
donc être envisagées selon l’aspect goulet.

3.2 La détection des goulets


On dispose de différents moyens pour détecter les goulets dans un
atelier :
• Une machine dont les stocks situés en amont sont importants est
très probablement un goulet. Cependant, les stocks liés à une
machine ne sont pas toujours situés à proximité de celle-ci, pour
des raisons d’encombrement.
• Si on recherche les produits finis qui sont livrés constamment
avec du retard, on constate bien souvent qu’ils sont fabriqués
sur... une ou plusieurs machines goulets.

306 © Éditions d’Organisation


La gestion d’atelier par les contraintes

Exemple

Figure 9.9 – Détection des goulets

E5 E3

E6 P1 E6 P3

E7

E1 E4

E2 P2 E6 P4

E4 E7

Une entreprise fabrique quatre produits P1, P2, P3 et P4 à partir de piè-


ces fabriquées par l’entreprise E1, E2, E3, E4, E5, E6 et E7 (figure 9.9).

Les produits P1 et P4 ne sont jamais livrés dans les délais. Où se


situent donc le ou les goulets ?

On constate que P1 et P4 ont deux composants communs E6 et E7.


Mais P3 a lui aussi comme composant E6 et il n’est pourtant jamais
livré en retard. Aucun autre produit fini n’a comme composant E7. On
peut donc raisonnablement supposer que E7 est fabriqué sur une
machine goulet !

Cet exemple est un peu simpliste, mais il donne quand même une idée
de la démarche à suivre.

© Éditions d’Organisation 307


Gestion de production

On peut être amené à penser que, de toute façon, les goulets changent
de place dans l’entreprise en fonction de la demande du moment et
donc de la production du moment. Cela est probablement vrai pour
des entreprises qui ont des productions très différenciées et à durée de
vie extrêmement courte. Pour toutes les autres, les goulets sont stables.
À partir du moment où les goulets sont repérés, il est nécessaire de
leur appliquer les règles que nous avons développées précédemment :
• utiliser les goulets à plein rendement ;
• protéger les goulets ;
• gagner des heures de production sur les goulets ;
• utiliser les temps disponibles des non-goulets ;
• etc.
Mais ces règles n’ont pour but que de fonctionner le moins mal possi-
ble pendant la période où l’on n’est pas encore capable d’éliminer les
goulets, puisque le but ultime doit bien évidemment être d’éliminer les
goulets ! Mais on peut imaginer que, dans une entreprise en bonne
santé économique où la croissance est de mise, l’élimination d’un gou-
let va se traduire par la création d’un autre ailleurs, à gérer lui aussi, et
ainsi de suite. La gestion par les goulets est donc une quête quasi
permanente !

3.3 Le pilotage de l’atelier par les contraintes


Il existe un type d’organisation d’atelier par les contraintes, comme il
existe un type d’organisation Kanban.
La présence d’un goulet dans une ligne de production a les conséquen-
ces suivantes :
• La production est déterminée par la capacité du goulet.
• Il se crée devant le goulet un stock généralement impossible à
résorber sauf en arrêtant périodiquement l’ensemble des machi-
nes situées en amont du goulet.
Pour éviter l’existence de ce stock, la gestion par les contraintes pro-
pose un système d’information liant les approvisionnements ou la res-
source située le plus en amont sur la ligne à la ressource goulet.

308 © Éditions d’Organisation


La gestion d’atelier par les contraintes

La quantité de matières premières approvisionnée ou la fabrication du


premier poste de la ligne sera égale à la quantité qui pourra être traitée
par le goulet du fait de sa capacité limitée.

Ce système d’information peut être matérialisé de différentes manières,


par exemple, à l’instar du Kanban, par une circulation d’étiquettes,
mais circulant uniquement entre le poste goulet qui réalise l’appel de
l’aval et le premier poste de la ligne ou les approvisionnements.

4. Conclusion

La méthode de pilotage de l’atelier par les contraintes utilise de nom-


breux concepts d’autres philosophies ou d’autres méthodes comme le
Lean Production, le MRP2 ou l’ordonnancement classique, mais en les
exploitant à la manière de la gestion par les contraintes. Elle nécessite
une approche de l’entreprise par ses goulets d’étranglements.

La démarche que nous avons étudiée peut être utilisée dans toutes les
entreprises de production quel que soit leur secteur d’activité. Cette
démarche est parfaitement complémentaire d’une démarche Lean Pro-
duction/qualité totale, d’une planification de type MRP2.

Dans la démarche de pilotage des ateliers par les contraintes, l’objectif


de court terme est bien entendu de gérer au mieux les ateliers en
connaissant leurs problèmes, donc en pilotant grâce à la connaissance
des goulets. L’objectif de long terme est de supprimer les goulets. Il
serait stupide de poursuivre longtemps sans pouvoir répondre à la
demande, donc de perdre des parts de marché.

Nous n’avons étudié ici qu’une petite partie du management par les
contraintes, fondée sur le pilotage d’atelier. Mais elle recouvre d’autres
aspects de management plus globaux, et en particulier une réflexion
sur la mesure de la performance de l’entreprise.

© Éditions d’Organisation 309


Chapitre 10

Du juste-à-temps
au Lean Management
et à Six sigma

1. Introduction

1.1 Historique du Lean Management

Dans le monde économique, le seul moyen pour une entreprise de sub-


sister consiste à maintenir des marges bénéficiaires suffisantes. Toute-
fois, dans l’économie de marché, qui est l’environnement actuel,
gagner plus en vendant plus cher est difficile à cause de la situation de
concurrence ; il reste donc à dépenser moins en agissant sur les coûts.

311
Gestion de production

En revanche, s’il est toujours possible de dépenser moins, encore faut-


il qu’en fin de compte le client y trouve son compte et pour cela il faut
que ce mouvement s’accompagne d’un niveau de qualité acceptable et
accepté.

Le concept du Lean Management repose sur la question suivante :


peut-on réaliser des produits collant parfaitement aux attentes des
clients, à des coûts exceptionnellement bas et d’une exceptionnelle
qualité ? Deux idées maîtresses sont au cœur du Lean Management :
• La suppression de tous les gaspillages tout au long de la chaîne
logistique et dans tous les processus de l’entreprise. Autrement
dit, être économe dans l’entreprise et non vis-à-vis du client !
• Mettre l’homme au cœur du dispositif en exploitant toutes les
capacités intellectuelles, dans toutes les structures de l’entre-
prise, à tous les échelons.
Développés au départ par les entreprises japonaises et principalement
par Toyota à partir des années 1950, les concepts essentiels de cette
philosophie industrielle n’ont cessé de se développer au cours des der-
nières décennies. Centré autour du juste-à-temps à la fin du siècle der-
nier, le concept concernait principalement les lieux de production.
L’évolution du juste-à-temps s’est réalisée dans toutes les dimensions :
• Dimension du cycle de vie du produit car la chaîne logistique ne
commence pas à l’entrée de l’atelier de production et ne se ter-
mine pas à sa sortie. Il a donc fallu s’intéresser à tout le cycle
depuis la production des composants chez les sous-traitants
jusqu’au suivi après-vente et le recyclage du produit en fin de
vie.
• Dimension des processus industriels puisque les gaspillages ne
sont pas seulement faits dans les processus de production, mais
dans tous les processus de l’entreprise depuis la définition mar-
keting du produit, puis sa conception, jusqu’au service de factu-
ration.
• Dimension des gammes de produits. En effet, si le juste-à-temps
s’intéressait principalement aux produits déjà développés, le
Lean Management va plus loin en rendant l’entreprise capable
de développer de nouveaux produits plus conformes aux attentes
du marché, et ce plus rapidement.

312 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

Le juste-à-temps avait pour objectif de ne produire que ce qui serait


vendu mais tout ce qui serait vendu, et ce juste à temps. Le Lean
Management vise à rendre l’entreprise plus performante, plus compéti-
tive, plus apte à s’adapter rapidement aux fluctuations incessantes et
rapides des marchés.

Lean Management se traduit littéralement par « management


minceur », « management au plus juste ». Un système de management
lean sera un système de management svelte, agile, athlétique, capable
de s’adapter rapidement à tout changement de son environnement en
n’utilisant que l’énergie nécessaire sans gaspillage. Le concept de Lean
Management peut être vu comme une évolution des concepts de pro-
duction au plus juste développés dans nos entreprises à la fin du
XXe siècle.

1.2 Principes de base du Lean Management


Le Lean Management a pour objectif d’améliorer la performance
industrielle tout en dépensant moins. C’est le même problème que
celui qui se pose à un sportif qui cherche à obtenir la performance
maximale en réduisant le plus possible l’énergie consommée. Pour
illustrer cette comparaison, prenons le cas d’un débutant en ski de
fond sur un « pas de skating ». Maîtrisant mal son équilibre, il va
dépenser une énergie considérable qui ne se traduira pas en vitesse
d’avancement et sera épuisé après quelques kilomètres. Au fur et à
mesure de ses progrès dans la justesse de ses gestes, dans son équili-
bre, dans la lecture de la piste, il va pouvoir concentrer son énergie sur
la seule performance utile : sa vitesse d’avancement. Au total, pour la
même dépense énergétique, on peut facilement multiplier sa vitesse
par un facteur 3 simplement en éliminant les gaspillages énergétiques.
C’est le même problème pour les entreprises industrielles : comment
améliorer notre performance sans consommer plus d’énergie ?

Pour atteindre ce niveau dans une entreprise, on doit s’appuyer sur un


certain nombre de points clés :

• la suppression de tous les gaspillages,

• une production en flux tendus,

© Éditions d’Organisation 313


Gestion de production

• une gestion de la qualité favorisant l’amélioration continue et


l’amélioration par percée,
• la réduction des cycles de développement des produits,
• une attitude prospective vis-à-vis de ses clients.

1.2.1 La suppression des gaspillages


Pour dépenser moins, il faut se rapprocher le plus possible de l’opti-
mum, ne dépenser que ce qui est indispensable pour apporter de la
valeur ajoutée au produit. Illustrons ce principe par un exemple carica-
tural pris dans la vie de tous les jours.
« Un client pressé se présente au bar d’un café et commande un café
bien serré. Le restaurateur qui n’a plus de café disponible au comptoir
va dans son arrière-boutique, cherche un paquet de café et renverse
une boîte de sucre qui était mal rangée. Il revient au comptoir, fait le
café, mais laisse trop couler l’eau. Mécontent, le client demande un
nouveau café, plus serré. Le restaurateur, énervé, manipule mal sa
machine déjà mal en point et casse un élément du percolateur. Après
une réparation de fortune, le restaurateur apporte le nouveau café mais
oublie le sucre. Il est obligé d’aller chercher le sucre à l’autre bout du
comptoir. Lorsqu’il revient, le client pressé est parti. »
Dans cette petite anecdote, on constate de nombreux gaspillages évi-
demment inutiles :
• boîte de sucre renversée faute d’un mauvais rangement ;
• nombreux déplacements inutiles ;
• problèmes de qualité suite à une mauvaise compréhension des
attentes du client ;
• problèmes de fiabilité de la machine.
Le Lean Management a pour objet la suppression de tous les gaspilla-
ges.
Le mode de vie occidental est en lui-même un obstacle majeur à la
diminution des coûts car nous n’avons pas l’habitude de lutter contre
les causes des problèmes. Devant chaque difficulté, nous trouvons tou-
jours un moyen de contourner le problème, parade qui rend l’effet sup-
portable.

314 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

Quelques exemples où la difficulté est contournée :


• durée de changement d’outil – la formule de Wilson détermine
un « lot économique » au lieu de chercher à réduire les temps de
changement d’outils ;
• pannes des machines – on constitue des stocks de sécurité ;
• excès de stock – on développe les entrepôts de stockage ; on
achète un magasin automatisé ;
• manutentions longues et difficiles – on investit dans des systè-
mes de manutention sophistiqués.
Cette parade de contournement contribue systématiquement à aug-
menter le coût. Nous devons donc toujours garder en mémoire la
maxime suivante : on ne doit pas gérer un handicap, on doit l’éliminer.
Sur un poste de production, les 7 principales sources de gaspillage sont
identifiées : on les appelle les 7 Muda (gaspillage en japonais).
1. Surproduction : on continue à produire alors que l’ordre de
fabrication est soldé.
2. Attentes : l’opérateur passe un pourcentage de temps important
à attendre la fin des cycles de la machine. Les temps de cycles ne
sont pas équilibrés, les processus ne sont pas en ligne.
3. Déplacements inutiles : par exemple, lorsqu’une surproduction
a été réalisée, on doit emmener le surplus dans le stock puis le
ressortir, d’où deux déplacements sans apport de valeur ajoutée.
4. Opérations inutiles : tendance de tous les opérateurs à atteindre
des niveaux de spécification qui vont au-delà des attentes des
clients. Cela est spécialement vrai pour des défauts visuels. Cela
augmente les temps de production, les retouches, les rebuts, et
donc les coûts. D’où l’intérêt de parfaitement définir le niveau
attendu pour chaque spécification et de se donner les moyens de
mesurer correctement ces spécifications.
5. Stocks excessifs : outre les aspects coûts, les stocks excessifs
conduisent à des gaspillages de temps pour retrouver la réfé-
rence.
6. Gestes inutiles : par une mauvaise conception des postes de tra-
vail, on diminue considérablement l’efficacité de ces postes en
imposant des déplacements, des gestes, des transports inutiles.

© Éditions d’Organisation 315


Gestion de production

7. Défauts : le processus génère de la non-valeur ajoutée ; il faut


attendre pour avoir de nouvelles matières premières, les défauts
peuvent ne pas être vus alors que l’on passe à l’opération sui-
vante.

1.2.2 Une production en flux tendus


Jean de La Fontaine avertissait : « Il ne faut pas vendre la peau de
l’ours avant de l’avoir tué. » Le Lean Management nous dit au
contraire : « Ne tuez pas l’ours avant d’avoir vendu sa peau, cela ris-
que de faire du stock, la peau peut s’abîmer et vous n’êtes pas sûr de
la vendre ! ». Cette petite boutade nous permet de bien saisir les diffé-
rences fondamentales qui existent entre la gestion traditionnelle et le
Lean Management. Dans le premier cas, on fabrique puis on vend,
dans le second, on vend puis on fabrique. En revanche, il faut organi-
ser la production de façon qu’elle réponde dans un délai qui soit
acceptable par le client.

La production en flux tendus permet à l’entreprise de réduire de façon


considérable ses cycles de production afin de ne produire que ce que le
marché demande. Cette tension des flux s’accompagne d’une accéléra-
tion de la vitesse de circulation des produits sur le site de production.
Par analogie avec un cours d’eau, on peut associer la production tradi-
tionnelle à la Seine qui comporte beaucoup de méandres et un débit
finalement faible compte tenu de la capacité du fleuve. Tendre les flux
va consister à donner de la pente à ce fleuve et supprimer les
méandres afin d’accélérer les temps de passage. Le débit sera alors
considérablement augmenté sans qu’il faille pour autant modifier la
capacité du fleuve.

La tension des flux consiste à réduire considérablement les délais de


production afin de les rendre le plus synchrone possible avec les évolu-
tions du marché. Cette synchronisation entre le marché et la produc-
tion présente bien des intérêts.
1. Limiter le fond de roulement, le stock… Plus le délai de pro-
duction est important, plus l’investissement en matières premiè-
res et en valeur ajoutée est décalé par rapport au paiement des
clients. La seule façon de pouvoir financer une telle avance de
trésorerie est de disposer de fonds de roulements importants. La

316 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

réduction des cycles de production permet de dégager des som-


mes considérables qui seront mieux utilisées en investissement
productif.
2. Maîtriser la marge. Dans notre société où les techniques évo-
luent rapidement, il n’est plus possible de maîtriser sa marge
lorsque le décalage entre l’achat de matière première et la factu-
ration au client est trop long. Pour illustrer ce point, prenons
l’exemple d’une société fabriquant des ordinateurs. L’évolution
du prix des microprocesseurs, des mémoires, est telle que la
seule solution pour maîtriser sa marge consiste à ne plus fabri-
quer à l’avance, mais à organiser l’entreprise pour ne fabriquer
que ce qui est déjà vendu. Ce principe a fait le succès de DELL
Computer par exemple.
3. Éviter les coûteuses opérations de soldes. À partir du moment
où l’entreprise a des stocks, il lui faut régulièrement les apurer.
On y procède par des opérations de soldes et de démarques.
Outre le fait que l’on ne gagne pas beaucoup dans de telles
actions, on sature le marché, ce qui nous fera probablement per-
dre des ventes à bonne marge.
Dans la plupart des entreprises, les produits passent plus de 95 % du
temps à attendre. Ce temps perdu est un gaspillage considérable. Pour-
tant, ces délais sont souvent le résultat de quelques postes de travail
qui sont de véritables « pièges à temps ». La première action consiste
donc à identifier les sources de non-performance et d’en éliminer les
causes afin de réduire tous ces temps d’attente.

Les actions à mener


Les principales causes qui empêchent de tendre les flux sont connues.
Selon les entreprises, elles apparaissent de façon plus ou moins
marquée ; le tout est d’identifier celles qui handicapent le plus l’entre-
prise. Les principales causes sont au nombre de sept :
• mauvaises implantations, trajets trop longs ;
• durée de changement d’outil trop longue ;
• problèmes de qualité ;
• pannes et mauvaise fiabilité ;
• fournisseurs non fiables ;

© Éditions d’Organisation 317


Gestion de production

• mauvaise polyvalence du personnel ;

• tenue du poste de travail.

On pourrait certainement allonger cette liste, mais l’expérience montre


qu’une action efficace dans les domaines cités a un effet considérable
sur la tension des flux.

Si les causes principales de non-compétitivité sont effectives, cela se


traduit par :

• des stocks élevés ;

• des délais excessifs ;

• du retard dans les livraisons ;

• des pièces manquantes ;

• un manque de motivation ;

• du gaspillage (hommes, temps, matières, locaux, équipements) ;

• une mauvaise utilisation des moyens...

Conséquence directe de ces sept causes fondamentales, le couple


stocks/délais constitue un excellent thermomètre pour mesurer
l’importance du mal. En agissant sur les causes fondamentales, on
pourra obtenir les résultats suivants :

1. apporter de la souplesse au système de production ;

2. améliorer la productivité et les coûts des produits ;

3. gagner de la place ;

4. améliorer l’efficacité ;

5. diminuer les besoins d’investissement et les charges liées.

On a l’habitude de représenter les sept causes fondamentales comme


des récifs au fond d’un chenal, qui empêchent toute navigation. La
seule solution pour naviguer quand même (pour produire quand
même) est d’augmenter le niveau d’eau (augmenter les stocks).

318 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

Figure 10.1 – Les causes principales de la non-compétitivité

Entreprise

Implantation
Cht outils Formation
Stock
Founisseurs
Qualité
Fiabilité Propreté

Nous avons déjà largement commenté dans cet ouvrage certaines


actions et certains outils de la production en flux tendus. C’est le cas
de l’implantation des ateliers de production (chapitre 2), du Kanban
(chapitre 8). Nous invitons le lecteur à se reporter à ces chapitres pour
étudier en détail ces aspects. Nous présenterons dans ce paragraphe les
autres méthodes importantes visant à diminuer les gaspillages et ten-
dre les flux

1.2.3 La réduction des cycles de développement des produits


Le Lean Management est lié à l’accélération du fonctionnement des
processus. C’est vrai pour le processus de production, mais aussi pour
les autres processus comme le développement de nouveaux produits,
la facturation, les approvisionnements…
Le développement de nouveaux produits est particulièrement impor-
tant dans la démarche Lean. Pour adapter l’entreprise aux situations
fluctuantes du marché, il faut être capable de développer en un temps
record de nouveaux produits accueillis positivement par les clients.
Le délai de développement est un facteur décisif de compétitivité. Il est
donc vital de réduire les temps de cycle. Traditionnellement, le proces-
sus de développement est un processus séquentiel composé d’une suc-
cession d’étapes et de jalons. Pour pouvoir commencer l’étape n + 1,
on attend d’avoir terminé l’étape n. Cette façon de faire est très

© Éditions d’Organisation 319


Gestion de production

consommatrice de temps. Un développement Lean consistera à écono-


miser du temps en faisant le plus d’étapes possibles en parallèle ou au
moins en chevauchement.

Pour cela, il faut être capable de commencer à travailler avec des don-
nées imprécises qui gagneront en précision au fur et à mesure du déve-
loppement. Il faut également réduire les allers-retours dans le
développement.

Ces deux éléments (réduction des allers-retours et travail en parallèle)


paraissent parfois incompatibles. En effet, si je développe sur des élé-
ments qui évoluent, cela risque de remettre en cause tout le travail
déjà réalisé. Pour éviter cela, il faut réaliser le même travail de diffé-
renciation « au plus tard » que celui que l’on a réalisé dans les ateliers
de production.

Prenons l’exemple du développement d’une nouvelle montre. Le mar-


keting n’a pas besoin de définir complètement le produit avant que le
bureau d’études ne commence à travailler. Le type de décoration sur le
cadran, éventuellement le bracelet, pourront être définis plus tard.
Dans certains cas, on peut même laisser un peu de liberté sur certains
points de la forme extérieure. Le tout est de bien organiser le dévelop-
pement pour permettre des modifications « au plus tard » en définis-
sant parfaitement à chaque étape les choix qui ne pourront pas être
remis en cause sans pénaliser fortement le délai de développement.

Le second point qui permet de développer dans un temps record con-


siste à réaliser des développements sur des connaissances solides et
sur des progrès validés par des essais. Le prototype de validation ne
doit pas servir à valider un nouveau concept. Il est fondamental de
séparer les essais expérimentaux des essais de validation.

Les essais expérimentaux valident de nouveaux concepts. Ils ne sont


pas intégrés dans un cycle de développement de produit. On peut donc
subir des échecs de développement sans pénaliser la sortie d’un nou-
veau modèle. Lorsque le concept est validé, on peut l’intégrer comme
un module dans un cycle de développement de produit. Les essais de
validation n’ont alors comme autre fonction que de valider la concep-
tion. Dans le cas d’une conception bien conduite, à partir de concepts

320 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

validés par ailleurs, et avec une étude sérieuse des défaillances poten-
tielles par l’AMDEC2, la validation ne doit conduire qu’à des modifica-
tions mineures ne pénalisant pas le délai de développement.

Cette méthode de développement accéléré porte le nom d’ingénierie


simultanée. Elle a été tout d’abord mise en œuvre dans l’automobile
où le développement de nouveaux produits est un élément clé de la
survie sur le marché impitoyable que l’on connaît. On peut remarquer
qu’un certain nombre de problèmes sont apparus suite à une utilisa-
tion pas assez rigoureuse de cette méthode. Un développement très
rapide (voire trop) rend parfois impossible tout retour en arrière, toute
remise en cause de certaines parties des projets. C’est ainsi qu’on a pu
observer l’apparition, pour de nombreux constructeurs automobiles,
sur de nombreux modèles, de défauts nécessitant de rapatrier des mil-
liers de véhicules défectueux pour corriger le problème, aléas qui coû-
tent aux entreprises concernées des sommes prohibitives. Cette
méthode doit donc être appliquée avec beaucoup de savoir-faire et de
rigueur.

1.2.4 Une attitude prospective vis-à-vis de ses clients


Pour pouvoir réagir rapidement, une entreprise doit se doter d’une
structure agile et réactive, mais il lui faut également développer des
organes quasi sensoriels pour se placer à l’écoute de la société. Un peu
à l’image du sportif de haut niveau, il ne suffit pas pour réussir d’un
excellent entraînement, il faut également avoir une perception claire de
l’environnement pour être à même de réagir positivement à toute évo-
lution.

Pour se mettre à l’écoute des clients, il faut engager une action en pro-
fondeur dans leur sens. Il est donc indispensable d’instaurer un sys-
tème d’étude de marché permanent et le plus complet possible pour
bien identifier les besoins.

Pour ce faire, il convient :


• d’identifier les différentes catégories de clients potentiels ;

2. AMDEC – Analyse de modes de défaillance de leurs effets et de leurs criticités. Voir pour plus
de détail l’ouvrage Qualité en production, D. DURET, M. PILLET, Éditions d’Organisation, 2001.

© Éditions d’Organisation 321


Gestion de production

• d’analyser les produits :


– produits vendus par l’entreprise,
– produits concurrents ;
• d’écouter la voix des personnes intéressées directement ou
indirectement par le produit :
– les clients,
– les propriétaires,
– ceux qui ont acheté vos produits,
– ceux qui ont acheté les produits concurrents,
– ceux qui sont passés aux produits concurrents,
– ceux qui sont satisfaits,
– ceux qui ne sont pas satisfaits ;
• d’identifier toutes les attentes clients par rapport au produit :
– les innovations souhaitées,
– la hiérarchie entre les différentes attentes,
– les fonctions essentielles ou facultatives,
– la liste des améliorations potentielles à apporter.
Cette étude doit couvrir les aspects techniques et émotionnels en
recourant à différentes méthodes :
• sondage (courrier, téléphone) ;
• cliniques (les clients viennent avec leurs produits et discutent du
produit) ;
• groupes de discussion (une heure ou deux avec des personnes
représentatives) ;
• interviews individuelles (pour faire ressortir les attentes des per-
sonnes silencieuses) ;
• écoute dans la structure de vente, les foires, expositions…
• information existante au sein des archives de l’entreprise.
Pour développer ces deux aspects (sensitif et prospectif), l’entreprise
doit se mettre à l’écoute de ses clients, mais aussi du monde extérieur,
des grandes évolutions de pensées. Par exemple, on assiste à plusieurs
évolutions de courants de pensée dans le monde actuel : citons la
quête d’une éthique dans les affaires industrielles, la recherche d’un
commerce équitable, une prise de conscience majeure des enjeux éco-

322 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

logiques. Face à ces évolutions de la société, quelle est la réflexion de


l’entreprise, comment situe-t-elle les développements de ses nouveaux
produits, réagit-elle positivement ou bien reste-t-elle arc-boutée sur des
positions qui – à la longue – deviendront intenables ?

1.2.5 Gestion de la qualité


Parallèlement aux évolutions constatées en gestion industrielle, la qua-
lité a également beaucoup évolué ces dernières décennies. Initiale-
ment, la tâche principale de la qualité concernait le contrôle de
conformité des produits. Par la suite, on s’est intéressé à l’organisation
de la structure de l’entreprise afin de donner confiance aux clients.
Désormais, le rôle de la fonction qualité dépasse la seule qualité du
produit pour intéresser la performance de l’entreprise. La recherche de
la conformité du produit doit être dépassée pour tendre vers une dyna-
mique de progrès à travers plusieurs actions clés.
L’introduction de la méthode Six sigma traduit en partie cette évolution
avec la volonté de changer de rythme dans l’amélioration de l’entre-
prise. On a recherché l’amélioration par percée plutôt que l’améliora-
tion permanente. En effet, l’amélioration continue est nécessaire, mais
les logiques qu’elle met en œuvre ne permettent pas de faire de percée.
Pour ce faire, il faut procéder à une remise en cause plus
fondamentale : il faut remettre à plat le processus ou le produit.
Pour illustrer la différence qui existe entre le progrès permanent et le
progrès par percée, on peut prendre le cas des décès sur les routes.
Pendant que dans le sud de l’Europe on se contentait de faire de l’amé-
lioration permanente (amélioration des véhicules, suppression des
points noirs…), le nord de l’Europe utilisait des méthodes qui remet-
taient en cause la place de l’automobile dans la société. Le résultat est
patent avec un nombre de décès deux fois plus important pour ceux
qui se sont contentés de faire de l’amélioration continue.

Le Kaïzen, le moteur de l’amélioration continue


Attention ! La remarque précédente n’est pas une condamnation de
l’amélioration continue, mais le simple constat qu’il faut tendre vers
un équilibre entre les actions d’amélioration continue et les actions
d’amélioration par percée. La variance globale du système (et donc son

© Éditions d’Organisation 323


Gestion de production

inertie) repose sur la somme de très nombreux facteurs de variabilité


tout au long du processus. Toutes les petites améliorations apportées
semblent souvent insignifiantes au regard des enjeux stratégiques de
l’entreprise. Pourtant, l’addition de petites améliorations, mais en
nombre très important, contribue à diminuer les facteurs de variabilité
du processus et agissent finalement de façon considérable sur les coûts
et sur les délais.

En outre, ces petites améliorations sont souvent sans coût voire contri-
buent à la diminution des coûts et des gaspillages.

Le plus à même d’améliorer le poste de travail est souvent l’opérateur


lui-même. C’est le principe du Kaïzen : mettre en œuvre un processus
d’amélioration permanente en utilisant les réflexions et les énergies de
tous les personnels. « Lorsqu’on emploie un collaborateur, on emploie
une force musculaire mais aussi une force intellectuelle. Si vous vous
contentez d’exploiter la force musculaire, quel gâchis ! » Cette
réflexion, qui nous a été faite par un responsable de l’entreprise Suzuki
au Japon, est révélatrice d’une grande différence dans la façon de con-
cevoir le rôle du personnel opérationnel entre une entreprise Lean et
une entreprise traditionnelle.

Six sigma, le moteur de la percée

L’approche Six sigma est une approche globale de la performance


industrielle et des services rendus aux clients. Partant de cette
meilleure satisfaction du client, Six sigma apporte un accroissement de
la rentabilité à l’entreprise avec les effets cumulés suivants :
• diminution des rebuts, retouches et plus généralement des coûts
de non-qualité ;
• amélioration de la disponibilité des machines et du taux de ren-
dement synthétique (TRS) ;
• accroissement des parts de marché consécutif à l’amélioration de
la qualité des produits.

Cette approche globale de la qualité et de la performance industrielle


lui donne une parfaite complémentarité avec le Lean Management. Six
sigma se décline de plusieurs façons, c’est :

324 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

• une certaine philosophie de la qualité tournée vers la satisfaction


totale du client ;
• un indicateur de performance (le z du procédé qui doit atteindre
le niveau 6) permettant de savoir où se situe l’entreprise en
matière de qualité ;
• une méthode de résolution de problèmes permettant de réduire
la variabilité sur les produits ;
• une organisation des compétences et des responsabilités des
hommes de l’entreprise ;
• un mode de management par la qualité qui s’appuie fortement
sur une gestion par projet.

L’approche de résolution de problème utilisée dans Six sigma est struc-


turée en cinq étapes :

1. Définir. L’amélioration par percée demande un investissement


important ; on doit être capable de justifier la rentabilité d’une
telle étude.
2. Mesurer. On ne sait rien faire si on ne sait pas mesurer. On cher-
chera donc à caractériser le problème par une mesure et par des
relevés de données.
3. Analyser. Rechercher la cause racine, faire apparaître les rela-
tions de causes à effet.
4. Améliorer. Mettre en œuvre les actions d’amélioration et prou-
ver que ces actions ont été efficaces.
5. Contrôler. Mettre en place l’ensemble des actions nécessaires
pour que l’amélioration soit pérenne.

La démultiplication de l’application des démarches de résolution de


problème dans l’entreprise ne peut se faire sans une organisation de
gestion de projet extrêmement structurée. C’est ce que propose Six
sigma avec en particulier des rôles bien déterminés, tels que :

• Le Black Belt (« ceinture noire ») ou animateur Six sigma qui a


pour rôle de piloter le groupe de travail. Il est en général à plein
temps sur des projets Six sigma.

© Éditions d’Organisation 325


Gestion de production

• Le Green Belt (« ceinture verte ») qui anime également des pro-


jets Six sigma mais avec moins d’expérience que le Black Belt. Il
n’est pas à plein temps sur des projets.
• Le Champion qui doit faciliter le déploiement de la philosophie
Six sigma. Son rôle consiste à définir les projets, l’objectif à
atteindre. Il est le référent des Black Belts.
Centrée autour des hommes auxquels on aura donné cette compé-
tence, organisée en gestion de projet, outillée d’une méthode éprouvée
de résolution de problème, l’approche Six sigma est d’une redoutable
efficacité pour réaliser des percées.
La non-conformité alimente les deux moteurs de progrès : l’améliora-
tion continue et l’amélioration par percée.
Pour être efficace, le Lean Management doit être doté des deux
moteurs de progrès : l’amélioration continue et l’amélioration par per-
cée. Chaque non-conformité qui apparaît dans le processus est révéla-
trice d’une faiblesse de celui-ci. Lorsqu’une non-conformité est mise
au jour, deux principes doivent s’appliquer :
• Principe de l’iceberg : l’information contenue dans la non-con-
formité est révélatrice d’un problème sans doute beaucoup plus
grave. La non-conformité visible n’est que la partie visible d’un
iceberg. En quoi mon système de production a failli ? Comment
faire pour que ce problème n’arrive plus ? Pour cela, on ne doit
pas se contenter de « yaqua fauquon », mais on doit s’assurer de
remonter à la source du problème. Lorsqu’une non-conformité
apparaît, le grand maître japonais de la qualité et de la gestion de
production, Ohno, qui a fait toute sa carrière chez Toyota Motors
Company, et ce à partir des années 1950, préconise de se poser
cinq fois la question « Pourquoi ? », afin de bien remonter à la
racine du problème. Un défaut doit être paradoxalement le bien-
venu car c’est une source de progrès.
• Principe de la bougie magique : une non-conformité est comme
une bougie magique que l’on met sur les gâteaux d’anniversaire
des enfants ; vous avez beau l’éteindre, elle se rallume toujours !
Pour réellement pouvoir l’éteindre, il faut aller plus loin que les
actions traditionnelles, il ne suffit pas de souffler dessus. 80 %
des défauts traités par les services qualité sont des problèmes
récurrents. Il faut procéder à une analyse fine de chaque non-

326 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

conformité. Est-ce du domaine de l’amélioration continue, de la


percée ? En quoi les modifications apportées au processus ou au
produit me donnent la garantie que j’ai éteint de manière
définitive la bougie ?

Le Lean Management nécessite un niveau de qualité extrêmement


élevé sur les processus. On ne peut pas faire de Lean Management
sans avoir adopté dans l’entreprise l’ensemble des méthodes et outils
de la qualité3 :

• le QFD,

• l’AMDEC,

• la validation par la preuve statistique,

• la maîtrise des processus de mesure,

• la maîtrise statistique des processus…

Mais cela n’est pas suffisant car il faut sans cesse progresser quand on
utilise les démarches Kaïzen et Six sigma. Certaines entreprises ont
adopté Lean Six sigma comme démarche globale. Cela consiste à adop-
ter le Lean Management combiné avec la logique et la dynamique de
progrès fournie par Six sigma.

3. Voir Qualité en production, D. DURET, M. PILLET, op. cit.

© Éditions d’Organisation 327


Gestion de production

Figure 10.2 – Lean Six sigma

Lean sans Six sigma Six sigma sans Lean


Production rapide Production de qualité
mais de faible qualité mais avec beaucoup
de non-valeur ajoutée

Lean Six sigma


Production de qualité
à faible coût

2. Les outils du Lean Management


De nombreux outils du Lean Management ont été déjà largement com-
mentés dans cet ouvrage et nous ne reviendrons pas dessus. On peut
néanmoins citer deux outils très importants :
• L’implantation des machines organisées en cellule ou en ligne de
production qui permet d’optimiser les ressources hommes et
machines en minimisant les gaspillages (chapitre 2).
• Les flux tirés ou le Kanban qui contrôlent le flux des ressources
dans un processus de production en remplaçant seulement ce
qui a été consommé. Avec ces systèmes, les commandes des
clients pilotent les programmes de production, aussi la produc-
tion est-elle basée sur la demande réelle et la consommation plu-
tôt que sur une prévision de vente (chapitre 8).

Nous détaillerons dans ce paragraphe les principales approches du


Lean Management qui n’ont pas été détaillées dans le reste de cet
ouvrage.

328 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

2.1 La cartographie du processus


Figure 10.3 – Cartographie du processus

Founisseur

30 jours 1f/semaine Client

1f/semaine
Bi mensuel

5 2
jours jours

Nombre de personnes
Temps de cycle
Temps de changement de série Chronogramme du processus
Taux de rendement synthétique Délais de production
Proportion de rebut
4 5 2 7 59 jours
Proportion de retouches
Taille des lots Temps de 10 5 4 19
Taille des emballages Temps de valeur 5 3 4 12
Temps de travail réel
Nombre de type de produits

L’amélioration d’un processus de production commence toujours par


une phase d’analyse. Un excellent moyen pour y procéder est d’établir
la cartographie du processus en lui assignant d’illustrer les flux physi-
ques et les flux d’information depuis les approvisionnements en
matière première jusqu’au client.
La cartographie (figure 10.3) permet de suivre l’ensemble du processus
afin d’identifier tous les éléments de la performance sur chaque étape.
On cherchera à identifier :
• tous les délais,
• tous les temps de cycle, de valeur ajoutée,
• tous les rebuts, retouches…
• temps de changement de séries,
• etc.

© Éditions d’Organisation 329


Gestion de production

Dans le cas de processus complexes, on utilise un « traceur ». Il s’agit


d’un produit que l’on suit pas à pas, depuis la commande client
jusqu’à sa livraison.

Un outil très adapté pour compléter cette cartographie est le dia-


gramme SIPOC (Suppliers, Input, Process, Output, Customers) qui per-
met de faire apparaître les flux matières et les flux d’information sur
un même graphique ou sur deux graphiques séparés. La figure 10.4
montre un exemple de SIPOC flux physique dans lequel on a séparé les
flux physiques et les flux d’information.

Figure 10.4 – SIPOC – Flux physiques d’un processus de production

Suppliers Input Processus Output Customer

Steel Produit Collage


argenté
Wab Applique

Myl Cliché Décalque Déchet Beo

Bevac Encre Passage au four

Steel Tampon Retouche


Mise à plat

Contrôle Rebut

Cleana Lessive Lavage

Contrôle Rebut

Produit fini Client

La cartographie a pour objet d’identifier les foyers importants de perte


de performance et générateurs de délais afin de parvenir à la plus
grande efficacité possible dans l’action.

Le Lean Management dispose de bien des méthodes et outils pour


éteindre ces foyers de perte de performance et accélérer le flux des pro-
duits. Citons quelques exemples :

330 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

• On a identifié un stock important devant la machine A. Ce stock


a pour origine un très long temps de changement de série qui
pousse à travailler par lots de taille importante. On appliquera la
méthode SMED pour résoudre ce problème.

• Une machine possède un taux de rebuts très important, ce qui


génère des retards et des stocks de précaution importants. On
appliquera dans ce cas une approche de type Six sigma.

• Une machine souvent en panne est génératrice de retard. On


appliquera les principes de la TPM (Total Productive Mainte-
nance)…

La mesure du ratio d’efficacité

Le ratio d’efficacité du processus est un indicateur important de la ten-


sion des flux.

Temps d’apport de Valeur Ajoutée 12


REP = ---------------------------------------------------------------------------------------------------------- = ------------------------------------- = 0,01 %
Temps total 59 × 24 × 60

Dans l’exemple de la figure 10.3, le produit passe 59 jours dans l’entre-


prise pour seulement 12 minutes d’apport de valeur ajoutée ! Cela
donne une efficacité de 0,01 %, ce qui laisse une marge de progrès
intéressante !

2.2 Amélioration des temps de changements


de séries – Méthode SMED

SMED est l’acronyme de Single Minute Exchange of Die, que l’on peut
traduire par « changement d’outil en moins de 10 minutes ». Cette
méthode a pour objectif la réduction des temps de changement de
série, en appliquant une réflexion progressive qui va de l’organisation
du poste à son automatisation. L’application de cette méthode impli-
que donc directement la fonction Méthode. Cependant, afin de faciliter
les changements de séries, des modifications peuvent être apportées au
tracé de la pièce. La fonction Étude est alors également concernée.

© Éditions d’Organisation 331


Gestion de production

2.2.1 Introduction
Un des obstacles principaux à la production par petits lots est le temps
de changement de série. Il est en effet difficile d’envisager une produc-
tion qui correspondrait au chronogramme de la figure 10.5.

Figure 10.5 – Production avec changements de séries longs


Cht de série

Cht de série

Cht de série
Production

Production

Production
1h 3h 1h 3h 1h 3h

Mais il est plus facile d’envisager celle de la figure 10.6.

Figure 10.6 – Production avec changements de séries courts

Prod. Prod. Prod.


Cht de série

Travailler en flux tendus passe donc obligatoirement par une réduction


des temps de changement de séries. C’est l’objectif de la méthode
SMED.

2.2.2 La méthode
La méthode SMED (inventée par Shigeo Shingo, voir ses livres Maîtrise
de la production méthode Kanban et Méthode SMED aux Éditions
d’Organisation) distingue, dans un changement de série, deux types
d’opérations :

332 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

• des opérations internes (IED, pour Input Exchange of Die) qui ne


peuvent être effectuées que lorsque la machine est à l’arrêt ;
• des opérations externes (OED, pour Output Exchange of Die) qui
peuvent et doivent être effectuées pendant le fonctionnement de
la machine.

Pour mettre en œuvre la méthode SMED, il faut suivre les huit points
suivants :

1) Établir la distinction entre IED et OED

Observer le processus et identifier clairement quelles sont les opéra-


tions internes (IED) et externes (OED). Si l’OED est possible, il faut
l’exécuter en dehors des temps de changement de série. Si l’IED est
inévitable, on doit se résoudre à l’exécuter ainsi.

Cette simple distinction entre opérations externes et internes permet,


par une rationalisation des opérations de changement de série, une
réduction de l’ordre de 30 %, sans apporter au procédé des modifica-
tions importantes. En effet, il n’est pas rare, par exemple, que l’opéra-
teur cherche un outillage nécessaire pour le changement de série alors
que la machine est arrêtée. Cette attente inutile peut facilement être
supprimée par une meilleure préparation de l’opération de change-
ment de série.

2) Transformation des IED en OED

C’est le principe le plus efficace de la méthode SMED. Par une


meilleure préparation du travail, on transforme des opérations internes
en opérations externes.

Exemples
• si le préchauffage est nécessaire sur la machine, le faire en
externe ;
• si une phase d’essai est nécessaire, chercher à la supprimer par
une meilleure maîtrise du procédé ;
• remplacer des vissages par des clipsages plus rapides à effectuer.

© Éditions d’Organisation 333


Gestion de production

3) Adoption d’une standardisation des fonctions


Pour changer rapidement de série, il faut supprimer le plus possible de
réglages sur la machine ; pour cela, il est nécessaire de standardiser les
fonctions qui doivent être échangées sur la machine.

Exemples
• Outils sur centre d’usinage. Il n’est plus nécessaire de changer
les outils du magasin lors du changement de série.
• Dimensions standardisées des matrices sur presses.

4) Serrages fonctionnels
Exemple du boulon : le boulon est serré lorsque l’on visse le dernier
filet et il est desserré lorsque l’on dévisse le dernier filet. Pourtant, il
faut souvent plusieurs tours d’écrou pour arriver à fixer l’outillage,
d’où une perte de temps. Il faut chercher au moyen de toutes les tech-
niques disponibles à optimiser le temps pendant lequel la machine est
arrêtée ; par exemple, se rapprocher le plus possible du concept
« enclenchement de cassettes » pour l’installation de l’outillage.

5) Adoption de la synchronisation des tâches


Une mauvaise synchronisation des tâches entraîne souvent des
déplacements inutiles, d’où une perte de temps. Ce souci de synchroni-
sation peut amener par exemple un opérateur à se faire aider pendant
un court instant afin qu’il n’exécute pas plusieurs fois le tour d’une
machine.

6) Suppression des réglages


Le réglage d’une machine ne doit subsister que s’il est réellement
indispensable. Souvent, celui-ci est un moyen de contourner un pro-
blème qui peut être résolu autrement.
Comment supprimer le réglage ?
• Utilisation de gabarits : les éléments sont toujours au même
endroit au moment du serrage.
• Figer les positions utiles.

334 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

Prenons comme exemple le réglage d’une position sur un axe X


(figure 10.7).

Figure 10.7 – Réglage d’une position sur un axe X

A B C D E

La solution rapide consiste à ne pas permettre le réglage sur l’ensem-


ble de l’axe X mais à discrétiser les positions utiles A, B, C, D, qui ne
demanderont plus de réglage.

7) Adoption de la mécanisation

Ce point doit arriver en dernier car c’est le plus coûteux et pas toujours
le plus efficace. Lorsque le coût de réduction des temps de changement
de série devient trop important, il faut faire un calcul de rentabilité.
Cependant, l’ensemble des apports structurels d’un temps de change-
ment de série rapide reste difficilement chiffrable.

Certaines entreprises préfèrent se limiter à une diminution du temps de


changement de série jusqu’à 30 à 45 minutes en raison du coût qu’il
faudrait engager pour le diminuer davantage. En effet, les dernières
minutes gagnées sont plus onéreuses que les premières.

2.2.3 Conclusion

La méthode SMED a permis à de nombreuses entreprises de réduire


considérablement les temps de changement de séries. Couramment,
des entreprises y passent de plusieurs heures à quelques minutes. Les
changements les plus spectaculaires ont été obtenus sur les presses
dans l’industrie automobile où on est passé de plus de 8 heures à
moins de une minute pour un changement dans certaines conditions.

© Éditions d’Organisation 335


Gestion de production

L’application de cette méthode est indispensable, car les longs change-


ments de série sont des obstacles infranchissables pour fluidifier la cir-
culation des pièces. La méthode SMED a fait place à une première
évolution : la méthode OTED (One Touch Exchange of Die) qui consiste
à limiter au maximum les interventions humaines dans le changement
de série, et on se dirige actuellement vers la méthode NTED (No Touch
Exchange of Die) qui consiste à réaliser des temps de changement
apparemment nuls, en temps masqués, sans aucune intervention
humaine.

2.3 TPM – Total Productive Maintenance


Le Lean Management cherche à éliminer les sources de pertes financiè-
res inutiles. Pour cela, il est impératif d’utiliser au maximum les capa-
cités de l’ensemble des équipements de l’entreprise trop souvent en
arrêt à cause d’aléas. TPM est un processus qui maximise la producti-
vité des équipements. TPM crée un environnement dans lequel les
efforts d’amélioration dans la fiabilité, la qualité, le coût et la créativité
sont encouragés par la participation de tous les employés.

Les aléas étant souvent dus aux pannes des machines et aux problè-
mes de non-qualité, l’action à mener pour supprimer ces aléas concer-
nera donc principalement la fonction Maintenance et la fonction
Qualité.

2.3.1 Le TRS, une mesure de la performance


du poste de travail
Pour mesurer la performance du poste de travail, on dispose d’un indi-
cateur très efficace : le TRS (pour Taux de Rendement Synthétique).
Cet indicateur établit le ratio entre le temps réellement utile d’utilisa-
tion d’un moyen de production et le temps utilisé. Plusieurs formules
permettent de calculer le TRS selon les données le plus facilement
accessibles dans l’entreprise. Voici celle qui est le plus souvent
utilisée :
Nombre de pièces fabriquées bonnes
TRS = -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Temps d’ouverture × cadence nominale

336 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

Exemple de calcul

Un poste a été ouvert 70 heures sur la semaine et a réalisé 555 pièces.

Le temps gamme d’une pièce est de 612 DMH (dix millièmes d’heure).

La cadence nominale = 1/0,0612 = 16,34 pièces par heure

555
TRS = --------------------------------- = 0, 485
70 × 16, 34

Un TRS de 48,5 % est extrêmement pénalisant pour la compétitivité


des entreprises et traduit une forte déficience dans l’organisation. La
première étape consiste à déterminer quels sont les foyers de perte de
rendement. Pour ce faire, on cherche à identifier toutes les causes
d’arrêt pour parvenir au graphique de la figure 10.8 qui permettra de
décider des actions d’amélioration le plus efficaces.

Figure 10.8 – Décomposition du TRS

Changement de séries = 2%
Attente pièces = 4%

Contrôle = 6%

situation situation réelle


Ralentissements = 7%

Pertes
État de référence
Rebuts = 8%
Fonctt continue

Temps de cycles
Changement outils = 10 %
standard

Aucun défaut
Production
71 x 16,34 = 1 145 réelle Pannes = 13 %
555

TRS = 49 %

© Éditions d’Organisation 337


Gestion de production

2.3.2 Le problème
Lorsque l’on doit travailler sur une machine qui n’est pas très fiable, il
faut prévoir une panne éventuelle. À cette fin, le plus simple est de
constituer un stock qui permettra de ne pas arrêter la production en
aval en cas d’arrêt de la machine.

De même, lorsqu’une production possède un taux de rebut, les ordres


de fabrication tiennent compte de celui-ci, et sont donc légèrement
gonflés par rapport aux besoins réels.

Les pannes et la non-qualité forment ce que l’on appelle les aléas de


production. On vient de voir que les aléas de production génèrent des
stocks, donc des délais excessifs, et il en résulte des surcoûts de pro-
duction.

Il est donc indispensable de s’attaquer aux aléas de production afin de


« fluidifier » l’écoulement des produits.

2.3.3 Diminution du taux de panne


Les pannes des machines augmentent avec la sophistication des maté-
riels considérés. En effet, l’artisan qui n’utilise que quelques outillages
à main est relativement peu concerné par le problème des pannes. En
revanche, une chaîne d’assemblage qui comporte de très nombreux
systèmes sophistiqués pose souvent de gros problèmes de fiabilité.

En effet, même si le taux de fonctionnement de chaque système est


voisin de 99 %, il suffit souvent d’un système en panne pour bloquer
l’ensemble de la ligne de production. Le taux de fonctionnement dimi-
nue alors de façon vertigineuse. Si l’on prend par exemple 20 systèmes
en série, le taux de fonctionnement devient alors :
0,99 × 0,99 × … × 0,99 = 0,9920 = 0,82 !

Ainsi, il n’est pas rare que des usines présentent un taux d’immobilisa-
tion moyen de l’ensemble des équipements voisin de 50 %, surtout
dans les phases de démarrage. On imagine alors l’ensemble des gains
de capacité que pourrait apporter une amélioration de ce taux.

Les deux causes principales d’un taux d’immobilisation important


pour cause de pannes sont les suivantes :

338 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

• manque de fiabilité des machines (il s’exprime par une fré-


quence élevée de pannes) ;
• maintenabilité insuffisante (elle s’exprime par de longs délais
d’arrêts de la production).

Le manque de fiabilité
Le manque de fiabilité est parfois dû à une mauvaise conception de la
machine. Pour éviter de tels déboires, il convient de prendre un certain
nombre de garanties dès l’investissement initial. Cependant, lorsque la
machine est achetée, il faudra améliorer ses points faibles, mettre en
place des systèmes de régulation et de surveillance.
Le manque de fiabilité peut également être dû à la façon dont on utilise
la machine. Est-elle adaptée au travail qu’on lui demande ? Est-elle
adaptée au milieu dans lequel elle évolue ?
On peut citer par exemple les problèmes de fiabilité qui ont été rencon-
trés lorsque l’on a voulu placer des ordinateurs dans les ateliers.
La façon dont on entretient une machine peut aussi occasionner un
manque de fiabilité. Dans un atelier très propre, les machines sont net-
toyées et on évite ainsi les problèmes de copeaux qui se coincent ou de
poussière qui rentre dans une règle.

La maintenabilité insuffisante
Ces dernières années, les entreprises ont pris conscience du problème
de la maintenance. Auparavant, il était courant que l’on attende
qu’une machine tombe en panne pour la réparer. Cette méthode a
généralement pour conséquence, au mieux, un temps d’immobilisation
important et, au pire, une sur-panne.
Exemple de sur-panne : un niveau d’huile n’est pas vérifié, entraînant
la dégradation d’un roulement.
Il existe deux types de maintenance : curative ou préventive.

Maintenance curative (accidentelle et trop courante)


Hormis les graissages, elle consiste essentiellement à attendre la panne
pour réparer.

© Éditions d’Organisation 339


Gestion de production

Exemple : on change l’embrayage lorsqu’il patine, on règle le moteur


lorsqu’il ne démarre que difficilement...

Maintenance préventive
Elle consiste à effectuer des interventions en vue d’éviter les pannes.
Elle peut se faire de façon systématique ou prédictive.
Maintenance préventive systématique
La maintenance préventive systématique consiste à changer des
éléments et à remettre à neuf la machine. Ces interventions ont
lieu après une période de fonctionnement (exemple : 6 mois),
cette période étant déterminée d’après les statistiques des pannes
antérieures.
Exemple : on change l’embrayage tous les 100 000 km, le
moteur est réglé tous les 15 000 km.
Maintenance préventive prédictive
On cherche par cette méthode à éviter les changements superflus
de pièces. Pour cela, il faut suivre de façon régulière l’équipe-
ment afin d’identifier les dégradations et de prédire les interven-
tions. Le suivi s’effectue par « auscultation de la machine », de
type mesure des taux de vibration, des débits, des couples etc.
Exemples : on établit l’usure de l’embrayage par mesure de
l’avance du système de rattrapage automatique, on vérifie les
réglages moteurs en vérifiant le ralenti et la teneur des gaz
d’échappement.
De ces deux types de maintenance, le préventif /prédictif est souvent
le plus économique. Cependant, il ne peut pas toujours être mis en
œuvre et se révèle quelquefois plus onéreux que le préventif. Il faut
donc considérer que les maintenances préventives et prédictives sont
complémentaires, et qu’elles doivent être mises en œuvre dans le but
de supprimer la maintenance curative.

Démarche
Pour améliorer la fiabilité d’une machine, il faut d’abord bien connaître
les incidents qui se produisent sur la machine. À cette fin, il faudra
mettre en place un système de suivi.

340 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

De plus, une action de maintenance ne peut pas se faire sans une


implication de l’opérateur qui devra :
• effectuer les opérations simples de maintenance (dites de pre-
mier niveau) ;
• assurer la propreté de la machine ;
• se sentir « responsable » du bon fonctionnement de sa machine.
La TPM implique donc un travail important de formation et de sensibi-
lisation des opérateurs, qu’il ne faut pas négliger et qui peut être
source de beaucoup d’améliorations au sein des ateliers et de la pro-
duction.
Les causes de défaillance les plus fréquentes devront être supprimées.
Pour étudier les défaillances des machines, la méthode AMDEC (Ana-
lyse des modes de défaillance de leurs effets et de leurs criticités) se
montre très efficace.

2.4 La maîtrise de la qualité des processus


Le bon sens suffit pour comprendre qu’un produit de qualité apporte
un gain considérable de compétitivité. La qualité permet de fidéliser
une clientèle, de diminuer les coûts de production, en supprimant les
dépenses supplémentaires occasionnées par la non-qualité. Elle réduit
les coûts de garantie et de service après-vente.
Les problèmes de non-qualité sont sources d’aléas de production :
• stockages excessifs pour parer à un éventuel défaut ;
• retard de livraison à cause d’un lot à trier ;
• démontage de produits finis en cas de détection tardive de
défaut...
La maîtrise de la qualité des processus est un élément essentiel qui
s’appuie sur des aspects statique et dynamique :
• un aspect statique qui consiste à formaliser la connaissance et
les méthodes de pilotage des processus ;
• un aspect dynamique qui consiste à mettre en œuvre des
démarches d’amélioration continue ou par percée.

© Éditions d’Organisation 341


Gestion de production

2.4.1 Aspect statique de la maîtrise des processus


L’aspect statique concerne l’ensemble des règles permettant de forma-
liser le savoir-faire. Les principaux composants de l’aspect statique
seront :
• la capitalisation du savoir-faire au travers de documentations et
de règles de pilotage ;
• l’utilisation de la maîtrise statistique des processus qui est le seul
outil permettant de garantir la stabilité du processus4 ;
• la standardisation de tous les processus répétitifs.

La capitalisation du savoir-faire

Devant un poste de travail, on doit notamment se poser la question


suivante : « Quelles sont les choses importantes à mémoriser de ce
poste de travail pour garantir la qualité de la production ? » Cette capi-
talisation doit concerner le séquencement des opérations nécessaires,
mais aussi les règles de réaction face aux problèmes. En général, on
concrétise cette capitalisation au travers de documents disponibles sur
le poste de travail. Ces documents ne sont pas exhaustifs, ils visent à
assurer la continuité du savoir-faire dans trois situations principales :
• l’arrivée d’un nouveau collaborateur ;
• la reprise d’une tâche après un temps d’arrêt important ;
• l’audit pour garantir que le processus ne dérive pas.

La standardisation

Tout ce qui permet la flexibilité est bon. On doit privilégier la rotation


du personnel dans tout l’atelier. Il doit pour cela y avoir une standardi-
sation de tous les processus répétitifs. Le standard doit être la règle, il
doit être publié. Par exemple, le traitement des produits non conformes
doit être identique sur tous les postes de travail ; la couleur rouge est
réservée aux contenants destinés à recevoir des produits non confor-

4. Voir Appliquer la maîtrise statistique des procédés, M. PILLET, Éditions d’Organisation, 2001.

342 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

mes. Cette standardisation qui n’empêche pas pour autant l’améliora-


tion évite de commettre de très nombreuses erreurs. Elle doit
concerner autant les procédures que les systèmes physiques.

La maîtrise statistique des procédés (MSP)

La maîtrise statistique des processus permet de garantir la stabilité de


ces derniers. En dissociant les variations aléatoires du processus dont
les origines multiples sont appelées « causes communes » et les varia-
tions qui méritent une intervention sur le processus dont l’origine est
appelée « cause spéciale », la MSP est sans équivalent en matière
d’aide au pilotage des moyens de production. Les deux éléments de
base de la MSP sont :

• l’étude des capabilités qui permet de caractériser l’adéquation


entre la dispersion du procédé et les spécifications de la
caractéristique ;

• les cartes de contrôle qui sont des outils graphiques permettant


de décider si le procédé nécessite ou non une intervention.

2.4.2 Aspect dynamique de la maîtrise des processus

Limiter la maîtrise des processus au seul aspect statique serait con-


traire à la règle de l’amélioration permanente des procédés. Aussi, on
doit mettre en place une dynamique de progrès permettant de faire
progresser le poste de travail, les procédures de pilotage et de suivi,
d’enrichir la capitalisation des connaissances et de faire évoluer les
standards de l’entreprise. Cet aspect dynamique doit être organisé
selon les deux axes évoqués au paragraphe 1.2.5, « Gestion de la
qualité », de ce chapitre :

• l’amélioration continue,

• l’amélioration par percée.

© Éditions d’Organisation 343


Gestion de production

2.5 Les 5 S

Figure 10.9 – Campagne 5 S

Seïketsu propreté

Systématiser l'activité de rangement, de mise en ordre et de nettoyage

Seiri rangement

Seïso nettoyage
Bien déterminer le critère de distinction entre
les objets nécessaires et ceux qui ne le sont pas
Créer un lieu de travail
où il n'y a ni déchet ni
saleté Séparer les objets nécessaires
et ceux qui ne le sont pas

Éliminer les objets


qui ne sont pas nécessaires

Seiton mise en ordre

Faire en sorte que les objets nécessaires


soient immédiatement disponibles au moment voulu

Shitsuke éducation morale

Être capable de réaliser correctement et en conformité ce qui a été décidé et


maintenir constamment la volonté d'amélioration

Les 5 S représentent le préalable au juste-à-temps ou plus générale-


ment au Lean Management. Les industriels japonais ont coutume de
dire que toute action de juste-à-temps doit commencer par au moins
deux ans de campagne 5 S. Les cinq S sont les cinq initiales de mots
japonais qui ont pour objectif de systématiser les activités de range-
ment, de mise en ordre et de nettoyage dans les lieux de travail. De

344 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

plus, la démarche 5 S met tout en œuvre pour maintenir et améliorer


l’état actuel de la situation. Ces mots commençant par S sont les
suivants :
• SEIRI – Rangement,
• SEITON – Mise en ordre,
• SEÏSO – Nettoyage,
• SEÏKETSU – Propreté,
• SHITSUKE – Éducation morale.
La finalité de la méthode est d’améliorer :
• la qualité des pièces produites,
• la sécurité,
• l’efficacité,
• le taux de pannes.
La figure 10.9 indique les grandes étapes d’une démarche 5 S. Cette
figure est la traduction littérale d’une affiche que nous avons vue dans
plusieurs usines japonaises lors d’une visite. Il ne s’agit pas de la fran-
cisation de la campagne.

Une campagne 5 S s’articule autour de deux phases :


1. Mise à niveau
a. Seiri,
b. Seiton,
c. Seïso.
2. Maintien de l’acquis
d. Seïketsu,
e. Shitsuke.

© Éditions d’Organisation 345


Gestion de production

1. Mise à niveau

a) SEIRI : rangement, trier l’utile et l’inutile

Cette étape consiste à faire le tri entre les objets nécessaires et les
objets inutiles sur le poste de travail. La manie d’accumuler et de gar-
der « parce que cela peut servir » ne favorise pas la propreté et l’effica-
cité d’une recherche.

En général, on utilise un système de classification du type ABC :


• A = usage quotidien,
• B = usage hebdomadaire ou mensuel,
• C = usage rarissime.

Cela permet de déterminer ce qui mérite effectivement d’être au poste


de travail, ce que l’on peut éloigner et ce dont il faut se débarrasser.

Cette première étape doit être visible sur le poste de travail.

Souvent dans les premières phases de mise en place de la méthode, il


est difficile de faire comprendre aux opérateurs la nécessité de se sépa-
rer d’un certain nombre d’éléments. C’est la raison pour laquelle on
voit souvent apparaître sur les chantiers pilotes de type 5 S des ZAD
(Zones en attente de décision) qui vont regrouper tous les éléments
qu’on n’a pas encore décidé d’éliminer mais qui ne sont plus rangés
sur le poste et dont l’inutilité va devenir assez vite évidente puisqu’on
n’ira pas les chercher dans la ZAD… Cette ZAD a une importance psy-
chologique intéressante sur les postes de travail alors qu’il s’agit de ne
pas frustrer les opérateurs dans les premières phases de mise en place
de la méthode, au cours desquelles ils ne sont pas encore complète-
ment convaincus par celle-ci !

b) SEITON : mettre en ordre, réduire les recherches inutiles.

Le Seiton s’illustre par le proverbe : « Une place pour chaque chose et


chaque chose à sa place. » Dans cette étape, on cherchera à organiser
le poste de travail de façon fonctionnelle et à définir des règles de ran-
gement de façon à trouver immédiatement les outils nécessaires.
L’objectif est de pouvoir ranger et retrouver en 30 secondes documents
et outils usuels.

346 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

Le Seiton peut par exemple consister à peindre les sols afin de pouvoir
visualiser aisément les saletés, délimiter visuellement les aires de tra-
vail, ombrer les emplacements d’outils sur les tableaux… Dans les
bureaux, on pourra également équiper les tiroirs des bureaux de pan-
neaux en mousse découpés afin, par exemple, de repérer immédiate-
ment l’emplacement de l’agrafeuse. On va également définir des règles
d’organisation des répertoires sur un disque dur afin de retrouver rapi-
dement une information.

c) SEISO : le nettoyage régulier.


Les deux premières étapes ont permis de parvenir à une organisation
rationnelle du poste. Comme l’indique la figure 10.9, l’étape Seiso n’est
pas séquentielle par rapport aux deux précédentes, mais commence en
parallèle. Dans un environnement propre, une fuite ou toute autre ano-
malie se détecte plus facilement et plus rapidement. Le nettoyage
régulier est une forme d’inspection. Il sert aussi à contrôler l’état de
fonctionnement des machines. Ainsi, le manque d’huile, les boulons
mal serrés, les pièces présentant une usure précoce, sont autant d’ano-
malies que peut révéler cette simple inspection de routine. On doit
identifier et si possible éliminer les causes de salissures, définir ce qui
doit être nettoyé, mais aussi les moyens d’y parvenir et la fréquence de
nettoyage.

2. Maintien

d) SEIKETSU : propreté, conserver propre et en ordre


Il est aisé d’appliquer ponctuellement les 5 S. En faire une habitude est
plus difficile. Pour cela, il faut formaliser les règles et définir des stan-
dards avec la participation du personnel. Cette appropriation permet
plus facilement par la suite de faire appliquer et respecter les règles
établies aux trois étapes précédentes. L’étape Seïketsu doit permettre
d’éviter de retourner aux vielles habitudes. On peut prendre l’exemple
d’une famille de cinq personnes : si chacun pose ses chaussures et son
manteau de façon aléatoire dans l’appartement, très vite le désordre
s’installe. Les trois premières règles auront permis de définir un pla-
card bien positionné dans l’appartement pour ranger facilement vestes
et chaussures. De même, le Seïketsu consistera à définir les règles de
rangement et à les faire respecter.

© Éditions d’Organisation 347


Gestion de production

e) SHITSUKE : suivi de l’application


Cette dernière étape va principalement consister à établir un suivi de
l’application de l’ensemble des règles et décisions qui ont été prises
lors des quatre premiers S. Elle servira également à alimenter le proces-
sus d’amélioration continue (Kaïzen) en modifiant et en faisant évo-
luer le processus lorsque cela est nécessaire.

On procède à cette étape à base d’auto-évaluation afin de promouvoir


un esprit d’équipe. Pour garantir sa pérennité, un certain nombre de
points devront être réalisés :
• instaurer des règles de comportement à l’aide de la communica-
tion visuelle et de la formation ;
• vérifier que chacun participe, agit, se sent concerné et prend
conscience de sa responsabilité en regard de la tâche qui lui
incombe.

Mise en place du 5 S

La mise en place des 5 S doit se traduire par l’implication de tous les


membres du groupe. Elle ne peut donc pas être réalisée sans un travail
de groupe.

Généralement, on réalise sa mise en place en procédant comme ceci :


1. Motiver l’encadrement.
2. Former le personnel à la méthode.
3. Faire un état des lieux général.
4. Choisir une zone pilote.
5. Mettre en place un comité de pilotage.
6. Former le groupe de travail pilote.
7. Mettre en place un « tableau 5 S ».
8. Démarrer le travail de groupe.
9. Mettre en œuvre les 5 étapes.
10. Généraliser à d’autres chantiers.

348 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

2.6 Relations avec les fournisseurs


et les sous-traitants

2.6.1 Les problèmes

Une entreprise possède généralement un grand nombre de fournis-


seurs. Les relations entre clients et fournisseurs ne sont pas toujours
des relations de confiance, mais plutôt de méfiance. L’entreprise cher-
che à avoir de nombreux fournisseurs pour obtenir par le biais de la
concurrence des prix qui soient le plus bas possibles et, en cas de
grève, une sûreté de livraison des produits. De l’autre côté, le fournis-
seur qui n’est jamais sûr d’avoir des commandes régulières de la part
de son client hésite à investir pour une amélioration de la qualité d’un
produit particulier.

• Les relations « classiques » fournisseurs-clients entraînent sou-


vent des problèmes de qualité.

On règle souvent ces problèmes par un important dispositif de


contrôle de réception. Les pièces, qui parviennent du sous-trai-
tant, sont stockées, contrôlées par échantillonnage, puis stockées
à nouveau. Il faut donc souvent plusieurs jours pour que les piè-
ces soient disponibles.

• Les délais sont longs.

Lorsque les fournisseurs sont éloignés de l’entreprise, les livrai-


sons des pièces sont souvent espacées afin de minimiser les frais
de transports. Et, pour ne pas être en rupture de stock, l’entre-
prise prend un stock de sécurité d’autant plus important que la
fréquence des livraisons est faible.

• Les stocks sont gonflés.

Problèmes de qualité, délais importants, stocks gonflés, on voit à


nouveau apparaître les dysfonctionnements classiques de pro-
duction. Il faut donc établir de nouvelles relations avec les four-
nisseurs.

© Éditions d’Organisation 349


Gestion de production

2.6.2 Les nouvelles relations avec les fournisseurs


Pour éviter les problèmes qui viennent d’être énumérés, il est indispen-
sable que l’entreprise établisse de nouveaux rapports avec ses fournis-
seurs. Ces nouvelles relations vont impliquer directement les fonctions
Achat, Réception et Gestion de la production.

Créer des relations privilégiées avec certains fournisseurs

Toute entreprise souhaite que les composants livrés par ses fournis-
seurs soient conformes au cahier des charges, avant de les introduire
dans sa fabrication. Si elle désire se débarrasser des coûteux contrôles
de réception, il faut qu’elle travaille en « Assurance qualité » avec ses
fournisseurs.

Le processus mis en œuvre pour la réalisation d’un produit doit garan-


tir sa qualité. On n’y parvient qu’en élaborant une procédure de mise
sous contrôle de la fabrication. Le fournisseur du composant ne peut
mettre en place ces méthodes que s’il a la garantie d’avoir à fabriquer
des pièces pendant une durée suffisamment longue.

L’entreprise devra donc créer des relations privilégiées avec certains


fournisseurs qui devront en échange garantir une qualité sur les pro-
duits fournis.

Accroître la fréquence des livraisons

Pour diminuer les stocks de sécurité, il est indispensable d’accroître la


fréquence des livraisons. Cette méthode est théoriquement facile à
mettre en œuvre lorsque les fournisseurs ne sont pas trop éloignés de
l’entreprise. Pourtant, elle se heurte à un problème important : l’aug-
mentation de la fréquence des livraisons amène le fournisseur à livrer
des quantités de produit plus faibles. Si ce dernier continue à fabriquer
par séries importantes, ce nouveau rapport client-fournisseur va con-
duire à un stockage reporté chez le fournisseur. Le problème n’est
donc pas réglé, mais déplacé.

Il faut donc que les efforts de l’entreprise en vue d’une réduction de la


taille des lots se traduisent par le même effort chez le fournisseur, et
ainsi de suite dans toute la chaîne...

350 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

L’accroissement de la fréquence des livraisons ne doit pas se réaliser


au détriment du coût des pièces. Il faudra donc probablement revoir
toute la logistique de transport afin de créer des « tournées » optimi-
sées de ramassage de pièces, ainsi que des lieux de concentration dans
le cas où plusieurs fournisseurs d’une même région seraient éloignés
de l’entreprise.

Intéresser le fournisseur à la marche de l’entreprise

Le fournisseur doit se sentir concerné par le fonctionnement de l’entre-


prise cliente. Une bonne méthode consiste à organiser des journées
fournisseurs pendant lesquelles seront rendus publics les objectifs de
la société.

Travailler en commandes ouvertes

Lorsque de nouvelles relations sont établies entre fournisseurs et


demandeurs, le principe de la commande ouverte peut être mis en
œuvre. Pour le donneur d’ordre, cela consiste à ne plus passer par le
service Achat à chaque commande, mais à considérer le sous-traitant
comme un élément de sa propre entreprise. Dans une enveloppe con-
venue par contrat et avec des prévisions de quelques semaines, ce sont
directement des confirmations de livraisons fermes qui sont envoyées
au sous-traitant (le total des commandes est réalisé en fin d’exercice).
Cette méthode permet au sous-traitant d’avoir accès aux prévisions des
ventes de son donneur d’ordre et ainsi de mieux ajuster ses plannings
de production. Le circuit administratif est plus court, ce qui améliore
encore les délais.

Beaucoup d’entreprises n’ont pas encore compris l’enjeu d’un vrai par-
tenariat avec leurs fournisseurs et en particulier les fournisseurs de piè-
ces stratégiques, et c’est vraiment dommage. Si on travaille main dans
la main avec son fournisseur, on travaille directement pour soi…

Le développement des nouveaux systèmes de communication donne


lieu, depuis peu, à nombre d’expériences. En particulier, des achats
sont réalisés grâce au système des enchères, où chaque fournisseur a
un temps très court pour se montrer le plus performant sur la
réalisation d’un composant ou d’un sous-ensemble particulier. Ce sys-
tème conduit à choisir un fournisseur souvent inconnu de l’entreprise

© Éditions d’Organisation 351


Gestion de production

qui prétend proposer le meilleur « package » prix-délai-performance-


technique-qualité… Est-ce avéré ? Pas toujours ! L’entreprise est sou-
vent déçue des conséquences !!!

Rien ne vaut, surtout pour les composants stratégiques, un vrai parte-


nariat avec les fournisseurs, dans lequel l’échange véritable s’établit
sur du long terme et sur des relations solides.

3. Les changements de culture


liés au Lean Management

3.1 La problématique du changement

Aujourd’hui, la plupart des entreprises ont véritablement pris cons-


cience de la richesse représentée par le capital humain. Le principal
atout, l’élément déterminant de la réussite, c’est l’homme.

Il y a quelques années, on prédisait des usines totalement automa-


tisées, intégrées et déshumanisées. On reconnaît depuis qu’une usine
sans homme ne peut pas progresser, ne peut pas évoluer, puisque seul
l’homme est source de remise en cause et d’amélioration.

Par ailleurs, la plupart des outils développés dans le cadre du Lean


Management requièrent autonomie, flexibilité, formation, motivation,
polyvalence et polytechnicité, mobilité et efficacité du groupe de
travail ; autant d’éléments indispensables, mais éloignés d’une
manière traditionnelle de la culture d’entreprise occidentale.

Faire du Lean Management, c’est devenir sportif et rester sportif. Cela


demande un changement profond des usages et des mentalités. Pour
rester en forme, il faut préparer l’entreprise à s’accommoder d’un
entraînement quotidien et d’une remise en question permanente
comme le font les grands champions. Une victoire aujourd’hui ne
donne aucune garantie de victoire demain.

352 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

3.2 Les facteurs du changement


Le point de départ du changement se situe au niveau de la stratégie de
l’entreprise. Nous sommes fréquemment étonnés de devoir constater à
quel point la stratégie d’une entreprise est méconnue de la plupart de
ses propres acteurs. Or, pour être efficace, le Lean Management, en
particulier, doit se décliner en objectifs de moyen et court terme
compréhensibles et réalisables par tous. Comment peut-on raisonna-
blement demander à quelqu’un de prendre des décisions, de faire des
choix efficaces, s’il ne sait pas où il doit aller ?

Par ailleurs, pour obtenir la participation active de chacun, il faut créer


dans l’entreprise un climat social qui incite à cela.

3.2.1 La communication
On constate souvent que la circulation de l’information est défaillante
dans l’entreprise. Certains sont assaillis d’informations qu’ils ne com-
prennent pas toujours, d’autres au contraire en manquent.

Il faut chercher à développer les conditions d’un système de communi-


cation écrit, visuel et oral efficace. La communication doit être
« professionnelle et productrice de valeur ajoutée », comme le précise
O. Gélinier dans son ouvrage Stratégie de l’entreprise et motivation des
hommes.

3.2.2 La formation
Dans l’entreprise, on recherche des personnes polyvalentes, flexibles et
autonomes. Pour y parvenir, la formation est un atout essentiel, une
formation pertinente qui engendre une modification des comporte-
ments.

L’entreprise est tenue de consacrer une partie de sa masse salariale à la


formation. Il faut la dépenser utilement et sans doute aller au-delà. Les
entreprises sont amenées à engager un vaste plan de formation du per-
sonnel qui dépasse largement le simple apprentissage des techniques
de maintenance ou de qualité, mais qui vise à augmenter le niveau
moyen de culture générale de l’entreprise. C’est au prix d’un investis-

© Éditions d’Organisation 353


Gestion de production

sement dans « l’intelligence » que l’on pourra demander aux opéra-


teurs une plus grande polyvalence et un enrichissement de leurs
tâches.

Un management Lean doit développer une culture d’ouverture d’esprit


et de remise en cause permanente : « J’apprends toujours et j’ai plaisir
à apprendre. »

3.2.3 La motivation

C’est le véritable catalyseur de l’action ; c’est donc une composante


déterminante du changement de culture dans l’entreprise. Hélas, les
acteurs de l’entreprise ne se réveillent pas le matin en découvrant
qu’ils sont motivés ! La motivation se crée, se travaille et s’entretient.
Nombre d’entreprises, quand elles détaillent les étapes du Lean Mana-
gement, soulignent la phase : mise en place du management motiva-
tionnel. Cette idée, développée par de nombreux cabinets-conseils, a
aujourd’hui tendance à s’élargir. On considère qu’il ne suffit plus d’être
motivé, il faut être impliqué et s’engager dans les projets de l’entre-
prise. Une anecdote qui circule dans le milieu des spécialistes de ges-
tion de production et de qualité permet de comprendre toute la
différence entre implication et engagement. Nous la livrons telle
quelle : dans un œuf au bacon, la poule n’est impliquée que par le
biais de l’œuf alors que le porc est engagé puisqu’il est dedans... Sans
tirer toutes les conclusions de cette boutade, nous pensons néanmoins
que si une masse critique de personnes était suffisamment motivée,
tous les phénomènes de résistance aux changements, d’immobilisme,
d’inertie, forts générateurs de problèmes, seraient évités.

L’esprit d’équipe

Pour être réactif, il faut créer un véritable « esprit d’équipe ». Dans une
entreprise Lean, chacun a son rôle mais on n’enferme pas les gens par
une définition de fonction trop stricte. On doit créer un esprit d’équipe
à l’image d’une équipe de football dans laquelle les avants n’hésitent
pas à couvrir le terrain pour suppléer une faiblesse passagère des
lignes arrière. On le sait bien, le résultat de l’équipe n’est pas la somme
des valeurs individuelles mais la somme multipliée par un coefficient

354 © Éditions d’Organisation


Du juste-à-temps au Lean Management et à Six sigma

d’unité d’équipe. Ce coefficient peut être largement supérieur à 1 dans


le cas d’une dynamique réussie, mais il peut également être très sensi-
blement inférieur à 1.

Cet état d’esprit se traduit également dans la notion de progression qui


est souvent comprise au sens occidental comme une progression hié-
rarchique. Dans un groupe Lean, on cherche à responsabiliser l’équipe.
La progression s’entend par différentes évolutions sur le poste de
travail :
• Moyen de production – prise en charge d’un ensemble plus
important de tâches de réglage, de maintenance.
• Qualité – passer d’un simple respect de consignes à un pilotage
de la qualité et à l’amélioration du système de production.
• Environnement – participation active à la recherche d’un cadre
de travail plus attractif.
• Résolution de problème – passer d’une position passive face aux
problèmes, à une véritable participation dans le groupe, à des
démarches de résolution de problèmes et d’amélioration de la
performance industrielle.

3.2.4 Communication, formation, motivation, comment faire ?


Le changement de culture passe par la recherche constante de métho-
des pour améliorer la communication, la formation et la motivation.
Cela se traduit souvent par :
• La création de groupes de travail à tous les niveaux hiérarchi-
ques pour faire avancer des problèmes précis, avec des responsa-
bles d’actions qui seront menées à des instants précis.
• L’amélioration des conditions de travail à tous points de vue.
• Le soutien permanent et la reconnaissance des efforts de chacun.
• La formation de personnes de l’encadrement au rôle d’anima-
teurs pour maintenir un esprit Kaïzen (processus continu d’amé-
liorations) permanent.
• Le fait de se donner les moyens de faire vivre et survivre les pro-
jets qui voient le jour dans l’entreprise.

© Éditions d’Organisation 355


Gestion de production

• Le fait d’introduire une discipline de travail dans l’entreprise. La


campagne des 5 S est sans doute un bon exemple à ce sujet.
• Le fait de prendre en considération les éléments économiques
pour savoir jusqu’où on peut et on doit aller.
Les éléments que nous venons de présenter n’ont d’autre objet que de
donner une idée de la direction à prendre.

4. Conclusion
L’ensemble des aspects du Lean Management que nous avons décrits
dans ce chapitre donne la dimension d’une telle approche de la perfor-
mance industrielle. Il s’agit dans un premier temps de définir une stra-
tégie claire et de la déployer dans tous les secteurs de l’entreprise au
travers de méthodes, d’outils, mais également, et c’est peut être cela le
plus important, d’une certaine culture de l’entreprise.
La recherche de l’excellence pour le client est la finalité du Lean
Management ; c’est cette recherche d’excellence qui permet à l’entre-
prise de continuer à prospérer dans un monde où tout évolue.

356 © Éditions d’Organisation


Chapitre 11

La mesure de la performance
du système de production

1. Les limites des systèmes


de mesure traditionnelle

1.1 Introduction
La production et la gestion de production ne peuvent se passer de
mesures. On produit pour des raisons économiques et on gère éga-
lement pour des raisons économiques.

Tant la manière de produire que la manière de gérer la production ont


considérablement évolué au cours de ces dernières années. Mais les
outils de mesure et de pilotage de la production, quant à eux, n’ont pas
toujours suivi cette évolution.

357
Gestion de production

Plus de 80 % des entreprises françaises ont encore aujourd’hui une


comptabilité analytique fondée sur la méthode des sections homogè-
nes. Cette méthode a été développée chez Dupont de Nemours au
début du siècle, en 1910 précisément. Il est d’ailleurs intéressant de
constater que l’un des principaux consultants de cette entreprise était à
l’époque Taylor.

Cette méthode des sections homogènes est parfaitement bien adaptée à


un mode d’organisation et de production taylorien.

Aujourd’hui, la plupart des entreprises ne sont plus dans ce contexte-


là ! L’entreprise se doit de faire évoluer les instruments de mesure de
son système productif. Le système de mesure doit désormais être un
outil du pilotage de la production au service de la performance de
l’entreprise. Nous nous proposons de présenter ici l’une des solutions
possibles à cet égard : les indicateurs de performance.

1.2 Inefficacité du système traditionnel


au niveau du pilotage de la production

L’idée selon laquelle la gestion traditionnelle peut s’adapter à des


démarches de progrès, comme la qualité totale dans une entreprise
agile, semble aujourd’hui dépassée. En effet, il apparaît que les fonde-
ments mêmes de la comptabilité analytique traditionnelle sont remis
en cause par ces démarches. Nous présentons ci-après quelques illus-
trations de cet état de fait.

Exemple 1

Toutes les informations nécessaires au calcul des coûts liés à la produc-


tion dans l’entreprise proviennent des ateliers, de l’usine. S’il existe
dans cette dernière des systèmes informatisés ou non de suivi de la
production, ou si la production est gérée par l’existence d’un système
d’ordres de fabrication, il n’y a pas de problème : les comptables peu-
vent récupérer une information qu’ils jugent pertinente pour le calcul
des coûts.

358 © Éditions d’Organisation


La mesure de la performance du système de production

En revanche, si des démarches de progrès du type création d’îlots de


fabrication autonomes, ou lignes de production pilotées par le principe
du Kanban, sont mises en place dans l’entreprise, l’information
devient non pertinente, voire inexistante.

En effet, dans le cas des îlots de production autonomes, on génère des


ordres de fabrication pour un groupe de produits. L’ordre est ouvert
quand la fabrication commence et fermé quand la fabrication se ter-
mine. Le comptable reçoit donc des informations relatives à un groupe
de produits et non plus à un seul produit. Comment peut-il faire pour
déterminer le coût de chacun des produits du groupe ?

Exemple 2
La comptabilité analytique traditionnelle repose sur l’utilisation des
charges directes comme critère de répartition des charges indirectes.
Tant que la proportion des charges directes dans l’entreprise reste
supérieure à la proportion de charges indirectes, on peut considérer
l’idée précédemment énoncée comme n’étant pas trop incorrecte. Mais
on sait qu’aujourd’hui, les charges directes ne représentent plus en
moyenne que 10 % des charges globales. Certaines entreprises très
automatisées ou très flexibles prétendent même ne plus avoir de char-
ges directes du tout. Alors, que faire ?

Ce sont les bases mêmes de la gestion traditionnelle qui sont remises


en cause ici.

1.3 Performance industrielle et évaluation financière


Un autre point critique concerne l’évaluation financière des performan-
ces du système de production. En effet, toute forme de performance ne
se traduit pas systématiquement par un montant financier. Il n’est pas
rare de constater aujourd’hui que certains éléments, très fortement liés
à la performance du système de production de l’entreprise, ne génèrent
pas forcément des dépenses et des recettes immédiatement identifia-
bles.

Le moment est venu de se poser une question clé : à quoi sert vérita-
blement la gestion d’une entreprise ?

© Éditions d’Organisation 359


Gestion de production

Si son objectif est de refléter la santé de celle-ci, alors les critères rete-
nus doivent être corrélés avec l’efficacité de l’entreprise. Ce n’est mal-
heureusement plus le cas quand on continue à utiliser un contrôle de
gestion traditionnel.
Prenons deux exemples pour illustrer cette idée.

Exemple 1
Au niveau du pilotage de la production, les industriels savent parfaite-
ment qu’ils doivent disposer de données techniques de qualité pour
espérer un système de gestion de la production efficace, donc avec des
délais respectés, et à la clé la satisfaction des clients...
Mais la comptabilité analytique ne propose pas de calcul qui permet-
trait à l’entreprise de connaître le niveau de fiabilité des gammes de
fabrication ou de ses nomenclatures de gestion de la production.

Exemple 2
Toujours en ce qui concerne la production, les industriels savent aussi
parfaitement qu’il leur faut des fournisseurs fiables, pour maîtriser les
délais...
Mais, là non plus, la comptabilité traditionnelle ne propose pas d’outil.
Toutes ces constatations remettent sérieusement en cause les outils tra-
ditionnels du pilotage de la production. En particulier, il apparaît
nécessaire de concevoir un système d’indicateurs non financiers du
système de production.
Deux orientations occupent la pensée dans ce domaine. L’une
concerne la recherche d’un nouveau système analytique fondé sur une
expression financière, et l’autre la recherche d’un système d’indica-
teurs fondé sur une expression quantitative et financière.
La première orientation, connue sous le nom de ABC-ABM (pour Acti-
vity Based Costing-Activity Based Management), et en français sous le
nom de gestion par les activités, reste aujourd’hui peu utilisée dans les
entreprises françaises. En revanche, la seconde semble connaître un
essor croissant. Nous nous proposons de détailler cette approche dans
les paragraphes suivants.

360 © Éditions d’Organisation


La mesure de la performance du système de production

2. Les indicateurs de performance

2.1 Quelques définitions

Il paraît indispensable de poser au préalable certaines définitions pour


comprendre comment peut fonctionner un système d’indicateurs liés à
la performance dans l’entreprise. Une définition est aujourd’hui
admise par tous quant à la notion d’indicateur de performance :

Un indicateur de performance est une donnée quantifiée qui mesure l’effica-


cité de tout ou partie d’un processus ou d’un système, par rapport à une
norme, un plan ou un objectif qui aura été déterminé et accepté, dans le cadre
d’une stratégie d’ensemble.

Essayons d’expliciter quelque peu cette définition qui propose un


champ d’action très restrictif.

• Un indicateur de performance est une donnée quantifiée. Cela


signifie qu’on fait référence à la nécessaire quantification d’un
phénomène. Or, tout phénomène dans l’entreprise est-il
quantifiable ? Quand on s’intéresse à des délais, des pièces pro-
duites, à des phénomènes physiques, la quantification ne pose
en général que peu ou pas de problème. En revanche, quand on
fait par exemple référence à des phénomènes psychologiques, la
quantification pose problème. En particulier, si l’on cherche à
mesurer la motivation des personnes sur leur lieu de travail, la
pertinence de la mesure est loin d’être évidente. Or, quel peut
être l’intérêt d’une mesure qui n’est pas pertinente ? Il faudra
être vigilant par rapport à cela.

• Un indicateur mesure l’efficacité, donc l’aptitude d’un processus


à générer une performance. Un indicateur paraît ainsi indisso-
ciable d’une démarche d’amélioration continue. Mesurer pour
mesurer ne sert à rien. Le fait de mesurer doit servir à prendre
des décisions d’action pour l’amélioration. Il peut s’agir d’une
amélioration au niveau d’un poste de travail, d’une section d’ate-

© Éditions d’Organisation 361


Gestion de production

lier, d’un atelier, d’une usine, ou de l’entreprise dans sa globalité.


Il existe donc des indicateurs de différents niveaux hiérarchi-
ques.
• Un indicateur mesure l’efficacité requise par rapport à une
norme, un plan ou un objectif déterminé et accepté pour la satis-
faction des clients du processus. Il est donc nécessaire de mobili-
ser, motiver le personnel de l’entreprise pour qu’il accepte de
s’impliquer, de s’engager, sinon le projet est voué à l’échec.
• Un indicateur s’exprime dans le cadre d’une stratégie d’ensem-
ble. Il est nécessaire de vérifier la cohérence de l’ensemble des
indicateurs, utilisés à tous les niveaux, dans l’entreprise. Selon
P. Lorino, « les indicateurs de performance ne doivent pas consti-
tuer une mosaïque de logiques locales, mais un système collectif
de logiques partielles traduisant une stratégie globale ». Cela
nous paraît essentiel. Tous les acteurs de l’entreprise doivent tra-
vailler dans le sens imposé par la stratégie globale de l’entre-
prise.

2.2 Indicateurs de résultat


et indicateurs de processus
Les indicateurs de performance tels que nous venons de les définir ten-
tent de recouvrir deux aspects du système de production : un aspect lié
aux résultats et un autre aux processus. À cet effet, deux catégories
d’indicateurs peuvent être définies :
• Les indicateurs de résultat indiquent le résultat auquel on peut
parvenir. Exemple : la quantité produite d’un élément fabriqué
par l’entreprise.
• Les indicateurs de processus permettent d’exprimer la manière
d’obtenir un résultat. (Exemple : pour un indicateur de résultat
comme la quantité produite, on aura des indicateurs de proces-
sus comme le nombre d’incidents, le nombre de pièces rebutées,
le niveau de qualité des composants utilisés...)
Cette distinction est tout à fait intéressante. Dans son ouvrage sur le
Kaïzen, M. Imaï montre que les entreprises occidentales ont toujours
privilégié les indicateurs de résultat, les entreprises japonaises ceux de
processus. M. Greif, dans son ouvrage, L’usine s’affiche, exprime cela

362 © Éditions d’Organisation


La mesure de la performance du système de production

d’une manière bien plus imagée en notant : « Les Occidentaux


comptent les œufs de la poule, les Japonais s’intéressent à la santé de
celle-ci. »

Mais finalement, qu’est-ce qui est le plus intéressant ? Compter les


œufs de la poule ou se préoccuper de la santé de celle-ci ?

Les deux éléments semblent être indissociables. On peut quand même


imaginer que, si on se préoccupe de la santé de la poule, elle pondra
des œufs nombreux et de bonne qualité !

Comment expliquer qu’encore bien trop peu d’entreprises occidentales


s’intéressent à cette notion d’indicateur de processus ?

Il semble que l’on sache bien modéliser des états mais que l’on appré-
hende mal les processus.

Cela provient sans doute du fait qu’un certain nombre d’entreprises


n’ont pas de stratégie industrielle clairement définie. Elles n’ont donc
pas besoin d’indicateurs de processus. Si on traduit cela de manière
imagée, on peut dire que, si on ne sait pas où on va, on n’a pas besoin
de se demander comment y aller. L’existence d’une stratégie claire et
précise est donc le point de départ obligatoire d’un bon système de
mesure de la performance dans l’entreprise.

L’entreprise doit se doter à la fois d’indicateurs de résultat et d’indica-


teurs de processus. Mais comment une entreprise doit-elle procéder
pour construire un système d’indicateurs cohérent et pertinent ?

2.3 Construction d’un système d’indicateurs


de mesure et de pilotage
La performance est le résultat d’un pilotage. La construction d’un
système d’indicateurs de performance doit donc coller à la stratégie de
pilotage de l’entreprise. Nous pouvons observer un certain parallélisme
entre le découpage hiérarchisé du pilotage d’un processus de produc-
tion et la hiérarchie des approches qualité5. Cette décomposition peut

5. Voir notamment Qualité en production, « De l’ISO 9000 à Six sigma », D. DURET, M. PILLET,
op. cit., pour plus de détail concernant l’aspect « qualité ».

© Éditions d’Organisation 363


Gestion de production

être fondée sur celle, classique, du système de production (usine, ate-


lier, cellule, machine) ou sur celle des tâches de production associées,
organisées en processus. Cela peut se représenter sous une forme pyra-
midale d’empilement de ces strates, avec d’une part des niveaux
d’agrégation allant d’un point de vue global à une prise en compte des
détails et, d’autre part, des horizons temporels se réduisant en même
temps que s’affine la granularité d’observation.

Figure 11.1
Parallélisme entre l’organisation hiérarchique du pilotage
et celle de la qualité

Décompositions hiérarchiques
du système de pilotage, de l'organisation qualité,
du processus, et des tâches
Pilotage stratégique Stratégie qualité
P T
Pilotage tactique Système qualité
P T
Pilotage opérationnel Méthode qualité
P T
Conduite et suivi tage lité Outils qualité
P Pilo Qua T

valeur entrante + valeur ajoutée = valeur sortante

Un système cohérent d’indicateurs doit prendre pour base de construc-


tion le pilotage stratégique. La direction générale doit clairement définir
une stratégie. En effet, le système d’indicateurs aura pour but de mesu-
rer l’adéquation ou la non-adéquation des actions mises en œuvre
pour respecter cette stratégie.

Cette stratégie doit être éclatée de façon cohérente au niveau du pilo-


tage tactique. Cela consiste à traduire les décisions stratégiques au
niveau des services opérationnels. On doit définir les objectifs princi-
paux liés à cette stratégie.

364 © Éditions d’Organisation


La mesure de la performance du système de production

Les services opérationnels devront traduire ces décisions en sous-


objectifs pour le processus concerné par l’utilisation de méthodes et
d’outils. C’est le pilotage opérationnel.

Enfin, au niveau de chaque poste de travail, on devra également fixer


des objectifs cohérents avec les indicateurs d’un niveau hiérarchique
supérieur. Ces indicateurs seront les indicateurs de conduite et de suivi.

Le parallélisme entre les différents niveaux de pilotage et les approches


qualité, tel que le montre la figure 11.1, est frappant, et la version 2000
des normes ISO en matière de référentiel qualité offre une approche
intéressante pour la construction d’un système d’indicateurs cohérent.

La mise en place d’un tel système implique que l’on recherche la satis-
faction des clients en identifiant les CTQ (pour Critical To Quality) qui
sont les éléments essentiels de la pérennité de l’entreprise. On doit
dans un premier temps procéder à l’identification de ces CTQ au
niveau stratégique. La seconde étape consiste à se poser la question
suivante : « Comment mesurer la façon dont on atteint les objectifs
fixés ? » On voit bien ici le lien avec les indicateurs de niveau straté-
gique pour l’entreprise.

Pour illustrer ce point essentiel dans une démarche qualité, prenons


pour exemple une petite entreprise qui produit des raquettes de ran-
données sur neige. Le premier travail consiste à identifier les clients de
l’entreprise, leurs besoins, leurs exigences et la façon dont on mesure
l’atteinte de ces exigences. Ce travail donne lieu à un tableau CTQ dont
une version simplifiée est donnée en figure 11.2.

© Éditions d’Organisation 365


Gestion de production

Figure 11.2 – Diagramme CTQ – Niveau stratégique

Client Besoin Exigence Mesure


Client final Disposer Pratique Enquête de satisfaction
du produit d’un moyen dans son utilisation Utilisation de panel
de se déplacer
sur la neige Fiable Taux de retours,
plainte client
Coût accessible Positionnement
sur le marché
concurrentiel
Actionnaire Rentabiliser son Augmentation Valeur de l’action
investissement de la valeur
Rémunération du Dividende
capital investi
Salariés Épanouissement Salaire satisfaisant Benchmarking sur
personnel le marché concurrentiel
Conditions de travail Enquête de satisfaction
Évolution person- Suivi personnalisé
nelle évolution + formation
Société Intégration Intégration Rapport de la DRIR
harmonieuse environnementale Relation de voisinage
Participation Nombre de stagiaires
à la formation

La colonne « Mesure » permet de définir les indicateurs au niveau stra-


tégique avec lesquels on vérifiera la satisfaction des clients de l’entre-
prise.

Le déploiement de ces objectifs au niveau tactique requiert que l’on


décompose le « système entreprise » en processus mis en œuvre pour
atteindre la performance. On dissocie généralement deux types de
processus :

• Les processus principaux qui sont directement liés à la satisfac-


tion du client.

366 © Éditions d’Organisation


La mesure de la performance du système de production

• Les processus supports qui ont comme clients les processus prin-
cipaux.

Cette structuration de l’entreprise sous forme de processus est une exi-


gence de la norme ISO 9000-2000. Ce travail considérable peut très uti-
lement être mis à profit dans la construction d’un système
d’indicateurs cohérent.

Le passage du CTQ stratégique à la structuration du système en proces-


sus permet lui-même de passer du pilotage stratégique au pilotage tac-
tique.

Il incombe à chaque processus identifié de refaire le travail de recher-


che de son tableau CTQ : quels sont les clients, ses besoins, ses exigen-
ces et les mesures que l’on met en place pour vérifier la satisfaction.

On va alors recenser l’ensemble des facteurs qui influent sur la perfor-


mance des processus. Puis, la définition du plan d’actions s’impose : il
faut prendre des mesures précises pour agir sur et modifier la perfor-
mance des processus concernés. C’est le passage du pilotage tactique
au pilotage opérationnel.

On pourra en vérifier la cohérence avec un tableau de type QFD, tel


que celui représenté en figure 11.3. Il permet de vérifier que chaque
indicateur de performance au niveau stratégique est bien déployé au
niveau opérationnel, et que les indicateurs mis en place au niveau opé-
rationnel s’inscrivent bien dans la stratégie de l’entreprise. La partie
supérieure permet de valider la cohérence horizontale des indicateurs
dont nous traiterons plus bas au paragraphe 2.4, « Caractéristiques
essentielles des indicateurs de performance ».

© Éditions d’Organisation 367


Gestion de production

Figure 11.3 – Tableau de cohérence des indicateurs

+++ + ++

Objectifs Processus Production Approvisionnement


stratégiques
Indicateurs Taux Capabilité des Taux de service
de fiabilité processus
Plan Mise en place Mise en place Plan Réduction
d’action d’une d’une d’améliora- du nombre de
démarche démarche tion de la fournisseurs
TPM MSP Supply Chain
OS1 1 1 9 6
OS2 3 9 3 3

OSx 9 3 1 1
Importance 13 13 13 10

La présence des indicateurs se justifie alors comme outil de suivi, de


mesure des améliorations progressives. Pour cela, il est indispensable
de définir pour chaque indicateur un libellé, un mode de calcul, une
unité de mesure, une périodicité de suivi liée à la capacité d’améliora-
tion, ainsi qu’une base de référence (pour savoir d’où on part) et un
objectif (pour savoir où on va).
Prenons un exemple : choisissons comme indicateur le taux de fiabilité
des équipements exprimé en pourcentage.
Il sera évalué par un taux de panne ou, si l’on préfère voir les choses
de manière optimiste, on va le calculer par un MTBF : Moyenne des
temps de bon fonctionnement.

368 © Éditions d’Organisation


La mesure de la performance du système de production

Voici les éléments sur lesquels on va agir (les variables d’action) :


• les heures d’entretien préventif et les heures d’entretien
prédictif ;
• l’état de l’équipement ;
• le nombre d’heures d’utilisation ;
• la maintenabilité (simplicité de maintenance) ;
• la fiabilité dès la conception ;
• l’existence de dispositifs prédictifs.
Les moyens d’action en sont :
• la mise en place d’une démarche TPM ;
• la mise en place d’action 5 S ;
• l’utilisation de l’AMDEC dans la définition des nouveaux équipe-
ments…
Un indicateur, ce n’est donc pas seulement une expression, ici, le taux
de fiabilité. C’est aussi l’ensemble des éléments qui lui sont associés.

2.4 Caractéristiques essentielles


des indicateurs de performance
La construction de tout système d’indicateurs requiert que l’on
s’appuie sur une cohérence horizontale et une cohérence verticale.
• La cohérence horizontale correspond au besoin de s’assurer
d’une non-contradiction entre les indicateurs d’un même niveau
hiérarchique. On ne peut pas par exemple avoir un indicateur qui
mesure l’accroissement de la polyvalence des opérateurs et,
simultanément, un indicateur d’accroissement de la productivité
car, quand la polyvalence augmente, la productivité diminue, au
moins dans un premier temps. Dans la figure 11.3, cette cohé-
rence est vérifiée sur chaque couple (de – – – à + + +).
• La cohérence verticale signifie que les indicateurs d’un certain
niveau hiérarchique doivent être le reflet synthétique des indica-
teurs de niveau hiérarchique inférieur. On peut par exemple défi-

© Éditions d’Organisation 369


Gestion de production

nir un indicateur synthétique de changement de série, comme le


temps moyen de changement de série sur les postes à problèmes
d’un atelier.
Un système d’indicateurs doit être un outil qu’on utilise comme support
d’actions d’améliorations. Cet outil doit permettre de savoir où on en
est et qui donne la volonté d’aller plus loin.

Les indicateurs doivent :


• Être faciles à comprendre, mesurer, représenter, puisqu’ils vont
être utilisés par tous dans l’entreprise et surtout par les opéra-
teurs dans les ateliers. Si ces caractéristiques ne sont pas respec-
tées, on a peu de chance de parvenir à mobiliser les hommes et
les femmes de l’entreprise autour d’éléments qu’ils ne compren-
nent pas.
• Couvrir toute l’activité de l’entreprise pour aller dans le sens de
la stratégie globale de l’entreprise, parce que l’entreprise est un
ensemble d’éléments interdépendants les uns des autres et inte-
ractifs, et que la non-prise en considération d’un seul de ces élé-
ments peut conduire à l’échec du projet.
• Être en nombre limité, sinon, il est impossible de les utiliser
comme outils d’aide à la décision pertinents. Pour P. Lorino, un
décideur ne peut pas prendre en considération plus de cinq ou
six indicateurs. Or, chacun des acteurs de l’entreprise est à son
poste un décideur en puissance. On doit donc apprendre à syn-
thétiser l’information pour la rendre utilisable.
• Être mis en place et généralisés rapidement. Tous les secteurs de
l’entreprise sont concernés par les indicateurs pour améliorer la
situation globale de l’entreprise.
• Avoir une fréquence de mesure liée aux possibilités d’améliora-
tion. Il est par exemple inutile de mesurer un temps de change-
ment de série sur une machine toutes les semaines, si on ne se
donne pas les moyens de l’améliorer durant cette durée.
• Avoir une permanence relative à l’existence du besoin. Quand un
indicateur atteint son objectif maximal ou quand on change
d’objectif, il ne faut pas hésiter à changer d’indicateur. On peut
par exemple définir un indicateur plus sévère que le précédent,
pour continuer à améliorer une situation ou supprimer un indi-

370 © Éditions d’Organisation


La mesure de la performance du système de production

cateur quand un besoin disparaît. Parfois, il est cependant néces-


saire de maintenir certains indicateurs pour vérifier que le
système ne dérive pas. Quand une entreprise a par exemple
effectué une action d’amélioration de ses gammes de fabrication
et parvient à un niveau de fiabilité de 100 %, elle doit maintenir
l’indicateur et effectuer périodiquement un contrôle de ses gam-
mes pour vérifier que le niveau de fiabilité reste bien à 100 %.

• Permettre une information largement diffusée, mais seulement


aux personnes directement concernées par celle-ci et sous une
forme accessible aux personnes concernées. À cet égard, le mode
de représentation, d’affichage, de l’information est essentiel.
Selon M. Greif, toujours dans son ouvrage L’usine s’affiche, « les
indicateurs affichés dans l’atelier ne doivent avoir qu’un seul
but : devenir les outils de travail de l’équipe, exactement comme
ses machines, ses robots ou ses chariots de manutention ». De ce
point de vue, une véritable politique d’affichage des indicateurs
doit être entreprise. C’est un élément essentiel de la politique de
communication interne de l’entreprise.

2.5 Mise en place des indicateurs de performance

Comme toute démarche de mise en place de projet, celle relative aux


indicateurs de performance impose :

• Une décision de la direction car tout projet important doit être


soutenu, voire relancé en cas de problème, par la direction. Si ce
n’est pas le cas, il n’est pas certain que le projet se pérennise et
donne les résultats escomptés. En effet, le projet des indicateurs
concerne toute l’entreprise et peut être source de réorganisa-
tions, de transformations, que doit imposer la direction. Si le pro-
jet échoue, les hommes et les femmes de l’entreprise auront la
sensation d’un effet de mode qui n’aura duré qu’un temps, et il
sera très difficile par la suite de leur demander de s’engager à
nouveau.

• Une action de sensibilisation et de formation pour tous et adap-


tée à chaque groupe constituant l’entreprise. On ne peut deman-
der aux personnes de s’impliquer spontanément dans un

© Éditions d’Organisation 371


Gestion de production

nouveau projet sans les informer du contenu et de la finalité de


ce dernier. La phase formation-information est un élément
important qui conditionne la réussite du projet.
• Un diagnostic de l’existant, car on ne peut pas avoir d’objectifs si
on ne connaît pas la situation de départ. Ce diagnostic doit per-
mettre une analyse de l’entreprise, de ses forces, de ses faibles-
ses, ce qui permet d’aborder le point suivant.
• Une détermination d’objectifs parfaitement définis dans le
temps. Ces objectifs vont se traduire chez tous les acteurs de
l’entreprise, aux différents niveaux hiérarchiques existants.
Cette détermination d’objectifs est le préalable à une mise en œuvre
effective d’actions d’amélioration au niveau des différentes activités
définies comme étant sensibles et indispensables dans la recherche de
l’amélioration de l’entreprise.
Pour préciser ces idées, nous allons nous appuyer sur un exemple.
Une entreprise que nous appellerons X souffre d’un grave problème de
respect de ses engagements de production à moyen terme. La produc-
tion réalisée pour chaque produit sur chaque période est rarement con-
forme à la prévision.
La recherche des causes de ce problème fait apparaître deux éléments
principaux :
• Les prévisions de production sont déterminées lors de réunions
mensuelles regroupant commerciaux, gestionnaires de produc-
tion et responsables de production. Les participants sont, pour le
moment, incapables de se mettre d’accord sur la quantité à choi-
sir pour chaque produit.
• On constate, en production, quelques problèmes qui sont un
frein à la flexibilité, nuisant à la satisfaction des clients qui exi-
gent des délais très courts.
Voici les éléments sur lesquels on peut agir pour commencer à résou-
dre le problème de respect des engagements :
• En matière de communication, l’incapacité ressentie entre com-
merciaux, gestionnaires de production et responsables de pro-
duction est apparemment liée à leur incompréhension mutuelle,
elle-même liée à leur méconnaissance des problèmes des autres.

372 © Éditions d’Organisation


La mesure de la performance du système de production

• En production, l’absence de flexibilité en production est princi-


palement due à des temps de réglage excessifs et à un niveau de
non-qualité important.
On choisit de mettre en place les actions suivantes :
• Des séances de formation regroupant commerciaux, gestionnai-
res de production et responsables de production sont planifiées
pour leur apprendre à faire des prévisions cohérentes, tenant
compte des problèmes de chacun.
• Des chantiers SMED et la mise en place d’auto-contrôles statisti-
ques sont également envisagés.
Il reste à définir précisément les objectifs échéancés auxquels on sou-
haite parvenir et les moyens à mettre en œuvre. C’est à ce niveau-là
que l’on va voir apparaître les indicateurs.
• Ici, on peut envisager :
• un temps moyen de réglage par atelier ;
• un taux de non-qualité ;
un indicateur global de respect des engagements :
P – ∑ Pi – Ri
i
I = -----------------------------------------
P
avec :
• P = engagement de production par mois pour une famille de
produits ;
• Pi = prévisions
• Ri = réalisations pour chaque produit de la famille.

3. Conclusion
Les indicateurs de performance constituent une bonne solution pour
mesurer la performance de l’entreprise, et plus particulièrement de son
système de production. Face aux grands bouleversements que subit
l’industrie, un changement d’approche semble indispensable.

© Éditions d’Organisation 373


Gestion de production

Les indicateurs de performance représentent une solution, mais elle est


incomplète. En effet, à eux seuls, les indicateurs ne permettent pas
d’assurer la compétitivité et la réussite de l’entreprise. Ils ne sont
qu’un outil de compréhension, maîtrise, pilotage, autrement dit un
outil d’aide à la décision dans l’entreprise.
On peut difficilement imaginer que l’aspect financier soit totalement
supprimé dans les entreprises. On vend des produits à certains prix, et
on a toujours envie d’en connaître la rentabilité, une rentabilité fondée
sur des informations financières.
Si l’on en croit P. Druker, l’un des papes de la gestion aux États-Unis,
« les compteurs de haricots n’ont pas bonne presse ces derniers temps.
Tous les maux de l’industrie américaine leur sont imputés. Mais les
compteurs de haricots auront le dernier mot. Dans l’usine de demain,
la comptabilité analytique jouera un rôle aussi important et même pro-
bablement plus important que jamais. Mais les haricots seront comptés
différemment ! »
On peut donc imaginer que l’usine de demain sera dotée d’une super-
méthode de gestion, un « système analytique » comprenant à la fois :
• un système d’évaluation physique de l’entreprise à partir d’indi-
cateurs de pilotage et de mesure de la performance ;
• un système d’évaluation économique de l’entreprise fondé sur
une gestion par activités.
Ces deux systèmes devront être parfaitement complémentaires.
Mais on rencontre encore fort peu cette situation et il faudra peut-être
attendre quelques années pour la voir se développer...

374 © Éditions d’Organisation


Chapitre 12

La supply chain

1. Introduction

1.1 Généralités
Nous avons choisi de conserver les termes américains de ce concept
pour intituler ce chapitre car ils en fournissent sans doute la meilleure
illustration. En France, pour le traduire, on parle de chaîne logistique,
expression à laquelle on agrège souvent des épithètes comme globale,
étendue ou intégrée.

Pour bien comprendre ce que signifie le concept, il n’est pas inutile


d’opérer un rapide retour en arrière pour faire le point sur l’évolution
des méthodes et outils en matière de gestion industrielle. En effet, si la
supply chain a vu le jour récemment, ce n’est pas un hasard, mais le
fruit d’une évolution à plusieurs niveaux, à la fois au niveau des systè-
mes d’information, des modes de transport, des réseaux informati-
ques…

375
Gestion de production

La supply chain telle qu’elle est imaginée aujourd’hui aurait été


inconcevable il n’y a ne serait-ce qu’une dizaine d’années de cela.

Le concept de logistique, cœur de la supply chain, est apparu il y a fort


longtemps… Les Égyptiens, lors de la construction des grandes pyrami-
des, ont bien dû se poser des questions logistiques pour faire conver-
ger tous les composants nécessaires à la réalisation des travaux au bon
moment. De même, les premières questions relatives à la standardisa-
tion des tâches ont sans doute émergé à ce moment là.

Mais c’est au début du XXe siècle que le concept prend véritablement


toute sa signification. C’est la période où Taylor développe les princi-
pes de l’organisation scientifique du travail, où, dans l’entreprise Ford,
les premières expériences de travail à la chaîne sont mises en place : ce
sont donc les premières innovations en matière de logistique.

Il faudra attendre les décennies 1950-1960 pour voir apparaître les pre-
miers logiciels informatiques spécialisés en logistique industrielle.
Class d’IBM sera le premier programme informatique capable de gérer
une production.

Dans les décennies suivantes 1970-1980, la logistique prend un virage


radical. En effet, avec l’apparition de la concurrence et de la mondiali-
sation des échanges, la diversité des produits explose, la complexité se
développe, les exigences en matière de raccourcissement des délais
sont telles qu’il faut approvisionner, produire et livrer des produits à
cycle de vie de plus en plus courts le plus rapidement possible et par-
tout dans le monde. Cela va générer pour les entreprises des besoins
d’évolution importants. Dans ces années-là, le Japon est en pleine
réussite industrielle et c’est de ce côté-là que les entreprises occidenta-
les vont rechercher des solutions : le juste-à-temps, la qualité totale, la
maintenance productive totale… vont permettre d’accroître sensible-
ment la flexibilité et la réactivité des industries. Parallèlement, les pro-
giciels informatiques évoluent beaucoup et vont représenter de
gigantesques boîtes à calculs pertinentes dont les entreprises ont
besoin pour gérer leurs problèmes croissants de complexité et de diver-
sité.

Aujourd’hui, les exigences sont encore plus importantes. Pour survi-


vre, les entreprises doivent proposer :

376 © Éditions d’Organisation


La supply chain

• un temps de réponse toujours plus court, à tous les niveaux


(conception, industrialisation, approvisionnement, fabrication,
distribution, produit, processus…) ;

• des coûts de plus en plus faibles ;

• une qualité parfaite qui est devenue une condition nécessaire


pour mettre un produit sur le marché ;

• un service client de plus en plus personnalisé (adaptation aux


besoins, assistance à la mise en œuvre, dépannage…).

Pour apporter des réponses à ces nouvelles exigences, les entreprises


se sont interrogées. Elles ont constaté que le recours aux méthodes de
type Lean Production leur avait permis d’éliminer de nombreux gas-
pillages au niveau interne, à l’intérieur des entreprises. Dans certains
cas, un travail d’amélioration a même été mené en partenariat avec les
fournisseurs, ce qui a permis des améliorations plus globales, mais ces
situations restaient pour le moins très limitées…

Les entreprises se sont alors orientées vers une réflexion bien plus
globale : pourquoi, en effet, ne pas réfléchir au niveau de la chaîne
constituée par l’ensemble des acteurs à l’origine de la réalisation d’un
produit ou d’une famille de produits, de l’entreprise représentant le pre-
mier fournisseur de la chaîne jusqu’au client le plus en aval de la
chaîne, à savoir le consommateur final du produit ?

Cette réflexion a l’avantage d’amener les entreprises à graviter dans


des sphères de réflexions inexploitées jusqu’alors. En effet, à partir du
moment où on observe la chaîne de création des produits, on s’inté-
resse à la recherche de l’optimisation globale de la chaîne et non plus à
l’optimisation de ses différents maillons, ce qui est radicalement diffé-
rent. Ce mode de réflexion va également conduire les entreprises à
regarder et à étudier les connexions existant entre les différents
maillons, ainsi que les rôles de chaque maillon qui devront sans doute
être redéfinis…

Cette vision supply chain a donc procuré aux entreprises de nouveaux


éléments générateurs de progrès, que nous décrirons dans ce chapitre.

© Éditions d’Organisation 377


Gestion de production

1.2 De la logistique à la supply chain


Pour bien comprendre ce qu’est la chaîne logistique, il nous semble
important de bien comprendre tout d’abord ce qu’est la logistique.
Pour le grand public, le mot de logistique a quelque connotation mili-
taire, du type : « Mettre à disposition des unités opérationnelles
l’ensemble des produits dont elles ont besoin. » Pour l’entreprise, la
logistique représente d’abord la gestion des moyens de transport pour
mettre à disposition des ressources les stocks nécessaires afin d’éviter
toute situation de rupture.
Dans cette logique de base, la solution la plus simple consiste à mettre
des stocks un peu partout afin de garantir un taux de service satisfai-
sant.
Dans une relation entre un fournisseur et un client, le client souhaite
que le stock soit présent chez le fournisseur, et vice versa. Cependant,
lorsqu’on regarde le problème de façon globale, peu importe que le
stock se trouve chez l’un ou chez l’autre (ou chez les deux) : de toutes
les façons, il va falloir payer ce stock et celui qui va le payer en fin de
compte, ce sera le client final, le client de la « chaîne logistique ».
Sous cet angle, il apparaît bien que nos deux entreprises ont donc inté-
rêt à s’entendre pour ne plus avoir à considérer la logistique comme un
centre de coût mais comme une source de profit. Alors, comment orga-
niser de façon optimale cette connexion entre les deux entreprises
pour, non seulement diminuer le coût, mais optimiser les profits de
chacun ?
Pour y parvenir, il va falloir bien sûr revoir les aspects d’« intendance »
tels que les stocks éventuels, les lieux de stockage, les transports. Il va
falloir créer des liens beaucoup plus forts entre les deux partenaires,
par exemple réserver chez le fournisseur une certaine capacité de pro-
duction avec des périodes fermes et d’autres plus souples, revoir une
politique tarifaire qui pourra être variable en fonction du respect des
engagements de chacun, etc.
Cette évolution par rapport à la première vision de la logistique qui a
conduit à ce chaînage entre plusieurs entreprises pour une meilleure
satisfaction du client méritait un changement d’appellation et on parle
désormais de « chaîne logistique étendue » ou supply chain.

378 © Éditions d’Organisation


La supply chain

2. Comment définir la supply chain


ou « chaîne logistique intégrée
et étendue » ?

2.1 Le concept de logistique


Pour bien définir la logistique, nous avons choisi de reprendre la
définition de A. K. SAMII6 qui nous a paru très intéressante à plus d’un
titre :
« La logistique est le processus :
• qui anticipe les désirs et les volontés des clients ;
• qui permet de se procurer le capital, les matières, les person-
nels, les technologies et l’information nécessaires pour réaliser
ces désirs et volontés ;
• qui permet d’optimaliser et d’utiliser les réseaux de distribution
de biens matériels, d’informations et de services afin de satis-
faire complètement et rapidement la commande ou l’ordre
placé par le client au plus juste coût. »
On trouve dans cette définition tous les ingrédients essentiels :
• Le client doit être au cœur du processus logistique.
• Pour le satisfaire, tout doit être mis en œuvre et on doit disposer
de tous les éléments nécessaires, du capital jusqu’au système
d’information.
• La logistique n’est plus seulement une affaire de circulation de
produits comme cela a été le cas très longtemps, c’est aussi une
affaire de services et de circulation d’informations indissociables
des produits à intégrer dans la réflexion.
• La logistique, c’est aussi et enfin, et c’est peut-être le plus impor-
tant, une affaire de flux… et cela reste parfaitement exact au
niveau de la réflexion supply chain.
Selon A. K. SAMII, « la logistique est la gestion des flux et son accéléra-
tion comme dans un pipe-line ».

6. A. K. SAMII, Mutations des stratégies logistiques en Europe, Nathan, 1997.

© Éditions d’Organisation 379


Gestion de production

Figure 12.1 – Le pipe-line logistique

Fournisseurs Information Information Clients

Approvisionnement Transformation Distribution

Matière

On trouve dans la littérature de nombreuses représentations de la logis-


tique en bulles, en fleurs…

La représentation sous la forme d’un pipe-line nous plaît beaucoup


parce qu’elle est efficace. L’analogie avec la circulation du pétrole dans
un pipe-line correspond à ce que toutes les entreprises souhaitent faire
aujourd’hui : fluidifier au maximum leurs productions et la distribu-
tion de ces dernières pour qu’il n’y ait quasiment plus de ruptures ou
d’engorgements de flux ; c’est essentiel en matière de satisfaction
rapide du client.

Figure 12.2 – Le pipe-line supply chain

Fournisseurs Information Information Clients


des fournisseurs des clients

Appro. Transfo. Distrib.


Appro. Transfo. Distrib.
Appro. Transfo. Distrib. Appro. Transfo. Distrib.
Appro. Transfo. Distrib.
Appro. Transfo. Distrib.

Matière

380 © Éditions d’Organisation


La supply chain

On peut donc dès maintenant envisager la supply chain comme un


super pipe-line qui intégrerait la totalité des acteurs présents dans la
chaîne logistique de réalisation d’un produit ou d’une famille de pro-
duits.

Ce pipe-line supply chain (cf. figure 12.2) ne pourra être pertinent et


efficace que si tous les éléments constituant le pipe-line sont imbriqués
les uns avec les autres, en d’autres termes si les différents maillons de
la chaîne fonctionnent, en harmonie, ensemble. Cela laisse entrevoir
dès maintenant un certain nombre de difficultés ; ce qui n’est pas aisé
à mettre en place au niveau d’une unique entreprise le sera bien
davantage au niveau d’une chaîne d’entreprises… La complexité, voire
l’extrême complexité, sera monnaie courante dans les supply chains,
avec tous les problèmes de gestion que l’on peut imaginer…

2.2 Le concept de supply chain,


chaîne logistique globale
On peut définir la supply chain de la manière suivante : la supply chain
est le processus global de satisfaction des clients par la création d’une
chaîne de valeur qui intègre de façon optimale l’ensemble des acteurs à
l’origine de la réalisation d’un produit ou d’une famille de produits.

On a coutume de dire que la supply chain crée une chaîne de valeur


qui commence chez le « fournisseur du fournisseur du fournisseur » et
qui se termine chez le « client du client du client ».

La démarche consiste donc à mettre en œuvre une gestion globale


basée sur l’apport de valeur à un produit depuis la production des
matières premières jusqu’à la distribution chez le client final.

Le but recherché est une meilleure maîtrise des fournisseurs (et des
fournisseurs des fournisseurs) et des clients (et des clients des clients)
afin d’améliorer la qualité de la prestation globale proposée au
consommateur final.

Dès lors, l’un des objectifs primordiaux pour les entreprises de la


chaîne sera de trouver le moyen de travailler véritablement ensemble et
de façon efficace ; on verra que cela crée de nombreuses difficultés.

© Éditions d’Organisation 381


Gestion de production

On doit à Michaël PORTER7 le cœur du concept de supply chain et l’ana-


lyse de la chaîne de valeur qui, selon lui, est un moyen d’impliquer
l’ensemble des acteurs qui contribuent à la création de valeur aux dif-
férents stades de la mise sur le marché d’un produit, dans le but ultime
d’accroître la profitabilité des entreprises.
Cette idée doit, selon nous, être complétée par l’apport de Peter H INES8,
qui considère que la chaîne de valeur peut être analysée en partant du
produit souhaité par le client final. L’ensemble de la chaîne logistique
peut alors être remontée à rebours et le profit réalisé n’est que la résul-
tante de l’exécution optimale du processus destiné à satisfaire le client
final.
En résumé, on voit donc deux idées-force ressortir de ces deux analy-
ses complémentaires : pour créer une chaîne logistique efficace, il faut
partir du client et créer une chaîne de valeur à rebours jusqu’au pre-
mier producteur de matières.

3. Supply chain et processus


La création de la chaîne de valeur que doit constituer la supply chain
n’est possible que si l’on s’appuie sur les éléments de structuration
clés, constitutifs de celle-ci, à savoir les processus des entreprises. La
démarche ne peut être tournée que vers l’amélioration des processus
majeurs. Cela implique la prise en compte permanente du client, la dis-
parition des frontières entre fonctions, un regard transversal sur les
entreprises qui implique le personnel, les technologies et l’information.
On doit donc avoir un ensemble d’organisations centrées sur les pro-
cessus qui représentent une succession d’activités ajoutant de la valeur
au produit.

7. Michael E. PORTER, L’Avantage concurrentiel, Paris, Copyright Interéditions, 1986.


8. Peter HINES, Creating World Class Suppliers : Unlocking Mutual Competitive Advantage, 1994.

382 © Éditions d’Organisation


La supply chain

3.1 Processus et approche théorique


Pour bien comprendre où se situent les leviers d’actions d’une supply
chain, il nous paraît intéressant de revenir quelques instants sur les
notions d’activités et de processus.

Selon Philippe LORINO9 :

« Nous appellerons activité tout ce que l’on peut décrire par des ver-
bes dans la vie de l’entreprise : tourner, fraiser, assembler, négocier
un contrat, qualifier un fournisseur, monter une campagne promo-
tionnelle, préparer un budget, émettre des factures, visiter un client,
traiter des commandes… »

« Une activité est un ensemble de tâches élémentaires :


• réalisées par un individu ou un groupe d’individus,
• faisant appel à un savoir-faire spécifique,
• homogènes du point de vue de leur comportement de perfor-
mance,
• permettant de fournir un output bien précis, qu’il soit matériel
ou immatériel,
• à un ou plusieurs clients identifiables, internes ou externes,
• à partir d’un panier de ressources. »

Une activité devra donc être très étroitement liée à ce qui se passe réel-
lement dans le fonctionnement de l’organisation ; elle devra être acces-
sible à tous les acteurs quel que soit leur niveau de responsabilité, et
elle devra permettre une base de travail efficace pour analyser les cau-
ses de la performance ou de la non-performance dans l’organisation.

Elle correspond hélas à une maille trop fine de découpage de l’entre-


prise, trop éloignée des enjeux stratégiques de l’organisation et de la
supply chain ; il est donc nécessaire de regrouper les activités sous
forme de processus associés aux chaînes de valeur stratégiques des
entreprises constituant la supply chain.

9. Philippe LORINO, Méthodes et pratiques de la performance, Les Éditions d’Organisation, 2001.

© Éditions d’Organisation 383


Gestion de production

Selon ISO 9000-2000, un processus peut être défini comme un


« ensemble d’activités ». En voici la définition selon la norme ISO
9000 :
« Ensemble d’activités corrélées ou interactives qui transforment des
éléments d’entrée en éléments de sortie.
• Note 1 : les éléments d’entrée d’un processus sont générale-
ment les éléments de sortie d’un autre processus.
• Note 2 : les processus d’un organisme sont généralement pla-
nifiés et mis en œuvre dans des conditions maîtrisées afin
d’apporter une valeur ajoutée. »
On peut donc observer différents processus dans les entreprises plus
ou moins importants selon la stratégie définie au niveau de la supply
chain. Citons par exemple le processus de développement de nouveaux
produits, le processus commercial, le processus logistique, le processus
de facturation…
C’est sur les processus clés de création de valeur des organisations la
constituant que la supply chain va s’appuyer pour améliorer son fonc-
tionnement. La structuration en processus est donc essentielle à la
constitution de la supply chain. Les préconisations de la norme
ISO 9000 version 2000 sont tout à fait à l’ordre du jour au niveau des
chaînes logistiques globales.

3.2 Processus et approche pratique


Créer une supply chain va consister à rechercher, au travers des proces-
sus, les chaînes de valeur existant dans les différents maillons de la
chaîne.
On peut dans un premier temps observer les chaînes de valeur internes
de chaque organisation : cette analyse est tout à fait complémentaire
de la structuration en processus.

384 © Éditions d’Organisation


La supply chain

Figure 12.3 – La chaîne de valeur interne à l’organisation

Activités de soutien

Structure décisionnelle :
Direction générale, planification, comptabilité, finance…
Gestion des ressources humaines

Recherche et développement :
Innovation, amélioration des produits et des processus…

Achats et approvisionnements

Profit
Logistique Fabrication Logistique Marketing Services
amont aval et
commercial
Manutention, Usinage, Stockage et Installation,
Stockage assemblage, distribution Publicité, réparations,
contrôles… des produits promotion, SAV…
finis… prix,
réseau de
distribution…

Activités principales

L’analyse de la chaîne de valeur interne (cf. figure 12.3) va permettre


de savoir quels sont les dysfonctionnements et les freins à la perfor-
mance de chaque maillon de la chaîne.

Au niveau des activités principales, des problèmes existent-ils ? Par


exemple, des problèmes de ruptures de flux fréquentes au niveau de la
production, des problèmes de non-qualité jugés trop importants par les
clients… soit des problèmes classiques qui peuvent être réglés par une
démarche de type Lean Production.

Au niveau des activités de soutien, là aussi, des problèmes se posent-


ils ? Des erreurs trop fréquentes dans les facturations, des commandes
clients qui restent trop longtemps sans être communiquées…

Mais l’objectif principal de la supply chain est de ne pas en rester là et


de se préoccuper des chaînes de valeur externes.

© Éditions d’Organisation 385


Gestion de production

Figure 12.4 – La chaîne de valeur externe

Structure Structure Structure Structure


décisionnelle décisionnelle décisionnelle décisionnelle
Gestion des Gestion des Gestion des Gestion des
ressources humaines ressources humaines ressources humaines ressources humaines
Recherche Recherche Recherche Recherche
et développement et développement et développement et développement
Achats et Achats et Achats et Achats et
approvisionnements approvisionnements approvisionnements approvisionnements
t c o m m e r c ial

t c o m m e r c ial

t c o m m e r c ial

t c o m m e r c ial
S e rvic e s

S e rvic e s

S e rvic e s

S e rvic e s
F a b ri c a ti o n
L o g i s ti q u e a v al

F a b ri c a ti o n
L o g i s ti q u e a v al

F a b ri c a ti o n
L o g i s ti q u e a v al

F a b ri c a ti o n
L o g i s ti q u e a v al
L o g i s ti q u e a m o nt

L o g i s ti q u e a m o nt

L o g i s ti q u e a m o nt

L o g i s ti q u e a m o nt
Marketing e

Marketing e

Marketing e

Marketing e
Fournisseur Entreprise Distributeur Client

L’analyse de la chaîne de valeur externe ne va pas consister à regarder


chacun des éléments indépendamment les uns des autres. Cela revien-
drait en effet à généraliser ce que l’on a dit précédemment.

En effet, l’analyse de la chaîne de valeur externe va permettre de por-


ter un regard sur la chaîne logistique dans sa globalité.

Cela permettra en particulier d’identifier :

• Les activités qu’il faudra développer car elles apportent, directe-


ment ou indirectement, de la valeur au produit destiné au client
final. On peut donner l’exemple de certaines entreprises de vente
par correspondance qui se sont rapidement aperçues que le délai
était un élément clé du déclenchement de la commande. Elles
ont alors choisi de proposer des délais de plus en plus courts :
une semaine puis 48 heures, puis 24 heures, ce qui leur a imposé
de développer tout un réseau de logistique de distribution fiable
pour parvenir à respecter leurs engagements. L’une d’elles, en
particulier, déçue par les problèmes de non fiabilité rencontrés
avec son prestataire logistique, n’a pas hésité à créer son propre
système de distribution avec ses propres camions et ses propres
points de distribution.

386 © Éditions d’Organisation


La supply chain

• Les activités qu’il faudra supprimer, car effectuées en double ou


de façon redondante entre les différents maillons de la chaîne.
On peut donner l’exemple d’une entreprise importante, multi-
sites de production, qui a centralisé la prise de commandes, puis
qui envoie à chacun des sites de production les commandes les
concernant. Chaque site qui a son propre système informatique
se trouve dans l’obligation de ressaisir ses propres commandes.
Il y a donc redondance et temps perdu… Ce problème doit être
étudié de près.
• Les activités inutiles dans la satisfaction du client et qu’il faudra
supprimer. Le client est prêt à payer pour certains éléments du
produit, mais il y en a d’autres qu’il considère comme super-
flus… Il est donc inutile de perdre de l’argent à maintenir des
opérations qui n’apportent rien d’important pour le client. On
peut donner l’exemple de certains appareils électroménagers
proposant une multitude de fonctionnalités et d’utilisation très
complexe. Certains clients sont certes prêts à acheter ce type de
produits mais ce n’est pas le cas de la majorité des clients. L’ana-
lyse précise des besoins et des attentes des clients peut être
déterminante pour véritablement justifier ce qui est utile et ce
qui ne l’est pas.
• Les activités qui manquent et qu’il faudra créer. On peut donner
l’exemple des entreprises qui produisent des céréales pour le
petit déjeuner, lesquelles se sont aperçues que la consommation
des céréales pouvait être multipliée par un coefficient multiplica-
tif important en fonction des éléments gadgets trouvés par les
enfants à l’intérieur des paquets. Il s’agit d’un élément qui
n’apporte rien au produit alimentaire mais qui est déterminant
dans le déclenchement de l’achat. Il convient donc de ne pas le
négliger.

Par ailleurs, la connaissance des forces et faiblesses de chacun des


maillons de la chaîne permettra de faire évoluer les entreprises vers un
fonctionnement coopératif qui permettra :
• De supprimer certains traitements de données grâce aux EDI
(Échanges de données informatisées) ou de mettre en place cer-
taines solutions informatiques de type intranet ou Internet qui
vont accélérer considérablement la circulation des informations
et des produits. On voit apparaître aujourd’hui des systèmes où

© Éditions d’Organisation 387


Gestion de production

les maillons clients ne communiquent même plus leurs besoins


aux maillons fournisseurs. Ceux-ci disposent d’un code d’accès
Internet ou intranet qui leur permet d’aller consulter l’évolution
des stocks du maillon client et de décider (sans en informer le
maillon client) du réapprovisionnement de celui-ci en fonction
de ce qu’ils jugent en être les besoins. La communication entre
maillon client et maillon fournisseur est donc réduite au mini-
mum…

• De transférer des activités d’un maillon à l’autre en fonction des


performances de chacun ; on a pu observer de nombreux exem-
ples de ce type là lors des débuts de chaîne logistique dans
l’automobile. Les constructeurs automobiles qui avaient l’habi-
tude de concevoir une automobile dans sa globalité (c’est-à-dire
l’automobile et tous ses sous-ensembles et composants) se sont
aperçus que leurs fournisseurs de composants étaient bien plus
performants qu’eux, non seulement pour réaliser les composants
mais aussi pour les concevoir. Ils ont donc décidé d’externaliser
la conception des composants chez les fabricants de ces mêmes
composants, jugés bien plus efficaces qu’eux-mêmes. Cette
situation qui semble a priori très satisfaisante peut néanmoins
être délicate en particulier quand le fabricant de composants
fournit des composants similaires à des entreprises concurrentes
et peut donc faire bénéficier celles-ci des progrès techniques réa-
lisés en partenariat avec d’autres entreprises. Pour pallier ce type
de problèmes, certaines entreprises n’ont pas hésité à racheter
certains de leurs fournisseurs pour leur imposer de ne travailler
exclusivement que pour elles. Ces cas particuliers se sont pro-
duits quand les fournisseurs réalisaient des composants jugés
stratégiques par les entreprises clientes.

• De délocaliser une partie des activités d’une entreprise. Cela peut


être le fournisseur qui crée un stock à proximité de son client, ou
le client qui crée une structure logistique délocalisée, permettant
de réaliser des regroupements de plusieurs fournisseurs d’une
même région.

On observe sur ces deux derniers exemples que les choix de décisions
pris dans le cadre d’une réorganisation autour de la supply chain ne
sont pas neutres en termes de conséquences et qu’il est très important
de bien en mesurer les enjeux.

388 © Éditions d’Organisation


La supply chain

4. Le fonctionnement de la supply chain


Pour réaliser une supply chain efficace, il est important d’adopter une
démarche progressive qui prendra en considération de nombreux élé-
ments que nous allons développer maintenant.

4.1 Le point de départ de la supply chain :


le client final

Nous avons choisi de retenir l’idée de Peter HINES et de faire démarrer


la chaîne logistique globale au niveau du client final. Le client final,
c’est lui qui garantit l’existence même du produit, son prix et ses volu-
mes.

C’est grâce à l’analyse précise des besoins et des attentes du client


final que l’on pourra avoir, au niveau de la chaîne, une stratégie
valeur-coût permettant de définir les cycles de développement des pro-
duits et les cycles d’exploitation de ceux-ci, ainsi que tous les éléments
de rentabilité probables ou possibles. Pour répondre à cette exigence, il
est nécessaire de travailler en ingénierie simultanée au niveau de la
chaîne globale pour développer les nouveaux produits. Cela consiste à
utiliser les compétences de chacun des maillons de la chaîne pour tra-
vailler en étroite collaboration au niveau des réunions de conception
des produits où chacun va amener son savoir-faire sur les composants
du produit, les sous-ensembles, les aspects logistique, qualité…

C’est grâce à une bonne gestion de la relation client que l’on pourra le
fidéliser et permettre une augmentation des ventes bénéfique à tous les
maillons de la chaîne.

Le client final est somme toute le déclencheur de tous les enjeux de la


supply chain. Il n’est donc pas étonnant de voir les entreprises dépen-
ser des sommes considérables dans les études de marché, de satisfac-
tion clients… dans les démarches publicitaires de séduction du client…
Ce n’est pas de l’argent perdu !

© Éditions d’Organisation 389


Gestion de production

4.2 La planification et la programmation


dans la supply chain
Une bonne gestion de la supply chain n’est pas concevable sans plani-
fication globale liant l’ensemble des éléments qui la constituent. Une
planification globale, cela signifie : réfléchir sur le long terme, le
moyen terme et le court terme.

La réflexion long terme impose d’envisager toutes les évolutions possi-


bles ou probables des familles de produits qui seront réalisées, tous les
investissements de production de grande envergure nécessaires pour
faire face à ses évolutions, ainsi que tous les investissements
logistiques : combien de plates-formes de distribution, situées où ?
quels modes de transports choisir ou pérenniser ? Quels investisse-
ments effectuer au niveau des systèmes d’information ? Mais nous y
reviendrons.

La réflexion long terme impose aussi de revoir périodiquement les


choix effectués. En effet, les conséquences d’erreurs concernent la
globalité des éléments de la supply chain et peuvent donc être
dramatiques…

La réflexion long terme impose que les différentes personnes consti-


tuant les maillons de la chaîne s’engagent véritablement à respecter les
choix décidés : il en va de l’existence même de la supply chain.

La réflexion long terme doit être relayée par la réflexion moyen terme
qui va assurer le pilotage des flux pour une meilleure satisfaction des
clients. La chaîne logistique globale se doit donc de mettre en place :

• Une gestion centralisée des achats, ce qui est source de gains


importants : négociations pratiquées sur des volumes qui per-
mettent des négociations de prix loin d’être négligeables. Mais
cette mise en place n’est pas simple surtout quand la chaîne est
multinationale. En effet, les achats effectués dans certains pays
ne correspondent pas forcément aux exigences légales exprimées
dans d’autres, ils peuvent être sources de coûts logistiques
importants, mais aussi sources de coûts liés aux différentiels des
taux de change pratiqués à certaines périodes… Il ne faut donc
pas imaginer que la globalisation des achats va être aisée !

390 © Éditions d’Organisation


La supply chain

• Une nouvelle gestion des approvisionnements qui se traduit par


plusieurs innovations comme :
– la massification des flux de produits, en amont vis-à-vis des
fournisseurs, en aval vis-à-vis des distributeurs ;
– l’enlèvement des produits chez les fournisseurs ;
– le regroupement des approvisionnements par métier ou par
filière, qui consiste à regrouper les approvisionnements des
fournisseurs vers leurs entrepôts ainsi que les livraisons de
leurs entrepôts vers les points de vente. Cette logique répond
à un objectif d’abaissement des seuils de revente à perte.

• Une nouvelle gestion des stocks pour surmonter les problèmes


relatifs à la gestion des stocks. Les entreprises constituant les
différents maillons de la supply chain acquièrent des logiciels
SCE – Supply Chain Execution – qui vont piloter les flux de pro-
duits à partir de la gestion des stocks. Ces SCE commencent par
définir les caractéristiques des clients (modalités de réception
des commandes, système de facturation, types de conditionne-
ments et de livraisons) pour pouvoir mettre en place des
réapprovisionnements automatiques, comportant des modules
de gestion des entrepôts (optimisation des préparations et des
livraisons) et de transports (optimisation des chargements et des
tournées). Les SCE répondent à des situations en flux tirés et
sont tournées vers le service aux clients en recourant aux EDI ou
Internet pour la transmission des commandes. Ces SCE modi-
fient complètement les procédures d’approvisionnements et de
gestion des stocks.

Les réflexions long terme et moyen terme doivent préparer le terrain


pour que le pilotage des flux sur le court terme puisse avoir lieu sans
trop de problèmes. La réaction au niveau du court terme est quasi
impossible. Il est souvent trop tard pour pouvoir réagir efficacement.
Les ajustements ne peuvent être que partiels (utilisations de tra-
vailleurs intérimaires, gammes de remplacements, séquencements
d’opérations, appel à des modes de transports très coûteux : taxis, avi-
ons…). On ne peut en aucun cas imaginer reporter les problèmes ren-
contrés à un instant donné sur le maillon suivant de la chaîne, et ainsi
de suite jusqu’au… client, car c’est bien ce qui risque de se produire !

© Éditions d’Organisation 391


Gestion de production

4.3 Supply chain


et mutation des systèmes d’information

La planification, la programmation et l’exécution au niveau d’une


chaîne logistique globale ne peuvent aujourd’hui fonctionner que
grâce aux mutations informatiques qui ont eu lieu au cours de ces cinq
à dix dernières années. En effet, comme nous l’avons déjà précisé, la
création des supply chains est génératrice de complexité, et cette com-
plexité, il faut trouver des logiciels ayant la capacité de la gérer ! Cela
n’a été possible que grâce au développement des matériels informati-
ques et des logiciels.

Dans un premier temps, les éditeurs ont proposé des progiciels chargés
de gérer la production, les Manufacturing Execution Systems (MES).

Les éditeurs ont ensuite conçu des progiciels capables de gérer les opé-
rations de logistique de distribution. Ce sont les Supply Chain Execu-
tion (SCE) qui regroupent la gestion et le suivi des opérations
logistiques, ainsi que la gestion des commandes.

Puis, pour créer une courroie de transmission des informations entre


les SCE (niveau opérationnel) et la planification (niveau stratégique),
on a vu apparaître les Enterprise Resources Planning (ERP) qui permet-
tent de réactualiser le suivi et la conduite des stratégies.

Afin d’introduire le temps réel dans la planification, les entreprises


recourent aux Advanced Planning Systems (APS) qui sont finalement
les logiciels qui correspondent le mieux aux besoins des supply chain
parce qu’ils sont capables de connecter en temps réel l’opérationnel et
la planification.

Enfin, pour relier la gestion des clients d’un point de vue marketing
aux bases de données ERP ou APS, on dispose des Customer Rela-
tionship Management (CRM).

Pour plus de précisions et de détails sur ces différents types de logi-


ciels, on peut se reporter fort utilement au chapitre 13.

392 © Éditions d’Organisation


La supply chain

4.4 Supply chain et informations de gestion


La plupart des informations utiles à l’analyse de la chaîne de valeur de
la chaîne logistique globale sont issues du contrôle de gestion.

Il s’agit d’informations tant de performance où le coût est rapporté à


un résultat obtenu, que d’efficacité où le coût est rapporté au temps
nécessaire à l’obtention du résultat, mais aussi d’efficience où les indi-
cateurs d’efficacité sont séparés entre eux…

Pour obtenir les informations utiles à la supply chain, plusieurs métho-


des peuvent être utilisées. Ces méthodes sont basées sur la nécessaire
structuration en processus et la logique d’identification des chaînes de
valeur.

La première méthode qu’il convient d’évoquer est le Target Costing,


méthode japonaise qui a pour objectif de préciser la conception des
produits nouveaux à développer tout en assurant la rentabilité future
de la supply chain. Cette méthode détermine à partir du prix de vente
marché et de la marge souhaitée par l’entreprise le coût de revient
cible, coût de revient maximal imposé pour réaliser le produit (ce coût
incluant tous les éléments traditionnels de calcul de coût y compris les
coûts de développement produit). Si l’on constate que le coût estimé
prévisionnel du produit n’entre pas dans l’enveloppe définie par le
coût de revient cible, on ne va pas aller plus loin, on ne va pas déve-
lopper le produit (sauf pour des raisons stratégiques, d’analyse en por-
tefeuille de produits).

La deuxième méthode que l’on peut évoquer est la méthode Activity


Based Costing – Activity Based Management (ABC-ABM) ou gestion
par activités. Cette méthode qui provient des États-Unis commence
véritablement à se développer. Elle consiste à :

1. identifier pour chaque dépense son origine, sa nature, et l’acti-


vité concernée ;

2. utiliser l’activité pour rechercher les causes de non-


performance ;

3. allouer la dépense aux produits correspondants.

© Éditions d’Organisation 393


Gestion de production

Elle va permettre de fournir des informations chiffrées à la démarche


de progrès continu pour obtenir des coûts de revient fiables pour l’ana-
lyse stratégique.

On peut aussi parler de la pratique très répandue dans les entreprises


et très complémentaire à l’utilisation d’une gestion par activités des
indicateurs de performance. Cette méthode consiste à utiliser aussi
bien au niveau stratégique qu’au niveau tactique et opérationnel une
chaîne d’indicateurs physiques ou financiers créés à partir du déploie-
ment des objectifs de la stratégie de la supply chain à chaque niveau de
celle-ci. Indissociables des plans d’actions d’amélioration, ces indica-
teurs sont là pour mesurer et orienter les décisions. Pour plus d’infor-
mations, le lecteur pourra se rapporter au chapitre 11 de cet ouvrage.

Enfin, il faut évoquer pour terminer la méthode qui semble la plus


intéressante au niveau de la réflexion supply chain. Il s’agit du Balance
Scorecard. Cette méthode cherche à mesurer les performances qui ser-
vent les stratégies de la supply chain. Pour ce faire, le Balance Score-
card a choisi quatre axes pour calculer le score d’une entreprise. Le
score, c’est la valeur numérique de synthèse qui représente, dans une
unité cohérente, la synthèse du degré de réussite de la supply chain.

Figure 12.5 – Les axes du Balance Scorecard

Client

Processus Finances

Croissance

394 © Éditions d’Organisation


La supply chain

Voici les quatre axes retenus :

1. L’axe financier comportant une estimation de l’évolution du chif-


fre d’affaires, une évaluation du taux de rotation des actifs, une
appréciation sur les gains de productivité… C’est l’axe le plus
regardé pour aider l’entreprise dans son développement futur.

2. L’axe client déterminant le positionnement de la supply chain sur


son marché au moyen du taux de service client-livraison, l’évolu-
tion des parts de marché… Cet axe permet de savoir l’image que
la supply chain projette sur son marché, en d’autres termes, quel
est son avenir.

3. L’axe processus interne évaluant le degré de réactivité de la sup-


ply chain, c’est-à-dire sa capacité à faire face à l’évolution des
besoins des clients finaux et donc sa capacité à proposer de nou-
veaux produits, à mettre en place de nouveaux processus. Cet
axe est la condition nécessaire pour réussir l’amélioration des
processus et obtenir la maîtrise des procédés.

4. L’axe croissance et savoir faisant référence à la capacité de la


supply chain à maîtriser son savoir pour progresser.

Ces quatre axes doivent être non pas additionnés mais corrélés pour
mesurer les impacts respectifs de chacune des performances en
matière de rentabilité et de niveau de service client. C’est la corrélation
des quatre axes qui va permettre de fixer le score à atteindre pour que
la supply chain soit performante.

5. Les conséquences
de ce mode de fonctionnement
Les entreprises qui vont s’intégrer dans une approche logistique glo-
bale vont chercher à identifier leurs activités clés, c’est-à-dire celles qui
sont à l’origine de la création de valeur pour le client ; les autres activi-
tés viendront en support de ces activités valorisantes. Cela va se tra-
duire souvent par l’externalisation de certaines activités auprès
d’autres maillons de la chaîne. Ce n’est donc pas par hasard si l’on

© Éditions d’Organisation 395


Gestion de production

assiste aujourd’hui à une vague d’externalisation sans précédent, sup-


posant toutefois une bonne synchronisation des différents acteurs, de
leurs actions et de leur système d’information.

La chaîne logistique globale intègre l’ensemble des processus


nécessaires pour obtenir et livrer les produits du fournisseur initial au
client final. Elle impose donc une planification globale liant tous les
acteurs sans exception. Cette planification globale se doit d’être relayée
par un travail aussi bien au niveau stratégique que tactique et opéra-
tionnel. Le but étant que chacun des maillons de la chaîne identifie ses
problèmes et les résolve pour empêcher leur diffusion chez les autres.

Par exemple, un gros fournisseur de tôles d’acier pour l’automobile


propose à ses clients de prendre directement à sa charge l’approvision-
nement en acier. Une capacité de l’unité de production est réservée au
constructeur à partir d’engagements respectifs. Virtuellement, le cons-
tructeur automobile dispose donc d’un outil de production chez son
fournisseur. L’appel est tiré par la demande et les conditions de prix
sont fonction du respect des engagements. Le package inclut éga-
lement un service de dépannage et la mise à disposition de stocks
éventuels sous certaines conditions. Dans ce projet supply chain, le
souci pour le fournisseur d’acier est clairement de maîtriser la chaîne
logistique jusqu’à la machine du client et d’associer un service à ses
produits permettant d’augmenter la création de valeur. L’intérêt pour le
client est la garantie d’un approvisionnement sans heurt et à coût
minimal (sous réserve qu’il respecte ses engagements) de ses lignes de
production en se déchargeant des activités d’approvisionnement qui ne
font pas partie du cœur de son métier.

5.1 La virtualisation des entreprises


Dans le contexte de la chaîne logistique globale, les différentes entre-
prises maillons sont amenées à collaborer étroitement les unes avec les
autres. Ce contexte se traduit par la création d’entreprises virtuelles.
En effet, les entreprises maillons combinent leurs forces pour atteindre
un objectif commun. Mais une fois cet objectif atteint, l’entreprise vir-
tuelle que constitue la supply chain disparaît le plus souvent pour
refaire place aux organisations qui la composaient.

396 © Éditions d’Organisation


La supply chain

Cela ressemble beaucoup aux entreprises qui se structurent par projet,


où chaque fonction concernée contribue à l’apport de valeur dans le
but de mener le projet à son terme. Quand le projet est terminé, cha-
que fonction aura d’autres missions et en particulier pourra participer
à un autre projet.

Au niveau de la supply chain, c’est la même logique : une entreprise


pourra être l’un des maillons d’une chaîne logistique, puis retrouver
son « indépendance » et participer à une autre chaîne, et ainsi de
suite…

5.2 Les obstacles rencontrés


Comme nous l’avons précisé au début de ce chapitre, le premier objec-
tif visé lors de la création d’une supply chain est l’optimisation des
résultats de la chaîne, ce qui ne se traduit pas forcément par l’optimi-
sation des résultats pour chacun des maillons de la chaîne et qui ne va
pas sans poser de problème.

5.2.1 Les clivages internes


Il est souvent très difficile de faire comprendre aux différents maillons
de la chaîne qu’il est nécessaire de partager les pouvoirs, les profits et
l’information, et ce, que les entreprises appartiennent au même groupe
ou pas. Le fait d’être dépossédé du pouvoir que l’on avait depuis de
nombreuses années au profit d’une entreprise parfois plus petite que
soi, au niveau de laquelle on agissait en donneur d’ordre, est quasi
impossible à faire passer. Et la notion d’augmentation du profit global
n’y change rien… Elle ne signifie rien pour les entreprises concernées.

5.2.2 Les clivages externes


Les entreprises ont l’habitude de travailler pour elles-mêmes. Elles ont
toujours fonctionné comme cela. L’intégration dans une chaîne globale
doit les amener à faire évoluer la relation client/fournisseur. En géné-
ral, on se heurte à un refus systématique d’aller dans ce sens, car les
entreprises ont peur d’être perdantes dans la nouvelle relation.

© Éditions d’Organisation 397


Gestion de production

5.2.3 La prédominance de l’opérationnel


Les entreprises ont toujours tendance à privilégier les recherches
d’améliorations locales, rapides, sans préoccupation de l’augmentation
de valeur globale de la chaîne.

5.2.4 L’absence d’un véritable système de mesure


Malgré la pertinence de l’utilisation de la méthode Activity Based
Costing – Activity Based Management ou du Balance Scorecard, il n’y
a pas de vrai système de mesure qui permette d’évaluer précisément la
contribution respective des différents éléments de la chaîne logistique
dans l’optique du service au client final.

5.2.5 La peur d’un changement radical de l’organisation


La supply chain se traduit bien évidemment par des transformations
profondes au niveau de chaque maillon. Certains maillons ont le senti-
ment d’être perdants dans la nouvelle organisation globale, ce qui rend
les entreprises très circonspectes par rapport à ce type de révolution.
D’une manière générale, les entreprises ne souhaitent pas y aller !

6. Conclusion
Un projet de chaîne logistique globale est finalement un projet multi-
fonctions et multi-entreprises qui met en évidence la nécessité de
mutualiser un certain nombre de responsabilités. Cela se traduit donc
presque automatiquement par une redistribution des rôles et des pou-
voirs qui est fortement perturbante pour l’organisation, compte tenu
des réactions qu’elle engendre.
Les expériences de supply chain réussies sont encore très rares à obser-
ver. Mais nombreux sont les groupes d’entreprises qui ont la volonté
d’y parvenir. Les années à venir nous éclaireront mieux sur les capaci-
tés de certaines à se transformer profondément.
On peut tout de même observer aujourd’hui que la supply chain est
plus facile à mettre en œuvre pour les entreprises appartenant à des
chaînes logistiques courtes, du type : producteur-distributeur-client.

398 © Éditions d’Organisation


La supply chain

Elle est aussi plus facile à réaliser quand toutes les entreprises consti-
tuant la chaîne appartiennent au même groupe : il y a alors une
volonté réelle d’avancer dans le même sens pour le bien du groupe
dans sa globalité.
En revanche, quand la chaîne logistique est longue et qu’en plus, les
différents maillons de la chaîne appartiennent à des groupes différents,
de surcroît des groupes importants, la création de la supply chain bute
alors sur de nombreuses difficultés et, en particulier, les entreprises
constituantes ont beaucoup de mal à accepter de perdre une partie de
leurs pouvoirs. Il suffit d’observer ce qui se passe aujourd’hui dans le
monde de l’automobile où s’affrontent des groupes importants sur une
même chaîne logistique comme Arcelor, Renault, Valéo, Bosch… Les
améliorations supply chain restent dans ce type de situation limitées à
des expériences de mini-supply chains, parties de la chaîne complète…

© Éditions d’Organisation 399


Chapitre 13

Gestion de production
et système d’information

1. L’évolution de l’offre logicielle

1.1 Introduction
La gestion de production manipule un nombre très important de don-
nées. Elle est donc par nature intimement liée au système d’informa-
tion de l’entreprise et à l’offre logicielle présente sur le marché qui a
considérablement évoluée ces dernières années. En effet, alors que très
longtemps elle a été concentrée autour de la GPAO (Gestion de produc-
tion assistée par ordinateur) et des logiciels d’ordonnancement et de
suivi de production, on a vu apparaître de nombreux sigles nouveaux
(ERP, SCM, APS, MES…) que nous allons définir dans ce chapitre.
Cette évolution correspond à la fois à une évolution des fonctions de
bases intégrées dans les logiciels de GPAO, mais également à une inté-
gration de fonctionnalités connexes qui a considérablement modifié la

401
Gestion de production

portée de la gestion industrielle. Cette intégration s’est réalisée sous


forme verticale (depuis la gestion du poste de travail jusqu’aux planifi-
cations stratégiques), mais aussi horizontale par la prise en compte des
contraintes multi-sites et des relations clients-fournisseurs. Cette inté-
gration horizontale prend un essor vital pour l’entreprise avec le déve-
loppement de l’e-commerce qui demande un raccourcissement
extrême des délais entre la commande du client et le début de la
chaîne logistique.

Dans ce chapitre, nous allons utiliser de nombreux acronymes. Afin de


simplifier la lecture de tous ceux qui ne sont pas habitués à ces appel-
lations, nous regroupons ci-après les principales abréviations utilisées :

APS : Advanced Planning and Scheduling

CRM : Customer Relationship Management

EAI : Enterprise Application Integration

ERP : Enterprise Resources Planning

GPAO : Gestion de production assistée par ordinateur

MES : Manufacturing Execution System

PDP : Programme directeur de production

PIC : Plan industriel et commercial

PGI : Progiciel de gestion intégré

SCM : Supply Chain Management

SGDT : Systèmes de gestion des données techniques

1.2 Rôle et limites de l’informatique


L’ordinateur a trois fonctions essentielles. Il permet :
• d’effectuer des calculs rapidement et sans erreur. Même s’il
s’agit de calculs simples (additions, multiplications...), leur nom-
bre très important fait qu’il n’est pas possible de les effectuer
sans le concours d’un ordinateur ;

402 © Éditions d’Organisation


Gestion de production et système d’information

• de stocker de nombreuses données d’une manière fiable et pra-


tique à condition simplement d’organiser la base de données et
d’effectuer les sauvegardes périodiques. Nous savons, notam-
ment, qu’en matière de données techniques, l’entreprise a un
nombre considérable de valeurs à stocker ;
• de gérer la circulation des informations, notamment par l’inter-
médiaire de réseaux (réseau interne, intranet, Internet).
L’ordinateur est donc un outil précieux au service, entre autres, de la
gestion industrielle. Mais il faut bien avoir à l’esprit qu’il exige une
rigueur sans faille. L’informatisation ne résout pas les problèmes
existants : il faut mettre en évidence les dysfonctionnements et les cor-
riger avant d’informatiser. En effet, rien n’est plus flexible que l’être
humain et informatiser les dysfonctionnements est catastrophique.
On voit bien que la mise en place ou la réorganisation de la gestion
industrielle d’une entreprise implique une démarche complète de pro-
jet et ne peut être réduite à la simple mise en place d’un progiciel.

1.3 Domaines d’application en gestion industrielle


Au sein de l’entreprise, l’informatique intervient essentiellement dans :
• la gestion des matières, c’est-à-dire l’approvisionnement, la ges-
tion des divers stocks et en-cours, la distribution vers les clients
internes (autres unités de la même entreprise) ou clients
extérieurs ;
• la gestion des moyens de production, notamment les machines
et la main-d’œuvre pour lesquelles il faut adapter charges et
capacités ;
• la gestion administrative de la production, en établissant une
planification puis un pilotage de l’exécution mais aussi en rensei-
gnant les autres fonctions de l’entreprise (comptabilité, finances,
service des Méthodes, bureau d’études...).

1.4 Retour sur l’offre traditionnelle


L’apport des progiciels est naturellement très différent selon les
concepts de gestion de production employés dans l’entreprise.

© Éditions d’Organisation 403


Gestion de production

Une entreprise fabriquant des produits structurés à partir de compo-


sants parfois communs ou à partir de sous-ensembles standard planifie
sa production dans un contexte MRP2.

Dans les entreprises fabriquant des produits complexes, unitaires et à


cycle de production long, il s’agit de gestion de projet. Le progiciel doit
alors gérer les tâches en s’attachant au respect des délais. Il est éven-
tuellement possible de suivre les coûts (chapitre 4). Le progiciel per-
met également de coordonner plusieurs projets et de gérer notamment
les ressources communes.

Les travaux de systémique ont conduit à décomposer le fonctionne-


ment de la gestion industrielle en sous-systèmes : le système physique,
le système d’information et le système de décision. Le premier recou-
vre les ressources de l’entreprise qui permettent de procéder à la fabri-
cation, le second est le support des informations circulant autour des
produits et des ressources alors que le troisième fera des choix et
décidera.

Comme cela a été vu précédemment et décrit au travers de la logique


de MRP2, les systèmes d’information et de décision ont été découpés
selon une hiérarchie à trois niveaux : le long terme correspondant au
Plan industriel et commercial (PIC), le moyen terme avec le Pro-
gramme directeur de production (PDP) et le court terme au niveau de
l’atelier (ordonnancement, suivi d’atelier). On peut y ajouter un
niveau de très court terme pour le contrôle de commande. Cela corres-
pond à des horizons de plus en plus courts (années, mois, semaines ou
jours…) et un découpage en périodes de plus en plus fines (mois,
semaines, jours, heures…).

Les logiciels traditionnels correspondent à cette hiérarchie :

La GPAO couvre essentiellement les niveaux programmes directeurs de


production, calculs des besoins nets avec les calculs de charge associés
(elle intègre les fonctions associées de gestion des données techniques
produits et ressources, gestion des stocks…). Les logiciels reprennent
alors les diverses fonctions décrites au chapitre 7. On peut les résumer
en citant :
• les prévisions de la demande normalement réalisées par le ser-
vice Commercial (chapitre 3) ;

404 © Éditions d’Organisation


Gestion de production et système d’information

• la planification par familles de produits (plan industriel et


commercial), très simple, et qui est donc souvent réalisée avec
l’aide d’un tableur ;
• la planification des produits finis ou modules standards (pro-
gramme directeur de production) et le calcul des charges
globales ;
• le calcul des besoins en composants et matières premières
conduisant à une proposition des ordres de fabrication et
d’approvisionnement et le calcul des charges détaillées ;
• la gestion d’atelier comportant l’ordonnancement, les listes de
priorités puis le lancement et le suivi d’exécution ;
• les coûts de revient prévisionnels ou réels...
Les logiciels d’ordonnancement organisent le court terme dans l’ate-
lier en positionnant les travaux en fonction des ressources en hommes
et en machines. Certains progiciels incorporent des modules juste-à-
temps afin de faire le lien entre la planification de type MRP2 et un
fonctionnement des ateliers en JAT. Il peut notamment y avoir une édi-
tion de Kanban sur des produits qui tireront la production des postes
amonts.
Les logiciels de suivi servent d’interface entre le système physique et
le système d’information et alimentent ce dernier.
On constatait donc une adéquation de l’offre logicielle traditionnelle au
découpage du temps proposé dans les chapitres précédents.
Outre ces logiciels de planification et de pilotage de la production, on
peut également noter les outils de simulation de flux. Ils permettent de
créer un modèle pour simuler des flux physiques ou d’information. Ils
ne sont pas encore très répandus dans les entreprises en raison de leur
coût et de leur difficulté d’utilisation et d’interprétation. Cela est vrai
en particulier pour les petites entreprises qui ne les utiliseraient que de
temps à autre. Or ces outils sont d’un intérêt considérable, car ils per-
mettent de résoudre assez rapidement des problèmes complexes et sur-
tout d’obtenir les résultats sans essais réels.
Dans la fonction Gestion de la production, la simulation est intégrée à
la fois à la démarche de conception et à la conduite du processus. Elle
a en effet deux objectifs essentiels :

© Éditions d’Organisation 405


Gestion de production

• aider à la conception et à l’implantation des ateliers, c’est-à-dire


à la définition du système projeté et à l’évaluation de son
comportement (méthode complémentaire à celles vues au
chapitre 2) ;

• aider à la conduite du processus de production, c’est-à-dire au


choix parmi diverses solutions, à l’évaluation du carnet de
commandes, à l’étude de fonctionnements dégradés par les
aléas, à la planification des maintenances...

Les méthodes employées sont fondées sur la gestion de files d’attentes,


sur des modèles graphiques (GRAFCET, réseaux de PETRI), et mainte-
nant sur les approches objets introduites en informatique. La tendance
est à réaliser des outils conviviaux et simples à utiliser, tout en conser-
vant puissance et utilisation générale à un coût abordable, notamment
par les petites entreprises.

1.5 L’évolution par l’intégration

Une grande tendance s’est développée et a conduit aux logiciels arrivés


sur le marché à la fin du siècle dernier : c’est la notion d’intégration.
En effet, l’entreprise qui informatisait ses fonctions se retrouvait avec
des logiciels indépendants les uns des autres. Ceux-ci ne pouvant pas
échanger entre eux, il s’ensuivait une saisie multiple des mêmes don-
nées avec évidemment des risques d’erreurs et même de
contradictions ! Au-delà d’un échange par interfaçage, c’est-à-dire par
des fichiers communs, l’idée la plus rationnelle a paru de construire un
ensemble de logiciels autour d’une base de données commune. Il en
résulte une intégration des fonctions de l’entreprise (processus trans-
versaux). En outre, on comprend toute la démarche commencée par
les grands groupes visant à unifier les méthodes de travail entre diffé-
rents sites et à obtenir aisément l’ensemble des données de toutes
natures (et notamment financières) des divers sites. Au-delà, le même
principe d’intégration appliqué à l’environnement d’une entreprise
(fournisseurs et clients) conduit au processus tranversal inter-entrepri-
ses de chaîne logistique.

406 © Éditions d’Organisation


Gestion de production et système d’information

Nous verrons que, en suivant cette idée, les nouveaux logiciels corres-
pondent soit à une filiation des logiciels existant auparavant, soit à une
approche différente mais qui s’inscrit dans le même esprit de globalisa-
tion et de transversalisation.

2. Les ERP (Enterprise Resources Planning)

2.1 Définition
Un ERP ou progiciel de gestion intégré (PGI) est destiné à la gestion
globale des différents flux de l’entreprise aux niveaux stratégique, tac-
tique et opérationnel. Il met en commun, pour les diverses entités et
fonctions, l’ensemble des données nécessaires à cette gestion dans une
base de données unique.
Nous reprendrons les définitions complémentaires données par deux
organismes réputés compétents en la matière : le CXP, organisme fran-
çais (Conseil sur les systèmes d’information à base de progiciels,
[Link]), et l’APICS, association américaine (American Production
Inventory Control Society, [Link]) de notoriété internationale.
Nous les compléterons par le standard extrait du marché.
Pour le CXP, un progiciel de gestion d’entreprise est dit intégré s’il véri-
fie l’ensemble des conditions suivantes : s’il émane d’un fournisseur
unique, garantit l’unicité de l’information, assure une mise à jour en
temps réel des données et fournit les éléments d’une traçabilité totale
des opérations.
L’APICS considère qu’un ERP est un système d’information orienté
comptabilité permettant de gérer toutes les ressources nécessaires pour
satisfaire le besoin du client. Il correspond à une extension des systè-
mes MRP2 comportant les technologies suivantes : base de données
relationnelle, architecture client-serveur, interface homme-machine
unifiée et commune, système ouvert…
Ces définitions ne donnent pas de précision sur les aspects fonction-
nels mais la concentration du marché sur quelques éditeurs permet
d’identifier clairement cinq domaines de compétence :

© Éditions d’Organisation 407


Gestion de production

• gestion de la production ;

• gestion des stocks, des approvisionnements et des achats ;

• gestion commerciale ;

• gestion des ressources humaines ;

• gestion comptable et financière.

2.2 Fonctionnalités et modularité


Les cinq domaines qui viennent d’être décrits, assez généraux, se
décomposent en sous-groupes qui correspondent à peu près au
découpage modulaire des logiciels proposés :

• La gestion financière a pour objectif de maîtriser la situation


financière de l’entreprise. Elle gère les livres comptables, les
comptes des clients et des fournisseurs, les immobilisations. Elle
permet également de consolider les états financiers des diverses
filiales.

• Le contrôle de gestion permet d’analyser à l’aide de tableaux de


bords la rentabilité de l’entreprise sous divers angles (par pro-
duits, par processus, par types d’activité…).

• La gestion de projet planifie et contrôle les étapes d’un projet et


la disponibilité des ressources nécessaires à sa réalisation.

• L’administration des ventes gère les différentes activités commer-


ciales envers les clients, dont les supports de vente, la factura-
tion, la gestion des expéditions.

• La gestion des ressources humaines met à disposition les outils


permettant de gérer le personnel. Au-delà de la gestion des salai-
res et des activités corollaires, elle gère le recrutement, les absen-
ces et congés du personnel et, surtout, de plus en plus, les
compétences des personnes.

• La gestion de la qualité assure l’enregistrement et la traçabilité


des informations relatives à l’élaboration des produits.

408 © Éditions d’Organisation


Gestion de production et système d’information

• La gestion de la production supporte évidemment la planification


et l’exécution de la production sur les différents horizons comme
nous avons pu le voir (PIC, PDP, CBN, gestion d’atelier), et elle
gère les données techniques associées comme dans les progiciels
de GPAO.
• La gestion des achats gère le processus d’achat auprès des four-
nisseurs avec notamment leur évolution et le contrôle de la fac-
turation.
• La gestion des approvisionnements et des stocks planifie les
besoins en matières et composants achetés en optimisant
niveaux des stocks et des emplacements.
Ces diverses catégories se retrouvent dans les différentes offres du mar-
ché. Elles constituent le noyau du système d’information et servira aux
différents acteurs de l’entreprise. L’adaptation à l’entreprise de ces pro-
giciels est réalisée par un paramétrage important qui nécessite un
effort considérable de structuration de l’entreprise pour « faire coller »
son mode de fonctionnement aux possibilités du progiciel.

2.3 Nature de l’intégration


La nature de l’intégration peut être plus ou moins profonde, allant de
l’interfaçage d’applications existantes, à la base de données unique,
servant à tous les modules.

Figure 13.1 – Différentes approches de l’intégration

GPAO GPAO
GPAO
Finances Ordonan Finances Ordonan
Finances
Ordonnancement EAI
RH
RH Qualité RH Qualité
Qualité
… …

Points à points ERP EAI


a b c

© Éditions d’Organisation 409


Gestion de production

L’interfaçage d’applications existantes est une connexion de type point


à point (figure 13.1a) qui a engendré, par le passé, beaucoup de tra-
vail pour les Sociétés de services informatiques (SSII) puisqu’il faut
N(N–1)/2 interfaces pour connecter N modules. Il s’agit donc d’une
approche lourde, coûteuse et peu pérenne (en cas d’évolution des
logiciels). En revanche, elle présente l’avantage d’utiliser les logiciels
de chaque fonctionnalité.

Comme nous l’avons vu, les éditeurs d’ERP ont opté pour le dévelop-
pement de gros logiciels couvrant l’ensemble des fonctions permettant
de gérer l’entreprise (figure 13.1b). La plupart du temps, ils sont partis
d’un noyau dur relatif à une application particulière (la production, la
finance…) et ont gonflé leur offre par développement d’applications
supplémentaires ou par intégration d’applications existantes. On
s’attend à ce que l’unicité de l’information soit assurée par une base de
données unique, commune aux divers modules. Ce n’est pas toujours
le cas mais l’utilisateur ne le voit pas a priori. Dans ce contexte, le rôle
des SSII a évolué vers le déploiement de l’ERP qui nécessite une
réorganisation en profondeur de l’entreprise, de ses données, puis un
paramétrage du progiciel devant s’adapter aux spécificités de l’entre-
prise. La SSII assurera en outre un certain nombre de développements
adaptés au fonctionnement spécifique de l’entreprise.

Une troisième solution, séduisante mais encore peu utilisée en pratique


à ce jour, est constituée par les EAI (Enterprise Application Integration)
qui permettent d’interfacer les diverses applications de gestion infor-
matique de l’entreprise existantes (figure 13.1c). Cet interfaçage stan-
dard est constitué d’un moteur d’intégration (Message Broker) qui
permet aux applications de communiquer entre elles grâce à une
couche basse de transport de données (Middleware). Ces solutions
cherchent à se positionner en tant que solution de substitution aux
ERP, mais aussi comme un complément. C’est sans doute d’ailleurs en
tant que complément que l’avenir des EAI est le plus ouvert.

En effet, quel que soit l’ERP, il existera toujours dans un coin ou dans
un autre un logiciel traitant un point particulier du métier de l’entre-
prise qui aura besoin de communiquer. Dans ce cas, se reposera le pro-
blème de la connexion point à point des logiciels.

410 © Éditions d’Organisation


Gestion de production et système d’information

En ce qui concerne leur structure, les EAI les plus performants sont
organisés pour matérialiser, dans le système d’information, les proces-
sus de l’entreprise. Ainsi, en figure 13.2, on a représenté le processus
de revue de contrat existant dans le référentiel ISO 9000 de l’entreprise
matérialisé dans l’EAI. Bien que l’entreprise soit équipée d’un ERP très
sophistiqué, on constate néanmoins qu’il reste un certain nombre de
connexions nécessaires entre des applications très différentes :

• On doit récupérer les données techniques et administratives de la


commande directement du fournisseur.

• Le calcul de devis étant très spécifique, il a été développé en


solution locale sur un tableur.

• La vérification de la capacité pour accepter le délai nécessite un


dialogue avec l’ERP.

• L’acceptation doit être transmise au fournisseur.

• Tout au long du processus, les différents acteurs doivent être


informés de l’avancement de la procédure et parfois donner leur
accord. Cela nécessite une connexion avec la messagerie interne
de l’entreprise.

Une application EAI performante doit être capable de décrire les procé-
dures de l’entreprise et de définir les connexions nécessaires entre les
différents systèmes. Elle doit bien entendu fournir les outils capables
de configurer toutes ces connexions depuis ou vers les différents systè-
mes hétérogènes.

© Éditions d’Organisation 411


Gestion de production

Figure 13.2 – EAI à partir des processus

Messagerie
Arrivée demande client

Fournisseur Calcul devis

App tableur Vérification capacité

ERP Acceptation
commande
Fournisseur

L’intégration horizontale du système d’information pousse à un


échange d’information de plus en plus important entre différentes
entreprises. Si l’ERP monolithique s’est plus ou moins imposé au sein
d’une même entreprise, il semble difficile d’envisager qu’un macro
ERP permette en un seul produit de faire fonctionner l’ensemble de la
chaîne logistique. Dans ce contexte, l’EAI s’impose comme étant une
solution prometteuse. Capable de garantir les échanges entre deux
ERP, l’EAI est a fortiori capable d’assurer l’échange d’information entre
plusieurs applications recouvrant chacune une fonction de l’ERP.

2.4 Mise en place et marché des ERP

Comme il vient d’être dit, les ERP sont des solutions lourdes à mettre
en place bien que modulaires. Les entreprises se font accompagner par
des sociétés de consultants qui doivent avoir des compétences à la fois
en organisation et en informatique.

Les années précédant le passage à l’an 2000 et le passage à l’euro ont


donné lieu à de nombreux projets de cette nature. Les grandes sociétés
multi-sites et multinationales ont initié le mouvement, puis ce fut au
tour des PME les plus grosses. Aujourd’hui, les plus petites d’entre

412 © Éditions d’Organisation


Gestion de production et système d’information

elles sont concernées pour des raisons techniques, légales ou économi-


ques mais aussi en vue de se doter d’un support du système d’informa-
tion réactif pour accroître leur performance globale.

Les éditeurs de progiciels intégrés ont aujourd’hui enrichi leur offre


avec de nouvelles fonctionnalités comme le management de la chaîne
logistique (Supply Chain Management ou SCM), le management de la
relation client (Customer Relationship Management ou CRM), le
commerce électronique (e-Business)…

3. Les MES
(Manufacturing Execution System)

3.1 Définition
Il s’agit d’une intégration au niveau de l’atelier. En effet, au niveau de
l’atelier, les nombreuses fonctions qui se sont développées ont donné
lieu à des applications informatiques : ordonnancement de la produc-
tion, suivi de production, suivi des heures et des personnes, gestion de
la qualité, suivi statistique de la qualité (SPC, pour Statistical Process
Control, ou MSP, pour Maîtrise Statistique des Procédés), gestion de la
maintenance, gestion de la documentation et des données techniques,
suivi des actions correctives.

De la même façon que pour les ERP, la redondance des informations,


en entrée ou en sortie, a conduit à la nécessité d’unicité de l’informa-
tion et a donné naissance à une nouvelle offre logicielle : les MES.

3.2 Fonctionnalités
Les divers MES du marché présentent des différences parmi les
fonctions assurées car les éditeurs se sont souvent spécialisés selon
leur cible d’activité. Toutefois, on peut s’appuyer sur les onze fonction-

© Éditions d’Organisation 413


Gestion de production

nalités identifiées par une association regroupant des sociétés impli-


quées dans le domaine des MES (éditeurs, consultants…), MESA
International :
• ordonnancement à capacité finie (Operations/Detail Scheduling)
qui définit le séquencement des opérations jugé optimal ;
• gestion des ressources de production (Resource Allocation and
Status) qui définit l’utilisation et assure le suivi du personnel,
des machines, des outils et de la matière ;
• la gestion des ordres de fabrication (Dispatching Production
Unit) qui gère le flux des ordres et des lots et s’assure que tout ce
qui est nécessaire sera disponible au moment du lancement ;
• la gestion des documents (Document Control) relatifs aux pro-
duits, aux process, à la conception et aux ordres de fabrication,
et parfois aux conditions de travail et aux certifications ;
• la traçabilité des produits (Product Tracking and Genealogy) qui
suit les produits en temps réel afin de conserver l’historique
complet des composants utilisés et des conditions de production
de chaque produit fini ;
• l’analyse des performances (Performance Analysis) qui suit les
divers indicateurs de performance concernant les opérations de
production (taux d’utilisation, temps de cycle, TRS…) ;
• la gestion du travail (Labor Management) assurant le suivi des
temps machines et opérateurs, des activités indirectes (outils),
du statut des opérateurs ;
• la gestion de la maintenance (Maintenance Management) per-
mettant d’effectuer le suivi et la planification des activités de
maintenance périodique ou préventive (alarmes, historique…) ;
• la gestion des process (Process Management) pour maîtriser la
production avec correction et amélioration des activités (par
exemple, alarmes si dépassement de tolérance ou mieux des limi-
tes naturelles) ;
• la gestion de la qualité (Quality Management) assure l’enregistre-
ment et la traçabilité des informations relatives à l’élaboration
des produits, le suivi des action correctives et la capitalisation
des connaissances (KM, pour Knowledge Management) ;

414 © Éditions d’Organisation


Gestion de production et système d’information

• l’acquisition de données (Data Collection) fournissant des inter-


faces pour collecter des données en temps réel sur les équipe-
ments de l’entreprise ou par relevé manuel des opérateurs.

3.3 L’offre du marché

Les MES se situent au niveau opérationnel des entreprises, or leurs


modes de fonctionnement sont assez divers. Les besoins sont alors très
variés et les éditeurs de logiciels proposent aujourd’hui des produits
généralistes modulaires destinés à coller à l’éventail de la demande.

Certains éditeurs se sont spécialisés dans une fonction particulière du


MES comme la maintenance (GMAO, pour Gestion de la maintenance
assistée par ordinateur) ou la gestion de la qualité (GQAO). D’autres,
au contraire, ont visé un secteur industriel ou un type de process et
proposent une offre transversale plus ou moins complète. Dans ce cas,
les progiciels ont tendance à déborder de la fonction de gestion de
l’atelier vers le niveau de l’entreprise.

On pourra remarquer que certains éditeurs d’ERP proposent quelques


fonctionnalités « hautes » du MES. Par ailleurs, les fournisseurs d’auto-
matismes proposent souvent des logiciels de supervision avec leurs
matériels et fournissent généralement les fonctionnalités « basses » du
MES.

Nous ajouterons que certains produits de l’offre peuvent s’interfacer


avec des logiciels spécialisés comme la GMAO (Gestion de la mainte-
nance assistée par ordinateur) ou les APS (Advanced Planning and
Scheduling), destinés à traiter la planification et l’ordonnancement, et
que nous décrirons dans la section suivante.

© Éditions d’Organisation 415


Gestion de production

4. Les APS
(Advanced Planning and Scheduling)

4.1 Définition

Les APS ont commencé à apparaître au milieu des années 1990. Leur
positionnement par rapport aux progiciels de la gestion industrielle est
original. En effet, alors que les logiciels décrits précédemment n’opè-
rent que des transactions sur la base de règles définies a priori et
notamment sur celle édictant que seul l’homme fait des choix parmi
plusieurs possibilités, les APS vont au contraire introduire la prise de
décision.

4.2 Fonctionnalités

La gestion de production n’a d’autre but que de satisfaire la demande


externe grâce aux ressources de l’entreprise (stocks, machines, hom-
mes, sous-traitance…) avec des contraintes de satisfaction du client et
de coût de revient. Les questions fondamentales qu’elle se pose sont
quoi ? (choix de ce qu’il faut fabriquer, approvisionner, sous-traiter…),
où ? (choix de machine, atelier, site…), quand ? (positionnement dans
le temps pour satisfaire au moment de la demande), comment ? (pro-
cédé, gammes, ressources humaines…). Les systèmes MRP2 réagissent
aux demandes fournies à l’aide de paramètres fixés par les hommes
(horizons, périodes, lots, gammes, postes, lancement des calculs,
choix de sous-traitance…) : ils ne font donc que des transactions et ne
prennent pas de décisions (validation des PDP, lancement des OF…).
Les logiciels d’ordonnancement entrent dans une boucle de décision
plus complexe puisqu’ils positionnent dans le temps des opérations sur
des ressources machines selon des gammes et en affectant des opéra-
teurs, le tout avec des contraintes de disponibilité (dont les calen-
driers) et de compétence. Ils travaillent avec une certaine intelligence
grâce à un algorithme mais ne choisissent pas une gamme secondaire
à la place de la principale et les calendriers sont fixés… Le rôle
décisionnel reste donc confié à l’homme.

416 © Éditions d’Organisation


Gestion de production et système d’information

Pour prendre les décisions, l’homme modélise ses problèmes et cher-


che la meilleure solution par optimisation ou simulation. L’APS va
jouer ce rôle : il permettra de modéliser des contraintes, d’exprimer
des fonctions de coût et de rechercher des valeurs de variables de déci-
sion qui optimisent les critères. L’optimisation est réalisée grâce à des
moteurs de résolution basés sur la programmation linéaire ou des
outils de programmation de contraintes. Ainsi, l’APS pourra par exem-
ple proposer les meilleurs choix de gamme, les meilleures affectations,
les sous-traitants appropriés selon les critères choisis. Ils pourront être
utilisés non seulement au niveau interne à l’entreprise (ordonnance-
ment ou calcul des besoins) mais aussi au niveau global de la chaîne
logistique.

Le gros avantage de cette nouvelle vision est de supprimer le


découpage en niveaux successifs des niveaux de nomenclature (entre
ateliers mais aussi entre entreprises) avec des délais fixés, pour lui
substituer une vision de l’ensemble de la chaîne logistique couvrant
tous les ateliers ou les usines concernées. Il y a suppression des fron-
tières spatiales et des horizons figés pour aller vers une vision en
temps réel de l’ensemble.

Le principal inconvénient réside justement dans cette soi-disant sup-


pression des frontières. On risque de voir des entreprises qui souhai-
tent supprimer les couches hautes de la GPAO (PIC et PDP) pour gérer
l’ensemble de la production à partir d’un APS. Passé par la moulinette
de l’arborescence des produits, le moindre problème de capacité qui ne
sera plus géré au niveau PIC se démultipliera en de multiples problè-
mes accroissant de façon considérable la complexité des solutions
MES.

4.3 Le marché des APS

Il y a trois grandes familles dans les APS selon leur origine. Certains
proviennent de la logistique et du transport avec gestion des entrepôts,
d’autres dérivent de l’ordonnancement et enfin les derniers correspon-
dent à l’offre ERP. La majeure partie de l’offre vise la gestion globale de
la chaîne logistique.

© Éditions d’Organisation 417


Gestion de production

5. Les SGDT (Systèmes de gestion


des données techniques)

5.1 Définition
Les SGDT (ou PDM pour Product Data Management) sont issus du
monde la CAO (Conception assistée par ordinateur). À l’origine, ils
étaient utilisés pour la gestion des données d’ingénierie mais ils ont
pris au fur et à mesure une tout autre dimension. Ils fournissent un
référentiel de données produit/process partagées par les acteurs de
l’entreprise, qu’ils soient créateurs ou utilisateurs d’informations sur
les produits. Leur vocation s’est donc étendue et ils constituent un sup-
port au système d’information centré autour du produit.
La gestion des données techniques est un point extrêmement impor-
tant pour une entreprise. Toutes les méthodes que nous avons
développées dans cet ouvrage reposent sur des données techniques.
Un point fondamental qu’il est bon de répéter est celui de l’indispensa-
ble fiabilité des données comme nous l’avons souligné au chapitre 6.
En effet, comment envisager de planifier et piloter une production avec
des données erronées ?
Mais d’un point de vue informatique, la difficulté ne s’arrête pas là ; en
effet, les données techniques doivent pouvoir être mises en forme
selon différents points de vue. Par exemple, à partir d’un produit fini,
je dois être capable de voir :
• l’arborescence des composants du produit ;
• pour chaque composant, la liste des opérations de fabrication ;
• pour une opération de fabrication, la liste des documents de tra-
vail nécessaires.
Cette première arborescence est une vision produit, mais on peut obte-
nir une vision processus en partant d’une instruction de travail sur un
poste pour lequel je veux connaître :
• la liste des opérations pour lesquelles elle est applicable ;
• la liste de composants concernés par cette instruction ;
• la liste des produits finis comportant un tel composant.

418 © Éditions d’Organisation


Gestion de production et système d’information

Enfin, une des difficultés majeures réside encore dans l’intégration. En


effet, les données techniques ne sont jamais issues d’un seul et même
logiciel, et pourtant un SGDT doit être capable de gérer l’ensemble des
formats de fichiers.

5.2 Fonctionnalités d’un SGDT

Tout d’abord, une première exigence d’un SGDT est de constituer une
sorte d’armoire électronique sécurisée puisqu’il assure le stockage,
l’accès sécurisé et le partage de l’information technique pour l’ensem-
ble des acteurs de l’entreprise.

Un tel logiciel permet ensuite de classer et regrouper l’information


dans le but de faciliter la standardisation, la réutilisation et la recher-
che de l’information (familles d’objets, typologies de liens, bibliothè-
ques de composants).

Le SGDT gère la configuration du produit et son évolution, mais au tra-


vers de vues adaptées aux multiples intervenants, et peut agréger les
données au sein de dossiers spécifiques (dossier de définition, dossier
d’exécution, dossier de configuration finale) selon la vie du produit.

Les SGDT doivent gérer les modifications des processus industriels et


l’évolution des produits. Ces processus sont généralement considérés
comme des processus de workflow, c’est-à-dire une démarche consis-
tant à concevoir, contrôler, automatiser et suivre les circuits du flux des
documents, et plus généralement de l’information dans l’entreprise.

Enfin, bien que non spécifique des SGDT, la gestion de projet est une
brique nécessaire dans la planification et le suivi des tâches et des
ressources à toutes les étapes de la vie du produit. À ce titre, c’est un
élément permettant le pilotage et l’intégration des processus informa-
tionnels aux niveaux décisionnel et opérationnel de l’entreprise.

© Éditions d’Organisation 419


Gestion de production

6. Conclusion
Les ERP et les MES correspondent à la notion d’intégration des diffé-
rentes fonctions de l’entreprise et la création de processus transver-
saux. On y retrouve bien un noyau de progiciels de GPAO, de gestion
comptable ou financière qui se sont développés par ajout d’applica-
tions et de fonctionnalités autour d’une base de données commune.
On reconnaît là une évolution rationnelle et conventionnelle du sup-
port informatique de l’entreprise.
Au contraire, les APS correspondent à une intégration comportant un
esprit nouveau puisqu’il y a intégration de la décision et qu’il porte sur
l’ensemble de la chaîne logistique. Cette approche est donc beaucoup
plus révolutionnaire avec une filiation logicielle moins naturelle à par-
tir des logiciels de la gestion industrielle.
Quant aux SGDT, nous les avons cités ici car ils touchent aux diverses
fonctionnalités de la gestion industrielle et de ses processus transver-
saux. Ils ont la caractéristique d’être centrés sur les informations des
produits et constituent un sous-ensemble du système d’information.

420 © Éditions d’Organisation


Chapitre 14

Mise en œuvre d’un projet de


gestion industrielle

1. Introduction
Dès le premier chapitre de ce livre, nous avons souligné combien il est
impératif de gérer la production dans un but de compétitivité et donc
de pérennité, sinon de survie, de l’entreprise dans le concert de la con-
currence mondiale actuelle. Le projet de gestion industrielle est cepen-
dant trop souvent assimilé dans les entreprises à un projet
informatique. Or, autant nous sommes tous d’accord pour mettre en
avant le rôle indispensable de l’informatique dans ce domaine, autant
la réussite du projet et la qualité de la gestion industrielle résultante
reposeront sur la motivation des hommes et leur connaissance en
matière de gestion et organisation de la production. Précisons notre
propos quant à la GPAO (Gestion de production assistée par
ordinateur) : il s’agit bien de faire de la GPao et non de la gpAO !

421
Gestion de production

Lorsqu’on met en œuvre un système du type ERP, c’est encore plus


crucial et tous les acteurs de l’entreprise sont actifs dans le grand pro-
jet.

Une des caractéristiques principales de la mise en œuvre d’un projet de


gestion industrielle est la gestion de l’interpénétration des fonctions
dans l’entreprise. En effet, un tel projet va impliquer des choix sur :
• les relations avec les partenaires (clients et fournisseurs) ;
• le système de gestion de l’entreprise et le système d’indicateurs
de performance ;
• les modes de fonctionnement des ateliers de production.

L’impact sur la performance de l’entreprise est tellement déterminant


qu’il doit être conduit avec soin comme un projet prioritaire pour
l’entreprise. Quatre choses seront déterminantes :
1. la priorité du projet dans les axes stratégiques de l’entreprise ;
2. la façon dont sera géré le projet ;
3. les choix stratégiques qui seront décidés en matière de système
d’information ainsi que la structure informatique choisie (ERP,
EAI, mix des deux) ;
4. la façon dont sera conduite la mise en place concrète du nou-
veau système.

2. Les clés de la réussite

2.1 Règles fondamentales


Les acteurs du projet doivent avoir en permanence à l’esprit les quel-
ques points fondamentaux que nous allons présenter dans la suite de
cette section : en effet, l’ordinateur est un outil. C’est un outil formida-
ble, avec les avantages et propriétés décrites au chapitre 13
(paragraphe 1.2), mais ce n’est pas lui qui résout les problèmes de
fond. Il faut donc :

422 © Éditions d’Organisation


Mise en œuvre d’un projet de gestion industrielle

• prendre en compte l’aspect humain qui est capital, car la mise en


œuvre du projet s’effectue par les hommes et les femmes de
l’entreprise. La réussite du projet passe donc par leur motivation ;

• corriger tout dysfonctionnement avant d’informatiser. En effet,


aucun outil ne sera aussi flexible qu’un homme pour s’adapter à
un dysfonctionnement : informatiser serait encore pire que ne
rien faire ;

• avoir des données fiables, car l’organisation et la gestion de la


production reposent sur les données techniques de l’entreprise :
la planification puis l’exécution en dépendent ;

• agir constamment avec rigueur et réalisme ;

• avoir en tête que l’outil le plus utile en organisation et gestion


industrielle est le bon sens.

Ces remarques préliminaires étant faites, nous allons approfondir un


peu les points clés de la réussite de mise en place du projet. Ce qui est
rappelé ci-après est valable pour tout projet dans l’entreprise, qu’il
s’agisse de la mise en place d’un ou plusieurs modules. Il est bien évi-
dent que pour l’implantation complète d’un ERP, par exemple, l’enver-
gure du projet impose des contraintes bien plus grandes et
généralisées !

Comme nous venons de le redire, le facteur principal est l’aspect


humain. Nous examinerons ensuite le déroulement du projet avec ses
étapes, ses acteurs et le contrôle du déroulement. Nous nous placerons
plutôt dans le cadre d’un projet concernant une petite entreprise, le cas
d’une grande entreprise multi-sites et multinationale exigeant cepen-
dant les mêmes types de contraintes avec en plus celles résultant de
l’appartenance au groupe.

Nous évoquerons le choix d’un progiciel de GPAO : la place presque


secondaire de ce thème reflète bien que la réussite du projet repose
bien plus sur les hommes que sur le progiciel choisi... En supposant
tout de même que le choix s’est porté sur un progiciel correct ! La jus-
tification financière du projet est un aspect très important, notamment
en raison des coûts mis en jeu qui peuvent être considérables.

© Éditions d’Organisation 423


Gestion de production

2.2 Rôle de la direction


Le rôle de la direction est capital dans la réussite du projet : ce doit être
un engagement total, car il y va de la motivation de tous. Les person-
nes relevant de la direction doivent avoir reçu une formation extérieure
adaptée à leur niveau de responsabilité et relative aux concepts utilisés
et à l’intérêt de la démarche pour l’entreprise. Ainsi convaincues, elles
seront à même de sensibiliser l’ensemble de la hiérarchie du pourquoi
du projet, de son importance, du plan de mise en place et de son suivi.

L’ensemble du projet est accompagné de la mise en place de structures.


Cela peut notamment être l’occasion de la création d’une direction
logistique avec la notion d’intégration de la maîtrise des flux depuis les
fournisseurs jusqu’aux clients de l’entreprise. Il est aussi indispensable
que la direction nomme, au plus tôt, un chef de projet qui lui sera
directement rattaché avec une mission d’animation, de coordination et
de formation, que nous allons préciser au paragraphe suivant.

La direction assignera les responsabilités sur des objectifs clairs et sera


impliquée tout au long du projet par un suivi régulier ainsi que nous le
préciserons.

2.3 Le chef de projet et l’aspect humain


Le projet gestion industrielle est d’une envergure considérable. Il
s’accompagne de projets maintenance, qualité, communication... Pour
le mener à bien, il est indispensable que soit nommé un chef de projet
responsable de la mise en œuvre et du fonctionnement ultérieur du
projet.

Le chef de projet est une personne :


• à plein temps ou tout au moins dont on a dégagé suffisamment
de temps, sinon il est accaparé par les problèmes à court terme ;
• qui possède une bonne connaissance de l’entreprise, donc de ses
divers compartiments ;
• qui a une bonne expérience industrielle et donc de la
production ;

424 © Éditions d’Organisation


Mise en œuvre d’un projet de gestion industrielle

• avec une bonne personnalité pour pouvoir convaincre et faire


passer les idées de base ;
• responsable et reconnue dans l’entreprise afin que son autorité
lui permette d’arbitrer des conflits ;
• qui dispose d’un pouvoir hiérarchique suffisant lui permettant,
en cas de besoin, d’imposer certaines décisions importantes pour
la réussite du projet.

L’aspect humain
Cinq points clés contribueront à la motivation de tous et permettront la
mise en place puis le déroulement réussi du projet :
• Un engagement et une participation active de la direction, car on
ne peut attendre une motivation de tous si la direction n’est pas
explicitement active dans le projet.
• Un engagement total et la formation des responsables dans toute
la hiérarchie.
• Une formation au projet, étendue à tout le personnel, car forma-
tion et information seront les clés de la motivation de l’ensemble
des acteurs plus ou moins proches du projet. La formation n’est
pas identique et aussi développée pour tous (elle est adaptée à la
catégorie d’acteurs, c’est-à-dire responsables, personnes directe-
ment liées au projet ou qui en sont plus éloignées).
• Une formation permanente après la formation initiale citée ci-
avant. Cette formation permanente consistera en un entretien et
un perfectionnement continu des connaissances. Elle sera mise
en œuvre par des intervenants extérieurs mais surtout procédera
du management direct à tous les niveaux et de la dynamique
insufflée par le chef de projet.
• Une communication accrue dans l’entreprise indispensable au
bon fonctionnement et au bon management.

2.4 Le suivi du projet


Le déroulement et le suivi du projet sont effectués par deux groupes
importants pour l’adhésion de tous au projet et sa réussite générale :
l’équipe de projet et le comité de pilotage.

© Éditions d’Organisation 425


Gestion de production

L’équipe de projet est composée très largement : chef de projet, direc-


teur de l’usine et responsables du bureau d’études, du bureau des
méthodes, de l’ordonnancement central, des achats, de la qualité, de la
comptabilité, des ventes, des ressources humaines s’il s’agit d’une
grande entreprise (ou des personnes ayant ces fonctions pour une
entreprise de plus petite taille car une personne a alors plusieurs fonc-
tions). Cette équipe pilote l’avancement du projet par des réunions
hebdomadaires courtes et efficaces, sans absentéisme, en créant des
groupes de travail pour les problèmes particuliers et spécifiques.
Le groupe de pilotage, composé du directeur général, des membres de
la direction et du chef de projet, pilote et gère le projet en organisant
des réunions mensuelles courtes. Il vérifie son bon déroulement et
prend les décisions d’orientation.
L’assistance d’un consultant extérieur est requise afin que l’entreprise
et le projet bénéficient d’un regard extérieur et neuf, donc plus objec-
tif. L’expérience de cet assistant qui a vécu diverses mises en place
dans des situations variées est un atout, mais il faut bien évidemment
choisir une personne qualifiée et expérimentée qui ne vende pas un
logiciel particulier et chercherait à l’imposer. Son rôle est d’assister les
responsables de projet ; il joue un rôle de régulateur et de référence, et
oblige à penser aux problèmes à résoudre. Il faut bien avoir à l’esprit
qu’il ne doit pas s’acquitter lui-même du travail, mais simplement con-
duire l’entreprise à prendre en charge le projet et à se l’approprier.

2.5 Le calendrier du projet


À partir de la prise de décision de la direction, le projet de gestion
industrielle va se dérouler schématiquement en quatre phases :
• une phase initiale de diagnostic, bilan, organisation générale et
formation initiale ;
• une phase d’analyse du système d’information et de choix d’une
structure informatique ;
• une phase de mise en place, depuis le choix du progiciel jusqu’à
son démarrage expérimental ;
• une phase d’exploitation où l’on généralise la mise en place du
projet à l’ensemble de l’entreprise.

426 © Éditions d’Organisation


Mise en œuvre d’un projet de gestion industrielle

La figure 14.1 rappelle ces quatre phases en donnant un ordre de gran-


deur du déroulement du projet dans le temps. Il ne faut pas penser
pouvoir aller trop vite, car le travail est important. En revanche, il est
nécessaire de mener le projet d’une manière dynamique, sans qu’il
traîne, afin que la motivation ne s’estompe pas. Un tel projet doit nor-
malement être mis en place entre 18 mois et 2 ans.

Figure 14.1 – Calendrier de mise en œuvre du projet GP

Phases Actions Durée


Diagnostic, analyse du système d’information
existant, bilan
Phase diagnostic Objectifs
2 à 4 mois
et analyse Justification financière
Organisation du projet
Formation initiale

Phase de choix Structuration de l’entreprise en processus


du système Choix généraux sur les démarches de GP
2 à 4 mois
d’information Choix d’une structure du système d’information
et des supports Choix d’une structure informatique ERP, EAI…
Choix du/des progiciel(s)
Phase de choix Mise à niveau des données techniques
du progiciel Formation du personnel
et de mise en place Essais du/des progiciel(s) 6 à 8 mois
du nouveau Élaboration du PIC
système Démarrage du PDP
Pilote réel
Généralisation
Phase
Mesure des performances 3 à 5 mois
d’exploitation
Formation continue

© Éditions d’Organisation 427


Gestion de production

2.6 L’aspect financier


Tout projet doit être financièrement justifié. Il nous faut donc évaluer
les coûts et les gains. Certains seront faciles à établir (coûts directs par
exemple) mais certains le seront beaucoup moins (gain par un meilleur
fonctionnement que nous décrirons ci-après). Il sera néanmoins indis-
pensable de le faire.

Les coûts proviennent de trois facteurs :


• les coûts informatiques qui comprennent l’investissement maté-
riel, le progiciel, les développements spécifiques aussi bien que
le fonctionnement, c’est-à-dire les maintenances, les fournitures
et les modifications ;
• la mise à jour des données techniques, travail considérable qu’il
faut évaluer (articles, nomenclatures, gammes, postes de charge,
stocks, clients, prévisions...) ;
• les coûts de personnel pour la mise en place du projet et pour la
nouvelle organisation en exploitation, c’est-à-dire les coûts con-
cernant le chef de projet, les membres de l’équipe projet, l’audit
externe, la formation, sans oublier les nouveaux postes créés.

Les gains correspondent à :


• l’amélioration du service client ;
• l’augmentation de la productivité (fiabilité et réalisme) ;
• la réduction des coûts d’achats due à la fiabilité des prévisions ;
• les réductions de stocks non arbitraires, mais justifiées par une
amélioration de tout le fonctionnement du système de produc-
tion, entraînant une diminution du risque d’obsolescence ;
• une réduction des coûts de non-qualité car la réactivité est
améliorée ;
• une réduction des coûts de transport due à la maîtrise de l’amont
et de l’aval comme les livraisons exceptionnelles aux clients, les
approvisionnements pour combler des ruptures ;
• la suppression de l’inventaire physique annuel pour le remplacer
par des inventaires tournants.

428 © Éditions d’Organisation


Mise en œuvre d’un projet de gestion industrielle

Pour conclure cet aspect financier, il faut savoir que de nombreuses


entreprises qui ont mené à bien un tel projet révèlent qu’elles l’ont
rendu rentable en 18 à 24 mois. Et, surtout, il faut avoir à l’esprit que
l’expérience démontre également qu’il revient quasiment aussi cher de
conduire le projet sans succès réel que de le réussir complètement : il
faut donc absolument mettre en place tous les éléments pour le
réussir !

3. La démarche de projet GP

3.1 Introduction

Nous avons déjà souligné, dans les paragraphes précédents, les condi-
tions de succès du projet de gestion de la production. Il faut de plus
procéder avec méthode. Il faut naturellement savoir d’où on part et où
on veut arriver avant de choisir les moyens d’y parvenir. Il est donc
nécessaire d’effectuer un diagnostic pour avoir un état de l’existant,
d’en faire un bilan et de fixer des objectifs. Il faudra ensuite réaliser
des choix techniques pour atteindre ces objectifs. Et on doit, par
ailleurs, se donner les moyens de mettre tout cela en place, notamment
avec des personnes compétentes et motivées (formation et manage-
ment interactif). La mise en place d’un projet GP suit en général les
quatre étapes décrites dans la figure 14.1 :

1. phase de diagnostic et d’analyse du système d’information exis-


tant,

2. phase de choix et structuration du système d’information,

3. phase de choix du progiciel et de mise en place du nouveau sys-


tème,

4. phase d’exploitation.

Nous allons décrire les grands objectifs de chacune de ces phases.

© Éditions d’Organisation 429


Gestion de production

3.2 Phase diagnostic et analyse


C’est une étape extrêmement importante de la démarche que de poser
le problème dans son ensemble. Le point de départ en est une analyse
critique des démarches existantes pour aboutir à des objectifs en ter-
mes de performance du système de production et en termes financier.
Cette analyse passe généralement par la modélisation du système phy-
sique et informationnel pour mettre en évidence les dysfonctionne-
ments.
Cette analyse repose sur la description structurée des différents centres
de décision et des procédures de circulation de l’information. On peut
utiliser des méthodes de modélisation du système d’information, par
exemple :
• MERISE, méthode créée sur la demande du ministère de l’Indus-
trie en 1976 et destinée à analyser et concevoir les systèmes
d’informations.
• SADT (Structured Analysis and Design Technic), créée en 1976
aux États-Unis qui permet la description fonctionnelle des systè-
mes complexes.
Mais ces méthodes ne prennent pas en compte tous les aspects du sys-
tème de production (cohérence nécessaire entre les systèmes physique,
décisionnel et informationnel).
• La méthode GRAI (Graphes à résultats et activités inter-reliés),
mise au point par le laboratoire GRAI de l’université de Bor-
deaux-I, étudie plus précisément le système de décision dans un
cadre industriel.
• La méthode OLYMPIOS créée au Laboratoire de logiciels pour la
productique (LLP/CESALP) de l’université de Savoie s’attache à
modéliser le système d’information support du système physique
pour mettre en évidence et hiérarchiser les dysfonctionnements.
La mise en évidence des principaux dysfonctionnements doit conduire
à:
• la création d’un projet piloté par un chef de projet,
• la définition claire d’objectifs en termes de performance indus-
trielle,

430 © Éditions d’Organisation


Mise en œuvre d’un projet de gestion industrielle

• l’organisation pratique des principales étapes du projet,


• la mise en place des formations nécessaires.

3.3 Phase de choix et structuration


du système d’information
La synthèse de l’étude sur l’existant a fait apparaître les dysfonctionne-
ments systématiques qui engendrent des perturbations sur le système
de production, à la fois dans le système physique et surtout dans
l’organisation du système d’information qui le supporte. On a ainsi mis
en évidence des situations critiques qui sont souvent à l’origine de
conflits entre services. Ce sera l’occasion de les analyser objectivement
et en commun, à partir de faits vérifiés, pour mettre en œuvre des
mesures correctives d’amélioration des flux physique et information-
nel. C’est l’occasion de conforter et faciliter l’action engagée par l’effet
psychologique sur les acteurs.

Le système d’information est évidemment supporté par des progiciels


informatiques. Comme nous l’avons vu au chapitre 13, plusieurs archi-
tectures informatiques sont possibles depuis la coexistence pas tou-
jours pacifique entre plusieurs progiciels, l’ERP exhaustif (est-ce
possible ?) et les solutions EAI. Lorsque viendra le choix du progiciel,
il conviendra d’être très clair sur l’orientation que l’on veut prendre.

Cette phase est une étape charnière entre le diagnostic qui a permis de
mettre en évidence les dysfonctionnements et la phase de mise en
place – plus pratique – qui consistera à choisir et à mettre en œuvre le
progiciel. Elle a pour objet de poser la question suivante : quelle struc-
ture du système d’information me permettra de répondre aux princi-
paux dysfonctionnements mis en évidence ?

Le système d’information doit refléter le système réel. La première


étape de cette phase va consister à modéliser le système de production
de l’entreprise. Une des façons des plus pratiques pour réaliser cette
modélisation est de structurer l’entreprise sous forme de processus. Ce
travail est largement facilité pour toutes les entreprises qui ont un sys-
tème qualité ISO 9000 version 2000. Le travail réalisé peut être en
grande partie utilisé dans cette phase d’analyse.

© Éditions d’Organisation 431


Gestion de production

On a vu également au chapitre 13 qu’à partir de cette structuration


sous forme de processus, il est très facile de concevoir un système
d’EAI collant au plus près au système physique de l’entreprise.

Enfin, cette phase doit permettre également de concevoir le système


d’indicateurs de performance qui sera à même de fournir un tableau de
bord pour chaque niveau hiérarchique formant un ensemble cohérent.
Là encore, comme nous l’avons énoncé au chapitre 11 à propos des
indicateurs de performance, on peut largement s’appuyer sur la démar-
che qualité qui doit être réalisée dans le cadre d’une certification
ISO 9000 version 2000.

On le constate, il existe des liens très forts entre la création d’un sys-
tème qualité dans l’entreprise et la nécessaire phase d’analyse du sys-
tème d’information que le gestionnaire de production se doit de
réaliser lors de la mise en place d’un nouveau système ou de l’adapta-
tion d’un système existant. Plus le gestionnaire de production aura été
actif dans le cadre de la certification ISO pour disposer d’un outil com-
mun entre la qualité, la gestion de production et les services informati-
ques, et plus son travail sera facilité dans cette phase.

3.4 Phase de choix du progiciel et mise en place


du nouveau système de gestion industrielle

Les dysfonctionnements ayant été identifiés, et la structure du système


d’information qui est souhaité étant claire, on peut passer au choix des
progiciels et à la partie plus concrète du projet.

3.4.1 Choix d’un progiciel

Comme on l’a déjà vu, le progiciel n’est pas le facteur principal de la


réussite d’un projet de gestion de production, mais il faut naturelle-
ment choisir un bon progiciel. Il en existe bon nombre, alors essayons
de choisir un progiciel bien adapté à l’entreprise.

432 © Éditions d’Organisation


Mise en œuvre d’un projet de gestion industrielle

[Link] Critères de choix du progiciel

Au moment du choix, la question suivante se pose très vite : est-il pré-


férable de développer ou faire développer un logiciel spécifique qui
sera « bien » adapté à l’entreprise, ou bien d’utiliser un logiciel stan-
dard a priori moins proche de l’entreprise concernée ? Un logiciel spé-
cifique sera plus long à mettre en œuvre, car il faut le développer avant
de l’implanter. Il sera délicat à mettre au point, il pourra même subsis-
ter des bogues et, surtout, puisqu’il sera spécifique, il sera rigide. On
peut de plus se demander si sa trop grande adaptation à l’organisation
existante est judicieuse. Son coût est également plus élevé qu’un logi-
ciel développé pour un grand nombre d’entreprises. Inversement, cer-
tains pensent qu’un logiciel standard peut être incomplet, compliqué...
Mais il faut savoir qu’un bon logiciel standard est prévu avec des para-
mètres d’installation qui, justement, le rendent adaptable, tout en res-
tant fidèle au schéma classique d’organisation de la gestion industrielle
d’une entreprise. Les entreprises interrogées pensent d’ailleurs la plu-
part du temps appartenir à un cas exceptionnel où leurs besoins sont à
80 % spécifiques et 20 % généraux. Dans la réalité, la proportion est
inversée ! De plus, des adaptations jugées nécessaires seront toujours
possibles et des interfaces permettront facilement la mise en commun
de la base de données techniques avec les autres logiciels de l’entre-
prise. Par ailleurs, l’acquisition d’un logiciel standard permettra à
l’entreprise de remettre en cause son organisation pour mieux coller à
la structure du logiciel, ce qui ne peut être que positif en matière de
remise en cause et d’évolution de l’entreprise. On a trop souvent ten-
dance à vouloir informatiser les dysfonctionnements de l’organisation.
On conclura, à ce sujet, qu’il est maintenant totalement admis qu’il est
préférable de choisir un bon standard.

Autre point important : le choix du progiciel doit-il dépendre de l’ordi-


nateur existant déjà dans l’entreprise ? En supposant que l’ordinateur
soit en place pour encore plusieurs années, tout d’abord, n’est-il pas
déjà très utilisé et pourra-t-il supporter dans de bonnes conditions le
progiciel supplémentaire ? En outre, nombre de progiciels présentent
toutes les fonctionnalités attendues sur des versions micro-ordinateurs
peu onéreux (le plus souvent plusieurs micro-ordinateurs en réseau).
En conséquence, si l’existence d’un ordinateur dans l’entreprise peut
être un élément du choix du progiciel de GPAO, il ne doit pas être l’élé-

© Éditions d’Organisation 433


Gestion de production

ment déterminant qui pourrait conduire à des désillusions. Certains


progiciels sont d’ailleurs compatibles avec une gamme étendue de
matériels et évitent cette restriction.

Outre le facteur d’une contrainte financière qui éliminera certaines


solutions à cause de leur coût jugé excessif pour l’entreprise, il y a
quelques critères fondamentaux à prendre en compte : fonctionnalités
offertes, convivialité, supports techniques associés (disponibilité,
mises à jour, coûts, langues...), formation à l’utilisation du progiciel,
maintenance, fonctionnement en interactif ou en différé, pérennité du
fournisseur.

[Link] Méthode de choix du progiciel de GPAO

Voici la méthode de choix que nous pouvons proposer :

• Il faut bien connaître les méthodes de gestion de la production,


notamment le management des ressources de production et la
gestion de projets car ce n’est pas aux progiciels et à leurs ven-
deurs de définir les idées directrices du projet de l’entreprise.

• Il est utile de commencer par une recherche documentaire dans


des revues, ouvrages spécialisés, notamment les travaux du CXP
(voir bibliographie), association qui étudie les progiciels existant
sur le marché.

• Les références d’entreprises utilisatrices sont irremplaçables. On


pourra recueillir l’avis de diverses personnes avec des points de
vue différents selon leur fonction.

• On établira un cahier des charges précis pour faire l’appel


d’offres.

• Un jeu d’essai caractéristique de l’entreprise permettra de juger


des possibilités proposées par les divers progiciels, des modifica-
tions et des interfaçages nécessaires.

• On fera une première sélection pour arriver à quatre ou cinq can-


didats avant d’approfondir l’étude du choix définitif définissant
le progiciel le plus adapté.

434 © Éditions d’Organisation


Mise en œuvre d’un projet de gestion industrielle

[Link] Modifications du progiciel

Il se pose toujours la question de savoir s’il faut rester standard ou


modifier le progiciel pour une adaptation spécifique à l’entreprise. Il
faut bien avoir à l’esprit que toute modification entraîne une rigidité
qui gênera ensuite les possibilités d’évolution ; en effet, elle interdira le
passage aux nouvelles versions proposées. Pour limiter ces désa-
gréments, il ne faut alors faire que des modifications jugées indispen-
sables. Par souci d’efficacité, le mieux sera de les soumettre à l’équipe
projet et éventuellement de les faire arbitrer par le groupe de pilotage.
La philosophie à adopter est simple : il est interdit de toucher au cœur
du progiciel, seule la périphérie peut se prêter à toute modification.

3.4.2 Mise à niveau des données techniques

La difficulté ne se situe pas au niveau de l’installation informatique du


nouveau logiciel. Elle réside, tout d’abord, dans la préparation des
données qui est souvent sous-estimée et surtout dans le démarrage de
l’application pour passer de l’ancienne gestion à la nouvelle. En effet,
le nouveau système va naturellement aboutir à proposer des ordres de
fabrication et d’approvisionnement. Mais l’entreprise a déjà en cours
des fabrications et assemblages à divers stades, ainsi que des comman-
des en cours auprès des fournisseurs. Il faut donc que les gestionnaires
confirment certains ordres en respectant leur état d’avancement et pla-
cent des ordres fermes (rappelons que le chapitre 7 nous a appris que
de tels ordres sont gérés en propre par le gestionnaire qui impose
quantités et dates). Mais il peut se poser bon nombre de problèmes,
par exemple la présence d’ordres lancés avec une gamme modifiée
depuis lors, ou des nomenclatures qui ont évolué. On voit que les ges-
tionnaires devront prendre des décisions exigeant à la fois la connais-
sance de l’ancien et du nouveau système, ainsi que l’état réel de
l’atelier.

3.4.3 Mise en place

La mise en place du progiciel ne peut rien laisser au hasard. La


pérennité de l’entreprise peut en dépendre. Il faut être sûr que tout soit
parfaitement cadré avant de passer en réel avec le nouveau système.

© Éditions d’Organisation 435


Gestion de production

En général, on procède à un essai sur un pilote en parallèle avec le sys-


tème existant avant le basculement. Le pilote peut être un atelier parti-
culier ou un type de produit particulier. Dans un premier temps, on fait
tourner les deux systèmes en parallèle tout en continuant à gérer avec
l’ancien système. Cette étape, qui peut aller de quelques jours à plu-
sieurs semaines, a pour but de s’assurer qu’une déficience majeure
n’interviendra pas suite à un oubli ou à un bogue de logiciel.

Le basculement sous le nouveau logiciel est en général une période


critique ; on choisit, si possible, une période de faible charge pour pro-
céder au basculement. Inévitablement, des erreurs de saisie, des
oublis, vont générer des manquements importants en production. Il
conviendra d’être particulièrement réactif durant cette période.

Enfin, la phase de mise en place doit être accompagnée d’un effort par-
ticulier de formation qui ne sera pas seulement centrée sur l’aspect
progiciel, mais également sur les concepts sous-jacents qui ont été lar-
gement exposés dans cet ouvrage.

3.5 Phase d’exploitation


Cette phase a lieu après le basculement. C’est également une phase
souvent critique car, malgré toutes les précautions que l’on a prises, il
réside toujours des problèmes :
• des informations disponibles avec l’ancien système ne le sont
plus ;
• les erreurs de saisies ou données manquantes sont génératrices
de problèmes ;
• de nouvelles habitudes de travail doivent être prises…

L’accompagnement dont doit bénéficier cette phase est donc important


et le succès du projet sera lié à la réactivité de l’équipe de projet durant
tous ces premiers mois d’exploitation.

Pour illustrer la difficulté de cette étape, on peut citer les multiples


exemples d’entreprises dans lesquelles plusieurs collaborateurs avaient
développé de petites applications à partir de tableur pour combler un
besoin non satisfait dans le système existant. La mise en place d’un

436 © Éditions d’Organisation


Mise en œuvre d’un projet de gestion industrielle

ERP vise notamment à supprimer l’utilisation de ces applications


« sauvages » pour pouvoir travailler à partir d’une base de données
unique.
Immanquablement et quelle que soit la qualité du progiciel choisi, le
collaborateur ne retrouvera pas dans l’ERP la même information qu’il
traitait sur son tableur. Il s’ensuit souvent un certain nombre de pro-
blèmes que devra gérer avec efficacité l’équipe de projet. La tâche sera
d’autant plus importante que le progiciel choisi dispose de fonctionna-
lités étendues.
Ainsi la tâche du groupe de projet ne doit pas s’arrêter au bascule-
ment. L’étape d’exploitation doit faire partie du projet avec comme
principales actions :
• la finalisation du paramétrage du progiciel,
• la prise en compte des problèmes,
• la mise à niveau des données techniques,
• la gestion des modifications apportées au progiciel,
• la mise en place et la finalisation du tableau de bord d’indica-
teurs de performance,
• la mesure des écarts entre les objectifs et le niveau des perfor-
mances du nouveau système.

4. Conclusion
La mise en œuvre d’une gestion industrielle dans l’entreprise n’est pas
une affaire banale, même s’il ne s’agit pas d’un ERP. C’est un projet
lourd qui exige un engagement total de la direction et l’animation effi-
cace d’un chef de projet. La réussite repose sur la motivation de
l’ensemble du personnel qui doit en comprendre tout l’intérêt et son
rôle au sein du projet. On y parviendra par la formation et l’informa-
tion, en ayant bien à l’esprit qu’il faut faire de la gestion de la produc-
tion avec une aide informatique, et non se contenter simplement
d’installer un progiciel. On partira d’une situation saine, après élimina-
tion des dysfonctionnements de la gestion précédemment en place et
amélioration de l’implantation dans les ateliers. On installera au plus

© Éditions d’Organisation 437


Gestion de production

tôt le pilote qui doit apporter l’amélioration maximale, car son impact
positif créera une dynamique favorable. Afin d’évaluer la réussite du
projet, on mettra en place un réseau d’indicateurs de performance.
Cette structure de contrôle des résultats et performances est destinée à
informer tous les acteurs du projet, des responsables aux opérateurs.
Rappelons enfin que le projet de gestion de la production est accompa-
gné de plans associés de qualité, maintenance, communication... La
démarche est en effet nécessairement une approche globale définie au
niveau stratégique par la direction générale dans une optique d’excel-
lence pour la pérennité de l’entreprise.

438 © Éditions d’Organisation


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Index

5 atelier(s)
à flux, 19
5 S, 344 fonctionnels, 21
auto-contrôle, 305

A
ABC-ABM (Activity Based Costing-Acti-
B
vity Based Management), 360, 393 Balance Scorecard, 394
acquisition de données, 415 base de données, 248, 406, 409
actions d’améliorations, 370 besoins
activité, 383 bruts, 212
aide à la décision, 374 dépendants, 208
amélioration indépendants, 208
continue, 287, 323 bon
par percée, 323 de sortie de magasin, 169
analyse, 430 de travail, 169
de déroulement, 40 boucles fonctionnelles, 258
des performances, 414 but (le), 291
antériorités, 48
APICS, 407
approvisionnement, 141
APS, 402, 416
C
(Advanced Planning Systems), 392 cahier des charges, 166
articles, 167, 170 calcul
codification des, 174 des besoins, 212
fantômes, 170 des besoins nets (CBN), 209
fictifs, 170 des charges globales, 238
assemblage à la commande, 25 global de charge, 229
assurance qualité, 350 capabilités, 343

447
Gestion de production

capacité(s), 194 cohérence


démontrée, 194 entre PIC et PDP, 253
théorique, 194 horizontale, 369
capitalisation du savoir-faire, 342 verticale, 369
commandes
cartes de contrôle, 343
fermes, 234
cartographie du processus, 329 ouvertes, 351
cas d’emploi, 185 commerce électronique, 413
cause(s) communication, 163, 353
communes, 343 compétitivité, 1
spéciale, 343 composants, 181
cellule(s) composé, 181
de fabrication, 28 conception, 165
en U, 29 conformité, 323
CETIM PMG, 61 contrainte, 292
chaîne logistique, 3, 406, 413 contrôle, 92
globale, 381 CONWIP, 278
intégrée, 379 coût
chaînons, 52 annuel d’approvisionnement, 134
d’une commande, 134
changement
de lancement, 134
d’outil, 331 de revient, 194
de série, 331 de revient cible, 8
charges détaillées, 239 de stockage, 133
chef de projet, 424 Critical Path Method, 117
chemin critique, 113 CRM, 402
chevauchement, 97, 101 CTQ
CIP (Continuous Improvement Process), (Critical To Quality), 365
5 diagramme, 366
CXP, 407, 434
classement ABC, 124
cycles
classification des entreprises, 18
de développement, 319
CMR (Customer Relationship Manage- de production, 316
ment), 392
code, 171
article, 180 D
codification
dates
des articles, 174
au plus, 112
mixte, 178
au plus tard, 112
non significative, 178
décalage
significative, 177 par le bas, 103
coefficient(s), 181 par le haut, 102
d’efficacité, 194 délai, 211
de perte, 171 d’approvisionnement, 144
de rebut, 192 d’obtention, 233

448 © Éditions d’Organisation


Index

de développement, 319 exécution, 92, 206


de fabrication, 303 expédition, 34
Delphes, 72
demande, 70
à tendance, 70 F
constante, 70
erratique, 71 familles, 224
saisonnière, 70 fermeture de l’ordre, 246
détection des goulets, 306 fiabilité, 314, 339
diagnostic, 430 fiche suiveuse, 169
disponible flottement(s), 96, 113
à vendre, 232, 235 flow shop, 19
prévisionnel, 235 flux, 5, 294
données d’information, 6, 329
d’activité, 169, 200 financier, 9
d’un OF, 201 informationnel, 163
de base, 169 physique, 329
du suivi, 201 physiques, 6
historiques, 170, 201 tendu, 316
relatives à l’environnement, 200 tiré, 267
techniques, 163, 418, 435 fonction
dossier de fabrication, 169 Études, 165
Gestion de production, 169
Méthodes, 167
E formation, 353
fréquence des livraisons, 350
EAI, 402, 410, 431
écart moyen absolu, 85
échéancier, 210, 233 G
EDI (Échanges de données informa-
tisées), 387 gamme, 167, 168, 196, 197
éléments résiduels, 74 de remplacement, 198
fictive, 52
engagement, 354
secondaire, 198
équilibre
Gantt, 93
des capacités, 294
gaspillages, 312, 314
du flux, 294
gestion
équipe, 354
centralisée des achats, 390
ERP, 402, 407, 431
d’atelier par les contraintes, 291
(Enterprise Resources Planning), 392
de la demande, 206
erreur(s), 85 de la maintenance, 414
moyenne, 85 de la qualité, 414
étiquettes Kanban, 272 de projet, 325
évaluation financière, 359 de projets, 91
événement(s) de liaison, 115 des approvisionnements, 391
exactitude, 170 des documents, 414

© Éditions d’Organisation 449


Gestion de production

des ordres de fabrication, 414


des process, 414
J
des ressources de production, 414 jalonnement
des stocks, 132, 205, 391 au plus tard, 97, 99
du travail, 414 au plus tôt, 95, 99
mono-emplacement, 131 job-shop, 21
mono-magasin, 131
juste-à-temps, 305, 306, 311, 312, 376
multi-emplacements, 131
multi-magasins, 131
Goldratt, 291
goulet d’étranglement, 292
K
GPAO, 402, 404, 421, 423, 434 Kaïzen, 5, 287, 323, 327, 348, 355, 362
GRAI, 430 Kanban, 263
graphique de circulation, 37 étiquettes, 272
générique, 263, 278, 280
MRP, 287
H nombre de, 275
planning, 268
homme, 312
spécifique, 263, 265
horizon, 210, 224, 232
spécifique à emplacements, 272
humain, 352
King, 45
Kuziack, 42

I
îlots de production, 28 L
Implantation
lancement, 243
pratique, 58
théorique, 56 lancer, 242, 243
implantation, 17 Lean Management, 311
implication, 354 Lean Production, 305
incertitude, 85 lien de nomenclature, 181
index, 269 lignes de fabrication, 27
indicateurs lissage(s)
de performance, 202, 358, 361, 394 exponentiel, 82
de processus, 362 exponentiel simple, 82
de résultat, 362 exponentiels multiples, 84
industrialisation, 167, 196 liste de priorités, 243
informations de gestion, 393 logiciels
ingénierie simultanée, 91, 321 d’ordonnancement, 405
intégration, 406, 409, 413 de suivi, 405
interchangeabilité, 181 logistique, 378
interfaçage, 409 lot
inventaire(s), 132 de fabrication, 300
ISO 9000, 384, 431 de transfert, 300

450 © Éditions d’Organisation


Index

M moyenne(s)
mobile pondérée, 81
macro-gammes, 197 mobiles, 79
macro-nomenclatures, 188 MRP, 206
MAD MRP2, 206
(Mean Absolute Deviation), 85 MRP-Kanban, 287
lissée, 86 MSP (Maîtrise statistique des procédés),
maintenabilité, 339 343
maintenance Muda, 315
curative, 339
préventive, 340
préventive prédictive, 340 N
préventive systématique, 340
productive totale, 376 nervosité, 234
maîtrise des processus, 342, 343 nœud, 53
management des ressources de la pro- nombre de niveaux, 184
duction (MRP2), 205 nomenclature(s), 167, 181
marge, 8, 96 arborescente, 181, 190
cumulée, 190
mécanisme du calcul des besoins, 212
de fabrication, 188
MERISE, 430
de gestion de production, 188
MES, 402, 413 fonctionnelle, 188
(Manufacturing Execution Systems), indentée, 191
392 modulaires, 188
message(s), 210, 212, 222, 235 multiniveaux, 184
méthode(s) valorisée, 191
CPM, 117 non-conformité, 326
de décomposition, 74 NTED, 336
de Delphes, 72
de King, 45
de Kuziack, 42
de mise en ligne, 48
O
de prévision, 71 offre logicielle (l’), 401
des antériorités, 48 Ohno, 264
des chaînons, 52 OLYMPIOS, 430
des moyennes mobiles, 79 opération(s), 198
des rangs moyens, 48 externes (OED), 333
du chemin critique, 117 internes (IED), 333
Kanban, 263 OPITZ, 61
quantitatives, 73 OPT (Optimized Production Technolo-
micro-usines, 32 gy), 291
mise en ligne, 48 ordinateur, 402
mise en œuvre, 421 ordonnancement, 414
mise en place, 435 ordres
modularité, 408 du PDP, 235
motivation, 354 fermes, 221

© Éditions d’Organisation 451


Gestion de production

lancés, 212, 221 agrégée, 69


proposés, 210, 212, 221 de la demande, 65
Orlicky, 208 de ventes, 234
OTED, 336 principe
outillage(s), 167, 196 de l’iceberg, 326
de la bougie magique, 326
priorités, 282
P proactive, 4
processus, 379, 382, 384
partenariat, 351
production
participation, 353 à la commande, 25
PDM, 418 au plus juste, 260, 313
PDP, 402 en continu, 19
performance, 248, 357 en discontinu, 19, 20
industrielle, 313, 359 par grandes séries, 18
période(s), 210, 224, 232 par moyennes séries, 18
PERT, 104 par petites séries, 18
graphe PERT, 105 par projet, 19, 21
méthode PERT, 104 unitaire, 18
multi-PERT, 114 profil de charge, 240
PERT-cost, 116 progiciel, 432
PERT-coût, 116 programmation, 390
PGI, 402, 407 détaillée, 243
PIC, 402 programme directeur de production
pilotage (PDP), 232
de l’atelier par les contraintes, 308 projet GP, 429
de la production, 358 prospective, 321
des activités de production (PAP),
242
opérationnel, 365
stratégique, 364 Q
tactique, 364 qualité, 341
plan des données techniques, 202
« VOIR », 41 du système de planification, 247
d’ensemble, 166 gestion de la, 323
de détail, 167 totale, 376
industriel, 230 quantité économique, 123
industriel et commercial (PIC), 224
planification, 92, 206, 207, 390
plus bas niveau, 183, 219
point de commande, 144
R
poste(s) rangs moyens, 51
de charge, 193, 198 rapport d’exception, 246
prévision(s), 71, 225 ratio
à court terme, 66 critique, 96
à long terme, 66 d’efficacité, 22, 331

452 © Éditions d’Organisation


Index

réactive, 4 prévisionnel, 212


réapprovisionnement, 141 réception, 132
fixe, 142 rôle des stocks, 119
réception, 132 sortie, 132
recherche et développement, 165 types de stocks, 120
recomplètement périodique, 142 stockage, 34
référence, 171 coût de, 133
dynamique, 161
règle de priorité, 243
fixe, 158
régulation, 258
par étagères mobiles, 159
relation(s) rotatif, 160
avec les fournisseurs, 349
structure(s)
client, 413 à point de regroupement, 187
répétitivité, 18 convergente, 186
réseau(x) à niveaux multiples, 115 divergente, 186
résolution de problème, 325 parallèles, 187
suivi, 245
des flux, 248
S supply chain, 3, 4, 375, 378
surcharge, 229, 241
SADT, 430
système(s)
SCE (Supply Chain Execution), 392
d’indicateurs, 363
schéma d’information, 163, 264, 392, 418,
opératoire, 38 431
SCM, 402 d’information et de décision, 404
sections homogènes, 26, 30 de production, 357
sections multiples, 114
SGDT, 402, 418
signal d’alerte, 87 T
simulation de flux, 405
SIPOC, 330 tableau d’intensité du trafic, 56
Six sigma, 311, 323, 324 tableau des antériorités, 109
SMED, 298, 331 taille
de lot, 211, 233
sortie, 132
des lots, 302
sous-charge, 229, 241
target costing, 8, 393
standardisation, 342
taux de possession, 134
stock(s)
Taylor, 358, 376
de couverture, 146
technique(s)
de départ, 211, 233
qualitatives, 71
de sécurité, 67, 142, 146, 148, 223,
quantitatives, 71
233, 271
diminution, 121 technologie de groupe, 22, 59
fictif, 147 temps, 198
gestion des, 132 tendance, 74
gestion des () traditionnelle, 153 tension des flux, 316
niveau du, 122 Toyota, 264

© Éditions d’Organisation 453


Gestion de production

TPM (Total Productive Maintenance), variations saisonnières, 74


336 vente sur stock, 25
traçabilité des produits, 414
TRS (Taux de rendement synthétique),
336 W
Wilson (formule de), 136

U
unicité de l’information, 407, 413 Z
unité, 224 ZAD (Zones en attente de décision), 346
zone
ferme, 233
V gelée, 238
libre, 238
valeur ajoutée, 6 négociable, 238

454 © Éditions d’Organisation

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