République Démocratique du Congo
UNIVERSITE PROTESTANTE AU CONGO
Faculté de Droit
Département de Droit Economique et Social
L’EFFICACITE DES INSTITUTIONS dans la lutte contre la contrefaçon EN RDC
Divine MAKENGO MABELA
Sous la Direction du
Pr. Givet NDELA
ANNEE ACADEMIQUE 2024-2025
L’efficacité des institutions dans la lutte
contre la contrefaçon en RDC
Divine MAKENGO
INTRODUCTION
La propriété industrielle s’applique à toute création industrielle, et
donne lieu à quatre formes de protection : le brevet d’invention, la
protection des marques, la protection des dessins et modèles industriels
et la protection géographique de provenances et des appellations
contrôlées. En droit congolais, toutes ces règles sont contenues dans la
loi n°82/001 du 07 janvier 1982 régissant la propriété industrielle.
La partie introductive de notre étude comporte sept points à savoir :
l’état de la question, la problématique, les hypothèses, l’intérêt et choix
du sujet, les méthodes et techniques de recherche, la délimitation du
sujet ainsi que le canevas.
1. Etat de la question (revue de la littérature)
A la conception de notre travail, la première démarche était celle de
savoir la position de certains auteurs et/ou doctrinaires par rapport à la
question du rôle spécifique de la douane dans la lutte contre la
contrefaçon des biens.
Dans son article sur « Partage des droits intellectuels en propriété
industrielle et en droit d’auteur », Ing.-Cons., (1954, p.189), Vander
HAEGHEN observait qu’en vérité, le principe de libre imitation est à la
base de toute évolution et ne conçoit pas qu’une civilisation puisse se
former sans lui et que le droit de copier était un droit naturel essentiel à
la vie et déterminant du progrès de l’humanité.
Selon C. MULARD, les acheteurs de copies piratées pensent commettre
une petite offense, mais c’est faux ! C’est un crime contre la propriété
intellectuelle et c’est, donc, comme le montre notre rapport, une
question de sécurité nationale. Renforcer la répression et sensibiliser le
public sont des pistes (C. MULARD, « La contrefaçon de DVD financerait
le terrorisme », In Le Monde, 26 mars 2009).
W. BOURDON dans son ouvrage sur « le droit pénal est-il un instrument
efficace face à la criminalisation croissante de la contrefaçon » (2008,
p.699) pense que le contentieux porté devant les juridictions pénales
est peu abondant. Plusieurs raisons justifieraient se délaissement,
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notamment le fait que les peines lourdes et privatives de liberté
seraient inadéquates en matière de contrefaçon.
Dans son étude sur « La protection des marques de produits dans
l’espace de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle », René
Georges BIYO’O (Université de Douala, Diplôme d’études supérieures
spécialisées, 2004) affirme que la contrefaçon est une pratique aussi
vieille que l’usage des marques et des brevets. Elle est un réel
problème à l’échelle de l’économie mondiale.
Notre étude diffère de ceux abordés par les différents auteurs que nous
venons d’énumérer en ce sens que nous, nous avons axé notre réflexion
sur le rôle de la douane dans la lutte contre la contrefaçon des biens à
l’importation en droit congolais.
2. Problématique.
La contrefaçon est l’action de contrefaire, au sens de reproduire de
manière illicite. La reproduction ne peut être considérée comme illicite
qu’à la condition que la production soit protégée par un droit de
propriété intellectuelle1.
La contrefaçon est un phénomène mondial qui affecte négativement les
économies, particulièrement dans les pays en développement comme la
République démocratique du Congo (RDC). Au niveau mondial,
l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), à travers l’Accord sur les
Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au
Commerce (ADPIC), et l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD)
fournissent des cadres réglementaires pour contrer ce fléau.
Les produits contrefaits imitent ou s’inspirent frauduleusement des
produits authentiques. Ils s’échangent généralement 2 à des prix très
attractifs, souvent reflets d’une moindre qualité 3, et alimentent un
1
Cour des comptes, La lutte contre les contrefaçons, Février 2020.
2
Certains vendeurs de contrefaçons profitent de la réputation de la marque
originale, ou des nombreuses opportunités de ventes de produits d’occasion, pour
vendre des produits contrefaisants à des prix proches des produits originaux.
3
Tel n’est pas le cas lorsqu’ils sont produits par les sous-traitants légitimes du
détenteur de droits, mais au-delà des autorisations accordées par ce dernier. Pour
lutter contre cela, certains détenteurs de droits fournissent à leurs sous-traitants la
quantité exacte de matière première nécessaire à leur production autorisée,
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contre la contrefaçon en RDC
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commerce illégal en forte croissance car moins risqué que d’autres
fraudes, et offrant des profits conséquents.
La contrefaçon des biens crée une barrière à l'importation de ces biens
puisque le marché est inondé voire même dominé par des marques
contrefaites.
Actuellement les biens contrefaites ne sont plus uniquement de
vulgaires imitations qui ne peuvent concurrencer les vraies marques
des produits authentiques des entreprises, mais sont au contraire de
qualité de plus en plus supérieure pour lesquelles il est parfois très
délicat de différencier le vrai du faux. Dans ce cas, même les détaillants
seront trompés et vendront des marques contrefaites sans avoir
connaissance. La perte d'activité de l'entreprise sera, ainsi, d'autant
plus affectée. Le préjudice moral subi par l'entreprise du fait de la
détérioration de son image de marque auprès de ses clients se traduira
à terme par un préjudice financier.
Il est loisible de souligner que de nombreuses études relèvent des
conséquences dommageables de la contrefaçon des marques pour
l'Etat. Ainsi en va-t-il des pertes fiscales telles que la T.V.A, ou les droits
de douane. Cette perte est tout à fait compréhensible puisque les
produits s'écoulent généralement par des circuits clandestins
échappant tout logiquement aux autorités publiques.
Lutter contre la contrefaçon est plus que jamais d’actualité. Une
entreprise sur deux en est victime. La réalité de ce fléau a cependant
longtemps été cachée ou biaisée. Soit on était touché et on le taisait,
soit on en tirait gloire et on avait tort. Une analyse précise de ce fléau,
de son origine, de sa diversité met en évidence ses répercussions
catastrophiques sur l’économie et la société.
Face à cette menace, une riposte forte de l’ensemble des acteurs,
publics et privés, est donc nécessaire. Une prise de conscience de
l’opinion est également essentielle, car les contrefaçons n’ont pas pour
effet unique de toucher les entreprises, elles nuisent également au
consommateur en le trompant, en portant atteinte à sa santé, à sa
récupérant l’éventuel reliquat et demandant justification des écarts.
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contre la contrefaçon en RDC
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sécurité et elles ignorent les principes du développement durable et du
commerce équitable.
La contrefaçon constitue bien davantage qu’une violation du droit, bien
davantage qu’un préjudice porté aux droits de propriété intellectuelle
des entreprises. Elle met en danger le profit des producteurs, et donc
les emplois. Il en résulte une perte de revenus fiscaux pour les Etats
membres. En outre, certains produits contrefaits sont dangereux pour la
santé et la sécurité de nos citoyens. C’est pourquoi la défense de la
propriété intellectuelle sera une priorité pour la Commission, cette
année, mais aussi les années suivantes 4.
Lutter contre la contrefaçon, c’est protéger le consommateur autant
que les entreprises, c’est aider l’emploi et les finances publiques. Le
gouvernement est de plus en plus sensible à l’importance de la lutte
contre le faux. Défendre les entreprises congolaises quelle que soit leur
taille, défendre l’emploi qu’elles génèrent et protéger les
consommateurs contre toutes les atteintes à la qualité des produits
qu’ils achètent, en particulier la contrefaçon, sont autant d’objectifs
dont chacun peut mesurer l’importance.
Pour assurer cette mission de protection, la Douane se déploie à
empêcher l'entrée ou la sortie des produits ou espèces prohibés en
l'occurrence la drogue, les marchandises contrefaites ainsi que les
espèces de faune et flore protégées par la CITES (Convention sur le
commerce international des espèces de faune et de flore sauvages
menacées d'extinction). Mais également l'entrée des marchandises que
le gouvernement compte prohiber sur son territoire national en vue de
favoriser ou de protéger son industrie nationale. Pour décourager
l'importation de tels produits, le gouvernement peut décider de leur
appliquer des tarifs douaniers prohibitifs. Action susceptible
d’engendrer certaines difficultés au sein de l’administration douanière 5.
4
RIPIA n°236, 2ème trimestre 2009 cité In L’impact de la contrefaçon vu par les
entreprises en France, Rapport réalisé en coopération avec : l’Institut de
Recherche en Propriété Intellectuelle (IRPI), l’IFOP, Philippe BOUDOUX et Arnaud
ILIE, UNIFAB, avril 2010, p.12
5
Paulin IBANDA KABAKA, « Le droit douanier congolais : missions d’intérêt général
versus enrichissement des agents », 2017, ffhal-01567438f
L’efficacité des institutions dans la lutte
contre la contrefaçon en RDC
Divine MAKENGO
En RDC, la contrefaçon des biens, notamment des médicaments, des
produits alimentaires, des vêtements et des appareils électroniques, est
une menace croissante pour l’économie et la santé publique. Bien que
des textes comme le Code des Douanes et la Loi sur la Propriété
Intellectuelle existent, leur application demeure limitée par des défis
institutionnels et opérationnels.
Ceci nous ramène à travers ce mémoire de chercher les mesures de
lutte que consacre le législateur congolais pour lutter contre ce
phénomène qui constitue la première préoccupation des pays du monde
entier, notamment les plus développés.
Ainsi, au regard de ce qui précède, la question du rôle de la douane
dans la lutte contre la contrefaçon des biens à l’importation en droit
congolais suscite les interrogations suivantes :
Comment les institutions congolaises peuvent-elles efficacement
lutter contre la contrefaçon des biens à l’importation, et quelles
réformes sont nécessaires pour améliorer leur rôle dans ce
domaine ?
C'est sur ces interrogations que nous avons la prétention de réfléchir et
de donner des réponses qui puissent nous aider à élargir notre savoir
juridique.
3. Hypothèses
L'hypothèse est la proposition des réponses aux questions que l'on se
pose à propos de l'objet de la recherche formulée en des termes tels
que l'observation et l'analyse puisent fournir une réponse [Link] une
hypothèse revient à annoncer la ou les réponses aux questions posées 7.
Les hypothèses constituent des réponses anticipées à des questions
que le chercheur se pose au début du projet d'étude en relation avec les
problèmes relevés et les questions posées8.
6
P. RONGERE, Méthodes des sciences sociales, Dalloz, Paris, 1971, p.20
7
Mascotsh NDAY WA MANDE, Mémento des règles générales de rédaction d’un
travail scientifique, éd. Zoe-Créativité, Likasi, janvier 2004.
8
B. BANZELYNO GIANZ, Cours de Méthodologie juridique, Université Protestante
au Congo, Faculté de Droit, Inédit, Kinshasa, 2020-2021.
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contre la contrefaçon en RDC
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Dans le cadre de ce travail, nous formulons les hypothèses suivantes :
L’efficacité de la lutte contre la contrefaçon par les institutions
congolaises dépend de la modernisation des outils de contrôle et de la
formation des acteurs engagés dans la lutte contre la contrefaçon. Les
failles institutionnelles et la corruption au sein des institutions limitent
l’impact des mesures prises contre la contrefaçon. Une meilleure
coopération entre les institutions engagées dans la lutte pourrait
renforcer les résultats obtenus dans ce domaine.
4. Intérêt et choix du sujet
L'idée d'effectuer des recherches sur l’efficacité des institutions dans la
lutte contre la contrefaçon en RDC est motivée par son importance dans
la protection de l’économie nationale et de la santé publique en RDC. La
contrefaçon fragilise l’économie nationale, expose les consommateurs à
des risques, et compromet les efforts d’intégration dans les systèmes
commerciaux internationaux. Étudier le rôle de la douane, acteur clé du
contrôle des importations, permettra de proposer des solutions pour
renforcer son efficacité face à ce fléau.
L'objectif de notre recherche est de donner un aperçu sur la situation
des institutions congolaises dans la lutte contre la contrefaçon. Cette
étude se sera pour les institutions engagées dans la lutte contre la
contrefaçon le lieu de prendre conscience du rôle crucial de la lutte
contre la contrefaçon pour la croissance et le développement de la RDC.
En outre, à travers cette étude, nous nous sommes proposés de par
l'intérêt, de démontrer que lutter contre la contrefaçon est d’une
importance capitale.
5. Méthodes et techniques du travail
A. Les méthodes
En droit comme dans les autres domaines de la science, l'exigence de la
méthode de recherche et de celle de la collecte des données sont
indispensables. Une méthode est ainsi définie comme étant une
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démarche rationnelle et organisée de l'esprit pour arriver à un résultat 9.
Elle est l'ensemble des opérations intellectuelles par lesquelles une
discipline cherche à atteindre les vérités qu'elle poursuit, les démontre
et les vérifie10.
Pour mieux mener cette étude, nous ferons recours à la méthode
juridique, qui consiste à analyser les textes de lois en la matière. Ces
textes seront utilisés tout au long de ce travail pour nous compléter et
nous appuyer dans notre réflexion et la méthode sociologique, qui nous
a permis de confronter le fait au droit. La méthode sociologique n'est
rien d'autre que le recours à la pratique. Cette méthode nous a permis
de faire une juste appréciation de la situation qui prévaut sur terrain,
mieux de confronter les dispositions légales au vécu quotidien.
B. Les techniques
Les techniques sont des outils mis à la disposition de la recherche et
organisé par la méthode dans le but d’atteindre une solution à un objet
de recherche. Par techniques de recherche, il faut entendre « les
moyens par lesquels le chercheur passe pour récolter les données
indispensables à l’élaboration de son travail scientifique »11.
Au cours de notre travail, nous allons utiliser la technique documentaire
qui nous servira de base de toutes les données ayant un trait particulier
à l’objet de notre étude. Cette technique est dite documentaire parce
qu’elle met en présence le chercheur d’une part et d’autres parts des
documents supposés contenir des informations recherchées. Cette
technique nous a paru utile pour la récolte des données. Elle se traduit
par la descente dans les bibliothèques pour acquérir des données
d’autres auteurs et chercheurs ayant traités le même sujet ou un sujet
cadrant avec notre étude.
9
J.M. VAN DER MAREN, Méthodes de recherche pour l'étudiant, Éd. De Boeck,
Bruxelles, 1995.
10
M. GRAWITZ et PINTO, Méthodes des sciences sociales, Dalloz, 4è édition, Paris,
1991, p.289
11
ASSANI MPOYO, Notes de cours d'introduction à la recherche scientifique,
Université de Kinshasa, Faculté de Droit, inédit, 2006-2007.
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Nous utiliserons également la technique d’entretien ciblé, qui nous a
permis de recueillir des informations auprès d’agents douaniers, juristes
ou experts en commerce international.
Etant donné que l’autosuffisance est presque improbable dans la
rédaction d’un travail scientifique, il est impérieux de faire recours à
cette technique afin de confronter les données personnelles avec les
avis des autres qui ont traité le même sujet et d’être éclairé sur certains
éléments en rapport avec notre étude.
6. Délimitation du sujet
Toute démarche scientifique procède fatalement par un découpage de
la réalité. Il n'est pas possible d'étudier, de parcourir tous les éléments
influents jusqu'aux extrêmes limites de la terre et jusqu'au début des
temps. En d'autres termes, Tout travail scientifique exige une certaine
délimitation afin d’éviter toute généralisation susceptible d’entraver ou
de compromettre sa bonne présentation.
L'opportunité de délimiter la présente étude scientifique nécessite une
précision nette et claire pour ne pas se perdre dans la forêt
incommensurable du monde scientifique. C'est ainsi que nous avons
délimité ce travail dans le temps et dans l'espace. Sur le plan spatial,
notre travail se rapporte à la RDC. Sur le plan temporel, nous étude fera
l’analyse des cadres légaux et des actions entreprises entre 2010 et
2024, avec un regard prospectif sur les améliorations nécessaires.
7. Canevas du travail
Hormis l'introduction et la conclusion, Pour mener à bien cette
recherche, nous avons scindé ce travail en deux chapitres. Le premier
présentera le cadre juridique et institutionnel de la lutte contre
la contrefaçon en RDC et le deuxième abordera les termes sur
limites des acteurs engagés dans la lutte contre la contrefaçon.
PLAN SOMMAIRE
L’efficacité des institutions dans la lutte
contre la contrefaçon en RDC
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INTRODUCTION
Chapitre I : CADRE JURIDIQUE ET INSTITUTIONNEL DE LA LUTTE
CONTRE LA CONTREFACON EN RDC
Section 1 : Notions générales sur la contrefaçon
§.1. Définition de la contrefaçon
§.2. Typologie de la contrefaçon
Section 2 : Acteurs institutionnels engagés dans la lutte contre
la contrefaçon en RDC
§.1. Rôle de chaque acteur de la lutte contre la contrefaçon
§.2. Acteurs qui luttent contre la contrefaçon
Chapitre II : LIMITES DES ACTEURS ENGAGES DANS LA LUTTE
CONTRE LA CONTREFACON
Section 1 : Pratiques actuelles de lutte contre la contrefaçon et
ses limites
§.1. Procédures de contrôle de la contrefaçon
§.2. Problématiques rencontrés dans la lutte contre la contrefaçon
Section 2 : Perspectives et propositions de réformes
§.1. Perspectives d’amélioration
§.2. Propositions de réformes
CONCLUSION