I.
Les contextes historique et culturel
Corneille a vécu sous le règne de Louis XIII et celui de Louis XIV, les deux rois qui
ont consolidé la notion de monarchie absolue et de toute puissance du roi.
Si cette période est propice aux aristocrates qui vivent une vie luxueuse, le
peuple s’appauvrit ce qui le conduit à se révolter. C’est alors l’époque de la
Fronde (1648-1653) qui est une insurrection populaire contre les réformes du
gouvernement.
Culturellement, Corneille se situe à la charnière de deux esthétiques :
le mouvement baroque et le mouvement classique. Le baroque est
reconnaissable à ses excès, son absence de limites et de règles, le foisonnement
de ses intrigues tandis que le classicisme cherche à représenter des actions
vraisemblables dans la langue la plus précise et pure possible.
C’est dans les années 1630 qu’apparaissent des règles théâtrales qui feront
basculer du baroque vers le classicisme : la règle des unités de lieu, de temps
et d’action ainsi que la règle de vraisemblance (tout ce qui se passe sur scène
doit être possible) et de bienséance (rien ne doit heurter le spectateur).
II. Présentation de l’œuvre
A) Le genre
Le Menteur est une comédie c’est-à-dire qu’il s’agit d’une pièce qui a pour but de
divertir les spectateurs en présentant des personnages vivants, des
rebondissements amusants et qui se termine toujours bien, le plus souvent par
un mariage.
Le Menteur ne s’inscrit véritablement dans aucun mouvement littéraire puisque
cette pièce emprunte à la fois des caractéristiques au théâtre baroque (les
multiples mensonges, la notion d’illusion, les rebondissements improbables) et
au théâtre classique (respect de la règle des unités).
B) La structure
La pièce est divisée en 5 actes :
Acte I : Dorante rencontre deux jeunes filles, Clarice et Lucrèce et, suite à
un quiproquo, il confond les deux femmes. Afin de leur plaire, le jeune
homme va formuler ses premiers mensonges en s’inventant un glorieux
passé militaire.
Acte II : l’intrigue se met en place. Le père de Dorante veut le marier à la
fille qu’il aime, Clarice, cependant, suite à l’imbroglio de l’acte I, il est
persuadé qu’elle se nomme Lucrèce. Afin de refuser le mariage avec
Clarice, qu’il ne pense pas aimer, il invente un nouveau mensonge : il
serait en réalité déjà marié.
Acte III : Clarice reproche à Dorante d’être déjà marié, il doit alors avouer
la vérité à son amante.
Acte IV : les mensonges se poursuivent. L’épouse imaginaire de Dorante
serait enceinte, ce qui l’empêche de venir à Paris pour rencontrer son
beau-père. Dorante se laisse courtiser par Lucrèce.
Acte V : le dénouement de la pièce permet de tirer au clair les différentes
intrigues. Dorante ne sait plus s’il est amoureux de Clarice ou de Lucrèce,
qu’il confond toujours. Les identités des jeunes filles sont alors révélées et
Dorante fait finalement le choix d’épouser Lucrèce.
III. Analyse de la pièce
A) Les personnages
Dorante : ayant terminé ses études à Poitiers, Dorante retourne à Paris.
Menteur compulsif, il cherche à se glorifier en s’inventant un brillant passé
militaire. Soucieux de séduire, il mettra en place par la suite d’autres
mensonges auprès de tous les personnages.
Clarice et Lucrèce : Dorante confond les deux jeunes femmes. S’il aime
Clarice, il est persuadé d’aimer Lucrèce. Quand il tombe amoureux de
Lucrèce, il pense alors qu’elle s’appelle Clarice. Il sera épris des deux à la
fin de la pièce et choisira finalement Lucrèce.
Géronte : Géronte est le père de Dorante. Il appartient à la noblesse et il
lui tient donc à cœur de respecter les codes de celle-ci, ce que ne fait
absolument pas son fils avec ses mensonges. Il s’agit d’un personnage
crédule qui se laisse aisément duper par Dorante.
B) Les thématiques
Le mensonge : la thématique du mensonge est présente dès le titre qui
désigne Dorante. Ce personnage semble d’ailleurs un menteur inarrêtable,
s’enfonçant toujours plus dans ses histoires. Dorante n’est néanmoins pas
le seul menteur de la pièce : Clarice pratique également la duperie
lorsqu’elle donne un rendez-vous nocturne à Dorante en se faisant passer
pour Lucrèce. Faire de la jeune femme une menteuse rend l’action du
personnage principal moins condamnable, Clarice n’étant elle-même pas
sincère.
L’amour : si les mensonges semblent être la thématique principale de la
pièce, un autre thème aussi important est présent dans la pièce : celui de
l’amour. Car toutes les histoires de Dorante viennent de son envie de
séduire et d’être aimé.
L’honneur : Géronte a à cœur de respecter le code d’honneur de
l’aristocratie ; néanmoins, son fils n’y accorde aucune importance. En
mettant en avant cette thématique dans la comédie sociale, Corneille
illustre bien l’importance de l’honneur familial au XIX e siècle, comme on
peut également le voir dans le Cid.
C) Le lien avec le parcours
« Mensonge et comédie » est un intitulé mettant en avant le rôle fondamental du
mensonge au théâtre. En effet, le théâtre se définit comme un art de l’illusion : il
s’agit de représenter des choses qui ne sont pas vraies, c’est-à-dire de mentir.
Les comédiens sont alors des menteurs qui se font passer pour ce qu’ils ne sont
pas, à l’instar de Dorante.
La notion de mensonge est particulièrement importante dans les comédies. Celui-
ci permet de relancer les intrigues, de créer des rebondissements ou encore des
quiproquos, il sert donc de moteur dramatique.