Transition agroécologique au Sénégal
Transition agroécologique au Sénégal
L’agroécologie est reconnue au niveau interna�onal comme un levier puissant pour rendre l’agriculture
plus durable et plus résiliente face au changement clima�que. En Afrique subsaharienne, de nombreuses
études ont montré que l’agroécologie peut contribuer à l’emploi, à la sécurité alimentaire et à la restaura-
�on des ressources et des services écosystémiques. L’agroécologie n’est pas un retour vers l’agriculture
tradi�onnelle : elle s’inspire des connaissances et des pra�ques endogènes tout en mobilisant les apports
des sciences pour répondre de manière durable aux enjeux du XXIe siècle.
Les résultats des ateliers zonaux, appuyés par la li�érature existante, ont montré que l’agriculture séné-
galaise souffre d’un déséquilibre structurel. Les producteurs montrent une dépendance croissante aux
intrants exogènes et s’adonnent à une u�lisa�on excessive et non-durable des ressources telles que l’eau,
le sol et la forêt. Les systèmes agricoles et d’élevage demeurent fragiles et coexistent de plus en plus
difficilement en raison de la pression foncière et des mul�ples transforma�ons en cours dans les
territoires (dégrada�on des forêts, salinisa�on des nappes et des sols, réduc�on des ressources
fourragères et de la mobilité du bétail). Ces déséquilibres sont mus par des processus globaux sur
lesquels l’agriculture locale n’a aucune prise, tels que les muta�ons démographiques, l’urbanisa�on
rapide, le changement clima�que ou encore l’exploita�on minière. Les popula�ons rurales qui
dépendent de l’agriculture et des ressources naturelles pour leur sécurité alimentaire paient un lourd
tribut face à ce�e dégrada�on généralisée de leur environnement.
Au Sénégal, l’Etat, les chercheurs et les acteurs de la société civile œuvrent depuis longtemps en faveur
de l’agroécologie, avec un engagement des femmes au premier plan. Aux niveaux régional et
interna�onal, les partenaires techniques et financiers ont affiché leur volonté d’interven�on coordonnée
en Afrique de l’Ouest et ils convergent autour des pra�ques et des valeurs de l’agroécologie. Ce nouveau
contexte cons�tue une opportunité sans précédent pour l’agroécologie au Sénégal.
Pour réussir, la transi�on agroécologique devra nécessairement s’appuyer sur des changements
profonds dans l’organisa�on des filières et des territoires ainsi que dans l’ensemble du système d’appui à
l’agriculture (recherche, forma�on, conseil, subven�on, financement, etc.). Le passage à l’échelle de la
transi�on agroécologique nécessite donc une interven�on de l’Etat. C’est pour ce�e raison que la
DyTAES appelle à la construc�on d’une poli�que intégrée et holis�que, reposant sur une interven�on
coordonnée dans plusieurs secteurs et capable de prendre en compte le caractère mul�dimensionnel et
transversal de la transi�on agroécologique. Une telle poli�que pourrait être orientée autour de quatre
axes essen�els : (i) l’améliora�on et la sécurisa�on des bases produc�ves ; (ii) l’accroissement durable de
la produc�vité et des produc�ons agro-sylvo-pastorales et halieu�ques ; (iii) la promo�on des produits
issus de l’agroécologie dans les chaînes de valeur ; (iv) l’améliora�on de la gouvernance, des condi�ons
cadres et du financement pour une transi�on agroécologique à grande échelle à l'horizon 2035.
Me�re en place un cadre de dialogue mul�-acteurs na�onal pour : (i) définir le contenu et les modal-
ités d’opéra�onnalisa�on d’une poli�que na�onale de transi�on agroécologique prenant en compte
les orienta�ons poli�ques iden�fiées par la DyTAES ; (ii) établir les rôles et responsabilités de
chacune des par�es prenantes ; (iii) �rer des enseignements des expériences locales pour élaborer la
poli�que de transi�on agroécologique.
Iden�fier et me�re en œuvre des mesures immédiates et prioritaires pouvant faire un effet de levier
pour la transi�on agroécologique.
Les membres de la DyTAES appellent les partenaires techniques et financiers à appuyer le Gouvernement
du Sénégal dans la conduite d’expérimenta�ons pilotes ainsi que dans l’élabora�on et la mise en œuvre
d’une poli�que de transi�on agroécologique.
Table des matières
Résumé exécu�f 1
Table des ma�ères 4
Avant-propos 5
Acronymes 6
Introduc�on générale 7
[Link] processus de consulta�on de la DyTAES 11
[Link] quinze défis de l’agriculture sénégalaise 19
2.1. Promouvoir une agriculture familiale prospère et épanouie 21
2.2. Sécuriser les ressources produc�ves de l’agriculture sénégalaise 25
2.3. Promouvoir des systèmes agricoles et alimentaires durables 32
2.4. Déclinaison du diagnos�c par zone éco-géographique 36
2.5. Nécessité d’une transforma�on systémique 39
3.Nécessité d’une transi�on agroécologique au Sénégal 41
3.1. L’agroécologie : un intérêt reconnu à l’interna�onal 42
3.2. L’agroécologie préserve les tradi�ons tout en se tournant vers l’avenir 43
3.3. La vision DyTAES de l’agroécologie 45
[Link] marche de l’agroécologie au Sénégal 49
4.1. Trois décennies de poli�ques publiques en faveur de l’agroécologie 51
4.2. Un engagement de la société civile et des acteurs interna�onaux 55
4.3. Des élus pionniers 57
4.4. Des acteurs de la recherche engagés en faveur de l’agroécologie 58
4.5. Un rôle moteur des femmes dans la transi�on agroécologique 59
4.6. Les acteurs de l’agroécologie sénégalaise fédérés autour de plusieurs plateformes 60
4.7. L’agroécologie au cœur d’une série de grands projets régionaux 61
[Link] des ini�a�ves agroécologiques 63
5.1. Ini�a�ves de ges�on durable des ressources naturelles 65
5.2. Ini�a�ves d’intensifica�on écologique de l’agriculture 67
5.3. Ini�a�ves d’intégra�on agriculture-élevage 70
5.4. Ini�a�ves de mise en marché des produits issus de l’agroécologie 72
5.5. Ini�a�ves de forma�on et aide à l’installa�on 74
5.6. Projets holis�ques de territoires 76
[Link] et leviers à la transi�on agroécologique au Sénégal 79
6.1. Freins liés aux ressources 81
6.2. Freins liés au système de recherche-forma�on-conseil 82
6.3. Freins socio-économiques 83
6.4. Leviers possibles pour une transi�on agroécologique 84
[Link]�ons poli�ques pour une transi�on agroécologique au Sénégal 85
Axe 1 - Améliora�on et sécurisa�on des bases produc�ves 87
Axe 2 - Accroissement durable de la produc�vité et des produc�ons agro-sylvo-pastorales et halieu�ques 88
Axe 3 - Promo�on des produits issus de l’agroécologie dans les chaînes de valeur agro-sylvo-pastorales et halieu-
�ques 89
Axe 4 - Améliora�on de la gouvernance, des condi�ons cadres et du financement pour une transi�on
agroécologique à grande échelle 90
Conclusion générale et recommanda�ons immédiates 91
Bibliographie 94
Table des tableaux et figures 96
Avant-propos
Pour la première fois dans l’histoire des poli�ques dans le cadre du Réseau des Villes et communes
publiques agricoles du Sénégal, on assiste à une Vertes et Ecologiques du Sénégal (REVES). Les
convergence des discours et des valeurs portés par acteurs de la recherche produisent également des
l’Etat et par les acteurs de la société civile autour connaissances et développent des solu�ons alter-
d’un seul et même projet : la transi�on na�ves durables en subs�tu�on à l’agriculture
agroécologique. conven�onnelle.
Durant les quarante années écoulées, le dialogue Ces ini�a�ves cons�tuent un capital précieux qui
ins�tu�onnel entre l’administra�on et la société peut servir de rampe de lancement pour franchir
civile avait été marqué par des divergences et des de nouvelles étapes dans la transi�on
blocages autour de ques�ons cruciales comme le agroécologique. Toutefois, ces acquis restent
développement agricole ou la réforme foncière. Le modestes et la situa�on générale de l’agriculture
rapprochement actuel des points de vue est donc sénégalaise est préoccupante. Les ressources
créateur d’opportunités : il existe à l’heure actuelle produc�ves de base (eau, sols, forêts, pâtures,
une réelle possibilité d’œuvrer ensemble pour poissons) se dégradent rapidement et la majorité
accélérer la transi�on agroécologique au Sénégal. des producteurs restent dans le paradigme de
Nous avons l’obliga�on d’être présents à ce l’agriculture conven�onnelle. Devant ce constat,
rendez-vous avec l’histoire pour forger l’avenir de les forces oeuvrant dans l’agroécologie sénégalaise
nos sociétés rurales, de nos villes et de notre pays. ont décidé de se réunir au sein d’une seule alliance
- la Dynamique pour une Transi�on AgroEco-
D’ores et déjà, la transi�on agroécologique est logique au Sénégal (DyTAES) – dans le but de
enclenchée au Sénégal et les ini�a�ves de s’engager, aux côtés de l’Etat du Sénégal, dans la
différents groupes d’acteurs ont permis d’enregis- construc�on d’une poli�que na�onale de transi-
trer des acquis importants. L’Etat du Sénégal a �on agroécologique. Le présent document se veut
affiché sa volonté d’aller vers une transi�on une première contribu�on pour ouvrir le dialogue
agroécologique. Il a mis en place plusieurs lois, poli�que.
règlementa�ons, programmes et projets qui
contribuent à rendre l’agriculture plus résiliente et
à protéger l’environnement et les ressources natur-
elles. Les Organisa�ons Non-Gouvernementales et
les Organisa�ons Communautaires de Base jouent
un rôle à la fois pionnier et moteur dans la mise en
pra�que de l’agroécologie. Ces acteurs apportent
une contribu�on déterminante en intervenant
dans différents domaines (ac�vités opéra�on-
nelles dans les terroirs, mise en réseau des
acteurs, plaidoyer na�onal et interna-
�onal, etc.). Les femmes construisent des cadres
organisa�onnels dynamiques (groupements et
associa�ons) et jouent un rôle proac�f dans les
projets de transi�on agroécologique. Les élus
d’une trentaine de communes s’emploient à
donner corps à la transi�on agroécologique dans
leurs territoires et à coordonner leurs ini�a�ves
L’agriculture sénégalaise face à des défis mul�ples Les systèmes de produc�on conven�onnels parais-
L’agriculture sénégalaise est confrontée à des défis sent produc�fs à court terme, mais ils sont en réalité
d’une ampleur inédite. Elle doit en effet fournir de bâ�s sur des fonda�ons très fragiles. Ils enferment
manière durable de la nourriture saine, en quan�té les producteurs dans un modèle technico-économi-
suffisante et économiquement accessible pour une que peu résilient face aux aléas clima�ques et aux
popula�on en augmenta�on rapide. Il s’agit égale- bio-agresseurs, et marqué par une dépendance
ment pour l’agriculture de garan�r des revenus élevée aux intrants exogènes (semences, fer�lisants
décents et stables aux exploita�ons familiales, qui minéraux, produits phytosanitaires, etc.), une
dans leur grande majorité, dépendent des ac�vités instabilité des rendements et une vola�lité des prix.
agro-sylvo-pastorales et halieu�ques pour leur L’usage systéma�que des pes�cides entraine des
survie. Les ac�vités agricoles doivent devenir une phénomènes de résistances chez les popula�ons de
source a�rac�ve d’emplois pour maintenir les jeunes bio-agresseurs, ce qui oblige les producteurs à
dans tous les territoires du Sénégal. L’agriculture traiter toujours plus. Cela génère des risques très
sénégalaise doit enfin contribuer à la ges�on durable élevés pour la santé des producteurs (exposi�on
des ressources naturelles, et s’adapter en réponse à directe), des consommateurs (inges�on des résidus
la menace du changement clima�que. de pes�cides) et de l’environnement. L’agriculture
conven�onnelle a contribué à la dégrada�on
L’Etat engagé pour l’agriculture progressive des ressources produc�ves, notamment
Face à ces défis cruciaux, le Gouvernement du l’eau, la terre et la forêt. Elle a contribué à la perte
Sénégal a adopté un nouveau modèle de développe- de fer�lité des sols et à l’érosion irréversible de la
ment des�né à accélérer sa marche vers l’émergence. biodiversité, fragilisant les terroirs et les moyens
Le Plan Sénégal Émergent (PSE) qui cons�tue le d’existence des popula�ons rurales les plus vulnéra-
référen�el de la poli�que économique et sociale à bles.
moyen et long terme, fait de l’agriculture la force
motrice pour l’avènement d’un Sénégal émergent à L’agroécologie pour changer de paradigme de dével-
l’horizon 2035. Le Programme d’Accéléra�on de la oppement agricole
Cadence de l’Agriculture Sénégalaise (PRACAS), volet Le Sénégal n’est pas un cas isolé. Partout dans le
agricole du PSE, vise à construire une agriculture monde, les études se mul�plient et confirment les
compé��ve, diversifiée et durable, facteur de limites des systèmes agricoles et alimentaires
renforcement d’une résilience qui �re avantage du conven�onnels. Aussi, plusieurs rapports interna-
commerce interna�onal tout en garan�ssant des �onaux s’accordent sur la nécessité de repenser en
revenus stables aux ruraux. Le PRACAS ambi�onne profondeur nos manières de produire, d’échanger et
également de faire de l’agriculture un grand levier de consommer les aliments (IAASTD, 2009 ;
d’emploi pour les jeunes. IPES-Food, 2016). Plus encore, ils appellent à un
changement de paradigme, pour de nouvelles
Quelques constats sur l’agriculture conven�onnelle rela�ons entre agriculture, élevage, environnement,
L’agriculture sénégalaise a connu des transforma�ons systèmes alimentaires et la société dans son ensem-
importantes depuis les années 1960. L’essor de ble. Plusieurs acteurs et ins�tu�ons interna�onales
l’agriculture conven�onnelle a apporté des richesses, considèrent l’agroécologie comme un levier
que ce soit dans les Niayes avec l’arboriculture et le puissant pour orchestrer ce changement de
maraichage, dans le Sénégal oriental avec le coton, paradigme, et rendre plus durables et plus saines
dans la zone centrale avec l’arachide ou encore dans l’agriculture et l’alimenta�on (FAO, 2018a ;
la vallée du fleuve Sénégal avec le riz, la canne à sucre IPES-Food, 2018). Olivier De Schu�er, rapporteur
et la tomate. Malgré les avancées indéniables spécial des Na�ons Unies pour le droit à l’alimenta-
réalisées depuis ce�e date grâce aux différentes �on, s’inscrit dans ce�e perspec�ve, soulignant que
poli�ques et interven�ons de l’Etat, de nombreux « l’agroécologie peut doubler la produc�on alimen-
défis subsistent. Le modèle d’intensifica�on agricole taire en dix ans tout en réduisant la pauvreté rurale»
promu jusqu’à aujourd’hui, n’apporte pas de répon- (De Schu�er, 2011).
ses durables aux défis de l’agriculture sénégalaise.
Chapitre 1
LE PROCESSUS DE
CONSULTATION DE LA
DyTAES
La DyTAES : un processus mul�-acteurs pour une d’élevage, de développement rural et de sécurité
transi�on agroécologique au Sénégal alimentaire ; (ii) sensibiliser les acteurs sur la néces-
La Dynamique pour une Transi�on AgroEcologique au sité d’une transi�on agroécologique ; (iii) iden�fier
Sénégal (DyTAES) est née d’un constat : malgré la des ini�a�ves agroécologiques prome�euses ; (iv)
bonne volonté du gouvernement et des autres comprendre pour chaque zone les freins et leviers à
acteurs, la mise à l’échelle de l’agroécologie est la transi�on agroécologique ; (v) recueillir les propo-
freinée par l’éparpillement des ini�a�ves et par des si�ons poli�ques des acteurs en lien avec les enjeux
blocages systémiques. Un dialogue entre tous les majeurs iden�fiés.
acteurs et une mise en synergie des ini�a�ves
apparaissent comme deux condi�ons préalables pour Dans chaque zone, une équipe d’une dizaine de
aller de l’avant. Une étude commanditée par ENDA volontaires appartenant aux organisa�ons membres
Pronat avait permis de dresser ce constat et d’explo- de la DyTAES a mobilisé les acteurs, organisé les
rer les condi�ons de faisabilité d’un partenariat visites de sites et mené le processus de consulta�on.
mul�-acteurs pour la transi�on agroécologique au Les consulta�ons zonales étaient facilitées par une
Sénégal. L’atelier de res�tu�on de ce�e étude (8 mai structure partenaire ayant des ac�vités localement.
2019) fut l’évènement fondateur à l’origine de la L’ensemble du processus a été appuyé technique-
créa�on de la DyTAES, et le point de départ du proces- ment par un consultant et animé par une équipe
sus fédérateur qui a conduit à la rédac�on de ce d’une dizaine de personnes appartenant aux
rapport. structures-membres de la DyTAES.
Consulter la base pour faire remonter des recomman- Pour chaque consulta�on, la méthodologie était la
da�ons poli�ques même : le premier jour, l’équipe DyTAES se séparait
Entre le 05 août et le 11 novembre 2019, la DyTAES a en deux groupes ; chaque groupe réalisait des visites
conduit un vaste processus de consulta�on du de sites (Figure 1) en présence d’une cinquantaine
monde agricole du Sénégal. Une consulta�on a été d’acteurs locaux. Ces visites de sites étaient générale-
organisée dans chacune des six zones éco-géo- ment organisées autour d’ini�a�ves
graphiques et une sep�ème à Dakar avec des consom- agroécologiques portées par l’Etat, des Organisa-
mateurs (Tableau 2). Les consulta�ons, avaient 5 �ons Non-Gouvernementales (ONG) ou des par�culi-
objec�fs : (i) établir pour chaque zone un diagnos�c ers.
des enjeux majeurs en ma�ère d’agriculture,
Tableau 1 : Organisations à l’origine de la DyTAES. Par la suite, beaucoup d’autres organisations ont
rejoint le mouvement.
Elus REVES
12
13
Ferlo 25-26 Rotto Ery, Kamb, Ranch de Dahra FAPAL, SOS Faim,
sept. Dolly, Diacksao Touré, Centre CNCR, RNFRS, Enda
d’alerte de Thiel Pronat
Les 18 et 19 novembre 2019, la DyTAES a organisé un (Tableau 3), apportant une richesse remarquable de
atelier na�onal en présence de représentants de la témoignages : agriculteurs, éleveurs, transformateurs,
société civile sénégalaise, de l’Etat et des partenaires pêcheurs, exploitants fores�ers, représentants de la
techniques et financiers, afin de res�tuer, me�re en société civile, associa�ons, universités publiques,
débat et valider le diagnos�c zonal et les recommanda- ins�tuts de recherche, secteur privé, services
�ons poli�ques. Cet atelier de res�tu�on a été organisé techniques de l’Etat, autorités déconcentrées, collec�vi-
sous la présidence du Ministère de l’agriculture et de tés territoriales. Les consulta�ons zonales et l’atelier de
l’équipement rural en la personne de son premier res�tu�on ont été relayés par des médias locaux et
conseiller technique. na�onaux, ainsi que par l’équipe de communica�on de
la DyTAES.
Le processus de consulta�on a permis à l’équipe
DyTAES de visiter trente-deux sites et de recueillir le
témoignage de plus de 1000 personnes. Les acteurs
rencontrés étaient extrêmement diversifiés
16
Secteur privé Ferme les quatre chemins, Sow Ranch, West Farm Africa
Agences et services Assemblée nationale, ANCAR, ANACIM, ARD Kédougou, Service départe-
techniques de l’Etat mental de développement rural (SDDR), SAED, CNCAS, ISRA, Direction
de l’horticulture, Service de l’élevage, Service des Eaux et forêts,
GEOFIT/AIDEP, AIDEP/SAED, Délégation INP/Kédougou, IREF/Kédougou,
CERES LOCUSTOX, Direction de l’Horticulture, Direction de la Protection
des Végétaux (DPV), Ranch de Dolly
Collectivités Haut Conseil des collectivités territoriales (HCCT), Mairies des communes
territoriales de Ndiob, Dinguiraye, Thiel, Dahra, Kamb, Ouarkhokh, Conseil municipal
de Dimboli, Conseil départemental de Kédougou, Réseau des Communes
et Villes Vertes du Sénégal
17
Les résultats concernant les enjeux agricoles majeurs ont été systéma�quement confrontés à la
li�érature existante. Ce�e dernière est citée tout au long du rapport.
Le catalogue des ini�a�ves agroécologiques a été enrichi via : (i) un appel à témoignage lancé
auprès des membres de la DyTAES et de leurs partenaires ; (ii) une cartographie des ini�a�ves
agroécologiques réalisée par la TAFAé ; (iii) une série de fiches ini�a�ves agroécologiques réalisées
par le CIRAD dans le cadre de la 3AO.
Les freins et leviers à la transi�on agroécologiques qui ont été iden�fiés sur le terrain ont été
confrontés aux résultats d’une autre étude (Levard & Mathieu, 2018).
18
Chapitre 2
LES QUINZE DÉFIS
DE L’AGRICULTURE
SÉNÉGALAISE
Le processus de consulta�on zonale couplé à une analyse de la li�érature existante a amené
la DyTAES à iden�fier 15 défis majeurs pour l’agriculture sénégalaise (Figure 2). Ces défis sont
liés à la promo�on d’une agriculture familiale (défis 1 à 5), à la ges�on durable des ressources
produc�ves (défis 6 à 11) et à la résilience des systèmes agricoles et alimentaires (défis 12 à
15).
20
Défi N°1 : Protéger et développer l’agriculture L’agriculture familiale est également pénalisée par la
familiale vétusté et le manque de matériel agricole. Devant la
pénibilité du travail au champ, beaucoup d’agricul-
Un défi fondamental et primordial est de reconnaitre teurs souhaitent moderniser leur matériel pour
et soutenir les exploita�ons familiales, car ce sont gagner en efficacité. Mais ces derniers ont de faibles
elles qui nourrissent le Sénégal, et qui assurent des capacités d’inves�ssement, et ils ont un accès limité
revenus et des emplois pour une grande par�e de la aux crédits et aux aides publiques.
popula�on sénégalaise. L’agriculture familiale est très
largement dominante en ma�ère de popula�on Il est donc indispensable de sécuriser et soutenir
concernée, de contribu�on à la produc�on agricole l’agriculture familiale, car elle est le principal pilier
na�onale (plus de 95% selon le CNCR, 2014) et aux de la produc�on et de la sécurité alimentaire du
exporta�ons, de revenus générés et d’effet d’entraîne- Sénégal et car c’est elle qui main�endra les jeunes
ment sur le reste de l’économie. dans les terroirs.
Sans reme�re en cause fondamentalement le rôle Défi N°2 : Garan�r la sécurité et la souve-
des exploita�ons familiales, les autorités poli�ques raineté alimentaire
semblent donner de plus en plus de place au dévelop-
pement de l’agro-industrie, ce�e dernière étant Les changements globaux qui affectent l’agriculture
perçue comme le passage obligé pour l’a�einte des sénégalaise (pression foncière, ouverture des
objec�fs de sécurité alimentaire (Enda Pronat, 2017). marchés, poli�ques de spécialisa�on régionale de
A travers l’agence de promo�on des inves�ssements l’agriculture, etc.) ont fragilisé le monde rural et ont
et grands travaux (APIX), l’Etat a�re et sou�ent les remis en cause le principe de souveraineté alimen-
inves�sseurs en leur facilitant l’accès à la terre et en taire. Considérant que le rôle des paysans est de
leur accordant diverses exonéra�ons. Cela a conduit à nourrir en priorité leurs concitoyens, il est important
des acquisi�ons foncières au profit d’inves�sseurs que l’agriculture familiale soit soutenue par une
désireux de produire du biodiésel, des céréales et des poli�que de régula�on du prix des ma�ères
fruits et légumes (CNRF, 2017). Une étude réalisée premières (protec�ons douanières) et par un
dans les zones des Niayes et du Walo (Enda Pronat, régime foncier transparent et équitable.
2017) a montré que les agro-industries s’implantent
sur des terres agricoles ou pastorales que les popula- La sécurité alimentaire et nutri�onnelle du pays est
�ons n’ont pas toujours les moyens de valoriser. précaire et a tendance à se dégrader, avec de graves
Parmi les villages les plus proches des agro-indus- conséquences sur les plans humain, social et
tries, certains souffrent d’un fort taux d’insécurité économique. La malnutri�on chronique est en
alimentaire car les popula�ons (agriculteurs, éleveurs augmenta�on (de 13% à 17% entre 2014 et 2017)
et pêcheurs) sont privées d’accès aux ressources tandis que la malnutri�on aiguë reste élevée, avec
vitales que sont l’eau et la terre. Certaines agro-indus- un taux na�onal de 9% (Scaling-up Nutri�on, 2015).
tries inondent le marché local de leur produc�on Les zones du Sénégal les plus touchées par l’insécu-
portant ainsi préjudice aux exploita�ons familiales rité alimentaire sont les régions de la Casamance
qui ne parviennent plus à vendre leurs récoltes (ex. (Ziguinchor, Sédhiou et Kolda) et de Kédougou (PAM
de Sinegindia avec la pomme de terre et les produc- Sénégal, 2017).
teurs des Niayes).
21
Sécurité alimentaire
La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture
suffisante, saine et nutri�ve leur perme�ant de sa�sfaire leurs besoins énergé�ques et leurs préférences alimentaires pour mener
une vie saine et ac�ve (Sommet mondial de l’alimenta�on, 1996). La sécurité alimentaire repose sur quatre dimensions : (i) la disponi-
bilité physique de aliments ; (ii) l’accès économique et physique aux aliments ; (iii) l’u�lisa�on des aliments ; (iv) la stabilité des trois
autres dimensions dans le temps.
Souveraineté alimentaire
La souveraineté alimentaire est le droit des peuples, des communautés et des pays de définir, dans les domaines de l'agriculture, du
travail, de la pêche, de l'alimenta�on et de la ges�on fores�ère, des poli�ques écologiquement, socialement, économiquement et
culturellement adaptées à leur situa�on unique. Elle comprend le droit à l'alimenta�on et à la produc�on d'aliments, ce qui signifie
que tous les peuples ont le droit à des aliments sûrs, nutri�fs et culturellement appropriés et aux moyens de les produire et qu'ils
doivent avoir la capacité de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs sociétés. A la différence de la sécurité alimentaire, la souve-
raineté alimentaire accorde une importance par�culière aux condi�ons sociales et environnementales de produc�on des aliments.
Elle vise un accès plus équitable aux terres cul�vables par les paysans et prône des techniques agricoles qui favorisent leur autono-
mie.
Défi N°3 : Améliorer l’accès à la terre pour les rements et de l’extension des ac�vités extrac�ves
exploita�ons familiales (Kédougou concentre 98% des sites d’orpaillage du
Sénégal). Dans le bassin arachidier, la croissance
L’urbanisa�on et la pression foncière réduisent les démographique et la satura�on des terroirs
surfaces agricoles et rendent les terres agricoles entrainent une accentua�on de la déforesta�on et un
restantes peu accessibles économiquement aux recours de plus en plus rare à la jachère. Dans la
exploita�ons familiales. L’extension des villes sur vallée du fleuve Sénégal, c’est surtout l’accès aux
l’espace rural et l’insécurité foncière représentent infrastructures d’irriga�on qui limite la mise en valeur
des menaces pour la sécurité alimentaire des popula- des terres et l’extension des surfaces cul�vées. Mais
�ons rurales et une source de conflits pour l’accès aux c’est dans la zone des Niayes que les exploita�ons
ressources. Les premières vic�mes sont les couches familiales sont les plus menacées. La pression
les plus vulnérables de la popula�on, à savoir les foncière est exacerbée par la proximité des agglo-
femmes et les jeunes. méra�ons de Dakar, Rufisque et Thiès et par la
présence des agro-industries et des ac�vités extrac-
Les difficultés ont été soulignées dans toutes les �ves.
zones où les concerta�ons se sont tenues. Dans le
Sénégal oriental, les terres arables sont de moins en
moins disponibles et accessibles en raison des accapa-
22
La situa�on dans la zone des Niayes a récemment été Défi N°4 : Faire de l’agriculture une source d’emploi
aggravée par les grands travaux (aéroport interna�o- a�rac�fs pour les jeunes
nal Blaise Diagne, autoroute à péage, train express
régional) qui ont accru la valeur des terres et conduit Il est important de maintenir les popula�ons dans les
à des expropria�ons massives des popula�ons territoires ruraux en leur garan�ssant des revenus
installées à proximité des nouvelles infrastructures. décents et stables. Les ac�vités agro-sylvo-pastorales
et halieu�ques cons�tuent aujourd’hui les princi-
Pour conclure, le problème d’accès à la terre pales sources d’emploi et de revenu en zones rurales.
cons�tue un obstacle majeur à la sécurité alimentaire Pourtant une nouvelle tendance se dessine.
et au main�en durable de l’agriculture familiale au
Sénégal. D’après une étude prospec�ve de la Banque A moyen terme, l’agriculture familiale du Sénégal est
Mondiale (2015), la perte des terres agricoles va menacée par une crise des voca�ons : les jeunes se
con�nuer de s’amplifier dans les Niayes jusqu’à 2030, détournent de l’agriculture pour par�r tenter leur
puis elle se poursuivra vers les terres de l’intérieur, chance en ville, dans les mines, ou encore sur les
faute d’espace sur le li�oral. L’améliora�on de l’accès routes de l’émigra�on. Pour les popula�ons rencon-
à la terre et la sécurisa�on foncière des exploita- trées lors des ateliers, ce phénomène est le résultat
�ons familiales sont des condi�ons indispensables du taux élevé de pauvreté rurale et des contraintes
pour le main�en durable de l’agriculture au Sénégal. fortes qui pèsent sur l’agriculture sénégalaise :
difficultés d’accès à la terre, cultures peu produc�ves
et sous-valorisées, dégrada�on des sols et des
ressources en eau, etc. La crise des voca�ons révèle
aussi un problème d’image vis-à-vis du mé�er d’agri-
culteur. Face au désintéressement des jeunes, l’Etat
sénégalais a créé des programmes de forma�on
agricole, des agences et des fonds pour l’emploi.
23
24
25
L’u�lisa�on systéma�que des engrais chimiques La salinisa�on des nappes et des sols agricoles
entraine une diminu�on de la fer�lité des sols survient principalement dans les zones a�enantes au
agricoles, dans un contexte où les producteurs expor- delta du Sine Saloum. Elle est le résultat du sur-pom-
tent les résidus de culture (pailles d’arachide vendues page et d’un changement de l’équilibre général du
comme fourrage pour les élevages urbains) et ne font delta causé par l’implanta�on des barrages. Dans la
pas d’apports de ma�ère organique (fumier, région de Fa�ck par exemple, les sols salés occupent
compost). Le recours aux engrais chimiques est 58% des terres arables (ANSTS, 2019). Dans le delta et
fortement soutenu par un régime de subven�ons la basse vallée du fleuve Sénégal, les défauts
éta�que. d’aménagement, les nombreux périmètres dépour-
vus de réseaux efficaces de drainage et l’u�lisa�on
La dégrada�on de la couverture végétale (herbacée intensive des intrants exogènes contribuent à la salini-
et fores�ère) favorise l’érosion éolienne et hydrique, sa�on et à l’acidifica�on des sols.
elle-même exacerbée par le changement clima�que
(évènements pluvieux extrêmes). Dans les zones de Pour conclure, le constat des par�cipants des ateliers
forte tension foncière, la dispari�on de la jachère des 6 zones est unanime : la terre, support de base de
vient accentuer la perte de fer�lité des sols. La dégra- toute produc�on végétale ou animale est en voie de
da�on des terres est par�culièrement marquée dans dégrada�on rapide en raison du changement clima-
les Niayes : l’avancée des dunes menace les cuve�es �que, de la pression anthropique et d’un déséquilibre
maraîchères dans un contexte où la bande arborée profond des systèmes agricoles. L’agriculture
protectrice longue de 180 km (filaos, eucalyptus) est sénégalaise doit donc se transformer pour restaurer
mal entretenue et touchée par l’urbanisa�on. Dans le et gérer durablement les terres agricoles et de
bassin arachidier, la monoculture et l’u�lisa�on des parcours.
engrais minéraux ont contribué à l’acidifica�on des
sols et à des baisses de rendements.
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Défi N°8 : Gérer durablement les ressources Le changement clima�que vient là encore aggraver la
fores�ères situa�on : les sécheresses de plus en plus marquées
contribuent à affaiblir le couvert végétal et à limiter le
Malgré la volonté poli�que de protéger les forêts, ces renouvellement des arbres. Dans toutes les zones
dernières disparaissent à un rythme effréné. Entre visitées, la dégrada�on des ressources fores�ères est
1990 et 2015, les forêts sont passées de 9,3 à 8,2 exacerbée par la croissance démographique et par
millions d’hectares au Sénégal, enregistrant une l’accroissement de la demande en bois et en charbon
perte moyenne annuelle de 40 000 ha (CSE, 2015). des villes comme Dakar. Le service des eaux et forêts
Les ateliers zonaux ont partout souligné le recul ne dispose pas de moyens suffisants pour contrôler
significa�f des forêts et des savanes arborées sous les pra�ques d’exploita�on de la forêt. Ce
l’effet d’une conjonc�on de facteurs anthropiques et phénomène a abou� à la destruc�on totale des forêts
clima�ques. Un peu partout à travers le territoire, la dans les Niayes, et à la dégrada�on/non-renouvelle-
pression foncière amène les popula�ons à couper ou ment des forêts de Casamance, du Bassin Arachidier
bruler les forêts pour ouvrir des pâturages et de et du Sénégal Oriental. En Casamance où se trouvent
nouvelles parcelles cul�vables. le plus grand gisement fores�er du Sénégal, le
commerce illicite de bois entre le Sénégal et la
Dans les forêts résiduelles, les popula�ons sont de Gambie contribue à la dispari�on progressive
plus en plus nombreuses à exploiter des ressources d’espèces fores�ères comme le vène (Pterocarpus
fores�ères de plus en plus maigres : élagage excessif erinaceus) et le kapo�er (Ceiba pentandra). Dans les
des arbres, surpâturage, mauvaises pra�ques de savanes arborées du Bassin Arachidier, les acacias de
cueille�e des produits fores�ers, charbonnage et l’espèce Faidherbia albidia subsistent mais ne sont
feux de brousse amenuisent de jour en jour les pas renouvelés. La dégrada�on des forêts cons�tue
ressources fores�ères. un préjudice grave pour la biodiversité dans son
ensemble.
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En retour, la perte de biodiversité contribue à dégra- Les problèmes de mobilité et d’accès aux ressources
der les moyens d’existence des popula�ons rurales, pastorales sont par�culièrement marqués dans le
dont la dépendance aux produits fores�ers (fourrage, Ferlo et le bassin arachidier, où les terroirs sont
bois, racines, écorces et fruits fores�ers comme le devenus saturés. Outre la progression des fronts
madd, le cajou, le karité ou le jujube) est exacerbée agricoles, les difficultés des éleveurs transhumants
par la pauvreté. La protec�on et la régénéra�on des sont exacerbées par le changement clima�que : la
ressources fores�ères sont une condi�on indispensa- diminu�on et l’irrégularité des pluies entrainent une
ble pour maintenir durablement des ac�vités réduc�on des ressources fourragères et un tarisse-
agro-sylvo-pastorales au Sénégal, et pour endiguer ment précoce des points d’eau. Les éleveurs sont
les effets du changement clima�que. ainsi contraints de faire évoluer leur stratégie, en
commençant la transhumance de plus en plus tôt et
Défi N°9 : Sécuriser l’accès aux ressources pasto- en allant de plus en plus loin.
rales
Les difficultés d’accès aux ressources pastorales sont
Un autre défi est de sécuriser les moyens d’existence devenues une source récurrente de tensions sociales.
des producteurs qui dépendent de l’élevage nomade Dans toutes les zones visitées, les popula�ons séden-
ou transhumant. taires pointent du doigt les bergers transhumants
Ces éleveurs souffrent d’un accès réduit aux parcours comme responsables de la divaga�on des animaux
et aux couloirs de transhumance. La mobilité du dans les champs, de la surexploita�on des ressources
bétail est entravée par l’extension des zones agricoles fores�ères et de la propaga�on des zoonoses. A
et l’émie�ement des zones pastorales qui en résulte. l’opposé, les éleveurs accusent les cul�vateurs
Cela se produit dans un contexte où les poli�ques d’obstruer les couloirs de transhumance et d’étendre
d’aménagement et de développement agricole les champs pluviaux et les périmètres irrigués dans
prennent peu en compte les besoins des éleveurs. les terres de pâturage.
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Ces tensions a�eignent leur paroxysme dans les Défi N°10 : Gérer durablement les ressources
terroirs saturés du bassin arachidier et dans le delta halieu�ques
et la vallée du fleuve où les agro-industries et les
périmètres privés restreignent l’accès aux points Les ressources halieu�ques marines sont fortement
d’eau pour les troupeaux. La coexistence difficile menacées par la surpêche, avec un rôle avéré des
entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires bateaux industriels étrangers qui entrent illégale-
accroit la compé��on pour l’espace et les ressources ment dans les eaux territoriales sénégalaises (Green
naturelles et plus grave encore, cons�tue une Peace, 2017). Parallèlement à cela, des accords de
menace pour la paix entre les communautés. La sécur- pêche entre le Sénégal et l’Union Européenne autori-
isa�on des ressources pastorales et la régula�on de sent la pêche industrielle des espèces thonières au
leur accès sont donc indispensables pour assurer la large du Cap-Vert, ce qui génère une pression impor-
durabilité de leur exploita�on, la sécurité alimen- tante sur la ressource (GRDR, 2015). D’après Thiao et
taire des popula�ons d’éleveurs nomades et pour al. (2012) l’essor de la pêche ar�sanale serait en
apaiser les territoires ruraux. cause dans la chute des captures de thiof : la flo�e
sénégalaise de pêche ar�sanale est passée de 3 000
pirogues dans les années 1980 à plus de 12 000 au
début des années 2010.
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Cela induit de graves impacts sur les moyens de Défi N°11 : Protéger et valoriser l’agro-biodiversi-
subsistance, la sécurité alimentaire et l’emploi des té locale
600 000 personnes qui dépendent directement de la
pêche au Sénégal. D’après la FAO (2008), la pêche Jusqu’au début du XXe siècle, les sociétés agraires du
con�nentale au Sénégal connait une régression des Sénégal et d’Afrique conservaient et amélioraient une
captures en raison des sécheresses et de la modifica- grande diversité de plantes, en cohérence avec leur
�on du régime hydrologique des principaux cours culture alimentaire et avec les spécificités pédo-clima-
d'eau (construc�on de barrages et aménagements �ques de leurs terroirs. Cependant, avec la révolu�on
hydro-agricoles). Dans la vallée du fleuve, le dévelop- verte, l’agro-biodiversité mondiale a été considérable-
pement des agro-industries et de la riziculture a ment réduite car les recherches en améliora�on des
conduit beaucoup de pêcheurs à arrêter leur ac�vité, plantes se sont focalisées sur un pe�t nombre
de manière temporaire ou permanente, pour se d’espèces dites « majeures » (riz, blé, maïs, sorgho,
tourner vers l’agriculture. Malgré quelques ini�a�ves mil, pomme de terre et patate douce, etc.). Si bien
individuelles et de nombreux projets de développe- qu’aujourd’hui, l’alimenta�on des trois quarts de la
ment, l’aquaculture (pisciculture, creve�culture, popula�on mondiale repose seulement sur 12
ostréiculture) ne s’est pas beaucoup développée. espèces de céréales et 23 espèces de légumes (Al�eri
1999). Dans ce�e dynamique, plusieurs espèces ont
Il est donc urgent de surveiller, protéger et exploiter disparu ou sont en voie de dispari�on. La FAO (2010)
durablement les ressources halieu�ques des eaux es�me qu’à l’échelle mondiale, 75% de la diversité
sénégalaises. Il convient également de renforcer les des cultures a été perdue entre 1900 et 2000. Ce�e
ini�a�ves de repos biologique et de protéger les sites perte de biodiversité a et aura un impact majeur sur
de reproduc�on et de croissance des poissons (man- la capacité de l’agriculture à nourrir la planète et à
groves, etc.). s’adapter au changement clima�que.
30
Au Sénégal, plusieurs espèces mineures sont En plus, il affaiblit la loi na�onale sur la biosécurité
aujourd’hui sous-u�lisées et négligées, alors qu’elles qui servait ini�alement de garde-fou (applica�on du
présentent des caractéris�ques intéressantes. On principe de précau�on). Si elles sont introduites au
peut par exemple citer le fonio blanc (Digitaria exilis). Sénégal, les variétés OGM de cultures vivrières
Au sein de chaque espèce, on assiste aussi à un effon- risquent de contaminer les semences na�ves, alors
drement de la diversité géné�que : les variétés que les risques sanitaires, environnementaux,
locales ont tendance à disparaître au profit de économiques et sociaux n’ont pas été évalués. Les
quelques variétés sélec�onnées diffusées par les OGM risquent d’affecter néga�vement la vie des
compagnies semencières et les Etats. producteurs et des consommateurs, comme ce fut le
L’érosion de l’agro-biodiversité cache un autre cas au Burkina Faso avec le coton Bt.
problème : les évolu�ons récentes du contexte
règlementaire na�onal et régional suggèrent qu’il Un enjeu crucial pour l’agriculture sénégalaise est
existe un risque imminent d’introduc�on d’Organ- donc de conserver et valoriser l’agro-biodiversité
ismes Géné�quement Modifiés (OGM) au Sénégal. locale et de prévenir l’entrée des OGM sur le
En 2009, les pays membres de la CEDEAO ont signé territoire sénégalais.
un règlement portant sur la préven�on des risques
biotechnologiques en Afrique de l’Ouest
(UEMOA/CEDEAO, 2009). Ce règlement régional crée
des condi�ons favorables pour l’introduc�on des
OGM au Sénégal.
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Défi N°12 : Rendre l’agriculture sénégalaise ainsi que d’une évapora�on accrue contribuant à
résiliente face au changement clima�que augmenter les besoins en eau et à diminuer sa
disponibilité (CCAFS, 2015). Toutes les formes d’agri-
A l’instar des autres pays d’Afrique de l’Ouest, le culture, d’élevage et de pêche seront fortement
bouleversement du climat aura des impacts directs impactées.
sur la produc�vité de l’agriculture et de l’élevage.
Indirectement, il affectera les revenus des produc- Eléva�on du niveau des océans : elle
teurs, les prix des denrées, et in fine la sécurité entrainera des inonda�ons, l’érosion cô�ère, la
alimentaire (Jalloh et al, 2013). D’après plusieurs dégrada�on des mangroves et l’intrusion saline
sources (PANA, 2006 ; CSE, 2015 ; MEDD, 2015a ; dans les cours d’eau, les nappes et les terres proches
MEDD, 2015b), l’agriculture sénégalaise est et sera des côtes (MEDD, 2015a ; 2015b ; MEDD, 2016). En
impactée par trois manifesta�ons du changement milieu rural, les systèmes maraichers inter-dunaires
clima�que : des Niayes, les systèmes rizicoles de Casamance et
l’agriculture irriguée du delta du fleuve du Sénégal
Irrégularité et la baisse tendancielle de la en seront par�culièrement affectés.
pluviométrie : entre 1950 et 2000, les précipita�ons
ont baissé de 300 millimètres au Sénégal (CSE, 2015). L’agriculture sénégalaise doit donc s’adapter en
Le régime des précipita�ons est devenu de plus en réponse à la menace du changement clima�que,
plus irrégulier, avec l’occurrence de pauses dont les impacts sont et seront par�culièrement
pluviométriques, de retards de la saison des pluies et forts en Afrique sub-saharienne.
d’évènements pluvieux extrêmes. Les inonda�ons
deviendront de plus en plus fréquentes, en par�culier
dans les basses terres de Dakar et du Nord-ouest du Défi N°13 : Reconstruire les synergies agricul-
Sénégal. Ces changements vont s’accentuer selon les ture-élevage
prévisions. Ils font peser un risque majeur sur les
cultures pluviales, qui couvrent 90% de la surface Dans les systèmes agraires des sociétés tradi�on-
agricole na�onale. L’élevage sera affecté par une nelles sénégalaises, l’élevage était fortement intégré
réduc�on des ressources pastorales (biomasse à l’agriculture. Le bétail consommait les résidus de
fourragère, eau), et l’agriculture irriguée devra faire culture et enrichissait en retour la terre de ses déjec-
face à la baisse des nappes phréa�ques et à une �ons. La fumure organique issue du bétail permet-
diminu�on de l’hydraulicité des cours d’eau. tait de maintenir durablement la fer�lité des terres.
Mais dans beaucoup de zones visitées, les bases de
Hausse des températures : au Sénégal, la la coexistence et de l’ar�cula�on entre agriculture
température a déjà augmenté de 1,6° entre 1950 et et élevage ont été fondamentalement modifiées.
2000. La situa�on est amenée à s’aggraver dans le Pour des raisons diverses, les producteurs ont
futur : dans un scénario à +2°C d’ici 2100, les tempéra- tendance à décapitaliser ou à envoyer leurs animaux
tures augmenteront jusqu’à 3°C en l’Afrique de loin de leur terroir d’origine. Ce phénomène a
l’Ouest (GIEC, 2014). Au Sénégal, la hausse des entrainé une réduc�on des apports de fumure dans
températures s’accompagne d’une augmenta�on de les champs et dans les pâturages, avec un impact
la fréquence et de l’intensité des épisodes de sécher- néga�f sur leur produc�vité.
esses (CSE, 2015),
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Dans les zones de cultures pluviales du centre du L’u�lisa�on des engrais induit des risques de
Sénégal, les fanes d’arachide sont de moins en moins pollu�on des eaux souterraines et de surface par
u�lisées pour nourrir les animaux d’élevage : elles lessivage d’azote et de phosphore.
sont exportées vers les élevages urbains. Ainsi, en
raison du découplage de l’agriculture et de l’élevage, L’agriculture sénégalaise consomme annuellement
les terroirs ont perdu leur cohérence agronomique et 598 tonnes de pes�cides solides et 1,3 millions de
se trouvent déséquilibrés du point de vue du cycle du litres de pes�cides liquides, pour une valeur de 11
carbone et de l’azote. Il est donc nécessaire de milliards de FCFA. La quasi-totalité des hor�culteurs
promouvoir le main�en du cheptel au niveau des du Sénégal et des irrigants de la vallée du Sénégal
terroirs de produc�on agricole et de reconstruire u�lisent ces produits pour lu�er contre les adven�ces
des synergies entre agriculture et élevage. et les bio-agresseurs (insectes, maladies, etc.) qui
affectent leurs cultures. En plus d’être coûteux,
l’usage systéma�que des pes�cides entraine des
Défi N°14 : Réduire la dépendance aux risques pour la santé des producteurs (exposi�on
pes�cides et aux engrais minéraux directe aux pes�cides) et des consommateurs (inges-
�on des résidus de pes�cides). Certains des
Beaucoup de producteurs ont recours aux engrais pes�cides u�lisés au Sénégal sont classifiés dange-
minéraux et aux pes�cides chimiques pour augmen- reux par l’Organisa�on Mondiale de la Santé. Le
ter les rendements et assurer la qualité des récoltes. recours aux produits phytosanitaires entraîne aussi
Les engrais sont rela�vement peu coûteux car ils des tranferts de molécules chimiques vers les
bénéficient d’un régime de subven�on éta�que. S’ils différents compar�ments de l’environnement (organ-
apportent des avantages indéniables à court terme, ismes vivants, sols, eaux de surface et souterraine,
les engrais chimiques enferment les producteurs atmosphère). Dans la zone des Niayes, des résidus de
dans un modèle technico-économique peu pes�cides ont été détectés dans des échan�llons
performant et peu résilient. L’u�lisa�on systéma�que d’eau prélevés dans des puits et sur des produits
d’engrais minéraux contribue à diminuer la teneur en alimentaires commercialisés dans des marchés, avec
ma�ère organique des sols, et donc leur fer�lité. En des concentra�ons souvent supérieures aux normes
retour, les producteurs sont obligés d’accroître de l’Organisa�on Mondiale de la Santé (Ba et al.,
progressivement les doses de fer�lisants pour garder 2016). Dans le delta et la vallée du fleuve Sénégal, le
les mêmes rendements sur leurs sols dévitalisés. rejet des eaux de drainage chargées de nitrates, de
Couplé à un mauvais drainage sur sols pauvres en phosphates et de résidus de pes�cides affecte la
ma�ère organique, l'emploi d'engrais induit un risque qualité des eaux de surface et provoque l’eutrophisa-
de salinisa�on. �on et l’asphyxie des cours d’eau.
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Les Niayes représentent une bande cô�ère très En par�culier, les éleveurs sont affectés par la réduc�on
peuplée du nord-ouest du Sénégal, située entre Dakar des parcours et des couloirs de transhumance. De leur
et Saint Louis. Les Niayes sont cons�tuées de dunes et côté, les agriculteurs signalent un manque d’entre�en
de dépressions inter-dunaires où se développent le des périmètres irrigués et une diminu�on de la fer�lité
maraîchage (tomate, choux, etc.), l’arboriculture des sols causée par des phénomènes de salinité, d’éro-
frui�ère (mangue, agrumes, papaye, anacarde) et sion et d’acidifica�on.
l’élevage (volailles, pe�ts ruminants). En tant que
premier bassin de produc�on hor�cole du Sénégal La Casamance, au Sud du pays, est une zone tropicale à
(80% de la produc�on na�onale), la zone des Niayes forte densité fores�ère qui bénéficie de précipita�ons
revêt une importance majeure pour le pays. Elle abondantes. La riziculture pluviale tradi�onnelle se
contribue à la sécurité alimentaire en garan�ssant pra�que dans les vallées fluviales tandis que sur les
l’approvisionnement des villes en fruits et légumes bon plateaux, on trouve des cultures de céréales sèches, du
marché. La zone des Niayes abrite également des maraichage et des systèmes agro-fores�ers de
cultures d’exporta�on à forte valeur ajoutée (principale- cueille�e (anacardier, mangues, agrumes, palmiers à
ment de la mangue et des cultures maraîchères). La huile, etc.). La Casamance est également riche en
zone des Niayes connaît des changements profonds qui ressources halieu�ques. La pêche et l'ostréiculture sont
ques�onnent la durabilité des ac�vités agricoles et pra�quées le long de la rivière Casamance et de ses
d’élevage. Il s’agit d’une part de la pression foncière liée affluents. Le conflit armé qui a démarré en 1982 a
aux accaparements, à l’urbanisa�on et à la prospec�on fortement pénalisé les ac�vités agricoles, fores�ères et
minière, d’autre part de la dégrada�on des terres halieu�ques. Il a entrainé des déplacements de popula-
(érosion éolienne, pra�ques agricoles inadaptées) et �ons et un net recul de l’ac�vité économique. La
des ressources en eaux (sur-pompage et salinisa�on pauvreté a alors rendu les communautés par�culière-
des nappes). ment dépendantes des produits fores�ers, ce qui en
retour a contribué à accentuer la déforesta�on. La
La Vallée du fleuve Sénégal est une bande d’environ 15 couverture fores�ère en Casamance est aujourd’hui
km de large située en bordure Sud du fleuve, entre gravement menacée par les défrichements, les feux de
Saint-Louis et Matam. Elle est composée d’un ensem- brousse et l'exploita�on fores�ère illégale.
ble de plaines alluviales et de hautes terres sableuses.
La vallée du fleuve et son défluent, le lac de Guiers Le Bassin Arachidier correspond à la zone centrale du
abritent des ac�vités agricoles, pastorales, piscicoles et Sénégal, entre Thiès, Diourbel, Fa�ck, Kaolack, Kaffrine
agro-industrielles. Les précipita�ons étant très faibles et une par�e de la région de Louga. L’essor des exporta-
(environ 300 mm/an), les ac�vités agricoles se dévelop- �ons d’arachide à par�r des années 1960 a fait du
pent dans des périmètres irrigués dépendant de l'eau bassin arachidier la première région agricole du
du fleuve Sénégal et du lac du Guiers. C’est dans ce�e Sénégal. La produc�on agricole pluviale inclut princi-
région qu’est produit l’essen�el du riz sénégalais, de la palement des céréales sèches (mil, maïs) et de légumi-
tomate industrielle, du sucre issu de la canne et des neuses (arachide, niébé). L’agriculture irriguée se déve-
cultures maraichères d’exporta�on (tomate cerise, loppe à la marge dans des périmètres irrigués organisés
haricot vert, etc.), auxquelles s’ajoutent d’autres autour des forages. Dans le bassin arachidier, la
produc�ons (patate douce, manioc, céréales de croissance démographique et la pression foncière
décrue, etc.). L’essor des inves�ssements publics et s’accompagnent d’une accentua�on de la déforesta�on
privés pour le développement de l’agriculture irriguée et d’un recours de plus en plus rare à la jachère.
dans la vallée du fleuve s’accompagne de problèmes de
pollu�on et de tensions avec les autres usagers des
ressources sol et eau.
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Les agriculteurs connaissent une dépendance Les 15 défis iden�fiés par la DyTAES sont fortement liés
croissante aux intrants exogènes et s’adonnent à une entre eux, si bien qu’ils ne peuvent pas être abordés
u�lisa�on excessive et non-durable des ressources, séparément.
notamment l’eau, les sols et les forêts. Les systèmes
agricoles, pastoraux et fores�ers sont de plus en plus Ils doivent au contraire être considérés comme les
fragiles. Ils coexistent de moins en moins bien en raison composantes d’un seul et même problème systémique.
de la dégrada�on de l’environnement (dégrada�on des Par exemple, il est impossible de convaincre un paysan
forêts, salinisa�on des nappes et des sols, réduc�on d’inves�r dans la fer�lité de ses terres si ce dernier se
des ressources fourragères) et de la compé��on trouve en situa�on d’insécurité foncière. Dans le même
croissante autour du foncier et des ressources natur- ordre d’idée, l’agriculture ne saura être une source
elles. Ces dynamiques sont mues par des processus sur a�rac�ve d’emplois si les produits restent sous-
lesquels l’agriculture familiale et les poli�ques valorisés et que les ressources de base sont trop
publiques n’ont pas toujours de prise, à savoir la dégradées. Il serait enfin illusoire de vouloir restaurer
croissance démographique, l’urbanisa�on ou le change- les terres et s’adapter au changement clima�que sans
ment clima�que. Les divers facteurs de déséquilibre s’appuyer sur le levier de la reforesta�on. On comprend
s’auto-renforcent et contribuent dans chaque territoire donc à quel point les problèmes de l’agriculture
à une perte de biodiversité et à une dégrada�on des sénégalaise sont profonds, complexes et intriqués les
ressources de base dont dépendent les ruraux (eau, uns dans les autres.
terre, forêts, foncier). Les communautés qui dépendent
de ces ressources naturelles pour leur sécurité alimen- La Figure 4 essaie ainsi de synthé�ser et de relier les
taire paient un lourd tribut face à ce�e dégrada�on éléments de diagnos�c issus des 6 zones éco-géo-
généralisée de leur environnement. graphiques visitées. Elle montre les moteurs de change-
ment (rouge), les dynamiques territoriales qui en résul-
D’après le Centre de Suivi Ecologique (CSE, 2015), au tent (vert), et les processus qui affectent directement
cours des dernières décennies, les dégrada�ons l’agriculture et l’élevage et l’alimenta�on (bleu).
environnementales générées par le changement clima-
�que et les ac�vités humaines se sont accélérées, si Ainsi, pour une poli�que de développement agricole
bien que plusieurs seuils d’alertes cri�ques sont sur le ambi�euse et efficace, il est nécessaire d’agir de
point d’être a�eints ou ont été dépassés au Sénégal. manière simultanée et coordonnée sur les différents
Les conséquences pour l’agriculture et pour le défis iden�fiés par la DyTAES, et construire des syner-
bien-être humain sont sérieuses. gies.
39
Chapitre 3
NÉCESSITÉ D’UNE TRANSITION
AGROÉCOLOGIQUE
AU SÉNÉGAL
Chapitre 3.1
L’agroécologie : un intérêt reconnu à l’international
Face aux défis mul�ples et interdépendants de l’agriculture sénégalaise, il est crucial de changer de paradigme
pour repenser les rela�ons entre agriculture, élevage, foresterie, environnement, systèmes alimentaires et
sociétés.
42
Historiquement, les peuples du Sénégal et d’Afrique Mais la spécialisa�on autour des variétés Kent et
sub-saharienne ont inventé des formes d’agriculture Kei� a réduit la fenêtre de récolte de 6 à 2 mois, et
résilientes, flexibles et adaptées aux poten�alités et expose les producteurs aux a�aques de mouche des
contraintes de chaque terroir. Les systèmes agricoles fruits. Dans le Ferlo, la mobilité des troupeaux
et alimentaires tradi�onnels étaient durables car en perme�ait aux éleveurs de me�re en valeur des
équilibre bio�que et abio�que avec le milieu – la espaces où les précipita�ons et les ressources
preuve en est qu’ils ont subsisté du néolithique fourragères sont mal répar�es dans l’espace et le
jusqu’au début du XXe siècle. Les systèmes agricoles temps. Mais les ac�vités pastorales ont été
tradi�onnels étaient diversifiés et reposaient sur des fragilisées par le morcellement du territoire et la
variétés végétales et races animales adaptées aux perte de mobilité qui en a découlé.
contraintes édaphiques et clima�ques de chaque
zone. Les communautés paysannes u�lisaient les Ces quelques exemples illustrent un phénomène
ressources avec parcimonie et entretenaient la général de déstructura�on des systèmes agricoles et
fer�lité de leurs terres. Elles préservaient la biodiversi- alimentaires du Sénégal résultant de la combinaison
té et maintenaient des espaces boisés entre les villa- des facteurs suivants : essor de la monoculture,
ges et autour des cours d’eau. Les systèmes alimen- spécialisa�on variétale, déboisement, dispari�on de
taires tradi�onnels garan�ssaient la sécurité et la jachère, recours aux fer�lisants minéraux et aux
l’autonomie alimentaire des popula�ons rurales en pes�cides chimiques, affaiblissement de la gouver-
me�ant à disposi�on des produits saisonniers peu nance communautaire des ressources, et importa-
transformés, autoconsommés ou distribués via des �ons massives de denrées alimentaires. Lorsqu’ils
filières courtes et locales. n’ont pas disparu, les systèmes agricoles tradi�on-
nels se main�ennent sous des formes affaiblies. Ils
A par�r du XXe siècle, les systèmes agricoles et ont perdu leur cohérence agronomique, et sont par
alimentaires tradi�onnels ont été progressivement conséquent de plus en plus fragiles face au change-
déstructurés sous l’effet d’un faisceau de change- ment clima�que. Ce�e déstructura�on des
ments globaux et de poli�ques inadaptées. Dans les systèmes agricoles tradi�onnels résulte également
systèmes de cultures pluviaux (mil, sorgho, fonio, de changements globaux (croissance démo-
etc.) du centre Sénégal, les animaux d’élevage graphique, urbanisa�on, etc.) et de programmes
consommaient les résidus de culture et enrichissaient soutenant l’intensifica�on de l’agriculture. Elle a
en retour la terre de leurs déjec�ons. Ces systèmes abou� à une paupérisa�on et une perte d’autono-
ont perdu leur cohérence agronomique en raison du mie chez les paysans, à une dégrada�on des
découplage agriculture-élevage et de l’exporta�on ressources naturelles, à une sensibilité accrue des
des pailles d’arachide vers les élevages urbains. La cultures aux bio-agresseurs et à des problèmes de
strate arborée qui maintenait des condi�ons hydri- santé chez les agriculteurs.
ques favorables pour les cultures pluviales a disparu
ou ne se renouvelle plus. Dans les bassins manguiers
des Niayes et de la Casamance, les popula�ons
cul�vaient une quinzaine de variétés ; ce�e diversité
variétale perme�ait à la fois de réduire les risques et
d’étaler la produc�on de mangues sur une grande
par�e de l’année.
43
44
Pour sa part, la DYTAES n’a pas cherché à donner une cinq niveaux de transi�on agroécologique de Gliess-
défini�on mais fait sienne la proposi�on de la FAO man (2015). Ce�e base scien�fique a été complétée
(2018a), qui a mis en avant 10 éléments caractéris- par les débats menés lors d’ateliers organisés à l’occa-
�ques des systèmes de produc�on agroécologiques : sion de réunions régionales mul�par�tes de la FAO
la diversifica�on des systèmes de produc�on, la sur l’agroécologie entre 2015 et 2017, qui ont permis
co-construc�on des connaissances, les synergies d’intégrer les valeurs de la société civile à l’agroécolo-
eau-sol-arbres-animaux-plantes, l’u�lisa�on gie, puis par plusieurs cycles de révision effectués par
efficiente des ressources, le recyclage de la biomasse des experts interna�onaux et de la FAO. Les 10
et de l’eau, la résilience des systèmes de produc�on, éléments de l’agroécologie sont parfaitement
les valeurs humaines et sociales, les cultures et per�nents pour le Sénégal, et nourrissent les 15 défis
tradi�ons alimentaires, la gouvernance responsable de l’agriculture sénégalaise.
et enfin l’économie circulaire et la solidarité (Figure
5). Ces 10 éléments ont été élaborés dans le cadre
d’un processus de synthèse mené par la FAO. Ils
découlent de la li�érature scien�fique fondatrice
dans le domaine de l’agroécologie, en par�culier des
cinq principes de l’agroécologie d’Al�eri (1995) et des
Figure 5 : Les dix éléments de l’agroécologie et leurs relations (Source : FAO, 2018a).
45
46
Gouvernance responsable – Des mécanismes de Par exemple au Sénégal, des marchés de produc-
gouvernance transparents, responsables et inclusifs teurs dédiés aux produits agroécologiques appor-
sont indispensables pour emmener les producteurs tent un environnement favorable pour les jeunes
vers l’agroécologie, et pour encourager une ges�on producteurs en transi�on (Figure 6, traits vert).
durable des ressources comme l’eau, les sols ou les
forêts. Des expériences menées au Sénégal ont
prouvé que des règles collec�ves et des mécanismes
de contrôle communautaires perme�ent une
exploita�on durable des ressources fores�ères et le
main�en d’aménagements an�érosifs (Figure 6,
traits rouge-orangés).
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50
Lors de son tradi�onnel discours à la na�on du 31 Le Code fores�er régit l’organisa�on et la préserva-
décembre 2018, le Président de la République Macky �on des ressources fores�ères ; des subven�ons
Sall a déclaré que la transi�on agroécologique était peuvent être accordées aux collec�vités locales
l’une des priorités de son second quinquennat. Il a pour la préserva�on des forêts et le reboisement. Le
affirmé que : « Si l’on parle de transi�on Code de l’eau assure quant à lui la ges�on et la
agroécologique, cela veut dire qu’il y a une nécessité préserva�on des ressources en eau dans tous les
de changer notre système de produc�on. La séche- secteurs, y compris pour l’agriculture. A par�r de
resse, la coupe abusive de bois, l’u�lisa�on incon- 1983, le Code de l’Environnement a instauré des
trôlée de l’engrais chimique sont les causes fonda- règles pour la ges�on et la préserva�on de l’environ-
mentales de la dégrada�on de l’environnement ». Au nement. Il a imposé, entre autres, des pra�ques de
cours de sa campagne électorale de février 2019, le ges�on durable des terres et des évalua�ons
Président a réaffirmé son engagement en faveur de environnementales dans le cadre de l’élabora�on
l’agroécologie en insistant par�culièrement sur la des grands projets agricoles. En 1986, le Centre de
nécessité d’une reforesta�on durable du territoire Suivi Ecologique (CSE) a été créé avec pour mission
na�onal. d’effectuer des veilles environnementales et clima-
�ques.
Le principal cadre de poli�que publique en faveur de
l’agroécologie est le Plan Sénégal Emergeant Vert De 1992 à 2006, des lois environnementales et des
(PSE Vert). Il s’agit d’un plan ambi�eux avec pour plans d’ac�ons na�onaux ont été mis en place à la
finalité un Sénégal plus vert, garant du bien-être et de suite du Sommet de la Terre de Rio. En 1997, le Plan
la sécurité des généra�ons présentes et futures. Le Na�onal pour l’Environnement (PNAE) a encouragé
PSE Vert agit dans les domaines de la lu�e contre la le reboisement et la préserva�on des zones classées
coupe illicite de bois, la reforesta�on du pays, la (parcs, réserves, forêts). En 1998, le Plan d’Ac�on
sensibilisa�on sur les risques liés à l’environnement, Na�onal contre la déser�fica�on a été lancé pour
et enfin le recyclage et la lu�e contre les déchets. impulser une ges�on durable des eaux, des terres et
Mais l’engagement éta�que en faveur de l’agroécolo- des infrastructures hydroagricoles. A par�r de 1996,
gie n’a pas a�endu l’arrivée du PSE Vert. Depuis le Code de l’environnement a transféré les
quatre décennies, plusieurs poli�ques, projets et compétences de ges�on des ressources naturelles
programmes et plans d’ac�on ont été menés pour et de l’environnement aux collec�vités locales. En
rendre l’agriculture plus durable et pour protéger 2004, la Loi d’Orienta�on Agro-Sylvo-Pastorale
l’environnement et les ressources naturelles (Tableau (LOASP) a encouragé la protec�on de l’environne-
4). Si le terme « agroécologie » n’apparaît que tardive- ment et la ges�on durable des ressources naturelles
ment dans ces ini�a�ves, les principes et les à travers l’améliora�on de la fer�lité des sols, la
pra�ques de l’agroécologie y sont bien présents en maîtrise de l’eau, la diversifica�on des cultures et la
tant que priorités. forma�on des ruraux.
Dans les années 1980, des règlementa�ons environ- A par�r de 2006, l’agroécologie a été promue dans
nementales et des ins�tu�ons ont cherché à lu�er le cadre des poli�ques d’adapta�on au change-
contre la dégrada�on des ressources causée par la « ment clima�que et via des grands projets territori-
Grande Sécheresse » (1968 à 1972). En 1981, le Code alisés (Vincennes, 2019). En 2006, le Sénégal a
fores�er et le Code de l’eau ont été instaurés. instauré son Plan d’Ac�on Na�onal pour l’Adapta-
�on au Changement Clima�que (PANA).
51
La mise en œuvre du PANA a pris la forme de quatre En septembre 2015, le Sénégal a adopté, conjointe-
projets-types, centrés respec�vement sur le dévelop- ment avec la communauté interna�onale, l’agenda
pement de l’agroforesterie, l’u�lisa�on ra�onnelle de 2030 « Transformer notre monde : le programme de
l’eau, la protec�on du li�oral, et la sensibilisa�on. développement durable à l’horizon 2030 » et ses 17
ODD. Cet agenda s’addresse spécifiquement à
En 2015, le Gouvernement du Sénégal a adopté la l’Objec�f de Développement Durable (ODD) N°2
Stratégie Na�onale de Développement Durable (faim « zéro »), mais contribue également aux ODD
(SNDD) et le Cadre Na�onal d’Inves�ssement 11 (villes et communautés durables), 12 (consomma-
Stratégique pour la Ges�on Durable des Terres �on et produc�on durables), 13 (changement clima-
(CNIS/GDT), en vue d’inverser la tendance à la dégra- �que) et 15 (reforesta�on).
da�on des terres à l’horizon 2026. Ce cadre est en
cohérence avec la Loi d’Orienta�on Agro-sylvo-Pasto- Par ailleurs, dans le cadre de l’accord de Paris sur le
rale (LOASP) et répond à certains objec�fs du Plan Climat (décembre 2015), le gouvernement du
Sénégal Emergent (PSE), du programme de Relance Sénégal a présenté sa « Contribu�on Prévue Déter-
et d’Accéléra�on de la Cadence de l’Agriculture minée au niveau Na�onal » (CPDN) qui, tant du côté
Sénégalaise (PRACAS) et du Programme Na�onal de l’a�énua�on que de l’adapta�on au changement
d’Inves�ssement Agricole pour la Sécurité Alimen- clima�que, met en exergue un certain nombre
taire et Nutri�onnelle (PNIASAN). Ces poli�ques et d’op�ons favorables au développement de
programmes sont en phase avec l’Acte III de la décen- l’agroécologie.
tralisa�on qui instaure une territorialisa�on des
poli�ques publiques ainsi qu’un renforcement de la
gouvernance décentralisée.
52
Echelle
Intitulé Dates Nature Auteurs de mise
en oeuvre
Code de l’eau 1981 Règlementa�on Gouvernement Na�onale
Sénégalais
53
En parallèle des grandes orienta�ons des poli�ques En ma�ère d’agroécologie et d’agriculture, l’Etat
publiques, divers programmes et projets territoriaux intervient également via des ini�a�ves de recherche
sont portés par l’Etat dans le but de protéger l’envi- et de forma�on, avec un rôle prépondérant de l’Ecole
ronnement et les ressources, et pour rendre l’agricul- Na�onale Supérieure d’Agriculture (ENSA) de Thiès,
ture plus résiliente. On peut par exemple citer l’Ini�a- de l’Université Gaston Berger de Saint Louis (UGB), de
�ve de la Grande Muraille Verte (IGMV, 2005 à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), de
aujourd’hui) ou encore le Projet de Ges�on et de l’Ins�tut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA) et
restaura�on des Terres dégradées du bassin arachidi- de la Direc�on d’Appui au Développement Local
er (PROGERT). Ce dernier projet a été mené entre (DADL). L’Académie Na�onale des Sciences et
2004 et 2012, et a contribué à la restaura�on des Techniques du Sénégal (ANSTS) joue également un
terres salées et leur mise en valeur, la lu�e contre rôle important en conseillant l’Etat sénégalais et les
l’érosion hydrique, la restaura�on de la fer�lité des ins�tu�ons publiques et privées dans le cadre de la
sols et la réhabilita�on du couvert végétal. défini�on et de la mise en œuvre de la poli�que
na�onale en ma�ère de science et de technologie.
A par�r de 2013, la loi de décentralisa�on a renforcé
les capacités, les compétences et les responsabilités La Direc�on pour la Protec�on des Végétaux (DPV)
des autorités décentralisées. Ce�e réforme a été développe et diffuse des techniques de lu�e
suivie d’un nombre croissant de projets et biologique pour le contrôle de la cochenille du
programmes territoriaux visant tantôt l’améliora�on manioc, de la mouche des fruits (pièges à phéro-
des rendements agricoles (PAFA, Projet d'Appui aux mones), de la mouche Tse Tse (lâchers de mâles
Filières Agricole), la sécurité alimentaire (PASA, Projet stériles) ou encore du criquet (Green Muscle). Le
d’Appui à la Sécurité Alimentaire) ou encore la préser- laboratoire Ceres Locustox analyse les résidus de
va�on de l’environnement et la diversifica�on des pes�cides, métaux lourds et autres polluants dans les
revenus (PRGTE, Projet de Renforcement de la produits agricoles et halieu�ques et dans l’eau, le sol
Ges�on des Terres et des Ecosystèmes dans les et les sédiments. Le laboratoire conseille les
Niayes et en Casamance). Depuis 2014, le décideurs, distributeurs, producteurs et exportateurs
Programme d’Accéléra�on de la Cadence de l’Agricul- sur l’usage ra�onnel et sécurisé des pes�cides.
ture Sénégalaise (PRACAS) (volet agricole du PSE) vise
à construire une agriculture compé��ve, diversifiée
et durable, facteur de renforcement d’une résilience
qui �re avantage du commerce interna�onal tout en
garan�ssant des revenus stables aux ruraux.
54
Les OCB sont les moteurs de l’agroécologie Biologique (FENAB) qui regroupe aujourd’hui plus de
sénégalaise. Elles regroupent les producteurs et leurs 22 000 producteurs et productrices. L’ONG Enda
organisa�ons, les associa�ons et les fédéra�ons Pronat est souvent citée par ses pairs et par les popu-
d’agriculteurs biologiques qui interviennent princi- la�ons comme une pionnière et une référence en
palement au niveau local (communes, villages). Ces ma�ère d’agroécologie au Sénégal.
différentes organisa�ons s’ac�vent dans plusieurs
domaines : (i) l’expérimenta�on de nouvelles Les 4 ONG européennes membres du Groupe de
pra�ques biologiques ou agroécologiques ; (ii) la Travail sur la Transi�on Agroécologique (GTAE)
produc�on, la transforma�on et la commercialisa�on construisent et expérimentent des méthodes pour
de produits biologiques ou agroécologiques ; (iii) la mieux accompagner et mieux évaluer la transi�on
sensibilisa�on des consommateurs. Les consulta�ons agroécologique dans le cadre de projets de dévelop-
de la DyTAES ont permis de rencontrer des représent- pement. Il s’agit du Gret, de Agronomes et Vétéri-
ants de plusieurs OCB, que ce soit dans les Niayes naires Sans Fron�ères (AVSF), de Agrisud Interna�on-
(Fédéra�on des AgroPasteurs de Diender), en al et du Cari. Parmi les réalisa�ons récentes de ce
Casamance (Associa�on des Producteurs de la Vallée groupe, on peut citer le Mémento pour l'évalua�on
de la Gambie) ou encore dans le Sine Saloum (Union de l'Agroécologie (Levard et al., 2019). Ce mémento
des Groupements Associés du Niombato). propose entre autres des repères méthodologiques
pour l’évalua�on des résultats des projets de transi-
Les ONG sont pionnières dans la mise en pra�que de �on agroécologique en fin d’interven�on. Il propose
l’agroécologie au Sénégal. Elles sont présentes notamment des indicateurs d’impacts et des méth-
partout sur le territoire, et leurs échelles d’ac�on odes perme�ant de renseigner chaque indicateur. On
vont du local au na�onal, voire à l’interna�onal. Leurs peut également citer l’ouvrage « L’agroécologie en
domaines d’interven�on incluent l’expérimenta�on, pra�ques » publié par AgriSud Interna�onal (2010),
la forma�on des producteurs en agroécologie et la qui n’est autre qu’un guide pra�que pour me�re en
sensibilisa�on aux risques environnementaux. Les place des systèmes de culture agroécologiques.
ONG fournissent également un appui technique et
financier aux OCB. Certaines ONG sont ac�ves dans D’autres ONG se sont engagées plus récemment
les domaines de la ges�on durable des ressources et dans l’agroécologie au Sénégal, mais ne sont pas
de l’accès au foncier. Parmi les ONG fortement moins ac�ves. On peut citer - sans être exhaus�f -
impliquées dans l’agroécologie au Sénégal, on peut Eclosio, SOS faim, Agroécologie & Solidarité ou
dis�nguer trois groupes : encore ActSol (Ac�on solidaire pour le développe-
ment).
Six organisa�ons na�onales sont considérées
comme les précurseurs de l’agriculture biologique Certaines entreprises privées sont engagées
au Sénégal : Enda Pronat, Agrecol Afrique, l’Associa- dans l’agroécologie et déploient leurs ac�vités dans
�on Sénégalaise pour la Promo�on de l'Agriculture au moins trois domaines : (i) la forma�on sur la
Biologique et Biodynamique (ASPAB), Green Sénégal, pra�que de l’agroécologie (ex : ferme des quatre
Jardins d’Afrique et le Centre Ecologique Albert chemins à Toubab Dialaw) ; (ii) la fourniture d’intrants
Schwetzer. En 2008, ces dernières ont fondé ensem- biologiques (ex : Eléphant vert) ; (iii) la distribu�on
ble la Fédéra�on Na�onale pour l’Agriculture des produits agroécologiques (Coopéra�ve Sell Sellal
55
56
Une trentaine de Maires engagés me�ent en En 2018, le REVES a co-organisé avec Enda Pronat, la
pra�que l’agroécologie dans les terroirs de leur Fédéra�on Na�onale de l’Agriculture Biologique
commune. Leurs ac�ons incluent la réduc�on des (FENAB) et l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar
pes�cides chimiques, la mise en défens des forêts, la (UCAD) la 2ème édi�on des journées de l’agroécolo-
régénéra�on des pâturages et la promo�on des gie à la Place du Souvenir Africain à Dakar.
énergies renouvelables. Ces Maires se sont regroupés
en 2017 au sein du Réseau des Villes et communes
Vertes et Ecologiques du Sénégal (REVES) (Figure 7).
Figure 7 : Localisation des communes engagées dans le Réseau des Villes et communes Vertes et
Ecologiques du Sénégal.
57
Les acteurs de la recherche développent des connais- ges�on des sols cul�vés. Ce déve-
sances et des solu�ons alterna�ves durables en loppement passe par des programmes de recherches
subs�tu�on à l’agriculture conven�onnelle. Les princi- me�ant en avant les sciences de l’écologie et de la
paux organismes de recherche sont le Centre de complexité dans la compréhension du fonc�onne-
coopéra�on Interna�onale en Recherche Agronomi- ment des sols et des agrosystèmes.
que pour le Développement (CIRAD), l’Ins�tut de
Recherche pour le Développement (IRD), l’Ins�tut PPZS - Le Pôle Pastoralisme et Zones Sèches (PPZS)
Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), le Centre vise l'améliora�on de la ges�on des ressources pasto-
de Suivi Ecologique (CSE), les Universités de Dakar rales et les performances économiques de l’élevage
(UCAD) et de Saint-Louis (UGB), l’Ecole Na�onale pastoral au service du développement rural. Le PPZS
Supérieure d’Agriculture (ENSA) de Thiès, l’Ini�a�ve regroupe l’ISRA, le CIRAD, le CSE, et l’UCAD. Ses ac�vi-
Prospec�ve Agricole et Rurale (IPAR) et enfin le tés sont centrées sur : (i) la concep�on par�cipa�ve
Centre d’Etude Régional pour l’Améliora�on de l’Adap- de modes de ges�on et de poli�ques foncières
ta�on à la Sécheresse (CERAAS). Leurs recherches sur adaptés au pastoralisme ; (ii) l’évalua�on
l’agroécologie sont organisées au sein de plusieurs mul�-échelle des impacts de la mobilité des
plateformes théma�ques de dimensions na�onales troupeaux sur les cycles de nutriments ; (iii) l’analyse
ou interna�onales, que nous présentons ci-dessous. des transhumances et du commerce transfrontalier
au Sahel ; (iv) l’analyse des filières des produits
animaux en Afrique de l’Ouest ; (v) l’analyse des
risques en ma�ère de sécurité alimentaire ; (vi) la
Divecosys - Le disposi�f de recherche et d'enseiment concep�on de services écosystémiques pour une
en partenariat « Concep�on de systèmes intensifica�on durable des systèmes d’élevage exten-
agroécologiques par la ges�on des bio-agresseurs et sif ; (vii) la concep�on d’ou�ls d’aide à la décision et
l’u�lisa�on de résidus organiques » (Divecosys) de supports de modélisa�on en zone sahélienne.
fédère depuis 2009 des équipes de recherche de
plusieurs pays (Bénin, Mali, Sénégal et France) dans IAVAO – Le disposi�f en partenariat « Innova�on et
le but de concevoir des systèmes agricoles intensifs, Améliora�on Variétale en Afrique de l’Ouest »
résilients et durables. Les partenaires de Divecosys (IAVAO) met en œuvre des programmes d’améliora-
pour le Sénégal sont l’UCAD, l’ISRA, le CIRAD et le �on variétale innovants pour répondre à la comple-
CORAF. Les ac�vités des membres de Divecosys sont xité des systèmes agroécologiques d’Afrique de
centrées sur la ges�on des bio-agresseurs et sur l’Ouest. IAVAO associe l’ISRA, le CERAAS, l’Université
l’u�lisa�on de la ma�ère organique. Les recherches de Thiès, le CIRAD et d’autres partenaires au niveau
visent à mobiliser des services écosystémiques dans de la région (Mali, Burkina Faso, Niger). Les membres
un but de nutri�on des plantes et de régula�on des de IAVAO cherchent à adapter les cultures aux
bio-agresseurs, à des échelles allant de la parcelle au contraintes abio�ques et bio�ques. Ils s’appuient
paysage agricole. pour cela sur la caractérisa�on et la sélec�on
variétale, la sélec�on par�cipa�ve, le phénotypage,
LMI IESOL - Créé au Sénégal en 2012, le laboratoire la modélisa�on, la bio-informa�que et l’intégra�on
mixte interna�onal « Intensifica�on écologique des des données.
sols cul�vés en Afrique de l'Ouest » (LMI IESOL)
regroupe l’ISRA, l’ENSA de Thiès, le CIRAD, l’IRD et
l’INERA au Burkina Faso. C’est une plateforme scien�-
fique et technique, et de forma�on en sciences de
l’environnement pour une intensifica�on écologique
des systèmes de produc�on. Les recherches menées
au LMI IESOL ont pour finalité de contribuer au dével-
oppement d’une ingénierie écologique dans la
58
Les consulta�ons zonales ainsi que plusieurs études Dans la commune de Mbamane par exemple, un
(voir par exemple Enda Pronat, 2017b ; Clavel et al., groupement de 43 femmes exploite et gère un
2018) ont montré que les femmes sont des actrices périmètre irrigué dans le cadre du Projet de Redyna-
incontournables de l’agroécologie et de l’agriculture misa�on de la Produc�on Agricole des Exploita�ons
de manière générale. Elles font preuve de leadership Familiales (PRPA). Il est appuyé par AgriSud Interna-
et sont dotées de capacités organisa�onnelles �onal grâce à une coopéra�on décentralisée entre les
remarquables. Elles sont ac�ves non seulement dans départements des régions de Diourbel et Fa�ck et la
la produc�on agricole, mais aussi dans la transforma- région Aquitaine (France). Sur ces terres, les femmes
�on et la valorisa�on des produits agro-alimentaires. ont adopté des pra�ques agroécologiques pour déve-
Dans toutes les zones visitées, les femmes sont proac- lopper des ac�vités maraîchères. Dans la zone des
�ves et centrales dans les projets de transi�on Niayes, les femmes de Landou s’ac�vent, avec l’appui
agroécologique. Les femmes mènent diverses de Enda Pronat, dans des chan�ers de restaura�on
ini�a�ves d’adapta�on au changement clima�que, des terres dégradées. Elles entre�ennent les ouvra-
souvent en groupements ou en associa�ons. Et ce ges de franchissement, de réten�on d’eau ou encore
malgré les difficultés financières et logis�ques de protec�on contre l’ensablement et l’érosion.
existantes et les inégalités socioéconomiques dont
elles sont souvent vic�mes (ex : inégalités sur l’accès
à la terre).
59
Les acteurs de l’agroécologie au Sénégal sont La PNAEB s’est fixée pour mission de promouvoir
aujourd’hui fédérés au sein de plusieurs plateformes. l’agriculture écologique et biologique par la diffusion
d’innova�ons, la sensibilisa�on, le plaidoyer et la
La TaFAé (Task force mul�-acteurs pour la promo�on construc�on de marchés. Elle a pour objec�f global
de l’agroécologie au Sénégal) est un groupe d’acteurs d’intégrer l’agriculture écologique biologique dans les
né en 2015 au Sénégal d’une volonté de réfléchir et systèmes na�onaux de produc�on agricole.
d’agir collec�vement pour promouvoir l’agroécologie
au Sénégal. La TaFAé promeut un partage de connais- L’Alliance 3AO pour l’agroécologie en Afrique de
sances et d’expériences, des synergies et de l’Ouest a été créée en 2018 lors d’une réunion
nouvelles collabora�ons entre les acteurs de mul�-acteurs co-organisée par le Réseau des Organi-
l’agroécologie du Sénégal (ins�tu�ons de recherche, sa�ons Paysannes et de Producteurs de l'Afrique de
OCB, ONG). Cela se fait sous diverses formes : dépôts l'ouest (ROPPA) et le Panel Interna�onal d’Experts sur
de projets en commun, réalisa�on d’ac�ons de les Systèmes Alimentaires Durables (IPES-Food). Plus
recherche, renforcement de capacités, échanges de trente organisa�ons ont rejoint la 3AO et ont
d’expériences, visites d’ini�a�ves, rencontres élaboré une stratégie de développement de
mul�-acteurs. l’agroécologie en Afrique de l’Ouest. À travers une
série d’ac�ons concrètes et concertées, l’Alliance 3AO
La PNAEB (Plateforme Na�onale pour l’Agriculture vise à renforcer les synergies entre différents orga-
Ecologique et Biologique) a été créée en 2015 puis nismes et échelles d’ac�on pour accentuer la force du
redynamisée en 2019. Elle s’inscrit dans l’ini�a�ve plaidoyer, la visibilité du mouvement, et l’impact des
‘Agriculture Ecologique et Biologique’ de l’Union ini�a�ves agroécologiques.
Africaine. Ce�e dernière a démarré en Afrique de
l’Est en 2010, avant de s’étendre en Afrique de En avril 2019, les acteurs de ces trois plateformes ont
l’Ouest en 2014 à travers un projet porté par le décidé pour la première fois de se réunir au sein
Sénégal, le Mali, le Nigéria et le Bénin. La PNAEB d’une plateforme mul�-acteurs - la DyTAES ou
regroupe une diversité d’acteurs (OCB, ONG, ins�tu- Dynamique pour une transi�on Agroécologique au
�ons de recherche, de vulgarisa�on, ministère de Sénégal - dans le but d’accompagner le Gouverne-
l’agriculture, Direc�on pour la Protec�on des ment du Sénégal dans sa réflexion sur la transi�on
Végétaux). agroécologique. La DyTAES est à l’origine de ce
rapport.
60
L’agroécologie sénégalaise est nourrie par plusieurs L’objec�f était de me�re à disposi�on des
projets et programmes régionaux. Ces ini�a�ves pra�ciens, décideurs poli�ques et ins�tu�ons de
cherchent à promouvoir la transi�on agroécologique coopéra�on, ces données et références.
tout en répondant aux défis socio-économiques et
environnementaux des régions géographiques Programme PARFAO - Le Programme « Promouvoir
ciblées. l’agroécologie par la recherche et la forma�on en
Afrique de l’Ouest » (PARFAO) est co-porté par
Ini�a�ve de la Grande Muraille Verte - A par�r de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) et
2005, l’Etat du Sénégal s’est engagé dans l’Ini�a�ve l’Ins�tut de Recherche pour le Développement
de la Grande Muraille Verte (IGMV). Ce projet a été (IRD). Ce projet se déroule sur trois ans (2017-2019)
lancé par les Chefs de 11 Etats dont le Sénégal lors du dans trois pays (Sénégal, Burkina Faso, Côte
7ème Sommet de la Communauté des Etats d’Ivoire). Il vise à promouvoir l’agroécologie par la
sahélo-sahariens (CEN-SAD) à Ouagadougou. Il vise à recherche et la forma�on en Afrique de l’Ouest à
créer une barrière verte et à développer des ac�vités travers l’accompagnement de projets porteurs. Sa
économiques durables pour lu�er contre l’avancée mise en œuvre a permis d’appuyer plusieurs projets
du désert du Sahara. En 2007, l’Union Africaine s’en au Sénégal dont (i) la mise en place d’un système
est saisie pour en faire l’Ini�a�ve Grande Muraille d’alerte et de surveillance dans la nouvelle zone de
Verte pour le Sahara et le Sahel. En 2010, pour pêche protégée (ZPP) de Hann Bel-Air, et (ii) le déve-
renforcer l’IGMV, l’Union Africaine et la CEN-SAD ont loppement d’un système QR « Quid Response »
mis en place l’Agence Panafricaine de la Grande pour améliorer la ges�on de la pêcherie de ceinture
Muraille Verte (APGMV). Dans ce�e même dynami- (trichiurus lepturus) à Kayar.
que, le Sénégal a mis en place l’agence na�onale de la
reforesta�on et de la grande muraille verte. Au Projet PATAE - Le « Projet d’Appui à la Transi�on
Sénégal, la Grande Muraille mesure 545 km de long Agro-Ecologique en Afrique de l’ouest » (PATAE) a
sur 15 km de large. En 2015, il restait environ 340 000 été lancé le 27 avril 2018 à Abuja (Nigéria) sous la
hectares à reboiser sur les 817 500 ini�alement coordina�on de l’Agence régionale pour l’agriculture
prévus. et l’alimenta�on (ARAA). Il vise à accompagner la
transi�on agroécologique en Afrique à travers le
Projet CALAO – Le projet « Capitalisa�on d’expérien- financement de projets de terrain soutenant l’inten-
ces d’Acteurs pour Le développement de techniques sifica�on agroécologique et les échanges d’expéri-
agroécologiques résilientes en Afrique de l’Ouest » ences en vue de contribuer à l’élabora�on de
(CALAO) a été mis en œuvre en 2017 par le Groupe de poli�ques publiques dans le secteur. Conçu pour
Travail sur la Transi�on AgroEcologique (GTAE qui une période de quatre ans (2018-2022), ce projet
regroupe les ONG AVSF, Gret, Agrisud Interna�onal et couvre la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali, le
CARI). Le projet a aussi impliqué plusieurs ONG et Sénégal et le Togo.
universités africaines et leurs partenaires au Burkina
Faso, Sénégal et Togo. Le projet CALAO a consisté en Ini�a�ve AEB – L’ini�a�ve de l’Agriculture
un travail d’évalua�on et de capitalisa�on des Ecologique et Biologique (AEB) en Afrique est un
impacts agro-environnementaux et socio-économi- programme visant à soutenir et à me�re en œuvre
ques des systèmes agroécologiques. Le projet a égale- la décision de l'Union Africaine sur l'agriculture
ment étudié les freins et leviers pour le développe- biologique.
ment de l’agroécologie dans les contextes du Burkina
Faso, du Sénégal et du Togo.
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Depuis 2017, l’engagement des acteurs interna�onaux et régionaux pour l’agroécologie s’est accéléré. Les sphères
poli�ques, les bailleurs, et la recherche agricole affichent leur volonté d’interven�on coordonnée au Sahel autour des
pra�ques et des valeurs de l’agroécologie.
Alliance Sahel - L’Alliance Sahel a été créée en 2017 sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne, dans le but de
coordonner l’ac�on des Etats et des principaux bailleurs de fonds (Union Européenne, Banque Mondiale, Banque
Africaine de Développement, Programme des Na�ons Unies pour le Développement) pour la stabilisa�on et le développe-
ment de la région. L’Alliance Sahel vise à créer une plateforme de coopéra�on interna�onale pour promouvoir une
stratégie cohérente et harmonisée autour des ques�ons économiques, démographiques, migratoires et sécuritaires. Le
premier des 5 secteurs d’interven�on de l’Alliance Sahel est « l’agriculture, le développement rural et la sécurité alimen-
taire ».
Déclara�on de Ouagadougou - En 2018, dans la foulée de la créa�on de l’Alliance Sahel, les représentants des ins�tu-
�ons de coopéra�on d’Afrique (CEDEAO, CILSS, CORAF, WASCAL), des partenaires européens (CIRAD, IRD, AFD) et des
centres na�onaux de recherche agronomique des pays du G5 Sahel (Burkina, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) et du
Sénégal ont signé la Déclara�on de Ouagadougou. Par ce�e déclara�on, ils ont affiché leur ambi�on commune de
contribuer ac�vement aux objec�fs de l’Alliance Sahel. Les ins�tu�ons signataires ont défini 8 priorités stratégiques dont
plusieurs vont dans le sens de l’agroécologie : (i) le développement territorial ; (ii) l’intensifica�on écologique des
systèmes de culture ; (iii) le développement des cultures irriguées ; (iv) La co-ges�on du pastoralisme et de la santé
animale ; (v) l’adapta�on au changement clima�que ; (vi) la valorisa�on de la biomasse, des énergies renouvelables et de
la biodiversité ; (vii) le déploiement de systèmes alimentaires durables ; (viii) le renforcement des compétences des
acteurs.
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Une productrice-transformatrice de
mangue en Casamance.
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Agriculture régénéra�ve
Depuis 1987, le Rodale Ins�tute Regenera�ve
Agriculture Research Center (RARC) a fait équipe
avec des groupes d’agriculteurs et des chercheurs
sénégalais pour promouvoir l’agriculture régénéra-
�ve. Il s’agit d’une forme d’agriculture qui privilégie
un inves�ssement à long terme dans la réhabilita-
�on du sol. Les leviers agronomiques u�lisés pour
revitaliser le sol incluent les cultures intercalaires (ex
: mil-niébé), l’agroforesterie, l’intégra�on des
légumineuses dans les rota�ons, l’apport de ma�ère
organique et les cultures de couverture.
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Programme d’améliora�on de la filière caprine Le projet approvisionne les familles et les écoles en
Le programme d’améliora�on de la filière caprine produits lai�ers caprins (yaourt, crème), contribuant
(Sapp, Djilor, bassin arachidier) appuie l’intensifica- à améliorer la sécurité alimentaire.
�on écologique des systèmes d’élevage caprins et la
transforma�on des produits lai�ers. Le projet a Produc�on fourragère et maraîchage écologique
permis d’améliorer la produc�vité des élevages grâce dans le Ferlo
à la construc�on d’abris pour les chèvres, la vaccina- Dans la zone pastorale du Ferlo, plusieurs projets
�on, l’alimenta�on, la reproduc�on et la structura- contribuent à sécuriser les moyens d’existence des
�on de la filière caprine. Le fumier provenant des popula�ons vulnérables en voie de sédentarisa�on.
abris est u�lisé par les femmes pour amender les
champs.
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Forma�on et aides à l’installa�on en agroécologie à pépinières sur table et sur pilo�s. A la suite de la
la ferme de Kaydara. forma�on, les jeunes retournent dans leur village
Depuis 2007, la ferme-école agroécologique de d’origine pour exécuter leur projet avec un appui
Kaydara (village de Keur Samba Dia, Commune de financier du CFAS pouvant aller jusqu’à 400 000
Fimela, région de Fa�ck) propose des forma�ons en FCFA.
agroécologie, grâce à un partenariat avec la FAO,
l’associa�on Jardins d’Afrique et les municipalités de
Fimela et Tasse�e. Un cursus de forma�on courte
s’adresse aux producteurs qui souhaitent modifier
leurs pra�ques culturales. Une forma�on longue de 9
mois s’adresse aux jeunes porteurs de projet d’instal-
la�on en agroécologie. Les forma�ons portent sur
l’agronomie et la zootechnie (hor�culture, cultures
fourragères, produc�on de semences, pe�t élevage,
ges�on des sols et de l’eau, traitements naturels)
mais également sur le management (ges�on
financière de base, commercialisa�on, construc�on
du projet personnel pour installa�on). La ferme-école
vise ainsi à préparer des producteurs entreprenants, Un apprenti du Centre de Formation Agricole Solidaire.
créa�fs et capables de subvenir à leurs besoins et à Ce centre a été créé en 2016 pour accueillir des jeunes
ceux de leur famille. Durant leur forma�on, les jeunes porteurs de projet d’installation en agroécologie.
cons�tuent les capitaux végétaux, animaux,
technologiques et financiers qui serviront plus tard à Fermes écoles écologiques
leur installa�on. Le suivi de leur installa�on est assuré Créées par l’ONG ActSol (Ac�on solidaire pour le
pendant au moins 3 années par la ferme-école de développement) à Tobor à quelques kilomètres de
Kaydara et par l’associa�on Jardins d’Afrique et les Ziguinchor, les fermes écoles écologiques de ActSol
municipalités de Fimela et de Tasse�e. Kaydara a accueillent des jeunes pour une forma�on d’une
servi de lieu de forma�on pour des jeunes originaires année suivie d’un accompagnement à l’installa�on
de la Casamance dans le cadre du projet « Terre et en agriculture. L’objec�f est de former des profes-
Paix ». Ce projet a été conduit grâce à un partenariat sionnels en agroécologie. La forma�on est axée sur
avec le Conseil Régional de Concerta�on des Ruraux l’agriculture, la pisciculture, l’élevage, la produc�on
(CRCR) de Ziguinchor, l’entente Diouloulou et la et l’u�lisa�on d’engrais naturels et de produits
Coopéra�on pour le développement des Pays Emer- phytosanitaires biologiques. Elle associe cours
gents (COSPE). théoriques et pra�ques. Les fermes se veulent des
espaces d’appren�ssage, de démonstra�on et
Centre de Forma�on Agricole Solidaire d’expérimenta�on avec comme objec�f de favoriser
Le Centre de Forma�on Agricole Solidaire (CFAS, une inser�on des jeunes dans leur village.
Djilor) a été créé en 2016 pour accueillir des jeunes
âgés de 18 à 35 ans, porteurs de projet d’installa�on Cursus académiques
en agriculture. Ces jeunes sont formés aux pra�ques Plusieurs cursus académiques ont été mis en place
agricoles innovantes pendant 18 mois. Les pra�ques afin de former les futures cadres dans le domaine de
agricoles enseignées incluent l’u�lisa�on du fumier l’agroécologie. Le Master GEDAH (GEs�on Durable
composté, les techniques de traitement bio, les des Agroécosystèmes Hor�coles) de l’Université
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Les ini�a�ves agroécologiques présentées ci-dessus ne sont qu’un échan�llon de ce qui se fait au Sénégal. Elles abordent
l’agroécologie en intervenant dans des domaines à la fois diversifiés et complémentaires : ges�on durable des ressour-
ces, intensifica�on écologique, forma�on, lu�e biologique, valorisa�on des produits, etc. Ce�e diversité des approches
marque le caractère profond des problèmes à régler. Bien que prome�euses, les ini�a�ves restent cantonnées à des
échelles réduites, dans le cadre de projets souvent limités dans le temps. Si bien que l’immense majorité des producteurs
reste encore dans le paradigme de l’agriculture conven�onnelle. De fait, le passage à l’échelle de la transi�on
agroécologique se heurte à des freins profonds et systémiques.
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La ma�ère organique difficile d’accès La dégrada�on des ressources eau, sol et arbres
L’u�lisa�on accrue de la ma�ère organique (fumier, La dégrada�on de ressources de base comme l’eau,
compost et autres sources de biomasse) dans les le sol et les arbres est suscep�ble de freiner la transi-
produc�ons végétales cons�tue un élément central �on agroécologique. L’eau et le sol sont des
pour la transi�on agroécologique. Or, au Sénégal, la éléments indispensables pour l’existence et le
ma�ère organique n’est quasiment jamais réintro- main�en de toute forme d’agriculture ; l’arbre est
duite dans les champs car celle-ci est de moins en quant à lui à l’origine de nombreux services écosys-
moins accessible et de plus en plus demandée. D’une témiques u�les à la produc�on agricole. Il n’y aura
part, les résidus de culture (pailles, etc.) sont massive- vraisemblablement pas de transi�on
ment exportés car ils alimentent une filière d’approvi- agroécologique possible sans, en amont, une vraie
sionnement des élevages urbains. D’autre part, la poli�que de protec�on et de ges�on durable de ces
ma�ère organique d’origine animale est de moins en trois ressources.
moins accessible car les systèmes agricoles et
d’élevage sont dissociés : les troupeaux s’alimentent
de moins en moins dans les champs des agriculteurs
et en retour, les champs ne bénéficient plus des déjec-
�ons des animaux d’élevage. Le recul de l’associa�on
entre ac�vités agricoles et pastorales résulte de la
spécialisa�on des bassins de produc�on, de l’effrite-
ment des rapports de solidarité entre agriculteurs et
éleveurs et de tensions croissantes liées à la divaga-
�on et au vol de bétail. Certaines entreprises se sont
posi�onnées sur la fourniture d’intrants organiques
au Sénégal, mais leurs produits restent chers pour les
agriculteurs familiaux. A l’inverse des engrais
minéraux, les engrais organiques ne bénéficient pas
d’un appui financier suffisant de la part des pouvoirs Dans le Bassin Arachidier, la matière organique
publics. n’est quasiment jamais réintroduite dans les
champs car celle-ci est de moins en moins accessi-
L’insécurité foncière ble et de plus en plus demandée.
Pour un producteur, s’engager dans une transi�on
agroécologique cons�tue un véritable inves�ssement
sur le long terme. Beaucoup de temps, d’énergie et
de moyens financiers sont en effet nécessaires pour
restaurer la fer�lité des sols et voir se développer les
arbres dans les parcelles. Les premiers services
écosystémiques de régula�on des ravageurs peuvent
également me�re plusieurs années avant de se
manifester. Or, beaucoup de producteurs sont
confrontés à une insécurité foncière : ne sachant pas
s’ils pourront garder la même parcelle dans les
années à venir, les producteurs en situa�on d’insécu-
rité foncière n’ont pas intérêt à inves�r dans la
fer�lité de leur sol.
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Les connaissances des producteurs focalisées sur Pour autant, les impacts restent mi�gés. Les
l’agriculture conven�onnelle i�néraires techniques conçus par la recherche
L’agroécologie est une forme d’agriculture par�cu- publique échouent souvent à se diffuser en milieu
lièrement intensive en connaissances : sa mise en paysan car ils sont peu compa�bles avec les
pra�que s’appuie sur une compréhension fine du stratégies et les contraintes des producteurs. Ce
fonc�onnement des plantes, des sols et des agroéco- problème résulte d’un cloisonnement structurel
systèmes dans leur ensemble. Or, la majorité des entre acteurs de la recherche et du développement.
producteurs sénégalais n’ont connu que l’agriculture Lorsqu’ils conçoivent des innova�ons agronomiques
conven�onnelle. Ce faisant, ils ont perdu leurs (nouvelles variétés, nouvelles techniques culturales,
savoir-faire tradi�onnels, et ils ont accumulé des nouveaux i�néraires techniques, etc.), les
connaissances rela�ves à la ges�on chimique des chercheurs consultent rarement les producteurs. Si
bio-agresseurs et à la simplifica�on des assolements bien que les chercheurs ont généralement une
autour d’un pe�t nombre de cultures de rente. connaissance superficielle du fonc�onnement des
L’essor de l’agroécologie au Sénégal est donc terroirs et des stratégies et besoins des producteurs.
aujourd’hui fortement limité par un manque de Ainsi, dans leurs démarches de concep�on, les
connaissances appropriées des producteurs. équipes de recherche ne prennent pas en compte
(ou bien ils ne prennent en compte que tardive-
La recherche historiquement focalisée sur les ment) les réalités agronomiques et socioéconomi-
produc�ons conven�onnelles ques des systèmes de produc�on. Ce�e sépara�on
Depuis l’indépendance, le gros des recherches entre mondes de la recherche et du développement
menées au Sénégal a consisté à innover en appui à cons�tue une faiblesse majeure du système de
l’agriculture et l’élevage conven�onnels. Soutenus produc�on et de diffusion des connaissances
par un discours sur la sécurité alimentaire, les agronomiques au Sénégal.
agronomes ont travaillé à sélec�onner des variétés à
haut poten�el de rendement, et à op�miser leur Le manque de forma�on et de moyens des acteurs
expression en concevant des i�néraires techniques du conseil public
standardisés incluant des doses prédéfinies d'engrais La transi�on agroécologique nécessite un système
minéraux et de pes�cides chimiques. Ces recherches de conseil public suffisamment déployé pour
ont apporté des avancées indéniables, mais force est pouvoir accompagner les producteurs de chaque
de constater qu’elles ont soutenu une forme d’agricul- territoire. Or, les acteurs publics chargés du conseil
ture non-durable et pas toujours adaptée aux réalités agricole (Agence Na�onale de Conseil Agricole et
des producteurs familiaux. Les solu�ons agronomi- Rural) affirment avoir du mal à intensifier leurs
ques clé en main ne peuvent pas répondre aux ac�ons sur le terrain en raison d’un déficit de
problèmes spécifiques de chaque terroir. L’essor de ressources matérielles, humaines et financières. Les
l’agroécologie au Sénégal est donc freiné car la agents sont souvent sous-équipés en moyens de
grande majorité des connaissances disponibles ont locomo�on ce qui les empêche de répondre à
été élaborées pour l’agriculture conven�onnelle. Les toutes les sollicita�ons. Sur le plan spécifique de
recherches sur l’agroécologie prennent aujourd’hui l’agroécologie, ces services manquent de forma�on
de l’importance, mais elles n’ont pas encore eu le technique.
temps d’abou�r à des résultats opéra�onnels.
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Les filières conven�onnelles ne valorisent pas les retarder le retour sur inves�ssement. Or au Sénégal,
produits de l’agroécologie la prise de risque rela�ve à la transi�on
Le passage des producteurs en bio ou en agroécolo- agroécologique n’est aujourd’hui compensée par
gie doit être sécurisé, au moins au démarrage, par aucun disposi�f de financement ou d’accompagne-
des marchés de niche rémunérateurs. Dans ces ment public. Dans ces condi�ons, les agriculteurs
marchés, les produits issus d’une agriculture qui souhaitent aller vers l’agroécologie sont
responsable reçoivent un surprix qui compense les contraints de maintenir une par�e de leur système
éventuelles baisses de rendement et les risques en agriculture conven�onnelle afin de limiter la
vécus par les producteurs en voie de transi�on. Or au prise de risques.
Sénégal, les consommateurs ont rarement été sensibi-
lisés aux risques et aux écueils rela�fs à l’agriculture Les faibles capacités d’inves�ssement des produc-
conven�onnelle. Leurs choix de consomma�on sont teurs
généralement guidés par la recherche du moindre La transi�on agroécologique implique un apport
coût. A l’excep�on de quelques micro-marchés d’aver- financier important dont la rentabilité est différée
�s, les filières végétales et animales n’apportent dans le temps. Or, aujourd’hui, les producteurs
aucune plus-value pour les produits issus de familiaux ont rarement suffisamment de moyens
l’agroécologie. pour réaliser un inves�ssement d’envergure. De leur
côté, les banques refusent d’inves�r dans des
Le désintérêt des jeunes pour l’agriculture projets des producteurs familiaux. L’Etat ne propose
L’agroécologie est une ac�vité par�culièrement inten- pas d’aides spécifiques à l’agroécologie. Il n’existe
sive en travail qualifié. La transi�on agroécologique pas non plus de système d’assurance ou de méca-
repose donc sur le main�en d’une popula�on rurale nismes de prêt pour rendre possible les projets
dense, dynamique et bien formée. Or, les jeunes ont individuels de transi�on agroécologique. Dans ces
tendance à abandonner les ac�vités agricoles et condi�ons, les seuls producteurs capables de
d’élevage pour par�r chercher des emplois en ville. s’engager sont ceux qui bénéficient de l’environne-
Ce�e crise des voca�ons résulte de la dégrada�on de ment sécurisé d’un projet de développement, ou
l’environnement, de la mauvaise santé économique encore certains cadres urbains qui développent une
de l’agriculture familiale, et des difficultés rencon- ac�vité agricole complémentaire.
trées par les jeunes pour accéder à des terres
agricoles et pour se faire accompagner dans leurs
projets d’installa�on. La crise des voca�ons
représente donc un frein majeur pour la transi�on
agroécologique au Sénégal.
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Les ateliers zonaux et d’autres études récentes ont Ges�on collec�ve des ressources – La ges�on
permis à la DYTAES d’iden�fier un certain nombre de par�cipa�ve des ressources naturelles à
leviers qu’il est possible d’ac�onner pour faciliter une l’échelle communautaire est un bon moyen
transi�on agroécologique globale au Sénégal : pour éviter leur surexploita�on.
Compensa�on des risques – Il est possible de Systèmes alimentaires – En créant des espaces
compenser les risques inhérents à la transi�on de dialogue entre les producteurs, les acteurs
agroécologique via des mécanismes assuran�els des filières, les consommateurs et les collec�vi-
et des disposi�fs d’accompagnement adaptés. tés, il est possible d’abou�r à des stratégies
alimentaires durables.
Aides à l’installa�on des jeunes - Des mécan-
ismes de financement adaptés peuvent faciliter Recherche-ac�on – Il est possible d’accélérer la
l’installa�on des jeunes en agriculture et encour- transi�on agroécologique en intégrant les
ager la transi�on des exploita�ons vers l’agro- agriculteurs et les acteurs du développement à
écologie. toutes les étapes des programmes de recherche
(iden�fica�on des problèmes, concep�on des
Accès aux intrants – Un autre levier est de rendre solu�ons, expérimenta�on et évalua�on des
plus accessibles les intrants, les équipements et innova�ons).
le matériel biologique spécifiques à la transi�on
agroécologique.
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Figure 8 : Les quatre axes d’orientations politiques proposés par la DyTAES pour une transition
agroécologique au Sénégal
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Axe 1.1 - Perme�re un accès équitable à l'eau produc�ve pour les exploita�ons familiales, et susciter une
u�lisa�on durable de l’eau par tous les usagers. Plus précisément, la DyTAES recommande de :
Accroître les inves�ssements pour la mise en place d'infrastructures et d'aménagements hydro-agricoles
(bassins, digues an�-sel, digues de retenue, unités de désalinisa�on, etc.) adaptés aux besoins des
différents types d'acteurs (éleveurs, agriculteurs, pisciculteurs, etc.), et ce dans le respect de l'environne-
ment (réalisa�on d’études d’impacts) ;
S’assurer que l’eau produc�ve est physiquement et économiquement accessible pour tous les usagers, et
ce en quan�té et en qualité suffisante ;
Promouvoir le recyclage et l’u�lisa�on ra�onnelle de l'eau via le renforcement de capacités des u�lisa-
teurs, le contrôle des industries et la mise à disposi�on d’équipements ;
Promouvoir l'u�lisa�on des énergies renouvelables pour le pompage de l'eau ;
Soutenir une ges�on intégrée et décentralisée de la ressource en eau.
Axe 1.2 - Faire de la ges�on durable des ressources naturelles (forêts, ressources halieu�ques, sols) une
priorité na�onale. Il faudra notamment :
Me�re en place une poli�que de valorisa�on des ressources organiques en milieux urbain, péri-urbain et
rural, qui soit orientée vers la restaura�on des terres les plus dégradées ;
Démul�plier les programmes de régénéra�on naturelle assistée et de ges�on durable des ressources
naturelles en responsabilisant les popula�ons locales ;
Lu�er contre l'exploita�on abusive et le trafic des ressources naturelles (forêts, ressources halieu�ques,
sols, etc.) par la responsabilisa�on des communautés riveraines, l’éduca�on, l’appui à l’exploita�on ra�on-
nelle et durable des ressources, et par la mise en place et l’applica�on de règlementa�ons adaptées.
Axe 1.3 - Protéger et valoriser les semences paysannes, les races rus�ques et les espèces fores�ères et
halieu�ques locales en veillant à la préserva�on de la biodiversité. Cela pourra se faire en appuyant les
organisa�ons paysannes dans l'accès, la produc�on, la conserva�on et l’échange de semences paysannes et
cer�fiées (construc�on de magasins et forma�on sur les techniques de conserva�on naturelles).
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Axe 2.1 - Renforcer la résilience des systèmes de produc�on agro-sylvo-pastoraux et halieu�ques via l'adop-
�on de pra�ques agroécologiques. Plus précisément, il s’agira de :
Inclure dans toutes les stratégies poli�ques, projets ou programmes agricoles la promo�on de pra�ques
qui respectent les principes de l’agroécologie (agroforesterie, régénéra�on naturelle assistée, amende-
ments organiques, u�lisa�on efficiente des intrants, conserva�on des sols, diversifica�on, cultures
associées, intégra�on agriculture-arboriculture-élevage et aquaculture, aires marines protégées, etc.) ;
Sensibiliser les acteurs, en par�culier les jeunes, pour qu’ils s'engagent dans une transi�on
agroécologique ;
Accompagner les exploita�ons familiales qui souhaitent s'engager dans l’agroécologie à travers des
mesures incita�ves (produits d’assurance agricole adaptés, amor�ssement des risques, infrastructures de
stockage et conserva�on, etc.).
Axe 2.2 - Faciliter l'accès des exploita�ons familiales à des intrants organiques et à des équipements de
qualité pour accroître la produc�vité des systèmes agro-sylvo-pastoraux et halieu�ques. Pour cela, il est
envisageable de :
Subven�onner et rendre plus accessibles les biofer�lisants, les biopes�cides et le matériel agricole ;
Fournir des services de forma�on et d’appui-conseil pour accompagner les exploita�ons familiales dans la
transi�on agroécologique ;
Assurer un approvisionnement adéquat des exploita�ons familiales en ressources organiques par la mise
en place ou le sou�en à des disposi�fs de valorisa�on des ressources locales (unités de transforma�on
des ressources organiques, recyclage des déchets, etc.) ;
Soutenir toutes les ini�a�ves de valorisa�on des ressources alimentaires pour le bétail et de produc�on
de cultures fourragères (forma�on, accessibilité au matériel adapté pour le stockage et la transforma�on)
afin de favoriser la complémentarité agriculture-élevage.
Axe 2.3 - Prioriser l'agroécologie dans les programmes de recherche, de forma�on et de conseil agricole.
Il faudra en par�culier :
Favoriser une appropria�on et une u�lisa�on des résultats de recherche sur l’agroécologie en privilégiant
des démarches par�cipa�ves qui valorisent les savoirs et pra�ques endogènes, et en appuyant toutes les
structures de vulgarisa�on pour assurer leur diffusion ;
Intégrer l’agroécologie dans les programmes de forma�on à tous les niveaux scolaires (du primaire à
l'université et dans les centres de forma�on professionnels) en valorisant les compétences des acteurs de
terrain, et faciliter l’accès des jeunes à ces forma�ons via des bourses ;
Soutenir les structures de forma�on qui travaillent dans le domaine de l’agroécologie (accrédita�on des
structures existantes) ;
Elargir les compétences du conseil agricole et rural à l’agroécologie, en développant des coopéra�ons
avec les organisa�ons communautaires de base.
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Axe 3.1 - Limiter les pertes post-récolte, améliorer la qualité sanitaire des produits agro-sylvo-pastoraux et
halieu�ques et diversifier l'offre en produits transformés. Plus précisément, il faudra :
Me�re en œuvre des programmes de renforcement des capacités techniques de récolte, de conserva�on,
de transforma�on et de contrôle de manière à assurer la qualité sanitaire des produits issus de l’agroécolo-
gie ;
Me�re en place ou réhabiliter des infrastructures de conserva�on, transforma�on et transport afin d’obte-
nir des produits agroécologiques de qualité qui répondent aux normes ;
Renforcer les capacités des unités de transforma�on pour la valorisa�on des produits issus de l’agroécolo-
gie.
Axe 3.2 - Promouvoir la consomma�on des produits issus de l'agroécologie au niveau na�onal.
Pour ce faire, nous proposons de :
Mener des campagnes d’informa�on, de sensibilisa�on et de vulgarisa�on du grand public sur les avantag-
es de la consomma�on des produits issus de l’agroécologie ;
Formaliser et soutenir le processus de labélisa�on, reconnaissance et valorisa�on des produits issus de
l’agroécologie ;
Inclure dans les commandes publiques des quotas ou clauses pour faciliter l’accès des produits
agroécologiques aux marchés, notamment ins�tu�onnels.
Axe 3.2 - Faciliter l'accès des exploita�ons familiales à des marchés qui valorisent les produits
agroécologiques. Il faudra notamment :
Me�re en place des mécanismes na�onaux de diffusion et de partage d’informa�ons sur la disponibilité,
la localisa�on et le prix des produits issus de l’agroécologie ;
Soutenir la créa�on de circuits courts de distribu�on et de marchés dédiés aux produits agroécologiques
en créant des partenariats entre des collec�vités territoriales et des groupements de producteurs ;
Appuyer les coopéra�ves de produits agroécologiques sur les plans technique et organisa�onnel afin de
faciliter l’inser�on de leurs produits dans différents marchés ;
Renforcer les mécanismes de régula�on des marchés (importa�ons et produc�ons des agro-industries
locales) afin de garan�r des débouchés stables et rémunérateurs pour les exploita�ons familiales tout en
protégeant les consommateurs ;
Soutenir la mise en place d'emballages biodégradables.
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Axe 4.1 - Instaurer un cadre de concerta�on intersectoriel, par�cipa�f et inclusif pour faciliter la construc-
�on, la mise en œuvre et le suivi des poli�ques de transi�on agroécologique. Pour ce faire on pourra :
Promouvoir une gouvernance locale concertée et par�cipa�ve pour la transi�on agroécologique et pour
la ges�on des ressources naturelles ;
Me�re en place un cadre de concerta�on mul�-acteurs pour prendre en charge toutes les ques�ons
rela�ves à la promo�on de l'agroécologie au Sénégal ;
Impliquer la DyTAES dans la formula�on, la formalisa�on, le suivi et l’évalua�on des poli�ques,
programmes et projets rela�fs à l’agroécologie ;
Intégrer la transi�on agroécologique dans la Revue Conjointe du Secteur Agricole en mobilisant tous les
acteurs concernés (Ministères, Direc�ons, ins�tu�ons de recherche et de forma�on, organisa�ons
paysannes, organisa�ons non-gouvernementales, élus, consommateurs, etc.).
Axe 4.2 - Améliorer, adopter et faire appliquer les lois, codes et règlements favorables à la transi�on
agroécologique. La DyTAES recommande en par�culier de :
Adopter une loi foncière qui sécurise les droits des exploita�ons familiales, pour les généra�ons présentes
et futures, en conformité avec le document de posi�onnement du CRAFS (2016) (Cadre de Réflexion et
d’Ac�on sur le Foncier au Sénégal). Ce�e loi doit être suivie de décrets d'applica�on perme�ant sa mise
en œuvre effec�ve ;
Garan�r le droit à produire et échanger des semences paysannes (applica�on du Traité Interna�onal sur
les Ressources Phytogéné�ques pour l’Alimenta�on et l’Agriculture) et maintenir un principe de précau-
�on face aux Organismes Géné�quement Modifiés (OGM) dans la loi sur la biosécurité ;
Voter et faire appliquer le code pastoral après avoir pris en charge les recommanda�ons de la société
civile ;
Elaborer une poli�que concertée d'aménagement du territoire qui prenne en compte les Plans d’Occupa-
�on et d’Affecta�on des Sols (POAS), et qui sécurise les aires protégées et les zones de produc�on agro-syl-
vo-pastorales et halieu�ques.
Axe 4.3 - Assurer le financement de la transi�on agroécologique en priorisant le sou�en aux exploita�ons
familiales. Pour cela il faut :
Doter les différents ministères concernés d'un budget spécifiquement alloué à la transi�on
agroécologique (budgets des projets et programmes), et orienter ce budget en priorité vers le sou�en aux
exploita�ons familiales, à la recherche sur l’agroécologie, à la préserva�on des ressources naturelles et à
la restaura�on des sols ;
Adopter des instruments (ex. fonds de garan�e) pour faciliter l'accès au crédit pour les exploita�ons
familiales, les organisa�ons paysannes et les autres acteurs des chaînes de valeurs engagés dans
l’agroécologie, en par�culier les jeunes et les femmes ;
Instaurer des mécanismes incita�fs pour encourager l’inves�ssement dans des modes de produc�on, de
transforma�on et de consomma�on sains et durables ;
Orienter les fonds existants vers la transi�on agroécologique, à l’instar du Fonds de Garan�e des Inves-
�ssements Prioritaires (FONGIP), du Fonds Na�onal de Développement Agro-Sylvo-Pastoral (FNDASP), du
Fonds Na�onal de Recherches Agricoles et Agro-alimentaires (FNRAA) ou du Fonds d’Appui à la Stabula-
�on (FONSTAB).
90
Face aux défis mul�ples et interdépendants de l’agriculture sénégalaise, l’agroécologie cons�tue une
réponse prome�euse pour changer de paradigme de développement et inventer de nouvelles
rela�ons entre agriculture, élevage, environnement, systèmes alimentaires et sociétés.
Les membres de la DYTAES appellent la construc�on d’une poli�que intégrée et holis�que, avec une
interven�on coordonnée dans plusieurs secteurs, et qui sera capable d’aborder toutes les dimensions
nécessaires à la transi�on agroécologique. Une telle poli�que pourrait être orientée autour de quatre
axes : (i) L’améliora�on et la sécurisa�on des bases produc�ves ; (ii) l’accroissement durable de la
produc�vité et des produc�ons agro-sylvo-pastorales et halieu�ques ; (iii) la promo�on des produits
issus de l’agroécologie dans les chaînes de valeur, et (iv) l’améliora�on de la gouvernance, des condi-
�ons cadres et du financement pour une transi�on agroécologique à grande échelle à l'horizon 2035.
(1) Les interven�ons des acteurs éta�ques, de la société civile et de la recherche ont permis
d’enregistrer des acquis indéniables, qui cons�tuent un tremplin pour le passage à l’échelle de la
transi�on agroécologique ;
(2) La transi�on agroécologique est un long processus qui doit se concevoir et se mener dans la
durée ;
(3) La transi�on agroécologique nécessite un effort conjoint de l’ensemble des acteurs ;
(4) La per�nence et l’efficacité des orienta�ons proposées par la DyTAES repose sur leur mise en
œuvre conjointe et synergique ;
(5) Les orienta�ons poli�ques proposées ne peuvent pas toutes être entreprises immédiatement
et de façon concomitante ;
(6) Les orienta�ons poli�ques doivent être traduites dans les poli�ques publiques, les
programmes de développement, les stratégies de coopéra�on et les ini�a�ves communautaires.
91
Au cours de la première phase de dialogue poli�que, iden�fier et me�re en œuvre des mesures
immédiates et prioritaires pouvant faire un effet de levier pour la transi�on agroécologique.
Parmi ces mesures prioritaires, on pourrait citer par exemple le reverdissement, la préserva�on
des forêts existantes, la créa�on de nouvelles forêts, la subven�on des intrants biologiques, le
principe de précau�on face aux Organismes Géné�quement Modifiés (OGM) et la diminu�on du
cout de l’eau produc�ve.
Les membres de la DyTAES encouragent les partenaires techniques et financiers à appuyer l’Etat du
Sénégal dans l’élabora�on et la mise en œuvre d’une poli�que de transi�on agroécologique, et dans
la conduite des expérimenta�ons pilotes.
92
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Tableaux
Figures
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