Perspective d’avenir pour la concurrence au Congo
1. Contexte
La concurrence étant un incitant qui pousse les fabriques à se dépasser, favorise ainsi
l’innovation, la diversité de l’offre et des prix attractifs pour les consommateurs
comme pour les entreprises. La concurrence stimule la croissance et génère des gains
substantiels pour la collectivité1 car, la pression concurrentielle, c’est-à-dire la crainte
de perdre ses parts de marché, incite les dirigeants à améliorer l’efficacité de leur
entreprise, que ce soit par l’adoption d’un nouveau schéma organisationnel, de
nouvelles pratiques de gestion, de nouvelles technologies ou, plus généralement, par
l’accroissement de l’effort d'innovation. Cette hausse de la productivité des entreprises
permet de créer de nouvelles richesses que se partageront les employés
(potentiellement sous la forme de nouveaux emplois créés) et actionnaires.1
2. Analyse
En 2018, la RDC se dote la loi du 9 juillet 2018 relative à la liberté des prix et à la
concurrence. Cette dernière remplace l’Ordonnance-loi n°41-63 du 24 février 1950
portant sur la concurrence déloyale. Il a existé aussi en dehors de l’ordonnance-loi
précitée, l’arrêté départemental du 26 mai 1987 portant création et fonctionnement de
la Commission de la concurrence. Un peu plus fourni, cet arrêté avait le privilège,
durant son application, de combler les lacunes de la loi en élargissant l’assiette des
pratiques interdites incluant au-delà des pratiques de concurrence déloyale, celles
constitutives de pratiques anticoncurrentielles et celles restrictives de la concurrence
de la concurrence (accords tels les ententes et les prix imposés par les fabricants aux
revendeurs ; les pratiques concertées ou les recommandations du même genre, cas des
ententes consensuelles) . Dans la nouvelle législation, la Commission de la
concurrence sous ce format a disparu et a laissé la place à la Commission Nationale de
la Concurrence (CONAC) qui vient d’être mise en place et fonctionne selon les
prescrit du décret du Premier Ministre Sama Lukonde42 .
Au niveau régional en outre, il se développe des règles régionales de concurrence qui
s’appliquent sous certaines conditions en RDC. L’on peut citer à titre illustratif les
règles de concurrence applicables à la zone COMESA (Marché commun de l’Afrique
Orientale et Australe). Cette réflexion qui met en évidence les avancées engrangées par
le droit congolais de la concurrence sous l’empire de la Loi organique n° 18-020 du 9
juillet 2018 relative à la liberté des prix et du processus d’ouverture à la concurrence
de certains marchés, analyse donc les régimes nationaux et régionaux/communautaires
où sont prévues des dispositions communes sur la concurrence et où il existe un
partage de jurisprudence entre les institutions responsables.3
1
Straer David, Les vertus de la concurrence, Paris, Fondapol, 2010, Pg 01
2
Idem
3
International Journal for Multidisciplinary Research (IJFMR) , Volume 6, Issue 3, May-June 202 , pg 03
1
3. Dispositions pertinentes sur le prix
La loi du 9 juillet 2018 porte non seulement les règles sur la concurrence mais aussi les
règles applicables aux prix. Aux pieds de l’article 9, la loi dispose que sur proposition
du Ministre ayant l’Économie nationale dans ses attributions, le Gouvernement peut,
en vue de lutter contre les hausses excessives de prix, réglementer les prix des biens et
services lorsque le jeu de la concurrence ne peut plus être maintenu en raison de
situations de monopole de fait ou de restriction sévère de l’offre. Bien qu’ayant opté
pour le régime libéral de la liberté des prix, le pouvoir public se réserve ici le droit de
procéder à une réglementation unilatérale du prix lorsque le jeu de la concurrence est
mise à mal de suite d’un monopole de fait ou de restriction sévère4.
Et ceci, à l’instar du code de commerce français qui dispose : Sauf dans les cas où la
loi en dispose autrement, les prix des biens, produits … sont librement déterminés par
le jeu de la concurrence. Toutefois, dans les secteurs ou les zones où la concurrence
par les prix est limitée en raison soit de situations de monopole ou de difficultés
durables d'approvisionnement, soit de dispositions législatives ou réglementaires, un
décret en Conseil d'Etat peut réglementer les prix après consultation de l'Autorité de la
concurrence. Les dispositions des deux premiers alinéas ne font pas obstacle à ce que
le Gouvernement arrête, par décret en Conseil d'Etat, contre des hausses ou des baisses
excessives de prix, des mesures temporaires motivées par une situation de crise, des
circonstances exceptionnelles, une calamité publique ou une situation manifestement
anormale du marché dans un secteur déterminé. Le décret est pris après consultation
du Conseil national de la consommation. Il précise sa durée de validité qui ne peut
excéder six mois.5
4. Quelques perspectives pour la régulation de la concurrence en RDC dans
le contexte du régionalisme
Le régionalisme correspond de ce fait à un phénomène de regroupement de pays
géographiquement proches, qui a pour but de faciliter les échanges commerciaux entre
eux. Il diffère du multilatéralisme qui est un concept utilisé dans le champ des
relations internationales. Il se définit comme un mode d'organisation des relations
inter-étatiques. Il se traduit par la coopération de trois États au moins dans le but
d'instaurer des règles communes. Selon une conception institutionnaliste, le
régionalisme est la mise en place d’un système commun de règles de la part des
pouvoirs publics en relation avec les acteurs privés. Dans la conception géographique
ou territoriale, le régionalisme ou le processus d’intégration régionale se caractérise
par des effets d’agglomération et de polarisation.6
4
Nyakasane Christian, « Brève étude du cadre légal du droit de la concurrence en application en RDC »,
disponible en ligne sur [Link], pg 12
5
Art. L. 410-2, Code de commerce français , pg 01
2
La RDC a beaucoup à gagner lorsqu’elle doit encourager des marchés ouverts et
concurrentiels, surtout pour favoriser une croissance économique durable et pour faire
reculer la pauvreté. Or, dans les faits, bien des marchés affichent un faible niveau de
concurrence. Ce manque de concurrence induit des coûts considérables. Ainsi, les prix
au détail des produits essentiels, dont le riz, la farine maïs, le sucre, le beurre, le lait,
etc., sont supérieurs par rapport à d’autres pays et tous les consommateurs, et surtout
les pauvres, en pâtissent. En mettant en place une loi en matière de concurrence depuis
2018, la RDC augure des perspectives prometteuses pour la croissance et le
développement. Néanmoins, des efforts considérables doivent encore être déployés
pour faire appliquer cette loi et que des politiques correspondantes doivent aussi être
développées. Dans cette optique, il est impératif de tenir compte des priorités dans la
répartition des ressources qui doivent être allouées l’autorité en matière de
concurrence. Il faut accroitre l’efficacité des pouvoirs et outils dont doit disposer
l’autorité en matière de la concurrence, la Commission Nationale de la Concurrence
(CONAC), afin que la politique de concurrence gagne encore en importance dans le
cadre du programme de développement. 7
Ayant une économie en développement, la RDC doit crédibiliser et solidifier
l’Autorité en matière de la concurrence pour éviter une crise de croissance qui porterait
en elle le risque du règne de la loi du plus fort. Et ce, dans un temps record, dans un
rythme de renouvellement et de recomposition du tissu économique bien plus
dynamique que celui qu’ont connu, par le passé, les pays aujourd’hui dits
industrialisés. Et la régulation doit être crédible pour éviter les faiblesses dans son
application et ainsi toutes les stratégies de contournement voire d’opposition frontale
de la part des acteurs économiques. En effet, au moment où le commerce, ou plus
généralement le monde des affaires, est devenu incontestablement mondial, le droit de
la concurrence et surtout ses organes de régulation, nationaux, au mieux
supranationaux des groupements régionaux (COMESA,CAE) prend des propensions
importance au regard de l’intensité des échanges commerciaux interétatique8.
Il sera nécessaire, pour éviter un éventuel chevauchement ou friction entre ces deux
systèmes juridiques (droit national et régional de la concurrence) de clarifier
distinctement la répartition des compétences. Pour un acte anti-concurrentiel à
résonnance nationale, l’autorité nationale devra appliquer la législation nationale.
Lorsqu’il s’agit un acte de concurrence transfrontalier, la compétence régionale devra
être engagée. Au regard de tout l’arsenal juridique national et régional en matière de la
concurrence, la RDC miserait sur la cohérence dans l’applicabilité de ce dernier pour
améliorer le bien-être du consommateur et l’efficacité économique.
6
CNUCED, 2014, L’utilité de la politique de la concurrence pour les consommateurs (New York, publication des
Nations Unies)
7
International Journal for Multidisciplinary Research (IJFMR) , Volume 6, Issue 3, May-June 202 , pg 10
8
Idem
3
Elle s’appuiera aussi sur la libéralisation et la déréglementation de marchés
anciennement monopolistiques afin de réveiller la concurrence et garantir les
consommateurs l’exercice de leur liberté de choix. La vulgarisation des instruments
juridiques qui régulent la concurrence, la sensibilisation sur les bonnes pratiques et
conséquences anticoncurrentielles auprès des opérateurs économiques revêt d’une
importance cardinale car il ne faudrait pas que ces derniers en prétextent.9
Etant donné que le domaine de la concurrence est très technique, les inspecteurs de la
CONAC sont invités à revêtir des qualités morales et physiques telles que : avoir le
sens de l’équité ; avoir le sens de l’engagement ; faire preuve de rigueur et de
précision, être patient et garder son sang-froid, résister à la pression et au stress, etc.,
ce qui implique un renforcement adéquat des capacités. Dans la logique de
renforcement des capacités, les responsables de la CONAC peuvent établir des
programmes de formation en faveurs agents à l’étranger surtout dans les pays qui font
preuve des succès en matière de régulation de la concurrence. L’histoire renseigne que
la régulation de la concurrence, autrefois l’apanage des Etats‐Unis qui a été précurseur
avec le Sherman Act de 1890. D’autres pays industrialisés ont emprunté le même
chemin et depuis 1990 le nombre de pays africains dotés du droit de la concurrence et
des autorités de la concurrence a augmenté10
9
idem
10
International Journal for Multidisciplinary Research (IJFMR) , Volume 6, Issue 3, May-June 202 , pg 10