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Théories de l'investissement transfrontalier

Le chapitre examine les théories sur l'investissement transfrontière, en se concentrant sur l'investissement de portefeuille et l'investissement direct étranger (IDE). Il explore les motivations des entreprises à investir à l'étranger, les théories des multinationales et les implications de l'IDE sur des questions internes telles que la concurrence et la propriété intellectuelle. Enfin, il propose un cadre théorique reliant l'investissement et le commerce dans le contexte de l'intégration régionale.

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Théories de l'investissement transfrontalier

Le chapitre examine les théories sur l'investissement transfrontière, en se concentrant sur l'investissement de portefeuille et l'investissement direct étranger (IDE). Il explore les motivations des entreprises à investir à l'étranger, les théories des multinationales et les implications de l'IDE sur des questions internes telles que la concurrence et la propriété intellectuelle. Enfin, il propose un cadre théorique reliant l'investissement et le commerce dans le contexte de l'intégration régionale.

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Chapitre 2 : Théorie et données

disponibles concernant les liens entre


l’investissement et les questions internes

D
epuis plusieurs décennies, les études théoriques sur l’investissement
transfrontière se sont considérablement multipliées. La théorie relative aux
transactions de capitaux avec l’étranger suit généralement de l’un des deux
modèles classiques, à savoir la théorie de l’investissement de portefeuille et la
théorie de la firme, qui sont à l’origine d’innombrables contributions.

La théorie internationale de l’investissement de portefeuille présuppose un


transfert de capitaux (généralement temporaire) visant à réaliser un gain en tirant
parti des écarts de taux de change ou de taux d’intérêt en ayant recours à l’arbitrage
financier. Bien qu’ils puissent générer des gains importants, les investissements
de portefeuille présentent souvent des niveaux de risque et de volatilité élevés,
d’autant que les investisseurs n’ont aucun contrôle sur leurs capitaux.

La théorie de la firme est en revanche liée aux capitaux étrangers sous la forme
d’investissement direct étranger (IDE), qui reflète la décision d’une entreprise
d’investir à l’étranger. Ce deuxième type de flux internationaux de capitaux
est en général plus durable et plus prévisible puisqu’il est souvent lié au désir
d’une entreprise de développer ses capacités productives au-delà des frontières
nationales dans le but de maintenir un certain contrôle sur ses investissements.97

L’investissement de portefeuille diffère de l’IDE en ce qu’il applique généralement


le principe de pleine concurrence pour autant que les rendements compensent les
risques et les coûts de l’investissement. L’IDE implique en revanche le transfert
d’autres actifs corporels et incorporels, tels que les capacités d’encadrement, la
connectivité de la chaîne de valeur, le savoir-faire industriel et la technologie,
entre autres, qui font partie de l’entreprise qui investit. Les actifs incorporels sont
les plus difficiles à mesurer et ce sont pourtant les plus appréciés pour leurs effets
potentiellement bénéfiques sur une économie.

Dans le présent chapitre, nous passons tout d’abord en revue les principales
théories qui expliquent pourquoi les entreprises décident d’investir dans un pays
étranger. Nous nous intéressons ensuite aux fondements théoriques et empiriques
de l’investissement et du commerce dans le contexte de la théorie de l’intégration
régionale, puis nous analysons la corrélation entre l’IDE et trois questions internes,
à savoir la concurrence, la propriété intellectuelle et l’économie numérique.98 Enfin,
nous présentons des preuves concrètes qui étayent et corroborent les études
théoriques afin de proposer un cadre théorique expliquant les liens réciproques entre
l’investissement et les questions internes, en guise de prélude aux chapitres suivants.

Études théoriques sur les fondements de l’investissement

64 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Parmi les théories fondatrices présentant l’IDE comme un type d’investissement
effectué par des entreprises au-delà des frontières nationales, plusieurs se
concentrent sur les entreprises multinationales. Ces théories décrivent les
multinationales comme des entreprises capables d’étendre leurs activités par-
delà les frontières pour maximiser leurs profits et avoir accès aux ressources, aux
intrants, aux marchés et, selon des études plus récentes, aux chaînes de valeur.99

Ce courant théorique remonte aux travaux de Ronald Coase,100 qui a été le premier
à expliquer que la croissance d’une entreprise dépend de la rentabilité attendue,
celle-ci étant définie par les coûts de transaction. Selon la théorie de Ronald Coase,
les entreprises se diversifient en réalisant des opérations avec contrepartie directe
pour de nouveaux produits ou en mettant fin aux opérations avec contrepartie
directe d’anciens produits qui deviennent trop coûteux. Cette théorie, qui a évolué
au fil du temps, prend maintenant en compte non seulement les produits, mais
aussi les facteurs de production, tels que la technologie et le capital, car les coûts
de transaction sont des coûts qui ne peuvent pas être entièrement internalisés
par l’entreprise, mais qui peuvent être considérablement influencés et réduits au
minimum par le mode d’organisation choisi par celle-ci.101

D’autres théories bien ancrées s’intéressent aux déplacements des multinationales


fondés sur les actifs. Par exemple, la théorie de la structure du marché, élaborée
par Stephen Hymer, établit le fondement théorique important de l’IDE considérant
que la décision d’une entreprise d’investir à l’étranger repose sur deux facteurs
distincts, à savoir l’existence d’imperfections du marché et les avantages
concurrentiels propres à l’entreprise, tels que le savoir-faire et l’accès à des facteurs
de production, à des chaînes de valeur et à des réseaux de distribution moins
chers102. En présence d’imperfections du marché, les entreprises multinationales
peuvent utiliser leurs avantages concurrentiels et leur pouvoir de marché pour
influer sur les marchés : elles peuvent se livrer soit à une concurrence horizontale
en vendant leurs produits sur les mêmes marchés, soit à une concurrence verticale
en commerçant entre elles dans différents pays. La décision d’une entreprise
d’investir à l’étranger peut également dépendre d’autres facteurs, tels que la taille
du marché et les risques d’expropriation et de taux de change.

Charles P. Kindelberger, un contemporain de Stephen Hymer, a élaboré la théorie


de l’organisation industrielle. Celle-ci explique comment les multinationales
investissent (en transférant leurs actifs au-delà des frontières) pour combler le
manque d’informations et les faiblesses opérationnelles par rapport à leurs
concurrents nationaux.103 L’IDE est le fruit d’une concurrence imparfaite entre les
marchés, où le pouvoir de marché résulte d’un avantage monopolistique et non
d’un avantage propre à l’entreprise, comme le soutenait Stephen Hymer. Ainsi,
l’investissement transfrontière résulterait de la décision d’une entreprise de tirer
parti d’une défaillance du marché au lieu de se contenter de faire concurrence
à une autre entreprise qui possède un atout spécifique dans une situation de
concurrence parfaite.

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 65
Raymond Vernon a apporté une contribution théorique majeure en exposant sa
théorie du cycle de vie du produit (1961), qui s’appuie sur des considérations
liées à l’innovation pour expliquer l’IDE. Selon lui, l’innovation est un vecteur de
l’IDE fondé sur le transfert de technologie, qui permet à son tour le transfert de
connaissances. L’investissement correspond au moment où l’entreprise est à un
stade de développement suffisant pour produire un certain bien. Dans un premier
temps, l’entreprise lance un nouveau produit dans un pays d’accueil ou un endroit
donné en fonction du coût des facteurs de production et des économies externes.
La proximité de l’entreprise avec le marché d’accueil facilite l’accès à l’information.
Dans un deuxième temps, l’entreprise bénéficie d’économies d’échelle et
sélectionnera des marchés d’importation sur lesquels elle pourra s’approvisionner
en intrants. Le choix des marchés d’importation dépendra des coûts de production
et de transport ; la réduction des coûts projetée correspond aux différences des
coûts de la technologie et des facteurs entre le marché intérieur et le marché
étranger. Enfin, dans un troisième temps, le produit étant désormais normalisé,
l’entreprise peut délocaliser sa production dans des pays moins avancés ; la
localisation de l’investissement transfrontière dépendra du coût des intrants et de
la proximité des sources d’intrants.

Kaname Akamatsu a proposé la théorie du


Plutôt que d’aborder la vol d’oies sauvages, selon laquelle l’essor des
industries manufacturières dans les pays en
question sous l’angle de développement attirerait l’IDE.104 Plutôt que
la firme, cette théorie d’aborder la question sous l’angle de la firme,
cette théorie adopte une perspective nationale
adopte une perspective pour donner une vue plus générale de l’IDE dans
nationale pour donner le contexte d’un pays en développement. Elle
démontre comment les pays ayant connu une
une vue plus générale de industrialisation tardive rattrapent leur retard
l’IDE dans le contexte d’un à mesure qu’ils s’industrialisent. Tout comme la
théorie du cycle de vie du produit, la théorie du
pays en développement. vol d’oies sauvages décompose la production
Elle démontre comment en trois phases. Dans un premier temps,
les industries d’un pays en développement
les pays ayant connu diversifient leurs activités, ce qui leur permet de
une industrialisation passer de produits simples à des produits plus
perfectionnés ou de biens de consommation à
tardive rattrapent leur des biens d’équipement (selon une dimension
retard à mesure qu’ils interindustrielle). Dans un deuxième temps,
le pays qui a commencé par importer un bien
s’industrialisent. apprend à maîtriser la production locale de ce
bien et finit par l’exporter (selon une dimension
intra-industrielle). Dans un troisième et dernier temps, les industries de pays
avancés délocalisent leurs activités vers le pays en développement. Il y a alors une
arrivée d’IDE.

66 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
La théorie de l’internationalisation par étape, proposée par Jan Johanson et Jan-
Erik Vahlne (1977, 1990) et par Johanson et Finn WIDEersheim-Paul (1975),
affirme que les entreprises internationalisent progressivement leurs activités
à mesure qu’elles accroissent leur engagement sur les marchés étrangers,
processus par lequel elles acquièrent des connaissances empiriques et
investissent petit à petit des ressources. Au fur et à mesure que les entreprises
multinationales s’intègrent davantage dans l’économie mondiale (par une
intégration verticale ou horizontale), elles seront exposées à des réseaux de
production transfrontières, ce qui renforcera leurs connaissances empiriques
et leur apprentissage par l’expérience. Les connaissances et les compétences
empiriques – essentielles à l’internationalisation d’une entreprise – ne peuvent
être achetées. L’expérience permet en fin de compte à une multinationale
de repérer les débouchés commerciaux pouvant être exploités et de réduire
l’incertitude liée au risque d’investissement.

Afin de remédier aux faiblesses des hypothèses plus anciennes, les contributions
théoriques plus récentes s’appuient sur des hypothèses nouvelles ou révisées
pour expliquer les tenants et les aboutissants de l’IDE. John H. Dunning (1973,
1977, 1993) a élaboré une approche plus dynamique et plus globale que les
théories les plus courantes sur l’IDE : le paradigme éclectique, aussi connu sous
le nom de « paradigme OLI ». Celui-ci explique que les décisions d’investissement
des entreprises sont fonction des avantages liés à la propriété (O pour ownership),
à la localisation (L pour location) et à l’internalisation (I pour internalization). Les
avantages liés à la propriété découlent de la possibilité pour les entreprises de
conserver un certain contrôle sur leurs investissements, tandis que les avantages
liés à la localisation sont rattachés aux actifs des pays d’accueil, tels que les
ressources naturelles et la dotation en facteurs de production. Les avantages liés
à l’internalisation permettent aux entreprises de remédier aux imperfections du
marché en internalisant les coûts et en réduisant les contraintes administratives et
l’incertitude105 : une firme procédera à un IDE vertical si elle peut réduire certains
de ces coûts en délocalisant sa production vers un marché étranger.106

Afin de préciser le paradigme OLI, Dunning (1993) a défini quatre grandes


catégories d’IDE. L’IDE axé sur la recherche de marchés (parfois appelé IDE
horizontal exploite certains marchés de consommation ou de production et
conditionne le lien entre l’investissement et le commerce. L’IDE axé sur la
recherche de gains d’efficience favorise la réduction des coûts. L’IDE axé sur la
recherche de ressources vise à exploiter les infrastructures, la main-d’œuvre et les
matières premières ou les intrants disponibles dans le pays d’accueil. L’IDE axé sur
la recherche d’actifs stratégiques renvoie aux investissements qui visent à procurer
à une entreprise des avantages spécifiques, tels qu’une nouvelle technologie, un
procédé novateur ou tout autre nouveau débouché commercial sur un marché,
afin qu’elle puisse être la première à se lancer sur un nouveau marché.

Certaines théories plus récentes fondées sur le paradigme OLI ajoutent une
cinquième catégorie d’IDE : l’IDE axé sur l’apprentissage ou la recherche de
connaissances. Ces théories s’intéressent à l’investissement transfrontière
découlant de la délocalisation de la production et à l’existence de réseaux

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 67
transfrontières au sein des chaînes de valeur mondiales. Dans ce contexte, les
actifs incorporels que l’IDE apporte ou permet de développer au sein d’une
firme sont davantage mis en valeur, comme l’explique le modèle link, leverage
and learn ou LLA (lien, levier et apprentissage), élaboré par John Mathews (2002,
2006) et approfondi ultérieurement par d’autres auteurs.107 Dans ce modèle, le
comportement d’une entreprise sur les marchés
internationaux dépend de son degré d’exposition
Les théories plus à ces marchés. Cette théorie permet d’expliquer
modernes s’attachent l’essor des entreprises multinationales de pays
émergents, qui ont renforcé leur présence sur les
quant à elles à expliquer marchés internationaux dans les années 1990.
l’essor actuel des modèles Du fait de leur exposition à des réseaux mondiaux
interconnectés, ces entreprises peuvent
économiques axés sur recourir au capital et aux autres ressources
des critères tels que d’entreprises plus développées et établies
de plus longue date en vue de tisser des liens
la création de valeur, avec elles. L’apprentissage intervient à mesure
la spécialisation des que les multinationales de pays émergents
recueillent des informations et acquièrent des
tâches, la création de connaissances, devenant ainsi plus adaptables
synergies, la production et capables de faire face à la concurrence.
à la demande, Les théories plus modernes s’attachent quant
l’approvisionnement à elles à expliquer l’essor actuel des modèles
économiques axés sur des critères tels que la
local en biens et création de valeur, la spécialisation des tâches,
services par des sociétés la création de synergies, la production à la
demande, l’approvisionnement local en biens
intermédiaires et
et services par des sociétés intermédiaires et
l’approvisionnement en l’approvisionnement en intrants à l’étranger. Ces
contributions théoriques tiennent davantage
intrants à l’étranger.
compte de l’évolution rapide des chaînes de
valeur mondiales.

Fondements théoriques et empiriques de l’investissement et du


commerce dans le contexte de la théorie de l’intégration régionale
Les nombreuses études sur l’IDE se fondent sur la théorie du commerce
international et sur la théorie de l’intégration régionale pour étoffer l’analyse
et améliorer la compréhension de ce type d’investissement. Le rapprochement
entre l’investissement, le commerce et l’intégration économique peut permettre
de considérer que le commerce et l’investissement transfrontière en sont des
canaux comparables pour les activités internationales des multinationales.

68 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Points de vue de la théorie du commerce international et de la théorie de
l’intégration régionale
Le commerce et l’investissement sont-ils complémentaires ou substituables ?
S’ils sont substituables, une entreprise qui opère à l’international choisira soit
de commercer soit d’investir à l’étranger (mais pas les deux), en fonction d’un
ensemble de conditions de marché, l’investissement étant susceptible d’évincer
les débouchés commerciaux dans le pays d’accueil. En revanche, s’ils sont
complémentaires, une entreprise qui investit à l’étranger peut venir compléter les
débouchés commerciaux sur le marché du pays d’accueil ou en attirer de nouveaux.

Parmi les théories classiques de l’IDE examinées ci-dessus, certaines supposent


manifestement une relation de substitution entre l’investissement et le
commerce.108 Les théories relatives à l’IDE
qui adoptent des approches plus progressives
semblent quant à elles suggérer que, dans un
premier temps, cette relation de substitution
Regional integration
détermine les décisions d’investissement.109 Mais theories uncover the links
à mesure qu’une entreprise s’implante dans un
pays étranger, qu’elle perfectionne sa production
between FDI and trade in
et qu’elle devient mieux informée, elle peut the context of countries’
procéder à des échanges voire compléter l’IDE
réalisé initialement dans le pays d’accueil afin de
motivations to participate
pouvoir exporter vers d’autres marchés ou même in such schemes as
de retourner dans son pays d’origine.110
customs unions and free
Des travaux théoriques plus récents estiment trade areas.
que les décisions des entreprises peuvent avoir
des effets de substitution et de complémentarité,
selon la nature et les facteurs déterminants de l’investissement111 Les contributions
théoriques ne donnant aucune réponse définitive, une approche empirique au cas
par cas s’impose pour étudier ces relations (voir la section suivante). L’évolution des
théories a d’ailleurs été en grande partie favorisée par les contributions empiriques
qui les ont testées.

Les contributions à la fois théoriques et empiriques sur le commerce international


définissent la relation entre l’investissement et le commerce de manière aussi
discordante que les ouvrages sur l’IDE. Certaines études supposent une relation
de substitution dans le cas de l’IDE horizontal, les multinationales étant incitées à
investir pour accéder à un marché tout en contournant les obstacles tarifaires.112

D’autres (portant sur l’IDE vertical) observent une complémentarité entre


les échanges et les flux d’investissement, pour autant que les différences de
rémunération et de dotation en facteurs de production entre le pays d’origine et
le pays d’accueil soient prises en compte.113 Ces investissements peuvent même
avoir des retombées positives, telles que la diminution du coût du crédit par la
promotion de l’investissement intérieur.114 D’autres auteurs soutiennent toutefois

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 69
le contraire : les grandes entreprises (les multinationales) peuvent écarter les
petites entreprises (les PME, par exemple) du crédit, car elles sont considérées
comme moins risquées et donc plus solvables.115

Tant les études sur le commerce que celles sur l’investissement ont approfondi
l’analyse de la relation IDE-commerce au moyen de contributions empiriques
multiples et combinées. L’interaction entre l’IDE et le commerce dépend de
facteurs locaux, tels que l’ouverture commerciale et les mesures d’incitation visant
à attirer l’IDE sur les marchés étrangers.116 C’est sous cet angle que l’ouverture
commerciale (essentielle pour renforcer l’intégration régionale par des accords
commerciaux régionaux) est vue comme complémentaire à l’attraction de l’IDE117.

Les études empiriques sur l’Afrique fournissent également des explications très
diverses sur la corrélation entre le commerce et l’IDE. Les accords commerciaux
régionaux sont au cœur de ces travaux de recherche alors que les pays africains
commencent à commercer dans le cadre de la ZLECAf, qui prévoit l’élimination
des droits de douane sur 90 % des échanges. Si cet accord est assorti de règles
d’investissement harmonisées par un protocole sur l’investissement, les synergies
entre les flux commerciaux et les flux d’investissement pourraient être optimisées.

Les théories relatives à l’intégration régionale


Les théories relatives à mettent en lumière les liens entre l’IDE et
le commerce en tenant compte des raisons
l’intégration régionale qui poussent les pays à participer à des
mettent en lumière les liens mécanismes d’intégration tels que les unions
douanières et les zones de libre-échange.
entre l’IDE et le commerce Elles décrivent également les effets d’une
en tenant compte des raisons telle participation sur le bien-être d’un
pays. On distingue deux types d’analyse
qui poussent les pays à des stratégies de développement dans les
participer à des mécanismes ouvrages sur l’intégration économique118 :
l’analyse statique, qui vise à expliquer, au
d’intégration tels que les moyen des effets sur le commerce, l’effet
unions douanières et les de l’intégration sur le bien-être d’un pays,
et l’analyse dynamique, qui s’intéresse,
zones de libre-échange. au-delà du commerce, à d’autres raisons
économiques de l’intégration, notamment
aux domaines d’action internes.

S’appuyant sur l’analyse statique, l’ouvrage précurseur de Jacob Viner (1950)


examine les avantages et les inconvénients de l’intégration économique en
distinguant deux effets : la création d’échanges et le détournement d’échanges.
Les mécanismes d’intégration régionale tels que les unions douanières ont une
incidence sur les flux commerciaux entre les membres et les non-membres.
Il y a création d’échanges lorsque, en l’absence d’obstacles tarifaires, les pays
membres d’une union douanière où les coûts de production sont faibles peuvent
exporter davantage vers d’autres pays membres où ces coûts sont plus élevés.
Un détournement d’échanges est en revanche occasionné par le remplacement

70 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
des importations de pays membres en provenance de producteurs plus efficients
de pays tiers par des importations en provenance d’autres pays membres où les
coûts sont plus élevés. La création d’échanges contribue à améliorer le bien-être
d’un pays puisqu’une telle évolution va dans le sens de l’affectation des ressources
d’un pays au libre-échange, tandis que le détournement d’échanges a un effet
contraire sur le bien-être en abandonnant progressivement cette démarche.119
Selon l’analyse statique des avantages comparatifs, la décision de participer à
des mécanismes d’intégration économique doit faire l’objet d’une analyse coûts/
avantages : une participation se justifie dès lors que la création d’échanges
l’emporte sur le détournement d’échanges.120

Si l’analyse statique ne permet d’évaluer les effets de Un autre aspect de la


l’intégration sur le bien-être que de manière limitée, théorie de l’intégration
les effets dynamiques, eux, expliquent l’ensemble des
raisons économiques qui justifient les mécanismes économique concerne
d’intégration.121 Béla A. Balassa a recensé les l’application des
principaux effets dynamiques de l’intégration qui
s’ajoutent aux effets statiques sur le commerce : les analyses statiques
économies d’échelle, l’évolution de la technologie, et dynamiques
ainsi que l’impact de l’intégration sur la structure
du marché et la concurrence, sur la croissance de dans les pays en
la productivité, sur le risque et l’incertitude et sur développement.
l’activité d’investissement.122

Un autre aspect de la théorie de l’intégration économique concerne l’application


des analyses statiques et dynamiques dans les pays en développement. Divers
auteurs estiment que, dans les pays en développement, l’analyse des effets
dynamiques permet de mieux évaluer l’intégration économique. Amr Sadek Hosny
(2013), par exemple, cite des études qui remettent en question la pertinence des
théories classiques de l’intégration économique régionale parce qu’elles prennent
en compte uniquement les effets sur la production et la consommation et qu’elles
négligent les effets sur l’emploi, la productivité et le revenu, qui ont une importance
primordiale dans les pays en développement.123

Creusant la question de l’application, Robert Z. Lawrence (1997) fait valoir que


les pays ont aujourd’hui des raisons plus diverses que par le passé de participer à
des accords d’intégration, les plus récents permettant notamment des économies
d’échelle,124 des économies de gamme,125 la création d’investissements et le
détournement d’investissements,126 une concurrence accrue,127 etc.

Les théories de l’intégration économique mettent ainsi en évidence les raisons


économiques, souvent complexes, qui justifient les accords d’intégration régionale.
Dans le cadre de la ZLECAf, l’harmonisation des règles d’investissement dans
le cadre du protocole sur l’investissement (phase II) traduit la volonté de ne pas
seulement promouvoir l’investissement intrarégional, mais aussi d’approfondir
l’intégration régionale des pays membres de l’UA. Les futures études portant sur
les effets de la ZLECAf doivent tenir compte de cela.

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 71
Données empiriques à l’appui des fondements théoriques de
l’investissement en Afrique
Un nombre croissant de contributions empiriques visent à transposer les théories
sur l’investissement et l’intégration régionale au contexte africain et de les y tester.
Les ouvrages ont une portée géographique diversifiée, examinant les données
provenant des pays, des sous-régions et même de l’ensemble du continent.
Les résultats sont toutefois mitigés pour ce qui est d’étayer par des faits ou de
corroborer les éléments des diverses théories.

L’ouverture commerciale montre qu’il existe une corrélation positive avec l’IDE,
y compris les effets d’agglomération dans les sous-régions ou pays africains.128
Il existe également une corrélation positive entre une série d’autres facteurs de
localisation et l’IDE, notamment la taille du marché, l’efficacité des systèmes
juridiques, la stabilité politique129 et un climat propice aux échanges.130 D’autres
ouvrages portent sur les éléments relatifs à la stabilité macroéconomique, la
convergence nominale ou monétaire131 et les bonnes infrastructures,132 entre
autres, en ce qui concerne l’attraction de l’IDE. Certaines publications renforcent
l’idée que des politiques et réglementations adéquates aident à attirer des
investissements plus durables et davantage tournés vers le développement.133

Les études établies sur la base d’un scénario fictif corroborent généralement
ce mode de pensée. Les lacunes de la réglementation, l’insuffisance des
infrastructures134 et l’existence de restrictions commerciales135 découragent l’IDE
en Afrique. Des travaux de recherche plus récents montrent que la facilitation des
échanges, un aspect de l’infrastructure propre au commerce, est essentielle pour
améliorer les gains en volume du commerce intra-africain, qui pourrait atteindre
22 % grâce à l’ouverture commerciale que devrait apporter la ZLECAf.136 Les gains
résultant de la facilitation des échanges, compte tenu des complémentarités entre
le commerce et l’investissement mises en évidence par les études, sont de nature
à attirer des investisseurs à la recherche de nouveaux débouchés commerciaux
dans la ZLECAf. Ils supposent également une transformation structurelle plus
fondamentale137 : l’IDE dans les infrastructures, qui contribue directement à la
facilitation des échanges, pourrait faire le lien entre les pays africains et les chaînes
de valeur mondiales et promouvoir une plus grande connectivité commerciale et
une meilleure insertion dans l’économie mondiale.138

Ces dernières années, les flux régionaux et intra-africains d’IDE ont été de
plus en plus axés sur le secteur des services. Les services financiers, tels que la
banque commerciale et l’assurance,139 arrivent en tête des investissements dans
des capacités nouvelles, jusqu’à 50 % entre 2003 et 2014.140 Cette tendance
renforce également l’idée qu’une plus grande ouverture du commerce des services
pourrait favoriser le développement du commerce des services financiers et ainsi
attirer davantage d’investissements pour financer la transformation structurelle
et le développement de l’Afrique.141

72 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
En somme, ces résultats propres à l’Afrique ne
diffèrent pas substantiellement de ceux qui ont été Les services financiers,
rapportés dans des ouvrages pour d’autres régions
ou même pour le monde entier (tableau 2.1). Malgré tels que la banque
cela, certaines études établissent une corrélation commerciale et
négative entre l’ouverture commerciale et l’IDE
dans les sous-régions africaines, mettant en avant l’assurance, arrivent en
des effets de substitution entre les deux142. Cette tête des investissements
constatation est cohérente avec les divergences de
vues sur l’IDE et appelle à une approche au cas par dans des capacités
cas avec une désagrégation suffisante pour que les nouvelles, jusqu’à 50 %
résultats des travaux de recherche ne masquent pas
les spécificités régionales ou sectorielles. entre 2003 et 2014.

Tableau 2.1 : Résumé des études théoriques et empiriques décrivant le lien entre l’IDE
et l’ouverture commerciale en Afrique

Configuration Deux pays Plusieurs pays Espace continental

Portée En théorie, deux pays donnés


géographique qui éliminent les obstacles
au commerce entre eux
dans le cadre d’une zone de
libre-échange ou d’une union
douanière. Exemples tirés
du passé : la Sénégambie, et
les versions antérieures de la
Communauté d’Afrique de l’Est
Études Configuration classique : deux Anyanwu et Yaméogo (2015), Morisset (2000)
pays donnés Anyanwu (2012) et Bartels,
Kratzsch et Eicher (2009), CEA (2015, 2018a, 2020 a)
Balassa (1961), Corden et dans plusieurs sous-régions
Neary (1982), Helpman
(1984), Rekiso (2017), Corrélation négative entre
Baldwin, Forslid et Haaland l’ouverture commerciale
(1995) (Panusheff, 2003), et l’IDE (Kudaisi, 2014) en
Marinov (1999, 2014) Afrique de l’Ouest,
Morisset (2000) et AsIDEu
(2006), Mijiyawa (2015), CEA
(2020a)
Degré de Élimination des droits de Élimination des droits de Libéralisation du commerce
libéralisation douane dans un accord de douane dans un accord de des marchandises
libre-échange libre-échange
Libéralisation sectorielle du
Mise en place d’un tarif Mise en place d’un tarif commerce des services
extérieur commun dans une extérieur commun dans une
union douanière union douanière Libéralisation Libéralisation de
sectorielle des services, libre l’investissement
circulation des personnes
Réglementation des DPI et
de la concurrence

Libre circulation des


personnes

Libéralisation du transport
aérien (SAATM)

Stratégie numérique
continentale

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 73
Typologie de L’IDE visant à contourner Parallèlement au commerce Parallèlement au commerce
l’IDE les obstacles tarifaires, qui
cherchait à avoir accès à un IDE axé sur les débouchés IDE axé sur les débouchés
marché et éventuellement à commerciaux commerciaux
des ressources se substituant
au commerce, cessera IDE axé sur les ressources IDE axé sur les ressources
naturelles naturelles
L’IDE axé sur les débouchés
commerciaux pourrait devenir IDE axé sur les gains IDE axé sur les gains
plus important sur le marché d’efficience d’efficience
de la zone commerciale
régionale IDE axé sur l’apprentissage ou IDE axé sur l’apprentissage ou
les connaissances les connaissances
IDE axé sur les ressources
naturelles
Effets statiques Réduction des échanges en Augmentation des flux Procédures administratives
présence d’IDE axé sur les de capitaux reflétée dans (ou arbitrage)
débouchés commerciaux la balance des paiements
(compte de capital et compte
Accroissement des échanges courant)
en cas d’IDE axé sur les
ressources naturelles

Réduction des gains


socioéconomiques liés
au commerce en cas de
contournement des obstacles
tarifaires par l’IDE

Augmentation des flux


de capitaux reflétée dans
la balance des paiements
(compte de capital)
Effets Économies d’échelle Économies d’échelle Mobilité complète des
dynamiques facteurs
Économies de gamme Effets d’agglomération
Effets de péréquation des prix
La structure de production Convergence monétaire,
peut connaître des nominale ou réelle Économies de gamme
changements en raison du
passage de la main-d’œuvre Économies d’échelle et
du secteur commercial à d’agglomération
d’autres secteurs
Chaînes de valeur régionales
Changement technologique
Accès aux chaînes de valeur
Croissance de la productivité mondiales

Augmentation de la
concurrence et des flux
d’investissement
Résultats Une zone de libre-échange ou Un marché commun Une zone d’investissement
escomptés une union douanière commune
Un marché numérique
commun Un marché commun du
transport aérien

Un espace numérique
commun

Source : interprétation de la CEA à partir des ouvrages cités dans la présente sous-section.

74 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Liens entre l’investissement, la concurrence, la propriété
intellectuelle ou l’économie numérique
Les décisions des entreprises concernant les investissements transfrontières
dépendent de facteurs situés dans les domaines internes que sont la
concurrence, les droits de propriété intellectuelle et la dématérialisation. Parmi
les caractéristiques de la concurrence figurent les imperfections du marché qui
peuvent permettre un certain degré de contrôle du marché, voire un monopole.
Les considérations relatives aux droits de propriété intellectuelle sont axées sur la
propriété intellectuelle intégrée dans l’innovation et la technologie transférables.
Les considérations relatives à la dématérialisation concernent les moyens de
compléter et d’intensifier les investissements transfrontières.

La corrélation entre l’investissement et la concurrence, les droits de propriété


intellectuelle et l’économie numérique est changeante. La conceptualisation des liens
existants entre l’investissement et ces divers domaines d’action devient essentielle
pour comprendre leur lien de causalité. Dans l’examen ci-dessous de la question,
nous abordons cette conceptualisation et proposons ensuite un cadre théorique
pour les relations entre l’investissement et ces domaines d’action internes.

Concurrence et investissement
La concurrence peut jouer un rôle clé en aidant les
pays africains à doper et attirer l’investissement Étant donné que les
pour parvenir à une croissance inclusive et à
un développement durable. La concurrence pays africains et les
est une arme à double tranchant : elle peut CER ne disposent pas
freiner l’investissement, mais si elle est dûment
réglementée, elle peut l’encourager. Certaines de cadre d’action relatif
études empiriques et qualitatives ont montré que à la concurrence et
la contestation des possibilités d’investissement
c’est-à-dire le fait de les contester en soulevant des au vu de la disparité
points de désaccord favorise l’investissement.143 des régimes de la
D’autres études ont montré que, dans certains
cas, la concurrence peut freiner la capacité concurrence, les
d’investissement des entreprises. L’impact de la comportements
concurrence sur l’investissement dépend à la fois
de la précision des mesures d’amélioration de la anticoncurrentiels
concurrence et du type d’investissement en jeu.144 pourraient
Dans de nombreux pays africains, les marchés compromettre les
sont limités par des pratiques commerciales qui efforts visant à doper et
freinent la dynamique concurrentielle et par les
mesures prises par les pouvoirs publics qui font attirer l’investissement
obstacle à une concurrence saine.145 Sur les 55
pays africains, 23 se sont dotés de lois sur la concurrence et d’autorités de la
concurrence chargées de les faire appliquer ; dix autres se sont dotés de lois, mais
n’ont pas d’autorité de la concurrence chargée de les appliquer ;146 quatre pays

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 75
ont adopté une législation en la matière dont l’élaboration est à un stade avancé
et dans 17 pays, il n’existe aucune loi sur la concurrence. Ainsi, moins de la moitié
des économies nationales africaines sont véritablement prêtes pour un marché
plus vaste et plus libéralisé. Parmi les communautés économiques régionales (CER)
d’Afrique, cinq ont promulgué des lois sur la concurrence, qui sont à différents
stades de mise en œuvre.147 Les États membres de l’UA qui n’ont pas adopté
de réglementation en matière de concurrence affaiblissent l’instrument de la
ZLECAf et sont plus vulnérables face aux comportements anticoncurrentiels des
entreprises. Compte tenu du rôle joué par la concurrence dans la promotion de
l’investissement, il est indispensable d’adopter des règles de concurrence et des
approches réglementaires cohérentes dans le cadre de la ZLECAf.

Les marchés numériques en expansion rapide présentent un risque supplémentaire.


Ils sont multifaces et se caractérisent par des effets de réseau, d’importantes
économies d’échelle et de gamme et des rendements d’échelle croissants, qui,
ensemble, représentent un obstacle à l’entrée, et deviennent donc généralement
un oligopole ou un monopole.148 En revanche, dans le contexte économique plus
général, les obstacles à l’entrée de l’économie numérique sur les marchés sont
réduits par rapport à ceux d’autres secteurs plus traditionnels. Si les défaillances du
marché sont maîtrisées, l’économie numérique peut stimuler le reste de l’économie.

Étant donné que les pays africains et les CER ne disposent pas de cadre d’action
relatif à la concurrence et au vu de la disparité des régimes de la concurrence,
les comportements anticoncurrentiels pourraient compromettre les efforts
visant à doper et attirer l’investissement. L’intégration des marchés dans le
cadre de la ZLECAf créera probablement des conditions propices aux ententes
internationales, aux fusions anticoncurrentielles, à d’autres accords commerciaux
anticoncurrentiels et à la création d’entreprises pouvant abuser de leur position
dominante. Si ces facteurs ne sont pas réglementés dans un cadre concerté, ils
réduiront l’attrait des investissements que les pays africains cherchent à attirer.

Une application efficace des lois sur la concurrence aux niveaux national, régional
et continental permettra de renforcer considérablement les politiques qu’elles
incarnent. Le cadre d’action de la ZLECAf relatif à la concurrence doit s’appuyer
sur les cadres nationaux et régionaux existants en la matière. Il doit couvrir les
principales questions de fond relatives à la concurrence : ententes, contrôle
des fusions, abus de position dominante et accords anticoncurrentiels. Il doit
également aborder les questions relatives à la protection des consommateurs.
Étant donné que les pays africains ne sont pas au même stade de l’élaboration
des lois et de la gouvernance, le cadre doit prévoir des exceptions appropriées
dans des domaines tels que les marchés publics, afin de laisser aux pays la marge
de manœuvre nécessaire pour mettre en œuvre des mesures visant à faire face
aux difficultés économiques qui leur sont propres. Il convient de mettre l’accent
sur l’application des lois nationales sur la concurrence en renforçant les capacités
et en harmonisant les cadres nationaux relatifs à la concurrence et les cadres des
CER afin de créer des synergies. Enfin et surtout, un protocole sur la politique de
la concurrence concernant la ZLECAf doit être négocié, adopté et mis en œuvre de
manière adéquate, et appliqué au niveau national dans chaque État partie.

76 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Propriété intellectuelle et investissement
Les droits de propriété intellectuelle (DPI) doivent viser à concilier les avantages
et inconvénients dynamiques entre l’acquisition de savoirs ou la production
d’innovations et la répartition des avantages ou des profits qui en résultent. Étant
donné que le savoir et l’innovation sont des biens publics (c’est-à-dire que leur
consommation par un individu n’a pas d’incidence sur la possibilité pour un autre
individu de les consommer aussi, et n’est pas exclusive, c’est-à-dire que tout le
monde bénéficie généralement d’une innovation), la rémunération correspondant
aux avantages procurés aux individus et à la société ne revient souvent pas à leurs
créateurs, à moins qu’il existe des régimes de propriété intellectuelle forts. Par
exemple, une protection inadéquate contre l’imitation bon marché remet en cause
la volonté d’innovation des créateurs, ce qui réduit la productivité de ces créateurs
et les empêche d’en tirer le meilleur parti possible.149

Ces considérations déterminent également la corrélation entre l’investissement et


les DPI. Des études montrent que les régimes de propriété intellectuelle forts ont
un grand pouvoir d’attraction de l’IDE, tandis que les règles de protection des droits
de propriété intellectuelle plus laxistes favorisent généralement les entreprises
nationales. Bien que des régimes rigoureux de propriété intellectuelle fassent
partie d’un climat propice aux entreprises,150 le but et le type d’IDE concerné, la
conjoncture économique générale, y compris le développement technologique, le
type d’industrie en question et les différents types de protection de la propriété
intellectuelle sont des éléments qui comptent également pour les investisseurs.151
La protection de la propriété intellectuelle n’est qu’un parmi les nombreux facteurs
qui pèsent sur les décisions d’investissement. D’autres facteurs, comme indiqué
plus haut, sont notamment la productivité des facteurs, la stabilité réglementaire
et la taille du marché.

Des régimes de propriété intellectuelle forts encouragent l’innovation, favorisent


le transfert de technologies modernes152 et sont susceptibles d’attirer l’IDE lié
aux savoirs.153 La protection de la propriété intellectuelle contre les imitateurs
récompense l’investissement nécessaire, bien qu’elle laisse supposer l’existence
d’avantages et d’inconvénients sur le plan de l’efficacité statique et dynamique.154
La protection de la propriété intellectuelle facilite également l’innovation des
produits, la relocalisation de la production et l’augmentation des salaires réels
si l’adoption de nouvelles technologies est rendue possible grâce à l’IDE.155
Les entreprises pourraient être plus disposées à diffuser des technologies par
l’intermédiaire de coentreprises si elles estiment que leurs droits de propriété
intellectuelle sont suffisamment protégés. Les entreprises moyennes dans les
industries à forte intensité de recherche-développement ont le plus de chances de
constituer des coentreprises pour diffuser des technologies, tout en ménageant
une marge d’action pour optimiser le bien-être des consommateurs.156

En revanche, une pléthore de lois relatives aux droits de propriété intellectuelle


DPI peut faire obstacle à l’innovation et l’industrialisation à fort ancrage local et,
par extension, ralentir le développement inclusif et durable.157 Une protection
stricte de la propriété intellectuelle, en empêchant les petites entreprises d’utiliser

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 77
l’imitation et l’ingénierie inverse dans le cadre de leurs propres procédés novateurs,
peut limiter la diffusion des connaissances par ce biais. Un brevet dont la durée de
validité est excessive peut créer une situation de monopole ou de quasi-monopole
dans laquelle l‘offre d’un produit est insuffisante et les possibilités pour les
nouveaux acteurs sont limitées ou exclues.158 La restriction touche la concurrence
tant horizontale (au sein du secteur) que verticale (d’un secteur à l’autre), puisque
les consommateurs directs du produit breveté, tout comme les consommateurs
indirects, tels que les entreprises qui utilisent le produit breveté dans leur production
et leurs consommateurs, devraient faire face à une augmentation des coûts.

Étant donné que des régimes de propriété intellectuelle plus forts attirent des flux
d’IDE plus élevés et un plus grand nombre de licences technologiques, mais qu’ils
peuvent restreindre certains types d’innovation, des cadres non discriminatoires et
transparents sont nécessaires. Les entreprises étrangères peuvent se lancer dans
une production enclavée avec des retombées limitées, ou elles peuvent exploiter
indûment leurs DPI au point d’adopter des pratiques commerciales abusives pour
freiner la concurrence dynamique encouragée par des innovations ultérieures.159
Les possibilités d’investissement dans le secteur, et dans l’économie en général,
pourraient donc se détériorer. Il faut donc parvenir à établir un équilibre délicat
entre la protection de la propriété intellectuelle et l’innovation ou la diffusion
des connaissances pour donner un point d’ancrage à l’investissement, créer des
liens en amont de l’économie et offrir des possibilités d’investissement et de
réinvestissement au niveau national.

L’effet d’une faible protection de la propriété intellectuelle, caractérisée par des


mécanismes imparfaits d’application des clauses contractuelles, est ambigu.
Les investisseurs pourraient être découragés, car leurs concurrents nationaux
pourraient s’approprier un savoir-faire vulnérable face à l’imitation. Ils pourraient
aussi éviter de créer des coentreprises ou des modèles de production faisant
appel à des licences technologiques au profit d’investissements dans de nouvelles
capacités de production, ce qui leur permettrait de garder le contrôle de leur
savoir-faire.160 Les pays à faible revenu peuvent être bien placés pour faire face
à la concurrence grâce à l’imitation dans les industries à forte intensité de main-
d’œuvre plutôt qu’à forte intensité technologique, attirant l’investissement et
créant les emplois dont ils ont tant besoin.161

Historiquement, de nombreux pays asiatiques ont attiré des flux d’IDE


considérables malgré la faiblesse de leurs régimes de propriété intellectuelle.162
De plus, de nombreux pays développés qui, aujourd’hui, recommandent avec force
un renforcement des DPI ont bénéficié dans le passé de règles plus souples qui
les ont aidés à développer leurs industries, en exploitant d’abord des stratégies
de production à faible coût et d’apprentissage par la pratique, puis en progressant
vers des niveaux plus élevés d’innovation en matière de produits et de procédés.163

Les études empiriques sont partagées sur la question de savoir quelle protection
des DPI est adéquate, ce qui laisse supposer une fois de plus qu’une approche au
cas par cas propre à l’Afrique pourrait convenir le mieux pour comprendre les liens
de causalité entre les DPI et l’investissement.

78 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Digitalisation et investissement
Dans le monde d’aujourd’hui, les activités commerciales ne peuvent être conçues
sans les plateformes numériques sur lesquelles elles se fondent. Des services allant
du covoiturage à l’enseignement individualisé en ligne peuvent se développer
de manière appropriée entre et à l’intérieur des pays grâce à des plateformes
technologiques qui permettent d’effectuer des recherches, de faire des réservations,
de payer en ligne et de donner un avis et qui regroupent la demande pour les
entreprises et les entrepreneurs et l’offre pour les consommateurs.

Dans la finance, les investissements se font par l’intermédiaire de plateformes


numériques. Par exemple, dans le secteur de l’agriculture, les fonds communs
de placement et les plateformes de financement participatif regroupent des
investisseurs de multiples États et territoires, tandis que les services bancaires
électroniques stimulent les transactions commerciales, comblant ainsi le vide
qui existait auparavant en matière de services financiers pour les zones rurales
éloignées et les groupes marginalisés.

La corrélation entre l’économie numérique et l’investissement est complexe.


Le commerce électronique peut doper les entrées d’IDE, mais l’IDE est souvent
nécessaire pour mettre en place l’infrastructure permettant de soutenir le commerce
numérique en premier lieu.164 L’IDE est donc une question de premier ordre.

L’évolution du comportement des entreprises due à la dématérialisation et la


nécessité de promouvoir une économie numérique prospère sont de nature à
déterminer les politiques d’investissement des pays africains165 Les entreprises
multinationales axées sur le numérique et la technologie ont moins de chances
d’investir sur les marchés étrangers que les multinationales plus traditionnelles.
Lorsque les multinationales axées sur le numérique et la technologie se
développent, elles investissent moins dans des actifs matériels et créent moins
d’emplois que les multinationales d’autres secteurs. Les entreprises à forte intensité
d’Internet créées, selon toute probabilité, dans les pays développés, ont été plus
réceptives que les autres entreprises à un régime fiscal favorable et attendent des
infrastructures matérielles et non matérielles adéquates.166 Il semble y avoir une
certaine substitution entre les investissements transfrontières et la technologie
comme moyen de fournir des marchandises et des services hors des frontières.

En revanche, un courant de pensée semble indiquer que la concentration sur


un marché caractérisé par une production à forte intensité d’information, des
actifs incorporels, des effets de réseau et une prime au premier entrant risque
d’empêcher les pays en développement de créer des entreprises compétitives.167

La dématérialisation peut influencer les résultats du marché de nombreuses


manières inattendues. Par exemple, Internet peut abaisser les obstacles à l’entrée,
ce qui entraîne une concurrence accrue et une meilleure productivité.168 Les
modèles d’entreprise évoluent à mesure que de nouvelles technologies font
leur apparition dans la production (robots et impression 3D), la distribution
(transformation de produits qui étaient matériels en produits immatériels) et la
consommation (par exemple, le streaming). Ces changements pourraient avoir des

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 79
répercussions profondes, mais contraires, sur les chaînes de valeur. D’une part, les
grandes entreprises peuvent désormais s’approvisionner auprès d’une multitude
de fournisseurs dans le monde entier, et les microentreprises et petites et
moyennes entreprises peuvent utiliser des plateformes commerciales numériques
pour atteindre des clients au-delà des frontières de leur pays.169 D’autre part, les
grandes entreprises peuvent exiger une normalisation que les fournisseurs des
pays en développement ont du mal à respecter, ce qui pourrait également entraîner
des effets de verrou rendant difficile pour ces fournisseurs la possibilité de créer
d’autres produits pour d’autres clients.

Les pays africains doivent combler le fossé


Les pays africains numérique qui empêche leurs entreprises de
s’intégrer pleinement dans l’économie numérique
doivent combler le fossé
mondiale et de saisir les possibilités offertes par le
numérique qui empêche monde numérique.170 La pénétration d’Internet est
plus faible en Afrique que dans d’autres régions.171
leurs entreprises de
Dans la production industrielle, la valeur ajoutée des
s’intégrer pleinement services de programmation dans les exportations
de produits manufacturés a augmenté plus
dans l’économie
rapidement dans les pays développés que dans les
numérique mondiale et pays en développement entre 2000 et 2014.172 La
connectivité et un environnement porteur au sens
de saisir les possibilités
large sont essentiels à l’émergence d’une économie
offertes par le monde numérique, notamment des centres de données
locaux, une législation favorable et un contenu
numérique.
local suscitant l’intérêt pour les services en ligne.

Des arguments ont été avancés en faveur d’une stratégie industrielle numérique
africaine.173 Un marché numérique continental allant de pair avec des politiques
industrielles spécifiques ciblant la dématérialisation renforcerait l’attractivité globale
du continent en matière d’investissement. Les économies d’échelle et les faibles
coûts de transaction résultant de la dématérialisation, grâce à des règles claires,
prévisibles et universelles, permettraient d’améliorer la compétitivité. L’intégration
et la coopération régionales sont également nécessaires pour que les pays africains
puissent combler le fossé numérique et rattraper les pays plus développés.174 Guidée
par ces raisonnements, la stratégie de transformation numérique pour l’Afrique
(2020-2030) a été officiellement adoptée par le Conseil exécutif de l’Union africaine
en janvier 2020 (voir le chapitre 7).

Le commerce numérique révèle l’ampleur du défi que représente l’économie


numérique. Il nécessite des infrastructures pour la connectivité numérique et physique
(routes et ports), la formation professionnelle et un cadre juridique, institutionnel et
réglementaire favorable.175 Des investissements seront nécessaires pour combler
le fossé numérique. En outre, une approche et des règles continentales uniformes
seront nécessaires pour faciliter le commerce électronique, car une grande partie
de celui-ci franchit les frontières et présuppose la valeur des économies de réseau.
Toute réglementation, qu’elle soit nationale, régionale ou continentale, aurait pour
effet de simplifier et d’aligner les règles habituellement gérées par divers ministères
d’exécution et organismes de réglementation.

80 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
La connectivité étant nécessaire, mais non suffisante pour l’émergence d’une
économie numérique fondée sur le savoir, des politiques ciblées doivent assurer
la pérennité d’un environnement numérique prospère.176 Beaucoup d’entre elles
pourraient s’appliquer à l’ensemble de la région, notamment la mise en place
d’incubateurs technologiques et de centres de données susceptibles d’attirer
les investisseurs étrangers et de soutenir les jeunes pousses locales ainsi que de
nouvelles formes de financement privé.177 Les décisions d’investissement dans le
secteur de la technologie et de l’innovation seront influencées par les économies de
gamme et d’agglomération que les incubateurs technologiques pourraient réaliser.

L’administration en ligne est une autre possibilité d’investissement à l’ère de


l’économie numérique. Un portail gouvernemental en ligne peut fixer des normes
et créer une demande de services en ligne, encourageant ainsi l’investissement
dans l’économie numérique.178 Les portails d’administration en ligne fournissant des
informations sur les débouchés commerciaux et les réglementations accroissent la
transparence, réduisent les coûts de transaction et contribuent ainsi à l’attractivité
des investissements de l’ensemble de l’économie.179 La mise en place d’outils
d’administration en ligne exigeant des ressources importantes, l’échange de
meilleures pratiques et de données d’expérience pourrait aider les pays à économiser
des ressources, à s’améliorer et à innover sur la base des expériences recueillies.180

La corrélation entre l’investissement et l’économie numérique est multiforme


et bidirectionnelle. Une vaste refonte des politiques d’investissement est
nécessaire pour cibler et coordonner une série d’approches ciblées aux
niveaux national, régional et continental dans des domaines d’action tels que le
commerce, l’investissement, la concurrence, les infrastructures, la protection des
consommateurs et la politique industrielle.

Cadre conceptuel nécessaire à l’interaction entre


l’investissement et les trois domaines d’action internes
Bien que la concurrence, les droits de propriété intellectuelle et la dématérialisation
présentent des similitudes pour ce qui est d’attirer l’investissement, le cadre
réglementaire est souvent loin de fournir une application et une protection
optimales pour les questions qui les concernent.

Les investissements transfrontières présupposent une concurrence à un premier


niveau entre les entreprises multinationales qui s’aventurent à l’étranger et à un
second niveau entre les entreprises multinationales et les entreprises nationales
déjà présentes sur le marché où la multinationale choisit d’investir. Certaines
théories, comme on l’a vu, soulignent l’avantage supplémentaire que les entreprises
ont parfois à s’implanter sur un marché étranger en investissant à l’étranger,
de sorte qu’elles peuvent exercer une certaine forme d’exploitation abusive de
position dominante, voire adopter un comportement anticoncurrentiel lorsque les
défaillances du marché le permettent.

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 81
Les multinationales qui investissent, en particulier celles qui transfèrent du savoir-
faire, de la technologie et des intrants intermédiaires incorporant des actifs
incorporels, intègrent dans leurs investissements des éléments de propriété
intellectuelle (dessins industriels, brevets, droit d’auteur, secrets industriels, etc.).
Cette propriété intellectuelle fait partie des biens ou services qu’elles vendent dans
le cadre de leurs activités à l’étranger et représente souvent l’avantage unique ou
concurrentiel de ces entreprises par rapport à leurs concurrents nationaux dans
l’économie du savoir d’aujourd’hui.

En outre, de nombreuses entreprises qui investissent


La manière dont à l’étranger utilisent des plateformes numériques
pour leurs transactions ou leurs contacts avec
les entreprises les consommateurs potentiels et les producteurs
s’engagent par-delà d’intrants essentiels à leur activité de base. Les
investissements de ces entreprises sont fortement
des frontières est déterminés par l’espace numérique qu’elles
poreuse et fluctuante. peuvent exploiter. C’est l’économie numérique
qui leur permet de se diversifier, d’élargir leur
Leurs investissements stratégie commerciale et d’utiliser de nouveaux
et leurs transactions éléments caractéristiques du commerce (commerce
électronique) et de l’investissement (services
commerciales sont financiers en ligne et services bancaires en ligne)
fortement déterminés bien au-delà de leur investissement initial.
par les mesures et les La manière dont les entreprises s’engagent par-
règlements régissant delà des frontières est poreuse et fluctuante. Leurs
investissements et leurs transactions commerciales
les conditions du sont fortement déterminés par les mesures et les
marché local règlements régissant les conditions du marché
local. La plupart des conditions qui déterminent la
concurrence et la protection locale de la propriété
intellectuelle ne dépassaient généralement pas les frontières, c’est-à-dire qu’elles
sont du ressort des autorités réglementaires nationales et sont régies par la
réglementation des États - qui peuvent à leur tour être limitées par les traités
internationaux auxquels le pays a adhéré.

Ainsi, l’accès aux marchés pour les entreprises étrangères ne peut être pleinement
évalué que si l’on connaît l’effet de l’« interférence » de la réglementation
intérieure sur leur capacité d’opérer comme les entreprises nationales. En
d’autres termes, l’accès effectif aux marchés est défini par la capacité de bénéficier
d’un traitement similaire à celui des concurrents nationaux dans le cadre de la
réglementation nationale, de sorte que l’entreprise étrangère ait des possibilités
comparables de faire face à la concurrence (et d’être protégée) sur le marché national.
De plus, les instruments et modèles d’investissement numériques nécessitent
une surveillance réglementaire évoluée au sein des frontières nationales et une
coopération internationale.

82 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Par exemple, au Nigéria, la plateforme numérique Mavrodi Mundi Moneybox
(également connue sous le nom de MMM) s’est effondrée en 2016, laissant
les différents investisseurs avec des pertes importantes.181 En revanche, les
organismes de réglementation financière n’ont pas pu intervenir, estimant que ce
type de plateforme ne relevait pas de leur champ d’action.

La sous-réglementation peut également fausser


les fonctionnalités du marché et aggraver les La sous-réglementation
défaillances du marché, comme cela est souvent le
cas en l’absence de réglementation de la concurrence. peut également fausser
Les marchés numériques, qui se caractérisent par les fonctionnalités du
des effets de réseau, le contrôle des données des
utilisateurs et des rendements d’échelle croissants, marché et aggraver les
sont souvent victimes d’abus de position dominante défaillances du marché,
qui freinent l’entrée sur les marchés, en particulier
lorsque les marchés ne sont pas suffisamment comme cela est souvent
bien réglementés pour garantir une concurrence le cas en l’absence de
libre et loyale et une protection adéquate des
consommateurs.182 Cette caractéristique a suscité réglementation de la
des débats sur les géants de la technologie tels concurrence.
que Facebook et Google, certains appelant à un
renforcement de la réglementation antitrust.183

La réglementation d’autres questions relatives aux investissements, comme la


fiscalité, a également été modifiée. Les géants de la technologie comme Facebook et
Google perçoivent une rémunération au titre de services (publicités, abonnements,
etc.), sans s’acquitter de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ou de l’impôt sur les
sociétés dans les pays et territoires où les revenus sont perçus. Cette situation est
préoccupante dans de nombreux pays africains, notamment lorsque des efforts,
qui ne se limitent pas à l’économie numérique, sont déployés pour améliorer la
mobilisation des ressources intérieures en élargissant l’assiette fiscale.

La multiplication des plateformes numériques sans frontières peut intégrer les


pays africains grâce aux industries, chaînes de valeur et organismes en réseau.
Néanmoins, la dématérialisation crée des économies liées virtuellement et suscite
des préoccupations classiques au sujet de l’investissement en plus de la fiscalité,
par exemple les droits de propriété intellectuelle, la protection des investisseurs,
des travailleurs et des consommateurs et l’établissement et l’application de normes,
entre autres (voir le chapitre 7). Dans le même temps, la dématérialisation offre
également des possibilités de développement industriel accru, notamment dans le
cadre de la quatrième révolution industrielle.184

En résumé, les avantages de l’investissement, parallèlement à la concurrence


et aux possibilités offertes par la propriété intellectuelle dans les économies
dématérialisées, seront optimisés lorsque des réglementations et des structures de
supervision cohérentes garantiront la protection des investisseurs, des entreprises
et des particuliers, et des clients des investisseurs. Cela est particulièrement
important lorsque les investisseurs ne sont pas sur un pIDE d’égalité. Comme indiqué

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 83
plus haut, l’égalité des conditions de concurrence sous-entend que les pouvoirs
publics tiennent compte des différences entre la panoplie d’investisseurs et de
modèles d’investissement, et a pour objectif d’offrir des conditions dans lesquelles
certains types d’investisseurs ne sont pas évincés en raison d’imperfections de la
réglementation ou du marché.

Nous proposons un cadre conceptuel afin de voir les liens complexes entre
l’investissement et les questions internes. Il met en évidence les facteurs de
localisation, entre autres, qui sont des facteurs déterminants de l’IDE. Un point
de départ est le paradigme éclectique, également connu sous le nom de modèle
d’avantages que doit posséder une entreprise pour s’internationaliser (paradigme
OLI), qui prend en compte les facteurs d’attraction et les facteurs contraignants
en plus de la localisation. Il permettra d’expliquer comment la création d’un
marché africain commun dans le cadre de la ZLECAf attirera les investissements
des multinationales capables de tirer parti de l’avantage lié à la possession d’un
avantage spécifique par l’entreprise et de l’avantage à l’internalisation et de les
combiner avec l’avantage de la localisation à l’étranger que présente la ZLECAf.

Le cadre conceptuel ci-dessous vise à exploiter les avantages décrits ci-dessus


dont les multinationales tirent parti lorsqu’elles investissent dans le marché
commun de la ZLECAf (figure 2.1). Une entreprise multinationale qui choisit le
marché continental pour y implanter ses activités commerciales en fonction de sa
localisation intégrera dans sa décision une conception de la concurrence fondée
sur la protection offerte par les règles communes de la ZLECAf relatives à la
concurrence contre la concurrence déloyale (comme l’abus de position dominante
et le comportement prédateur des entreprises en place ou des imitateurs) et sur
l’accès effectif aux marchés que ces règles conféreront dans le marché commun
de la ZLECAf.

En outre, une multinationale investira probablement


En outre, une dans un pays d’accueil faisant partie de la ZLECAf si
deux conditions relatives à la propriété intellectuelle sont
multinationale respectées. Premièrement, il faut mettre en place des
investira instruments facilitant l’élaboration de la réglementation
et des politiques en faveur de la propriété intellectuelle.
probablement dans La réglementation couvre les brevets, le droit d’auteur, les
un pays d’accueil secrets commerciaux et les dessins industriels. Parmi les
instruments facilitant l’élaboration des politiques, on peut
faisant partie de citer l’application effective de la propriété intellectuelle
la ZLECAf si deux dans le pays d’accueil et dans les pays où les actifs de
propriété intellectuelle de l’entreprise sont enregistrés,
conditions relatives comme le permet le protocole relatif aux droits de
à la propriété propriété intellectuelle de l’Accord portant création de
la ZLECAf (chapitre 4). Deuxièmement, il existe d’autres
intellectuelle sont facteurs de localisation pouvant rendre un pays d’accueil
respectées. plus attractif qu’un autre sur le marché de la ZLECAf, à
savoir la proximité de pôles de connaissance ou d’instituts
de technologie et de centres d’innovation et d’incubateurs.

84 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Enfin, une multinationale qui part du principe que l’investissement et le commerce
sont complémentaires et désire investir considérera que l’IDE est le bon moyen
d’opérer dans un pays d’accueil donné si elle peut vendre ses biens et services par
voie électronique dans un espace numérique commun prévu par l’Accord portant
création de la ZLECAf. Le protocole sur le commerce électronique de l’Accord est
un facteur de localisation essentiel, outre la réglementation facilitant le commerce
numérique, tout comme l’infrastructure des technologies de l’information et de la
communication et la préparation au numérique du pays d’accueil prévu.

Il se peut que les entreprises multinationales africaines arrivent tardivement dans


les chaînes de valeur régionales et mondiales. Le paradigme OLI risquerait de ne
pas suffire à expliquer comment elles pourraient commencer à y participer. Étant
donné que ces entreprises vont commencer par élargir leurs activités et acquérir
de l’expérience dans les chaînes de valeur régionales que la ZLECAf devrait
promouvoir, elles ont besoin de stratégies pour tisser des liens, exercer un effet
de levier et procéder à un apprentissage. À mesure qu’elles se développent et
deviennent elles-mêmes des multinationales, elles pourraient élargir leurs activités
au-delà du marché africain. L’élaboration du cadre conceptuel LLA (Lien, Levier,
Apprentissage) devrait donc compléter le cadre OLI.

La figure 2.1 illustre la manière dont les entreprises africaines vont opérer dans
le contexte de la nouvelle ZLCEAf suivant le modèle LLA. Maintenant que les
échanges ont officiellement débuté, les obstacles au commerce des marchandises
et des services seront réduits et supprimés. Quatre protocoles supplémentaires
relatifs à l’investissement, à la politique de la concurrence, aux droits de propriété
intellectuelle et au commerce électronique seront institués. Les négociations
relatives à ces protocoles devraient commencer prochainement. Les protocoles
contiendront des éléments visant à promouvoir le processus LLA des entreprises
africaines afin de tirer le meilleur parti des résultats souhaités d’un marché commun
de la ZLECAf où les marchandises, les services, les capitaux et les personnes
peuvent circuler librement.

Tout d’abord, les petites et moyennes entreprises (PME) africaines seront tentées
et capables, dans ces conditions, d’établir des liens avec des multinationales plus
développées, telles que le groupe Dangote (qui, avant même le lancement en bonne
et due forme de la ZLECAf, opérait déjà sur les marchés africains). Étant donné que
les multinationales qui sont déjà solidement implantées sur le continent devraient
garder une longueur d’avance, la demande de leurs biens et services augmentera,
ce qui permettra aux PME de nouer des liens avec de plus grandes multinationales
dans le cadre de contrats de fourniture et d’externalisation de produits, d’intrants
et de services.

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 85
Figure 2.1 : Un cadre conceptuel établissant un lien entre l’investissement, les DPI,
la concurrence et la dématérialisation

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ati nc
lis u

ria

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nc
Dém

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Décision
d’investissement
des
multinationales

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r t e l le c
et o p ri é t é i n
app it s
location des dro

AVANTAGES OLI LIÉS À LA AVANTAGES OLI LIÉS AUX DPI ET À AVANTAGES OLI LIÉS À LA
DÉMATÉRIALISATION L’APPLICATION DES DROITS CONCURRENCE
Avantage spécifique de Avantage spécifique de l’entreprise : Avantage spécifique de l’entreprise :
l’entreprise : élaboration en interne brevets, dessins industriels, droit d'auteur avantage compétitif ou avantage
d’outils et de stratégies numériques ou secrets commerciaux, détenus par spécifique de l’entreprise (par
(par exemple, stratégie de l'entreprise et couvrant les actifs de exemple modèle ou stratégie de
commercialisation et de vente par recherche-développement, les produits gestion d’une entreprise).
l’intermédiaire de plateformes de et les services de l'entreprise, y compris
Avantage de la localisation :
commerce électronique et de les pratiques de gestion.
instruments facilitant l’élaboration de
chaînes de distribution en ligne).
Avantage de la localisation : la réglementation et facilitateurs de
Avantage de la localisation : instruments facilitant l’élaboration de la l’élaboration des politiques pour la
existence d’une infrastructure réglementation et facilitateurs de concurrence (couvrant des éléments
numérique et d’un espace de l’élaboration des politiques pour la relatifs à la lutte contre les monopoles,
marché numérique, instruments propriété intellectuelle, tels que les abus de position dominante, les
facilitant l’élaboration de la l'application effective de la comportements prédateurs, à la
réglementation et facilitateurs de réglementation en matière de propriété protection des consommateurs et
l’élaboration des politiques pour la intellectuelle dans le pays d'accueil et garantissant un haut degré d’accès
dématérialisation, comme le dans les pays où les actifs de DPI de aux marchés dans le protocole sur le
permet le protocole sur le l'entreprise sont enregistrés, comme le politique de la concurrence prévu au
commerce électronique prévu au permet un protocole sur le commerce titre de l’Accord portant création de la
titre de l’Accord portant création électronique prévu au titre de l’Accord ZLECAf ).
de la ZLECAf et par des stratégies portant création de la ZLECAf.
Avantage à l’internalisation :
nationales de commerce
Actifs de propriété intellectuelle : capacité de protéger et préserver les
numérique connexes.
utilisation des actifs de actifs de l’entreprise, tels que la
Avantage à l’internalisation : recherche-développement, ainsi que les connaissance des structures des prix
capacité d’adopter les technologies avantages tirés de la protection de la internes, les clients et les fournisseurs
et les innovations numériques par propriété intellectuelle (redevances et d’intrants de la concurrence déloyale.
des moyens numériques, capacité droits découlant de l'utilisation des
d’engager les fournisseurs de brevets et du droit d'auteur). Capacité de
technologies et d’applications protéger les actifs de propriété
numériques dans des contrats de intellectuelle contre une consommation
verrouillage et des modalités de indésirable par des tiers (consommateurs
fourniture exclusive. et producteurs) grâce à des contrats de
verrouillage et des mesures physiques ou
techniques.

Source : CEA, en se fondant sur Dunning (1993) et Páez (2011).

86 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Dans un deuxième temps, les entreprises africaines tireront parti des ressources
et des intrants grâce aux avantages des quatre protocoles de l’Accord portant
création de la ZLECAf lorsqu’ils seront mis en œuvre en 2021 et au-delà. La
ZLECAf donnera naissance à une zone d’investissement commune africaine en
vertu du protocole sur l’investissement, à un marché numérique commun en vertu
du protocole sur l’investissement et à un marché numérique commun en vertu du
protocole sur le commerce électronique. Les entreprises africaines pourront utiliser
des plateformes numériques pour tirer parti des ressources et des intrants, par
exemple pour des contrats d’approvisionnement local. Elles pourront également
avoir accès à des marchés du crédit plus larges et à des possibilités de technologies
financières (fintech) dans le cadre de la zone d’investissement commune pour
multiplier leurs possibilités de production. Cela leur permettra de répondre aux
demandes croissantes des multinationales qu’ils approvisionnent et d’accroître les
possibilités offertes avec un réseau plus large de multinationales.

Les dispositions des protocoles seront déterminantes pour ce processus. Par


exemple, les éléments du protocole sur l’investissement, tels que la définition
d’un investissement dans la zone d’investissement commune, ou la protection
contre les risques de convertibilité et de transférabilité des investissements et
de leurs produits, permettront aux investissements intra-africains de circuler plus
librement sur les marchés africains. De même, un protocole sur la concurrence
doit contenir des éléments permettant de soutenir une concurrence adéquate et
équitable sur tous les marchés continentaux, y compris les marchés du crédit de
la zone d’investissement commune, afin que les investissements intra-africains
soient accessibles aux entreprises.

Les dispositions, dans le protocol relatif aux droits de propriété intellectuelle


doivent permettre d’attirer des investissements internationaux moyennant
l’adoption d’un régime de protection, tout en encourageant l’innovation locale (une
pléthore de lois sur la propriété intellectuelle décourage l’innovation locale). Le
protocole sur le commerce électronique sera un outil primordial et réglementaire
qui s’appliquera à tous les niveaux et secteurs de l’économie afin de renforcer
le processus LLA. La dématérialisation en Afrique facilitera les affaires, ce qui
permettra aux entreprises de faire face à la concurrence et, en fin de compte,
d’attirer l’investissement. Cependant, l’acquisition de plateformes numériques,
la mise à niveau de l’infrastructure technologique et l’investissement dans la
cybersécurité et la prévention des fraudes posent des problèmes majeurs sur le
plan des coûts et des ressources.

Les dispositions des protocoles pourraient favoriser la mise en place de cadres de


coopération permettant aux entreprises de partager des plateformes numériques,
en répondant aux problèmes communs qui doivent être surmontés par une
harmonisation des réglementations. Elles pourraient également inciter les pays
africains à partager leurs données d’expérience et leurs meilleures pratiques en
matière d’administration en ligne afin de faciliter les affaires, de renforcer l’efficacité
et de réduire les formalités administratives pour les entreprises. Cela appuierait
les efforts déployés dans le cadre de l’initiative de la stratégie de transformation
numérique de l’UA (voir le chapitre 7).

Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 87
Au cours de la troisième étape du processus LLA (apprentissage), les piliers
« industrialisation » et « infrastructures » de la ZLECAf seront encore renforcés,
et les chaînes de valeur régionales de la ZLECAf se traduiront par une plus
grande connectivité pour les entrepreneurs du marché commun. Les entreprises
africaines qui ont tissé des liens et exercé un effet de levier se trouveront en
position d’apprendre en imitant les multinationales avec lesquelles elles ont noué
un partenariat ou par d’autres moyens. Elles finiront par devenir elles-mêmes des
multinationales lorsqu’elles auront appris à se diversifier et à augmenter l’offre
en adaptant les modèles économiques aux réalités locales et aux exigences du
marché de la ZLECAf dans un processus continu et itératif. Elles deviendront ainsi
plus adaptables et capables de faire face à la concurrence.

Au cours de trois étapes (lien, levier, apprentissage), les questions en marge


qui requièrent toute l’attention nécessaire des décideurs auront un effet sur la
transformation des PME africaines en multinationales à part entière. Par exemple,
même après la mise en œuvre complète de la ZLECAf, des différences subsisteront
entre les marchés africains en ce qui concerne la facilité de faire des affaires
(enregistrement d’une entreprise, obtention de licences d’exploitation, embauche
de personnel, exécution des contrats, etc.). De même, les disparités entre les régimes
fiscaux pourraient donner l’occasion aux entreprises multinationales nouvellement
créées de pratiquer des prix de transfert créatifs ou d’autres stratégies fiscales
(légitimes et illégitimes) afin de réduire au minimum le montant total de leurs
impôts. Il sera nécessaire de coordonner les politiques fiscales et les politiques
du secteur privé à l’échelle du continent pour éviter un nivellement par le bas qui
pourrait réduire à néant certains avantages résultant de l’approfondissement de
l’intégration régionale.

Un soutien et une assistance ciblés pour la participation des entreprises à


l’économie seront nécessaires au-delà des étapes du modèle LLA. Il est nécessaire
de garantir des conditions de concurrence équitables pour que tous les acteurs
puissent prendre part à l’activité économique. Comme indiqué plus haut, l’égalité
des conditions de concurrence exige des politiques et des règlements permettant
aux entreprises de rechercher délibérément des liens en amont et en aval de
l’activité économique afin de renforcer et de développer le tissu industriel. Un
troisième niveau d’intervention est nécessaire, là où des politiques nationales, sous-
régionales et régionales complémentaires et des politiques d’accompagnement
dans d’autres domaines d’action assurent cette connectivité pour les entrepreneurs
africains, grands et petits (figure 2.2).185

Dans le présent chapitre, nous avons proposé un cadre conceptuel théoriquement


compatible avec la ZLECAf, en expliquant comment l’investissement est lié à la
concurrence, aux droits de propriété intellectuelle et à la dématérialisation. Nous
en venons maintenant aux applications spécifiques dans l’investissement, la
concurrence, le commerce électronique et les droits de propriété intellectuelle.
Dans les chapitres suivants, nous passons en revue les politiques et réglementations
nationales et régionales existantes, consignons les meilleures pratiques et
proposons des recommandations concernant un espace commun d’investissement
permettant d’uniformiser les conditions régissant les investissements productifs
et durables en Afrique.

88 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
Figure 2.2 : Application de l’optique du cadre « lien, levier, apprentissage » à la ZLECAf

Protocoles de la ZLECAf

Protocole sur l'investissement Protocole sur la politique de la Protocole relatifs aux droits de Protocole sur le commerce
concurrence propriété intellectuelle électronique
Traitement national et traitement
de la nation la plus favorisée Couve la lutte contre les Règles concernant les brevets, Crée un marché numérique pour
monopoles, les abus de position les savoirs traditionnels, les le commerce électronique
Élimine les obstacles à dominante, les comportements indications géographiques, le
l'investissement et crée une prédateurs, etc. droit d'auteur, et les dessins et Fixe des normes relatives à la
zone commune modèles industriels dans un cybersécurité et à
d'invesstissement Offre un cadre de coopération espace continental l'interopérabilité

Protège les investissements et Recours en cas de pratiques Possibilité d'engager des poursuites Règles communes pour le
permet de faire recours en cas anticoncurrentielles et de recours judiciaires en cas commerce électronique
de différends d'atteinte aux DPI électronique

Concurrence DPI Numérique

Capacité des entreprises concurrentes Capacité des entreprises arrivant Capacité des entreprises arrivant
arrivant tardivement sur le marché tardivement sur le marché de mettre au tardivement sur le marché
d'établir des sources point des technologies ou des produits d'utiliser le marché numérique de
d'approvisionnement avec des et services innovants demandés par les la ZLECAf pour vendre des biens
Liens multinationales existantes sur le multinatianales bien établies intermédiaires et des services aux
continent multinationales existantes

Capacité des multinationales de tirer Capacité des des entreprises arrivant Capacité des entreprises arrivant
parti des actifs existants liés à la tardivement sur le marché de tirer parti tardivement sur le marché d'utiliser
localisationque peut offrir la ZLECAf, des resources de R-D sur le continentt, le marché numérique de la ZLECAf
Levier tels que l'accès au crédit dans une zone ainsi qu'en raison de la réglementation pour diversifier la vente de biesn et
d'investissement commune, l'accès à des droits de proriété intellectuelle qui de services à d'autres entreprises
une main d'oeuvre continentale et à protège et commercialise les arrivant tardivement sur le marché
d'atres facteurs et intrants technologies et l'innovation ainsi qu'à des consommateurs
finaux sur ce marché

Capacité des entreprises concurrentes Capacité des entreprises arrivant Capacité des entreprises arrivant
arrivant tardivement sur le marché de tardivement sur le marché à imiter, tardivement sur le marché
tirer les enseignements des modèles et adpater et améliorer les techniques d'utiliser le marché numérique de
strtaégies économiques des existantes ou les produits, procédés ou la ZLECAf afin de se positionner en
Apprentissage multinationales dans un espace services innovants mis au point par les tant que nouvelles multinationales
continental, de les reproduire et les multinationales bien établies dans l'espace numérique grâce à
améliorer, et de devenir de nouvelles une stratégie de marketing et
multinationales dans la ZLECAf depositionnement numériques

Mesures complémentaires et politiques d’accompagnement

Politiques nationales et Politiques nationales et Politiques nationales et Politiques numériques


régionales relatives à régionales de la concurrence régionales relatives à la nationales et régionales
l'investissement propriété intellectuelle
Autorités nationales et Organismes nationaux et
Organismes nationaux et régionales de la concurrence Organismes nationaux et régionaux chargés du
régionaux de promotion de régionaux de la propriété commerce et de l'économie
l'investissement Stratégies nationales et intellectuelle numériques
régionales de la ZLECAf
Stratégies nationales et Stratégies nationales et Stratégies nationales et
régionales de la ZLECAf régionales de la ZLECAf régionales de la ZLECAf

Politique commerciale Politique budgétaire Politique du secteur privé Autres domaines d'action

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Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine | 95
Notes de fin de page
97 D’après les ouvrages de référence, on parle d’investissement étranger direct si l’investisseur détient au moins 10 % des actions ordinaires ou des
droits de vote d’une entreprise qui exerce ses activités dans une économie autre que celle de l’investisseur. En deçà de ce pourcentage, la prise de
participation est considérée comme un investissement de portefeuille. Pour des définitions de l’IDE couramment utilisées, voir Banque mondiale
(2014) et OCDE (2008).
98 L’investissement, la concurrence, la propriété intellectuelle et l’économie numérique (dans le cadre de régimes de TIC au sens large) étaient habitu-
ellement considérés dans les ouvrages comme des domaines d’action relevant de la compétence des organismes nationaux de réglementation et
étant traités à l’intérieur des frontières nationales, raison pour laquelle on les qualifie de questions internes. Mais du fait de l’élargissement du champ
d’application des accords et des régimes commerciaux, ces questions tombent de plus en plus sous le coup de la réglementation internationale. Dans
l’analyse ci-dessous, nous précisons pourquoi la frontière est floue. En raison notamment de l’essor de l’économie numérique, ces domaines d’action
transcendent aujourd’hui les limites nationales. Il existe donc souvent un vide réglementaire ou un manque de coordination des réglementations, soit
parce que ces domaines ne sont réglementés de manière satisfaisante ni au niveau national ni au niveau international, soit parce que les réglemen-
tations nationales et internationales existantes sont incohérentes et contradictoires, d’où leur manque de coordination. S’agissant plus précisément
de l’économie numérique, le chapitre 7 examine certaines des mesures qui pourraient s’avérer nécessaires pour combler le manque de coordination
des réglementations et des politiques.
99 Pour une synthèse des divers fondements théoriques de l’IDE, voir Páez (2011) et CEA (2020a).
100 Coase, 1937.
101 Williamson, 1975.
102 Hymer, 1960, 1968, 1970, 1976.
103 Kindelberger, 1969.
104 Akamatsu, 1962.
105 Ces trois types d’avantages (O/L/I) peuvent être transposés de différentes manières dans des cadres d’action nationaux pour aider les décideurs
à mieux orienter les politiques publiques en vue d’attirer des investissements qui concourent aux objectifs généraux. Des exemples de domaines
d’action complémentaires sont donnés dans la figure 2.1, et des exemples plus concrets de mesures à prendre sont présentés dans la figure 7.1.
106 Kinda, 2010; Pantelidis et Nikolopoulos, 2008; Sekkat et Veganzones-Varoudakis, 2007.
107 Luo, Sun et Wang, 2011; Kedia, Gaffney et Camplit, 2012; Thite et al., 2016.
108 Coase, 1937; Hymer, 1960, 1968, 1970, 1976; Kindelberger, 1975.
109 Vernon, 1961; Akamatsu, 1962.
110 Johanson et Vahlne, 1977, 1990; Johanson et Wiedersheim-Paul, 1975.
111 Dunning, 1977, 1993; Mathews, 2002, 2006.
112 Belderbos et Sleuwaegen, 1998; Brainard, 1997; Caves, 1996; Ma, Morikawa et Shone, 2000.
113 Helpman, 1984; Forte, 2004.
114 Borensztein, Lee et De Gregorio, 1998.
115 Barth, Caprio et Levine, 2006; Caprio, Hanson et Litan, 2005.
116 Dunning, 1993; Markusen et Maskus, 2002.
117 Blonigen et Piger, 2014.
118 Marinov, 2014.
119 Marinov, 2014; Rekiso, 2017.
120 Venables, 2003.
121 Balassa, 1961; Cooper et Massell, 1965.
122 Balassa, 1961.
123 Rekiso, 2017.
124 Balassa et Stoutjesdijk, 1975; Corden et Neary, 1982.
125 Panusheff, 2003.
126 Baldwin, Forslid et Haaland, 1995.
127 Marinov, 1999.
128 Anyanwu et Yaméogo, 2015 ; Bartels, Kratzsch et Eicher, 2009 ; Hailu, 2010.
129 Anyanwu et Yaméogo, 2015 ; AsIDEu, 2006 ; Bartels, Kratzsch et Eicher, 2009 ; Mijiyawa, 2015.
130 Anyanwu et Yaméogo, 2015 ; AsIDEu, 2006 ; Bartels, Kratzsch et Eicher, 2009 ; Mijiyawa, 2015.
131 Anyanwu et Yaméogo, 2015 ; Naude et Krugell, 2007.
132 Anyanwu et Yaméogo, 2015 ; Naude et Krugell, 2007.
133 Benjamin, 2012; Bopkin, 2017; Kaplinsky et Morris, 2009.
134 Anyanwu, 2012.
135 Anyanwu, 2012.
136 CEA, 2013.
137 La transformation structurelle est conçue comme l’abandon d’activités à faible valeur ajoutée et à faible productivité au profit d’activités à plus forte
valeur ajoutée et d’une productivité plus élevée au sein des secteurs économiques et d’un secteur économique à l’autre. La meilleure preuve en
est que les pays passent de la partie aval des chaînes de valeur mondiales, généralement caractérisées par des activités extractives à faible valeur
ajoutée, à des niveaux plus élevés de la chaîne de valeur, où les procédés de production sont plus avancés et plus sophistiqués, ce qui laisse supposer
une plus grande valeur ajoutée dans le bien ou le service final produit (CEA, 2020a).
138 CEA, 2020a.
139 Krüger et Strauss, 2015.
140 CEA, 2020a.
141 CEA, 2020a.
142 Kudaisi, 2014
143 Akdogu et MacKay, 2008.
144 Mathis et Sand-Zantman, 2014.
145 Banque mondiale, 2016.
146 CEA, 2019a.
147 Banque mondiale, 2016.
148 Dessemond, 2019.
149 D’autres situations dans lesquelles le produit des avantages et des bénéfices peut ne pas être entre les mains des créateurs de connaissances ou des
innovateurs concernent les bénéfices qui reviennent aux propriétaires légitimes d’indications géographiques enregistrées et de produits fondés sur
les savoirs traditionnels.
150 Maskus, 1998.
151 Correa, 1995; Maskus et Yang, 2000.
152 Maskus et Yang, 2000.
153 Maskus et Yang, 2000.
154 Fink et Maskus, 2005.
155 Lai, 1997.
156 Leahy et Naghavi, 2010.
157 Moser, 2013; Peukert, 2017.
158 Greenhalgh et Rogers, 2010.
159 Maskus et Yang, 2000.
160 Maskus, 1998; Maskus et Yang, 2000.
161 Helpman, 1993.
162 Correa, 1995 ; Chang, 2002. Pour la Chine, voir Mansfield (1994) et Yu (2007) ; pour la Corée du Sud, voir Lee et Kim (2010).

96 | Vers la mise en place d’une zone d’investissement commune au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine
163 Peukert, 2017.
164 Pires, Stanton et Salavrakos, 2010
165 CNUCED, 2017b.
166 CNUCED, 2017b ; Casella et Formenti 2018.
167 CEA, 2018a ; Haskel and Westlake, 2017 ; CNUCED, 2017a, 2018.
168 Zekos, 2005.
169 MacLeod, 2017.
170 Cabral, Moodley et Yeboah-Amankwah, 2014.
171 CEA et South Centre, 2017.
172 CNUCED, 2018.
173 CEA, 2018a, 2019 c.
174 CNUCED, 2018.
175 Pires, Stanton et Salavrakos, 2010.
176 Graham et coll., 2017.
177 CNUCED, 2017b; ECA, 2018a.
178 CNUCED, 2017b.
179 Al-Azzam et Abu-Shanab, 2014.
180 CEA, 2019b ; CNUCED, 2018. Plusieurs portails de ce type existent. Dans le domaine de la promotion de l’investissement, les travaux ont avancé
dans l’élaboration des guides électroniques d’investissement (iGuides). Pour des exemples de tels portails sur le continent africain, voir le chapitre 6.
181 Adepoju, 2016; Eniola, 2016.
182 Dessemond, 2019.
183 Schlesinger, Kendall et McKinnon, 2019.
184 Le chapitre 7 attire l’attention sur un certain manque de coordination entre l’investissement, le commerce et la politique fiscale. Les travaux antérieurs
de la CEA sur le lien entre la dématérialisation et les politiques budgétaires et la numérisation et l’industrialisation se trouvent également dans CEA
(2019 c, 2020 c). On trouve l’analyse de la corrélation entre l’investissement et la fiscalité dans le contexte des traités bilatéraux d’investissement et
des traités de double imposition dans CEA (2020 b).
185 Le chapitre 7 des présentes publications examine certaines des actions qui pourraient s’avérer nécessaires pour combler le manque de coordination
des politiques existant.

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