« Une information qui ne circule pas est un risque qui s’installe.
»
Dans le secteur bancaire, la fiabilité et la régularité des informations transmises aux autorités de
contrôle ne sont pas de simples formalités administratives, mais des leviers fondamentaux de stabilité
financière. Car sans données précises, il n’y a ni surveillance possible, ni réaction rapide aux dérives
systémiques. C’est précisément pour encadrer cette exigence que l’article 38 de la loi n° 23-09 du 21
juin 2023 a été institué, en érigeant le reporting réglementaire en obligation autonome, assortie de
sanctions pécuniaires.
L’article 38 est issu de la loi n° 23-09 du 21 juin 2023 portant loi monétaire et bancaire, qui a abrogé
et remplacé l’ancienne ordonnance n° 03-11 du 26 août 2003 relative à la monnaie et au crédit. Ce
texte s’inscrit dans un effort de mise à niveau du droit bancaire algérien face aux défis contemporains
de supervision, de transparence et de conformité.
L’article se trouve au sein du Titre III, relatif à l’activité des banques, établissements financiers et
prestataires de services de paiement, plus précisément dans la Section 3 intitulée « Dispositions
communes ». Il concerne donc l’ensemble des acteurs du secteur financier réglementé — des
banques aux bureaux de change — et leur impose le respect strict des règles de déclaration et de
reporting réglementaires, sous peine de sanctions financières clairement établies.
Cet article fonctionne en lien avec d'autres dispositions de la même loi, telles que :
L’article 126 relatif aux sanctions disciplinaires de la commission bancaire
L’article 37, qui impose aux banques des obligations de contrôle interne
La réforme intervient dans un contexte économique où la stabilité financière est une priorité,
notamment en raison des chocs exogènes subis par les économies rentières. Sur le plan
sociopolitique, la transparence est désormais vue comme une exigence de gouvernance. C’est dans
ce cadre qu’une logique de sanctions autonomes, spécifiques aux manquements aux obligations de
déclaration réglementaire, s’est imposée.
Sur le plan doctrinal, l’article 38 s’inspire des principes de gouvernance financière promus par des
institutions comme le Comité de Bâle ou le Fonds monétaire international, qui insistent sur la
nécessité d’un reporting fiable et automatisé.
Le texte adopte une forme brève et structurée, articulée autour de trois paragraphes :
• Le premier, de nature normative, définit l’infraction et prévoit une sanction financière ;
• Le second renvoie à un règlement d’application, laissant une marge d’adaptation technique à
l’exécutif ;
• Le troisième prévoit explicitement la possibilité de reporting dématérialisé, confirmant son ancrage
dans la modernité numérique.
L’article 38 présente un intérêt central dans la régulation bancaire algérienne contemporaine : il érige
le respect de l’obligation de déclaration réglementaire en norme autonome, assortie d’une sanction
pécuniaire directe et proportionnée.
En quoi l’article 38 de la loi monétaire et bancaire contribue-t-il à renforcer la transparence du
secteur financier en imposant des sanctions pour non-respect des obligations de déclaration
réglementaire ?
« La transparence est le premier rempart contre l’instabilité financière. » Cette affirmation de Joseph
Stiglitz, prix Nobel d’économie et ancien économiste en chef de la Banque mondiale, rappelle que la
circulation fiable de l’information n’est pas un luxe mais une nécessité absolue dans le
fonctionnement du système bancaire. C’est dans cette logique que s’inscrit l’article 38 de la loi
monétaire et bancaire, en érigeant le défaut de déclaration réglementaire en manquement
sanctionnable.
Plan
I. L’instauration d’une obligation autonome et impérative de reporting réglementaire
II. La mise en place d’un régime de sanction pécuniaire à la fois dissuasif et souple
I. L’instauration d’une obligation autonome et impérative de reporting
réglementaire
L’article 38 s’applique à une variété d’acteurs régulés : banques, établissements financiers, bureaux de
change, prestataires de services de paiement, et intermédiaires indépendants en courtage. Tous sont
désormais tenus, de manière explicite, de respecter des règles de déclaration et de reporting
réglementaires.
Ce qui distingue cet article :
• Il consacre une obligation autonome, indépendamment des procédures disciplinaires classiques ;
• Il rend le manquement automatiquement sanctionnable, sans nécessiter une intervention préalable
de la commission bancaire ;
• Il autorise la dématérialisation des déclarations, ce qui traduit la volonté d’adapter le droit bancaire
aux exigences de modernisation numérique.
Cette approche va dans le sens des standards internationaux en matière de transparence
réglementaire, dans lesquels la qualité et la régularité de l'information sont vues comme
indissociables de la sécurité financière.
II. La mise en place d’un régime de sanction pécuniaire à la fois dissuasif et
souple
L’article instaure un régime de sanction financière autonome, gradué de 10 000 à 1 000 000 DA,
applicable dès constat d’un manquement. Cette sanction :
• Est directe et proportionnelle à la gravité de la faute ;
• Ne nécessite pas l’ouverture d’une procédure disciplinaire longue ;
• Permet à l’administration de réagir rapidement, sans passer par la commission bancaire.
La possibilité de déterminer les modalités pratiques par voie de règlement permet à l’exécutif de
s’adapter aux évolutions technologiques et sectorielles. Par exemple, le volume de données à
transmettre, les délais ou les formats peuvent être ajustés au fil du temps.
Ce régime allie rigueur, efficacité et souplesse, trois qualités essentielles à toute régulation moderne.
En somme, l’article 38 de la loi monétaire et bancaire n° 23-09 renforce la transparence du secteur
financier en faisant du respect des obligations de déclaration réglementaire une exigence
incontournable. En instaurant un mécanisme de sanction pécuniaire autonome, il garantit l’effectivité
de cette obligation, tout en adaptant la régulation aux réalités numériques. Ce dispositif traduit une
volonté claire du législateur : faire de l'information un outil de surveillance, de discipline et de
confiance dans le système bancaire algérien.