– LA COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME
Traité de Londres du 5 mai 1949
Convention européenne des droits de l’homme (Conv. EDH), signée le 4 novembre
1950 => Sa ratification par la France a été autorisée par la loi du 31 décembre
1973 et prononcée par le décret du 3 mai 9174
I) Institutions du Conseil de l’Europe
1°) Assemblée parlementaire
318 membres, élus ou désignés par les parlements nationaux (avec un nombre
de représentants variant, en fonction de la démographie, de 2 à 18 par État)
Elle discute des grandes questions d’actualité et adresse des recommandations
au Comité des ministres
2°) Comité des ministres :
Réunion des ministres des affaires étrangères des pays membres (avec une
présidence exercée à tour de rôle, durant 6 mois, par le ministre de chaque État,
suivant une rotation alphabétique)
Il arrête le budget du Conseil de l’Europe et veille au respect des engagements
contractés par les États dans le cadre de l’organisation, ainsi qu’à la bonne
exécution des arrêts rendus par la CEDH
3°) Secrétaire général :
Élu par l’assemblée parlementaire pour un mandat renouvelable de 5 ans
Il assure l’administration du Conseil de l’Europe et il prépare et exécute son
budget
II) Activités du Conseil de l’Europe
1°) Conventions du Conseil de l’Europe :
1. Caractéristiques de ces conventions :
o Elles ont pour objectif commun de promouvoir l’exercice des droits
fondamentaux et de lutter, à l’échelle européenne, contre certaines
dérives
o Elles sont adoptées par le Comité des ministres et l’Assemblée
parlementaire
o Elles ne deviennent contraignantes qu’à l’égard des États qui les ratifient
2. Ainsi :
o Charte sociale européenne, adoptée en 1961 et révisée en 1996 :
Elle proclame l’ensemble des droits sociaux et prévoit que chaque
État partie établit tous les ans un rapport sur les conditions dans
lesquelles il les met en œuvre
Elle institue le Comité européen des droits sociaux :
Il est chargé de veiller à la bonne application des
orientations qu’elle définit
Il est composé de 15 membres élus par le Comité des
ministres pour un mandat de 6 ans, renouvelable une fois
Elle a été ratifiée par la France par le décret du 4 février 2000
o Charte européenne de l’autonomie locale, adoptée en 1985 :
Elle fixe des normes communes pour protéger et développer les
droits et les libertés des collectivités locales
Elle institue le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux :
Il est chargé d’évaluer la situation de la démocratie locale et
d’adopter des résolutions pour la renforcer
Il est composé de 636 élus locaux représentant plus de 200
000 collectivités territoriales des 47 États membres
Elle a été ratifiée par la France par le décret du 3 mai 2007
o Charte européenne des langues régionales et minoritaires, adoptée
en 1992 :
Elle vise à protéger et favoriser les langues historiques régionales
et les langues des minorités en Europe
Elle n’a pas été ratifiée par la France :
Le Conseil constitutionnel a jugé qu’elle était contraire aux
exigences constitutionnelles d’indivisibilité de la
République, d’égalité devant la loi et d’unicité du peuple
français, et qu’elle méconnaissait de l’art. 2 C en autorisant
à utiliser une langue régionale non seulement dans la vie
privée, mais aussi dans les rapports avec l’administration
(CC, 1999, Charte européenne des langues régionales ou
minoritaires)
Le Conseil d’État s’est prononcé dans le même sens
o Autres conventions, notamment :
Convention européenne d’extradition (1957)
Convention européenne pour la répression du terrorisme (1977)
Convention pour la protection des personnes à l’égard du
traitement automatisé des données à caractère personnel (1981)
Convention européenne pour la prévention de la torture et des
peines ou traitements inhumains ou dégradants (1987)
Convention sur la cybercriminalité (2001)
Convention sur la lutte contre la traite des êtres humains (2005)
Convention européenne pour la protection des enfants contre
l’exploitation et les abus sexuels (2007)
Convention sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard
des femmes et la violence domestique (2011)
Convention européenne du paysage (2016)
Convention sur les infractions visant les biens culturels (2017)
2°) Commissaire aux droits de l’homme :
Institué en 1999
Élu pour un mandat de 6 ans non renouvelable par l’Assemblée parlementaire
Il a pour vocation de sensibiliser aux droits de l’homme et de promouvoir leur
respect
III) Convention et Cour européenne des droits de l’homme
1°) Cadre juridique de la Conv. EDH :
1. Droits proclamés par la Conv. EDH :
o Droits absolus :
Droit à la vie (art. 2 de la Conv. EDH)
Interdiction de la torture (art. 3 de la Conv. EDH)
Interdiction de l’esclavage et du travail forcé (art. 4 de la Conv.
EDH)
o Droits et libertés qui ne peuvent connaître d’autres restrictions que celles
qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires à la vie en
commun dans une société démocratique :
Droit à la liberté et à la sûreté (art. 5 de la Conv. EDH)
Droit à un procès équitable (art. 6 de la Conv. EDH)
Droit au respect de la vie privée et familiale (art. 8 de la Conv.
EDH)
Liberté de pensée, de conscience et de religion (art. 9 de la Conv.
EDH)
Liberté d’expression (art. 10 de la Conv. EDH)
Liberté de réunion et d’association (art. 11 de la Conv. EDH)
Droit à un recours effectif (art. 13 de la Conv. EDH)
2. Protocoles additionnels :
o Protocole n° 1 sur la protection de la propriété
o Protocoles n° 6 et n° 13 sur l’abolition de la peine de mort
o Protocoles n° 11, 14, 15 et 16 sur les modalités d’intervention de la
CEDH :
Protocole n° 11 (droit à un double degré de juridiction en matière
pénale, droit d’indemnisation en cas d’erreur judiciaire, droit à ne
pas être jugé ou puni deux fois)
Protocole n° 14 (greffe et rapporteurs, formations de juge unique,
etc)
Protocole n° 15 (principe de subsidiarité, doctrine de la CEDH sur
la marge d’appréciation des États)
Protocole n° 16 (saisine de la CEDH par les juridictions nationales
d’une question de principe relative à l’interprétation ou à
l’application de la CEDH
2°) Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) :
1 Composition de la CEDH => Composée de 40 juges (1 par État) :
o Élus par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe sur une liste
de 3 noms proposés par chaque État, après l’avis d’un « panel » de 7
personnes, anciens juges de la CEDH ou membres des cours suprêmes
nationales
o Présidence assurée par un juge élu parmi ses pairs pour un mandat
renouvelable de 3 ans
2. Fonctionnement de la CEDH :
o Cas de saisine de la CEDH :
Saisie après épuisement des voies de recours internes pour
méconnaissance de la Conv. EDH
Saisine par un État pour un manquement aux obligations de la
Conv. EDH imputable à un autre État
Saisine par le Comité des ministres pour avis sur des questions
juridiques concernant l’interprétation de la Conv. EDH et de ses
protocoles
o Moyens procéduraux renforcés par le protocole n° 14 :
Juge unique qui peut déclarer une requête irrecevable
Ajout d’un critère de recevabilité, à savoir l’absence de préjudice
important pour le requérant
o Formations de jugement :
Comité de 3 juges
Chambre de 7 juges
Grande chambre de 17 juges
Assemblée plénière pour élire le président de la CEDH, le vice-
président de la CEDH et les présidents de chambre, ainsi que pour
prendre des décisions d’administration générale relatives à son
fonctionnement
3. Activité juridictionnelle de la CEDH :
o Activité tournée vers la Conv. EDH :
Au travers de la CEDH, la Conv. EDH a pris le « caractère
spécifique de traité de garantie collective des droits de l’homme et
des libertés fondamentales » (CEDH, 1978, Irlande c/ Royaume-
Uni ; CEDH, 1989, Soering c/ Royaume-Uni) et est un « instrument
constitutionnel de l’ordre public européen » (Franck Moderne, La
Convention européenne des droits de l’homme, 2005)
La CEDH interprète les dispos de la Conv. EDH « de manière
ouverte, dynamique, souple et évolutive, (…) relativement
distanciée par rapport aux États signataires de la Convention »
(CEDH, 1995, Loizidou c/ Turquie)
o Prise en compte des traditions nationales en reconnaissant une marge
d’appréciation aux États parties :
Exclusion des extrémistes de la fonction publique allemande
(CEDH, 1986, Glasenopp)
Interdiction du divorce en Irlande (CEDH, 1986, Johnston)
Dissolution des partis espagnols liés à l’organisation terroriste ETA
(CEDH, 2009, Batasuna)
Présence de crucifix dans les écoles italiennes (CEDH, 2011,
Lautsi c/ Italie)
Interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public
(CEDH, 2014, S.A.S. c/ France ; CEDH, 2017, Belacem et Oussar
c/ Belgique)
Refus du renouvellement du contrat d’une assistante sociale qui
refusait d’enlever son voile au travail (CEDH, 2015, Mme
Ebrahimian c/ France)
o Strict respect de l’ensemble des droits garantis par la Conv. EDH, en
étant particulièrement vigilante à l’égard des personnes les plus
vulnérables (malades, étrangers, migrants, détenus), d’où l’influence de
la jurisprudence de la CEDH sur les législations nationales
4. Conséquences des arrêts de la CEDH :
o Les arrêts de la CEDH qui constatent un manquement peuvent mettre à
la charge de l’État une somme à verser au requérant à titre de
satisfaction équitable
o Portée à la fois obligatoire et déclaratoire :
Obligatoire car il incombe à l’État de réparer les conséquences de
la violation constatée et de prendre les mesures nécessaires pour
assurer la disparition de la source de cette violation (CE, 2012,
Baumet)
Déclaratoire car elle laisse à l’État, qui dispose sur ce point d’une
importante marge d’appréciation, le choix des moyens à utiliser
pour se conformer à la décision de la CEDH (CEDH, 1979, Marckx
c/ Belgique)
Contrôle de la bonne exécution des arrêts de la CEDH par le Comité des ministres
=> S’il constate un manquement persistant, il peut décider, après une mise en
demeure et à la majorité des 2/3, de saisir la CEDH de la difficulté