Dans un secteur aussi stratégique que la banque, les risques ne se préviennent pas par
hasard : ils se maîtrisent par une organisation rigoureuse du contrôle interne.
L’article 107 de la loi n° 23-09 du 21 juin 2023 portant loi monétaire et bancaire figure dans
le Titre VI : « Contrôle des banques, établissements financiers et autres assujettis », plus
précisément dans le Chapitre I : « Gouvernance et contrôle interne », qui s’étend des
articles 106 à 110. Ce chapitre constitue le socle réglementaire du dispositif de sécurité
interne que doivent mettre en place tous les établissements financiers opérant en Algérie.
Cet article s’inscrit dans la volonté du législateur de prévenir les crises bancaires par une
surveillance interne efficace, avant même toute intervention externe des autorités de
régulation. Il fait partie de la nouvelle architecture introduite par la loi 23-09, qui remplace
l’ancienne ordonnance 03-11, en introduisant des normes de gestion alignées sur les
recommandations internationales, notamment celles du Comité de Bâle.
L’article 107 oblige chaque banque et établissement financier à mettre en place un système
de gouvernance et de contrôle interne adapté à sa taille, à sa nature et à la complexité de
ses activités. Il renforce ainsi la logique de responsabilité directe des institutions dans la
prévention des risques (financiers, opérationnels, juridiques, etc.).
Sur le plan doctrinal, cet article traduit l’évolution du droit bancaire vers une régulation
fondée sur la prévention, et non plus uniquement sur la sanction. Il illustre la montée en
puissance du droit prudentiel, qui organise non seulement les relations entre l’établissement
et le client, mais aussi la manière dont l’établissement s’auto-surveille de l’intérieur.
L’intérêt de ce texte est donc fondamental : il institutionnalise la culture du risque, et place
la maîtrise interne au cœur de la stabilité financière.
Comment le système de contrôle interne exigé par l’article 107 peut-il garantir la
sécurité et la conformité des établissements financiers dans un environnement bancaire
en constante évolution ?
« Gérer, c’est prévoir ; mais dans le secteur bancaire, prévoir, c’est d’abord se protéger. » –
Adapté de Henri Fayol
Cette citation résume bien la philosophie de l’article 107, qui fait de la prévention des
risques un pilier de la gouvernance bancaire.
Pour analyser l’article 107, nous adopterons le plan suivant :
I. L’obligation d’un dispositif de contrôle interne proportionné et permanent
II. Les finalités visées : prévention des risques, conformité et transparence
I. L’obligation d’un dispositif de contrôle interne proportionné et permanent
L’article 107 impose à toutes les banques et établissements financiers l’obligation de mettre
en place un système de contrôle interne adapté à la nature, au volume et à la complexité de
leurs opérations. Cette exigence traduit une approche proportionnée : il ne s’agit pas
d’appliquer les mêmes règles à une petite banque locale et à un grand groupe bancaire, mais
de s’assurer que chacun dispose des outils nécessaires à la maîtrise de ses propres risques.
Ce dispositif ne peut être occasionnel. Il doit être permanent, intégré à l’ensemble des
fonctions de l’établissement, et non limité à des audits périodiques. Il implique la définition
de procédures claires, l’existence d’organes internes chargés du suivi (auditeurs internes,
responsables conformité, etc.), et une culture d’entreprise fondée sur la responsabilité et la
rigueur.
L’article 107 s’inscrit dans une logique de prévention structurelle, selon laquelle les
établissements doivent anticiper les dysfonctionnements, contrôler leurs opérations
quotidiennes et détecter toute déviation ou non-conformité, sans attendre l’intervention de la
Banque d’Algérie ou de la Commission bancaire.
II. Les finalités visées : prévention des risques, conformité et transparence
L’objectif premier du dispositif exigé par l’article 107 est de garantir la solidité financière
des établissements, en leur permettant de gérer efficacement les différents types de risques :
risques de crédit, risques opérationnels, risques juridiques, ou encore risques de réputation. En
anticipant ces risques, les établissements renforcent leur résilience et réduisent la probabilité
de défaillance.
Mais le contrôle interne ne se limite pas à la prévention des pertes. Il vise également à assurer
la conformité réglementaire, c’est-à-dire le respect strict des lois, règlements, normes
comptables et directives internes. Dans un contexte où les obligations de transparence, de lutte
contre le blanchiment d’argent (cf. article 115) et de protection des clients se multiplient, ce
respect est essentiel pour maintenir la confiance du public.
Enfin, ce dispositif contribue à la qualité de l’information financière transmise aux autorités
et aux partenaires de l’établissement. Il permet une meilleure traçabilité des opérations, une
documentation fiable, et une capacité à justifier toutes les décisions prises, même en période
de tension.
L’article 107 marque donc une avancée vers une autonomie encadrée des banques : il leur
donne les moyens d’agir, mais leur impose en retour des responsabilités accrues.
En réponse à la problématique, l’article 107 montre que la sécurité des établissements
financiers repose sur leur capacité à organiser un contrôle interne permanent et adapté à leurs
risques. Ce dispositif assure la conformité, anticipe les dysfonctionnements et renforce la
transparence. Il constitue ainsi un levier essentiel pour garantir la stabilité du secteur bancaire
dans un environnement en constante évolution.