Définition
La période de soudure pastorale désigne la période de l’année durant laquelle les ressources fourragères
naturelles (pâturages, points d’eau) deviennent insuffisantes pour répondre aux besoins du cheptel. Cela
survient après l’épuisement des réserves de la saison humide précédente, et avant la repousse des
pâturages au début de la nouvelle saison pluvieuse.
Source : FAO, 2021 – Rapport sur la sécurité alimentaire en période de soudure en Afrique de l’Ouest
En Mauritanie elle est généralement située de juin à septembre
Causes de la période de soudure
Plusieurs facteurs expliquent la récurrence et l’intensité de la période de soudure en Mauritanie :
Variabilité climatique : la faiblesse des précipitations, leur mauvaise répartition et la succession d’années
sèches réduisent considérablement la biomasse disponible.
Surexploitation des ressources naturelles : le surpâturage, la déforestation et la pression foncière
aggravent la dégradation des pâturages naturels.
Insuffisance de stockage : l'absence de mécanismes efficaces de conservation des fourrages rend les
éleveurs vulnérables dès que les pâturages se tarissent.
Croissance du cheptel sans adaptation des ressources : une augmentation du nombre d’animaux sans
extension parallèle des ressources fourragères accentue les déséquilibres.
Transhumance insuffisamment organisée : bien que pratiquée, elle est de plus en plus limitée par les
contraintes frontalières, les conflits d’usage et le manque d’eau.
Conséquences sur l’élevage
a. Conséquences économiques
Baisse de la productivité animale : perte de poids, diminution de la production laitière et ralentissement
de la reproduction.
Hausse du coût de l’alimentation : les prix des aliments du bétail montent considérablement, obligeant
parfois les éleveurs à vendre des animaux à perte.
Perte de capital animal : dans les cas extrêmes, les mortalités augmentent, entraînant des pertes
économiques importantes.
b. Conséquences sanitaires
Fragilisation des animaux : malnutrition, baisse de l’immunité, vulnérabilité aux maladies opportunistes.
Propagation des zoonoses : certaines maladies profitent de l’affaiblissement général pour se répandre
plus facilement.
c. Conséquences sociales
Migrations temporaires ou définitives vers les zones plus favorables, accentuant l’exode rural.
Tensions entre éleveurs et agriculteurs autour de l’accès aux ressources naturelles
Insécurité alimentaire dans les ménages dépendants du lait, de la viande ou des revenus liés à l’élevage.
La période de soudure : un défi économique majeur pour les éleveurs mauritaniens et l'opportunité du
fourrage hydroponique
Chaque année, la période de soudure en Mauritanie plonge des milliers d’éleveurs dans une précarité
économique aiguë. La rareté du pâturage et des ressources hydriques entraîne une forte dépendance à
l’égard des aides publiques pour assurer la survie du cheptel. En 2022, l’État mauritanien a mobilisé une
opération d'envergure pour soutenir les éleveurs, avec la vente subventionnée de 90 000 tonnes
d’aliments de bétail, représentant un coût total de 17 milliards MRO, dont 8 milliards à la charge du
budget national (Source : Sahara Media, 2022).
Cette opération, bien que salutaire, montre la lourde charge économique que représente la soudure
pour l’État et les ménages pastoraux. Le Hodh Chargui a reçu à lui seul 10 625 tonnes, suivi par le Hodh
El Gharbi avec 10 000 tonnes, témoignant de l’ampleur des besoins. Malgré les efforts de répartition et
de transparence demandés par les autorités locales, la dépendance croissante à ces aides rend le
système pastoral vulnérable à chaque déficit pluviométrique.
Face à cette situation récurrente, il devient impératif de réfléchir à des alternatives plus résilientes et
moins coûteuses à long terme. C’est dans ce contexte que le fourrage hydroponique émerge comme une
solution innovante et prometteuse. Produit à partir de céréales germées (orge, maïs, etc.) dans des
conditions contrôlées, sans terre et avec très peu d’eau, le fourrage hydroponique permet d’obtenir une
biomasse riche en nutriments en seulement 7 à 10 jours.
L’intérêt économique est double :
Réduction de la dépendance aux importations de concentrés et de fourrage traditionnel, souvent
coûteux.
Production locale à faible coût, même dans des zones arides, grâce à une consommation d’eau jusqu’à
90 % inférieure à celle des cultures classiques.
De plus, le fourrage hydroponique peut être mis en œuvre à l’échelle communautaire ou individuelle,
réduisant ainsi les coûts logistiques et favorisant l’autonomie des éleveurs, même en période de
soudure.
Ainsi, intégrer le fourrage hydroponique dans les politiques publiques et les programmes d’appui au
pastoralisme constituerait une réponse structurelle à la crise cyclique de la soudure. C’est un levier
concret pour réduire les dépenses publiques, sécuriser les revenus des éleveurs et renforcer la résilience
du secteur de l’élevage, pilier de l’économie mauritanienne.