Théories de l'investissement transfrontalier
Théories de l'investissement transfrontalier
D
epuis plusieurs décennies, les études théoriques sur l’investissement
transfrontière se sont considérablement multipliées. La théorie relative aux
transactions de capitaux avec l’étranger suit généralement de l’un des deux
modèles classiques, à savoir la théorie de l’investissement de portefeuille et la
théorie de la firme, qui sont à l’origine d’innombrables contributions.
La théorie de la firme est en revanche liée aux capitaux étrangers sous la forme
d’investissement direct étranger (IDE), qui reflète la décision d’une entreprise
d’investir à l’étranger. Ce deuxième type de flux internationaux de capitaux
est en général plus durable et plus prévisible puisqu’il est souvent lié au désir
d’une entreprise de développer ses capacités productives au-delà des frontières
nationales dans le but de maintenir un certain contrôle sur ses investissements.97
Dans le présent chapitre, nous passons tout d’abord en revue les principales
théories qui expliquent pourquoi les entreprises décident d’investir dans un pays
étranger. Nous nous intéressons ensuite aux fondements théoriques et empiriques
de l’investissement et du commerce dans le contexte de la théorie de l’intégration
régionale, puis nous analysons la corrélation entre l’IDE et trois questions internes,
à savoir la concurrence, la propriété intellectuelle et l’économie numérique.98 Enfin,
nous présentons des preuves concrètes qui étayent et corroborent les études
théoriques afin de proposer un cadre théorique expliquant les liens réciproques entre
l’investissement et les questions internes, en guise de prélude aux chapitres suivants.
64 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Parmi les théories fondatrices présentant l’IDE comme un type d’investissement
effectué par des entreprises au-delà des frontières nationales, plusieurs se
concentrent sur les entreprises multinationales. Ces théories décrivent les
multinationales comme des entreprises capables d’étendre leurs activités par-
delà les frontières pour maximiser leurs profits et avoir accès aux ressources, aux
intrants, aux marchés et, selon des études plus récentes, aux chaînes de valeur.99
Ce courant théorique remonte aux travaux de Ronald Coase,100 qui a été le premier
à expliquer que la croissance d’une entreprise dépend de la rentabilité attendue,
celle-ci étant définie par les coûts de transaction. Selon la théorie de Ronald Coase,
les entreprises se diversifient en réalisant des opérations avec contrepartie directe
pour de nouveaux produits ou en mettant fin aux opérations avec contrepartie
directe d’anciens produits qui deviennent trop coûteux. Cette théorie, qui a évolué
au fil du temps, prend maintenant en compte non seulement les produits, mais
aussi les facteurs de production, tels que la technologie et le capital, car les coûts
de transaction sont des coûts qui ne peuvent pas être entièrement internalisés
par l’entreprise, mais qui peuvent être considérablement influencés et réduits au
minimum par le mode d’organisation choisi par celle-ci.101
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 65
Raymond Vernon a apporté une contribution théorique majeure en exposant sa
théorie du cycle de vie du produit (1961), qui s’appuie sur des considérations
liées à l’innovation pour expliquer l’IDE. Selon lui, l’innovation est un vecteur de
l’IDE fondé sur le transfert de technologie, qui permet à son tour le transfert de
connaissances. L’investissement correspond au moment où l’entreprise est à un
stade de développement suffisant pour produire un certain bien. Dans un premier
temps, l’entreprise lance un nouveau produit dans un pays d’accueil ou un endroit
donné en fonction du coût des facteurs de production et des économies externes.
La proximité de l’entreprise avec le marché d’accueil facilite l’accès à l’information.
Dans un deuxième temps, l’entreprise bénéficie d’économies d’échelle et
sélectionnera des marchés d’importation sur lesquels elle pourra s’approvisionner
en intrants. Le choix des marchés d’importation dépendra des coûts de production
et de transport ; la réduction des coûts projetée correspond aux différences des
coûts de la technologie et des facteurs entre le marché intérieur et le marché
étranger. Enfin, dans un troisième temps, le produit étant désormais normalisé,
l’entreprise peut délocaliser sa production dans des pays moins avancés ; la
localisation de l’investissement transfrontière dépendra du coût des intrants et de
la proximité des sources d’intrants.
66 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
La théorie de l’internationalisation par étape, proposée par Jan Johanson et Jan-
Erik Vahlne (1977, 1990) et par Johanson et Finn WIDEersheim-Paul (1975),
affirme que les entreprises internationalisent progressivement leurs activités
à mesure qu’elles accroissent leur engagement sur les marchés étrangers,
processus par lequel elles acquièrent des connaissances empiriques et
investissent petit à petit des ressources. Au fur et à mesure que les entreprises
multinationales s’intègrent davantage dans l’économie mondiale (par une
intégration verticale ou horizontale), elles seront exposées à des réseaux de
production transfrontières, ce qui renforcera leurs connaissances empiriques
et leur apprentissage par l’expérience. Les connaissances et les compétences
empiriques – essentielles à l’internationalisation d’une entreprise – ne peuvent
être achetées. L’expérience permet en fin de compte à une multinationale
de repérer les débouchés commerciaux pouvant être exploités et de réduire
l’incertitude liée au risque d’investissement.
Afin de remédier aux faiblesses des hypothèses plus anciennes, les contributions
théoriques plus récentes s’appuient sur des hypothèses nouvelles ou révisées
pour expliquer les tenants et les aboutissants de l’IDE. John H. Dunning (1973,
1977, 1993) a élaboré une approche plus dynamique et plus globale que les
théories les plus courantes sur l’IDE : le paradigme éclectique, aussi connu sous
le nom de « paradigme OLI ». Celui-ci explique que les décisions d’investissement
des entreprises sont fonction des avantages liés à la propriété (O pour ownership),
à la localisation (L pour location) et à l’internalisation (I pour internalization). Les
avantages liés à la propriété découlent de la possibilité pour les entreprises de
conserver un certain contrôle sur leurs investissements, tandis que les avantages
liés à la localisation sont rattachés aux actifs des pays d’accueil, tels que les
ressources naturelles et la dotation en facteurs de production. Les avantages liés
à l’internalisation permettent aux entreprises de remédier aux imperfections du
marché en internalisant les coûts et en réduisant les contraintes administratives et
l’incertitude105 : une firme procédera à un IDE vertical si elle peut réduire certains
de ces coûts en délocalisant sa production vers un marché étranger.106
Certaines théories plus récentes fondées sur le paradigme OLI ajoutent une
cinquième catégorie d’IDE : l’IDE axé sur l’apprentissage ou la recherche de
connaissances. Ces théories s’intéressent à l’investissement transfrontière
découlant de la délocalisation de la production et à l’existence de réseaux
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 67
transfrontières au sein des chaînes de valeur mondiales. Dans ce contexte, les
actifs incorporels que l’IDE apporte ou permet de développer au sein d’une
firme sont davantage mis en valeur, comme l’explique le modèle link, leverage
and learn ou LLA (lien, levier et apprentissage), élaboré par John Mathews (2002,
2006) et approfondi ultérieurement par d’autres auteurs.107 Dans ce modèle, le
comportement d’une entreprise sur les marchés
internationaux dépend de son degré d’exposition
Les théories plus à ces marchés. Cette théorie permet d’expliquer
modernes s’attachent l’essor des entreprises multinationales de pays
émergents, qui ont renforcé leur présence sur les
quant à elles à expliquer marchés internationaux dans les années 1990.
l’essor actuel des modèles Du fait de leur exposition à des réseaux mondiaux
interconnectés, ces entreprises peuvent
économiques axés sur recourir au capital et aux autres ressources
des critères tels que d’entreprises plus développées et établies
de plus longue date en vue de tisser des liens
la création de valeur, avec elles. L’apprentissage intervient à mesure
la spécialisation des que les multinationales de pays émergents
recueillent des informations et acquièrent des
tâches, la création de connaissances, devenant ainsi plus adaptables
synergies, la production et capables de faire face à la concurrence.
à la demande, Les théories plus modernes s’attachent quant
l’approvisionnement à elles à expliquer l’essor actuel des modèles
économiques axés sur des critères tels que la
local en biens et création de valeur, la spécialisation des tâches,
services par des sociétés la création de synergies, la production à la
demande, l’approvisionnement local en biens
intermédiaires et
et services par des sociétés intermédiaires et
l’approvisionnement en l’approvisionnement en intrants à l’étranger. Ces
contributions théoriques tiennent davantage
intrants à l’étranger.
compte de l’évolution rapide des chaînes de
valeur mondiales.
68 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Points de vue de la théorie du commerce international et de la théorie de
l’intégration régionale
Le commerce et l’investissement sont-ils complémentaires ou substituables ?
S’ils sont substituables, une entreprise qui opère à l’international choisira soit
de commercer soit d’investir à l’étranger (mais pas les deux), en fonction d’un
ensemble de conditions de marché, l’investissement étant susceptible d’évincer
les débouchés commerciaux dans le pays d’accueil. En revanche, s’ils sont
complémentaires, une entreprise qui investit à l’étranger peut venir compléter les
débouchés commerciaux sur le marché du pays d’accueil ou en attirer de nouveaux.
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 69
le contraire : les grandes entreprises (les multinationales) peuvent écarter les
petites entreprises (les PME, par exemple) du crédit, car elles sont considérées
comme moins risquées et donc plus solvables.115
Tant les études sur le commerce que celles sur l’investissement ont approfondi
l’analyse de la relation IDE-commerce au moyen de contributions empiriques
multiples et combinées. L’interaction entre l’IDE et le commerce dépend de
facteurs locaux, tels que l’ouverture commerciale et les mesures d’incitation visant
à attirer l’IDE sur les marchés étrangers.116 C’est sous cet angle que l’ouverture
commerciale (essentielle pour renforcer l’intégration régionale par des accords
commerciaux régionaux) est vue comme complémentaire à l’attraction de l’IDE117.
Les études empiriques sur l’Afrique fournissent également des explications très
diverses sur la corrélation entre le commerce et l’IDE. Les accords commerciaux
régionaux sont au cœur de ces travaux de recherche alors que les pays africains
commencent à commercer dans le cadre de la ZLECAf, qui prévoit l’élimination
des droits de douane sur 90 % des échanges. Si cet accord est assorti de règles
d’investissement harmonisées par un protocole sur l’investissement, les synergies
entre les flux commerciaux et les flux d’investissement pourraient être optimisées.
70 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
des importations de pays membres en provenance de producteurs plus efficients
de pays tiers par des importations en provenance d’autres pays membres où les
coûts sont plus élevés. La création d’échanges contribue à améliorer le bien-être
d’un pays puisqu’une telle évolution va dans le sens de l’affectation des ressources
d’un pays au libre-échange, tandis que le détournement d’échanges a un effet
contraire sur le bien-être en abandonnant progressivement cette démarche.119
Selon l’analyse statique des avantages comparatifs, la décision de participer à
des mécanismes d’intégration économique doit faire l’objet d’une analyse coûts/
avantages : une participation se justifie dès lors que la création d’échanges
l’emporte sur le détournement d’échanges.120
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 71
Données empiriques à l’appui des fondements théoriques de
l’investissement en Afrique
Un nombre croissant de contributions empiriques visent à transposer les théories
sur l’investissement et l’intégration régionale au contexte africain et de les y tester.
Les ouvrages ont une portée géographique diversifiée, examinant les données
provenant des pays, des sous-régions et même de l’ensemble du continent.
Les résultats sont toutefois mitigés pour ce qui est d’étayer par des faits ou de
corroborer les éléments des diverses théories.
L’ouverture commerciale montre qu’il existe une corrélation positive avec l’IDE,
y compris les effets d’agglomération dans les sous-régions ou pays africains.128
Il existe également une corrélation positive entre une série d’autres facteurs de
localisation et l’IDE, notamment la taille du marché, l’efficacité des systèmes
juridiques, la stabilité politique129 et un climat propice aux échanges.130 D’autres
ouvrages portent sur les éléments relatifs à la stabilité macroéconomique, la
convergence nominale ou monétaire131 et les bonnes infrastructures,132 entre
autres, en ce qui concerne l’attraction de l’IDE. Certaines publications renforcent
l’idée que des politiques et réglementations adéquates aident à attirer des
investissements plus durables et davantage tournés vers le développement.133
Les études établies sur la base d’un scénario fictif corroborent généralement
ce mode de pensée. Les lacunes de la réglementation, l’insuffisance des
infrastructures134 et l’existence de restrictions commerciales135 découragent l’IDE
en Afrique. Des travaux de recherche plus récents montrent que la facilitation des
échanges, un aspect de l’infrastructure propre au commerce, est essentielle pour
améliorer les gains en volume du commerce intra-africain, qui pourrait atteindre
22 % grâce à l’ouverture commerciale que devrait apporter la ZLECAf.136 Les gains
résultant de la facilitation des échanges, compte tenu des complémentarités entre
le commerce et l’investissement mises en évidence par les études, sont de nature
à attirer des investisseurs à la recherche de nouveaux débouchés commerciaux
dans la ZLECAf. Ils supposent également une transformation structurelle plus
fondamentale137 : l’IDE dans les infrastructures, qui contribue directement à la
facilitation des échanges, pourrait faire le lien entre les pays africains et les chaînes
de valeur mondiales et promouvoir une plus grande connectivité commerciale et
une meilleure insertion dans l’économie mondiale.138
Ces dernières années, les flux régionaux et intra-africains d’IDE ont été de
plus en plus axés sur le secteur des services. Les services financiers, tels que la
banque commerciale et l’assurance,139 arrivent en tête des investissements dans
des capacités nouvelles, jusqu’à 50 % entre 2003 et 2014.140 Cette tendance
renforce également l’idée qu’une plus grande ouverture du commerce des services
pourrait favoriser le développement du commerce des services financiers et ainsi
attirer davantage d’investissements pour financer la transformation structurelle
et le développement de l’Afrique.141
72 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
En somme, ces résultats propres à l’Afrique ne
diffèrent pas substantiellement de ceux qui ont été Les services financiers,
rapportés dans des ouvrages pour d’autres régions
ou même pour le monde entier (tableau 2.1). Malgré tels que la banque
cela, certaines études établissent une corrélation commerciale et
négative entre l’ouverture commerciale et l’IDE
dans les sous-régions africaines, mettant en avant l’assurance, arrivent en
des effets de substitution entre les deux142. Cette tête des investissements
constatation est cohérente avec les divergences de
vues sur l’IDE et appelle à une approche au cas par dans des capacités
cas avec une désagrégation suffisante pour que les nouvelles, jusqu’à 50 %
résultats des travaux de recherche ne masquent pas
les spécificités régionales ou sectorielles. entre 2003 et 2014.
Tableau 2.1 : Résumé des études théoriques et empiriques décrivant le lien entre l’IDE
et l’ouverture commerciale en Afrique
Libéralisation du transport
aérien (SAATM)
Stratégie numérique
continentale
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 73
Typologie de L’IDE visant à contourner Parallèlement au commerce Parallèlement au commerce
l’IDE les obstacles tarifaires, qui
cherchait à avoir accès à un IDE axé sur les débouchés IDE axé sur les débouchés
marché et éventuellement à commerciaux commerciaux
des ressources se substituant
au commerce, cessera IDE axé sur les ressources IDE axé sur les ressources
naturelles naturelles
L’IDE axé sur les débouchés
commerciaux pourrait devenir IDE axé sur les gains IDE axé sur les gains
plus important sur le marché d’efficience d’efficience
de la zone commerciale
régionale IDE axé sur l’apprentissage ou IDE axé sur l’apprentissage ou
les connaissances les connaissances
IDE axé sur les ressources
naturelles
Effets statiques Réduction des échanges en Augmentation des flux Procédures administratives
présence d’IDE axé sur les de capitaux reflétée dans (ou arbitrage)
débouchés commerciaux la balance des paiements
(compte de capital et compte
Accroissement des échanges courant)
en cas d’IDE axé sur les
ressources naturelles
Augmentation de la
concurrence et des flux
d’investissement
Résultats Une zone de libre-échange ou Un marché commun Une zone d’investissement
escomptés une union douanière commune
Un marché numérique
commun Un marché commun du
transport aérien
Un espace numérique
commun
Source : interprétation de la CEA à partir des ouvrages cités dans la présente sous-section.
74 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Liens entre l’investissement, la concurrence, la propriété
intellectuelle ou l’économie numérique
Les décisions des entreprises concernant les investissements transfrontières
dépendent de facteurs situés dans les domaines internes que sont la
concurrence, les droits de propriété intellectuelle et la dématérialisation. Parmi
les caractéristiques de la concurrence figurent les imperfections du marché qui
peuvent permettre un certain degré de contrôle du marché, voire un monopole.
Les considérations relatives aux droits de propriété intellectuelle sont axées sur la
propriété intellectuelle intégrée dans l’innovation et la technologie transférables.
Les considérations relatives à la dématérialisation concernent les moyens de
compléter et d’intensifier les investissements transfrontières.
Concurrence et investissement
La concurrence peut jouer un rôle clé en aidant les
pays africains à doper et attirer l’investissement Étant donné que les
pour parvenir à une croissance inclusive et à
un développement durable. La concurrence pays africains et les
est une arme à double tranchant : elle peut CER ne disposent pas
freiner l’investissement, mais si elle est dûment
réglementée, elle peut l’encourager. Certaines de cadre d’action relatif
études empiriques et qualitatives ont montré que à la concurrence et
la contestation des possibilités d’investissement
c’est-à-dire le fait de les contester en soulevant des au vu de la disparité
points de désaccord favorise l’investissement.143 des régimes de la
D’autres études ont montré que, dans certains
cas, la concurrence peut freiner la capacité concurrence, les
d’investissement des entreprises. L’impact de la comportements
concurrence sur l’investissement dépend à la fois
de la précision des mesures d’amélioration de la anticoncurrentiels
concurrence et du type d’investissement en jeu.144 pourraient
Dans de nombreux pays africains, les marchés compromettre les
sont limités par des pratiques commerciales qui efforts visant à doper et
freinent la dynamique concurrentielle et par les
mesures prises par les pouvoirs publics qui font attirer l’investissement
obstacle à une concurrence saine.145 Sur les 55
pays africains, 23 se sont dotés de lois sur la concurrence et d’autorités de la
concurrence chargées de les faire appliquer ; dix autres se sont dotés de lois, mais
n’ont pas d’autorité de la concurrence chargée de les appliquer ;146 quatre pays
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 75
ont adopté une législation en la matière dont l’élaboration est à un stade avancé
et dans 17 pays, il n’existe aucune loi sur la concurrence. Ainsi, moins de la moitié
des économies nationales africaines sont véritablement prêtes pour un marché
plus vaste et plus libéralisé. Parmi les communautés économiques régionales (CER)
d’Afrique, cinq ont promulgué des lois sur la concurrence, qui sont à différents
stades de mise en œuvre.147 Les États membres de l’UA qui n’ont pas adopté
de réglementation en matière de concurrence affaiblissent l’instrument de la
ZLECAf et sont plus vulnérables face aux comportements anticoncurrentiels des
entreprises. Compte tenu du rôle joué par la concurrence dans la promotion de
l’investissement, il est indispensable d’adopter des règles de concurrence et des
approches réglementaires cohérentes dans le cadre de la ZLECAf.
Étant donné que les pays africains et les CER ne disposent pas de cadre d’action
relatif à la concurrence et au vu de la disparité des régimes de la concurrence,
les comportements anticoncurrentiels pourraient compromettre les efforts
visant à doper et attirer l’investissement. L’intégration des marchés dans le
cadre de la ZLECAf créera probablement des conditions propices aux ententes
internationales, aux fusions anticoncurrentielles, à d’autres accords commerciaux
anticoncurrentiels et à la création d’entreprises pouvant abuser de leur position
dominante. Si ces facteurs ne sont pas réglementés dans un cadre concerté, ils
réduiront l’attrait des investissements que les pays africains cherchent à attirer.
Une application efficace des lois sur la concurrence aux niveaux national, régional
et continental permettra de renforcer considérablement les politiques qu’elles
incarnent. Le cadre d’action de la ZLECAf relatif à la concurrence doit s’appuyer
sur les cadres nationaux et régionaux existants en la matière. Il doit couvrir les
principales questions de fond relatives à la concurrence : ententes, contrôle
des fusions, abus de position dominante et accords anticoncurrentiels. Il doit
également aborder les questions relatives à la protection des consommateurs.
Étant donné que les pays africains ne sont pas au même stade de l’élaboration
des lois et de la gouvernance, le cadre doit prévoir des exceptions appropriées
dans des domaines tels que les marchés publics, afin de laisser aux pays la marge
de manœuvre nécessaire pour mettre en œuvre des mesures visant à faire face
aux difficultés économiques qui leur sont propres. Il convient de mettre l’accent
sur l’application des lois nationales sur la concurrence en renforçant les capacités
et en harmonisant les cadres nationaux relatifs à la concurrence et les cadres des
CER afin de créer des synergies. Enfin et surtout, un protocole sur la politique de
la concurrence concernant la ZLECAf doit être négocié, adopté et mis en œuvre de
manière adéquate, et appliqué au niveau national dans chaque État partie.
76 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Propriété intellectuelle et investissement
Les droits de propriété intellectuelle (DPI) doivent viser à concilier les avantages
et inconvénients dynamiques entre l’acquisition de savoirs ou la production
d’innovations et la répartition des avantages ou des profits qui en résultent. Étant
donné que le savoir et l’innovation sont des biens publics (c’est-à-dire que leur
consommation par un individu n’a pas d’incidence sur la possibilité pour un autre
individu de les consommer aussi, et n’est pas exclusive, c’est-à-dire que tout le
monde bénéficie généralement d’une innovation), la rémunération correspondant
aux avantages procurés aux individus et à la société ne revient souvent pas à leurs
créateurs, à moins qu’il existe des régimes de propriété intellectuelle forts. Par
exemple, une protection inadéquate contre l’imitation bon marché remet en cause
la volonté d’innovation des créateurs, ce qui réduit la productivité de ces créateurs
et les empêche d’en tirer le meilleur parti possible.149
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 77
l’imitation et l’ingénierie inverse dans le cadre de leurs propres procédés novateurs,
peut limiter la diffusion des connaissances par ce biais. Un brevet dont la durée de
validité est excessive peut créer une situation de monopole ou de quasi-monopole
dans laquelle l‘offre d’un produit est insuffisante et les possibilités pour les
nouveaux acteurs sont limitées ou exclues.158 La restriction touche la concurrence
tant horizontale (au sein du secteur) que verticale (d’un secteur à l’autre), puisque
les consommateurs directs du produit breveté, tout comme les consommateurs
indirects, tels que les entreprises qui utilisent le produit breveté dans leur production
et leurs consommateurs, devraient faire face à une augmentation des coûts.
Étant donné que des régimes de propriété intellectuelle plus forts attirent des flux
d’IDE plus élevés et un plus grand nombre de licences technologiques, mais qu’ils
peuvent restreindre certains types d’innovation, des cadres non discriminatoires et
transparents sont nécessaires. Les entreprises étrangères peuvent se lancer dans
une production enclavée avec des retombées limitées, ou elles peuvent exploiter
indûment leurs DPI au point d’adopter des pratiques commerciales abusives pour
freiner la concurrence dynamique encouragée par des innovations ultérieures.159
Les possibilités d’investissement dans le secteur, et dans l’économie en général,
pourraient donc se détériorer. Il faut donc parvenir à établir un équilibre délicat
entre la protection de la propriété intellectuelle et l’innovation ou la diffusion
des connaissances pour donner un point d’ancrage à l’investissement, créer des
liens en amont de l’économie et offrir des possibilités d’investissement et de
réinvestissement au niveau national.
Les études empiriques sont partagées sur la question de savoir quelle protection
des DPI est adéquate, ce qui laisse supposer une fois de plus qu’une approche au
cas par cas propre à l’Afrique pourrait convenir le mieux pour comprendre les liens
de causalité entre les DPI et l’investissement.
78 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Digitalisation et investissement
Dans le monde d’aujourd’hui, les activités commerciales ne peuvent être conçues
sans les plateformes numériques sur lesquelles elles se fondent. Des services allant
du covoiturage à l’enseignement individualisé en ligne peuvent se développer
de manière appropriée entre et à l’intérieur des pays grâce à des plateformes
technologiques qui permettent d’effectuer des recherches, de faire des réservations,
de payer en ligne et de donner un avis et qui regroupent la demande pour les
entreprises et les entrepreneurs et l’offre pour les consommateurs.
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 79
répercussions profondes, mais contraires, sur les chaînes de valeur. D’une part, les
grandes entreprises peuvent désormais s’approvisionner auprès d’une multitude
de fournisseurs dans le monde entier, et les microentreprises et petites et
moyennes entreprises peuvent utiliser des plateformes commerciales numériques
pour atteindre des clients au-delà des frontières de leur pays.169 D’autre part, les
grandes entreprises peuvent exiger une normalisation que les fournisseurs des
pays en développement ont du mal à respecter, ce qui pourrait également entraîner
des effets de verrou rendant difficile pour ces fournisseurs la possibilité de créer
d’autres produits pour d’autres clients.
Des arguments ont été avancés en faveur d’une stratégie industrielle numérique
africaine.173 Un marché numérique continental allant de pair avec des politiques
industrielles spécifiques ciblant la dématérialisation renforcerait l’attractivité globale
du continent en matière d’investissement. Les économies d’échelle et les faibles
coûts de transaction résultant de la dématérialisation, grâce à des règles claires,
prévisibles et universelles, permettraient d’améliorer la compétitivité. L’intégration
et la coopération régionales sont également nécessaires pour que les pays africains
puissent combler le fossé numérique et rattraper les pays plus développés.174 Guidée
par ces raisonnements, la stratégie de transformation numérique pour l’Afrique
(2020-2030) a été officiellement adoptée par le Conseil exécutif de l’Union africaine
en janvier 2020 (voir le chapitre 7).
80 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
La connectivité étant nécessaire, mais non suffisante pour l’émergence d’une
économie numérique fondée sur le savoir, des politiques ciblées doivent assurer
la pérennité d’un environnement numérique prospère.176 Beaucoup d’entre elles
pourraient s’appliquer à l’ensemble de la région, notamment la mise en place
d’incubateurs technologiques et de centres de données susceptibles d’attirer
les investisseurs étrangers et de soutenir les jeunes pousses locales ainsi que de
nouvelles formes de financement privé.177 Les décisions d’investissement dans le
secteur de la technologie et de l’innovation seront influencées par les économies de
gamme et d’agglomération que les incubateurs technologiques pourraient réaliser.
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 81
Les multinationales qui investissent, en particulier celles qui transfèrent du savoir-
faire, de la technologie et des intrants intermédiaires incorporant des actifs
incorporels, intègrent dans leurs investissements des éléments de propriété
intellectuelle (dessins industriels, brevets, droit d’auteur, secrets industriels, etc.).
Cette propriété intellectuelle fait partie des biens ou services qu’elles vendent dans
le cadre de leurs activités à l’étranger et représente souvent l’avantage unique ou
concurrentiel de ces entreprises par rapport à leurs concurrents nationaux dans
l’économie du savoir d’aujourd’hui.
Ainsi, l’accès aux marchés pour les entreprises étrangères ne peut être pleinement
évalué que si l’on connaît l’effet de l’« interférence » de la réglementation
intérieure sur leur capacité d’opérer comme les entreprises nationales. En
d’autres termes, l’accès effectif aux marchés est défini par la capacité de bénéficier
d’un traitement similaire à celui des concurrents nationaux dans le cadre de la
réglementation nationale, de sorte que l’entreprise étrangère ait des possibilités
comparables de faire face à la concurrence (et d’être protégée) sur le marché national.
De plus, les instruments et modèles d’investissement numériques nécessitent
une surveillance réglementaire évoluée au sein des frontières nationales et une
coopération internationale.
82 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Par exemple, au Nigéria, la plateforme numérique Mavrodi Mundi Moneybox
(également connue sous le nom de MMM) s’est effondrée en 2016, laissant
les différents investisseurs avec des pertes importantes.181 En revanche, les
organismes de réglementation financière n’ont pas pu intervenir, estimant que ce
type de plateforme ne relevait pas de leur champ d’action.
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 83
plus haut, l’égalité des conditions de concurrence sous-entend que les pouvoirs
publics tiennent compte des différences entre la panoplie d’investisseurs et de
modèles d’investissement, et a pour objectif d’offrir des conditions dans lesquelles
certains types d’investisseurs ne sont pas évincés en raison d’imperfections de la
réglementation ou du marché.
Nous proposons un cadre conceptuel afin de voir les liens complexes entre
l’investissement et les questions internes. Il met en évidence les facteurs de
localisation, entre autres, qui sont des facteurs déterminants de l’IDE. Un point
de départ est le paradigme éclectique, également connu sous le nom de modèle
d’avantages que doit posséder une entreprise pour s’internationaliser (paradigme
OLI), qui prend en compte les facteurs d’attraction et les facteurs contraignants
en plus de la localisation. Il permettra d’expliquer comment la création d’un
marché africain commun dans le cadre de la ZLECAf attirera les investissements
des multinationales capables de tirer parti de l’avantage lié à la possession d’un
avantage spécifique par l’entreprise et de l’avantage à l’internalisation et de les
combiner avec l’avantage de la localisation à l’étranger que présente la ZLECAf.
84 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Enfin, une multinationale qui part du principe que l’investissement et le commerce
sont complémentaires et désire investir considérera que l’IDE est le bon moyen
d’opérer dans un pays d’accueil donné si elle peut vendre ses biens et services par
voie électronique dans un espace numérique commun prévu par l’Accord portant
création de la ZLECAf. Le protocole sur le commerce électronique de l’Accord est
un facteur de localisation essentiel, outre la réglementation facilitant le commerce
numérique, tout comme l’infrastructure des technologies de l’information et de la
communication et la préparation au numérique du pays d’accueil prévu.
La figure 2.1 illustre la manière dont les entreprises africaines vont opérer dans
le contexte de la nouvelle ZLCEAf suivant le modèle LLA. Maintenant que les
échanges ont officiellement débuté, les obstacles au commerce des marchandises
et des services seront réduits et supprimés. Quatre protocoles supplémentaires
relatifs à l’investissement, à la politique de la concurrence, aux droits de propriété
intellectuelle et au commerce électronique seront institués. Les négociations
relatives à ces protocoles devraient commencer prochainement. Les protocoles
contiendront des éléments visant à promouvoir le processus LLA des entreprises
africaines afin de tirer le meilleur parti des résultats souhaités d’un marché commun
de la ZLECAf où les marchandises, les services, les capitaux et les personnes
peuvent circuler librement.
Tout d’abord, les petites et moyennes entreprises (PME) africaines seront tentées
et capables, dans ces conditions, d’établir des liens avec des multinationales plus
développées, telles que le groupe Dangote (qui, avant même le lancement en bonne
et due forme de la ZLECAf, opérait déjà sur les marchés africains). Étant donné que
les multinationales qui sont déjà solidement implantées sur le continent devraient
garder une longueur d’avance, la demande de leurs biens et services augmentera,
ce qui permettra aux PME de nouer des liens avec de plus grandes multinationales
dans le cadre de contrats de fourniture et d’externalisation de produits, d’intrants
et de services.
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 85
Figure 2.1 : Un cadre conceptuel établissant un lien entre l’investissement, les DPI,
la concurrence et la dématérialisation
on Co
ati nc
lis u
ria
rre
até
nc
Dém
e
Décision
d’investissement
des
multinationales
ro ll
e
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D
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de
r t e l le c
et o p ri é t é i n
app it s
location des dro
AVANTAGES OLI LIÉS À LA AVANTAGES OLI LIÉS AUX DPI ET À AVANTAGES OLI LIÉS À LA
DÉMATÉRIALISATION L’APPLICATION DES DROITS CONCURRENCE
Avantage spécifique de Avantage spécifique de l’entreprise : Avantage spécifique de l’entreprise :
l’entreprise : élaboration en interne brevets, dessins industriels, droit d'auteur avantage compétitif ou avantage
d’outils et de stratégies numériques ou secrets commerciaux, détenus par spécifique de l’entreprise (par
(par exemple, stratégie de l'entreprise et couvrant les actifs de exemple modèle ou stratégie de
commercialisation et de vente par recherche-développement, les produits gestion d’une entreprise).
l’intermédiaire de plateformes de et les services de l'entreprise, y compris
Avantage de la localisation :
commerce électronique et de les pratiques de gestion.
instruments facilitant l’élaboration de
chaînes de distribution en ligne).
Avantage de la localisation : la réglementation et facilitateurs de
Avantage de la localisation : instruments facilitant l’élaboration de la l’élaboration des politiques pour la
existence d’une infrastructure réglementation et facilitateurs de concurrence (couvrant des éléments
numérique et d’un espace de l’élaboration des politiques pour la relatifs à la lutte contre les monopoles,
marché numérique, instruments propriété intellectuelle, tels que les abus de position dominante, les
facilitant l’élaboration de la l'application effective de la comportements prédateurs, à la
réglementation et facilitateurs de réglementation en matière de propriété protection des consommateurs et
l’élaboration des politiques pour la intellectuelle dans le pays d'accueil et garantissant un haut degré d’accès
dématérialisation, comme le dans les pays où les actifs de DPI de aux marchés dans le protocole sur le
permet le protocole sur le l'entreprise sont enregistrés, comme le politique de la concurrence prévu au
commerce électronique prévu au permet un protocole sur le commerce titre de l’Accord portant création de la
titre de l’Accord portant création électronique prévu au titre de l’Accord ZLECAf ).
de la ZLECAf et par des stratégies portant création de la ZLECAf.
Avantage à l’internalisation :
nationales de commerce
Actifs de propriété intellectuelle : capacité de protéger et préserver les
numérique connexes.
utilisation des actifs de actifs de l’entreprise, tels que la
Avantage à l’internalisation : recherche-développement, ainsi que les connaissance des structures des prix
capacité d’adopter les technologies avantages tirés de la protection de la internes, les clients et les fournisseurs
et les innovations numériques par propriété intellectuelle (redevances et d’intrants de la concurrence déloyale.
des moyens numériques, capacité droits découlant de l'utilisation des
d’engager les fournisseurs de brevets et du droit d'auteur). Capacité de
technologies et d’applications protéger les actifs de propriété
numériques dans des contrats de intellectuelle contre une consommation
verrouillage et des modalités de indésirable par des tiers (consommateurs
fourniture exclusive. et producteurs) grâce à des contrats de
verrouillage et des mesures physiques ou
techniques.
86 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Dans un deuxième temps, les entreprises africaines tireront parti des ressources
et des intrants grâce aux avantages des quatre protocoles de l’Accord portant
création de la ZLECAf lorsqu’ils seront mis en œuvre en 2021 et au-delà. La
ZLECAf donnera naissance à une zone d’investissement commune africaine en
vertu du protocole sur l’investissement, à un marché numérique commun en vertu
du protocole sur l’investissement et à un marché numérique commun en vertu du
protocole sur le commerce électronique. Les entreprises africaines pourront utiliser
des plateformes numériques pour tirer parti des ressources et des intrants, par
exemple pour des contrats d’approvisionnement local. Elles pourront également
avoir accès à des marchés du crédit plus larges et à des possibilités de technologies
financières (fintech) dans le cadre de la zone d’investissement commune pour
multiplier leurs possibilités de production. Cela leur permettra de répondre aux
demandes croissantes des multinationales qu’ils approvisionnent et d’accroître les
possibilités offertes avec un réseau plus large de multinationales.
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 87
Au cours de la troisième étape du processus LLA (apprentissage), les piliers
« industrialisation » et « infrastructures » de la ZLECAf seront encore renforcés,
et les chaînes de valeur régionales de la ZLECAf se traduiront par une plus
grande connectivité pour les entrepreneurs du marché commun. Les entreprises
africaines qui ont tissé des liens et exercé un effet de levier se trouveront en
position d’apprendre en imitant les multinationales avec lesquelles elles ont noué
un partenariat ou par d’autres moyens. Elles finiront par devenir elles-mêmes des
multinationales lorsqu’elles auront appris à se diversifier et à augmenter l’offre
en adaptant les modèles économiques aux réalités locales et aux exigences du
marché de la ZLECAf dans un processus continu et itératif. Elles deviendront ainsi
plus adaptables et capables de faire face à la concurrence.
88 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Figure 2.2 : Application de l’optique du cadre « lien, levier, apprentissage » à la ZLECAf
Protocoles de la ZLECAf
Protocole sur l'investissement Protocole sur la politique de la Protocole relatifs aux droits de Protocole sur le commerce
concurrence propriété intellectuelle électronique
Traitement national et traitement
de la nation la plus favorisée Couve la lutte contre les Règles concernant les brevets, Crée un marché numérique pour
monopoles, les abus de position les savoirs traditionnels, les le commerce électronique
Élimine les obstacles à dominante, les comportements indications géographiques, le
l'investissement et crée une prédateurs, etc. droit d'auteur, et les dessins et Fixe des normes relatives à la
zone commune modèles industriels dans un cybersécurité et à
d'invesstissement Offre un cadre de coopération espace continental l'interopérabilité
Protège les investissements et Recours en cas de pratiques Possibilité d'engager des poursuites Règles communes pour le
permet de faire recours en cas anticoncurrentielles et de recours judiciaires en cas commerce électronique
de différends d'atteinte aux DPI électronique
Capacité des entreprises concurrentes Capacité des entreprises arrivant Capacité des entreprises arrivant
arrivant tardivement sur le marché tardivement sur le marché de mettre au tardivement sur le marché
d'établir des sources point des technologies ou des produits d'utiliser le marché numérique de
d'approvisionnement avec des et services innovants demandés par les la ZLECAf pour vendre des biens
Liens multinationales existantes sur le multinatianales bien établies intermédiaires et des services aux
continent multinationales existantes
Capacité des multinationales de tirer Capacité des des entreprises arrivant Capacité des entreprises arrivant
parti des actifs existants liés à la tardivement sur le marché de tirer parti tardivement sur le marché d'utiliser
localisationque peut offrir la ZLECAf, des resources de R-D sur le continentt, le marché numérique de la ZLECAf
Levier tels que l'accès au crédit dans une zone ainsi qu'en raison de la réglementation pour diversifier la vente de biesn et
d'investissement commune, l'accès à des droits de proriété intellectuelle qui de services à d'autres entreprises
une main d'oeuvre continentale et à protège et commercialise les arrivant tardivement sur le marché
d'atres facteurs et intrants technologies et l'innovation ainsi qu'à des consommateurs
finaux sur ce marché
Capacité des entreprises concurrentes Capacité des entreprises arrivant Capacité des entreprises arrivant
arrivant tardivement sur le marché de tardivement sur le marché à imiter, tardivement sur le marché
tirer les enseignements des modèles et adpater et améliorer les techniques d'utiliser le marché numérique de
strtaégies économiques des existantes ou les produits, procédés ou la ZLECAf afin de se positionner en
Apprentissage multinationales dans un espace services innovants mis au point par les tant que nouvelles multinationales
continental, de les reproduire et les multinationales bien établies dans l'espace numérique grâce à
améliorer, et de devenir de nouvelles une stratégie de marketing et
multinationales dans la ZLECAf depositionnement numériques
Politique commerciale Politique budgétaire Politique du secteur privé Autres domaines d'action
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 89
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Viner, J. 1950. The Customs Union Issue. New York: Carnegie Endowment for International Peace. Reprinted
in J. Viner and P. Oslington (2014), The Customs Union Issue. New York, Oxford University Press.
Williamson, O. E. 1975. Markets and Hierarchies: Analysis and Antitrust Implications. New York: Free Press.
Yu, P. K. 2007. “Intellectual Property, Economic Development, and the China Puzzle.” In D. J. Gervais (Ed.),
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Zekos, G. 2005. “Foreign Direct Investment in a Digital Economy.” European Business Review 17 (1): 52–68.
Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 95
Notes de fin de page
97 D’après les ouvrages de référence, on parle d’investissement étranger direct si l’investisseur détient au moins 10 % des actions ordinaires ou des
droits de vote d’une entreprise qui exerce ses activités dans une économie autre que celle de l’investisseur. En deçà de ce pourcentage, la prise de
participation est considérée comme un investissement de portefeuille. Pour des définitions de l’IDE couramment utilisées, voir Banque mondiale
(2014) et OCDE (2008).
98 L’investissement, la concurrence, la propriété intellectuelle et l’économie numérique (dans le cadre de régimes de TIC au sens large) étaient habitu-
ellement considérés dans les ouvrages comme des domaines d’action relevant de la compétence des organismes nationaux de réglementation et
étant traités à l’intérieur des frontières nationales, raison pour laquelle on les qualifie de questions internes. Mais du fait de l’élargissement du champ
d’application des accords et des régimes commerciaux, ces questions tombent de plus en plus sous le coup de la réglementation internationale. Dans
l’analyse ci-dessous, nous précisons pourquoi la frontière est floue. En raison notamment de l’essor de l’économie numérique, ces domaines d’action
transcendent aujourd’hui les limites nationales. Il existe donc souvent un vide réglementaire ou un manque de coordination des réglementations, soit
parce que ces domaines ne sont réglementés de manière satisfaisante ni au niveau national ni au niveau international, soit parce que les réglemen-
tations nationales et internationales existantes sont incohérentes et contradictoires, d’où leur manque de coordination. S’agissant plus précisément
de l’économie numérique, le chapitre 7 examine certaines des mesures qui pourraient s’avérer nécessaires pour combler le manque de coordination
des réglementations et des politiques.
99 Pour une synthèse des divers fondements théoriques de l’IDE, voir Páez (2011) et CEA (2020a).
100 Coase, 1937.
101 Williamson, 1975.
102 Hymer, 1960, 1968, 1970, 1976.
103 Kindelberger, 1969.
104 Akamatsu, 1962.
105 Ces trois types d’avantages (O/L/I) peuvent être transposés de différentes manières dans des cadres d’action nationaux pour aider les décideurs
à mieux orienter les politiques publiques en vue d’attirer des investissements qui concourent aux objectifs généraux. Des exemples de domaines
d’action complémentaires sont donnés dans la figure 2.1, et des exemples plus concrets de mesures à prendre sont présentés dans la figure 7.1.
106 Kinda, 2010; Pantelidis et Nikolopoulos, 2008; Sekkat et Veganzones-Varoudakis, 2007.
107 Luo, Sun et Wang, 2011; Kedia, Gaffney et Camplit, 2012; Thite et al., 2016.
108 Coase, 1937; Hymer, 1960, 1968, 1970, 1976; Kindelberger, 1975.
109 Vernon, 1961; Akamatsu, 1962.
110 Johanson et Vahlne, 1977, 1990; Johanson et Wiedersheim-Paul, 1975.
111 Dunning, 1977, 1993; Mathews, 2002, 2006.
112 Belderbos et Sleuwaegen, 1998; Brainard, 1997; Caves, 1996; Ma, Morikawa et Shone, 2000.
113 Helpman, 1984; Forte, 2004.
114 Borensztein, Lee et De Gregorio, 1998.
115 Barth, Caprio et Levine, 2006; Caprio, Hanson et Litan, 2005.
116 Dunning, 1993; Markusen et Maskus, 2002.
117 Blonigen et Piger, 2014.
118 Marinov, 2014.
119 Marinov, 2014; Rekiso, 2017.
120 Venables, 2003.
121 Balassa, 1961; Cooper et Massell, 1965.
122 Balassa, 1961.
123 Rekiso, 2017.
124 Balassa et Stoutjesdijk, 1975; Corden et Neary, 1982.
125 Panusheff, 2003.
126 Baldwin, Forslid et Haaland, 1995.
127 Marinov, 1999.
128 Anyanwu et Yaméogo, 2015 ; Bartels, Kratzsch et Eicher, 2009 ; Hailu, 2010.
129 Anyanwu et Yaméogo, 2015 ; AsIDEu, 2006 ; Bartels, Kratzsch et Eicher, 2009 ; Mijiyawa, 2015.
130 Anyanwu et Yaméogo, 2015 ; AsIDEu, 2006 ; Bartels, Kratzsch et Eicher, 2009 ; Mijiyawa, 2015.
131 Anyanwu et Yaméogo, 2015 ; Naude et Krugell, 2007.
132 Anyanwu et Yaméogo, 2015 ; Naude et Krugell, 2007.
133 Benjamin, 2012; Bopkin, 2017; Kaplinsky et Morris, 2009.
134 Anyanwu, 2012.
135 Anyanwu, 2012.
136 CEA, 2013.
137 La transformation structurelle est conçue comme l’abandon d’activités à faible valeur ajoutée et à faible productivité au profit d’activités à plus forte
valeur ajoutée et d’une productivité plus élevée au sein des secteurs économiques et d’un secteur économique à l’autre. La meilleure preuve en
est que les pays passent de la partie aval des chaînes de valeur mondiales, généralement caractérisées par des activités extractives à faible valeur
ajoutée, à des niveaux plus élevés de la chaîne de valeur, où les procédés de production sont plus avancés et plus sophistiqués, ce qui laisse supposer
une plus grande valeur ajoutée dans le bien ou le service final produit (CEA, 2020a).
138 CEA, 2020a.
139 Krüger et Strauss, 2015.
140 CEA, 2020a.
141 CEA, 2020a.
142 Kudaisi, 2014
143 Akdogu et MacKay, 2008.
144 Mathis et Sand-Zantman, 2014.
145 Banque mondiale, 2016.
146 CEA, 2019a.
147 Banque mondiale, 2016.
148 Dessemond, 2019.
149 D’autres situations dans lesquelles le produit des avantages et des bénéfices peut ne pas être entre les mains des créateurs de connaissances ou des
innovateurs concernent les bénéfices qui reviennent aux propriétaires légitimes d’indications géographiques enregistrées et de produits fondés sur
les savoirs traditionnels.
150 Maskus, 1998.
151 Correa, 1995; Maskus et Yang, 2000.
152 Maskus et Yang, 2000.
153 Maskus et Yang, 2000.
154 Fink et Maskus, 2005.
155 Lai, 1997.
156 Leahy et Naghavi, 2010.
157 Moser, 2013; Peukert, 2017.
158 Greenhalgh et Rogers, 2010.
159 Maskus et Yang, 2000.
160 Maskus, 1998; Maskus et Yang, 2000.
161 Helpman, 1993.
162 Correa, 1995 ; Chang, 2002. Pour la Chine, voir Mansfield (1994) et Yu (2007) ; pour la Corée du Sud, voir Lee et Kim (2010).
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163 Peukert, 2017.
164 Pires, Stanton et Salavrakos, 2010
165 CNUCED, 2017b.
166 CNUCED, 2017b ; Casella et Formenti 2018.
167 CEA, 2018a ; Haskel and Westlake, 2017 ; CNUCED, 2017a, 2018.
168 Zekos, 2005.
169 MacLeod, 2017.
170 Cabral, Moodley et Yeboah-Amankwah, 2014.
171 CEA et South Centre, 2017.
172 CNUCED, 2018.
173 CEA, 2018a, 2019 c.
174 CNUCED, 2018.
175 Pires, Stanton et Salavrakos, 2010.
176 Graham et coll., 2017.
177 CNUCED, 2017b; ECA, 2018a.
178 CNUCED, 2017b.
179 Al-Azzam et Abu-Shanab, 2014.
180 CEA, 2019b ; CNUCED, 2018. Plusieurs portails de ce type existent. Dans le domaine de la promotion de l’investissement, les travaux ont avancé
dans l’élaboration des guides électroniques d’investissement (iGuides). Pour des exemples de tels portails sur le continent africain, voir le chapitre 6.
181 Adepoju, 2016; Eniola, 2016.
182 Dessemond, 2019.
183 Schlesinger, Kendall et McKinnon, 2019.
184 Le chapitre 7 attire l’attention sur un certain manque de coordination entre l’investissement, le commerce et la politique fiscale. Les travaux antérieurs
de la CEA sur le lien entre la dématérialisation et les politiques budgétaires et la numérisation et l’industrialisation se trouvent également dans CEA
(2019 c, 2020 c). On trouve l’analyse de la corrélation entre l’investissement et la fiscalité dans le contexte des traités bilatéraux d’investissement et
des traités de double imposition dans CEA (2020 b).
185 Le chapitre 7 des présentes publications examine certaines des actions qui pourraient s’avérer nécessaires pour combler le manque de coordination
des politiques existant.
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